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Full text of "Bulletins et mémoires de la société de chirurgie de Paris"

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BULLETINS  ET  MÉMOIRES 

SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 

DE  PARIS 

TOME  XLIX  —  192  3 


BULLETINS  ET  MEMOIRES 


DK  LA 

SOCIÉTÉ  DE  CHIRUItGIE 

DE  PARIS 

PUBLIÉS  CHAQUE  SEMAINE 

(EXCEPTÉ  PENDANT  LES  VACANCES  DE  LA  SOCIÉTÉ) 

par  les  soins  des  Secrétaires  ;de  la  Société 

M.  J.-L.  FAURE 

Secrétaire  général 


MM.  L.  OMBRÉDANNE  et  0.  JACOB 


TOME  XL IX  —  1923 


PARIS 

MASSON  ET  C1*,  ÉDITEURS 

LIBRAIRES  DE  L'ACADÉMIE  DE  MÉDECINE 

120,  BOULEVARD  SAINT-GERMAIN 


1923 


BULLETINS  ET  MÉMOIRES 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


SÉANCE  DU  10  JANVIER  1923 


Présidence  de  M.  Pierre  Sebileau. 


Procès-verbal. 

La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est 
mise  aux  voix  et  adoptée. 


Correspondance. 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  de  la  semaine. 

2e.  —  Une  lettre  de  M.  le  D'  Michon,  s’excusant  de  ne  pouvoir 
assister  à  la  séance. 


A  propos  de  la  correspondance. 

1°.  —  Un  travail  de  M.  BENG0BA(de  Buenos  Aires),  intitulé  :  Au 
sujet  d’un  cas  d'occlusion  intestinale  guéri  au  moyen  d'un  anus 
vaginal  artificiel. 

M.  Okinczyc,  rapporteur. 

2°.  —  Un  travail  de  M.  le  médecin-major  Piloquin  (de  l’hôpital 
militaire  d’Oidjdi),  intitulé  :  Un  cas  de  perforation  intestinale 
méconnue  par  corps  étranger  suivie  de  développement  d'une  tumeur 
inflammatoire  de  l'abdomen. 

M.  Rouvillois,  rapporteur. 

DK  LA  SOC.  DK  CHIR.,  1923.  —  N°  1.  1 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


3°.  —  Un  travail  de  M.  Sorel  :  A  propos  de  166  interventions 
pour  déformations  rachitiques. 

M.  Cadenat,  rapporteur. 

1°.  —  Un  travail  de  MM.  II.  Costantini  et  H.  Duboucuer 
(d’Alger),  intitulé  :  Kystes  hydatiques  du  tibia. 

M.  Mouchet,  rapporteur. 

5°.  —  Un  travail  de  MM.  Jean  et  Solcarde  (de  Toulon),  intitulé  : 
Fracture  du  pisiforme. 

M.  Mouchet,  rapporteur. 

6°.  —  Un  travail  de  Mmc  la  doctoresse  d’Ambert  (de  l’hôpital  de 
Taï-Binh  (Tonkin),  intitulé  :  487  observations. 

M.  Mauclaire,  rapporteur. 

7°.  —  Un  travail  de  M.  Verjoz  (d’Alger),  intitulé  :  Deux  cas  de 
plaies  du  péricarde  sans  plaie  du  cœur. 

M.  Mauclaire,  rapporteur. 

8°.  —  Un  travail  de  M.  Moreau  (d’Avignon),  intitulé  :  Sigmoïdite 
chronique  prise  pour  une  tumeur  annexielle.  Résection  et  suture 
termina -latérale.  Hystérectomie.  Guérison. 

M.  Savariaud,  rapporteur. 

9°.  —  Un  travail  de  M.  P.  Piquet  (de  Sens),  intitulé  :  Syncope 
chloroformique  au  cours  d'une  gastrostomie.  Massage  sous  phrénique 
du  cœur.  Guérison. 

M.  Lenormant,  rapporteur. 

MM.  les  Drs  Boismoreau  et  Dartigues  font  hommage  à  la  Société 
de  chirurgie  d’un  livre  intitulé  :  Légendes  et  contes  du  Bocage 
vendéen.  Ce  livre  doit  être  vendu  au  bénéfice  de  la  Maison  du 
médecin. 

Des  remerciements  sont  adressés  à  MM.  Boismoreau  etDARTiGUES. 


Décès  de  MM.  Braquehaye  ^de  Tunis) 
et  Legrand  (d’Alexandrie)* 

M.  le  Président.  —  J’ai  le  douloureux  devoir  de  vous  faire 
part  du  décès  de  deux  de  nos  correspondants  nationaux  :  lé 
Dr  Braquehaye  (de  Tunis),  qui  faisait  partie  de  notre  Société 
depuis  le  23  mars  1918  et  le  Dr  II.  Legrand  (d’Alexandrie)  qui  en 
faisait  partie  depuis  le  22  décembre  1920.  Vous  n’avez  pas  oublié 
les  travaux  qu’ils  sont  venus  nous  lire  ici,  ceux,  en  particulier,  du 
Dr  Braquehaye  sur  le  traitement  de  la  fistule  vésico-vaginale. 

Aux  regrets  que  vous  inspirent  à  tous  ces  deux  morts  préma- 


SÉANCE  Dû  10  JANVIER 


turées,  et  dont  je  me  fais  tristement  l’écho,  je  tiens  à  joindre  les 
miens  propres  :  avant  de  devenir  agrégé  à  la  Faculté  de  Médecine 
de  Bordeaux,  le  Dr  Braquehaye  avait  été  quelque  peu  mon  élève; 
le  Dr  Legrand,  avant  de  quitter  la  France  pour  l’Egypte,  avait  été 
mon  camarade  d’internat.  Et,- pour  chacun  d’eux,  j’avais  conservé 
des  sentiments  pleins  d’amitié. 


Présentation  d’ouvrage. 

M.  Rochard.  —  J'ai  l’honneur  d’offrir  à  la  Société  de  Chirurgie, 
en  mon  nom  et  au  nom  de  mon  collaboraleur  et  élève  Stern,  ce 
livre  de  Thérapeutique  post- opératoire,  que  nous  destinons  aux 
chirurgiens,  aux  praticiens  et  aux  infirmières. 

En  l’écrivant,  nous  nous  étions  assigné  un  double  but  :  exposer 
les  soins  post-opératoires  que  comportent  les  suites  normales  et 
les  suites  compliquées  de  toutes  les  opérations  courantes,  soins 
dont  nous  connaissons  tous  l’importance,  mais  que  nous  avons 
parfois  tous  vus  si  hésitants  et,  même,  si  fâcheusement  négligés; 
et,  d’autre  part,  indiquer  les  moyens  de  reconnaître  certaines 
complications  post-opératoires,  dont  le  diagnostic  précoce  —  qui 
ne  saute  pas  toujours  aux  yeux  —  est  essentiel  pour  une  décision 
thérapeutique  utile. 

Il  ne  m’appartient  pas  d’apprécier  si  ce  double  but  a  été  atteint. 

Mais  qu’il  me  soit  permis  de  dire  que  ce  livre,  tel  qu’il  se  pré¬ 
sente,  est  celui-là  même  que  j’aurais  voulu  posséder  au  cours  de 
ma  carrière. 


Rapports. 

Importance  pratique  dans  les  syndromes  péritonéaux  aigus 
de  l'air  inlr  a- ah  dominai  sous  pression , 
signe  de  perforation  gaslro-duodénale , 

par  M.  le  Dr  Chaton, 

Professeur  suppléant  à  l’École  de  Médecine  de  Besançon. 

Rapport  de  M.  PIERRE  MOCQUOt. 

Le  Dr  Chaton  (de  Besançon)  nous  a  adressé  sous  ce  titre  trois 
observations  intéressantes.  Dans  des  interventions  d’urgence  pour 
syndrome  abdominal  aigu  (péritonite  ou  obstruction)  il  a  constaté, 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


à  l’ouverture  du  péritoine,  l’issue  d’un  gaz  inodore  qui  s’échappe 
de  l’abdomen  en  sifflant;  la  première  fois,  il  n’a  pas  su  interpréter 
ce  phénomène  ;  la  seconde  fois,  il  a  trouvé  la  cause,  une  perfo¬ 
ration  duodénale;  enfin,  la  troisième  fois,  il  a  conclu  de  l’effet  à  la 
cause,  recherché  et  trouvé  la  perforation  gastrique. 

Voici  les  observations  : 

Obs.  I.  —  Intervention  pour  péritonite  généralisée.  Épanchement  gazeux 
inodore  de  la  cavité  abdominale. 

En  novembre  1919,  nous  étions  appelé  d’urgence,  par  notre  confrère 
Itondot,  de  Morteau,  auprès  d’une  jeune  femme  âgée  d’une  trentaine 
d’aDnées  qui  présentait  des  signes  de  péritonite  aiguë.  Le  ventre  était 
très  ballonné,  le  pouls  rapide,  la  température  élevée.  Il  existait  peu  de 
vomissements,  ceux-ci  s’étant  produits  surtout  au  début  des  accidents 
qui  remontait  à  quarante-huit  heures.  La  malade,  très  fatiguée,  ne 
répondant  que  péniblement  aux  questions  posées  dans  le  but  de  pré¬ 
ciser  le  siège  de  la  douleur  au  commencement  de  la  maladie.  Le 
ventre,  partout  sensible,  l’était  plus  particulièrement  dans  la  fosse 
iliaque  droite  et  c’est  en  nous  basant  sur  ce  signe  que  nous  nous  étions 
rallié  au  diagnostic  de  péritonite  généralisée  à  point  de  départ  appen¬ 
diculaire. 

A  l’incision  de  la  fosse  iliaque  droite,  des  gaz  inodores  s’échappent 
en  sifflant,  le  ventre  s’affaisse  et  les  anses  intestinales  grêles  appa¬ 
raissent,  rougeâtres,  recouvertes  de  fausses  membranes  baignant  dans 
un  liquide  puriforme  blanchâtre. 

L’appendice  rouge  recouvert  de  fausses  membranes,  mais  de  calibre 
et  forme  normale,  est  extirpé.  Il  ne  nous  parait  pas  être  la  cause  delà 
péritonite  observée.  L’exploration  des  annexes  reste  négative. 

Nous  refermons  l’abdomen  après  drainage,  pensant  être  en  présence 
d’une  de  ces  péritonites  primitives  devenues  de  plus  en  plus  rares  et 
qu’avait  si  expressément  décrites  le  professeur  Dieulafoy.  La  malade 
succombait  au  bout  de  quarante-huit  heures. 

Mais  cette  irruption  de  gaz  sans  odeur,  sous  pression,  survenue  à 
l’ouverture  de  l’abdomen,  nous  avait  frappé  et  était  restée  profon¬ 
dément  gravée  dans  notre  esprit. 

La  deuxième  observation  vous  a  déjà  été  présentée  à  propos  du 
traiiement  des  ulcères  du  duodénum  et  elle  a  fait  l’objet  d’un 
rapport'de  M.  Polherat(l). 

11  s’agissait  d’un  homme  atteint  d’accidents  péritonéaux  aigus;  • 
le  médecin  diagnostique  perforation  d’un  ulcère  gastrique.  A 
l’ouverture  de  l’abdomen,  des  gaz  sans  odeur  enfermés  sous  pres¬ 
sion  dans  l’abdomen  s’échappent  en  sifflant.  M.  Chaton  découvre 
et  suture  une  perforation  du  duodénum  :  il  fait  une  gastro-enté¬ 
rostomie  complémentaire  et  son  malade  guérit. 

(1)  Voy.  Bull,  et  Mém.  de  la  Société  de  Chirurgie,  1920,  p.  845. 


SÉANCE  DU  10  JANVIER 


Obs.  III.  —  Perforation  d’un  ulcus  gastrique  chez  un  malade  atteint  de 
cancer  sténosant  du  rectum.  Association  de  syndromes  d'occlusion  et  de 
péritonite  par  perforation.  Épanchement  gazeux  inodore  de  la  cavité 
abdominale. 

Le  18  mai  dernier,  nous  étions  demandé  d’urgence  à  l’hôpital'de 
Lure  par  le  Dr  Munier,  auprès  d’un  cultivateur  de  B...,  âgé  de  cin¬ 
quante-deux  ans,  chez  lequel  il  avait  porté  le  diagnostic  d’occlusion 
intestinale. 

Les  accidents  avaient  débuté  le  mercredi  17  mai,  vers  3  heures  du 
matin,  par  des  douleurs  abdominales  que  le  malade  qualifiait  de 
coliques.  Notre  confrère  le  voit  dans  l’après-midi  du  même  jour. 
Depuis  trente-six  heures,  il  n’avait  émis  ni  gaz  ni  matières;  le  tympa¬ 
nisme  était  accentué,  des  anses  en  étal  de  contraction  péristallique  se 
dessinaient  sous  la  paroi.  Pas  de  température,  pas  de  vomissements 
ni  de  hoquet,  pas  de  faciès  péritonéal.  Il  n’accusait  aucune  sensibilité 
spéciale  au  creux  épigastrique.  Notre  confrère  pensa  se  trouver  en 
présence  d’une  obstruction  intestinale  et  il  prescrivit  la  diète  absolue 
et  la  glace  sur  le  ventre. 

Le  lendemain  17,  l’état  était  sensiblement  le  même,  le  tympanisme 
s’était  accenlué.  Toujours  ni  gaz  ni  matières.  Un  lavement  huileux  ne 
donne  que  quelques  boulettes  stercorales.  Une  intervention  (anus 
iliaque)  proposée  à  ce  moment  fut  refusée. 

Le  18,  au  matin,  l’état  général  s’est  aggravé,  le  pouls  est  rapide,  le 
tympanisme  est  énorme  et  le  malade  se  décide  à  accepter  l’interven¬ 
tion.  Il  doit  pour  cela  être  amené  en  voiture  par  de  mauvais  chemins 
jusqu’à  l’hôpital  de  Lure,  distant  de  12  kilomètres. 

C’est  là  que  nous  le  voyons  le  18,  vers  b  heures  du  soir.  Ce  qui 
attire  a  priori  toute  l’attention,  c’est  un  ballonnement  abdominal  uni¬ 
forme  et  extrême  et  aussi  un  état  dyspnéique  très  particulier  avec 
respiration  superficielle  précipitée  à  type  costal  supérieur.  Le  ventre 
est  sonore  pariout,  sensible  à  la  pression.  La  langue,  blanche,  est 
restée  humide,  les  yeux  sont  excavés.  Mais  le  teint  de  cet  homme, 
vivant  au  grand  air  dans  un  pays  d’altitude,  est  resté  rosé.  Le  pouls, 
par  contre,  est  mauvais  sans  tension,  difficile  à'  percevoir  à  130. 
L’exploration  d’un  abdomen  pareillement  distendu  ne  nous  donne 
aucun  indice  de  localisation.  Mais  le  toucher  rectal  nous  permet  de 
percevoir  une  induration  circulaire  sténosante  et  néoplasique  du 
rectum.  Nous  acceptons  alors  le  diagnostic  d’obstruction  intes¬ 
tinale  porté  par -notre  confrère  et  décidons  de  pratiquer  un  anus 
iliaque. 

L’intervention  eut  lieu  à  6  heures  du  soir  sous  anesthéeie  à  l’éther. 
Elle  consista  essentiellement  dans  les  divers  temps  suivants  : 

1°  Incision  de  l’anus  iliaque  dans  la  fosse  iliaque  gauche.  A  l’ouver¬ 
ture  du  péritoine,  des  gaz  sans  odeur  s’échappent  en  sifflant  par  la 
minime  brèche  déterminée  par  le  premier  coup  de  ciseaux  perforant, 
et  le  ventre  s’affaisse  complètement.  Les  anses  grêles,  de  volume  normal, 
l’iliaque  un  peu  gros  apparaissent.  Ils  baignent  dans  un  liquide  puri- 
forme  blanc  jaunâtre.  Nous  réformons  immédiatement  notre  diagnostic 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


et  pensons  à  péritonite  par  perforation  d’ulcus  gastrique.  Un  gros  drain 
est  glissé  dans  le  Douglas  et  l’abdomen  refermé. 

2°  Après  nous  être  fait  renseigner  sur  l’état  du  pouls,  nous  prati¬ 
quons  rapidement  une  laparotomie  xipho-ombilicale.  Du  liquide  puri- 
forme  existe  en  abondance  dans  la  région  sous-hépatique.  Le  bord 
inférieur  du  foie,  le  côlon  transverse,  l’estomac,  sont  recouverts  de 
fausses  membranes.  Ce  dernier,  petit,  rétracté,  aplati  contre  la  paroi 
postérieure,  est  presque  tout  entier  reporté  à  gauçhe  de  la  ligne  médiane. 
Exploration  rapide  de  la  région  pyloro-duodénale  et  de  la  partie 
visible  delà  face  antérieure  :  pas  de  perforation.  On  soulève  le  lobe: 
gauche  du  foie  recouvrant  la  face  antérieure  de  l’estomac  et,  sous  celui- 
ci,  nous  découvrons  la  perforation  qu’il  masquait.  Haut  placée  dans  la 
portion  verticale  de  l’organe,  à  un  centimètre  et  demi  environ  de  la 
petite  courbure,  elle  a  les  dimensions  d’une  pièce  de  cinquante  cen¬ 
times  et  repose  sur  une  base  cartonnée.  Suture  rapide,  après  avive¬ 
ment,  en  deux  plans  au  catgut  00.  Drain  au  contact  de  la  perforation, 
drain  dans  la  fosse  iliaque  droite,  l’un  et  l’autre  sortant  par  l’angle 
inférieur  de  la  plaie.  Un  aspect  cyanotique  des  viscères,  traduisant  le 
développement  d’un  état  de  shock,  nous  incite  à  terminer  rapidement 
l’opération. 

Fermeture  de  la  paroi  profonde  en  un  seul  plan  péritonéo-musculo- 
aponévrotique  à  l’aide  d’un  surjet  au  catgut  à  résorption  lente.  Crins 
et  agrafes  sur  la  peau. 

L’opération  avait  duré  en  tout  une  trentaine  de  minutes  et  à  la  fin 
de  celle-ci  le  pouls  avait  conservé  sensiblement  les  mêmes  caractères 
qu’au  début;  mais  la  respiration  plus  ample,  moins  rapide,  était  très 
améliorée.  Avant  de  quitter  ce  malade,  sur  la  table  d’opération  même, 
nous  pratiquons  une  injection  intraveineuse  d’électrargol.  Pansement 
permettant  l’application  de  glace.  Sérum,  huile  camphrée,  strych- 

En  interrogeant  la  famille  après  l’opération,  nous  avons  pu  recon¬ 
stituer  rétrospectivement  chez  lui  l’existence  d’un  passé  gastrique  des 
plus  nets  et  remontant  à  quatre  années.  Depuis  cette  date,  il  souffrait 
par  périodes  delà  région  épigastrique.  A  plusieurs  reprises  il  avait  pré¬ 
senté  des  vomissements  qu’il  considérait  comme  dus  à  de  simples 
indigestions  et  qui  ne  l’avaient  jamais  obligé  à  interrompre  ses  occu¬ 
pations. 

Les  suites  opératoires  furent  les  suivantes  :  La  nuit  du  18  au  19  fut 
bonne.  Le  19  au  matin,  le  malade  était  assez  bien  avec  un  pouls  à  130 
sans  température.  Le  compte-goutte  intrarectal  ne  fut  pas  toléré  et 
on  dut  le  soutenir  à  l’aide  d’injections  hypodermiques.  Dans  la  nuit 
du  19  au  20  :  agitation,  apparition  de  hoquet.  Le  20,  au  matin,  le  pouls 
était  à  118,  petit.  Même  médication,  injection  intraveineuse  d’électrargol. 
Le  20,  au  soir,  le  pouls  est  à  110,  mais  les  traits  se  tirent.  Il  existe  un 
grand  état  d’affaissement,  et  l’opéré  succombe  le  21  au  matin. 

L’autopsie  faite  par  le  0r  Munier  permit  de  constater  que  les  sutures 
pratiquées  sur  la  perforation  tenaient  parfaitement  et  en  même  temps 
elle  confirma  l’existence  du  cancer  du  rectum  révélée  par  le  toucher. 


SÉANCE  DU  10  JANVIER 


Dans  ce  dernier  cas,  M.  Chaton  admet  qu’il  y  a  eu  d’abord 
occlusion  intestinale,  et  ce  serait  à  la  faveur  de  la  distension  due 
à  l’occlusion  que  se  serait  produite  la  perforation  gastrique. 

Mais  le  but  visé  par  sa  communication  est  de  discuter  la  nature 
des  gaz  répandus  dans  l’abdomen  dans  le  cas  de  perforation  gastro- 
duodénale  et  d’établir  la  valeur  séméiologique  de  ce  pneumo-péri- 
toine. 

M.  Chaton  pense  que  les  gaz  inodores  qui  distendaient 
l’abdomen  étaient  en  réalité  de  l’air,  directement  passé  de 
l’estomac  dans  la  cavité  péritonéale  à  la  faveur  de  la  perforation. 
L’air  contenu  dans  l’estomac,  quelquefois  en  grande  quantité  cirez 
les  aérophages,  passerait  le  premier  à  travers  la  fissure,  surtout 
dans  les  perforations  antérieures  ou  hautes.  Si  l’explication  est 
bonne  pour  la  perforation  gastrique,  vaut-elle  aussi  pour  la  per¬ 
foration  dqodénale?  Ce  n’est  pas  très  certain;  d’ailleurs,  en 
l’absence  d'analyse  chimique,  il  est  évidemment  impossible  de 
direquelleestlacomposition.de  ces  gaz  épanchés  dans  le  péri¬ 
toine. 

Dans  l’observation  III,  le  pneumo -péritoine  était  sous  pression, 
refoulait  le  diaphragme  et  entravait  la  respiration.  M.  Proust  a 
déjà  signalé  ici  ces  distensions  gazeuses  de  l’abdomen  par  un 
mécanisme  analogue  à  celui  du  pneumothorax  à  soupape. 
M.  Chaton  pense  en  avoir  saisi  le  mécanisme  chez  son  malade  :  le 
foie  recouvrant  la  perforation  à  l’inspiration  comme  à  l’expiration 
jouant  le  rôle  d’un  véritable  opercule  soulevé  lors  de  l’augmenta¬ 
tion  de  pression  inspiratoire,  abaissé  au  contraire  au  moment  de 
l’expiration. 

Le  point  le  plus  important  de  la  communication  est  celui  qui  a 
trait  au  diagnostic  opératoire. 

«  Le  pneumo -péritoine,  symptomatique  d’une  perforation 
gastro-duodénale,  nous  paraît  constituer,  dit  M.  Chaton,  un  guide 
précieux  pour  l’opérateur.  '> 

Il  avait  déjà  signalé  cette  particularité  dans  sa  première  com¬ 
munication  et,  à  ce  sujet,  son  rapporteur,  M.  Potherat,  estimait 
qu’il  avait  un  peu  exagéré  les  choses.  Il  est  évident  que  la  disten¬ 
sion  gazeuse  de  l’abdomen,  à  elle  seule,  ne  peut  être  considérée 
comme  un  signe  de  perforation  gastro-duodénale.  Permet tez-moi 
de  rappeler  à  ce  sujet  les  observations  de  M.  Delfourd  sur  lesquelles 
je  vous  ai  fait  un  rapport  il  y  a  quelques  mois;  la  distension  gazeuse 
avait  succédé,  une  fois  il  est  vrai,  à  une  plaie  probable  de  l’estomac, 
mais  dans  l’autre  cas  à  une  hernie  étrangléeet  l’auteur  l’attribuait 
à  des  abcès  pelviens  gazeux.  Dans  les  observations  de  M.  C  haton, 
il  s’agit,  en  somme,  de  péritonite,  et  il  est  bien  certain  qu  e  la  pré- 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


sence  de  gaz  sous  pression  ne  s’observe  pas  seulement  dans  les 
péritonites  dues  à  une  perforation  gastrique. 

Mais,  si  j’ai  bien  compris  la  pensée  de  M.  Chaton,  ce  n’est  pas 
seulement  la  présence  des  gaz  qui  attire  son  attention  :  c’est  le 
fait  que  ces  gaz  sont  inodores. 

Chez  son  premier  malade,  il  n’a  pu  trouver  la  cause  de  la  péri¬ 
tonite,  chez  le  second  il  a  découvert  et  suturé  la  perforation  duo- 
dénale. 

Enfin  la  troisième  observation  est  vraiment  saisissante  :  en 
présence  de  symptômes  de  péritonite  chez  un  homme  atteint  de 
néoplasme  rectal,  uniquement  guidé  par  l’épanchement  gazeux 
inodore,  il  cherche  et  trouve  la  perforation  gastrique. 

Il  a  fait  son  diagnostic  par  l’odorat.  Les  anciens  auteurs  disaient 
que,  dans  les  péritonites  par  perforation,  l’odeur  des  gaz  qui 
s’échappent  à  l’ouverture  de  l’abdomen  est  d'autant  plus  fétide 
que  le  perforation  est  plus  voisine  du  rectum.  Ces  perceptions 
olfactives  n’ont  pas  cessé  d’attirer  l’attention  :  ainsi  Lauret  (1), 
parlant  de  l’épanchement  qui  se  produit  dans  les  premières  heures 
après  la  perforation  de  l’estomac  ou  duduodédum,  dit:  C’est  le 
contenu  gastrique  ou  duodénal,  sans  mélange,  liquide  louché,  gri¬ 
sâtre,  sans  odeur ,  ce  qui  le  distingue  du  liquide  purulent,  parfois 
plus  clair,  mais  toujours  très  mal  odorant  d’une  perforation  appen¬ 
diculaire.  » 

Dans  une  observation  de  Eunike,  cité  par  Ulrich  ( Revue  de  chi¬ 
rurgie,  1921),  il  est  noté  que,  à  l’ouverture  de  l’épigastre,  l’opéra¬ 
teur  rencontre  de  l’air  libre  dans  la  cavité  abdominale. 

L'absence  d’odeur  dans  les  perforations  gastro-duodénales  n’est 
sans  doute  pas  constante  et  de  plus  ne  peut  être  constatée  que  dans 
les  premières  heures.  Car  des  fermentations  putrides  se  produisent 
dans  l’épanchement  péritonéal,  au  bout  d’un  temps  que  des  obser¬ 
vations  ultérieures  pourront  préciser;  ainsi  au  troisième  jour 
d’une  perforation  gastrique,  M.  Chaton  a  trouvé  un  épanche¬ 
ment  de  gaz  fétides  :  il  est  bien  certain  que  cette  transformation 
ne  peut  avoir  qu’un  sens  défavorable  au  point  de  vue  du  pro- 
no'lic. 

Quoi  qu’il  en  soit,  nous  savons  qu’il  n’est  pas  toujours  possible 
de  faire  à  l’avance  le  diagnostic  de  la  cause  d’une  péritonite  par 
perforation.  Si  les  sensations  olfactives  perçues  à  l’ouverture  de 
l’abdomen  peuvent  donner,  à  cet  égard,  des  indications  précises, 
co  mme  le  montrent  les  observations  qui  nous  sont  présentées, 

(1)  Lauret.  Ulcères  de  l’estomac  et  du  duodénum  perforés  en  péritoine  libre. 
Thèse  Paris,  1921. 


SÉANCE  DU  10  JANVIER 


nous  ne  devons  pas  les  négliger,  même  si  elles  sont  parfois  désa¬ 
gréables. 

En  terminant,  je  vous  propose,  Messieurs,  de  remercier 
M.  Chaton  de  sa  communication,  et  je  vous  rappelle  à  ce  propos 
qu’il  nous  a  apporté  déjà  d’autres  travaux  intéressants. 


Pseudo-kyste  hématique  de  la  rate  chez  un  paludéen. 

Splénectomie.  Guérison , 

par  M.  Henri  Costantini  (d’Alger). 

Rapport  de  M.  PIERRE  MOCQUOT. 

Le  Dr  H.  Costantini  (d’Alger)  nous  a  adressé  sous  ce  titre 
l’observation  suivante  : 

P...  (Marcel),  vingt-neuf  ans,  entre  à  l’hôpital  de  Mustapha  le 
H  octobre  1922,  salle  Dupuytren,  dans  le  service  de  M.  le  professeur 
Vincent  que  nous  suppléons. 

Il  se  plainl  de  souffrir  di  puis  un  mois  de  di  uleurs  très  vives  dans 
l’hypocondre  gauche  et  vers  l’épaule  du  même  côté. 

Cet  homme  a  six  frères  vivants  en  parfaite  santé.  Il  n’a  jamais  été 
malade  jusqu’à  la  gueire  Mobilisé  au  début  des  hosûlit.és  il  a  été 
réformé  en  1919  pour  ankylosé  du  coude  gauche,  suite  de  blessure  par 
balle.  Il  a  fait  campagne  en  <  'rient  où  il  a  contracté  du  paludisme. 

Depuis  environ  deux  ans,  il  souffre  d’une  façon  presque  continue 
d’une  douleur  sourde  localisée  à  l’hypocondre  gauche. 

11  y  a  huit  mois,  il  tombe  d'une  échelle  sur  le  côté  gauche.  Il  ressent 
une  douleur  à  It  base  du  tho>ax  pendant  environ  une  heure,  puis  tout 
rentre  dans  l’ordre. 

Il  y  a  six  mois,  réapparaissent  des  accès  de  paludisme.  Le  malade 
se  soigne  très  mal.  En  même  temps  il  éprouve  dans  l’hypocondre 
gauche  une  douleur  continue  et  assez  vive,  se  calmant  par  le  repos 
et  s’exacerbant  par  le  travail. 

Il  y  a  un  mois,  à  l’occasion  d’une  période  fébrile,  les  phénomènes  dou¬ 
loureux  prennent  brusquement  une  plus  grande  intensité  et  décident 
le  malade  à  entrer  à  l’hôpital. 

Exa-nen.  —  La  douleur  ac  usée  est  Très  vive.  Elle  siège  dans  l’bypo- 
condre  gauche,  profondément,  irradie  vers  le  ventre  et  l’épaule  du 
même  côté.  Elle  s’exaspère  dans  la  respiration  profonde,  si  bien  que 
les  mouvemenis  respiratoires  sont  peu  amples  et  que  la  respiration 
a  pris  le  type  costal. 

La  palpation  de  la  région  sus-mésocolique  gauche  est  rendue  impos¬ 
sible  par  une  défense  énergique  et  localisée  de  la  paroi. 


10 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


A  la  percussion,  matité  de  l’espace  de  Traube.  Cette  matité  s’étend 
en  arrière  jusqu’à  la  7e  côte.  Les  fosses  iliaques  sont  sonores. 

Pas  de  vomissement,  ni  de  constipation.  Température  normale.  Le 
pouls  bat  à  85  régulièrement. 

Auscultation  :  aucun  signe  pulmonaire.  Nous  prescrivons  le  repos, 
la  diète  lactée  et  nous  mettons  le  malade  en  observation. 

Des  ventouses  sont  appliquées  sur  la  région  douloureuse.  Les  dou¬ 
leurs  se  calment  légèrement,  surtout  après  les  ventousages,  mais 
elles  persistent  encore  au  point  que  le  malade  nous  demande  d'inter¬ 
venir. 

Radioscopie,  le  20  octobre  1922.  —  On  note  une  dénivellation  mar¬ 
quée  des  coupoles  du  diaphragme.  La  coupole  gauche  est  de  trois 
travers  de  doigt  plus  élevée  que  la  droite.  Les  culs-de-sac  pleuraux 
sont  libres. 

L’hypocondre  gauche  est  occupé  par  une  masse  sombre  très  volu¬ 
mineuse.  Après  ingestion  de  gélobarine,  on  note  que  l’estomac  est 
rejeté  fortement  à  droite,  si  bien  que  la  grande  courbure  correspond 
à  la  ligne  médiane. 

Nous  portons  le  diagnostic  de  tumeur  de  l’hypocondre  gauche  proba¬ 
blement  d’origine  splénique  et  nous  envisageons  l’hypothèse  d’un  kyste 
splénique  en  relation  avec  le  paludisme  antérieur. 

Devant  les  douleurs  très  vives  et  en  présence  de  l’insistance  dù 
malade  qui  réclame  une  intervention,  nous  décidons  d’opérer  le 
26  octobre  1922. 

Intervention  le  26  octobre  1922.  —  Anesthésie  à  l’éther.  Incision 
transversale  partant  de  la  ligne  médiane  et  atteignant  le  rebord  des 
fausses  côtes  en  face  du  9°  espace.  Le  péritoine  traversé,  nous  consta¬ 
tons  sous  les  cartilages  costaux,  entre  eux  et  la  rate  qui  est  abaissée, 
l’existence  d’une  collection  limitée  par  une  paroi  de  couleur  bleutée 
comme  la  rate  et  qui  s’étend  de  ce  dernier  organe  au  diaphragme 
auquel  elle  adhère.  La  fluctuation  est  nette.  Nous  ponctionnons  à 
l’aide  d’une  aiguille  assez  fine.  La  seringue  se  remplit  d’un  liquide 
rougeâtre  qui  paraît  être  du  sang  modifié.  Après  avoir  isolé  la  grande 
cavité  péritonéale  par  des  compresses,  nous  ouvrons  la  poche  dont  on 
a  évacué  au  préalable  à  la  seringue  environ  100  grammes  de  liquide. 
Du  liquide  de  même  nature  s’écoule,  dont  nous  évaluons  la  quantité  à 
200  grammes.  Puis  nous  agrandissons  la  brèche  et  nous  explorons  la 
cavité.  La  main  s’insinue  sous  le  diaphragme  et  chemine  sur  la  face 
externe  de  la  rate.  Cet  organe  ne  peut  d’ailleurs  s’abaisser.  Nous  reti¬ 
rons  de  gros  caillots  déjà  organisés.  Nous  constatons  alors  que  la  face 
externe  splénique  est  complètement  dépourvue  de  péritoine.  La  pulpe 
ramollie  est  à  nu.  Nul  doute  :  il  s’agit  d’un  kyste  hématique  sous- 
■  capsulaire.  La  paroi  que  nous  avons  incisée  faisait  partie  de  la  capsule 
splénique,  laquelle, "décollée  de  la  pulpe  sur  presque  toute  l’étendue  de 
la  face  externe  de  la  rate,  tapisse  le  diaphragme  en  y  adhérant  très 
fortement. 

Nous  hésitons  à  nous  contenter  de  drainer  ou  à  entreprendre  la 
splénectomie  dont  nous  connaissons  les  difficultés. 


SÉANCE  DU  10  JANVIER 


11 


La  menace  d’hémorragie  secondaire  dont  nos  lectures  nous  ont 
averti  nous  fait  prendre  le  dernier  parti. 

Nous  branchons  alors  une  incision  sur  l’extrémité  externe  de  la  pre¬ 
mière.  Cette  incision  remonte  le  long  du  rebord  des  fausses  côtes. 
Elle  nous  permet  de  réséquer  les  cartilages  costaux  et  d’exposer  ainsi 
la  région  splénique.  Nous  apercevons  alors  la  rate,  qui  est  énorme, 
libre  d’adhérences  sur  son  bord  antérieur  et  ses  faces  inférieure  et 
hilaire.  Presque  toute  la  face  externe  est  occupée  par  la  poche  héma¬ 
tique  et  nous  sentons  vers  le  pôle  supérieur  qu’elle  est  encore  adhé¬ 
rente  au  diaphragme. 

Imitant  en  cela  la  conduite  de  notre  collègue  et  ami  P.  Lambert, 
dans  un  cas  analogue  récent,  nous  allons  droit  au  hile  et,  après  avoir 
isolé  et  lié  la  grosse  veine  splénique  nous  plaçons  deux  clamps  sur  les 
aulres  vaisseaux  hilaires  et  nous  sectionnons  le  pédicule. 

Nous  achevons  alors  de  décoller  à  la  main  la  rate  encore  adhérente 
au  diaphragme  par  la  partie  supérieure  de  sa  face  externe  et  nous 
extirpons  facilement  l’organe  de  la  cavité  abdominale. 

Nous  terminons  en  liant  soigneusement  les  vaisseaux  du  hile  pris 
dans  nos  clamps.  La  paroi  est  fermée  en  trois  plans.  Nous  laissons 
toutefois  la  plaie  pour  le  passage  d’un  drain  à  l’angle  de  jonction  des 
incisions. 

Suites  opératoires.  —  Le  27  octobre  :  état  de  shock  ;  cependant  le 
pouls  bien  frappé,  bat  à 60.  Sérum  huile  camphrée. 

Le  28  octobre  :  délire,  agitation.  Température  38°S.  Abdomen  souple. 

Le  31  octobre  :  bon  état  général  ;  le  malade  est  calme,  la  tempéra¬ 
ture  est  à  38°.  On  enlève  le  drain. 

Le  4  novembre  :  excellent  état,  température  37°4,  pouls  très  bon. 

Le  5  novembre  :  élévation  thermique  brusque,  40°,  frissons,  sueurs, 
délire.  Examen  du  sang  :  pas  d’hématozoaires.  On  donne  de  la  quinine. 

Le  6  novembre  :  température  normale. 

Du  7  au  11  novembre  :  Nouvelle  poussée  thermique  avec  frissons, 
sueurs,  délire.  L’examen  du  sang  est  toujours  négatif.  Localement, 
ventre  souple.  Les  fils  ont  été  enlevés.  Dans  son  agitation,  le  malade 
a  désuni  légèrement  les  lèvres  de  la  partie  supérieure  de  l’incision. 

On  entreprend  alors  un  traitement  quinique  énergique.  La  tempé¬ 
rature  tombe  et  l’état  général  s’améliore. 

Le  22  novembre  pourtant,  nouvel  accès  palustre,  aussitôt  jugulé. 

Le  1er  décembre,  état  général  parfait.  Le  malade  ne  souffre  plus,  la 
température  est  normale.  Une  légère  désunion  de  la  partie  supérieure 
de  l’incision  persiste. 

Examen  de  la  pièce.  —  Rate  très  grosse  ayant,  à  peu  près  trois  foip 
le  volume  d’une  rate  normale. 

Toute  la  face  externe  de  l’organe  est  dépourvue  de  capsule.  Des 
caillots  adhérents  tapissent  çà  et  là  la  pulpe  splénique  qui  est  friable. 
Les  autres  faces  de  la  rate  sont  revêtues  d’une  capsule  normale. 

A  la  coupe,  la  pulpe  est  rouge.  Le  ramollissement  ne  s’étend  pas  en 
profondeur  et  semble  limité  superficiellement  à  la  face  externe  décor¬ 
tiquée. 


12 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


L’examen  microscopique  de  la  paroi  du  kystp,  fait  par  Duboucher, 
montre  qu’elle  a  la  structure  de  la  capsule  de  la  rate.  La  face 
interne  est  dépourvue  d’épithélium. 

Dans  les  commentaires  dont  il  fait  suivre  son  observation, 
M.  Costantini  envisage  l’étiologie  et  le  traitement  de  ces  héma¬ 
tomes  enkystés,  de  ces  pseudo-kystes  hématiques  de  la  rate.  La 
question  a  été  déjà  discutée  à  celte  tribune  en  1913,  à  propos 
d’une  observation  de  M.  Souligoux  :  il  s’agissait  d’un  hématome 
sous-phrénique  développé  du  côté  droit,  et,  à  ce  propos,  M.  Quénu 
avait  fait  remarquer  que  l’étiologie  de  ces  hématomes  n’est  pas 
univoque,  que  tous  ne  viennent  pas  de  la  rate,  mais  que  le  foie, 
les  capsules  surrénales,  le  rein  et  le  pancréas, 'les  muscles  mêmes 
peuvent  en  en  être  l’origine. 

Dans  le  fait  observé  par  Costantini,  il  s’agit  évidemment  d’un 
hématome  d’origine  splénique,  et  le  paludisme  paraît  être  la  cause 
qui  en  a  favorisé  l’apparition.  Mais  d’autres  facteurs  peuvent 
provoquer  ces  hématomes,  car  on  les  observe  chez  des  sujets 
qui  n’ont  jamais  été  atteints  de  paludisme,  après  des  trauma¬ 
tismes,  à  la  suite  de  grossesse,  et  parfois  sans  étiologie  bien  pré¬ 
cise. 

La  collection  était  développée  entre  la  pulpe  splénique  et  la 
capsule  adhérente  au  diaphragme  :  c’est  un  hématome  intra- 
splénique,  selon  la  dénomination  nnployée  par  Camus  ( Thèse 
Paris,  1905).  M.  Costantini  se  demande  si  l’adhérence  de  la  rate 
au  diaphragme  ne  favorise  pas  la  production  de  ces  hématomes  ; 
la  rate  ayant  tendance  au  moment  de  petits  traumatismes  ou 
même  de  simples  efforts  à  se  décoller  de  ses  attaches  diaphrag¬ 
matiques.  Ainsi  se  produiraient  de  petites  suffusions  sanguines, 
origine  de  ces  pseudo-kystes.  Il  est  probable  que  l’altération 
pathologique  du  tissu  splénique  est  une  cause  prédisposante 
importante  et  ceci  n’est  pas  à  négliger. 

La  quéstion  essentielle  posée  par  M.  Costantini  est  celle  de 
savoir  s’il  convient,  en  pareil  cas,  d’inciser  et  de  drainer  l’héma¬ 
tome  ou  s’il  faut  pratiquer  la  splénectomie.  Après  hésitation,  il 
s’est  décidé  pour  cette  opération,  dans  la  crainte  qu’une  hémor¬ 
ragie  secondaire  ou  une  fistule  interminable  ne  vienne  compliquer 
les  suites  opératoires. 

Il  fait  valoir  en  faveur  de  la  splénectomie  que  l’on  supprime 
ainsi  toute  possibilité  de  récidive,  que  l’on  enlève  un  organe 
adhérent,  source  de  douleurs  abdominales  et  scapulaires,  enfin 
que  l’on  évite  ainsi  des  fistules  et  peut-être  des  accidents  d’hémor¬ 
ragie  secondaire. 

Que  nous  apprennent  sur  ce  point  les  observations  antérieures  : 


SÉANCE  DU  10  JANVIER 


13 


il  semble  que  les  statistiques  soient  en  faveur  de  la  splénectomie, 
c’est  l’opération  qui  a  été  le  plus  souvent  pratiquée. 

Dans  la  thèse  de  Camus,  sur  18  cas  opérés,  je  relève  9  incisions 
ou  marsupialisations  avec  8  guérisons  et  1  mort,  1  cap  d’excision 
partielle  du  kyste  suivi  de  guérison,  enfin  8  splénectomies  avec 
7  guérisons  et  1  mort. 

Une  statistique  de  Fowler  (1),  qui  ne  contient  pas  seulement 
des  kystes  hémorragiques,  comprend  : 

8  ponctions  avec  -  4  guérisons.  4  mort  due  à  l’opération.  2  récidives. 

14  Incisions  et  drainages.  7  guérisons.  2  morts.  5  résultats  inconnus. 

6  excisions  de  kyste.  4  guérisons.  1  mort.  1, résultat  inconnu. 

27  splénectomies.  24  guérisons.  1  mort.  2  résultats  inconnus. 

Le  travail  plus  récent  de  Hamilton  et  Boyer  (2)  est  aussi  en 
faveur  de  la  splénectomie,  les  auteurs  s’appuient  sur  une  statis¬ 
tique  de  Bircher  qui  comprend  13  splénectomies  suivies  de  gué¬ 
rison,  et  ils  rapportent  deux  cas  personnels,  tous  deux  suivis  de 
guérison. 

Mais  les  observations  qui  servent  de  base  à  ces  statistiques  ont 
trait  à  des  faits  assez  dissemblables,  et  il  me  paraît  bien  impos¬ 
sible  d’appliquer  à  tous  les  cas  une  même  thérapeutique.  Les- 
statistiques  nous  montrent  que  la  splénectomie  n’a  peut-être  pas 
toute  de  gravité  qu’on  pourrait  supposer  en  de  telles  conditions. 
Elles  nous  montrent,  d'autre  part,  que  l’incision  et  le  drainage  de 
ces  cavités  ne  sont  pas  sans  inconvénients  :  on  les  a  vus  suivis 
de  fistules  très  difficiles  à  guérir,  pour  lesquelles  on  a  dû,  comme 
Morestin,  intervenir  à  nouveau.  Quant  au  danger  d’hémorragies 
secondaires,  que  redoutait  Costantini,  il  me  paraît  un  peu  pro¬ 
blématique.  Je  n’en  ai  pas  trouvé  mention  dans  les  observations 
que  j’ai  lues  :  ce  n’est' pas  cependant  une  raison  suffisante  pour 
le  nier. 

Dans  un  travail  tout  récent,  MM.  Lombard  et  Dubouchet  (3) 
reprochent  à  la  marsupialisation  de  ces  faux  kystes  hématiques  : 
la  persistance  des  hémorragies,  les  dangers  d’infection  secon¬ 
daire,  la  longueur  de  la  cicatrisation,  et  ils  concluent,  eux  aussi, 
en  faveur  de  la  splénectomie,  qui  leur  a  donné,  dans  un  cas  tout 
à  fait  analogue  à  celui  que  nous  apporte  Costantini,  un  beau  succès. 

Mais  leur  observation,  comme  celle  de  Costantini,  suggère  deux 
remarques  importantes  : 

(1)  Fowler.  Annals  of  Surgery,  t.  LVII,  mai  1913. 

(2)  Hamilton  et  Boyer.  Annals  of  Surgery,  t.  LXXill,  n°  1,  1921. 

(3)  Lombard.  Les  hématomes  enkystés  de  la  rate.  Journal  de  Chir.,  t.  II, 
1922,  p.  464. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


La  première,  c’est  que  les  deux  malades  étaient  des  paludéens 
avérés,  dont  la  rate  était  fort  altérée  :  dans  le  cas  actuel,  la  rate 
très  grosse  avait  à  peu  près  ti  ois  fois  le  volume  d’une  rate  normale. 

La  deuxième,  c’est  que  ce  sont  là  des  hématomes  sous-capsu¬ 
laires,  intraspléniques  :  la  description  de  la  pièce  ne  laisse,  à 
ceL  égard,  aucun  doute.  «  Toute  la  face  externe  de  l’organe, 
dit  Costantini,  est  dépourvue  de  capsule.  Des  caillots  adhé¬ 
rents  tapissent,  çà  et  là,  la  pulpe  splénique  qui  est  friable. 
Les  autres  faces  de  la  rate  sont  revêtues  d’une  capsule  normale.  » 

En  pareil  cas,  la  splénectomie  est  déjà  difficile,  mais  elle  le  serait 
encore  bien  davantage  dans  les  hématomes  périspléniques  où,  en 
raison  même  de  leur  mode  de  production,  il  n’existe  pas  de  paroi 
isolable.  En  pareil  cas,  la  meilleure  conduite  paraît  bien  être 
l’ouverture  simple  du  faux  kyste  splénique,  comme  pour  les  faux 
kystes  pancréatiques.  Elle  est  d’autant  plus  indiquée  que  l’origine 
de  ces  gros  hématomes  n’est  pas  unique,  et  qu’ils  ne  viennent 
pas  tous  de  la  rate. 

En  résumé,  grosse  altération  de  la  rate,  hématome  sous-capsu¬ 
laire  :  voilà  des  conditions  qui  indiquent  la  splénectomie,  mais  il 
me  paraît  sage  de  laisser  encore  de  larges  indications  à  l’incision 
simple  et  au  drainage,  malgré  leurs  inconvénients. 

Il  me  reste  à  mentionner  le  procédé  utilisé  par  Costantini 
pour  enlever  celte  rate  adhérente.  C’est  celui  qui  a  été  décrit  par 
Lombard,  et  sùr  lequel  M.  Lenormant  nous  a  fait  un  rapport  (1). 
Il  consiste  à  aller  d’emblée  au  pédicule  splénique,  à  le  lier  et  à  le 
couper.  L’hémostase  étant  ainsi  réalisée,  on  passe  au-dessous  de 
la  capsule  sans  chercher  à  la  détacher  de  ses  adhérences  dia¬ 
phragmatiques  et  viscérales,  et  on  en  sépare  la  pulpe  splénique 
par  une  véritable  décortication.  Costantini  n’a  fait  qu’une  décor¬ 
tication  partielle  portant  sur  l’étendue  de  la  surface  adhérente; 
dans  les  portions  libres,  il  a  enlevé  la  capsule  avec  la  pulpe 
splénique. 

Ce  procédé,  qui  évite  des  hémorragies  abondantes  et  des 
décollements  difficiles,  mérite  d’être  retenu. 

Enfin  notons  en  passant  que  l’ablation  de  la  rate  a  été  suivie 
d’un  réveil  du  paludisme,  et  que  les  suites  opératoires  ont  été 
troublées  par  des  accès  fébri'es  violents  qui  ont  cédé  à  un  traite¬ 
ment  énergique  par  la  quinine.  La  même  complication  a  été 
observée  chez  l’opéré  de  Lombard  et  Duboucher.  Aussi  il  me  paraî¬ 
trait  avantageux  de  faire  à  ces  malades,  comme  le  propose 
Costantini,  un  traitement  préventif  par  la  quinine. 


(1)  Bull,  et  Mém.  de  la  Société  de  Chirurgie ,  1921,  p.  827. 


SÉANCE  DU  10  JANVIER 


15 


Je  vous  propose,  Messieurs,  de  remercier  M.  Costantini  de  cet 
intéressant  travail  qui  vient  s’ajouter  à  ceux  déjà  nombreux  pré¬ 
sentés  ici  par  lui. 


Traitement  des  ulcères  perforés  de  l'estomac  en  péritoine  libre. 
Rapport  sur  un  cas  du  D'  Gresset 
et  plusieurs  autres  cas  opérés  à  l'hôpital  Bichat. 

Rapport  de  M.  RAOUL  BAUDET. 


La  discussion  s’engageant  à  nouveau  sur  la  meilleure  conduite 
qu’il  faut  tenir  dans  le  traitement  des  ulcères  de  l’estomac  et  du 
duodénum  perforés  en  péritoine  libre,  la  première  chose  à  faire, 
comme  nous  y  a  invité  M.  Hartmann,  c’est  de  publier  surtout  nos 
observations.  Voici  les  miennes. 

La  première  appartient  à  mon  ancien  interne,  M.  Gresset.  Elle 
vous  a  été  communiquée  dans  une  précédente  séance  et  vous 
m’avez  chargé  de  vous  en  faire  un  rapport. 

Obs.  I.  (Dr  Gresset).  —  C...  (Léon),  vingt-deux  ans,  sortant  de  chez 
lui  le  22  janvier  1922,  est  pris  brtisquement,vers  17  heures,  d’une  dou¬ 
leur  effroyable,  en  coup  de  poignard,  au  creux  de  l’estomac.  Il  s’affaisse 
aussitôt  et  s’assied,  le  corps  plié  en  deux.  On  le  transporte  aussitôt  à 
l’hôpital  Bichat. 

Le  Dr  Gresseï  le  voit  à  19  heures.  Le  faciès  est  bon,  le  pouls  est  à  80. 
Il  y  a  une  douleur  intense  à  la  palpation,  à  l’épigastre  et  dans  l’hypo- 
condre  droit,  qui  sont  contracturés.  A  20  heures,  la  température  est 
à  38°2,  le  pouls  à  100;  à  21  heures,  39°,  pouls  à  120. 

Devant  l’aggravation  des  symptômes  généraux,  et  après  avoir  posé 
le  diagnostic  d’ulcère  perforé  du  duodénum,  Gresset  intervient, 
quatre  heures  environ  après  la  perforation. 

Anesthésie  à  l'éther.  —  Laparotomie  médiane  sus-ombilicale.  Liquide 
louche  dans  le  ventre  contenant  des  débris  alimentaires.  Perforation 
lenticulaire  sur  la  face  antérieure  de  la  première  partie  du  duodénum. 
Gresset  l’enfouit  par  un  double  surjet  musculo-séreux.  Mais  cette 
double  plicature  rétrécit  nettement  le  calibre  de  l’intestin.  Gresset 
juge  prudent  et  utile  de  compléter  cette  opération  par  une  gastro- 
entérostomie  transmésocolique,  après  décollement  colo-épiploïque. 
Cela  fait,  il  lave  à  l’éther  la  cavité  abdominale,  qu’il  draine  vers  l’angle 
inférieur  de  la  plaie  sus-ombilicale.  Il  la  ferme  en  un  plan  avec  des 
fils  de  bronze. 

Trois  jours  après,  l’opéré  aune  bronchite  grave  avec  expectoration 
abondante  et  fièvre.  Quinze  jours  plus  tard,  il  a  les  signes  d’une  pleu¬ 
résie  suppurée  gauche.  Elle  est  ouverte  le  vingtième  jour,  après  résec- 


16 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


tion  costale.  Il  sort  par  cette  ouverture  une  grande  quantité  de  pus. 
Elle  est  longue  à  se  fermer  et  le  malade  ne  sort  guéri  que  le  15  avril. 

Je  ne  puis  que  féliciter  M.  Gresset  du  résultat  qu’il  a  obtenu, 
malgré  les  graves  complications  broncho-pulmonaires  qui  ont 
suivi  son  opération.  Il  n’en  est  pas  du  reste  seul  responsable. 
Elles  se  produisent  fréquemment  dans  le  milieu  hospitalier,  sur¬ 
tout  dans  l’encombrement  de  nos  vieux  hôpitaux.  Elles  se  produi¬ 
sent  sur  des  malades  opérés  d’urgence,  qu’on  n’a  pas  le  temps 
de  préparer  comme  il  faut.  Elles  se  produisent  principalement,  on 
le  sait  depuis  Verneuil,  quand  il  existe  un  certain  degré  de  septi¬ 
cité  du  péritoine,  surtout  quand  cette  septicité  est  légère,  ce  qui 
devait  être  le  cas  du  malade  de  M.  Gresset. 

Peut-être  pourrait-on  reprocher  à  M.  Gresset  d’avoir  attendu  la 
quatrième  heure  pour  opérer,  alors  qu’il  pouvait  le  faire  dès  la 
deuxième.  M.  Gresset  répond  qu’il  n’était  pas  sûr  à  ce  moment  du 
diagnostic  de  perforation  et  qu’il  lui  a  fallu  deux  heures  de  plus 
pour  être  fixé.  Je  m’incline. 

Peut-être  les  partisans  d’une  chirurgie  a  minima  lui  repro¬ 
cheront-ils  d’avoir  prolongé  son  opération  en  faisant  une  gastro- 
entérostomie  complémentaire  ? 

C’est  en  effet  un  argument  qu’on  peut  faire  valoir,  mais  bien 
insuffisant  à  mon  avis,  pour  peser  "beaucoup  dans  le  débat  qui 
nous  occupe. 

Il  faudrait, en  effet,  des  faits  plus  probants  pourle  trancher.  Per- 
mettez-moi  donc  de  vous  en  Rapporter  quatre  nouveaux,  que  j’ai 
pu  observer  cette  année-ci  dans  mon  service.  Je  les  citerai  très 
brièvement  parce  qu’ils  appartiennent  à  nos  jeunes  collègues  des 
hôpitaux,  appelés  comme  chirurgiens  de  garde. 

Obs.  II  (Chirurgien  :  Dr  Jean  Berger).  —  G...,  vingt  ans,  le 
25  mars  1922,  ressent  vers  16  heures  une  douleur  brusque  dans  la 
partie  haute  et  droite  du  ventre.  Il  est  porté  à  l’hôpital  Bichat.  Douleur 
très  vive  quand  on  palpe  l’épigastre  et  Phypocondre  droit.  Forte  con¬ 
tracture  de  l’étage  supérieur  de  l’abdomen.  A  21  heures,  tempéra¬ 
ture  38°i  ;  pouls  112  ;  vomissements. 

Opération,  cinq  heures  après  l’accident. 

Laparotomie  transversale  droite.  Issue  de  liquide  louche,  filant, 
mousseux,  d’odeur  aigrelette.  Perforation  lenticulaire  à  l’emporte-pièce, 
au  centre  d’une  zone  cicatricielle  sur  la  face  antérieure  de  la  région 
prépylorique,  à  un  centimètre  et  demi  à  gauche  du  pylore,  et  près  du 
bord  supérieur.  La  perforation,  non  réséquée,  est  enfouie  par  des 
sutures  séparées  à  la  soie.  La  suture  est  elle-même  recouverte  d’un 
rideau  péritonéal  pris  à  l’épiploon  gastro-hépaiique.  Guérison. 

Le  malade,  sorti  guéri,  se  trouve  bien  pendant  un  mois.  Puis  il 


SÉANCE  DU  lü  JANVIER 


17 


recommence  à  souffrir  et  vomit.  Il  revient  dans  mon  service  le 
6  juin  1922.  La  radiographie  montre  une  tache  opaque  au  niveau  de 
la  suture  prépylorique. 

Nouvelle  opération  faite  par  moi  le  13  juin. 

Incision  transversale  au  niveau  de  l’ancienne  cicatrice  Cutanée,  je 
libère  la  région  cicatricielle  de  l’estomac,  qui  a  été  attiré  en  haut  contre 
le  foie  par  des  adhérences  que  je  résèque.  Je  détruis  aussi  de  nom¬ 
breuses  adhérences  péri-duodénales.  La  cicatrice  de  l’ulcère  est  en  bon 
état,  très  souple.  Je  fais  une  gastro-entérostomie  postérieure  trans¬ 
mésocolique.  Le  malade  sort  guéri,  et  reste  bien  guéri  depuis  cette 
deuxième  opération. 

Obs.  lü  (Chirurgien  :  M.  Basset).  —  D...,  trente-trois  ans,  le 
12  juillet  1922,  a  éprouvé  subitement  une  vive  douleur  à  l’épigastre. 
Elle  est  très  intense  à  la  palpation.  Le  ventre  est  de  bois.  Le  Dr  Basset 
porte  le  diagnostic  d’ulcus  perforé  de  l’estomac. 

Laparotomie  médiane,  quatre  heures  après  le  début  des  accidents.  Il 
y  a  du  pus  dans  le  ventre  et  une  perforation  sur  la  face  antérieure  du 
vestibule  pylorique.  Basset  résèque  l’ulcus  et  fait  un  trou  ovalaire  de 
6  centimètres  sur  4.  Il  suture  cette  large  plaie  en  deux  plans,  avec  du 
catgut.  Il  établit  un  double  drainage  sus-mésocolique  et  sus-pubien. 
Guérison  sans  incidents. 

Obs.  IV  (Chirurgien  :  M.  Mondor).  —  B...,  femme  de  52  ans,  ressent 
une  vive  douleur  dans  le  ventre  à  17  h.  1/2.  A  son  entrée  à  l’hôpital, 
faciès  péritonéal,  ventre  de  bois.  Douleur  très  haute,  pouls  70. 

Laparotomie  médiane  sus-ombilicale  cinq  heures  et  demie  après  la 
perforation.  Liquide  brunâtre  dans  le  péritoine. 

Perforation  comme  un  petit  pois  sur  la  face  antérieure  du  pylore,  au 
milieu  d’un  ulcère  calleux.  Elle  est  fermée  par  une  triple  plicature 
séro-séreuse,  que  l’on  recouvre  avec  un  lambeau  épiploïque.  Nettoyage 
du  péritoine.  Gastro-entérostomie  postérieure.  Guérison. 

Obs.  V  (Dr  Masmonteil).  —  L...  (Julien),  le  20  mars  1920,  entre 
d  urgence  à  l’hôpital  Bichat.  Il  a  eu  une  douleur  aiçoce  après  son 
repas,  à  14  heures,  au  moment  où  il  soulevait  un  poids  très  lourd 
Il  tomba  et  perdit  connaissance. 

Une  heure  après  son  entrée,  le  ventre  est  de  bois,  le  pouls  à  90. 

Anesthésie  à  l’éther.  Laparotomie  médiane  sus-ombilicale.  On  trouve 
du  liquide  et  des  aliments  solides  entre  le  foie  et  l’estomac.  Ulcère 
calleux  perforé  sur  la  petite  courbure.  On  l’enfouit  par  un  double 
surjet  en  bourse;  suture  de  la  paroi  en  trois  plans.  Drainage  sus-méso¬ 
colique. 

Pendant  trois  à  quatre  jours,  le  malade  a  eu  une  fistule  gastrique, 
qui  se  ferme  spontanément.  Il  sort  guéri. 

En  août  1920,  la  fistule  gastrique  reparaît.  Elle  est  opérée  par  le 
Or  Hertz.  On  tombe  sur  des  adhérences  très  serrées  entre  la  paroi  et 
la  face  antérieure  de  l’estomac.  On  ferme  la  fistule  par  un  surjet  à 
la  soie.  Mais  elle  se  reproduit  presque  aussitôt  après  l’opération. 

BCLL.  ET  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CHIR.,  1923.  ✓  2 


18 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


En  janvier  1921,  nouvelle  tentative  de  fermeture,  faite  par  le  Dr  Des- 
plas.  Adhérences  extrêmement  serrées,  formant  bloc  entre  la  paroi, 
l’estomac  et  le  côlon  transverse.  La  dissection  paraissant  dangereuse, 
on  fait  un  Mikulicz.  Guérison  par  seconde  intention  en  un  mois. 

Le  malade,  revu  ces  temps  derniers,  est  guéri  de  sa  fistule,  mais  les 
troubles  gastriques  persistent. 

Tous  ces  faits  heureux  prouvent,  ce  que  nous  savions  déjà 
depuis  longtemps,  que  les  ulcères  perforés  de  l’estomac  et  du 
duodénum,  quand  ils  sont  opérés  à  temps,  avant  la  sixième  heure, 
guérissent  dans  une  énorme  proportion.  Les  analyses  bactério¬ 
logiques  du  liquide  péritonéal,  qui  se  montre  presque  toujours 
stérile,  expliquent  ces  succès. 

Dans  les  cinq  cas  que  je  rapporte,  tous  guéris,  les  chirurgiens 
ont  pu  boucher  la  perforation  sans  être  obligés.de  faire,  à  propre¬ 
ment  parler,  une  gastrectomie.  Basset  seul  a  avivé  l’ulcère  et 
agrandi,  par  conséquent,  le  trou  qu’il  devait  fermer.  Je  n’appel¬ 
lerai  pas,  cependant,  cet  avivement  une  gastrectomie,  mais  j’ap¬ 
prouve  le  procédé.  Je  le  trouve  supérieur  à  la  suture  simple.  La 
suture  bouche  un  trou:  l'éradication  bouche  le  trou  et  guérit 
l’ulcère. 

Deux  fois,  cependant,  la  plicature,  déterminée  par  la  suture, 
a  rétréci  le  pylore  et  le  duodénum,  au  point  que  Gresset  et  Mondor 
ont  cru  prudent  de  pratiquer  une  gastro-entérostomie  complé¬ 
mentaire  de  nécessité. 

Or,  les  malades  ayant  guéri,  ces  deux  faits  prouvent  aussi  que 
si  l’on  a  la  chance  d’intervenir  de  bonne  heure,  avant  la  sixième 
heure,  quand  le  péritoine  est  stérile  ou  très  peu  infecté,  on  peut 
sans  danger  prolonger  l’acte  opératoire  et  compléter  la  suture  de 
la  perforation  par  une  gastro-entérostomie. 

Opération  après  la  douzième  heure.  Bien  différente  est  la  situa¬ 
tion  du  chirurgien  quand  il  opère  tard,  après  la  douzière  heure. 
A  ce  moment,  il  doit  aller  vite  et  faire  une  opération  aussi  courte 
que  possible. 

J’ai  opéré,  il  y  a  plusieurs  années,  élant  chef  de  clinique  à  l’Hôtel- 
Dieu,  puis  étant  assistant  du  D1'  Picqué  à  Lariboisière,  bien  après  la 
douzième  heure,  deux  malades  ayant,  l’un  une  perforation  de  la  face 
antérieure  de  l'estomac,  l’autre  une  perforation  probable  du  duo¬ 
dénum.  J’ai  déjà  fait  allusion  à  ces  deux  cas  dans  une  des  discussions 
que  nous  avens  eues  ici  sur  ce  sujet.  Or,  dans  le  premier  cas,  je  me 
suis  contenté  de  suturer  la  perforation;  et,  bans  le  deuxième,  comme 
la  perforation  siégeait  sur  la  partie  fixe  du  duodénum,  je  l’ai  entourée 
circulaire  ment  de  plusieurs  épaisseurs  de  compresses,  au  milieu  des¬ 
quelles  j’ai  mis  un  gros  drain  Goldman.  Je  n’ai  pas  refermé. 

Ces  deux  malades  ont  guéri. 


SÉANCE  DU  10  JANVIER 


19 


Il  faut  croire  que  j’étais  arrivé  encore  à  temps  :  mais  je  crois 
aussi  que,  si  j’avais  fait  plus,  mes  deux  opérations  auraient  mal 
tourné. 

Il  y  a  des  cas  dans  lesquels  il  est  même  inutile  d’opérer,  car 
l’opération  est  vouée  à  peu  près  sûrement  à  l’insuccès. 

Cette  année-ci,  le  chirurgien  de  garde,  voyant  l’état  précaire  d’un 
malade  en  état  de  péritonite  généralisée  et  constatant  au  milieu  du 
pus  des  débris  d’aliments,  se  contenta  de  nettoyer  et  d’étancher  Jes 
liquides  qui  se  présentaient  à  lui.  Le  malade  mourut.  Le  peu  que  le 
chirurgien  avait  fait  était  encore  trop. 

Le  4  janvier  1923,  mon  interné  Rouffiac  a  opéré  d’urgence  un  malade 
qui,  depuis  quinze  jours,  souffrait  vivement  de  l’estomac. 

Depuis  soixante-cinq  heures,  les  douleurs  étaient  devenues  atroces. 
A  ce  moment,  les  signes  de  péritonite  généralisés  étaient  évidents.  Il  y 
avait  arrêt  complet  des  gaz;  le  pouls  était  à  140,  la  respiration  rapide 
et  superficielle,  le  ventre  très  ballonné,  les  extrémités  cyanosées. 
Incision  médiane  sus-ombilicale.  Il  s’échappe,  aussitôt  le  péritoine 
ouvert,  du  pus  et  des  gaz.  Perforation  lenticulaire  sur  la  face  anté¬ 
rieure  de  la  première  portion  du  duodénum.  Il  sort  de  la  bile  épaisse. 
Thermocautérisation  et  fermeture  par  deux  points  en  X  à  la  soie. 
Enfouissement  par  un  surjet  séro-séreux  au  catgut.  Drainage  sus- 
pubien.  Drainage  sous-hépatique. 

Fermeture  de  la  paroi  en  un  plan  avec  des  fils  de  bronze.  Mort  le 
soir  même. 

Evidemment,  ces  cas  malheureux  ne  prouvent  qu’une  chose  : 
quand  il  est  trop  tard,  toute  opération  échoue.  Le  point  délicat  est 
de  préciser  quand  il  est  trop  tard.  Dans  ma  deuxième  observation, 
je  croyais  bien  que  mon  malade  succomberait  et,  cependant,  il  a 
guéri.  Il  faut  donc,  en  cas  de  doute,  tenter  toutes  les  chances  et 
laisser  le  chirurgien  libre  d’agir  ou  de  s’abstenir  suivant  sa 
conscience. 

Mais  ce  ne  sont  pas  ces  cas  que  vous  discutez,  car  ils  parais¬ 
sent  hors  de  toute  discussion. 

Nous  discutons  la  conduite  qu’il  faut  tenir  dans  les  perforations 
récentes,  tout  en  laissant  aux  mots  récents  et  précoces  une  cer¬ 
taine  élasticité.  Dans  ces  cas-là,  surtout  quand  on  intervient  avant 
la  sixième  heure,  je  suis  d’avis  de  compléter  la  suture  de  la  per¬ 
foration  par  une  gastro-entérostomie,  comme  Gresset  et  Mondor 
l’ont  fait,  et  comme  certains  de  mes  collègues  le  préconisent.  Si 
l’on  se  contente  seulement  de  suturer  la  perforation,  on  sauve  le 
malade  de  la  péritonite;  mais  son  estomac  reste  plus  tard  exposé 
à  des  accidents  graves  contre  lesquels  on  sera  obligé  d’intervenir 
une  seconde  fois. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Dans  l’observation  III,  qui  complète  celle  de  Jean  Berger,  le  malade- 
refusa  d’abord  de  subir  une  gastro-entérostomie,  que  je  lui  proposais 
dix  à  douze  jours  après  sa  première  opéralion.  Mais  comme  il  conti¬ 
nuait  à  souffrir,  il  revint  me  voir,  heureusement  assez  tôt,  et  je  prati¬ 
quai  à  ce  moment  la  gastro-entérostomie  qu'il  avait  refusée. 

En  juillet  1922,  j’ai  observé  un  malade  de  cinquante-cinq  ans  qui,  en 
1918,  avait  été  opéré  par  un  chirurgien  américain  pour  une  perfora¬ 
tion  d’un  ulcère  de  la  petite  courbure.  Elle  fut  suturée,  et  il  guérit. 
Mais  depuis  lors,  à  trois  reprises,  il  eut  des  hémorragies  stomacales 
formidables.  Je  profitai  de  ce  qu’il  était  remis  de  sa  dernière  secousse 
pour  faire  une  gastro-entérostomie  postérieure. 

Il  est  aujourd’hui  bien  portant  et  ne  souffre  plus  de  l’estomac. 

Si  celte  gastro-anastomose  avait  été  faile  au  cours  de  la  première 
intervention,  elle  aurait  mis  le  malade  définitivement  à  l’abri  des 
complications  hémorragiques  qui,  deux  fois  au  moins,  avaient 
failli  l’emporter. 

Un  même  enseignement  se  dégage  de  l’observation  de  Masmon- 
teil.  Le  malade,  qu’il  n’avait  pas  gastro-entérostomisé,  a  eu  une 
fistule  stomacale,  qu’il  a  fallu  opérer  deux  fois.  Or,  il  continue  à 
souffrir.  Il  faudrait  pour  le  guérir  lui  faire  une  bouche  anasto¬ 
motique  gastro-jéjunale.  Mais  on  ne  peut  pas  la  pratiquer.  Les 
adhérences  périgastriques,  dures  et  épaisses,  s’y  opposent.  Voilà 
donc  un  malade  qui  aurait  pu  bénéficier  d’une  gastro-entéro¬ 
stomie  faite  au  cours  d’une  première  intervention,  et  guérir  de  son 
ulcère,  et  qui  aujourd’hui,  ne  pouvant  plus  être  opéré,  est  con¬ 
damné  à  garder  son  ulcère. 

Bien  entendu,  je  ne  rends  pas  M.  Masmonteil  responsable  de 
cette  situation.  Je  le  félicite,  au  contraire,  d’avoir  sauvé  la  vie  à 
son  opéré. 

Je  suis  donc  formellement  convaincu  qu’il  faut  toujours  faire 
la  gastro-entérostomie  quand  le  malade  est  assez  résistant  et 
qu’il  est  opéré  de  bonne  heure. 

Du  reste,  c’est  pour  moi,  comme  pour  ^beaucoup  d’autres,  une 
règle  générale,  qu’une  seule  opération  ne  saurait  convenir  au 
traitement  général  de  l’ulcère.  Quel , qu’il  soit,  perforé  ou  non 
perforé,  il  faut  d’abord  le  supprimer,  par  le  procédé  que  l’on  vou¬ 
dra;  mais  il  faut  en  même  temps  mettre  l’estomac  et  le  duo¬ 
dénum  au  repos  par  une  gastro-entérostomie. 

Ce  n’est  pas  la  seule  'règle  que  nous  devons  appliquer  en  chi¬ 
rurgie  gastrique. 

11  y  en  a  une  deuxième  qui  est  d’opérer,  beaucoup  plus  tôt  que 
nQus  le  faisons,  les  ulcères  de  l’eslomac  et  du  duodénum.  Certes, 
je  ne  m’élève  pas  contre  le  bien-fondé  du  traitement  médical;  mais 
je  pense  que  ce  traitement,  quand  il  ne  donne  pas  des  résultats 


SÉANCE  DU  10  JANVIER 


satisfaisants,  ne  doit  pas  être  prolongé,  mais  remplacé  par  le  trai¬ 
tement  chirurgical. 

On  évitera  ainsi  des  complications  contre  lesquelles  nous  inter¬ 
venons  parfois  quand  il  n’est  plus  temps. 

Cela,  vous  le  savez;  mais  il  est  bon,  de  temps  en  temps,  de  le 
rappeler  par  des  exemples  : 

J’ai  reçu,  le  mois  dernier,  dans  mon  service,  une  jeune  -fille  qui 
m’avait  été  adressée  par  un  confrère  de  ville,  très  averti.  Il  avait  jugé 
inutilede  continuer  le  traitement  médical  et,  comme  la  malade  souffrait 
•toujours,  que  la  radioscopie  montrait  une  tache  opaque  sur  la  petite 
courbure,  il  me  pressait  d’opérer. 

Or,  dès  mon  arrivée,  le  matin,  à  l’hôpital  la  malade  fut  prise,  devant 
moi,  d'une  douleur  très  vive  sous  le  rebord  costal  droit  et  de  vomisse¬ 
ments.  Je  la  fis  aussitôt  transporter  à  la  salle  d’opération. 

Anesthésie  générale  au  protoxyde  d’azote.  Laparotomie  médiane 
sus-ombilicale.  Je  trouve  le  pylore  attiré  sous  le  foie,  recouvert  d’eisu- 
dats  jaunâtres,  collé  contre  la  vésicule  biliaire  par  deux  adhérences 
molles,  toutes  récentes.  Je  les  détache  aisément,  et  je  constate  que  le 
pylore  porte  sur  sa  face  antérieure  une  perforation  étroite,  comme  en 
grain  de  blé.  Grâce  aux  adhérences,  elle  avait  été  momentanément 
bouchée  par  le  corps  de  la  vésicule.  Mais  cette  fermeture  était'  bien 
précaire.  Et  je  crois  bien  qu’elle  n’eût  pas  tenu  si  je  n’étais  arrivé  è 
•temps,  avant  qu’elle  se  fût  ouverte  en  péritoine  libre. 

J’excisai  et  suturai  cette  perforation  et  je  fis  une  gastro-entérostomie 
postérieure  trans-mésocolique.  La  malade  a  guéri. 

Mes  conclusions  sont  les  suivantes  :  dans  les  cas  de  perforalion 
stomacale  et  duodénale  récente,  avant  la  sixième  heure,  si  l’élut 
général  du  malade  semble  le  permettre,  il-faut  obturer,  en  l’exci¬ 
sant,  la  perforation  ;  mais  il  faut  aussi  compléter  son  opération 
par  une  gastro-entérostomie. 

Elle  ne 'parait  pas  aggraver  le  pronostic  opératoire  et  de  plus 
elle  a  l’extrême  avantage  de  faire  pour  la  guérison  de  l’ulcère,  et 
•en  une  seule  fois,  tout  ce  qui  peut  être  fait  chirurgicalement. 

Remettre  cette  gastro-entérostomie  à  plus  tard,  c’est  s’exposer 
à  ce  que  les  malades  ne  veuillent  plus  l’accepter,  que  sous  la 
menace  d’une  complication  grave,  comme  il  est  arrivé  dans  deux 
cas  que  je  viens  de  vous  rapporter.  C’est  enfin  s’exposer  à  ce  que 
la  gastro-entérostomie  soit  impossible  plus  lard  à  réaliser,  comme 
il  est  advenu  dans  le  cas  de  Masmonteil.. 

Une  deuxième  conclusion,  corollaire  obligé  de  la  précédente, 
•est  qu’il  ne  faut  pas  trop  prolonger  le  traitement  médical  des 
ulcères  stomacaux  et  duodénaux,  quand  il  ne  donne  pas  de  résul¬ 
tats  d  emblée  satisfaisants  et  passer  assez,  vite  la  main  au  chirur- 
\en.  Ce  sera  le  meilleur  moyen  de  prévenir  ces  perforations  dont 


22  SOCIÉTÉ  DE  'CHIRURGIE 


le  traitement  chirurgical,  comme  nous  le  voyons  d’après  notre 
pratique,  a  une  fortune  diverse  :  bonne,  quand  il  est  précoce, 
mauvaise,  quand  il  est  tardif;  la  chirurgie  des  ulcères  perforés 
ne  devant  pas  être  seulement  curatrice,  mais  encore  et  surtout 
préventive. 


Sur  le  pneumo-péritnine  et  l'emphysème  périrénal , 
par  M.  le  Dr  Carelli  (de  Buenos  Aires). 

'  Rapport  verbal  de  M.  le  Dr  GOSSET. 

Vous  vous  rappelez  tous  la  conférence  si  intéressante  que 
M.  le  Dr  Carelli  a  faite  à  la  Société.  Après  avoir  parlé  du  pneumo¬ 
péritoine  en  général,  et  avoir  projeté  devant  vous  une  série  de 
clichés  montrant  les  lésions  les  plus  variées  de  l’abdomen, 
M.  Carelli  nous  a  décrit  sa  méthode  d’emphysème  périrénal. 
Grâce  à  celte  méthode  spéciale,  nous  avons  pu  voir  déceler  sur 
l’écran  les  augmentations  de  volume  des  reins,  la  présence 
d’adhérences  périrénales,  les  changements  de  forme  du  rein,  les 
pertes  de  substance  dues  à  des  cavernes  tuberculeuses;  nous 
avons  pu  voir  les  modifications  des  capsules  surrénales.  Je  ne 
puis  faire  mieux  que  de  transcrire  dans  nos  Bulletins  la  note 
remise  par  M.  Carelli  lui-même  sur  le  pneumo-péritoine  et 
l’emphysème  périrénal. 

«  Le  pneumo  péritoine  consiste  à  distendre  la  cavité  abdomi¬ 
nale  par  une  injection  gazeuse  pratiquée  à  travers  la  paroi  abdo¬ 
minale.  Cette  cavité  distendue,  le  vide  disparaît  et  les  viscères  se 
séparent  les  uns  des  autres.  On  peut  alors  se  rendre  compte,  à 
l’examen  radioscopique,  de  la  situation  des  différents  organes,  de 
leurs  rapports  normaux  ou  modifiés  par  les  altérations  patholo¬ 
giques  et  fixer  ces  images  sur  des  clichés  radiographiques. 

«  Cette  méthode  s’adresse  surtout,  du  moins  avec  la  technique 
actuelle,  à  l’exploration  des  organes  pleins  :  foie,  vésicule 
remplie,  rate,  pancréas,  reins,  utérus,  ovaires. 

«  La  technique  est  déjà  connue  en  France  :  c’est  en  général 
après  une  injection  de  deux  à  trois  litres  d’oxvgène  que  la  cavité 
abdominale  est  assez  ■  distendue  pour  que  les  organes  massifs 
apparaissent  avec  leurs  bords  nettement  séparés  les  uns  des 
autres.  Les  radiographies  sont  prises  en  différentes  positions 
suivant  l’organe  ou  .la  région  de  l’abdomen  que  l’on  veut 
explorer.  »  (Voirfig.  1  a  8.) 

Après  ces  magnifiques  clichés  radiographiques  pris  grâce  au 


SOCIÉTÉ  DI 


tURGIE 


SÉANCE  DU  10  JANVIER 


Fig.  9.  —  Emphysème  périrénal. 

Rein  normal.  Capsule  surrénale  petite  (Carelli). 


Fig.  10.  —  Emphysème  périrénal. JRein  et  glande  surrénale  normaux  (Carelli). 


a  normal. 
’arèHi|,, 


Fig.  11.  —  Emphys 
On' voit  bien  la 


pérjrénal,  Tuberculose  du  rein  (Carelli). 


péiîrénal.  Tuberculose  du  rein  (Carelli). 


30 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIÈ 


Fig.  15.  —  Emphysème  périrénal.  Calcul  rénal.  Glande  surrénale  (Carelli). 


Fig.  16.  —  Emphysème  périrénal.  Petits  calculs  du  rein  (Carelli). 


DU  10  JANVIER 


32 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


pneumo-péritoine,  le  docteur  Carelli  nous  a  communiqué  un  pro¬ 
cédé  nouveau,  personnel,  permettant  d’explorer  le  rein.  Celui-ci, 
se  trouvant  situé  derrière  le  péritoine,  ne  peut  être  exploré  par  le 
pneumo-péritoine  avec  autant  de  netteté  que  le  foie  ou  la 
rate.  Pour  tourner  la  difficulté,  M.  Carelli  a  cherché  à  produire 
dans  l’atmosphère  cellulo-adipeuse  du  rein  un  emphysème 
artificiel.  Ce  procédé  a  été  présenté  à  la  Société  de  radiologie 
de  Buenos  Aires  en  collaboration  avec  le  docteur  Sordelli. 

Voici  la  technique  employée  : 

«  Après  avoir  pris  une  première  radiographie  avec  points  de- 
repère  cutanés,  on  précise  le  point  qui  correspond  à  l’apophyse 
transverse  de  la  deuxième  lombaire.  On  enfonce,  avec  toutes  les 
règles  de  l’asepsie,  une  fine  aiguille,  en  platine,  longue  de  10  à 
12  centimètres  jusqu’à  cette  apophyse.  Une  fois  l’apophyse  ren¬ 
contrée,  on  fait  dévier  l’aiguille  pour  l'éviter,  on  passe  immédia¬ 
tement  au-dessus  d’elle  et,  après  avoir  encore  introduit  l’aiguille 
de  1  cent.  1/2  à  2  centimètres,  on  surveille  le  manomètre  de 
l’appareil  injecteur.  Aussitôt  que  le  manomètre  manifeste  des 
oscillations,  on  a  la  certitude  que  l’aiguille  est  incluse  dans 
l’atmosphère  adipeuse  périrénale. 

«  On  commence  alors  à  injecter  le  gaz  qui  produira  l’emphy¬ 
sème  artificiel,  ce  que  nous  faisons  avec  un  appareil  de  Forlanini. 

«  Comme  gaz,  nous  employons  de  préférence  l’anhydride  car¬ 
bonique  très  pur  obtenu  au  moyen  des  capsules  Sparklet  qui  se 
trouvent  dans  le  commerce.  L’absorption  est  si  rapide,  que  les 
radiographies,  pour  réussir,  doivent  être  prises  aussitôt  que 
l’emphysème  se  produit. 

«  Les  maladeè  manifestent  un  certain  malaise  dans  la  région 
lombaire  qui  disparaît  en  moins  d’une  demi-heure.  La  quantité 
de  gaz  injectée  varie  de  200  à  600  cent,  cubes. 

«  Ce  procédé  a  permis,  en  augmentant  le  contraste  des  ombres 
du  rein  et  de  la  capsule  surrénale,  de  déceler  divers  états  patho¬ 
logiques  du  rein,  graves  pour  le  malade  qui  les  porte  et  qui 
cependant  n’augmentent  pas  suffisamment  le  volume  du  rein 
pour  le  rendre  visible  avec  le  pneumo-péritoine,  par  exemple  :  la 
tuberculose  rénale,  le  sarcome  à  son  début  et  certains  calculs  qui, 
étant  très  transparents  aux  rayons  de  Rœntgen,  ne  peuvent  être 
révélés  que  par  l’augmentation  des  contrastes.  »  (Voir  fig.  9  à  18.) 

Je  sais  que  je  suis  votre  interprète  à  tous  en  adressant  à 
M.  Carelli  nos  remerciements  pour  la  si  intéressante  présentation 
qu’il  a  bien  voulu  faire  ici  et  pour  la  documentation  unique  qu’il 
a  fait  défiler  sous  nos  yeux. 


SÉANCE  DU  10  JANVIER 


33 


Communications. 

Deux  observations  de  traumatismes  de  l’abdomen, 
par  M.  J.  LAFOURCADE  (de  Bayonne),  correspondant  national. 

Les  deux  observations  que  j’ai  l’honneur  de  vous  communiquer 
me  paraissent  devoir  retenir  votre  altention,  car  la  lésion  du  foie 
constatée  dans  la  première  de  ces  observations,  et  la  plaie  de  la 
veine  cave  inférieure  relatée  dans  la  seconde,  sont  certainement 
exceptionnelles. 

Obs.  I.  —  Contusion  abdominale  chez  une  fillette  de  trois  ans.  Laparo¬ 
tomie.  Le  tube  gauche  du  foie  détaché  est  libre  dans  la  cavité  abdominale. 

Je  suis  appelé  le  17  mai  1922  par  le  Dr  Peschin  auprès  d’une  fillette 
espagnole  de  trois  ans  qui,  là  veille,  vers  10  heures  du  matin,  avait  été 
renversée  par  un  cheval  et  dont  l’abdomen  avait  été  piétiné  par  un  des 
sabots  de  derrière.  Le  médecin  traitant,  ne  relevant  pas  tout  d’abord 
des  symptômes  alarmants,  prescrivit  le  repos,  la  diète  et  l’application 
déglacé  sur  le  ventre.  Le  lendemain  matin,  la  situation  empirant,  je 
vois  la  petite  malade  à  midi,  soit  vingt-six  heures  après  l’accident. 

Le  faciès  est  pâle,  les  yeux  excavés,  le  pouls  à  160,  les  vomissements 
bilieux  sont  abondants.  Le  ventre,  dur  et  contracté,  est  douloureux 
dans  son  ensemble;  mais  la  sensibilité  à  la  pression  est  beaucoup  plus 
vive  dans  la  région  épigastrique.  La  matité  hépatique  est  conservée. 
Matité  nette  dans  la  fosse  iliaque  droite. 

Le  diagnostic  de  perforation  de  l’estomac  paraît  s’imposer.  L’opéra¬ 
tion  immédiate  est  proposée  et  acceptée  par  les  parents. 

Laparotomie  épigastrique,  par  incision  médiane,  à  2  heures  de  l’après- 
midi. 

A  l’incision  du  péritoine,  on  constate  l’existence  d’une  hémorragie- 
considérable  et  le  sang  sort  en  abondance  de  l’abdomen.  Le  petit 
épiploon,  l’estomac  et  le  grand  épiploon  ne  présentent  aucune  lésion. 
Ayant  réduit  l’estomac  et  l’épiploou  pour  explorer  le  foie  et  la  rate, 
un  organe  de  coloration  gris  jaunâtre  se  présente  entre  les  lèvres  de  la 
plaie.  Je  le  saisis  et  j’extrais  de  l’abdomen,  où  il  était  complètement 
libre,  un  volumineux  morceau  de  foie  qui  est  le  lobe  gauche  en  totalité . 

L’hémorragie  est  impressionnante.  L’état  de  l’enfant  est  tel  que  je 
crains  que  la  mort  survienne  sur  la  table  d’opération.  L’anesthésie  est 
suspendue. 

Un  écarteur  est  placé  sur  l’angle  supérieur  de  la  plaie  agrandie 
jusqu’à  l’appendice  xyphoïde.  J'aperfois  la  tranche  de  section  du  foie, 
oblique  en  bas,  à  droite  et  en  avant.  Son  extrémité  postérieure  est  à 
droite  de  la  colonne  vertébrale.  La  tranche  de  section  saigne  avec 
abondance. 

A  l’aide  d’une  aiguille  très  courte  montée,  il  m’est  possible  de  pra- 

BULL.  ET  MÉM.  HE  LA  SOC.  DE  CHIR.,  1923.  3 


M 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


tiquer  un  surjet  hémostatique  peu  serré  qui  ne  coupe  pas  le  tiséu 
hépatique  et  qui  remplit  son  but.  Malgré  la  .très  grande  difficulté  de 
cette  suture,  l’hémorragie  paraît  arrêtée. 

Par  surcroît  de  précaution,  j’applique  sur  la  section  du  foie,  dans 
toute  sa  longueur,  une  mèche  'imbibée  de  sérum  gélatineux,  qui  fait 
tampon. 

L’opération  étant  terminée,  l’état  de  l’enfant  paraît  désespéré.  Tout 
est  mis  en  œuvre  pour  la  ranimer.  Ces  efforts  sont  couronnés  de  succès, 
'carlewir  même  tout  danger  immédiat  es!l  conjuré. 

Les  suites  opératoires  >©nt  été  très 'si  mples.  La  guérison  a -été  obtenue 
•dans  quinze  jours  sans  fistule  bààiaire. 

Voici  le  lobe  .gauche  du  foie  qui  a  été  entrait  4e  l'abdomen  de  ma 
petite  malade. 

Son  poids  est.  de  210  grammes.  Chez  un  enfant  de  trois  ans,  le  poids 
total  du  foie  est  de  1.000  grammes  environ.  •  , 

.Ses  dimensions  sont  les  suivantes  : 

Longueur,  11  centimètres. 

Largeur,  B  cent.  1  /2. 

Épaisseur  maxima,  au  niveau  de  la  section,  3  cent.  1/2, 'les  mesures 
ont  été  prises  après  immersion  delà  pièce  dans  le 'formol  et  rétraction 
marquée  de  ses  dimensions. 

Obs.  'U.  —  Coup  de  couteau  thoraco-abdominal.  Plaie  du  foie  en  séton. 
Plaie  de  la  veine  cave  inférieure.  Tamponnement  du  foie.  Suture  latérale 
de  la  veine  cave  inférieure. 

Le  22  septembre  J 9.1 9,  on  amène  à  ma  clinique,  à  t  heure  du  matin, 
un  contrebandier  qui,  dans  une  rixe,,  avait  reçu,  quatre  heures  aupa¬ 
ravant,  un  coup  de  couteau  sur  la  parai  thoracique  antérieure,  un  peu 
eu  dehors  4e  .la  ligne  mamelonnaire,.à  deux  travers  de  doigt  du  rebord 
costal. 

Le  blessé  .est .dans  un  état  très  grave.  Le  pouls  est. nui,  le  iaeies  et  les 
muqueuses  sont  décolorés,  les  extrémités  sont  froides,  l'agitation  est 
extrême,  le  ballonnement,  la  matité  de  la  fosse  iliaque  droite,  tout 
indique  l’existence  d’une  hémorragie  inlra-.ahdominale  ahandan'e, 
nécessitant  une  opération  immédiate. 

i(J.ne  injection  intraveineuse  de  1  litre  de  sérum  adrénaliné  est  pra¬ 
tiquée  et,  le  pouls  étant  devenu  appréciable,  une  incision  verticale  est 
pratiquée  le  long  du  bord  externe  du  droit. 

L’hémorragie  intr.a-abdamLnale  est  formidable.  Le  foie  est  rapide- 
ment -exploré.  Je  trouve 4  &  -centimètres  de  son  bord  antéro-inférieur, 
en  dehors  de  ta  vésicule,  tune  plaie  en  .séton,  du  haut  en  bas,  dans 
laquelle  le'  doigt  pénètre  aisément.  Une  mèche  tamponne  cette  plaie. 

Mais  l’hémorragie  est  tout  aussi abondante.  Ml.e  - vient.de  dessous  le 
foie. 

Mon  .aide  relevant  le  foie  et  un  écarteur  étant  placé  sur  la  .lèvre 
interne  de  Uiaokien,  je  rqpère  l’hiatus  de  Winslow.J.e  recherche  si 
l’hémorragie  ne  vient  pas  du  pédicule  hépatique.  Mais  sur  la  lèvre 
antérieure  ide  Th iaUrs,  rien  ne  saigne. 


SÉANCK  DU  10  JANVIER 


Retirant  alors  doucement  une  des  compresses  qui  est  en  arrière  de 
l’hiatus,  je  vois  nettement  un  jet  de  sang.  En  un  instant,  le  sang  emplit 
toute  la  région.  Saisissant  une  pince,  et  retirant  de  nouveau  une  com¬ 
presse,  j’aperçois  nettement  un  orifice  ayant  2  millimètres  de  diamètre, 
par  lequel  sort  un  jet  de  sang.  La  pince  est  rapidement  .placée.  L’hémor¬ 
ragie  est  arrêtée. 

En  me  repérant,  il  m’est  alors  possible  de  constater  que  la  pince  est 
placée  sur  un  large  vaisseau,  ayant  un  diamètre  supérieur  à  celui  d’un 
doigt,  qui  monte  de  bas  en  haut,  qui  est  bleuté  à  parois  minces,  et  qui 
borde  en  arrière  l'orifice  de  l’hiatus  de  Winslow.  Ce  vaisseau  ne  peut  dire 
que  la  veine  cave  inférieure. 

A  l’aide  d’une  pince  intestinale  courbe  très  fine  et  un  fil  de  lin,  je 
fais  tout  autour  de  la  pince  un  surjet  en  bourse  non  pénétrant.  Le  (il 
est  noué,  la  pince  est  retirée,  le  fil  est  serré.  L’étanchéité  cle  la  plaie 
veineuse  est  parfaite. 

Les.suites  opératoires  furent  très  simples. 

Je  tiens  à  dire  que,  si  j’ai  pu  heureusement  terminer  cette  opé¬ 
ration.  dramatique,  cela  est  dû  en  partie  au  puissant  éclairage 
frontal,  le  cyclope,  dont  je  me  suis  servi  (et  dont  je  me  sers  d’ail¬ 
leurs  couramment).  Sans  lui,  malgré  l’excellent  plafond  lumineux 
de  ma  salle  d’opération,  il  m’eût  été  impossible  d’apercevoir  la 
lésion  et  la  veine  cave  inférieure. 


Onze  observations  nouvelles  de  kystes  hydatiques  suppurés 
traités  par  la  fermeture  sans  drainage , 

par  M.  te  Dr  BRUN,  chirurgien,  membre  correspondant 
et  M.  LAURIOL,  interne  de  l’Hôpital  Sadiki. 

L’échinococcose  est  extrêmement  fréquente  chez  les  indigènes 
de  Tunisie.  De  1919  à  1922,  nous  avons  opéré  à  l’hûpital  Sadiki 
92  kystes  hydatiques,  parmi  lesquels  plusieurs  contenaient  un 
liquide  purulent. 

Au  début,  fidèles  à  l’enseignement  classique,  nous  traitions  les 
kystes  suppurés  par  la  marsupialisation  et  le  drainage.  Mais  nous 
ne  tardions  pas  à  être  frappés  par  les  difficultés  parfois  rencon¬ 
trées  pour  faire  une  marsupialisation  correcte  et  par  les  graves 
inconvénients  que  présente  cette  méthode.  Aussi,  dès  1919,  étions- 
nous  amenés  à  tenter  la  fermeture  immédiate  sans  drainage  des 
kystes  hydatiques  suppurés  du  foie. 

L’excellence  des  résultats  obtenus  nous  encouragea  à  persister 
dans  cette  voie. 

Depuis  lors,  nous  avons  traité  tous  les  kystes  suppurés  par  ce 


36 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


procédé.  Nos  quatre  premières  observations  ont  été  présentées  à 
la  Société  de  Chirurgie  de  Paris  où  elles  ont  fait  l’objet  d’un 
rapport  de  M.  le  professeur  Lecène  dont  nous  tenons  à  citer 
quelques  passages  :  «  11  est  donc  possible  et  même  probable  que, 
dans  un  certain  nombre  de  cas  de  suppuration,  presque  froide,, 
des  kystes  hydatiques,  on  peut,  sans  inconvénient,  ne  pas 
drainer...  mais  pour  les  cas  de  suppuration  chaude  d’un  kyste 
bydatique,  lorsqu’il  y  a  fièvre  élevée,  à  oscillation,  un  état  général 
grave  et  du  pus  fétide,  il  me  semble  que  provisoirement  (et  peut- 
être  définitivement)  la  conduite  chirurgicale  la  plus  sûre  c’est  de 
'.drainer.  Je  m’empresse  d’ailleurs  de  reconnaître  que  ce  sont  là 
des  questions  de  pratique  difficiles,  que  seules  des  observations 
précises  et  nombreuses  permettront  de  résoudre.  » 

Et  plus  loin,  M.  Lecène  ajoute  :  «  Je  me  permettrai,  également,, 
de  prier  les  chirurgiens  qui  ont  des  observations  analogues  de 
bien  vouloir  nous  les  envoyer.  » 

Pour  répondre  à  cet  appel  nous  publions  aujourd’hui  il  obser¬ 
vations  nouvelles  de  kystes  hydatiques  suppurés.  Ces  observations,, 
jointes  à  celles  que  nous  avons  déjà  adressées  en  juillet  1920  à  la 
Société  de  Chirurgie,  forment  un  total  de  15  observations. 

Les  résultats  de  la  fermeture  §ans  drainage  dans  ces  15  cas  de 
kystes  hydatiques  suppurés  nous  paraissent  extrêmement  favo¬ 
rables. 

Nous*  n’avons  eu  à  déplorer  que  1  décès.  Ce  cas  (obs.  IX)  con¬ 
cernait  une  femme  âgée,  amenée  à  l’hôpital  dans  un  état  de 
cachexie  marquée.  L’opération  fut  suivie  de  deux  récidives  qui 
obligèrent,  la  première  à  une  ponction,  la  seconde  à  une  marsu¬ 
pialisation  ;  trois  jours  après  cette  dernière  intervention,  la  malade 
présentait  une  broncho-pneumonie,  à  laquelle  elle  succombait. 
Nous  ne  pensons  pas  que  la  marsupialisation,  pratiquée  d’emblée,, 
eût  pu  sauver  cette  malade;  il  est  bien  peu  probable,  étant  donné 
l’état  de  cachexie  dans  lequel  elle  nous  est  arrivée  à  l’hôpital, 
qu’elle  ait  pu  faire  les  frais  d’une  guérison  aussi  lente  que  celle- 
que  l’on  obtient  par  la  marsupialisation. 

A  noter  que  la  malade  est  morte  plus  d’un  mois  après  la 
première  opération. 

Une  de  nos  malades  (obs.  XV)  a  vu  sa  guérison  retardée  par 
une  complication  :  elle  présentait  un  kyste  hydatique  suppuré 
dans  la  fosse  iliaque  droite  ayant  contracté  des  adhérences  étroites 
avec  l’intestin.  Le  pus  avait  une  odeur  nettement  fécaloïde;  il 
contenait  des  colibacilles,  comme  le  montraient  l’examen  direct 
et  les  cultures.  Au  douzième  jour,  la  cicatrisation  était  parfaite  et 
on  enlevait  les  crins.  Trois  jours  après,  une  fistule  stercorale 
s’ouvrait  dans  le  kyste;  elle  finit  par  se  fermer  spontanément  et 


SÉANCE  DU  10  JANVIER 


37 


la  malade  sortit  guérie  de  l’hôpital.  Cette  complication  n’infirme 
d'ailleurs  en  rien  la  valeur  du  procédé  que  nous  préconisons;  la 
fistule  se  fût  produite  tout  aussi  bien  dans  un  kyste  marsupialisé. 

Dans  les  13  autres  cas  les  résultats  ont  été  remarquables  et  la 
guérison  extrêmement  rapide,  les  malades  ont  tous  quitté  l’hôpital 
avec  une  cicatrisation  parfaite. 

Les  examens  de  laboratoire  n’ont  malheureusement  pas  été. 
■pratiqués  dans  tous  les  cas.  Plusieurs  fois  ils  sont  restés  néga¬ 
tifs;  il  s'agissait  vraisemblablement  dans  ces  cas  de  suppuration 
ancienne  devenue  aseptique.  Par  contre,  dans  4  cas,  les  examens 
de  laboratoire  ont  montré  dans  le  pus  la  présence,  soit  de  coli¬ 
bacilles  (obs.  III,  V,  X),  soit  dmstaphylocoque  (obs.  VII). 

Il  est  à  remarquer  que  le  seul  cas  terminé  'par  la  mort  (obs.  IX) 
concerne  un  kyste  dont  le  liquide  était  aseptique. 

L’idée  de  fermer  les  kystes  hydatiques  suppurés  n’est  certes 
pas  nouvelle.  Depuis  longtemps,  beaucoup  de  chirurgiens  avaient 
songé  à  remédier  ainsi  aux  graves  inconvénients  de  la  marsupia¬ 
lisation.  C’est  M.  Quénu,  croyons-nous,  qui  le  premier,  en  1905, 
■tenta  la  fermeture  d’un  kyste  suppuré.  La  guérison  fut  rapide.  La 
même  année,  Reclus  tente,  d’ailleurs  sans  succès,  de  traiter  par  ■ 
cette  méthode  un  kyste  hydatique  suppuré  du  foie.  Depuis,  il  est 
probable  que  quelques  chirurgiens  ont  appliqué  cette  technique. 
Il  n’en  est  pas  moins  vrai  que  les  observations  de  kystes  hyda¬ 
tiques  suppurés  traités  par  fermeture  immédiate  sans  drainage 
sont  rares.  D’ailleurs,  les  traités  classiques  établissent  comme 
une  règle  absolue  que  tout  kyste  suppuré  doit  être  laissé  ouvert. 
Des  articles  plus  récents  soutiennent  cette  opinion.  C’est  ainsi  que 
que  dans  un  numéro  du  Journal  médical  Français ,  paru  en 
décembre  1910,  M.  Dujarier  écrit  :  «  En  présence  d’un  kyste 
hydatique  suppuré  du  foie,  la  marsupialisation  et  le  drainage 
sont  indiqués  à  l'exclusion  de  tout  autre  procédé.  j>  Toutefois, 
certains  de  ces  auteurs  sont  les  premiers  à  reconnaître  que  la 
marsupialisation  n’est  pas  sans  inconvénients.  Kôrte  a  signalé 
des  cholorragies  intrakystiques;  Terrier  et  Dujarier  ont  attiré 
l’attention  sur  la  possibilité  d’hémorragies  intrakystiques  graves. 
Plusieurs  auteurs  ont  souligné  la  gravité  de  cette  longue  suppu¬ 
tation  dont  le  malade  ne  parvient  pas  à  faire  les  frais.  Lobmayer 
a  rapporté  des  cas  de  fistules  subsistant  deux,  quatre  et  même 
sept  ans  après  l’opération.  Enfin,  il  ne  faut  pas  oublier  que  même 
on  cas  de  guérison  il  se  produit  presque  fatalement  une  éven¬ 
tration  au  niveau  de  la  cicatrice. 

Dans  certains  cas,  enfin,  la  situation  anatomique  du  kyste ,  les 
adhérences  qu’il  a  pu  contracter  avec  les  organes  voisins  ne 


38 


SOCIÉTÉ  DE  CUIHURGIE 


permettent  pas  de  pratiquer  la  marsupialisation  (obs.  II).  Le 
drainage  ne  nous  donne  pas  toujours  une  sécurité  parfaite;  en 
effet,  dans  ces  cas,  la  longueur  du  drain,  les  coudures  qu'il  peut 
être  nécessaire  de  lui  donner,  les  difficultés  que  l’on  éprouve 
parfois  à  le  fixer  à  l’orifice  du  kyste,  risquent  de  laisser  s’écouler 
dans  le  péritoine  du  liquide  seplique. 

Cette  seule  indication  suffirait  à  justifier  au  moins  dans  ces  cas 
la  fermeture  immédiate  sans  drainage,  mais  il  en  est  encore  une 
autre  et  qui  n’est  pas  négligeable  :  la  multiplicité  des  kystes  hyda¬ 
tiques.  Il  est  inutile  d’insister  sur  les  graves  inconvénients,  pour 
le  malade,  de  marsupialisations  multiples  pour  des  kystes  assez, 
éloignés  les  uns  des  autres. 

Les  avantages  de  la  fermeture  immédiate  sont  faits  précisément 
des  inconvénients  de  la  marsupialisation.  Nous  avons  pu  la  pra¬ 
tiquer  dans  tous  les  cas,  quels  que  fussent  le  nombre  et  la  situation 
anatomique  des  kystes  et  nos  13  malades  sont  tous  partis  guéris 
après  une  hospitalisation  de  courte  durée  et  tous  avaient  une  paroi 
souple  et  solide. 

On  pourra,  il  est  vrai,  nous  reprocher  précisément  le  peu  de 
temps  pendant  lequel  nos  opérés  ont  été  suivis.  La  connaissance 
des  cas  de  récidives  lointaines  signalés  par  Devé  doit  nous  imposer 
quelques  réserves.  Notons,  cependant,  qu’un  de  nos  opérés  a 
donné  de  ses  nouvelles  neuf  mois  après  l’intervention,  qu’un  autre 
a  été  revu  trois  mois  et  un  troisième  six  mois  après  être  sorti  de 
l’hôpital.  Il  est  permis  dépenser  que  c’est  parce  qu’ils  sont  guéris 
qu’ils  ne  se  sont  pas  représentés  à  l’hôpital  Sadiki,  cet  hôpital 
étant  le  seul  qui  reçoive  les  indigènes,  et  les  malades  n’ont  pas 
comme  en  France  la  facilité  de  passer  d’un  service"  dans  un  autre. 

Quelles  sont  les  critiques  qu’on  peut  adresser  à  celte  méthode? 
Elles  ont  été  faites  avec  beaucoup  d’autorité  par  M.  Lecène  dans 
son  rapport  à  la  Société  de  Chirurgie  du  7  juillet  1920. 

La  plus  sérieuse  est  évidemment  celle  qui  affirme,  avec  raison, 
qu’il  est  impossible  au  cours  de  l’intervention  de  savoir  si  le 
liquide  est  fortement  septique  ou  non.  La  clinique  ne  nous  fournit 
pas  toujours  de  symptômes  permettant  cette  différenciation.  Une 
ponction  exploratrice  pratiquée  avant  l’intervention  pourrait  per¬ 
mettre  de  résoudre  le  problème.  Mais  les  dangers  de  ces  ponctions 
sont  connus  de  tous  et  paraîtront  aussi  redoutables,  sinon  plus, 
que  la  méthode  que  nous  préconisons.  Quant  à  l’examen  extem¬ 
porané  du  pus  au  cours  de  l’interven  tion,  il  nécessite  un  personnel 
et  un  matériel  qui  n’existent  que  rarement  même  dans  les  hôpi¬ 
taux  les  mieux  organisés.  A  fortiori ,  restera-t-il  toujours  en  dehors 
des  ressources  du  praticien.  Du  reste,  dans  les  cas  où  nous  avons 


SÉANCE  DO  10  JANVIER 


39 


trouvé  cto  pus  septique  lès  résultats  n’ont  pas  été  inférieurs  à 
ceux  des  cas  avec  pus  stérile.  Notons  encore  une  fois  que  notre1 
seule  observation  de  fermeture'  sans  drainage  suivie  de  mort 
concerne  un;  kyste  hydatique  suppuré  aseptique. 

peut-être  en  présence  de  pus  galeux  (le  cas  ne  s’est  pas  encore 
présenté- à  nous)  serait-il  prudent  comme  le  fit  M.  Çluénu,  en!904r 
de  laisser  dansle  kyste  un  petit  drain  pendant  quarante-huitheures- 

II  nous  semble  avoir  répondu  aux  objections  les  plus  sérieuses 
formulées  contre*  las  fermeture  sans  drainage  dans  le  traitement 
des  kystes  hydatiques  suppuTés. 

D’après*  nos  observations,  après  celles  publiées  par  M.  le  D"  Bra- 
quehaye,  M.  Hallopeau,  M.  Zwirn,  ce  procédé  ne  semble  pas 
présenter  de  graves  inconvénients.  A  notre  avis,  1? infection  peut 
évidemment  se  produire  au  cours  même  de  l’intervention,  mais  si 
la  cavité  péritonéale-  a  été-  soigneusement  protégée,  si  la  surtore 
du  kyste  est  étanche,  l’infection  post-opératoire  n’est  pas  plus  à 
redouter  avec  la  fermeture  sans  drainage  qu'avec  la  marsupia¬ 
lisation. 

Si  la  collection  se  reforme  dans  la  poche  atosf  refermée,  l’epftrs 
gros  reproche  que  l’on  puisse  faire  à  l'a  méthode,  c’est  qu’elle 
laisse  l’opéré  après  l’infervenfion  dans  l’êrat  où  il  se  trouvait 
avant  celle-ci.  La  situation  n’en  est  pas  aggravée.  On  ponctionnera 
la  poche,  comme  le  fit  Dujarier,  comme  nous  avons  eu  à  le  faire 
nous-même  (obs.  XV)  et,  si  les.  ponctions  sont  inefficaces,  on  en 
est  quitte  pour  marsupialiser. 

Du  reste,,  plusieurs  observations  ont  été  publiées  concernant 
l’apparition  secondaire  de  liquide  purulent  dans  des  kystes  hyda¬ 
tiques,  à  liquide  clair,  antérieurement  opérés  et  fermés. 

Pourtant  la  fermeture  des  kystes  limpides  est  aujourd’hui 
universellement1  adoptée. 

Nous  n’avons  jamais  observé  ni  hémorragies,  ni  cholêrragies. 

Nos  malades  n’ont  jamais  présenté  d’éventration. 

Dans  un  cas  du  D1'  Zwirn,  il  y  eut  un  phlegmon  de  la  paroi 
sans  suppuration  du  kyste  hydatique.  C’est  là  une  complication 
qui  ni  est  nullement  imputable  à  la  méthode. 

La  technique  que  nous  employons  est  calquée  sur  le  traitement 
des  kystes  clairs.  Nous  la  résumons  brièvement  : 

Après  laparotomie,,  variable  suivant  le  siège  du  kyste,,  on  pra¬ 
tique  une  ponction  au  gros  trocart  dans  la  partie  la  plus  saillante 
de  la  poche.  Puis  on  injecte  par  cette  voie  une  solution;  de  formol 
à  1  p.  10CK  Celte  injection*  parasi lucide1  est  nécessaire  même  en 
cas  de  liquide  nettement  septique.  En>  effet,  les  recherches  de 
M.  Devé,  confirmées  par  les  expériences  de  MM1.  Chauffard  et 
Widal,  ont  établi  qne  les  vésicules  filles  vivantes  peuvent  persister 


40 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


très  longtemps  au  milieu  d’un  pus  extrêmement  virulent.  Ce 
deuxième  temps  est  donc  important. 

Ceci  fait,  on  évacue  le  liquide  aussi  complètement  que  possible 
et  après  protection  minitieuse  de  la  cavité  péritonéale  on  incise 
largement  le  kyste.  On  pratique  le  curettage  à  la  louche  et  on 
assèche  la  poche  avec  des  compresses.  Ensuite,  on  peut,  si  le 
kyste  est  volumineux,  réséquer  une  partie  de  la  poche  avant  de 
fermer.  Sinon,  on  jette  sur  les  lèvres  de  la  plaie  kystique  un 
surjet  de  catgut  au  point  de  Connel  qu’on  enfouit  sous  un 
deuxième  surjet  de  sûreté.  Dans  certains  cas,  si  la  situation  du 
kyste  rend  l’opération  facile,  il  peut  être  bon  de  le  fixer  à  la  paroi 
selon  la  technique  cle.Vasi,  préconisée  par  M.  Quénu.  Ce  dernier 
temps,  souvent  difficile,  n’est  nullement  nécessaire. 

Ors.  IV.  —  Kyste  hydatique  suppuré  de  la  face  inférieure  du  lobe  droit 
(Dr  Brun). 

Ali  Gr...,  âgé  de  cinquante-cinq  ans,  originaire  de  Souk  Ahras,  vient 
nous  consulter  à  l’hôpital  Sadiki  pour  une  volumineuse  tumeur 
occupant  surtout  le  flanc  droit. 

Cette  tumeur  prend  le  contact  lombaire,  sa  forme  est  allongée,  elle 
est  mate  à  la  percussion  et  la  palpation  donne  bien  la  sensation  d’une 
tumeur  liquide  sans  que  l’on  puisse  diagnostiquer  si  elle  dépend  du  foie 

Pas  de  fièvre,  pas  de  douleur.  Le  début  remonterait  à  seize  mois,  aux 
dires  du  malade.  Opération  le  23  mars  1920.  Laparotomie  latérale  verti¬ 
cale  sur  le  bord  externe  du  grand  droit.  On  tombe  sur  un  volumineux 
kyste  hydatique  de  la  partie  antérieure  de  la  face  inférieure  du  lobe 
droit  se  plongeant  dans  la  cavité  abdominale.  Il  s’agit  d’un  kyste  com¬ 
plexe  et  suppuré.  Après  formolage  on  vide  la  poche,  on  l’assèche  aussi 
complètement  que  possible  et  on  la  referme  par  un  double  surjet  au 
catgut.  Fermeture  de  la  paroi  abdominale  en  trois  plans. 

Les  suites  opératoires  ont  été  excellentes.  Réunion  per  primam. 

Le  malade  quitte  l’hôpital  quinze  jours  après  l’intervention. 

L’examen  du  pus  fait  à  l’Institut  Pasteur  de  Tunis  montre  quelques 
rares  colibacilles. 

Obs.  V.  —  Kyste  hydatique  suppuré  du  lobe  droit  du  foie  (Dr  Brun). 

H.  ben  Lar...,  cultivateur,  âgé  de  soixante  ans,  entre  dans  le  service 
le  3  mars  1920  pour  une  grosse  tumeur  occupant  tout  I’hypocondre 
droit.  Cette  tumeur  arrondie,  mate,  se  continue  sans  démarcation  avec 
le  foie. 

L’état  général  est  extrêmement  précaire. 

Opération  le  9  mars  1920.  Aaesthésie  locale  à  la  novocaïne.  Laparo¬ 
tomie  latérale.  On  tombe  sur  un  kyste  de  la  face  convexe  du  lobe  droit 
adhérant  à  la  paroi.  La  ponction  au  trocart  permet  de  retirer  plus  de 
six  litres  de  liquide  purulent.  Après  formolage  la  poche  est  asséchée 


SÉANCE  DU  10  JANVIER 


41 


avec  des  compresses  et  fermée  sans  drainage  par  un  double  surjet  au 
catgut. 

La  paroi  est  suturée  en  un  plan  aux  crins. 

Durée  de  l’opération  :  vingt-cinq  minutes. 

Suites  opératoires  bonnes.  L’état  général  s’améliore  et  le  malade  sort 
.guéri  le  4  juin  1920. 

Obs.  VI.  —  Kyste  hydatique  suppuré  de  la  face  inférieure  du  foie 
<Dr  Brun). 

M.  bent  Sa...,  âgée  de  trente-huit  ans, entre  à  l’hôpital  le  2  avril  1920, 
pour  une  énorme  tumeur  abdominale  donnant  cliniquement  l’impres¬ 
sion  d’une  tumeur  ovarienne. 

Opération  le  7  avril.  Anesthésie  générale  à  l’éther.  Laparotomie 
médiane  sus-  et  sous-ombilicale.  On  tombe  sur  un  kyste  hydatique  de 
la  face  inférieure  du  foie  ayant  plongé  dans  la  cavité  abdominale.  La 
ponction  ramène  environ  3  litres  d’un  liquide  louche  contenant  de 
nombreuses  vésicules  filles.  Après  formolage  la  poche  est  asséchée,  on 
la  résèque  en  partie  et  on  la  referme  sans  drainage  par  un  double 
surjet  au  catgut.  La  paroi  est  suturée  en  un  plan  au  crin. 

Durée  de  l’opération  :  vingt-quatre  minutes. 

Suites  opératoires  normales.  Les  crins  sont  enlevés  le  18  avril.  La 
malade  sort  guérie  le  24  avril  1920. 

Obs.  VII.  —  Kyste  hydatique  suppuré  du  lobe  droit  du  foie  (Dr  Brun). 

H.  ben  Tou...,  âgé  de  trente-neuf  ans,  entre  à  l’hôpital  le  30  juin  1920. 

Opération  le  3  juillet  1920.  Incision  de  Kehr.  On  tombe  sur  un  volu¬ 
mineux  kyste  de  la  face  convexe  du  foie.  Ce  kyste  communique  avec 
la  vésicule  biliaire,  car  celle-ci,  énorme  avant  l’ouverture  du  kyste,  est  à 
peu  près  vide  après  évacuation  de  la  poche  kystique.  Le  kyste  renferme 
environ  2  litres  de  liquide  purulent  extrêmement  fétide  contenant  de 
■nombreuses  vésicules  filles.  Après  formolage  la  poche  est  asséchée  et 
refermée  sans  drainage. 

On  explore  alors  la  vésicule  qui  est  flétrie  et  adhérente.  Il  existe 
2  ou  3  ganglions  gros  comme  une  amande  le  long  du  cystique  et  du 
cholédoque.  Une  tentative  faite  pour  les  dégager  provoque  une  petite 
hémorragie,  car  le  foie  se  déchire  un  peu  à  sa  face  inférieure. 

On  fait  un  tamponnement  dans  la  région  du  col  de  la  vésicule  et  en 
ferme  la  paroi  abdominale  en  un  plan  au  double  crin. 

L’analyse  du  liquide,  faite  à  l’Institut  Pasteur  de  Tunis,  montre  la  pré¬ 
sence  de  nombreuses  bactéries  avec  grande  prédominance  de  staphylocoques. 

'  Les  suites  opératoires  sont  excellentes. 

Les  crins  sont  enlevés  le  douzième  jour.  La  cicatrisation  est  parfaite. 

Le  malade  sort  guéri  le  3  août  1920. 

Il  a  été  revu  le  18  octobre  1920.  La  région  est  souple.  Le  malade  est 
en  parfaite  santé. 

Obs.  VIII.  —  Kyste  hydatique  suppuré  du  foie  (Dr  Brun). 

Am.  ben  Sal...,  âgé  de  trente-six  ans,  entre  dans  le  service  le 
»  août  1920. 


42 


SOCIÉTÉ  DE  CHIIWBi&IE 


Opération  le  40'  août.  Anesthésie  générale  à  l’éther.  Laparotomie 
latérale.  On  découvre  un  petit  kyste  hydatique  du  lobe  gauche  du  foie. 

Évacuation  d’un  liquide  purulent  épais.  Lavage  au  formol.  La  poche 
est  suturée  au  catgut  sans  drainage. 

La  paroi  esrt  refermée  en  un  plan  ara  crin. 

Suites  opératoires  normales. 

Le  malade  sort  guéri  le  27  août  1920. 

Obs.  IX.  —  Kyste  hydatique  suppuré  du  lobe  gauche  du  foie  (Dr  Brun). 

Om  û.  lient  M...,,âgée  de  cinquante  ans,  est  amenée  à  la  consultation 
le  9  août  1920.  EUe  est  à  ce  moment  dans  un  état  de  faiblesse  extrême  : 
le  faciès  est  terreux,,  la  langue  sèche,  le  pouls  incomptable. 

La  paroi  abdominale  est  soulevée  par  une  tumeur  volumineuse, 
médiane,  mate,  indolore,  au  niveau  de  laquelle  on  perçoit  du  frémis¬ 
sement  hydatique.  En  l’absence  de  tout’  renseignement  concernant 
l’histoire  de  la  maladie  on  porte  le  diagnostic  probable  de  kyste  hyda¬ 
tique  du  foie  et  on  se  décide  à  l’intervention  malgré  le  mauvais  état 
général. 

Opération  le  11  août.  Anesthésie  générale  à  l’éther.  Laparotomie 
médiane.  On  tombe  sur  un  volumineux  kyste  hydatique  du, lobe  gauche 
du  foie  bombant  à  la  face  inférieure  et  venant  faire  saillie  à  la  face 
convexe.  La  ponction  ramène  un  liquide  purulent.  Après  furmolage,  on 
vide  à.  la  louche  la  p  o  che  kystitpue  qui  contient  plusieurs  vésicules  Biles 
et  aussi  des  sortes  d’amas  noirâtres  ressemblant  à  des  caillots  de  fibrine. 

.  On  referme  la. poche  par  un  double  surjet  de  catgut. 

On  suture  la  paroi  an  un  plan  au  double  crin.. 

L'examen  du  liquide,  fait  par  l'Institut  Pastew  de.  Tunis  révèle  un  liquide 
aseptique . 

Suites  opératoires  :  les  jours,  suivants,  la  malade  est  très  déprimée- 
Elle  tousse  et  souffre,  de  dyspnée-  La  température  oscille  autour  de  37°' 
L’auscultation  fait  entendre  quelques  râles  congestifs  aux  bases. 

Les  cirins.  sont  enlevés  le.  dixième:  jour.  La  réunion  est  parfaite,  mais 
il  semble  que  la  tumeur  se  soit  reformée. 

Le  26,  août,  sous  anesthésie  Locale,  on  ouvre  le  trajet  de  la  première 
incision  et  on  ponctionne  à  nouveau  le  kyste, .puis  on  referme  la  paroi. 

Quelques. jours  après,  l’examen  de  l’abdomen  montre  que  la  tumeur 
s’est  reproduite. 

.  Le  9  septembre,  on  intervient  à. nouveau  et.  devant  L’échec  des  deux 
premières  interventions  ou  procède  à. la  marsupialisation,  du  kyste  qui 
est  drainé  largement. 

Trois  jours  après,  la  malade  fait  une  poussée,  de  broncho-pneumonie 
et  meurt  le  15  septembre  avec  une  température  qui  oseille  entre.  39° 
et  40°.. 

L’autopsie  n’a  pu  être  faite. 

Obs.  XL  —  Kyste  suppuré  du  lobe-  droit  du1  foie,  kyste  non  suppuré  du 
lobe  gauche  \ Dr  Brun). 

Mess...  bent  Ah...,  âgée  de  trente-deux  ans,  vient  nous  consulter  le 


SÉANCE  ©U  10  JANVIER 


43 


16  mai.  1921  pour  une  volumineuse  tumeur  emplissant  toute  la  cavité 
abdominale. 

La  malade  ne  fournit  que  des  renseignemenls  très  imprécis  sur 
le  début  de  l’affection  qui,  à  l’en  croire,  ne  remonterait  qu’à 
un  an. 

A  son  entrée  elfe  se  présente  à  nous  avec  une  teinte  snbietérique. 
L’état  général  est  très  déficient  :  le  thorax  et  les  membres  sont  très 
amaigris  et  font  avec  l’abdomen  un  contraste  frappant. 

A  la  palpation,  on  sent  une  tumeur  régulière,  lisse,  ovalaire  à  grandi 
axe  dirigé  de  haut  en  bas  et  de  gauche  à  droite.  Son  pôle  inférieur 
plonge  profondément  d'ans  la  cavité  pelvienne  où  les.  doigts  n’arrivent 
pas  à  la  délimiter  nettement.  En  haut  elle  remonte  jusqu’à  l’ombilic. 
A  ce  niveau,  fa  main  palpe  le  bord  inférieur  du  foie  dur  et  régulier, 
séparé  par  un  sillon  profond  de  la  tumeur.  Celle-ci  semble  gl  isser  sous 
le  lobe  droit  du  foie.  A  gauche,  elle  se  prolonge  dans  Fhypocondre 
jusqu’au  rebord  costal.  Le  lobe  gauche  du  foie  hypertrophié  fait  corps 
avec  la  tumeur. 

Cett'e  tumeur  à  peine  sensible  à  droite,  est  mate. 

On  ne  perçoit  pas  de  frémissement  hydatique. 

Température:  37°-3Tafr. 

Opération  le  24  mai  192'f.Ogr.  01  de  morphine  une  demi-heure  avant 
l’opération.  Rachianesthésie  lombaire  :  0  gr.  12S  de  novocaïne.'  Lapa¬ 
rotomie  médiane  sus-  et  sous-ombilicale,  fl  existe  :  1“  un  volumineux 
kyste  à  la  partie  inférieure  du  lobe  droit  du  foie,  développé  au  point 
de  descendre  jusque  dams  fa  cavité  pelvienne  ;  2°  à  fa  face  inférieure 
du  lobe  gauche  un  kyste  qui  occupe  tout  le  flanc  et  Fhypocondre 
gauche. 

La  ponction  du  premier  kyste  permet  de  retirer  près  de  4  litres  d’un 
liquide  puriforme  de  couleur  verdâtre.  La  membrane  hydatique,  flétrie, 
est  divisée  en  plusieurs  fragmenls  donnant  l’impression  de  marmelade 
d'orange.  Après  formolagede  la  poche  on  ferme  sans  drainage  ni  capi¬ 
tonnage.  Après  un  premier  surjet  au  catgut  on  se  sert  du  grand  épi¬ 
ploon  pour  recouvrir  les  sutures. 

Le  deuxième  kyste  renferme  environ  2  litres  de  liquide  eau  de  roche. 
On  enlève  une  volumineuse  membrane  hydatique.  Après  formofage  'on 
ferme  par  un  double  surjet  au  catgut  sans  drainage.  La  vésicule 
biliaire  a  la  grosseur  du  poing  et  ses  parois  sont  épaissies;.  L’état  pré¬ 
caire  de  la  malade  ne  permet  pas  d’en  faire  l’ablation. 

Le  foie  est  énorme  et  descend  jusqu’à  la  région  ombilicale  et  même 
un  peu  au-dessous.  Il  est  dur  et  sur  sa  face  convexe  on  voit  des  traînées 
blanchâtres» 

Suture,  de  la  paroi  en  un  seul  plan  au  douhle  crin. 

Durée  de  l’opération  :  vingt-trois  minutes» 

Les  suites  opératoires  furent  simples.  Ablation  des  crins  le  douzième 
jour.  Réunion  per  primant.  La  malade,  quitte  le  service  dix-huit  jours 
après  l’intervention. 

Nous  n’av®D.s  pas  eu  l’occasion  de  la  revoir. 

L'examen  du  pus  pratiqué  au  laboratoire  de  l'hôpital  Sadiki  par 


U 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Mme  Brun-Romme  montre  de  nombreux  polynucléaires  et  mononucléaires 
dégénérés.  Pas  de  bacilles  à  l'examen  direct. 

Une  culture  révèle  la  présence  de  colibacilles. 

Obs.  XI.  —  Kyste  suppuré  du  lobe  gauche  du  foie  (Dr  Brun). 

H...  ben  Hadj  A...,  âgé  de  vingt-six  ans,  se  présente  à  la  consultation 
le  19  juin  1921.  C’est  un  malade  amaigri,  légèrement  dyspnéique.  Le 
ventre  est  déformé  par  une  tumeur  énorme,  mate,  légèrement  doulou¬ 
reuse  qui  remplit  toute  la  cavité  abdominale.  On  perçoit  le  frémisse¬ 
ment  hydatique. 

Opération  le  21  juin  1921.  Anesthésie  générale  à  l’éther.  Laparotomie 
médiane  sus-  et  sous-ombilicale.  On  découvre  un  volumineux  kyste 
développé  au  niveau  de  la  face  inférieure  du  lobe  gauche  du  foie.  Ce 
kyste  sessile  remplit  toute  la  cavité.  Il  a  le  volume  et  l’apparence  d’un 
utérus  gravide  au  moment  où  on  l’extériorise  pour  pratiquer  l’opération 
césarienne.  Après  avoir  libéré  les  adhérences  formées  par  le  grand 
épiploon  on  s’aperçoit  qu’il  est  absolument  impossible  de  l’enlever  en 
entier.  On  ponctionne  et  on  retire  10  à  12  litres  de  liquide  purulent 
avec  de  nombreuses  vésicules  filles.  On  lave  au  formol,  on  ferme,  on 
résèque  les  parois  de  ce  kyste  au  ras  de  ses  connexions  avec  le  foie.  On 
suture  par  un  surjet  double  au  catgut.  On  ferme  la  paroi  en  un  plan. 

Les  suites  opératoires  ont  été  très  bonnes.  Dès  le  troisième  jour  la 
température  revient  à  la  normale.  Les  crins  sont  retirés  le  douzième 
jour. 

Le  malade  quitte  l’hôpital  au  quatorzième  jour,  sans  que  la  poche 
soit  reformée. 

Obs.  XII.  —j  Kyste  hydatique  suppuré  du  lobe  droit  du  foie  (Dr  Brun). 

Ab...  ben  Al...,  âgé  de  quatorze  ans,  entre  à  l’hôpital  Sadiki  le 
22  juillet  1921. 

Il  présente  une  tumeur  de  l’hypocondre  droit,  arrondie,  lisse,  indo¬ 
lore,  qui  déborde  sur  la  ligne  médiane.  Elle  descend  jusqu’à  deux  tra¬ 
vers  de  doigt  d’une  ligne  horizontale  passant  par  l'ombilic.  En  haut,  sa 
matité  se  confond  avec  celle  du  foie. 

L’examen  du  sang  donne  la  formule  suivante  : 


Polynucléaires . 44  p.  100 

Grands  mononucléaires .  6  — 

Moyens  et  petits  mononucléaires  ....  13  — 

Lymphocytes .  » 

Éosinophiles . 33  — 


Opération  le  23  juillet  1921.  Anesthésie  générale  à  l’éther.  Laparo¬ 
tomie  horizontale.  On  tombe  sur  un  kyste  hydatique  occupant  tout  le 
lobe  droit  du  foie,  faisant  saillie  à  la  face  inférieure  et  sur  le  bord  anté¬ 
rieur  de  l’organe. 

La  ponction  au  trocart  ramène  1  litre  de  liquide  purulent.  On  pra¬ 
tique  le  lavage  de  la  poche  au  formol.  Puis  on  fait  un  curettage  à  la 
louche  qui  ramène  de  nombreuses  vésicules.  On  ferme  le  kyste  par  un 
surjet  au  catgut  sans  drainage. 


SÉANCE  DU  10  JANVIER 


45 


La  paroi  est  suturée  en  trois  plans. 

Suites  opératoires  très  simples.  Ablation  des  crins  au  dixième  jour, 
réunion  per  primam. 

Le  malade  sort  guéri  le  dix-huitième  jour. 

l'examen  du  pus  montre  quelques  rares  bacilles  ne  prenant  pas  le 
Gram. 

Les  essais  de  culture  restent  sans  résultat. 

Obs.  XIII.  —  Kyste  hydatique  suppuré  du  lobé  droit  du  foie  (Dr  Brun). 

M...  ben  Hadj  Ah...,  cultivateur,  âgé  de  cinquante  ans,  originaire  de 
Tuuat,  entre  à  l’hôpital  le  13  février  1922  pour  une  volumineuse 
tumeur  comblant  la  partie  droite  de  l’étage  supérieur  de  l’abdomen. 

L’examen  du  sang  révèle  une  polynucléose  de  95  p.  100  et  l’absence 
d’éosinophilie. 

Opération  le  14  février.  Anesthésie  générale  à  l’éther.  Laparotomie 
transversale  dans  l'hypocondre  droit.  On  tombe  sur  un  foie  excessi¬ 
vement  volumineux.  On  ne  voit  pas  de  trace  de  kyste  sur  sa  face  con¬ 
vexe.  On  se  résoud  alors,  dans  la  partie  la  plus  saillante,  à  faire  une 
ponction  dans  le  lobe  droit.  On  retire  ainsi  environ  2  litres  de  liquide 
foncé,  épais,  contenant  des  membranes  flétries. 

Oh  ouvre  alors  largement.  On  lave  au  formol  la  cavité  qui  estconstituée 
au  dépens  de  tout  le  lobe  droit,  on  l’assèche  et  on  la  referme  sans 
drainage. 

Du  liquide  hydatique  ayant  coulé  dans  la  cavité  abdominale  on  laisse 
une  mèche  et  un  drain  dans  l’angle  de  la  plaie  pariétale  qui  est 
refermée  en  un  plan. 

L'examen  du  pus  est  négatif  au  point  de  vue  microbien.  Un  essai  de  cul¬ 
ture  reste  sans  résultat. 

Suites  opératoires  très  bonnes.  Le  drain  est  enlevé  le  deuxième  jour. 
Les  crins  sont  retirés  au  onzième  jour,  réunion  per  primam. 

Le  malade  sort  guéri  le  18  mars  1922. 

Obs.  XIV.  —  Kyste  hydatique  suppuré  du  lobe  droit  du  foie  (Dr  Bcun). 

Z...  Meh...  S...,  cultivateur,  âgé  de  soixante  ans,  originaire  de 
Guelma,  entre  à  l’hôpital  le  1er  mars  1922.  Il  présenle  dans  l’hypo- 
condre  droit  une  voussure.  On  sent  une  masse  arrondie  lisse  faisant 
corps  avec  le  foie  et  dépassant  la  ligne  médiane.  La  lumeur  est  légè¬ 
rement  douloureuse. 

Le  malade  fait  remonter  le  début  de  son  affection  à  deux  mois.  La 
douleur  ne  serait  apparue  que  depuis  quinze  jours. 

Opération  le  2  mars  1922.  Anesthésie  générale  à  l’éther.  Laparo¬ 
tomie  horizontale  latérale  droite.  On  tombe  sur  un  kyste  hydatique 
bombant  à  la  face  convexe  du  lobe  droit,  du  volume  du  poing.  La 
ponction  donne  issue  à  un  pus  foncé  très  épais. 

La  poche  est  lavée  au  formol  et  fermée  par  un  double  surjet  au 
catgut  sans  drainage. 

La  paroi  est  suturée  en  trois  plans. 

Durée  de  l’opération  :  vingt-cinq  minutes. 


SOCIETE  DE  CHIRURGIE 


L'examen  du  pus  montre  la  présence  de  globules  blancs  et  d'hématies 
nombreux  et  altérés.  Absence  de  microbes. 

L'essai  de  culture  est  négatif. 

Suites  opératoiies  simples.  Les  crins  sont  enlevés  le  douzième  jour. 
Réunion  per  primam. 

Le  malade  sort  guéri  le  17  mars  1922.- 

Ors.  XV.  —  Kyste  hydatique  s uppuré'de  la  fosse  iliaque  droite  (  Dr  Brun). 

,B...  bentOt....,  â^gée  de  trente  ans,  originaire  de  Bou  Arada,  entre  à 
l’hôpital  le  10  juillet  1922.  Elle  présente  une  tumeur  abdominale 
grosse  comme  une  tête  d’enfant  qui  soulève  tout  l’hypocondre  et  le 
flanc  droits.  Cette  tumeur  est  ovalaire,  à  grand  axe  vertical,  lisse, 
régulière.  Elle  prend  le  contact  lombaire.  Mobile  dans  le  sens  transver¬ 
sal,  elle  est  fixée  dans  le  sens  vertical.  Ses  contours  sont  nets  en 
haut  et  en  bas  ainsi  qu’à  gauche.  A  droite  et  en  arrière  on  la  délimite 
mal  de  la  paroi.  La  palpation  provoque  peu  de  douleur. 

L’état  général  est  assez  précaire,  la  malade  est  amaigrie,  anémiée  ; 
le  Faciès  est  terreux. 

La  température  à  l’entrée  est  à  39°. 

Le  début  de  l’affection  remonterait  à  un  an  et  demi  environ. 

Opération,  le  12, juillet  1922.  Anesthésie  générale  à  l’éther.  Laparo¬ 
tomie  médiane.  La  tumeur  a  refoulé,  complètement  à  gauche  de  la 
ligne  médiane,  le  cæcum  et  le  côlon  ascendant.  On  découvre  une  volu¬ 
mineuse  tumeur  adhérant  de  toute  part  à  l’intestin  et  à  la  paroi.  Elle 
semble  développées  la  face  postérieure  du  côlon  ascendant  et  descend 
dans  la  cavité  pelvienne.  Elle  comble  complètement  la  fosse  lombaire. 
On  retire  par  ponction  un  litre  de  pus  d’odeur  fécaloïde.  A  ce  moment 
la  poche  se  déchire  et  il  s’échappe  un  liquide  purulent  où  nagent  des 
débris  de  membranes.  Le  poche  formolisée  est  asséchée.  On  la  referme 
par  un  surjet  de  catgut  sans  drainage.  On  complète  par  un  surjet 
isolant  la  cavité  péritonéale. 

La  paroi  est  fermée  en  un  plan  en  laissant  un  petit  drain  dans 
l’angle  de  la  plaie  pariétale. 

L'examen  du  pus  décèle  la  présence  de  bacilles  ne  prenant  pas  le  Gram. 
La  mise  en  culture  donne  des  colonies  de  colibacilles. 

Suites  opératoires.  —  Le  drain  est  retiré  au  bout  de  quarante- 
huit  heures.  Pas  de  suppuration.  Au  huitième  jour,  se  déclare  une 
phlébite  de  la  jambe  gauche.  Les  crins  sont  enlevés  au  douzième  jour. 
La  réunion  est  parfaite. 

Trois  jours  après,  la  colletîon  paraît  s’être  reformée.  Une  fistule 
apparaît  le  lendemain  et  laisse  échapper  des  matières  fécales  liquides. 
La  malade  ri’a  pas  de  selles  par  le  rectum. 

Opération  le  7  août.  L’exploration  de  la  fistule  fait  constater  qu’il 
s'agit  d’une  fistule  stercorale  des  dernières  anses  de  l’intestin  grêle 
ouverte  dans  la  poche  kystique.  Celle-ci  est  alors  largement  ouverte  et 
marsupiàlisée. 

Les  jours  suivants  l’écoulement  de  matières  est  très  abondant.  La 
malade  maigrit  de  façon  inquiétante.  Les  selles  par  l’anus  sont  rares  et 
peu  abondantes. 


SÉANCE  Dü  10  JANVIER 


47 


Au  bout  d’uu  mois  l’évacuation  par  le  reclum  réapparaît  norma¬ 
lement.  L’écoulement  par  la  fistule  a  notablement  diminué.  L’état 
général  s’améliore  rapidement.  La  poche  kystique  est  entièrement 
comblée. 

La  malade  sort  de  l'hôpital  le  20  novembre.  La  fistule  stercorale  s’est 
fermée  spontanément. 


BIBLIOGRAPHIE 

Braquehayb.  Revue  Tunisienne  des  Sc.  médicales ,  avril  '1922. 
Brun.  Revue  Tunisienne  des  Sc.  médicales ,  novembre  1919. 
Do.iarier.  Journal  médical  Français,  décembre  1920. 
Hallopeau.  Société  de  Chirurgie  de  Paris ,  13  octobre  1920. 
Kombe.  B.eitr.  2.  Klin.  Chir.,  1899. 

Lecène.  Société  de  Chirurgie  de  Paris,  7  juillet  1920. 
Lobmayer.  Deutsche  Zeïlung,  1909. 

Qüénu.  La  thèse  de  Cauchoix ,  Paris,  1908. 

Sbrrbr  et  Dljaiuek.  Revue  de  Chirurgie,  janvier  1906. 
Zïvirn.  Marseille  médical,  15  avril  1921. 


Arrachement  de  la  racine  droite  du  canal  hépatique „  Opération . 

Guérison , 

par  M.  le  Professeur  E.  KUMMER  (de  Genève), 
correspondant  étranger. 

Fillette  de  neuf  ans,  .toujours  bien  portante,  renversée  sur  le 
dos  par  une  automobile  dont  une  roue  lui  passe  sur  le  ventre. 
Jtelevée,  sans  avoir  perdu  connaissance,  la  petite  rentre  à  pied 
chez  elle.  Deux  heures  après,  elle  est  amenée  à  notre  clinique,  en 
étal  de  shock  prononcé.  Parfaitement  lucide,,  elle  se  plaint  du 
ventre.  Figure  très  pâle,  extrémités  exsangues,  froides  ;  pouls 
filiforme,  120  à  la  minute;  respiration  stertoreuse;  tempéra¬ 
ture,  SA"#.  PeLiite  ecchymose  à  l’épine  iliaque  antérieure  supé¬ 
rieure  droite,  parois  abdominales  souples,  mais  douloureuses  à  la 
pression,  un  peu  partout,  mais  surtout  à  l’hjpocondre  droit. 
Urines  retirées  à  la  sonde,  normales,  deux  vomissements  alimen¬ 
taires.  Bain  de  lumière,  infusion  de  sérum  physiologique,  huile 
camphrée. 

Le  lendemain,  faciès  un  peu  plus  coloré,  respiration  plus  tran¬ 
quille,  ni  matité,  ni  ballonnement,  miction  spontanée;  dans  la 
journée,  sans  autres  complications,  la  température  monte  à  39°3, 
le  pouls  reste  petit,  très  fréquent  (160  à  la  minute).  Somnolence. 

Le  surlendemain,  deux  vomissements,  selle  spontanée  normale. 


48 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Température,  38°l-38°5.  Urines  normales,  ni  pigments,  ni  sels 
biliaires. 

Le  quatrième  jour,  la  température  descend  (37°o-38°),  teint 
subictérique,  pas  de  signes  d’épanchement  péritonéal,  traces  de 
pigments,  mais  pas  de  sels  biliaires  dans  l’urine;  forte  réaction 
d'urobiline  dans  l’urine. 

Le  sixième  jour,  défécation  et  mictions  normales,  léger  épan¬ 
chement  péritonéal;  température,  37°  et  38°. 

A  partir  du  septième  jour,  les  selles,  ramenées  par  lavements, 
se  décolorent;  en  même  temps,  l’épanchement  libre  du  péritoine 
augmente,  cela  sans  produire  d’autres  troubles  que  de  la  dyspnée, 
probablement  par  refoulement  du  diaphragme..  Le  teint  subicté¬ 
rique  s'accentue,  la  température  oscille  entre  37°  et  38°.  Pas  de 
vomissements.  Fortes  douleurs  dans  l’hypocondre  droit,  pas  de 
signes  d’anémie  grave. 

En  présence  de  ce  tableau  clinique,  nous  admettons  le  diagnostic 
posé  par  un  de  nos  chefs  de  clinique,  M.  le  Dr  Suter  :  lésion  non 
pas  du  foie,  mais  des  voies  biliaires,  et  procédons  à  l 'opération  le 
onzième  jour  après  l’accident. 

Incision  médiane  épigastrique  avec  embranchement  à  droite. 
Volumineux  épanchement  de  bile  liquide  et  coagulée,  remplissant 
toute  la  cavité  péritonéale.  Présence  d’exsudat  fibrineux.  Péri¬ 
toine  injecté,  un  peu  dépoli.  Aspiration-  du  liquide  péritonéal. 
Exploration  du  foie,  qui  est  trouvé  intact,  aussi  bien  à  la  convexité 
qu’à  la  base.  Vésicule  biliaire  intacte.  Imbibition  biliaire  et  dépôt 
de  fibrine  autour  du  canal  cystique.  La  racine  droite  du  canal  est 
déchirée  à  son  entrée  dans  le  foie,  on  y  voit  sourdre  de  la  bile  au 
milieu  d’un  dépôt  de  fibrine;  la  bifurcation  du  canal  hépatique 
est  intacte.  On  renonce  à  l’essai  d’une  suture  qui  paraît  imprati¬ 
cable  à  cet  endroit.  Afin  de  tubuliser  l’espace  libre  qui  sépare  les 
orifices  du  canal  déchiré,  j’introduis  à  travers  une  ouverture  de 
cholédocotomie,  une  sonde  urétérale  munie  d’ouvertures  laté¬ 
rales;  arrivée  à  la  déchirure,  la  sonde  y  est  maintenue  par  un  des 
points  de  catgut  qui  ferment  l’incision  du  cholédoque.  Un  drain, 
placé  sur  la  déchirure  du  canal  hépatique  ainsi  qu’une  mèche  qui 
conduit  sur  la  suture  du  cholédoque,  sortent  par  l’incision  de 
laparotomie. 

Suites  opératoires  siruples.  Abondant  écoulement  de  bile,  les 
premiers  jours,  300  cent,  cubes  environ,  la  température  descend 
rapidement  à  la  normale,  les  douleurs  disparaissent,  les  selles 
commencent  à  se  colorer,  l’urobiline  disparaît  des  urines,  ainsi 
que  la  teinte  subictérique  de  la  peau  et  des  conjonctives,  les 
drains  sont  enlevés  après  deux  semaines. 

La  plaie  est  entièrement  cicatrisée  trois  semaines  environ  après 


SÉANCE  DU  10  JANVIER 


40 


l’opération.  L’état  général  de  la  fillette  rédevient  excellent.  Pen¬ 
dant  la  convalescence,  on  a  injecté  de  la  bile  par  le  drain  du  cho¬ 
lédoque,  mais  la  majeure  partie  revient  par  le  tube  placé  au  hile 
du  foie.  On  a  également  donné  de  la  bile  en  lavements,  qui  sont 
mal  supportés.  Par  contre,  l'enfant  absorbe  facilement  un  mélange 
de  bile  et  de  lait. 

Remarques.  —  La  persistance  initiale  de  slercobiline  dans  les 
matières  fécales,  après  rupture  d’une  seule  des  branches  du  canal 
hépatique,  se  comprend.  La  décoloration  ultérieure  des  selles 
s’explique  par  la  présence  de  l’exsudât  fibrineux,  trouvé  à  l’opé¬ 
ration,  qui  a  secondairement  bloqué  la  voie  de  communication 
avec  l’intestin.  Ainsi  s’explique  aussi  l’apparition  tardive  et  l’aug¬ 
mentation  ultérieure  rapide  de  l'épanchement  biliaire. 

Le  péritoine  n’a  répondu  au  contact  prolongé  de  la  bile, 
reconnue  aseptique  à  la  culture,  que  par  une  simple  inflam¬ 
mation  séro-fibrineuse,  avec  réaclion  fébrile,  forte  au  début 
seulement;  le  jour  avant  l’opération,  la  température  vespérale 
était  tombée  à  36°8.  Ce  n’est,  en  somme,  que  par  son  volume, 
augmenté,  sans  doute,  par  l’épanchement  séreux  péritonéal,  que 
le  cholépéritoine  a  fini  par  faire  des  symptômes  inquiétants  de 
dyspnée. 

Fait  frappant,  c’est  l’absence  de  tout  signe  d’intoxication 
biliaire,  ni  démangeaisons,  ni  bradycardie. 

Nous  croyons  trouver  l’explication  de  ce  fait  dans  l’existence, 
-constatée  par  nous,  d’une  résorption  biliaire  dissociée;  en  effet, 
des  sels  biliaires  n’ont  jamais  pu  être  décelés  dans  les  urines, 
journellemement  examinées  par  le  Dr  Martin,  interne  du  service. 
La  réaction  d’urobiline,  par  contre,  a  été  fortement  positive  pen¬ 
dant  toute  la  dnrée  du  cholépéritoine;  de  pigments  biliaires  dans 
l'urine,  il  me  s’est  trouvé  que  des  traces,  le  teint  est  d’ailleurs 
resté  tout  le  temps  subictérique. 

Un  mot  encore  du  mécanisme  de  la  rupture  du  canal  hépatique. 

La  roue  de  l’automobile,  ayant  passé  sur  la  partie  inférieure  de 
l’abdomen  où  se  trouvaient  des  traces  d'ecchymose,  les  viscères 
ont,  sans  doute,  été  fortement  refoulés  vers  le  haut,  repoussant  le 
foie  avec  le  diaphragme  vers  la  cavité  thoracique;  c’est,  évi¬ 
demment,  par  suite  d’une  forte  traction  vers  le  haut  que  le  canal 
hépatique,  retenu  à  son  insertion  duolénale,  a  été  déchiré  à 
l’émergence  hépatique  de  sa  racine  droite,  point  de  moindre 
résistance  à  la  traction. 

11  ressort  d’une  .rapide  revue  de  la  littérature  qu’en  l’absence 
d’un  traitement  chirurgical  approprié  les  déchirures  des  canaux 
biliaires  extra-hépatiques,  d’ailleurs  plutôt  rares,  comportent  une 
mortalité  assez  élevée.  Plusieurs  dangers,  dont  l’acholie  inlesti- 

BULL.  ET  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CHtR.,  1923.  4 


SOCIETE  DE  CUIRURGIE 


naleeSt  le  moindre,  menacent  le  blessé  :  péritonite  généralisée 
par  irritation  chimique  de  la  séreuse  en  contact  avec  la  bile,  épan¬ 
chement  intra-péritonéal  séro-biliaire  constamment  progressif, 
d’où  troubles  cardio-pulmonaires  par  refoulement  du  diaphragme; 
péritonite  septique  en  cas  d’épanchement  de  bile  infectée,  ou 
infection  secondaire  d’un  cholépéritoine  d’abord  aseptique. 

Le  diagnostic  de  la  lésion  des  canaux  biliaires  extra-hépatiques 
repose  entièrement  sur  des  signes  indirects  dont  le  principal  est 
le  cholépéritoine,  signe  appartenant  aussi  à  la  lésion  du  foie.  Ce 
qui  est  propre  à  la  déchirure  des  canaux  extra-hépatiques,  c’est 
l’absence  d’anémie  grave,  l’apparition  insidieuse  d’un  épanche¬ 
ment,  son  augmentation  régulièrement  progressive,  l’apparition 
tardive  d’une  teinte  subictérique  des  muqueuses  et  de  la  peau,  les 
signes  d’une  péritonite  d’allure  bénigne.  En  présence  de  ce 
tableau  clinique  survenu  après  une  violente  compression  abdo¬ 
minale,  on  pensera,  en  première  ligne,  à  la  blessure  des  canaux 
biliaires  extra-hépatiques. 

Le  traitement  doit  remplir  une  triple  tâche  :  évacuer  l’épanche¬ 
ment;  désobstruer,  si  obstruction  il  y  a,  les  canaux  biliaires; 
réparer  la  brèche,  si  possible,  par  la  suture.  Faut-il  laver  la  cavité 
péritonéale  ?  Nous  pensons  qu’on  peut  s’en  passer  quand  on  estime 
avoir  affaire'à  un  cholépéritoine  aseptique.  L’aspiration  au  moyen 
d’une  pompe  à  eau  et  le  drainage  cnt  suffi  dans  notre  cas. 

Un  caillot  de  sang,  un  débris  de  fibrine  a-t-il  obstrué  le  canal 
hépatique  ?  Il  faut  le  refouler  dans  la  brèche,  éventuellement  par 
cathétérisme  rétrograde,  après  incision  du  canal  cholédoque. 

Faut-il  drainer  le  canal  hépatique  déchiré  ?  Oui,  si  l’on  n’a  pas 
pu  rapprocher  par  des  points  de  suture  les  bords  d’une  déchirure 
complète.  Il  va  sans  dire  qu’un  drain  sera;  conduit,  dans  tous  ces 
cas,  à  travers  l’incision  abdominale,  vers  le  hile  du  foie. 


Discussions. 

Ulcères  gastriques  et  duodénaux  perforés. 

•  M.  Lecène.  —  Comme  dans  la  réponse  qu’il  a  faite,  dans  notre 
dernière  séance,  aux  critiques  que  je  lui  avais  adressées  en  juillet 
dernier,  mon  collègue  Duval  m’a  pris  directement  et  même  assez 
vivement  à  partie,  je  considère  qu’il  est  de  mon  droit  de  lui 
répondre  aujourd’hui  même  et  sans  plus  tarder.  Il  est  bien  certain 
que  si  les  jeux  d’adresse  de  la  pure  dialectique,  si  les  flots  pressés 
des  citations  de  noms  élrangers  et  les.  pourcentages  favorables 


SÉANCE  DU  10  JANVIER 


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q.u’un  peu  d’habileté  permet  toujours  de  tirer  de  la  réunion  de 
statistiques  hétérogènes  et  non  analysées  en  détail,  suffisaient  à 
entraîner  la  conviction  dans  une  discussion  de  pratique  chirur¬ 
gicale,  j’avoue-,  que  désormais  je  devrais  être  définitivement 
convaincu  de  la  supériorité  de  F'  «  éradication  »  de  l’ulcère  gas¬ 
trique  ou  duodénâl  perforé  sur  les  autres  modes  de  traitement  de 
celte  dangereuse  lésion. 

Malheureusement,  il  faut  autre  chose  que  le  fracas  de  cetlte 
artillerie  plus  bruyante  qu’efficace  pour  convaincre  ceux  qui  se 
sont  fait  une  règle:  de  ne  reconnaître  comme  évidente  que  la- 
preuve  expérimentale,  c’est-à-dire  directement  vérifiable. 

J’ai  toujours  pensé  que  la  très  grande  supériorité  de  la  Société 
de  Chirurgie  était  justement  de  ne  permetlre  de  discuter  que 
sur  des  observations  précises,  de  préférence  empruntées  à  la  pra¬ 
tique  des  orateurs  eux-mêmes  et  de  repousser  toute  argumentation 
purement  théorique,  même  quand  celle-ci  serait  basée  sur  des 
statistiques  étrangères  non  analysées,  non  critiquées  et  acceptées 
en.  bloc  comme  véridiques,  peut-être  parce  qu’elles  viennent  de 
loin.  * 

Je  crois  que- si  nous  nous  réunissons  ici  le  mercredi,  c’est  pour 
nous  faire  profiter  réciproquement  de  notre  expérience  personnelle, 
la  seule  qui  compte  réellement  dans  le  genre  d’études  auxquelles 
nous  nous  livrons.  S’il  n’était  question  que  de  nous  éblouir  par  les 
fulgurances  d’une  érudition  d’autant  plus  facile  aujourd’hui 
qu’il  existe  partout  des  journaux  de  référence  et  de  recom¬ 
mander  avec  chaleur,  aux  antres,  des  opérations  dont  nous 
n’avons  pas  noos-même  l’expérience  personnelle,  j’avoue  que, 
pour  ma  part,  je  préférerais  employer  plus  utilement  ou  plus 
agréablement  mon  temps. 

Or,  dans- là  discussion  qu’il  a  provoquée  par  sa  communication- 
du  20  juin  1922,  quels  sont  les  faits  personnels  que  Duval  nous  a 
apportés?  Deux  observations  de  son  service-  où  ses  élèves  avaient 
enlevé  l’ulcère  perforé  (avec  une  guérison  et  une  mort);  et  tout 
cela  pour  établir  cette  notion  de  thérapeutique  chirurgicale  impor¬ 
tante  et  d‘e  grande  portée  que  le  meilleur  traitement  de  l’ulcère 
gastrique  ou  duodénâl  perforé,  c’est  son  «  éradication  »,  c’est-àr 
dire,  si  j’entends  bien  le  sens  de  ce  mot,  son  ablation  totale 
j.usque  «  dans  ses  racines  »  (s’il  en  a). 

Voilà  qui  me  paraît  bien  maigre  et,  en  tout  cas,  tout  à  fait 
insuffisant  pour  entraîner  ma  conviction. 

Au  lieu,  de  répondre  à  Duval  en  me  plaçant  sur  son  terrain, 
c-’est-à  dire  eelui  des  chiffres,  empruntés  surtout  à  des  statistiques 
étrangères,  chiffres  hétérogènes,  non  vérifiables  et,  à  mon  avis, 
toujours  plus  ou  moins  discutables,  je  lui  dirai  simplement  ceci  : 


J'ai  opéré  personnellement  9  cas  d’ulcères  gastriques  ou  duo  lé- 
naux  perforés,  auxquels  j’adjoins  3  cas  opérés  par  mes  internes 
auxquels  j’ai  appris  non  seulement  à  opérer  les  ulcères  perforés, 
mais,  ce  qui  est  encore  bien  plus  important,  à  eu  faire  le  diagnostic  ; 
cela  fait  12  cas  :  1  seul  malade  est  mort  malgré  l’opération  ;  donc, 
en  tout,  11  guérisons  et  1  mort,  slalistique,  en  somme,  honorable. 
(Evidemment,  je  me  garderai  bien  de  prêter  le  flanc  à  une  facile 
critique  en  réduisant  à  un  pourcentage  fallacieux  un  nombre 
aussi  faible  de  cas.)  Or,  dans  aucun  de  ces  12  cas,  ni  mes  élèves 
ni  moi  nous  n’avons  visé  à  faire  1’  «  éradication  »  de  l’ulcère. 
Nous  avons  simplement  cherché  à  guérir  immédiatement  nos 
malades  en  suturant  l’ulcère  perforé,  parfois  en  l’avivant  légè¬ 
rement,  parfois  en  adjoignant  à  la  suture  une  gastro-entérostomie 
quand  cette  opération  nous  a  paru  être,  d’une  part,  commandée 
par  la  nature  des  lésions  et,  d’autre  part,  permise  par  l’état  général 
de  l’opéré. 

Voici  le  résumé  de  ces  12  observations  :  J’ai  publié  les  5  pre¬ 
mières,  il  y  a  dix  ans,  dans  La  Presse  médicale ,  le  23  octobre  1912, 
n°  86,  dans  un  article  intitulé  :  Cinq  cas  de  perforations  d'ulcères 
de.  l’estomac  ou  du  duodénum  opérés  précocement  et  guéris  ;  2  autres 
cas  que  j’ai  opérés  pendant  la  guerre  ont  été  publiés  dans  la 
remarquable  Thèse  de  Gaston  l^auret  (Paris  1921);  (1  ulcère 
duodénal  perforé,  suturé  avec  gastro-entérostomie  et  guéri; 
1  ulcère  de  la  face  postérieure  de  l’estomac  perforé,  suturé  sans 
gastro-entérostomie  et  guéri). 

Une  observation  de  mon  ancien  interne  Moulonguet  et  de 
M.  Legac,  interne  à  Saint-Louis,  a  été  publiée  ici  même  par 
moi  (ulcère  pyloro-duodénal  perforé  :  suture  avec. gastro-enté¬ 
rostomie;  guérison),  Bull.  Soc.  Chirurgie ,  1920,  p.  1279. 

J’ajoulerai  en  les  résumant,  à  ces  8  observations  déjà  publiées, 
4  cas  inédits  provenant  de  mon  service  de  Saint-Louis. 

Obs.  I.  —  Homme  de  vingt-neuf  ans,  entré  dans  mon  service  le 
6  mai  1920,  à  midi  :  signes  nets  de  péritonite  par  perforation;  le  début 
des  accidents  remonte  selon  toute  vraisemblance  à  seize  heures  :  tem¬ 
pérature  38°,  pouls  90.  H  n’existe  pas  de  passé  gastrique  net,  je  fais 
béanmoins  le  diagnostic  de  perforation  de  l’estomac  ou  du  duodénum, 
car  le  maximum  des  signes  physiques,  douleur  provoquée  et  rigidité 
pariétale,  siège  au  niveau  de  l’épigastre  et  de  l’hypocondre  droit.  Opé¬ 
ration  immédiite  ;  perforation  de  la  première  portion  du  duodénum, 
suture  de  l’ulcère,  ce  qui  rétrécit  nettement  le  duodénum  :  gastro-enté¬ 
rostomie  postérieure,  l’état  général  du  malade  permettant  ce  com¬ 
plément  opératoire. 

Guérison.  Le  malade  a  été  revu  deux  ans  et  demi  après  l’opération  en 


SÉANCE  DU  10  JANVIER 


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très  bon  état;  l’examen  radioscopique  montre  que  toute  la  bouillie 
bismuthée  passe  par  la  bouche  de  gastro-entérostomie. 

Obs.  II.  —  Homme  de  vingt-six  ans,  entré  dans  mon  service  le 
15  mars  1921,  à  11  heures  du  malin  :  signes  évidents  de  péritonite  par 
perforation.  Le  début  des  accidents  remonte  à  dix-sept  heures  environ, 
l’état  général  est  médiocre  :  température  38°;  pouls  120;  bien  qu’il 
n’y  ait  pas  de  «  passé  gastrique  »;  je  fais  le  diagnostic  de  perforation  de 
l’estomac  ou  du  duodénum,  car  la  contracture  des  muscles  abdominaux 
est  plus  marquée  au  niveau  de  l’épigastrey  et  de  l’hypocondre  droit. 
Intervention  immédiate  :  perforation  de  la  première  portion  du  duo¬ 
dénum,  suture  en  deux  plans  :  je  ne  fais  pas  de  gastro-entérostomie  à 
cause  de  l’état  général  précaire.  Le  liquide  péritonéal  ensemencé 
montre  la  présence  de  diplocoque  et  de  germes  anaérobies.  Après  une 
amélioration  passagère,  le  malade  succombe  le  17  mars,  quarante-huit 
heures  après  l’opération,  avec  les  signes  de  la  péritonite  diffuse  pro¬ 
gressive  et  collapsus  cardiaque  terminal.  L’autopsie  n’a  pas  été  possible. 

Obs.  III.  —  Homme  de  vingt  et  un  ans,  entré  le  21  août  1922  dans 
mon  service,  avec  des  signes  nets  de  péritonite  par  perforation  proba¬ 
ble  de  l’estomac  ou  du  duodénum  remontant  à  douze  heures.  Temp.  :  38°, 
pouls  100.  Il  est  opéré  par  mesinternes  Huet  et  Peltier.  Ils  trouvent  une 
perforation  de  la  première  portion  du  duodénum  qu’ils  suturent  en  deux 
plans.  Ils  ne  font  pas  de  gastro-entérostomie.  Le  malade  guérit.  Il  est  revu 
en  octobre  1922  :  l’évacuation  de  l’estomac  se  fait  bien,  sous  l’écran, 
bien  qu’il  y^ait  une  sténose  légère  de  la  première  portion  du  duodénum. 

Obs.  IV.  —  Homme  de  trente-sept  ans,  entré  d’urgence  dans  mon 
service,  le  [9  novembre  1922,  avec  des  signes  nets  de  péritonite  par 
perforation.  Temp.  :  38°2,  pouls  96.  Le  malade  accuse  un  passé 
gastrique  et  le  début  des  accidents  paraît  remonter  à  trente-six  heures 
environ.  Il  est  opéré  par  mon  interne  Huet;  la  perforation  siège  sur 
le  pylore,  près  de  la  terminaison  de  la  petite  courbure.  Suture  en  trois 
plans  de  l’ulcère  perforé  ;  épiplooplastie,  pas  de  gastro-entérostomie. 
Guérison.  La  radioscopie  montre,  au  bout  d’un  mois,  que  l’estomac  se 
vide  normalement. 

Voici  donc  le  résumé  de  mon  expérience  directe  dans  cette 
question  de  l’ulcère  gastrique  ou  duodénal  perforé.  En  tout  douze 
cas,  dont  six  perforations  d’ulcères  gastriques  et  six  perforations 
d’ulcères  du  duodénum.  Dans  les  six  cas  de  perforation  gastrique 
on  a  fait  trois  fois  la  suture  simple  de  l’ulcère,  une  fois  en  avivant 
ses  bords  par  une  légère  réseclion,  deux  fois  en  l’enfouissant 
simplement;  trois  fois,  on  a  fait,  en  plus  de  l’enfouissement  de 
l’ulcère,  la  gastro-entérostomie  postérieure.  Ces  six  malades  ont 
guéri.  Dans  les  six  cas  de  perforation  duodénale,  on  a  fait  quatre 
fois  la  suture  de  l’ulcère  avec  gastro-entéroslomie  et  deux  fois  la 


3» 


.‘SOCIÉTÉ  DE  CIHRURGIE 


suture  simple  sans  gastro-entérostomie.  Cinq  malades  ont  guéri  : 
celui  qui  est  mort  avait  un  épanchement  péritonéal  séro-purùlen  t 
où  j’ai  trouvé  du  streptocoque  et  des  germes  anaérobies  ;  l’état 
général  de  ce  malade  était  mauvais  au  moment  où  je  l’opérai,  et  je 
ne  pense  pas  qu’une  éradication  de  l’ulcère  eût,  dans  ce  cas, 
donné  une  chance  de  plus  de  guérison  à  ce  malade. 

Je  maintiens  donc,  en  me  basant  sur  ce  que  j’ai  pu  voir  moi- 
même  et  ^analyser  de  près,  oe  que  j’ai  dit  déjà  en  juillet  der¬ 
nier  : 

L'opération  d’urgence  pour  ulcère  gastrique  ou  -duodénal  per¬ 
foré  doit,  convoie  toute  opération  faite  dans  les  mêmes  circons¬ 
tances,  viser  à  être,  simple  et  rapide  :  l’expérience  m’a  montré 
qu’en  suivant,  cette  Tègle  de  simple  bon  sens,  elle  pouvait  être 
très  efficace  ;  je  pense  qu’il  ne  faut  allonger  une  opération  de 
suture  d’un  ulcère  gastrique  ou  duodënàl  perforé,  même  par  une 
rapide  gastro-entérostomie,  que  lorsque  l’état,  des  organes, 
après  la  suture,  commande  nettement  cette  prolongation  del’opé- 
ralion  et  que  surtout  l’état  général  du  malade  le  permet. 

Duval  ne. m’a  pas  démontré  que  1’ «.éradication  »  de  l’ulcère  gas¬ 
trique  ou  duodénal  perforé,  appliquée  à  la  grande, majorité  des  cas, 
:soit  un  procédé  supérieur  à  la  simple  suture  de  cet  ulcère  avec  ou 
sans  gastro-entérostomie  'complémentaire. 

Quand  ©uval  nous  aura  apporté  douze  cas  personnellement 
observés  de  résection  d’ulcères  gastrique  ou  duodénal  perforés 
avec  onzeguérisons  et  une  seule  mort,  j’avoue  que  je  commencerai 
à  être  ébranlé  et  à  penser  que  c’est  là  peut-être  un  procédé  remar¬ 
quable  qui  peut  être  mis  .en  parallèle  .avec  la  simple  suture  de 
l’ulcère  perforé  avec  ou  sans  gastro-entérostomie. 

Jusque-là,  je  me  permettrai  de  rester  sceptique  sur  la  valeur.de 
celte  éradication,  opération  certainement  grave,  quoi  qu’on  puisse 
dire.;  car,  même  en  dehors  de  toute  perforation,  à  qui  Duval  fera- 
t-il  croire  que  1’  «  éradication  »  systématique  de  l’ulcère  gastrique 
ou  duodénal  est  une  opération  aussi  simple  que  la  gastro-enté- 
rostomip,  même  entre  ses  mains  ? 

En  tout  cas,  et  jusqu’à  nouvel  ordre,  je  considère  que  Duval  ne 
nous  a  pas  démontré  par  des  faits  personnellement  suivis,  les  seuls 
qui  aient  ici  une  valeur  décisive,  l’éclatante  supériorité  de  l’éradica¬ 
tion  de  1'ulcère  dans  les  cas  de  perforation  gastrique  ou  duodénale. 

J’ajouterai,  en  terminant,  que  je  suis  surpris  de  voir  que  Duval 
ne  nous  a  pas  cité,  dans  notre  dernière  séance,  deux  importantes 
statistiques  étrangères  cependant  parues  toutes  les  deux  en  1922. 
Il  est  vrai  qu’elles  viennent  à  l’encontre  des  idées  dont  il  s’est  fait 
ici  le  défenseur  convaincu. 


SÉANCE  DU  tO  JANVIER 


53 


La  première  est  de  Stewart  et  Barber  (1).  Les  auteurs  rappor¬ 
tent  vingt-quatre  cas  d’ulcères  gastriques  ou  duodénaux  perforés 
observés  depuis  cinq  ans  au  Bellevue  Hospital  de  New-York,  Ces 
vingt-quatre  cas  ont  tous  été  traités  par  la  simple  suture,  sans 
gastro-entérostomie  :  vingt  deux  malades  ont  guéri  et  deux  seule¬ 
ment  sont  morts  (il  est  vrai  qu’ils  avaient  été  opérés  le  deuxième 
et  le  troisième  jour  de  leur  perforation). 

La  deuxième  est  de  Southam  (2)  'de  Manchester.  Elle  parle  de 
quarante-cinq  ulcères  perforés  (cinq  de  l’estomac,  quarante  du 
duodénum).  Il  y  eut  quarante  et  une  guérisons  et  quatre  morts 
seulement  :  on'  s’est  contenté  dans  tous  les  cas  de  faire  l’enfouis¬ 
sement  soigné  de  l’ulcère,  sans  gastro-entérostomie. 

Voilà  deux  séries  homogènes  qui  me  paraissent  fort  intéres¬ 
santes  et  en  tout  cas  de  nature  à  contribuer  à  établir  que  l’on  peut 
guérir  une  très  belle  proportion  d’ulcères  gastriquès  ou  duodénaux 
perforés  sans  en  pratiquer  systématiquement  1’  «éradication». 


De  la  non- immobilisation  et  de  la  marche  immédiate 
après  suture  de  la  rotule. 

M.  Cu.  Dujarier.  —  Puisque  à  la  suite  de  la  communication 
de  Gaudier  plusieurs  chirurgiens  sont  venus  donner  leurs  idées 
sur  le  traitement  opératoire  des  fractures  de  la  rotule,  je  viens 
apporter  ma  contribution  à  cette  question.  J’ai  été  jadis  partisan 
de  la  suture  d’urgence  et  de  la  marche  immédiate,  et  j’ai  souvenir 
d’une  femme  âgée  de  plus  de  soixante  ans,  que  j’opérais,  en  1897, 
dans  le  service  de  mon  maître  Tuffier,  dont  j’étais  alors  l’interne 
à  la  Pitié. 

L’opération  fut  faite  deux  heures  après  l’accident,  la  marche 
commencée  dès  le  quatrième  jour,  et,  le  dixième,  la  malade  mar¬ 
chait  normalement. 

Mais  depuis  cette  époque,  déjà  lointaine,  mes  idées  ont  évolué, 
et  si  j’ai  toujours  été  partisan  de  la  non-immobilisation  des 
sutures  de  la  rotule,  je  crois  que  pour  la  marche  immédiate  il  y 
a  lieu  de  distinguer  les  cas. 

Il  existe,  en  effet,  deux  types  de  fracture  de  là  rotule.  Dans 
l’un,  le  bon  type,  les  deux  fragments  sont  de  bonne  qualité,  et  le 
fragment  inférieur,  presque  toujours  plus  petit,  est  constitué  par 
un  noyau  osseux  solide. 

(1)  Annals  of  Surgérii,  1922,  tome  LXXV,  n°  3,  p.  349. 

(2)  Brilish  medical  Journal,  1922,  n»  3197,  p.  556. 


5(5 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Dans  l’autre,  les  fragments,  et  surtout  l’inférieur,  sont  friables; 
parfois  ce  dernier  est  constitué  par  deux  ou  trois  fragments.  C’est 
le  mauvais  type,  celui  dont  la  suture  sera  difficile,  peu  satisfai¬ 
sante  ;  c’est  le  type  prédisposé  aux  fractures  itératives,  aux 
entorses  du  cal,  et  que,  pour  ma  part,  je  njoserai  jamais  traiter 
par  la  marche  immédiate. 

J’envisagerai  trois  poiçts  : 

1°  La  date  de  l’intervention  ; 

2°  La  technique  opératoire  ; 

3°  Les  soins  consécutifs. 

1°  C’est  Lucas-Championnière  qui,  le  premier,  je  crois,  a  con¬ 
seillé  d’attendre  le  cinquième  jour  pour  opérer  les  fractures  de¬ 
là  rotule.  Je  pense  que  cette  pratique  met  plus  à  l’abri  de  l’infec¬ 
tion  que  l’opération  d’urgence,  et  jusqu’ici  j’étais  resté  fidèle  à, 
l’opération  retardée. 

Mais  j’ai  été  frappé  par  l’argumentation  et  les  résultats  de 
Fredet  :  de  plus,  une  expérience  déjà  longue  de  l’ostéosynthèse 
m’a  convaincu  qu’en  opérant  à  bout  d’instruments,  et  surtout 
dans  une  région  où  il  n’existe  pas  de  tissu  musculaire  dilacéré,  on 
pouvait  presque,  à  coup  sûr,  éviter  l’infection,  aussi  suis-je 
disposé,  à  l’avenir,  à  raccourcir  la  période  d’attente,  et  à  opérer 
le  deuxième  jour. 

2°  Je  ne  suis  pas  partisan,  pour  les  fractures  de  la  rotule,  du 
vissage,  ni  surtout  du  cerclage.  Je  ne  proscris  pas  absolument  ce 
procédé,  mais  jusqu’ici  je  n’ai  pas  encore  trouvé  de  cas  où  la 
suture  directe  ne  m’ait  pas  permis  de  réparer  une  fracture  delà 
rotule. 

Je  fais  toujours  la  suture  directe  des  fragments  avec  un  ou 
mieux  deux  gros  fils  d’argent  (de  l“m5  ou  2  millimètres).  Je  fais 
jiasser  ces  fils  à  travers  le  gros  fragment  supérieur,  mais  en  leur 
faisant  traverser  le  cartilage;  je  ne  traverse  pas  le  fragment  infé¬ 
rieur,  je  le  contourne  en  passant  immédiatement  à  l’insertion  du 
ligament  rotulien. 

Il  existe  donc  une  partie  des  fils  qui  est  intra-articulaire  ;  mais 
cette  partie  vient  s’incruster  dans  le  cartilage  et  ne  gêne  pas  le 
jeu  de  l’articulation. 

La  place  de  ces  fils  doit  être  judicieusement  choisie  pour  per¬ 
mettre  une  coaptation  parfaite  des  fragments  après  réduction. 

Une  précaution  capitale,  et  que  j’utilise  pour  ma  part  depuis-' 
plus  de  vingt  ans,  consiste  à  réduire  exactement  la  fracture  avant 
de  serrer  les  fils  et  à  coapter  fortement  les  deux  fragments  avec 
le  davier  à  dents  de  lion.  La  coaptation  fixée,  grâce  à  la  crémail¬ 
lère  du  davier,  on  peut  à  son  aise  serrer  les  fils  et  courber  la 
torsade  sur  la  face  antérieure  de  la  rotule. 


SÉANCE  DU  10  JANVIER 


5T 


Le  davier  lâché,  on  se  rend  compte  qu’il  n’existe  pas  la  moindre 
mobilité  des  Fragments  l’un  sur  l’autre.  La  rotule  opérée  ainsi  est 
infiniment  plus  solide  et  plus  exactement  reconstituée  que  par  le 
meilleur  cerclage. 

Je  n’ai  encore  utilisé  la  suture  avec  les  faisceaux  de  crin  que 
dans  deux  cas  :  mais  j’avoue  que,  comme  Walther  et  Fredel,cett& 
suture  m’a  paru  extrêmement  solide.  De  plus  elle  ne  présente  pas 
l’inconvénient,  non  exceptionnel,  de  la  rupture  plus  ou  moinfr 
tardive  du  fil  d’argent  :  rupture  nécessitant  une  ablation  secon¬ 
daire  du  fil.  J’ai  eu  jusqu’ici  dans  deux  cas  l’occasion  de  faire 
cette  extirpation  secondaire. 

La  réparation  des  plans  fibreux  pré-  et  latéro-rotuliens  doit  être 
aussi  exacte  que  possible.  Cette  manœuvre  est  souvent  rendue 
difficile  par  l’effilochement  des  parties  fibreuses.  L’idéal  est  de 
réparer  en  deux  plans,  au  catgut  :  le  premier  plan  étant  capsulo- 
synovial,  le  deuxième  prenant  le  fascia  lata  en  dehors  et  l’expan¬ 
sion  des  vastes  en  dedans. 

On  trouve  toujours  en  avant  de  la  rotule  un  plan  fibreux  qui 
permet  de  recouvrir  la  torsade  des  fils  d’argent  ou  l’extrémité  des 
crins  noués. 

Pour  faciliter  la  suture  exacte  de  la  peau,  je  trace,  avant  de 
tailler  mon  lambeau,  quelques  traits  verticaux  avec  la  pointe  du 
bistouri.  Ces  traits  marqués  sur  les  deux  lèvres  de  l’incision  me 
permettent  de  jalonner  ma  suture  en  rapprochant  des  points 
exactement  correspondants. 

3°  Soins  post-opératoires. 

Je  n’immobilise  jamais  mes  malades  et  je  suis  tout  à  fait  adver¬ 
saire  du  plâtre.  Je  couche  le  membre  sur  un  coussin  légèrement 
incliné  et,  dès  le  lendemain  de  l’opération,  je  fais  faire  des  mou¬ 
vements  actifs  et  je  commence  les  mouvements  de  flexion. 

Pour  la  marche,  dans  les  cas  à  rotule  friable,  je  ne  l’autorise 
qu’à  partir  du  trentième  jour  et  encore  avec  la  plus  grande 
prudence. 

Dans  les  cas  de  fragments  solides,  lorsque  je  suis  content  de 
ma  suture,  je  permets  la  marché  à  partir  du  vingtième  jour:  je  crois 
qu’on  peut  peut-être  avancer  cette  date  jusqu’au  dixième  jour; 
mais  autant  je  suis  partisan  de  la  récupération  précoce  des  fonc¬ 
tions  au  membre  supérieur,  autant  au  membre  inférieur,  où  les 
efforts  à  supporter  sont  beaucoup  plus  considérables,  je  suis  porté 
à  être  prudent  et  à  ne  permettre  la  marche  qu’avec  d’infinies 
précautions. 


58 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Présentations  de  malades. 

Deux  cas  de  tuberculose  osseuse'  et  viscérale, 
imités  et  améliorés  par  les  collo -vaccins, 
selon  la  méthode  du  Dr  Gr  imber  t, 

M.  Baudet,  rapporteur. 


Arthrite  suppurée  guérie  par  la  méthode  de  Willems, 
par  M.  AUVRAY. 

Il  y  a  quelques  semaines,  à  propos  d’une  présentation  de 
M.  Duguet,  plusieurs  d’entre  vous  ont  porté  un  jugement  plutôt 
sévère  sur  la  méthode  de  Willems.  Je  dois  dire  que  mon  impres¬ 
sion  personnelle,  d’après  ce-que  j’avais  vu,  n’était  pas  non  plus 
très  favorable  jusqu’ici  à  cette  méthode.  Mais  voici  un  cas  bien 
observé,  que  j’ai  opéré  le  5  décembre  dernier,  qui  lui  est  tout  à 
fait  favorable. 

S...,  dix-sept  ans,  entre,  le  20  novembre  1922,  dans  un  service  de 
médecine  de  Laënnec,  pour  une  arthrite  aiguë  du  genou  droit.  Il 
n’a  aucune  maladie  infectieuse  dans  ses  antécédents  et  n’a  pas  eu 
la  blennorragie.  Le  genou  est  à  demi  fléchi;  volumineux,  tendu, 
un  peu  rouge,  très  douloureux  ;  il  y  a  du  liquide  dans  la  jointure, 
la  température  est  à  38°5,  les  mouvements  spontanés  sont  très 
douloureux.  On  trouve  la  gorge  très  rouge,  avec  un  petit  exsudât 
blanchâtre  sur  le  pilier  gauche  de  l’amygdale. 

Une  ponction  du  genou  pratiquée  fournit  un  liquide  séro-puru- 
lent.  Voici  les  résultats  de  l’examen  de  ce  liquide  d’après  une 
note  qui  m’a  été  remise  par  M.  Weiss,  interne  du  service  de 
M.  Ribierre:  «Le  liquide  contient  des  polynucléaires  nombreux  et 
un  germe  polymorphe  se  présentant  sous  la  forme  de  cocci  gramo- 
philes,  de  dimensions  variables,  isolés,  ou  groupés  en  diplocoques, 
ou  disposés  en  chaînette.  L'ensemencement  du  liquide  a  été  fait  sur 
différents  milieux  :  gélose  simple,  gélose  ascite,  gélose  glucosée. 
Une  seule  colonie  a  été  obtenue  sur  l’un  des  tubes.  Les  autres 
tubes  sont  restés  stériles;  cette  colonie  a  fourni  des  germes  sem¬ 
blables  à  ceux  que  l’examen  direct  sur  frottis  avait  montrés. 
Repiqués  sur  gélose,  ils  n’ont  pas  cultivé.  Conclusion  :  les  carac¬ 
tères  morphologiques  du  germe  étudié  évoquent  l’idée  d ’entéro- 


SÉANCE  DU  10  JANVIER 


'§9 


coque.  La  vitalité  était  faible.  Le  .germe  n’a  pu  être  identifié 
complètement.  » 

Pendant  les  treize  jours  que  le  malade  a  séjourné  en  médecine, 
il  a  été  fait,  le  24  novembre,  une  ponction  suivie  d’une  injection 
intra-articulaire  de  15  cent,  cubes  de  sérum  antiméningococ¬ 
cique  et  40  cent,  cubes  en  injection  sous-cutanée  ;  le  26  novem¬ 
bre,  une  injection  sous-cutanée  de  50  cent,  cubes  de  sérum 
antiméningococcique.;  le  30  novembre  et  le  1er  décembre,  il  est 
fait  une  piqûre  de  Dmégon.  Malgré  tout  cela,  l’état  local  reste 
le  même  et  la  température  oscille,  dans  les  derniers  jours,  entre 
38°5  et  39°7  ou  39°8.  Le  malade  est  passé  en  chirurgie  pour 
arthrotomie. 

J’ouvre  l’articulation  en  dehors  au  niveau  du  cul-de-sac  sous- 
tricipital,  et  en  dedans,  plus  bas,  un  peu  au-dessus  de  l’interligne 
articulaire.  Je  fais  deux  courtes  incisions  et  je  fixe  la  séreuse  à  la 
peau  par  deux  crins  de  Fior'ence,  de  façon  à  maintenir  les  bouches 
bien  ouvertes.  J’évacue  le  .contenu  du  genou;  au  liquide  séro- 
purulent  sont  mélangées  des  fausses  membranes  d’aspect  gélati¬ 
neux  en  assez  grande  quantité.  Puis  je  lave  l’articulation  à  l’aide 
d’une  sonde  molle  avec  de  l’éther  et  j’imprime  quelques  mouve¬ 
ments  à  la  jointure  pour  bien  faire  pénétrer  l’éther  dans  tous  les 
coins  de  l’articulation.  Le  liquide  est  évacué  et  un  pansement  peu 
serré  appliqué  sur  le  genou.  Aucun  drain  n’est  laissé  à  demeure, 
bien  entendu.  Dès  le  premier  jour  j'institue  les  mouvements 
spontanés  du  genôu.  Je  dois  dire  que  ceux-ci  n’étaient  pas  irès 
pénibles  et  que,  même  avant  l’ouverture  du  genou,  j’avais  été 
frappé  par  la  possibilité  pour  le  malade  de  faire  quelques  mouve¬ 
ments  spontanés  sans  trop  de  douleurs. 

Il  y  avait  donc  là  une  circonstance  favorable.  Ces  mouvements 
spontanés  ont  été  répétés  plusieurs  fois  par  jour  depuis  l’opéra¬ 
tion.  Il  n’a  pas  été  fait  de  mouvements  provoqués.  Mais  de  temps 
en  temps  on  a  été  obligé  à  l’aide  d’une  pince  de  réouvrir  les  ori¬ 
fices  d’abouchement  de  la  séreuse  à  la  peau  dont  les  lèvres 
s’étaient. agglutinées  et  ne  permettaient  pas  un  drainage  suffisant 
de  la  jointure;  peut-être  avais-je  fait  mes  deux  incisions  un  peu 
trop  courtes  ?  Un  jour  je  suis  parvenu  en  exerçant  des  pressions  sut 
la  jointure  à  faire  sortir  un  gros  paquet  de  ces  fausses  membranes 
qui  étaient  restées  dans  la  jointure  ou  qui  s’étaient  reformées. 
Après  l’opération,  la  température  est  restée  oscillante  de  38°  à  39° 
pendant  une  quinzaine  de  jours,  puis  elle  s’est  abaissée  au-dessous 
de  38°  et  n’est  redevenue  à  peu  près  normale  qu’un  mois  après 
l’opération. 

Les  mouvements  spontanés  de  flexion  de  la  jambe  dépassent 
l’angle  droit,  .et  actuellement  le  malade  commence  à  marcher,.  Il 


60 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


n’y  a  pas  de  latéralité  anormale  du  genou.  C’est,  je  trouve,  un  très 
beau  résultat  à  l’actif  de  la  méthode  de  Willems  ;  mais  le  cas  était 
favorable,  parce  que  les  mouvements  n’étaient  ni  complètement 
supprimés,  ni  atrocement  douloureux  avant  l’intervention;  j’in¬ 
siste  aussi  sur  ce  fait  qu’on  s’est  trouvé  en  présence  d’un  germe- 
mal  déterminé,  probablement  de  l’entérocoque  et  non  du  strepto¬ 
coque,  et  que  la  vitalité  du  germe  était  faible. 

Quoi  qu’il  en  soit,  le  cas  est  intéressant  par  le  résultat  qu’il  a 
donné,  et  méritait  d’être  versé  au  débat  ouvert  actuellement  sur 
la  méthode  de  Willems. 


Deux  cas  d'arthrite  gonococcique  traités  par  les  injections 
intr a- articulaires  de  sérum  antigonococcique, 

par  M.  AUV1ÎÀY. 

Le  premier  cas  concerne  une  arthrite  du  genou  observée  chez 
une  femme  dont  les  accidents  ont  commencé  le  3  seplembre  par 
des  douleurs  avec  impotence  fonctionnelle  progressive;  le  28  sep¬ 
tembre,  le  genou  brusquement  augmente  considérablement  de 
volume,  température  38°  à  39°,  mouvements  impossibles,  épan¬ 
chement  articulaire;  c’est  seulement  le  27  octobre  qu’elle  entra 
dans  notre  service  hospitalier;  voilà  près  de  deux  mois  que  l'ar¬ 
thrite  évolue.  A  ce  moment,  genou  très  volumineux,  un  peu  de 
liquide  dans  la  jointure;  il  existe  un  point  douloureux  très 
marqué  à  la  partie  interne  de  l’interligne  articulaire;  dans  les 
mouvements,  douleurs  violentes,  atroces,  arrachant  des  cris. 

Le  27  octobre,  simple  ponction  du  genou  de  20  cent,  cubes;  on 
trouve  dans  le  liquide  du  gonocoque.  Le  29  octobre,  nouvelle  ponc¬ 
tion  de  20  cent,  cubes  et  injection  in tra- articulaire  de  15  cent, 
cubes  de  sérum  de  Nicolle.  Le  31  octobre,  on  retire  S  cenl.  cubes 
de  liquidé  et  on  injecte  15  cent,  cubes  de  sérum  dans  l’articulation. 
La  température  se  maintient  le  soir  un  peu  au-dessus  de  38° ; 
pendant  deux  jours,  à  la  suite  de  la  dernière  injection,  elle  atteint 
39°.  A  partir  de  ce  moment,  elle  va  décroissant,  et  oscille  pendant 
longtemps  entre  37°  et  38°.  Dès  le  6  novembre,  la  douleur  spon¬ 
tanée  a  disparu  ;  mais  la  douleur  réveillée  par  les  mouvements 
persiste  longtemps  et  la  mobilisation  de  la  jointure  exige  beau¬ 
coup  de  patience  de  la  part  de  la  malade  et  du  chirurgien.  A  deux 
reprises,  il  a  fallu  endormir  la  malade  pour  faire  de  la  mobilisa¬ 
tion  forcée. 

Actuellement,  le  résultat  obtenu  est  très  satisfaisant;  l’exten¬ 
sion  est  complète;  la  flexion  dépasse  l’angle  droit,  la  malade  peut 


SEANCE,  DU  10  JANVIER 


se  mettre  à  genou*,  elle  marche.  Le  genou  est  très  solide.  Il 
s’agissait  là  d’un  cas  très  grave,  à  grande  tendance  ankylosante, 
horriblement  douloureux,  avec  peu  de  liquide  dans  la  jointure  et 
chpz  lequel  le  traitement  a  été  commencé  deux  mois  après  le 
début  des  accidents;  c’est  à  mon  avis  un  cas  tout  à  fait  probant 
en  faveur  de  la  sérothérapie  antigonococcique  inlra-articulaire. 

Le  deuxième  cas  que  je  vous  apporte,  sans  pouvoir  présenter  la 
malade,  ria  donné  aucun  résultat.  Il  s’agit  d’une  arthrite  aiguë  du 
poignet  droit  du  type  plastique  ankylosant  avec  inflammation  des 
gaines  des  tendons  extenseurs.  La  malade  est  devenue  enceinte 
en  même  temps  qu’elle  contractait  la  blennorragie  et  la  syphilis. 

L’arthrite  du  poignet  s’est  déclarée  le  14  mai;  on  fait  bientôt 
une  ponction  du  poignet  qui  retire  à  grand’peine  1  cent,  cube  de 
liquide  tant  intra  que  para-articulaire,  dans  lequel  l’examen  par 
culture  a  révélé  du  gonocoque. 

Le  22  mai,  injections  de  vaccin  de  Nicolle  :  2  cent,  cubes  intra- 
articulaires  et  dans  les  gaines  tendineuses  autour  de  la  jointure 
et  18  cent,  cubes  intra-musculaires. 

Le  24  mai,  injection  de  3  cent,  cubes  à  l’intérieur  des  articu¬ 
lations  du  poignet  et  des  gaines  et  17  cent,  cubes  en  injection 
intra-musculaire. 

Le  29  mai,  injections  de  10  cent,  cubes  intra- articulaires  et 
péri-articulaires. 

Il  se  produit  pendant  un  certain  temps  des  alternatives 
d’amélioration  et  d’aggravation  dans  le  gonflement  et  les 
douleurs. 

Puis  les  lésions  prennent  une  allure  chronique  et  on  essaie  de 
lutter  par  des  massages  et  de  la  mobilisation  contre  l’ankylose. 

La  malade  a  été  revue  en  octobre  :  l’articulation  radiocarpienne 
est  presque  complètement  ankylosée;  c’est  à  peine  s’il  existe 
quelques  très  légers  mouvements  provoqués.  Les  mouvements  de 
pronation  et  de  supination  sont  conservés;  les  mouvements  des- 
doigts  se  font  d’une  façon  complète. 

Au  point  de  vue  des  mouvements  du  poimet,  le  résultat  a  donc 
ôté  nul,  mais  au  point  de  vue  des  mouvements  d>-s  doigts  il  est 
entièrement  satisfaisant.  Je  considère  néanmoins  ce  cas  comme 
un  échec  de  la  méthode  que  j’attribue  d’une  part  à  la  forme  très 
grave,  plastique  de  l’arthrite,  et  d’autre  part  à  l'impossibilité  où 
on  a  été  en  réalité  d’injecter  du  sérum  dans  les  articulations 
serrées  du  poignet;  je  suis  bien  convaincu  que  les  injections  ont 
été  surtout  para-articulaires.  Ce  cas  est  celui  dont  j’avais  promis 
de  vous  donner  des  nouvelles  dans  ma  communication  du  mois 
de  juillet. 


62 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Présentation  d’instrument. 

Appareil  à  projections 
par  M.  LOUIS  BAZY. 

M.  Louis  JBazy  présente  l'appareil  qui  a  été  établi  sur  sa 
demande,  par  M.  Massiot,.  pour  la  Société  de  Chirurgie,  et  qui 
permet  de  projeter  intégralement  tous  les  clichés  noirs  ou  auto¬ 
chromes  jusqu’au  format  13  X  18,  et,  dans  un  cliché  radiogra¬ 
phique,  verre  ou  film,  quel  que  soit  son  format,  un  disque  de 
23  centimètres,  ce  qui  représente  un  diamètre  plus  grand  que 
celui  des  localisateurs  ordinairement  en  usage. 

Il  est  également  très  facile  d’adapter  sur  cet  appareil  un  ciné¬ 
matographe. 

Les  projections  sont  assurées  par  une  simple  lampe  électrique 
à  incandescence- 


présentation  de  pièce. 

Calcul  biliaire  ayant  déterminé  une  occlusion  intestinale, 


par  M .  CAPETTE. 


SÉANCE  DU  10  JANVIER 


63 


Élections 

1°  DE  QUATRE  MEMBRES  CORRESPONDANTS  NATIONAUX. 
Premier  tour. 

"Volants  :  65.  —  Majorité  :  34. 

Ont  obtenu  : 

MM.  Malartic  (de  Toulon.) .  51  voix.  Élu. 

Billet  (de  Lille) . 27  voix. 

Gauthier  (de  Luxeuil) . 22  voix. 

Costantini  (d’Alger) .  21  voix. 

Civel  (de  Brest) .  20  voix. 

Miginiac  (de  Toulouse) .  19  voix. 

Reverchon  (Armée) .  19  voix. 

Cléret  (de  Chambéry) .  17  voix. 

Pouliquen  (de  Brest) .  15  voix. 

Gay-Bonnet  (Armée) .  8  voix. 

Combier  (du  Creusot) .  7  voix. 

Coullaud  (Armée)  . .  4  voix. 

Chaton  (de  Besançon) . 3  voix. 

Lefèvre  (de  Bordeaux)  .....  3  voix. 

Lepoutre  (de  Lille) .  2  voix. 

Lombard  (d’Alger) .  2  voix. 

Damas  (de  Digne) .  1  voix. 

Debeyre  (de  Lille) . '.  .  1  voix. 

Jean  (Marine) .  1  voix. 

Leclerc  (de  Dijon) .  1  voix.  ■ 

Picquet  (de  Sens) .  1  voix. 

Deuxième  tour. 

Votants  :  65.  —  Majorité  :  33. 

Ont  obtenû  : 

MM.  Billet, . 36  voix.  Élu. 

Cléret .  28  voix. 

Miginiac .  28  voix. 

Costantini .  24  voix. 

Civel .  18  voix. 

Gauthier .  18  voix. 

Reverchon .  17  voix. 

Pouliquen . 13  voix. 

Desgouttes .  4  voix. 

Combier  .  .  . . 2  voix. 

Gay-Bonnet .  1  voix. 

Lefèvre  . .  1  voix. 

Picquet .  1  voix. 


64  SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 

Troisième  tour. 

Votants  :  63.  —  Majorité  :  29. 

Ont  obtenu  : 

MM.  Miginiac .  34  voix.  Élu 

Cléret .  31  voix.  Élu 

Costantini .  17  voix. 

Gauthier .  2  voix. 

M.  le  Président.  —  MM.  Malartic,  Bii.let,  Miginiac  et  Cléret, 


sont  nommés  membres  correspondants  nationaux  de  la  Société 
nationale  de  Chirurgie. 

2°  De  deux  membres  correspondants  étrangers. 


Volants  :  48.  —  Majorité  :  23 

Ont  obtenu  : 

MM.  Matas  (de  la  Nouvelle-Orléans).  31  voix.  Élu. 

Louis  de  Lotbinière  Harwood 

(de  Montréal) .  24  voix. 

de  Zawadzki  (de  Varsovie).  .  .  13  voix. 

Reverdin  Albert  (de  Genève)  .  .  6  voix. 

Regard  (de  Genève) .  6  voix. 

Delrez  (de  Liège) .  1  voix. 

Nabuco  de  Gouvea  (de  Rio).  .  .  1  voix. 

Mascarenhas  (de  Rio) .  1  voix. 

Deuxième  tour. 

Volants  :  31.  —  Majorité  :  16. 

Ont  obtenu  : 

MM.  Louis  de  Lotbinière  Harwood.  .  27  voix.  Élu. 

Rio  Branco .  2  voix. 

Reverdin.  .  .  . .  1  voix. 

Zawadzki .  1  voix. 

M.  le  Président.  —  MM.  Matas  et  Louis  de  Lotbinière  Harwood 


sont  nommés  membres  correspondants  étrangers  _de  la  Société 
nationale  de  Chirurgie. 


Le  Secrétaire  annuel,  M.  Savariaud. 


PERSONNEL 


SOCIÉTÉ  NATIONALE  DE 

DE  PARIS 


CHIRURGIE 
à  % 


>E' 

'X.  -a  t 


COMPOSITION  DU  BUREA.U  POUR  L’ANNÉE  1923 


Président . 

Vice-Président . 

Secrétaire  général  .  .  . 
Secrétaires  annuels .  .  . 

Trésorier  . 

Archiviste . 


MM.  Placide  Mauclaire. 

C.  SODLIGQUX. 

J.-L.  Faure. 

O.  Jacob,  L.  Ombrédanne. 
Louis  Bazy. 

Edouard  Michon. 


MEMBRES  HONORAIRES 


23  novembr#192l.  MM.  Arrou  (Joseph),  titulaire  de . 1904 

5  février  1914  .  .  Ba/.y  (Pierre),  titulaire  de . 1890 

28  mars  1914.  .  .  Boeckel  (Jules),  correspondant  de.  .  .  1875 

13  février  1918  .  .  "  Broca  (Auguste),  titulaire  de . 1895 

^  mai  1909  .  .  .  -  Delbet  (Pierre),  titulaire  de. . 1898 

11  février  1914  .  .  'Delorme  (Edmond),  titulaire  do  .  .  .  .  1892 

5  mai  1886.  .  .  .  ,  Duplay  (Simon),  titulaire  de.  ....  1868 

28  ipars  1886.  -.  .  -  Guéniot  (Alexandre),  titulaire  de.  .  .  .  1868 

18  février  1920  .  .  -  Hartmann  (Henri),  titulaire  de . 1897 

7  février  1912  .  .  -  Jalaguier  (Adolphe),  titulaire  de.  .  .  .  1888 

17  février  1904  .  .  'KirmissoN  (Edouard),  titulaire  de.  .  .  1885 

22  octobre  1919.  .  "  Launay  (Paul),  titulaire  de  .....  .  1908 

17  février  1892  .  .  ~  Le  Dentu  (Auguste),  titulaire  de.  .  .  .  1873 

12  novembre  1913.  -Legueu  (Félix),  titulaire  de . 1901 

15  février  1921  .  .  '  Lejars  (Félix),  titulaire  de . 1896 

•lcrmarsl922.  .  .  -Marion  (Georges),  titulaire  de  ....  1909 

7  février  1917  .  .  ~  Michaux  (Paul),  titulaire  de . 1893 

14  novembre  1917.  Mignon  (Henri),  correspondant  de  .  .  .  1896 

8  février  1922  .  .  -  Potiierat  (Edmond),  titulaire  de  .  .  1897 

5  février  1908  .  .  -Quénu  (Edouard),  titulairé  de.  ....  1887 

3  janvier  1917.  .  •  -  Picard  (Alfred),  titulaire  de. . 1894 

25  janvier  1922.  .  -Riche  (Paul),  titulaire  de . 1909 

26  février  1901  .  .  "Richelot  (Gustave),  titulaire  de.  .  .  .  1882 

14  janvier  1920.  .  -Rieffel  (Henri),  titulaire  de  .....  .  1904 

16  février  1916  .  .  -RociiARb  (Eugène),  titulaire  de,.  .  .  .  1899 

8  février  1911  .  .  -  Routier  (Arnaud),  titulaire  de . 1888 

7  mars  1906.  .  .  -  Schwartz  (Edouard),  titulaire  de.  .  .  .  1886 

9  mars  1910.  .  .  Sieur  (Célestin),  correspondant  de .  .  .  1899 

12  décembre  1917.  -  Tiiiéry  (Paul),  titulaire  de . 1906 

17  mars  1915.  .  .  -  Tuffier  (Théodore),  titulaire  de  ....  1892 

5  février  1918  .  .  -  Walther  (Charles),  titulaire  de  ....  1896 


MEMBRES  TITULAIRES 


(50) 


7  janvier  1920.  . 
4  novembre  1908. 

15  novembre  1922. 
29  avril  1914.  .  . 
24  juillet  1918  .  . 

7  janvier  1920.  . 
9  novembre  1921 

13  mars  1922.  .  . 

16  mars  1921.  .  . 
7  janvier  1920.  . 
3  juin  1919  .  .  . 

19  mai  1920  .  .  . 
27  mars  1912.  .  . 

7  janvier  1920.  . 
19  décembre  1917. 

14  janvier  1914.  . 
22  avril  1903  .  .  . 
26  juin  1918  .  .  . 

8  juin  1921  .  .  . 
19  juin  1912.  .  . 

7  janvier  1920.  . 
7  janvier  1920.  . 
7  janvier  1920.  . 
22  mars  1911.  .  . 
19  décembre  1917. 
19  décembre  1917. 
7  janvier  1920.  . 
19  décembre  1917. 
16  avril  1913  .  .  . 
7  janvier  1920.  . 
7  janvier  1920.  . 

7  janvier  1920.  . 

6  décembre  1905. 
16  février  1910.  . 

7  janvier  1920  .  . 


MM.  ALGLAVE  (Paul). 
Auvray  (Maurice). 
Basset  (Antoine). 
Baudet  (Raoul). 
Baumgartner  (Am.). 
Bazy  (Louis). 

Bréciioï  (Adolphe). 
Cadenat  (Firmin). 
Cauchoix  (Albert),  . 
Chevassu  (Maurice). 

-  Chevrier  (Louis). 

„  Chjfoliau  (Médérîc). 

-  Cunéo  (Bernard). 
-Descomps  (Pierre). 
-Dujarier  (Charles). 
-Duvàl  (Pierre). 
^Faure  (Jean-Louis). 

_  Fredet  (Pierre). 

Cernez  (Léon). 

-  Gosset  (Antonin). 

-  Grégoire  (Raymond). 

-  Hallopeau  (Paul). 

'  HEiTz-BoYER(Maurice). 
V  Jacob  (Octave). 

,  Labey  (Georges). 
-Lapointe  (André). 

-  Lardennois  (Georges). 
^Lecène  (Paul). 

-  Lenorsiant  (Charles). 

-  Marcille  (Maurice). 

-  Martel  de  JanvillÉ 

(Thierry  de). 
-Mathieu  (Paul).  . 

'  Mauclaire  (Placide). 

-  Michon  (Edouard). 

-  Mocquot  (Pierre). 


IV 


LISTE  DÈS  MEMBRES  TITULAIRES 


19  décembre  1917. 
7  janvier  1920.  . 
25  janvier  1911 .  . 
19  décembre  1917. 
17  mai  1911  .  .  . 
7  janvier  1920.  . 
22  décembre  1920. 
11  mai  1910  .  .  . 
7  janvier  1920.  . 

7  mai  1902  .  .  . 
24  juillet  1907.  .  . 
17  mai  1922  ... 
19  décembre  1917. 

8  mai  1918  .  .  . 


_  Mouchet  (Albert). 

-  Okinczyc  (Joseph). 

.  Ombrédanne  (Louis). 
-Proust  (Robert). 
Robineau  (Maurice). 

-  Rouvillois  (Henri). 
-Roux-Berger  (J.-L.). 

-  Savariaud  (Maurice). 
.  Schwartz  (Anselme). 
^  Sebileau  (Pierre). 

^  Souligoux  (Charles). 

-  Toupet  (René).. 

-  Veau  (Victor). 

•  Wiart  (Pierre). 


MEMBRES  CORRESPONDANTS  NATIONAUX 


(125) 


20  décembre  1911.  .  . 

.  .  MM.  Abadie,  à  Oran. 

20  mars  1918 . 

.  .  Alquier,  à  Châlons-sur-Marne. 

8  janvier  1919.  .  .  . 

.  .  Barthélémy  (Marc),  à  Nancy. 

22  décembre  1909.  .  . 

.  .  Bégouin,  à  Bordeaux. 

20  mars  19.18 . 

.  .  Bérard  (Léon),  à  Lyon. 

10  janvier  1923.  .  .  . 

.  .  Billet,  à  Lille. 

16  janvier  1907.  .  .  . 

.  .  Bonnet,  armée. 

4  janvier  1888.  .  .  . 

.  .  Bousquet,  à  Clermont-Ferrand. 

20  janvier  1909.  .  . 

.  .  Brin  (H.),  à  Angers. 

23  janvier  1901 .  .  .  . 

.  .  Brousse,  armée. 

23  mars  1898.  .... 

.  .  Broupsin,  à  Versailles. 

11  janvier  1922.  .  .  . 

.  .  Brun,  à  Tunis. 

23  janvier  1901 .... 

.  .  Buffet,  à  Elbeuf. 

16  janvier  1895.  .  .  . 

.  .  Cahier,  armée. 

20  juillet  1892  .... 

.  .  Cerné,  à  Rouen. 

11  janvier  1922.  .  .  . 

.  .  Chalier,  à  Lyon. 

20  mars  1918 . 

.  .  Chauvel,  à  Quimper. 

29  janvier  1892.  .  . 

.  .  Chavannaz,  à  Bordeaux. 

1b  janvier  1890.  .  .  . 

.  .  Ghavasse,  armée. 

10  janvier. 1923.  .  .  . 

.  .  Cléret,  à  Chambéry. 

8  janvier  1919.  .  .  . 

Cotte  (Gaston),  de  Lyon. 

7  janvier  1903.  .  .  . 

.  .  Couteaud,  marine. 

28  décembre  1910.,  .  . 

.  .  Coville,  à  Orléans. 

11  janvier  1922.  .  .  . 

.  .  Curtillet,  à  Alger. 

28  janvier  1920  .  .  . 

.  .  Dambrin,  à  Toulouse. 

26  juillet  1893  ... 

.  .  Dayot,  à  Rennes. 

21  janvier  1889 .... 

.  .  Defontaine,  au  Creusot  . 

22  décembre  1920.  .  . 

.  .  Dehelly,  au  Havre. 

23  janvier  1901 .  .  .  . 

.  .  Delagenière  (Henri),  au  Mans. 

18  décembre  1912  .  . 

.  .  Delore  fils,  à  Lyon. 

11  janvier  1893.  .  .  . 

.  .  Denucé,  à  Bordeaux. 

8  janvier  1919.  .  .  . 

.  .  Dionis  du  Séjour  (Pierre),  de  Cler¬ 

mont-Ferrand. 

LISTE 


MEMBRES  CORRESPONDANTS 


ÏTIONAUX 


21  janvier  1889 . MM.'DubaR,  à  Lille. 

11  janvier  1922 .  Duguet,  armée. 

20  décembre  1911  ....  Duval,  marine. 

11  janvier  1905 .  Estor,  à  Montpellier. 

20  janvier  1897 .  Ferraton,  armée. 

11  janvier  1893 .  Février,  armée. 

8  janvier  1919 .  Fiolle  (Jean),  de  Marseille. 

22  décembre  1920.  .  .  Foisy,  àChâteaudun. 

20  janvier  1891 .  Fontan,  marine. 

1 1  janvier  1905 .  Fontoynont,  à  Tananarive. 

20  juillet  1892  .  Forgue,  à  Montpellier. 

8  janvier  1919 .  Fourmestraux (Jacques de), àChartres 

8  janvier  1919 .  Fresson  (Henri),  à  Shanghaï. 

28  décembre  1910  ....  Frœlich,  à  Nancy. 

20  janvier  1909 .  Gaudier,  à  Lille. 

11  janvier  1893 .  Celle,  à  Provins. 

17  janvier  1906 .  Gervais  de  Rouville,  à  Montpellier. 

27  janvier  1904 .  Girard,  marine. 

14  janvier  1914. .  Girou  (Joseph),  à  Aurillac. 

28  janvier  1920  .  Goullioud,  à  Lyon. 

7  janvier  1880 .  Gross  (Frédéric),  à  Nancy. 

20  juillet  1892  .  Guelliot,  à  Reims. 

20  janvier  1886 .  Guermonprez,  à  Lille. 

8  janvier  1919 .  Guibal  (Paul),  à  Béziers. 

20  mars  1918.  Guibé,  à  Caen. 

20  mars  1918 .  Guillaume-Louis,  à  Tours. 

8  janvier  1919 .  Guyot  (Joseph),  à  Bordeaux. 

20  décembre  1911  ....  Hardouin,  à  Rennes. 

10  janvier  1894 .  Hue  (François),  à  Rouen. 

14  janvier  1880 .  Hue  (Jude),  à  Rouen. 

29  janvier  1902 .  Imbert,  à  Marseille. 

15  janvier  1908 .  Jeanbrau,  à  Montpellier. 

15  janvier  1908. .  Jeanne,  à  Rouen. 

22  décembre  1909  ....  '  Lafourgade,  à  Bayonne. 

11  janvier  1922 .  Lagoutte,  au  Creusot. 

23  juillet  1890  .  Lagrange,  à  Bordeaux. 

18  décembre  1912  ....  Lambret,  à  Lille. 

13  janvier  1868 .  Lanelongue,  à  Bordeaux. 

20  décembre  1911  ....  Lapeyre,  à  Tours. 

H  janvier  1893 .  Le  Clerc,  h  Saint-Lô. 

22  décembre  1909  .  .  .  .  Le  Fort,  à  Lille. 

18  décembre  1912  ....  Le  Jemtel,  à  Alençon. 

18  décembre  1912  ....  Le  Moniet,  à  Rennes. 

20  mars  1918 .  Leriche  (René),  à  Lyon. 

20  décembre  1899  ....  Malapert,  à  Poitiers. 

10  janvier  1923 .  Malartic,  à  Toulon. 

14  janvier  1914.  .....  Marquis,  à  Rennes. 

29  janvier  1902.' .  Martin  (Albert),  à  Rouen. 


LISTE  DES  MEMBRES  CORRESPONDANTS  NATIONAUX 


5  janvier  1881 . MM.Madnoury,  à  Chartres. 

10  janvier  1894 .  Ménard,  à  Berck. 

28  décembre  1910  .  .  .  .  Mériel,  à  Toulouse. 

20  décembre  1911  .  .  .  Michel,  à  Nancy. 

10  janvier  1923 .  Miginiac,  à  Toulouse. 

22  juillet  1891 .  Monod  (Eugène),  à  Bordeaux. 

11  janvier  1905 .  '  Mordret,  au  Mans. 

Il  janvier  1922 .  Nandrot,  à  Montargïs. 

17  juillet  1889  .  Nimier,  armée. 

20  mars  1918 .  Nové-Jôsserand,  à  Lyon. 

22  décembre  1920.  ....  Oudard,  marine. 

8  janvier  1919 .  Patel  (Maurice),  à  Lyon. 

26  juillet  1893  .  Pauzat,  armée. 

22  décembre  1920 .  Petit  (L.-H.),  à  Château-Thierry. 

11  janvier  1899 .  Prugniez,  à  Cannes. 

22  décembre  1909  ....  Pfihl,  marine. 

11  janvier  1922 . .  Phélip,  à  Vichy. 

13  janvier  1892, .  Phocas,  à  Athènes. 

20  janvier  1909 .  Picqué  (Robert),  armée. 

21  janvier  1891.  .  .  .  .  .  Poisson,  à  Nantes, 

8  janvier  1919  .  .  ,  ,  .  Potel  (Gaston),  à  Lille. 

21  janvier  1891. .  Pousson,  à  Bordeaux, 

20  mars  1918 .  Prat,  à  Nice. 

11  janvier  1922 .  Rastouil,  à  La  Rochelle. 

20  janvier  1897 .  Roux  (Gabriel),  à  Marseille. 

14  janvier  1914 .  Sencert,  à  Strasbourg. 

28  décembre  1910 .  Silhol,  à  Marseille. 

20  mars  1918 .  Soubeyran,  à  Montpellier. 

20  mars  1918 .  Stern,  à  Briey. 

28  janvier  1920 .  Tavernier,  à  Lyon. 

20  décembre  1890 .  Tédenat,  à  Montpellier. 

11  janvier  1899 .  Témoin,  à  Bourges. 

8  janvier  1919, .  Tesson  (René),  è  Angers, 

28  janvier  1920 .  Tixier,  à  Lyon. 

29  janvier  1902 .  Toubert,  armée, 

16  janvier  1907.  ....  Vallas,  à  Lyon. 

20  décembre  1911  ....  Vandenbossche,  armée, 

11  janvier  1905 .  Vanverts,  à  Lille. 

28  janvier  1920  .  Viannay,  à  St-Elienne. 

29  janvier  1896 .  Villar,  à  Bordeaux. 

11  janvier  1893 .  Vincent,  à  Alger. 

20  janvier  1886 .  Weiss,  à  Nancy. 


MEMBRES  ASSOCIÉS  ÉTRANGERS 


(20) 


8  janvier  1919 . MM.  Alessandri  (Robert),  à  Rome. 

12  janvier  1910 .  Bloch  (O.),  à  Copenhague. 

8  janvier  1919 .  Bowlby  (Sir  A.),  à  Londres. 

4  janvier  1888 .  Bryant  (Th.),  â  Londres. 

8  janvier  1919 .  Crile  (George),  à  Clevpland. 

8  janvier  1919 .  Cushing  (Harvey),  à  Boston. 

9  février  1916 .  Depage,  à  Bruxelles. 

24  mars  1 920 .  Du  Bouchet,  à  Paris. 

20  janvier  1909 .  Durante  (F.),  à  Gênes. 

12  janvier  1910 .  Giordano,  .à  Venise. 

16  janvier  1901 .  Keen,  à  Philadelphie. 

17  janvier  1906 .  Kelly  (Howard-A.),  à  Baltimore. 

18  décembre  1912  ....  Lane  (Arbuthnot),  à  Londres. 

17  janvier  1900 .  Mac  Ewen,  à  Glascow. 

8  janvier  1919 .  Marins  (Sir  George),  à  Londres. 

16  janvier  1907 .  Mayo  Robson,  à  Londres. 

20  janvier  1886 .  Reverdin  (Jacqùes),  à  Genève. 

20  janvier  1909 .  Rydygier,  à  Léopol. 

9  février  1916 .  Soubbotitch,  à  Belgrade. 

8  janvier  1919 .  Willems  (Charles),  à  Gand. 


MEMBRES  CORRESPONDANTS  ÉTRANGERS 


(70) 


28  janvier  1920 . MM.  Alexinsky,  à  Moscou. 

17  janvier  1906 .  -  Ballance,  à  Londres.  * 

20  janvier  1909 .  Bassini,  à  Padoue. 

8  janvier  1919 .  Bastianelli  (R.),  à  Rome. 

7  janvier  1903 .  Berg,  à  Stockholm. 

20  décembre  1916  .  .  .  Bierens  de  Hann,  à  Rotterdam. 

20  décembre  1916  .  .  .  Blake,  à  New-York. 

8  janvier  1919 .  Blanco  Acevedo,  à  Montevideo. 

16  janvier  1901 .  Bradford,  à  Baltimore. 

8  janvier  1919. -.  .  .  .  Brewer  (George  A.),. à  New-York. 

8  janvier  1919 .  Bruce,  à  Londres. 

17  janvier  1906.  .  .  .  Buscarlet,  à  Genève. 

20  janvier  1909 .  Cheyne  (Watson),  à  Londres. 

4  janvier  1889  .....  Chiene,  à  Edimbourg. 

15  janvier  1908 .  Cranwell,  à  Buenos  Aires. 

20  décembre  1916  .  .  .  Chutro,  à  Buenos  Aires. 

8  janvier  1919 .  Debaisieux,  à  Louvain. 

10  janvier  1894 .  Uemosthen  (A.),  à  Bucarest. 

20  décembre  1916  .  .  .  Derache,  à  Bruxelles. 

27  janvier  1904 .  Djemil-Pacha,  à  Constantinople. 

8  janvier  1919 .  Finney  (John),  à  Baltimore. 

22  décembre  1920  .  .  .  Finochietto,  à  Buenos  Aires. 

12  janvier  1910 .  Gibson,  à  New-York. 

28  janvier  1920 .  Gudin,  à  Rio-de-Janeiro. 

31  décembre  1862.  .  .  .  Hutchinson  (J.),  à  Londres. 

20  décembre  1916  .  .  .  Hutchinson  (James  P. ),àPhiladelphie 

8  janvier  1919 .  Ingebrigsten,  Norvège. 

21  janvier  1891 .  Jamiesoi!  (Alex.),  à  Shanghaï. 

17  janvier  1900 .  Jonnesco,  à  Bucarest. 

12  janvier  1910 .  Juvara,  à  Bucarest. 

13  janvier  1892 .  Kouzmine,  à  Moscou. 

21  janvier  1891 .  Kusoier,  à  Genève. 

20  décembre  1911.  .  .  .  Lambotte,  à  Anvers. 

10  janvier  1912 .  Lanz,  à  Amsterdam. 


12MBR.ES  CORRESPONDANTS  ÉTRANGERS 


20  janvier  1897 . MM.  Lardy,  à  Constantinople. 

10  janvier  1923 .  L.  de  Lobignière  Hartwood,  à  Mont¬ 

réal. 

16  janvier  1884.  ....  Lucas  (Clément),  à  Londres. 

20  décembre  1916  ...  Le  Bel,  à  Montréal. 

B  janvier  1919 .  Le  Conte;  (Robert),  a  Philadelphie 

11  janvier  1893 .  Martin  (Édouard),  à  Genève. 

10  janvier  1923 .  Matas,  à  la  Nouvelle-Orléans. 

8  janvier  1919 .  Mayo  (Charles),  à  Rochester. 

28  décembre  1910.  .  .  .  Mayo  (William),  à  Rochester. 

21  janvier  1“891 .  Mooy  (de),  à  La  Haye. 

20  janvier  1909 .  Morris  (Henry),  à  Londres. 

12  janvier  1910 .  Moynihan,  à  Leeds. 

20  décembre  1916  .  .  .  Martigny  (de),  à  Montréal. 

28  décembre  1910  .  .  .  Navarro,  à  Montevideo. 

20  janvier  1897 .  Novaro,  à  Gênes. 

22  décembre  1920.  .  .  .  Paschoud,  à  Lausanne. 

28  janvier  1920 .  Pellegrini,  à  Chiari. 

22  décembre  1920.  .  .  .  Prat,  à  Montevideo. 

16  janvier  1907 .  Psaltoff,  à  Smyrne. 

22  décembre  1920.  .  .  .  Putti,  à  Bologne. 

18  décembre  1912  .  .  .  Quervain  (de),  à  Bâle. 

21  janvier  1891 .  Romniceanu,  à  Bucarest. 

28  janvier  1920 .  Rouffart,  à  Bruxelles. 

25  janvier  1890 .  Roux,  à  Lausanne. 

21  janvier  1885 .  Saltzmann,  à  Helsingfors. 

12  janvier  1910 .  Saxtorph,  à  Copenhague. 

1er  août  1916 .  Sihota,  à  Tokio. 

20  mars  1867 .  Simon  (John),  à  Londres. 

8  janvier  1919 .  Sinclair  (Maurice),  à  Londres. 

16  janvier  1901 .  Sneguireff,  à  Moscou. 

17  janvier  1900 .  Souchon,  à  la  Nouvelle-Orléans. 

20  décembie  1916  .  .  .  Swindt,  à  Randers. 

31  décembre  1862.  .  .  .  Testa,  à  Naples. 

14  janvier  1914 .  Tubby,  à  Londres. 

11  janvier  1893 .  Vlaccos,  à  Mytilène. 

8  janvier  1919 .  Wallace  (S.  €.),  à  Londres. 

20  janvier  1909 .  White  (Sinclair),  à  Sheffleld. 

11  janvier  1893 .  W'ier,  à  New-York. 


PRÉSIDENTS 

DE  LA  SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


DEPUIS  SA  FONDATION 


1844.  MM.  A.  Bérard. 

1845.  Michon. 

1846.  Monod  père. 

1847.  Lenoir. 

1848.  Robert. 

1849.  Cullerier. 

1850.  Déguisé  père. 

1851.  Danyau. 

1852.  Larrey. 

1853.  Guersant. 

1854.  Denonvilliers. 

1855.  Hugüibr. 

1856.  Gosseun. 

1857.  Chassaignac. 

1858.  Bouvier. 

1859.  Déguisé  fils. 

1860.  Marjolin. 

1861.  -Laborie. 

18Ç2.  Morf.l^La  vallée. 

1863.  Depaul. 

1864.  Richet. 

1865.  Paul  Broca. 

1866.  Giraldès. 

1867.  Follin. 

1868.  Legouest. 

1869.  Verneuil. 

1870.  A.  Guérin. 

1871.  Blot. 

1872.  Dolbeau. 

1873.  Thélat. 

1874.  Maurice  Perrin. 

1875.  Le  Fort. 

1876.  Houel. 

1877.  Paeas. 

1878.  Félix  Guyon. 

1879.  S.  Tarnier. 

1880.  Tillaux. 

1881.  de  Saint-Germain. 

1882.  Léon  Labbk. 

1883.  Guéniot. 

1884.  Marc  Sée. 


1885.  MM.  S.  Duplay. 

1886.  Horteloup. 

1887.  Lannelongue. 

1888.  Polaillon. 

1889.  Le  Dentu. 

1890.  Nicaisp. 

1891.  Terrier. 

1892.  Chauvel. 

1893.  Ch.  Perier. 

1804.  Lucas-Championnière 

1895.  Th.  Anger. 

1896.  Ch.  Monod, 

1897.  Delens. 

1898.  Berger. 

1899 .  Pozz!- 

1900.  Richblot. 

1901 .  PAPE  Reclus, 

1902.  G.  Bouilly. 

1903.  Kirmisson. 

1904.  Peyrot. 

1905.  E.  Schwartz. 

1906.  Paul  Segond. 

1907.  Quénu. 

1908.  Ch.  Nélaton. 

1909.  Paul  Reynier. 

1910.  Routier. 

1911.  Jalaguier. 

1912.  P.  Bazy. 

1913.  E.  Delorme. 

1914.  Tuffier. 

1P15 .  E.  Rociiard. 

Lucien  Picqué. 

Paul  Michaux. 

1917.  Auguste  Broca. 

1918.  Çh,  Walther. 

1919.  Henri  Hartmann. 

1920.  F.  Lejars. 

1921 .  E.  Potherat. 

1922.  Pierre  Sebileau. 

1923.  Pl.  Mauclaire. 


BIENFAITEURS 


inc  la 

SOCIÉTÉ  NATIONALE  DE  CHIRURGIE 


René  Duval  et  René  Marjolin,  fondateurs  d’un  prix  annuel  de  300  fr. 

Édouard  Laborje,  fondateur  d’un  prix  annuel  de  1.200  francs. 

Vulfranc  Gerdy,  fondateur  d’un  prix  biennal  de  2,000  francs. 

Pierre-Charles  Huguier,  donateur  d’une  rente  annuelle  de  1.000  francs, 
et  Mmo  Huguier,  sa  veuve,  donatrice  d’une  somme  de  10.000  francs-, 
destinées  à  favoriser  les  publications  scientifiques  de  la  Société. 

Demarquay,  fondateur  d’un  prix  biennal  de  700  francs. 

Ricord,  fondateur  d’un  prix  biennal  de  300  francs. 

Dubreuil  (de  Montpellier),  fondateur  d’un  prix  annuel  de  400  francs, 

Jules  Hennequin,  fondateur  d’un  prix  biennal  de  1.500  francs. 

0.  Lannelongue,  fondateur  d’un  prix  quinquennal  de  5.000  francs,  avec 
médaille  en  or. 

Mme  Veuve  Aimé  Guinard,  fondatrice  d’un  prix  triennal  de  1.000  francs. 

Édouard  Quénu,  donateur  d’une  somme  de  10.000  francs  dont  les 
arrérages  devront  être  employés  par  la  Société  à  l’amélioration  de 
son  bulletin. 


Paul  Guersant,  —  Lenoir,  —  Payen,  —  Velpeau,  —  Gerdy,  —  Baron 
Larrey,  —  Ch.  Nélaton,  —  Le  Dentu,  —  Delens,  —  Lucien  Hahn,  — 
Ch.  Périer,  —  Monteils,  —  Ch.  Monod,  Donateurs  de  livres  pour  la 
Bibliothèque  de  la  Société. 


PRIX  DE  LA  SOCIÉTÉ  NATIONALE  DE  CHIRURGIE 


La  Société  de  Chirurgie  dispose  de  neuf  prix  permanents  et  d’un  prix 
temporaire  de  80.000  francs  : 

1°  Le  prix  Duval,  fondé  par  Jacques-René  Du  val,  membre  de  la 
Société  de  Chirurgie,  de  Paris. 

Le  12  juillet  1854,  la  Société  a  pris  la  décision  suivante  :  «  La 
Société  de  Chirurgie  de  Paris,  après  une  donation  de  M.  Duval,  fonde, 
à  titre  d’encouragement,  un  prix  annuel  de  la  valeur  de  100  francs,  en 
livres,  pour  Fauteur  de  la  meilleure  thèse  de  chirurgie  publiée  en 
France  dans  le  courant  de  l’année.  Autant  que  possible,  les  recherches 
doivent  porter  sur  un  seul  sujet- et  s’appuyer  sur  des  observations 
recueillies  par  l’auteur  lui-même  dans  un  service  d'hôpital. 

«  Tous  les  auteurs,  anciens  et  modernes,  qui  ont  traité  le  même 
sujet,  devront  être  indiqués,  ainsi  que  la  source  précise  des  citations. 

«  Sont  séuls  admis  à  concourir  :  les  docteurs  ayant  rempli  les  fonc¬ 
tions  d'internes  définitifs  dans  les  hôpitaux  ou  ayant  un  grade  ana¬ 
logue  dans  les  hôpitaux  militaires  ou  de  la  marine.  »  Les  aides-méde¬ 
cins  de  la  marine  nommés  au  concours  soiit  assimilés  aux  internes  des 
hôpitaux  (4  novembre  1885). 

Les  candidats  devront  adresser  franco  deux  exemplaires  de  leur 
thèse  au  secrétariat  de  la  Société. 

Par  la  bienveillance  de  M.  le  Dr  Marjolin,  membre  fondateur  de  la 
Société,  le  montant  du  prix  Duval  a  été  porté  de  100  à  300  francs  à 
partir  de  1886;  le  prix  ne  peut  être  partagé. 

2°  Le  prix  Édouard  Laborie,  fondé  par  Mme  veuve  Laborie,  le  6  mai 
1868.  Il  est  annuel  et  de  la  valeur  de  1.200  francs. 

La  Société  a  pris  en  1868  les  décisions  suivantes  :  «  Le  prix  Édouard 
Laborie  sera  décerné  chaque  année  dans  la  séance  solennelle  de  la 
Société  (troisième  mercredi  de  janvier)  à  l’auteur  du  meilleur  travail 
inédit  sur  un  sujet  quelconque  de  chirurgie  adressé  à  la  Société  pen¬ 
dant  l'année  courante. 

«  Les  auteurs  sont  libres  de  choisir  les  sujets  de  leurs  mémoires; 
toutefois,  la  Société  indiquera  tous  les  six  ans  un  sujet  de  mémoire 
pris  parmi  les  points  de  la  chirurgie  dont  le  docteur  Laborie  s’est  plus 
particulièrement  occupé. 

«  Tous  les  docteurs  et  élèves  en  médecine,  français  et  étrangers, 
sont  admis  à  prendre  part  au  concours. 

«  Les  mémoix’es,  écrits  en  français,  en  latin,  en  anglais  ou  en  alle¬ 
mand,  devront  être  envoyés  (affranchis)  à  M.  le  Secrétaire  général  de 
la  Société  nationale  de  Chirurgie  de  Paris,  12,  rue  de  Seine,  avant 
le  1er  novembre  de  chaque  année. 

«  Les  manuscrits  doivent  être  adressés  dans  les  formes  académiques, 
c’est-à-dire  non  signés,  mais  portant  une  épigraphe  reproduite  sur  la 
suscription  d’une  lettre  renfermant  le  nom,  l’adresse  et  les  titres  du 
candidat.  » 


PRIX  DE  LA 


•XIV 


SOCIÉTÉ  NATIONALE  DE  CHIRURGIE  DE  PARIS 


’3°  Le  prix  Gerdy,  fondé,  en,  1873,  par  Vulfranc  Gerdÿ,  en  souvenir  de 
son  frère  P. -N.  Gerdy,  membre  de  la  Société  nationale  de  Chirurgie. 
Ce  prix  est  biennal  et  de  la  valeur  de  2.000  francs. 

Le  sujet  à  traiter  par  les  concurrents  est  indiqué  par  la  Société  et 
donné  deux  années  à  l’avance.  Les  règles  du  concours  sont  celles  du 
prix  Laborie. 

4°  Le  prix  Demarquaÿ,  fondé,  en  1875,  par  Jean-Nicolas  Demarquay, 
membre  de  la  Société  nationale  de  Chirurgie,  qui  a  légué  à  la  Société 
une  somme  de  10.000  francs.  Le  prix  est  biennal  et  de  la  valeur  de 
700  francs. 

Le  sujet,  indiqué  par  la  Société,  est  donné  deux  années  à  l’avance 
les  règles  du  concours  sont  celles  du  prix  Laborie. 

5°  Le  prix  Ricord,  fondé,  en  1889,  par  Philippe  Ricord,  membre  de  la 
Société  nationale  de  Chirurgie,  qui  a  légué  à  la  Société  une  somme  de 
b. 000  francs.  Le  prix  est  biennal  et  de  là  valeur  de  300  fraucs. 

Il  est  décerné'à  l’auteur  d’un  travail  inédit  sur  un  sujet  quelconque 
de  chirurgie  ou  d’un  mémoire  publié  dans  le  courant  de  l'année  et 
n’ayant  pas  encore  été  l’objet  d’une  récompense  dans  une  autre  Société. 

Les  manuscrits  pourront  être  signés.  A  cetle  difîéience  près,  les 
règles  du  concours  sont  celles  du  prix  Laborie. 

6°  Le  prix  Durreuil,  fondé,  en  1901,  par  Henri-François-Alphonse 
Dubreuil,  membre  de  la  Société  nationale  de  Chirurgie,  qui  a  légué  à 
la  Société  une  somme  de  15.000  francs.  «  Les  intérêts  de  celte  somme, 
placée  sur  l’État  à  3  °/0,  serviront  à  cette  Société  pour  la  fonda¬ 
tion  d’un  prix  annuel  destiné  à  récompenser  un  travail  sur  un  sujet 
d’orthopédie.  » 

7°  Le  prix  Jules  Hennequin,  fondé,  en  191 0,  par  Jules-Nicolas  Hennequin, 
membre  de  la  Société  nationale  de  Chirurgie,  qui  a  légué  à  la  Société 
une  somme  de  25.000  francs, .«  dont  les  arrérages  seront  accordés  tous 
les  deux  ans,  et  sans  partage,  au  meilleur  mémoire  sur  l’anatomie,  la 
physiologie,  la  pathologie  ou  les  traumatismes  du  squelette  humain  ». 

8°  La  Médaille  internationale  de  Chirurgie  (Fondation  Lannelongue). 
—  Le  prix  fondé  par  M.  Lannelongue  consiste  en  une  médaille  d’or  à 
décerner  tous  les  cinq  ans,  et  dotée  d’une  somme  de  5.000  francs. 

«  Cette  médaille  sera  internationale,  c’est-à-dire  attribuée  à  un  chi¬ 
rurgien  de  n’importe  quel  pays,  qui,  durant  les  dix  dernières  années, 
aura  fait  la  découverte  chirurgicale  la  plus  notoire  ou  les  travaux  les 
plus  utiles  à  l’art  et  à  la  science  de  la  chirurgie.  L’attribution  de  la 
médaille  de  chirurgie  ne  pourra  être  faite  deux  fois  de  suite  dans  la 
même  nationalité.  » 

M.  Lannelongue  exprime  la  volonté  formelle  qu’il  ne  soit  tenu  aucun 
compte  de  la  nationalité,  mais  uniquement  des  mérites  de  celui  qui 
paraîtra  le  plus  digne.  Est  seul  proclamé  lauréat  celui  qui  sera  pré¬ 
senté  par  les  personnes  suivantes,  qualifiées  à  cet  effet  : 

а)  Les  membres  dubureau  de  la  Société  nationale  de  Chirurgie  de  Paris  ; 

б)  Le  quart  des  autres  membres  titulaires  et  honoraires  de  cette 
même  Société,  tirés  an  sort  tous  les  cinq  ans; 

c)  Les  lauréats  de  la  médaille  Lannelongue  ; 


PRIX  DE  LA  SOCIÉTÉ  NATIONALE  DE  CHIRURGIE  DE  PARIS  XSr 


d.)  Les  chirurgiens,  membres  du  Conseil  de  dix  Facultés  de  médecine 
de  nations  élrangères  à  la  France,  choisis  tous  les  cinq  ans  par  le 
Bureau  de  la  Société  nationale  de  Chirurgie,  et  au  nombre  de  deux  au 
plus  par  nationalité;  le  bureau  veillera  à  faire  une  réparlition  conve¬ 
nable,  selon  l’importance  des  nationalités.  Ci-joint  l’énumération  des 
nationalités  dans  lesquelles  sera  fait  le  choix  des  juges  :  Angleterre; 
Allemagne;  Autriche-Hongrie  et  États  balkaniques;  Belgique,  Hollande 
et  États  Scandinaves;  Espagne,  Portugal  et  Mexique;  Italie,  Suisse, 
Grèce  et  Turquie;  Russie;  États-Unis  d’Amérique  du  Nord  et  Canada; 
États  de  l’Amérique  du  Sud;  Japon  et  Chine.  Les  chirurgiens  étrangers 
qualifiés  seront  invités  par  lettre  recommandée  à  proposer  un  lauréat  ; 
les  propositions  devront  être  faites  avant  le  lor  novembre  de  l’année 
qui  précède  la  séance  annuelle  de  la  Société  nationale  de  Chirurgie. 

Ces  propositions,  comme  celles  des  juges  français  n’habitant  pas 
Paris,  seront  faites  par  écrits  et  adressées  au  Président  de  la  Société 
nationale  de  Chirurgie  de  Paris.  Celui-ci  convoquera  ensuite  les 
membres  français  qualifiés,  habitant  Paris,  pour  qu’ils  fassent  à  leur 
tour  des  propositions  par  écrit  dans  une  séance  spéciale  où  le  Prési¬ 
dent  procédera  au  dépouillement  total  des  suffrages  exprimés.  „  - 

La  médaille  sera  attribuée  au  candidat  qui  aura  obtenu  la  majorité 
absolue  des  suffrages,  et  à  son  défaut  une  majorité  relative.  Si  deux 
ou  plusieurs  candidats  recueillent  un  nombre  égal  de  suffrages,  la  voix 
du  Président  du  Bureau  de  Ta  Société  devient  prépondérante.  Le  Pré¬ 
sident  proclame  le  lauréat. 

La  médaille  sera  remise  dans  la  séance  annuelle  de  la  Société  na¬ 
tionale  de  Chirurgie  de  Paris. 

9°  Le  prix  Aimé  Güinahd,  fondé,  en  1914,  par  Mmo  veuve  Guinard,  en 
souvenir  de  son  mari,  membre  de  la  Société  nationale  de  Chirurgie. 

f.e  prix  est  triennal  et  de  la  valeur  de  1.000  francs. 

Il  est  décerné  au  meilleur  travail  de  chirurgie  générale  présenté  par 
un  interne,  des  hôpitaux  de  Paris,  pendant  qu’il  sera  en  exercice,  ou 
pendant  l’année  qui  suivra  la  fin  de  son  internat. 

10°  Le  Prix  de  50.000  francs.  —  Un  anonyme  a  mis  à  la  disposition 
de  la  Société  de  Chirurgie  une  somme  de  50.000  francs  pour  être 
attribuée  à  l’auteur  de  l’appareil  suppléant  le  mieux  à  la  perte  de  la  main. 

Lès  constructeurs  des  nations  alliées  et  neutres  peuvent  seuls  con¬ 
courir.  Iis  devront  présenter  à  la  Société  des  mutilés  se  servant  des 
appareils  depuis  six  mois  au  moins. 

La  Société  expérimentera  les  appareils  sur  des  mutilés  pendant  le 
temps  qu’elle  jugera  nécessaire  pour  apprécier  leurs  qualités.  L’appa¬ 
reil  récompensé  restera  la  propriété  de  son  auteur. 

Le  concours  sera  clos  deux  ans  après  la  fin  des  hostilités.  Si  la 
Société  juge  qu’aucun  des  appareils  présentés  ne  mérite  le  prix,  le 
concours  restera  ouvert  pendant  une  nouvelle  et  dernière  période  de 
trois  ans. 


PUBLICATIONS 

REÇUES  PAR  LA  SOCIÉTÉ 


Paris.  —  Annales  de  gynécologie  et  d’obstétrique.  —  Archives  de 
médecine  et  de  pharmacie  militaires.  —  Bulletin  de  l’Académie  de 
Médecine.  —  Le  Bulletin  médical.  —  Bulletins  et  Mémoires  de  la 
Société  dé  chirurgie.  —  Bulletins  et  Mémoires  de  la  Société  de  Radio¬ 
logie  médicale  de  Paris.  —  Comptes  rendus  de  la  Société  d’obstétrique, 
de  gynécologie  et  de  pédiatrie.  —  Gazette  des  hôpitaux.  —  Journal  de 
chirurgie.  —  Journal  de  médecine  et  de  chirurgie  pratiques.  —  Journal 
d’urologie.  —  Paris  chirurgical.  —  Paris  médical.  —  La  Presse 
médicale.  —  Le  Progrès  médical.  —  La  Revue  de  Chirurgie.  —  Revue 
d’orthopédie.  —  La  Tribune  médicale. 

Province.  —  Bulletin  de  la  Société  de  médecine  d’Angers.  —  Bulletins 
et  Mémoires  de  la  Société  de  médecine  et  de  chirurgie  de  Bordeaux.  — 
Gazette  hebdomadaire  des  sciences  médicales  de  Bordeaux.  —  Lyon  chi¬ 
rurgical.  —  Marseille  médical.  —  Normandie  médicale.  —  Recueil  des 
actes  du  Comité  médical  des  Bouches-du-Rhône. 

Étranger.  —  Archives  médicales  belges.  —  Archives  of  the  Middlesex 
Hospital  (Londres).  —  Archivos  de  la  Policlinica  (Habana).  —  Bulletins 
et  Mémoires  couronnés  de  l’Académie  royale  de  médecine  de  Belgique. 
—  Bulletin  médical  de  Québec.  —  Medical  Record  (New  York).  — 
Mitteilungen  aus  der  medi-  zinischen  Fakultât  der  kaiserlich-japa- 
nischen  Universitàt  (Tokio).  —  Annual  Report  of  the  Henry  Philipps 
Institute  (Philadelphie).  —  Revue  médicale  de  la  Suisse  romande 
(Genève).  —  Transactions  of  the  american  Association  of  genito-urinary 
diseases  (New  York).  —  Transactions  of  the  American  otological  Society 
(New  Bedford).  —  Transactions  of  the  american  orthopédie  Association 
(Philadelphie).  —  Transactions  of  the  american  surgical  Association 
(Philadelphie).  —  Transactions  of  the  pathological  Society  of  London. 

La  bibliothèque  de  la  Société,  12,  rue  de  Seine,  est  ouverte  tous 
les  jours  non  fériés,  de  2  heures  à  5  heures. 


SÉANCE  PUBLIQUE  ANNUELLE 

(18  janvier  1923) 


Présidence  de  M.  Pierre  Sebileau. 


DISCOURS  DE  M.  PIERRE  SEBILEAU 

Mes  chers  Collègues, 

Ma  mission  est  terminée.  Croyez-moi  si  je  vous  dis  que  je  l’ai 
accomplie  avec  joie.  Depuis  un  an,  grâce  à  vous,  sommeillait 
obscurément  en  mon  âme  une  agréable  illusion  :  je  me  sentais 
devenu  un  personnage  de  quelque  importance.  Et  voilà  que  déjà 
s’évanouit  cette  gloire  éphémère  qui  faisait  ma  fierté.  Tout  n’est 
ici  que  vanité. 

Dans  l'homme  que  vous  appelez  chaque  année  à  l’honneur  de 
diriger  vos  débats  et  qui  reluit  pour  un  temps  du  lustre  que  vos 
travaux  communs  jettent  sur  cette  Société  pleine  de  prestige,  il 
n’est  rien  qui  ne  tire,  de  cette  présidence  même,  quelque  ensei¬ 
gnement  ou  quelque  profit.  Le  savant  voit  ici  se  dérouler  sous  ses 
yeux  les  progrès  d’une  chirurgie  jeune,  forte  et  audacieuse,  dont 
l’expérience  des  anciens  vient  à  point  tempérer  les  ardeurs.  Le 
psychologue  s’essaie  à  dépouiller  votre  pensée  du  vêtement  dont 
vous  la  couvrez  et  fouille  avec  curiosité  dans  vos  discours  pour  y 
découvrir  l’âme  du  chirurgien  qui  est  en  chacun  de  vous.  L’artiste 
se  réjouit  à  contempler  la  plastique  et  le  rendement  fonctionnel 
des  belles  opérations  que  vous  imaginez.  L’escrimeur  suit,  avec 
une  joie  qui  n’est  pas  toujours  dépourvue  de  quelque  émotion,  les 
passes  d’armes  pleines  de  finesse  qui  s’engagent  sous  ses  yeux 
prêts  aux  remontrances,  mais  applaudit  au  fond  de  lui-même 
aux  touches  délicates  du  fleuret  —  toujours  boutonné  —  dont 
quelques-uns  d’entre  vous  se  servent  avec  maîtrise.  Le  mélomane 
se  perfectionne  dans  la  connaissance  du  jeu  compliqué  des  sour¬ 
dines  que  des  chirurgiens  ingénieux,  rassemblés  pour  le  silence, 
sont  capables  d’imposer  à  la  voix  humaine  pour  la  rendre  imper¬ 
ceptible  à  l’oreille  d’un  censeur  inflexible.  L’athlète,  enfin,  voit 

BULL.  ET  MBM.  DB  LA  SOU.  DE'  CH1R.,  1923.  —  N»  2.  5 


66 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


avec  plaisir  s’enfler  progressivement,  sous  la  gymnastique  que 
leur  impose  l’agitation  vigoureuse  d'une  sonnette  inefficace,  le 
volume  de  ses  avant-bras. 

Mais,  par-dessus  tous  ces  bonheurs  dont  la  source  est  en  vous 
et  qui  aboutissent  à  votre  Président,  il  en  est  un  qui  domine  tous 
les  autres  :  c’est  celui  de  vivre  ici,  dans  cette  atmosphère  de 
chaude  camaraderie  au  milieu  de  laquelle  se, déroulent  vos  tra¬ 
vaux  scientifiques  et  que  n’altèrent  jamais  ni  les  vivacités  de  la 
contradiction,  ni  les  inoffensives  morsures  d’une  ironie  bon 
'  enfant,  ni  la  vigueur  de  quelques  répliques  improvisées.  Et  puis, 
que  de  jeunesse,  que  de  vie,  que  de  mouvement,  quelle  simple  et. 
saine  bonne  humeur  dans  cette  réunion  d’hommes  laborieux, 
préoccupés  et.pressés  qui,  sans  interrompre  leur  travail,  viennent 
une  fois  par  semaine  chercher  ici,  dans  la  compagnie  de  leurs 
amis  et  de  leurs  collègues,  quelques  heures  de  détente  à  cette 
vie  d’usure  et  d’anxiété  que  nous  fait  à  tous  la  plus  magnifique, 
mais  la  plus  tyrannique  des  professions  ! 

En  prenant  cette  année  leur  honorariat,  trois  de  nos  collègues, 
Potherat,  Paul  Riche  et  Marion,  ont  laissé  parmi  nous  des  vides 
que  sont  venus  combler  trois  chirurgiens  des  hôpitaux,  Cadenat, 
Toupet,  Basset.  Je  souhaite  la  bienvenue  à  ces  jeunes  camarades 
pleins  de  talent,  qui  ont  déjà  commencé  à  alimenter  notre  Société 
de  communications  intéressantes. 

Nous  avons  perdu  Robert  (du  Val-de-Grâce),  naguère  un  des 
plus  assidus  à  nos  mercredis,  et  que  la  guerre  avait  beaucoup 
éprouvé;  Monprofit  (d’Angers),  ardent,  original  et  chaleureux, 
fauché  en  quelques  jours  par  une  maladie  soudaine;  Bracquehaye, 
modeste  et,  depuis  longtemps,  silencieux  dans  son  hôpital  français 
de  Tunis;  Legrand  (d’Alexandrie),  qui,  tous  les  deux  ou  trois  ans, 
nous  revenait  d’Egypte  avec  le  printemps  et'  les  hirondelles  ; 
William  Halsted  (de  Baltimore),  emporté  à  soixante-dix  ans  dans 
la  j,oie  d’être  connu  du  monde  entier;  Kalliontzis  (d’ÂthènesJT 
stoïcien  du  monde  antique  et  grand  ami  de  notre  pays.  Donnons 
•en  ce  jour  une  pensée  à  chacun  de  ces  confrères  qui,  en  France 
•  ou  en  dehors  de  la  France,  ont  porté  avec  joie  et  fierté  le  drapeau 
tde  notre  Société,  et  dont  plusieurs  étaient,  pour  les  hommes  de 
ma;  génération,  des  camarades  du  temps  passé. 

Mon  cher  et  délicieux  secrétaire  général,  Jean-Louis  Faure,  tu 
-vas  prendre  ta  lyre  aux  sept  cordes  et  nous  chanter  la  gloire  d’un 
maître  de  la  chirurgie  française.  Mon  cher  et  humoristique  secré¬ 
taire  Savariaud,  vous  allez,  de  votre  scalpel  aiguisé,  disséquer  le 


SÉANCE  ANNUELLE 


G7 


corps  musclé  de  nos  travaux  annuels.  Je  suis  heureux  d’avoir,  à 
cette  tribune,  collaboré  avec  vous.  Unissez-vous  maintenant  à 
moi.  Et  vous  aussi,  mon  cher  Michon,  archiviste  sans  préoccupa¬ 
tions,  et  vous  aussi,  mon  cher  Bazy,  trésorier  sans  reproche. 
Tous,  au  nom  de  cette  glorieuse  Société  de  Chirurgie  que  nous 
représentons  aujourd’hui,  remercions  notre  maître  Quénu  du  don 
magnifique  qu’il  a  fait  récemment  à  nos  Bulletins.  Ceux-ci  avaient 
bien  besoin  qu’on  dorât  leurs  tranches.  Même  une  seconde  couche 
ne  leur  serait  pas  nuisible  :  faisons-le  délicatement  remarquer  à 
tous  ceux  que  pourrait  tenter  le  généreux  exemple  de  Quénu. 


SOCIÉTÉ  DE  CH1HURGIE 


COMPTE  RENDU  DES  TRAVAUX 

DE  LA  SOCIÉTÉ  NATIONALE  DE  CHIRURGIE 

PENDANT  L’ANNÉE  1922 
par  M.  Savariaud,  secrétaire  annuel. 


Mesdames,  Messieurs,  mes  chers  Collègues, 

J’ai  l'agréable  mais  difficile  devoir  de  condenser  en  un  petit 
nombre  de  pages  et  de  faire  revivre  devant  vous  en  quelques- 
minutes  vos  travaux  de  toute  une  année. 

Dans  l’impossibilité  où  je  suis  de  les  énumérer  fous,  je  vais  être 
obligé  de  faire  un  choix  et  de  ne  signaler  que  les  plus  marquants, 
les  plus  utiles  ou  les  plus  nouveaux. 

Dans  cet  exposé  succinct,  et  sans  ^contradiction  possible,, 
je  m’efforcerai  d’être  impartial  et  de  juger  avec  le  recul  nécessaire. 
Je  ne  marchanderai  pas  les  louanges  à  ceux  qui  les  méritent, 
mais  s’il  m’arrive  d’être  sévère,  veuillez  me  pardonner  en  pen¬ 
sant  que  je  me  mets  à  la  place  du  public  qui  nous  confie  sa  santé,, 
parfois  sa  vie  et  qui  en  dernier  lieu  nous  juge. 

Après  ce  court  préambule,  je  commence  : 

L’anesthésie  générale,  ou  l’anesthésie  tout  court  a  toujours  été- 
l’objet  d’un  vif.  intérêt  de  votre  part.  Il  est  rare  qu’on  ne  nous 
présente  pas  chaque  année  un  appareil  ou  une  méthode  ayant  la 
prétention  de  constituer  un  progrès. 

Cette  année  constitue  une  exception  à  la  règle  ;  mais,  en< 
revanche,  si  nous  n’avons  pas  à  enregistrer  des  procédés  nou¬ 
veaux,  le  traitement,  parle  massage  du  cœur,  de  la  syncope  chlo¬ 
roformique,  fait  l’objet  de  plusieurs  communications.  Par  voiè- 
transthoracique,  sur  une  de  ses  opérées,  M.  Gauthier,  de  Luxeuil, 
a  pu,  par  le  massage  direct  du  cœur,  réveiller  les  contractions  de 
cet  organe,  Vultimurri  moriens  de  l’économie  et  rappeler  à  la  vie  la 
patiente,  mais  pour  six  heures  seulement.  M.  Chastenet  de  Géry, 
qui  a  fait  à  quatre  reprises  différentes  la  même  tentative,  n’a 
obtenu  un  succès  relatif  que  dans  un  cas.  Sa  malade  a  sur¬ 
vécu  vingt-neuf  heures  à  sa  syncope  pour  mourir  finalement. 
M.  Dionis  du  Séjour,  plus  heureux,  a  obtenu  une  véritable  et 
complète  ré-urrection.  C’est  là  un  succès  des  plus  rares,  ainsi 


SÉANCE  ANNUELLE 


69 


que  le  fait  remarquer  Lenormant,  étant  donné  le  nombre  consi¬ 
dérable  de  tentatives  qui  ne  sont  l’objet  d’aucune  communication. 
Il  montre  qu’il  est  pour  le  moins  inutile  d’ouvrir  le  thorax,  la 
plèvre  et  le  péricarde  pour  exciter  le  cœur  et  que  l’incision  abdo¬ 
minale  est  infiniment  plus  simple  et  moins  mutilante. 

Ces  discussions  sur  la  syncope  chloroformique  se  renouvellent 
périodiquement.  Que  penser  en  présence  de  faits  pareils,  sinon 
que  nous  n’usons  pas  suffisamment  de  l’anesthésie  rachidienne 
et  de  l’anesthésie  locale.  Si  nous  voulons  mériter  la  confiance  des 
malades,  sachons  supprimer  le  danger  de  la  narcose  ou  la  rem¬ 
placer  par  autre  chose  qui  soit  efficace  et  sans  danger. 

Les  défaillances  du  cœur  pendant  l’anesthésie  générale  m’a¬ 
mènent  à  vous  parler  de  celles  qui  sont  la  conséquence  d’un 
anévrisme  artérioso-veineux,  ou  fistule  artérioso-veineuse. 
Jusqu’à  présent  tout  au  moins,  l’asystolie  survenant  comme  con¬ 
séquence  d’un  anévrisme  artério-veineux  n’était  pas  une  notion 
classique  —  tout  au  contraire,  l’asystolie  était  considérée 
comme  une  contre-indication  à  l’intervention  chirurgicale.  Notre 
collègue  Leriche  et,  après  lui,  Grégoire  sont  intervenus  pré¬ 
cisément  à  cause  de  cette  asystolie,  persuadés  qu’ils  étaient 
que  la  défaillance  du  cœur  n’était  que  secondaire  et  l’événe¬ 
ment  leur  adonné  raison.  Un  des  opérés  de  Grégoire  avait  de 
J’orthopnée,  de  l’oligurie,  de  l’œdème.  Sitôt  un  clamp  posé  au- 
dessus  de  la  communication  artério-veineuse,  il  respire  déjà 
mieux.  Le  jour  même  de  l’opération,  la  cyanose  disparaît,  la 
diurèse  se  rétablit  et  tous  les  symptômes  d’asystolie  disparaissent 
comme  par  enchantement.  Bien  loin  de  contre-indiquer  l’opération, 
l’asystolie  la  commande.  Voilà  une  notion  nouvelle  et  une  nou¬ 
velle  conquête  de  la  chirurgie. 

Puisque  nous  sommes  au  chapitre  du  traitement  des  anévrismes 
arlérioso-veineux,  disons  un  mot  de  la  ligature  de  la  veine 
ophtalmique  appliquée  au  traitement  de  l’exophtalmos  pulsatile. 
Notre  collègue  Cauchoix  qui,  sur  la  foi  des  faits  publiés,  nous 
avait  lait  miroiter  des  espérances  nouvelles,  a  fait  deux  tenta¬ 
tives  qui  ne  lui  ont  donné  qu’un  succès  relatif.  La  ligature  de 
d’ophtalmique  est  moins  grave  que  celle  de  la  carotide  primitive,  ' 
mais  elle  paraît  moins  efficace.  Elle  peut  toutefois  compléter 
d’action  de  cette  dernière. 

La  région  carotidienne  nous  amène  à  parler  maintenant  d’une 
■tumeur,  tout  à  fait  rare,  mais  qui  mérite  d’être  connue  en  raison 
des  dangers  que  présente  son  extirpation  et  du  peu  d’utilité  de 
cette  dernière.  Je  veux  parler  des  tumeurs  de  la  glande  caroti¬ 
dienne.  A  propos  d'un  cas  où  l’opérateur  avait,  sous  prétexte 
d’esthétique,  infligé  à  sa  malade  une  hémiplégie  incomplète,  je  le 


70 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


veux  bien,  et  une  paralysie  faciale,  sans  compter  la  cicatrice  ^ 
notre  collègue  Chevassu,  qui  connaît  bien  ces  tumeurs,  pour  en 
avoir  fait  depuis  1903  une  élude  devenue  classique,  nous  déclare 
que  malgré  tout  ce  qu’on  a  pu  écrire  à  l’étranger  sur  la  dégéné¬ 
rescence  possible  de  ces  tumeurs,  il  les  considère  comme  des 
noli  me  tangere  de  la  chirurgie.  Dans  un  cas  observé  sur  une  jeune 
fille  il  a  su  résister  aux  sollicitations  de  sa  malade  et  au  désir 
qu’il  avait  lui-même  de  recueillir  une  pièce  intéressante. 

La  vaccinothérapie  est  à  l’ordre  du  jour.  Est-elle  efficace  ou 
non  en  matière  d’ostéomyélite  ?  Grégoire  l’affirme  et  nous  montre 
un  exemple  qui  paraît  convaincant,  mais  nos  collègues  chirur¬ 
giens  d’enfants  sont  unanimes,  ou  presque,  à  faire  les.  plus 
expresses  réserves.  Seul  Mouchet  a  obtenu  un  succès.  Alors,  qui 
doit-on  croire,  ainsi  que  l’observe  Dujarier. 

La  luxation  de  l’os  semi-lunaire  était  considérée  jusqu’à  pré¬ 
sent  comme  presque  toujours  justiciable  de  l’opération  sanglante, 
et  même  de  l’extirpation.  Les  faits  de  nos  collègues  Lapointe, 
Mouchet,  Bazy  et  de  M.  Coullaud  montrent  que  la  réduction 
est  possible,  alors  même  que  l’osselet  est  basculé  à  90°,  et  que  la 
réduction  à  ciel  ouvert  réussit  facilement  lorsque  la  luxation  n’est 
pas  trop  ancienne.  L’extirpation  n’est  donc  qu’un  pis  aller  et  doit 
passer  au  second  plan. 

La  cinématisation  des  moignons  de  l’avant-bras  a  été  l’objet 
detentatives  de  lapart  de  M.  Coullaud.  —  MM.  Tuffier  et  Rouvillois, 
qui  ont  été  en  Italie  étudier  les  résultats  sur  place,  insistent  sur 
le  peu  d’intérêt  pratique  de  cette  méthode,  en  tant  que  méthode 
générale. 

A  propos  d’une  malade  présentée  par  votre  secrétaire,  une 
discussion  des  plus  fournies  s’est  engagée  sur  les  résultats  des 
amputations  partielles  du  pied,  et  de  l’opération  de  Ghopart  en 
particulier.  Une  chose  paraît  des  mieux  démontrées,  c’est  que  les 
Chopart  de  guerre  ont  donné  des  résultats  peu  brillants,  pour  ne 
pas  dire  déplorables,  mais  que  prouve  la  chirurgie  de  guerre, 
puisque  tous  ceux  qui  parmi  nous  ont  pratiqué  cette  opération 
sont  unanimes  à  la  trouver  excellente.  Elle  vaut  presque'  le 
Lisfranc,  qui  après  la  transmétalarsienne,  est  la  meilleure  des 
amputations  partielles.  Elle  est  supérieure  au  Pirogoff  et  aux 
opérations  ostêoplastiques  tibio-calcanéennes  quand  elle  est  bien 
réussie.  Quant  au  Syme,  il  constitue  la  meilleure  des  amputations 
de  jambe,  mais  il  se  montre,  en  général,  inférieur  aux  amputations 


SÉANCE  ANNUELLE  71 


partielles  du  pied.  Reste  la  question  des  mauvais  Chopart.  Ceux-ci 
existent,  il  faut  le  reconnaître,  mais  ils  sont  évitables.  Lorsqu’un 
équinisme  exagéré  s’est  produit,  et  que  le  blessé  marche  sur  sa 
cicatrice,  rien  n’est  plus  simple  que  de  transformer  le  Chopart  en 
Ricard,  en  enlevant  l’astragale.  Alors  pourquoi  ne  pas  faire 
d’emblée  le  Ricard?  disent  quelques-uns.  Il  est  inférieur  au 
Chopart  bien  réussi,  répondent  les  autres. 

La  question  des  greffes  osseuses  est  toujours  à  l’ordre  du  jour. 
Méthode  d’Albee,  méthode  de  Delagenière  se  disputentles  faveurs 
des  opérateurs.  Dujarier,  qui  ne  cesse  de  progresser  dans  cette 
voie,  a  généralisé  à  tous  les  cas  la  greffe  péri  astique.  Il  l’a  appli¬ 
quée  avec  succès  aux  pseudarthroses  du  col  fémoral  et  à  l’ankylose 
artificielle  de  la  colonne  vertébrale,  dans  le  cas  de  mal  de  Pott. 

A  propos  d’un  cas  suivi  de  mort,  chez  un  adulte,  votre  secré¬ 
taire  jette  un  cri  d’alarme.  Il  déclare  qu’il  ne  fera  plus  d’opération 
semblable  chez  l’adulte.  Notre  collègue  Nové-Josserand  publie  à 
son  tour  un  cas  de  mort  chez  une  fillette,  et  déclare  qu’il  ne  fera  - 
plus  cette  opération  chez  l’enfant.  MM.  Tuffier  et  Delbet  trouvent 
cette  réserve  excessive.  Ils  ont  eu  cependant  chacun  un  cas  de 
mort. 

Notre  collègue  Veau,  qui  a  publié  la  statistique  de  son  maître 
Jalaguier  et  la  sienne  sur  la  staphyloraphie  et  l’uranoplastie, 
trouve  que  la  méthode  de  Baizeau  ne  donne  que  des  résultats 
morphologiques  et  fonctionnels  incomplets.  11  pense  l'avoir  amé¬ 
liorée, sinon,  transformée  en  pratiquant,  au  moyen  d’un  fil  chemi¬ 
nant-  entre  la  muqueuse  nasale  et  la  muqueuse  palatine,  ce  qu’il 
appelle  la  suture  des  releveurs  du  voile.  Ses  collègues  en  chi¬ 
rurgie  infantile  font  bon  accueil  à  son  procédé,  mais  ils  font  des 
réserves  sur  les  résultats  phonétiques  à  en  espérer. 

M.  Pouliquen,  de  Brest,  a  obtenu  11  succès  sur  14  invagina¬ 
tions  sur  le  nourrisson  et  le  jeune  enfant.  Pour  qui  connaît  la 
mortalité  de  cette  terrible  affection,  ce  sont  là  des  résultats 
magnifiques.  Ils  tiennent  en  grande  partie  à  la  rapidité  avec 
laquelle  les  cas  ont  été  diagnostiqués  et  les  malades  opérés. 

Ne  pourrait-on  obtenir  les  mêmes  succès  à  Paris?  Il  semble  que 
cela  ne  soit  pas  possible  actuellement,  étant  données  nos  moeurs 
médicales. 

La  technique  de  l’appendicectomie  opératoire,  pourtant  des  plus 
simples,  adonné  lieu  à  une  discussion  des  plus  importantes.  Notre 


72 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


collègue  de  Martel  nous  propose  une  simplification  à  notre  technique 
habituelle  qui  consiste  à  enfouir  le  moignon  dans  un  pli  des  tuniques 
cæcales.  Le  non-enfouissement  a  fait  ses  preuves,  nous  dit-il,  et 
l’enfouissementexposeà  perforer  lamuqueuse.  A  part  MM.  Routier, 
Robineau  et  Témoin,  la  presque  totalité  d’entre  vous  se  sont  pro¬ 
noncés  pour  l’enfouissement,  qui  donne  ou  paraît  donner  une 
sécurité  de  plus.  Le  non-enfouissement  sera  réservé  aux  appen¬ 
dicites  à  chaud  et  aux  cas  où  la  minceur  du  cæcum  peut  faire 
craindre  une  perforation  intestinale. 

Les  kystes  hydatiques  suppurés  du  foie  étaient  traités  il  y  a 
bien  peu  de  temps  encore  par  la  marsupialisation  ;  de  là  des 
cholérrhagies  et  des  suppurations  prolongées.  M.  Brun,  de 
Tunis,  nous  a  adressé  11  observations  de  kystes  suppurés  traités 
par  la  fermeture  sans  drainage.  Cela  constitue  un  progrès  des 
plus  notables. 

Faut-il  étendre  les  indications  de  la  cholécystectomie?  Notre 
collègue  Gosset  le  croit,  —  il  pense  avoir  saisi  sur  le  fait  le  méca¬ 
nisme  de  formation  des  calculs.  Il  nous  montre  sur  de  belles  pro¬ 
jections  des  villosités  de  la  vésicule  bourrées  de  cholestérine  et 
formant  des  sortes  de  corps  étrangers  susceptibles  de  devenir 
libres  dans  sa  cavité  et  de  former  le  centre  de  calculs.  La  présence 
au  centre  de  ces  derniers,  notée  depuis  longtemps,  de  cellules  épi¬ 
théliales  semble  fournir  un  appui  sérieux  à  celte  théorie  dont  les 
conséquences  chirurgicales  sont  faciles  à  deviner.  Il  faudrait  donc, 
d’après  notre  collègue,  étendre  les  indications  de  l’ablation  de  la 
vésicule,  mais  à  la  condition  d’en  faire  une  opération  bénigne. 

Cette  condition  indispensable  est-elle  toujours  réalisée?  On 
pourrait  en  douter,  quand  on  voit  le  nombre  assez  considérable 
de  fistules  biliaires  qui  ont  donné  lieu  à  des  opérations  diverses. 

La  blessure  accidentelle  de  la  voie  principale  n’est  pas  excep¬ 
tionnelle,  surtout,  semble-t-il,  dans  la  cholécystectomie  rétrograde 
et  dans  les  calculs  du  cyslique.  L’opérateur  a  beau  ne  lier.que  ce 
qu’il  voit,  il  peut  prendre  le  cholédoque  pour  le  cystique,  il  peut 
couper  d’un  seul  coup  de  ciseaux  cystique  et  canal  hépatique 
étroitement  accolés,  il  peut  encore  blesser  au  dernier  moment 
l’hépatique  derrière  le  col  de  la  vésicule.  Pareils  accidents  sont 
arrivés  aux  meilleurs  opérateurs,  au  professeur  Delbet  et  au  pro¬ 
fesseur  Hartmann,  qui  a  cependant  une  pratique  très  étendue  des 
opérations  sur  les  voies  biliaires. 

Fort  heureusement  pour  les  opérés,  cet  accident  est  réparable. 
Quand  ou  s’en  aperçoit  assez  tôt,  on  a  le  choix  entre  les  moyens 


SÉANCE  ANNUELLE 


simples,  tels  que  reconstitution  du  canal  endommagé  sur  une 
sonde  en  T,  ce  qui  est  le  traitement  de  choix  des  blessures  laté¬ 
rales  —  ou  les  moyens  plus  compliqués  de  suture  bout  à  bout  ou 
d’implantation  dans  le  duodénum  ou  l’eslomac,  lorsque  la  section 
est  complète.  Malheureusement  quand  la  blessure  delà  voie  prin¬ 
cipale  n’est  pas  reconnue  tout  de  suite,  et  qu’il  se  constitue  une 
fistule  incurable,  l’opération  est  ordinairement  des  plus  compli 
quées  et  des  plus  graves.  La  recherche  du  bout  inférieur  est  inutile 
■et  dangereuse?  C’est  perdre  un  temps  précieux  que  de  s’y  acharner. 
Découvrir  le  bout  supérieur  ordinairement  très  court,  y  introduire 
le  bout  d'une  son  le  qui  pénètre  d’autre  part  dans  l’estomac  ou 
l’intestin  et  suturer  comme  on  peut  les  organes  en  présence, 
constitue  la  seule  ressource,  mais  une  ressource  précieuse  puis¬ 
qu’elle  a  été  suivie  de  succès  dans  la  plupart  des  cas  publiés,  au 
grand  étonnement  des  opprateurs.il  semble  véritablement,  ainsi 
qhe  l’a  fait  observer  Mathieu,  que  les  voies  biliaires  jouissent 
d’une  facilité  de  reconstitution  qui  ne  se  retrouve  pas  au  même 
degré  dans  les  voies  urinaires. 

La  chirurgie  de  l’estomac  a  continué  à.  vous  passionner.  Le 
succès  rend  ambitieux  et  téméraire.  Il  était  exceptionnel  autre¬ 
fois  de  guérir  un  malade  atteint  de  perforation  gastrique  ou  duo- 
dénale.  Depuis  que  les  succès  sont  devenus  la  règle,  les  opéra¬ 
teurs  sont  devenus  plus  hardis.  Pour  peu  que  le  pylore  leur 
parai-se  rétréci  ils  font  une  gastro-entérostomie,  et  pour  placer 
leurs  sutures  dans  de  meilleurs  tissus  ils  font  la  résection  des 
bords  de  l’ulcère.  Ils  ont  même  fait  avec  succès  la  résection 
segmentaire. 

De  là  à  généraliser  la  méthode  il  n’y  avait  qu’un  pas,  et  ce  pas 
a  été  franchi  par  notre  collègue  Pierre  Duval  qui  veut  qu’on 
profite  de  l’opération  nécessitée  par  la  perforation  pour  faire 
l'éradication  de  l’ulcère.  Nos  collègues  Lecène  et  Hartmann  lui 
crient  casse-cou,  craignant  de  le  voir  s’engager  lui  et  la  jeune 
génération  dans  une  voie  dangereuse.  La  résection  de  l’ulcère 
constitue-t-elle  bien  le  traitement  radical  de  l’ulcère  ?  La  question 
-est  déjà  vieille  et  elle  a  été  résolue  négativement  par  des  chirur¬ 
giens  de  grande  expérience,  no’amment  par  Roux  (de  Lausanne). 
Le  plug  sage  leur  paraît  donc  de  se  borner  à  la  suture  de  l’ulcère, 
avec  gastro-entérostomie  toutefois,  si  la  circulation  intestinale 
leur  paraît  compromise  par  la  plicature  de  la  région  suturée. 

Le  mode  de  rétablissement  de  la  continuité  intestinale  après 
résection  du  gros  intestin  est  toujours  à  l’étude.  Six  cas  de  résec¬ 
tion  du  gros  intestin  par  M.  Kümmer  (de  Genève)  fournissent  à 


74 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


notre  collègue  Lecène  l’occasion  de  dire  ce  qu’il  pense  de  la 
formation  des  culs-de-sac  intestinaux  après  implantation  ou  anas¬ 
tomose  latérale...  et  des  opérations  pour  constipation  chronique. 

Les  inconvénients  de  ces  culs-de-sac  lui  paraissent  avoir  été 
bien,  exagérés.  Quand  l’opération  a  été  pratiquée  pour  lésion 
organique  de  l’intestin,  cancer  ou  tuberculose,  la  présence  de  ces 
culs-de-sac  ne  se  révèle  par  aucun  trouble.  Mais  lorsque  l’opération 
a  été  dirigée  contre  des  troubles  purement  dynamiques,  il  n’en 
est  pas  de  même.  L’ablation  secondaire  de  ces  culs-de-sac  ne  lui 
paraît  donc  guère  plus  indiquée  que  l’opération  première. 

«  Après  l’opération,  nous  dit  Lecène,  il  se  produit  (comme  cela 
est  la  règle  chez  tous  les  névropathes  dont  on  distrait  l’attention 
en  s’en  occupant  et  en  les  opérant)  une  amélioration  temporaire  », 
puis  ils  recommencent  à  souffrir  et  on  les  réopère  jusqu’à  ce  qu’il  y 
aitune  amélioration  de  quelque  durée.  «  Voilà  des  malades  que  l’on 
aimerait  revoir  guéris  à  longue  échéance,  pour  être  persuadé  que 
les  interventions  qu’on  leur  a  faites  étaient  bien  nécessaires.  » 

A  toutes  les  règles  cependant  il  y  a  des  exceptions  et  M.  Dumas 
nous  a  présenté  l’observation  d’une  constipée  avec  intoxication, 
chronique  où  l’ablation  du  gros  intestin  en  deux  temps’aété  suivie 
d’un  résultat  fonctionnel  excellent,  et  qui  plus  est,  durable. 

La  gynécologie,  comme  tous  les  ans,  a  été  l’objet  de  commu¬ 
nications  et  de  discussions  importantes. 

L’opération  de  Baldwin  pour  absence  congénitale  du  vagin 
a  été  pratiquée  avec  sucrés  par  M.  Cléret,  de  Chambéry,  mais  son 
opération  a  duré  deux  heures  et  demie.  En  admettant  qu’on  puisse 
faire  à  moins,  il  n’en  est  pas  moins  vrai  que  pour  une  opération 
de  pure  complaisance  c’est  un  bien  gros  traumatisme.  Dans  un  cas 
de  notre  collègue  Anselme  Sehwartz,  l’anse  abaissée  au  périnée 
se  sphacéla  en  totalité,  avec  état  général  grave.  Baumgartner 
tomba  sur  un  mésentère  sclérosé  par  la  tuberculose  chronique  et 
il  dut  intervenir  à  nouveau  par  l’abdomen  pour  sectionner  le 
pédicule,  et  enlever  les  annexes  parce  que  la  dilatation  déter¬ 
minait  des  crises  douloureuses.  Une  troisième  retouche  fut  néces¬ 
saire  pour  remédier  au  rétrécissement  de  l’orifice.  Finalement,  le 
résultat  fut  des  plus  favorables  et  l’opérée  ne  regrette  pas  sa  peine. 
Ne  nous  montrons  pas  plus  difficile  qu’elle. 

M.  Raymond  Petit,  pour  éviter  les  inconvénients  de  la  castration 
totale,  a  pratiqué  l’inclusion  d’une  partie  de  l’ovaire  muni  de  son 
pédicule  vasculaire  dans  une  corne  utérine.  Une  grossesse  avec 
enfant  vivant  et  bien  portant  est  venue  récompenser  l’ingéniosité 
de  ce  chirurgien. 


SÉANCE  ANNUELLE 


la 


C’est  un  «  enfant  du  miracle  »  déclare  notre  collègue  Lecène 
qui  ne  compte  guère  sur  la  fréquence  de  pareille  éventualité  et 
préfère,  à  l’opération  de  Petit,  l’hystérectomie  fundique.  Mais 
M.  Tuffier  redoute  de  voir  les  ovaires  laissés  libres  dans  l’abdomen 
devenir  douloureux;  sur  quoi,  Lecène  le  rassure. 

Notre  collègue  Hallopeau  a  guéri  par  la  résection  du  plexus 
hypogastrique  une  névralgie  génitale  à  forme  grave.  La  malad 
qui  songeait  sérieusement  au  suicide  a  été  instantanément  guérie 
et  la  guérison  se  maintient  depuis  sept  mois. 

Lorsque,  au  cours  d’une  laparotomie  pour  annexite  haut  située, 
on  se  rend  compte  de  l’impossibilité  d’enlever  un  pyosalpinx  sans 
blesser  la  vessie  et  l’intestin,  il  peut  être  intéressant  après  aspi¬ 
ration  du  pus  d’aboucher  la  trompe  dans  le  vagin,  et  de  pratiquer 
ainsi  par  le  haut  une  colpotomie  qui  n’aurait  pas  été  possible  par 
la  voie  basse.  C’est  ce  que  votre  secrétaire,  qui  l’a  accompli  deux 
fois  avec  succès,  vous  a  décrit  sous  le  nom  de  salpingostomie 
vaginale  pratiquée  par  voie  abdominale.  Cette  opération  ne 
convient  naturellement  qu’aux  salpingites  haut  placées,  parais¬ 
sant  inextirpables. 

La  radiothérapie  des  fibromes  a  été  l’objet  d'une  importante 
discussion  d’où  il  résulte  que  si  beaucoup  de  fibromes  sont  justi¬ 
ciables  de  cette  méthode,  le  chirurgien  a  encore  de  nombreuses 
occasions  d’intervenir.  A  de  rares  exceptions  près,  les  rayons  X  font 
merveille  dans  les  hémorragies,  mais  ils  paraissent  beaucoup 
moins  influencer  le  volume  des  fibromes.  Ressortissent  donc  au 
bistouri  les  fibromes  très  volumineux,  les  fibromes  avec  troubles 
de  compression*  les  fibromes  compliqués  de  salpingites,  de  kysles 
de  l’ovaire,  d’épithélioma  du  col  ou  du  corps  et,  d’une  manière 
générale,  tous  les  cas  douteux,  et  ces  derniers  ne  sont  pas  rares. 
On  ne  confiera  aux  rayons  X  que  les  fibromes  purs  de  petit  ou  de 
moyen  volume  et  les  malades  dont  l’état  défectueux  pourrait  faire 
redouter  une  intervention  sanglante.  Les  fibromes  des  femmes 
jeunes  seront  de  préférence  traités  par  la  myomectomie,  à  moins 
qu’on  ne  préfère  les  traiter  par  l’application  de  radium  qui,  à 
faible  dose,  guérit  les  métrorragies  tout  en  conservant  la  fonction 
ovarienne  et  la  possibilité  de  grossesse. 

Reste  à  savoir  si  l’application  de  rayons  X  ne  risque  pas  de  pro¬ 
voquer  des  adhérences^ extraordinairement  serrées  (Baumgarten, 
Hallopeau),  ou  un  ramollissement  des  tissus  devenus  friables 
comme  du  papier  buvard  mouillé  (Cunéo),  rendant  leur  extirpa¬ 
tion  extrêmement  difficile  et  dangereuse.  Notre  maître  J. -L.  Faure 


•76 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


ne  le  croit  pas,  mais  il  redoute  l’action  irritative  des  rayons  sur 
les  tumeurs  épithéliales  concomitantes,  et  Fredet  nous  affirme 
que  l’utérus  adulte  est  riche  en  reliquats  de  formations  embryon¬ 
naires.  Si  de  nouveaux  faits  plus  précis  venaient  corroborer  des 
cas  déjà  anciens,  nul  doute  qu’il  faudrait  prohiber  à  cause  de 
ce  danger  majeur  le  traitement  radiothérapique  des  fibromes. 

Notre  collègue  Roux-Berger  qui  observe  principalement  à 
l’hôpital  Pasteur  dans  des  conditions  un  peu  particulières  a  été 
frappé  du  grand  nombre  de  récidives  locales  après  amputation 
du  sein,  et  il  y  voit  la  preuve  d'une  insuffisance  d’exérèse.  Con¬ 
trairement  à  l’opinion  courante,  il  considère  l’opération  comme 
très  délicate  demandant  beaucoup  de  minulie  et  devant  être  faite 
lentement  par  des  chirurgiens  expérimentés.  11  faut  faire  des 
exérèses  non  pas  proportionnées,  mais  hors  de  proportion  ayec 
les  lésions,  c’est-à-dire  faire  des  opérations  d’autant  plus  larges 
que  les  tumeurs  sont  plus  petit’  s. 

Ces  propositions  ont  recueilli  l’unanimitéde  vos  suffrages,  mais 
là  où  la  majorité  d’en  Ire  nous  s’est  séparée  de  notre  collègue, 
c’est  lorsqu’il  a  voulu  faire,  de  l’ablation  totale  des  muscles  pecto¬ 
raux,  le  critérium  d’une  opération  complète.  Le  tissu  musculaire 
est  bien  rarement  le  siège  d’une  récidive,  l’ablation  plus  ou  moins 
complète  des  pectoraux  ne  peut  donc  avoir  d’autre  raison  que  la 
commodité  d’accès  sur  la  région  sous  claviculaire.  Or  les  résultats 
éloignés  de  nos  collègues  Hartmann  et  Wallher  en  particulier 
montrent  l’absence  presque  complète  de  récidive  axillaire.  L’abla¬ 
tion  complète  des  muscles  pectoraux  doit  donc  être  considérée 
comme  inutile.  Plus  utile,  certainement,  semble  l’évidement  pré¬ 
ventif  du  creux  sus-claviculaire  préconisé  par  M.  Delbet  dans  les 
tumeurs  de  l’hémisphère  supérieur  de  la  glande. 

Messieurs,  j’ai  terminé  celte  revue  de  fin  d’année.  Peut-être 
TOtre  légitime  impatience  d’écouter  l’éloge  du  professeur  Guyon 
par  notre  éminent  secrétaire  général  vous  l’a-t-il  fait  trouver  trop 
longue,  Ne  vous  en  prenez,  qu’à  vous  et  à  vos  présentateurs  si, vos 
travaux  et  les  leurs  m’ont  paru  trop  intéressants  pour  être  passés 
sous  silence. 


SÉANCE  ANNUELLE 


77 


ÉLOGE 

DE 

FÉLIX  GUYON 

(1831-1920) 

par  M.  J.-L.  FÀUIIE,  secrétaire  général. 


La  chirurgie  contemporaine  n’a.  pas  connu  de  plus  haute  figure 
que  celle  du  vieux  Maître  qui  vient  de  nous  quitter,  chargé 
d’années,  chargé  de  gloire,  plein  de  cette  fierté  légitime  que 
donne  à  ceux  qui  ont  été  marqués  par  le  destin  la  conscience  de 
la  grandeur  de  l’œuvre  qu’ils  ont  accomplie,  mais  le  cœur  déchiré 
par  les  deuils  et  par  les  tristesses  qui  se  sont  abattus  sur  lui 
pendant  ses  dernières  années. 

Je  l’avais  rencontré  jadis  sur  l’àpre  chemin  des  concours.  Bien 
qu’il  n’eût  pas  été  mon  maître,  il  avait  été  bon  pour  moi  et  j’ai  le 
sentiment  qu’il  avait  été  juste.  Il  avait  bien  voulu  m’exprimer  un 
jour  le  regret  de  ne  pas  me  compter  parmi  ses  élèves,  parmi  les 
enfants  de  cette  grande  famille  scientifique,  auxquels  nous  avons 
le  droit  de  tenir  autant  peut-être  et  davantage  même  qu’à  ceux, 
de  notre  sang,  parce  qu’ils  sont  les  fils  de  notre  esprit,  et  que 
ceux-là  qui  sont  imprégnés  de  notre  œuvre  nous  touchent  de 
plus  près  encore  que  ceux  qui  nous  doivent  la  vie  !  Il  m’avait 
autrefois  reçu  dans  cette  intimité  familiale  dont  ceux  qui  l’ont 
connue  ne  sauraient  oublier  le  charme,  et  puisque  le  sort  a  voulu 
que  je  sois  appelé  à  venir  aujourd’hui  faire  revivre  ici  cette 
grande  figure,  nul  ne  s’étonnera  que  j’aie  gardé  de  cette  amitié 
bienveillante  les  sentiments  fidèles  d’un  cœur  reconnaissant  ! 

11  était  né  le  21  juillet  1831  —  il  y  a  déjà  près  d’un  siècle!  — 
dans  l’île  de  La  Réunion,  qui  fut  conservée  à  la  France  quand  les 
hasards,  les  ignorances  et  peut-être  les  perfidies  des  traités  poli¬ 
tiques  lui  ravirent  cette  île  Maurice  qui,  malgré  la  séparation, 
a  retenu  de  l’ancienne  patrie  ce  qu’elle  peut  donner  de  mieux  : 
sa  douce  langue  maternelle,  son  esprit,  sa  culture,  le  meilleur  de 
son  âme,  et  qui  reste  là-bas  comme  un  lambeau  de  la  terre  de 


78 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


France,  dans  cet  Océan  sans  limites  qui,  chaque  soir,  reflète  dans 
ses  flots  l’ardente  Croix  du  Sud,  reine  du  ciel  austral  ! 

Jean-Baptiste-Casimir  Guyon,  père  de  notre  collègue,  était  chi¬ 
rurgien  de  marine  —  ou  plutôt  il  se  préparait  à  l’être,  car  au 
moment  où  le  hasard  des  croisières  lointaines  l’avait  conduit  à 
l’ile  de  Bourbon  et  où  naissait  son  fils,  il  n’avait  point  passé  sa 
thèse.  C’était  un  Breton  de  Lorient.  Fasciné  par  la  mer,  comme 
tous'  ceux  qui  nalssen  t  sur  ses  fiords,  dans  ce  pays  où  l’Océan  vient 
éternellement  blanchir  de  son  écume  le  noir  granit  de  ses  falaises, 
et  qui  révent  dès  leur  enfance  à  toutes  les  splendeurs  des  voyages 
lointains,  il  avait  associé  dans  ses  désirs  et  dans  ses  espérances, 
aux  émotions  et  aux  responsabilités  de  l’exercice  de  la  chirurgie, 
les  impressions  sans  cesse  renaissantes  du  marin  qui  s’aban¬ 
donne  aux  flots  de  tous  les  océans! 

Son  père,  pharmacien  en  chef  de  la  marine,  heureux  de  lui  voir 
choisir  une  carrière  plus  belle  encore  que  celle  qu’il  avait  lui-même 
suivie,  l’avait  d’ailleurs  encouragé  dans  cette  voie. 

Il  était  donc  parti  pour  sa  longue  croisière  aux  colonies  des 
Mers  du  Sud.  C’était  alors  un  homme  jeune,  dont  un  portrait  nous 
montre  la  physionomie  régulière, -les  beaux  yeux,  la  moustache 
fine,  et  le  menton  sortant  d’un  col  montant  triplement  entouré 
d’une  haute  cravate.  Il  n’est  pas  étonnant  que  ce  bel  officier, 
arrivant  de  la  vieille  France,  ait  fait  quelque  impression  sur  la 
jeune  créole  qui  devait  devenir  sa  femme  ! 

MUe  Rose  Delpit  était  créole  par  sa  mère.  Celle-ci  était  née  dans 
cette  île  enchantée  que  domine  le  Pic  des  Neiges,  mais  qui  n’a 
gardé  des  volcans  qui  l’ont  fait  émerger  du  fond  de  l’Océan  que  le 
Piton  delà  Fournaise  où  la  lave  bouillonne  encore,  quelques  sour¬ 
ces  thermales,  des  cratères  éteints  et  qui,  dans  ses  vallées  fertiles, 
cultive  avec  amour,  sous  le  panache  verdoyant  du  sublime  palmier 
royal,  la  souple  canne  à  sucre  et  la  vanille  avec  ses  gousses  odo¬ 
rantes  et  l’arbuste  divin  qui  donne  le  café. 

Mais  la  jeune  créole  était  Française  par  son  père  qui  était,  lui. 
Français  de  vieille  race  et  qui  venait  en  droite  ligne  de  ce  Péri¬ 
gord  généreux  que  nous  retrouvons  si  souvent  comme  une  terre 
maternelle  dans  l’histoire  de  nos  collègues.  Les  Delpit  étaient,  en 
effet,  originaires  de  Beaumont,  gros  village  dont  les  maisons 
s’étendent  en  une  longue  rue  sur  une  de  ces  routes  comme  on 
n’en  rencontre  qu’en  France  et  qui,  de  colline  en  colline,  court 
de  Bergerac  à  Cahors.  Au  sortir  de  la  noble  vallée  que  baigne  la 
Dordogne,  elle  longe  la  Couze  qui  coule  en  murmurant  au  milieu 
des  prairies,  puis  elle  monte,  à  Beaumont  même,  sur  une  crête 
horizontale  qu’elle  suit  jusqu’à  Mootpazier,  petite  ville  morle 
endormie  dans  ses  murs  et  qui  n’a  pas  bougé  depuis  la  guerre  de 


SÉANCE  ANNUELLE 


79 


Cent  Ans,  pour  aller,  à  travers  les  bois  du  Périgord  et  les  Causses 
arides,  tomber  sur  la  berge  du  Lot,  au  pied  du  rocher  magnifique 
que  domine  orgueilleusement  le  vieux  château  de  Mercuès,  avec 
sa  tour  majestueuse  au  double  étage  de  créneaux,  avec  son  cèdre 
gigantesque  et  sa  terrasse  incomparable,  couronnée  d’arbres 
toujours  verts,  et  qui  demeure  sans  rivale  parmi  les  vieux 
châleaux  de  France  et  pèut-être  même  du  monde! 

C’est  au  moment  de  la  Révolution  que  les  Delpit  avaient  aban¬ 
donné  leur  vieille  terre  de  Magal.  Sans  doute  les  passions  qui 
bouillonnaient  alors  dans  l’âme  populaire  avaient-elles  été,  dans 
cette  région,  plus  particulièrement  violentes  et  avaient-elles  rendu 
le  pays  inhabitable  à  ceux  qui  ne  les  partageaient  pas  !  On  lit  sur 
le  fronton  de  l’église  de  Montpazier,  au-dessus  de  la  porte,  une 
inscription  à  demi  mutilée  qui  demeure  encore  aujourd’hui, 
seule  peut-être  en  France,  comme  un  témoignage  vivant  des 
rêveries  de  cette  époque  de  folie,  de  grandeur,  d’héroïsme 
et  de  sang  :  «  Le  Peuple  Français  reconnaît  l’existence  de 
l’Être  Suprême  et  l’immortalité  de  l’âme.  »  Cependant,  malgré 
sa  violence,  l’agitation  des  esprits  avait  sans  doute  été,  dans 
ce  pays  où  il  est  doux  de  vivre,  beaucoup  moins  meurtrière 
que  dans  d’autres  contrées,  si  l’on  en  juge  par  la  façon  dont  les 
mouvements  populaires  ont  respecté  les  vieux  châteaux  du 
Moyen  âge,  qui  restent  encore  aujourd’hui  la  gloire  sans  pareille 
de  celte  partie  de  la  France  !  C’est  dans  la  vallée  de  la  Couze  que 
se  dresse,  au  milieu  des  prairies,  sur  un  rocher  dont  il  épouse  la 
forme  et  les  contours,  le  délicieux  château  de  Bannes  avec  sa  vieille 
tour  et  ses  mâchicoulis!  C’est  près  de  Montpazier  qu’on  reconnaît 
au  loin  la  masse  colossale  du  château  de  Biron,  qui  domine 
de  toutes  parts  un  horizon  sans  fin,  et  d’où  l’on  aperçoit,  dans  un 
pli  de  terrain,  l’humble  hameau  de  La  Capelle  où  subsiste  sans 
doute  encore  la  masure  ignorée  qui  vit  naître  Bernard  Palissy. 

Nous  ignorons  si  c’est  à  cause  des  tragiques  événements  de  la 
Révolution  ou  pour  d’autres  motifs  que  les  frères  Delpit  avaient 
quitté  Beaumonl-du-Périgord  pour  émigrer  aux  colonies.  Ils 
avaient  été  s’établir  à  l’ile  de  la  Réunion!  Un  seul  avait  gagné 
cette  Louisiane  verdoyante  qui  était  alors  la  plus  belle  des  posses¬ 
sions  françaises  et  s’était  fixé  à  la  Nouvelle-Orléans,  au  bord  du 
Mississipi  formidable,  qui  roule  en  un  gigantesque  torrent  de  2  ki¬ 
lomètres  de  large  ses  eaux  impures  qui  bouillonnent  comme  les 
vagues  de  la  mer  ! 

Son  fils  avait  trois  ans  à  peine  lorsque  Jean-Baptiste-Casimir 
Guyon  quitta  l’île  Bourbon  pour  revenir  en  France,  à  Cherbourg, 
où  l’appelait  l’exercice  de  ses  fonctions.  On  était  alors  en  1835. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


L’année  suivante,  en  1836,  il  soutenait  devant  la  Faculté  de  Paris 
une  thèse  sur  lu  fièvre  intermittente,  qu’il  avait  eu  l’occasion 
d’observer  à  Madagascar.  Mais  il  ne  resta  pas  longtemps  à  Cher¬ 
bourg  et  il  alla  bientôt  s’établir  à  Nantes,  qui  devint  le  véritable 
centre  de  la  famille.  11  y  mourut  quelques  années  plus  tard,  alors 
que  son  fils  n’avait  encore  que  treize  ans, 

Sa  veuve  resta  seule  pour  élever  ses  quatre  enfants  :  deux  gar¬ 
çons  et  deux  filles.  C’était  une  femme  admirable  et  pour  laquelle 
son  fils,  alors  même  qu’elle  avait  depuis  longtemps  disparu,  car 
elle  mourut  à  Nantes  en  1878,  avait  conservé  un  culte  véritable¬ 
ment  touchant.  Un  portrait  nous  conserve  d’elle  une  image  émou¬ 
vante,  avec  une  belle  figure  calme,  d’une  sérénité  parfaite  et  d’une 
douceur  infinie.  Dans  le  cadre  de  ce  portrait  est  une  carte  que  le 
temps  a  jaunie  et  qui  porte,  de  l’écriture  aiguë  et  déliée  de  noire 
vieux  Maître,  ces  paroles  de  La  Bruyère,  qui  témoignent  de  la 
profondeur  des  sentiments  qu'il  avait  voués  à  celle  qui  l’avait 
mis  au  monde  :  «  Il  y  a  dans  quelques  femmes  un  mérite  paisible, 
mais  solide,  accompagné  de  mille  vertus  qu’elles  ne  peuvent 
couvrir  de  toute  leur  modestie.  » 

Guyon  fit  ses  études  au  lycée  de  Nantes,  et  quand  vint  le  moment 
de  prendre  une  carrière,  il  se  décida  pour  celle  qu’avait  choisie 
son  père,  et  commença  sa  médecine.  Ce  ne  fut  pas  cependant  sans 
quelques  hésitations  de  la  part  de  son  tuteur,  qui  entrevoyait 
pour  lui  un  avenir  magnifique  dans  les  contributions  !  Car  l’esprit 
qui  préside  au  destin  de  bien  des  Français  n’a  pas  sensiblement 
changé  depuis  bientôt  un  siècle,  et  les  mornes  perspectives  de  la 
sécurité  sur  quelque  rond  de  cuir  en  même  temps  médiocre  et 
confortable  semblent  trop  souvent  préférables  aux  hasards  parfois 
décevants,  parfois  aussi  miraculeux  d’une  existence  libre  I  Fort 
heureusement  ses  idées  l’emportèrent  sur  les  projets  de  son 
tuteur,  et  il  se  fit  inscrire  à  l’École  de  Médecine  de  Nantes. 

11  espérait,  en  embrassant  la  carrière  médicale,  pouvoir  arriver 
à  gagner  assez  rapidement  sa  vie  pour  soulager  sa  mère  dans 
l’éducation  de  son  frère  et  de  ses  deux  sœurs.  Les  motifs  de  cette 
décision  sont  un  premier  témoignage  de  son  ardeur  au  travail  et 
de  son  goût  pour  l’action.  Qui  sait,  d’ailleurs,  s’il  ne  persiste  pas 
souvent  chez  les  créoles  de  ces  îles  lointaines,  une  hérédité  d’éner¬ 
gie  que  la  succession  de  plusieurs  générations  sous  un  climat  qui 
bien  souvent  rend  la  vie  trop  facile,  ne  suffit  pas  à  faire  disparaître? 

Que  l’on  songe,  en  effet,  à  ce  qu’il  fallait  de  courage,  de  vail¬ 
lance,  de  mépris  de  la  mort,  à  ceux  qui  s’en  allaient,  il  y  a 
cent  cinquante  ans,  courir  les  hasards  de  la  vie  à  l’autre  extrémité 
du  monde!  Sans  doute,  ils  ne  s’attendaient  plus  à  voir,  au  détour 
du  Cap  des  Tempêtes,  l’ombre  d’Adamastor  se  dresser  dans  la 


SÉANCE  ANNUELLE 


81 


fcrume  sur  les  flots  déchaînés,  et  les  légendes  qui  hantaient  les 
imaginations  des  marins  héroïques  qui  ont  ouvert  aux  homrnes 
les  grands  chemins  du  monde,  avaient  perdu  leur  pouvoir 
d’épouvante  !  Mais  ceux-là  seuls  peuvent  se  rendre  compte 
<le  ce  qu’il  fallait  autrefois  de  puissance  morale  pour  entre¬ 
prendre  ces  voyages  lointains,  qui  les  ont  faits  eux-mémes,  et 
qui  savent  ce  que  c’est  qu’un  bateau  perdu  dans  les  nuits  sans 
«toiles  sur  l'infini  des  Océans!  Nous  frissonnons  encore  quand 
nous  montons  le  soir  sur  le  pont  de  nos  grands  navires  tout  étin¬ 
celants  de  lumières  et  que  nos  regards  vont  se  perdre  dans  ces 
ténèbres  incertaines  qu’anime  seul  le  bruit  des  flots  !  Qu’était-ce 
nlonc  alors,  lorsque  ces  hommes  qui  quittaient  leur  patrie,  souvent 
«ans  esprit  de  retour,  s’abandonnaient  aux  hasards  des  tempêtes, 
sur  quelque  bateau  misérable,  avec  des  cartes  imprécises,  avec  la 
•crainte  des  écueils  inconnus  et  le  souvenir  terrifiant  des  naufrages 
sinistres  dont  les  drames  souvent  légendaires  hantent  l’esprit  des 
matelots  ! 

Guyon  se  mit  au  travail  avec  ardeur.  Il  fut  bientôt  externe, 
puis  interne  des  hôpitaux  de  Nantes.  Ses  maîtres,  qui  l’avaient 
pris  en  affection,  qui  voyaient  son  travail  et  qui  pressentaient  sa 
valeur,  l’engagèrent  à  venir  à  Paris,  où  il  arriva  en  1852  pour  se 
présenter  à  l’externat.  L’année  suivante,  en  1853,  à  son  premier 
concours,  il  était  interne.  11  avait  alors  vingt-deux  ans.  Sans 
doute  éprouvait-il  déjà  quelque  fierté  à  avoir  Obéi  à  ses  goûts  et 
à  ses  idées  et  à  ne  pas  s’êlre  laissé  embrigader  par  son  tuteur 
dans  le  personnel  des  contributions  !  Car  il  travaillait  pour  venir 
en  aide  à  ceux  qui  étaient  restés  à  Nantes,  et  la  première  de  ses 
ambitions,  celle  de  pouvoir  être  à  son  tour  utile  à  celte  mère  qu’il 
avait  en  adoration,  était  déjà  réalisée.  Son  grand-père,  le  vieux 
pharmacien  de  la  marine,  était  fier 'de  ce  petit-fils,  qui  portait  si 
dignement  son  nom.  Il  venait  de  temps  en  temps  le  voir  à  Paris, 
-où  il  allait  à  l’hôpital  partager  sa  chambre  d’interne. 

Guyon  passa  sa  première  année  chez  Roux,  sa  seconde  chez 
Aran,  etresta  deux  ans  chez  Velpeau  dont  la  situation  scientifique  et 
professionnelle  était  alors  incomparable.  Celui-ci,  devinant  ses 
qualités,  l’avait  pris  en  grande  affection,  et  l’élève  dont  la  renom¬ 
mée  devait  un  jour  dépasser  celle  du  maître,  a  toujours  eu  pour 
lui  la  plus  grande  vénération  et  a  conservé  fidèlement  le  culte  de 
son  souvenir. 

Ce  fut  Velpeau  qui,  en  1858,  présida  sa  thèse,  étude  pure¬ 
ment  anatomique  sur  les  cavités  de  l'utérus  à  l'état  de  vacuité. 
C’est  un  travail  très  sérieux  dans  lequel  Guyon  laisse  déjà  devi¬ 
ner  ses  qualités  d’observation  précise  et  consciencieuse.  Il  était 

BULL.  ET  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CHIR.,  1923.  6 


société,  DE  CHIRURGIE 


82! 


d'ailleurs,  à.  celte  époque,  aide  dfanatomie,  et  ce  titre  suffit  à  nous 
indiquer  qu’il  était  déjà  de  ceux  qui  ne  reculent  pas  devant  les 
épreuves  et  les  amertumes  de  la  dure  vie  des  concours*  qui  a’of&e 
à  ceux  qui  ont  le,  courage  de  l’entreprendre  qu’une  seule  certi¬ 
tude,  celle  de  la  nécessité  d’un  travail  obstiné  pour  un  avenir 
séduisant  aux  yeux  des.  jeunes  gens  qui  ont,  au  cœur  l'invincible 
espérance,,  mais  trop:  souvent  aussi,  pour  ceux  qui  viennent  se 
heurter  aux  pierres  du  chemin,  assombri,  pour  toujours  par  la 
poursuite  des  chimères  et  le  deuil  des  espoirs,  déçus  ! 

En  cette  même  année.  1888yGuyon  épousa- sa  cousine,  M,llc  Delpit, 
petite-fille  de  celui  des  frères  Delpit  qui,  parti  de  Beaumont-du- 
Périgord,  avait  été  s’établir  à  la  Nouvelle-Orléans.  Tous  ceux  qui 
ont  connu  Mme  Guyon  à,  la  période  de.  son  existence:  qui  fut  vérita¬ 
blement  éclatante,  en  gardent  le  vivant  souvenir  et  peuvent  com¬ 
prendre  la  profonde  affection  dont  l’entourait  celui  qui  l’avait 
choisie  pour  la  compagne:  de  s.a,  vie..  Elle  était  l’âme:  bénie  de  son 
foyer,  si  modeste  lorsqu’il  logeait  dans  la  petite  rue  Taranne, 
si  somptueux  plus  tard  dans  l’hôtel  de  la  rue  Roquepine  où  il 
était  resté,  comme  autrefois,  l’homme  accueillant  et  simple,  que 
nous  avons,  connu. 

Peu  de  temps  après  son,  mariage  Guyon  arrivait,  au.  proseetorat. 

En  1860,.  il  concourait  à  l’agrégation,  en  même  temps  que  Tar¬ 
sier-,  qui  devait  de  son  côté  jeter  un  si  vif  éclat  sur  l’obstétrique 
française.  Sa  thèse  sur  les  Tumeurs  fibreuses,  de  l'utérus,  mettait  cor¬ 
rectement  au  point  les  notions  et  les  idées  du  moment.  Que  les 
temps  sont  changés,!  Lorsqu’auchapitre  du  traitement  il  parle  d’une, 
observation  d’Attlee,  le  grand  chirurgien  américain  qui,  à  cette, 
époque,  avait,  déjà  réussi  d’admirables;  séries  d’ovariotomies,  et 
qui  avait  enlevé  avec  succès,  un  fibrome  sousrpéritonéal,.  il 
s?’écrie  :  «  Je  n’ai,  pas  rencontré  d’autre  fait..  En  vérité,  c’est  déjà 
trop  d’un!  »  Et  le  jeune- candidat  à  l’agrégation,  reflétant  Les  idées 
des  mailr  s,  d’alors  et  en  particulier  de  Velpeau,  qui  faisait 
partie  du  jury,,  m'était  pas  loin  de  considérer  cette  opération 
comme  un  crime!  Et  voilà  que,,  trois  ans  après,  Kœberlé  s’atta¬ 
quait  directement  à,  ces  tumeurs  jusqu’alors  intangibles;  et  voilà 
que  Péam,  suivant,  le  maître  de  Strasbourg  et  le  dépassant  bien 
vite  par  l’étendue  de  sa  pratique  et  par  l’éclat  de  sou  exemple,, 
allait  commencer  la  sériie  des  grandes  opérations  qui  allaient  faire 
de  lui  le  maître  universel  de  la  chirurgie  abdominale  !  Et  voilà.que, 
quelques  années  plus  tard,  Guyon  lui- même  allait  pratiquer  cette 
opération  qu’il  avait  condamnée,  et  qui,  de  perfectionnement  en 
perfectionnement,  de  succès  en  succès,  allait,  devenir  l’opération  la 
plus,  brilll ante  de  la  chirurgie- tout  entière  ! 

En  118Q2-,  Guyon  était  nommé  Chirurgien-  des  Hôpiitax,. 


SÉANCE  ANNUELLE 


83 


L’année  suivante,  il  se  présentait  à  l’agrégation  pour  la  seconde 
fois.  Il  était  nommé,  avec  une  thèse  sur  les  vices  de  conformation  de 
l’urètre.  Aveclui concouraient  Desprès,  LéonLabbé,  LeFort,  Panas, 
Titlaux!  Que  de  grands  souvenirs  planent  sur  tous  ces  noms,  sur 
tous  ces  maîtres  disparus!  Tous  sont  devenus  nos  collègues. 
Quelques-uns  ont  été  l’honneur  de  notre  Société.  Mais  quelle 
étrange  destinée  que  celle  de  l’esprit  humain,  et  quel  enseigne¬ 
ment  pour  nous  !  Quelle  invitation  à  la  prudence  et  à  la  modestie 
pour  ceux  qui  on  t  vu  ces  hommes,  témoins  de  cette  période  héroïque 
de  l’enfantement  de  la  chirurgie  nouvelle,  se  combattre  avec  âpreté 
et  sejeteravec  une  égale  convictiondansles  camps  les  plus  opposés! 
Un  jour  vient,  tôt  ou  tard,  —  et  ce  jour  est  venu  pour  eux  —  où 
l’éclat  de  la  vérité  triomphante  nous  permet  de  rendre  à  ceux  qui 
ont  combattu  pour  elle  l’hommage  qu’ils  ont  mérité,  tout  en 
conservant  pour  ceux  qui  l’ont  méconnue  le  respect  que  l’on  doit 
aux  hommes  qui  sont  restés  sincères  jusque  dans  leurs 
erreurs  ! 

Notre  collègue  Guèniot  était  aussi  de  ce  concours  dans  la  sec¬ 
tion  d’accouchements.  Le  voilà  tout  seul  aujourd'hui,  portant  le 
poids  de  sa  vieillesse  merveilleuse  avec  cette  simplicité  souriante 
qui  nous  donne  de  temps  en  temps  le  plaisir  de  le  voir  au  milieu 
de  nous! 

Quand  vint- son  tour,  Guyon  prit  la  Maternité.  Qu’y  pouvait  faire 
un  chirurgien,  alors  que  la  gynécologie  était  encore  misérable  ou 
même  inexistante?  Guyon  chercha  la  première  occasion  de  passer 
dans  un  service,  plus  conforme  à  ses  goûts  et  à  son  besoin 
d’activité. 

C’est  en  1867  que  se  produisit  l’événement  qui  eut  sur  sa  vie 
scientifique  une  influence  capitale  et  qui  décida  de  son  sort.  Civiale 
venait  de  mourir,  laissant  à  l’hôpital  Necker  un  service  de  quel¬ 
ques  lits  que  l’Assistance  publique  lui  avait  confié,  une  trentaine 
d’années  auparavant,  afin  d’y  pratiquer  cette  opération  de  la  litho- 
tritie  dont  il  était  le  père  et  pour  laquelle  il  avait  bataillé  pendant 
toute  sa  vie.  Bien  que,  jusqu’alors,  rien  ne.  l’eût  particulièrement 
désigné  pour  s’occuper  de  celte  branche  de  noire  art,  Guyon 
décida  de  prendre  ce  service.  Velpeau,  jugeant  qu’il  assurait  ainsi 
l’avenir  d’un  élève  qu’il  aimait,  le  lui  avait  conseillé,  en  l’assurant 
d’ailleurs  qu’il  lui  ferait  bientôt  adjoindre  un  certain  nombre  d£ 
lits  de  chirurgie  générale.  C’est  avant  tout  celte  considération  qui 
entraîna  Guyon. 

Sa  bonne  étoile  l’avait  inspiré  ce  jour-là,  car  il  ne  pouvait 
deviner  quel  avenir  lui  réservait  la  décision  qu’il  avait 
prise.  Il  y  a  dans  la  destinée  de  chaque  homme,  même  la  plus 


84  SOCIÉTÉ  DE  CHIKURGIE 


brillante  et  la  plus  méritée  par  le  travail,  l’intelligence  et  parfois 
même  le  génie,  une  part  de  hasard  qui  conduit  aux  plus  hauts 
sommets  ou  quelquefois  même  qux  abîmes!  Mais  celui-là  seul 
devient  grand,  qui  se  montre  digne  des  chances  favorables  que  le 
destin  a  semées  sur  sa  roule! 

C’est  que  bientôt  allait  sonner  cette  heure  lumineuse  où  l’huma¬ 
nité  allait  voir  se  lever  sur  le  monde  l’aurore  à  jamais  mémorable 
de  cette  chirurgie  nouvelle  qui,  avec  les  autres  miracles  scienti¬ 
fiques  du  siècle  où  nous  avons  vécu  notre  jeunesse,  en  fera  le 
Grand  Siècle  pour  les  âges  futurs!  En  l’espace  de  quelques  années, 
à  peine  un  fugitif  éclair  dans  la  vie  de  l’humanité,  toutes  les 
entreprises  interdites  à  ceux  qui  nous  ont  précédés  allaient  être 
permises,  et  Guyon  allait  pouvoir  appliquer  à  cette  chirurgie 
spéciale  qu’il  venait  de  choisir  les  règles  que  d’autres  devaient 
formuler  dans  la  chirurgie  générale  et  qui  allaient  faire  de  la 
noble  science  que  nous  servons  l’art  miraculeux  que  nous  connais¬ 
sons  aujourd’hui  et  l’entraîner  sans  trêve  ni  repos  aux  sommets 
éclatants  où  nous  l’avons  conduite. 

Mais  l'heure  du  destin  n’avait  pas  encore  sonné  et  les  deux  ou 
trois  premières  années  que  Guyon  passa  dans  son  nouveau  service 
furent  celles  où  il  fit  son  éducation.  Il  faut  croire  que  celle-ci 
fut  rapide  et  que  Guyon  possédait  des  aptitudes  merveilleuses, 
puisque  deux  ans  à  peine  après  son  entrée  à  Necker,  son  nom 
était  assez  connu  pour  qu’on  ait  pu  songer  à  fui  pour  soigner 
l’Empereur  ! 

On  était  à  ce  fatal  mois  de  juillet  1870  qui  devait  déchaîner  sur 
la  France  la  catastrophe  qui  n’a  pu  s’effacer  que  cinquante  ans 
plus  tard  dans  les  désastres  matériels  d’un  cataclysme  sans 
exemple  et  les  flots  d’une  mer  de  sang!  Les  premiers  souffles  de 
l’orage  noircissaient  déjà  l’horizon.  Mais  la  santé  dé  l’Empereur 
donnait  des  inquiétudes  à  ceux  qui  connaissaient  ses  souffrances 
cachées.  On  pensait  qu’il  avait  la  pierre,  ou  qu’il  pouvait  l’avoir. 
Mais  il  se  refusait  obstinément  à  toute  exploration  directe  et  ceux 
qui  le  soignaient  n’arrivaient  point  à  se  mettre  d’accord  sur  la 
réalité  de  la  présence  d’un  calcul.  C’est  que  la  certitude  de  son 
existence  posait  immiédiatement  la  question  de  l’opération  qui,  à 
cette  époque  de  la  chirurgie  meurtrière,  était  grave  et  pouvait 
mettre  en  péril  la  vie  de  l’homme  qui  tenait  dans  ses  mains  le 
destin  de  la  France. 

Guyon  était  en  fort  bons  termes  avec  M.  Pietri,  préfet  de  police, 
dont  il  avait  accouché  la  femme  et  qui  avait  en  lui  la  plus  grande 
confiance.  Il  voulait  que  Guyon  vînt  examiner  l’Empereur. 
«  Mais,  disait-il,  il  faut  le  prendre  au  bon  moment  et  comme  par 
surprise.  Soyez  à  sa  disposition  tous  les  matins.  Je  vous  enverrai 


85 


SÉANCE  ANNUELLE 

une  voiture,  et  le  jour  où  l’Empereur  aura  consenti  à  vous  voir, 
nous  nous  rendrons  aux  Tuileries.  »  Et  pendant  une  vingtaine  de 
jours,  une  voiture  de  la  Préfecture  venait  chaque  matin  se  mtttre 
à  la  disposition  de  Guyon.  Mais,  à  son  arrivée  dans  le  cabinet  du 
Préfet,  celui-ci  lui  disait  invariablement  :  <<  Ce  n’est  pas  pour 
aujourd’hui.  «  C’est  qu  en  effet,  lorsque  Pietri  avait  parlé  à  Napo¬ 
léon  III,  celui-ci  était  décidé.  Mais  après  lui  venait  l’impératrice, 
qui  s’opposait  à  toute  visite  médicale,  et  Guyon,  qui  vivait  dans 
cette  atmosphère  enfiévrée,  est  resté  convaincu  que  l’opposition 
de  l’Impératrice  tenait  avant  tout  à  ce  qu’elle  voulait  la  guerre. 
Elle  craignait  qu’à  la  veille  des  grands  événements  qu’elle 
désirait,  dans  l’espérance  d’un  triomphe  qui  eût  refait  de  la 
France  la  «  Grande  Nation  »  qu’elle  était  soixante  ans  plus  tôt, 
en  1810,  alors  que  Napoléon  était  à  l’apogée  de  sa  puissance  et  de 
sa  gloire,  la  constatation  précise  d’une  affection  dont  on  doutait 
encore  ne  remît  tout  en  question  et  ne  détournât  l’Empereur  de  la 
décision  dont  son  esprit  hésitant  mesurait  toute  la  gravité.  Et 
nous  pourrions  penser  que  Guyon,  par  la  seule  vertu  d’un  dia¬ 
gnostic  précis,  aurait  peut-être  changé  le  cours  de  l'histoire,  si 
nous  ne  savions  aujourd’hui  que  le  faussaire  d’Ems,  dont  le  génie 
monstrueux  a  déchaîné  les  catastrophes  successives  qui  ont  fait 
de  lui  le  cambrioleur  de  l’Europe  et  le  naufrageur  de  son  propre 
pays,  eût  certainement  profité  du  désarroi  de  la  France  à  la 
nouille  de  la  maladie  de  l’Empereur  pour  entreprendre  avec 
plus  de  violence  encore  et  plus  de  décision  la  guerre  criminelle 
qu’il  avait  préparée  ! 

Lorsque  la  guerre  eut  éclaté,  Guyon  ne  songea  plus  qu’à  faire 
son  devoir  et  nous  savons,  pour  avoir  vécu  des  heures  semblables, 
combien,  dans  ces  moments  tragiques  ,  l’esprit  de  tous  s’élève 
au-dessus  des  misérables  préoccupations  de  la  vie  quotidienne.  Il 
occupa,  pendant  le  début  de  la  guerre  et  pendant  tout  le  siège, 
une  importante  situation  dans  les  ambulances  de  Paris,  où  son 
esprit  d’ordre  et  d’organisation  lui  permit  de  rendre  les  plu  s  grands 
services.  A  la  fin  de  la  guerre,  il  refusa  la  croix  de  la  Légion 
d’honneur  parce  que,  disait- il,  beaucoup  d’autres,  qui  ne  l’avaient 
point,  la  méritaient  mieux  que  lui,  et  ce  rare  désintéressement 
montre  mieux  que  tous  les  discours  la  simplicité  de  son  âme  et  Là 
noblesse  de  son  caractère. 

La  tourmente  passée,  la  vie  reprit  son  cours,  et  Guyon  continua, 
dans  le  service  de  Civiale,  à  se  perfectionner  dans  l’exercice  de 
cette  chirurgie  spéciale  qui  prenait  chaque  jour  à  ses  yeux  un 
intérêt  dp  plus  en  plus  grand. 

En  quoi  consistait  donc  la  pathologie  urinaire,  à  cette  époque 


86 


SOCIÉTÉ  DE  CÜmURGIE 


maudite  de  la  chirurgie,  qui  n’a  jamais  été  plus  meurtrière  que  la 
veille  du  jour  de  sa  résurrection  et  où  l’intervention  la  plus  insi¬ 
gnifiante  pouvait  tourner  en  catastrophe? 

Elle  vivait  encore  sur  des  idées  anciennes,  qu’il  fallait  rajeunir 
et  sur  des  pratiques  opératoires  datant  parfois  du  Moyen  âge,  et 
qui,  d’ailleurs,  donnaient  à  cette  époque  si  lointaine  des  résultats 
plus  sûrs,  lorsque  des  opérateurs  empiriques  comme  le  frère 
Jacques,  comme  le  frère  Corne  et  des  barbiers  habiles  dans  leur 
art  allaient  de  ville  en.  ville  débarrasser  les  calculeux  des  pierres 
qui  les  torturaient.  Elle  se  réduisait,  en  réalité,  à  la  taille  qui 
depuis  bien  longtemps  et  même  depuis  l’Aniiquité  avait  provoqué 
l’invention  d’instruments  d’une  ingéniosité  parfois  merveilleuse; 
à  la  lithotritie,  créée  par  Civiale  en  un  jour  d’inspiration  magni¬ 
fique,  mais  qui,  par  défaut  d’outillage  et  par  suite  de  la  gravité 
de  toutes  les  interventions,  ne  donnait  encore  que  des  résultats 
bien  précaires;  à  la  dilatation  urétrale,  à  l’urétrotomie  interne, 
dangereuse  à  cause  de  l’imperfection  des  instruments  qui  per¬ 
mettaient  de  la  réaliser  et  pour  laquelle,  dans  un  éclair  de  génie, 
Maisonneuve,  en  1862,  venait  d’inventer  ce  merveilleux  instru¬ 
ment  qu’est  son  urétrotome  et  dont  Collin  a,  de  ses  propres  mains, 
construit  le  premier  exemplaire. 

C’était  à  peu  près  tout.  L’exploration  des  voies  urinaires  était 
d’ailleurs  assez  facile,  car  les  sondes  en  gomme  existaient  depuis 
longtemps  et  c’est  en  1863  que  Nélaton  fit  construire  la  sonde 
en  caoutchouc  qui  rend  tant  de  services.  Mais  les  manœuvres  les 
plus  élémentaires  étaient  si  souvent  suivies  d’accidents  d’infec¬ 
tion  graves  et  même  mortels  que  toute  étude  méthodique  des 
affections  urétro -vésicales  était  à  peu  près  interdite.  Quant  à 
la  chirurgie  rénale,  elle  n’existait  pas,  et  nous  savons  combien 
sont  relativement  récentes  les  interventions  sur  le  rein,  aujour¬ 
d’hui  si  communes  et  si  bienfaisantes. 

La  méthode  antiseptique  fit  disparaître  d’une  façon  soudaine 
ies  dangers  du  cathétérisme  et  de  l’exploration  vésicale.  Guvon, 
grâce  à  son  bon  sens  admirable  et  à  son  jugement  droit,  fut  un  de 
ceux  qui,  sous  l’influence  de  son  ami  Championnière,  adoptèrent 
les  idées  nouvelles,  qui  trouvaient  chez  beaucoup  d’autres  des 
résistances  passives,  inconscientes  ou  déclarées.  On  comprend 
donc  comment,  à  cette  époque  mémorable  dont  il  était  encore 
impossible  de  comprendre  et  de  mesurer  la  grandeur,  Guyon  fut 
immédiatement  conduit  à  entreprendre  cette  longue  série  d’études 
basées  sur  des  explorations  devenues  inoffensives  et  qui  devaient 
faire  faire  tant  de  progrès,  et  si  rapides,  à  nos  connaissances  sur 
cette  pathologie  jusqu’alors  si  obscure. 

C’est  ainsi  qu’il  arriva  rapidement  à  des  notions  précises  sur 


SÉANCE  ANNUELLE 


87 


l'anatomie  et  la  physiologie  pathologiques  4e  l’urètre  et  de  la 
vessie,  et  qu’il  apporta  la  Clarté  la  plus  éclatante  dans  cette 
séméiologie  compliquée  des  syndromes  urinaires,  sur  les  héma¬ 
turies,  les  pyuTÎes,  sur  les  rétrécissements  de  l’urètre,  inflam¬ 
matoires  ou  traumatiques  et  sur  les,  traitements  divers  qu’il  faut 
leur  appliquer,  depuis  l’urëtir otomie  interne  jusqu’à  la  résection  ; 
sur  les  infections  vésicales  et  rénales,  quTil  analysa  merveil¬ 
leusement  avant  la  période  bactériologique  et  dont  plus  tard, 
avec  ses  élèves,  il  étudia  les  agents  pathogènes;  sur  les  calculs 
vésicaux,  sut  les  tumeurs  4e  la  vessie;  enfin  sur  les  maladies 
de  la  prostate,  sur  la  carcinose  prostato-pelvienne,  et  surtout  sur 
l’hypertrophie  prostatique,  -qu’il  étudia  avec  une  patienee  et  une 
sagacité  sans  pareilles,  et  dont  il  établit  l’histoire  clinique  de 
telle  façon  qu’il  n’a  rien  laissé  à  découvrir  à  ceux  qui  sont  venus 
après  lui. 

11  faudrait  tout  citer  dans  l’étude  des  symptômes  et  des  acci¬ 
dents  des  affections  urinaires  si  l’on  voulait  énumérer  les  travaux 
■de  Guyon.  Dans  ses  cliniques,  dams  ses  leçons  quotidiennes  au 
lit  du  malade,  il  a  tout  dit,  il  a  tout  vu,  et  son  œuvre  est  sans 
doute  plus  grande  que  celle  de  tous  les  autres  chirurgiens  réunis, 
auxquels  il  m’a  laissé  que  ce  que  son  âge  et  le  temps  dans  lequel 
il  vivait  ne  lui  avait  pas  permis  de  faire  par  lui-même  :  les 
travaux  de  laboratoire,  les  études  chimiques  et  bactériologiques, 
et  toute  cette  physiologie  pathologique  du  fonctionnement  rénal 
dont  il  a  eu  le  grand  mérite  d’encourager  l’étude  et  qui  a  fait  la 
gloire  de  ses  élèves,  et  en  particulier  d’Albarran. 

Telle  a  été,  en  quelques  mots,  l’œuvre  de  Guyon.  Son  influence 
sur  les  progrès  de  nos  connaissances  en  pathologie  urinaire  a  été 
si  éclatante  qu’elle  a  entraîné  sur  son  nom  l’hommage  universel, 
et  je  n’en  saurais  évoquer  de  plus  émouvant  témoignage  que  celui 
qui  lui  a  été  rendu  par  Israël  qui,  avec  une  loyauté  que  nous 
n’avons  pas  toujours  rencontrée  chez  les  chirurgiens  d’outre- 
Rhin,  a  salué  Guyon  du  titre  magnifique  de  Créateur  de  l’Urologie 
moderne. 

Cependant  la  réputation  de  Guyon  grandissait.  Il  s’entoura 
d’élèves  qui  affluaient  dans  son  service,  aussi  bien  parce  qu’ils 
étaient  certains  de  n’v  pas  perdre  leur  temps  que  parce  que  le 
maître  savait  les  soutenir  de  son  influence  de  plus  en  plus  grande 
et  de  son  autorité  de  plus  en  plus  légitime  dans  les  moments 
difficiles.  Et  c’est  ainsi  que  se  constitua  peu  à  peu,  dans  son 
service  de  Necker,  cette  école  dont  il  était  l’âme  et  qui  a  tant 
contribué  à  répandre  dans  le  monde  entier  la  renommée  dn 
Maître.  C’est  qu’en  effet,  on  commençait  à  savoir  partout  et  même 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


de  l’autre  côté  du  Rhin,  où,  dans  l’ivresse  du  récent  triompher 
nul  ne  pouvait  se  douter  que  l’histoire  aurait  un  jour  de  si- 
terribles  lendemains  —  on  commençait  à  savoir  qu’il  y  avait  en 
France,  à  l’hôpital  Necker,  un  endroit  où  la  pathologie  urinaire, 
jusque-là  négligée  par  la  force  des  choses  plutôt  que  par  la 
volonté  des  hommes,  livrait  peu  à  peu  ses  secrets.  Des  élèves- 
nombreux,  des  maîtres  même  avides  de  s’instruire,  prirent  le 
chemin  de  Necker,  et  c’est  ainsi  qu’à  une  époque  où  la  France 
encore  meurtrie  commençait  à  peine  à  reprendre  confiance  en 
elle-même,  Guyon  fut  un  des  premiers,  le  premier  peut-être,, 
avec  Péan,  qui  n’avait,  lui,  que  des  admirateurs,  mais  n’avait  pas 
d’élèves,  à  ramener  vers  la  France  les  étudiants  des  pays  étran¬ 
gers  qui  l’avaient  désertée.  Nous  nous  rendons  compte  aujour¬ 
d’hui  de  l’importance  morale  de  cet  événement,  et  je  ne  crains- 
pas  d’affirmer  que  l’enseignement  de  Guyon  fut  peut-être  plus 
grand  encore  par  le  rayonnement  qu’il  répandit  sur  la  science 
française  que  par  l’originalité  et  par  la  valeur  même  des  notions 
nouvelles  qui  se  précisaient  chaque  jour  dans  son  esprit  et  qu’il 
répandait  généreusement  autour  de  lui. 

Voilà  donc  en  partie  ce  qui  fit  la  force  de  Guyon  et  voilà  ce 
qui  fit  sa  gloire!  11  sut  non  seulement  travailler  magnifiquement 
par  lui-même,  mais  faire  travailler  autour  de  lui.  Il  eut  le  bonheur 
ou  lé  talent,  ou  les  deux  à  la  fois,  de  savoir  s’entourer  d’élèves 
dont  quelques-uns  laisseront  un  nom  qui  ne  périra  pas,  et  qui,, 
confondus  dans  le  même  respect  et  dans  le  même  amour  pour  le 
Maître  qu’ils  adoraient,  ont  constitué  cette  Ecole  de  Necker  dont 
les  travaux  accumulés  honorent  profondément  la  chirurgie 
française,  et  ont  contribué  largement  à  lui  assurer  dans  l’estime 
du  monde  la  place  à  laquelle  elle  a  droit. 

Beaucoup  sont  encore  vivants  et  quelques-uns  sontparminous  L 
Mais  ma  pensée  ne  peut  aller  ici  qu’à  ceux  qui  ne  sont  plus  : 
Chevalier,  Glantenay,  Segond,  Albarran  !  Albarran  surtout,  Maître 
digne  du  Maître  et  qu”il  a  pleuré  comme  un  fils  ! 

Que  ce  souvenir  soit  pour  eux  comme  la  fleur  qu’on  jette  sur  la- 
tombe  des  morts  et  dont  le  doux  parfum  flotte  autour  de  nous 
dans  l’espace,  comme  l’ombre  errante  de  ceux  que  nous  avons 
aimés  et  que  nous  ne  reverrons  plus  ! 

Cependant  les  bienfaits  de  la  chirurgie  nouvelle,  qui  se  perfec¬ 
tionnait  chaque  jour,  s’affirmaient  de  plus  en  plus.  On  pouvait 
maintenant,  sans  crainte  d’irréparables  désastres,  pénétrer  dans 
la  cavité  vésicale.  On  allait  donc  pouvoir  réaliser  le  rêve  inspiré 
de  Civiale  et  broyer  directement  les  calculs  vésicaux,  source 
de  tant  de  misères  et  de  tant  de  souffrances  et  dont  on  ne  pouvait 


SÉANCE  ANNUELLE 


jusqu’alors  délivrer  les  malades  qu’au  prix  d’opérations  encore 
redoutables. 

Guyon,  qu’avertissait  sans  doute  quelque  intuition  profonde  de 
ce  qu’il  se  sentait  capable  de  faire,  se  lança  résolument  dans  cette 
voie.  Mais  l’instrumentation  était  encore  insuffisante,  car  il  n’avait 
à  sa  disposition  que  le  brise-pierres  de  Civiale,  avec  les  mors 
coudés  de  Heurteloup,  auquel  Charrière  avait  apporté  le  merveil¬ 
leux  perfectionnement  de  l’écrou-brisé,  mais  dont  les  mors  plats 
ne  pouvaient  broyer  que  les  pierres  peu  résistantes.  D’ailleurs  on 
ne  faisait  encore  que  la  lilhotritie  à  séances  courtes  et  mul¬ 
tiples.  Un  urologiste  belge,  le  Dr  Philips,  n’avait-il  pas  dit 
qu’on  ne  pouvait  pas  travailler  dans  la  vessie  pendant  plus  de 
trois  minutes.  Et  puis,  l’évacuation  spontanée  des  calculs  était 
longue,  douloureuse  et  parfois  incomplète.  Il  fallait  donc  un 
certain  nombre  de  séances  pour  terminer  une  lilhotritie,  et 
malgré  l’habitude  que  Guyon  commençait  à  prendre  de  cette 
opération,  elle  ne  faisait  encore  entre  ses  mains  que  des  progrès 
insuffisants. 

Et  c’est  ici  qu’intervint,  comme  il  l’a  fait  si  souvent  au  cours 
de  sa  longue  et  magnifique  carrière,  M.  Collin,  dont  le  nom 
reparaît  sans  cesse  dans  l’histoire  de  la  chirurgie  contemporaine. 
Un  jour,  vers  l’année  1872,  Bigelow,  qui  aimait  beaucoup  Collin 
et  avait  mis  en  lui  toute  sa  confiance,  arriva  d’Amérique  et  l’amena 
déjeuner  au  restaurant  Maguy.  «  Je  viens  de  faire,  lui  dit-il,  une 
lithotritie  en  un  seul  temps.  Je  suis  resté  deux  heures  et  demie 
dans  la  vessie,  en  me  débarrassant  des  fragments  de  calculs  broyés 
grâce  à  un  aspirateur  de  mon  invention.  »  Collin,  enthousiasmé,, 
raconta  à  Guyon  cette  opération  merveilleuse,  et  celui-ci  adopta 
immédiatement  la  nouvelle  méthode,  qu’il  perfectionna  en  utili¬ 
sant  le  brise-pierres  de  Reliquet,  dont  les  mors  puissants  et  percés 
de  trous  exercent  sur  le  calcul  une  prise  particulièrement  solide 
et  ne  s’engorgent  pas.  Il  fit  également  perfectionner  l’aspirateur 
par  Collin,  qui  modifia  aussi  le  dispositif  de  l’écrou  brisé  de .Char- 
rière  et  finit  par  faire  du  lithotriteur  l’admirable  instrument  que 
nous  connaissons  aujourd’hui. 

Guyon  était  maintenant  en  possession  de  toutes  ses  armes.  Il 
multiplia  ses  interventions  et  acquit  peu  à  peu,  dans  l’exécutioa 
de  cette  opération  difficile,  une  incomparable  maîtrise.  Il  la  pos¬ 
sédait  pleinement  quand  je  le  vis  pour  la  première  fois.  J’ai 
toujours  eu  le  goût,  je  dirai  presque  la  passion,  de  chercher  à 
m'instruire  en  allant  le  plus  souvent  possible  voir  opérer  les 
autres  chirurgiens,  les  maîtres,  lorsque  j’avais  encore  la  jeunesse, 
et  plus  tard  mes  amis,  mes  collègues,  mes  élèves  même  et  tous  les 
jeunes  auprès  desquels  j’avais  l’espoir  d’apprendre  quelque  chose 


-90 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


et  qui  m’ont,  en  effet,  beaucoup  appris.  J’allai  donc  bien  souvent 
voir  opérer  Guyon. 

A  vrai  dire,  il  n’avait  point  dans  l’exercice  de  la  chirurgie  com¬ 
mune  ces  qualités  maîtresses  qui  font  les  grands  chirurgiens.  Il 
paraissait  même  parfois  hésitant  et  quelque  peu  timide.  Mais  il 
avait  acquis  dans  la  lithotritie  une  telle  maîtrise  que  je  ne 
crois  pas  trop  m’avancer  en  disant  que  jamais  aucun  chirurgien 
ne  la  pratiqua  comme  lui. 

On  peut  chercher,  dans  une  opération,  bien  des  qualités  diffé¬ 
rentes:  la  sûreté,  la  précision,  la  simplicité,  la  rapidité,  l’élégance. 
Pour  certaines  d’entre  elles,  et  en  particulier  pour  l’extirpation 
des  grosses  tumeurs  du  cou,  le  calme  et  le  sang-froid  avec  lesquels 
le  chirurgien  fait  face  à  des  accidents  parfois  redoutables  peuvent 
concourir  à  leur  donner  une  beauté  particulière  et  même  une 
véritable  grandeur.  Le  broiement  d’une  pierre  dans  la  vessie  ne 
comporte  pas  d’émotions  de  cette  nature,  et,  dans  celte  opération 
aveugle,  le  chirurgien  se  rend  seul  exactement  compte  de  la 
façon  dont  elle  est  conduite.  Et  cependant  lorsqu’il  la  pratiquait, 
Guyon  donnait  à  tous  l’impression  de  la  perfection  et  de  la  maîtrise 
absolues.  L’arl  chirurgical  n’est  pas  un  vain  mot  et  Guyon  exécu¬ 
tait  une  lithotrithie  en  artiste,  je  dirai  même  en  grand  artiste.  Il 
possédait  d’ailleurs  une  sorte  de  majesté  naturelle.  Sa  haute  taille, 
qu’il  savait  tenir  droite,  sa  physionomie  grave,  son  regard  pai¬ 
sible  et  que  voilait  légèrement  la  chute  imperceptible  d’une  de 
ses  paupières,  sa  face  impeccablement  rasée,  une  certaine  réserve 
qui  ne  pouvait  cependant  passer  pour  de  la  froideur,  tout  contri¬ 
buait  à  lui  donner  une  allure  véritablement  imposante  ! 

Il  était  là,  debout,  dominant  ses  aides  et  le  malade  endormi 
devant  lui,  impassible,  avec  cet  imperceptible  sourire  de  l’homme 
sûr  de  lui,  qui  a  conscience  de  sa  force,  qui  puise  en  lui-même  la 
certitude  qu’il  sera  à  la  hauteur  de  l’aete  qu’on  attend  de  lui  et 
qui  sait  que  les  chirurgiens,  venus  d’un  peu  partout  pour  voir 
opérer  le  Maître,  s’en  iront  répéter  dans  tous  les  coins  du  monde 
que  le  Maître  était  plus  grand  encore  qu’ils  ne  l’avaient  prévu  ! 
Pendant  l’opération,  il  restait  immobile.  Ses  mains  seules  tra¬ 
vaillaient  avec  une  merveilleuse  harmonie,  et  obéissaient,  avec 
une  souplesse  et  une  habileté  prodigieuses,  aux  ordres  d’un  cer¬ 
veau  qui  analysait  avec  une  impeccable  lucidité  des  impressions 
obscures  et  des  sensations  incertaines  pour  tout  autre  que  lui  ! 

Je  l’ai  vu,  en  quelques  minutes,  broyer  la  pierre  la  plus  dure. 
«  Je  ne  lutte  pas  contre  la  montre  »,  lui  ai-je  entendu  dire  un 
jour,  après  une  opération  un  peu  longue  —  qui  n’était  pas  une 
lithotritie  —  et,  dans  les  circonstances  où  il  les  prononçait,  ces 
paroles  semblaient  être  une  sorte  de  blâme  envers  ceux  qui 


SÉANCE  ANNUELLE 


pensent  que  Téconomie  de  temps,  dans  une  opération,  est  une  des 
conditions  du  succès,  qu’un  malade  qui  dort  est  un  malade  qui 
souffre,  et  qu’il  est  du  devoir  du  chirurgien  de  le  faire  souffrir  le 
moins  longtemps  possible.  Eh  bien  !  quoi  qu’il  en  dît,  quand  il 
exécutait  une  lithotritie  avec  son  incomparable  maîtrise,  il  luttait 
contre  la  montre,  et  il  avait  raison  !  Il  était  sûr  de  lui.  Comme 
ceux  qui  sont  sûrs  d’eux-mêmes,  il  travaillait  avec  simplicité,  avec 
rapidité,  sachant  que  son  malade  sortirait  de  l’épreuve  moins 
douloureux  et  moins  meurtri.  Et  puis  aussi,  à  la  hauteur  où  il  se 
savait  placé  dans  l’esprit  de  ceux  qui  se  pressaient  autour  de  lui, 
il  avait  conscience  qu’il  travaillait  ainsi  à  exalter  la  grandeur  de 
son  art,  à  l’élever  de  plus  en  plus  dans  l’admiration  des  hommes, 
à  leur  en  faire  comprendre  la  beauté  souveraine,  et  il  sentait 
qu’un  peu  de  cette  gloire  personnelle  dont  il  avait  le  droit  de 
goûter  l’âpre  jouissance,  allait  à  cette  chirurgie  française  dont  il 
était  l’honneur,  et  rejaillissait  jusqu’à  cette  patrie  bien-aimée  qui 
se  relevait  à  peine  de  ses  malheurs,  et  dont  il  devait  voir,  à  la  fin 
de  sa  vie,  en  même  temps  la  gloire  incomparable  et  les  indicibles 
souffrances  ! 

Guyon  considérait  comme  un  des  devoirs  de  sa  charge  ces 
leçons  magistrales  qui  sont  comme  le  couronnement  de  notre 
enseignement  clinique,  mais  dont  l’utilité  ne  m’a  jamais  paru 
bien  démontrée.  Car  s’il  reste  parfois  de  certaines  d’entre  elles, 
quelque  chose  de  durable  par  l’effort,  les  recherches  et  les  heures 
de  méditation  silencieuse  que  demande  leur  préparation,  combien 
dont  il  ne  reste  pas  même  le  souvenir,  et  qui  s’évanouissent  ainsi 
que  ces  fumées  légères  qui  fixent  un  instant  le  regard  et  dispa- 
-raissent  pour  toujours!  L’enseignement  clinique,  qui  a  atteint  en 
France  un  haut  degré  de  perfection,  et  dont  nous  avons  le  droit 
de  nous  enorgueillir  vaut,  avant  tout,  pour  la  médecine,  par  ce 
qui  s’apprend  au  lit  du  malade  et  dans  le  silence  des  labora¬ 
toires,  et  pour  la  chirurgie,  par  ce  qui  se  voit  également  au 
chevet  des  malades,  et  par  ce  qui  se  fait  dans  la  salle  d’opé¬ 
rations,  qui  est  le  véritable  laboratoire  du  chirurgien,  l’endroit 
où  il  travaille,  où  il  crée,  où  il  enseigne  à  ceux  qui  veulent 
bien  venir  chercher  auprès  de  lui  cette  éducation  par  l’exemple 
à  laquelle  aucune  autre  forme  d’enseignement  ne  saurait  être 
comparée. 

Guyon  préparait  ses  leçons  avec  beaucoup  de  conscience  et  de 
soin,  et  il  suffit,  pour  s’en  convaincre,  de  parcourir  les  volumes 
dans  lesquels  il  les  a  réunies.  Il  y  condensait  tout  ce  que  lui  avait 
enseigné  un  esprit  d’observation  pénétrant  qu’accompagnait  une 
grande  puissance  de  réflexion,  et  beaucoup  des  conclusions 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE, 


cliniques  auxquelles  il  était  arrivé  sont  et  demeurerqnt  clas¬ 
siques. 

U  ne  possédait  point  cette  facilité  de  parole  et  cette  éloquence- 
entraînante,  qui  accumule  autour  de  certains  maîtres  les  audi¬ 
toires  enthousiastes.  Il  avait  même,  lorsqu’il  parlait,  une  certaine 
hésitation  qui  contribuait  à  scander  ses  phrases  d’une  façon  par¬ 
ticulière.  Son  débit  était  monotone,  sans  ces  éclats,  sans  ces 
saillies  qui  tiennent  en  éveil  l’attention  fatiguée.  Mais  s’il  le 
cherchait  quelquefois,  il  trouvait  toujours  le  mot  juste,  et  sa 
parole  était  claire  et  précise.  Parfois  même,  au  cours  de  ces 
leçons  magistrales  auxquelles  la  majesté  naturelle  de  son  allure- 
donnait  quelque  solennité,  on  voyait  sa  physionomie  s'éclairer 
tout  à  coup,  et  son  discours  s’émaillait  d’un  de  ces  jeux  de  mots, 
d'ailleurs  d’inégale  valeur,  qu’il  avait  l’innocente  manie  de  répéter 
de  temps  en  temps,  et  que  connaissaient  bien  ses  élèves  qui  les 
voyaient  souvent  venir  en  souriant. 

C’est  ainsi  qu’au  cours  des  années,  il  écrivit  et  publia  les  quatre 
volumes  qui  renferment  toute  la  substance  de  son  enseignement,, 
et  dans  lesquels  sont  dispersées  toutes  ses  trouvailles  cliniques, 
toute  cette  symptomatologie  urinaire  dont  son  merveilleux  esprit 
d’analyse  a  su  dissiper  toutes  les  obscurités  et  pénétrer  tous  les 
secrets. 

La  renommée  de  Guyon  s’étendait  toujours.  Les  élèves  arri¬ 
vaient  de  plus  en  plus  nombreux,  —  les  malades  aussi.  Son  service 
devenait  trop  petit.  11  le  fit  généreusement  agrandir  lui-même,  et 
c’est  ainsi  que  s’éleva  cette  salle  de  consultations  où  défilaient 
tant  de  malades,  et  où  s’instruisaient  tant  d’élèves  !  C’est  là,  c’est 
dans  ces  bâtiments,  construits  sur  la  terrasse  de  Necker  que 
nous  avons  connue,  qu’-il  installa  le  Musée  qui  porte  aujourd’hui 
son  nom,  ses  divers  laboratoires,  et,  en  particulier,  ce  laboratoire 
de  chimie  qui  prenait  de  plus  en  plus  d’importance,  à  mesure  que 
sous  son  influence,  et  plus  encore  peut-être  sous  celle  de  ses 
élèves  et  en  particulier  d’Albarran,  se  développaient  les  recherches 
délicates  nécessitées  par  l’examen  fonctionnel  des  reins,  qui  a 
pris  peu  à  peu  une  si  grande  place,  et  domine  aujourd’hui  toute 
l’histoire  de  la  chirurgie  rénale. 

Ainsi  passaient  les  années  qui  ne  semblaient  amoindrir  ni  sa 
résistance  à  la  fatigue  ni  sa  puis-ance  de  travail.  Il  avait  vu  venir 
à  lui,  sans  que  sa  modestie  naturelle  en  fût  éblouie,  les  honneurs 
périssables  et  les  dignités  éphémères  qui  disparaissent  avec  ceux 
qui  les  portent  et  qui  ne  valent  pas,  pour  la  postérité,  l’humble 
travail  qui  donne  au  monde  quelque  lueur  de  vérité!  En  1876,  il 
succédait  à  Dolbeau  dans  la  chaire  de  pathologie  externe,  et  c’est 


SÉANCE  ANNUELLE 


93 


seulement  en  1890  que  son  service  fut,  aux  applaudissements 
de  tous,  transformé  en  clinique  des  voies  urinaires.  11  avait 
été  notre  président  en  1878.  En  cette  même  année  il  entrait  à 
l'Académie  de  Médecine,  dont  il  fut  plus  lard  président.  Enfin,  en 
1892,  il  était  élu  à  l’Académie  des  Sciences,  dont  il  eut  également 
l'honneur  de  présider  les  séances. 

En  190(>,  lorsque  sonna  pour  lui  l’heure  de  la  retraite,  il  quitta 
sans  regrets,  mais  non  sans  émotion,  ce  beau  service  de  Necker, 
où  il  avait  passé  quarante  ans  de  sa  vie,  où  il  avait  tant  travaillé, 
et  qui  avait  assisté  à  son  ascension  progressive  vers  ces  sommets 
que  bien  peu  d’entre  nous  parviennent  à  gravir  ! 

Son  élève  Albarran  fut  appelé  à  occuper  la  chaire  qu’il  avait 
illustrée,  et  ce  fut  un  beau  jour,  et  profondément  émouvant,  que 
celui  où  nous  vîmes,  dans  cet  amphithéâtre  de  l’hôpital  Necker 
où  s’entassait  la  foule  des  élèves  et  des  amis,  le  jeune  Maître 
venir  prendre  la  parole  à  son  tour,  devant  le  vieux  Maître  qui  le 
voyait  continuer  son  œuvre  avec  une  joie  qu’il  ne  cherchait  pas  à 
dissimuler!  Et  j’entends  encore  Albarran,  avec  son  profil  d’aigle, 
avec  ses  yeux  de  feu,  avec  cetLe  voix  métallique  qui  accentuait 
encore  les  intonations  éclatantes  du  pays  qui  l'avait  vu  naître, 
nous  dire  tout  ce  qu’il  pensait  de  celui  qui  était  là,  assis  à  son 
côté,  et  qui,  qn  écoutant  avec  une  émotion  profonde  l'histoire  de 
sa  vie  scientifique,  descendait  sans  doute  en  lui-même,  et  ne 
songeait  pas  sans  mélancolie  à  cette  destinée  qui  l’avait  fait  si 
grand  et  qui  s’approchait  de  sa  fin. 

Et  cependant,  par  l’ironie  du  sort  et  par  un  injuste  destin, 
c’est  Albarran  qui  partit  le  premier,  et  ce  fut  son  vieux  Maître, 
dont  les  paroles  vinrent,  au  bord  de  la  tombe  entrouverte,  lui 
dire  le  dernier  adieu  ! 

Ainsi  se  terminait  dans  le  respect  universel  la  carrière  de  cet 
homme  auquel  l’urologie  moderne  doit  d’être  ce  qu’elle  est.  Nul 
ne  saurait  prévoir  ce  qu’il  aurait  pu  faire  si  les  événements  ou 
même  les  hasards  qui  ont  décidé  de  sa  vie  l’avaient  autrement 
dirigée,  et  si  la  bonne  étoile  qui,  pendant  soixante  ans,  a  brillé 
sur  sa  route  avait  laissé  passer  à  d’autres  mains  ce  service 
Civiale  dont  il  devait  être  la  gloire.  Mais  il  ne  paraît  pas  douteux 
qu’il  aurait  largement  travaillé  aux  progrès  de  notre  art.  Il  avait, 
en  tout  cas,  déjà  donné  des  preuves  de  son  esprit  d’observation 
et  de  ses  facultés  créatrices.  N’avons-nous  pas  de  lui  cette  ampu¬ 
tation  sus-malléolaire  qui  a  gardé  son  nom,  et  tous  ceux  d’entre 
nous  qui  ont  passé  plusieurs  de  leurs  jeunes  années  dans  les 
amphithéâtres  et  qui  se  souviennent  encore  de  cette  médecine 
opératoire  dont  on  à  dit  beaucoup  de  mal,  mais  qui  n’en  est  pas 


SOCIÉTÉ  DE  CUIRUKGIE 


1)4 


moins,  avec,  l’anatomie,  une  des  bases  indestructibles  sur  les¬ 
quelles  repose  l’art  du  vrai  chirurgien,  tous  ceux-là  savent  que 
c’est  à  Guyon  que  nous  devons  la  connaissance  des  rapports 
immédiats  de  l’artère  carotide  externe  avec  le  nerf  grand  hypo¬ 
glosse.  Et  qui  sait  si  quelqu’un  de  ceux  qui  sont  ici  ne  le  doit 
pas  précise'ment  au  fait  d’avoir  trouvé  le  point  de  repère  sauveur, 
au  cours  de  cette  épreuve,  redoutable  pour  ceux-là-seulement  qui 
ne  sont  pas  les  maîtres  de  leurs  nerfs  et  ne  connaissent  pas  le 
calme  qui  est  la  première  de  nos  vertus  ! 

Mais  puisqu’il  a  suivi  sa  destinée  et  qu’il  a  fait  son  œuvre,  il 
nous  est  permis  de  nous  demander  si  cette  œuvre  si  grande  aurait 
pu  l’être  plus  encore.  Sans  doute,  il  est  facile  de  parcourir  le 
champ  des  hypothèses,  mais  il  est  facile  également  d’y  commettre 
de  lourdes  erreurs.  Et  lorsqu’un  homme  a  rempli  son  destin,  de 
quel  droit  viendrions-nous  dire  qu’il  aurait  pu  mieux  faire  encore  ? 
Et  cependant  il  est  permis  de  croire  qu’il  eût  fallu  bien  peu  de 
chose  pour  que  Guyon,  étant  donnée  l’autorité  morale  et  scienti¬ 
fique  dont  il  était  investi  devant  les  chirurgiens  du  monde  entier, 
donnât  à  la  chirurgie  urinaire,  qui  lui  doit  tant,  une  impulsion 
plus  grande  encore!  Et  je  ne  puis  m’empêcher  de  penser,  lorsque 
je  vois  les  pièces  admirables  du  musée  de  Necker,  pièces  qui 
montrent  avec  évidence  la  forme  et  la  disposition  des  adénomes 
prostatiques,  que  c’est  à  l’hôpital  Necker  qu’aurait  du  voir  le  jour 
cette  opération  bienfaisante,  la  prostatectomie.  Comment  Guyon 
ne  s’est- il  pas  dit  quelque  jour,  en  examinant  les  pièces  du 
musée  qu’il  avait  fondé,  que  ce  serait  faire  œuvre  vraiment  belle 
que  d’enlever  ces  tumeurs  si  aisément  énucléables  et  de  guérir 
ainsi  par  un  moyen  en  même  temps  rapide  et  radical  cette  infir¬ 
mité  lamentable.  Il  est  infiniment  probable  que  si  cette  idée  si 
simple  ne  lui  est  pas  venue  —  ou  s'il  l’a  repoussée  —  c’est  que  ses- 
nombreuses  observations  sur  les  maladies  de  la  prostate  avaient 
définitivement  orienté  son  esprit  vers  le  traitement  purement 
médical  de  cette  affection  et  y  avait  également  conduit  l’esprit  de 
ses  élèves.  En  sorte  qu’il  est  permis  de  penser  que  la  perfection 
avec  laquelle  Guyon  a  observé  ses  prostatiques  a  eu  ce  résultat 
paradoxal  de  mettre  obstacle  aux  progrès  de  leur  traitement  et 
l’a  privé  de  la  gloire  durable  d’avoir  doté  la  chirurgie  d’une  de 
ses  conquêtes  les  plus  bienfaisantes. 

J’ai  également  la  conviction  que  la  haute  maîtrise,  la  supériorité 
avec  lesquelles  Guyon  pratiquait  la  lithotritie  ont,  dans  une  cer¬ 
taine  mesure,  détourné  son  esprit  des  entreprises  hardies  de  la 
chirurgie  intravésicale.  Et  nous  pouvons  nous  demander  si  l’art 
merveilleux  avec  lequel  il  l’exécutait,  si  l’enthousiasme  intime  et 
profond  que  lui  inspirait  une  opération  qui  contribuait  à  sa 


SÉANCE  ANNUELLE 


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renommée  et  suscitait  autour  de  son  nom  l'admiration  du  monde 
entier,  ne  l’ont  pas  aveuglé  sur  les  inconvénients  qu’elle  pouvait 
avoir  dans  des  mains  autres  que  les  siennes  et  irrémédiablement 
éloigné  de  cette  chirurgie  à  ciel  ouvert  qui  est  la  source  de  tout 
progrès.  Sans  doute,  à  cette  époque,  la  taille  sus-pubienne,  pour 
laquelle  il  a  d’ailleurs  livré  le  bon  combat,  présentait  un  certain 
caractère,  de  gravité.  Nous  avons  pris  l’habitude,  grâce  aux 
miracles  que  l’asepsie  nous  a  permis  de  réaliser  dans  ces  vingt 
dernières  années,  de  considérer  toute  incision  dans  le  corps  de 
notre  prochain,  comme  sans  conséquences  !  Mais  au  début  de  l’ère 
antiseptique,  et  même  à  l’époque  où  Guyon  possédait  déjà  sa 
grande  expérience  de  la  lilhotritie,  il  n’en  était  pas  de  même;  les 
accidents  d’infection  n’étaient  pas  rares  et,  lorsqu’il  s’agissait 
d’opérations  vésicales,  les  conséquences  pouvaient  en  être  graves. 
La  taille,  malgré  sa  très  grande  simplicité,  apparaissait  donc 
comme  plus  sérieuse  que  la  Iithotritie  et  il  est  tout  naturel  que 
Guyon  ait  eu,  pour  cette  opération  si  élégante  et  qu’il  possédait  si 
bien,  une  prédilection  légitime.  Mais  aujourd’hui,  avec  le  recul 
des.  années  et  l’évolution  des  idées  chirurgicales,  il  semble  bien 
que  cette  opération  si  belle  et  que  Guyon  avait  portée  à  un  si 
haut  degré  de  perfection,  doive  être  considérée,  en  dehors  des 
calculs  mous  et  récidivants,  comme  une  opération  d’exception 
et  disparaître  devant  la  taille  sus-pubienne,  si  simple,  si 
facile,  à  la  portée  de  tous  et  qui  est  devenue  au  moins  aussi 
inoffensive  que  la  Iithotritie.  Et  sans  doute  s’est-il  passé  ici, 
pour  les  affections  vésicales  justiciables  de  la  taille,  un  phéno¬ 
mène  analogue  à  celui  que  je  signalais  tout  à  l’heure  pour  les 
adénomes  prostatiques,  et  l’habitude  qu’avait  prise  Guyon  de  se 
passer  de  l’ouverture  de  la  vessie  dans  ses  innombrables  interven¬ 
tions  peur  calculs,  a  sans  doute  nui  aux  progrès  qu’il  aurait 
fait  faire  à  la  chirurgie  vésicale,  s’il  y  avait  eu  plus  fréquemment 
recours! 

Mais  ce  sont  là  paroles  vaines,  et  nous  n’avons,  le  droit  de  for¬ 
muler  aucun  regret,  nous  n’avons  que  le  devoir  d’admirer  sans 
réserves,  à,  la  fois  la  conscience  qui  le  faisait  agir  ainsi  qu’il  agis¬ 
sait,  et  la  haute  maîtrise  qui  avait  fait  de  lui,  à  cette  époque  déjà 
bien  lointaine,  l’homme  qui,  avec  Péan,  a  porté  le  plus  loin  et  le 
plus  haut  la  renommée  delà  chirurgie  française!. 

Pendant  presque  toute  sa  vie,  Guyon  avait  marché  de  succès  en 
succès;,,  de  triomphe  en  triomphe  !  Il  semblai  t  que  le  bonheur  eût 
été  fait  pour  lui.  11  en  jouissait,  d’ailleurs,,  avec  simplicité. 
11  sortait  peu.  On  le  voyait  bien  rarement  dans  les  loges 
des  grands  théâtres  auxquels  il  était  abonné.  En  revanche, 


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SOCIÉTÉ  DK  C11IRURGIK 


elles  étaient  largement  ouvertes  à  ses  élèves,  à  ses  amis  et  aux 
amis  de  ses  amis  !  Mm“  Guyon,  qui,  à  toutes  les  grâces  du  corps 
joignait  celles  de  l’esprit,  aimait  beaucoup  à  recevoir,  et  recevait 
admirablement.  Musicienne  accomplie,  elle  donnait  de  très 
belles  soirées,  dont  aucun  de  ceux  qui  ont  eu  le  privilège  d’y 
assister  n’a  pu  perdre  le  souvenir  et  qui,  après  tant  d’années 
écoulées,  se  confondent  maintenant  pour  eux  avec  les  impressions 
heureuses  qui  ne  reviendront  plus.  Mais,  comme  il  arrive  pour 
ceux  d’entre  nous  qui  joignent  au  labeur  parfois  épuisant  dé 
la  chirurgie  active  le  travail  intérieur  de  la  méditation  et  qui 
songent  souvent,  dans  les  nuits  d’insomnie,  à  ceux  qui  viennent 
de  leur  confier  leur  vie  et  dont  le  sort  se  joue  peut-être  à  la 
minute  même  où  l’esprit  s’envole  vers  eux,  comme  ceux  qui  ne 
peuvent  séparer  l’exercice  de  la  chirurgie  du  sentiment  profond 
de  leurs  graves  responsabilités -quotidiennes,  Guyon  aimait  à 
quitter  le  plus  souvent  possible  ce  milieu  de  fièvre  et  d’action. 
Il  avait  à  Louveciennes  une  propriété  charmante.  C’est  là,  au  pied 
de  l’aqueduc  qui  conduit  à  Versailles  les  eaux  qui  vont  jaillir  dans 
le  parc  du  Grand  Roi,  c’est  là,  dans  un  des  sites  les  plus  beaux  de 
ces  environs  de  Paris,  où  les  forêts  font  à  la  ville  immense  une 
ceinture  verdoyante,  c’est  là  qu’il  aimait  à  venir  à  l’ombre  des 
grands  arbres,  chercher  le  repos  de  l’esprit,  plus  nécessaire 
encore  que  le  repos  du  corps.  Ses  élèves  et  ses  amis  recevaient 
le  dimanche  une  hospitalité  souriante  dans  cette  maison  déli¬ 
cieuse  et  la  journée  passait  trop  vite  dans  ce  milieu  d’une  simpli¬ 
cité  charmante,  où  la  visite  de  voisins  de  campagne  comme 
-Sardou  et  comme  Alexandre  Dumas  introduisait  parfois  un 
élément  d’un  caractère  particulièrement  savoureux. 

Et  puis,  il  avait  à  Bot  Conan,  près  de  Beg-Meil,  au  bord  de  la 
mer  de  Bretagne,  une  admirable  résidence  qu’il  avait  fait  con¬ 
struire  et  qu’il  avait  aménagée  suivant  ses  goûts  et  ses  idées.  Sur 
cette  côte  bienheureuse,  que  surpasse  seule  en  beauté,  sur  les 
rivages  de  la  France  et  peut-être  même  du  monde,  la  rive  enchan¬ 
teresse  de  la  mer  de  Provence,  le  vent  de  l’Océan  n’empêche  point 
les  arbres  de  venir  incliner  leurs  branches  jusqu’au  niveau  des 
flots.  De  grands  bouquets  de  pins,  de  hêtres  et  de  chênes,  et  de 
vastes  pelouses  reposent  les  regards  et  des  fleurs  éclatantes 
animent  de  leurs  taches  d’or,  d’azur  ou  de  sang,  le  large  tapis 
vert  dont  les  molles  ondulations  viennent  mourir  dans  l’Océan. 

C’est  dans  ce  lieu  paisible  et  solitaire  qu’il  passait  ses  étés,  au 
milieu  de  ses  enfants,  auxquels  venaient  souvent  se  joindre  des 
amis,  des  élèves,  qui  tous  aimaient  cette  douce  maison  du  repos, 
de  la  bienveillance  et  de  l’hospitalité. 


SÉANCE  ANNUELLE 


97 


Mais  la  fatalité  antique  n’existe  pas  que  dans  Sophocle,  et  le 
Tragique  Grec,  en  chantant  les  malheurs  d'Œdipe,  a  voulu  ensei¬ 
gner  aux  hommes  qu’aucun  d’entre  eux  n’est  à  l’abri  des  coups 
imprévus  du  destin.  Cette  existence  laborieuse,  qui  s’était  pendant 
si  longtemps  développée  avec  une  magnifique  harmonie  dans  la 
joie  du  travail,  les  satisfactions  de  la  renommée  et  dans  le 
bonheur  du  foyer,  s’est  assombrie  tout  à  coup  sous  l’étreinte  de 
la  destinée  et  cet  homme,  qui  montait  toujours  plus  haut  dans  le 
rayonnement  de  la  gloire  et  du  respect  universel,  a  subi  sans 
fléchir  et  sans  courber  la  tête  le  déchaînement  du  malheur.  Et 
cependant  son  âme  était  brisée,  et,  à  mesure  que  les  années  s’accu¬ 
mulaient  sur  lui  sans  abattre  sa  haute  taille  et  sans  fléchir  son 
énergie,  ceux  qui  l’approchaient  pouvaient -se  rendre  compte  de 
cette  souffrance  intérieure  qu’il  lui  répugnait  de  laisser  paraître, 
mais  qu’il  renfermait  en  lui-même  et  qui  lui  dévorait  le  cœur. 

Un  jour  —  c’était  lejour  où  nous  suivions  le  cercueil  de  Brissand, 
que  pleuraient  Ses  amis,  que  je  pleurais  moi  -même,  moi  qui  l’avais 
connu  aux  jours  de  mon  enfance,  ét  dont  tous  ceux  qui  connais¬ 
saient  sa  magnifique  intelligence  déploraient  la  mort  imprévue  — » 
comme  nous  marchions  côte  à  côte  et  que  j’offrais  à  ses  quatre- 
vingts  ans  le  secours  de  mon  bras  :  «  Voyez-vous,  me  dit-il, 
il  ne  faut  pas  vivre  trop  vieux,  et  je  voudrais  être  à  la  place  du 
pauvre  ami  que  nous  accompagnons.  »  Et  comme  s’il  craignait 
d’en  avoir  trop  dit,  il  se  renferma  dans  le  silence  de  ses  pensées, 
que  je  n’osai  plus  interrompre.... 

Le  premier  coup  lui  fut  porté  par  la  mort  de  son  gendre,  qu’il 
aimait  comme  un  fils  et  dont  tous  ceux  qui  l’ont  connu  savent 
qu’il  était  digne  de  cette  affection.  Et  depuis  ce  moment,  parmi 
ceux  qu’il  aimait,  la  mort  frappa  sans  cesse.  Elle  ne  se  contentait 
pas  de  frapper  au  hasard  ceux  qui  lui  tenaient  par  le  sang.  Elle 
abattait  aussi  ceux  qui  lui  tenaient  par  l’esprit  :  Rollin,  Chevalier, 
Glantenay,  pleins  de  jeunesse  et  d’espérances,  Duchastelet, 
Segond,  qui  lui  avait  voué  une  affection  profonde  et  qu’il  aimait 
comme  l’aimaient  tous  ceux  qui  ont  pu  mesurer  les  trésors  de 
son  cœur  et  de  son  amitié,  mais  qui,  au  moins,  avait  pu  donner 
sa  mesure  et  laisser  après  lui  autre  chose  qu’un  souvenir! 
Albarranl  Albarran  qu’il  avait  vu  avec  joie  occuper  sa  place 
officielle,  et  qu’il  savait  assez  grand  pour  continuer  son  œuvre. 
Ah  !  j’entends  encore,  dans  ce  petit  cimetière  de  Neuilly,  où 
les  amis  fidèles  accompagnaient  celui  dont  ils  avaient  suivi  la 
longue  et  silencieuse  agonie,  j’entends  encore,  lues  par  la  voix 
tremblante  d’un  ami,  les  paroles  de  son  vieux  Maître,  qui  n’avait 
pas  trouvé  la  force  de  venir  lui-même  dire  le  dernier  adieu  à  celui 
qui  partait  avant  l’heure  où  leur  œuvre  commune  eût  été  terminée  ! 
u6u.  DK  la  soc.  ns  £H1R„  1923.  7 


SOCIÉTÉ  DE  CUlRURGtË 


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Et  puis,  hélas!  ce  fut  son  fils,  le  fils  de  sa  chair  et  de  son  sang, 
qu'il  avait  vu  avec  une  satisfaction  profonde  continuer  ses  tradi¬ 
tions  de  labeur  scientifique,  et  dont  il  s’imposa  la  douloureuse 
joie  de  recueillir  les  œuvres  pour  les  donner  en  souvenir  aux 
amis  qui  l’avaient  connu. 

Comme  si  tous  ces  deuils  ne  lui  suffisaient  pas,  voilà  que  le 
destin  lui  réservait  encore  de  voir  expirer  dans  ses  bras,  au  cours 
d’une  séance  de  l’Académie  des  Sciences,  son  vieil  ami  Lucas- 
Championnière,  qu’une  mort  admirable  y  vint  surprendre  un  jour, 
en  pleine  vie,  en  plein  travail,  en  pleine  joie,  sans  qu’il  ait  connu 
les  misères  et  les  déchéances  qui  l’accompagnent  trop  sou¬ 
vent  ! 

Et  puis,  au  milieu  de  ces  tristesses,  au  milieu  de  ces  deuils  qui 
venaient  l’assaillir  sans  cesse  et  sans  relâche,  avant  même  l’apai¬ 
sement  de  ceux  qui  l’avaient  précédemment  frappé,  voici  qu’une 
douleur  plus  cruelle  et  plus  incessante  s’était  ajoutée  à  tant 
d’autres,  et  la  désolation  était  venue  s’asseoir  à  son  foyer!  La 
compagne  de  toute  sa  vie,  celle  de  la  jeunesse  et  des  jours  de  tra¬ 
vail  austère,  ce.lle  de  ses  premiers  succès,  celle  qui  avait  partagé 
ses  triomphes,  dont  elle  avait  sans  doute  tiré  plus  de  joie  et 
d’orgueil  que  lui-même,  fut  terrassée  pendant  plusieurs  années 
par  un  mal  implacable  qui  ne  finit  qu’avec  sa  vie... 

A  l’âge  avancé  où  il  était  parvenu,  il  semble  qu'il  ne  lui  restât 
plus  qu’à  mourir!  Il  attendait  d’ailleurs  la  mort  avec  sérénité. 
Mais  la  mort,  qui  décimait  les  siens,  ne  voulait  pas  de  lui.  Alors, 
enfermé  avec  ses  pensées,  il  vécut,  sortant  de  moins  en  moins, 
allant  passer  le  plus  de  temps  possible  dans  cette  Bretagne 
paisible,  au  bord  de  l’Océan  sans  bornes  dont  il  contemplait 
l’horizon  en  évoquant  sans  doute,  dans  les  brumes  du  souvenir, 
celui  qu’il  découvrait  jadis  dans  l’île  bienheureuse  où  s’étaient 
écoulés  les  jours  de  son  enfance,  de  cette  enfance  si  lointaine,  dont 
le  séparaient  maintenant  tant  d’années  de  travail,  de  gloire  et  de 
malheur. 

Mais  ce  repos  loin  de  Paris  ne  lui  faisait  pas  oublier  la  place 
qu’il  tenait  toujours  parmi  nous.  L’universelle  acclamation  des 
membres  de  l’Association  Française  de  Chirurgie  l’avait  depuis 
longtemps  porté  à  sa  présidence.  A  chaque  convocation  aux 
séances  du  Comité,  il  ne  manquait  jamais  de  s’excuser  par  une 
lettre  dont  l’écriture  était  un  peu  tremblée,  mais  dans  laquelle 
la  netteté  dé  l’expression  et  la  force  de  la  pensée  furent  toujours 
sans  défaillance. Et  quand  il  était  à  Paris,  il  venait  régulièrement 
présider  à  nos  réunions.  Celles-ci  se  tenaient  généralement  à  la  fin 
d’une  séance  de  la  Société  de  Chirurgie,  et  quelques-uns  de 


SÉANCE  ANNUELLE 


99 


ceux  qui  sont  ici  se  souviennent  sans  doute  que,  vers  l’époque,  et 
peut-être  même  à  l’occasion  du  dernier  Comité  qui  précéda  la 
guerre,  à  cette  heure  tardive  où  l’attention  lassée  donne  parfois 
trop  libre  cours  aux  conversations  particulières,  nous  vîmes 
tout  à  coup  cette  porte  s’ouvrir  et  notre  vieux  Maître,  exact  au 
rendez-vous,  toujours  droit,  toujours  ferme,  avec  un  bon  sourire 
éclairant  son  visage  un  peu  amaigri,  descendre  de  cette  tribune. 
Immédiatement  les  conversations  s’arrêtèrent  et  d’un  mouve¬ 
ment  spontané  la  plupart  d’entre  nous  se  levèrent,  en  témoignage 
d’affectueux  respect  pour  cet  homme  qui  avait  lant  fait  pour  la 
gloire  de  notre  Maison  et  dont  la  carrière  et  la  vie  auraient  pu 
servir  de  modèle  à  n’importe  quel  d’entre  nous  ! 

Mais  la  nature  meurtrière  finit  toujours  par  triompher,  et  la 
vieillesse  enfin  parvint  à  marquer  de  sa  griffe  cette  constitution 
merveilleuse.  Sa  vue  s’était  affaiblie.  Un  accident  banal,  une 
chute  dans  un  escalier,  faillit  déchaîner  les  complicalions  les  plus 
graves,  et  je  me  souviens  de  notre  émotion  lorsque  le  bruit  se 
répandit  que  la  vie  de  Guyon  était  en  danger!  Il  ne  s’en  releva 
jamais  complètement.  J’allai  le  visiter  un  jour,  parce  que  je  voulais 
revoir  cet  homme  quej’aimais  et  qui,  j’en  ai  la  certitude,  avait  dë 
1’affection  pour  moi.  Il  était  couché  dans  son  lit,  dans  une  chambre 
où  l’on  entretenait  une  obscurité  reposante  pour  ménager  ses  yeux 
que  la  lumière  fatiguait.  Il  me  reconnut  à  ma  voix.  Déjà  sa  pensée 
se  reportait  avec  plus  d’assurance  et  plus  de  précision  sur  les  évé¬ 
nements  lointains.  Il  me  parla  des  chirurgiens  qu’il  avait  connus 
pendant  sa  jeunesse  ;  il  analysait  le  rôle  qu’ils  avaient  joué  dans 
l’évolution  de  la  chirurgie,  et  je  n’écoutais  pas  sans  une  profonde 
émotion  ce  grand  vieillard  dont  la  pensée  toujours  lucide  faisait 
revivre  ainsi  les  hommes  d’autrefois! 

Mais  peu  de  temps  après  ses  facultés  devinrent  plus  confuses, 
comme  si  le  sort  voulait  s’acharner  à  lui  refuser  toute  joie.  Car  il 
a  vu  passer  sur  la  terre  de  France  la  rafale  sanglante  qui,  pendant 
quatre  années,  a  fauché  ses  enfants,  ses  moissons,  ses  villes,  ses 
forêts.  Il  était  là  quand  la  Victoire  est  enfin  venue  délivrer  ceux  qui 
restaient  vivants  de  l’angoisse  funèbre.  Il  n’a  même  pas  eu  la  joie 
de  laconnaître,  et  qui  donc  peut  savoir  si,  dans  les  visions  fugitives 
qui  hantent  jusqu’au  bout  les  esprits  vacillants,  il  n’a  pas  encore 
souffert  du  drame  de  la  guerre  alors  que  la  paix  bienfaisante  était 
déjà  descendue ^ur  la  terre  ! 

Je  ne  l’ai  plus  revu  que  sur  son  lit  de  mort.  Car  la  mort  qui 
l’avait  si  longtemps  oublié  était  enfin  venue  le  prendre,  doucement, 
calmement,  sans  défense  et  sans  agonie,  et  la  destinée,  qui  l’avait 
jusqu’alors  si  cruellement  fait  souffrir,  lui  épargna  du  moins 


cette  bataille  de  la  mort  qui  est  le  lot  le  plus  commun  de  notre 
pauvre  humanité. 

11  s’éteignit  le  20  juillet  1920,  à  la  veille  même  du  jour  où  il 
allait  entrer  dans  sa  quatre-vingt-dixième  année. 

Le  lendemain,  j’allai  revoir  celui  que  j’avais  admiré  jadis  dans 
tout  l’éclat  de  son  prestige  et  de  sa  renommée.  Il  était  là,  couché 
dans  la  chambre  modeste  où  je  l’avais  revu  pour  la  dernière  fois. 
Sous  le  linceul  funèbre  qui  recouvrait  ce  corps  que  nous  avions 
connu  de  proportions  si  nobles  etsi  majestueuses,  on  devinaitsans 
peine,  à  le  voir  maintenant  si  frêle  et  si  petit,  les  ravages  que 
peut  produire  une  vieillesse  prolongée  où  la  vie  s’éteint  lentemen t . 
Mais  l’impassible  Mort  répandait  sur  ses  trails  cette  calme  sérénité 
qui  donne  à  ceux  qui  s’agitent  encore  dans  le  tumulte  de  la  vie  le 
sentiment  profond  du  grand  repos  qui  les  attend  ! 


Il  avait  vu  le  jour  sous  le  ciel  des  tropiques,  sous  ce  ciel  parfois 
,  rayonnant  des  feux  d’un  soleil  embrasé,  souvent  aussi  chargé  des 
■'Vapeurs  étouffantes  des  mers  équatoriales  ou  déchiré  d’éclairs 
:éÔlouissants!  Maintenant,  il  repose  sous  le  ciel  de  Paris,  si  beau 
^  jprfois,  si  pur  et  si  limpide  aux  jours  merveilleux  du  printemps, 
^^?|ugubre  et  si  noir  pendant  les  brumes  de  l’hiver.  Mais-ceux  qui 
■gpait  couchés  dans  le  sein  de  la  terre  ne  souffrent  pas  de  sa  noir- 
*Z>Ceur,  et  ce  sont  les  vivants  que  leur  culte  sacré  pour  ceux  qui  ne 
sont  plus  et  qu’ils  ont  aimés  dans  la  vie,  pousse  invinciblement 
à  désirer  pour  eux  le  calme  du  sommeil  suprême  en  quelque 
endroit  paré  de  cette  beauté  souveraine  que  nous  aimons  à  voir 
aux  lieux  où  reposent  nos  morts  1 
Hélas  !  que  ceux  qui  s’imaginent  le  vieux  Maître  endormi 
quelque  part  dans  la  paix  des  grands  arbres  et  le  silence  des  tom¬ 
beaux  n’aillent  pas  voir  sa  tombe  décevante  !  Les  lignes  en  sont 
nobles  et  la  pierre  éternelle.  Mais  elle  est, là,  parmi  d’autres  tombes 
banales,  sans  un  arbre  apportant  son  ombre  et  son  feuillage,  sans 
une  pauvre  fleur,  sans  un  humble  brin  d’herbe,  et  la  rumeur  que 
fait  la  foule  indifférente  qui  passe  nuit  et  jour  sur  l’arche  sacrilège 
jetée  par  les  vivants  sur  ce  coin  profané  de  la  cité  des  morts, 
troublerait  leur  repos,  si  le  repos  des  morts  n’était  pas  si  profond  ! 

Mais  la  cendre  de  ceux  que  nous  avons  aimés  retourne  chaque 
jour  à  cette  vie  universelle  qui  est  la  loi  de  la  nature,  qui  se 
renouvelle  sans  cesse,  et  qui  continuera  sa  marche  impitoyable 
tant  que  la  terre  qui  nous  porte  ne  sera  pas  encore  un  bloc  glacé 
roulant  dans  les  ténèbres  autour  du  soleil  expirant  ! 

Ainsi  l’œuvre  des  hommes  qui  ont  fait  autre  chose  que  de  passer 
sur  cette  terre  sans  y  laisser  de  traces  et  dont  le  travail  obstin'é 
ou  l’éclatant  génie  a  permis  d’ajouter  quelque  certitude  nouvelle 


SÉANCE  ANNUELLE 


101 


à  l'édifice  indestructible  de  la  vérité  souveraine,  va  tôt  ou  tard  se 
fondre  dans  l’œuvre  universelle,  comme  une  étincelle  embrasée 
qui  brille  un  instant  dans  la  nuit,  pour  aller  s’absorber  ensuite 
dans  cet  Océan  de  lumière  qui  rayonne  sur  l’Humanité  ! 

Le  vieux  Maître  dort  maintenant  du  sommeil  de  la  mort  dans 
cette  paix  définitive,  dans  cette  magnifique  paix  du  tombeau  qui 
nous  repose  de  la  vie  et  ne  connaît  pas  la  douleur.  Si,  dans  ses 
dernières  années,  il  a  vu  parfois  repasser  dans  ses  rêves  mélan¬ 
coliques  sa  longue  vie  d’honneur,  de  travail,  de  malheur  et  de 
gloire,  il  a  pu  voir  surgir  dans  son  âme  puissante  l’orgueil  con¬ 
solateur  !  Car  l’orgueil,  aussi  noble,  aussi  pur  qu’est  méprisable 
et  vile  la  vanité  humaine,  est  permis  à  celui  qui  sait  que  son  œuvre 
vivra  et  qu’il  a  passé  sur  la  terre  en  servant  les  hommes,  ses 
frères  ! 

Le  malheur  disparaît  avec  celui  qui  souffre,  mais  les  fruits 
du  travail  ne  disparaissent  pas,  et  la  gloire  demeure!  La  gloire  de- 
Guyon  est  pure  et  sans  nuage.  Elle  est  faite  du  bien  qu’il  a  répandu 
sur  la  terre,  elle  est  faite  de  l’exemple  qu’il  a  donné  par  sa  vie 
de  travail,  de  droiture  et  de  probité.  Elle  est  faite  des  vérités 
qu’il  nous  a  révélées,  et  qui  vivront,  car  la  vérité  ne  meurt  pas  ! 
Elle  est  faite  enfin  du  prestige  éclatant  qu’il  a  donné  à  la  science 
française  et  de  la  confiance  qu’il  nous  a  rendue  en  nous-mêmes, 
quand  nous  nous  demandions  encore  si  la  vieille  race  gauloise 
avait  gardé  ses  antiques  vertus  ! 

Conservons  donc  ici  cette  grande  mémoire,  comme  celle  de  l’un 
des  hommes  qui  ont  le  mieux  servi  cette  noble  chirurgie  française 
pour  laquelle  nous  avons  tous  le  même  amour  et  le  même  respect, 
comme  celle  de  l’un  des  hommes  qui,  par  la  grandeur  de 
l’exemple  qu’ils  nous  ont  donné,  ont  façonné  les  cœurs  et  forgé  les 
âmes  de  cette  génération  héroïque,  qui  a  fait  voir  à  l’univers 
jusqu’àquelle  hauteur  pouvaient  s’élever  les  miracles  de  l’énergie, 
les  prodiges  de  la  vaillance,  la  vertu  du  sacrifice  —  et  qui  a  sauvé 
la  Patrie  ! 


102 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURCIE 


PRIX  DÉCERNÉS  EN  1922 

(Séance  annuelle  du  17  janvier  1923.) 


Prix  Dubreuil,  annuel  (400  francs).  —  Le  prix  est  décerné  à  M.  le 
Dr  René  Simon,  de  Strasbourg,  pour  son  travail  sur  la  Greffe 
osseuse. 

Prix  Marjolin-Duval,  annuel  (300  francs).  —  Le  prix  est  décerné  à 
M.  le  Dr  Joseph  Fournier,  ancien  interne  des  hôpitaux  de 
Paris,  pour  son  travail  intitulé  :  Anomalie  rotulienne.  La 
Patella  Bipartita. 

Prix  Aimé  Guinard,  triennal  (1.000  francs).  —  Le  prix  est  décerné  à 
M.  André  .Richa'rd,  interne  des  hôpitaux  de  Paris,  pour  son 
travail  sur  Les  modifications  récentes  dans  la  technique  de  la 
gastrectomie  pour  cancer. 


ÈÈANCË  ANNUELLE 


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PRIX  A  DÉCERNER  EN  1923 

(Séance  annuelle  de  janvier  1924.) 


Prix  Marjolin-Duval,  annuel  (300  francs).  —  A  Fauteur  (ancien  Interne 
des  hôpitaux  ou  ayant  un  grade  analogue  dans  l’armée  ou  la 
marine)  de  la  meilleure  thèse  inaugurale  de  chirurgie  publiée 
dans  le  courant  de  l’année  1921. 

Prix  Laborie,  annuel  (1.200  francs).  —  Al’auteurd’un  travail  inédit'sur 
un  sujet  quelconque  de  chirurgie. 

Prix  Dubreuil,  annuel  (400  francs).  —  Prix  destiné  à  récompenser  un 
travail  sur  un  sujet  d’orthopédie. 

Prix  Ricord,  bisannuel  (300  francs).  —  A  l’auteur  d’un  travail  inédit 
sur  un  sujet  quelconque  de  chirurgie,  oud’un  mémoire  publié 
dans  le  courant  de  l’année  et  n'ayant  pas  été  l’objet  d’une 
récompense  dans  une  autre  société. 

Les  manuscrits  destinés  au  prix  Ricord  peuvent  être  signés. 

Prix  Jules  Hennequin,  bisannuel  (  1 .500  francs).  —Au  meilleur  mémoire 
sur  l’anatomie,  la  physiologie,  la  pathologie  ou  les  traumatismes 
du  squelette  humain. 

Ce  prix  ne  peut  être  partagé. 

Prix  Dëmarüuay,  bisannuel  (700  francs).  — A  l’auteur  d’un  travail  inédit 
(Le  sujet  sera  indiqué  ultérieurement). 

Prix  Gerdy,  bisannuel  (2.000  francs).  —  A  l’auteur  d’un  travail  inédit 
sur  F  «  Action  des  anesthésiques  généraux  sur  le  foie  ». 

Les  manuscrits  destinés  au  prix  Laborie,  au  prix  Gerdy  et  au  prix 
Demarquay  doivent  être  anonymes  et  accompagnés  d'une  épigraphe  repro¬ 
duite  sur  la  suscription  d'une  enveloppe  renfermant  le  nom,  l'adrxsse  et 
les  titres  du  candidat. 

Les  travaux  des  concurrents  devront  être  adressés  au  Secrétaire 
général  de  la  Société  nationale  de  Chirurgie,  12,  rue  de  Seine,  Paris 
(VIe  arrond.),  avant  le  1er  novembre  1923. 


SOCIÉTÉ  DÈ  CHTRUftGtË 


i04 


PRIX  A  DÉCERNER  EN  1924 

(Séance  annuelle  de  1925.) 


Prix  Dubreuil,  annuel  (400  francs).  —  Destiné  à  récompenser  un  travail 
sur  Un  sujet  d’orthopédie. 

Prix  Marjolin-Duval,  annuel  (300  francs).  —  A  l’auteur  (ancien  interne 
des  hôpitaux  ou  ayant  un  grade  analogue  dans  l’armée  ou  la 
marine)  de  la  meilleure  thèse  inaugurale  de  chirurgie  publiée 
dans  le  courant  de  l’année  1920. 

Prix  Laborie,  annuel  (1.200  francs).  —  A  l’auteur  du  meilleur  travail 
inédit  sur  un  sujet  quelconque  de  chirurgie. 

Les  manuscrits  destinés  au  prix  Laborie  doivent  être  anonymes  et 
accompagnés  d’une  épigraphe  reproduite  sur  la  suscription  d’une  enve¬ 
loppe  renfermant  le  nom,  l’adresse  et  les  titres  du  candidat. 

Les  travaux  des  concurrents  devront  être  adressés  au  Secrétaire 
général  de  la  Société  nationale  de  Chirurgie,  12,  rue  de  Seine,  Paris 
(VIe  arrond.),  avant  le  1er  novembre  1924. 


Le  Secrétaire  annuel, 
M.  Savariaüd. 


SÉANCE  DU  24  JANVIER  1923 


Présidence  de  M.  Mauclaire. 


Procès-verbal. 


La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est 
aux  voix  et  adoptée. 

— —  CitfS. 

ICI 

La  correspondance  comprend  : 


Correspondance. 


■  Les  journaux  et  publications  de  la  semaine. 

2°.  —  Des  lettres  de  MM.  les  Drs  Billet,  Cléret,  Miginiac  et 
Malartic,  remerciant  la  Société  de  les  avoir  nommés  correspon¬ 
dants  nationaux. 


A  propos  de  la  correspondance. 

Un  travail  de  M.  Degrais,  intitulé  :  Epilhèlioma  du  col  de 
l'utérus  traité  par  le  radium.  Guérison  après  douze  ans. 

M.  Robineau,  rapporteur. 


Allocution  de  M.  Pierre  Sebileau,  président  sortant. 

Mes  chers  Collègues, 

Je  me  conforme  à  l’usage  et,  président  défunt,  j’ouvre  cepen¬ 
dant  moi-même  cette  première  séance  par  laquelle  débute  aujour¬ 
d’hui  le  nouvel  exercice  scientifique  de  notre  Société. 

Je  ne  quitterai  pas  cette  tribune, -d’où  j’ai,  pendant  une  année, 
dirigé  vos  débats  avec  tant  de  plaisir,  sans  vous  remercier  de 
m’avoir  confié  ce  poste  d’honneur  et  de  m’en  avoir  rendu  l’occu¬ 
pation  agréable  et  facile.  Je  m’y  suis  montré  peut-être  un  peu 
rigoureux,  mais  vous  avez  accepté  mes  sévérités  avec  une  si  bonne 
grâce!  Quand  se  fâchait  ma  sonnette,  vous  lui  répondiez  par  un 
sourire.  Et  votre  sourire  désarmait  la  sonnette.  Et  la  sonnette, 
parmi  vous,  répandait  un  silence  facile. 

C’est  dans  cette  sereine  atmosphère  de  réciproque  galanterie, 

BULL  HT  BÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CHIE.,  1923.  —  N°  3.  8 


106 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


que  j’ai  vécu  cette  année  présidentielle,  heureux  d’avoir  à  mes 
côtés  un  vieux  compagnon  d’études  et  de  luttes,  Jean-Louis  Faure, 
depuis  longtemps  devenu  mon  ami,  et  un  ancien  élève  que  je 
connus  autrefois  chez  Quénu,  Savariaud,  qui,  malgré  sa  jeunesse 
fut  toujours  pour  moi  beaucoup  plus  un  camarade  qu’un  disciple. 

Mon  cher  ami  Mauclaire,  je  t’invite,  au  nom  de  notre  chère 
Société,  à  venir  prendre  ta  place  au  fauteuil  présidentiel.  Ton  rôle 
sera  facile.  Tous  ici  nous  tenons  en  telle  estime  ta  vie  de  labeur 
continu,  d’honneur  professionnel  et  de  courage  modeste,  que  nous 
n’aurons  aucune  peine  à  te  montrer  cette  obéissante  déférence 
dont  chacun  de  nous  porte  en  soi  le  besoin  vis-à-vis  ceux  dont  on 
respecte  beaucoup  le  caractère- 


Allocution  du  Président. 

Mes  chers  Collègues, 

Je  vous  remercie  encore  d’avoir  bien  voulu  me  nommer  prési¬ 
dent  de  la  Société  nationale  de  Chirurgie.  G’ést  un  très  grand 
honneur  pour,  moi,  et  j’en  apprécie  tout  le  prix,  tant  est  grande 
l’importance  de  notre  Société  dans  le  monde  chirurgical. 

Vous  me  permettrez,  assurément,  de  féliciter  notre  président 
sortant  de  la  maîtrise  avec  laquelle  il  a  présidé  nos  débats.  Je 
m’efforcerai  de  l’imiter. 

En  ce  qui  me  concerne,  je  me  trouve  encore  jeune  pour  occuper 
cette  place,  et,  si  j’y.  suis,  c’est  grâce  aux  circonstances  qui  m’ont 
fait  gagner  six  rangs,  c’est-à-dire  six  années.  Et  voici  comment. 
Tout  d’abord  notre  éloquent  collègue  Faure  resle  encore  un  an 
comme  secrétaire  général.  Puis  deux  de  nos  collègues,  Rieffel  et 
Arrou,  ont  renoncé  à  la  présidence.  Ce  sont  des  sages.  Enfin,  trois 
camarades  sont  disparus  :  Lyot,  Villemin,  Chevalier. 

Lyot  avait  été  mon  chef  de  clinique  à  l’hôpital  Necker  dans  le 
service  du  professeur  Le  Dentu  :  c’était  un  excellent  clinicien, 
doué  de  beaucoup  de  bon  sens.  Tl  est  disparu  sans  avoir  recueilli 
le  fruit  d’une  longue  préparation  au  Concours  des  hôpitaux. 

Paul  Villemin  fut  atteint  de  bonne  heure  par  une  infirmité  qui 
l’obligea  à  se  laisser  mettre  en  disponibilité.  C’était  un  esprit  fin, 
cultivé!  Elève  de  Lannelongue,  il  s’était  naturellement  spécialisé 
dans  la  chirurgie  infantile,  chirurgie  bien  en  rapport  avec  ses  apti¬ 
tudes.  Il  fut  emporté  brusquement  en  laissant  de  sineères  regrets. 

C’est  ensuite  mon  bon  camarade  Edgar  Chevalier.  Nous  avions 
été  nommés  ensemble  aux  hôpitaux  en  1897.  Sa  bonne  humeur 
savait  nous  dérider  pendant  la  pénible  période  des  concours.  Il  fut 
profondément  touché  dans  ses  affections.  Il  supporta  avec  énergie 


SÉANCE  DU  24  JANVIER 


107 


une  longue  et  pénible  maladie  qui  remporta  avant  qu’il  fît  partie 
de  notre  Société. 

Après  ees  lointains  et  tristes  souvenirs,  envisageons  le  présent 
et  l’avenir,  et  parlons  de  notre  Bulletin.  Vous  savez  que  notre 
traité  expire  en  juillet  prochain.  Ce  qui  manque  à  notre  publica¬ 
tion,  c’est  la  partie  iconographique.  Notre  Bulletin  serait  beaucoup 
lu  s’il  contenait  un  peu  plus  de  figures.  Il  faut  sacrifier  aux 
exigences  de  son  époque. 

Sans  verser  dans  le  cas  des  publications  dans  lesquelles  il  y  a 
plus  de  figures  que  de  texte,  il  faut  reconnaître  qu’un  simple  regard 
jeté  sur  une  figure  peut  éviter  de  lire  vingt  lignes  de  description. 

Ce  qui  fait  que  nos  Bulletins  ne  sont  pas  assez  feuilletés  et  cités 
par  les  travailleurs  français  et  étrangers,  c’est  qu’il  n’y  a  pas  ou 
de  table  analytique  depuis  1893.  Une  nouvelle  table  s’impose. 

Et  maintenant,  remettons-nous  au  travail.  Permettez-moi,  en 
terminant,  de  faire  appel  à  votre  courtoisie  en  vous  priant  d’écouter 
les  communications  dans  un  silence  relatif,  car  le  bruit  des 
conversations  est  très  pénible,  et  pour  les  orateurs,  et  pour  le 
président. 


Rapports. 

Guérison  par  colectomie 
d’un  anus  contre  nature  du  côlon  descendant 
consécutif  à  l’ouverture 

par  voie  lombaire  d'un  phlegmon  périnéphrélique  gauche , 
par  M.  le  Dr  Chaton  (de  Besançon). 

Rapport  de  M.  F.  LEGUEU. 

Voici  l’intéressante  observation  que  nous  a  envoyée  M.  le 
Br  Chaton. 

Elle  peut  se  résumer  dans  les  temps  que  voici  :  1°  phlegmon 
périnéphrétique;  2°  fistule  stercorale;  3°  néphrectomie  secondaire 
et  tentative  de  fermeture  de  la  fistule  par  voie  lombaire,  suivie 
d’échec;  4°  enfin,  colectomie  suivie  de  guérison. 

Mme  N...  (Elisa),  cultivatrice,  quarante- deux -ans,  de  L...  (Doubs), 
entre  à  l’hôpital  Saint-Jacques,  avec  le  diagnostic  de  pyélonéphrite 
•gauche,  le  7  janvier  1922. 

1°  Phlegmon  périnéphrétique.  —  Dans  le  courant  d’octobre  192d  elle 
■éprouve  de  la  lassitude,  perd  son  aptitude  au  travail  ;  elle  a  des  poussées 
fébriles  chaque  nuit,  avec  tremblements  et  frissons.  Elle  accuse  un  peu 
-de  fréquence  des  mictions.  Le  12  novembre,  les  symptômes  s’aggravent. 


108 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


A  son  entrée  dans  le  service  chirurgical,  cette  malade,  d’une  grande 
faiblesse,  fébricitante,  pâle,  amaigrie,  présente  une  tuméfaction  du 
flanc  et  de  l’hypocondre  gauche.  Au  palper  bimanuel  on  a  l’impression 
de  saisir,  entre  les  deux  mains,  un  gros  rein  fluctuant,  paraissant  être 
du  volume  d’une  tête  d’adulte.  Les  urines,  recueillies  à  la  sonde,  sont 
très  purulentes.  Le  résultat  de  l’examen  histo-bactériologique  montra 
des  cellules  épithéliales  pavimenteuses  superficielles  peu  nombreuses, 
des  cellules  rénales  et  des  leucocytes  assez  nombreux  constituant  du 
pus,  et  l’examen  bactériologique  ne  décela  aucun  microbe  pyogène  (ni 
staphylocoque,  ni  streptocoque).  La  recherche  du  bacille  de  Koch  est 
restée  complètement  négative  :  flore  microbienne  banale. 

'  C’est  avec  le  diagnostic  de  pyonéphrose  tuberculeuse  que  nous  inter¬ 
venons  le  10  janvier  1922.  Par  l’incision  lombaire,  évacuation  d’une 
collection  de  pus,  d’odeur  fétide,  rappelant  les  suppurations  coli-bacil- 
laires.  Dans  la  plaie  nous  reconnaissons  facilement  la  moitié  inférieure 
du  rein.  La  collection  s’étend  en  bas,  du  côté  de  la  fosse  iliaque 
en  avant,  à  la  face  antérieure  dù  rein.  Nous  pensons  que  dans  ce 
milieu,  particulièrement  septique,  il  serait  imprudent  de  pratiquer  les 
manœuvres  nécessaires  à  la  libération  complète  de  l’organe  et  aussi  de 
faire  une  incision  exploratrice  de  son  parenchyme,  destinée  à  recher¬ 
cher  une  poche  de  pus  dont  l’exploration  négative  que  nous  venons  de 
pratiquer  ne  nous  aurait  pas  révélé  l’existence.  Nous  lavons  la  cavité 
de  l’abcès  à  l’eau  oxygénée  dédoublée  et  nous  terminons  par  un  drainage. 

2°  Fistule  stercorale.  —  Après  une  détente  thermique  nette  qui  suivit 
l’incision,  la  courbe  des  températures  fut  troublée  par  des  ascensions 
intermittentes  à  38°-39°.  L’état  général  se  relevait  lentement,  les  urines 
demeuraient  purulentes,  bien  que  la  suppuration  diminuât  d’une  façon 
régulière,  nous  permettant  l’ablation  du  drain. 

Il  était  évident  que  le  rein  était  gravement  malade  pour  son  propre 
compte;  que  l’ablation  n’en  saurait  être  évitée.  Mais  nous  temporisions 
en  présence  de  l’amélioration  régulière,  quoique  lente,  dans  tous  les 
symptômes,  avec  l’espoir  d’intervenir  dans  de  meilleures  conditions 
locales  et  générales. 

Le  3  mars,  l’urée  du  sang  est  à  0  gr.  21  par  litre  de  sérum.  Nous 
nous  disposions  à  pratiquer  l’ablation  du  rein,  quand,  le  13  mars,  alors 
que  le  drain  était  retiré  depuis  une  quinzaine  de  jours,  tout  à  coup  le 
pansement  du  matin  apparaît  souillé  de  matières.  Une  fistule  ster¬ 
corale  venait  de  se  constituer  spontanément.  Cette  fistule  s’aggrava 
rapidement,  donnant  issue  au  bout  de  quelques  jours  à  la  totalité  des 
matières  et  des  gaz  et  nécessitant  des  pansements  biquotidiens. 

3“  Néphrectomie  secondaire  et  tentative  de  fermeture  par  voie  lombaire 
de  la  fistule  stercorale.  —  Le  23  mars  1922,  nous  pratiquons  la  néphrec¬ 
tomie  secondaire  sous  anesthésie  à  l’éther,  et  avec  l’aide  du  Dr  Heitz  fils. 

Le  rein  est  reconnu,  mais  l’organe  est  difficilement  accessible  et  nous 
devons  réséquer  la  12e  côte.  Même  à  l’aide  du  jour  donné  par  cette  résec¬ 
tion,  sa  libération  fui  des  plus  pénibles  :  il  est  entouré  d’une  coque  de 
périnéphrite  scléreuse,  très  adhérent  par  son  pôle  supérieur.  Son  pédi¬ 
cule  est  court,  d’une  épaisseur  toule  particulière,  infiltré,  rigide  et  car- 


SÉANCE  DU  24  JANVIER 


tonné.  Nous  devons  passer  autour  de  ce  pédicule  deux  pinces  courbes. 

Nous  reconnaissons  facilement  à  ce  moment,  dans  la  partie  infé¬ 
rieure  de  la  plaie,  la  fistule  stercor^le  qui  porte  sur  le  côlon  ascen¬ 
dant.  Elle  présente  les  dimensions  d’une  pièce  de  50  centimes;  elle  est 
à  bords  irréguliers.  Après  avivement  de  ses  bords,  nous  faisons  un 
surjet  total  que  nous  enfouissons  dans  un  plan  séro-séreux.  Un  drain 
est  placé  au  voisinage  de  la  fistule. 

Le  rein  enlevé,  volumineux,  présentait  à  la  coupe  tous  les  caractères 
macroscopiques  d’un  rein  tuberculeux. 

Au  deuxième  jour,  ablation  des  pinces.  Les  sutures  portant  sur  le 
côlon  paraissent  devoir  tenir.  La  malade  émet  des  gaz  par  l’anus.  Au 
sixième  jour,  lâchage  de  la  suture  intestinale.  Les  matières  repa¬ 
raissent  dans  le  pansement.  L’importance  de  la  fistule  va  rapidement 
en  s’accentuant  et  au  bout  de  quelques  jours  la  totalité  des  matières 
s’écoule  par  la  plaie  comme  auparavant;  un  jour  même,  il  se  produit 
une  grave  et  importante  hernie  du  grêle  qui  s’est  faite  dans  la  plaie  en 
refoulant  le  péritoine  de  voisinage. 

4°  Colectomie  et  guérison.  —  Le  27  juillet,  nous  décidons  de  tenter 
une  troisième  intervention  destinée  à  réaliser  la  cure  de  l’ânus  lom¬ 
baire  incontinent.  Nous  pratiquons  une  laparotomie  latérale  gauche  le 
long  du  bord  externe  du  grand  droit  de  ce  côté  et  s’étendant  des  fausses 
côtes  à  l’arcade  crurale. 

A  l’ouverture  de  l’abdomen,  on  constate  que  le  côlon  descendant  a 
été  comme  aspiré  dans  la  plaie  lombaire.  Dans  sa  partie  moyenne,  il 
décrit  un  coude  à  angle  aigu  au  niveau  duquel  l’anse  afférente  et  l’anse 
efférente  sont  comme  accolées  en  canon  de  fusil.  Cette  disposition, 
l’existence  d’un  éperon  accentué  entre  les  deux  anses  explique  la 
gravité  particulière  de  la  fistule  observée  à  travers  laquelle  passait  la 
totalité  des  matières.  Après  coprostase  à  l’aide  de  pinces  placées  loin 
en  amont  comme  en  aval  de  la  fistule  (sur  la  portion  gauche  du  trans¬ 
verse  pour  le  bout  supérieur  et  sur  le  côlon  iliaque  pour  le  bout  infé* 
rieur),  nous  procédons  avec  méthode  à  la  libération  de  chacune  de 
ces  extrémités  intestinales.  Nous  exécutons  ainsi  successivement  par 
décollement  pariéto-colique  la  mobilisation  du  segment  supérieur, 
depuis  l’angle  splénique  jusqu’à  la  fistule,  puis  celle  du  segment  infé¬ 
rieur  de  la  partie  moyenne  de  l’S  iliaque  jusqu’à  celte  même  fistule. 
Cette  mobilisation  s’opère  sans  difficultés  particulières. 

Les  deux  extrémités  de  l'intestin  sont,  grâce  à  sa  mobilisation  anté¬ 
rieure,  amenées  avec  facilité  au  contact  de  l’une  et  de  l’autre,  et  la 
suture  bout  à  bout  en  est  commodément  réalisée. 

Toutes  manœuvres  intra  péritonéales  ayant  été  au  préalable  effec¬ 
tuées,  nous  procédons  à  ce  moment  seulement  à  la  libération  du 
segment  colique  fistulisé,  temps  particulièrement  délicat  et  dangereux, 
car  obligatoirement  septique  et  exposé  à  être  irrégulier. 

Nous  désinfectons  à  l’éther  cette  région  opératoire  et  nous  l’isolons 
de  la  grande  cavité  péritonéale  par  quelques  points  jetés  sur  le  péritoine 
de  voisinage. 

Changeant  à  ce  moment  de  gants,  nous  terminons  l’intervention  en 


110 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


isolant  à  son  tour  (ainsi  que  nous  en  avons  coutume  en  chirurgie 
colique)  la  région  anastomosée  de  la  grande  cavité  péritonéale.  Nous 
disposons  quatre  larges  mèches  de* gaze  iodoformée  autour  de  la  suture, 
une  en  dedans,  une  en  dehors,  une  sur  l’anse  afférente,  une  dernière 
sur  l’anse  efférente.  Sur  ces  quatres  mèches  sortant  de  la  cavité  abdo¬ 
minale  nous  fermons  en  haut  et  en  bas,  partiellement,  la  paroi,  de 
telle  façon  qu’en  les  écartanL  au  moment  du  pansement  on  a  une  vue 
facile  sur  la  région  anastomosée. 

Les  suites  opératoires  furent  d’abord  normales  et  régulièrement 
apyrétiques.  Dès  le  deuxième  jour,  la  malade  avait  des  gaz  par  l’atius. 
La  nuit  du  2  et  3  août  est  moins  bonne  ;  elle  éprouve  quelques  dou¬ 
leurs  dans  la  plaie,  et  la  température  du  matin  s’est  élevée  à  38°.  Nous 
vérifions  le  pansement  abdominal  et  nous  retirons  sans  difficultés  la 
mèche  externe  qui  est  humide  et  effectivement  souillée  de  sérosités 
malodorantes.  Le  4  août,  les  douleurs  ont  disparu.  Le  transit  des  gaz 
est  normal.  La  malade  a  eu  spontanément  une  selle..  Le  fonctionnement 
intestinal  reste  normal  jusqu’au  10  août,  où,  treize  jours  après  l’inter¬ 
vention,  un  écoulement  de  matières  apparaît  dans  le  pansement  par  la 
plaie  abdominale.  Cet  écoulementde  matières  n’est  d’ailleurs  pas  abon¬ 
dant  et  la  malade  continue  à  avoirrégulièrement  une  selle  chaque  matin. 

La  malade  quitte  l’hôpital  le  31  août  1922,  ne  présentant  plus  qu’une 
fistule  stereorale,  mais  avec  une  plaie  lombaire  non  encore  cicatrisée. 

Nous  l’avons  vue'  le  13  novembre  dernier.  Son  état  de  santé  est 
actuellement  florissant  ;  elle  a  augmenté  de  vingt  livres  et  a  repris  une 
vie  normale.  Elle  n’a  plus  aucun  trouble  urinaire  ;  le  fonctionnement 
intestinal  est  chez  elle  régulier,  avec  une  selle  chaque  matin.  Elle  tiè 
souffre  pas  de  l'abdomen,  mais  la  plaie  lombaire  en  forte  dépression 
est  encore  incomplètement  cicatrisée  dans  la  profondeur.  Sur  la  plaie 
abdominale,  au  niveau  de  l’ancienne  fistule  sterqorale,  subsiste  un  petit 
orifice  qui  ne  donne  plus  issue  à  aucun  gaz,  ni  matières,  mais  laisse 
écouler  une  sérosité  purulente  d’une  façon  intermittente. 

Telle  est  cette  observation  ;  elle  nous  montre  d’abord  une  com¬ 
plication  fréquente  des  suppurations  rénales  ou  péri -rénales,  la 
fistule  stereorale  lombaire. 

Ensuite,  elle  nous'  montre  l’inutilité  des  opérations  lombaires 
extrapéritonéales  pour  la  cure  de  ces  fistules. 

Elle  nous  montre  enfin  un  beau  succès  de  colectomie  :  long¬ 
temps  ou  a  traité  ces  fistules  par  l'exclusion  intestinale  et  l’iléo- 
sigmoïdostomie;  mais  ces  opérations  ne  donnaient  pas  toujours 
des  résultats  rapides,  ni  complets.  M.  Chaton,  en  faisant  ja  colec¬ 
tomie,  a  suivi  les  tendances  actuelles  auxquelles  je  me  rallie  et  que 
j’approuve.  Il  a  ainsi  ajouté  une  belle  observation  à  l’histoire  de 
la  cure  des  fistules  stercorales  liées  aux  suppurations  rénales. 

Pour  ces  raisons,  je  vous  propose,, Messieurs,  de  lui  adresser 
nos  remerciements  et  nos  félicitations. 


SÉANCE  DU  24  JANVIER 


H1 


Ostéo-sarcome  périoslique  étendu  à  la  moitié  inférieure  du  fémur. 

Echec  du  traitement  radiothérapique 
par  l'es  rayons  X  pénétrants. 

Désarticulation  de  la  hanche  sous  hémostase  préventive 
à  la  Momburg , 
par  M.  le  D''  Coullaud-, 

Médecin  principal  de  lro  classe. 

Rapport  de  M.  SAVARIAUD. 

Notre  confrère  de  l’armée,  M.  le  DrCoullaud,  nous  a  présenté,  bien 
guéri  et  marchant  très  convenablement  à  l’aide  d’un  appareil 
fabriqué  dans  les  ateliers  militaires  de  Saint-Maurice,  un  malade 
atteint  d’ostéo-sarcome  du  fémur  auquel  il  avait  pratiqué  la  désar¬ 
ticulation  de  la  hanche  sous  hémostase  préventive,  par  la  méthode 
de  Momburg. 

Il  s’agit  d’un  soldat  de  vingt-trois  ans,  assez  chétif,  qui,  au  mois 
d’octobre  1921,  fut  pris  de  douleurs  assez  vives  du  genou  et  du 
pied  droit.  Au  bout  de  quinze  jours,  il  entre  à  l’hôpital  militaire  de 
Bonn.  On  note  alors  que  le  genou  est  en  légère  flexion;  il  présente 
un  aspect  globuleux  avec  léger  épanchement.  Empâtement  du 
creux  poplité.  Température  locale  élevée.  Douleur  à  la  pression  au 
niveau  du  condyle  interne.  Atrophie  musculaire  déjà  appréciable. 

En  quelques  mois,  le  genou  a  doublé  de  volume.  Le  20  janvier 
il  arrive  à  l’hôpital  Villemin  dans  le  service  de  M.  Coullaud.  A  ce 
moment,  la  température  oscille  entre  38°  et  39°,  le  faciès  est  pâle; 
l’amaigrissement  est  1res  prononcé.  Le  genou  a  le  volume  d’une 
tête  d’enfant,  la  peau  brunâtre  est  parcourue  de  varicosités  super¬ 
ficielles.  La  tuméfaction  intéresse  la  moitié  inférieure  de  la  cuisse 
et  s’arrête  net  au  niveau  du  plateau  tibial. 

La  jambe  est  légèrement  œdématiée,  les  mouvements  passifs  du 
genou  sont  réduits  à  quelques  degrés  de  flexion  et  très  douloureux. 

Le  creux  poplité  est  comblé,  il  est  convexe.  Les  ganglions  du 
triangle  de  Scarpa  plus  volumineux  que  ceux  du  côté  sain.  Une 
radiographie  montre  une  prolifération  périostique  diffuse  du  tiers 
inférieur  du  fémur.  Une  biopsie  montre  qu’il  s’agit  d’un  ostéo¬ 
sarcome  jeune,  actif,  à  cellules  étoilées. 

Avant  de  pratiquer  l’exérèse  du  membre  qui  lui  paraît  pourtant 
indispensable,  M.  Coullaud  essaie  de  faire  bénéficier  le  malade 
d’un  traitement  radiothérapique.  Sous  la  direction  de  M.  le  Dr  Hirtz, 
du  Val-de-Grâce,  dont  vous  connaissez  tous  la  compétence,  deux 
séries  de  quatre  séances  de  radiographie  pénétrante  de  six  heures 
chacune  sont  faites  sans  résultat. 

Devant  cet  échec,  M.  Coullaud  se  décide  à  faire  la  désarticulation 


112 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


de  la  hanche.  Celle-ci  est  pratiquée  grâce  à  l’hémostase  préventive 
suivant  le  procédé  de  Momburg  par  le  procédé  à  raquette  à  queue 
antérieure  qui  permet  l’ablation  massive  dès  ganglions  de  l’aine. 

Au  cours  de  l’opération,  le  tube  mal  arrêté  s’étant  desserré,  le 
blessé  perd  un  peu  de  sang.  Une  fois  le  tube  enlevé,  il  n’y  a  plus 
qu’à  lier  deux  perforantes  musculaires  et  l’artère  du  nerf  sciatique. 

L’opération  a  été  très  bien  supportée  et,  bien  que  l’hémostase 
ait  été  imparfaite  par  suite  d’une  faute  de  technique,  l’opéré  n’a 
pas  perdu  100  grammes  de  sang. 

Les  suites  ont  été  marquées  par  une  désunion  des  lèvres  de  la 
plaie  opératoire  et  un  écoulement  séro-purulent  qui  a  duré  un 
mois  environ. 

Actuellement,  l’opéré  complètement  guéri  a  repris  10  kilo¬ 
grammes,  son  moignon  est  bien  étoffé  et  supporte  parfaitement  la 
pression  de  l’appareil  prothétique. 

L’examen  histologique  de  la  tumeur  a  montré  qu’il  s’agissait 
d’un  sarcome  jeune,  actif,  à  cellules  étoilées  avec  peu  de  figures 
karyokinétiques  et  un  stroma  fibreux  très  développé.  Les  ganglions 
sont  uniquement  inflammatoires.  La  dissection  de  la  tumeur  a 
montré  qu’elle  était  bien  encapsulée  et  que  le  paquet  vasculo- 
nerveux  ne  lui  adhérait  nulle  part. 

M.  Coullaud  fait  suivre  son  observation  des  réflexions  suivantes  : 

1°  Le  traitement  radiothérapique  a  été  inutile,  le  cas  était  trop 
avancé  et  peu  favorable  étant  donnée  la  structure  histologique  de 
la  tumeur; 

.  2°  Ce  traitement  semble  avoir  été  nuisible  en  ce  sens  qu’il  paraît 
bien  avoir  provoqué  la  désunion  des  lèvres  de  la  plaie  et  l’abon¬ 
dant  écoulement  de  sérosité  qui  a  retardé  la  guérison; 

3°  L’hémostase  par  le  procédé  de  constriction  élastique  autour 
de  la  taille  a  permis  de  pratiquer  l’opération  presque  à  blanc, 
malgré  le  lâchage  prématuré  de  la  ligature  ; 

4°  Le  procédé  en  raquette  à  queue  antérieure  est  celui  qui  donne 
le  meilleur  moignon. 

Je  ne  puis  que  m’associer  aux  réflexions  de  M.  Coullaud. 

En  ce  qui  concerne  l’hémostase  à  la  Momburg,  notre  confrère  a 
eu  l’occasion  de  l’appliquer  trois  fois  avec  succès  dans  les  désarti¬ 
culations  de  la  hanche.  Il  en  a  obtenu  chaque  fois  les  meilleurs 
résultats  et  n’hésite  pas  à  dire  que  dans  ces  trois  cas  la  guérison  a 
été  obtenue,  malgré  l’état  très  grave  des  malades,  grâce  à  l'éco¬ 
nomie  de  sang  qu’a  permis  de  réaliser  cette  méthode. 

Préoccupé  de  répondre  au  reproche  qu’on  a  fait  au  Momburg  de 
provoquer  un  abaissement  de  la  tension  sanguine  au  moment  où  on 
enlève  la  bande,  notre  confrère  a  eu  le  soin  de  prendre  la  tension 
au  Pachon  pendant  toute  la  durée  de  son  opération,  et  il  n’a  relevé 


SÉANCE  DU  24  JANVIER 


113 


que  des  oscillations  peu  importantes  et  tout  à  fait  passagères. 

Pour  ma  part,  je  ne  saurais  trop  appuyer  les  conclusions  de 
M.  Coullaud. 

Quand  on  a  pratiqué  ou  vu  pratiquer  une  seule  fois  la  méthode 
de  Momburg  on  est  étonné  qu’on  puisse  opérer  différemment  tant 
elle  donne  de  sécurité  et  de  commodité. 

Ainsi  que  je  l’ai  dit  à  plusieurs  reprises  ici  même  (1),  c’est  sur¬ 
tout  dans  les  opérations  atypiques  et  mal  réglées  pratiquées  pour 
gangrène-  gazeuse,  suppuration  chronique,  tuberculose,  cancer, 
sur  des  sujets  cachectiques  que  cette  méthode  est  précieuse.  Grâce 
à  elle  pas  besoin  de  s’occuper  du  siège  des  vaisseaux;  on  coupe,  on 
recoupe  aussi  souvent  que  cela  est  nécessaire  sans  avoir  à  craindre 
l’hémorragie.  Dans  ma  communication  de  1913,  je  citais  deux 
exemples  dans  lesquels  j’avais  pu  après  une  désarticulation  de  la 
hanche  faite  pour  gangrène  gazeuse  faire  une  énorme  résection 
des  parties  molles  de  la  fesse. 

Au  cours  du  printemps  1915,  j’ai  pu  faire,  à  Verdun,  15  désarti¬ 
culations  de  la  hanche,  46  amputations  de  cuisse  au  tiers  supé¬ 
rieur,  presque  toutes  sous  l’hémostase  préventive  à  la  Momburg, 
avec  un  seul  accident  mortel  sur  un  blessé  exsangue  qui  vomit 
dans  sa  trachée  et  mourut  sur  la  table  par  asphyxie.  Tous  les 
autres  supportèrent  magnifiquement  l’opération  et,  grâce  à  l’injec¬ 
tion  massive  de  1.000  à  1.500  grammes  de  sérum  que  je  pratiquais 
séance  tenante  avec  un  bock  et  une  canule  vaginale  dans  la  veine 
fémorale,  je  n’ai  perdu  aucun  malade  de  choc  opératoire. 

Depuis  la  guerre,  j’ai  fait  très  peu  de  désarticulations  de 
hanches,  mais  dans  deux  cas  de  coxalgie  suppurée  multifistuleuse 
j’ai  pratiqué  avec  succès  l’ablation  du  membre -inférieur,  y  com¬ 
pris  la  plus  grande  partie  de  l’os  iliaque.  Suivant  le  précepte  de 
Morestin,  ces  malades  ont  été  opérés  en  plusieurs  séances,  quatre 
ou  cinq  pour  le  moins,  dont  plusieurs  ont  été  très  choquantes.  Je 
suis  persuadé  que  je  n’aurai  pas  pu  mener  à  bien  ces  opérations 
mal  réglées  si  je  n’avais  pas  eu  recours  chaque  fois  au  Momburg. 
Cette  démultiplication  de  l’acte  opératoire  qui  est  le  meilleur 
moyen  de  lutter  contre  le  choc  dû  à  l’hémorragie,  Morestin  le 
poussait  à  l’extrême  (13  opérations  dans  un  cas  grave,  il  est  vrai). 
C’est  que  Morestin,  avec  sa  virtuosité  habituelle,  ne  faisait  pas 
l’hémotase  préventive  —  aussi  faillit-il  perdre  plusieurs  fois  ses 
malades  sur  la  table  d’opération.  Eh  bien  !  je  n’hésite  pas  à 
déclarer  que  si  Morestin  avait  consenti  à  user  de  cette  précaution, 

(I)  L’hémostase  préventive  par  la  méthode  de  contriction  élastique  circu¬ 
laire  du  tronc  dans  la  désarticulation  dé  la  hanche  et  l’amputation  haute  de  la 
cuisse.  Bull,  et  Mém.  de  la  Société  de  Chirurgie ,  t.  II,  1915,  p.  131. 

Voir  aussi  Bull,  et  Mém.  de  la  Société  de  Chirurgie,  1921,  p.  411. 


114 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


pourtant  bien  simple,  il  aurait  pu,  avec  beaucoup  moins  de  risques 
pour  ses  opérés,  prolonger  les  séances  opératoires  et  arriver  à  les 
guérir  dans  un  nombre  beaucoup  moins  considérable  de  séances. 

Pour  terminer,  je  vous  propose  de  remercier  M.  Coullaudde  son 
intéressante  observation  qui  vient  s’ajouter  à  beaucoup  d’autres 
non  moins  intéressantes  dont  il  nous  a  réservé  la  primeur. 

M.  Broca.  —  Si  M.  Savariaud  n’avait  pas  terminé  par  une 
pointe  contre  ceux  qui  ne  font  pas  l’hémostase  préventive,  je 
n’aurais  pas  pris  la  parole,  car  chacun  agit  à  sa  mode,  et  je  ne 
prétends  pas  dissuader  de  l’hémostase  préventive  ceux  qui  la 
croient  utile  pour  eux.  Mais  je  voudrais  bien  qu’on  permît  aux 
autres  de  n’être  pas  blâmés.  J’ai  désarticulé  quatre  fois  la  hanche 
pour  ostéosarcome  du  bas  du  fémur,  et  les  quatre  fois  j’ai  opéré 
par  l’excellent  procédé  à  lambeau  antérieur,  par  transfixion,  sans 
hémostase  préventive;  les  malades  ont  fort  peu  saigné  et  ont 
guéri  sans  incident. 

M.  àlglave.  —  Le  rapport  de  notre  collègue  Savariaud  nous 
ramène  à  la  question  de  la  technique  à  suivre  avec  un  sarcome  du 
fémur  propagé  ou  non  aux  muscles  de  la  cuisse  ou  même  primi¬ 
tivement  musculaire  à  la  cuisse. 

Quel  que  soit  le  procédé  suivi  pour  faire  l’hémostase,  le  point 
important  de  la  technique  est  celui  qui  a  trait  à  l'ablation  com¬ 
plète  des  muscles  qui  de  la  partie  moyenne  de  la  cuisse  vont  à 
l’os  iliaque. 

Il  y  a  déjà  quinze  ou  vingt  ans,  je  crois,  que  le  professeur  Quénu 
a  soutenu  dans  la  fieoue  de  Chirurgie  l’opinion  qu’un  sarcome  du 
fémur  doit  être  traité  par  la.désarticulation  de  la  hanche  avec  ré¬ 
section  complète,  jusqu’à  l’os  iliaque,  des  muscles  de  la  cuisse  qui 
vont  s’y  insérer  et  dans  lesquels  la  récidive  surviendrait  souvent. 

C’est  avec  la  connaissance  de  cette  dernière  notion  que  j’ai 
opéré  en  1907  un  premier  malade  atteint  de  récidive  d’un  sarcome 
de  l’extrémité  inférieure  du  fémur,  périosté  et  globo-cellulaire,de 
la  «  pire  espèce  »,  suivant  l’expression  du  professeur  Letulle  qui 
examina  la  pièce.  L’amputation  avait  eu  lieu  à  la  partie  moyenne 
de  la  cuisse  et  la  récidive  était  survenue  quelques  semaines  plus 
tard  dans  le  moignon  et  surtout  dans  les  muscles  de  ce  moignon. 

Rapidement  le  malade  fut  dans  un  état  très  précaire  et  ce  fut 
même  cet  état  qui  le  décida  à  subir  l’intervention  que  .je  lui 
proposais.  Je  désarticulai  la  hanche  et  j’abrasai  les  muscles  qui 
de  la  cuisse  vont  à  l’os  iliaque,  au  ras  de  cet  os,  recouvrant 
l’énorme  surface  cruentée  par  un 'lambeau  cutané  large  ménagé  à 
lafesse  etdoubléde  toute  sa  couche  cellulo-graisseuse.  Rapidement 


SÉANCE  DU  24  JANVIER 


115 


l’état  du  malade  s’améliora,  la  guérison  fut  parfaite,  et  si  bien,  que 
j’ai  pu  vous  le  présenter  ici,  sept  ans  après ,  c’est-à-dire  en  1914, 
avec  toutes  l'es  apparences  de  la  meilleure  santé.  Mon  maître 
Morestin  vous  a  fait  un  rapport  à  son  sujet  en  1918.  Mes  pièces 
anatomiques  avait  été  présentées  à  la  Société  anatomique  en 
juillet  1908. 

Ce  malade,  homme  jeune,  a  survécu  jusqu’en  1917,  c’est-à-dire 
pendant  dix  ans,  et  il  est  mort  d’une  affection  pulmonaire,  que  je 
n’ai  pas  connue,  pendant  la  guerre. 

A  ce  premier  cas  d’un  sarcome  à  point  de  départ  périosté  au 
fémur,  j’en  ajouterai  aujourd’hui  un  second  à  point  de  départ 
musculaire  :  celui  d’une  femme  de  trente-cinq  ans  environ 
opérée  deux  fois  par  un  autre  chirurgien  pour  sarcome  muscu¬ 
laire  à  point  de  départ  à  la  partie  inférieure  de  la  cuisse. 

Je  fus  appelé  à  la  voir  pour  la  deuxième  récidive,  survenue 
assez  rapidement  et  qui  était  de  gros  volume,  à  la  partie  moyenne 
de  cette  région.  Je  désarticulai  à  la  hanche  en  abrasant  les 
muscles  au  ras  de  l’os  iliaque,  comme  plus  haut,  et  actuellement, 
plus  de  trois  ans  après  mon  opération,  la  malade  est  très  bien 
portante.  Je  pense  vous  la  montrer  prochainement. 

Ces  deux  faits  semblent  bien  montrer  toute  l’importance  qu’il  y 
a  à  enlever  dans  toute  la  mesure  du  possible,  je  le  répète,  les 
muscles  qui,  faisant  partie  de  la  cuisse,  vont  s’insérer  sur  l’os 
iliaque. 

Dans  les  deux  cas,  j’ai  désarticulé  la  hanche  en  faisant  à  mesure 
et  à  vue  les  ligatures  qui  assuraient  l’hémostase.  Dans  le  premier 
je  n’avâis  à  enlever  que  la  moitié  restante  de.  la  cuisse,  mais  dans 
le  second  j’avais  à  détacher  le  membre  entier. 

M.  Broca.  —  Je  dirai  à  M.  Alglave  que  chez  mes  opérés  je  n’ai 
pas  réséqué  les  muscles  :  tous  sont  morts  de  généralisation  pul¬ 
monaire  ou  hépatique,  aucun  n’a  eu  de  récidive  locale.  J’en  dirai 
d’ailleurs  autant  de  tous  les  ostéosarcomes  que  j’ai  opérés  chez 
l’enfant,  toujours  par  désarticulation  et  non  par  amputation. 

M.  A.  Lapoiîiïe.  —  J’ai  demandé  la  parole,  c’était  pour  dire  à 
peu  près  la  même  chose  que  M.  Broca. 

11  me  semble  que  c’est  se  leurrer  singulièrement  que  de  se 
figurer  que  les  garanties  pour  la  guérison,  en  matière  d’ostéosar¬ 
come,  sont  directement  proportionnelles  à  l’étendue  qu’on  a 
donnée  à  l’exérèse  locale. 

Certes,  il  y  a  des  ostéosarcomes  qui  récidivent  localement,  dans 
les  muscles  ou  ailleurs,  et  pour  lesquels  on  peut  regretter  d’avoir 
opéré  trop  parcimonieusement. 


116 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Mais  combien  de  fois  voyons-nous  des  récidives  locales  ? 

Est-ce  que  dans  90  p.  100  des  cas  les  malheureux  qui  succom¬ 
bent  d’un  ostéosarcome  ne  sont  pas  emportés  par  l’évolution  des 
métastases,  déjà  réalisées  au  moment  où  a  été  pratiquée  l’exérèse 
de  la  tumeur  primitive  ? 

Les  extirpations  élargies  dont  on  vient  de  nous  parler  n’aug¬ 
mentent  pas  beaucoup  les  chances  de  guérison  définitive.  Tout 
dépend  en  réalité  de  la  chance  qu’on  a  eue,  ou  non,  d’opérer  avant 
l’heure  des  métastases. 

M.  Alglave.  —  Je  voudrais  ajouter  quelques  mots  à  ce  que  je 
viens  de  dire  pour  faire  remarquer  à  nos  collègues  que  c’est  bien 
dans  les  muscles,  et  rien  que  dans  les  muscles,  chez  mon  premier 
malade  comme  chez  la  seconde,  que  la  récidive  s’est  faite,  et  c’est 
bien  pour  la  récidive  musculaire  que  je  suis  intervenu. 

M.  Chevrier.  —  Je  veux  simplement  verser  un  fait  au  débat, 
sans  conclure. 

J’ai  eu  occasion  d’observer  une  femme  soignée  pour  tumeur 
blanche  du  genou,  chez  laquelle  j’ai  fait  le  diagnostic  de  sarcome 
de  l’extrémité  inférieure  du  fémur  et  chez  laquelle  j’ai  eu  de  la 
peine  à  faire  accepter  une  amputation  un  peu  haute  de  cuisse. 
Elle  n’a  pas  récidivé  dans  le  moignon.  Mais...  dix-huit  mois  après 
elle  mourait  de  généralisation  pulmonaire.  J’aurais  fait  une 
désarticulation  delà  hanche  avec  ou  sans  extirpation  des  muscles, 
le  résultat  n’eût  pas  été  différent. 

En  fait,  certains  sarcomes  sont  des  tumeurs  relativement 
bénignes  récidivant  sur  place  avant  généralisation  ;  d’autres  sar¬ 
comes  se  généralisent  très  rapidement  et  cette  marche  différente 
de  la  tumeur  serait  capitale  à  connaître  à  l’avance  avant  le  choix 
de  l’intervention. 

M.  Lenormant.  —  Je  ne  veux  dire  qu’un  mot  au  sujet  de  la  tech¬ 
nique.  J’ai  fait  un  certain  nombre  de  désarticulations  de  la  hanche, 
environ  une  dizaine,  pour  des  lésions  très  diverses,  sarcomes 
du  féjnur,  lésions  traumatiques,  vieilles  coxalgies  fistuleuses,  etc. 
Je  n’ai  jamais  fait  d’hémostase  préventive,  ni  par  la  méthode  de 
Momburg,  ni  par  aucun  autre  procédé.  J’ai  toujours  suivi  la  tech¬ 
nique  de  Yerneuil,  commençant  par  la  ligature  de  la  fémorale  et 
faisant  l’hémostase  plan  par  plan.  Je  n’ai  pas  guéri  tous  mes 
malades,  mais  je  n’en  ai  jamais  perdu  d’hémorragie  et  jamais  il 
ne  m’a  paru  que  la  désarticulation  de  la  hanche  fût  une  opération 
particulièrement  sanglante. 

M.  Walther.  —  A  ce  que  viennent  de  dire  nos  collègues,  je  crois 


SÉANCE  DU  24  JANVIER 


117 


devoir  ajouter  que  j’ai  fait  6  fois,  je  crois,  la  désarticulation  de  la 
hanche  pour  sarcome  de  l’extrémité  inférieure  du  fémur.  Je  n’ai 
jamais  fait  l’hémostase  préventive  dont  nous  parle  M.  Savariaud  et 
n’ai  eu  aucune  difficulté  opératoire,  ni  observé  aucune  hémor¬ 
ragie.  Je  n’ai  pas  observé  de  récidive  locale  dans  ce  qui  restait  des 
muscles  péri-articulaires  de  la  hanche,  je  ne  puis  dire  les  récidives 
viscérales  éloignées.  Un  seul  opéré  que  j’ai  pu  revoir  une  dizaine 
d’années  après  l’opération  est  mort  d’hémorragie  cérébrale. 

M.  Savariaud.  —  Je  répondrai  à  M.  Broca,  à  mon  ami  Lenor- 
mantetà  M.  Walther,  que  je  suis  très  peu  touché  par  cet  argument 
que  la  méthode  de  Verneuil  leur  a  permis  de  faire  plusieurs  fois 
la  désarticulation  de  la  hanche  sans  incident  fâcheux.  Cela  prouve 
ce  que  nous  savions,  c’est  qu’entre  des  mains  habiles  celte  méthode 
donne  des  résultats  satisfaisants.  Aussi  bien,  n’est-ce  pas  à  des 
chirurgiens  de  voire  valeur  que  s’adressent  mes  conseils  de  pru¬ 
dence,  mais  plutôt  à  èeux,  fort  nombreux,  qui  n’ont  pas  votre 
pratique  et  qui  peuvent  être  appelés  à  faire,  sans  préparation, 
une  désarticulation  de  la  hanche  et  même  une  opération  beaucoup 
plus  complexe  telle  que  l’ablation  plus  ou  moins  étendue  des  os 
du  bassin  ou  des  parties  molles  de  la  fesse.  C’est  donc  aux  lecteurs 
de  nos  Bulletins  plutôt  qu’à  mes  auditeurs  que  je  m’adresse 
lorsque  je  leur  dis  :  «  Si  vous  n’avez  pas  une  grande  habitude 
de  la  désarticulation  de  la  hanche  et  que  vous  soyiez  appelé 
à  pratiquer  cette  opération,  croyez-moi,  suivez  l’exemple  de 
M.  Coulleau,  faites  avec  un  tube  de  caoutchouc  quelconque  (voire 
même,  suivant  le  conseil  donné  par  le  Dr  Camescasse,  avec  une 
ou  plusieurs  chambres  à  air  de  bicyclette),  quatre  ou  cinq  tours 
bien  serrés  autour  de  la  taille  et  vous  pourrez  prendre  votre 
temps,  couper  et  recouper  sans  craindre  de  faire  perdre  inutile 
ment  du  sang  à  votre  malade.  Une  fois  l’opération  terminée,  vous 
lierez  les  gros  vaisseaux  et,  une  fois  la  bande  enlevée,  vous  serez 
étonnés  de  n’avoir  à  lier  que  quelques  artérioles,  votre  opéré 
n’ayant  perdu  en  tout  que  quelques  cuillerées  de  sang. 

La  désarticulation  de  la  hanche  et  les  opérations  juxta-pel- 
viennes  sont  rarement  pratiquées,  parce  qu’on  les  considère 
comme  redoulables  et  que  trop  souvent  on  leur  a  préféré  l’absten¬ 
tion  qui  ef  eu  pour  conséquence  la  mort  du  malade. 

La  méthode  de  Momburg,  en  rendant  l’opération  plus  bénignt 
et  à  la  portée  de  tous,  aura  pour  effet  d’en  étendre  les  indication 
et  de  sauver  la  vie  à  un  plus  grand  nombre  de  malades. 


118 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Discussions. 

A  propos  de  la  section  accidentelle  du  cholédoque 
dans  la  cholécystectomie  rétrograde. 

M.  Savariaud.  —  J’avoue  'que  j’ai  écouté  avec-  une  absence 
complète  d’étonnement,  mélangé  d’une  satisfaction  dont  je 
m’excuse,  un  opérateur  aussi  prudent,  aussi  méthodique  et  aussi 
habile  que  mon  maître,  le  professeur  Hartmann,  lorsqu’il  est 
venu  nous  dire  qu’à  sa  cent...énième  cholécystectomie  rétrograde 


Schéma  montrant  ce  qu’il  advient  du 
cystique  lorsqu’un  calcul  se  déve¬ 
loppe  dans  ce  canal.  Ce  dernier 
prend  l’aspect  du  bassinet  de  la 
vésicule  et  masque  le  canal  hépa¬ 
tique  en  passant  devant  lui. 

Si  on  sectionne  sans  ouvrir  au- 
dessous  de  la  dilatation,  il  .est 
forcé  qu’on  coupe  en  travers  le 
cholédoque  ou  ses  branches  de 
bifurcation. 


Manière  d’éviter  là  section  accilen- 
teüe  de  la  voie  principale.  Le 
cystique  dilaté  au  point  de  si¬ 
muler  la  vésicule  a  été  fendu  sur 
le  calcul  jusqu’au  cholédoque.  On 
aperçoit  en  OH  l’orifice  du  canal 
hépatique,  ce  qui  montre  bien  qu’on 
est  au  niveau  du  carrefour. 


il  avait  eu  le  malheur  de  sectionner  complètement  le  conduit 
hépato-cystique.  Gela  me  console  un  peu  d’avoir  eu,  par  deux 
fois,  le  même  accident  et  eela  me  confirme  dans  cette  idée  que  la 
cholécystectomie  rétrograde-  peut  ménager  des  surprises  désa¬ 
gréables  aux  meilleurs  opérateurs. 

De  même  que  mon  ami  Àlglave,  je  crois  que  la  cholécystec¬ 
tomie  rétrograde  expose  plus  que  les  autres  méthodes  à  la  section 
de  la  voie  principale.  Elle  expos#surtout  davantage  à  créer  une 
perte  de  substance  étendue  ne  laissant  qu’un  court  moignon  de 
canal  hépatique,  bien  difficile  à  implanter  dans  l’estomac  ou  le 


SÉANCE  DU  24  JANVIER 


119 


duodénum.  Il  semble,  à  lire  MM.  Arroü  et  Hartmann,  que  pour 
éviter  sûrement  cet  accident,  il  suffise  de  voir  le  cystique.  C’est 
une  erreur,  ou  tout  au  moins  une  pétition  de  principe.  Quand  on 
voit  nettement  un  conduit  faisant  suite  à  la  vésicule,  théorique¬ 
ment,  c’est  le  cystique.  Pratiquement,  j’ai  montré  par  un  schéma 
(fig.  1  et  2)  que  lorsque  le  cystique  est  dilaté  par  un  gros  calcul, 
ce  qui  vient  ensuite,  c’est  le  cholédoque.  Vous  avez  beau  voir  ce 
conduit,  si  vous  le  sectionnez  en  travers,  vous  n’en  aurez  pas 
moins  sectionné  la  voie  principale  et  vous  aurez  beau  raser  au 
plus  près  la  vésicule,  vous  n’en  couperez  pas  moins  un  peu  plus 
haut  un  autre  conduit,  le  canal  hépatique,  créant  ainsi  une  perte 
de  substance  qui  peut  mesurer  2  à  3  centimètres. 

Mais  supposons  que  vous  ayez  sous  les  yeux,  non  pas  le  cystique 
seul,  mais  le  carrefour  des  voies  biliaires.  Si  l’hépatique  adhère  à 
la  vésicule,  vous  pouvez  encore  le  sectionner  aux  ciseaux  :  un  cas 
de  M.  Delbel  le  démontre  et  je  crois  bien  que  les  choses  se  sont 
passées  de  cette  façon  dans  un  de  mes  cas.. 

Toutefois,  il  n’y  a  pas  que  la  cholécystectomie  rétrograde  qui 
expose  à  la  section  de  la  voie  principale.  Il  y  a  aussi  la  méthode 
ordinaire.  Quand  ôn  tire  sur  la  vésicule  pour  amener  le  cystique 
dans  la  plaie,  on  peut  couder  le  cholédoque  et  poser  la  ligature 
sur  une  anse  de  la  voie  principale. 

Le  moins  dangereux  de  tous  les  procédés-est  celui  qui  consiste 
à  fendre  de  proche  en  proche  la  voie  accessoire  jusqu’à  ce  qu’on 
arrive  au  carrefour  des  voies  biliaires,  c’est-à-dire  jusqu’à  ce  qu’on 
voit  sourdre  la  bile  par  le  bout  inférieur  de  l’hépatique. 

Pour  terminer,  je  profite  de  la  circonstance  pour  vous  dire  que 
les  deux  malades  chez  lesquelles  j’avais  fait,  pour  l’une,  l’implan¬ 
tation  du  cholédoque  dans  le  duodénum,  pour  l’autre,  l’abou¬ 
chement  de  l’hépatique  dans  l’estomac,  vont  très  bien  l’une  et 
l’autre.  La  première  est  opérée  depuis  trois  ans  et  demi,  la  seconde 
depuis  un  peu  moins  de  deux  ans  seulement. 

M.  Gosset.  —  Dans  un  article  publié,  en  1911,  dans  le  Journal 
de  chirurgie ,  j’ai  fait  représenter  une  figure  (1)  que  je  veux  faire 
repasser  sous  vos  yeux  et  dont  je  me  permets  de  vous  relire  la 
légende,  sans  y  changer  un  mot  :  «  Avant  toute  cholécystec¬ 
tomie  de  bas  en  haut,  avec  section  première  du  canal  cystique,  il 
est  capital  de  rechercher  et  de  mettre  en  évidence  le  trépied  formé 
par  le  canal  cystique,  le  canal  hépatique  et  le  canal  cholédoque. 
Cette  recherche,  qui  se  fait  aisémêtt  après  section  et  refoulement  du 


(1)  Journal  de  Chirurgie,  1941 ,  t.  II,  p.  6. 


120 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


péritoine,  constitue  un  lémps  essentiel  de  ' la  cholécystectomie  de 
bas  en  haut.  C'est  grâce  à  cette  manœuvre  qu'on  évitera  à  coup  sûr 
les  blessures  du  canal  commun.  » 

La  question  me  paraît  donc  très  simple  et  peut  être  discutée  avec 


Fig.  1.  —  La  partie  toute  terminale  du  cystique,  bien  souvent  saine,  a  été 
isolée  et  dénudée  à  la  manière  d’une  artère.  Une  aiguille,  armée  d’un 
catgut,  est  passée  au-dessous  d’elle,  ce  qui  permettra  de  lier  le  cystique, 
puis  de  le  couper  près  du  cholédoque. 

toute  la  sérénité  nécessaire;  accuser  de  «  modernisme  »  ceux  qui 
ne  pensent  pas  comme  nous  n’est  pas  un  argument  scientifique  (1). 

Toutes  les  fois  que  je' puis  mettre  en  évidence,  et  d’une  façon 
très  nette,  les  éléments  du  carrefour ,  je  pratique  la  section 
première  du  cystique  et  le  décollement  de  la  vésicule  d’arrière 

(1)  H.  Kehr.  Die  Praxis  der  Gallenwege,  Chirurgie,  t.  II,  1913,  p.  164. 


SÉANCE  DU  24  JANVIER 


121 


en  avant.  D’après  mes -chiffres,  je  fais  quatre  fois  sur  cinq  la 
cholécystectomie  par  le  col.  C’est  dire  que  je  suis  resté  fidèle  à  ce 
que  j’ai  écrit  il  y  a  une  douzaine  d’années  et  que  la  cholécystec¬ 
tomie  d’arrière  en  avant  reste,  pour  moi,  le  procédé  de  choix,  ce 
qui  ne  veut  pas  -dire  l’unique  procédé. 

En  défendant,  comme  je  le  fais  depuis  plus  de  dix  ans,  la 


cholécystectomie  par  le  fond,  je  suis  en  fort  bonne  compagnie,  à 
l’étranger  W.  Mayo,  Moynihan,  Judd,  et,  en  France  une  série 
d’excellents  chirurgiens  dont  le  nombre,  j’ai  des  raisons  de  le 
penser,  ira  en  croissant.  Ici  même,  notre  collègue  de  Martel  s’est 
prononcé  pour  ce  procédé. 

Ma  première  cholécystectomie  par  le  col  date  de  1907  ;  elle  fut 
pratiquée  le  9  août,  alors  que  je  remplaçais,  comme  agrégé,  mon 

BULL.  BT  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CUIR.,  1923.  9 


122 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


maître,  le  professeur  Terrier,  à  la  clinique  de  la  Pitié  ;  l’anesthé¬ 
siste  était  le  Dr  Boureau,mon  aide,  le  Dr  Desmarest,  alors  interne, 
aujourd’hui  notre  collègue  des  hôpitaux.  Il  s’agissait  d’une  femme 
Marie-Louise  M...r  âgée  de  42  ans,  et  qui  m’avait  été  adressée  de 
l’hôpital  Tenon  par  mon  collègue  et  ami  Parmentier.  La  vésicule 
contenait  deux  calculs. 

Il  m’est  arrivé  une  fois,  une  seule  fois,  dans  mes  opérations  sur 
les  voies  biliaires  dont  lé  nombre  commence  aujourd’hui  à 
compter,  de  blesser  la  voie  biliaire  principale,  et  c’est  en  prati¬ 
quant  une  cholécystectomie  par  le  fond.  J’ai  déjà  publié  le  cas;  je 
fus  obligé  de  faire  une  suture  bout  à  bout  de  l’hépatique  et  du 
cholédoque  et  je  puis  même,  à  ce  propos,  donner  le  résultat 
éloigné  de  cette  suture  des  voies  biliaires  qui  remonte  à  douze  ans  ; 
la  malade  se  porte  parfaitement  bien.  C’est  donc  avec  le  procédé 
du  fond  vers  le  col,  c’est-à-dire  avec  eelui  qui  paraît  réunir  la 
faveur  de  beaucoup  d’entre  vous,  que  j’ai  eu  à  enregistrer  mon 
seul  cas  de  blessure  de  la  voie  biliaire  principale.  Du  reste  Kehr 
compte  un  nombre  non  négligeable  de  blessures  de  la  voie 
commune  (15  p.  1.000  cholécystectomies)  et  cependant  il  décolle 
du  fond  vers  le  col. 

Je  continue  à  donner  la  préférence  à  la  cholécystectomie  par  le 
col  et  à  la  faire  le  plus  fréquemment  possible,  pour  une  série  de 
raisons  que  j’ai  déjà  exposées  à  plusieurs  reprises,  et  que  je  me 
permets  de  rappeler  : 

Facilité  de  décollement.  —  Il  suffit  de  pratiquer  les  deux  procédés 
pour  être  frappé  de  la  plus  grande  facilité  du  décollement  d’arrière 
en  avant.  Il  est  incontestable  que  le  décollement  peut  aussi  se  faire 
dans  l’autre  sens;  mais,  en  procédant  d’arrière  en  avant,  on 
tombe  à  coup  sûr  et  d’emblée  dans  l'exact  plan  de  clivage  et 
l’aspect  comparé  du  lit  de  la  vésicule,  après  exécution  de  chaque 
procédé,  le  démontre  d’une  façon  péremptoire.  Dans  le  procédé 
par  le  col,  le  lit  vésiculaire  se  montre  plus  net,  moins  entamé; 
cela  est  important  non  seulement  pour  l’hémorragie,  mais  encore 
pour  le  suintement  b^iaire  post-opératoire  ;  si  l’on  commence  le 
décollement  par  le  fond,  ce  n’est  qu’après  avoir  cheminé  plus  ou 
moins  longtemps,  et  souvent  en  mordant  un  peu  trop  dans  le  tissu 
hépatique,  que  l’on  atteint  enfin  la  zone  désirable. 

Facilité  de  ligature  des  vaisseaux  cystiques.  —  Je  m’excuse 
de  citer  textuellement  ce  que  j’ai  écrit  à  ce  propos  il  y  a  douze  ans, 
mais  ce  que  j’ai  observé  pendant  ces  douze  années  n’a  fait  que  me 
confirmer  dans  ce  que  je  pensais  autrefois.  «  Après  avoir  isolé 
le  cvstique  jusqu’à  son  abouchement  dans  le  canal  commun, 
saisissez-le  tout  près  de  sa  terminaison,  entre  deux  pinces  de 


avant  grâce  à  l’index  qui  travaille 
et  la  surface  hépatique.  La  main 
méso-cyste  et  l’opérateur  a  soin  de 
pour  permettre,  à  la  tin  de  l’inter- 


est  décollée  d’arrière  en 
profonde  de  la  vésicule 
de  ciseaux,  sectionne  le  i 
plus  de  séreuse  possible 
rainage  sous-séreux. 


nsi  "tendre  toutes  les  artères  qui  le  longent  de  ph 


SOCIÉTÉ 


CHIRURGIE 


4.  —  La  cholécystectomie  d'arrière  en  avant  n’a  pas  été  possible;  fore 
ité  d’attaquer  la  vésicule  par  son  fond  et  de  la  libérer  d’avant  en  arrièri 
rant  que  cette  libération  ne  soit  tout  à  fait  achevée  et  grâce  au  je 
'elle  a  permis  d’obtenir,  il  est  parfois  possible  de  terminer  d’arrière  e 
i nt,  après  section  |du  cystique.  La  vésicule,  ainsi  libérée  dans  les  deu 
a«,  ne  tient  plus,  après  section  du  feuillet  péritonéal  inférieur ,  que  par  s 
itie  moyenne  qui  reçoit  les  vaisseaux,  et  rien  n’est  plus  aisé  que  de  jets 
e  unique  sulure'jsxa  le  pédicule  vasculaire. 


SÉANCE  DU  24  JANVIER 


125 


ou  moins  près  pour  aller  gagner  la  vésicule.  Et  quel  que  soit  le 
type  anatomique  d’artères  devant  lequel  vous  vous  trouverez, 
quelles  que  soient  les  variétés  d’origine,  de  direction  et  de  situa¬ 
tion,  vous  éloignez  par  cette  traction  et  vous  mettez  en  relief  les 
artères  et  le  méso  qui  les  contient,  et  vous  n’aurez  plus  qu’à  les 
prendre  dans  une  pince  et  à  jeter  autour  d’elles  un  solide  catgut 
pour  être  assuré  de  pratiquer  une  hémostase  complète  de  toutes 
les  branches  artérielles.  »  Point  capital  :  liez  les  artères  le  plus 
loin  possible  de  leur  origine. 

Sécurité  en  cas  d' anomalies  des  voies  biliaires.  —  Si  l’on  a  soin 
de  procéder  comme  je  l’ai  recommandé  depuis  1911,  c'est-à-dire 
de  mettre  à  nu  le  trépied ,  que  pèsent  alors  les  anomalies,  puisque 
cette  mise  à  nu  les  met  fatalement  en  évidence? 

Reconnaître  les  éléments  du  carrefour,  cela  ne  signifie  pas 
apercevoir  plus  ou  moins  bien,  dans  la  profondeur,  quelque  chose 
de  plus  ou  moins  net  qu’on  croit  être  le  canal  cystique.  Cela  veut 
dire,  et  d’une  façon  expresse,  reconnaître  le  cystique  et  le  cholé¬ 
doque,  comme  on  reconnaît  dans  une  ligature,  au  niveau  du  cou, 
la  carotide  et  ses  branches  ;  cela  veut  dire,  pour  le  cystique,  le 
repérer,  l’isoler,  le  dénuder  et  n’en  faire  la  ligature  qu’après  que 
la  sonde  cannelée  l’a  contourné.  Si  cet  isolement  complet, 
méthodique,  indiscutable  du  canal  cystique  n’est  pas  nettement 
réalisé,  alors  ne  faites  pas  la  section  première  du  cystique,  mais 
revenez  au  procédé  de  nos  pères. 

Facilité  d'un  drainage  sous-séreux.  —  On  conserve  en  effet, 
grâce  au  procédé  par  le  col,  une  plus  grande  partie  de  la  séreuse 
de  la  vésicule. 


Sur  le  traitement  opératoire  du  cancer  du  sein. 

M.  Le  Dentu.  —  Dans  le  numéro  31  de  nos  Bulletins  de  1922 
(séance  du  5  décembre),  je  trouve  une  réplique  de  M.  Walther  à 
la  communication  faite  le  31  mai  par  M.  Roux-Berger  sur  le  trai¬ 
tement  opératoire  du  cancer  du  sein.  Si  cette  communication  ne 
m’avait  pas  échappé,  je  me  serais  empressé  de  relever  certaines 
des  assertions  et  des  appréciations  qu’elle  contient.  Comme  je  ne 
puis  que  partager  l’étonnement  qu’elle  a  causé  à  M.  Walther,  je 
n’hésite  pas  à  user  à  mon  tour,  bien  que  tardivement,  du  droit  de 
réponse.  N’ayant  pas  ce  document  sous  la  main,  je  m’en  rapporte 
aux  extraits  qu’en  a  faits,  dans  sa  réplique,  mon  ancien  interne 
et  très  distingué  collègue,  et  aux  citations  dont  son  texte  est  semé. 
Néanmoins,  si  en  l’argumentant  après  lui,  je  commettais  quelque 
inexactitude  matérielle,  je  m’en  excuse  à  l’avance. 


126 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


J’ignore  si  j’y  suis  pris  à  partie  directement  et  parsonnellemenl; 
mais  comme  MM.  Walther  et  Forg.ue,  tous  deux. également  dignes 
de  ma  très  haute  estime,  m’ont  fait  l’honneur  de  déclarer,  en  toute, 
indépendance,  vous  pouvez  le  penser,  dans  leurs  consciencieux 
rapports  au  Congrès  de  Chirurgie  de  Strasbourg,  que  leurs  conclu¬ 
sions  étaient  en  parfait  accord  avec  celles  que  j’avais  piosëes  anté¬ 
rieurement,  d’abord  dans  mon  opuscule  sur  Le  cancer  du  sein 
(J. -B.  Baillière,  éd.,1902),  puis  plus  tard  à  l’un  deg  Congrès  inter¬ 
nationaux  de  chirurgie  de  Bruxelles,  en  1910  ou  1912,  si  je  ne  me 
trompe,  je  me  fais  un  devoir  de  me  solidariser  étroitement  avec 
mes  deux  collègues,  et  je  revendique  ma  part  dans  le  blâme,  peut- 
être  indirect  en  ce  qui  me  concerne,  d’avoir  été  un  des  parrains 
«  d'une  des  plus  funestes  conceptions  de  la  chirurgie  du  cancer  du  sein, 
en  encourageant  la  pratique  de  ces  petites  opérations  incomplètes, 
insuffisantes ,  qui,  avec  les  -opérations  tardives ,  doivent  être  consi¬ 
dérées  comme  une  cause  très  importante  de  ces  récidives  ra¬ 
pides  ». 

En  admettant  que  nous  sojons  tous  trois  plus  ou  moins  respon¬ 
sables  de  ces  petites  opérations  incomplètes,  insuffisantes,  que  tous 
les  chirurgiens  dignes  de  ce  nom  répudient  et  déplorent  —  c’est 
moi  qui  parle  en  ce  moment  —  je  ne  puis  pour  mon  compte 
laisser  tomber  sans  réponse  l’appréciation  plutôt  acerbe  de  notre 
jeune  collègue.  J’en  conteste  énergiquement  la  justesse  et  je 
n’aurai  pas  de  peine  à  démontrer  que  j’en-  ai  le  droit  (1). 

Cetn’est  pas  positivement  une  voix  d’outre-tombe  qui  se  fait 
entendre  en  ce  moïnent  au  milieu  de  vous.  C’est  du  moins  celle 
d'un  homme  qui  a  derrière  lui  plus  qu’un  demi-siècle  d’obser¬ 
vation,  d’action,  de  réflexion;  qui,  loin  de  repousser  les  concep¬ 
tions  nouvelles,  a  fait  en  sorte  d’y  apporter  aussi  fréquemment  que 
possible  sa  propre  contribution,  mais  en  se  gardant  soigneusement 
contre  les  idées  a  priori,  contre  les  entraînements  mal  justifiés, 
ou  impulsifs,  et  en  se  maintenant  toujours,  le  plus  strictement 
qu’il  a  pu,  sous  l’égide  de  la  raison  et  du  bon  sens. 

Cîest  la  voix  d’un  homme  qui  n’a  pas  .encore  .cessé,  depuis  qu’il 
s’est  retiréide  la  vie  active,  de  méditer  sur  la  prestigieuse  évolution 
de  la  chirurgie  actuelle,  sur  les  miracles  qu’elle  accomplit,  sur  ses 
écarts  aussi,  et  sur  les  conditions  de  son  progrès  dans  le  passé  et 
dans  l’avenir;  d’un  homme  enfin  qui  a  vu  poursuivre,  autour  ide 
lui,  plus  d’une  chimère,  et  a  vu  s’évanouir  quelques  retentissantes 
illusions.  Aussi  bien  sa  longue,  très  longue  expérience  est- elle 

(1)  Cette  réponse  était  déjà  rédigée  lorsque, j’ai  eu  connaissance  de  celle  de 
M.  Forgue.  Celle-ci  résume  parfaitement  tout  ce  qu’on  peut  dire  de  juste  et 
de  raisonnable  sur  la  question.  Je  déclare  par  anticipation  que,  sur  tous  les 
points v  je  suis  en  complet  accord  avec  mon  distingué  collègue. 


SÉANCE  DU  24  JANVIER  ' 


127 


faite  des  déceptions  d’autrui  autant  que  de  ses  observations,  de 
ses  idées,  de  ses  déductions  personnelles. 

Quoi  d’étonnant  à  ce  qu’il  ne  puisse  passe  montrer  très  disposé 
à  accepter  sans  réserves  expresses  certains  prétendus  perfection¬ 
nements,  certaines  exagérations  opératoires  qui,  sous  le  couvert 
de  l’audace  utile  et  nécessaire,  et  en  se  parant  de  la  magie  du  mot 
progrès,  ne  s’inspirent  que  d’une  idée  préconçue  très  contestable 
et  n’ont  d’autre  résultat  que  de  nuire  au  renom  de  la  grande  et 
belle  chirurgie  telle  que  nous  la  rêvons,  de  la  compromettre  et  de 
l’amoindrir. 

Cette  remarque  ne  vise  nullement  celles  des  idées  de  M.  Roux- 
Berger  qui  seront  discutées  plus  loin ,  — je  repousse  toute  équivoque 
à  cet  égard,  —  mais  bien  les  excisions  démesurées,  par  rapport  à 
l’importance  des  lésions,  et  certaines  mutilations  quelque  peu 
surprenantes,  telles  que  la  désarticulation  de  l’épaule,  dont  le 
moins  qu’on  puisse  dire  est  qu’elles  sont  un  défi  au  bon  sens, 
même  et  surtout  dans  les  cas  désespérés. 

Le  progrès  le  plus  marquant  dans  le  traitement  opératoire  du 
cancer  du  sein  date  de  l’époque  où  le  curage  de  l’aisselle  et  les 
larges  exérèses  ont  été  préconisés  et  ont  commencé  à  être 
riais  en  pratique.  Les  noms  de  Kirmisson  et  de  Verneuil  restent 
attachés  à  ces  deux  fécondes  innovations  qui  remontent  à  une 
quarantaine  d’années  au  plus.  Si  elles  n’ont  pas  donné  immédia¬ 
tement  tous  leurs  fruits,  e’est  que  l’amélioration  de  la  technique 
suivie  antérieurement,  et  qu’on  a  le  droit  de  qualifier  de  détestable, 
ne  s’est  pas  accomplie  du. premier  coup.  Il  a  fallu  qu’elle  passât 
par  quelques  tâtonnements  pour  que,  de  perfectionnement  en  per¬ 
fectionnement,  elle  aboutît,  avec  l’aide  des  excisions  musculaires 
introduites  plus  tard  dans  le  manuel  opératoire,  à  ce  beau  résultat, 
à  savoir  la  suppression  très  fréquente,  habituelle  dans  les  cas  favo¬ 
rables,  des  récidives  locales  dans  les  régions  mammaire  et  axillaire. 

Qui  donc  a  pris  en  main  l’application  de  ces  deux  salutaires 
préceptes?  Qui  en  a  poursuivi  la  vulgarisation  pendant  de  nom¬ 
breuses  années?  Est-ce  que  ce  ne  sont  pas  les  chirurgiens  de  ma 
génération,  ceux  aussi  de  la  génération  de  MM.  Walther  et  Forgue? 
D’aulres  ont  suivi  le  mouvement,  et  nos  cadets  ont  trouvé  le  ter¬ 
rain  tout  préparé  pour  de  nouveaux  perfectionnements,  ou  tout 
au  moins  pour  certaines  innovations  dont  on  pouvait  se  croire 
autorisé  à  attendre  des  progrès  plus  ou  moins  importants. 

Entre  temps  Halsted  avait  apporté  un  nouvel  élément  dans  la 
question  en  préconisant  systématiquement  l’ablation  des  muscles 
pectoraux,  du  petit  comme  du  grand.  Personne,  que  je  sache,  ne 
s’est  refusé  à  expérimenter  ce  complément  de  l’intervention,  mais 
plusieurs  d’entre  nous  n’ont  pas  été  très  longs  à  reconnaître  que, 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


dans  les  cas  particulièrement  favorables  où  les  lésions  sont  peu 
considérables  et  très  nettement  délimitées,  l’extirpation  du  faisceau 
claviculaire  du  grand  pectoral  et  du  petit  pectoral  tout  entier 
n’avait  pas  été  indispensable.  Ils  avaient  obtenu  quand  même  de 
bons  résultats.  Ces  chirurgiens,  qui  avaient  secoué  les  chaînes 
d’un  précepte  trop  absolu,  jugèrent  alors  qu’il  était  inutile  de 
compromettre  le  fonctionnement  du  groupe  musculaire  de 
l’humérus  et  de  l’omoplate,  quand  une  nécessité  formelle  ne  les  y 
contraignait  pas.  Le  point  de  vue  physiologique  avait  déterminé 
cette  restriction  à  la  loi  de  Halsted. 

Or  voilà  un  des  principaux  griefs  élevés  contre  nous.  Nous 
retombions  dans  la  chirurgie  timide,  frappée  d’impuissance,  dans 
la  petite  opération  dangereuse,  blâmable  au  plus  haut  point,  digne 
de  tous  les  anathèmes.  Il  me  semble  que  la  considération  qui 
nous  a  guidés  vaut  bien  qu’on  lui  attribue  quelque  valeur.  Et  puis 
l’observation  était  là,  qui  justifiait  cette  réserve,  Cependant  je 
déclare  catégoriquement  que,  lorsqu’il  y  a  le  moindre  doute  sur 
l’opportunité  de  ces  conservations  partielles,  on  doit  sans  hésiter 
se  décider  pour  l’ablation  totale.  Je  n’ai  jamais  pensé  autrement. 

11  ne  faudrait  pas  croire  que,  il  y  a  Irente-cinq  à  quarante  ans, 
l’extirpation  des  ganglions  sus-claviculaires  dégénérés  n’eut  pas 
une  place  dans  le  manuel  opératoire  des  amputations  du  sein. 
Néanmoins  les  avis  étaient  partagés.  Parmi  les  chirurgiens,  les 
uns  regardaient  l’existence  de  ces  ganglions  dégénérés  comme 
une  formelle  contre-indication  à  toute  intervention;  les  autres 
déclaraient  leur  extirpation  aussi  nécessaire  que  celle  des  gan¬ 
glions  axillaires  et  s’imaginaient  qu’elle  pouvait  être  efficace'.  Or 
je  n’ai  jamais  constaté  pour  mon  compte  qu’elle  ait  eu  la  moindre 
influence  sur  la  propagation  du  cancer.  Je  l’ai  vue  plus  d’une  fois 
suivie  de  près  par  une  pleurésie  cancéreuse,  d’ailleurs  sans  rela¬ 
tion  de  cause  à  effet  entre  elle  et  cette  complication  ;  et  sous  la 
main  de  chirurgiens  autres  que  moi,  elle  n’a  jamais  fourni,  à  ma 
connaissance,  de  résultats  plus  heureux.  J’ai  continué  à  poursuivre 
cette  chimère,  en  agissant  le  mieux  et  le  plus  largement  que  j’ai 
pu.  Toujours  mêmes  insuccès  décourageants. 

Mais  alors  la  jeune  école  a  fait  entendre  sa  voix.  Ce  ne  sont  pas 
seulement  les  ganglions  dégénérés  qu’il  faut  extraire.  Il  est  trop 
tard.  Ce  sont  les  ganglions  intacts  des  régions  sus-claviculaire  et 
carotidienne  qu’on  doit  supprimer,  avec  toute  leur  gangue,  et  il 
faut  pousser  cette  dissection  minutieuse  jusque  dans  le  médias  tin-. 
Soit,  l’idée  est  logique,  j’en  conviens,  mais  s’ensuit-il  que  le  but 
puisse  être  atteint?  Ici  je  laisse  la  parole  à  MM.  Walther  et  Forgue. 

Or,  nos  collègues,  après  avoir  fouillé  les  publications  les  plus 
récentes,  compulsé  de  nombreux  documents,  se  sont  vus  con- 


SÉANCE  DU  24  JANVIER 


129 


traints  de  formuler,  avec  toute  la  conscience  que  vous  leur  con¬ 
naissez,  cette  décevante  conclusion  :  les  résultats  fournis  par  la 
technique  perfectionnée  consistant  dans  les  excisions  musculaires  to¬ 
tales  et  dans  le  nettoyage  par  dissection  minutieuse  des  régions  axil¬ 
laire  et  carotidienne,  poussée  jusqu' au  médiaslin,  ne  sont  pas  sensible¬ 
ment  supérieurs  à  ceux  dont  témoignent  les  statistiques  antérieures. 

Ne  pouvant  reproduire  textuellement  cette  conclusion  que  je 
n’ai  pas  sous  les  yeux,  je  crois  en  avoir  résumé  le  sens  très  exac¬ 
tement.  Et  parmi  ces  statistiques  dont  parlent  les  rapporteurs,  il 
se  trouve  que  la  mienne  a  une  cilalion  honorable.  C’est  d’elle  que 
découle  la  solidarité  que  j’ai  réclamée  plus  haut. 

Ne  croyez  pas  que  je  triomphe.  Loin  de  là.  Je  déplore  sincè¬ 
rement  l’échec  des  tentatives,  animées  par  le  désir  de  faire  mieux 
que  leurs  devanciers,  qui  a  conduit  la  main  des  novateurs  jusque 
dans  le  médiastin.  Je  déplore  aussi  que  les  résultats  énoncés  dans 
nos  tableaux  n’aient  pas  été  sensiblement  dépassés,  mais  je  suis 
bien  obligé  de  constater  que  les  perfectionnements  rêvés  n’ont 
pas  été  atteints,  et  je  me  demande  si  ces  tentatives  avortées, 
sauf  réserve  pour  l’avenir  d’où  peut  toujours  jaillir  quelque  sur¬ 
prise,  ne  représententpaslewecpJwsMZtra  du  traitement  sanglant, 
une  dernière  étape  de  l’action  opératoire  ayant  malheureusement 
trahi  les  expériences  fondées  sur  elle. 

Il  se  peut  que  ces  dissections  préventives  minutieuses,  con¬ 
sciencieuses,  portées  jusque  dans  le  thorax,  aient  eu  l’air  parfois 
d’avoir  arrêté  ou  empêché  les  propagations  néoplasiques;  mais 
s’ensuit-il  qu’elles  fussent  indispensables  et  qu’elles  aient  été 
véritablement  efficaces?  S’ensuit-il  que,  sans  ce  complément 
d’intervention,  l’extirpation  des  ganglions  axillaires  se  fût 
montrée  vaine?  Preuve  négative,  preuve  toujours  contestable. 
C’est  le  cas  de  le  rappeler  et  de  se  soumettre  aux  exigences  de 
l’esprit  critique  le  plus  rigoureux? 

Alors,  si  l’extirpation  des  ganglions  sus-claviculaires  dégénérés 
est  incapable  d’enrayer  les  propagations,  si  les  dissections  pré¬ 
ventives  poussées  aussi  loin  que  possible  n’ont  pas  fait  suffi¬ 
samment  leurs  preuves  d’efficacité,  nous  sommes  ramenés  en 
arrière  vers  les  deux  préceptes  dont  la  valeur  n’est  plus  à 
démontrer  :  opérer  tôt  et  opérer  largement.  Là  est,  sans  conteste, 
le  nœud  delà  question. 

Voilà  qui  n’est  pas  nouveau.  Voilà  des  règles  que  nous  tâchons 
d’appliquer  et  de  vulgariser  depuis  plus  de  trenté  ans,  et  que, 
pour  mon  compte,  j’ai  formulées  (bien  des  fois  inlassablement 
dans  mes  travaux,  écrits  et  dans  m^p  enseignement.  Comment  se. 
fait-il  qu’il  soit  encore  nécessaire  de  les  rappeler  avec  insistance? 

Cela  tient  à  ce  que  beaucoup  de  malades  ne  s’aperçoivent  pas 


SOCIÉTÉ 


CHIRURGIE 


assez  tôt  de  l’existence  du  néoplasme,  et,  surtout,  ne  consultent 
pas  assez  tôt  un  chirurgien.  Cela  tient  aussi  encore  trop  souvent 
à. ce  que  les  médecins,  influencés  par  les  résultats  médiocres  ou 
nettement  mauvais  des  interventions  tardives  qu’ils  ont  eu 
l’occasion  de  constater,  hésitent  à  conseiller  l’opération  précoce 
à.  leurs  clientes.  Le  jour  seulement  où  l’entente,  sur  ce  point 
capital,  entre  malades  et  médecins,  se  sera  établie,  le  premier 
des  deux  préceptes  ci-dessus  rappelés  recevra  satisfaction,  et 
alors  on  verra  les  statistiques  s’améliorer  rapidement  et  laisser 
très  loin  derrière  elles  les  nôtres,  dont  nous  n’avons  pas  de 
raisons  d’être  très  fiers.  Mais  ce  sera  à  condition  que  le  second 
précepte,  celui  de  Y opération  large,  ait  en  même  temps  été  rigou¬ 
reusement  observé.  Or,  que  doit-on  entendre  exactement  par 
celte  désignation  «  opération  large  »?  L’a- t-on  toujours  dit  avec 
la  précision  désirable?  Sans  aucun  doute,  c’est  celle  qui  dépasse 
largement  les  limites  apparentes  de  la  tumeur;  mais  comme 
celle-ci  varie  beaucoup  dans  ses  dimensions,  il  ne  s’agit  pas  de 
proportionner  rigoureusement  l'étendue  de  l’exérèse  à  ces  dimen¬ 
sions  —  ce  gui  serait  un  précepte  funeste  formulé  de  façon  aussi 
élastique  —  mais  d'opérer  toujours  largement,  quelles  que  soient 
l'étendue  et  la  profondeur  de  la  néoplasie  cancéreuse.  Seulement, 
sans  s’éloigner  sensiblement  de  ce  salutaire  préeepte,  il  est  bien 
permis  de  faire  quelques  réserves  relativement  à  son  application 
absolue,  dans  tous  les  cas  sans  distinction.  A  tous,  il  faut  le  dire 
très  haut,  convient  l’opération  très  large,  qu’on  pourrait  appeler 
globale ,  par  opposition  à  l’opération  partielle  qu'il  est  de  notre 
devoir  à  tous  de  proscrire  impitoyablement .  Mais  devra-t-on  opérer 
exactement  de  la  même  manière  une  tumeur  de  la  grosseur  d’une 
■noisette,  ou  le  néoplasme  qui  aura  envahi  la  mamelle  entière? 
Oui  certes,  en  principe;  mais  dans  la  pratique  certaines  nuances 
s’imposent. 

L’excision  des  téguments  devra  dépasser  notablement  les 
limites  du  sein,  dans  les  mauvais  cas,  tandis  que,  dans  les  bons, 
il  suffira  qu’elle  atteigne  la  périphérie  de  la  glande  mammaire, 
ou  s’en  approche  sensiblement.  En  tout  cas,  l'étendue  de  l'incision 
ne  devra  jamais  être  subordonnée  à  la  volonté  de  réunir  par  la  suture 
les  bords  de  la  plaie  et  d’obtenir  à  tout  prix,  avec  ou  sans  décolle¬ 
ment  destéguments  à  grande  distance,  la  réunion  immédiate  totale. 

Dans  aucune  circonstance  il  n’est  justifiable,  à  mon  sens,  de 
pratiquer  des  excisions  démesurées  et  des  mutilations  n’offrant 
aucune  chance  de  succès  durable.  Je  m’en  suis  déjà  expliqué  plus 
haut.  Il  faut  savoir  encore  aujourd’hui,  comme  jadis,  s’arrêter 
devant  les  contre-indications  opératoires  évidentes,  et  s’incliner 
en  face  de  l’impossible. 


SÉANCE  DU  24  JANVIER 


131 


En  ce  qui  concerne  les  excisions  musculaires,  les  mêmes  réserves 
sont  légitimes.  Je  les  ai-  exprimées  antérieurement,  et  bien  que 
celles  que  nous  avons  admises  nous  aient  attiré  une  âpre  critique, 
je  n’ai  pas  craint  de  les  énoncer  encore  une  fois  dans  cette 
réplique,  mais  toujours  avec  ce  correctif  que,  dans  le  doute,  il 
vaut  mieux  aller  au  delà  du  nécessaire  que  rester  en  deçà. 

Il  faut  opérer  largement,  c’est  chose  entendue,  mais  on  ne  doit 
pas  perdre  de  vue  que  ce  précepte  expose  à  de  sérieux  mécomptes, 
si  l’on  n’est  pas  absolument  sûr  de  son  diagnostic.  Un  exemple  va 
vo<us  le  montrer  : 

Une  dame  encore  jeune,  très  belle  et  pourvue  d’une  poitrine 
opulente,  me  signala,  il  y  a  une  dizaine  d’années,  une  petite 
tumeur  qu’elle  portait  depuis  peu  de  temps  dans  la  partie  inféro- 
externe  du  sein  gauche.  Le  médecin  de  cette  dame  et  un  de  nos 
collègues,  non  des  moins  distingués,  avaient  diagnostiqué  une 
tumeur  maligne  et  conseillé  l’amputation  totale  de  la  glande 
mammaire.  Cette  tumeur,  ayant  à  peine  4  à  S  centimètres  suivant 
son  grand  axe,  commençait  à  adhérer  aux  téguments.  Elle  était  lé 
siège  de  douleurs  spontanées,  circonstance  anormale  en  ce  qui 
concerne  le  cancer  au  début,  douleurs  d’ailleurs  de  faible  inten¬ 
sité.  Cette  dame  avait  eu  quelque  temps  auparavant  un  petit 
anthrax.  Ces  deux  particularités,  douleurs  et  anthrax  récent,  me 
mirent  en  garde  contre  une  infection  mammaire  localisée.  Alors, 
avec  une  insistance  dont  j’eus  à  me  louer,  je  conseillai  de  pra¬ 
tiquer  d’abord  en  pleine  tuméfaction  une  incision  exploratrice. 
Or  cette  tumeur  était  un  petit  abcès  et  la  malade  en  fut  quitte  pour 
une  excision  limitée  des  parties  indurées  autour  du  foyer.  Saus 
cette  précaution,  on  aurait  eu  à  déplorer  les  conséquences  tout 
au  moins  fâcheuses  d’une  erreur  de  diagnostic. 

Je  me  souviens  d’une  autre  tumeur  notablement  plus  volumi¬ 
neuse  et  assez  largement  adhérente  que  j’observai  et  opérai  vers 
4872.  C’était  un  kyste  hydatique  à  grande  vésicule  unique.  Ce  fait 
a  été  publié.  Aussi  bien,  depuis  fort  longtemps,  ai-je  pris  l'habi¬ 
tude  de  procéder  de  la  manière  sui  vante,  en  présence  d’une  petite 
tumeur  atfectant  les  apparences  d’une  production  maligne  : 

Incision  en  plein  sur  la  tumeur  jusqu’à  sa  face  profonde.  Si  elle 
est  reconnue  maligne,  ce  qui  habituellement,  rien  qu’à  l'asped 
de  la  tranche,  est  facile,  même  au  début  du  néoplasme,  suturer  la 
petite  plaie  et  recouvrir  la  ligne  de  suture  avec  du  eollodion,  pré¬ 
caution  utile  contre  les  greffes.  L’opérateur  peut  avoir  auprès  de 
lui  un  histologiste  tout  prêt  à  faire  un  examen  sommaire  sur 
éléments  frais.  Alors  pratiquer  l’ablation  totale  du  sein,  en  ayant 
bien  soin  de  changer  de  bistouri. 

Si  la  tumeur  ou  la  tuméfaction  est  reconnue  de  nature  bénigne, 


132 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


l’extirpation  partielle  est  justifiée  par  avance  par  l’exploration 
préalable. 

J'ai  grand' peur  de  donner  naissance  à  une  équivoque  en  men¬ 
tionnant  ici  la  seule  opération  partielle  que  j’aie,  faite  en  toute 
connaissance  de  cause,  mais  contre  mon  gré,  sur  le  désir  formel 
des  principaux  intéressés,  la  malade  et  son  mari.  J’ai  grand’peur, 
parce  que  cette  opération  partielle,  mais  assez  large,  a  été  suivie 
de  trente  années  de  guérison  parfaite,  et  que  l’opérée  est  morte  il 
y  a  un  an  seulement.  Un  examen  microscopique  du  néoplasme, 
qui  n’était  pas  plus  volumineux  qu’une  petite  noisette,  fait  avec 
tout  le  soin  voulu,  par  un  histologiste  compétent,  avait  pleine¬ 
ment  confirmé  le  diagnostic  clinique. 

J’ai  grand’peur  de  mentionner  ce  fait  parce  qu’on  pourrait 
s’imaginer  que  c’est  pour  en  tirer  un  argument  péremptoire  en 
faveur  des  interventions  partielles,  tandis  que,  tout  au  contraire, 
je  veux  y  voir  une  preuve  de  l'importance  et  de  la  valeur  des  inter¬ 
ventions  larges,  même  dans  le  cas  de  très  petit  néoplasme.  Que  ne 
.pourrait-on  pas  espérer  de  l’avenir,  si  toujours  les  opérations 
précoces  étaient  très  étendues,  très  complètes?  Et  quelles  belles 
statistiques  ne  pourrait-on  pas  entrevoir,  comme  conséquence  de 
ce  précepte  appliqué  avec  la  rigueur  voulue  dans  tous  les  cas?  La 
conduite  que  j’ai  tenue  dans  cette  circonstance  n'est  donc  pas  à 
imiter.  Je  la  répudierais  comme  une  faute,  en  dépit  de  ses  suites 
heureuses,  si  elle  n’avait  pas  été  commandée  par  des  considé¬ 
rations  particulières. 

Pour  mettre  fin  à  ce  long  plaidoyer,  il  ne  me  reste  plus  qu’à, 
rappeler  le  manuel  opératoire  que  j’ai  toujours  rigoureusement 
mis  en  pratique,  depuis  qu’il  m’a  été  possible  de  fixer  les  divers 
temps  de  l’intervention  telle  que  je  la  concevais.  Si  le  hasard  avait 
conduit  M.  Roux-Berger  auprès  de  moi' au  moment  où  j’allais 
procéder  à  l’une  de  mes  opérations,  voici  ce  qu’il  aurait  constaté. 
Je  suppose  un  cas  favorable,  à  tumeur  encore  très  petite  ou  peu 
développée. 

Il  m’aurait  vu,  tout  d’abord,  dans  le  cas  de  néoplasme  douteux, 
tout  à  fait  à  ses  débuts,  pratiquer  l’incision  exploratrice  suivant  le 
plan  exposé  plus  haut;  puis  tracer  une  incision  en  raquette 
contournant  de  plus  ou  moins  près  la  périphérie  de  la  mamelle, 
aboutissant  au  sternum  et  retournant  à  l’aisselle,  toujours  en 
suivant  la  périphérie  du  sein.  Il  m’aurait  vu  sectionner  toutes  les 
insertions  du  faisceau  sternal  du  grand  pectoral,  mettre  à  nu  les 
muscles  intercostaux  et  les  côtes,  détacher  en  une  masse  unique 
le  muscle,  la  glande,  les  téguments;  disséquer  avec  un  soin 
minutieux  les  ganglions  dégénérés  ou  intacts,  avec  tout  le  tissu 
conjonctif  de  la  région  axillaire,  dénuder  les  vaisseaux  axillaires 


SÉANCE  DU  24  JANVIER 


133 


sur  . la  longueur  nécessaire,  couper  les  attaches  humérales  du 
faisceau  sternal  du  grand  pectoral,  puis  enlever  en  bloc  toutes  les 
parties,  tous  les  tissus  séparés  des  plans  profonds.  Il  m’aurait  vu 
explorer  avec  soin  le  creux  claviculaire  par-dessous  la  clavicule, 
les  doigts  de  l’autre  main  comprimant  les  tissus  par-dessus  cet  os, 
et  même  pousser  la  précaution  jusqu’à  faire  une  incision  explora¬ 
trice  dans  cette  région;  enfin  décoller  les  lèvres  de  la  grande  plaie 
à  quelque  distance,  la  suturer  sur  l’étendue  compatible  avec  le 
risque  d’un  tiraillement  trop  prononcé  et  laisser  le  reste  à  décou¬ 
vert,  en  vue  d’une  réunion  secondaire. 

Si  c’est  là  une  de  ces  petites  opérations  dénoncées  comme  étant 
d’un  mauvais  exemple,  je  déclare  ne  plus  rien  connaître  de  la 
signification  des  mots. 

En  résumé,  ce  qui  nous  sépare,  c’est  que  dans  les  cas  favo¬ 
rables,  je  ne  crois  pas  indispensable  d’extirper  le  faisceau  clavi¬ 
culaire  du  grand  pectoral,  ni  le  petit  pectoral,  et  que,  d’autre  part, 
je  demeure  sceptique  à  l’endroit  du  nettoyage  des  régions  sus- 
claviculaire,  carotidienne  basse  et  de  la  partie  haute  du  médiastin. 

M.  Roux-Berger  veut  qu’on  traite. tous  les  cas  sans  distinction 
de  la  même  façon,  tandis  que  mes  collègues,  MM.  Walther  et 
Forgue,  et  moi-même,  ainsi  que  d’autres,  dont  M.  Walther  a 
invoqué  le  témoignage,  admettent  des  variantes  dans  le  manuel 
opératoire,  en  rapport  avec  certaines  variétés  dans  les  conditions 
anatomiques  et  l’évolution  des  différents  cas. 

Le  procédé  qui  consiste,  pour  résoudre  les  problèmes  délicats 
de  la  clinique,  à  ramasser  dans  le  cadre  d’une  formule  absolue 
toutes  les  espèces  d’un  même  groupe  morbide,  par  exemple,  toutes 
les  tumeurs  malignes  du  sein,  toutes  les  appendicites,  etc.,  est 
vraiment  un  peu  trop  simple.  La  chirurgie  ne  se  prête  pas  mieux 
que  la  médecine  à  être  mise  en  équations.  Les  sciences  pures,  dites 
exactes,  se  meuvent  seules  dans  l’absolu;  la  médecine,  science 
d’observation  et  d’expérimentation,  se  meut  toujours  dans  le 
relatif,  jusqu’au  jour  où  quelque  vérité  éclatante,  consacrée 
axiome  par  son  évidence,  s’impose  aux  esprits  sous  une  forme 
impérative. 

Encore  est-il  prudent  d’avoir  toujours  présent  à  la  pensée  cet 
avertissement  où  se  concrète  une  part  de  la  sagesse  humaine  : 
vérité  aujourd'hui ,  erreur  demain.  Fort  heureusement,  il  y  a  des 
vérités  qui  ont  la  vie  dure  et  l’avertissement  reste  assez  souvent 
à  l’état  de  vaine  menace. 

La  clinique,  telle  que  l’a  toujours  comprise  l’école  française,  la 
clinique  dont  elle  s’efforce  pieusement  de  maintenir  les  traditions 
et  les  méthodes,  autorise  et  même  commande  une  certaine  élas¬ 
ticité  dans  les  déductions,  certaines  variantes  dans  les  actes.  Elle 


134 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


est  tout  en  nuances.  L’art  du  clinicien  consiste  à  reconnaître  ces 
nuances  et  à  suivre  les  indications  qu’elles  lui  fournissent.  C’est 
la  pensée  qui  m’a  toujours  guidé  dans  les  développements  qui 
précèdent. 

Ma  conclusion  générale  y  sera  conforme.  Je  revendique  simple¬ 
ment  le  droit,  pour  les  chirurgiens,  d’appliquer  à  la  chirurgie 
l’aphorisme  sur  lequel  les  médecins  se  piquent  de  régler  leur 
pratique  journalière  :  il  n'y  a  pas  de  maladies ,  il  n'y  a  que  des 
malades. 


Du  meilleur  traitement  chirurgical 
des  perforations  duodénales  et  gastriques 
( Deux  observations). 

M.  H.  Delagenière  (Le  Mans).  —  L’intéressante  communication 
du  professeur  Duval  et  de  Slulz  à  la  Société  de  Chirurgie  (1)  a  mis 
à  l’ordre  du  jour  de  la  Société  la  question  du  meilleur  traitement 
dans  les  perforations  de  l’estomac  et  du  duodénum.  Ces  auteurs 
rapportaient  deux  cas  de  perforations  traités  d’emblée  par  la 
résection  de  l’ulcère  avec  une  guérison  et  une  mort.  Ils  donnaient 
en  même  temps  une  statistique  de  15  cas  opérés  par  divers  chi¬ 
rurgiens  par  cette  même  méthode  et  déjà  publiés  avec  une  morta¬ 
lité  globale  de  14,6  p.  100. 

Malgré  ces  résultats  remarquables  la  discussion  qui  a  suivi 
cette  communication  ne  semble  pas  avoir  rallié  de  nombreux  suf¬ 
frages.  La  plupart  des  orateurs  se  sont  prononcés  pour  la 
méthode  classique  de  la  simple  fermeture  de -la  perforation  avec 
ou  sans  gastro-entérostomie  complémentaire  (2). 

Je  vous  apporte  aujourd’hui  deux  observations  de  perforations 
traitées  dans  les  deux  cas  par  l’obturation  de  la  perforation  avec 
gastro-entérostomie  complémentaire.  Les  deux  malades  ont  guéri 
de  leur  péritonite  par  perforation,  mais  l’un  d’eux  a  refait  une 
deuxième  perforation  plus  de  onze  ans  après  sa  première  opéra¬ 
tion  et  la  seconde  malade  atteinte  d’un  ulcère  cancérisé  a  dû  subir 
une  large  pylorectomie  quatre  mois  après. 

Voici  ces  observations  : 

Ons.  I.  —  Perforation  d'un  ulcère  de  la  première  portion  du  duodénum 
traitée  et  guérie  par  simple  gastro-entérostomie  et  épiplooplastie.  Resté 

(1)  P.  Duval  et  M.  Stulz.  Bull,  et  Mém.  dé  la  Société  de  Chirurgie,  14  juin 
1922,  p.  854. 

(2)  Voir  Bull,  et  Mém.  de  la  Société  de  Chirurgie.  Rapport  de  Hartmann, 
29  novembre  1912,  p.  1269,  et  rapport  de  Louis  Bazy,  20  décembre  1922, 
p.  1460  et  discussion. 


SÉANCE  DU  24  JANVIER 


£35 


guéri  mais  dyspeptique  pendant  plus  de  onze  ans,  fait  alors  une  nouvelle 
perforation,  refuse  une  nouvelle  intervention  et  meurt  de  péritonite. 

Homme  de  cinquante-deux  ans,  cultivateur,  alcoolique  et  dyspep¬ 
tique,  mais  très  vigoureux,  fait  en  1909  une  crise  aiguë  d’occlusion 
intestinale  pour  laquelle  il  est  amené  d’urgence  à  la  clinique  par  le 
docteur  Collignon. 

Opéré  d’urgence  le  3  juin  1909  ;  je  trouve  un  volvulus  d’une  anse 
grêle  prise  sous  une  bride  dans  la  région  appendiculaire.  La  bride  est 
simplement  sectionnée  et  tous  les  accidents  cessent. 

De  retour  chez  lui  le  malade  reprend  ses  habitudes  éthyliques  et  se 
plaint  de  souffrir  de  l’estomac.  Digestions  lentes,  douleurs  la  nuit. 
On  fui  prescrit  l'e  régime  lacté  qui  l’améliore  rapidement  mais  il  recom¬ 
mence  à  boire  et  à  souffrir  sans  tenir  compte  des  observations  de  son 
médecin. 

Le  20  février  1910,  il  est  pris  brusquement  d’une  douleur  fixe  au 
creux  épigastrique  qui  s’exagère  chaque  fois  qu’il  boit  quelque  chose 
puis,  le  24  février,  il  est  pris  brusquement  d’une  douleur  violente  ter¬ 
rible  un  peu  plus  à  droite  et  plus  bas  et  les  symptômes  abdominaux 
éclatent:  contracture  de  la  paroi,  faciès  péritonéal,  etc.  Malgré  sa 
souffrance  le  malade  refuse  son  transport  au  Mans  et  n’accepte  que  le 
28  février  d’ètre  opéré  à  l’hôpital  de  Fresnay. 

État  avant  l’opération.  —  Le  malade  est  cyanosé,  épuisé,  sa  tempéra¬ 
ture  est  de  38°8  ;  pouls  petit  à  125,  respiration  rapide  et  courte,  40  par 
minute,  point  extrêmement  sensible  aux  creux  épigastrique  avec 
défense  circonscrite. 

Opération  le  28  février  1910,  avec  l’assistance  des  Drs  Horeau  et  Colli¬ 
gnon.  Laparotomie  médiane.  Écoulement  immédiat  de  liquide  périto¬ 
néal  louche.  L’épiploon  adhère  légèrement  à  la  paroi  surtout  à  droite 
de  la  ligne  médiane.  En  le  décollant  doucement,  flot  de  liquide,  puis 
j’arrive  à  la  région  pylorique  qui  ne  présente  pas  de  perforation  et  la 
face  antérieure  de  l'estomac  paraît  également  saine.  En  mobilisant  le 
pylore  je  trouve  des  adhérences  nouvelles  mais  sous  forme  de  pseudo- 
membranes  du  côté  dubulbe  duodénal.  Eu  les  écartant  je  découvre  une 
perforation  sur  le  commencement  de  la  portion  descendante  du  duo¬ 
dénum.  Cette  perforation  est  située  sur  la  face  antérieure,  elle  mesure 
4  ou  b  millimètres  de  largeur  et  est  légèrement  ovale.  Elle  siège  dans 
une  plaque  de  tissu  induré  formé  par  la  présence  d’un  ulcère  calleux. 
Il  est  impossible  de  pratiquer  l'obturation  de  cette  perforation  et  la 
seule  ressource  serait  de  pratiquer  la  résection  de  l’ulcère  et  du  pylore, 
.  opération  qui  me  parut  devoir  être  trpp  grave  poijr  être  supportée  par 
ce  malade  épuisé  et  dans  les  conditions  défectueuses  où  je  me  trou¬ 
vais.  Je  me  contente  donc  de  pratiquer  une  gastro-entérq^tgnyê  trâns- 
mésocolique  postérieure,  de  nettoyer  le  péritoin,e.etdé  loyer  de  la  per¬ 
foration,  puis  je  termine  en  suturanttôttt  autour  de  la  perforation -une 
frange  d’épiploon  qui  fait  un  tamponnement  assez  satisfaiâaftf. 

Drainage  et  fermeture  de  la  paroi. 

Suites.  — Très  simples,  le  malade  guérit  sans  incident,  retourne  chez 
lui  et  reprend  ses  forces  et  ses  occupations  au  bout  de  six  seift’àl'nes. 


136 


SOCIÉTÉ  DE  CUIRURGIE 


11  se  trouve  très  amélioré  du  côté  de  son  estomac  et  se  décide  à 
suivre  un  peu  les  conseils  qu’on  lui  donne.  Il  arrive  ainsi  à  ne  plus 
souffrir  de  ses  digestions  et  ne  tarde  pas  à  reprendre  ses  anciennes 
habitudes  éthyliques.  Il  passe  ainsi  plus  de  dix  ans,  souffrant  peu  de 
son  estomac,  mais  je  le  vois  après  la  guerre,  le  14  janvier  1920.  Il 
recommence  à  souffrir  et  présente  un  point  douloureux  au  creux  épi¬ 
gastrique.  Je  lui  donne  le  conseil  de  se  mettre  au  régime  lacté  pen¬ 
dant  trois  semaines  et,  s’il  continue  à  souffrir,  de  se  faire  opérer. 
Je  ne  l’ai  pas  revu  depuis  et  dois  les  renseignements  suivants  à  l’obli¬ 
geance  de  mon  confrère  le  Dr  Collignon  :  ce  n’est  que  vers  la  fin  de 
décembre  1920  qu’il  a  été  pris  de  nouveaux  phénomènes  péritonéaux, 
et  je  serais  peut-être  parvenu  à  le  faire  retourner  au  Mans  sans  l’obsti¬ 
nation  de  ses  filles.  Il  semble  avoir  localisé  sa  péritonite  et  quand  il 
s’est  décidé  à  la  fin  de  janvier  1921,  il  n’était  plus  en  état  de  supporter 
la  moindre  intervention.  Il  mourut  à  ce  moment. 

Obs.  II.  —  Perforation  d'un  ulcère  cancérisê  de  la  petite  courbure  de 
l'estomac.  Suture.  Gastro-entérostomie.  Guérison.  Cancer  secondaire  quatre 
mois  plus  tard  de  la  petite  courbure  et  du  pylore.  Gastro-entérostomie, 
Guérison. 

Mmc  R...,  âgée  de  cinquante-six  ans,  cultivatrice,  m’est  adressée 
d’urgence  par  mon  ami  le  Dr  Breteau,  de  Bouloire,  pour  une  perfora¬ 
tion  de  l’estomac  à  la  soixantième  heure.  Le  ventre  est  distendu,  pré¬ 
sente  une  sensibilité  exquise  au  niveau  du  creux  épigastrique,  la 
douleur  à  la  pression  existe  dans  toute  l’étendue  de  l’abdomen,  mais 
pas  de  défense  musculaire,  pas  de  vomissements,  faciès  grippé  et 
anxieux,  cyanose  des  lèvres  et  des  extrémités,  pouls  filiforme  et 
incomptable,  température  36,5. 

Cette  malade  n’avait  pas  d’antécédents  gastriques  et  affirme  qu’elle 
ne  souffre  de  l’estomac  que  depuis  environ  deux  mois. 

Opération  d' urgence,  le  15  novembre  1911  (en  présence  desDrs  Breteau, 
Langevin,  Hamel  et  avec  l’assistance  des  ,Dr*  Meyer  et  Fontan).  — 
Incision  médiane  sus-ombilicale  prolorgée  en  bas  en  contournant  à 
gauche  l’ombilic.  Les  anses  intestinales  sont  distendues,  mais  l’estomae 
est  plutôt  affaissé.  On  aperçoit  de  suite  la  perforation  située  sur  la 
petite  courbure  près  du  pylore.  Cette  perforation  mesure  environ 
5  millimètres,  elle  paraît  faite  à  l’emporte-pièce,  cependant  ses  bords 
semblent  présenter  une  épaisseur  plus  grande  que  le  reste  de  l’estomac. 
Du  liquide  stomacal  s’est  répandu  dans  la  cavité  péritonéale  jusque 
dans  la  fosse  iliaque  droite  et  le  bassin.  C’est  du  liquide  louche  et 
d’odeur  légèrement  acide. 

Après  un  nettoyage  rapide  de  la  cavité  péritonéale  avec  des  com¬ 
presses  sèches,  j’isole  la  petite  courbure  près  du  pylore,  résèque  le 
pourtour  de  la  perforation  que  je  referme  par  deux  plans  de  suture. 
Je  termine  l’opération  en  pratiquant  une  gastro-entérostomie  trans- 
mésocolique  verticale.  Je  referme  alors  la  paroi  en  drainant  le  péri¬ 
toine  par  une  contre-ouverture  iliaque  droite. 

Suites.  —  Pendant  deux  jours  l’état  de  la  malade  reste  grave  et  sa 


SÉANCE  DU  24  JANVIER  '137 


situation  ne  se  modifie  pas  sensiblement.  Le  troisième  jour,  le  pouls 
devient  meilleur  et  la  température  remonte  à  38°.  Dès  lors,  la  guérison 
se  fait  régulièrement  et  la  malade  sort  guérie  de  la  clinique  dans  les 
premiers  jours  de  décembre  1911. 

Examen  histologique  de  la  pièce  enlevée.  —  II  s’agit  simplement  du 
pourtour  de  la  perforation  enlevée  dans  le  but  d’une  biopsie.  Le 
Dr  Beaucbef,  qui  pratique  cet  examen,  conclut  à  l’existence  d’un 
cancer.  Je  fais  de  suite  proposer  à  la  malade  de  lui  pratiquer  une 
large  résection  de  son  pylore,  mais  elle  refuse  l’opération  sous  le  pré- 
texle  qu’elle  ne  souffre  aucunement.  Au  bout  d’un  mois,  elle  présente 
quelques  troubles  dyspeptiques  mais  refuse  encore  l’opération.  Ces 
accidents  augmentenLprogressivement,  la  malade  s’anémie,  s’amaigrit 
et  le  Dr  Breteau  finit  par  la  décider  à  se  faire  opérer  de  nouveau.  Elle 
entre  à  la  clinique  le  2  mars  1912. 

Son  état  général  est  mauvais,  elle  est  décolorée,  amaigrie  et  ne  peut 
plus  se  nourrir.  Elle  a  des  vomissements  depuis  quelques  jours  et  perd 
ses  forces.  On-  sent  dans  la  région  épigastrique  une  masse  dure  qui 
disparait  en  partie  sous  les  fausses  côtes  droites.  Cette  masse  est  indo¬ 
lente  et  ne  se  déplace  pas  transversalement.  Elle  paraît  avoir  le  volume 
du  poing.  Sang  dans  les  selles.  La  radioscopie  montre  que  l’anastomose 
fonctionne  bien,  mais  l’estomac  ne  s’adapte  pas. 

Opération,  le  5  mars  1912.  —  Sont  présents  :  les  Dr5  Breteau,  Tréhet, 
François,  Henry,  Castaing.  Assistance  par  le  Dr  Meyer.  Laparotomie 
médiane,  la  tumeur  a  le  volume  du  poing,  occupe  tout  le  pylore  et  la 
terminaison  de  la  petite  courbure.  Elle  s’infiltre  en  avant  dans  l’épais¬ 
seur  de  la  paroi  abdominale  dont  une  portion  importante  doit  être 
réséquée  en  même  temps  que  la  tumeur.  La  résection  de  )a  tumeur 
porte  juste  au  niveau  de  l’anastomose,  mais  permet  néanmoins  la  fer¬ 
meture  régulière  de  l’estomac.  Le  duodénum  est  fermé  à  deux  plans  et 
l’estomac  également.  Fermeture  de  la  paroi.  Drainage. 

Suites  régulières.  —  La  malade  guérit  sans  incidents  autres  qu’un  petit 
abcès  de  la  paroi  sans  réaction  fébrile.  Sort  guérie  de  la  clinique  le  4  avril. 

Examen  de  la  pièce  enlevée.  —  Elle  est  constituée  par  le  pylore  en 
entier,  presque  toute  la  petits  courbure  et,  accolée  à  la  partie  antérieure 
de  la  masse,  une  portion  de  la  paroi  abdominale.  En  l’ouvrant,  on  met 
à  nu  une  vaste  ulcération  cancéreuse  qui  occupe  la  petite  courbure 
près  du  pylore. 

L’examen  histologique  est  pratiqué  par  le  Dr  Beauchef. 

La  tumeur  est  un  épitbélioma  à  cellules  cylindriques  modifiées. 

■  Stroma  peu  développé  entourant  des  formations  alvéolaires  dont  la 
lumière  est  brusquement  remplie  de  débris  cellulaires  et  de  globules 
blancs.  La  muqueuse  n’existe  plus,  elle  est  remplacée  par  des  cellules 
dégénérées  et  des  globules  blancs.  En  certains  passages,  la  forme 
alvéolaire  disparaît  pour  faire  place  à  la  forme  lobulée. 

Dans  une  coupe  portant  sur  la  région  pylorique,  on  voit  que  la 
muqueuse  duodénale,  bien  que  proliférée,  n’est  pas  envahie  par  l’infil¬ 
tration  leucocytaire  et  est  assez  bien  conservée,  tandis  qu’au  niveau 
du  pylore  elle  a  disparu. 

bull,  et  mém.  de  la  soc.  DE  CHIE.,  1923.  10 


Société  de  camutiGtÊ 


138 


Suites  éloignées. —  Cette  malade  une  fois  rentrée  chez  elle  a  repris 
ses  occupations  de  cultivatrice.  Sa  santé  est  redevenue  normale.  J'en 
ai  eu  de  bonnes  nouvelles  le  20  mars  1920. 

Le  Dr  Breteau  qui  a  bien  voulu  prendre  des  nouvelles  de  cette  malade 
m’écrit  le  3i  décembre  1922  :  «  Mme  R...  vit  encore.  Elle  à  présenté 
l’année  dernière  quelques  troubles  gastriques  qui  ont  cédé  tout  de 
suite  à  un  simple  régime.  Elle  n’a  pour  l’instant  aucune  trace  de  réci¬ 
dive,  et,  n’étaient  les  examens  histologiques  qui  ont  été  faits,  je  me 
demanderais  s’il  s’agissait  réellement  d’un  cancer.  » 

Ces  deux  faits  me  paraissent  apporter  un  argument  sérieux  à  la 
thèse  du  professeur  Duval  qui  a  le  mérite  de  vouloir  combattre 
non  seulement  l’accident  (la  perforation),  mais  la  cause  même  de 
cette  perforation,  en  se  conformant  à  la  méthode  générale  adoptée 
habituellement  pour  le  traitement  chirurgical  des  ulcères. 

Déjà  après  la  fermeture  de  la  perforation,  la  gastro-entéro¬ 
stomie  complémentaire  doit  être  considérée  comme  une  amélio¬ 
ration  très  grande  de  la  technique  par  ce  fait  que  la  grande 
majorité  des  perforations  sont  consécutives  à  des  ulcères,  dont 
un  certain  nombre  est  susceptible  de  guérir  après  une  simple 
gastro-entérostomie,  tandis  que  la  fermeture  simple  laisse  l’ulcé¬ 
reux  dans  la  même  situation  qu’avant  l’accident  avec  les  mêmes 
mauvaises  chances  de  perforations  nouvelles  ou  autres  compli¬ 
cations. 

La  gastro-entérostomie  met  aussi  le  pylore  et  la  suture  au  repos 
en  dérivant  les  aliments. 

Mais  nous  savons  tous,  et  cette  opinion  a  paru  rallier  la  grande 
majorité  des  suffrages  au  Congrès  français  de  Chirurgie  de  1920, 
que  la  simple  gastro-entérostomie .  ne  suffit  pas  pour  amener  la 
guérison  radicale  de  beaucoup  d’ulcères,  qu’un  certain  nombre  de 
malades  restent  dyspeptiques  et  qu’enfm,  si  l’ulcère  est  un  ulcère 
calleux,  une  fois  sur  deux  il  est  cancérisé,  de  sorte  que  logique¬ 
ment  le  chirurgien  doit,  chaqué  fois  qu’il  le  peut,  pratiquer  la 
résection  de  l’ulcère. 

Or  les  conditions  anatomo-pathologiques  sont  identiques  dans 
ces  cas  de  perforations  consécutives  à  des  ulcères  et  a  priori  on 
ne  voit  pas  pourquoi  l’évolution  de  la  technique  ne  réaliserait  pas 
les  mêmes  progrès,  par  les  mêmes  procédés,  dans  ces  cas 
d’ulcères  perforés  que  pour  tous  les  autres  ulcères.  Tout  porte 
donc  à  admettre  et  les  deux  observations  que  j’apporte  le 
prouvent,  que  la  résection  immédiate  de  i’ulcére  perforé,  par 
pylorectomie  ou  directement,  mais  toujours  avec  une  gastro- 
entérostomie  complémentaire,  constitue  la  méthode  idéale  qu’il 
faut  s’efforcer  d’adopter  dans  les  cas  de  perforations  accessibles 
du  duodénum  et  de  l’estomac. 


SÉANCE  DU  24  JANVtËR 


139 


Mais  peut-on  toujours  y  avoir  recours  ?  Assurément  non.  Il  ne 
faut  pas,  en  effet,  perdre  de  vtle  que  la  plupart  des  interventions 
pour  perforations  sont  des  interventions  d’extrême  urgence  pra¬ 
tiquées  le  plus  souvent  sur  des  malades  moribonds,  de  sorte  que 
l’acte  opératoire  doit  être  réduit  au  minimum  pour  laisser  lè  plus 
de  chancés  «Je  sué.vie  au  malade  et  à  ce  point  de  Vue  je  suis  abso¬ 
lument  de  l’avis  de  Hartmann  et  Lecëne;  mais  je  ne  suis  plus 
d’accord  avec  eux  quand  ils  considèrent  leurs  malades  comme 
guéris  même  s’ils  ont  fait  une  gastro-entérostomie  complémen¬ 
taire  après  avoir  fermé  la  perforation.  Tous  ces  rescapés  de 
perforations  ainsi  traitées  restent  des  ulcéreux  dont  la  lésion  a 
été  constatée  encore  plus  nettement  que  par  n’importe  quel 
examen  radioscopique.  Ce  sont  donc  des  malades  chirurgicaux 
qui  doivent,  dans  un  deuxième  temps  opératoire,  être  débar¬ 
rassés  de  leur  ulcère  ou  ulcéro-cancer,  ainsi  quê  je  l’ai  fait  dans 
mon  observation  II. 

Je  connais  les  objections  pratiques  que  l’on  est  en  droit  de 
faire  aux  interventions  en  deux  temps:  refus  de  la  deuxième 
opération  par  le  malade  (Qbs.  I),  prolongement  du  traitement';- 
mais  ces  inconvénients  sont  sans  importance,  puisqu’il  s’agit  de 
la  vie  du  malade  d'abord*  et  de  sa  guérison  définitive  ensuite. 
Néanmoins,  on  ne  devra  se  résoudre  à  l’opération  en  deux  temps 
que  comme  pis  aller  et  faire  l’opération  radicale  définitive  quand 
l’étât  général  du  malade  le  permettra. 

Ces  réserves  faites,  je  crois  que  nous  devons  considérer  la 
méthode  préconisée  par  Duval  comme  la  méthode  idéale  et  c(ue 
nous  devons  l’adopter  en  principe,  son  application  devânt  se  fairè 
suivant  l’état  du  malade,  en  un  temps  ou  en  deux  temps. 


Communications. 

A  propos  des  accidents  paraplégiques 
survenant  longtemps  après  une  blessure  du  rachis 
par  p achy méningite  tuberculeuse, 

par  M.  t.  TAVERNIÈR,  correspondant  national. 

La  publication  par  M.  Tuffier  d’une  observation  de  paraplégie 
survenue  longtemps  après  une  blessure  du  rachis  par  pachymé- 
ningite  tuberculeuse  m’engage  à  vous  présenter  une  observation 
entièrement  analogue,  oii  là  récidive  tardive  d’une  paraplégie  par 
blessure  de  guerre,  restée  complètement  guérie  pendant  plusieurs 


140 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


mois, 'm’avait  beaucoup  intrigué.  L’opération  montra  qu’elle  était 
due  à  une  pachyméningite  hypertrophique  tuberculeuse. 

Observation.  —  H  ..  (Etienne),  soldat  au  159e  régiment  d’infanterie, 
a  été  blessé  le  22  mars  1916  par  un  éclat  d’obus  dans  la  région  paraver¬ 
tébrale  droite  au  niveau  de  l’apophyse  de  la  4e  vertèbre  dorsale.  Il 
présenta  une  paraplégie  immédiate  sans  troubles  "des  sphincters,  avec 
anesthésie  bilatérale  remontant  à  l’ombilic. 

L’éclat  fut  enlevé  quinze  jours  après,  sans  modification  immédiate; 
aucun  renseignement  sur  l’opération. 

Au  bout  de  trois  mois,  réapparition  progressive  des  mouvements; 
l’anesthésie  a  régressé  en  même  temps,  mais  il  est  resté  une  diminu¬ 
tion  de  la  sensibilité  du  côté  droit.  Une  fistule  persiste  huit  mois,  et  se 
ferme  spontanément. 

Après  ces  huit  mois,  la  guérison  était  si  complète  que  le  blessé  fut 
repris  dans  le  service  auxiliaire. 

Pourtant,  au  bout  de  quelques  mois  la  fistule  se  rouvrit;  elle  don¬ 
nait  issue  à  un  écoulement  très  peu  abondant  qui  n’inquiétait  en  rien 
le  blessé. 

Le  22  août  1917,  après  neuf  mois  de  guérison  complète,  sauf  la  fistule, 
le  blessé  se  réveilla  le  matin  avec  une  paraplégie  complète  et  une 
anesthésie  remontant  à  l’ombilic. 

Le  25  octobre  1917,  la  paraplégie  spasmodique  persistait  complète; 
l’anesthésie  était  complète  à  gauche,  incomplète  à  droite.  Un  débride- 
ment  de  la  fistule  mène,  dit  le”  billet  d’hôpital,  sur  la  face  latérale  d’une 
vertèbre  d’où  l’on  extrait  une  cuillerée  à  café  environ  de  fongosités 
avec  de  petits  séquestres  parcellaires. 

Le  lendemain  de  l’opération  l’anesthésie  avait  régressé,  la  fistule 
guérit  en  cinq  semaines. 

Je  vis  le  blessé  en  février  1918.  Il  avait  à  ce  moment  une  paraplégie 
spasmodique  complète,  avec  exagération  des  réflexes  tendineux,  trépi¬ 
dation  épileptoïde,  Babinski  en  extension,  réflexes  crémastériens 
abolis.  La  sensibilité  était  conservée  partout,  mais  le  malade  faisait 
quelques  erreurs  de  localisation  de  la  piqûre.  La  radiographie  mon¬ 
trait  une  destruction  de  la  4e  côte  droite  au  niveau  de  son  insertion 
vertébrale,  et  un  léger  flou  de  cette  vertèbre  et  de  ses  deux  voisines. 

Le  o  février  1918,  laminectomie.  Résection  des  arcs  postérieurs  des 
2e,  3e,  4e  et  5e  vertèbres  dorsales  ;  cette  résection  est  pénible,  les  arcs 
sont  très  épaissis,  les  tissus  sous-jacents  étranglés  font  hernie  et 
gênent  la  prise  de  la  pince-gouge.  La  laminectomie  terminée,  ces 
tissus  péri-duraux  rouges  violacés  sont  incisés  jusqu’à  la  dure-mère,  ils 
sont  d’autant  plus  épais  que  l’on  remonte  vers  le  haut  de  l’incision, 
à-  ce  niveau  ils  ont  près  de  1  centimètre  d’épaisseur,  prennent  une 
apparence  fongueuse  avec  des  points  caséifiés  ressemblant  à  des 
lésions  tuberculeuses.  Au  niveau  de  la  4e  dorsale  se  trouve  un  foyer 
jaune  ocre  qui  semble  un  ancien  hématome. 

La  lésion  dépassant  par  en  haut  les  limites  de  la  laminectomie,  on 
fait  sauter  l’arc  postérieur  de  la  lre  dorsale  ;  la  lésion  remonte  encore 


SÉANCE  DU  24  JANVIER 


141 


plus  haut,  mais  comme  l’état  du  malade  paraît  assez  médiocre,  on 
arrête  là  l’intervention,  et  on  termine  par  un  coup  de  curette  sous 
l’arc  de  la  dernière  cervicale,  on  a  l’impression  d’être  à  peu  près  au 
bout  des  lésions.  Dans  toute  la  partie  exposée  l’étui  dure-mérien  a  été 
débarrassé  complètement  de  sa  gangue  postérieure  qui  ne  paraît  pas  se 
poursuivre  en  avant;  la  dure-mère  n’a  pas  été  ouverte. 

Fermeture  rapide  par  quelques  crins  totaux,  en  laissant  une  mèche 
de  gaze  au  contact  de  la  dure-mère  qui  saigne  encore  en  nappe. 

L’opéré  est  ramené  dans  son  lit,  pâle  et  très  shocké,  il  meurt  dans 
la  soirée. 

L’autopsie  montra  que  les  lésions  dépassées  par  en  bas  remontaient 
en  haut  jusqu’à  la  3e  cervicale,  au  moins  aussi  accentuées  qu’au 
siège  de  l’opération  ;  elles  formaient  une  nappe  de  fongosités  bridées  par 
les  arcs  vertébraux  qui  s’inscrivaient  en  creux  sur  elle.  Elles  parais¬ 
saient  nettement  tuberculeuses,  il  y  avait  même  au  niveau  de  la 
5e  cervicale  un  petit  abcès  froid  qui  fusait  hors  du  canal  rachidien  sur 
les  parties  latérales  de  la  vertèbre,  gros  comme  une  noisette. 

Cette  pachyméningite  externe  ne  siégeait  que  sur  la  face  postérieure 
de  l’étui  dure-mérien.  Après  ablation  de  la  moelle  et  de  ses  méninges, 
qui  sont  conservées  en  un  seul  bloc,  l’examen  des  corps  vertébraux 
ne  montra  pas  de  lésion  osseuse.  Il  semblait  donc  s’agir  d’une  pachy¬ 
méningite  hypertrophique  tuberculeuse  primitive  sans  lésion  verté¬ 
brale. 

L’examen  histologique  des  fragments  prélevés  au  cours  de  l’opé¬ 
ration  et  leur  inoculation  au  cobaye  firent  la  preuve  de  la  nature 
tuberculeuse  des  lésions  (Laboratoire  de  bactériologie  de  la  place  de 
Grenoble,  Dr  Deglos). 

On  ne  peut  guère  établir,  dans  ce  cas,  un  rapport  de  causalité 
bien. certain  entre  la  blessure  et  la  tuberculose;  mais  pourtant 
j'avais  été  vivement  frappé  de  cetle  tuberculose  survenue  chez  un 
blessé  sans  antécédent  tuberculeux,  au  siège  précis  de  la  blessure, 
quelques  mois  après  elle,  sans  les  lésions  osseuses  "qui  sont  d’ha¬ 
bitude  l’origine  des  tuberculoses  de  cetle  espèce,  et  je  serais  assez 
disposé  à  croire  que,  dans  ce  cas,  la  tuberculose  a  été  inoculée 
par  la  blessure. 

Je  dois  dire,  d’ailleurs,  qu’avant  l’opération  je  n’avais  nul¬ 
lement  songé  à  l’éventualité  d’une  tuberculose  surajoutée,  et  que 
j’avais  été  extrêmement  surpris  de  cetle  rechute  de  paraplégie 
sans  corps  étranger  persistant,  ni  récidive  d’abcès.  Je  pensais 
plutôt  trouver  quelque  foyer  inflammatoire  résiduel  subaigu 
intrarachidien  comprimant  la  moelle. 

De  quelque  façon  qu’on  interprète  l’origine  de  cette  tubercu¬ 
lose,  cette  observation  reste  un  document  intéressant  pour  écrire 
l’histoire  de  ces  curieuses  paraplégies  post-traumatiques  tardives. 


142 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Un  cas  d'hémopéricarde  sans  plaie  du  cœur, 
par  M.  lé  Dr  MAURICE  GUIBÉ,  correspondant  national. 

L’observation  de  M.  Sauvé,  qui  a  fait  l’objet  <J’un  rapport  de 
M.  Auvray  à  une  des  dernières  séances  de  la  Société,  m’a  remis  en 
mémoire  un  cas  d’hémopéricarde  sans  plaie  du  cœur,  que  j’ai  eu 
l’occasion  d’observef  et  d’opérer. 

Le  8  mai  1911,  je  suis  appelé  d’urgence  à  l'hôpital  Gochiii  pour  une. 
jeune  fille -qui  vient  de  recevoir  un  coup  dé  revolver  dans  la  poitrine 

La  balle  a  pénétré  à  la  partie  tout  à  fait  interne  du  premier  espace 
intercostal  gauche,  à  1  centimètre  environ  du  bord  du  sternum  où  se 
voit  une  plaie  à  bords  noircis  saignant  fort  peu.  Pas  d’orifice  de  sortie. 
La  palpation  du  thorax  ne  permet  de  retrouver  nulle  part  la  balle  sous 
la  peau. 

Peu  où  pas  de  renseignements  sur  la  manière  dont  elle  a  reçu  le 
coup  de  feu.  Tout  ce  qu’on  sait,  C’est  que  le  coup  a  été  tiré  à  bout 
portant. 

La  balle  ne  semble  pas  avoir  touché  la  moelle,  ni  l’œsophage  (pas  de 
vomissement  de  sang). 

Le  poumon  a-t-il  été  blessé  ?  Il  n’y  a  pas  eu  d’hémoptysie,  et  l’examen 
de  la  poitrine  ne  révèle  ni  hémothorax,  ni  pneumothorax.  Il  n’y  a  pas 
d’emphysème,  Di  d’aspiration  d’air  par  la  plaie.  Pas  de  changement 
dans  la  voix,  ni  dans  l'état  de  la  pupille  ou  de  la  coloration  de  la  faee 
d’un  côté  à  l’autre.  Le  pouls  est  égal  aux  deux  carotides  et  aux  deux 
radiales.  On  n’entend  aucun  souffle  dans  la  région-  blessée. 

L’abdomen  ne  présente  aucun  signe  permettant  de  supposer  qu’il  a 
été  intéressé  par  le  projectile. 

Mais  il  est  à  peu  près  certain  que  le  péricarde  est  lésé  et  rempli  de 
sang.  La  blessée,  une  demi-heure  environ  après  l’accident,  est  assise 
dans  son  lit,  la  figure  pâle  et  un  peu  cyanosée,  la  face  couverte  de 
sueurs,  avec  sensation  d’étouffement.  Le  pouls  est  rapide  (120),  petit, 
assez  régulier.  La  matité  cardiaque  semble  nettement  augmentée  de 
dimensions.  Les  battements  du  cœur  s’entendent  assez  bien  et  peuvent 
1  être  entendus  très  loin,  jusque  dans  l’aisselle  gauche. 

Le  diagnostic  ne  me  paraissant  pas  douteux,  j’intervins  aussitôt. 
Anesthésie  au  chloroforme  très  facile  et  sans  l’onibfe  d’üh  acCrbc. 
Etant  donné  le  siège  de  la  plaie  et  la  possibilité  de  la  blessure  d’un 
gros  tronc  de  la  base  du  cœur,  je  crois  utile  de  tailler  un  volet  qui  me 
permette  d’aborder  facilement  ces  vaisseaux.  Incision  horizontale  sur 
la  clavicule  et  résection  sous-périostée  de  la  moitié  interne  de  cet  os; 
puis  incision  verticale  sur  la  face  antérieure  du  sternum  avec  récli- 
nement  en  dehors  du  lambeau  musculo-cutané.  Section  et  résection 
du  2e,  puis  du  3?  et  du  4e  cartilage  costal.  On  tombe  ainsi  sur  un  héma¬ 
tome  rétro-sterno-costal,  pas  très  abondant,  mais  gênant  énormément 
parce  qu’il  infiltre  tout  le  tissu  cellulaire  de  la  région,  empêchant  de 


SÉANCE  DU  24  JANVIER 


143 


voir  le  cul-de-sac  pleural  antérieur.  Mais  on  ne  trouve  nulle  part  un 
vaisseau  qui  saigne. 

Dénudant  la  face  antérieure  du  péricarde,  je  l’incise,  et  aussitôt  en 
sort  un  jet  de  sang.  Pour  me  donner  du  jour,  je  fracture  les  3°  et 
4e  côtes  à  6  à  8  centimètres  de  la  section  de  leur  cartilage,  et  avec  la 
pince-gouge  je  résèque  une  partie  du  sternum. 

Agrandissant  alors  l’ouverture  du  péricarde,  j’en  extrais  quelques 
caillots  et  une  assez  grande  quantité  de  sang  noirâtre. 

Après  avoir  étanché  ce  sang,  j’inspecte  avec  soin  le  cœur,  mais 
n’observe  nulle  part  la  moindre  plaie  de  cet  organe.  Le  sang  paraît 
venir  de  la  partie  supérieure  du  péricarde  vers  sa  partie  postérieure, 
mais  il  est  impossible  de  pincer  ou  de  lier  un  point  précis.  Aussi  je 
tamponne  la  région  avec  une  petite  mèche  et  mets  à  côté  un  drain  pour 
empêcher  l’hémopéricarde  de  se  reproduire.  Puis  je  ferme  le  péricarde, 
sauf  à  sa  partie  supérieure  où  passent  mèche  et  drain.  La  plèvre,  qui  a 
été  déchirée  aü  cours  des  manipulations,  est  suturée  autant  qu’il  est 
possible.  Le  lambeau  musculo-cutané  est  alors  rabattu  et  suturé.  Pan¬ 
sement. 

L’opération  a  duré  environ  Une  heure  (8  mai,  à  23  heures). 

La  nuit  est  assez  satisfaisante.  Température,  39°. 

Le  9  mai,  au  soir,  l’interne  de  garde  est  rappelé  parce  que  le  pan¬ 
sement  est  traversé  par  du  sang.  Il  le  refait  et  me  fait  appeler  parce 
que  l’hémorragie  continue.  Le  drain  péricardique  ne  donne  nullement. 
Mais  du  sang  ou  plutôt  de  la  sérosité  très  sanglante  filtre  en  divers 
points  des  lèvres  de  l’incision.  Le  pouls  est  à  120,  bon. 

Immédiatement  la  malade  est  endormie  au  chloroforme.  Je  relève  le 
lambëau  et  enlève  les  deux  fragments  de  côtes  fracturées.  11  est  facile 
de  voit  que  l’hémorragie  est  düe  à  l’écoulement  d’une  certaine  quantité 
de  sang  qüi  s’est  épanché  dans  la  plèvre;  Après  avoir  épongé  cet 
épanchement,  j’ihspecte  le  poumon;  il  n’y  a  pas  de  lésion.  Toute  la 
plèvre  médiastinale  est  soulevée  par  un  hématome  peu  épais,  et  il 
semble  qu’un  peu  de  sang  filtre  dans  la  région  dû  hile.  Faute  de  mieux, 
je  referme  la  plèvre  en  comprenant  dans  ma  suture  le  bord  antérieur 
du  poumon  pour  essayer  d’obtenir  ainsi  le  tamponnement  du  hile. 
Drainage  de  la  cavité  pleurale  par  un  drain  en  caoutchouc. 

Le  drain  péricardique  et  la  mèche  sont  enlevés,  mais  pomme  il 
semble  y  avoir  encore  un  léger  suintement,  je  remets  une  mèche  dans 
le  péricarde,  mais  pas  de  drain.  Le  lambeau  cutané  est  rabattu  et 
suturé. 

Je  n’ai  pas  pu  suivre  là  malade,  mais  j’ai  appris  qu’elle  était  morte 
d’infection  quelques  jours  plus  tard.  Si  l’autopsie  a  été  faite,  je  n’en  ai 
pas  eu  connaissance. 

Il  s’est  vraisemblablement  agi  d’une  plaie  du  médiastin  avec  hémor¬ 
ragie  intrapéricardique  à  la  faveur  d’une  fissure  du  péricarde,  et' épan¬ 
chement  ultérieur  dans  la  plèvre  par  un  mécanisme  analogue. 

Le  traitement  était  vraiment  difficile.  Refermer  le  péricarde  purement 
et  simplement,  ce  qui  eût  été  la  meilleure  méthode  après  une  hémostase 
complète,  risquait  ici  de  laisser  se  reproduire  l’hémopéricarde  avec  tous 


144 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


ses  dangers.  Je  me  suis  donc  vu  obligé  de  drainer  cette  cavité,  ce  qui 
expose  presque  fatalement  à  l’infection.  D’autre  part,  toute  tentative 
d’hémostase  directe  était  difficile  dans  cette  région  où  la  pince  et  l’ai¬ 
guille  risquaient  de  pénétrer  dans  un  gros  vaisseau. 


Traitement  des  arthrites  •purulentes  par  V arthrotomie 
et  la  mobilisation.  Les  causes  des  échecs, 

par  M.  Cil.  WILLEMS  (de  Liège). 

Je  m’excuse  de  revenir  sur  un  sujet  que  j’ai  déjà  abordé  plus 
d’une  fois  devant  vous,  et  sur  lequel  j’ai  envoyé  une  note  à  la 
séance  du  20  décembre.  Mais  à  mesure  que  paraissent  des  rela¬ 
tions  de  cas  opérés  en  France  et  ailleurs,  je  me  rends  compte  que 
certaines  règles  fondamentales  de  la  méthode  sont  mal  appliquées, 
sinon  mal  connues,  et  que  les  échecs  ne  reconnaissent  pas 
d’autres  causes.  Je  n’ai  pu  qu’effleurer  ces  points  dans  ma  note 
précédente.  Je  demande  la  permission  d’y  insister. 

J’ai  l’habitude  de  résumer  les  règles  de  la  technique  dans  cette 
formule  :  mobilisation  active,  immédiate,  non  interrompue  et 
poussée  au  maximum. 

Le  mobilisation  doit  être  active ,  à  ^exclusion  de  tous  mou¬ 
vements  passifs  ou  mixtes.  Ceci  est  une  règle  à  laquelle  j’attache 
une  importance  majeure.  Dans  beaucoup  d’observations,  je  vois 
qu’on  a  combiné  des  mouvements  passifs  avec  les  mouvements 
actifs.  Je  n’hésite  pas  à  dire  que  cela  est  déplorable.  On  m’a 
reproché  de  ne  pas  m’être  expliqué  clairement  sur  ce  point.  Voici. 

Le  but  des  mouvements  est  de  vider  l’articulation  par  expres¬ 
sion,  et  de  remplacer  par  là  le  drainage,  si  inefficace  comme  on 
sait.  Peut-on  exprimer  un  genou  en  l’étendant  et  le  fléchissant 
passivement?  Oui,  partiellement  ;  les  surfaces  articulaires,  en 
glissant  l’une  sur  l’autre,  font  une  sorte  de  laminage  des  sécrélions 
et  les  chassent  en  partie  vers  les  plaies  d’arthrotomie.  Tandis  que 
lorsqu’on  recourt  aux  mouvements  actifs,  la  contraction  mus¬ 
culaire  applique  et  maintient  appliquée  la  synoviale  sur  la  surface 
osseuse,  et  l’expression  est  dans  ce  cas  beaucoup  plus  complète. 

La  cavité  articulaire  du  genou  peut  être  divisée  théoriquement 
en  deux  segments  :  l’espace  interosseux  et  le  cul-de-sac  sous-qua- 
dricipital.  Avec  les  mouvements  passifs,  ces  deux  parties  se  vident 
séparément.  La  flexion  vide  surtout  le  cul-de-sac,  l’extension  vide 
surtout  l’interligne.  Mais  à  chacun  de  ces  mouvements  une  partie 
du  contenu  passe  d’un  segment  dans  l’autre,  au  lieu  d’être 


SÉANCE  DU  24  JANVIER 


145 


chassée  vers  la  sortie,  et  à  aucun  moment  la  déplétion  n’est 
complète. 

Avec  les  mouvements  actifs,  au  contraire,  les  deux  surfaces 
synoviales  sont  appliquées  intimement  l’une  sur  l’autre  par  la 
contraction  musculaire,  et  le  contenu  ne  peut  en  aucune  manière 
refluer  d’une  partie  de  l’articulation  dans  l’autre.  Tout  est 
chassé  vers  la  sortie. 

Mais  il  a  y  plus.  Les  contractions  musculaires  ont  pour  effet  de 
donner  une  certaine  fixité  à  l’articulation  pendant  toute  l’excur¬ 
sion  du  mouvement.  A  aucun  moment  de  l’extension  ni  de  la 
flexion,  la  contraction  musculaire  ne  se  relâche  et  ne  lâche  par 
conséquent  l’articulation. 

Là  est  le  secret  de  l’indolence  des-mouvements  actifs.  La  dou¬ 
leur  ne  se  produit  pas  parce  que,  à  aucun  moment,  l’articulation 
n’est  abandonnée  à  la  pesanteur  et  ne  peut  par  conséquent  se 
prêter  à  aucun  autre  mouvement  que  celui,  bien  coordonné,  des 
extenseurs  et  des  fléchisseurs. 

Qu’arrive-t-il,  par  contre  d’une  articulation  traitée  par  des  mou¬ 
vements  passifs?  Elle  est  à  la  merci  de  la  moindre  déviation  de 
l’axe  des  mouvements.  Sans  doute,  si  la  mobilisation  passive 
pouvait  être  faite  exactement  dans  le  sens  de  la  flexion  et  de 
l'extension,  sans  aucune  déviation  quelconque,  on  pourrait  pro¬ 
voquer  ces  mouvements  sans  douleur,  —  à  la  condition  cependant 
que  l’expression  articulaire  soit  complète,  ce  qui  n’est  guère 
possible  par  ce  moyen.  —  Mais,  en  plus,  les  mouvements  passifs 
ne  seront  jamais  assez  strictement  précis,  faits  exactement  dans 
le  même  axe.  Un  peu  dé  déviation  sera  fatale.à  certains  moments, 
et  c’en  sera  assez  pour  faire  naître  la  douleur. 

Qu’arrive-t-il,  d’autre  part,  lorsque  l’articulation  est  immo¬ 
bilisée?  D’abord,  que  le  drainage  parfait  est  impossible  à  obtenir. 
Ensuite,  que  l’atrophie  musculaire  s’installe  très  rapidement;  que 
dès  lors,  l’articulation  devient  en  quelque  sorte  ballante.  Le 
moindre  mouvement  devient  alors  atrocement  douloureux. 

Ceux  qui  connaissent  la  méthode  de  la  mobilisation  active 
sont  frappés  de  cette  différence  :  d’une  part,  avec  l’immobilisa¬ 
tion,  sensibilité  extrême  au  moindre  mouvement,  impossibilité 
absolue  de  tout  mouvement  actif.  D’autre  part,  avec  la  mobili¬ 
sation,  possibilité  des  mouvements  actifs  grâce  à  la  conservation 
.  des  muscles  et  indolence  de  ces  mouvements. 

Je  rejette  donc  de  manière  absolue  la  mobilisation  purement 
passive  et  aussi  l’association  des  mouvements  passifs  aux  mou¬ 
vements  actifs.  Ceux-ci  seuls  doivent  être  employés. 

Une  deuxième  règle  que  je  crois  indispensable,  c’est  de  faire 
l’arthrotomie  bilatérale  longue ,  allant  depuis  le  sommet  du  çuU 


146 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


de-sac  sous-tricipital  jusque  plus  bas  que  l’interligne.  Sans 
doute,  on  voit  quelquefois  un  genou  se  drainer  très  bien  par  les 
mouvements  actifs  à  travers  une  petite  arthrotomie.  C’est  ce  qui 
arrive  dans  les  cas  simples.  Mais  souvent  on  constate,  au  bout  de 
quelques  jours,  une  tendance,  à  la  cicatrisation  des  angles  et  par 
conséquent  au  raccourcissement  des  plaies,  et  si  celles-ci  n'ont 
pas  été  très  longues  dès  l’origine,  elles  deviennent  insuffisantes 
pour  le  drainage  :  un  peu  de  rétention  se  produit,  et  c’est  l’impo¬ 
tence  fonctionnelle. 

Généralement  on  n’attache  pas  à  ces  petites  rétentions  au  cours 
de  la  mobilisation  toute  l’importance  qu’elles  méritent.  Je  puis 
affirmer,  pour  l’avoir  constaté  un  grand  nombre  de  fois,  que 
lorsqu’au  cours  de  la  mobilisation,  celle-ci  devient  tout  à  coup 
impossible,  c’est  que  quelques  gouttes  de  pus  sont  retenues,  et 
cette  rétention  minime  suffit  pour  donner  lieu  à  la  douleur  et  à 
l’impossibilité  de  mouvoin,  et  parfois  à  de  la  fièvre.  Faites  cesser 
cette  rétention,  et  vous  rappelez  immédiatement  la  mobilité 
volontaire. 

Il  faut  donc,  lorsque  l’arrêt  des  mouvements  se  produit,  non 
pas  renoncer  immédiatement  à  la  méthode  et  immobiliser,  encore 
moins  réséquer,  mais  s’assurer  d’abord  s’il  n’y  a  pas  rétention  et 
dans  ce  cas  la  faire  cesser,  et,  pour  la  faire  cesser,  il  faudra  le 
plus  souvent  agrandir  les  plaies  partiellement  recollées  et  quelque¬ 
fois  aussi  rendre  les  mouvements  plus  fréquents  et  plus  étendus. 

C’est  dire  que  la-mobilisation  active  doit  être  presque  continue. 
Il  ne  faut  accorder  au  début  aucun  répit  au  malade,  afin  de  ne 
pas  laisser  s’installer  l’atrophie  musculaire.  Une  fois  celle-ci  pro¬ 
duite,  —  et  l’on  sait  avec  quelle  rapidité  elle%pparaît  souvent,  — 
il  est  trop  tard:  les  mouvements  actifs  deviennent  impossibles  ou 
tout  à  fait  insuffisants.  C’est  pour  cela  qu’on  ne  doit  plus  essayer 
de  mobiliser  activement  une  articulation  qui  a  été  déjà  soignée 
par  d’autres  méthodes.  Si  la  méthode  n’est  pas  faite  d’emblée,  il 
ne  faut  plus  la  faire. 

J'ai  l’intime  conviction  que  la  méthode,  comprise  de  cette 
manière,  ne  connaît  pour  ainsi  dire  pas  de  contre-indications. 

Sans  doute,  il  ne  viendra  à  l’esprit  de  personne  de  faire  l’arthro¬ 
tomie  large  dans  ces  formes,  assez  rares,  d’arthrites  aseptiques, 
que  j’ai  rencontrées  de  temps  en  temps.  Ce  sont  des  cas  à  épan¬ 
chements  d’aspect  purulent,  qui  se  produisent  à  la  suite  de 
piqûres  du  genou,  avec  infection  légère  de  la  petite  plaie.  Le 
liquide  ne  renferme  aucun  germe,  mais  des  polynucléaires,  et  la 
ponction  répétée  guérit  très  bien  ces  malades.  Dans  ces  cas, 
l’absence  de  réaction  générale  constraste,  d’ailleurs,  avec  la  pré¬ 
sence  du  pus. 


SÉANGE  BU  24  JANVIER 


147 


Mais  dans  l’arthrite  suppurée  vraie,  l’arthrotomie  est  de 
rigueur.  Et  ici,  je  ne  puis  pas  admettre  la  distinction  que  l’on 
veut  faire  du  point  dé  vue  du  microbe.  Quel  que  soit  le  microbe 
en  jeu,  la  méthode  conduit  à  la  guérison.  La  seule  différence  dans 
l’évolution  est  une  différence  de  durée  de  la  suppuration.  Avec  lès 
diplocoques,  la  guérison  est,  toutes  choses  égales,  plus  rapide 
qu’avec  les  autres  pyogènes.  Avec  le  staphylocoque  elle  dure  plus 
longtemps,  et  avec  le  streptocoque,  elle  est  particulièrement 
longue.  Mais  dans  tous  les  cas  on  peut  obtenir  une  guérison  éga¬ 
lement  complète. 

La  méthode  ne  perd  pas  nécessairement  ses  droits  dans  les 
arthrites  purulentes  avec  lésions  osseuses.  J’ai  rapporté  ici  l’autre 
jour,  un  cas  de  fracture  de  la  rotule  concomitante,  où  la  guérison 
intégrale  fut  obtenue.  Je  l’ai  obtenue  aussi  dans  quantité  d’autres 
fracturçs  avec  déplacement  quelquefois  accusé,  en  ajoutant  en 
pareil  cas  l’extension  continue  à  la  mobilisation.  Mais  je  ne  veux 
pas  insister  en  ce  moment  sur  ces  cas  très  difficiles,  et  que  je 
n’engage  pas  les  néophytes  à  entreprendre.  Ceux  qui  seront  bien 
convaincus  de  la  possibilité  d’obtenir  de  bons  résultats  dans  les 
cas  sans  fractures  auront  fait  la  plus  grande  partie  de  la  route. 
Ils  apprendront  alors  assez  facilement  à  appliquer  le  procédé  aux 
fractures  et  ils  obtiendront  des  succès. 

Mais,  ainsi  que  je  le  disais  l’autre  jour,  il  faut  être  bien  per¬ 
suadé  que  la  méthode  est  d’une  application  difficile,  qu’elle 
nécessité  un  personnel  bien  stylé  et  dévoué.  Les  résultats  seront 
ce  que  sera  ce  personnel. 

Même  dans  de  très  mauvais  cas,  il  n’est  pas  impossible,  avec 
des  soins  assidus,  d’obtenir  encore  des  résultats  qui  dépassent  de 
beaucoup  ceux  des  méthodes  anciennes.  En  voici  un  exemple  que 
je  viens  d’observer. 

Une  femme  de  trente  ans  est  trépanée  pour  une  mastoïdite. 
Quinze  jours  après,  elle  fait  une  arthrite  purulente  du  genou 
gauche  et  on  trouve  du  streptocoque  dans  le  sang.  Je  lui  fais  l’arthro¬ 
tomie  bilatérale  et  la  mobilisation  active.  Malgré  les  conditions 
extrêmement  défavorables  créées  par  la  septicémie,  qui  fut  traitée 
et  guérie  par  la  propeptone  de  Nolf,  —  et  malgré  la  difficulté, 
d’obtenir  de  la  malade  l’effort  nécessaire,  —  nous  sommes 
parvenus,  je  ne  dis  pas  à  conserver  la  mobilité  intégrale,  mais  à 
guérir  l’arthrite  sans  ankylosé,  avec  une  mobilité  partielle  qui 
ira,  j’espère,  en  augmentant  dans  la  suite. 

Je  terminerai  en  disant  un  mot  de  l’arthrite  gonococcique.  Voici 
la  conception  que  je  me  fais  actuellement  du  traitement. 

Dans  la  forme  à  gros  épanchement,  la  ponction  répétée  et  la 
mobilisation  peuvent  conduire  à  elles  seules  à  la  guérison  avec 


148  SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


conservation  intégrale  de  la  fonction.  Mais  j’y  ajoute  souvent  la 
stase  de  Bier,  qui  est  également  très  utile  et  que  j’employais  seule 
autrefois.  Actuellement  j’y  ajoute  aussi  la  vaccination.  Ce  traite¬ 
ment  mixte  m’a  donné  de  très  beaux  résultats. 

Dans  la  forme  plastique,  avec  infiltration  péri-articulaire  domi¬ 
nante,  si  rapidement  ankylosante,  je  pense  que,  dans  l’état  actuel 
de  la  question,  le  meilleur  traitement  consiste  dans  l’arthro¬ 
tomie  avec  nettoyage  articulaire,  la  fermeture  sans  drainage,  et 
la  mobilisation  active. 

Enfin,  dans  les  formes  nettement  purulentes,  c’est  la  double 
arthrotomie  laissée  ouverte  et  la  mobilisation  active,  comme  dans 
toutes  les  autres  arthrites  suppurées. 

En  conclusion,  je  résumerai  dans  les  propositions  suivantes  les 
principales  règles  de  la  technique  : 

1°  Arthrotomie  bilatérale  longue. 

2°  Mobilisation  .purement  active,  commencée  immédiatement, 
faite  pour  ainsi  dire  sans  interruption  et  poussée  au  maximum 
d’excursion  des  mouvements. 

3°  Si  le  malade,  après  avoir  bien  mobilisé  d’abord,  cesse  à  un 
moment  donné  de  pouvoir  faire  les  mouvements,  qui  sont  devenus 
douloureux,  ne  pas  renoncer  à  la  méthode  sans  plus  ample  examen , 
ne  pas  immobiliser,  ne  pas  réséquer,  mais  s’assurer  d’abord  s’il 
n’y  a  pas  un  peu  de  rétention,  laquelle,  si  minime  qu'elle  soit, 
peut  expliquer  l’arrêt  des  mouvements.  Si  cette  rétention  existe, 
la  faire  cesser  par  le  décollement  des  lèvres  de  la  plaie,  efpar  des 
mouvements  actifs  plus  complets  et  plus  fréquents.  Si  cette  règle 
était  toujours  suivie,  on  éviterait  très  fréquemment  la  résection, 
sinon  toujours.  Pour  ma  part,  je  n’ai  plus  fait  qu’une  seule  résec¬ 
tion  du  genou  pour  arthrite  purulente  depuis  que  je  fais  la  mobi¬ 
lisation. 

4°  Ne  pas  oublier  qu’il  y  a  de  grandes  différences  chez  les 
malades  quant  à  la  facilité  avec  laquelle  on  obtient  les  mouve¬ 
ments  passifs.  Avec  des  lésions  comparables,  on  voit  tel  malade 
saisir  d’emblée  ce  qu’on  attend  de  lui,  et  contracter  méthodi¬ 
quement  ses  fléchisseurs  et  ses  extenseurs,  tandis  que  tel  autre 
s’épuisera  en  vains  efforts  pour  contracter  en  masse  toute  la  mus¬ 
culature  de  son  membre.  Ce  dernier  doit  être  éduqué  avec  patience 
et  être  surveillé  à  tout  moment  jusqu’à  ce  qu’il  ait  appris  à 
contracter  les  muscles  qu’il  faut.  Il  pourra  se  faire  que  le  malade 
n’arrive  pas,  malgré  tout,  à  mobiliser  suffisamment.  C’est  très 
rare.  Mais  même  alors,  le  peu  de  mobilisation  qu’on  aura  obtenu 
conduira  à  la  guérison  par  ankylosé  et  la  résection  pourra  être 
évitée. 

5°  La  nature  du  microbe  ne  doit  pas  entrer  en  ligne  de  compte 


SÉANCE  DU  24  JANVIER 


149 


pour  les  indications  de  la  méthode.  Elle  est  applicable  à  tous  les 
cas,  qu’il  s’agisse  de  n’importe  quel  microbe.  En  particulier  le 
staphylocoque  ni  même  le  streptocoque  ne  constituent  pas  du  tout 
une  contre-indication.  Ils  n’influencent  que  la  durée  de  la  suppu¬ 
ration,  qui  est  notablement  allongée,  surtout  pour  le  streptocoque. 

M.  Arrou.  —  M.  Willems  proscrit  le  mouvement  imprimé  à  la 
lointure  arthrotomisée  par  une  autre  personne  que  l’opéré  lui- 
même.  Il  est  cependant  des  cas  où  ce  mouvement  provoqué  sauve 
la  situation.  C’est  ainsi  que  je  me  suis  heurté  un  jour  au  refus 
d’un  brave  garçon,  qui,  souffrant  trop  après  arthrotomie,  ne 
voulait  plus  fléchir  ni  étendre  lui-même  son  genou.  Je  dus  pro¬ 
céder  à  la  flexion  et  à  l’extension,  celles-ci  donc  toutes  passives. 
Le  résultat  fut  heureux.  Vidée  par  ces  mouvements  provoqués 
(le  pus  giclait  par  les  deux  longues  ouvertures),  l’articulation 
cessa  peu  à  peu  d’être  douloureuse,  put  êtie  «  travaillée  »  par 
'  des  mouvements  spontanés,  et  finalement  guérit  en  trente- cinq 
jours  avec  intégrité  des  mouvements.  Ce  malade  vous  a  été 
présenté  ici  par  moi,  au  nom  de  mon  interne  Truflert,  il  y  a  deux 
ans  environ. 

M.  Willems.  —  Voici  mon  opinion  à  propos  de  la  question  de 
savoir  si  la  mobilisation  passive  ne  peut  pas  remplacer  les  mouve¬ 
ments  actifs  dans  les  cas  où  ceux-ci  sont  absolument  impossibles 
à  obtenir. 

D’abord,  ne  jamais  commencer  par  des  mouvements  passifs.  Si, 
au  cours  de  la  mobilisation,  le  malade,  tout  à  coup,  refuse  de 
continuer,  à  cause  des  douleurs,  il  faut,  avant  toute  autre  chose, 
aller  voir  ce  qui  se  passe  dans  l’arliculation.  Ordinairement,  ce 
sera  de  la  rétention,  et  c’est  cette  rétention  qu’il  faut  faire  cesser 
pour  obtenir  le  retour  des  mouvements  actifs. 

Lorsque,  décidément,  on  n’y  arrive  plus,  il  est,  je  pense,  préfé¬ 
rable  de  mobiliser  passivement  que  de  ne  rien  faire  du  tout. 

Si  incomplète  que  soit  l’expression  articulaire  par  mouvements 
.  passifs,  ce  sera  toujours  mieux  que  de  placer  des  drains. 

Mais,  j’y  insiste,  il  faut  réserver  ce  moyen  pour  le  cas  où  tout 
a  été  essayé  en  vain  pour  continuer  la  mobilisation  active. 

A  M.  Auvray,  je  répondrai  que  je  ne  suis  pas  partisan  de  la 
stomie.  Elle  est  plus  nuisible  qu’utile,  en  compliquant  la  technique 
et  en  donnant,  en  somme,  une  brèche  moins  large  que  celle  des 
arthrotomies  longues  laissées  complètement  ouvertes. 

Je  ne  suis  pas  partisan  non  plus  des  nettoyages  à  l’éther.  Je  ne 
fais  jamais  dans  les  articulations  suppurées  aucune  injection. 


SOCIÉTÉ  DE  CUIRURGIÈ 


iSô 


Présentations  de  malades. 

Autoplasties  faciales  par  lambeau  à  pédicule  tubulé, 
par  M.  MOURE. 

Renvoyé  à  une  Commission  dont  M.  Lenormant  est  nommé 
rapporteur. 


Tumeur  pararénale  droite  ;  section  de  la  veine  cave 
et  suture  circulaire  ;  anurie  post-opératoire  ;  guérison, 

par  M.  ROBINEAU. 

J'ai  opéré  B...,  âgée  actuellement  de  trente-neuf  ans,  lé 
16  juillet  1920,  pour  une  volumineuse  tumeur  pararénale  droite 
qui  évoluait  depuis  quatre  mois,  et  remplissait  tout  le  côté  droit 
de  l’abdomen  et  le  petit  bassin;  elle  pesait  plus  de  9  kilogrammes; 
elle  englobait  le  rein  et  la  capsule  surrénale  ;  d’après  l’examen 
histologique,  il  s’agissait  de  fibro-lipo-sarcome  avec  prédomi¬ 
nance  du  tissu  fibreux.  Je  pense  que  j’ai  enlevé  la  totalité  de  la 
tumeur,  puisqu’il  n’y  a  pas  encore  de  récidive  depuis  deux  ans 
et  demi,  et  que  la  santé  générale  reste  excellente. 

Cependant  l’opération  a  été  marquée  par  un  incident  très  grave, 
dont  les  suites  m’ont  causé  de  vives  inquiétudes.  La  veine  cave  a 
été  coupée,  ou  plutôt  réséquée,  juste  au-dessus  du  pédicule  du 
rein  gauche.  Je  savais  bien  les  connexions  intimes  des  grosses 
tumeurs  pararénales  droites  avec  la  veine  cave,  et  j’avais  eu  soin 
de  disséquer  le  segment  inférieur  de  la  veine;  mais  près  du  foie  je 
n’avais  pu  poursuivre  cette  dissection,  le  vaisseau  étant  inclus 
entre  deux  prolongements  de  la  tumeur.  En  raison  de  son  poids, 
celle-ci  avait  attiré  la  veine  cave  en  dehors,  en  la  coudant;  j’ai 
donc  vu  deux  énormes  veines  presque  parallèles,  se  dirigeant  vers 
le  hile  du  rein  ;  j’ai  mis  une  pince  sur  chacune,  et,  la  tumeur  étant 
enlevée,  j’ai  constaté  que  j’avais  réséqué  un  segment  complet  de 
la  veine  cave  sur  1  centimètre  et  demi  de  haut  environ. 

La  section  passait  dans  l’abouchement  de  la  veine  rénale 
gauche  ;  il  était  donc  interdit  de  faire  une  ligature  ;  j’ai  fait  une 
suture  circulaire  au  fil  de  lin  avec  une  aiguille  ordinaire,  sur  trois 
points  d’appui;  suture  totale  en  un  plan,  qui  s’est  montrée  par¬ 
faitement  étanche.  J’ai  tout  lieu  de  croire  qu'il  ne  s’est  pas  pro- 


SEANCE  DU  24  JANVIER 


isi 


duit  ultérieurement  de  thrombose  au  niveau  de  la  suture  ;  la  veine 
rénale  aurait  été  oblitérée  et  le  fonctionnement  du  rein  unique 
définitivement  arrêté. 

Il  est  vrai  que  c.e  fonctionnement  à  été  extrêmement  compromis 
pendant  les  dix  premiers  jours.  L’anurie  a  été  complète  pendant 
deux  jours,  puis  la  diurèse  est  montée  progressivement  jusqu’à 
80  grammes  le  sixième  jour  (avec  une  concentration  uréique  infé¬ 
rieure  à  5  grammes)  ;  elle  est  devenue  normale  seulement  le 
onzième  jour.  Pendant  ce  temps,  l’urée  sanguine  montait  jusqu’à 
près  de  4  grammes  le  dixième  jour,  pour  redescendre  à  la  normale 
le  vingtième  jour;  mais  l’azote  résiduel  du  plasma  n’a  jamais 
dépassé  0  gr.  23  ou  Q  gr.  26.  Chabanier,  qui  a  suivi  de  très  près 
ce  cas,  attribue  à  ce  dernier  fait  l’absence  de  troubles  urémiques; 
en  effet,  malgré  les  troubles  si  inquiétants  de  l’élimination 
urinaire,  la  malade  se  portait  parfaitement  bien,  ne  se  plaignait 
de  rien  et  cicatrisait  normalement  sa  plaie. 

Chabanier  estime  que  les  troubles  urinaires  ont  été  causés  par 
une  néphrite  aiguë  post-opératoire  ;  il  faut  l’attribuer,  je  crois, 
à  l’arrêt  de  la  circulation  veineuse  du  rein  unique  par  la  pince 
hémostatique  pendant  les  dix  à  quinze  minutes  employées  à 
suturer  la  veine  cave,  plutôt  qu’à  cette  suture  elle-même.  Cepen¬ 
dant,  en  relisant  le  rapport  de  Lecène  au  Congrès  de  Chirurgie 
de  1919,  j’ai  noté  que  deux  opérés  ont  succombé  à  l’anurie,  sans 
qu’il  soit  fait  mention  de  lésions  vasculaires.  Chez  ma  malade, 
l’anurie  a  été  traitée  par  le  sérum  glucosé  à  haute  dose;  elle 
paraît  s’en  être  bien  trouvée  et  sa  néphrite  a  complètement  guéri. 

Les  faits  de  suture  totale  de  la  veine  cave  au-dessus  des  rénales 
sont  très  rares  ;  on  a  très  souvent  pratiqué  des  ligatures  latérales, 
ou  des  sutures  latérales  de  ce  vaisseau  ;  il  y  a  plusieurs,  exemples 
de  ligature  totale  de  la  veine  au-dessous  des  rénales.  Dans  mes 
recherches  bibliographiques,  je  n'ai  trouvé  qu’un  exemple  de 
suture  circulaire  entre  les  pédicules  des  reins  et  le  foie;  il  appar* 
tient  à  (Jllman,  de  Vienne  ( Congrès  de  Chirurgie ,  1906,  p.  131)  ; 
au  cours  de  l’ablation  d’une  tumeur  de  l’estomac  ou  du  pancréas, 
Ullmann  a  été  obligé  de  réséquer  un  segment  de  la  veine  cave,  et 
a  fait  la  suture  avec  succès  ;  il  ne  parle  pas  de  troubles  urinaires 
consécutifs.  Les  complications  urinaires  Sont,  à  mon  sens,  le  gros 
écueil  de  la  chirurgie  de  la  veine  cave  au-dessus  des  rénales,  car 
l’arrêt  de  la  circulation  veineuse  des  reins,  même  de  courte  durée, 
nécessité  par  l’hémostase  temporaire,  compromet  gravement  le 
fonctionnement  des  reins.  Au  contraire,  il  est  démontré  depuis 
bien  des  années,  qu’on  peut  faire  toutes  les  interventions  sur  la 
veine  cave,  au-dessous  des  rénales,  sans  faire  courir  le  moindre 
risque  aux  opérés. 


152 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Présentation  de  radiographies. 

Sur  la  réduction  non  sanglante  des  énucléations 
du  semi-lunaire , 

par  M.  ALBERT  MOUCHET. 

Pour  répondre  au  désir  exprimé  le  6  décembre  dernier  par 
M.  Pierre  Delbet,  j’ai  cru  devoir  vous  apporter  à  nouveau  — car 
elles  ont  déjà  été  montrées  à  la  Société  de  Chirurgie  le  15  juillet 
1914  par  mon  regretté  maître  A.  Demoulin  dans  son  rapport  — 
les  radiographies  d’un  cas  typique  d’énucléation  du  semi-lunaire 
que  nous  avions  adressées,  mon  collègue  Mathieu  et  moi,  à  cette 
Société  le  24  juin  1914.  Cette  énucléation,  compliquée  de  fracture 
de  la  base  de  l’apophyse  styloïde  du  radius,  a  pu  être  aisément  et 
parfaitement  réduite  au  bout  de  trois  jours  sous  l’anesthésie 
générale. 

Il  ne  peut  y  avoir  aucun  doute  :  il  y  a  déplacement  en  avant  du 
semi-lunaire  avec  rotation  de  plus  de  90°.  La  face  inférieure  du 
semi-lunaire  regarde  tout  entière  en  avant  et  même  légèrement 
en  haut.  Or,  sous  anesthésie  générale,' par  simples  manœuvres 
externes,  la  reposition  a  été,  je  le  répète,  aisée  et  complète. 

A  cette  observation  était  jointe  une  autre  observation  identique 
d’énucléation  du  semi-lunaire,  mais  non  compliquée  de  fracture 
du  radius.  La  réduction  fut  tout  aussi  facile  et  complète  au  bout 
de  quatre  jours,  sous  la  narcose  chloroformique.  Malheureu¬ 
sement,  je  n’avais  pas  les  radiographies  de  cette  observation  en 
double  et,  la  guerre  étant  survenue,  ces  radiographies  sont  restées 
dans  les  papiers  de  M.  Demoulin. 

Il  me  paraît  donc  absolument  prouvé  qu’une  énucléation  du 
semi-lunaire  peut  être  réduite  sous  anesthésie  générale  par  simples 
manœuvres  externes  dans  les  premières  semaines  qui  suivent 
l’accident. 


Kyste  de  l'humérus  et  greffe  osseuse;  résultat  éloigné, 
par  M.  ALBERT  MOUCHET. 

Les  radiographies  que  je  fais  passer  sous  vos  yeux  montrent 
l’heureux  effet  d’une  greffe  ostéo-périostique  de  Delagenière 
destinée  à  combler  la  cavité  d’un  kyste  osseux  «  essentiel  »  de 
l’extrémité  supérieure  de  l’humérus  droit  chez  un  garçon  de  dix  ans. 


SÉANCE  DU  24  JANVIER 


153 


Ce  kyste  découvert  il  y  a  deux  ans  à  l’occasion  d’une  fracture 
avait  été  évidé  une  première  fois  :  la  cavité  avait  paru  se  combler 
et  le  cal  semblait  solide  cliniquement  et  radiographiquement 
(obs.  I,  Thèse  doctorat  Le  Gac,  1921-1922).  Un  an  plus  tard, 
presque  jour  pour  jour,  nouvelle  fracture  sans  traumatisme  net  : 
nouvel  évidement.  C’est  à  cette  occasion  que  je  signalai  l’obser¬ 
vation  de  cet  enfant  à  la  Société  de  Chirurgie  (12  mai  1922). 

Cette  fois,  je  complétai  l’évidement  du  kyste  par  le  placement 
au  sein  de  sa  cavité  de  quatre  greffons  (à  la  Delagenière)  empruntés 
à  la  face  interne  du  tibia. 

Vous  constatez  sur  ces  radiographies  prises  successivement 
sept  jours,  un  mois  et  six  mois  après  la  greffe  le  travail  de  conden¬ 
sation  osseuse  qui  s’est  produit,  il  est  très  fortement  accentué  sur 
la  dernière  radiographie  prise  six  mois  après  l’opération. 

Etant  donnée  la  possibilité  d’une  fracture  nouvelle  d’un  kyfte 
osseux  déjà  évidé,  je  crois  qu'il  conviendrait  de  ne  pas  se  contenter 
de  l'evidement,mais  d’y  ajouter  une  greffe  osseuse.  On  aurait  toutes 
chances  de  prévenir  ainsi  une  fracture  itérative.  La  greffe  de  Dela¬ 
genière,  si  bénigne  et  si  efficace,  est  un  acte  complémentaire  dont  il 
y  a  lieu  de  faire  bénéficier  le  malade-,  celte  greffe  doit  être  employée 
aussitôt  après  l’évidement. 

M.  Rouvillois  nous  a  montré  dans  la  séance  du  22  novembre  1922 
un  beau  résultat  de  greffe  de  Delagenière  appliquée  à  un  kyste  du 
tibia;  il  n’avait  eu  recours  à  la  greffe  qu’au  bout  de  cinq  mois 
après  l’évidement. 

Je  crois  qu’il  y  a  tout  avantage  à  employer  cette  greffe  aussitôt 
après  l’évidement  avant  de  fermer  la  plaie. 


Luxation  larso-métatar sienne.  Réduction  sans  opération , 
par  M.  A;  LAPOlNTE. 

Les  luxations  tarso-métatarsiennes  sont  rares.  Je  n’en,  ai  vu 
que  deux  cas  :  une  ancienne,  avec  adaptation  fonctionnelle  suffi¬ 
sante  pour  contre-indiquer  toute  opération;  une  récente,  que  j’ai 
pu  très  facilement  réduire  et  dont  je  vous  apporte  les  radio¬ 
graphies. 

Une  ménagère  de  quarante-quatre  ans,  chaussée  d’une  pan¬ 
toufle  en  feutre,  était  montée  sur  une  table.  Pour  descendre,  elle 
pose  le  pied  droit  sur  un  tabouret  qui  bascule. 

Elle  éntre  le  lendemain  dans  mon  service  et  je  l’examine  le 
17  janvier,  moins  de  quarante-huit  heures  après  l’accideDt. 


154 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Toute  la  face  dorsale  du  pied  est  tuméfiée,  ecchymotique.  La 
voûte  plantaire,  très  accusée  du  côté  sain,  est  complètement 
affaissée;  l’avant-pied,  dévié  en  dehors,  fait  avec  le  tarse  un  angle 
dont  le  sommet  répond  à  la  tubérosité  au  5e  métatarsien.  La  forme 
du  pied  rappelle,  avec  exagération,  celle  d’un  pied  plat  valgus. 

Le  gonflement  n’est  pas  tel  qu’on  ne  puisse  explorer  méthodi¬ 
quement  le  squelette  et  reconnaître  : 

1°  Sur  le  bord  interne  :  la  situation  normale  des  trois  reliefs, 
malléole  interne,  tête  de  l’astragale,  tubérosité  du  scaphoïde;, 
puis,  en  avant  du  grand  cunéiforme,  un  vide,  à  la  place  de  la  tête 
du  1"  métatarsien; 

2°  Sur  le  bord  externe  :  une  saillie,  débordant  et  masquant  le 
cuboïde;  c’est  la  tête  du  5e  métatarsien,  rapprochée  d’au  moins 
2  centimètres  du  sommet  de  la  malléole  externe; 

3°  Sur  le  dos  du  pied,  devant  les  2e  et  3e  cunéiformes  ;  une 
saillie  abrupte  formée  par  la  base  du  1er  métatarsien. 

Tous  les  mouvements  actifs  de  l’avant-pied  sont  supprimés;  les- 
mouvements  passifs  sont  très  douloureux;  ils  ne  provoquent 
aucune  crépitation.  Il  est  impossible  de  faire  un  autre  diagnostic 
que  celui  de  luxation  totale  du  métatarse  en  dehors  et  en  haut. 

Voici  les  radiographies  que  j’ai  pu  obtenir  sans  attendre  au  len¬ 
demain,  contrairement  à  la  pratique  habituelle  dans  nos  hôpitaux. 

Elles  ne  servirent  qu’à  préciser  les  détails  :  les  cinq  métatar¬ 
siens  sont  repoussés  d’un  cran  en  dehors;  la  base  du  premier 
déborde  d’un  tiers  *de  son  épaisseur  environ  le  bord  supérieur  du 
bloc  cunéen;  pas  de  diastasis  notable  entre  les  deux  premiers 
métatarsiens  ;  léger  diastasis  entre  les  deux  premiers,  cunéiformes  ; 
aucune  lésion  osseuse  visible. 

Sur  la  foi  des  auteurs,  qui  ont  décrit  des  manoeuvres  de  réduc¬ 
tion  dépourvues  de  simplicité,  je  m’attendais  à  de  grandes  diffi¬ 
cultés  et  j’étais  prêt  à  prendre  le  bistouri. 

Je  n’ai  jamais  eu  moins  d’efforts  à  faire  pour  réduire  une  luxa¬ 
tion.  Sous  rachi-anesthésie — j’aurais  peut-être  pu  m’en  passer  — 
je  poussai  de  ma  droite  l’avant-pied  en  sens  inverse  du  déplace¬ 
ment,  tandis  que  mon  pouce  gauche  appuyait  sur  la  tête  du 
1er  métatarsien.  Tout  reprit  sa  place  en  moins  de  temps  qu’il  n’en 
faut  pour  le  dire.  * 

Quelques  tours  de  bande  plâtrée  fixèrent  la  réduciion. 

D’après  les  documents  réunis  par  MM.  Quénu  et  Kjiss  dans 
leur  gros  travail  (1),  une  réduction  de  luxation  du  métatarse 
peut  passer  pour  un  événement  tout  à  fait  exceptionnel. 

(1)  E.  Quénu  et  G.  Küss.  Les  luxations  du  métatarse.  Revue  de  Chirurgie, 
t.  XXIX  et  XL,  1909. 


SÉANCE  DU  24  JANVIER 


155 


Ainsi,  pour  la  luxation  dorsale  externe,  type  habituel  du  dépla¬ 
cement,  sur  16  cas,  qui  datent  tous  de  l’ère  radiologique,  il  n’y  en 
a  qu’un  qui  ait  été  réduit  :  celui  de  Baumgartner.  Et  à  la  lecture 
de  l’observation,  il  semble  bien  que  la  réduction,  tentée  trois 
jours  après  l’accident,  n’ait  pas  été  beaucoup  plus  difficile  que 
dans  mon  cas. 

Sur  16  cas,  15  luxations  non  réduites  !  Il  y  a  de  quoi  s’étonner. 

L’irréductibilité  primitive  existe,  c’est  certain.  On  comprend 
même  qu’elle  soit  fréquente,  vu  que  le  déplacement  du  métatarse 
est  souvent  compliqué  de  lésions  du  squelette,  et  qu’il  s’agit  de 
luxations-fractures.  De  là,  sans  doute,  les  quatre  échecs  des  tenta¬ 
tives  de  réduction  précoce,  dans  les  trois  ou  quatre  premiers  jours, 
qui  figurent,  dans  les  relevés  de  Quénu  et  Küss,  en  regard  de 
l’unique  succès  de  Baumgartner. 

Mais  cette  irréductibilité  primitive  ne  suffit  pas  à  expliquer  ia 
proportion  formidable  des  luxations  non  réduites.  Dans  11  cas 
sur  16,  on  n’a  pas  essayé  de  réduire  dans  les  tout  premiers  jours, 
soit  qu’on  n’ait  pas  fait  le  diagnostic  en  temps  voulu,  soit  qu’on 
ait  admis,  a  priori ,  que  ce  serait  perdre  son  temps  que  de  chercher 
à  réduire. 

Il  y  a  eu  là  des  omissions  regrettables.  Une  luxation  du  méta¬ 
tarse  doit  être  reconnue  aussi  vite  qu’une  luxation  de  l’épaule  et 
traitée  dans  les  mêmes  conditions,  c’est-à-dire  soumise  à  des 
manœuvres  de  réduction  aussi  précoces  que  possible. 

Alors,  les  cas  analogues  à  celui  de  Baumgartner  et  au  mien  se 
multiplieront,  et  on  verra  moins  de  luxations  anciennes. 


Le  Secrétaire  annuel, 
M.  Ombrédanne. 


Paris.  —  L.  Maretheux,  imprimeur,  1, 


SÉANCE  DU  31  JANVIER  1923 


Présidence  de  M.  Mauclaire. 


Procès-verbal. 

La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  mise 
aux  voix  et  adoptée. 


Correspondance. 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  de  la 
2°.  —  Une  lettre  de  M.  Sebileau,  qui  pose  sa  candidature  au. 
titre  de  membre  honoraire  de  la  Société- 

, :  ,  3°.  -r—  Une  lettre  de  M.  Simon,  remerciant  la  Société  de  l’hon¬ 
neur  qu’elle  lui  a  fait  en  couronnant  son  mémoire  sur  la  Greffe 
osseuse. 

4°.  —  Une  lettre  du  Dr  Jacob,  s’excusant  de  ne  pouvoir  assister 
à  la  séance. 


A’propos  de  la  correspondance. 

Un  travail  du  Dr  Girode,  sur  Huit  observations  d’ulcères 
duodéno-gastriques  perforés. 

M!  Delbet,  rapporteur. 


Rapports. 

L'anesthésie  des  splanchniques  dans  la  néphrectomie , 
par  MM.  H.  Billet  et  J.  Maisonnet. 

Rapport  de  M.  MAURICE  CHEVASSU. 

11  y  a  un  assez  long  temps  déjà,  MM.  Billet  et  Maisonnet,  profes¬ 
seurs  au  Val-de-Grâce,  avaient  déposé  sur  notre  bureau  cinq  obser- 

8BLL.  RT  NÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CHIR.,  1923.  —  N°  4.  12 


158 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


valions  de  néphrectomies  pratiquées  au  moyen  de  l’anesthésie 
des  splanchniques.  J’étais  inscrit  pour  faire  un  rapport  sur 
cet  intéressant  travail  quand  les  suffrages  récents  ont  fait  de  l’un 
des  deux  auteurs,  M.  Billet,  aujourd’hui  professeur  à  la  Faculté 
libre  de  Lille,  notre  membre  correspondant.  Il  pourrait  donc  lui- 
même  venir  défendre  devant  nous  l’anesthésie  qu'il  a  si  bien 
étudiée  et  en  laquelle  il  est  si  habile.  Mais  il  m’a  confirmé  le 
désir  qu’il  avait  que  rien  ne  fût  changé  au  rapport  prévu  sur  le 
travail  que  M.  Maisonnet  et  lui  m’avaient  confié.  Comme  cette 
question  n’a  été  jusqu’ici  qu’à  peine  effleurée  devant  vous,  je 
souscris  bien  volontiers  au  désir  de  notre  nouveau  collègue. 

Voici  d’abord  les  cinq  observations  : 

Obs.  I.  —  Ch...  (Paul),  soldat  à  la  2e  section  d’ouvriers  d’aviation. 
Tuberculose  rénale  droite,  confirmée  par  l’examen  direct  de  l’urine 
droite  et  l’inoculation.  Réaction  à  l’antigène  de  Besredka  très  positive. 
Rein  gauche  normal,  polyurie  expérimentale  et  éliminations  normales. 
Constante  d’Ambard  égale  à  0,070. 

Le  12  juillet  1921,  néphrectomie  par  l’incision  de  Guyon  (Maisonnet), 
anesthésie  des  plans  pariétaux  par  infiltration  par  une  solution  de 
cocaïne  à  1/200.  Une  série  d’injections  plus  profondes  èont  faites  tout 
le  long  de  la  masse  sacro-lombaire  de  la  1 1°  côte,  jusqu’à  la  2e  lom¬ 
baire.  Le  malade,  très  émotif,  présente  à  la  suite  de  l’injection,  qui 
représente  environ  25  centigrammes  de  cocaïne,  un  peu  d’ivresse 
cocaïnique.  Anesthésie  du  splanchnique  droit  (Billet)  par  la  technique 
classique.  On  emploie  50  cent,  cubes  de  solution  de  néocaïne  àl  p.  100.' 

L’anesthésie  a  été  excellente,  le  malade  accuse  à  peine  quelques 
douleurs  pendant  la  traversée  des  plans  superficiels,  mais  la  décortica¬ 
tion  et  l’ensemble  des  manœuvres  sur  le  rein  sont  complètement 
indolores. 

L’opération  se  passe  sans  incidents  et  d,ure  trente-cinq  minutes 
environ.  Rein  gros,  bosselé,  recouvert  de  granulations,  trois  cavernes  à 
l’intérieur. 

Le  malade  ne  présente  à  la  suite  de  l’opération  aucun  choc  opéra¬ 
toire,  et  ne  donne  pas  dans  les  heures  qui  suivent  l’impression  d’un 
malade  ayant  subi  une  intervention.  Aucun  changement  de  la  tension 
artérielle;  le  pouls,  qui  était  avant  l’intervention  à  80,  passe  immédiate¬ 
ment  après  elle  à  90,  et  se  maintient  à  cette  rapidité  dans  les  jours  qui 
suivent  l’opération;  l’évolution  se  fait  très  simplement,  le  malade  urine 
spontanément  deux  heures  après  l’opération  (550  grammes  dans  les 
vingt-quatre  heures)  et  la  guérison  se  fait  per,  primam.  Au  moment 
de  la  sortie  du  malade,  l’état  général  est  très  satisfaisant.  Augmenta¬ 
tion  de  poids,  urines  normales. 

Cette  observation  a  fait  l’objet  d'une  communication  que 
M.  Billet  est  allé  présenter  au  Congrès  franco-polonais  de  Varsovie 
en  septembre  1921.  J’ai  tenu  à  vous  la  résumer  ici  parce  qu’elle 


SÉANCE  DU  31  JANVIER 


139 


représente  là  première  des  néphrectomies  pratiquées  par  MM.  Billet 
et  Maisonnet  sous  anesthésie  splanchnique. 

Obs.  II.  —  Dep...  (Louis),  soldat  au  171e  régiment  d’infanterie.  Tuber¬ 
culose  rénale  gauche,  confirmée  par  l’inoculation. 

Réaction  à  l’antigène  de  Besredka,  positive.  Rein  droit  normal, 
polyurie  expérimentale  et  éliminations  normales.  Constante  d’Am- 
bard,  0,068. 

Le  16  novembre  1921,  néphrectomie  gauche  (Maisonnet).  Anesthésie 
(Billet)  du  splanchnique  gauche  (50  cent,  cubes  de  néocaïne  à  1  p.  100). 
Anesthésie  pariétale  traçante  à  la  néocaïne  à  1/200  :  50  cent,  cubes 
environ.  L’anesthésie  des  plans  pariétaux  est  juste;  suffisante  et  l’on  est 
gêné  pendant  la  traversée  des  plans  musculaires  par  les  mouvements 
du  malade  et  la  propulsion  du  péritoine;  dans  la  loge  rénale,  on  con¬ 
state  au  'niveau  du  pédicule  une  boule  d’œdème  correspondant  à 
l’injection  de  néocaïne.  Malgré  la  présence  d’un  pédicule  court,  la 
décortication  du  rein,  la  ligature  du  pédicule  et  sa  section  ne  sont  pas 
douloureuses,  et  l’on  a  l’impression  très  nette  que  l’anesthésie  seule 
des  plans  musculaires  à  la  partie  supérieure  doit  être  complétée.  Rein 
tuberculeux  typique. 

La  tension  artérielle,  qui  était  avant  l’intervention  de  18-4 1 ,  n’est  pas 
modifiée.  Le  pouls  est  à  100. 

Dans  les  heures  qui  suivent  l’intervention,  le  malade  esten  excellent 
état;  il  ne  souffre  pas  dans  les  jours  qui  suivent  et  demande  instam¬ 
ment  à  rester  dans  la  salle  commune  atec  ses  camarades.  Il  urine 
deux  heures  après  l’opération.  Fermeture  de  la  plaie  per  primam. 
Actuellement,  les  phénomènes  de  cystite  sont  en  décroissance  et  le 
malade  a  repris  3  kilogrammes. 

Obs.  III.  —  M.  Bar...,  fonctionnaire  colonial.  Tuberculose  rénale 
gauche  confirmée  par  l’examen  direct  et  l’inoculation  de  l’urine 
gauche.  Rein  droit  normal,  polyurie  et  élimination  normales  du  côté 
droit.  Constante  d’Ambard  0,107.  Cystite  très  marquée,  malade  très 
obèse. 

1°  Anesthésie  (Billet),  du  splanchnique  gauche.  Injection  suivant 
la  technique  classique  de  50  cent,  cubes  de  néocaïne  à  1  / 100. 

2°  Anesthésie  tronculaire  paravertébrale  de  D  10,  D  II,  D  12  et  L  I 
à  la  néocaïne  à  1/200.  80  cent,  cubes  de  liquide  environ  sont  utilisés. 

Néphrectomie  par  l’incision  de  Guyon,  17  novembre  1921  (Maisonnet). 

Rein  volumineux,  bosselé,  avec  périnéprite  scléro-lipomateuse. 
L’anesthésie  est  excellente,  aussi  bien  a.u  niveau  des  plans  pariétaux 
que  de  la  loge  rénale.  Elle  permet  chez  un  malade  très  gras  une 
néphrectomie  difficile.  Après  section  du  pédicule,  les  fils  de  ligature 
échappent.  Tamponnement  de  la  loge  qui  arrête  complèlement  l’hémor¬ 
ragie.  L’on  retrouve  les  vaisseaux  qui  sont  liés  à  nouveau.  Ces  diffé¬ 
rentes  manœuvres  se  font  sans  douleurs  en  présence  d’un  confrère, 
parent  du  malade. 

•  Comme  dans  les  observations  précédentes,  les  suites  opératoires 
sont  remarquablement  simples.  Le  malade  ne  souffrira  jamais  de 


160 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


sa  région  rénale,  il  urine  spontanément  tt  ne  présente  aucun  choc 
opératoire. 

M.  Bar...,  qui  désirait  vivement  une  anesthésie  générale,  que 
personnellement  nous  tenions  tout  particulièrement  à  éviter  à  un 
vieux  colonial,  obèse  par  ailleurs,  se  déclare  enchanté  de  son 
anesthésie. 

Obs.  IV.  —  Dou...  (Louis),  sergent,  127e  régiment  d’infanterie. 
Tuberculose  rénale  droite,  confirmée  par  l’inoculation.  Réaction  à 
l’antigène  luberculeux  de  Besredka,  très  positive.  Hein  gauche  sain. 
Elimiration  et  polyurie  expérimentale  normales  du  côté  sain. 

Anesthésie  f Billet)  : 

1“  Du  splanchnique  droit,  injection  suivant  la  technique  classique 
de  40  cent,  cubes  de  néocaîne  à  1  p.  iOO; 

2e  Anesthésie  tronculaire  des  deux  derniers  nerfs  dorsaux  et  des 
trois  premiers  lombaires  à  la  néocaîne  à  1/200.  80  cent,  cubes  sont 
employés. 

L’anesthésie  est  bonne.  Le  malade  souffrira  néanmoins  un  peu  au 
moment  des  tractions  exercées  pour  libérer  le  pédicule  très  adhérent. 

Néphrectomie  (Maisonnet)  très  difficile,  3  janvier  1922.  Rein  très 
gros,  périnéphiite  marquée,  pédicule  très  court  et  enveloppé  dans  du 
tissu  séreux.  La  traversée  des  plans  pariétaux  a  été  complètement 
indolore,  le  dégagement  des  pôles  et  des  faces  du  rein  également. 
Seules  sont  douloureuses  les  tractions  énergiques  forcément  brutales 
exercées  sur  le  pédicule.  Celui-ci  peut  cependant  être  isolé  et  lié  avant 
la  section.  Fermeture  complète  de  la  plaie. 

Après  l’intervention,  le  malade  est  dans  un  état  parfait.  II  n’accuse 
dans  les  jouis  qui  suivent  aucune  douleur,  urine  spontanément, 
1  L  200  dans  les  vingt-quatre  premières  heures.  Evolution  normale  de 
la  plaie.  La  température  n’a  jamais  dépassé  37°5. 

D...  déclare  spontanément  dans  les  jours  qui  suivent  :  «  Je  croyais 
que  cela  faisait  plus  mal  que  cela  ». 

Obs.  V.  —  M.  Cas....  Pyélotomie  élargie  pour  calculs  du  bassinet  et 
des  calices  du  rein  droit,  le  24  mars  1922. 

Extraction  de  trois  calculs  (Maisonnet). 

Anesthésie  locale  : 

1°  Anesthésie  classique  du  nerf  splanchnique  droit  à  la  néocaîne  à 
1  p.  100,  25  cent,  cubes  de  solution  ; 

2°  Anesthésie  tronculaire  de  D  12,  L  I,  L2,  5  cent,  cubes  de  néocaîne 
à  1  p.  100  sont  utilisées  pour  chaque  tronc; 

3°  Injection  traçante  au  niveau  de  l’incision  de  Ouyon  à  la  néocaîne 
à  1/200,  40  cent,  cubes  sont  utilisés. 

Anesthésie  excellente.  Le  malade  ne  souffrira  en  aucun  temps  de 
l’opération,  et  à  la  fin  il  demandera  à  fumer  une  cigarette.  Il  se 
soulèvera  spontanément  sur  le  côlé  pour  faciliter  son  pansement. 

Une  heure  avant  l’opération,  injection  de  1  cent,  cube  d’bypoesl  hésine. 

Evolution  très  bonne,  le  quatrième  jour  la  fistule  est  'ermée.  Le 


SÉANCE  DU  31  JANVIER 


161 


quinzième  jour  la  plaie  est  entièrement  cicatrisée. , Aucun 3  douleur 
dans  les  vingt-quatre  heures  qui  suivent  l’intervention.  Le  malade 
urine  spontanément  et  en  quantité  normale. 

Qu’on  puisse  enlever  le  rein  au  moyen  d’une  anesthésie  pure¬ 
ment  locale,  le  fait  est  aujourd’hui  hors  de  conteste,  et  je  ne 
parle  pas  ici  d’une  anesthésie  approximative,  je  parle  d’une 
analgésie  complète,  comme  celle  qu’obtiennent  par  exemple  pour 
une  cure  radicale  de  hernie  ou  une  cystostomie  ceux  à  qui  Reclus 
a  appris  à  manier  les  anesthésiques  locaux. 

Pour  réaliser  l’anesthésie  de  la  néphrectomie,  il  faut  insensi¬ 
biliser,  d’une  part,  la  voie  d’abord  du  rein,  d’autre  part,  le  rein 
lui-même,  son  pédicule  et  les  plans  immédiatement  adjacents. 

Parlons  immédiatement  de  l'anesthésie  du  rein. 

Le  rein  est  un  organe  sensible;  s’il  l’est  fort  peu  dans  son 
parenchyme,  il  l’est  vivement  dans  sa  capsule  tibreuse  et  dans  la 
muqueuse  de  ses  cavités;  son  pédicule  est  extrêmement  sensible 
aux  tractions.  Beaucoup  mieux  que  l’estomac  ou  que  l’intestin, 
il  me  paraît  permettre  de  porter  un  jugement  sur  la  valeur  d'une 
analgésie  viscérale,  car  nous  savons  que,  le  ventre  ouvert,  beau¬ 
coup  de  sujets  supportent  facilement  les  manipulations  gastro¬ 
intestinales,  sans  qu’une  anesthésie  spéciale  du  tube  digestif  soit 
indispensable.  Or,  la  technique  d’analgésie  qui  convient  au  rein 
est  à  peu  de  chose  près  celle  qui  convient  à  l’analgésie  des  opéra¬ 
tions  gastro-intestinales. 

La  méthode  est  connue  sous  le  nom  d’anesthésie  splanchnique. 
M.  Marc  Roussjel,  agrégé  à  l’Université  de  Bruxelles,  en  réclame 
la  paternité,  à  très  juste  titre,  semble-t-il  [Presse  Médicale,  3  jan¬ 
vier  1923). 

L’expression  d’anesthésie  du  splanchnique  n’est  pas  sans  incon¬ 
vénients.  Elle  est  peu  faite  pour  attirer  à  elle  ceux  qui  n’ont  pas 
l’expérience  de  la  méthode,  et  qui,  volontiers,  mettent  en  doute 
qu’on  puisse,  au  bout  d’une  longue  aiguille,  aller  atteindre  les 
nerfs  splanchniques,  que  certains  d’entre  nous  peut-être  n’ont 
qu’exceptionnellement  disséqués. 

Or,  les  choses  sont  plus  simples.  Il  s’agit  seulement  de  planter 
son  aiguille  de  telle  sorte  qu’elle  permette  de  déverser  une  cinquan¬ 
taine  de  centimètres  cubes  de  liquide  anesthésique  sur  la  partie 
li  plus  antérieure  du  flanc  de  la  lr0  et  de  la  2e  vertèbre  lombaire, 
au  niveau  de  ce  tissu  cellulaire  juxta-vertébral  dans  lequel  sont 
situés  les  éléments  du  sympathique  abdominal  :  plexus  solaire  et 
ses  ganglions  avec  leurs  branches  afférentes  et  efférentes,  c’est- 
à-dire  les  splanehniques  d’une  part,  de  l’autre  les  plexus  nerveux 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


satellites  des  branches  de  l'aorte  sous-diaphragmatique  :  tronc 
cœliaque,  mésentérique  supérieure,  rénale,  voire  mésentérique 
inférieure. 

C’est  M.  Billet  qui  a  insisté  sur  ces  faits.  Dans  un  article  publié 
le  2  avril  1921,  dans  la  Presse  Médicale,  avec  la  collaboration  de 
M.  Laborde,  il  a  montré,  par  des  injections  colorées  faites  sur  le 
cadavre,  combien  était  étendue  la  zone  d’infiltration  obtenue  par 
25  cent,  cubes  d’une  solution  de  bleu.de  méthylène  injectée  en 
bonne  place. 

«  A  droite,  on  note  une  infiltration  de  tout  le  tissu  cellulaire 
paravertébral,  parallèlement  à  la  face  hilaire  du  rein;  une  partie 
de  la  zone  cellulaire  périrénale  est  colorée  en  bleu;  de  même  le 
pôle  supérieur  du  rein,  la  capsule  surrénale,  la  face  inférieure  du 
lobe  de  Spiegel,  souvent  même  une  portion  du  diaphragme. 

«  A  gauche,  la  diffusion  est  pareille  le  long  de  la  gouttière  ver¬ 
tébrale;  le  pancréas  est  presque  entièrement  teinté;  l’infiltration 
a  tendance  à  suivre  le  côlon  descendant. 

«  Sur  la  ligne  médiane  ou  paramédiane  enfin,  on  observe  l’infil¬ 
tration  constante  de  la  région  des  splanchniques  et  du  plexus 
solaire,  même  quand  l’injection  est  unilatérale.  » 

J’ai  pratiqué  moi-même  sur  le  cadavre  frais  des  injections 
colorées  comme  les  avait  réalisées  M.  Billet,  et  je  ne  puis  que 
confirmer  l’étendue  de  l’infiltration  obtenue,  à  condition,  bien 
entendu,  que  l’injection  soit  faite  en  bonne  place. 

Or,  cette  «  bonne  place  »  n’est  pas  très  difficile  à  trouver.  Elle 
est  représentée  par  la  lame  cellulo-gràisseuse  juxta-vertébrale  qui 
est  située  : 

en  dehors  de  la  colonne  lombaire,  à  l’union  de  la  face  latérale 
et  de  la  face  antérieure  du  corps  de  la  vertèbre  ; 

en  dedans  du  rein  et  de  son  pédicule; 

en  avant  du  psoas  ; 

en  arrière  de  l’aorte  à  gauche,  et  de  la  veine  cave  à  droite. 

La  présence  de  ces  deux  vaisseaux  essentiels  au  bout  d’une 
aiguille  aveugle  qui  les  menace  a  indisposé  contre  ce  mode  d’anes¬ 
thésie  beaucoup  d’excellents  esprits,  et  c’est  justice.  Je  ne  vou¬ 
drais  pas  dire,  comnfe  les  uns,  qu’on  ne  peut  pas  piquer  les  gros 
vaisseaux,  ce  qui  est  faux,  ou  que  leur  piqûre  est  sans  danger,  ce 
qui  est  discutable.  Je  tiens  à  rappeler  seulement  que  la  couche 
cellulo-graisseuse  juxta-vertébrale  dans  laquelle  doit  fuser  l’injec¬ 
tion  a  près  d’un  centimètre  d’épaisseur,  même  chez  les  maigres, 
et  qu’il  suffit,  pour  s’y  maintenir,  de  ne  jamais  quitter  de  plus  de 
quelques  millimètres  le  contact  osseux,  facile  à  sentir,  de  la 
colonne  vertébrale. 

'  Par  ailleurs,  l’aiguille  de  Pauchet  a  12  centimètres  ;  elle  ne  doit 


SÉANCE  DU  31  JANVIER 


163 


jamais  être  enfoncée  à  fond.  Chez  un  adulte  de  taille  moyenne,  le 
danger  ne  commence  guère  qu’à  10  centimètres. 

Donc,  en  enfonçant  l’aiguille  sur  le  prolongement  du  bord  infé¬ 
rieur  de  la  12°  côte,  à  7  centimètres  de  la  ligne  médiane,  comme 
si  l’on  voulait  traverser  le  sujet  de  part  en  part,  en  passant  par 
l’axe  même  du  corps,  on  n’a  pas  à  s’inquiéter  tant  que  l’aiguille  n’a 
pas  atteint  9  centimètres  de  profondeur. 

Normalement,  l’aiguille  doit  avoir  rencontré  l’os  avant  d’avoir 
atteint  une  profondeur  de  9  centimètres.  Je  ne  parle  pas  du 
costoïde  qu’on  rencontre  habituellement  vers  le  5e  centimètre,  et 
dont  certains  font  un  repère  que  je  trouve  plus  gênant  qu’utile,  je 
parle  du  contact  avec  le  plan  même  de  la  colonne. 

Si  le  contact  osseux  n’est  pas  obtenu  à  9centimètres,  il  importe 
de  ne  pas  enfoncer  plus  avant,  mais,  au  contraire,  de  retirer  par¬ 
tiellement  son  aiguille,  de  manière  à  lui  donner  une  inclinaison 
visant  un  peu  plus  en  dedans  ;  d’habitude,  il  n’est  pas  besoin  de 
longs  tâtonnements  pour  que  l’aiguille  vienne  prendre  contact 
avec  son  élément  protecteur,  la  vertèbre. 

Celui-ci  trouvé,  on  réincline  l’aiguille  un  peu  plus  en  avant,  en 
gardant'de  près  le  contact  osseux.  Quand  ce  contact,  frôlé  entre 
9  et  10  centimètres,  cesse  d’êlre  perçu,  il  ne  faut  plus  avancer 
qu’avec  d’infinies  précautions,  et  de  3  ou  4  millimètres  au  plus. 
On  est  en  bonne  place  et  le  danger  est  proche.  C’est  là  qu’on 
poussera  l’injection;  50  cent,  cubes  de  novocaïne  à  1  p.  200,  addi¬ 
tionnés  de  X  gouttes  d’adrénaline,  constituent  la  dose  habituelle 
pour  l’anesthésie  rénale. 

L’injection  ne  sera  poussée  qu’après  assurance,  point  capital, 
que  l’aiguille  ne  donne  pas  de  sang.  A  côté  des  vaisseaux  énormes 
qu’on  évite,  il  en  est,  en  effet,  de  plus  petits  qui  peuvent  être 
piqués,  des  veines  origines  des  azygos,  par  exemple,  et  si  leur 
piqûre  peut  être  considérée  comme  sans  danger,  il  n’en  est  pas 
de  même  de  l’injection  intraveineuse  de  50  cent,  cubes  d’anes¬ 
thésique.  Donc,  dès  que  l’injection  a  commencé,  en  bonne  place, 
par  une  aiguille  d’où  il  ne  coulait  pas  de  sang,  l’aiguille  doit  être 
maintenue  parfaitement  immobile  jusqu’à  la  fin  de  l’injection. 

Je  m’excuse  de  rappeler  ces  détails  de  technique,  qui  ont  tous 
été  plùs  ou  moins  exposés  dans.les  travaux  des  assistants  de 
Pauchet,  Labat,  Sourdat,  de  Buttler  d'Ormond.  Ils  me  paraissent 
susceptibles  de  diminuer  les  appréhensions  de  ceux  que  la  méthode 
n’a  pas  encore  tentés. 

L’anesthésie  obtenue  peut  être  parfaite,  réalisant  une  véritable 
section  physiologique  des  nerfs  du  rein.  L’opéré  que  je  vous  ai 
présenté  jadis,  le  15  juin  1921,  nous  avait  fourni  une  démonstra¬ 
tion  excellente  de  cette  section  physiologique,  car  les  tractions 


164 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


sur  le  pédicule  rénal,  qui  sous  anesthésie  générale  s’accompagnent 
d’une  chute  brusque  de  la  pression  artérielle,  étaient  ici  restées 
salis  action  sous  cette  pression.  Sur  les  cinq  malades  opérés  par 
M.  Maisonnet,  après  anesthésie  faite  par  M.  Billet,  un  seul  «  a 
souffert  un  peu  au  moment  des  tractions  exercées  pour  libérer 
un  pédicule  très  adhérent  ».  Pour  ma  part,  j’ai  eu  quatre  anes¬ 
thésies  parfaites.  J'ai  eu  une  anesthésie  imparfaite  ;  il  s’agissait 
d’une  jeune  femme  si  émotive  qu’elle  s’était  évanouie  au  moment 
où  l’on  avait  pratiqué  la  prise  de  sang  nécessaire  à  l’établisse¬ 
ment  de  sa  constante  d’Ambard.  J’avais  libéré  sans  difficulté 
toute  la  face  postérieure  du  rein,  sans  qu’il  y  eût  trace  de  souf¬ 
france.  Mais  quand  j’ai  commencé  à  décoller  la  face  anté¬ 
rieure  du  rein,  la  malade  m’a  dit  qu’elle  souffrait.  Comme  je  ne 
demande  jamais  à  mes  opérés  sous  anesthésie  locale  de  faire 
preuve  de  courage,  j’ai  continué  l’opération  sous  anesthésie 
générale,  à  l’étonnement,  je  dois  l’avouer,  des  confrères  qui 
assistaient  à  l’opération,  et  l’un  d’eux  m’a  dit  :  «  Il  n’est  proba¬ 
blement  pas  un  de  nous  qui  n’eût  continué  l’opération  sous  anes¬ 
thésie  locale;  tellement  la  malade  paraissait  peu  souffrir.  Du 
moins  saurons-nous  que  lorsque  vous  parlez  d’anesthésie  locale, 
c’est  bien  une  analgésie  absolue  que  vous  voulez  dire.  » 

Chez  un  autre  malade,  j’ai  échoué  franchement,  et  je  m’y  atten¬ 
dais,  car  mon  aiguille  avait  rencontré  sur  le  flanc  de  la  colonne 
vertébrale  une  sensation  de  résistance  anormale  indiquant 
l’absence  de  tissus  souples  à  ce  niveau.  Il  s’agissait  d’une  vieille 
pyonéphrose  avec  énorme  périnéphrite  scléreuse  soudant  le  rein 
à  la  colonne  vertébrale. 

Bref,  si  l’on  ne  peut  être  certain  d’obtenir  à  tout  coup  une 
analgésie  parfaite  des  nerfs  du  rein,  il  semble  qu’on  obtienne 
habituellement  une  analgésie  tout  à  fait  bonne  et  suffisante  pour 
exécuter  dans  la  profondeur  toutes  les  manœuvres  voulues, 
comme  celles  de  la  reprise  d’un  pédicule  qui  lâche,  ainsi  qu’il 
advint  au  troisième  opéré  de  M.  Maisonnet. 

Reste  l’anesthésie  des  plans  superficiels.  Pour  plus  simple 
qu’elle  paraisse,  elle  est  beaucoup  moins  réglée  que  l’anesthésie 
du  rein  et  de  son  pédicule. 

On  peut,  certes,  se  tirer  d’affaire  au  moyen  de  l’anesthésie  tra¬ 
çante  de  toute  la  ligne  d’incision.  Cela  peut  aller  chez  les  maigres  ; 
chez  les  sujets  gras  ou  très  musclés,  cela  nécessite  une  grande 
expérience  de  l’anesthésie  locale,  et  des  chirurgiens  habiles 
comme  MM.  Billet  et  Maisonnet,  après  l’avoir  tentée  sur  leurs  deux 
premiers  opérés,  l’ont  abandonnée  pour  recourir,  chez  leurs  trois 
opérés  suivants,  à  l’anesthésie  tronculaire  paravertébrale. 


SÉANCE  DU  31  JANVIER 


16a 


La  première  fois,  ils  ont  anesthésié  D  11,  D  12,  L  I  et  L  II; 
la  deuxième  fois,  ils  y  ont  ajouté  L  3.  Mais  la  troisième  fois,  ils 
se  sont  contentés  d’anesthésier  D  12,  L  1  et  L  2  ;  seulement  ils  y 
ont  ajouté  une  injection  traçance  de  la  ligne  d'incision,  et  j’estime 
qu’ils  ont  bien  fait. 

Vous  vous  souvenez  peut-être  que  le  malade  que  je  vous  ai 
présenté  jadis,  après  néphrectomie  sous  anesthésie  locale,  était 
surtout  curieux  par  ce  fait  que  toute  l’opération  avait  pu  être 
conduite  avec  une  analgésie  parfaite  au  moyen  d’une  seule  piqûre 
anesthésique.  La  piqûre,  faite  sous  la  12*  côte,  m’avait  permis 
d’obtenir  dans  la  profondeur  l’anesthésie  du  rein  et  de  son 
pédicule,  tandis  que  l’anesthésie  des  plans  superficiels  avait  été 
réalisée  par  l’injection,  en  trois  directions  différentes,  de  liquide 
anesthésique  vers  le  11e,  le  12e  intercostal  et  le  1er  lombaire.  Peu 
de  temps  après,  sans  en  avoir  d’autre  expérience,  j’ai  renouvelé 
trois  jours  de  suite  la  même  technique  devant  les  membres  du 
Congrès  international  d’urologie,  et  les  trois  fois  l’anesthésie  de 
la  paroi  a  été  complète,  mais  deux  fois  sur  ces  trois  dernières,  si 
elle  a  été  suffisante  en  étendue  pour  me  permettre  la  néphrec¬ 
tomie,  elle  s’est  trouvée  limitée  en  haut  au-dessous  du  point  qiie 
nous  tenons  d’habitude  à  atteindre,  quand  nous  pratiquons  une 
néphrectomie  ;  il  me  manquait  en  haut  une  bande  d’anesthésie  de 
3  centimètres  environ. 

J’ai  prié  mon  ancien  interne  M.  Boppe,  prosecteur  à  la  Faculté, 
de  faire  quelques  recherches  anatomiques  sur  ce  point  ;  elles  ont 
été  continuées  et  seront  publiées  prochainement  par  M.  Brouet,. 
aide  d’anatomie,  mon  interne  actuel;  il  en  résulte  que  le  tiers 
supérieur  de  l’incision  de  néphrectomie,  et  spécialement  sa  zone 
culminante  est  innervée  par  des  filets  venus  de  très  haut,  prove¬ 
nant  en  particulier  des  perforants  postérieurs  du  10e,  du  9e,  voire 
du  8e  intercostal.  Il  s’ensuit  que  la  sagesse  est  de  toujours  com¬ 
pléter  l’anesthésie  tronculaire,  qu’on  la  fasse  au  moyen  d’une  ou 
plusieurs  piqûres  sur  les  nerfs  essentiels,  12e  dorsal  et  lre  lom¬ 
baire,  par  une  anesthésie  traçante  de  l’extrémité  supérieure  de 
l’incision,  parfois  nécessaire  aussi  à  son  extrémité  inférieure,  si 
l’incision  a  besoin  d’être  longue. 

Vous  pensez  peut-être  que  de  ce  bref  aperçu  sur  les  opérations 
rénales  pratiquées  sous  anesthésie  loca'e,  je  vais  conclure  que  je 
ne  fais  plus  d’opérations  sur  le  rein  sous  une  autre  anesthésie.  La 
réalité  est  toute  autre.  Je  n’emploie  au  contraire  cette  anesthésie 
que  d’une  façon  tout  à  fait  exceptionnelle. 

11  y  a  à  cela  des  raisons  de  plusieurs  ordres. 

La  première  est  tout  à  fait  terre  à  terre,  mais  il  .mlest  désa- 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


gréable  d’entreprendre  une  opération  sur  le  rein,  souvent  difficile, 
sans  être  assuré  d’avance  d’avoir  la  liberté  entière  de  mes 
mouvements.  L’anesthésie  splanchnique  reste  malheureusement 
encore  dans  la  catégorie  des  anesthésies  «  incertaines  »  et  il  est 
pénible  pour  le  chirurgien  et  plus  encore  pour  l’opéré,  d’être 
obligé  de  continuer  par  une  anesthésie  générale  une  opération 
qu’on  avait  l’intention  de  mener  à  bien  sous  anesthésie  locale. 

La  seconde  est  basée  sur  des  considérations  théoriques. 

Si  l’anesthésie  locale  est  a  -priori  particulièrement  séduisante 
chez  les  rénaux,  c’est  parce  qu’elle  semble  devoir  réaliser  une 
anesthésie  sans  intoxication.  Or,  et  j’ai  tenu  à  marquer  cette 
opposition  dans  le  rapport  que  j’ai  fait  au  Congrès  d'urologie  de 
Strasbourg,  en  1921,  en  collaboration  avec  mon  collègue  Rathery, 
si  les  anesthésiques  généraux  s’éliminent  par  le  poumon,  c’est 
essentiellement  par  le  rein  que  s’éliminent  les  anesthésiques 
locaux.  Aux  doses  relativement  considérables  que  nécessitent  les 
opérations  rénales,  l’anesthésie  locale  risque  de  devenir  toxique, 
et  d’autant  plus  que  la  fonction  rénale  est  plus  adultérée,  l’élimi¬ 
nation  de  l’anesthésique  se  faisant  alors  d’autant  plus  mal.  Sous  pré¬ 
texte  de  protéger  un  rein  très  déficient,  on  risque  d’intoxiquer  l’or¬ 
ganisme  tout  entier.  De  fait,  la  littérature  médicale  compte  déjà 
plusieurs  morts  consécutives  à  l’anesthésie  splanchnique  (Denk, 
Kantz,  Graef);  Haberer  a  observé  des  cas  graves  de  collapsus. 

Autre  objection  théorique  :  Quand  on  opère  sur  le  rein,  rien 
n’est  précieux  comme  le  rein  opposé.  Or,  à  la  façon  dont  s’infiltre 
l’anesthésie  splanchnique  dans  la  totalité  du  plexus  solaire,  on 
peut  craindre  une  action,  au  moins  momentanée,  de  l’anesthé¬ 
sique  sur  le  rein  adelphe.  En  fait,  les  observations  de  MM.  Billet 
et  Maisonnet  comme  les  miennes  semblent  répondre  victorieuse¬ 
ment  à  cette  objection,  nos  opérés  ne  nous  ayant  jamais,  pendant 
leurs  suites  opératoires,  donné  d’inquiétudes  au  sujet  de  la  fonction 
rénale  opposée.  Mais  notre  expérience  est,  il  faut  l’avouer,  infime. 

L’infiltration  des  surrénales  ou  de  leurs  nerfs,  qui  se 
produit  probablement  dans  toute  anesthésie  splanchnique,  est-elle 
sans  danger  ?  Nous  ne  le  saurions  dire.  Roussiel  estime  que  les 
chutes  de  tension  artérielle  qu’on  observe  parfois  au  cours  de 
l’anesthésie  splanchnique  sont  dues  surtout  à  des  fautes  de 
technique  et  à  la  pénétration  intraveineuse  de  l’anesthésique.  Il 
recommande  de  toujours  adjoindre  de  l’adrénaline  à  la  solution 
anesthésique.  Il  existe  en  tout  cas  une  observation  fort  troublante 
de  Heller  qui,  ayant  perdu  un  de  ses  opérés  après  anesthésie 
splanchnique,  ne  trouva  à  l’autopsie  pas  d’autre  cause  de  mort 
qu’une  piqûre  de  la  surrénale.  S’il  ne  s’agit  plus  là  d’infiltration 
mais  de  piqûre,  nous  ne  pouvons  pas  affirmer  que  la  piqûre 


SÉANCE  DU  31  JANVIER 


167 


surrénale  puisse  être  évitée  à  coup  sûr  dans  l’anesthésie 
splanchnique. 

En  réalité,  les  opérations  rénales  se  divisent  pratiquement  en 
deux  catégories  :  celles  qu’on  entreprend  chez  des  sujets  dont  la 
fonction  rénale  globale  est  sérieusement  compromise  et  celles 
qui  comportent  un  fonctionnement  rénal  global  relativement 
peu  altéré. 

La  néphrectomie  ne  convient,  sauf  exception,  qu’aux  malades  de 
cette  deuxième  catégorie.  L’anesthésie  locale  semble  chez  eux  théo¬ 
riquement  supérieure-aux  autres  anesthésies,  mais  pas  tellement 
que  les  autres,  certaines  d'entre  elles  au  moins,  et  en  particulier 
l’anesthésie  au  protoxyde  d’azote,  ne  puissent  lui  être  opposées. 

Aux  malades  de  la  première  catégorie,  nous  n’offrons  guère 
que  des  explorations,  des  décapsulations,  des  incisions  de 
pyonéphroses,  toutes  opérations  qui  peuvent  être  conduites  très 
rapidement  sous  l’anesthésie  générale  obtenue  par  une  très 
faible  dose  de  chlorure  d’éthyle  (3  cent,  cubes)  que  je  crois  très 
peu  toxique,  précédée  ou  non  de  l’anesthésie  locale  de  la  ligne 
d’incision  pariétale. 

Comme  opérations  relativement  longues  chez  des  sujets  à 
fonction  rénale  globale  sérieusement  adultérée,  je  ne  vois  guère 
persister  dès  lors  que  certaines  opérations  pour  calculs,  qui, 
plus  qu’aucune  autre,  vont  relever  de  l’anesthésie  splanchnique, 
encore  à  condition  qu’une  gangue  trop  épaisse  de  périnéphrite  ne 
vienne  pas  entraver  l’infiltration  anesthésique. 

L’indication  de  l’anesthésie  splanchnique  dans  la  chirurgie 
rénale  me  paraît,  en  somme,  délicate  à  préciser  dans  l’état  actuel 
de  nos  connaissances  sur  les  réactions  de  l’organisme  à  cette 
anesthésie.  Nous  n’en  devons  que  plus  de  remerciements  à 
MM.  Billet  et  Maisonnet  pour  nous  avoir  confié  les  documents 
qu’ils  possèdent  sur  cette  méthode  encore  à  l’étude. 


Deux  cas  d'ostéochondrite  de  la  hanche 
dont  un  suivi  pendant  onze  ans  et  un  mitre  accompagné 
de  cyphose  congénitale  lombaire , 

par  M.  le  Dr  Robin  (d’Angers). 

Rapport  de  M.  ALBERT  MOUCHET. 

Le  Dr  Robin  (d’Angers)  nous  a  adressé  le  12  juillet  dernier 
deux  observations  intéressantes,  accompagnées  de*radiographies 
sur  lesquelles  je  me  permets  d’attirer  votre  attention. 


168 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Voici  d’abord  la  première  qui  est  un  bel  exemple  d’ostéochon- 
drite  bilatérale  de  la  hanche  —  nous  disons  de  la  hanche,  car  non 
seulement  l’extrémité  supérieure  du  fémur,  mais  encore  le  côtyle 
est  altéré  —  associée  h  une  malformation  congénitale  de  la  3°  ver¬ 
tèbre  lombaire. 

M“°  Ch.  de  B...  est  âgée  de  neuf  ans  et  demi;  elle  est  de  taille  nor¬ 
male  et  a  toutes  les  apparences  d’une  bonne  santé.  Pas  d’antécédents 
spéciaux  héréditaires  ou  personnels.  Elle  a  marché  à  l’âge  habituel  et 
elle  n’a  jamais  boité  (notons  ce  fait  qui  a  une  grande  importance). 

Il  y  a  environ  huit  mois,  sa  mère  s’aperçut  qu’elle  traînait  un  peu 
les  jambes  et  paraissait  boiter  légèrement. 

Elle  fut  examinée  par  un  confrère  qui,  après  radiographie,  ne  décou¬ 
vrit,  paraît-il,  rien  d’anormal  et  se  borna  à  prescrire  un  traitement 
recaloifiant. 

L’enfant  continua  à  mener  sa  vie  ordinaire.  Mais  au  lieu  de  s’amé¬ 
liorer,  la  marche  devint  plus  défectueuse;  l'enfant  se  fatiguait  rapide¬ 
ment,  sans  toutefois  souffrir,  c’est  dans  ces  conditions  que  le  Dr  Robin 
fut  appelé  à  la  voir. 

Cette  enfant  a  une  démarche  assez  anormale.  Elle  traîne  un  peu  les 
jambes  et  paraît  avoir  de  la  raideur  des  hanches;  elle  boite  légèrement 
des  deux  côtés,  mais  cette  boiterie  ne  ressemble  en  rien  au  déhanche¬ 
ment  de  la  luxation  congénitale  de  la  hanche.  Elle  se  fatigue  vite.  Le 
signe  de  Trendelenburg  est  positif  des  deux  côtés.  Lep  plis  fessiers  sont 
normalement  accusés  et  la  tonicité  des  fessiers  ne  paraît  pas  diminuée. 

Dans  la  position  couchée  la  pression,  au  niveau  de  la  tête  fémorale 
et  du  col,  réveille  une  certaine  sensibilité  à  droite  et  à  gauche,  mais 
elle  n’est  pas  très  douloureuse.  On  ne  constate  pas  d’adénite  inguinale 
ou  iliaque  ;  pas  d’épaississement  des  téguments.  Les  mouvements  de  la 
hanche,  rotation  interne  etexterne,  flexion,  extension  (même  exagérée), 
adduction,  se  font  normalement  ;  seule  l'abduction  est  nettement 
limitée. 

En  présence  de  ces  symptômes,  le  Dr  Robin  pensa  immédiatement 
à  une  ostéochondrite  déformante  infantile  des  deux  hanches,  et  la 
radiographie  pratiquée  par  le  Dr  Richard  confirma  ce  diagnostic. 

Elle  montre,  en  effet,  une  altération  de  la  tête  fémorale,  du  col  et  du 
cotyle  des  deux  côtés. 

Le  noyau  osseux  épiphysaire  de  la  tête  est  déformé,  il  est  aplati,  en 
forme  de  galette  à  gauche  et  de  croissant  à  droite.  Du  côté  droit  il 
présente  des  zones  claires  alternant  avec  des  zones  sombres. 

Le  cartilage  épiphysaire  n’a  pas  de  limites  nettes;  il  est  irrégulier. 

Le  col  fémoral  est  notablement  augmenté  de  volume;  il  est  massif, 
trapu;  en  outre,  à  droite,  il  est  décalcifié. 

Le  cotyle  est  irrégulier  des  deux  côtés,  mais  plus  spécialement  à 
droite;  il  est  éversé  par  en  haut. 

L’interligne  articulaire  est  agrandi.  Ce  sont  bien  les  signes  radiogra¬ 
phiques  de  l’ostéochondrite  de  la  hanche. 

Le  bassin  est  oblique  ovalaire  droit,  mais  cette  déformation  est 


SÉANCE  DU  31  JANVIER 


169 


exagérée  sur  l’épreuve  du  fait  que  le  bassin  ne  reposait  pas  complète¬ 
ment  à  plat  sur  la  table  de  radiographie. 

Au  cours  de  son  examen,  M.  Robin  a  remarqué  que  les  apophyses 
épineuses  des  2e,  3e  et  4“  vertèbres  lombaires  faisaient  une  saillie 
assez  marquée  ( gibbosité  à  grande  courbure).  La  pression  en  cette  région 
était  pénible  sans  être  tiès  douloureuse;  cependant  aucun  autre  point 
du  rachis  ne  présentait  cette  sensibilité.  La  flexion,  l’inclinaison  laté¬ 
rale,  la  rotation  du  rachis  ne  réveillaient  aucune  douleur,  mais  il  exis¬ 
tait  au  niveau  de  la  gibbosité  de  la  raideur  articulaire. 

Les  réflexes  rotuliens  étaient  très  vifs;  pas  de  troubles  de  la  sensi¬ 
bilité. 

L’examen  radiographique  antéro-postérieur,  fait  par  le  Dr  Pichard, 
révèle  une  très  légère  scoliose,  dorso-lombaire  à  convexité  gauche  et 
montre  que  la  3e  vertèbre  lombaire  est  décalcifiée. 

La  radiographie  prise  en  position  latérale  fait  voir  que  le  volume  du 
corps  de  la  3e  vertèbre  lombaire  est  réduit  des  deux  tiers,  les  quatre 
autres  vertèbres  lombaires  sont  plus  ou  moins  déformées.  La  1™  et  la 
2e  semblent  s’abaisser  au-devant  de  l’hiatus  laissé  en  avant  de  la  3'  par 
l’atrophie  de  son  corps;  la  4e a  son  corps  qui  semble  se  relever  comme 
pour  aller  à  la  rencontre  du  corps  de  la  2e  vertèbre  lombaire. 

Le  corps  de  la  3e  vertèbre  lombaire,  qui  est  si  atrophié,  est  en  même 
temps  plus  transparent  que  les  autres  corps  vev  .ébraux  (fig.  1). 

Ayant  des  raisons  de  craindre  que  cette  3e  vertèbre  lombaire,  très 
diminuée  de  volume,  comprimée  par  les  vertèbres  sus-  et  sous-jacentes, 
n’ait  tendance  à  continuer  sa  projection  en  arrière,  M.  Robin  a  appliqué 
à  l’enfant  un  corset  plâtré  fenêlré  au  niveau  de  la  gibbosité.  Par  cette 
ouverture,  il  fait  des  compressions  ouatées  énergiques.  Il  a  prescrit  en 
outre  le  repos  dans  le  décubitus  dorsal,  seul  traitement  qu’il  eût 
appliqué  s’il  ne  se  fût  agi  que  des  lésions  des  hanches. 

Cette  observation  d’ostéochondrite  déformante  infantile  de  la 
hanche  nous  paraît  intéressante  à  plusieurs  tilres  :  d’abord  par  sa 
bilatéralité,  fait  assez  rare;  ensuite  par  la  présence  de  ces  altéra¬ 
tions  cotyloïdiennes  niées  par  Calvé,  Mérine,Sorrel,  et  sur  lesquelles 
Frœlich,  Mouchet,  Nové-Josserand,  dans  un  mémoire  tout  récent, 
ont  insisté  en  montrant  leur  fréquence  (cotyle  irrégulier,  hérissé 
d’aspérités,  etc...),  en(în  par  la  coïncidence  d’une  altération  verlé- 
brale  lombaire.  De  quelle  nature  est  cette  altération? 

Il  semble  bien,  étant  donnés  les  renseignements  fournis  par  la 
radiographie  de  face  et  de  profil,  qu’il  ne  peut  être  question 
que  d’une  malformation  congénitale  du  rachis,  d’une  atrophie 
congénitale  du  corps  de  la  3e  vertèbre  lombaire  qui,  très  diminué 
de  volume,  surtout  dans  le  sens  antéro-postérieur,  détermine  la 
formation  d’une  cyphose  lombaire. 

La  cyphose  congénitale  est  rare,  moins  peut-être  qu’on  ne  l’a 
cru  autrefois;  nous  en  avons  observé  un  cas  à  la  région  dorsale 
et  nous  avons  consacré  un  chapitre  à  cette  variété  de  cyphose 


170 


SOCIÉTÉ  DE  cHlKJUKUl 


dans  notre  rapport  —  en  collaboration  avec  Rœderer  —  au 
Congrès  de  l’Association  des  Pédiatres  de  langue  française  sur  la 
scoliose  congénitale  (juillet  1922).  C’est  à  la  région  lombaire  sur¬ 
tout  que  la  cyphose  congénitale  est  rare.  Pourtant  M.  Lance  en  a 
décrit  deux  observations  —  dont  une  calquée  sur  l’observation 
de  M.  Robin  —  à  ce  même  Congrès. 

L’observation  de  M.  Lance,  qui  est  publiée  en  détails  dans  le 


Fig.  1.  —  Cyphose  congénitale  lombaire  (aplasie  de  la  3'  vertèbre). 
Radio  de  profil.  Observation  I  de  M.  Robin  (fillette  de  neuf  ans  et  demi). 


numéro  de  janvier  1923  de  la  Revue  cTOrfAope'di'e,  est’accompagnée 
de  dessins  que  je  mets  sous  vos  yeux.  Vous  y  voyez  la  complète 
analogie  de  ce  cas  avec  celui  de  M.  Robin.  Il  s’agit  d’un  garçon  de 
vingt  et  un  mois,  bel  enfant,  présentant  une  cyphose  de  toute  la 
région  lombaire  avec  une  saillie  nette  de  la  troisième  apophyse 
épineuse.  Sur  la  radio  de  profil,  la  plus  démonstrative,  le  troisième 
corps  vertébral  lombaire  est  réduit  au  tiers  environ  du  volume 
des  autres  corps  vertébraux. 

Je  ne  crois, pas  le  moins  du  monde  qu’il  faille  tirer  de  la  présence 
d’une  malformation  rachidienne  congénitale,  chez  la  jeune  malade 


SÉANCE  DU  31  JUSVIE1! 


171 


de  M.  Robin,  un  argument  en  faveur  de  la  nature  congénitale  de 
son  osléochondrite  de  la  hanche  :  l’histoire  clinique  et  la  radiogra¬ 
phie  s’opposent  à  une  telle  conception.  La  fillette  a  eu  une  lésion 
congénitale  du  rachis  qui  s’est  révélée  avec  le  temps  et  une  lésion 
acquise  de  la  hanche  qui  a  commencé  à  l’âge  habituel  :  neuf  ans. 

Je  serai  bref  sur  la  seconde  observation  de  M.  Robin;  elle  est 


Fig.  2.  —  Radio  de  l’ostéoihondrile  de  la  hanche  de  l'observation  II 
de  M.  Robin  (garçon  de  treize  ans). 


moins  curieuse,  mais  elle  ne  manque  pas  d’intérêt  puisqu’elle 
nous  permet  de  suivre  l’évolution  de  cette  osléochondrite  de  la 
hanche  dont  il  a  été  souvent  question  ici  depuis  deux  ans  et  dont 
onabeaucoup  parlé  au  IV0  Congrès d’Orthopédie  d’octobredernier. 

L’enfant  J.  B...  a  été  vu  une  prèmière  fois  par  le  Dr  Robin,  à 
l’âge  de  treize  ans;  il  était  soigné  depuis  six  mois  pour  une 
coxalgie.  Quelques  douleurs  dans  la  hanche  droite,  spontanées  et 
provoquées.  Boiterie  légère  à  droite.  Mouvements  de  la  hanche 
normaux;  abduction  à  peine  limitée,  car  ce  garçon  s’assied  sans 
difficulté  à  terre,  en  croisant  ses  jambes  à  la  façon  des  tailleurs. 

La  radiographie,  faite  par  le  Dr  Pichard,  révèle  les  altérations  de 
la  hanche,  caractéristiques  de  l’osléochondrite  (fig.  2). 


Onze  ans  après  —  ce  garçon  a  par  conséquent  vingt-quatre  ans 
—  M.  Robin  revoit  un  homme  vigoureux,  ne  présentant  aucune 
boiterie,  conservant  seulement  une  atrophie  légère  des  muscles 
de  la  cuisse  (1  ceulimètre  de  circonférence  en  moins).  Les  mou¬ 
vements  de  la  hanche  sont  normaux.  Cet  homme  fait  de  la  marche 
prolongée,  du  saut,  de  la  course. 

La  radiographie  prise  par  le  Dr  Pichard  montre  un  col  fémoral 


court,  trapu,  surmonté  d'une  tête  aplatie,  en  croissant  (fîg.  3). 

Les  deux  observations  de  M.  Robin  ont  un  intérêt  que  je  ne 
saurais  trop  souligner.  Sans  nous  apporter  une  lumière  nouvelle 
sur  la  pathogénie  de  l’ostéochondrite  de  la  hanche,  élles  nous 
montrent  qu’il  ne  s'agit  pas  ici  —  comme  certains  l’ont  proclamé 
un  peu  trop  bruyamment  —  d’une  subluxation  congénitale  de  la 
hanche  plus  ou  moins  larvée.  Elles  attirent  à  nouveau  l’attention 
sur  l’existence  des  altérations  cotyloïdiennes  trop  niées  par 


SÉANCE  DU  31  JANVIER 


173 


certains  auteurs;  elles  prouvent  que  l’ostéochondrite  peut  être 
associée  à  une  malformation  congénitale  rare,  comme  la  cyphose 
lombaire  (par  atrophie  de  la  3e  vertèbre);  elles  nous  permettent 
enfin  de  constater  qu'un  enfant  de  treize  ans  atteint  d’ostéochon- 
drite  de  la  hanche  peut  devenir  à  vingt-quatre  ans  un  homme 
vigoureux,  possédant  tous  les  mouvements  de  sa  hanche,  capable 
de  sauter  et  de  courir,  conservant  seulement  comme  traces  de  sa 
lésion  une  minime  atrophie  musculaire  de  la  cuisse,  un  col  fémoral 
trapù  et  une  tête  en  forme  de  croissant. 

Il  faut  souhaiter  que  des  observations  nouvelles,  bien  prises  et 
suivies  à  longue  échéance,  nous  permettent  d’arriver  à  une  con¬ 
naissance  plus  approfondie  de  ces, dystrophies  osseuses  de  l’en¬ 
fance  ou  de  l’adolescence,  de  leur  genèse  et  de  leur  évolution  loin¬ 
taine. 

Je  vous  propose,  Messieurs,  de  remercier  M.  Robin  de  nous  avoir 
apporté,  par  ses  deux  intéressantes  observations,  une  très  utile 
contribution  à  l’histoire  de  l’ostéochondrite  de  la  hanche  et  de  la 
cyphose  congénitale. 


Cancer  testiculaire , 
par  M.  le  Dr  Gay-Bonnet, 

Chirurgien  des  hôpitaux  militaires. 

Rapport  de  M.  PIERRE  DESCOMPS.  ' 

Voici,  résumée,  l’observation  que  nous  avons  reçue  : 

G...  R...,  vingt  et  un  ans,  13e  R.  A.  C.  Entré  àl’hôpital  pour  «hydro¬ 
cèle  vaginale  gauche  ».  Début  de  l’affection  en  septembre  1920.  Dou¬ 
leurs  et  gonflement  du  testicule  gauche,  amaigrissement.  Hospitalisé  à 
Alep  en  novembre  1920,  pour  «  épididymite  bacillaire  ».  Rapatrié  en 
France  et  envoyé  en  convalescence.  L’affection  continue  à  se  déve¬ 
lopper,  la  bourse  gauche  augmente  de  volume.  Douleurs  permanentes. 

Examen  clinique  à  son  entrée.  —  Masse  scrotale  gauche  énorme, 
piriforme  à  grand  axe  vertical, scrotum  lisse,  rosé,  avec  des  veinosités 
superficielles.  Vaginale  tendue,  ne  pouvmt  être  pincée,  remplie  de 
liquide  translucide.  On  aperçoit  à  la  partie  postérieure  et  inférieure 
uue  grosse  masse  testiculaire,  dure  à  la  palpation.  On  ne  peut  recon¬ 
naître  l’épididyme.  Cordon  empâté,  un  peu  plus  volumineux  que  du 
côté  droit;  canal  déférent  un  peu  gros;  pas  de  battements  de  l’artère 
spermatique.  Prostate  et  vésicules  normales.  Pas  d’adénopathie  iliaque 
perceptible.  Antécédents  négatifs.  Réactions  de  Wassermann  et  Heclit 

BULL.  BT  MÉM.  PB  LA  SOC.  DE  CHIR.,'l923  13 


174 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


négatives.  Analyse  du  sang  :  formule  leucocytaire  normale.  Malade 
amaigri. 

Première  opération  le  21  février  1921.  —  Anesthésie  à  l’éther.  L’oüver- 
ture  de  la  vaginale  laisse  échapper  environ  120  grammes  de  liquide 
séreux,  fluide,  couleur  café  clair.  Vaginale  très  épaissie  à  la  partie 
postérieure,  ecchymoses  à  la  face  interne.  Testicule  lourd,  gros  comme 
le  poing,  de  surface  lisse,  dur,  pas  de  parties  ramollies.  On  ne  recon¬ 
naît  pas  l’épididyme.  L’incision  montre  un  tissu  dur,  gris  rosé.  Abla¬ 
tion  en  masse  du  testicule  et  de  la  vaginale.  Ligature  du  cordon  en 
trois  pédicules  à  la  partie  supérieure,  dans  le  canal  inguinal.  Suture. 
Suites  normales.  Fils  enlevés  le  28  février. 

La  tumeur  est  portée  le  jour  même  au  laboratoire  d’anatomie  patho¬ 
logique  dd  Val-de-Grâce,  où  elle  est  examinée  par  notre  camarade  le 
médecin-major  Hugel,  qui,  d’après  l’étude  macroscopique  et  microsco¬ 
pique,  affirme  qu’il  s’agit  d’nn  épithélioma  primitif  du  testicule.  Pas 
d’infiltration  cancéreuse  du  cordon. 

Nous  décidons  de  faire  un  évidement  ganglionnaire  lombo-iliaque, 
pratiquant  donc  l’opération  en  deux  temps  conseillée  par  Chevassu. 

Deuxième  opération  le  16  mars  1921.  —  Anesthésie  à  l’éther.  On 
exécute  l’intervention  Suivant  la  technique  décrite  par  Descomps. 
Ablation  en  masse  de  toute  la  bourse  gauche.  Ouverture  du  canal 
inguinal.  Ligature  des  vaisseaux  épigastriques.  Incision  prolongée 
perpendiculairement  vers  le  rebord  costal.  Décollement  très  facile  du 
péritoine  qui  est  récliné  avec  des  compresses  et  de  grandes  valves.  Le 
bord  gauche  de  l’aorte  est  découvert  jusqu’au  pédicule  rénal  gauche. 
On  dissèque  et  enlève  le  cordon  des  vaisseaux  spermatiques  avec  le 
tissu  cellulo-graisseux.  De  gros  ganglions  sont  enlevés  le  long  des  vais¬ 
seaux  iliaques  et  au  niveau  de  la  bifurcation  de  l’aorte,  quelques 
petits  au-dessus.  On  a  enlevé  8  ganglions  durs,  gros  comme  des  hari¬ 
cots,  et  12  petits  non  indurés  dans  le  tissu  cellulo-graisseux.  On  laisse 
retomber  le  péritoine.  Gros  drain  en  dehors  des  vaisseaux.  Suture  des 
muscles  à  points  séparés  en  deux  plans.  Suture  de  la  peau  aux  crins 
et  agrafes. 

Suites  opératoires  normales.  Sérosité  abondante.  Drain  enlevé  le 
quatrième  jour.  Fils  enlevés  le  25  mars.  Cicatrisation  complète  le 
2  avril.  Le  malade  se  lève  le  12  avril.  Il  engraisse  et  reprend  un  très 
bon  état  général.  Formule  sanguine  normale. 

Examen  de  Ja  tumeur  et  des  ganglions.  Coupe  macroscopique.  —  Epidi- 
dyme  mou,  rouge  au  centre,  jaunâtre  à  la  périphérie.  Testicule  :  masse 
périphérique  polypeuse  gris-rose,  de  consistance  molle;  au  centre 
matière  caséuse  jaune. 

Examen  microscopique.  —  M.  Chevassu,  à  qui  nous  avons  présenté 
diverses  préparations,  a  confirmé  le  diagnostic  et  remis  la  note  sui¬ 
vante  :  «  La  tumeur  du  testicule  est  un  épithélioma  papillaire  ayant 
tendance,  en  des  points  multiples,  à  la  formation  d’aspects  syncytiaux  ; 
elle  rentre  dans  la  catégorie  des  chorio-épithéliomes  intra-testiculaires, 
néoplasme  tout  particulièrement  malin.  » 

Des  coupes  de  ganglions  ont  montré  à  M.  Hugel  la  présence  de  ce!- 


SÉANCE  DU  31  JANVIER 


178 


iules  suspectes.  D’autres  coupes  examinées  par  M.  Chevassu,  ne  pré¬ 
sentaient  pas  d’envahissement  néoplasique. 

La  famille  nous  a  envoyé  des  renseignements  sur  l’évolution  ultérieure. 
Le  malade  est  resté  dans  un  excellent  état  de  santé  jusqu’au  mois 
d’août  1922.  A  ce  moment,  il  a  commencé  à  ressentir  des  douleurs  dans 
la  région  épigastrique  et  une  tumeur  ganglionnaire  profonde  s’est 
développée  dans  l’hypocondre  gauche.  Un  traitement  par  des  séances 
prolongées  de  radiothérapie  pénétrante  aurait  été  institué.  Assez  rapi¬ 
dement  il  s’est  produit  un  envahissement  hépatique,  puis  une  généra¬ 
lisation  à  laquelle  G...  a  succombé  lé  7  décembre  1921. 

L’observation  de  M.  Gay-Bonnet  n’appelle  pas  de  longs  com¬ 
mentaires  après  la  discussion  qui  a  été  poursuivie  ici  même  en 
1920. 

Mais  c'est  un  document  nouveau,  qui  tire  son  intérêt  particu¬ 
lier  :  d’une  part,  de  la  difficulté  que  suscita  le  diagnostic  de  la 
tumeur  testiculaire,  qui  pendant  quatre  mois  fut  prise  pour  une 
épididymite  tuberculeuse  ;  d’autre  part,  de  la  rareté  de  la  forme 
histologique  observée,  forme  particulièrement  maligne,  dans 
laquelle  la  survie  donnée  par  l’exérèse  lympho-ganglionnaire, 
tardive  il  est  vrai,  n’a  été  que  de  vingt  et  un  mois. 

Je  cïois  intéressant  de  vous  signaler  que  j’ai  revu  ces  jours 
derniers,  en  très  bonne  santé,  deux  de  mes  opérés  de  tumeur 
maligne  du  testicule  par  castration  et  évidement  adéno-lympho- 
ganglionnaire  précoce  et  complet.  L’un  d’eux  est  opéré  d’un 
séminome  depuis  le  18  août  1911.  L’autre  est  opéré  d’un  séminome 
depuis  le  27  janvier  1920.  Je  vous  ai  communiqué  les  observa¬ 
tions  de  ces  deux  malades  le  2  juin  1920. 

Je  vous  propose,  Messieurs,  de  remercier  M.  Gay-Bonnet  de 
nous  avoir  communiqué  cette  intéressante  observation. 


Torsion  du  grand  épiploon, 
par  M.  le  Dr  Cu.  Lefebvre  (de  Toulouse). 

Rapport  de  M.  PIERRE  DESCOMPS. 

M.  le  Dr  Lefebvre  nous  a  adressé  l’observation  suivante  : 

Le  nommé  R...  (Vincent),  cinquante-cinq  ans,  maréchal-ferrant,  est 
admis  d’urgenCe,  le  2  novembre  1921,  salle  Saint-René,  n°  8,  dans  le 
service  de  M.  le  professeur  Mériel.  Il  est  examiné  par  M.  Lefebvre, 
chef  de  clinique.  Il  S’agit  d’accidents  abdominaux  dont  le  début 


176 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


remonte  à  deux  jours  :  douleur  abdominale  droite  violente  et  brusque, 
permanente  depuis;  constipation  sans  arrêt  des  gaz;  nausées  avec 
vomissement  unique  le  second  jour;  pouls  régulier  à  130;  tempéra¬ 
ture,  39°4;  faciès  bon  et  état  général  encore  satisfaisant.  Ballonnement 
modéré  du  ventre.  Douleur  à  la  palpation  du  flanc  droit  avec  notable 
résistance,  localisation  un  peu  au-dessus  du  point  de  Mac  Burney.  Pas 
d’hyperesthésie  cutanée.  Pas  d’immobilisation  respiratoire.  Pas  de 
tuméfaction  profonde  ni  localisée  ;  pas  de  plastron  abdominal.  Tou¬ 
cher  rectal  négatif.  Tous  les  organes  thoraciques  normaux.  Diagnostic  : 
appendicite  aiguë.  Opération  d’urgence. 

Kachianesthésie  à  la  novocaïne.  Laparotomie  latérale  droite.  Pas  de 
liquide  dans  l’abdomen.  Rien  dans  la  fosse  iliaque  droite.  Cæcum  et 
appendice  libres,  non  congestionnés.  Au  devant  du  côlon  ascendant,  à 
droite,  puis  vers  la  ligne  médiane,  on  trouve  une  masse  noirâtre  très 
légèrement  adhérente  à  l’intestin  et  à  la  paroi,  de  consistance  presque 
cartonnée  et  très  friable.  C’est  l’épiploon.  En  le  suivant  jusqu’à  son 
insertion  colique,  on  voit,  à  droite,  qu’il  présente  une  sorte  de  nœud, 
que  l’on  reconnaît  être  formé  par  une  torsion  d’un  segment  de  l’épi¬ 
ploon  autour  de  son  attache  colique.  Celte  torsion  s’est  faite  dans  Je 
sens  de  la  marche  des  aiguilles  d’une  montre  et  la  masse  a  subi  trois 
tours  complets.  L’épiploon  est  divisé  dans  le  sens  de  la  hauteur  par  des 
incisures  profondes  ;  à  droite  et  à  gauche  du  segment  volvulé,  des  por¬ 
tions  saines  de  l’épiploon  apparaissent  et  ne  présentent  aucune  trace 
d’épiploïte  aiguë  ou  chronique.  Résection  du  segment  nécrosé  sous  une 
ligature.  Appendicectomie.  Fermeture  sans  drainage. 

Pendant  quarante-huit  heures,  suites  normales.  Le  troisième  jour, 
accidents  de  broncho-pneumonie  et  mort  au  sixième  jour.  L’autopsie 
a  montré  l’existence  de  lésions  typiques  de  broucho-pneumonie. 
L’appendice,  examiné  au  laboratoire  par  M.  Tourneux,  était  sain. 

Les  torsions  du  grand  épiploon  sont  trop  connues  et  leur 
histoire  a  été  écrite  avec  trop  de  détails  pour  qu’il  soit  opportun 
d’y  insister.  Cependant  nous  souhaiterions  volontiers,  que  les 
classifications  très  compliquées  qu’ont  cru  devoir  adopter  les 
auteurs  soient  simplifiées;  c’est  la  même  idée  que  nous  avons, 
défendue  ici  même  il  y  a  quelques  mois,  à  l’occasion  d’un  rapport 
concernant  les  torsions  du  mésentère.  11  n’y  a  que  deux  cas  à 
distinguer.  Ou  bien  la  torsion  de  l’épiploon  est  le  fait  anatomique 
unique  et  isolé.  Ou  bien  la  torsion  de  l’épiploon  est  liée  à  un 
autre  fait  anatomique  plus  important  qui  domine  la  question,  et 
la  torsion  épiploïque  n’est  qu’un  épiphénomène  qui  se  passe,  soit 
—  cas  fréquent  et  banal  —  dans  un  sac  herniaire,  soit  dans  la 
grande  cavité  péritonéale,  par  exemple  s’il  s’agit  d’une  torsion  de 
l’épiploon  accompagnant  une  torsion  du  côlon  transverse  porté 
par  un  méso  d’exceptionnelle  longueur  et  d’insertion  pariétale 
anormalement  étroite.  Il  est  certain  que  seule  la  première  caté¬ 
gorie  de  faits  est  à  retenir,  puisque,  dans  ces  cas  de  volvulus 


SÉANCE  DU  31  JANVIER 


177 


épiploïque  pur,  cet  enroulement  crée  à  lui  seul  toute  la  maladie, 
donc  commande  en  totalité  et  la  thérapeutique  et  le  pronostic. 
C’est  le  cas  du  malade  de  M.  Lefebvre. 

La  torsion  partielle  de  l’épiploon  est  un  fait  curieux,  mais  un 
détail  de  second  plan.  La  division  du  grand  épiploon  en  plusieurs 
tabliers,  juxtaposés  dans  le  plan  frontal  ou  superposés  dans  le 
plan  antéro-postérieur,  éstune  disposition  anatomique  très  banale. 
La  torsion  d’un  de  ces  tabliers  épiploïques  peut  donc  se  pré¬ 
senter  à  l’état  isolé,  les  tabliers  voisins  restant  sains,  ainsi  que 
dans  le  cas  actuel. 

Comme  pour  toute  torsion  viscérale  abdominale,  en  particulier 
pour  toute  torsion  soit  d’une  anse  intestinale  normalement  mobile 
comme  l’anse  sigmoïde  ou  l’anse  transverse,  soit  d’un  segment 
intestinal  anormalement  mobile  par  défaut  d’accolement,  deux 
éléments  sont  nécessaires  et  suffisants  pour  analyser  très  simple¬ 
ment  le  mécanisme  de  la  torsion.  Le  premier  élément  est  un 
élément  primitif  et  passif;  c’est  la  pédiculisation  du  viscère,  dis¬ 
position  qui  rend  possible  l’enroulement,  sur  ce  pédicule  comme 
axe.  Le  second  élément  est  un  élément  secondaire  et  actif;  c’est 
la  mobilisation  du  viscère  qui  va  réaliser  l’enroulement;  dans 
l’abdomen,  l’agent  de  cette  mobilisation  est  presque  toujours  le 
péristaltisme  intestinal  physiologique  dont  l’épiploon  est,  en 
quelque  sorte,  un  des  organes  les  plus  importants,  puisqu’il 
constitue,  au  point  de  vue  mécanique,  une  sorte  de  coussinet 
d’articulation  de  l’intestin  avec  la  paroi  et  avec  les  viscères 
voisins.  Il  ést  permis  de  penser  que  ces  mouvements  intestinaux 
ne  sont  pas  étrangers  à  la  formation  des  tabliers  épiploïques  mul¬ 
tiples,  à  celle  des  incisures  et  même  des  segmentations  complètes 
de  la  nappe,  à  celle  enfin  des  perforations  plus  ou  moins  étendues 
dont  l’épiploon  peut  être  le  siège,  dispositions  de  détail  qui  ont 
leur  valeur  dans  certains  faits  anatomo-cliniques. 

Que  l’épiploon,  dans  sa  totalité,  ou  le  segment  épiploïque  isolé, 
alourdis,  soit  par  des  lésions  d’épiploïte,  soit  par  une  simple  con¬ 
gestion  passagère,  puissent  plus  facilement  subir  la  volutation, 
c’est  chose  possible  mais  nullement  démontrée;  on  pourrait 
même,  avec  plus  de  raison  peut-être,  supposer  exactement  le  con¬ 
traire;  dans  un  sac  herniaire  il  en  serait  tout  autrement.  Quoi 
qu’il  en  soit,  on  peut  se  passer,  pour  expliquer  le  mécanisme 
immédiat  des  torsions  épiploïques  intra-abdominales,  de  ces 
hypothèses  supplémentaires  secondaires,  qui  compliquent  sans 
utilité  la  question  de  pathogénie  et  qu’on  devra  donc  reléguer 
dans  les  considérations  étiologiques,  si  on  tient  à  en  faire  état. 

Si  on  voulait  trouver,  dans  les  observations,  des  données  de 
séméiologie  permettant  de  porter  le  diagnostic  clinique  net,; 


178 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


précis,  indiscutable,  de  torsion  épiploïque,  mieux  vaut  dire  de 
suite  qu’il'est  plus  sage  d’y  renoncer;  une  imprécision  avérée, 
répondant  à  la  réalité,  vaut  mieux  qu’une  fausse  précision.  Dans 
la  torsion  épiploïque,  comme  dans  beaucoup  de  circonstances  où 
on  l’observe,  le  syndrome  dit  «  abdomino-péritonéal  »  constitue 
tout  le  tableau  clinique;  les  signes  de  localisation,  ou  bien  restent 
au  second  plan,  ou  bien  sont  trompeurs,  ou  bien  font  défaut  ». 

Ce  syndrome  «  abdomino-péritonéal  »,  dont  nous  discutions 
encore  dans  une  de  nos  dernières  séances,  est,  en  effet,  une  mani¬ 
festation  clinique  très  générale,  qui  peut  être  ramenée  à  un  grou¬ 
pement  de  réactions  du  sympathique  abdominal  et  du  plexus 
solaire.  Si  on  voulait  pousser  plus  loin  l’analyse  de  son  méca¬ 
nisme  physio-pathologique,  au  delà  du  centre  solaire,  on  y 
apercevrait  un  ensemble  de  réactions  sympathiques  centrales, 
médullaires  et  surtout  bulbaires.  Qu’il  s’agisse  d’actions  d’ordre 
mécanique  —  contusions  abdominales,  occlusions  de  l’intestin, 
torsions  de  pédicules,  torsions  épiploïques,  etc.  — ;  qu’il  s’agisse 
d’actions  d’ordre  toxique  —  intoxications  parties  d’un  paren¬ 
chyme  glandulaire,  intoxications  parties  d’un  point  quelconque 
de  la  muqueuse  digestive  ou  de  ses  diverticules,  intoxications 
parties  d’un  foyer  septique  de  péritonite,  plus  ou  moins  étendu, 
consécutif  à  une  lésion  d’un  viscère  quelconque,  etc.  — ;  toujours 
l’ébranlement  du  système  nerveux  qui  en  résulte  se  traduit  par 
ce  syndrome  clinique,  en  réalité  beaucoup  plus  général  qu’abdo¬ 
minal.  On  peut  y  découvrir,  à  des  degrés  divers,  selon  les  circon¬ 
stances,'  les  réactions  fondamentales  que  commande  le  bulbe 
sympathique;  par  ordre  d’importance  croissante  :  manifestations 
d’ordre  sécrétoire,  d’ordre  vaso-moteur,  d’ordre  thermo-régula¬ 
teur,  d’ordre  respiratoire,  d’ordre  circulatoire.  De  sorte  qu’en 
l’absence  de  signes  nets  de  localisation  abdominale  précise,  bon 
nombre  de  nos  laparotomies,  en  ces  circonstances,  restent,  pour 
une  part  plus  ou  moins  large,  des  laparotomies  exploratrices. 

11  faut  approuver  M.  Lefebvre  d’avoir  envisagé  l’hypothèse  de 
la  localisation  appendiculaire  —  toxémie  appendiculaire  sans 
péritonite,  ou  péritonite  d’origine  appendiculaire  — ,  diagnostic 
suggéré,  et  même  en  quelque  sorte  imposé,  d’abord  par  la  notion 
de  fréquence,  puis  par  quelques  phénomènes  locaux  très  imprécis, 
et,  dans  ce  cas,  évidemment  fallacieux;  mais  il  faut  le  louer  de 
n’avoir  pas  différé  la  laparotomie  devant  ce  tableau  clinique,  et 
de  n’avoir  éprouvé  aucune  surprise  de  découvrir  une  lésion  qu’il 
n’avait  pu  cliniquement  déceler,  mais  qu’il  a  traitée  aussitôt 
comme  il  convenait  de  le  faire. 

L’opéré  est  mort,  au  sixième  jour,  d’accidents  de  broncho- 
paeumoaie  à  foyers  disséminés  multiples  typiques.  De  tels 


SÉANCE  DU  31  JANVIER 


179 


accidents  ne  sont  pas  exceptionnels  dans  les  cas  de  ce  genre,  et 
on  pourrait  même  se  demander  si  les  troubles  d’ordre  sympa¬ 
thique  d’origine  centrale,  dont  on  parlait  plus  haut,  ne  joueraient 
pas  un  rôle  dans  la  genèse  de  ces  complications  pulmonaires, 
l’embolie  venant,  ou  non,  selon  les  circonstances,  s’intercaler 
d’autre  part  dans  cette  pathogénie  complexe.  L’opéré  de  M.  Le¬ 
febvre  ayant  subi  une  anesthésie  rachidienne,  il  n’est  pas  pos¬ 
sible,  quoi  qu’il  en  soit,  d’incriminer,  dans  le  cas  présent  — 
comme  on  le  fait  peut-être  trop  volontiers  quelquefois  en  d’autres 
circonstances  —  l’anesthésie  générale  par  voie  respiratoire. 

Je  vous  propose,  Messieurs,  en  relatant  celte  observation  dans 
nos  Bulletins,  de  remercier  M.  Lefebvre  de  nous  l’avoir  adressée. 


Question  à  l’ordre  du  jour. 

La  suture  précoce  et  le  traitement  ambulatoire 
des  fractures  de  la  rotule , 

par  M.  PIERRE  FREDET. 

Je  voudrais  faire  une  courte  réponse  à  MM.  Alglave  et  Dujarier, 
qui  ont  pris  la  parole  plus  particulièrement  à  propos  de  ma 
communication  du  13  décembre  1922. 

J’ai  soutenu  trois  idées  principales  : 

1°  Utilité  de  suturer  d'urgence  les  fractures  de  la  rotule,  pour 
prévenir  l’atrophie  des  muscles  et  les  raideurs  articulaires,  grâce 
à  la  mise  en  œuvre  rapide  d’un  traitement  physiologique; 

2°  Nécessité  de  recourir  à  des  moyens  de  suture  assurant  d’em¬ 
blée  et  définitivement  la  coaptation  exacte  des  fragments.  En  l'état 
actuel,  la  suture  directe,  avec  des  faisceaux  de  crins  de  Florence , 
me  paraît  la  meilleure  ; 

3°  Possibilité  et  avantage  d’entreprendre  un  traitement  ambu¬ 
latoire ,  peu  de  temps  après  la  suture  rotulienne. 

I.  —  Sur  le  premier  point,  je  suis  heureux  de  noter  que 
M.  Dujarier  se  rallie  à  l’opération  précoce.  L’appui  donné  à  ma 
proposition,  par  un  collègue  aussi  compétent  en  matière  de  frac¬ 
tures,  m’est  extrêmement  précieux.  Dujarier  accepte  l’interven¬ 
tion  dès  le  deuxième  jour;  je  suis  persuadé,  qu’après  essai,  il 
reconnaîtra  préférable  encore  d’agir  aussitôt  qu’on  est  mis  en 
présence  d’une  fracture  de  la  rotule. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIHUHGIE 


II.  —  En  ce  qui  concerne  la  seconde  affirmation,  mon  ami 
Alglave  a  formulé  des  réserves.  Il  pense  qu’on  obtient  une  suture 
solide,  soit  par  des  vis,  soit  par  cerclage  avec  un  fil  métal¬ 
lique. 

Nu!  doute  que  ces  moyens  puissent,  entre  des  mains  habiles 
comme  les  siennes,  donner  d’excellents  résultats.  Mais  il  ne  reste 
pas  moins  vrai  que  l’un  de  ces  procédés  manque  de  simplicité,  que 
l’autre  est  défectueux  en  son  principe  tt  c’est  aussi  l’avis  de 
Dujarier. 

Le  cerclage,  je  le  répète,  est  rationnellement  inférieur  à  la 
suture  directe,  par  fils  longitudinaux.  Une  étude  géométrique  le 
fait  voir  avec  évidence.  Le  fil,  à  cheval  sur  le  bord  mince  de  la 
rotule,  s’oppose  mal  au  chevauchement  des  fragments  et  à  l’an¬ 
gulation,  surtout  lorsqu’on  essaie  un  peu  tôt  de  tléchir  le  genou. 
Enfin,  le  cercle  résiste  moins  bien  à  l’écartement  des  fragments 
que  les  fils  longitudinaux,  passés  dans  l’os  même.  Cela,  on  peut  le 
démontrer  par  un  calcul  fort  simple. 

Soit  D  le  diamètre  de  la  rotule  :  le  fil  de  cerclage,  à  supposer  qu’il 
ait  été  placé  dans  les  conditions  idéales,  c’est-à-dire  au  contact  de  l’os, 
possède  une  longueur  =  n  D. 

Le  fil,  passé  longitudinalement  dans  l’os,  forme  un  anneau  très  aplati, 
dont  le  grand  axe  est  sensiblement  plus  petit  que  le  diamètre  rotulien, 
et  dont  la  longueur  totale  est  toujours  moindre  que  2  D.  Mais  admet¬ 
tons,  pour  simplifier,  qu’il  atteigne  cette  longueur. 

Soit  a  le  coefficient  d’allongement  du  fil  utilisé,  sous  une  traction 
donnée.  Si  l’on  soumet  les  sutures  à  cette  traction,  la  longueur  de 
l’anneau  de  cerclage  devient  iDa;  celle  du  fil  longitudinal  2  D  «. 

Le  rapport  d'allongement  des  deux  sortes  de  suture 

TtPa  _  T. 

2L)a  2* 

Or  K  =  3,14  environ.  Le  rapport  d’allongement  est  donc  plus  grand 

3 

que  autrement  dit, quand  le  fil  longitudinal  s’allonge  de  moius  de  2, 

le  cercle  s’allonge  de  plus  de  3.  Et  comme  l’on  place,  non  pas  un  mais 
deux  fils  longitudinaux,  tandis  qu’on  exécute  le  cerclage  avec  un  seul 
fil,  le  rapport  est  en  réalité  au  moins. 

Conclusion,  le  cerclage  favorise  le  jeu  des  fragments. 

Depuis  ma  communication,  Dujarier  a  bien  voulu  essayer  à 
deux  reprises  les  faisceaux  de  crins  et  il  a  reconnu  combien  ils 
sont  faciles  à  passer,  souples  et  tenaces.  Je  puis  lui  indiquer  le 
résultat  de  quelques  expériences  sur  la  résistance  relative  du  fil 


SÉANCE 


31  JANVIER 


181 


d’argent  et  des  faisceaux  de  crins,  comme  je  le  lui  avais  promis  : 


Fil  de  1  millimètre  de  diamètre . 15  kilogrammes. 

Fil  de  1  millimètre  de  diamètre . 18  — 


Le  fil  de  1  millimètre  de  diamètre  est  le  plus  couramment  employé. 

Un  anneau  constitué  par  un  fil  de  1  m.  2  de  diamètre,  absolument 
neuf,  a  résisté  jusqu’à  67  kilogrammes.  Mais  ce  til,  en  raison  de  son 
diamètre  est  déjà  très  difficile  à  passer.  A  noter  qu’avant  de  se  rompre, 
les  fils  ont  subi  un  étirement  de  20  à  100  p.  100  de  leur  longueur. 

Anneaux  de  crins  de  Florence  ordinaires  (n°  5)  humides  (1). 


Anneau  de  3  brins . 15  kilogrammes. 

—  de  3  brins . .  .  24  — 

Anneau  de  4  brins . 14,5  kilogrammes. 

—  de  4  brins . 22  — 

Couple  de  deux  anneaux  de  3  brins  .  .  22  kilogrammes. 

—  de  deux  —  de  3  brins  .  .  31  — 

Couple  de  deux  anneaux  de  4  brins  .  .  57,5  kilogrammes. 

—  de  deux  —  de  4  brins  .  .  66  — 


C’est  le  couple  de  deux  anneaux  de  4  brins  que  je  recommande.  La 
solidité  du  crin  n°  b  suffit,  mais  on  bénéficierait  d’une  résistance  bien 
supérieure  si  l’on  employait  du  crin  de  très  bonne  qualité,  dit 
«  impérial  ». 

A  noter,  qu  avant  de  se  rompre ,  les  faisceaux  de  crins  n'ont  pas  subi 
d'allongement  sensible. 

Je  n’ai  pas  essayé  les  faisceaux  de  fil  d’acier  fin,  mais  ils  mériteraient 
d’être  expérimentés.  Les  Aciériesde  Firminy  fabriquent  un  fil  de  2/10 
de  millimètre  de  diamètre,  aussi  maniable  que  le  crin  et  dont  la  charge 
de  rupture  est  7  kilogr.  5,  sans  aucun  allongement.  Un  couple  de  deux 
anneaux  de  4  fils  d’acier,  de  ce  genre,  offrirait  une  résistance  de  115  à 
120  kilogrammes. 

III.  —  Reste  la  question  de  la  mobilisation.  Alglave  et  Dujarier 
nous  mettent  en  garde,  avec  beaucoup  de  sens,  contre  l’excès  de 
mobilisation  et  le  danger  des  mouvements  trop  précoces  et  trop 
étendus  du  genou.  Nous  sommes  parfaitement  d’accord. 

Le  pansement  d’Alphonse  Guérin,  que  j’applique  sur  le  membre 
inférieur  de  mes  opérés,  laisse  une  liberté  complète  à  la  hanche 
et  au  pied,  mais  il  ne  tolère  que  de  très  faibles  mouvements  du 
genou. 

(1)  Le  crin  sec  offre  un  peu  moins  de  résistance  que  le  crin  humide,  c’est- 
à-dire  tel  qu’on  l’emploie  dans  les  opérations. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


La  bande,  passée  en  étrier  sous  le  pied,  et  que  le  blessé  tend 
avec  la  main,  permet  de  soulager  sérieusement  le  quadriceps  et 


même,  au  début,  d’exercer  une  mobilisation  purement  passive  du 
membre. 

Jê  vous  ai  montré  des  photographies  très  démonstratives  de 
ma  technique.  Je  crois  bon  de  les  reproduire  ici,  pour  qu’aucune 
erreur  d’interprétation  ne  soit  possible. 

Le  sujet,  couché  (fig.  1),  soulève  son  membre,  genou  en  exten¬ 
sion  ;  il  s’aide  de  la  corde,  dans  la  mesure  dont  il  est  le  meilleur 


SÉANCE  DU  31  JANVIER 


183 


juge,  car  il  ne  doit  éprouver  aucune  douleur  au  cours  des  mouve¬ 
ments.  Il  descend  de  son  lit  ou  y  remonte  seul  (fig.  2),  en 
soutenant  passivement  le  poids  du  membre,  genou  en  exten- 

II  marche  (fig,  3),  genou  en  extension,  sans  dépense  d’énergie 
s’il  le  veut,  ou  en  demandant  peu  de  force  à  son  quadriceps,  puis¬ 
qu’il  dispose  de  la  corde  pour  projeter  le  membre  en  avant,  et  que 
ce  membre  oscille  d’ailleurs  comme  un  pendule  autour  de  la  tête 
du  fémur.  Tous  ces  mouvements,  sim¬ 
plement  passifs  au  début,  et  que  le 
blessé  rend  progressivement  actifs, 
suffisent  pour  entretenir  la  souplesse 
du  genou  et  la  vitalité  des  muscles. 

J’évite  de  fléchir  le  genou  dès  les  pre¬ 
miers  jours. 

C’est  pour  cela  que  j’ai  intitulé 
ma  communication  non  pas  «  su¬ 
ture  précoce  de  la  rotule  et  mobi¬ 
lisation  précoce  du  genou  » ,  mais 
suture  précoce  et  traitement  ambu¬ 
latoire  des  fractures  de  la  rotule ,  ce 
qui  est  tout  différent;  au  cours  de 
mon  exposé,  j’ai  pris  soin  de  ne 
parler  que  de  mobilisation  du  membre, 
et  non  pas  de  mobilisation  du  genou. 

En  un  mot,  il  n’y  a  pas  de  diver¬ 
gence  fondamentale  entre  l’opinion 
d’Alglave  et  de  Dujarier  et  la  mienne. 

Je  remercie  mes  collègues  de  m’avoir  fourni  l’occasion  de  pré¬ 
ciser  les  faits. 

M.  Alglave.  —  La  démonstration  mathématique  sur  la  moindre 
solidité  du  cerclage  de  notre  collègue  Fredet  me  paraît  très 
intéressante;  cependant,  en  ce  qui  me  concerne,  il  me  permettra 
de  lui  faire  remarquer  que  je  n’ai  parlé  de  cerclage  que  pour  les 
fractures  à  fragments  multiples  et  fragiles  qu’il  s’agit  de  ramasser 
aussi  solidement  qu’on  le  peut.  Pour  les  autres,  nous  sommes 
d’accord.  Seulement,  si  nous  pouvons  rapprocher  par  des  vis  ou 
des  fils  transfragmentaires  des  fragments  très  solides,  je  continue 
à  penser  que,  pour  deux  fragments  peu  solides,  mieux  vaut  la 
suture  périrotulienne,  au  crin  de  Florence,  qui  est  un  fil  parfait. 

M.  Paul  Thiéry.  —  Je  voudrais  confirmer  ce  que  vient  de  dire 
M.  Alglave  :  le  cerclage  de  la  rotule  a  été,  je  crois,  inventé  pour 


184 


SOCIÉTÉ  DK  CWRUHGIE 


traiter  les  fractures  comminutives  de  cet  os  où  la  multiplicité  des 
fragments  qui  doivent  être  réunis  en  une  sorte  de  bloc  pour 
former  un  cal  unique  ne  permet  guère  la  ligature  longitudinale; 
il  a  été  réservé  encore  aux  cas  où  le  fragment  inférieur  est  très 
petit  et  très  friable,  prêt  à  éclater  lors  de  sa  perforation.  Mais  en 
dehors  de  ces  cas,  la  suture  verticale  me  paraît  bien  supérieure  au 
cerclage,  car  elle  exige  une  dénudation  minime  de  l’os  et  laisse 
enfoui  un  matériel  métallique  de  volume  beaucoup  plus  réduit, 
en  sorte  que,  neuf  fois  sur  dix,  j’ai  recours  à  la  suture  verticale 
et  non  au  cerclage.  Il  n’y  a  qu’une  réserve  à  faire  :  en  cas  de  mobi¬ 
lisation  extrêmement  précoce  et  très  étendue,  qui  est  de  plus  en 
plus  mise  en  œuvre,  le  cerclage  offre  plus  de  résistance,  des  fils 
métalliques  verticaux  pouvant,  sous  l’influence  de  l’effort  exercé, 
sectionner  un  os  ostéoporosé  et  fragile,  ce  qui  est  souvent  le  cas; 
les  fils  peignent,  pour  ainsi  dire,  l’os,  le  déchirant;  c’est  pourquoi 
je  ne  suis  pas  partisan  de  la  mobilisation  ultra-précoce  et  portée 
à  l’extrême. 

En  ce  qui  concerne  la  résistance  des  fils  métalliques,  l’expé¬ 
rience  démontre  : 

1°  Que  les  fils  d’argent  n’ont  aucune  résistance,  surtout  à  la 
torsion  :  je  les  ai  complètement  abandonnés; 

2°  Que  les  fils  de  bronze  sont  plus  résistants,  et  bien  suffisants 
pour  une  suture  de  rotule; 

3°  Que  les  fils  de  cuivre  ont  une  résistance  encore  supérieure; 

4°  Que  les  fils  de  fer  recuit,  de  fer  doux,  ont  une  souplesse,  une 
résistance  à  la  torsion  remarquables;  c’est  le  fil  de  choix,  que 
j’emploie  uniquement  dans  les  ligatures  osseuses  nécessitant  une 
striction  énergique  du  fil  par  torsion  de  ses  deux  bouts  (fractures 
obliques  du  tibia,  par  exemple). 

Quant  à  la  question  d’oxydation  ou  de  «  sulfurisation  »  des  fils 
de  cuivre  ou  de  fer,  elle  ne  se  pose  même  pas  :  ces  fils  sont  indé¬ 
finiment  tolérés,  sans  aucune  altération  appréciable  en  pratique. 

M.  Pierre  Fredkt.  —  Je  ne  conteste  pas  que  le  cerclage  puisse 
avoir  des  indications  spéciales,  mais  elles  me  paraissent  excep¬ 
tionnelles.  Même  lorsque  le  fragment  inférieur  est  subdivisé,  on 
place  très  facilement  des  fils  longitudinaux  sur  ces  fragments 
en  cheminant  sous  leur  bord  intérieur.  Dujarier  nous  a  dit  l’avoir 
fait  souvent;  j’ai  procédé  de  façon  analogue  dans  nombre  de  cas. 
Lorsque  la  fragmentation  est  très  accentuée,  on  peut  compléter 
la  suture  longitudinale  par  un  demi-cerclage  à  la  Quénu,  pour 
assurer  la  juxtaposition  exacte  des  fragments  dans  le  sens  lon¬ 
gitudinal. 


SÉANCE  DU  31  JANVIER 


18S 


Communications. 

Le  cancer  cervical  est-il  rare  sur  l'utérus  prolabé 
au  deuxième  et  troisième  drgré  ? 

par  M.  G.  CHA.VANNA.Z  (de  Bordeaux),  correspondant  national. 

Nous  avons  été  souvent  appelé  auprès  de  femmes  atteintes  de 
prolapsus  utérin  au  deuxième  et  au  troisième  degré  et  présentant 
des  ulcérations  du  col  qui  avaient  pu  en  imposer  pour  des  épit-hé- 
liomas.  Or,  dans  ces  circonstances,  nous  n’avons  jamais  rencontré 
de  processus  néoplasique;  toujours,  les  ulcérations  ont  guéri  rapi¬ 
dement  avec  le  repos  et  quelques  soins  hygiéniques _ _ 

Peut-être  avons-nous  été  favorisé  et  peut-être  avons-nous  eu 
une  série  heureuse?  L’expérience  d’un  homme  est  toujours  très 
limitée,  aussi  serions-nous  aise  de  connaître  l’avis  des  membres 
de  la  Société  de  chirurgie  sur  ce  point  très  simple  :  l’utérus  en 
prolapsus  au  deuxième  ou  au  troisième  degré  est-il  plus  rare¬ 
ment  atteint  de  cancer  et,  en  particulier,  d’épithélioma  cervical, 
que  l'utérus  en  position  à  peu  près  normale  ? 

La  solution  de  cette  question  peut  présenter  un  certain  intérêt. 
L’action  des  irritations'  mécaniques,  et  en  particulier  des  trauma¬ 
tismes  répétés,  est  à  peu  près  partout  signalée  comme  cause  pos¬ 
sible  de  cancer.  Or,  s’il  est  un  organe  soumis  aux  irritations  méca¬ 
niques  et  à  des  frottements  répétés,  c’est  bien  l’utérus,  au  moins 
en  ce  qui  concerne  sa  portion  cervicale,  quand  cet  utérus  vient  à 
être  atteint  de  prolapsus  accentué. 

Si  l’opinion  de  nos  collègues  est  conforme  à  la  nôtre,  si  le  col 
de  l’utérus  prolabé  reste  indemne  de  cancer,  il  y  là  un  fait  assez 
intéressant^  On  peut  expliquer  peut-être  cette  particularité,  en 
disant  que  les  femmes  sont  atteintes  de  prolapsus  utérin  au 
deuxième  et  au  troisième  degré,  à  un  âge  avancé,  et  que  celles 
qui  devaient  payer  tri.but  aux  néoplasmes  ont  déjà  été  frappées 
et  sont  mortes,  ou  ont  été  opérées  et  restent  guéries.  Cette  idée 
peut  être  sou  tenue;  mais,  en  se  plaçant  dans  le  cas  de  l’hypothèse 
la  plus  favorable,  elle  ne  vaut  que  pour  un  certain  nombre  de 
faits. 

Si  nous  sommes  dans  la  vérité  en  pensant  que  le  cancer  est 
exceptionnel  sur  l’utérus  prolabé,  il  faut  donc  conclure  qu’ici 
l’irritation  mécanique,  les  petits  traumatismes  répétés  sont  im¬ 
puissants  à  déclencher,  le  processus  cancéreux. 


SOCIÉTÉ  DE  CHÎRURGÎÉ 


Kyste  hématique  du  grand  épiploon  rompu  en  péritoine  libre. 

Opération.  Guérison , 

pat-  M.  AMDRÉ  CHALIER  (de  Lyon),  correspondant  national. 

Les  kystes  hématiques  du  grand  épiploon  sont  très  rares;  ils 
n’ont  été  mentionnés  que  deux  fois  à  la  Société  de  Chirurgie, 
tout  d’abordpar  M.  Rochard,  le  24  avrill912,  et,  plusprès  de  nous, 
par  M.  Oudard,  le  21  décembre  1921. 

Le  cas  que  je  vous  apporte  a  non  seulement  le  mérite  de  la 
rareté,  mais  aussi  celui  d’avoir  présenté  quelques  particularités 
que  je  n’ai  rencontrées  dans  aucune  des  23  observations  colligées 
récemment  par  Oberlin  dans  un  travail  né  d’une  observation  de 
M.  Pierre  Duval  et  publié  par  la  Revue  de  Chirurgiet  1921,  n°  3. 

Observation.  —  Il  s’agit  d’un  homme  de  cinquante-cinq  ans,  maître 
maçon,  jouissant  d’une  bonne  santé  habituelle,  qui,  depuis  une  quin¬ 
zaine  d’années,  se  savait  porteur  d’une  grosseur  à  l’épigastre,  survenue 
spontanément,  sans  traumatisme  antérieur,  et  qu’un  chirurgien  avait 
considérée  comme  un  kyste,  et  dont  il  avait  conseillé  l’ablation.  Mais  ce 
kyste  était  indolent  et  ne  s’accompagnait  que  de  vagues  troublés  di¬ 
gestifs  :  le  malade,  gros  mangeur,  se  sentait  ballonné  après  chaque 
rêpas,  avait  de  nombreuses  éructations  gazeuses,  mais  ne  souffrait  pas 
à  proprement  parler  et  ne  vomissait  pas.  Aussi  s’accômmodait-il  d’une 
grosseur  qui,  paraît-il,  le  rendait  un  peu  difforme  et  l’obligeait  à  mar¬ 
cher  «  comme  une  femme  enceinte  »,  le  tronc  fortement  incliné  en 
arrière,  mais  ne  le  gênait  pas  outre  mesure  dans  son  travail. 

Le  b  novembre  1919,  il  fit  une  chute  de  sa  hauteur  et  tomba  de  tout 
son  poids  en  avant  sur  un  gros  morceau  de  bois.  Le  coup  porta  sur 
l’épigastre;  il  fut  violent,  douloureux,  et  s’accompagna  sur-le-champ 
d’une  notable  diminution  de  la  saillie  épigastrique.  Le  blessé  eut 
cependant  la  force  de  faire  à  pied  500  mètres  pour  rentrer  chez  lui.  il 
s’alita  immédiatement  et  fut  mis  par  son  médecin  à  la  diète  et  au  repos 
complet,  avec  glace  sür  le  Ventre. 

Je  ne  suis  appelé  auprès  de  lui  qub  douze  jours  après  l’accident  et  je 
note  les  signes  suivants  :  ventre  très  gros,  en  disproportion  notable 
avec  la  corpulence  du  malade  :  accroissement  manifeste  de  la  région 
sus-ombilicale  avec  élargissement  et  éversion  du  thorax  à  sa  base. 
Petite  hernie  ombilicale.  Petite  hernie  inguinale  droite.  Grosse  hernie 
inguinale  gauche,  réductible,  ayant,  au  dire  du  malade,  subi  une  aug¬ 
mentation  notable  de  volume  depuis  l’acCident  ;  cette  hernie  est  mate 
et  fluctuante  quand  on  obture  l’orifice  inguinal.  Signes  manifestes  d’as¬ 
cite  abondante.  La  palpation  de  l’abdomen  est  douloureuse  surtout  à 
gauche  de  la  ligne  médiane,  soüs  le  rébord  costal.  Ni  hoquets,  ni 
vomissements.  Quelques  petits  ganglions  dans  le  creux  sus- claviculaire 
gauche. 


SÉANCE  DU  31  JANVIER 


187 


Sans  avoir  fait  un  diagnostic  bien  précis,  je  pratique,  le  22  no¬ 
vembre  1919,  avec  l’aide  du  Dr  Richard,  uhe  laparotomie  sus-Orhbilicâle 
médiane.  Dès  le  ventre  ouvert,  il  s’écoule  une  grande  quantité  d’ascite 
hémorragique  (au  moins  6  à  7  litres).  On  aperçoit  alors  Une  masse  vo¬ 
lumineuse  qui  apparaît  sous  l’aspect  d’un  vaste  placard  blanchâtre, 
lardacé,  occupant  toute  la  moitié  supérieure  et  droite  de  l'abdomen. 
On  soulève  cette  masse,  on  l’extériorise  facilement  et  on  constate  qu’il 
s’agit  d’une  volumineuse  poche  kystique  présentant  au  niveau  de  son 
pôle  inféro-interné,  lequel  descendait  plus  bas  que  l’ombilic,  une  per¬ 
foration  des  dimensions  d’une  pièce  de  un  franc.  Cêttè  perforation  s’est 
produite  à  coup  sûr  lors  du  traumatisme  et  a  permis  l’évacuation 
presque  complète  en  péritoine  libre  du  contenu  kystique.  La  poche  ne 
renferme,  en  effet,  qu’une  petite  quantité  de  liquide  hémorragique.  En 
agrandissant  la  perforation,  on  voit  que  les  parois  du  kyste  sont 
épaisses  de  J.  à  2  centimètres  suivant  les  points  considérés  ;  la  surface 
interne  est  tapissée  de  concrétions  boueuses  blanchâtres.  La  surface 
externe  est  sillonnée,  à  sa  périphérie  surtout,  de  grosses  veines. 

Topographiquement,  le  kyste  est  développé  dans  la  partie  droite  de 
l’épiploon  gastro-colique.  Il  refoule  fortement  en  bas  le  côlon  trans¬ 
verse.  En  haut,  il  recouvre  le  pylore  et  l’antre  pour  dédoubler  le  petit 
épiploon,  et  remonte  jusqu’à  la  coupole  diaphragmatique  en  compri¬ 
mant  fortement  le  lobe  gauche  du  foie  et  en  repliant  vers  le  haut  son 
bord  antérieur.  La  tumeur  offre  des  connexions  étroites  avec  la  moitié 
droite  de  la  grande  courbure  et  avec  la  face  antérieure  de  la  petite  tu¬ 
bérosité.  A  ce  niveau,  il  est  impossible  de  trouver  un  plan  de  Clivage  et 
la  séparation  ne  peut  se  faire  qu’en  entamant  la  musculature  de  l’es¬ 
tomac;  en  un  point  même,  la  muqueuse  est  ouverte.  Par  ailleurs,  la 
libération  est  facile,  mais  nécessite  un  très  grand  nombre  de  ligatures 
vasculaires.  Occlusion  de  la  brèche  gastrique  à  deux  plans  de  sutures 
et,  à  titre  de  décharge,  établissement  rapide  d’une  gastro-entéro-anas- 
tomosê  postérieure  trans-méso-colique  au  bouton  de  Jabouiay.  Périto¬ 
nisation  soigneuse  de  toute  la  zone  gastrique  dépéritonisée  et  épiploo- 
plastie  avec  les  portions  avoisinantes  du  grand  épiploon.  Fermeture  de 
la  paroi  à  trois  plans. 

Les  suites  opératoires  lurent  des  plus  simples.  Le  bouton  fut 
évacué  le  2  décembre.  Le  14  décembre,  le  malade  sortait  guéri,  man¬ 
geant  et  digérant  bien. 

L'examen  histologique  de  la  poche  a  montré  qu’il  s’agissait  d’un  kyste 
simple  sans  lésions  néoplasiques. 

La  suite  a,  d’ailleurs,  confirmé  ces  données  du  microscope,  puisqu’il 
n’est  pas  survenu  de  récidive;  mais  au  bout  d’un  an  le  malade  a 
commencé  à  présenter  des  signés  nets  d’ulcère  pylorique  :  douleurs 
gastriques  tardives,  faim  douloureuse,  renvois  acides,  et  quelques 
troubles  de  canalisation  intestinale  pour  lesquels  j’ai  dô  réintervenir 
le  28  janvier  1922.  J’ai  trouvé  tout  d’abord  un  estomac  énorme,  adhé¬ 
rent  par  toute  sa  moitié  droite  au  foie  et  â  la  paroi  abdominale  anté¬ 
rieure;  la  libération  en  a  été  très  difficile,  très  longue,  mais  a  pu  être 
faite  sans  dépéritoniser  l’estomac.  J’ai  trouvé  ensuite  de  nombreuses 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE  . 


brides  enserrant  le  côlon  transverse,  brides  qu’il  a  suffi  de  sectionner 
entre  deux  ligatures.  Vérifiant  par  le  toucher  la  région  de  l’ancienne 
gastro-entérostomie,  j’ai  eu  la  notion  netle  qne  l’orifice  s’était  oblitéré 
et  que  le  grêle  ne  tenait,  à  ce  niveau,  que  très  peu  à  la  face  postérieure 
de  l’estomac.  Il  existait  enfin,  au  pylore,  dans  une  région  difficile  à 
atteindre,  à  cause  de  l’extrême  augmentation  de  volume  de  l’antre 
pylorique,  un  noyau  inflammatoire,  dur,  du  volume  d’une  noix,  sans  la 
moindre  adénopathie' :  ulcère  calleux  certain,  adhérent  au  pancréas. 
Comme  les  manœuvres  de  libération  de  l’estomac  et  du  côlon  transverse 
avaient  été  assez  lougues,  je  ne  jugeai  pas  à  propos  de  réséquer  l’ul¬ 
cère  et  me  contentai  de  faire  une  exclusion  du  pylore  au  fil  et  une 
gastro-entérostomie  large  à  la  suture. 

Là  n’est  pas  le  principal  intérêt  de  ce  cas,  bien  que  je  n’aie  trouvé 
aucune  observation  qui  mentionne  une  réintervention. 

Deux  faits  surtout  me  paraissent  mériter  de  retenir  l’attention, 
car  il  n’en  est  fait  mention  ni  dans  le  travailde  A\tnes^(Progrès 
Médical ,  4  janvier  1920)  ni  dans  le  mémoire  d’Oberlin  ( loc .  cit.). 

C’est  d’une  part  la  rupture  en  péritoine  libre  d’un  énorme  kyste 
hématique  du  grand  épiploon  (variété  inter-gastro-colique).  Il  est 
à  remarquer  que  ce  kyste,  survenu  sans  traumatisme  antérieur, 
et  datant  déjà  de  nombreuses  années,  avait  été  relativement  bien 
toléré  jusqu’au  jour  où  une  chute  accidentelle  sur  le  ventre  pro¬ 
voqua  sa  rupture.  Le  liquide  hématique  du  kyste  n’élant  pas 
infecté,  il  n’y  eut  pas  péritonite,  au  moins  au  sens  chirurgical  du 
mot,  et  l’opération,  quoique  pratiquée  seulement  dix-sept  jours 
après  la  perforation,  put  être  suivie  de  succès. 

Le  deuxième  fait,  aussi  inédit,  c’est  l'adhérence  intime  qui  unis¬ 
sait  ce  kyste  à  la  paroi  gastrique ,  dans  la  région  pré-pylorique;  et 
cette  adhérence  était  telle  que  le  clivage  de  lapoched’avec  l’estomac 
fut  impossible  sans  s’accompagner  d’une  déchirure  pénétrante 
qu’il  fallut  recoudre,  et  c’est  à  ce  niveau  approximativement  que 
se  produisit  un  an  plus  tard  l’ulcère  calleux  qui  nécessita  la 
seconde  opération. 

Pour  les  esprits  avides  de  pathogénie,  od  pourrait  supposer  que 
cet  ulcère  s’est  produit  à  la  faveur  de  troubles  vasculaires  ou 
trophiques  engendrés  sans  doute  par  la  libération  du  kyste  d’avec 
ses  connexions  gastriques.  On  pourrait  aussi  émettre  l’hypothèse 
que  le  point  de  départ  initial  du  kyste  résidait  vraisemblablement 
dans  la  région  pyloro-pancréatique  et  qu’il  avait  pu  naître  à  ce 
niveau  par  suite  d’un  défaut  d’accolement  partiel  du  mésogastre 
et  du  mésocôlon  transverse  suivant  une  interprétation  donnée 
ici  même  pour  des  kystes  analogues  par  M.  Descomps  ( Société  de 
Chirurgie, %  juin  1920).  11  faudrait  alors  admettre  que  le  kyste  de 
notre  malade  aurait  été  primitivement  séreux  et  ne  serait  devenu 


SÉANCE  DU  31  JANVIER 


hématique  qu’ullérieurernent  en  vertu  d’un  mécanisme  semblable 
à  celui  qui  préside  à  la  transformation  des  hydrocèles  vaginales 
en  pachyvaginalites. 


Ce  qu'on  peut  attendre  de  l'insufflation  périrénale, 

(Discussion  du  rapport  de  M.  Gosset  sur  la  présentation 
de  M.  Carelli) 

par  M.  MAURICE  CHEVASSU. 

Mon  inlention  n’est  pas  de  vous  faire  revenir  sur  l'impression 
très  séduisante  que  vous  avez  certainement  conservée  des  radio¬ 
graphies  d’insufflation  périrénale  queM.  Carelli  nous  a  présentées 
l’an  dernier,  et  sur  lesquelles  M.  Gosset  a  fait  un  court  rapport 
dans  notre  dernière  séance.  Il  n’est  pas  douteux  que  celte 
méthode  nouvelle  d’exploration  radiographique  des  reins  ne 
puisse  donner  des  images  du  contour  du  rein  qui  plaisent  à 
l’œil.  Elle  m’a  paru  d’emblée  si  intéressante,  que  je  me  suis  hâté 
de  l’appliquer  à  mes  malades,  avec  la  précieuse  collaboration  de 
l’habile  radiographe  qu’est  le  Dr  Maingot. 

Nous  avons  déjà  eu  l’occasion,  Maingot  et  moi,  de  dire  à  la 
Société  française  d’Urologie  (décembre  1921  et  janvier  1922)  ce 
que  nous  pensions  des  premiers  essais  que  nous  avions  faits  de  la 
méthode  de  Carelli.  Le  rapport  de  M.  Gosset  m’incite  à  vous 
apporter  aujourd’hui  le  résultat  de  mon  expérience,  vieille  de 
plus  d’une  année  maintenant. 

La  technique  de  L'insufflation  périrénale  est  très  simple.  Mais  la 
réalisation  de  l  insufflation  en  bonne  place  est  moins  facile  qu’elle 
ne  paraît,  il  y  a  trop  d’espaces  injectables  dans  la  région  rénale. 

Ces  espaces  injectables  se  divisent  en  deux  classes  :  ceux  qu’on 
injecte  rarement  :  le  péritoine,  la  plèvre,  le  médiastin,  et  ceux 
qu’on  injecte  ordinairement  :  la  graisse  périrénale,  la  graisse 
pararénale,  les  gaines  musculaires  juxta-rénales,  celle  du  psoas 
en  particulier. 

Aucune  méthode  ne  permet,  à  l’heure  actuelle,  d’insuffler  à 
coup  sûr  l’espace  périrénale 

La  technique  de  M.  Carelli  est  dérivée  delà  technique  de  l’anes¬ 
thésie  splanchnique.  Sa  piqûre  est  faite  seulement  un  peu  plus 
bas,  sur  l’ombre  repérée  radioscopiquement  du  2e  costoïde  lom¬ 
baire  et  son  aiguille  pénètre  moins  profondément,  sa  pointe 
s’arrêtant  à  2  centimètres  environ  en  avant  de  la  costoïde. 

Or,  nulle  part  autour  du  rein  les  espaces  décollables  à  éviter  ne 

BPLL.  ET  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CHIR.,  1923.  14 


190 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


sont  accumulés  comme  ils  le  sont  en  ce  point.  L’espace  pararénal 
a  là  son  maximum  de  largeur.  Le  psoas  est  épais  et  souvent  l’ai¬ 
guille  reste  dans  sa  gaine  ;  l’insufflation  réalise  alors  une  dissocia¬ 
tion  des  fibres  du  psoas;  il  arrive  même  que  l’aiguille,  s’arrêtant 
au  ligament  cintré  du  diaphragme,  l’insufflation  remonte  dans  le 
médiastin  au  lieu  de  descendre  dans  l’abdomen.  Dans  une  des 
premières  insufflations  que  nous  ayons  réalisées  avec  M.  Maingot, 
la  jeune  femme  sur  laquelle  nous  opérions  se  mit  rapidement 
à  se  plaindre  en  nous  disant  :  «  J’étouffe,  j’étouffe.  »  Nous 
avons  constaté  chez  elle  la  production  d’un  emphysème  de 
toute  la  base  du  cou.  L’incident  n’eut  pas  d’autre  suite  ;  nous 
pûmes  même  prendre  immédiatement  un  cliché  que  vous  verrez 
tout  à  l’heure,  où  l’on  suit  la  marche  des  gaz  depuis  la  face  supé¬ 
rieure  du  diaphragme  jusqu’au  cou  par  le  médiastin.  Nous  avions 
pensé  d’abord  que  notre  inexpérience  était  seule  ici  en  cause, 
mais  nous  avons  su  depuis  que  le  même  incident  s’était  produit, 
vers  la  même  époque,  entre  des  mains  on  ne  peut  plus  expéri¬ 
mentées. 

J’ai  cessé,  pour  ma  part,  de  faire  des  insufflations  par  cette 
voie  qui,  à  mon  avis,  joue  la  difficulté,  et  je  fais  ma  piqûre  au 
point  où  le  rein  est  le  plus  proche  des  téguments,  c’est-à-dire  à 
la  partie  supérieure  de  la  «  couture  »  aponévrotique  qui  sépare 
les  muscles  du  dos  des  muscles  de  l’abdomen  au  sommet  du 
triangle  de  J.-L.  Petit.  Cette  couture  est  facilement  perceptible 
chez  les  sujets  maigres  ;  chez  les  gras,  elle  est  à  10, 11,  12  centi¬ 
mètres  de  la  ligne  médiane  postérieure,  à  peu  près  à  égale 
distance  de  cette  ligne  et  de  la  ligne  axillaire  moyenne.  Là 
piqûre  est  faite  à  un  bon  travers  de  doigt  au-dessous  du  bord 
inférieur  de  la  côte  perceptible  au  sommet  de  la  couture,  le  sujet 
reposant  sur  le  flanc  opposé  soulevé  par  un  coussin.  L’aiguille 
est  dirigée  en  avant,  et  légèrement  en  haut  et  en  dedans,  comme 
si  on  voulait  la  faire  sortir  au  niveau  de  l’appendice  xyphoïde. 

L’aiguille  dont  nous  nous  servons,  M.  Maingot  est  moi,  est 
le  trocart  de  Kuss  pour  pneumothorax  artificiel.  Après  avoir 
approximativement  apprécié  l’épaisseur  du  panicule  adipeux  du 
sujet,  l’aiguille  est  enfoncée  à  deux  bons  centimètres  au  delà  de  la 
couche  graisseuse.  Elle  a  toute  chance  d’être  alors  au  contact  du 
rein.  On  remplace  alors  le  trocart  pointu  par  le  mandrin  mousse 
canalisé  pour  l’insufflation  et  l’on  commence  celle-ci  en  s’assu¬ 
rant  que  le  manomètre  branché  sur  le  système  d’insufflation 
présente  des  oscillations  parallèles  aux  oscillations  de  pression 
abdominale  que  provoquent  les  mouvements  respiratoires. 

Même  par  ce  procédé,  on  ne  réalise  pas  à  tout  coup  l’insuf¬ 
flation  de  la  capsulé  adipeuse  du  rein.  Fréquemment,  on  fait 


SÉANCE  DU  31  JANVIER 


191 


seulement  une  insufflation  de  l’espace  décollable  parurénal,  celui 
qui  est  situé  en  arrière  de  la  lame  de  Zuckerkandl.  Gela  donne 
néanmoins  des  figures  utilisables,  le  rein,  la  rate,  le  foie,  se  déta¬ 
chant  sur  une  large  nappe  claire  qui  peut  aller  du  diaphragme  à 
la  crête  iliaque,  et  de  la  colonne  lombaire  au  flanc.  Mais  pour 
exagérés  que  soient  les  contrastes,  ils  ne  réalisent  pas  d’habitude 
une  séparation  entre  l’ombre  du  rein  et  les  ombres  adjacentes  de 
la  rate  ou  du  foie. 

Quand  l'insufflation  est  réalisée  en  bonne  place,  on  doit  théori¬ 
quement  voir  l’ombre  du  rein  entourée  d’une  atmosphère  transpa¬ 
rente.  11  en  est  souvent  ainsi,  et  M.  Carelli  vous  en  a  apporté  ici 
les  plus  démonstratifs  exemples  qui  se  puissent  voir;  je  vous  en 
apporte  moi-même  quelques  autres. 

Mais  il  faut  bien  avouer  que,  pratiquée  même  en  bonne  place, 
l’insufflation  n’entoure  pas  toujours  le  rein  d’une  couche  transpa¬ 
rente  régulière.  L’insufflation  est  partielle;  il  se  crée  des  poches 
de  gaz  qui  font  des  taches  claires  derrière  le  rein  ou  qui  le 
refoulent,  surtout  en  haut  ou  en  bas.  L’interprétation  des  figures 
obtenues  est  alors  délicate. 

M.  Carelli  pense  que,  là  où  l’insufflation  ne  se  produit  pas,  il 
y  a  périnéphrite  ;  c’est  possible  dans  un  certain  nombre  de  cas.  Il 
est  même  certain  que  dans  les  blocs  de  périnéphrite  scléreuse  on 
ne  doive  s’attendre  à  aucune  possibilité  d’insufflation.  Mais  l’insuf¬ 
flation  peut  manquer  sans  périnéphrite  —  et  M.  Marion  nous  en 
a  signalé  l’an  dernier  à  la  Société  française  d’Uiologie  une  obser¬ 
vation  des  plus  probantes.  N’oublions  pas,  en  effet,  que  l'espace 
périrénal  est,  chez  beaucoup  de  sujets,  comblé  par  une  graisse 
qui,  pour  être  assez  fluide,  est  loin  de  laisser  libérer  le  rein 
complètement  d’un  coup  de  doigt;  la  libération  très  facile  est 
surtout  le  fait  des  sujets  maigres,  qui  ont  autour  du  rein  un 
espace  décollable  plus  cellulaire  que  graisseux.  C’est  sur  ces 
sujets-là,  autour  des  reins  normaux  ou  presque,  qu’on  obtient  les 
plus  belles  images  d’insufflation  périrénale. 

L’inégalité  de  l’insufflation  peut  entraîner  à  d’autres  erreurs 
d’interprétation.  Elle  a  fait  croire  à  des  cavernes  tuberculeuses; 
je  n’oserais  même  pas  affirmer  que  certaines  ombres  attribuées  à 
'la  surrénale  n’aient  pas  d’autre  explication. 

Je  ne  crois  pas  qu’on  ait  apporté  d’exemple  de  calculs  du  rein 
rendus  visibles  par  l’insufflation  alors  qu’ils  ne  l’étaient  pas 
auparavant.  Nous  avons,  au  contraire,  Maingot  et  moi,  observé 
sur  un  rein  deux  petites  taches  càlculeuses  qui  ne  furent  plus 
visibles  après  l’insufflation. 

Ce  serait  mal  interpréter  ma  pensée  que  de  voir  en  moi,  parce 
que  je  lui  adresse  quelques  critiques,  un  adversaire  de  la  méthode 


192 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


d'insufflation  périrénale.  J'estime,  au  contraire,  que  l’insufflation 
peut  rendre  des  services  dans  les  cas  de  diagnostic  difficile,  et,  vue 
sa  réelle  innocuité,  je  l’emploie  assez  fréquemment.  Mais  j’avoue 
qu’elle  est  loin  de  m’avoir  toujours  sorti  de  peine  dans  les  cas 
embarrassants. 

Je  tiens  en  tout  cas  à  réagir  contre  l’enthousiasme  de  certains 
néophytes  qui  se  sont  hâtés  de  proclamer  que,  grâce  à  la  méthode 
nouvelle,  désormais  «  le  rein  n’aurait  plus  de  secrets  pour  les 
radiologistes  ». 

Il  en  conserve,  et  l’insufflation  ne  lui  en  fait  pas  livrer  beaucoup 
plus  qu’on  n’en  obtient  d’une  bonne  radiographie  banale  du  rein. 

Or,  on  peut  attendre  beaucoup  d’une  radiographie  rénale  bien 
faite.  On  y  voit  les  contours  du  rein,  au  moins  dans  ses  deux  tiers 
inférieurs,  avec  un  moindre  contraste,  certes,  que  n’en  donne 
l’insufflation,  évidemment  plus  séduisante  à  l’œil  profane,  mais 
avec  une  parfaite  netteté  tout  de  même.  Seulement  ces  bonnes 
radiographies  rénales  ne  semblent  pas  à  la  portée  de  tous,  si  l’on 
en  j  uge  par  le  petit  nombre  de  radiographes  capables  de  les  obtenir. 

Des  considérations  ci-dessus,  j’aboutis  aux  conclusions  sui¬ 
vantes  : 

1°  Aucune  technique  actuelle  ne  permet  d’obtenir  d’une  façon 
constante  une  insufflation  périrénale  régulière; 

2°  L’image  obtenue  par  l’insufflation  périrénale  est  souvent 
d’interprétation  difficile,  et  pas  toujours  plus  instructive  qu’une 
bonne  radiographie  rénale  sans  insufflation; 

3°  Elle  n’en  mérite  pas  moins  d’être  tentée  dans  tous  les  cas 
de  tumeurs  du  flanc  de  diagnostic  difficile,  lorsque  la  radio¬ 
graphie  ordinaire,  l’insufflation  des  côlons  et  l’exploration  fonc¬ 
tionnelle  comparée  des  deux  reins  n’auront  pas  permis  d’aboutir 
à  une  certitude. 

Des  projections  accompagnent  la  communication  de  M.  Che- 
vassu. 


Présentations  de  malades. 

Pseudarthrose  du  fémur  datant  de  vingt-deux  an*.  Intervention. 
Plaque  vissée  et  greffe  ostéopériostique.  Guérison, 
par  M.  CH.  DUJAR1ER. 

Autant  il  est  facile  de  guérir  une  pseudarthrose  relativement 
récente  et  qu’on  n’a  pas  encore  opérée,  autant  il  est  difficile 
d’obtenir  la  guérison  dans  les  cas  de  pseudarthrose  très  ancienne 
et  déjà  opérée  à  diverses  reprises. 


SÉANCE  DU  31  JANVIER 


193 


Le  malade  que  je  vous  présente  consolidé  en  est  un  exemple. 

Voici  un  résumé  de  sa  longue  odyssée  :  Blessé  le  14  juillet  1900 
en  Chine,  au  cours  de  la  guerre  des  Boxers,  il  est  opéré  une  pre¬ 
mière  fois  à  Nagasaki.  Débridement,  extirpation  de  la  balle,  d’es¬ 
quilles  et  de  débris  vestimentaires.  Plâtre,  quatre  mois.  Au  cours 
de  son  rapatriement  on  est  obligé  de  le  débarquer  à  Saigon. 
Ablation  du  plâtre,  pseudarthrose.  Trois  mois  d’extension.  Evacué 
à  Brest.  La  plaie  est  cicatrisée,  mais  la  pseudarthrose  subsiste. 
Extension  dix  mois  (jusqu’à  16  kilogrammes).  Puis  nouvelle  exten¬ 
sion  de  sept  mois  avec  un  nouvel  appareil. 

Septembre  1922,  intervention.  —  Cerclage  au  fil  d’argent.  Sup¬ 
puration  durant  quatre  mois.  En  juillet  1903,  pas  de  consolidation  : 
nouvelle  extension  de  quatorze  mois  avec  appareils  variés.  Echec. 
Appareil  de  marche  de  Mathieu.  Pas  d’accident  jusqu’en  1918. 

A  ce  moment  douleurs  filgurantes  dans  l'ancien  foyer.  Le  blessé 
entre  à  Beaujon.  Opéré  en  août  1918.  Plaque  de  Lambotte.  Echec. 
Appareil  de  coxalgie  jusqu’en  décembre  1918.  Cal  fibreux  mais 
flexible  :  marche  avec  un  appareil.  Douleurs  et  impossibililé 
d’appuyer  sur  sa  jambe. 

Il  entre  dans  mon  service  en  mars  1922.  En  raison  du  raccour¬ 
cissement  qui  dépasse  6-  centimètres,  je  décide  de  ne  pas  faire 
l’avivement  des  fragments.  Je  me  contente  d’immobiliser  les 
fragments  par  une  plaque  de  Shermann  et  j’applique  deux  longues 
greffes  ostéo-périostiques.  Je  n’applique  aucun  appareil.  Le 
soixante-quinzième  jour  le  malade  commence  à  marcher:  mais,  au 
bout  de  quelques  jours,  entorse  du  cal.  Je  remets  le  blessé  au  lit 
jusqu’en  octobre  1922.  Depuis,  marche  progressive.  Actuellement 
le  blessé  ne  souffre  plus  de  son  cal,  il  peut  appuyer  et  sauter  sur 
la  jambe  malade  :  il  marche  des  heures  sans  appareil.  Je  le  consi¬ 
dère  comme  solide,  bien  qu’à  la  radiographie  on  voit  encore  une 
ligne  claire  entre  ses  fragments  ;  mais  la  greffe  a  dû  produire  une 
consolidation  périphérique.  J’ajoute  que  ce  blessé  est  spécifique  et 
qu’il  a  été  traité  énergiquement  par  des  injections  arsenicales 
intraveineuses. 


liésultat  d'une  suture  pour  fracture  ancienne  de  la  rotule, 
puis  d'une  suture  du  tendon  rotulien , 
trente-deux  ans  après  la  dernière  opération, 
par  M.  WALTHER. 

L’intérêt  de  la  constatation  à  très  longue  échéance  des  résultats 
d’une  opération  excusera  cette  présentation  faite  à  l’occasion  de 
a  discussion  ouverte  sur  les  fractures  de  la  rotule. 


194 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Cet  homme  avait  été  traité  au  mois  de  mars  1890,  à  l’Hôtel- 
Dieu,  pour  une  fracture  de  la  rotule  droite  ;  on  lui  avait  appliqué 
la  griffe  de  Duplay.  Il  avait  pu  marcher  très  péniblement  en 
sorlant  de  l’hôpital,  avait  fait  de  nouvelles  chutes  et  lorsqu’il 
entra  au  mois  d’octobre  de  la  même  année,  à  l’hôpital  Saint- 
Antoine,  dans  le  service  de  M.  Monod  que  je  remplaçais  alors,  il 
était  en  fort  mauvais  état:  genou  enraidi,  écartement  très  notable 
des  deux  fragments,  le  fragment  supérieur  immobilisé,  le  quadri- 
ceps  complètement  atrophié. 

L’opération  fut  assez  laborieuse.  Pour  abaisser  le  fragment 
supérieur,  je  dus  disséquer  très  haut  le  tendon  fortement  rétracté 
du  quadriceps.  La  suture  fut  faite  aux  fils  d’argent,  après  avive¬ 
ment  des  fragments.  (Ce  n’est  qu’en  1893  que  j’ai  commencé  à 
employer  les  crins  de  Florence  pour  les  sutures  de  la  rotule  et 
pour  toutes  les  sutures  osseuses.) 

Le  résultat  fut  bon.  Après  une  immobilisation  suffisante  pour 
assurer  la  consolidation  osseuse,  l’opéré  suivit  un  traitement 
régulier  de  gymnastique  et  je  ne  le  laissai  sortir  du  service  que 
lorsqu’il  put  soulever  à  jambe  tendue  un  poids  de  13  kilogrammes. 

Il  était  à  ce  moment  livreur  à  la  Compagnie  du  gaz  et  put  sans 
fatigue  reprendre  un  service  pénible  qui  consistait  à  faire  chaque 
jour  à  pied  le  trajet  de  Paris  à  Rosny  et  relour,  conduisant  une 
voiture  et  livrant  les  sacs  de  charbon  de  100  kilogrammes  qu’il 
portait  parfois  au  5e  étage. 

Au  mois  de  mars  1911,  montant  un  escalier,  un  sac  de  charbon 
sur  les  épaules,  il  glissa,  tomba  la  jambe  repliée  sous  lui. 

Il  se  fit  transporter  à  l'Hôtel-Dieu  dans  le  service  de  mon  maître 
M.  Tillaux,  que  je  suppléais.  Je  crus  à  une  fracture  itérative;  sous 
une  infiltration  sanguine  très  volumineuse,  on  sentait  une  dépres¬ 
sion  nette  entre  les  deux  fragments. 

L’opération  me  montra  qu’il  s’agissait,  non  d’une  fracture,  mais 
bien  d’un  arrachement  du  tendon  du  quadriceps  dont  l’extrémité 
cupuliforme,  infiltrée  de  sang,  très  volumineuse  et  dure,  avait 
donné  la  fausse  sensation  d’un  fragment  supérieur.  Le  bord 
supérieur  de  la  rotule  était  dénudé;  il  y  avait  eu  une  véritable 
décortication  du  périoste  arraché  parle  tendon. 

Le  corps  de  la  rotule  était  intact.  J’enlevai  les  deux  fils  d’argent 
intacts.  Je  vérifiai  avec  le  bistouri  la  soudure  osseuse,  qui  était 
parfaite. 

Le  tendon  du  quadriceps  fut  suturé  à  la  rotule. 

L’opéré  put  reprendre,  quelque  temps  après,  son  dur  métier. 

Je  l’ai  revu  il  y  a  quelques  jours.  Il  m’a  appris  que  pendant  toute 
la  durée  de  la  guerre,  attaché  au  ravitaillement,  il  faisait  régu¬ 
lièrement  à  pied,  en  huit  jours,  le  trajet  du  Haincy  à  Montdidier. 


SÉANCE  DU  31  JANVIER 


195 


Le  résultat  fonctionnel  s’est  donc  maintenu  dans  son  intégrité. 

Un  autre  intérêt  s’attache  peut-être  à  cette  observation.  C’est, 
je  crois,  le  premier  ou  le  second  cas  de  suture  du  tendon  du  qua- 
driceps  à  la  rotule. 

En  tout  cas,  comme  me  l’avait  dit  Championnière,  qui  devait 
faire  le  rapport  lorsque  je  présentai  cet  homme  en  mai  1891  à  la 
Société  de  Chirurgie,  c’est  la  première  observation  de  vérification 
directe  d’un  cal  osseux  après  suture  de  la  rotule. 


Fracture  unicondy tienne  interne  du  tibia 
avec  gros  déplacement.  Ostéosynthèse.  Marche  précoce, 

par  M.  G.  LABEY. 

La  malade  que  je  vous  présente  a  subi  le  13  décembre  1922  ut 
traumatisme  grave  du  genou. 

Cette  jeune  fille,  âgée  de  seize  ans  a  été  renversée  par  une  auto¬ 
mobile  et  est  tombée  sur  le  genou  droit.  Transportée  à  Lariboi¬ 
sière  elle  se  présente  avec  les  signes  d’une  fracture  articulaire  de 
l’extrémiié  supérieure  du  tibia  avec  déplacement  du  fémur  en 
dedans  :  demi-flexion  de  la  jambe  sur  la  cuisse,  léger  genu  va- 
rum,  gonflement  du  genou  qui  est  élargi  dans  le  sens  transversal, 
hémarlhrose. 

La  peau  est  soulevée  en  dehors  au  niveau  de  l’interligne  par  une 
saillie  osseuse  représentant  le  plateau  tibial  externe.  En  dedans 
on  ne  trouve  pas  la  dépression  que  l’on  devrait  trouver  au-des¬ 
sous  du  condyle  fémoral  interne  s’il  y  avait  luxation  du  genou. 

La  radiographie  pratiquée  aussitôt  montre  qu’il  s’agit  d’une 
fracture  oblique  ayant  détaché  le  plateau  tibial  interne  qui  a 
glissé  en  dedans  entraînant  avec  lui  le  fémur.  Le  trait  de  fracture 
passe  en  dehors  des  épines  tibiales  qui  font  partie  du  fragment 
déplacé.  Le  condyle  externe  du  fémur  est  enfoncé  comme  un  coin 
entre  le  fragment  condylien  tibial  déplacé  et  le'  condyle  tibial 
externe,  et  il  existe  une  fissure  par  éclatement  dans  la  partie  supé¬ 
rieure  de  la  diaphyse  tibiale.  Le  plateau  tibial  externe  a  perdu 
tout  contact  avec  le  condyle  fémoral  et  est  comme  luxé  en  dehors. 
Pas  de  fracture  du  péroné. 

Le  gonflement  augmente  rapidement  et  masque  tous  les  signes 
physiques  observés  immédiatement  après  l’accident. 

Compression  et  immobilisation  du  membre,  d’abord  en  légère 
flexion,  puis  en  extension  pendant  quelques  jours,  en  attendant 
'autorisation  des  parents  de  la  jeune  fille  pour  l’intervention. 


196 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Opération  le  23  décembre,  soit  dix  jours  après  le  traumatisme,  sous 
rachianesthésie  à  la  novocaïne.  Grande  incision  courbe  en  fer  à 
cheval,  à  base  supérieure,  descendant  au-dessous  de  la  tubérosité  anté¬ 
rieure  du  tibia,  et  remontant  sur  les  côtes  derrière  les  condyles 
fémoraux.  Mise  à  nu  du  ligament  rotulien.  La  tubérosité  anté¬ 
rieure  du  tibia  est  détachée  au  ciseau  et  relevée  avec  le  ligament. 


Fié.  1. 


L’articulation  du  genou  est  largement  ouverte  et  vidée  dés  caillots 
qu’elle  contient. 

Le  condyle  fémoral  externe  est  dégagé  de  l’espace  compris  entre  les 
deux  plateaux  tibiaux  séparés  par  le  trait  de  fracture,  par  inclinaison 
de  la  jambe  en  dedans.  Puis  le  plateau  tibialj  interne  est  ramené  en 
place  et  maintenu  par  le  davier  de  Lambotte’qui  fixe  transversalement 
l’épiphyse  supérieure  tibiale  reconstituée.  Le  déplacement  du  fémur 
est  par  là  même  réduit. 

Des  débris  du  ligament  croisé  antérieur  et  de  l’attache  du  ménisque 
externe  flottants  sont  réséqués. 

Lé  maintien  de  la  réduction  est  assuré  par  une  longue  vis  à  bois  à 


SÉANCE  DU  31  JANVIER 


197 


tête  plate,  placée  transversalement  de  dedans  en  dehors  dans  le  massif 
épiphysaire  tibial. 

La  tubéi’osité  antérieure  du  tibia  est  réappliquëe  et  maintenue  par 
deux  clous.  Pansement  ouaté  compressif  en  extension. 

Suites  opératoires  apyrétiques.  Les  fils  sont  enlevés  le  huitième  jour, 
la  mobilisation  et  le  massage  commencés  dès  le  lendemain.  La  ma¬ 
lade  commence  à  marcher  le  quinzième  jour  en  s’aidant  d’une  chaise. 


Je  vous  la  montre  au  trente-huitième  jour  après  l’opération,  mar¬ 
chant  sans  canne.  Elle  monte  et  descend  les  escaliers  alternativement 
avec  le  pied  droit  et  le  pied  gauche.  L’extension  est  complète,  la  flexion 
atteint  presque  l’angle  droit. 

Je  pense  que  d’ici  quelques  semaines  elle  marchera  sans  boiterie 
aucune. 

L’examen  de  la  radiographie  post-opératoire  montre  une  restitution 
parfaite  de  la  surface  articulaire  des  plateaux  tibiaux  sans  aucune 
irrégularité.  De  profil  il  y  a  simplement  un  peu  de  déplacement  posté¬ 
rieur  dji  condyle  tibial  inlerne. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Tout  le  monde  est  d’acc.ord  pour  reconnaître  que  l’intervention 
sanglante  est  le  procédé  de  choix  dans  ces  fractures  des  condyles 
du  tibia  avec  déplacement  et  dénivellation  de  la  surface  articulaire 
tibiale. 

Le  cas  que  je  vous  montre  est  un  nouveau  fait  en  faveur  de 
l’ostéosynthèse  qui  permet  une  reconstitution  anatomique  et 
fonctionnelle  impossibles  à  obtenir  autrement. 

J’estime  . que  pour  s’assurer  d’une  reposition  parfaite  du  frag¬ 
ment  déplacé,  il  faut  bien  voir  la  surface  articulaire  tibiale,  et 
mettre  complètement  à  jour  l’articulation  en  l’ouvrant  largement, 
soit  par  la  voie  transrotulienne  préconisée  par  Alglave,  soit  par  la 
voie  transtubérositaire  comme  je  l’ai  fait  dans  le  cas  actuel. 

M.  Broca.  — Je  serais  heureux  si  mes  jeunes  collègues  voulaient 
bien  parler  des  plateaux  et  non  des  condyles  du  tibia,  ceux-ci 
étant  inexistants.  On  appelle  condyle  une  surface  articulaire, 
convexe. 

M.  Albert  Mouchet.  —  11  est  exact  que  les. livres  de  patho¬ 
logie  parlent  couramment  de  fractures  condyliennes  —  unicon- 
dyliennes  ou  bicondyliennes  —  du  tibia,  mais  je  crois  cette 
expression  tout  à  fait  défectueuse.  Anatomiquement,  on  devrait, 
avec  Cruveilhier,  parler  seulement  de  tubérosités  du  tibia,  et  nous, 
chirurgiens,  devrions  être  les  premiers  à  donner  un  bon  exemple 
en  n’employant  pas  celte  expression  de  fractures  des  condyles 
du  tibia. 


Auloplastie  faciale  par  lambeau  lubulé, 
par  M.  MOURE. 

M.  Lenormant,  rapporteur. 


Anévrisme  de  l'artère  poplitée  • 
développé  au  contact  d'une  exostose  ostéogénique 
de  l’extrémité  inférieure  du  fémur , 

par  M.  CH.  CLAYELIN, 

Professeur  agrégé  au  Val-de-Grâce. 


M.  Roux- Berger,  rapporteur. 


SÉANCE  DU  31  JANVIER 


199 


Présentation  d’instrument. 

Aiguille  mousse  à  courbure  variable  pour  ostéosynthèse , 
psr  M.  HARTMANN. 

Pour  pratiquer  l'ostéosynthèse,  on  se  sert  d’une  série  d’aiguilles 
mousses  ou  de  passe-fils,  de  courbures  variées,  chacune  pouvant 
s’adapter  à  un  os  différent.  Mon  chef.de  clinique  M.  Hertz  a  cher¬ 
ché  à  substituer  à  celte  série  d’instruments  une  aiguille  mousse 
unique  à  courbure  variable.  C’est  cet  instrument  que  je  vous  pré¬ 
sente  en  son  nom. 

Cette  aiguille  mousse,  destinée  au  passage  de  tous  les  fils,  câbles 
ou  lames  (1),  comporte  :  1°  un  manche  creux,  2°  une  aiguille  en 


surf.  tonc.  surf.  cour. 


deux  parties,  3°  une  articulation  dentée  et  un  appareil  de  blo¬ 
cage.  La  première  partie  de  l’aiguille  (f)  solidaire  du  manche  est 
tubulaire.  Elle  porte  deux  longues  fenêtres  sur  deux  faces  pour  le 
nettoyage.  Elle  présente  une  coudure  copiée  de  l’aiguille  à  liga¬ 
tures  d’Hartmann.  La  deuxième  partie  de  l’aiguille,  aplatie,  porte 
le  chas.  Ces  deux  parties  sont  articulées  par  deux  surfaces  dentées, 
l’une  concave,  l’autre  convexe  :  ainsi  est  constituée  une  articula¬ 
tion  par  engrènement  (a).  Enfin  l’appareil  de  blocage  est  formé 
par  un  fil  d’acier  très  résistant  (f)  qui  traverse  le  manche  osseux 
et  la  portion  tubulaire  pour  venir  s'insérer  sur  l’axe  de  la  surface 
convexe  (c).  Sur  son  extrémité  libre  taraudée  est  placé  un 
boulon  (2).  Grâce  au  méplat  (m),  lorsqu’on  visse  le  boulon  le  fil 
d’acier  se  trouve  attiré  et  exerce  une  traction  progressive  sur  la 
surface  articulaire  convexe  ;  l’engrènement  se  produit,  l’ aiguille 
est  bloquée. 

Pour  l’employer  :  on  peut,  soit  régler  d’avance  la  courbure, 

(1)  Le  modèle  présenté  porte  un  petit  crochet  situé  au-dessous  du  chas  de 
l’aiguille  qui  permet  de  l’utiliser  comme  le  tracteur  de  Tanton  pour  les 
lamf  s  de  Parham. 

(2)  Le  fil  d’acier  risquerait  en  dépassant  le  boulon  de  déchirer  les  gants. 
No're  modèle  a  un  boulon  plus  long  qui  le  masque. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIBURGTE 


soit,  quand  l’aiguille  est  dans  la  plaie,  modifier  cette  courbure 
pour  faciliter  le  passage,  sa  fixité  n’existant  que  lorsque  le  fil  d’a¬ 
cier  est  tendu. 

1°  Dévisser  le  boulon,  d’où  désengrènement; 

2°  Modifier  la  courbure; 

3°  Visser  le  boulon,  l’aiguille  se  bloque. 

Pour  démonter  l’instrument,  dévisser  le  boulon  complètement, 
enlever  d’un  coup  l’extrémité  mousse  et  le  fil  d’acier.  Toute  diffi¬ 
culté  de  nettoyage  est  supprimée  par  L'emploi  d'acier  inoxydable. 


Présentations  de  pièces. 

Néphrectomie  avec  ablation  du  segment  de  veine  cave 
recevant  les  deux  veines  rénales , 

par  M.  PIERRE  DELBET. 

J’ai  l’honneur  de  vous  présenter  un  rein  droit  avec  le  segment 
de  veine  cave  qui  reçoit  les  deux  veines  rénales.  J’ai  enlevé  le  tout 
sur  une  femme  de  quarante  sept  ans,  dans  les  conditions  que  voici  : 

La  malheureuse  avait  fait  une  pyélonéphrite  très  grave  à  la 
suite  d’une  hystérectomie  abdominale  pour  fibrome,  hystérec¬ 
tomie  pratiquée  le  19  mai  1922. 

M.  Chevassu  ayant  bien  voulu  constater  l’intégrité  du  rein 
opposé  —  rein  gauche  —  je  procédai  à  l’extirpation  du  rein  droit 
le  28  juin  suivant. 

J’ai  l’habitude,  dans  les  néphrectomies,  de  lier  séparément 
chacun  des  éléments  du  pédicule. 

La  pièce  que  je  vous  présente,  nettoyée  et  fixée,  ne  peut  vous 
donner  une  idée  de  l’épaisseur  et  de  la  résistance  de  la  gangue 
fibro-lipomateuse  qui  entourait  le  rein. 

Je  cherchai  d’abord  l’uretère  :  je  crus  l’avoir  trouvé.  En  réalité, 
je  l’avais  déchiré  sans  le  voir,  avec  les  tissus  enflammés  qui  l’entou¬ 
raient.  Ce  que  je  pris  pour  lui,  c’était  la  veine  cave,  elle-même 
englobée  dans  des  masses  inflammatoires.  Je  la  liai  en  bas,  la 
pinçai  en  haut  et  la  sectionnai  au  thermocautère,  convaincu  que 
c’était  l’uretère. 

Je  cherchai  ensuite  sur  le  bord  interne  de  la  masse  la  veine 
rénale.  Je  trouvai  une  grosse  veine  à  direction  horizontale  que  je 
sectionnai  entre  deux  ligatures.  L’artère  fut  également  liée  et 
coupée.  Je  pensais  que  le  rein  ne  tenait  plus  que  par  des  adhé- 


SÉANCE  DU  31  JANVIER 


201 


reaces  inflammatoires,  lin  les  disséquant,  je  fus  stupéfait  d’y 
trouver  un  gros  canal,  qui  ne  pouvait  être  que  la  veine  cave,  mais 
je  ne  comprenais  pas  comment  le  bout  inférieur  de  cette  veine 
ne  saignait  pas,  car  je  croyais  toujours  avoir  lié  en  bas  l’ure¬ 
tère. 

Comme  le  rein  ne  tenait  plus  que  par  le  bout  supérieur  de  la 
veine  cave,  il  ne  me  restait  pas  d’autre  alternative  que  de  la 
couper.  Ce  que  je  fis. 

En  examinant  la  pièce,  je  constatai,  ce  que  je  vous  ai  dit,  que 
le  canal  que  j’avais  sectionné  le  premier  après  l’avoir  lié  était  la 
veine  cave  et  non  l’uretère. 

Vous  voyez  nettement,  bourrés  de  coton,  la  veine  cave;  la  veine 
rénale  droite  et  un  segment  de  la  veine  rénale  gauche. 

Je  n’ai  pas  besoin  de  vous  dire  qu’après  cette  opération  je 
n’étais  pas  fier.  Elle  n’a  eu  d’autre  conséquence  qu’une  polyurie 
abondante.  La  malade  a  parfaitement  guéri.  Les  anastomoses 
réno-azygo-lombaires  sont  parfois  bien  complaisantes. 


Torsion  à  ta  fois  extra  et  intra-vaginale  d'un  testicule  droit 
en  ectopie  inguinale  chez  un  garçon  de  quatorze  ans, 

par  M.  ALBERT  MOUCHET. 

Je  vous  présente  cette  observation  de  torsion  d’un  testicule 
droit  en  ectopie  intra-inguinale  chez  un  enfant  de  quatorze  ans, 
d’abord  à  l'effet  d’insister  à  nouveau,  après  mon  collègue 
Ombrédanne,  sur  la  fréquence  plus  grande  qu’on  ne  croit  chez 
l’enfant  des  torsions  du  testicule  avec  ou  sans  ectopie,  diagnosti¬ 
quées  généralement  orchi-épididymites  aiguës  ou  subaiguës, 
ensuite  dans  le  but  de  signaler  une  particularité  anatomique 
exceptionnelle  de  cetle  torsion. 

Ce  qu’on  observe  ordinairement,  c’est  l’une  ou.  l’autre  des  deux 
variétés  de  torsion  :  ou  la  torsion  intra-vaginale,  le  volvulus,  ou  la 
torsion  supra-vaginale,  la  torsion  du  cordon  en  masse,  le  bistour¬ 
nage.  Ici,  il  y  avait  torsion  d’un  lour  et  demi  (dans  le  sens  inverse 
des  aiguilles  d’une  montre)  du  cordon  au-dessus  de  la  vaginale  ; 
et  quand  nous  avons  détordu  le  cordon  et  ouvert  la  vaginale  qui 
ne  contenait  pas  de  liquide  mais  qui  était  épaissie  et  accolée  au 
testicule,  nous  avons  trouvé  dans  cetle  vaginale  une  nouvelle 
torsion  du  cordon  de  deux  tours  dans  le  sens  inverse  des  aiguilles 
d’une  montre. 


202 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


En  outre,  il  existait  à  l’union  du  corps  et  de  la  queue  de  l’épi- 
didyme  une  sorte  d’interruption  représentée  par  un  traclus 
presque  celluleux  qui  semblait  tordu. 

De  pareilles  dispositions  anatomiques  sont  rares  ;  je  n’en  ai  pas 
vu  signaler  d’analogues  par  mon  ami  Lapointe  dans  sa  mon'ogra- 
graphie  de  1904  sur  la  Torsion  du  cordon  (Maloine,  éditeur),  ou 
par  MM.  Sebileau  et  Descomps  dans  leur  article  du  Traité  de 
Chirurgie  clinique  et  opératoire  (librairie  Baillière),  ou  dans  les 
autres  ouvrages  que  j’ai  consultés  sur  ce  sujet. 

Le  testicule  de  mon  jeune  malade  était  si  noir  que  sa  conser¬ 
vation  me  parut  plus  nuisible  qu’utile  et  je  l’enlevai. 

La  coupe  de  l’organe  est.celle  d’une  truffe  ;  mon  ami  Lecène  a 
bien  voulu  en  examiner  un  fragment  et  me  remettre  la  note 
suivante  :  «  Ce  testicule  est  complètement  infarci.  On  y  reconnaît 
difficilement  quelques  tubes  séminifères  dissociés  par  d’énormes 
places  de  sang  extravasé.  Il  est  évident  que  ce  testicule  était  défi¬ 
nitivement  perdu  au  point  de  vue  fonctionnel.  » 


Présentation  de  radiographies. 

Fracture  spontanée  du  fémur, 
par  M.  HARTMANN. 

Je  vous  présente  deux  radiographies,  surtout  pour  avoir  votre 
opinion  sur  leur  interprétation.  Elles  ont  été  prises  sur  un  malade 
de  trente-neuf  ans,  employé  de  commercé,  entré  dans  mon  ser¬ 
vice  le  20  décembre  dernier.  Le  malade  racontait  que  depuis  le 
mois  d’octobre  il  souffrait  du  membre  inférieur  droit.  Les  dou¬ 
leurs  légères  qui  occupaient  principalement  le  genou  présentaient 
des  irradiations  dans  la  région  postérieure  jusqu’au  niveau  de  la 
hanche.  Au  début  de  novembre  les  douleurs  devinrent  plus  vives, 
apparaissant  ordinairement  vers  le  milieu  de  la  journée,  augmen¬ 
tant  progressivement  jusqu’au  soir.  Pas  de  douleurs  nocturnes. 
Traité  d’abord  à  la  consultation  de  médecine  comme  rhuma¬ 
tisant,  il  voit  son  état  s’aggraver  progressivement.  La  douleur 
devient  permanente,  il  ne  pose  qu’avec  difficulté  le  pied  à  terre  et 
ne  peut  marcher  que  soutenu,  aussi  vient-il  en  chirurgie. 

Au  moment  de  son  entrée  (20  décembre),  on  ne  trouve 
rien  à  l’examen  du  genou,  mais  le  palper  montre  un  épais¬ 
sissement  fusiforme,  légèrement  douloureux  à  la  pression, 


SÉANCE  DU  31  JANVIER  203 

de  la  diaphyse  fémorale.  Pas  de  fièvre;  rien  sur  le  reste  du 
corps;  pas  d’antécédent  syphilitique;  Wassermann  négatif. 


204 


CIÉTE  de  chirurgie 


fémur  a  notablement  augmenté  de  volume,  nous  faisons  faire  une 
nouvelle  radiographie  qui  montre  des  modifications  considérables 
de  l’os,  comme  érodé,  vermoulu,  sur  une  assez  grande  étendue 
(fig.  3  et  4).  Au  moment  où  on  le  reporte  dans  son  lit,  il  ressent 


une  douleur  assez  vive  avec  sensation  de  craquement.  Nous 
constatons  une  déformation  en  crosse  antérieure  et  de  la  mobilité 


SÉANCE  DU  7  FÉVRIER  1923 


Présidence  de  M.  Mauclaire. 


Procès-verbal. 

La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  mise 
aux  voix  et  adoptée. 


Correspondance. 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  de  la  semaine. 

2°.  —  Une  lettre  du  Dr  Richard,  remerciant  la  Société  de  lui 
avoir  attribué  le  prix  Aimé  Guinard. 


Rapports. 

Ulcère  calleux  prépylorique.  Perforation  ; 
suture;  gastro-entérostomie.  Guérison, 

par  M.  Duboucher  (d’Alger). 

Rapport  de  M.  P.  LECÈNE. 

Le  Dr  Duboucher  nous  a  adressé  une  observation  d’ulcère  cal¬ 
leux  prépylorique  qu’il  a  opéré  à  la  cinquième  heure  environ  et 
qu’il  a  guéri.  Voici  un  résumé  de  celte  observation  : 

Homme  de  vingt-six  ans,  n’ayant  jamais  souffert  de  l’estomac;  est 
pris  brusquement  au  milieu  de  son  travail  de  très  vives  douleurs 
abdominales  siégeant  d’abord  à  droite,  puis  rapidement  généralisées. 
Quelques  vomissements  :  le  malade,  très  choqué,  est  transporté  des 
environs  d’Alger  à  la  ville.  Les  douleurs  sont  très  vives  pendant  tout  le 
trajet. 

Néanmoins,  à  l’arrivée  du  malade,  le  pouls  est  bon,  bien  frappé  à  60. 
Le  diagnostic  de  péritonite  diffuse  est  évident,  mais  il  est  assez  difficile 

BULL.  ET  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CH1R.,  1923.  —  N°  5.  15 


d’en  déterminer  la  cause.  Bien  que  le  Dr  Duboucher  pense  à  une  péri¬ 
tonite  par  perforation  d’ulcère  gastrique  ou  duoiénal,  il  commence 
par  faire,  sous  anesthésie  à  l’éther,  une  incision  iliaque  droite  :  il 
trouve  des  lésions  de  péritonite  autour  de  l'appendice,  mais  cet  organe 
n’est  certainement  pas  le  point  de  départ  des  accidents  actuels.  Abla¬ 
tion  d^lXppèndice.  Assèchement  du  péritoine  et  drainage  du  Douglas. 
Puis  incision  xipho  ombilicale.  Perforation  d’un  ulcère  calleux  siégeant 
au-dessus  de  la  veine  pylorique;  enfouissement  de  cette  perforation 
par  deux  surjets  ^qui  paraissent  rétrécir  notablement  le  calibre  du 
pylore  :  gastro-entérostomie  postérieure  complémentaire. Drainage.  Le 
malade  guérit.  » 

Le  Dr  Duboucher  nous  dit  qu’il  a  encore  opéré  trois  autres 
ulcères  perforés  de  l’estomac  :  mais  dans  ces  trois  cas  (dont  l’au¬ 
teur  né  donne  pas  l’observation),  l’opération  n’a  pas  été  suivie  de 
succès,  et  les  malades  ayant  été  opérés  le  troisième  jour,  le 
deuxième  jour,  le  quatrième  jour,  en  pleine  péritonite  diffuse  avec 
un  état  général  des  plus  médiocres  au  moment  de  l'intervention. 

Les  faits  rapportés  par  M.  Duboucher  démontrent,  une  fois  de 
plus,  que  la  précocité  de  l'intervention  reste,  dans  tous  les  cas  de 
perforation  d’nlcus  gastrique  ou  duodénal,  le  facteur  capital  du 
succès  :  Intervention  précoce  et  simple,  visant  à  oblitérer  la  perfo¬ 
ration  et  à  assurer  le  drainage  de  l’estomac  quand  les  sutures 
rétrécissent  le  pylore  ou  le  duodénum;  telte  est,  je  crois,  la  vraie 
formule  du  traitement  de  ces  perforations  gastriques  ou  duodé- 
nales.  Naturellement,  la  précocité  de  l’intervention  dépend  de  la 
précocité  du  diagnostic  :  quand  les  médecins  auront  tous  bien 
compris  qu’un  cas  d'«  abdomen  aigu  »  à  symptomatologie  bruyante 
et  caractéristique  doit  être  toujours  et  immédiatement  dirigé  sur  un 
service  de  chirurgie  et  non  traité  d’une  façon  illusoire,  en  médecine, 
par  une  thérapeutique  symptomatique,  le  pronostic  du  traitement 
chirurgical  des  ulcères  gastriques  et  duodénaux  s’améliorera 
définitivement,  à  condition  aussi,  toutefois,  que  les  chirurgiens 
sachent  rester  prudents,  et  sous  prétexte  de  guérir  radicalement 
lès  malades ,  ne.  les  tuent  pas  immédiatement. 

En  terminant,  je  vous  propose  de  remercier  M.  Duboucher  de 
nous  avoir  adressé  son  observation  qui  mérite  d’être  insérée  dans 
nos  Bulletins. 


SÉANCE:  DU  7  FÉVRIER 


207 


'  Ulcère  duoiénal  ■perforé .  Duodéno-pylorectomie. 

Mort  au  septième  jour, 

par  M.  Marais  (de  Caen);.  . 

Rapport  de  M.  P.  LECÈNE. 

M.  le  Dr  Marais,  récemment  encore  interne  à  Paris,  actuelle¬ 
ment  chirurgien  à  Caen,  nous  a  envoyé  une  observation  intéres¬ 
sante  d’ulcère  duodénal  perforé  sur  laquelle  vous  m’avez  chargé 
-de  vous  faire  un  rapport. 

Un  homme  de  vingt-huit  ans  entra  le  8  septembre  1921,  à  Beaujon, 
ou  M.  Marais  était  interne,  présentant  des  accidents  graves  de  périto¬ 
nite  digue  par  perforation.  On  ne  relevait,  chez  ce  malade,  aucun 
antécédent  de  dyspepsie  sérieux,  aucun  «  passé  gastrique  »,  suivant  la 
formule  habituelle.  Il  existait  à  l’entrée  des  signes  certains  de  périto¬ 
nite  aiguë  diffuse  :  faciès  caractéristique,  contracture  généralisée  de  la 
paroi  abdominale,  douleur  très  vive  spontanée  et  à  la  pression  de  tout 
l’abdomen  ;  cependant  pas  de  disparition  de  la  matité  hépatique. 
Température;  38° b;  pouls  :  120.  Le  malade  est  très  choqué  et  dys¬ 
pnéique.  Les  débuts  des  accidents  remontent  à  six  heures  au  moins.  On 
fait  le  diagnostic  de  péritonite  aiguë  soit  par  perforation  appendicu¬ 
laire,  soit  par  perforation  gastrique  ou  duodénale.  Anesthésie  à  l’éther: 
incision  médiane,  juxta-ombilicale,  sérosité  péritonéale  abondante, 
mais  l’appendice  n’est  pas  le  point  de  départ  de  la  péritonite.  On  pro¬ 
longe  l’incision  en  haut  :  sous  le  foie,  grande  quantité  de  liquide  louche. 
-On  trouve  une  perforation  de  la  face  antérieure  de  la  première  portion 
■du  duodénum.  Cette  perforation  a  les  dimensions  d’une  pièce  de 
un  franc  :  elle  repose  sur  une  base  très  indurée. 

L’opérateur  juge  impossible  la  suture  de  la  perforation  et  décide  une 
duodéno-pylorectomie  malgré  l’état  très  sérieux  du  malade.  Section 
de  l’estomac  au  voisinage  de  l’antre  pylorique,  puis  libération  et 
section  du  duodénum  au  niveau  de  l’angle  sous-hépatique  :  fermeture 
en  trois  plans  de  la  lumière  duodénale  ;  fermeture  de  la  tranche 
gastrique  en  deux  plans  ;  puis  gastro-entérostomie  postérieure.  Ferme¬ 
ture  de  la  paroi  sans  drainage.  Il  y  eut  pendant  deux  jours  une  tempé¬ 
rature  à  40°  et  un  popls  à  120.  L’état  du  malade  s’améliora  un  peu 
le  3e  et  -le  4e  jour,  mais  le  pouls  restait  à  110-120.  Le  malade 
succomba  lé  14  septembre  1922  avec  des  signes  évidents  de  péritonite  : 
hoquet,  vomissements,  pouls  filiforme.  L’autopsie  montre  une  désu¬ 
nion  partielle  de  la  suture  duodénale  avec  péritonite  diffuse. 

M.  Marais  pense  que  «la  duodéno-pylorectomie  n’est  pas  une 
-opération  plus  difficile,  ni  beaucoup  plus  longue  que  l’oblitération 
-d’une  perforation  par  une  suture  parfaitement  étanche  avee 


208 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


gastro-entéroslomie  complémentaire  ».  Je  ne  suis  pas  du  tout  de 
son  avis  :  je  pense  que  la  duodéno-pylorectomie  faite  d’urgence, 
reste  une  opération  grave  ;  la  bonne  suture  de  la  lumière  du 
duodénum  réséqué  en  est  de  beaucoup  le  temps  le  plus  difficile  : 
ce  n’estpas  en  multipliant  les  plans  de  suture  que  l’on  rend  forcé¬ 
ment  celle-ci  plus  sûre  au  niveau  du  duodénum,  surtout  lorsque 
l’on  prend  du  tissu  pancréatique  avec  les  fils  destinés  à  «  périto- 
niser  »  le  moignon,  ce  qui  arrive  souvent,  si  l’on  n’y  prend  pas 
garde,  lorsque  la  section  a  porté  sur  la  partie  du  duodénum  non 
recouverte  en  arrière  par  le  péritoine.  Il  est  bien  difficile  de  porter 
un  jugement  sur  un  fait  que  l’on  n’a  pas  soi-même  observé  ;  néan¬ 
moins,  je  pense  que  la  simple  oblitération  de  la  perforation  duodé- 
nale  aurait  probablement  été  plus  utile  au  malade  de  M.  Marais 
qu’une  large  pyloro-duodénectomie.  Un  drainage  du  péritoine,  au 
niveau  du  moignon  duodénal,  aurait-il  suffi  à  empêcher  le  déve¬ 
loppement  de  la  péritonite  mortelle?  C’est  possible  ;  mais  il  est 
difficile  de  l’affirmer;  car  nombre  de  cas  de  duodénectomie  sont 
morts  malgré  le  drainage,  qui  expose  d’ailleurs,  comme  on  sait, 
grandement  à  la  formation  d’une  fistule  duodénale. 

En  tout  cas,  je  crois  que  nous  devons  remercier  M.  Marais  de 
nous  avoir  communiqué  une  observation  qui  n’est  pas  un  succès, 
et  qui,  par  cela  même,  n’en  est  peut-être  que  plus  instructive. 

M.  Pierre  Duval.  —  Je  tiens  à  citer  un  cas  d’ulcère  perforé  de 
l’estomac  à  qui  j’ai  fait  d’urgence  une  excision  sans  gastro-enté¬ 
rostomie.  Mon  malade  est  mort.  Sachant  que  M.  Hartmann  dresse 
en  ce  momènt-ci  la  statistique  des  opérations  faites  d'urgence 
dans  les  hôpitaux  de  Paris,  pour  ulcère  perforé,  je  lui  ai  adressé 
mon  observation  très  détaillée,  afin  qu’elle  figure  dans  la  statis¬ 
tique  générale  qu’il  doit,  je  crois,  publier  dans  nos  Bulletins. 


Un  cas  d'abcès  antérieur  de  l'orbite 
consécutif  à  une  sinusite  maxillaire  d'origine  dentaire , 

par  MM.  Goéhé  et  Guichard, 

Médecins  de  la  Marine. 

Rapport  de  M.  SIEUR. 

Au  cours  de  la  séance  du  29  mars  dernier,  je  vous  ai  rapporté 
une  observation  de  phlegmon  profond  de  l’orbite,  d’origine  sinu- 
sienne  ethmoïdo-maxillaire  qui  nous  avait  été  adressée  par 
MM.  Worms  et  Reverchon. 


SÉANCE  DU  7  FÉVRIER 


209 


Aujourd’hui  je  vous  demande  la  permission  de  vous  résumer  ' 
une  observation  de  MM.  Goéré  et  Guichard,  médecins  de  la 
Marine,  qui  se  rapproche,  par  bien  des  points,  de  celle  des  pré¬ 
cédents  présentateurs. 

Le  nommé  P...,  âgé  de  vingt  et  un  ans,  à  la  suite  de  poussées  d’ar¬ 
thrite  alvéolo-dentaire  très  douloureuses,  sans  formation  d’abcès 
-apparent,  se  fait  extraire  le  22  mars  la  première  grosse  molaire  supé¬ 
rieure  gauche. 

Hémicrânie  gauche  consécutive  immédiate,  sans  phénomènes  nau¬ 
séeux,  accompagnée  d’insomnie  et  de  névralgie  faciale,  n’ayant  pas 
cédé  à  la  médication  analgésique  ordinaire. 

Deux  jours  après,  localisation  plus  précise  des  phénomènes  doulou¬ 
reux,  au  niveau  du  fond  et  du  pourtour  de  l’orbite  gauche. 

Cette  douleur  sourde  et  gravative,  irradiée  dans  la  moitié  de  la  tête, 
exacerbée  par  les  mouvements  du  globe,  était  à  peine  calmée  par  des 
pansements  humides  chauds. 

Température,  39°8  ;  pas  de  frissons.  Le  malade,  jusqu’alors  en  trai¬ 
tement  à  l’infirmerie  de  sa  formation,  est  dirigé  sur  l’hôpital  maritime 
■de  Sidi-Abdallab  le  27  mars. 

Peu  de  temps  avant  son  entrée,  il  s’est  aperçu  qu’il  mouchait  du  pus 
par  la  fosse  nasale  gauche  et  raconte  qu’il  présentait  en  même  temps 
des  phénomènes  de  cacosmie  subjective,  sans  douleur  nette  au  niveau 
■du  sinus  maxillaire  correspondant. 

Examen  du  malade.  —  Rien  à  signaler  dans  les  antécédents.  Pas  de 
maladie  infectieuse  récente,  pas  de  traumatisme. 

Le  sujet,  très  abattu,  ayant  l’apparence  d’un  malade  infecté,  présente 
une  température  oscillant  entre  37°5  et  38°5. 

L’attention  est  immédiatement  attirée  par  une  fluxion  de  la  paupière 
supérieure  qui  est  œdématiée,  rouge,  luisante,  sensible  à  la  pression; 
elle  recouvre  le  globe  en  totalité  et  laisse  déborder  à  sa  partie  infé¬ 
rieure  un  chémosis  rouge  vif,  qui  cache  la  paupière  inférieure.  Il 
existe  une  sécrétion  conjonctivale  muco-purulente  jaunâtre,  peu  abon¬ 
dante,  agglutinant  les  cils.  L’exploration  du  pourtour  orbitaire  montre 
qu’il  existe  une  région  très  douloureuse  à  la  pression,  qui  correspond 
à  la  partie  moyenne  de  l’arcade  inférieure.  La  sensibilité  du  nerf  sus- 
orbitaire  à  son  émergence  est  normale.  Il  n’en  est  pas  de  même  du 
nerf  sous-orbitaire,  dont  la  sensibilité  est  exagérée.  La  région  du  sac 
lacrymal,  proprement  dite,  est  indolore  à  la  pression. 

Les  paupières  entr’ouvertes  laissent  apercevoir  un  globe  exophtalme 
dans  le  sens  de  l’axe  de  l’orbite  doublé,  à  sa  partie  inférieure  seu¬ 
lement,  d’un  chémosis  séro-hémorragique  atteignant  le  bord  inférieur 
de  la  cornée  et  de  grosseur  comparable  à  celle  d’un  petit  doigt.  Rou¬ 
geur  conjonctivale  généralisée,  sans  cercle  périkératique. 

La  cornée  est  brillante,  nette,  sans  ulcération,  sensible  et  de  forme 
normale.  Les  milieux  sont  clairs,  et  l’examen  du  fond  de  l’oeil  montre 
une  hyperémie  papillaire  manifeste,  sans  œdème,  ni  gonflement  des 
bords.  Les  veines  paraissent  dilatées,  mais  on  ne  constate  aucun  signe 


210 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


de  péri-vasculite.  U  n’existe  pas  d’hémorragie  dans  le  champ  rétinien. 

Les  réflexes  photomoteurs  (lumière  et  consensuels)  sont  normaux. 
Il  existe  un  léger  degré  de  mydriase  à  gauche.  L’acuité  visuelle  4e  eet 
œil  est  de  8/ 10. 

Toute  tentative  de  réduction  de  Texophtalmie  est  extrêmement  dou¬ 
loureuse  et  inutile;  les  mouvements  sonts  nuis,  le  globe  est  figé  dans 
l'orbite.  L’œil  droit  est  normal. 

Examen  des  sbius.  —  Il  n’existe  pas  de  douleur  à  la  pression  au 
niveau  du  sinus  frontal  gauche  et  de  l’angle  interne  de  l'orbite  du 
même  côté. 

La  partie  supérieure  de  la  paroi  antérieure  du  sinus  maxillaire  cor¬ 
respondant  est  seule  sensible. 

L’épreuvp  de  la  diaphanoscopie  décèle  une  obscurité  nette  de  ce- 
sinus,  tous  les  autres  restant  clairs. 

L’examen  des  fosses  nasales,  sous  adrénaline,  montre  du  pus  cré¬ 
meux,  épais,  dans  le  méat  moyen. 

Le  cathétérisme  de  l’alvéole,  correspondant  à  la  dent  avulsée,  est 
négatif. 

La  ponction  du  sinus  par  voie  nasale  est  positive. 

Le  pus  ne  réapparaît  pas  dans  le  méat  après  un  lavage  transméa- 
tique  prolongé. 

En  présence  de  signes  manifestes  de  sinusite  maxillaire  avec  proba¬ 
bilités  d’abcès  de  l’orbite,  et  en  raison  du  mauvais  état  général  du 
malade,  l’intervention  est  décidée  séance  tenante  et  pratiquée  le  jour 
même. 

Intervention.  —  Anesthésie  chloroformique. 

Opération  de  Cadwell-Luc  et  curettage  de  la  cavité,  remplie  de  pus 
et  de  fongosités. 

L’exploration  directe  ne  montre  aucune  déhiscence  du  plafond  du 
sinus. 

Ce  premier  temps  terminé,  on  ne  constate  aucune  réduction  de 
l’exophta'mie,  ni  spontanée,  ni  à  la  pression.  On  a  l’impression  qu’il  y 
a  dans  l’orbite  du  pus  indépendant  du  foyer  maxillaire. 

Le  point  de  douleur  exquise,  noté  dans  l’observation  à  la  partie 
moyenne  du  rebord  orbitaiie  inférieur,  semble  indiqué  comme  point 
d’attaque,  et  c’est  à  son  niveau  que  l’on  incise  le  cul-de-sac  conjonc¬ 
tival  d’abord,  puis  une  coque  inflammatoire  pour  atteindre  une  poche 
circonscrite  d’où  s’échappe  une  euillerée  à  café  de  pus  crémeux,  bhn 
lié. 

L’exploration  au  stylet  du  plancher  de  l’orbite  ne  montre  aucune 
communication  orbito-sinusale. 

Après  lavage  au  Dakin,  on  laisse  un  petit  drain  sous  l’œil. 

Suites  opératoires.  —  L’exophtalmie  régresse  vite  et  les  phénomènes- 
douloureux  s’amendent.  La  température  devient  normale  en  même 
temps  que  s’améliore  rapidement  l’état  général.  L’acuité  visuelle 
remonte  à  un.  Il  n’y  a  ni  strabisme,  ni  diplopie.  La  mobilité  du  globe 
est  entière. 

Le  drain  est  retiré  le  troisième  joui’.  Toute  suppuration  a  cessé. 


SÉANCE  DU  7  FÉVRIER 


211 


Il  y  eut  par  la  suite  un  peu  d’entropion  cicalriciel,  une  bride  setant 
formée  au  point  d’incision  conjonctivale. 

Tout  rentra  dans  l’ordre  apj  ès  excision  de  cette  bride,  et  la  guérison 
fut  complète  au  bout  d'un  mois. 

Examen  bactériologique  du  pus.  —  Dans  l’abcès  orbbaire,  staphylo¬ 
coque  pur;  dans  le  pus  du  sinus  :  staphylocoque  associé  à  un  bacille 
court,  ne  prenant  pas  le  Gram,  non  identifié. 

Si  nous  rapprochons  l’observation  qui  précède  de  celle  que 
MM.  Worms  et  Reverchon  ont  communiquée  à  la  Société  de  Chi¬ 
rurgie  et  que  je  vous  ai  rapportée  à  la  séance  du  29  mars  1922, 
nous  constatons,  tout  d’abord,  qu’il  s’agit,  dans  ce  cas,  d’une 
sinusite  maxillaire  aiguë,  et  non  d’une  sinusite  ancienne,  torpide 
et  subitement  réveillée. 

Les  germes  en  cause  sont  différents  ;  streptocoque  d’une  part, 
staphylocoque  de  l’autre. 

Le  streptocoque  n’est  pas  responsable  dans  notre  cas  de  la 
complication  orbilaire.  De  là,  sans  doute,  la  bénignité  relative  des 
symptômes  du  début  qui  n’ont  pas  revêtu  le  caractère  infectieux, 
relevé  chez  le  malade  de  MM.  Worms  et  Reverchon  et  la  simpli¬ 
cité  des  suites  opératoires. 

En  ce  qui  concerne  la  propagation  de  l’infection,  elle  s’est  faite 
iei  encore,  de  la  façon  la  plus  nette,  par  les  perlais  capillaires  de 
la  paroi  osseuse.  Le  sinus  maxillaire  était  seul  atteint,  l’ethmoïde 
était  sain.  Le  plancher  orbitaire,  d’une  exploration  facile,  ne  pré¬ 
sentait  aucune  déhiscence.  C’est  au  niveau  de  sa  partie  antérieure 
que  s’est  faite  la  propagation,  et  l’abcès  est  resté  antérieur  et  cir¬ 
conscrit  alors  que  dans  le  cas  de  MM.  Worms  et  Reverchon  les 
germes  ont  pénétré  plus  profondément  à  travers  les  parois  cellu¬ 
laires  postérieures  de  l’ethmoïde. 

Le  lieu  de  passage  de  l’infection  différent  pour  l’un  et  l’autre 
cas  détermina,  d’une  part,  un  abcès  antérieur  circonscrit,  relati¬ 
vement  bénin,  laissant  après  guérison  la  fonction  visuelle  intacte, 
de  l’autre,  un  phlegmon  profond,  d’allure  vite  menaçante  avec 
troubles  visuels  définitifs  malgré  la  précocité  de  l’intervention. 
MM.  Reverchon  et  Worms  avaient  donc  raison  d’insister  sur  l’im¬ 
portance  que  présente  au  point  de  vue  des  suites  opératoires  la 
connaissance  de  l’agent  infectieux.  Avec  le  streptocoque,  on  a  tout 
à  redouter  du  côté  de  l’œil  et  même  du  cerveau;  avec  le  staphylo¬ 
coque,  les  événements  se  déroulent  avec  une  bénignité  relative 
ainsi  qu’en  témoigne  l’observation  de  MM.  Goéré  et  Guichard, 
surtout  si  l’on  sait  comme  eux  intervenir  en  temps  utile. 

Je  vous  propose  de  les  remercier  et  de  publier  leur  travail  dans 
nos  Bulletins. 


212 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Greffe  épiploïque  libre  chez  une  malade  présentant  de  la  péricolile. 

Néphrectomie  pour  rein  mobile. 

Crises  d'anurie  répétées  guéries  par  le  cathétérisme  urétéral , 

par  M.  le  D'  0.  Mascarenhas  (de  Rio  de  Janeiro). 

Rapport  de  M.  MARION. 

M.  le  Dr  Mascarenhas  nous  a  communiqué  l’observation  sui¬ 
vante,  intéressante  pour  les  chirurgiens  généraux  en  raison  de  ce 
qu’à  distance  le  résultat  d’une  greffe  épiploïque  libre  a  pu  être 
vérifié,  pour  les  urologues  du  fait  que  la  malade  a  présenté  une 
série  de  crises  de  colique  néphrétique  dont  le  cathétérisme  urétéral, 
ce  merveilleux  moyen  de  traitement  de  la  colique  néphrétique  a 
fini  par  avoir  raison. 

Voici  cette  observation  : 

Femme  de  trente-quatre  ans,  Brésilienne,  qui  lors  de  la  première 
intervention  présente  un  état  général  précaire,  grand  amaigrissement 
(37  kilogrammes),  pouls  petit,  fréquent,  température  avec  des  grosses 
variations  d’une  heure  à  l’autre,  douleurs  abdominales  surtout  marquées 
dans  la  fosse  iliaque  droite,  météorisme  et  constipation  opiniâtre  datant 
de  quatorze  jours.  La  langue  est  sèche,  rôtie,  les  urines  rares,  foncées, 
avec  quelques  cylindres  granuleux. 

Dans  les  antécédents  personnels,  on  relève  une  pleurésie  avec  épan¬ 
chement  à  quinze  ans,  suivie  d’hémoptysie  et  de  tuberculose  pulmo¬ 
naire  chronique  compliquée  d’asthme.  Fièvre  typhoïde  hémorragique 
grave  à  vingt-huit  ans.  Troubles  intestinaux,  sans  caractères  bien 
déterminés  par- la  suite  et  mis  sur  le  compte  d’une  appendicite  chro¬ 
nique.  Rein  droit  mobile,  douloureux. 

Première  intervention.  —  1er  avril  1917  (aides  :  Drs  Julio  Novaes  et 
Raul  Bergallo). 

Laparotomie  médiane.  Appendicectomie.  L’appendice  est  d’apparence 
normale. 

L’iléon,  à  partir  de  3  à  5  centimètres  de  son  abouchement  dans 
le  cæcum  et  sur  une  étendue  de  12  à  15  centimètres,  est  tellement 
aminci  qu’on  dirait  que  sa  muqueuse  a  disparu.  Il  donne  la  sensation 
d’une  feuille  de  papier  de  soie  pliée  en  deux.  On  se  croirait  en  présence 
d’un  intestin  de  typhique  prêt  à  se  perforer. 

En  amont  de  ce  segment  et  séparé  de  lui  par  une  assez  longue  por¬ 
tion  d’intestin  sain,  nous  trouvons  un  autre  segment  d’intestin  grêle  long 
de  8  à  1 0  centimètres  et  présentant  les  mêmes  caractères  que  le  précédent. 

Le  côlon  ascendant  et  le  côlon  transverse  sont  accolés  l’un  à  l’autre 
en  canon  de  fusil  et  étroitement  unis  par  des  brides  denses,  résistantes 
de  péricolite  formant  de  véritables  plaques  à  stries  blanchâtres. 


SÉANCE  DU'  7  FÉVRIER 


213 


Nous  les  libérons  au  bistouri  en  les  sectionnant.  I.a  séparation  des 
côlons  une  fois  obtenue,  nous  nous  trouvons  en  présence  d’une  large 
surface  cruentée. 

Craignant  le  retour  des  a  Ihérences  et  nous  basant  sur  la  rapidité  de 
coalescence  de  l’épiploon  sur  les  sui*faces  cruentées,  et  son  glissement 
sur  les  surfaces  péritonisées,  nous  n’hésitons  pas  à  faire  une  greffe  épi¬ 
ploïque  libre,  que  nous  étalons  sur  place  et  que  nous  fixons  par  quelques 
points  séparés.  Le  ventre  est  refermé.  Suites  très  simples.  La  malade 
engraisse  de  18  kilogrammes  en  cinq  mois. 

Deuxième  intervention.  —  22  juin  1918  (aides  :  Drs  Julio  Novaes  et 
Raul  Bergallo. 

Néphrectomie  droite  pour  rein  mobile  très  douloureux  avec  crises 
paroxystiques.  La  fixation  du  rein  n’a  pas  été  essayée  du  fait  de  la 
grande  laxité  de  la  sangle  abdominale. 

A  la  coupe  :  dilatation  du  bassinet;  rein  scléreux. 

A  deux  reprises,  quatre  et  six  mois  avant  la  Déphrectomie,Ia  malade 
avait  eu  deux  crises  d’anurie  guéries  par  le  cathétérisme  urétéral 
bilatéral. 

La  radiographie  de  l’appareil  urinaire  droit  et  gauche  avait  été  néga¬ 
tive.  Le  cathétérisme  avait  permis  de  faire  monter  les  sondes  jusqu’aux 
bassinets  sans  le  moindre  obstacle. 

Troisième  intervention.  —  1er  mars  1921  (aides  :  Drs  Julio  Novaes, 
Raul  Bergallo  et  Alvaro  Baptista. 

La  malade  se  plaint,  depuis  quelque  temps,  de  crises  intestinales  très 
violentes  accompagnées  de  ballonnement  du  ventre,  de  fièvre,  avec  de 
grandes  variations  d’une  heure  à  l’autre,  suivies  parfois  de  crises 

En  général,  ces  crises  d’anurie  commencent  de  la  façon  suivante  : 
Après  une  période  variable  d’accalmie  pendant  laquelle  la  malade  se 
porte  bien,  elle  voit  apparaître  à  la  suite  d’un  écart  de  régime,  ou  sans 
cause  appréciable,  des  troubles  intestinaux,  des  douleurs  abdominales, 
du  météorisme  et  de  la  fièvre.  Parfois,  une  hémorragie  intestinale  sur¬ 
vient  suivie  d’une  constipation  opiniâtre.  Parfois  les  urines  diminuent 
progressivement  chaque  jour  et  l’anurie  s’installe.  L’examen  radiogra¬ 
phique  de  l'intestin  et  de  l’appareil  urinaire  gauche  reste  négatif. 

Pensant  à  une  récidive  de  la  péricolite  et  nous  rappelant  de  l’état  de 
l'intestin  grêle,  lors  de  la  première  opération,  lequel  pouvait  expliquer 
les  mélæna,  nous  décidons  d’intervenir. 

A  l’ouverture  du  ventre,  nous  nous  portons  à  l’aDgle  droit  du  côlon 
et  constatons  que  le  côlon  ascendant  et  le  côlon  transverse  occupent  leur 
place  respective  n’étant  liés  l'un  à  l'autre  par  aucune  bride  de  péricolite. 

La  greffe  épiploïque  libre,  dont  nous  nous  sommes  servi  pour  tapisser 
la  surface  cruentée  occasionnée  par  la  séparation  des  côlons,  n'a  laissé 
aucune  trace  visible,  et  à  sa  place,  on  trouve  une  surface  lisse,  luisante, 
d'aspect  entièrement  semblable  au  péritoine. 

De  même,  les  lésions  du  grêle  ont  disparu,  l’intestin  ayant  été 


214 


SOCIÉTÉ  DE  CHIHIBGIE 


examiné  dans  toute  sa  longueur  à  deux  reprises.  Partout,  il  était  d’appa¬ 
rence  et  de  consistance  normales.  Par  contre,  un  peu  au-dessus  de 
l’union  du  côlon  descendant  et  de  l’S  iliaque,  nous  trouvons  un  rétré¬ 
cissement  large  du  gros  intestin. 

Une  iléo-sigmoïdostomie  est  pratiquée  et  le  ventre  refermé. 

Suites  de  l’opération,  normales.  La  malade  a  présenté  pendant  deux 
ou  trois  jours  un  peu  de  diarrhée.. 

En  cinq  mois,  la  malade  engraisse  de  8  kilogrammes.  (Ju  an  après 
cette  dernière  intervention,  la  malade  nous  écrit  qu’elle  se  porte  bien 
(avril  1922).  Les  hémorragies  intestinales  ne  se  sont  plus  renouvelées, 
mais  six  mois  auparavant  elle  a  eu  une  forte  crise  de  colique  néphré¬ 
tique,  suivie  de  l’expulsion  de  deux  ou  trois  petits  calculs  de  phosphate 
de  chaux. 

Cette  observation  nous  apporte  un  exemple  de  plus,  et  je  crois 
que  ces  exemples  ne  sont  pas  encore  très  nombreux,  de  l’excel¬ 
lence  de  la  greffe  épiploïque  libre  pour  lutter  contre  les  adhé¬ 
rences  des  viscères  abdominaux.  Elle  est  particulièrement  inté¬ 
ressante  parce  que  les  hasards  de  la  chirurgie  ont  permis  à 
M.  Mascarenhas  de  vérifier  quatre  ans  après  l’opération  le  résultat 
de  cette  greffe.  Non  seulement  les  surfaces  intestinales  séparées 
ne  présentaient  pas  de  nouvelles  adhérences,  et  ne  s’étaient  pas 
accolées,  mais  au  contraire  elles  présentaient  un  aspect  lisse 
comme  si  aucune  libération  n’avait  eu  lieu.  Ce  cas  est  donc  une 
nouvelle  preuve  de  la  valeur  des  greffes  épiploïques  sur  laquelle 
Duval,Brocq,  Ducaslainget  Reilly  ont  récemment  attiré  l'attention. 

Cliniquement,  l’observation  de  la  malade  de  M.  Mascarenhas 
offre  également  un  grand  intérêt.  En  douze  ans  la  malade  a  eu 
douze  crises  d’anurie,  dont  les  deux  premières  ont  précédé  la 
néphrectomie  pour  rein  flottant.  Chacune  de  ces  crises  s’est 
accompagnée  des  symptômes  urémiques  habituels  dont  en 
général  la  gravité  ne  concordait  pas  avec  la  durée  de  ces  crises. 
À  l’avant-dernière,  toutefois,  l’urémie  avait  pris  sa  tournure  la 
plus  grave  :  obnubilation  intellectuelle,  Cheynes-Stokes. 

Il  est  intéressant  de  noter  la  durée  de  chacune  de  ces  crises 


SÉANCE  DU  7  FÉVRIER 


215 


Le  cathétérisme  urétéral  a  été  pratiqué  au  cours  de  la  onzième 
crise  qui  n’était  en  réalité  que  la  continuation  de  la  dixième,  un 
intervalle  très  court  de  reprise  de  la  sécrétion  urinaire  ayant 
séparé  ces  deux  crises.  C’est  dire  qu’au  bout  de  vingt  et  un  jours 
d’anurie  la  malade  se  trouvait  dans  un  état  d’urémie  fort  grave. 
La  sonde  urétérale  a  fait  immédiatement  cesser  l'anurie  et  a  pro¬ 
gressivement  remis  les  choses  en  l’état.  Je  n’insiste  pas  iei  sur 
l’effet  bienfaisant  du  cathétérisme  urétéral  dans  les  cas  d’anurie 
caiculeuse  ou  même  de  colique  néphrétique.  C’est  aujourd’hui  une 
action  connue  de  tous.  Quelques  jours  après  ce  cathétérisme  une 
douzième  crise  d’anurie,  d’une  durée  de  vingt-quatre  heures,  se 
produisait,  terminée  spontanément  par  l’émission  de  graviers, 
cause  certaine  des  crises  antérieures.  Cellte  émission  doit  être 
encore  considérée  comme  un  heureux  effet  du  cathétérisme 
urétéral. 

Je  vous  propose  de  remercier  M.  Mascarenhas  de  son  observa¬ 
tion,  de  le  féliciter  de  l'heureuse  issue  d’interventions  délicates 
qu’il  a  su  mener  à  bien,  et  d’insérer  cetle  observation  dans  nos 
Bulletins  à  titre  de  document  parliculièrement  précieux. 


Syncope  chloroformique  au  cours  d'une  gastrectomie. 

Massage  sous-diaphragmatique  du  cœur.  Guérison, 
par  M.  Pic qu et  (de  Sens). 

Rapport  de  M.  CH.  LENORMANT. 

L  observation  de  M.  Picquet  peut  se  résumer  brièvement.  H 
s’agissait  d’un  homme  de  quarante-huit  ans,  chez  lequel  on  avait 
pratiqué,  sous  anesthésie  locale,  une  gastro-entérostomie  pour  un 
petit  cancer  du  pylore.  Deux  mois  plus  tard,  l'état  du  malade 
s’étant  suffisamment  relevé,  Picquet  décide  d’enlever  la  tumeur. 

Le  malade  est,  d'abord,  endormi  avec  le  mélange  de  Schleich  ; 
mais  il  dort  mal,  il  pousse,  et  l’on  donne  alors  du  chloroforme  à 
la  compresse.  L’anesthésie  est  meilleure,  et  la  plus  grande  partie 
de  l’opération  se  passe  sans  incident.  Elle  était  presque  terminée, 
quand  la  respiration  du  malade  devint  de  plus  en  plus  super¬ 
ficielle,  puis  s’arrêta  tout  à  fait;  il  était  alors  d’une  pâleur  cada¬ 
vérique,  avec  une  pupille  très  dilatée,  une  cornée  insensible,  un 
pouls  imperceptible. 

On  fit  aussitôt  la  respiration  artificielle.  En  même  temps, 
Picquet  glisse  sa  main  sous  le  diaphragme  pour  explorer  le  cœur 
à  travers  ce  muscle.  «  Je  ne  perçois  plus,  dil-il,  aucun  battement 


216  SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


régulier  ;  néanmoins -j'ai  l'impression  que  le  cœur  n'est  pas  absolu¬ 
ment  inerte ,  qu’à  certains  moments  sa  paroi  durcit  encore  un 
peu,  et  qu’elle  est  parcourue  par  une  sorte  de  frémissement  ».  Et 
aussitôt,  il  commence  le  massage  du  cœur.  Au  bout  d’un  temps 
qui  ne  dépasse  pas  deux  ou  trois  minutes ,  la  main  perçoit  une  pre¬ 
mière  contraction  nette,  bientôt  suivie  de  plusieurs  autres  ;  les 
battements  du  cœur  reprennent  suivant  un  rythme  normal, 
quoique  d’abord  très  lent.  En  même  temps,  les  pupilles  se  rétré¬ 
cissent,  le  visage  se  recolore,  et  enfin  la  respiration  se  rétablit. 

On  put  alors  terminer  l’opération  sans  incident.  Les  suites  en 
furent  tout  à  fait  régulières.;  la  guérison  se  fit  rapide  et  complète, 
et  se  maintient  depuis  lors. 

Que  conclure  de  cette  observation?  Très  loyalement,  M.  Picquet 
nous  dit  :  «  C’est,  je  crois,  parce  que  la  syncope  cardiaque  était 
incomplète,  que  j’ai  réussi,  par  le  massage,  à  rendre  au  cœur  des 
battements  normaux  ».  Ce  cas  confirme,  en  somme,  ce  que  nous 
ont  appris  les  observations  antérieures  :  la  réanimation  définitive 
du  cœur  ne  peut  être  obtenue  que  si  son  arrêt  est  incomplet,  ou 
n’est  complet  que  depuis  un  temps  très  court  (trois  ou  quatre 
minutes  au  plus)  ;  passé  ce  délai,  on  peut  bien  provoquer  encore 
par  le  massage  quelques  battements  cardiaques  plus  ou  moins 
réguliers,  mais  le  rétablissement  durable  du  rythme  ne  peut  plus 
être  obtenu,  et  la  survie  du  sujet  est  impossible. 


Vingt-deux  observations  d’abcès  amibiens -du  foie. 

Leur  traitement  par  l’émétine , 

par  M.  Hartmann-Keppel, 

Ancien  interne  des  Hôpitaux  de  Paris,  ancien  aide  d’anatomie. 

Rapport  de  M.  CH.  LENORMANT. 

Mon  élève,  M.  Hartmann-Keppel,  qui  a  fait,  pendant  et  après  la 
guerre,  un  long  séjour  en  Macédoine,  en  Palestine,  en  Syrie  et  en 
Égypte,  y  a  observé  un  nombre  important  d’abcès  amibiens  du 
foie  et  nous  les  a  communiqués.  Ce  travail  me  paraît  mériter  de 
retenir  votre  attention  en  raison  de  la  richesse  de  sa  documen¬ 
tation,  et  aussi  parce  que  la  question  du  traitement  des  abcès 
amibiens  du  foie  a  été  complètement  transformée  depuis  une 
dizaine  d’années.  Jusqu’en  1912,  elle  apparaissait  strictement 
chirurgicale,  et  l’on  discutait  seulement  sur  les  voies  d’accès  et  le 
mode  de  drainage  des  abcès.  L’introduction,  par  Leonard  Rogers, 


SÉANCE  DU  7 


217 


de  l’émétine  dans  la  thérapeutique, a  singulièrement  modifié  et 
restreint  le  rôle  de  la  chirurgie  opératoire.  Dès  1913,  Chauffard  et 
ses  élèves  appliquaient  en  France  la  méthode  de  Rogers  et  mon¬ 
traient  les  bons  résultats  qu’elle  est  susceptible  de  donner  dans 
certains  cas.  Brocq  et  Augé  ont  publié,  sur  ce  sujet,  un  intéressant 
mémoire  dans  la  Revue  de  Chirurgie,  en  1917.  Ici  même,  des 
observations  ont  été  relatées,  en  1913,  par  Couteaud,  Leroy  des 
Barres,  Tuffier,  Mauclaire  et  Marcel  Labbé,  et,  l’année  dernière,  la 
question  a  été  étudiée  par  Descomps  à  propos  de  2  cas  de  Migi- 
niac.  Mais  jusqu’ici,  aucune  série  de  l’importance  de  celle  de 
M.  Hartmann-Keppel  n’avait  été  apportée  à  cette  tribune. 

Elle  porte,  en  effet,  sur  22  observations  d’abcès  hépatique  qui 
ont  été  recueillies  à  Salonique,  Monastir,  Jaffa,  Alep  et  Port-Saïd. 
Beaucoup  concernent  des  militaires  de  l’armée  d’Orienl,  et  ceci 
explique  que  13  cas  (sur  22)  aient  été  rencontrés  chez  des  indi¬ 
vidus  de  vingt  à  quarante  ans;  il  n’y  a  que  2  femmes  dans  la 
statistique  d’Hartmann-Keppel,  fait  qui  n’a  rien  d’étonnant  en 
raison  des  mœurs  orientales. 

Tous  les  abcès  observés  par  Hartmann-Keppel  étaient,  de  par 
leurs  caractères  anatomiques  et  les  conditions  de  milieu  et  de 
climat,  des  abcès  amibiens.  Sur  22  malades,  11  présentaient  une 
dysenterie  en  pleine  évolution  et  6  avaient  eu  jadis  une  dysenterie 
qui  paraissait  actuellement  guérie;  5  seulement  n’avaient  pas 
d’antécédents  nets  du  côté  de  l’intestin.  Dans  une  statistique 
récente  portant  sur  50  cas,  Leonard  Rogers  ( British  medical 
Journal ,  1922)  relève  seulement  7  malades  sans  antécédents 
dysentériques  actuels  ou  anciens. 

La  recherche  des  parasites  n’a  pu  être  pratiquée  —  faute  d’un 
laboratoire  suffisant  —  que  dans  9  cas.  Chez  ces  9  malades, 
l’examen  des  selles  a  été  positif;  en  revanche,  dans  le  pus  hépa¬ 
tique,  on  n’a  trouvé  que  deux  fois  des  amibes,  et  en  petit  nombre  ; 
dans  les  7  autres  cas,  le  pus  était  stérile.  Cette  proportion  est  bien 
inférieure  à  celle  indiquée  par  Leroy  des  Barres  et  Heymann,  qui 
admettent  que  l’on  trouvé  des  parasites  une  fois  sur  deux  dans  le 
pus  des  abcès  et  même  quatre  fois  sur  cinq  dans  les  produits  de 
raclage  de  sa  paroi. 

La  coexistence  du  paludisme  n’est  relevée  que  dans  5  observa¬ 
tions,  mais  Hartmann-Keppel  croit  que  cette  proportion  est  infé¬ 
rieure  à  la  réalité  et  que,  s’il  avait  pu  chercher  systématiquement 
l’hématozoaire  chez  ses  malades,  il  aurait  trouvé  parmi  eux  un 
plus  grand  nombre  de  paludéens.  Comme  Job  et  Hirtzmann,  il  a  vu 
que  le  paludisme,  par  l’anémie  qu’il  entraîne,  aggrave  le  pronostic 
des  abcès  du  foie. 

Enfin  il  faut  noter  —  fait  sur  lequel  insiste  Hartmann-Keppel  et 


218 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


sur  lequel  je  reviendrai  —  que  4  malades  avaient  antérieurement 
présenté  un  premier  abcès  hépatique;  cet  abcès  avait  guéri,  dans 
un  cas,  à  la  suite  d’une  intervention  chirurgicale,  dans  un  autre, 
après  une  vomique,  dans  les  deux  derniers,  après  ouverture 
spontanée  à  la  paroi. 

L’abcès  était  unique  dans  17  cas;  il  y  en  avait  2  dans  4  cas  et 
5  dans  1  cas;  la  proportion  des  abcès  multiples  est  bien  moindre 
dans  cette  statistique  que  dans  celle  de  Neill  Low  où  elle  atteint 
45  p.  100  (sur  22  cas).  Le  siège  de  ces  abcès  était  16  fois  dans  le 
lobe  droit,  6  fois  dans  le  lobe  gauche,  6  fois  dans  le  lobe  de 
Spiegel,  1  fois  dans  le  lobe  porte  postérieur.  Leur  évolution  s’est 
faite  avec  une  égale  fréquence  vers  la  convexité  du  foie  et  la  eavité 
thoracique  (10  cas,  dont  3  terminés  par  une  vomique)  et  vers  la 
paroi  abdominale  (5  abcès  saillant  à  l’épigastre  et  5  à  la  région  de 
l'hypoehondre  droit);  exceptionnellement,  on  a  vu  la  collection 
pointer  vers  la  région  lombaire  (1  cas)  ou  s’ouvrir  dans  l’intestin 
(1  cas). 

L’apparition  d’abcès  amibiens  dans  des  organes  autres  que  le 
foie  est  signalée  dans  3  observations  :  un  malade,  porteur  de 
5  abcès  du  foie,  présentait  en  môme  temps  un  abcès  du  pancréas 
et.  un  abcès  de  la  prostate;  un  autre  était  à  la  fois  porteur  d’un 
abcès  du  foie  et  d’un  abcès  cérébral  —  coïncidence  déjà  relevée 
par  Zancarol,  Karlulis,  Jacob,  Potherat,  Legrand,  Stout  et 
Fenwick  — ;  un  troisième,  après  avoir  été  opéré  d’un  abcès  hépa¬ 
tique.  a  fait,  quatre  mois  plus  tard,  un  abcès  du  rein. 

Je  n’insisterai  pas  sur  les  symptômes  présentés  par  les  malades 
qu’a  observés  Hartmann-Keppel;  ils  ne  fout  que  confirmer  les 
descriptions  classiques  de  l’abcès  amibien  du  foie.  Je  signalerai 
seulement  l’existence,  dans  3  cas,  d’une  dissociation  remarquable 
du  pouls  et  de  la  température,  la  fréquence  du  premier  restant  à 
peu  près  normale,  alors  que  la  fièvre  atteignait  un  degré  relati¬ 
vement  élevé  ;  76  pulsations  avec  une  température  supérieure 
à  38°,  84  pulsations  avec  3fipo,  78  pulsations  avec  40°. 

La  question  du  traitement  est  la  plus  importante  et  mérite  de 
retenir  l’attention.  L’un  des  malades  d’Harlmann-Keppel,  atteint 
à  la  fois  d’abcès  du  foie  et  d’abcès  du  cerveau,  est  mort  quelques 
heures  après  son  entrée  à  l’hôpital,  sans  que  l’on  ait  pu  rien 
tenter. 

Les  21  autres  se  répartissent,  au  point  de  vue  de  la  thérapeu¬ 
tique  employée,  én  quatre  groupes  : 

I.  Deux  malades  ont  été  traités  par  l 'incision  chirurgicale  pure 
et  simple,  sans  adjonction  d’aucun  traitement  médical.  Tous  deux 
ont  guéri,  mais,  quatre  mois  plus  tard,  l’un  avait  un  nouvel  abcès 


SÉANCE  Dü  7  FÉVRIER 


219 


hépatique,  l’autre  un  abcès  du  rein.  Ils  ont  alors  été  traités  par 
l’émétine  et  ils  ont  guéri. 

II.  Dans  12  cas,  le  traitement  médical  &  été  seul  employé  (émé¬ 
tine  seule  dans  3  cas;  émétine  et  arsenic  dans  3;  émétine  et 
néo-salvarsan  dans  2;  émétine  et  bismuth  dans  2;  émétine,  bis¬ 
muth  et  arsenic  dans  1;  ipéca  et  arsenic  dans  1).  Sur  ces  12  cas, 
on  compte  10  guérisons  :  8  par  résorption  de  l’abcès,  2  à  la  suite 
de  son  ouverture  spontanée,  dans  les  bronches  (1  cas,  au  cinquième 
jour  du  traitement)  ou  dans  l’intestin  (1  cas)  ;  2  malades  ont  eu  des 
récidives  :  l’un  était  un  soldat  qui  semblait  complètement  guéri 
au  moment  de  son  évacuation  de  Salonique  en  France  et  qui  fut 
opéré,  sept  mois  plus  tard,  pour  un  nouvel  abcès  du  foie  ;  l'autre 
était  une  femme  qui  présentait  une  fistule  sous-costale  consécutive 
à  l’ouverture  spontanée  d’un  abcès  hépatique;  sous  l’influence  du 
traitement  par  l’émétine,  la  fistule  se  ferma  rapidement;  mais, 
cinq  mois  plus  tard,  on  pouvait  constater  la  réapparition  de 
l’abcès;  la  reprise  du  traitement  amena  une  guérison  qui  paraît 
définitive. 

III.  Chez  6  malades,  on  a  simultanément  pratiqué  l’ouverture 
chirurgicale  de  l’abcès  et  institué  le  traitement  médical.  L’opéra¬ 
tion  a  été  faite  d’emblée  4  fois  parce  que  l’abcès  pointait  à  la  paroi 
et  était  en  imminence  d’ouverture  spontanée,  2  fois  parce  que  l’on 
avait  fait  le  diagnostic  de  cholécystite  ou  de  péritonite.  Cette  série 
de  cas  soumis  au  traitement  mixte  est  la  plus  mauvaise,  parce 
qu’elle  correspond  uniquement  à  des  formes  très  graves  :  2  malades 
seulement  ont  guéri  sans  incident  —  2  autres  sont  morts,  l’un  au 
cinquième  jour  par  hémorragie  dans  la  cavité  de  l’abcès,  l’autre 
au  septième  jour  par  infection  amibienne  généralisée  (c’est  le 
malade  atteint  de  5  abcès  du  foie  —  dont  un  seul  avait  été  ouvert 
chirurgicalement  —,  d’un  abcès  du  pancréas  et  d’un  abeès  de  la 
prostate);  —  un  autre  opéré  était  porteur  d’un  second  abcès  qui 
s’ouvrit  dans  la  plèvre  et  il  guérit  après  une  thoracotomie  — 
enfin  le  dernier  malade  de  cette  série,  parti  en  excellent  état  pour 
retourner  dans  son  village,  eut  une  récidive  au  bout  de  onze  mois  : 
soumis  ii  un  nouveau  traitement  par  l’émétine,  il  s’améliora  rapi¬ 
dement,  mais  cessa  bientôt  toute  espèce  de  thérapeutique  et  finit 
par  mourir  d’une  pneumonie,  consécutive  à  l’ouverture  de  l’abcès 
dans  les  bronches. 

IV.  Enfin,  dans  un  dernier  cas,  le  traitement  médical  s’étant 
montré  complètement  inefficace,  on  a  eu  recours  secondairement 
à  l’intervention  chirurgicale  :  elle  a  fait  découvrir  deux  abcès  qui 
ont  éîé  drainés  et  le  malade  a  guéri. 


En  résumé,  sur  21  malades  traités^  3  sont  morts  ;  ce  qui  fait 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


une  mortalité  de  15  p.  100  environ.  Leroy  des  Barres  et  Heymann, 
dans  un  rapport  récent  au  IVe  Congrès  de  la  Fear  Easlern  Asso- 
ciaton  of  tropical  medicine ,  estiment  que  la  mortalité,  qui  était 
de  50  p.  100  avant  l’emploi  thérapeutique  de  l’émétine,  est  tombée 
à  20  p.  100  dppuis  l’introduction  des  méthodes  nouvelles  :  c’est  la 
proportion  observée  par  Leroy  des  Barres  et  Degorce,  à  Hanoï, 
pour  une  série  de  24  abcès  du  foie,  traites  par  la  méthode  mixte 
(association  du  traitement  médical  intensif  et  de  l’ouverture  large 
de  l’abcès). 

Quant  à  la  valeur  respective  des  diverses  méthodes  :  le  trai¬ 
tement  chirurgical,  employé  seul,  a  donné  2  récidives;  le  trai¬ 
tement  mixte,  réservé  par  Ilartmann-Keppel  à  des  cas  particuliè¬ 
rement  graves,  a  donné  2  guérisons,  2  morts,  1  échec  par  suite  de 
la  méconnaissance  d’un  second  abcès,  une  récidive  mortelle,  due 
à  l’interruption  du  traitement  médical;  le  traitement  médical 
employé  seul  a  donné  13  succès  (12  guérisons  complètes  d’emblée, 
une  récidive  guérie  par  reprise  du  traitement),  1  échec  complet 
qui  a  guéri  après  ouverture  chirurgicale,  une  récidive  ayant 
nécessité  une  opération  ultérieure. 

Hartmann  Keppel  tend  à  expliquer  une  partie,  au  moins,  des 
échecs  par  l’intervention  de  microbes  pyogènes  associés  aux 
amibes  ;  Tuffier  avait  déjà  dit  que  l’émétine  échoue  dans  les  infec¬ 
tions  mixtes.  La  chose  est  possible,  mais  ces  abcès  à  pyogènes 
sont  rares.  Hartmann-Keppel  a  trouvé  le  pus  stérile  dans  tous  les 
cas  où  il  a  pu  en  pratiquer  l’examen  bactériologique.  Leroy  dés 
Barres  et  Heymann,  sur. 25  examens  personnels,  n’ont  rencontré 
que  deux  fois  des  pyogènes.  Leonard  Rogers  admet  que  le  pus  est 
stérile  au  point  de  vue  microbien  dans  62  p.  100  des  cas. 

Il  résulte  donc  des  faits  rapportés  par  Ilartmann-Keppel  que  le 
traitement  médical  à  lui  seul  peut  amener,  dans  un  grand  nombre 
de  cas,  la  guérison  des  abcès  amibiens  du  foie.  Beaucoup  de 
chirurgiens  considèrent  encore  que  l’émétine  ne  doit  être  qu’un 
adjuvant  —  d’ailleurs  indispensable  —  de  l'opération.  C’est 
l’opinion  de  Descomps  qui  disait,  ici-même,  en  1921  :  «  L’émétine 
pourra  exceptionnellement  éviter  l’acte  chirurgical,  ou  en  réduire 
l’importance,  mais  souvent  elle  en  complétera  utilement  l’action  ; 
....  concevoir  la  substitution  purent  simple  de  la  thérapeutique 
par  l’émétine  à  l’action  chirurgicale  de  débridément  et  de 
drainage  dans  les  hépatites  supp,urées  serait  une  illusion  et  un 
danger.  »  C’est  aussi  l’opinion  de  Leroy  des  Barres  et  Heymann 
qui  conseillent  d’associer  toujours  l’émétine  à  l’ouverture  large 
de  l’abcès.  En  fait,  nombre  d’observations  anglaises,  celles  de 
Chauffard  et  de  ses  élèves,  celles  d’IIartmann-Keppe!  montrent 
que  celte  association  de  la  médecine  et  de  la  chirurgie  dans  la 


SÉANCE  DU  7  FÉVRIER 


221 


thérapeutique  de  l’abcès  amibien  n’est  pas  toujours  indis¬ 
pensable,  que  le  traitement  médical,  qui  suffit  souvent  à  lui  seul 
à  amener  la  guérison,  doit  toujours  tenir  la  première  place  et  que 
l’opération  ne  doit  intervenir  qu’à  titre  complémentaire  pour 
■évacuer  une  collection  dont  la  résorption  se  fait  attendre,  agir 
sur  une  infection  secondaire  ou  parer  à  une  complication  telle 
que  l’ouverture  pleurale  de  l’abcès. 

Dans  les  cas  où  l’évacuation  du  pus  s’impose,  faut-il  recourir  à 
l’ouverture  large  de  l’abcès  ou,  au  contraire,  à  la  simple  ponction 
que  l’on  peut  faire  suivre,  comme  le  conseille  Rogers,  de  l’injec¬ 
tion  dans  la  poche  d’une  solution  de  6  à  10  centigrammes  d’émé¬ 
tine  dans  30  ou  40  cent,  cubes  d'eau  ?  Leroy  des  Barres  et  Degorce 
sont,  je  l’ai  dit,  partisans  de  l’ouverture  large,  et  c’est  elle  aussi 
qu’a  pratiquée  Hartmann-Keppel  dans  les  cas  où  il  a  été  obligé 
d’intervenir;  mais  les  statistiques  des  chirurgiens  anglais 
d’Extrême-Orient  plaident  en  faveur  de  la  méthode  des  ponctions, 
dont  la  mortalité  serait  moins  élevée  et  qui  expose  moins  à 
l’infection  secondaire  de  l’abcès. 

Pour  être  efficace,  le  traitement  médical  doit  être  suffisamment 
énergique  et  prolongé.  Hartmann-Keppel,  après  avoir  débuté  assez 
timidement,  en  est  vite  arrivé  aux  doses  de  4  à  8  centigrammes 
d’émétine  par  jour,  avec  des  interruptions,  de  manière  à  atteindre 
une  dose  totale  de  0  gr.  75  à  1  gr.  25  en  vingt  ou  vingt-cinq  jours  ; 
il  associe  toujours  à  l’émétine  les  arsenicaux  et,  après  avoir 
d’abord  employé  le  cacodylate  de  soude,  il  conseille  le  novar- 
sénobenzol  (une  injection  de  0  gr.  15  à  0  gr.  30  tous  les  cinq  jours, 
pendant  un  mois  ou  un  mois  et  demi,  de  façon  à  arriver  à  une 
dose  totale’ de  1  gr.  50  à  2  grammes). 

Dobel,  Low  et  d’autres  auteurs  anglais  préconisent  l’iodure 
double  d’émétine  et  de  bismuth  qui  leur  aurait  donné  des  résultats 
supérieurs  à  tout  autre  médicament.  Hartmann-Keppel  n’apu  s’en 
procurer,  mais  il  a  tenté  dans  quelques  cas  d’associer  le  bismuth 
à  l’émétine,  sans  que  les  effets  de  ce  traitement  lui  aient  paru 
meilleurs. 

À  ces  doses  élevées,  l’émétine  peut  déterminer  quelques  acci¬ 
dents.  Hartmann-Keppel  en  a  noté  six  fois  chez  ses  malades,  mais 
le  plus  souvent  ils  ont  été  légers  et  se  sont  bornés  à  un  peu  de 
stomatite  ou  d’entérite;  dans  un  seul  cas,  il  y  eut  des  accidents 
assez  sérieux  de  néphrite  aiguë  qui  disparurent  après  cessation 
du  traitement. 

Mais  il  reste  un  point  noir  dans  l’hisioire  des  abcès  amibiens  du 
foie,  et  cela  quelle  que  soit  la  méthode  thérapeutique  employée  : 
c’est  la  fréquence  des  récidives.  Parmi  les  malades  de  Hartmann- 
Keppel,  4  avaient  un  ancien. abcès.dans  leurs  antécédents,  5  autres 

BULL)  Et  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  GHIR.,  1923.  16 


222 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


en  ont  vu  apparaître  un  second  après  guérison  du  premier.  Cela 
fait  9  récidives  sur  22  cas  (plus  de  40  p.  100).  Aussi  est-ce  avec- 
raison  que  Hartmann-Keppel  ne  donne  pas  ses  guérisons  comme 
définitives,  car  aucun  malade  n’a  été  suivi  plus  d’un  an  ou  au 
maximum  deux  ans  ;  et  c’est  souvent  après  plusieurs  années  que 
surviennent  ces  récidives.  En  réalité,  il  s’agit  de  réinfections 
hépatiques  chez  des  dysentériques,  en  apparence  guéris,  mais 
restés  porteurs  d’amibes.  On  sait  la  persistance  presque  indéfinie 
de  l’infection  amibienne  de  l’intestin,  et  la  difficulté  d’obtenir  la 
disparition  complète  et  définitive  des  kystes  parasitaires,  la  néces¬ 
sité  de  maintenir  la  guérison  par  un  traitement  d’entretien  à  inter¬ 
valles  périodiques  ;  Ravaut  a  insisté  sur  ce  point,  à  juste  raison. 
Hartmann-Keppel  y  insiste  à  son  tour  pour  le  cas  particulier  de 
l’hépatite. amibienne  :  «  Le  dysentérique,  dit-il,  reste  en  puissance 
d’abcès  toute  sa  vie  ;  le  traitement  par  l’émétine  ne  doit  donc  pas 
être  épisodique  ;  il  en  est  des  dysentériques  comme  des  syphili¬ 
tiques,  il  faut  les  blanchir  et  les  reblanchir  sans  cesse.  Au  prix 
d’examens  coprologiques  et  radioscopiques  répétés  pendant  de 
longues  années,  et  par  des  cures  périodiques  d’émétine,  on  les^- 
meltra  à  l’abri  des  abcès  qu’une  première  fois  l’émétine  avait 
suffi  à  guérir.  »  C’est  lAune  notion  pratique  d’une  grande  impor¬ 
tance  et  que  l’on  a  trop  souvent  négligée. 


Fistule  Cutanée  stercorale  de  l'intestin  grêle. 

Anastomose  ïléo-colique 

sur  Ce  côlon  transverse,  puis  résection  de  l'anse  fistulisée. 

Guérison , 

par  MM.  H.  Cqstantini  et  H.  Duboucher  (d’Alger). 

Rapport  de  Mi  J.  OK1NCZYC.. 

MM.  Gostantini  et  H.  Duboucher  nous  ont  adressé  l’observa- 
.tion  suivante  : 

K.  Saïd,  batelier,  âgé  de  trente  ans,  entre  à  l’hôpital  de  Mustapha 
dans  le  serviee.de  M.  le  professeur  Vincent,  le  12  mars  1922,  avec  les 
signes  d’une  occlusion  intestinale  :  douleurs  depuis  trois  jours  dans  la 
fosse  iliaque  droite,  vomissements;  depuis  vingt-quatre  heures,  arrêt 
complet  des  matières  et  des  gaz. 

Au  palper  on  seul  une  tumeur  douloureuse,  bien  limitée,  sonore  à  la 
percussion  dans  la  fosse  iliaque  droite.  Le  pouls  est  à  60. 

Intervention  d'urgence,  le  12  mars  1922,  par  M.  Duboucher.  On  découvre 
à  20  centimètres  du  eæcum  une  anse  iléale  en  volvulus  et  coudée  par- 
une  bride  péritonéale  qui  siège  à  quelques  centimètres  du  cæcum. 


SÉANCE  DU  7  FÉVRIER  223 


Détersion,  facile  et  section  delà  bride.  Les  suites  opératoires  immé¬ 
diates  sont  simples;  cependant,  le  20  mars,  évacuation  d’un  hématome 
dans  la  plaie  opératoire. 

Le  15  avril  survient  une  nouvelle  crise  d’occlusion  intestinale  et  le 
18  avril  une  fistule  pyostercorale  se  constitue  au  niveau  de  l’incision 
pariétale  et  laisse  passer  une  grande  quantité  de  matières  liquides, 
provenant  certainement  de  l'intestin  grêle.  Dans  les  semaines  qui  sui¬ 
vent,  on  note  de  temps  à  autre  une  selle  normale  ;  en  même  temps  de 
nouvelles  débâcles  se  reproduisent  par  la  fistule. 

Deuxième  intervention ,  le  7  juillet  1922,  par  M.  Duboucher.  Incision  à 
droite  sur  le  bord  externe  du  grand  droit.  On  tombe  sur  un  paquet 
d’anses  grêles  agglutinées,  le  tout  enfoui  sous  des  adhérences  indisso¬ 
ciables.  On  isole  une  anse  grêle  au-dessus  de  la  région  ûstuleuse  et  on 
fait  uné  iléo-colostomie  latéro-latérale  sur  le  côlon  transverse. 

Quatre  jours  après,  le  malade  évacue  quelques  matières  par  l’anus. 
La  fistule  cutanée  persiste,  mais  les  matières  qui  s’écoulent  sont  moins 
abondantes.  Les  selles  normales  sont  plus  fréquentes. 

Troisième  intervention,  le  25  octobre  19^2,  par  M.  Costantim.  A  ce 
moment,  la  fistule  laisse  encore  écouler  des  matières  liquides;  t’aspéct 
de  la  fistule  est  net  :  elle  siège  sur  la  ligne  médiane  près  de  l’ombilic, 
elle  est  bien  «  labiée  »,  c’est-à-dire  qu’il  n’existe  pas  de  vestibule  en 
clapier  purulent;  la  muqueuse  borde  immédiatement  la  peau. 

La  fistule  est  alors  circonscrite  par  une  incision  qui  détache  avec 
l’intestin  une  collerette  cutanée.  On  peut  alors  avec  des  pinces  fermer 
et  isoler  la  fistule. 

Ouverture  du  péritoine  ;  on  retrouve  la  masse  d’anses  grêles 
fusionnées  par  des  adhérences.  Avec  quelques  difficultés,  on  parvient 
à  isoler  l’anse  fistuleuse  sur  une  certaine  longueur  :  elle  apparaît  alors 
cruentée  et  comme  dépéri  tonisée,  avec  des  lésions  pariétales  assez  impor¬ 
tantes  pour  commander  la  résection.  Celle-ci  est  pratiquée  et  intéresse 
environ  25  centimètres  d’intestin  grêle  portant  la  collerette  cutanée  et 
la  fistule.  Anastomose  termino-terminale.  L’anastomose  iléo-tramsverse 
est  contrôlée  et  laissée  en  place. 

Les  suites  opératoires  sont  simples  et  apyrétiques. 

Le  26  octobre,  évacuation  de  gaz  par  l’anus. 

Le  28  octobre,  selle  normale. 

Ablation  des  fils  le  4  novembre.  Le  6  novembre,  évacuation  d’un  abcès 
qui  s’est  développé  au  niveau  de  la  cicatrice  ancienne  de  la  seconde 
interveutioo,  sur  le  bord  externe  du  muscle  droit. 

Alimentation  normale  et  fonctionnement  digestif  normal.  Le  10  no¬ 
vembre,  on  pratique  une  étude  radioscopique  du  transit  intestinal.  La 
gélobarine  arrive  en  un  temps  normal  au  cæcum  et  à  la  dix-septième 
heure  a  complètement  évacué  l'intestin  grêle.  Le  côlon  se  remplit  par 
le  cæcum. 

L’examen  est  renouvelé  le  12  novembre  :  l'anastomose  iléo-colique 
paraît  peu  ou  pas  utilisée  par  le  contenu  intestinal. 

Au  2  décembre  1922,  les  fonctions  int°stina'es  sont  parfaites.  L’abcès 
pariétal  n’est  pas  encore  complètement  cicatrisé. 


224 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


MM.  Costantini  et  Duboucher  nous  ont  envoyé  cette  observa¬ 
tion  presque  sans  commentaires.  Ils  se  demandent  seulement 
si  l’anastomose  iléo-colique  a  été  bien  utile. 

Je  crois  que  la  question  doit  être  autrement  posée.  J^ai  défendu 
à  cette  tribune,  récemment  encore,  l’anastomose  intestinale 
comme  traitement  de  l’occlusion  du  grêle  par  adhérences  inflam¬ 
matoires.  Cette  anastomose  par  court-Circuit  en  amont  d’un 
obstacle,  pour  dériver  un  contenu  intestinal  qui  ne  trouve  plus 
sa  voie,  peut  être  réalisée  par  les  moyens  les  plus  simples,  c’est- 
à-dire  par  anastomose  latéro-latérale. 

Les  conditions  réalisées  par  l’observation  de  MM.  Costantini  et 
Duboucher  ne  sont  pas  tout  à  fait  celles  d’unë  occlusion  simple  ; 
il  y  a,  au  moment  où  l’on  fait  l’anastomose,  une  fistule  stercorale 
que  l’anastomose  se  propose  d’exclure.  Cette  exclusion  n’a  pas 
été  réalisée  par  l’anastomose  latéro-latérale.  Faut-il  s’en  étonner? 
Je  pense  que  pour  obtenir  une  exclusion  vraie,  il  aurait  fallu  sec¬ 
tionner  l’intestin  grêle  avant  de  l’anastomoser  au  côlon  Irans- 
verse.  Cette  exclusion  Unilatérale  vraie  .  eût  asséché  la  fistule, 
devenue  seulement  muqueuse,  eût  assuré  la  désinfection  du  foyer 
inflammatoire  formant  le  bloc  d’adhérences,  et  facilité  la  résec¬ 
tion  secondaire  du  segment  d’intestin  grêle  exclu.  Je  crois  que 
cette  manière  de  faire  eût  été  préférable.  Sans  doute  la  circulation 
s’est  rétablie  dans  les  anses  grêles  adhérentes;  mais  je' garde 
quelques  craintes  pour  l’avenir  de  ce  segment  d’inteslin,  assez 
malade  à  un  moment  donné  pour  s’être  fistulisé  spontanément 
à  la  peau. 

La  seule  conclusion  que  je  désire  tirer  de  cette  observation, 
c’est  que  les  indications  doivent  exactement  commander  les 
méthodes  et  les  techniques.  Dans  l’occlusion,  il  faut  dériver,  et 
une  anastomose  même  latéro-latérale  à  la  Maisonneuve  peut 
suffire  ;  dans  les  fistules  stercorales,  il  faut  exclure,  et  dans  ces 
cas  il  faut  au  moins  une  exclusion  unilatérale,  parfois  même  bila¬ 
térale,  l’anastomose  à  la  Maisonneuve  étant  généralement  insuffi¬ 
sante. 

Je  vous  prie  de  remercier  MM.  Coslantini  et  Duboucher  de  nous 
avoir  adressé  leur  observation. 

M.  Pierre  Descomps.  —  J’ai  opéré  récemment  un  blessé  de 
guerre  qui  portait  une  fistule  stercorale  siégeant  sur  le  côlon 
ascendant.  Une  simple  anastomose  latérale  iléo-sigmoïdienne  à  la 
Maisonneuve  a  suffi  pour  amener  la  guérison. 


SÉANCE  DU  7  FÉVRIER 


225 


Epithêlioma  du  col  de  l'utérus  traité  par  le  radium. 

Guérison  maintenue  depuis  douze  ans, 

par  M.  le  Dr  Degrais. 

Rapport  de  M.  ROBINEAU. 

Je  transcris  intégralement  la  communication  du  Dr  Degrais  : 

Dans  la  séance  du  4  mars  1914,  le  regretté  Charles  Monod  commu¬ 
niquait  à  la  Société  de  Chirurgie  l’observation  d’une  malade  que  nous 
avions  traitée  en  1910  et  1911  avec  Wickham  pour  un  cancer  du  col 
inopérable.  Après  trois  années,  la  guérison  semblait  se  maintenir  et 
M.  Monod  croyait  pouvoir  escompter  une  guérison  définitive;  il  ajou¬ 
tait  :  «  Nous  ne  manquerons  pas  de  vous  faire  savoir  la  suite  de  cette 
histoire,  soit  moi-même,  soit,  si  je  ne  suis  plus  de  ce  monde  lorsqu’elle 
finira,  mon  cousin  qui  demeure  en  relations  avec  la  malade.  » 

Pour  répondre  à  cette  intention  exprimée  par  notre  Maître,  nous 
venons,  le  Dr  Eugène  Monod,  de  Bordeaux  et  moi,  donner  à  la  Société 
de  Chirurgie  le  résultat  éloigné  de  ce  cas  :  la  malade  se  porte  bien  et 
n’a  toujours  pas  de  récidive. 

Je  résume  l’observation  présentée  par  M.  Monod  en  1914  :  MmeX..., 
âgée  de  cinquanle-qualre  ans,  atteinte  depuis  quatre  ans  d’un  petit 
fibrome  interstitiel,  présente  de  plus  en  octobre  1910  les  signes 
évidents  d’un  cancer  du  col  à  forme  bourgeonnante  avec  envahissement 
du  vagin  (constatations  des  Drs  Eugène  Monod,  Démons,  Ch.  Monod). 
L’examen  histologique  de  fragments  de  la  tumeur  a  confirmé  le 
diagnostic,  sans  donner  d’autres  précisions.  Ce  cancer  est  manifeste¬ 
ment  inopérable. 

Les  applications  de  radium  ont  été  faites  en  trois  séries  :  novembre 
1910,  janvier  et  mai  1911,;  chaque  fois  on  a  utilisé  des  tubes  et  un 
appareil  plat  qui  ont  été  appliqués  à  deux  et  trois  reprises  dans  un 
laps  de  temps  variant  de  quatre  à  douze  jours. 

En  1913  et  en  1914,  Mme  X...  était  fonctionnellement  guérie  :  le 
Dr  Eugène  Monod  constatait  que  la  surface  du  vagin  restait  parfaite¬ 
ment  souple  ;  au  fond,  dépression  scléreuse  coirespondant  à  ce  qui 
pouvait  rester  de  col;  aucune  perte  saDguine  ou  autre. 

Le  Dr  Eugène  Monod  a  continué  à  suivre  sa  cliente  à  Bordeaux  ; 
en  décembre  1922,  il  écrit  :  «  Mme  X...  continue  à  être  dans  un  état  de 
santé  parfait  ;  j’ai  pu  constater  la  persistance  de  sa  bonne  mine,  de 
son  entrain,  en  même  temps  que  l’absence  de  tout  symptôme  abdo¬ 
minal  ;  ni  douleurs,  ni  pertes  d’aucune  nature  depuis  1911.  Voilà 
donc  un  cas  authentique  de  guérison  qui  se  maintient  au  bout  de 
douze  ans...  » 

Ce  beau  résultat  est  dû  sans  doute  à  ce  que  nous  avons  eu  à  traiter 
une  forme  favorable  d’épithélioma  ;  mais  nous  croyons  qu’il  est  dû 
aussi  à  ce  fait  sur  lequel  M.  Ch.  Monpd  a  bien  voulu  insister  ;  Les 


226 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


applications  de  radium  ont  été  faites  en  séries,  systématiquement, 
sans  tenir  compte  de  l’amélioration  fonctionnelle  et  physique  obtenue 
dès  la  première  intervention-  Chaque  série  comportait  un  traitement 
dont  l’intensité  correspondait  à  celle  admise  à  l’heure  actuelle,  tant 
au  point  de  vue  quantité  de  radium  qu’au  point  de  vue  du  temps 
d’application  ;  quant  au  filtrage,  il  était  de  ceux  ne  laissant  passer 
que  les  y  durs,  sauf  en  ce  qui  concerne  les  tubes  ;  ceux-ci,  placés  en 
pleine  masse  néoplasique,  pouvaient  avoir  un  filtrage  plus  faible. 

En  radiumthérapie,  il  ne  faut  pas  croire  aux  guérisons  apparentes 
précoces  ;  il  faut  continuer  systématiquement  le  traitement,  et  sur¬ 
monter  la  répugnance  des  malades  à  s’y  soumettre  sous  prétexte  qu’il 
ne  leur  paraît  plus  justifié.  Telle  est,  à  notre  avis,  la  seule  manière 
d’enregistrer  des  guérisons  durables  dans  le  traitement  des  épithé- 
liomas  par  le  radium. 

J’ai  peu  de  choses  à  ajouter  :  On  peut  certainement  qualifier  de 
guérison  le  résultat  obtenu,  puisque,  au  bout  de  douze  ans,  il  n’y  a 
pas  de  récidive.  C’est  un  fait  exceptionnel,  dira-t-on  ;  j’en  con¬ 
viens,  quoique  je  ne  croie  pas  que  ce  sort  un  fai  t  unique.  Mais  de 
ce  cas  exceptionnel,  on  peut  tirer  un  enseignement. 

Quand  la  malade  s’est  fait  soigner  en  1910,  la  chirurgie  ne 
pouvait  rien  pour  elle;  trois  chirurgiens  de  grande  valeur  ont 
estimé  que  son  cancer  était  inopérable;  devaient-ils  laisser  révo¬ 
lution  suivre  son  cours  fatal  sans  rien  tenter?  Ils  ne  l’ont  pas 
pensé,  mais  sans  doute  n’ont-ils  demandé  au  radium  qu’une 
action  palliative.  Et  le  succès  a  dépassé  toute  espérance.  Un  tel 
exemple  nous  impose  donc  le  devoir  de  traiter  par  les  agents 
physiques  les  cancers  inopérables;  à  côté  des  échecs,  des  amélio¬ 
rations  temporaires,  il  n’est  pas  impossible  d’observer  des  guéri¬ 
sons  durables. 

Je  vous  propose  d’adresser  à  notre  correspondant  national 
Eugène  Monod  et  au  Dr  Degrais  tous  nos  remerciements  pour 
nous  avoir  communiqué  les  suites  éloignées  de  leur  intéressante 
observation. 

M.  Savariaud.  —  Dans  la  prochaine  séance  jè  vous  apporterai 
avec  détails  un  cas  superposable  à  celui  que  vient  de  vous 
rapporter  mon  ami  Ttobineau. 

Il  s’agit  également  d’un  épithélioma  du  col  inopérable  traité 
par  le  curettage  et  l’application  de  radium  avec  la  collaboration 
de  M.  Degrais. 

M.  T.  de  Martel.  —  J’ai  observé  avec  M.  Faure  une  malade 
atteinte  d’un  cancer  du  col  qui  me  parut  si  avancé  que  je  n’osai 


SÉANCE  DU  7  FÉVRIER  “227 


•pas  me  charger  die  l'intervention.  M.  Faure  voulut  bien  l’opérer. 
Le  ventre  ouvert,  il  n’alla  pas  plus  loin  :  le  cas  étant  évidemment 
inopérable.  Il  fut  convenu  qu’on  ferait  une  application  de  radium. 
On  la  fit  massive  et  prolongée  (50  centigrammes  pendant  deux 
jours).  Le  résultat  fut  inattendu.  La  malade  est  complètement 
.guérie  depuis  onze  ans. 


Invagination  intestinale  opérée.  Récidive  probable, 
par  M.  le  Dr  Penot  (de  Blois). 

.Rapport  de  M.  L.  OMBRÉDAN.NE. 

Le  Dr  Penot  nous  a  adressé  l’observation  suivante  : 

Le  29  mai,  à  tb  heures,  le  Dr  Lorion  me  conduit,  de  16  kilomètres,  un 
bébé  âgé  de  quatre  mois  atteint  d’invagination  intestinale. 

les  parents  affirment  que  depuis  trois  jours  leur  enfant  n’était  pas  le 
même;  il  tétait  avec  moins  d’appétit,  était  maussade  et  avait  eu  plu¬ 
sieurs  selles  diarrhéiques,  ce  qui  les  avait  un  peu  surpris,  car  le  bébé 
était  superbe  et  n’avait  jamais  eu  le  moindre  malaise.  Le  tableau  s’était 
précisé  brusquement  la  veille,  le  28,  dans  la  soirée  ;  l’enfant  s’était  mis 
à  vomir,  puis  à  pleurer  et  sè  plaindre  sans  arrêt:  vers  le  milieu  de  la 
nuit,  des  glaires  sanglantes  avaient  été  émises  par  l’anus.  Le  Dr  Lorion, 
Appelé  dans  la  matinée  du  29,  avait  fait  le  diagnostic  d’invagination 
intestinale  et  me  conduisait  l’enfant  au  début  de  l’après-midi. 

Je  vois  un  petit  malade  très  fatigué,  pâle,  les  yeux  cernés,  le  pouls 
extrêmement  rapide  et  petit.  Il  crie,  sa  mère  lui  donne  le  sein,  il  tète 
deux  ou  trois  gorgées,  puis  s’arrête  et  un  vomissement  survient,  c’est 
ce  qui  se  passe  depuis  hier.  Les  couches  sont  tachées  de  sang.  Le  ventre 
est  très  souple  dans  toute  son  étendue,  le  palper  très  facile  fait  nette-; 
ment  sentir,  dans  la  fosse  iliaque  gauche,  une  petite  masse  dure,  qui  se 
déplace,  grosse  comme  une  noix.  L’extrémité  d’un  doigt  intrarectal 
effleure  cette  petite  masse,  mais  la  détermine  mal.  L’état  de  l’enfant 
étant  très  grave,  nous  faisons  2  cent,  cubes  d’huile  camphrée  et 
200  cent,  cubes  de  sérum  avec  un  demi-milligramme  d’adrénaline. 
L’opération  a  lieu  à  15  h.  30. 

Anesthésie  (Dr  Lorion)  au  chloroforme,  très  légère,  et  interrompue. 
Nous  trouvons  une  invagination  du  grêle  dans  le  gros  intestin,  allant 
jusque  dans  le  côlon  iliaque  et  c’était  bien  la  tête  de  l’invagination 
que  nous  sentions  dans  la  fosse  iliaque  gauche.  Tout  le  gros  intestin 
était  flottant,  il  y  avait  un  défaut  complet  de  coalescence  des  côlons. 
Nous  faisons  la  désinvagination  progressive  par  expression  ;  des  manœu¬ 
vres  très  simples  suffisent  d'abord,  la  tête  remonte,  atteint  le  côlon 
Ascendant,  mais  la  réduction  devient  très  difficile;  en  insistant;  la 


228 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


réduction  complète  s’obtient.  Nous  sommes  frappés  par  la  distension 
des  derniers  centimètres  du  grêle,  nous  sentons  une  masse  molle  que- 
nous  malaxons  et  exprimons  en  grande  partie  dans  le  cæcum,  c’était 
vraisemblablement  un  amas  de  matières  fécales.  Les  gaz  franchissent 
bien  la  valvule  de  Bauhin.  L’appendice  est  libre  et  normal.  Nous  ne 
fixons  pas  l’intestin  et  refermons  le  ventre  en  un  plan  avec  des  fils  de 
bronze  et  faisons  à  l’enfant  un  corset  serré  avec  une  bande  de  cuti- 
plaste  suivant  la  technique  de  notre  maître,  M.  Ombrédanne. 

Ce  bébé  a  très  bien  supporté  l’opération  qui  a  été  rapide.  Nous  lui 
injectons  à  nouveau  200  cent,  cubes  de  sérum  adrénalioé  et  2  cent, 
cubes  d’huile  camphrée.  Il  se  plaint  encore  dans  la  nuit,  mais  beaucoup 
moins  que  la  nuit  précédente  ;  les  vomissements  cessent  vers  le  milieu 
de  la  nuit  et,  vers  le  lever  du  jour,  l’enfant  dort  quelques  heures.  Je  le 
retrouve  assez  reposé  le  matin,  le  faciès  est  bien  meilleur  que  la  veille, 
'  les  yeux  ne  sont  plus  cernés,  les  traits  ne  sont  pas  tirés,  il  existe  une 
pâleur  assez  marquée  du  visage  qui  contraste  avec  ses  40°  de  tempé¬ 
rature.  Cette  hyperthermie  est  la  règle  et  nous  n’en  portons  pas  moins 
un  bon  pronostic,  car  l’enfant  ne  vomit  plus,  ne  se  plaint  plus,  il 
prend  le  sein  et  tète  avec  assez  d’appétit.  Il  rend  des  gaz  à  plusieurs 
reprises  et  sa  mère  signale  que  c’est  après  une  émission  bruyante  de 
gaz  dans  la  nuit  que  l’enfant  s’est  assoupi,  ne  s’est  plus  plaint,  n’a  plus 
vomi.  Les  parents  sont  persuadés  qu’il  va  bien  guérir.  A  midi  la  tempé¬ 
rature  est  de  39°6.  La  journée  se  passe  bien. 

Mais  le  soir,  assez  brusquement,  le  tableau  change.  Les  yeux  se 
cernent,  l’enfant  recommence  à  se  plaindre,  il  se  remet  à  vomir, refuse 
le  sein  et  des  mucosités  sanglantes  apparaissent  à  l’anus.  C’est  le  syn¬ 
drome  de  la  veille.  L’état  s’aggrave  et  la  mort  survient  à  b  heures  du 
matin,  le  31. 

Nous  ne  pouvons  vérifier  ce  qui  s’est  passé,  mais  nous  pensons  que 
l’invagination  a  dû  se  reproduire  dans  l’après-midi  du  30,  le  lendemain 
de  l’opération.  Le  médecin  traitant,  les  parents  étaient  frappés  de  la 
similitude  des  accidents  avec  ceux  d’avant  l’opération,  contrastant  avec 
l’amélioration  ayant  suivi  la  réduction  de.  l’invagination.  Ils  sont  con¬ 
vaincus  de  la  récidive  de  celle-ci. 

Aurait-il  mieux  valu  fixer  le  grêle?  Cela  aurait  été  prudent,  semble- 
t-il.  Je  ne  l’ai  pas  fait  parce  que  la  tendance  chirurgicale  actuelle  est 
de  ne  pas  fixer.  On  considère  cette  manœuvre  comme  inutile  et  faisant 
courir  plus  de  risques  que  celui  d’une  nouvelle  invagination.  Faut-il 
modifier  cette  conduite? 

Il  est  deux  faits  intéressants  dans  l’observation  :  c’est  l’accumulation 
des  matières  fécales  en  amont  de  la  valvule  de  Bauhin  et,  d’autre  part, 
l’absence  complète  de  coalescence  des  côlons.  Le  premier  fait  a  dû 
causer  l’invagination  et  le  deuxième  a  favorisé  la  progression  de  l’inva¬ 
gination  jusque  dans  le  côlon  iliaque. 

De  cette  observation,  fort  bien  prise  par  un  chirurgien  très 
averti,  je  retiendrai  seulement  les  points  suivants  : 

1°  La  constatation  d'une  absence  très  étendue  de  la  coalescence 


SÉANCE  DU  7  FÉVRIER 


229 


mésocolique.  M.  Penot  a  pris,  da.ns  mon  service,  l’habitude  de 
noter  avec  soin  les  absences  de  coalescence  mésocolique,  fré¬ 
quentes  chez  les  enfants. 

Une  fois  de  plus,  il  apporte  la  constatation  opératoire  de  cette 
absence  de  coalescence,  condition  indispensable  de  certaines 
variétés  d’invagination. 

Il  y  a,  en  effet,  des  formes  d’invagination,  les  iléo-iléales  et  les 
iléo-coliques,  dans  lesquelles  la  valvule  de  Bauhin  joue  le  rôle  de 
collet  et  peut  rester  en  place. 

Mais  les  invaginations  les  plus  souvent  observées  progressent, 
et  pour  cela  l’apex  s’avance  à  mesure  que  le  collier  s'enroule  sur 
lui-même  :  c’est  le  cas  de  toutes  les  invaginations  dans  lesquelles 
la  tête  du  boudin  peut  devenir  perceptible  par  le  toucher  rectal, 
c’est-à-dire  les  invaginations  iléo-cæcales,  les  plus  fréquentes  de 
toutes,  et  les  invaginations  colo-coliques.  Il  est  bien  évident, 
dans  ces  invaginations  à  collet  mobile,  que  la  progression  du 
boudin  d’invagination  et  l’enroulement  progressif  du  collet  ne 
sont  concevables  que  si  les  mésocôlons  n’ont  pas  fait  leur  coales¬ 
cence. 

Je  l’ai  souvent  constaté  de  visu;  M.  Penot  signale  le  fait  une 
fois  de  plus.  Cette  absence  de  coalescence  des  mésocôlons  n’est 
d’ailleurs  pas  toujours  un  arrêt  de  développement,  mais  souvent 
un  simple  retard,  et  la  coalescence  peut  se  faire  secondairement 
dans  les  premières  années  de  la  vie  :  la  preuve  en  est  dans  la  fré¬ 
quence  beaucoup  plus  grande  de  cette  anomalie  chez  les  nour¬ 
rissons  et  les  enfants  que  chez  les'adultes,  où,  sans  être  exception¬ 
nelle,  elle  est  pourtant  beaucoup  plus  rare.  Peut-être  est-ce  aussi 
l’explication  de  la  fréquence  prédominante  de  l’invagination  iléo- 
cæcale  au  cours  de  la  première  année. 

D’ailleurs  cette  absence  de  coalescence  des  mésocôlons,  si  elle  a 
des  inconvénients,  peut  avoir  des  avantages,  et  je  n’en  veux  pour 
preuve  que  l’histoire  suivante  : 

Voici  un  mois,  on  me  présente  un  nouveau-né  âgé  de  trois 
jours  qui  n’a  pas  rendu  son  méconium.  Il  existe  un  anus  et, 
sur  2  centimètres. au-dessus,  une  amorce  ampoule  rectale  per¬ 
méable. 

Incision  transversale  précoccygienne;  je  vais  à  la  recherche  de 
l’ampoule  rectale  que  je  trouve,  que  j’incise;  elle,  est  vide;  sa 
muqueuse  est  blanche.  En  bas,  .elle  se  termine  en  cul-de-sac,  à 
2  centimètres;  en  haut,  elle  est  fermée  à  7  centimètres  de  hauteur, 
au-dessus  du  détroit  supérieur.  Je  referme  mon  incision  périnéale 
et  j’attaque  par  laparotomie  latérale  gauche.  Je  trouve  une  volu¬ 
mineuse  dilatation  intestinale  remplie  de  méconium  que  j’ouvre 
et  que  je  me  mets  en  devoir  d’aboucher  à  la  peau.  A  ce  moment, 


230 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


sous  mes  yeux,  je  vois  se  constituer,  aux  dépens  du  côlon  descen¬ 
dant,  une  invagination  qui  s’allonge  rapidement  et  ne  tarde  pas  à 
présenter  7  centimètres  de  longueur. 

Je  prévois  que  cette  invagination  ne  va  plus  laisser  à  l’enfant 
aucune  chance  de  guérison  ;  mais  je  songe  que  cette  invagination 
ne  peut  se  faire  que  grâce  à  une  absence  de  coalescence  du  méso¬ 
côlon  descendant  et  que  cette  disposition  doit  permettre  l’abais¬ 
sement  du  côlon  au  périnée. 

Rouvrant  ma  brèche  première,  je  réalise  alors  sans  peine 
rabaissement  du  côlon  descendant  par  cette  voie  abdomino-péri- 
néale. 

Le  nouveau  né  supporta  admirablement  cette  intervention. 
Le  vingt,  et  unième  jour,  sa  plaie  périnéale  était  rétrécie  des  trois 
quarts  et  je  le  considérais  comme  guéri  depuis  longtemps,  quand, 
À  ce  moment,  éclatèrent  des  accidents  d’osléo-myélite  de  l'épaule. 
L’enfant  succomba  cinq  jours  après  le  début  de  cette  complica¬ 
tion. 

M.  Penot  a  perdu  son  opéré  au  bout  de  trente-six  heures.  L'en¬ 
fant  a  succombé  avec  de  la  pâleur  et  de  l' hyperthermie.  M.  Penot 
suspecte  la  récidive  du  processus  d’invagination  et  se  demande 
anxieusement  s’il  n’aurait  pas  dû  fixer  les  segments  intestinaux 
désimvaginés. 

Je  ne  veux  pas  aborder  l’étude  des  autres  éventualités  qui  pour¬ 
raient  être  envisagées  pour  expliquer  la  mort  en  pareilles  circon¬ 
stances.  C’est  une  question  dont  j’ai  parlé  au  Congrès  de  Montréal  ; 
nous  nous  écarterions  trop  de  l’invagination  intestinale,  dont  il 
est  aujourd’hui  question. 

Je  m’en  tiendrai  à  la  question  que  pose  M.  Penot  :  faut-il  ou  non 
fixer  les  segments  intestinaux  après  désinvaginalion? 

La  réinvagination  a  été  plusieurs  fois  constatée  de  façon  indis¬ 
cutable;  le  fait  est  avéré  et  classique.  Est-ce  une  raison  suffisante 
pour  exécuter  toujours  des  manœuvres  de  fixation  ?  Je  ne  le  pense 
pas. 

J'estime  inutile  de. fixer,  quand  la  désinvagination  a  été  labo¬ 
rieuse,  quand  les  accidents  datent  de  trente-six,  quarante-huit 
heures  et  plus.  En  pareil  cas,  quand  l’intussusception  est  réduite, 
l’intestin  présente  un  aspect  dépoli  et  mat;  il  est  flasque,  atone;  il 
apparaît  à  l’évidence  que  ses  tuniques  musculaires  sont  incapables 
de  participer  à  un  mouvement  péristaltique;  souvent,  la  difficulté 
de  la  réduction  est  due  au  volume  des  ganglions  mésentériques 
dont  certains  sont  situés  dans  lé  coin  mésentérique  qui  s’engage 
dans  le  collier.  Ces  ganglions  ont  été  un  obstacle  à  la  désinvagina¬ 
tion  ;  ils  sont  aussi  un  obstacle  à  la  reproduction  de  l’invagination, 


SÉANCE  DU  7  FÉVRIER  231 


<iinsi  qu’il  est  facile  de  s’en  assurer  en  cherchant  après  réduction 
à  reproduire  l’invagination. 

En  pareil  cas  je  pense  qu’il  faut  aller  vite,  que  le  succès  de  l’in¬ 
tervention  dépend,  en  grande  partie,  de  la  rapidité  de  l’acte  opé¬ 
ratoire.  Je  pense  que  les  fixations  intestinales  ou  mésentériques 
sont  inutiles,  et  qu’il  vaut  mieux  s'en  abstenir  pour  gagner  du 
temps. 

J'estime  utile  de  fixer ,  et  je  fixe  toujours  les  invaginations  très 
récentes,  celles  des  vingt- quatre  premières  heures,  lorsque  la 
réduction  de  l’intussusception  a  été  très  facile,  lorsque  l’intestin 
remis  en  place  apparaît  lisse  et  brillant,  lorsque  l’on  constate  que 
l’invagination  peut  s’amorcer  à  nouveau  sous  l’action  très  légère 
de  la  main  poussant  vers  le  cæcum  les  derniers  centimètres  de 
l’iléon  :  c’est  cette  manœuvre  d'épreuve  qui  me  paraît  avoir  l'im¬ 
portance  fondamentale. 

Le  mode  de  fixation  qui  me  paraît  le  plus  simple,  le  plus  rapide, 
■en  même  lemps  que  très  efficace,  consiste  à  passer  deux  ou  trois 
points  sur  le  bord  externe  du  cæcum  ;  un  ou  deux  points  sur  le 
bord  convexe  de  l’iléon,  et  à  suturer  ces  fils  au  péritoine 
pariétal,  le  plus  en  arrière  possible,  sous  la  lèvre  externe  de  l’in¬ 
cision. 

L’observation  de  M.  Penot  soulève  donc  une  question  intéres¬ 
sante.  Je  vous  propose  de  le  remercier  et  de  le  féliciter  de  nous 
avoir  communiqué  courageusement  un  insuccès  chirurgical  dont 
l’étude  comporte  un  enseignement  de  toute  première  importance. 


Communication. 

Thrombophlébite  dite  «  par  effort  »  de  la  veine  axillaire.  . 
Examen  anatomo-pathologique  ( Sàbrazès ). 

par  MM.  GUYOÏY  correspondant  national  et  JEAJMiS’ENEY  (de  Bordeaux). 

L’histoire  des  phlébites  «  par  effort»  est  encore  assez  impré¬ 
cise  pour  que  les  cas  rencontrés  méritent  d’ètre  observés  avec 
soin.  Celui  que  nous  rapportons  est  intéressant  à  plusieurs  titres. 

11  s’agit  d’une  veuve  de  guerre  de  40  ans,  sans  antécédents  morbides, 
sauf  une  légère  hyperchlorhydrie  et  des  règles  très  peu  abondantes. 
En  avril  192 2,  elle  ressent,  en  soulevant  des  registres,  un  tiraillement 
dans  l’aîsselle  gauche,  mais  peut  continuer  son  travail  de  secrétaire. 
Trois  jours  après  son  membre  augmente  de  volume  et  présente  des 


232 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


marbrures  et  une  teinte  violacée.  L’œdème  ne  devient,  d’ailleurs,  jamais 
considérable;  il  disparaît  par  l’élévation  du  membre  et  augmente  dans 
la  déclivité.  Mais,  comme  les  mouvements  du  membre  sont  affaiblis  et 
alourdis  et  surtout  comme  elle  est  préoccupée  par  la  présence  dans 
l’aisselle  d'une  «  tumeur  »  de  la  grosseur  d’une  noix  apparue  avec 
l’œdème,  elle  se  décide  à  entrer  à  l’hôpital. 

A  l'examen  (22  mai  1922)  le  membre  gauche  mesure  au  pli  du  coude 
2  centimètres  de  plus  que  le  droit;  il  est  quelque  peu  cyanosé  et  l’on 
note  sur  le  moignon  de  l’épaule  et  jusque  sur  le  grand  pectoral  un 
réseau  veineux  distendu  en  tête  de  méduse.  La  palpation  montre  que 
l’œdème  est  élastique,  et  conduit  au  sommet  du  creux  axillaire,  par 
ailleurs  libre  de  ganglions,  sur  une  tumeur  du  volume  d’une  noix, 
légèrement  douloureuse  àla  pression  avec  irradiations  imprécises  vers 
le 'bras,  adhérente  au  paquet  vasculo-nerveux,  mobile  transversa¬ 
lement,  fixe  longitudinalement  et  animée  de  battements;  pas  de 
souffle.  Les  réactions  électriques  sont  normales  (Professeur  Bergonié). 
La  température  n’a  jamais  dépassé  37°1. 

L’examen  vasculaire  pratiqué  par  M.  Fabre  dans  le  laboratoire 
de  physiologie  clinique  du  professeur  Pachon  donne  les  résultats  sui¬ 
vants  :  a  Les  deux  pouls  radiaux  sont  synchrones  ;  les  courbes  osrillo- 
métriques  des  deux  poignets  sont  superposables.  Pas  de  compression 
artérielle,  augmentation  de  la  pression  veineuse.  Compression  veineuse 
probable  de  la  veine  axillaire  gauche.  Hyperviscosilé  très  marquée  : 

L’analyse  d’urine  révèle  des  traces  d’albumine.  L’examen  du  sang 
pratiqué  par  M.  Mauriac  donne  un  Bordet- Wassermann  nul,  un 
Besredka  nul,  un  Weinberg-Parvu  nul,  un  temps  de  saignement  infé¬ 
rieur  à  la  normale,  une  légère  anémie  globulaire  (4.100.000  hématies, 
6.400  leucocytes)  et  une  tendance  à  la  polynucléose  : 


Polynucléaires  neutrophiles . 82 

Lymphocytes .  8 

Gros  mononucléaires .  7 

Moyens  mononucléaires  .  . .  3 


On  élimine  une  adénite,  un  anévrisme,  pour  hésiter  entre  une  tumeur 
des  nerfs  ou  une  tumeur  ganglionnaire  primitive  comprimant  la  veine 
axillaire. 

Un  traitement  d’épreuve  n’ayant  amené  aucun  changement  on  inter¬ 
vient  le  8  juin  1922.  Anesthésie  générale  à  l’éther.  Découverte  du 
paquet  vasculaire.  La  veine  est  entourée  d’un  tissu  de  sclérose  qui  en 
rend  l'isolement  délicat.  A  la  partie  inférieure,  au  niveau  des  circon-  ' 
flexes,  on  sent  dans  la  veine  un  renflement  dur,  oblong,  du  volume 
d’une  grosse  olive.  On  pince  la  veine  au-dessus,  on  l’isole  et  on  la  résèque 
entre  deux  ligatures  jusqu’aux  limites  apparentes  de  l’oblitération. 
Hémostase.  Fermeture  sans  drainage. 

La  pièce  a  été  examinée  par  M.  le  Professeur  Sabrazès  qui  nous  a 
remis  la  note  suivante  :  «  Il  s’agit  d’une  thrombose  d’un  segment  de  la 
veine  axillaire  gauche.  Pas  de  nodules  néoplasiques  dans  l’adventice.  Il 
y  a  de  la  polynucléose  dans  les  vasa-vasorum  qui  sont  perméables.  I  a 


SÉANCE  DU  7  FÉVRIER 


233 


vascularisation  des  tuniques  est  très  marquée  jusqu’à  l'endoveine.  Le 
caillot  faisant  corps  avec  la  paroi  veineuse  est  organisé  en  tissu  fibreux 
et  partiellement  canaliculé.  11  n’y  a  pas  de  tubercules  dans  la  paroi. 
Histologiquement  il  est  impossible  de  se  rendre  un  compte  exact  de  la 
nature  de  cette  phlébite.  Les  phénomènes  d' endophlébite  caractérisés 
par  l'hyperplasie  des  cellules  conjonctives  de  l’endoveine  sont  très 
marqués.  Dans  la  paroi  on  trouve  des  pigmenlophages  et  de  petits  nids 
de  cellules  plasmatiques.  Dans  le  thrombus  en  voie  d’organisation 
fibreuse  très  avancée  on  note  la  présence  de  leucocytes  polynucléés 
de  macrophages,  et  même  d’hématomacrophages.  » 

Suites  :  normales.  La  malade  sort  un  mois  après  l’opération  avec  une 
gêne  fonctionnelle  légère  du  bras  (20  p.  100  environ). 

Le  4  décembre  1922,  l’examen  fonctionnel  fait  par  le  Dr  R.  Fabre 
donne  : 

Dynamomélrie  :  bras  droit,  26  kilogrammes;  bras  gauche,  20  kilo¬ 
grammes. 

Tension  artérielle  :  identique  aux  deux  bras;  non  modifiée  aux 
membres  inférieurs. 

Viscosité  sanguine  :  V  =  8.  Hyperviscosité  très  marquée. 

Système  vaso-moteur  :  Réflexe  vaso-moteur  à  la  température  légè¬ 
rement  exagéré. 

Réflexe  oculo-cardiaque  faiblement  inversé.  Sympathicotonie. 

M.  le  professeur  Sabrazès  a  revu  lui-même  la  malade  et  a  noté  : 

«  1»  Le  8  décembre  : 


MAIN  GAUCHE  MAIN  DROITE 


Oscillomélrie  .  . .  Max.  13 

—  Min.  9 

.  —  lo.  1/2 

Dynamométrie .  20  K. 

Hémoglobine .  67  p.  100 

Polynucléaires  neutrophiles .  72  — 

Lymphocytes .  18  — 

Monocytes .  4  — 

Mononucléaires  à  noyau  lobé.  3  — 

Éosinophiles .  0  — 

Mastzellen .  u  — 

Valeur  nucléaire  de  100  neu¬ 
trophiles  .  264 


Max.  12  1/2 
Min.  9 
lo.  2 
26  K. 

85  p.  100 
75  — 

17  — 

3  — 

0/6  — 

0,3  — 

280 


«  2°  Le  25  janvier  1923  (même  doigt  :  auriculaire). 


MAIN  GAUCHE 


Hémoglobine  .  90  p.  100 

Globules  rouges .  4  543.000 

Globules  blancs  .  .  . .  2.000 

Polynucléaires  neutrophiles  .  .  75  p.  100 

Lymphocytes . .  7  .— 

Monocytes .  4  — 

Mononucléaires  à  noyau  lobé  .  3  — 

Éosinophiles .  1  — 


234 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


«  F.n  somme  le  sang  n’accuse  pas  de  différences  très  marquées.  IE 
semble  que  la  circulation  se  soit  rétablie  par  les  voies  de  dérivation  et 
anastomoses.  » 

En  résumé,  il  s’agit  d’une  malade  ne  présenlanl  ni  tuberculose, 
ni  intoxication  chronique,  ni  troubles  hépatiques,  qui,  à  la  suite- 
d’un  effort  minime,  a  présenté  une  thrombose  localisée  de  la  veine 
axillaire.  L’excision  du  segment  veineux  a  été  simple  et  les  suites 
sont  excellentes. 

Celte  observation  nous  paraît  intéressante  tout  d’abord  par  sa 
rareté.  Il  existe  en  effet  seulement  une  vingtaine  de  cas  de  ce 
genre.  Après  la  revue  générale  de  Lenormant  (Presse  médicale, 
14  septembre  1912)  les  premières  observations  françaises  furent 
apportées  à  la  Société  de  Chirurgie  par  Iiochard,  Mouchel,  Delbet, 
Schwartz,  Routier,  Broca,  Potherat  (juin  1913);  Pellot  réunis¬ 
sait  11  observations  dans  sa  Thèse  (1913)  et  depuis  d’autres  cas  ont 
été  signalés  par  Langlet  et  Humbert  (1913),  Chutro,  Gautier  (Rev. 
méd.  de  la  Suisse  romande,  1913),  Girard  ( ibid .,  1914),  Pellot 
(Presse  médicale,  1916),  Murard  (Progrès  médical,  1918),  enfin  par 
Mocquot  pour  le  membre  inférieur,  ce  q.ui  permit  à  Lenormant 
de  mettre  définitivement  au  point  la  question  (Soc.  de  Chû\, 
10  décembre  1919). 

La  plupart  de  ces  cas  ayant  guéri  médicalement,  l’examen 
anatomo-pathologique  n’a  pas  été  fait.  Delbet  déplore  qu’un  acci¬ 
dent  de  préparation  ait  gâté  sa  pièce,  et  Schwartz  mentionne  une 
«  endophlébite  avec  thrombose  totale  du  vaisseau».  L’examen 
anatomo-pathologique  du  professeur  Sabrazès  que  nous  rappor¬ 
tons  a  donc  la  valeur  d’un  fait  exceptionnel.  Il  indique  d’une  part 
des  lésions  d’endophlébite  avec  hyperplasie  des  cellules  conjonc¬ 
tives  de  l’endo veine,  d’autre  part,  une  réaction  leucocytaire  assf  z. 
marquée,  enfin  l’organisation  du  caillot  en  voie  de  néocanali¬ 
sation. 

Le  premier  fait  traduit  la  possibilité  d’un  trauma  originel,  le 
second  celui  d’une  infection  légère  ou  simplement  d’un  travail 
de  résorption.  Ces  examens  ont  donc  une  grande  valeur  non  seule¬ 
ment  au  point  de  vue  anatomo-pathologique,  mais  aussi  au  point  de 
vue  palhogénique.  Les  thromboses  en  dehors  de  l'infection,  quoique 
rares,  sont  possibles  :  Le  Dentu  vérifia  ce  fait  après  saphénec¬ 
tomie  (Congrès  de  Chirurgie  1913)  etdes  expériences  l’ontconfirmé 
(Glénard,  Durante,  Vaquez,  Baumgarten).  Mais  il  faut  considérer, 
alors  comme  nécessaire  une  lésion  de  l'endoveine.  C’est  ici  qu'in¬ 
tervient  le  traumatisme  :  soit  direct,  soit  indirect  :  Lenormant 
émet  à  ce  sujet  l’hypothèse  d’éraillures  par  arrachement  des 
veinules  collatérales  sous  l’influence  de  contractions  musculaires 


SÉANCE  DD  7  FÉVRIER 


désordonnées  comme  celles  de  l’effort  ou  de  La  fatigue.  Or,  les  cas 
de  ce  genre  sont  rares  :  ceux  de  Mouchet  (1913),  de  Baum  (1913), 
de  Murard  (1918),  de  Mocquot  (1919)  sont  à  ce  point  de  vue  les 
seuls  indiscutables.  Dans  tous  les  autres,  l’effort  a  été  vraiment 
trop  minime  pour  être  invoqué  comme  cause  :  il  a  été  révélateur. 
Dans  les  cas  de  Broca,  de  Mocquot,  la  température  (38°)  traduit  une 
infection  latente;  dans  ceux  de  Mouchet,  Delbet,  Gautier,  lû 
syphilis  est  nettement  incriminée  ;  dans  le  nôtre  il  existe  une  poly¬ 
nucléose,  une  légère  réaction  thermique  traduisant  un  étal 
subinfectieux  :  le  léger  traumatisme  invoqué  a  pu  localiser  ici  une 
infection  latente  sur  la  veine.  Lenormant,  qui  établit  que  «  les  acci¬ 
dents  ne  relèvent  pas  toujours  de  la  même  origine»,  conseille 
encore  de  rechercher  la  viscosité  et  le  temps  de  coagulation.  Dans 
le  cas  de  Gautier  comme  dans  le  nôtre  il  y  avait  hyperviseosité. 
Encore  que  les  causes  d’erreur  dans  ces  recherches  soient  si  frc- 
quentes  qu’elles  ne  doivent  être  pratiquées  que  par  un  spécialiste, 
nous  pensons,  sous  cette  réserve,  qu’elles  offrent  un  indiscutable 
intérêt  :  elles  détiennent  la  clef  des  causes  «  diathésiques  »  invo¬ 
quées  par  quelques  auteurs.  Quant  au  spasme  vasculaire  pas¬ 
sager  (que  le  trauma  peut  déclencher  d’ailleurs),  c’est  un 
phénomène  rare  et  qui  ne  peut  être,  de  l'avis  même  de  Mocquot, 
qu’une  cause-seconde  favorisant  la  coagulation.  Nous  dirons, 
pour  nous  résumer,  que  le  traumatisme  peut  faire  la  thrombose 
surtout  chez  les  prédisposés,  mais  que  souvent  il  favorise  la  loca¬ 
lisation  sur  la  veine  d'une  infection  latente  :  la  vieille  doctrine  de 
Cruveilhier  nous  paraît  rester  vraie  dans  la  majorité  des  cas. 

Le  diagnostic  peut  être  délicat  puisque  ce  ne  sont  pas  des  signes 
de  phlegmatia  alba  dolens  que  présentent  les  malades.  On  pensera 
à  la  «  phlébite  par  effort  »,  —  avec  les  réserves  que  comporte 
cette  appellation,  —  lorsque  l’on  constatera,  du  côté  droit  le  plus 
souvent,  un  œdème  dur,  violacé,  avec  circulation  collatérale,  pré¬ 
sence  d’un  cordon  sensible  dans  l’aisselle  et  impotence  fonction¬ 
nelle  relative  du  membre,  sans  signes  généraux.  Mais  il  y  a  des 
formes  atténuées  siégeant  à  gauche,  dans  lesquelles  on  pensera  à 
une  simple  compression  veineuse  par  adénite  (Schwartz),  ané¬ 
vrisme  (Delbet),  gomme  musculaire  (Routier).  Ces  formes  atténuées 
sont  attribuables  soit  à  une  oblitération  incomplète,  soit  à 
l’existence  d’üne  veine  artérielle  double,  comme  les  anatomistes 
en  ont  observé  (Picqué). 

Nous  pensons  avec  Lenormant  qu’une  fois. le  diagnostic  posé,. 
il  est  préférable  d’appliquer  un  traitement  médical  (repos,  com¬ 
pression,  suspension),  puisque  l’examen  histologique  nous  a 
montré  que  la  veine  pouvait  redevenir  perméable. 

Cependant,  si  à  cause  d’une  hésitation  diagnostique  on  avait  dû 


236 


SOCIÉTÉ  DE  CRIRURGIÉ 


découvrir  la  veine,  la  question  se  pose  de  savoir  s’il  faut  ou  non 
la  réséquer.  Car  la  phlébotomie  idéale  avec  ablation  du  caillot  ne 
doit  pas  être  tentée  (Schepelmann  a  provoqué  ainsi  une  embolie 
tardive).  Il  peut  être,  en  effet,  légitime  d’enlever  le  segment  obli¬ 
téré  s’il  est  localisé  :  Delbet,  Schwartz  et  nous-mêmes  l’avons 
fait  avec  d’excellents  résultats.  Cette  intervention  rend  possible 
une  mobilisation  plus  précoce  du  membre,  et  ceci  permettrait  sans 
doute  d’éviter  les  troubles  fonctionnels  graves  et  tenaces  (Heinicke, 
4  ans)  si  importants  au  point  de  vue  médico-légal  dont  se  plaignent 
ces  malades  (voir  Lenormanl).  L’oblitération  pourrait  bien  être 
aussi  le  point  de  départ  de  troubles  de  l'innervation  sympathique 
du  membre  analogues  à  ceux  que  Leriche  fit  disparaître  en  résé¬ 
quant  des  segments  artériels  oblitérés  :  la  phlébectomie  agirait 
encore  peut-être  ainsi  ;  mais  ce  n’est  là  qu’une  pure  hypothèse 
que  la  recherche  précoce  des  réflexes  vaso-moteurs  et  de  la  circu¬ 
lation  veineuse  de  ces  sujets  permettrait  d’élucider  (1). 


Présentations  de  malades. 

Ostéomyélites  traitées  par  vaccination, 
par  M.  TOURNEUX. 

M.  Grégoire,  rapporteur. 


Ostéite  typhique  du  radius , 
par  M.  MARTIN. 

M.  Hallopeau,  rapporteur. 


Présentations  de  radiographies. 

Radiographies  de  9  cas  d'ostéosynthèse  pour  fracture  du  fémur , 
par  M.  CH.  DUJ'ARIER.  f 

Puisque  nous  possédons  un  appareil  de  projection,  je  vous 
demande  la  permission  de  faire  défiler  sous  vos  yeux  mes  9  der¬ 
niers  cas  d’ostéosynthèse  pour  fracture  du  fémur. 

(1)  Dana  notre  cas,  les  réflexes  vaso-moteurs  à  là  température  étaient 
exagérés  six  mois  après  la  phlébectomie.  (Fabre). 


SÉANCE  DU  7  FÉVRIER 


237 


1°  P...,  dix  ans,  fracture  oblique  du  tiers  inférieur.  Réduction 
idéale  par  triple  cerclage  (21  mai  1921).  Sort  le  24  juin  1921  mar¬ 
chant.  bien  la;  flexion  atteint  l’angle  droit. 

2°  M.  M...,  fracture  spyroïde  au  tiers  inférieur.  Réduction 
idéale,  triple  cerclage  au  fil  de  cuivre,  24  mai  1921.  Ablation  des 
cercles  le  19  juillet.  Sort  avec  démarche  défectueuse. 

3°  B.,.,  trente-deux  ans.  Fracture  au  tiers  moyen  avec  fragment 
intermédiaire.  Plaque  de  Shermann  à  6  vis,  13  septembre  1921. 
Ponction  d’une  volumineuse  hydarthrose.  Sort  le  21  novembre. 
Marche  bonne. 

4°  M...,  quinze  ans.  Réduction  difficile  à  cause  de  l’irrégularité 
du  trait  de  fracture.  Plaque  à  6  vis,  11  octobre  1921.  Revu  en 
janvier  1922,  très  bon  résultat. 

5°.Pet...,  vingt-trois  ans.  Fracture  sous-trochantérienne  trans¬ 
versale.  Opération  22  juillet  1922.  Tracteur  de  Lambotte,  réduc¬ 
tion  parfaite.  Fixation  par  plaque  modelée  sur  fémur.  Revu  en 
janvier  1923.  Très  bon  résultat  :  flexion  normale. 

6°  F...,  trente-six  ans,  opéré  le  12  octobre  1922,  bonne  réduc¬ 
tion.  Plaque  à  6  vis.  Pas  d’immobilisation.  Revu  le  5  février  1923. 
La  flexion  ne  dépasse  pas  l’angle  droit.  Boite  en  marchant. 
Atrophie  de  2  centimètres. 

7°  D...,  vingt-six  ans,  opéré  le  17  octobre  1922,  réduction  par¬ 
faite.  Plaque  à6  vis.  Pas  d’immobilisation.  Sort  le  23  décembre  1922. 
Revu  le  3  février  1923.  Excellent  résultat. 

8°  L...,  soixante-dix-neuf  ans.  Fracture  sous-trochantérienne 
très  oblique,  opérée  le  12  décembre  1922.  Réduction  parfaite. 
Fixation  par  4  cercles  de  Putti.  Pas  d’immobilisation.  Ne  s’est  pas 
encore  levée.  Très  bons  mouvements  de  la  jambe. 

9°  C...,  27  ans.  Fracture  en  T  de  l’extrémité  inférieure  du 
fémur.  Opération  le  28  janvier  1923,  suivantla  technique  d’Alglave 
avec  section  de  la  rotule.  Réduction  parfaite  fixée  par  2  vis  de 
Lambotte  transcondyliennes,  un  cercle  de  Putti  et  une  plaque 
vissée  en  H.  Pas  d’immobilisation.  Le  blessé  commence  les  mou¬ 
vements. 

Des  projections  accompagnent  la  présentation  de  M.  Dujarier. 

M.  Auvray.  —  J’ai  fait  opérer  dans  mon  service  cette  semaine 
par  M.  Masmonteilun  cas  absolument  comparable  à  celui  de  frac¬ 
ture  en  T  de  l’extrémité  inférieure  du  fémur  que  vient  de  nous 
présenter  Dujarier.  Masmonteil  avait  assisté  du  reste  à  l’opéra¬ 
tion  de  Dujarier.  Pour  la.  réduction  de  la  fracture,  nous  nous 
sommes  servis  du  tracteur  de  Masmonteil.  Comme  voie  d’accès  sur 
la  fracture,  nous  avons  adopté  la  voie  transrotulienne  qui  a  donné 


238 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


un  jeu  énorme.  La  réduction  a  pu  être  faite  avec  une  précision 
remarquable  comme  dans  le  cas  de  Dujarier;  comme  lui,  Mas- 
monteil  a  vissé  transversalement  les  deux  condyles  du  fémur; 
comme  lui,  il  a  fixé  les  fragments  par  une  lame  de  Parham  et  par 
une  plaque  moulée  en  I  fixée  par  des  vis.  Je  vous  montrerai  la 
malade  lorsque  nous  pourrons  juger  ultérieurement  du  résultat 
obtenu,  mais  la  réduction  immédiate  a  été  parfaite. 

J’ajoute  que  pour  assurer  la  réduction  sanglante  des  fractures 
du  fémur,  je  me  sers  toujours,  pendant  l’opération,  de  l’appareil 
à  traction  de  Masmonteil  que  j’ai  adopté  dans  mon  service,  même 
lorsqu’il  s’agit  de  fractures  récentes,  et  cela  dans  le  but  d’exercer 
le  minimum  d’efforts  et  de  manœuvres  pénibles  au  cours  de  la 
réduction.  Je  considère  ce  tracteur  comme  susceptible  de  rendre 
de  grands  services,  même  dans  la  réduction  des  fractures  récentes. 

Après  l’opération,  j’immobilise  mes  fractures  du  fémur  dans  un 
appareil  plâtré,  parce  que  j’ai  vu  dans  un  cas  où  je  m’étais 
contenté  de  mettre  le  membre  opéré  sur  une  attelle  de  Boeckel, 
une  inflexion  progressive  de  la  fracture  et  de  la  plaque  qui  fixait 
les  fragments,  qui  m’a  obligé  à  une  réintervenlion.  Je  crois  cette 
immobilisation  dans  un  appareil  plâtré  très  utile. 


Radiographies  de  face  et  de  profil  du  bassinet, 
par  MM.  PIERRE  DUVAL  et  HENRI  BÉCLÈRE. 

Nous  présentons  des  radiographies  de  face  et  de  profil  de  bas¬ 
sinets  et  calices  rénaux  injectés  au  bromure  de  sodium,  puis  une 
radiographie  de  profil  de  calcul  rénal  obtenu  sans  emphysème 
périrénal. 

M.  Fey,  prosecteur,  doit  faire  un  travail  sur  ce  sujet. 

Des  projections  accompagnent  la  présentation  de  MM.  Pierre 
Duval  et  Henri  Béelère. 

M.  Proust.  —  Les  très  remarquables  radiographies  que  nous 
présente  mon  ami  Pierre  Duval  montrent  de  façon  évidente  que 
l’image  de  profil,  quand  elle  peut  être  obtenue  pour  un  calcul  du 
rein,  permet,  grâce  à  la  situation  très  postérieure  de  la  tache,  de 
faire  parfaitement  le  diagnostic  différentiel  avec  un  calcul  des 
voies  biliaires.  Mais  si  une  image  ainsi  obtenue  est  très  intéres¬ 
sante  au  point  de  vue  du  diagnostic  différentiel,  il  faut  noter  que, 
l’image  du  rein  se  superposant  exactement  à  celle  de  la  colonne 
vertébrale,  ces  radiographies  ne  permettent  pas  d’étudier  suffi- 


SÉANCE  DU  7  FÉVRIER 


239 


samment  les  détails  qu’il  y  aurait  lieu  de  rechercher.  Pour  avoir 
une  bonne  vue  de  profil  du  rein,  il  est  indispensable  de  faire  une 
insufflation  périrénale  qui  repousse  le  rein  en  avant.  Mon  ami 
Bazy  vous  en  a  montré  un  très  bel  exemple  il  y  a  huit  jours. 

M.  Michon.  —  Il  est  évident  que  les  calculs  rénaux  sont  souvent 
beaucoup  plus  opaques  aux  rayons  X  que  les  calculs  biliaires . 
Mais  il  est  des  calculs  urinaires  qui  peuvent  être  très  pâles. 

Les  radiographies  de  profil  de  calcul  du  rein,  présentées  par 
M.  Duval,  sont  d’un  grand  intérêt  pour  préciser  le  diagnostic  et 
éliminer  rein  ou  vésicule.  Récemment  encore  chez  une  malade 
ayant  un  calcul  les  radiographies,  faites  ventre  ou  dos  sur  la 
plaque,  avec  ou  sans  insufflation  du  côlon,  laissaient  une  incerti¬ 
tude  sur  la  localisation.  Si  une  radiographie  de  profil  avait  été 
réussie,  la  précision  aurait  été  obtenue  ;  au  lieu  que  j’ai  dû  avoir 
recours  à  une  pyélographie,  plus  complexe  et  plus  pénible  pour 
la  malade.  Cette  pyélographie  a  d’ailleurs  montré  que  le  calcul 
occupait  la  partie  supérieure  de  l’uretère. 


Vote  sur  la  candidature  à  l’honorariat 
de  M.  Sebileau. 


Ont  voté  oui .  4§  voix. 

Bulletins  blancs .  2 


En  conséquence,  M.  Sebileau  est  nommé  membre  honoraire. 


Election 

d’un  membre  titulaire. 


MM.  Sauvé .  47  voix. 

Küss .  1  voix. 

M.  le  Président.  —  M.  Sauvé  ayant  obtenu  la  majorité  des 
suffrages  exprimés  est  nommé  membre  titulaire  de  la  Société 


nationale  de  Chirurgie. 


Le  Secrétaire  annuel, 
M.  Ombrédanne. 


Paris.  —  L.  Ma 


SÉANCE  DU  14  FÉVRIER  1923 


Présidence  de  M.  Mauclaire. 


Procès-verbal. 

La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  mise 
aux  voix  et  adoptée. 


Correspondance. 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  de  la  semaine. 

2°.  —  Une  lettre  de  M.  Sauvé  remerciant  la  Société  de  l’avoir 
élu  membre  titulaire. 


A  propos  de  la  correspondance. 

1°.  —  Un  travail  de  M.  le  Dr  Robertson-Lavalle,  professeur 
agrégé  à  la  Faculté  de  Buenos  Aires,  intitulé  :  L'emploi  de  greffons 
ostéo-périostés  dans  le  traitement  des  osléa-arlhrites  tuberculeuses 
du  genou  chez  l'enfant. 

M.  Auvray,  rapporteur. 

2°.  —  Une  note  de  M.  le  Dr  Delessus,  de  la  Faculté  libre  de 
Lille,  intitulée  :  Désarticulation  de  la  hanche  e,t  position  de  Tren- 
delenburg. 

il.  Savariaud,  rapporteur. 


M.  le  Président  annonce  que  MM.  Clérkt  (de  Cliarnbéi  v)  et 
Chauvel  (de  Quimper),  membres  correspondant,  assistent  à  la 
séance. 


1923.  —  N»  6. 


18 


242 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


A  propos  du  procès-verbal. 

Épithélioma  du  col  de  l'utérus. 

J&L  E.  Potuerat.  —  Dans  la  dernière  séance,  noire  collègue 
Robineau  a  rapporté  l’observation  d’un  épithélioma  du  col  traité 
pafele  radium  et  demeuré  guéri  pendant  douze  ans.  J’ai  moi-même 
observé  et  suivi  Une  malade  atteinte  d’épithélioma  du  col  qui  est 
à  rapprocher  du  cas  de  Robineau.  Quand  je  la. vis  pour  la 
première  fois,  je  répondis  au  mari,  qui  me  demandait  ce  que 
je  pensais  du  sort  de  sa  femme,  qu’en  mettant  les  choses  au 
mieux,  sa  survie  serait  de  six  mois  environ,  que  toutefois  une 
intervention  purement  palliative,  un  curettage  en  l’espèce,  en 
faisant  disparaître  les  hémorragies  améliorerait  sa  triste  condi¬ 
tion.  Acceptée,  l’opération  fut  pratiquée  :  elle  consista  en  un 
curettage  aussi  complet  que  possible  qui  enleva  les  végétations 
qui  remplissaient  le  vagin,  suivi  d’une  cautérisation  ignée  du  col. 

J’avais  perdu  cette  malade  de  vue,  quand,  exactement  dix  ans 
plus  tard,  elle  me  rappela  pour  des  accidents  d’hémorragies 
rebelles  considérables.  De  nouvelles  végétations  remplissaient  le 
vagin.  Le  mari  n’a  pu  cette  fois  m’interroger.  Il  était  mort.  Je 
pratiquai  une  nouvelle  intervention  toute  semblable  à  la  précé¬ 
dente,  elle  donna  un  résultat  aussi  satisfaisant,  c’est-à-dire  les 
apparences  d’une  guérison.  Ce  n’était  cette  fois  encore  que  des 
apparences  vaines,  car  la  malade  succomba  à  une  récidive  plus  de 
.quatre  années  plus  tard. 

Elle  avait  donc  survécu  quatorze  ans  au  moins  à  une  interven¬ 
tion  pour  cancer  végétant  du  col.  Je  souhaite  que  la  malade  de 
Robineau  atteigne  cette  survie  prolongée  et  même  la  dépasse. 

Ces  faits  sont  tout  à  fait  exceptionnels,  je  l’accorde  et  il  serait 
imprudent  d’en  tirer  une  conclusion  en  faveur  du  traitement 
employé. 

11  faut  faire  remarquer  que  ces  cas  favorables  à  des  traitements 
peut-être  comparables  mais  dissemblables  tout  de  même  sont  des 
cas  de  cancer  épithélial  caractérisé  surtout  par  des  végétations. 
C'est  dans  des  cas  de  cette  nature  que  j’ai  vu,  à  de  nombreux 
■exemplaires,  l’abrasion  à  la  curette  tranchante  suivie  de  la  cauté¬ 
risation  ignée,  sans  ablation  du  corps  même  de  l’utérus  amener 
une  guérison  apparente  qui  s’est  maintenue  cinq,  six,  sept  et 
huit  ans,  chez  des  femmes  à  qui  leur  âge  ou  quelque  aulre  com¬ 
plication  ne  me  permettaient  pas  d’appliquer  une  exérèse  plus 
étendue. 


SÉANCE  DU  14  FÉVRIER 


2-43 


Epithélioma  du  col  utérin  inopérable.  Curettage  et  radium. 

Guérison  de  plus  de  dix  ans. 

MM.  Savariaud  et  Degrais.  —  Dans  notre  dernière  séance,  mon 
ami  Robineau  nous  ayant  cité  un  cas  de  cancer  du  col  inopérable 
traité  par  . le  radium  et  se  maintenant  guéri  depuis  onze  ans,  je 
vous  avais  promis  de  vous  apporter  une  observation  analogue. 
La  voici  : 

Mme  Yvern...  m’est  adressée  en  juillet  1912  par  mon  ami  le 
Dr  Bouillat.  Il  s’agit  d’un  épithélioma  en  surface  du  museau  de  tanche 
et  de  l’extrémité  supérieure  du  vagin  dont  le  début'apparent  remonte 
à  six  mois. 

Je  juge  Thystérectimie  contre-indiquée  et  jë  conseille  un  curage  des 
bourgeons  cancéreux  avec  application  de  radium. 

L’opération  confirme  le  diagnostic.  Le  col  est  à  peu  près  complète¬ 
ment  détruit.  Dans  la  cavité  qui  résulte  de  son  évidement  on  place 
60  milligrammes  de  bromure  de  radium  en  6  tubes  d’une  paroi  de 
S/10  de  millimètre  de  platine,  filtre  de  1  millimètre  d’argent  et  1  cen¬ 
timètre  de  gaze.  Le  radium  est  laissé  en  place  quarante-huit  heures. 

Huit  jours  après,  nouvelle  application.  Même  dose,  mais  pendant 
vingt-quatre  heures  seulement. 

Comme  suite,  vive  réaction  inflammatoire,  érythème. 

Le  24v  septembre,  troisième  application  pendant  quarante-huit 
heures.  Il  reste  au  fond  du  vagin  un  morceau  du  col  qui  est  souple. 
Presque  tout  le  vagin  est  épidermisé,  sauf  un  point  tout  à  fait  au  fond, 
à  partir  de  cette  date  plus  aucune  sorte  de  traitement. 

Depuis  cette  époque,  j’ai  eu  plusieurs  fois  des  nouvelles  de  la 
malade  qui  continue  à  jouir  d’une  santé  excellente. 

Les  observations  comme  celle  de  Robineau  et  la  mienne  sont 
rares,  dira-t-OD.  Ceci  est  malheureusement  exact.  Toutefois,  j’ai 
observé  une  autre  malade  opérée  en  même  temps  que  la  précé¬ 
dente  et  qui  pendant  quatre  ans  m’a  donné  l’illusion  d’une  gué¬ 
rison  complète.  A.u  bout  de  ce  temps,  elle  a  présenté  des  signes 
de  compression  des  vaisseaux  iliaques  par  une  tumeur  manifes¬ 
tement  ganglionnaire.  La  proposition  que  je  lui  fis  d’introduire 
directement  du  radium  dans  la  masse  ne  fut  pas  agréée  et  cette 
malade  finit  par  succomber  aux  progrès  de  la  récidive  gan¬ 
glionnaire. 

Toutefois,  fait  remarquable,  à  mon  avis,  à  aucun  moment,  la 
cicalrice  vaginale  ne  présenta  la  moindre  récidive,  et  cependant 
ici  encore  il  s’agissait  d’un  épithélioma  du  col  qui  avait  été,  de 
ma  part,  l’objet  d’une  tentative  infructueuse  par  voie  périnéo- 
v;iginale  et.  pour  lequel  j’avais  dû  me  contenter  d’une  ablation 


244 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


tout  à  fait  incomplète  du  col  utérin  pratiquée  par  évidement  et 
par  morcellement.  Dans  ce  cas,  encore,  M.  Degrais  voulut  bien 
me  servir  de  collaborateur  et  les  doses  furent,  je  crois,  les  mêmes 
que  dans  le  cas  précédent,  la  première  application  ayant  eu 
lieu  huit  jours  après  l’opération  et  la  troisième  deux  mois  après. 

Celte  absence  de  récidive  locale  jusqu’à  la  fin  m’a  paru  très 
remarquable  et  longtemps  j’ai  cru  que,  dans  ce  cas,  l’ablation  des 
ganglions  avec  ou  sans  hystérectomie  concomitante  aurait  proba¬ 
blement  mis  cette  malade  à  l’abri  de  la  récidive. 

Actuellement,  je  pense  que  mieux  que  le  chirurgien,  et  avec 
moins  de  danger  surtout,  la  radiothérapie  profonde  aurait  pu 
prévenir  la  récidive  ganglionnaire  et  assurer  une  guérison  radi¬ 
cale.  Je  dois  reconnaître  toutefois  qu’il  s’agit  là  seulement  d’une 
probabilité.  Mais  tel  qu’il  est,  ce  second  cas  m’a  paru  digne  de 
figurer  à  côté  du  premier  et  il  montre  que  joint  à  l’évidement 
ou  à  la  suppression  du  col  dégénéré,  le  traitement  par  le 
radium  est  susceptible  de  donner  dans  des  cas  en  apparence 
désespérés  des  résultats  absolument  remarquables. 


Rapports. 

Luxation  ancienne  et  irréductible  de  l'articulation 
scaphoïdo-cunéenne, 

avec  fracture  de  la  grande  apophyse  du  calcanéum. 

Réduction  sanglante ,  arthrodèse  et  suture  osseuse, 

par  M.  le  Dr  Louis  Courty  (de  Lille). 

Rapport  de  M.  ALBERT  MOUCHET. 

M.  Louis  Courty  (de  Lille)  nous  a  adressé  récemment  l’obser¬ 
vation  d’un  traumatisme  rare  du  pied  :  une  luxation  en  dedans  du 
scaphoïde  tarsien  avec  fracture  de  la  grande  apophyse  du  cal¬ 
canéum. 

M.  André  Boeckel,  qui  a  rassemblé  dans  un  important  mémoire 
de  la  Revue  de  Chirurgie,  en  1910,  toutes  les  observations  connues 
jusqu’alors  de  déplacements  traumatiques  du  scaphoïde  tarsien,, 
n’en  trouve  que  51  réparties  en  3  classes  :  luxations  astragalo- 
scaphoïdiennes,  18  cas;  luxations  scapho-cunéennes,  16  cas; 
luxations  doubles  (énucléation),  17  cas. 

Deslot,  dans  son  livre  si  documenté  sur  les  Traumatismes  du 
pied,  cite  deux  faits  personnels  de  luxation  double  du  seaphoïder 
mais  il  n’a  pas  observé  de  luxation  scaphoïdo-cunéenne. 


SÉANCE  DU  14  FÉVRIER 


245 


M.  Courty  n’a  trouvé  aucun  cas  nouveau  depuis  le  travail 
d’André  Boeckel.  Aussi  son  observation  actuelle  nous  paraît-elle 
présenter  quelque  intérêt.  La  voici  telle  que  nous  la  transmet 
M.  Courty  : 

Victor  L...,  trente  ans,  traversait  une  rue,  le  20  septembre  1921, 
lorsqu’il  fut  renversé  par  une  automobile  qui  le  heurta  à  l’épaule 
gauche  et  le  projeta  à  terre;  une  roue  du  véhicule  lui  passa  sur  le  pied 
adroit.  Il  ressentit  aussitôt  une  très  violente  douleur  dans  ce  pied  et  ne 
*put  se  relever. 

On  le  transporta  chez  un  médecin  qui  constata  un  gonflement  énorme 


de  tout  le  pied  intéressé,  mais  prédominant  au  niveau  du  tarse,  avec 
■ecchymoses.  Il  n’y  avait  aucune  plaie  des  parties  molles. 

Le  blessé  fut  traité  par  l’immobilisation  et  les  bains  chauds. 

Je  suis  appelé  à  le  voir  le  27  octobre  1921,  environ  cinq  semaines 
après  l’accident  :  l’œdème  et  les  ecchymoses  avaient  disparu,  mais  je 
pus  faire  les  constatations  suivantes  : 

Le  pied  droit  est  en  valgus  :  l’axe  de  l’avant-pied  n’est  plus  dans  le 
prolongement  de  celui  de  l’arrière-pied;  d’autre  part,  la  voûte  plantaire 
est  complètement  affaissée. 

Il  y  a,  sur  le  bord  interne  du  pied,  une  saillie  osseuse  située  à 
environ  2  centimètres  en  avant  et  au-dessous  de  la  pointe  de  la  mal¬ 
léole  interne,  à  la  place  occupée  normalement  par  la  tubérosité  du 
scaphoïde.  A  son  niveau,  la  palpation  réveille  une  douleur  assez  vive. 

A  noter,  d’autre  part,  un  élargissement  très  sensible  du  diamètre 
transversal  de  la  plante  du  pied. 

Rien  d’anormal  au  niveau  de  l’articulation  tibio:tarsienne. 


246 


SOCIÉTÉ  DE-  CHIRURGIE 


Au  point  de  vue  fonctionnel,'  le  malade  déclare  ne  pas  pouvoir 
s’appuyer  sur  le  pied  traumatisé,  car  il  ressent  aussitôt  des  douleurs 
intolérables  qui  l’obligent  à  s’arrêter  dès  qu’il  a  fait  quelques  pas.  11 
déclare  son  pied  inutilisable  et  il  trouve  que  la  déformation  s'accentue 
depuis  qu’il  a  essayé  de  marcher  un  peu. 

En  définitive  :  Pied  plat  valgus  douloureux  traumatique,  avec  saillie 
osseuse  anormale  au  niveau  du  scaphoïde. 

La  radiographie  révéla  les  lésions  suivantes  : 

1°  Vue  dorso-plantaire.  —  Luxation  dans  l’interligne  scaphoïdo- 
cunéen  (l’avant-pied  étant  déplacé  en  dehors  et  l’arrière-pied  en 
dedans),  de  telle  sorte  que  la  face  antérieure  du  scaphoïde  déplacée  en 


dedans  n’a  plus  aucun  rapport  avec  le  1er  cunéiforme.  Le  calcanéum  a 
conservé  ses' rapports  normaux  avec  l’astragale,  car  il  a  pu  suivre  le 
mouvement  en  dedans  du  bloc  astragalo-scaphoïdien,  grâce  à  une  frac¬ 
ture  de  la  grande  apophyse  du  calcanéum  (plus  visible  sur  la  vue  de 
profil); 

2°  Vue  de  profil.  —  On  voit  nettement  une  fracture  de  la  grande 
apophyse  du  calcanéum  ayant  entraîné  une  rupture  de  la  voûte  plan¬ 
taire,  avec  abaissement  du  scaphoïde. 

En  résumé  :  Luxation  scaphoïdo-cunéenne  ,en  dedans ,  avec  fracture  de 
la  grande  apophyse  du  calcanéum. 

La  luxation  étant  ancienne  et  irréductible,  je  propose  au  malade  une 
intervention  sanglante  qu’il  accepte  d’ailleurs  volontiers. 

Mais,  pour  des  raisons  indépendantes  de  ma  volonté,  elle  ne  peut 
avoir  lieu  que  le  25  février  1922,  cinq  mois  après  l’accident. 

A  ce  moment-là,  le  blessé,  tout  à  fait  impotent,  déclare  qu’il  ne  peut 
se  servir  de  son  pied. 


SÉANCE  DU  14  FÉVRIER 


247 


Intervention.  —  Anesthésie  générale  (chloroforme).  Vaines  tentatives 
de  réduction. 

Incision  de  10  centimètres  sur  le  bord  interne  du  pied  (du  côté  de  la 
face  dorsale)  au  niveau  de  la  saillie  du  scaphoïde;  libération  des  adhé¬ 
rences  fibreuses;  une  nouvelle  tentative  de  réduction,  à  ciel  ouvert, 
reste  sans  effet  pour  deux  raisons  : 

1°  le  3e  cunéiforme,  légèrement  déplacé  en  arrière,  bloque  le  sca¬ 


phoïde  ;  2°  la  fracture  de  la  grande  apophyse  est  consolidée  en  déviation 
latérale. 

Je  fais  une  incision  dorsale  dans  le  prolongement  du  38  métatarsien, 


je  découvre  le  3e  cunéiforme  et  je  résèque  sa  partie  postérieure;  puis, 
je  refracture  la  grande  apophyse  du  calcanéum. 

Cette  fois,  la  réduction  est  possible,  mais  la  luxation  se  reproduit 
dès  qu’on  lâche  le  pied.  Je  passe  deux  fils  d’argent,  unissant  le  sca¬ 
phoïde  au  Ier  cunéiforme  :  la  réduction  se  maintient  alors  :  un  til 
d’argent  s’étant  cassé  est  remplacé  par  deux  crins. 

Ablation  du  cartilage  de  la  face  antérieure  du  scaphoïde  et  de  la  face 
postérieure  des  cunéiformes. 

Suture  des  parties  molles  et  application  immédiate  d’un  appareil 
plâtré,  en  ayant  soin  de  bien  modeler  la  voûte  plantaire.  Radio  sur 
plâtre.  Réduction  suffisante.  Réunion  per  primam. 


248  SOCIÉTÉ  DE  CHIRUKGIE  • 


Le  plâtre  est  enlevé  au  bout  de  trois  semaines,  la  réduction  s’est 
maintenue,  le  pied  est  en  bonne  position,  il  n'y  a  pas  de  déplacement 
en  valgus,  ni  de  saillie  sur  le  bord  interne  du  pied  :  la  voûte  plantaire 
est  assez  bien  dessinée. 

Le  ma'ade  commencé  à  marcher  au  bout  d'un  mois. 

Revu  le  10  juillet  1922,  quatre  mois  et  demi  après  l’intervention,  le 
malade  se  déclare  très  amélioré  ;  au  point  de  vue  fonctionnel,  il  marche 
assez  facilement  (légère  boiterie);  il  n’y  a  plus  trace  de  valgus,  mais  la 
voûte  plantaire  s’est  légèrement  affaissée. 

Une  nouvelle  radiographie  pratiquée  à  ce  moment-là  montre  que  la 
réduction  est  assez  bonne,  bien  que  le  fil  d’argent  semble  s’être  déplacé. 

Il  s'agissait  donc  ici  d’une  luxation  scaphoïdo-cunéenne  en 
dedans  par  action  directe  :  il  y  a  eu,  en  effet,  dans  l’observation, 
écrasement  du  pied  par  une  roue  d’automobile.  C’est  d’ailleurs, 
semble-t-il,  le  mécanisme  le  plus  fréquent  de  cette  lésion  si  rare. 

Nous  rappelons  que  cette  luxation  était  accompagnée  d’une 
fracture  de  la  grande  apophyse  du  calcanéum ,  détail  qui  a  son 
importance,  car  lorsque  le  bloc  astragalo-scaphoïdien  subit  un 
déplacement  notable  par  rapport  à  l’avant-pied,  le  calcanéum  peut 
suivre  le  mouvement  ou  rester  en  place. 

S’il  reste  en  place,  l’astragale  ne  peut  effectuer  son  mouvement 
■de  rotation  au-dessus  de  lui  que  si  les  ligaments  astragalo-calca- 
néens  sont  rompus  :  il  y  a  alors  luxation  sous-astragalienne  en 
même  temps  que  scaphoïdo-cunéenne. 

C’est  ce  qu’a  démontré,  en  1897,  M.  Quénu,  à  propos  d’un  cas 
personnel;  il  avait  attiré  l’attention  de  la  Société  de  Chirurgie  sur 
la  fréquence  de  la  luxation  sous-astragalienne,  dans  les  luxations 
anté-scaphoïdiennes  du  pied.  Il  disait  :  «  La  conservation  des 
connexions  astragalo-scaphoïdiennes,  d’une  part,  et,  d’autre  part, 
le  déplacement  de  l’astragale  sur  le  calcanéum,  semblent  bien 
indiquer  que  toutes  ces  luxations  sous-scaphoïdiennes  sont  des 
luxations  sous-astragaliennes  particulières  et  qu’elles  se  pro¬ 
duisent  par  un  mécanisme  analogue.  » 

Cette  hypothèse  se  vérifie  peut-être  dans  la  majorité  des  cas, 
mais  dans  l’observation  de  M.  Courty  les  rapports  astragalo- 
calcanéens  étaient  restés  normaux,  les  ligaments  unissant  l’astra¬ 
gale  au  calcanéum  devaient  être  intacts;  le  calcanéum  avait  donc 
suivi  le  bloc  astragalo-scaphoïdien  dans  son  déplacement  en 
dedans  et  ce  mouvement  avait  été  rendu  possible,  parce  quil  y  - 
avait  fracture  de  la  grande  apophyse  du  calcanéum. 

Voilà  donc  un  exemple  de  luxation  anté-scaphoïdienne  sans 
luxation  sous-astragalienne. 

Dans  le  cas  de  Demoulin,  à  la  Société  de  Chirurgie,  en  1903,  il 
n’y  avait  pas  non  plus  luxation  sous-astragalienne;  le  bloc 


SÉANCE  DU  14  FÉVRIER 


249 


rscaphoïde-aslragale-calcanéum  s’ôtait  déplacé  en  masse,  grâce  à 
une  luxation  calcanéo-cuboïdienne  qui  avait  permis  au  calcanéum 
de  suivre  le  déplacement  de  l’astragale. 

On  peut  donc  dire  que  tout  déplacement  important  dans 
l'interligne  scapho-cunéen  ne  peut  se  produire  que  grâce  à  la 
concomitance  d’une  des  trois  lésions  suivantes  : 

1°  Luxation  sous-astragalienne;  2°  fracture  de  1^  grande  apo¬ 
physe  du  calcanéum;  ou  3°  luxation  calcanéo-cuboïdienne,  à 
moins  qu’il  ne  s’agisse  d’une  énucléation  du  scaphoïde  que  nous 
•n’envisageons  pas  ici. 

Dans  le  premier  cas,  le  calcanéum  reste  en  place,  l’astragale  se 
■déplace  au-dessus  de  lui;  dans  les  deux  autres  cas,  il  suit  le  mou¬ 
vement  du  bloc  astragale-scaphoïde. 

Les  luxations  scaphoïdo-cunéennes  peuvent  se  produire  dans 
quatre  sens  différents  :  en  haut,  en  bas,  en  dedans,  au  dehors. 

Sur  les  17  observations  connues,  en  comptant  celle  de  M.  Courty, 
13  seulement  sont  explicites  à  ce  sujet.  On  compte  :  6  luxations  en 
haut  (Legouest,  Schmitt,  Armstrong,  Erichsen,  Garland,  Loiso’n)  ; 
.2  en  bas  (Riégner,  Bertherand);  3  en  dedans  (Rizzoli,  Quénu, 
■Courty);  2  en  dehors  (Burnett,  Demoulin).  La  luxation  en  haut 
paraît  donc  la  plus  fréquente. 

On  conçoit  facilement  l’influence  que  le  sens  de  ce  déplacement 
peut  avoir  sur  l’aspect  clinique  du  pied  traumatisé  et  sur  le  pro¬ 
nostic  fonctionnel. 

Dans  la  luxation  en  haut,  le  scaphoïde  fait  saillie  sous  les  parties 
molles  de  la  région  dorsale  du  pied  et  il  y  a  généralement  exagé¬ 
ration  de  la  voûte  plantaire  (pied  creux).  Cependant,  dans  le  cas 
de  Legouest,  la  voûte  plantaire  était  abaissée. 

Dans  la  luxation  en  dedans,  l’avant-pied  étant  rejeté  en  dehors, 
le  pied  est  en  valgus.  En  outre,  il  était  plat  dans  l’observation  de 
■Quénu  et  dans  celle  de  M.  Courty.  Par  contre,  chez  le  malade  de 
ftizzoli,  le  scaphoïde  était  luxé  à  la  fois  en  dedans  et  en  haut,  le 
pied  était  creux.  Il  y  a  toujours  une  forte  saillie  osseuse  sur  le  bord 
interne  du  pied.  L’impotence  fonctionnelle  est  grave. 

Dans  le  cas  de  luxation  en  dehors,  publié  par  Demoulin,  celui-ci 
déclare  que  l’axe  de  l’arrière-pied  faisait  avec  l’axe  de  l’avant-pied 
un  angle  ouvert  en  dedans. 

En  ce  qui  concerné  le  pronostic,  la  luxation  en  haut- paraît  la 
plus  facile  à  réduire,  tout  au  moins  lorsqu’elle  est  récente 
(Armstrong,  Garland,  Loison).  Le  blessé  de  Legouest,  chez  lequel 
la  réduction  ne  fut  pas  obtenue,  n’eut  pas  une  impotence  sérieuse 
(la  gêne  de  la  marche  n’était  pas  très  grande  à  la  sortie  de  l'hôpital). 

Pour  la  luxation  en  dedans,  Bizzoli,  qui  vit  son  malade  peu  de 
temps  après  le  traumatisme,  obtint  facilement  la  réduction.  Mais 


É50 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Quénu,  opérant  cinq  semaines  après  l’accident,  dut  faire  une- 
scaphoïdectomie.  Chez  le  malade  de  M.  Courty,  la  réduction  san¬ 
glante  fut  difficile,  nécessita  la  résection  de  la  partie  postérieure 
du  3°  cunéiforme  et  ne  put  être  maintenue  que  par  une  suture 
osseuse. 

Dans  ces  deux  cas,  l’intervention  sanglante  fut  nécessitée  par 
des  troubles  fonctionnels  sérieux  dus  à  un  pied  plat  valgus  dou¬ 
loureux.  On  a  alors  le  choix  entre  deux  interventions  :  la  scaphoï- 
dectomie,  qui  a  donné  un  bon  résultat  à  M.  Quénu;  la  réduction, 
sanglante,  telle  que  M.  Courty  l’a  pratiquée. 

Les  cas  ne  sont  pas  suffisamment  nombreux  pour  qu’on  accorde 
la  préférence  à  une  méthode  plutôt  qu’à  l’autre. 

En  résumé,  il  semble  que  les  luxations  latérales  soient  plus 
graves  que  celles  qui  se  produisent  en  haut.  La  luxation  en  haut, 
qui  est  la  plus  fréquente,  parait  aussi  être  la  moins  grave,  celle 
qui  se  réduit  le  plus  facilement,  et  qui,  même  non  réduite,  ne 
donne  qu’une  gêne  fonctionnelle  minime. 

Je  vous  propose,  Messieurs,  de  remercier  M.  ' Courty  de  son- 
intéressante  observation  et  de  la  publier  dans  nos  Bulletins. 


Technique  de  la  néphrotomie  dans  les  gros  calculs  coraliformes, 
par  M.  le  Dr  Pappa  (de  Constantinople), 

Ancien  interne  des  hôpitaux  de  Paris, 

Chirurgien  en  chef  de  l'hôpital  grec. 

Rapport  de  M.  MARION. 

La  néphrotomie  telle  qu’on  l’emploie  actuellement  pour  les 
gros  calculs  du  rein  présente  un  certain  nombre  d’inconvénients 
qui  tiennent  à  trois  ordres  de  faits  : 

1°  En  incisant  le  parenchyme  rénal,  le  calcul  non  fixé  fuit 
devant  le  bistouri  qui  va  à  sa  recherche,  et,  l’incision  faite,  on 
extrait  le  calcul  en  le  saisissant  avec  les  doigts  ou  une  pince,  et  en 
l’ arrachant  pour  ainsi  dire  du  bassinet.  Dans  cette  manœuvre,  le 
calcul  se  rompt  le  plus  fréquemment,  de  petits  morceaux  et  de  la 
poussière  calculeuse  se  répandent  dans  le  bassinet  et  le  paren¬ 
chyme,  et  il  est  bien  difficile  de  les  en  débarrasser.  Il  y  a  là  un 
fait  important,  puisque  la  moindre  parcelle  calculeuse  restante, 
peut  devenir  le  point  de  départ  de  nouvelles  pierres. 


SÉANCE  DU  14  FÉVRIER  231 


•2°  Le  deuxième  inconvénient  tient  aux  sutures  :  toute  néphro¬ 
tomie  large  comporte  un  grand  nombre  de  sutures  qui  traversen 
le  parenchyme  rénal  et  le  bassinet.  On  connaît  les  inconvénients 
des  fils  qui  traversent  le  rein  et  qui  ontamené  Albarran  à  imaginer 
son.  procédé  de  réno-fixation.  Ici,  on  travaille  dans  un  milieu 
presque  toujours  infecté,  et  les  ennuis  que  provoquent  ces  fils 
sont  certainement  plus  évidents,  chacun  de  ces  fils  pouvant 
s’infecter  et  donner  des  suppurations  parenchymateuses. 

3°  Enfin,  dans  la  néphrotomie  on  draine  le  rein  à  travers  le 
parenchyme  rénal.  Il  est  peu  de  chirurgiens  urinaires  qui,  au 
moment  de  l’ablation  des  drains,  n’aient  pas  eu  d’hémorragie 
parfois  fort  grave  et  même  mortelle.  Il  est  vrai  que  quelques 
chirurgiens  ont  tendance  de  ne  pas  drainer  leurs  néphrotomies, . 
mais  il  semble  qu’il  y  ait  là  un  sérieux  danger,  des  caillots  pou¬ 
vant  obturer  l’uretère  et  provoquer  la  suture  du  parenchyme 
rénal  par  les  fils  en  raison  de  la  pression  qui  s’exerce  dans  le 
bassinet. 

M.  Pappa  a  donc  cherché  à  modifier  la  technique  afin  d’éviter 
ces  inconvénients,  et  c’est  elle  qu’il  nous  a  communiquée.  Sui¬ 
vant  cette  technique,  il  a  opéré  un  certain  nombre  de  malades, 
en  particulier,  trois  porteurs  de  trois  très  gros  calculs.  Elle  lui  a 
donné  des  résultats  excellents. 

Voici  en  quoi  consiste  cette  technique  : 

Le  rein  une  fois  extériorisé,  Pappa  commence  par  pratiquer 
une  large  pyélotomie,  qui  d’ailleurs,  est,  dans  ces  cas,  particuliè¬ 
rement  facile,  le  bassinet  étant  distendu  par  la  présence  du  calcul. 
Il  introduit  alors  l’index  dans  le  bassinet  et  il  repousse  le  calcul 
vers  la  périphérie  rénale.  La  pierre  est  ainsi  fixée  et  elle  vient 
faire  saiilie  sur  le  bord  externe  du  rein.  Rien  n’est  alors  plus  facile 
que  d’inciser  sur  le  calcul  en  suivant  exactement  ses  contours. 

En  continuant  à  pousser  le  calcul  par  le  bassinet  vers  l’exté¬ 
rieur,  on  l’extrait  avec  la  plus  grande  simplicité,  dans  son  entier, 
sans  le  briser.  Ce  temps  de  l’opération,  en  général  assez  labo¬ 
rieux  par  la  technique  ordinaire,  est  ainsi  remarquablement  sim¬ 
plifié,  même  pour  les  calculs  les  plus  ramifiés.  Quand  il  existe 
plusieurs  pierres,  cette  manœuvre  permet  leur  recherche  et  leur 
extraction  bien  mieux  que  lorsqu’on  fait  la  simple  néphrotomie. 
On  peut  dire  que  le  doigt  dans  le  bassinet  est  l’analogue  du  doigt 
rectal  dans  la  prostatectomie.-  Le  rein  une  fois  débarrassé  de  ses 
calculs,  au  moyen  d’une  sonde-béquille  introduite  par  la  brèche 
du  bassinet,  on  fait  un  lavage  à  forte  préssion,  destiné  à  nettoyer 
complètement  le  bassinet  et  le  rein. 

La  suture  est  alors  pratiquée  de  la  façon  suivante  :  Pappa  passe 


^52 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


*in  fil  qui  traverse  la  brèche  rénale  à  très  peu  de  distance  de  ses 
extrémités.  Ce  fil  traverse  le  parenchyme  rénal,  en  évitant,  autant 
que  possible,  de  traverser  le  bassinet.  Il  est  lié  sur  la  face 
opposée  du  rein  (voir  figure).  Sous  ce  fil,  avec  une  aiguille  mousse, 
il  passe,  à  chacune  de  ses  extrémités,  un  autre  fil  qui  vient  con¬ 
tourner  le  pôle  correspondant  du  rein,  passe  sous  l’extrémité  du 
fil  à  la  face  opposée  du  rein  et  revient  être  lié  sur  le  bord  du  pôle. 
La  même  manoeuvre  est  reprise  pour  le  pôle  opposé,  et  le  fil  est 
ainsi  solidement  tendu.  Alors  de  la  même  façon  que  pour  les 
•extrémités,  On  passe  le  nombre  de  fils  nécessaires,  et  on  les  lie 
sur  le  bord  externe  du  rein.  On 
peut,  pour  faciliter  ces  sutures, 
préparer  un  fil  à  l’avance.  Pappa 
emploie  un  très  gros  catgut  qui 
ne  peut,  ici,  présenter  d’inconvé¬ 
nient,  et  qui  permet  de  serrer 
davantage,  sans  risquer  de  dé¬ 
chirer  le  parenchyme  rénal.  L’étan¬ 
chéité  obtenue  par  cette  suture  que 
Pappa  a  employée  assez  fréquem¬ 
ment  a  toujours  été  parfaite. 

Enfin,  pour  terminer,  Pappa  ne 
draine  pas  à  travers  le  rein,  mais 
place  un  drain  dans  la  brèche  pyé- 
lique.  Ce  drain  peut  être  coudé  : 
le  drain  est  enlevé  au  bout  de  trois 
ou  quatre  jours.  Quand  le  drain 
est  enlevé,  l’écoulement  de  l’urine 
par  la  plaie  cesse  avec  sa  rapidité 
■ordinaire  dans  les  pyélotomies.  Pappa  a  enlevé  notamment  par  ce 
procédé  trois  gros  calculs  dont  voici  les  observations  résumées  : 

M.  B...,  cinquante-huit  ans.  Hématuries  profuses  sans  douleurs. 
A  la  cystoscôpie,  c’est  le  rein  gauche  qui  saigne.  Rein  droit  excellent. 
Radiographie.  Enorme  calcul  coraliforme  à  gauche.  Urines  à  peine 
infectées. 

A  l'intervention.  —  Malgré  la  présence  de  cet  énorme  calcul  le 
■rein  est  bien  conservé,  ce  que  d’ailleurs  avait  montré  le  cathétérisme 
urétéral. 

Néphrotomie  suivant  la  technique  décrite.  Suites  très  simples. 
Malade  guéri  par  première  intention. 

M.  T...,  cinquante-quatre  ans.  Pyurie,  phénomènes  vésicaux  intenses, 
•rétentions  intermittentes  à  gauche  avec  frissons  et  fièvre. 


SÉANCE  DU  14  FÉVRIER 


253- 


A  la  radiographie.  —  Calcul  coraliforme  très  haut  placé  (le  calcul 
se  projette  sur  les  11e  et  t28  côtes).  Rein  droit  sain. 

Intervention.  —  Résection  de  la  12e  côte  préalablement,  puis  extrac¬ 
tion  du  calcul  suivant  la  technique  décrite. 

Suites  opératoires.  —  La  plaie  a  suppuré  pendant  quelque  temps.  Le 
malade  revu  six  (mois  après  se  portait  très  bien.  Urines  légèrement 
louches. 

Mme  P...,  cinquante  ans.  Violentes  douleurs  à  droite.  Pyurie,  héma¬ 
turies.  Gros  calcul  coraliforme  à  la  radiographie.  De  temps  à  autre 
douleurs  à  gauche;  de  ce  côté,  radiographie  négative.  Même  technique- 
que  pour  les  cas  précédents.  Suites  opératoires  simples,  mais  la  pyurie 
persistait  encore  deux  mois  après  l’intervention. 

Dans  celte  technique  préconisée  par  Pappa  il  y  a  en  réalité  trois 
points  intéressants  :  le  refoulement  du  calcul  du  bassinet  vers  la 
corticalité  du  rein,  le  drainage  par  le  bassinet  avec  fermeture 
complète  du  rein,  le  mode  de  suture  du  rein. 

En  ce  qui  concerne  le  refoulement  du  calcul  je  suis  absolument 
d’accord  avec  lui  ;  c’est  une  manoeuvre  qui  facilite  beaucoup  le 
dégagement  des  calculs  coraliformes  dont  les  branches  multiples- 
se  trouvent  plus  ou  moins  enserrées  dans  les  calculs.  Cette 
manœuvre,  je  l’ai  pratiquée  de  temps  en  temps,  mais  sans  inciser 
le  bassinet.  Pappa,  au  contraire,  incise  délibérément  le  bassinet  à 
travers  lequel  il  mettra  son  drainage,  et  nul  doute  que  cette  inci¬ 
sion  ne  permette  d’obtenir  le  refoulement  plus  facile  des  calcula 
pyélo-rénaux  et  celui  des  calculs  qui  font  peu  saillie  dans  le  bas¬ 
sinet  et  qu’on  ne  peut  atteindre  sans  inciser  celui-ci.  La  manœuvre 
est  donc  excellente. 

La  suppression  du  drainage  à  travers  le  rein  est  également  une 
excellente  pratique.  De  temps  en  temps,  en  effet,  au  moment  oi 
l’on  retire  le  drain  rénal,  probablement  parce  qu’on  débouche  un 
vaisseau  que  fermait  ce  drain,  on  provoque  une  hémorragie  très 
grave,  parfois  même  mortelle.  11  n’est  pas  douteux,  d’autre  part, 
que  la  prolongation  du  contact  des  drains  avec  le  parenchyme 
rénal  contusionne  celui-ci  et  l’expose  à  une  nécrose  superficielle 
pouvant  provoquer  soit  des  hémorragies,  soit  la  persistance  d’une 
fistule  parfois  assez  longue  à  se  fermer.  Malheureusement,  je  ne 
sais  si  le  drainage  par  le  bassinet  est  toujours  possible.  Quand  il 
s’agit  de  calculs  de  volume  moyen,  plutôt  rénaux  que  pyéliques, 
le  bassinet  peut  n’êlre  pas  dilaté,  faire  très  peu  saillie  en  dehors 
du  hile,  et  le  drainage  par  son  intermédiaire  devenir  très  difficile. 

Quant  à  la  technique  de  la  suture  du  rein,  j’avoue  ne  plus  être 
d’accord  avec  Pappa  ou  tout  au  moins  n’avoir  pas  obtenu  par  le 
mode  de  suture  conseillé  l’hémostase  nécessaire  après  la  néphro— 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


254 


tomie.  Comme  Pappa  s’attaquait  à  de  très  volumineux  calculs, 
les  reins  étaient  peut-être  sclérosés  et  peu  vasculaires,  de  sorte  que 
■  la  compression  obtenuepar  son  mode  de  suture  a  suffi.  Dans  deux 
cas  j’ai  eu  deux  insuccès.  Dans  un  premier  cas  après  avoir  ébauché 
la  suture  conseillée  par  Pappa,  devant  l’hémorragie  qui  ne  dimi¬ 
nuait  pas,  j’ai  dû  pratiquer  la  suture  habituelle  qui,  je  m’empresse 
de  le  reconnaître,  n’est  pas  parfaite.  Dans  le  second,  je  crus  avoir 
un  résultat  parfait  au  moment  même,  mais  mon  interne  dut 
.enlever  le  rein  dans  l’après-midi  en  raison  d’une  hémorragie  fort 
grave.  Puisque  Pappa  nous  dit  que  son  mode  de  suture  lui  a 
réussi,  oh  pourra  toujours  essayer  d’arrêter  l’hémorragie  par  cette 
technique  évidemment  meilleure  théoriquement  que  la  technique 
habituelle.  Et  si  par  ce  procédé  de  suture  on  n’obtient  pas  une 
hémostase  Suffisante,  on  la  complétera  par  quelques  fils  passés 
suivant  l’ancienne  méthode.  En  tous  cas,  il  faudra  surveiller  de 
très  près  l’opéré  dans  les  heures  qui  suivront  l’opération. 

De  toute  façon  la  communication  de  M.  Pappa  est,  comme  vous  le 
voyez,  particulièrement  intéressante.  Ayant  exercé  dans  un  millieu 
où  les  calculs,  et  en  particulier  les  très  volumineux  calculs  sont 
-extrêmement  fréquents,  il  a  pu  juger  des  inconvénients  de  la 
technique  habituelle,  il  a  cherché  à  l’améliorer  et  je  crois  qu’il 
y  est  parvenu  tout  au  moins  en  partie. 

Je  vous  propose  donc  de  remercier  M.  Pappa  de  sa  communica¬ 
tion  et  de  le  féliciter  de  l’originalité  de  sa  technique. 

M.  Maurice  Cuevassü.  —  J’avais  demandé  la  parole  avant 
d’avoir  entendu  M.  Marion  nous  dire  quel  résultat  lui  avait 
donné  la  technique  de  suture  rénale  préconisée  par  M.  Pappa; 
-c’était  pour  déclarer  que  je  n’essaierais  jamais  d’appliquer  une 
pareille  technique. 

Car  de  deux  choses  l’une  :  ou  la  ligature  enserrant  le  rein 
circulairement  de  pèle  à  pôle  ne  réalise  pas  l’hémostase  et  elle 
est  dangereuse,  ou  elle  est  vraiment  hémostasique  et  elle  risque 
alors  de  différer  peu  d’une  ligature  du  tronc -même  de  l’artère 
rénale.  Dans  ces  conditions  il  me  paraît  beaucoup  plus  simple  et 
plus  sage  de  lier  réellement  l’artère  rénale  et  de  faire  la 
néphrectomie. 

Comme  M.  Marion  l’a  indiqué,  les  opérés  de  M.  Pappa,  avec 
leurs  très  gros  calculs,  ne  gardaient  apparemment  que  des 
coques  rénales  sans  grande  vascularisation  et  probablement  sans 
grande  valeur.  Pour  ces  énormes  calculs,  je  pratique  la  néphrec¬ 
tomie  toutes  les  fois  que  l’état  de  l’autre  rein  l’autorise. 

J’ai  horreur  des  grandes  incisions  rénales  qui  ouvrent  le  rein 


SÉANCE  DU  14  FÉVRIER 


de  bout  en  bout  comme  un  livre.  Je  m’en  méfie'  depuis  le  jour, 
déjà  ancien,  où  j'ai  vu  un  chirurgien,  particulièrement  habile, 
enlever  ainsi,  très  brillamment  d’ailleurs,  un  gros  calcul  du  rein 
sur  une  fille  superbe  qui  mourut  d’hémorragie  dans  la  nuit.  La 
pression  est  forte  dans  les  branches  de  l’artère  rénale  qu’on  ouvre 
•malgré  tout  dans  celte  incision  et  nos  procédés  habituels  d’hémo¬ 
stase  sans  sécurité  complète.  Si  la  grande  incision  de  bout  en 
bout  avait  son  utilité  jadis,  quand  la  radiographie  des  calculs  du 
rein  manquait  ou  n’avait  pas  sa  précision  d’aujourd’hui,  elle  est 
rarement  indispensable  de  nos  jours.  Je  ne  l’ai,  pour  ma  part, 
pratiquée  qu’exceptionnellement. 

Je  lui  préfère  de  beaucoup  de  petites  incisions  partielles,  faites 
à  la  spatule  mousse  au  niveau  de  la  saillie  corticale  des  calculs 
repérée  d’abord  à  l’aiguille  lorsqu’elle  se  sent  mal;  on  en  fait  2, 
3,  4  s’il  le  faut  ;  on  s’aide  de  la  précieuse  et  bénigne  incision  du 
bassinet  quand  le  calcul  se  prolonge  par  là  et  on  accouche  ainsi 
les  calculs  d’autant  plus  facilement  qu’ils  ne  demandent  qu’à  se 
briser  au  niveau  de  leurs  points  d’union.  Un  point  de  suture 
suffit  en  général  pour  assurer  l’hémostase  de  ces  petites  incisions 
qui  coupent  d’autant  moins  d’artères  importantes  que  la  couche 
corticale  du  rein  est  souvent  fort  atrophiée  au  point  même  où 
Ton  incise. 


Plaie  du  cœur  ( ventricule  droit)  par  coup  de  couteau. 
Thoraçotomie  verticale  transsternale.  Suture  du  cœur.  Guérison, 

par  M.  le  Dr  Jean  Vidal, 

Chirurgien  assistant  des  hôpitaux  de  Nice. 

Rapport  de  M.  PIERRE  DU  VAL. 

Le  Dr  Jean  Vidal,  de  Nice,  nous  a  communiqué  l’observation 
suivante  : 

H...,  trente-quatre  ans,  reçoit  un  coup  de  couteau  .qui  pénètre  en 
avant  dans  l’hémithorax  gauche. 

Symptômes  de  plaie  du  cœur  :  écoulement  continu  de  sang  noir  par 
la  plaie  située  sous  le  mamelon  gauche,  pouls  non  perceptible,  dyspnée, 
angoisse,  bruits  du  cœur  voilés  et  assourdis.  Une  demi-heure  après  la 
blessure,  thoracotomie  médiane  transternale  verticale  suivant  un  pro¬ 
cédé  spécial  sur  lequel  je  reviendrai.  Suture  d’une  plaie  du  ventricule 
droit,  face  antérieure,  à  1  centimètre  environ  du  sillon  interventri¬ 
culaire. 

Suture  totale  du  péricarde.  Guérison  sans  incidents.  Examen  cardio¬ 
graphique  au  bout  de  un  mois.  Cœur  normal. 


256 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Celle  observation,  au  point  de  vue  des  symptômes  présentés  et 
du  résultat  obtenu,  ne  présente,  à  l’heure  actuelle,  rien  de  très 
particulier. 

M.  Vidal,  dans  ses  commentaires,  attire  notre  attention  comme  il 
convient  sur  deux  points  spéciaux  :  la  technique  opératoire  suivier 
le  résultat  éloigné  au  point  de  vue  du  fonctionnement  cardiaque. 

La  technique  spéciale  qu’il  a  employée  est  la  suivante  : 

Incision  présterfiale  médiane, résection  de  l'appendice  xiphoïde,  décol¬ 
lement  slerno-péricardique  interpleura],  section  verticale  et  médiane 
du  sternum,  section  transversale  au  niveau  du  2°  espace,  puis  seconde 
section  transversale  du  sternum  au  niveau  du  5e  espace,  au-dessus  do 
la  base  de  la  xiphoïde  réséquée. 

Ecartement  des  deux  volets  sternaux. 

Le  jour  ainsi  obtenu,  dit  Vidal,  est  considérable  et  permet  toutes- 
manœuvres  rur  le  cœur. 

M.  Vidal  me  fait  l'honneur  de  rattacher  ce  procédé  opératoire, 
sternotomie  partielle  verticale  et  médiane,  à  celui  que  j’ai  décrit 
en  1918  avec  Henry  et  Pierre  Barnsby  pour  aborder  le  cœur. 

Lenormant,  dans  son  rapport  du  30  novembre  1921,  sur  une 
observation  de  M  Miginiac,  fait  le  même  rapprochement;  Tuffier 
aussi,  dans  un  très  récent  rapport  sur  un  travail  de  M.  Ilantscher 
(22  novembre  1922).  Enfin,  M.  Hartmann-Keppel  [Presse  Médicale , 
10  février  1923),  abordant  le  cœur  par  hémisternotomie  gauche 
inférieure,  dit  que  la  voie  préconisée  par  Duval  et  Barnsby  lui 
semble  la  plus  rationnelle  et  la  moins  traumatisante. 

J’en  suis  réellement  confus,  car  cet  honneur  est  parfaitement 
immérité.  La  sternotomie  médiane  est  une  vieille  opération.  Le 
principe  de  fendre  le  sternum  sur  la  ligne  médiane  est  un  vieux 
principe  pour  aborder, le  médiastin  antérieur. 

Je  ne  sais  si  nous  sommes  les  premiers  à  l’avoir  appliqué  pour 
aborder  le  cœur.  Le  procédé  que  nous  avons  décrit  est  la  thoraco- 
phréno-laparotômie,  et  son  originalité  provient  Don  de  la  sterno¬ 
tomie  médiane  et  verticale,  mais  de  la  combinaison  de  la  thoraco-^ 
tomie  antérieure  transsternale  avec  la  laparotomie  et  la  section- 
intermédiaire  antéro-postérieure  du  diaphragme. 

Le  principe  de  la  section  verticale  et  médiane  du  sternum  pour 
aborder  le  médiastin  antérieur  appartient  à  Milton  (du  Caire).  Il  a 
décrit  cette  sternotomie  dans  le  Lancet  e n  1897  (p;  8741  après 
l’avoir  exécutée  sur  l’homme  le  5  janvier  de  la  même  année  ;  cette- 
sternotomie  a  été,  pour  aborder  le  cœur,  répétée  avec  ou  sans 
modifications  par  de  nombreux  auteurs  dont  nous-même,  avec 
Barnsby,  Miginiac,  Ilantscher,  Rehn  (de  Francfort-sur- !e-Mein) 
Vidal,  Hartmann-Keppel...  entre  autres. 


SÉANCE  DU  14  FÉVRIER 


257 


Le  procédé  original  de  Millon  est  la  sternotomie  verticale  et 
médiane,  depuis  le  bord  supérieur  de  l’os  jusqu’à  l’appendice 
xiphoïde  y  compris. 

Milton  a  expérimenté  son  procédé  sur  le  cadavre  humain  et  sur 
le  chien  vivant  avant  que  de  l’appliquer  à  un  malade  en  jan¬ 
vier  1897,  pour  enlever!  des  ganglions  rétro-sternaux. 

Il  fait  une  incision  cutanée  partant  du  cartilage  thyroïde  jusqu’à 
l’appendice  xiphoïde. 

Il  a  noté  avec  grande  précision  au  cours  de  ses  expériences 
qu’il  est  facile  de  refouler  les  plèvres  par  décollement  digital 
rétro-sternal  que  l’on  refoulait  aisément  sans  danger  les  gros 
vaisseaux  de  la  base  du  cœur,  particulièrement  le  tronc  brachio¬ 
céphalique  veineux,  et  que  pour  cette  manoeuvre,  ainsi  que  pour 
la  section  du  sternum,  on  pouvait  aussi  bien  commencer  par  le 
manubrium  que  par  la  xiphoïde. 

Milton  indique  que  pour  la  section  du  sternum  on  peut,  chez 
les  jeunes  sujets,  se  servir  d’un  simple  couteau. 

M.  Hantscher,  en  sectionnant  le  sternum  sur  toute  sa  hauteur  et 
au  simple  couteau,  n’a  donc  fait  que  répéter  intégralement  avec  la 
même  instrumentation  l’opération  princeps  de  Milton,  et  les 
observations  de  Tuffier  sur  le  cadavre  ont  confirmé  les  consta¬ 
tations  de  Millon  sur  le  refoulement  facile  et  sans  danger  des 
plèvres  et  des  gros  vaisseaux  sus-cardiaques. 

Depuis,  ce  procédé  a  été  modifié  de  multiples  façons,  et  puisque 
l’observation  de  M.  Vidal,  objet  de  ce  rapport,  a  trait  à  l’utili¬ 
sation  de  la  sternotomie  verticale  pour  aborder  le  cœur,  vous 
m’approuverez,  je  l’espère,  de  laisser  de  côté  tous  les  procédés  de 
médiastinotomies  antérieures  transsternales  qui  n’ont  pas  été 
appliqués  à  la  chirurgie  cardiaque. 

La  sternotomie  médianè  et  verticale  peut  être  soit  totale,  soit 
partielle.  Totale,  c’est  l’opération  de  Milton.  Partielle,  elle  est  soit 
supérieure  pour  le  médiastin  supérieur  (Dunhill,  Sauerbruch...), 
soit  inférieure  pour  aborder  le  cœur. 

La  sternotomie  médiane  verticale  et  inférieure,  avec  section 
transversale  du  sternum  à  hauteur  du  2e,  3e  ou  4°  espace  inter¬ 
costal,  a  été  employée  par  nous-même  avec  Barnsby  dans  la  tho- 
raco-phréno-laparotomie,  par  Rehn,  Miginiac,  Vidal,  Hartmann- 
Keppel. 

Dans  cette  sternotomie  inférieure,  comme  dans  la  totale  du 
reste,  la  difficulté  est;  pour  obtenir  un  large  champ  d’action  intra¬ 
médiastinal,  d’écarter  parallèlement  les  deux  moitiés  du  sternum. . 

Avec  la  section  simple  du  sternum,  lés  deux  moitiés  de  l’appen¬ 
dice  xiphoïde  et  le  cercle  costal  sont  tenus  par  les  insertions  mus¬ 
culaires  de  la  paroi  abdominale,  et  on  ne  peut  écarter  l’extrémité 

BULL  ET  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CHIR.,  1923..  19 


258 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


inférieure  des  xmlets  sternaux,  on  n’obtient  qu’un  écartement 
oblique  large  en  haut,  très  étroit  en  bas,  ce  qui  limite  beaucoup 
le  champ  opératoire.  Milton  l’avait  déjà  très  bien  remarqué,  il 
obtenait  5  à  6  centimètres  d’écart.  Enderlen,  il  est  vrai,  est  arrivé 
à  10  centimètres.  Milton  ajoute  qu’en  écarlant  trop  violemment 
les  extrémités  inférieures  des  deux  moitiés  sternales,  on  risque 
de  déchirer  le  diaphragme  et  d’ouvrir  la  cavité  péritonéale. 

Ainsi,  tous  ceux  qui  se  sont  servis  de  cette  sternotomie  infé¬ 
rieure  ont-ils  cherché  à  obtenir  par  un  procédé  quelconque  l’écar¬ 
tement  latéral  inférieur  des  moitiés  sternales. 

Dans  notre  procédé,  la  laparotomie  et  surtout  la  section  du  dia¬ 
phragme  permettent  tout  l’écartement  désirable. 

Mais  ceux  qui  ne  font  que  la  sternotomie  sans  laparotomie  et 
sans  section  du  diaphragme  ont  cherché  d’autres  procédés. 

J’en  trouve  trois  différents. 

Miginiac  enlève  simplement  l’appendice  xiphoïde  et  détache 
ainsi  ligne  blanche  et  diaphragme.  Vidal  enlève  l’appendice 
xiphoïde  aussi,  mais  ajoute  une  seconde  section  du  sternum  à  la 
base  de  la  xiphoïde  dans  le  5e  espace  intercostal;  il  obtient  donc 
l’écartement  au-dessus  du  cercle  costal.  Rehn  (de  Francfort-sur-le- 
Mein),  enfin,  en  1920,  je  crois,  a  obtenu  l'écartement  du  sternum 
embranchant  sur  l’incision  médiane  présternale  à  hauteur  de  la 
xiphoïde  une  incision  courbe  parallèle  aux  deux  cercles  costaux, 
et,  grâce  à  celle-ci,  il  détache  du  sternum  et  du  cercle  costal  les 
muscles  abdominaux  et  le  diaphragme. 

Quel  est  le.  meilleur  de  ces  procédés?  Je  n’en  sais  rien.  Us  sont 
tous  les  trois  ingénieux,  atteignent  tous  les  trois  le  but  qu’ils 
poursuivent  :  l’écartement  parallèle  et  large  des  deux  moitiés  du 
sternum  dans  toute  leur  hauteur,  le  ehamp  opératoire  intra¬ 
médiastinal  très  largement  exposé.  L’usage  permettra  seul  d’en 
juger. 

M.  Hartmann-Keppel  s’est  servi  de  la  voie  transsternale  pour 
aborder  le  cœur;  mais,  d’une  façon  particulière,  il  coupe  le 
sternum  verticalement,  mais  ne  sépare  transversalement  du  corps 
de  l’os  que  la  moitié  gauche  du  sternum  en  haut  et  en  bas,  et  il 
soulève  à  gauche  un  lambeau  sterno-costal  pour  aborder  le  cœur. 

Il  fait  sur  la  moitié  gauche  inférieure  du  sternum  ce  que 
Sauerbruch  a  fait' sur  la  moitié  droite  et  supérieure  dans  sa 
médias tinostomi a  longitudinalis. 

C’est  un. procédé  particulier  qui  se  rapproche  plus,  à  mon  avis, 
tout  en  leur  étant  supérieur,  des  procédés  à  volets  précordiaux 
que  de  la  sternotomie  médiane  avec  écartement  des  deux  volets 
sternaux. 

M.  Vidal  a  appliqué  la  sternotomie  médiane  à  la  chirurgie  car- 


SÉANCE  DU  14  FÉVRIER 


259 


diaque  d'urgence.  Miginiac  l’avait  déjà  fait,  alors  que  Barbier, 
Rouvillois  et  moi-même  ne  l’avions  appliquée  qu’en  chirurgie 
cardiaque  non  d’urgence.  Les  deux  observations  de  M.  Miginiac 
et  Vidal  montrent  donc  que  la  sternotomie  médiane  doit  être 
inscrite  dans  les  procédés  rapides  de  péricardotomie  d’urgence. 

La  critique  faite  par  Costantini  en  France  et  Kiimmel  en  Alle¬ 
magne  n’est  donc  pas  légitime. 

J’avoue  que,  personnellement,  la  sternotomie  médiane  verticale 
me  paraît  présenter  un  avantage  considérable  sur  le  volet  costal 
ou  sterno-costal  gauche  eu  n’exposant  pas  à  l’ouverture  presque 
fatale  de  la  plèvre. 

Il  ne  peut  paraître  qu’avantageux  d’éviter  le  pneumothorax 
gauche  chez  ces  blessés  du  coeur  par  coup  de  couteau  ou  balle  de 
revolver  qui,  lorsque  le  corps  étranger  a  pénétré  par  la  région 
thoracique  gauche  précardiaque,  sont,  du  fait  de  leur  plaie  pleuro- 
cardiaque  ou  pleuro-pneumo-cardiaque,  en  pleine  angoisse  respi¬ 
ratoire,  et  là  je  ne  fais  que  confirmer  ce  qu’a  dit  Lenormant. 
A  sécurité  et  rapidité  égales  d’exécution,  la  sternotomie  médiane, 
évitant  l’ouverture  large  de  la  plèvre,  paraît  supérieure  à  la  thora¬ 
cotomie  gauche. 

On  ne  pourrait  lui  reconnaître  qu’un  désavantage  :  c’est  de  ne 
pas  permettre  l’examen  de  la  plaie  pulmonaire  si  fréquemmenf 
associée.  Mais  outre  que  celle-ci  passe  presque  toujours  au  second 
plan  et  n’est  même  pas  inspectée  la  plupart  du  temps  au  cours  de 
l’opération  de  suture  cardiaque,  il  faut  reconnaître  que  la  plaie 
de  la  languette  pulmonaire  précardiaque  saigne  peu  d’ordinaire 
et  ne  donne  pas  lieu  à  un  hémothorax  grave  nécessitant  la  suture 
du  poumon. 

L’observation  de  M.  Vida!  comporte  un  dernier  enseignement. 

Son  blessé  a  présenté  un  hémopneumothorax  qui  a  nécessité 
deux  ponctions  (ablation  de  500  cent,  eubes  à  chaque  ponction). 
L’épanchement  est  resté  stérile.  N’est-ce  pas  encore  peut-être  un 
avantage  de  la  sternotomie  médiang  qdfe  d’éviter  le  passage  à 
travers  la  plèvre  plus  ou  moins  remplie  de  sang  et  de  ne  pas 
risquer  au  cours  des  manœuvres  opératoires,  toujours  très  ra¬ 
pides,  l’infection  si  fréquente  de  l’épanchement  intrapleural  ? 

En  résumé,  l’observation  de  M.  Vidal,  venant  après  celle  de 
Miginiac,  montre  que  la  sternotomie  médiane  et  verticale  est  un 
procédé  de  chirurgie  cardiaque  d’urgence;  elle  convient  admi¬ 
rablement  à  la  suture  des  plaies  du  cœur.  Améliorée  d’une  façon 
quelconque  (Miginiac,  Rehn,  Vidal),  pour  permettre  l’écartemént 
des  deux  moitiés  du  sternum  à  sa  partie  inférjgure,  elle  donne 
le  champ  opératoire  large^  très  large,  nécessaire  à  la  chirurgie  du 
cœur  non  extériorisé. 


260 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Elle  possède  peut-ôlre  encore  l'avantage  d'éviter  la  traversée 
pleurale  qui,  dans  cette  chirurgie  extra-rapide,  expose  à  l’infection 
de  l’hémothorax  gauche. 

Et  la  formule  thérapeutique  de  sécurité  est  peut-être,  en  cas 
de  plaie  du  cœur  avec  hémothorax,  de  ne  s’occuper  que  de  la 
suture  du  cœur  par  sternotomie  médiane,  de  ne  pas  ouvrir  la 
plèvre  pour  arriver  sur  le  péricarde,  de  négliger  l’hémothorax 
de  parti  pris  et  de  le  traiter  ultérieurement  par  simple  ponction 
s’il  est  nécessaire. 

En  agissant  ainsi,  on  évitera  peut-être  plus  aisément  l’infection 
pleurale  si  fréquente  et  cause  si  fréquente  aussi  de  mort  tardive 
chez  les  suturés  du  cœur. 

L’observation  de  M.  Yidal  se  complète  par  des  examens  cardio¬ 
graphiques  pratiqués  onze  et  trente  jours  après  l’opération.  Elle 
satisfait  ainsi  à  la  demande  si  justifiée  de  Proust  pour  juger  des 
résultats  opératoires. 

Le  Dr  Lantier  résume  ces  examens  radiographiques  ainsi  qu’il 
suit  :  «  Cœur  dont  les  cellules  ont  conservé  toutes  leurs  fonctions 
normales». 

La  guérison  est  donc  complète.  Il  serait  intéressant  d’avoir  des 
nouvelles  ultérieures  de  l’opéré. 

Je  vous  propose  de  remercier  M.  Yidal  de  son  observation  et  de 
le  féliciter  4u  très  beau  résultat  qu’il  a  obtenu. 


Fracture  de  Dupuytren  ouverte.  Opération  à  la  huitième  heure. 

Fermeture  immédiate.  Immobilisation  complète  ( Maisonneuve ) 
pendant  quarante  jours, 
puis  appareil  de  marche  de  Delbet 
pour  fractures  de  jambe  pendant  trente  jours. 

Guérison  complète, 

par  M.  le  Dr  da  Silva  de  Rio  Branco. 

Rapport  de  M.  SOULIGOUX. 

Messieurs,  le  Dr  da  Silva  de  Rio  Branco,  ancien  interne  des 
hôpitaux  de  Paris,  nous  a  envoyé  du  Brésil  l’observation  suivante  : 

B.  C...,  soixante  ans,  blanc,  firzendeiro,  se  fracture  la  jambe  en  tom¬ 
bant  de  voiture,  le  26  juillet  1921,  à  9  heures  du  matin.  La  voiture  étant 
en  marche,  le  choc  a  été  violen*.  Le  malade  est  transporté  en  automo: 
bile  à  Bagé,  le  voyage  ayant  duré  sept  heures.  J’examine  le  malade  à 
4  heures  de  l’après-midi  ;  il  souffre  beaucoup,  je  pratique  une  injection 


SÉANCE  Dü  14  FÉVRIER 


26 1 


de  morphine  et  examine  le  pied  :  il  s’agit  d’une  fracture  bimalléolaire 
typique  de  Dupuytren  avec  section  complète  des  parties  molles  par  le 
trait  de  fracture  tibial.  Aucun  pansement  n’ayant  été  fait,  le  malade 
arrivant  sans  appareil  de  contention  autre  que  sa  bottine,  je  conseille 
l’opération  d’urgence  que  je  pralique  à  5  heures,  soit  huit  heures  après 
le  traumatisme. 

Anesthésie  rachidienne  (stovaïne-novocaïne-strychnine)  au  niveau 
de  l’espace  entre  les  4e  et  5“  lombaires.  Bonne  anesthésie  sans  incidents. 

La  malléole  interne  est  fracturée  transversalement  à  sa  base  avec 
écartement  des  deux  fragments,  de  (elle  sorte  qu’on  aperçoit,  au  fond 
de  leur  interstice,  la  face  interne  et  la  partie  supérieure  de  la  poulie 
astragalienne.  Péroné  fracturé  à  environ  trois  travers  de  doigt 
au-dessus  du  sommet  de  sa  malléole. 

Désinfection  iodée  des  téguments.  Lavage  de  la  plaie,  des  surfaces- 
tibiales  fracturées  et  de  l’articulation  tibio-tai  sienne  à  l’aide  d’éther,  puis 
de  solution  phénosalylée  à  t  p.  100,  à  l’aide  d’un  fort  jet  (seringue  de 
20  cent,  cubes).  Assèchement.  Surjet  de  catgut  sur  les  plans  fibro- 
périostiques.  Fermeture  complète  des  téguments  aux  crins, points  nom¬ 
breux  et  rapprochés.  Immobilisation  du  pied  à  angle  droit,  léger  varus. 

Injection  de  sérum  antitétanique.  Suites  apyrétiques,  la  température 
ayant  simplement  atteint  37°5  (rectale)  le  lendemain  de  l’intervention. 
Léger  œdème  du  cou-de-pied  du  cinquième  au  neuvième  jour.  Appareil 
bien  supporté,  mais  devenu  un  peu  lâche.  Ablation  des  fils  au  onzième 
jour  et  placement  d’une  nouvelle  gouttière  plâtrée  de  Maisonneuve. 

La  cicatrisation  est  achevée.  A  noter  seulement  un  fin  liséré  d’aspect 
corné,  sec,  épidermique  tout  le  long  de  la  suture  (sphacèle  aseptique). 
Suivant  une  excellente  pratique  que  je  tiens  de  mon  maître  M.  le  pro¬ 
fesseur  Hartmann,  je  fais  faire,  aussitôt  le  plâtre  sec,  deux  radiographies 
(face,  profil)  afin  de  contrôler  la  réduction  des  fragments  :  cette  réduc¬ 
tion  est  très  bonne. 

Au  quarantième  jour  de  l’immobilisation  complète,  je  retire  la  gout¬ 
tière  de  Maisonneuve  et.,  installant  l’extension  suivant  la  technique  de 
M.  le  professeur  P.  Delbet,  j’applique  l’appareil  de  marche,  pour  frac¬ 
tures  de  jambe,  de  ce  chirurgien. 

La  marche  est,  au  début,  assez  douloureuse  à  cause  d’un  certain 
degré  de  raideur  de  l’articulation  et  d’un  très  léger  degré  d’équinisme. 
Le  malade  commence  donc  à  marcher  assez  péniblement  en  s’aidant 
d’une  canne.  Toutefois  grâce  au  massage,  à  la  mobilisation  après  mas¬ 
sage,  à  des  bains  de  soleil,  les  raideurs  s’assouplissent  peu  à  peu. 

Au  soixante-dixième  jour,  j’enlève  l’appareil  de  Delbet.  Bon  état  local. 
Léger  œdème  consécutif  à  l'ablation  de  l’appareil.  Douleurs  à  la  flexion 
ou  à  l’extension  forcées  du  pied,  au  niveau  de  la  tibio-tarsienne. 

Au  quatre-vingt-dixième  jour,  le  malade  peut  se  promener  une  heure 
sans  fatigue,  sans  douleurs. 

l’n  an  après,  le  malade  m’écrit  qu’il  a  repris  depuis  six  mois  sa  vie 
de  campagne,  marchant,  montant  à  cheval  sans  la  moindre  gêne  — si 
ce  n'est  quelques  douleurs  apparaissant  parfois  par  temps  humide  et 
froid  (le  malade  est  un  rhumatisant  chronique,  forme  légère). 


262 


SOCIÉTÉ  DE  CntRÜRGIE 


M.  Souligodx.  —  Le  traitement  que  M.  de  Rio  Branco a  appliqué 
à  son  malade  mérite  d’être  étudié  et  divisé  en  deux  temps.  En  pré¬ 
sence  d’un  blessé  atteint  d’une  fracture  aussi  grave,  M.  da  Silva  a 
fait  tout  ce  qu'il  devait.  Il  a  nettoyé  et  aseptisé  la  plaie  et  l'articu¬ 
lation  par  des  lavages  à  l'éther.  Ceci  réalisé,  il  a  réuni  la  malléole 
interne  au  tibia  en  se  servant  des  plans  tibio-périostiques  qu’il  a 
suturés  et  il  a  tenté  une  réunion  par  première  intention.  J’estime 
que  la  technique  qu’il  a  suivie  est  parfaite  et  je  l’approuve  d’avoir 
préféré  la  suture  au  catgut  au  vissage  métallique,  car  je  pense 
que  dans  ces  fractures  ouvertes  il  faut  éviler,  quand  on  le  peut, 
de  mettre  sous  la  suture  un  corps  étranger. 

Le  membre  a  été  placé  en  bonne  position  dans  un  appareil  de 
Maisonneuve  et,  après  une  radiographie  qui  a  montré  que  les  sur¬ 
faces  articulaires  étaient  bien'en  place)  il  a  attendu  quarante  jours 
pour  placer  un  appareil  de  marche  de  Delbet. 

Je  n’ai  qu’un  reproche  à  lui  faire  :  l’appareil  de  Delbet  aurait 
dû  être  mis  plus  tôt.  Cet  appareil  en  effet,  pour  moi,  n’a  pas  pour 
but  immédiat  de  faire  marcher  le  blessé  ;  je  crois  qu’il  est  surtout 
utile,  en  ce  sens  qu’il  laisse  les  articulations  du  pied  libre  et  évite 
I’ankylose.  Aussi  je  le  pose  au  bout  de  dix  jours,  et  grâce  à  lui 
j’évite  les  raideurs  articulaires.  Si  M.  de  Rio  Branco  avait  fait  de 
même,  son  malade  n’aurait  pas  souffert  aussi  longtemps  et  n’aurait 
pas  attendu  un  an  pour  retrouver  l’intégrité  de  ses  fonctions. 

Ces  quelques  remarques  faites,  je  vous  propose  de  remerdier 
M.  de  Rio  Branco  de  nous  avoir  envoyé  cette  intéressante  obser¬ 
vation  et  de  publier  celle-ci  dans  nos  archives. 

M.  Basset.  —  J’ai  eu  occasion  d’opérer  pendant  la  guerre,  en 
1917,  un  blessé  dont  l’observation  est  absolument  superposable  à 
ceEe  du  blessé  de  M.  da  Silva. 

Il  s’agissait  d’un  motocycliste  qui,  ayant  fait  une  chute,  me  fut 
amené  à  l'auto-chir.  2  avec  une  large  plaie  éclatée  à  la  face  interne 
du  cou-de-pied,  fracture  ouverte  de  la  malléole  interne,  luxation 
du  pied  en  dehors  et  issue  au  dehors  d’une  grande  partie  de 
l’extrémité  inférieure  du  tibia. 

J’ai  fait  opératoirement  l'excision  des  parties  molles  contuseset 
suai  fiées,  le  nettoyage  de  l’articulation'  à  l’éther,  la  reposition 
sanglante  (sans  toucher  à  la  fracture  fermée  du  péroné)  et  j’ai 
suturé  sans  drainage,  après  avoir  fixé  en  place  Ta  malléole  interne 
sur  le  tibia  par  une  simple  suture  fîbro-périostique. 

Immobilisation  sur  une  attelle  de  Bœckel.  Suites  parfaites. 
A  son  départ  de  l’ambulance,  le  blessé  marchait  très  bien  quoique 
conservant  encore  une  légère  raideur  du  cou-de-pied. 


SÉANCE  DU  14  FÉVRIER 


263 


Luxation  acromio-clavicülaire. 

Opération  de  Cadenat.  Bon  résultat  fonctionnel , 
par  M.  Robert  Soupault. 

Rapport  de  M.  F.  M.  CADENAT. 

M.  Soupault  vous  a  présenté  ce  malade  à  une  précédente  séance. 
En  voici  l’observation  : 

Observation.  —  C...  (Georges),  vingt-six  ans,  est  renversé  par  un 
camion  le  21  août  1922.  Conduit  à  Saint-Antoine,  on  réduit  une  luxa¬ 
tion  de  la  hanche  droite,  une  luxation  du  pouce  droit.  Puis  le  lende¬ 
main  matin,  il  est  conduit  à  Lariboisière  (service  du  professeur  Sebileau) 
où  on  réduit  et  appareille  une  fracture  double  de  la  mâchoire  inférieure. 

Le  27  août,  il  est  passé  en  chirurgie  générale  (service  du  professeur 
Cunéo)  pour  luxation  acromio-claviculaire. 

A  ce  moment  le  tableau  clinique  est  caractéristique.  L’extrémité 
externe  fait  une  forte  saillie  qui  soulève  les  téguments.  Cette  saillie 
augmente  dans  les  mouvements  du  bras  en  avant  et  en  bas.  En 
appuyant  sur  l’extrémilé,  nettement  dessinée  sous  la  peau,  on  peut 
l’abaisser,  mais  elle  revient  aussitôt  à  sa  position  de  départ,  c’est-à-dire 
en  luxation  :  c’est  le  'phénomène  de  la  touche  de  piano  à  l’état  de 
pureté.' 

Peu  de  mobilité  antéro-postérieure.  La  douleur  n’est  pas  très  vive, 
sauf  dans  les  mouvements  étendus. 

La  radiographie  montre  nettement  la  luxation.  L’écart  approximatif 
entre  les  deux  surfaces  articulaires  est  de  2  centimètres. 

Préparation  des  téguments. 

Opération  le  29  août  1922  (Dr  Soupault).  —  Anesthésie  générale  à 
l’éther. 

La  technique  employée  est,  à  quelques  détails  près,  celle  décrite  par 
M.  Cadenat  dans  le  Journal  de  Chirurgie. 

Incision  verticale  le  long  du  sillon  delto- pectoral;  celle-ci  est  incurvée 
franchement  en  dehors  et  prolongée  de  5  centimètres  sur  la  partie  externe 
de  la  clavicule.  Au  lieu  de  récliner  ou  de  sectionner  quelques  fibres  du 
deltoïde,  on  désinsère  ce  muscle  sur  la  clavicule  et  même  un  peu  sur 
l'acromion.  Mise  en  évidence  de  la  coracoïde.  Recherche  et  dissection  du 
ligament  acromio-coracoïdien.  11  est  malheureusement  mince  comme 
un  cordonnet  et  non  pas  comme  une  bandelette.  On  le  sectionne  sur 
l’acromion.  Suture  de  l’articulation  acromio-claviculaire.  En  plus  un 
gros  fil  de  soie  en  renfor-t  autour  de  la  coracoïde  et  de  la  clavicule  est 
passé,  qui  tient  amarrés  les  deux  os.  Enfin  suture  du  ligament  acromio- 
coracoïdien  désinséré  au  périoste  du  bord  postérieur  et  de  la  face 
supérieure  de  la  clavicule.  Pendant  toutes  ces  manœuvres,  un  aide 
appuie  sur  la  clavicule,  un  .autre  pousse  le  bras  et  l’épaule  en  haut  et 
ën  arrière.  Suture  du  deltoïde  à  la  clavicule  et  de  ses  fibres  les  plus 
superficielles  aux  fibres  du  trapèze.  Suture  totale  de  la  peau  sans 
drainage. 


264 


SOCIÉTÉ  DE  CHIHURGIE 


Immobilisation  dans  une  écharpe  de  Mayor. 

Suites.  —  Sans  incidents.  Ablation  des  fils  le  septième  jour.  Réunion 
per  primam.  La  mobilisation  est  commencée  au  bout  de  trois  semaines, 
prudemment  d’abord  et  en  évitant  les  mouvements  brusques.  Puis  au 
bout  d'un  mois,  on  laisse  le  bras  tout  à  fait  libre  et  on  conseille  la 
gymnastique. 

Le  6  novembre  1922,  soit  soixante-dix  jours  après  l’opération,  la 
fonction  du  bras,  presque  égale  à  celle  du  côté  opposé,  permet  n’importe 
quel  travail.  Les  mouvements  de  propulsion,  rétropulsion,  abduction 
sont  identiques.  Seule  l’élévation  verticale  du  bras  est  un  peu  moins 
complète.  Aucune  espèce  de  douleur.  Il  y  a  un  peu  d'atrophie  muscu¬ 
laire  du  membre  correspondant,  mais  c’est  le  côté  gauche. 

%Au  niveau  de  l’articulation  acromio-claviculaire,  on  perçoit  un  épais¬ 
sissement  dur  qui  augmente  le  relief  squelettique,  mais  la  clavicule, 
est  complètement  et  solidement  à  sa  place. 

Vous  avez  vu  la  radiographie  de  ce  malade,  il  s’agissait  d’une 
luxation  sus-acromiale  complète,  c’est-à-dire  s’accompagnant  de' 
déchirure  des  ligaments  coraco-claviculaires.  La  violence  du 
traumatisme,  suffisante  pour  luxer  en  même  temps  la  hanche 
droite  et  fracturer  la  mâchoire,  explique  que  les  puissants  trous¬ 
seaux  fibreux  conoïde  et  trapézoïde,  qui  sont  le  véritable  moyen 
d’attache  entre  la  clavicule  et  l’omoplate,  se  soient  rompus.  Dès 
lors  tout  appareil  est  incapable  de  maintenir  réduit  un  semblable 
déplacement,  il  faut  agir  chirurgicalement. 

On  s’est  contenté  pendant  longtemps  de  suturer  la  clavicule  et 
l’acromion,  mais  les  résultats  sont  souvent  médiocres;  en  parti¬ 
culier,  l’abduction  du  bras  vite  limitée.  Aussi  notre  maître  le  pro¬ 
fesseur  Delbet  eut-il  l’idée  de  reconstituer  en  quelque  sorte  de 
nouveaux  ligaments  coraco-claviculaires  en  réunissant  par  un  fil 
métallique  les  segments  osseux  sur  lesquels  ils  s’insèrent.  En 
1908,  après  avoir  recherché  avec  Mocquot  quelle  était  la  meilleure 
direction  à  donner  au  fil,  il  pratiquait  à  Laënnec  la  première 
syndesmopexie  coraco-claviculaire. 

Le  résultat  immédiat  fut  parfait,  mais  les  mouvements  du- 
membre  firent  casser  le  fil,  que  M.  Delbet  dut  remplacer  par 
deux  fils  de  soie.  Ce  malade  vous  fut  présenté  à  la  séance  du 
21  juillet  1909. 

J’avais  à  ce  moment  l’honneur  d’être  l’interne  de  M.  Delbet,  ét 
j’entrepris  des  recherches  pour  savoir  s’il  ne  serait  pas  possible  de 
trouver  au  voisinage  de  l’articulation  de  l’épaule  une  bandelette 
fibreuse  susceptible  d’être  utilisée  pour  reconstituer  des  ligaments, 
coraco-claviculaires.  Mon  choix  s’arrêta  sur  le  faisceau  postérieur 
de  la  voûte  acromio-coracoïdienne  dont  l’insertion  interne  se  fait 
tout  près  de  celle  du  ligament  trapézoïde.  En  sectionnant  à  sou 


SÉANCE  DU  14  FÉVRIER 


265 


insertion  acromiale  cette  bandelette,  il!  est  possible  de  ramener 
celte  extrémité  en  arrière  puis  au-dessus  de  la  clavicule,  et  de  la 
fixer  à  ce  que  l’on  peut  trouver  de  résistant  à  ce  niveau,  périoste, 
claviculaire  et  fibres  aponévrotiques  d’insertion  du  trapèze. 

La  technique  que  j’ai  décrite  (1)  est  à  peu  de  chose  près  celle 
qu’a  suivie  M.  Soupault.  Notre  collègue  a  de  plus  mis  en  renfort 
un  fil  de  soie  pour  amarrer  les  deux  os.  C’est  là  une  excellente 
précaution,  que  je  conseillais  déjà,  et  qui  diminue  la  tension  du 
néo-ligament.  Pour  les  mêmes  raisons  le  ligament  acromio-clavi- 
culaire  supérieur  doit  être  suturé  avec  soin,  et  renforcé,  lorsqu’il 
est  mince,  par  suture  des  fibres  du  deltoïde  à  celles  du  trapèze. 

M.  Soupault  n’a  eu  aucune  difficulté  tenant  à  la  brièveté  de  la 
bandelette  acromio-coracoïdienne.  Dans  certains  cas,  il  y  a 
intérêt,  pour  en  augmenter  la  longueur,  à  prendre  la  rugine  pour 
en  détacher  les  insertions  acromiales.  C’est  cette  surface  de  désin- 
sertion,  qui,  après  une  torsion  légère,  est  suturée  à  la  clavicule. 
Je  n’ai  encore  jamais  constaté  que  cette  bandelette  fût  insuffisante. 
Si,  par  exception,  cela  se  rencontrait,  il  y  aurait,  je  crois,  intérêt 
à  découper  une  bandelette  étroite  de  fascia  lata  et  à  s’en  servir 
pour  reconstituer  les  ligaments  rompus. 

Le  résultat  obtenu  par  M.  Soupault  est  excellent.  Je  ne  parle 
pas  seulement  du  résultat  esthétique,  tous  les  procédés  le  donnent. 
Et  si  l’on  n’envisageait  la  question  qu’à  ce  seul  point  de  vue,  chez 
une  femme  coquette  de  ses  épaules,  la  suture  ou  l’enchevillement 
acromio-claviculaire,  facile  à  réaliser  par  une  incision  minime  et 
très  externe,  est  le  procédé  de  choix. 

Mais  c’est  surtout  le  résultat  fonctionnel  qui  est  intéressant  à 
considérer.  Les  deux  mouvements  qui  sont  le  plus  gênés  après  une 
luxation  acromio-claviculaire  sont  la  projection  et  l’abduction.  Or, 
vous  avez  pu  le  constater,  la  projection  est  parfaite.  Quant  à 
l’abduction,  elle  se  continue  sans  peine  au  delà  de  l’horizontale  et 
atteint  presque  la  verticale  dont  elle  ne  s’écarte  que  d’un  angle 
de  30°  environ.  C’est  d’ailleurs  la  seule  limitation  qu’on  observe, 
tous  les  autres  mouvements  ont  leur  amplitude  normale.  Prati¬ 
quement,  ce  membre  a  la  même  valeur  fonctionnelle  que  l’autre. 

Pour  juger  de  la  valeur  d’une  méthode  nouvelle,  les  cas  person¬ 
nels  de  l’auteur  sont  toujours  moins  démonstratifs  que  les  obser¬ 
vations  présentées  par  d’autres  chirurgiens.  Aussi  ai-je  plaisir  à 
constater  que  le  malade  qui  fait  l’objet  de  ce  rapport  présente  une 
amplitude  de  mouvements  comparable  à  celle  que  j’ai  pu  obtenir 
moi-même  dans  les  mêmes  conditions. 

L’opération  ne  dale  que  de  trois  mois,  il  est  difficile  actuel- 

(1)  Thèse  dé  Paris,  1913  et  Journal  de  Chirurgie ,  juillet  1913,  t.  XI,  n°  1 ,  p.  16. 


lement  de  faire  la  part  de  ce  qui  revient  au  fil  de  soie  ou  à  la 
ligamentoplastie  pour  maintenir  en  place  la  clavicule. 

M.  Delbet  a  obtenu  d’exeellents  résultats  éloignés  par  simple 
syndesmopexie  à  la  soie;  j'ai  moi-même  employé  deux  fois  la 
seule  ligamentoplastie  et  la  bandelette  transposée  a  parfaitement 
rempli  son  rôle. 

Le  fait  essentiel,  c’est  qu’il  ne  faut  plus,  en  pareil  cas,  agir 
seulement  sur  l’artieulation  luxée,  mais  attacher  solidement  la 
clavicule  à  la  coracoïde.  A  l’opérateur  de  choisir  l’un  des  procédés 
,ou  de  les  associer. 

M.  Soupault,  en  chirurgien  prudent,  a  estimé  que  deux  précau¬ 
tions  valent  mieux  qu’une.  Je  l’en  félicite  et  vous  prie  de  bien 
vouloir  insérer  son  observation  dans  nos  Bulletins. 

M.  Savariaud.  —  Je  m’associerais  très  volontiers  aux  compli- 
mentsque  notre  collègue Cadenat adresse  à  M.  Soupault, s’il  m’était 
démontré  que  les  luxations  de  l’extrémité  externe  de  la  clavicule 
s’accompagnent  de  troubles  fonctionnels  notables.  Pour  ma  part, 
les  cas  que  j’ai  observés  se  sont  fait  remarquer  par  une  bénignité 
extraordinaire.  Aussi  ai-je  coutume  de  ne  faire  aucun  traitement 
et  de  conseiller  simplement  aux  malades  de  se  servir  de  leur  bras 
le  plus  possible.  Je  suis  persuadé  qu’en  règle  générale,  les  blessés 
qui  guérissent  le  mieux  sont  ceux  dont  la  luxation  est  rpstée 
ignorée  et  qui  n’ont  pas  interrompu  leurs  occupations.  Mais  peut- 
être  suis-je  tombé  sur  une  série  exceptionnelle  et  je  serais  très 
reconnaissant  à  mes  collègues  de  me  donner  leur  avis. 

M.  le  DT  Baüuet.  —  Dans  les  cas  de  luxation  acromio-clavicu- 
laires,  avec  grand  déplacement,  difficiles  à  réduire  et  à  maintenir 
réduites,  j’ai  pratiqué  la  suture  au  fil  d’argent,  entre-croisé  en  X. 
De  plus,  j’ai  recouvert  et  capitonné  l’articulation  en  suturant  les 
fibres  capsulaires  déchirées  et  les  fibres  musculaires  voisines  du 
deltoïde.  Il  est  nécessaire,  en  effet,  de  renforcer  la  suture  métal¬ 
lique,  car  la  clavicule,  suturée  à  l’acromion,  forme  encore  une 
marche  d’escalier.  Les  fibres  capsulo- musculaires,  suturées  par¬ 
dessus,  font  disparaître,  comme  sous  un  tapis,  le  rebord  de  cette 
marche  d’esealier.  Au  point  de  vue  fonctionnel,  le  résultat  m’a 
paru  très  bon  au  bout  de  trois  mois  environ. 

M.  Dujarier.  — Je  crois  qu’il  faut  distinguer  dans  les  luxations 
aeromio-claviculaires  :  dans  les  fractures  avec  déplacement  peu 
important,  1  ou  2  centimètres,  avec  le  signe  de  la  touche  de  piano, 
je  crois  que  le  mieux  est  de  ne  rien  faire.  Le  résultat  fonctionnel 
est  très  bon.  Dans  les  luxations  graves  avec  déplacement  considé¬ 
rable  de  l’extrémité  externe  de  la  clavicule,  déchirure  certaine  des 


SÉANCE  DU  14  FÉVRIER 


267 


ligaments  coraco-claviculaireS,  je  crois  que  l’opération  proposée 
par  M.  Cadenat  est  très  acceptable. 

M.  P.  Hallopeau.  —  Je  crois  que  c’est  une  erreur  de  considérer 
comme  insignifiantes  et  non  gênantes  les  vraies  luxations  de 
l’extrémité  externe  de  la  clavicule,  c’est-à-dire  celles  où  il  y  a 
arrachement  des  ligaments  coraco-claviculaires.  J’ai  eu  à  traiter 
deux  malades  atteints  de  celte  lésion  et  qui,  tous  deux,  éprou¬ 
vaient  une  gêne  suffisante  pour  réclamer  une  intervention.  J’ai 
passé  tout  simplement  un  double  fil  de  très  forte  soie  embrassant 
coracoïde  et  claviculaire.  C’est  là  une  opération  très  simple  et 
donnant  des  résultats  assez  satisfaisants  pour  qu’elle  soit  parfai¬ 
tement  indiquée  dans  cës  traumatismes. 

M.  T botter.  —  J’ai  opéré  un  certain  nombre  de  luxations  de  la 
clavicule.  Les  luxations  simples  en  touche  de  piano,  fixées  par 
des  sutures  au  catgut  ou  à  la  soie,  donnent  de  bons  résultats 
fonctionnels,  mais  je  dois  dire  qu’un  grand  nombre  de  ces 
accidents  abandonnés  à  eux-mêmes  donnent  à  longue  échéance 
des  résultats  sou  vent. excellents. 

Pour  les  luxations  avec  chevauchement  très  étendu,  j’ai  fait 
des  sutures  au  fil  métallique,  acromio-claviculaires  trans  ou  péri- 
osseuses  :  les  résultats  n’ont  pas  été  favorables  et  le  fil  les  a  plus 
gênés  qu’il  ne  les  a  servis.  Il  faut  dans  ces  cas  recourir  à  d’autres 
procédés  qui  laissent  sa  souplesse  à  la  région. 

M.  Cadenat.  —  Il  y  a  deux  variétés  de  luxations  acromio-clavieu- 
laires  :  la  luxation  incomplète  dans  laquelle  les  ligaments  coraeo- 
claviculaires  ont  résisté,  et  la  luxation  complète,  où  la  clavicule 
embroche  les  fibres  du  trapèze  et  chevauche  largement  l’acromion, 
déplacement  qui  ne  peut  se  faire  qu’après  rupture  des  ligaments 
coraco-claviculaires.  Les  travaux  de  M.  Delbet  et  Mocquot  l’ont 
bien  démontré. 

Dans  le  premier  cas,  luxation  incomplète,  la  restitution  fonc¬ 
tionnelle  est  parfaite,  même  sans  intervention. 

Dans  la  luxation  complète,  il  est  nécessaire  de  reconstituer  les 
ligaments  coraco-claviculaires  qui  représentent  le  pivot  externe 
des  articulations  de  la  clavicule,  le  pivot  interne  étant  constitué 
par  le  ligament  costo-cîaviculaire. 

C’est  à  ces  dernières  luxations  seules  que  s’appliquent  tous  les 
traitements  qui  ont  été  proposés  et  en  particulier  ceux  qui  se 
proposent  d’unir  la  clavicule  à  l’apophyse  coracoïde. 

Quant  à  dire  que  ces  luxations  complètes  non  opérées  ne  déter¬ 
minent  pas  de  troubles  fonctionnels,  c’est  là  une  affirmation  con¬ 
traire  à  tout  ce  que  nous  avons  pu  constater. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Petit  diverticule  de  l'œsophage 
déterminant  des  troubles  dysphagiques  graves. 

Extirpation  en  un  temps.  Guérison, 
par  M.  P.  Picquet  (de  Sens). 

Rapport  de  M.  PIERRE  MOCQUOT. 

Il  y  a  seulement  une  dizaine  d’années,  les  diverticules  de  l’œso¬ 
phage  étaient  considérés  comme  très  rares  ;  si  l’on  en  juge  par  le 
nombre  des  observations  publiées  aujourd’hui,  il  semble  bien 
que  ce  soit  au  contraire  une  affection  assez  fréquente.  Cependant 
les  cas  ne  sont  pas  très  nombreux  qui  ont  été  présentés  ici,  ainsi 
que  le  faisait  remarquer  M.  Lenormant  dans  son  rapport  sur  une 
observation  de  Lapeyre,  au  mois  de  mai  dernier.  Aussi  est-ce 
pour  moi  une  heureuse  fortune  que  de  pouvoir  vous  soumettre 
aujourd’hui  l’observation  intéressante  qui  nous  a  été  adressée  par 
M.  Picquet. 

C’est  celle  d’une  femme,  âgée  de  soixante-douze  ans,  envoyée  par  le 
Dr  H.  Moreau  (de  Sens)  pour  des  troubles  dysphagiques  qui  remontent 
à  plusieurs  années,  mais  qui  se  sont  beaucoup  aggravés  depuis  quelques 
mois  au  point  de  rendre  l’alimentation  très  difficile.  La  gêne  de  la 
déglutition  a  commencé  il  y  a  cinq  ou  six  ans,  mais  pendant  longtemps 
il  n’y  eut  que  des  régurgitations  peu  fréquentes.  Aujourd’hui  la 
malade  a  de  la  peine  à  ingérer  les  liquides  eux-mêmes.  Elle  a  l’impres¬ 
sion  que  les  aliments  s’arrêtent  au  milieu  du  cou,  et  elle  est  obligée 
d’en  rejeter  immédiatement  la  plus  grande  partie.  Mme  IJ...  a  maigri 
d’une  dizaine  de  kilogrammes  dans  les  derniers  mois  et  elle  se  sent 
très  affaiblie.  Depuis  quelques  jours  elle  souffre  du  mollet  droit  et  elle 
présente  de  l’œdème  du  cou-de-pied;  sa  température  cependant  reste 
normale.  La  malade  indique  exactement  le  siège  de  l’obstacle;  elle  le 
place  sur  la  partie  gauche  du  cou,  à  trois  grands  travers  de  doigt  aù- 
dessus  de  la  clavicule.  L’exploration  de  la  région  est  très  facile  en 
raison  de  la  maigreur  du  sujet;  et  rependant  la  palpation  répétée 
avant  et  après  l’ingestion  d’aliments  ne  révèle  dans  la  profondeur 
aucune  tuméfaction.  La  malade  accuse  seulement  un  peu  de  gêne  à  la 
pression  en  un  point  qui  siège  un  peu  plus  haut  que  le  tubercule  de. 
Chassaignac,  en  arrière  et  un  peu  au-deêsus  de  l’arc  antérieur  du 
cartilage  cricoïde. 

M.  Picquet  pratique  alors  un  examen  radioscopique.  Le  premier  cachet 
de  carbonate  de  bismuth,  après  avoir  marqué  un  temps  d’arrêt  à 
l’endroit  indiqué  par  M“e  D...,  finit  par  être  entraîné  jusque  dans 
l’estomac,  lorsque  la  malade  après  beaucoup  d’efforts  a  réussi  à  déglu¬ 
tir  un  peu  d’eau.  Un  second  cachet  passe  beaucoup  plus  diifîcilement 
encore  ;  plusieurs  minutes  sont  nécessaires  pour  qu’il  descende  dans, 
l’œsophage  par  petits  fragments.  On  fait  alors  ingérer  une  bouillie 
barytée  peu  épaisse  :  un  mince  filet  nojr  peut  être  suivi  jusque  dans- 


SÉANCE  DU  14  FÉVRIER 


269 


l’estomac;  mais  en  arrière  de  ce  filet,  la  malade  étant  placée  dans  la 
position  oblique  antérieure  gauche,  on  voit  se  former  une  tache  sombre 
de  forme  ovale  à  contours  très  réguliers.  Cette  ombre  mesure  environ 
3.  centimètres  et  demi  de  hauteur  sur  1  centimètre  de  largeur.  Vue  de 
face,  elle  n’est  pas  exactement  médiane,  elle  présente  un  prolongement 
en  bas  et  à  gauche.  L’ombre  se  termine  en  haut  par  une  ligne  horizon¬ 
tale,  et  elle  est  surmontée  par  un  petit  espace  clair  arrondi.  En  pres¬ 
sant  sur  la  tache  à  travers  les  téguments,  on  parvient  peu  à  peu  à  la 
faire  disparaître,  et  en  même  temps  on  voit  se  détacher  de  petits 
flocons  noirs  qui  glissent  en  avant  d’elle  vers  l’estomac. 

Cet  examen  est  d’une  telle  netteté  que  le  diagnostic  s’impose  immé¬ 
diatement  :  il  s’agit. d’un  diverticule  à  peine  plus  volumineux  qu’un 
petit  dé  à  coudre  qui  paraît  implanté  sur  la  paroi  postéro-latérale 
gauche  de  l’œsophage,  ou  plutôt  de  la  partie  terminale  du  pharynx, 
puisque  son  orifice  se  trouve  dans  un  plan  supérieur  à  celui  du  carti¬ 
lage  cricoïde. 

La  malade  est  remontée  par  de  copieuses  injections  de  sérum  glu- 
cosé,  et  l’opération  est  pratiquée  le  29  juillet  1922  sous  anesthésie  géné¬ 
rale  au  chloroforme.  Une  longue  incision  sur  le  bord  antérieur  du 
sterno-cléido-mastoïdien  gauche  permet  l’isolement  du  muscle.  Après 
incision  des  plans  aponévrotiques,  on  arrive  très  rapidement  sur  ia 
colonne  vertébrale  en  passant  en  dedans  du  paquet  vasculo-nerveux. 

On  découvre  alors  sans  la  moindre  difficulté  contre  le  bord  du  con¬ 
duit  pharyngo- œsophagien  un  petit  sac  jaunâtre  qui  mesure  un  peu 
moins  de  2  centimètres  de  long  sur  un  peu  plus  de  1  centimètre  de 
large.  On  l’attire,  et  on  l’isole  très  facilement  comme  s’il  s’agissait  d’un 
sac  herniaire:  On  arrive  ainsi  jusqu’au  canal  digestif  derrière  lequel 
le  sac  s’engage.  On  expose  le  collet  avec  deux  pinces  de  Chaput  qui  le 
tendent,  et  on  le  coupe  d’un  coup  de  ciseaux  en  enlevant  avec  lui  une 
petite  couronne  de  musculeuse.  On  suture  ensuite  très  soigneusement 
la  muqueuse  au  moyen  d’un  surjet  de  catgut  chromé  n°  0,  puis  la 
musculeuse  au  moyen  de  points  séparés  très  rapprochés.  On  laisse  un 
drain  au  contact  de  la  suture  ;  on  tasse  aü-dessous  une  mèche  de  gaze 
pour  éviter  la  cellulite  cervicale  et  les  f  usées  septiques  vers  le  médiastin 
dans  le  cas  où  la  suture  viendrait  à  lâcher. 

Pendant  deux  jours  la  malade  ne  prend  rien,  elle  reçoit  seulement 
du  sérum  glucosé  sous  la  peau.  Pendant  les  deux  jours  suivants  elle 
boit  de  l’eau  bouillie.  Ensuite  elle  s’alimente  avec  du  lait.  La  déglutition 
«st  parfaite  d’emblée. 

Le  drain  et  la  mèche  sont  retirés  le  cinquième  jour;  on  ne  constate 
aucun  suintement;  la  température  reste  normale.  Vers  le  dixième  jour 
on  est  obligé  de  faire  une  petite  ouverture  au  niveau  de  l’orifice  de 
drainage  déjà  refermé  pour  donner  issue  à  une  cuillerée  à  café  de  séro¬ 
sité  louche.  A  partir  de  ce  moment  la  malade  reprend  une  alimentation 
absolument  normale.  Elle  n’éprouve  plus  aucune  gêne.  L’examen 
radioscopique  montre  que  la  bouillie  barytée,  les  cachets  opaques 
passent  très  facilement.  Le  canal  pharyngo-œsophagien  n’est  plus 
dévié,  son  calibre  paraît  normal. 


270 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Après  son  relour  chez  elle  la  malade  recommence  à  souffrir  du 
mollet,  et  elle  présente- de  l’œdème  de  la  jambe.  Tout  disparaît  après 
quelques  jours  de  repos.  Aux  dernières  nouvelles  sa  santé  était  parfaite-. 

La  pièce  enlevée  se  présente  comme  un  petit  sac  jaunâtre  dont  les 
parois  sont  très  souples  et  très  minces.  Le  collet  est  entouré  d’une 
couronne  musculaire.  La  muqueuse  de  la  face-  interne  est  lisse  et  blan¬ 
châtre.  M.  Leroux,  du  Laboratoire  d'anatomie  pathologique  de  la 
Faculté,  a  bien  voulu  se  charger  de  l’examen  histologique  et  me  remettre 
la  note  suivante  : 

«  La  poche  montre  un  revêtement  muqueux  malpighien  qui  n’est 
que  la  continuation  de  celui  de  l’œsophage.  On  voit  au  niveau  de 
l’origine  du  diverticule  l’armature  musculaire  du  conduit,  mais  celte 
armature  ne  concourt  pas  à  la  formation  de  la  poche.  Au-dessous  du 
revêtement  épithélial  on  ne  trouve  qu’une  lame  conjonctivo-vasculaire 
au  sein  de  laquelle  on  note  quelques  nodules  inflammatoires  péri- 
capillaires.  » 

L’histoire  des  diverticules  de  l’œsophage  a  été  exposée  par 
M.  Hartmann,,  qui  a  montré  les  erreurs  de  diagnostic  auxquelles 
ils  donnent  lieu  et  l’intérêt  de  leur  traitement  chirurgical,  et  tout 
récemment  reprise  par  Bensaude,  Grégoire  et  Guiénaux  qui  ont 
étudié  avec  une  minutieuse  précision  leur  curieuse  symptoma¬ 
tologie  et  indiqué  les  règles  du  traitement  chirurgical.  Aussi 
serait-il  tout  à  fait  vain  die  vouloir  vous  retracer  toute  l'Tnstoire 
de  cette  affection,  et  je  m’arrêterai  simplement  aux  particularités 
que  présente  l'observation  de  M.  Picquet. 

Elle  offre  tout  d’abord  un  intérêt  clinique  en  ce  sens  que  chez 
cette  vieille  femme  de  soixante-douze  ans,, le  diagnostic  a  été  posé 
rapidement  parce  qu’on  s’est  adressé  de  suite  au  meilleur  moyen 
qui  est  la  radioscopie.  C’est  qu’en  effet,  chez  elle,  il  .n’y  avait 
d’autre  signe  que  la  dysphagie  déjà  ancienne  avec  ses  caractères 
si  particuliers  et  la  régurgitation  immédiate  de  la  plus  grande 
partie  des- aliments  ingérés. 

Malgré  l’extrême  maigreur  de  la  malade,  l’examen  physique  le 
plus  minutieux,  répété  avant  et  après  l’ingestion  d’aliments,  ne 
révélait  dans  la  profondeur  aucune  tuméfaction.  Est-ce  parce  que 
le  diverticule  se  vidait  immédiatement  de  son  contenu  ?  Il  est 
probable  q’ffe  c’est  seulement  à  cause  de  son  faible  volume  qu’il 
n’était  pas  senti. 

Dans  ces  conditions  M.  Picquet  a  eu  d’emblée  recours  à  l'examen 
radioscopique,  et  il  a  eu  grandement  raison.  Comme  le  disent 

(1)  Hartmann.,  Les  traitements  de  l’ceséphage.,  Jourw.  de  Chirurgie ,  t.  XVI, 
1920,  p.  481. 

(2)  Bensaude,  Grégoire  et  Guénaux.  Diagnostic  et  traitement  des  diverti¬ 
cules  œsophagiens.  Arcli.  des  mal.  de  l'app.  digestif  et  de  la  nutrition f- 
t.  XII,  1922,  p:  143. 


SÉANCE  Dll  14  FÉVRIER 


271 


Bensaude  et  Grégoire  «la  radioscopie  permet  presque  toujours  de 
reconnaître  l’affection  à  son  début,  alors  que  le  diverticule  est  de 
petit  volume  et  que  sa  symptomatologie  est  des  plus  vagues.  Elle 
n’a  pas  de  contre-indication  ;  elle  est  d’exécution  aisée;  elle  ne 
présente  ni  les  dangers  du  cathétérisme,  ni  les  difficultés  de  l’ceso- 
phagoscopie,  elle  n’a  pour  le  malade  aucun  inconvénient  ;  chaque 
fois  qu’il  existe  des  troubles  dysphagiques,  si  légers  soient-ils, 
c’est  le  premier  mode  d’exploration  auquel  on  doit  recourir  ». 

On  ne  saurait  mieux  dire,  mais  il  convient  d’ajouter  que  cet 
examen  radioscopique  ne  laisse  pas  que  d’être  délicat. 

Il  a  fallu  beaucoup  d’attention  pour  voir  en  position  oblique 
derrière  le  filet  de  baryte  qui  descendait  jusqu’à  l’estomac  une 
petite  tache  sombre  à  contour  régulier,  haute  de  2  cent.  1/2,  large 
de  1  centimètre;  on  la  revoit  de  face  un  peu  déviée  à  gauche  :  on 
analyse  ses  caractères,  on  la  voit  surmontée  d’une  petite  tache 
claire;  par  la  pression  elle  s’efface,  tandis  que  des  petits  flocons 
descendent  dans  l’œsophage  :  dès  lors  le  diagnostic  est  fait' avec 
toute  la  précision  désirable  et  sans  s’attarder  à  d’autres  examens 
inutiles  et  peut-être  dangereux,  Picquet  décide  et  pratique  son 
intervention. 

Celle-ci  a  été  faite  avec  une  méthode  très  simple  et  très  sûre  : 
parla  voie  habituelle,  Picquet  a  pu  découvrir  et  reconnaître  faci¬ 
lement  «  un  petit  sac  jaunâtre  long  de  2  centimètres,  large  de  1  », 
l’attirer,  arriver  ainsi  jusqu’à  l’œsophage  derrière  lequel  s’engage, 
le  diverticule,  exposer  le  pédicule,  le  couper,  et  suturer  ensuite 
la  brèche,  puis  il  a  laissé  à  son  voisinage  un  drain  et  une  petite 
mèche  et  sans  doute,  bien  qu’il  ne  le  dise  pas  expressément, 
suturé  la  plaie  superficielle.  Sa  malade  a  bien  guéri  ;  au  bout  de 
dix  jours,  elle  a  pu  reprendre  son  alimentation;  toute  gêne  avait 
disparu  et  la  radioscopie,  de  nouveau  pratiquée,  permit  de  con¬ 
stater  que  la  déglutition  était  devenue  parfaitement  normale. 

Voici  donc  un  succès  de  plus  à  l’actif  de  la  méthode  d’extirpa¬ 
tion  en  un  temps  des  diverticules  de  l’œsophage.  Aussi  bien  la 
gravité  nous  en  apparaît  de  moins  en  moins  grande;  en  1900,  la 
mortalité  était  d’après  Stark  de  23  p.  100;  en  1910,  de  Witt  Stelten 
l’estime  à  16,6  p.  100;  Grégoire  donne  12  morts  sur  109  observa¬ 
tions;  M.  Lenormant,4  sur  75;  Lüpke,  2  sur  39. 

Mais  il  faut  compter  avec  les  fistules.  Dans  l’observation  de 
M.  Picquet,  les  accidents  ont  été  réduitsau  minimum;  cependant, 
au  dixième  jour,  il  a  fallu  donner  issue  à  un  peu  de  sérosité 
trouble. 

Ajoutons  que  cette  opération  est  pratiquée  sur  des  affaiblis,  des 
inaniliés,  chez  qui  une  infection  toujours  possible  peut  prendre  un 
caractère  d’exceptionnelle  gravité. 


272 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Elle  comporte  donc  un  risque  et  elle  nécessite  des  précautions 
minutieuses. 

M.  Picquet,  après  avoir  isolé  le  diverticule  comme  un  sac 
herniaire,  a  exposé  et  tendu  le  collet  avec  deux  pinces  de  Cliaput, 
et  il  l’a  simplement  coupé  d’un  coup  de  ciseaux,  puis  il  a  suturé 
d’abord  la  muqueuse  en  surjet,  puis  la  musculeuse  à  points 
séparés.  Mais  sachant  que  ces  sutures  œsophagiennes  ne  donnent 
jamais,  quelque  soin  qu’on  y  apporte,  une  complète  sécurité,  il  a 
laissé  un  drain  :  la  suite  a  montré  qu’il  avait  agi  sagement.  Sa 
malade  n’a  pas  eu  de  fistule,  mais  cependant  au  dixième  jour  il  a 
fallu  donner  issue  à  une  petite  collection  de  sérosité  louche. 

L’observation  qui  nous  est  soumise  montre  une  fois  de  plus  que 
la  gastrostomie  n’est  pas  indispensable,  et  on  peut  en  réserver 
l’emploi  aux  malades  en  état  de  dénutrition  très  profonde,  chez 
lesquels  la  première  indication  est  de  rétablir  l’alimentation  et  de 
remonter  les  forces. 

Il  me  reste  à  noter  les  quelques  particularités  anatomiqjaes  à 
signaler  dans  l’observation. 

M.  Picquet  note  que  l’évagination  paraissait  provenir  plus  du 
pharynx  que  de  l’œsophage,  c’est  ce  qui  a  fait  dire  à  M.  Hartmann 
que  ces  diverticules  mériteraient  d’être  appelés  pharyngiens.  3 

Ce  diverticule  siégeait  non  pas,  comme  d’ordinaire;  sür  la  face 
postérieure  de  l’œsophage,  mais  bien  sur  sa  paroi  latérale  gauche. 
Le  siège  latéral  des  diverticules  n’est  peut-être  pas  aussi  excep¬ 
tionnel  qu’on  l’a  dit.  Dans  le  fait  présenté  ici  même,  par  Sencert, 
l'insertion  diverticulaire  était  postéro-latérale,  presque  exclusi¬ 
vement  latérale  droite. 

La  hernie  muqueuse  qui  paraît  être  l’organe  du  diverticule  ne 
se  produit  peut-être  pas  toujours  au  même,  endroit.  Lorsqu’elle 
est  postérieure,  ce  qui  est  la  règle,  élle  se  fait  pour  M .  Hartmann, 
pour  Sencert,  dans  le  lieu  de  moindre  résistance  ,  situé  entre  la 
pars  lundi  for  mis  et  la  pars  obliqua  du  crico-pharyngien. 

C’était  l’opinion  de  Killian.  Grégoire  estime  que  la  hernie  se  fait 
plutôt  entre  le  bord  inférieur  du  constricteur  inférieur  du  pha¬ 
rynx  et  le  bord  supérieur  du  muscle  crico-œsophagien.  Ces 
petites  différences  ne  présentent  pas  d’ailleurs  une  bien  grande 
importance  pratique.  Elles  n’auraient  d’intérêt  que  pour  l’accès 
au  diverticule.  M.  Picquet  était  naturellement  porté  à  l’aborder 
par  le  côté  gauche  du  cou  et  c’est  d’ailleurs  par  ce  côté  que  la  plu¬ 
part  des  chirurgiens  ont  passé.  Cependant  Sencert  est  passé  à 
droite,  parce  que  le  diverticule  paraissait  dévié  de  ce  côté,  et  je 
note  que  Grégoire,  dans  ses  trpis  observations,  est  passé  aussi 
par  le  côté  droit. 

Quant  à  la  paroi  du  diverticule,  elle- était  constituée,  comme 


SÉANCE  DU  14  FÉVRIER  273 


toujours,  par  un  revêtement  épithélial  malpighien  et  au-dessous 
par  une  lame  conjonctivo-musculaire.  Les  fibres  musculaires 
s’arrêtaient  au  niveau  du  collet  du  diverticule. 

En  terminant,  je  vous  propose,  Messieurs,  de  remercier 
M.  Picquet  de  son  intéressante  observation  et  de  lui  adresser  nos 
félicitations  pour  le  résultat  qu’il  a  obtenu. 


Procédé  de  réduction  des  luxations  de  phalanges, 
par  M.  Descarpentries  •  (de  Roubaix). 

Rapport  de  M.  A.  LAPOINTE. 

Comme  le  dit  M.  Descarpentries,  les  luxations  interphalan- 
giennes  et  métacarpo-phalangiennes  ne  sont  pgs  toujours  faciles 
à  réduire  par  manœuvres  externes,  surtout  quand  elles  ne  sont 
plus  tout  à  fait  récentes. 

On  réalise  difficilement  une  bonne  prise  pour  la  remise  en 
place  d’une  phalange  unguéale,  et,  dans  la  luxation  du  pouce, 
la  pince  de  Farabeuf  ne  permet  pas  de  réussir  à  tout  coup.  Elle 
ne  figure  d’ailleurs  que  par  exception  dans  la  vitrine  du  prati¬ 
cien. 

C’est  pour  cela  que  ces  petites  luxations  sont  souvent,  trop  sou¬ 
vent,  abandonnées  à  elles-mêmes,  dans  l’espoir  d’une  adaptation 
fonctionnelle  qui  est  loin  d’être  constamment  suffisante. 

En  s’inspirant  de  ces  considérations,  M.  Descarpentries  a  ima¬ 
giné  un  procédé  de  réduction  qui  consiste  à  réaliser  une  prise 
solide,  antidérapante,  par  l’intermédiaire  d’un  clou  qu'il  enfonce, 
sous  anesthésie  locale,  à  travers  la  base  de  la  phalange  luxée.  On 
peut  alors  tirer  comme  on  veut. 

Grâce  à  ce  «  truc  »,  M.  Descarpentries  a  pu  réduire  facilement 
trois  luxations  dorsales  de  phalanges  unguéales  et  une  luxation 
dorsale  du  pouce,  qui  avaient  résisté  aux  manœuvres  habituelles. 
Deux  de  ces  luxations,  dont  celle  du  pouce,  étaient  récentes;  les 
deux  autres  dataient  d’un  mois  et  de  trois  mois. 

Cette  application  de  la  traction  par  broche,  à  la  façon  de  Codi- 
.  villa,  est  ingénieuse,  et  je  trouve  qu’elle  mérite  de  prendre  place 
dans  le  traitement  des  luxations  des  doigts  et  du  pouce,  entre  la 
réduction  par  manœuvres  externes  et  l’intervention  sanglante 
proprement  dite. 

M.  Savariaud.  —  J’ai  peut-être  tort  de  prendre  la  parole  parce 
que  je  n’ai  observé  que  des  luxations  récentes.  Elles  se  sont 

BULL.  ET  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CHIK. ,  1923.  20 


27.4 


SOCIÉTÉ  DÉ  CHlRUftGÎÈ 


réduites  avec  la  plus  grande  facilité.  Mais  il  est  bien  entendu  que 
je  lie  parle  pas  des  luxations  du  pouce  et  qu’il  faut  faire  une  place 
spéciale  à  celles  de.  l’index. 

M.  Dujarier. —  Jusqu’à  présent  j’ai  pu  réduire,  par  le  procédé 
dé  Faraheuf,  toutes  les  luxations  dii  pouce  récentes  <jue  j’ài  pu 
observer;  je  n’ai  jamais  jusqu’ici  eu  a  intervenir  par  voie  san¬ 
glante,  cela  m’arrivera  peut-être. 

M.  Baudet.  —  J’ai  observé  quatre  cas  de  luxation  du  pouce  en 
arrière.  Je  n’ai  pii  les  réduire  tjue  par  l’opération  sanglante,  avec 
incision  antérieure,  palmaire.  Quant  à  la  luxation  ordinaire  des 
phalanges,  mes  résultats  ont  été  inverses.  J’ai  toujours  pu  les 
réduire  facilément  par  là  simple  traction. 

M.  Savàruud.  —  Jé  suis  de  ceux  qui  pensent  que  les  luxations 
du  pouce  sont  souvent  très  difficiles  à  réduire,  qu  il  S’agisse  de 
luxations  récentes  où  de  luxations  anciennes.  Avec  l’opération;  on 
arrive  toujours  à  réduire,  c'est  entendu,  mais  la  réduction  est 
souvent  des  plus  notables,  quoi  qu’on  fasse. 

M.  Tuffier.  —  Je  ne  puis  pas  accepter  que  toutes  les  luxations 
du  pouce  sont  facilement  réductibles.  J’en  airencontré  que  je  n’ai 
pas  pu  réduire  malgré  des  efforts  répétés  et  des  manœuvres 
classiques  qui  ne  m’avaient  donné  ailleurs  que  des  succès. 

La  méthode  sanglante  a  été  nécessaire  dans  ces  cas  et  j’ai  pu 
me  rendre  compte  pendant  l’opération  des  obstacles  à  la 
réduction. 

M.  'Hartmann.  —  Je  crois  qu’il  y  a  des  distinctions  à  faire.  Presque 
toutes  les  luxations  des  phalanges  se  réduisent  avec  la  plus  grande 
facilité.  Pour  le  pouce,  en  suivant  la  technique  indiquée  par 
Farabeuf,  j’ai  toujours  réduit  la  luxation.  Il  faut  de  même  recourir 
à  cette  manœuvre  de  Farabeuf  pour  la  luxation  de  l’index,  le 
ligament  glénoïdien  de  son  articulation  contenant  quelquefois  des 
os  sésamoïdiens  et  pouvant  devenir,  comme  pour  le  pouce,  iinë 
cause  d’irréductibilité  si  l’on  tire  simplement  sur  le  doigt. 

M.  Lenormant.  —  Je  n’ai  vu  qu’un  petit  nombre  de  luxations  du 
pouce  ou  des  phalanges;  toutes  étaient  récenlès  et  j’ai  pii  les 
réduire  sans  difficulté.  Là  n’est  pas  là  question.  Mais  je  me 
demahde  si  le  procède  que  nous  propose  M.  Descarpentries  facili¬ 
tera  beaucoup  les  réductions  difficiles.  La  radiographie  qui  nous- 
est  montrée  concerne  une  luxation  métacarpo-phalangienne  du 
pouce.  Or,  il  me  semble  que  les  deux  phalanges  du  pouce  offrent 


SEANCE  DU  14  FEVRIER 


27o 


une  prise  suffisante  aux  tractions,  directes  ou  par  l’intermédiaire 
d’une  pince,  sans  qu’il  soit  nécessaire  dé  transfixer  l’üne  dé  ces 
phalanges  avec  Un  clou.  Jè  sais  bien  qu’il  y  a  des  luxâtibhs  irré¬ 
ductibles  d'emblee,  maïs  je  crois  qu’alors  ce  ne  sont  pas  les 
tractions  qui  les  réduiront  et  qu’il  faut  recourir  à  une  intervention 
plus  large  qui  permettra  de  reconnaître  les  obstacles  à  la  réduction 
et  de  les  iever. 

M.  À.  Làpoikte.  —  Je  né  pensais  pas  que  Cé  court  rapport  J>ût 
étire  lé  süjet  d’ürie  discussion  d’üné  telle  ampleur. 

Jè  ne  voulais  pas  envisager  toute  la  question  des  lüxatioqs  des 
phalanges  et  du  pouce,  de  leur  traitement,  et  des  causes  «l’irré¬ 
ductibilité. 

C’est  un  fait  que  ne  sauraient  contester  même  ceux  qui  ont  eu 
la  chance  de  réduire  toutes  les  luxations  interphalangiennes  et 
métarcarpo-phalangiennes  qu’ils  ont  rencontrées,  il  y  a  de  cés 
luxations,  mêmè  peu  anciënnes,  même  récentes,  qui  ne  Sont  pas 
faciles  à  réduire.  Quand  il  s’agit  du  pouce,  tout  le  motide  bë 
possède  pas  la  pince  de  Fdrabeüf  et  je  persisté  à. croire  cjue  le 
petit  truc  de  M.  Descarpentries  est  simple,  sans  risque,  à  la  portée 
de  tous  et  qu’il  mérite  d’être  utilisé,  quand  le  déplacement  a 
résisté  aux  manœuvres  dé  réduction  habituelles,  ce  qui  était  le 
cas,  iiien  entendu,  pour  les  observations  de  M.  Descarpentries. 


Communication. 

Sarcome  pédicule  de  l'intestin  grêle  ayant  déterminé , 
par  sà  rupture ,  une  violente  hémorragie  interne , 

par  M.  le  Dr  BRIN  (d’Angers). 

Lès  tumeurs  sarcomatéüsës  de  i’inlestin  grêle  sont  plutôt  rares, 
bien  que  les  observations  en  soient  plus  nombreuses  qu’au  moment 
des  travaux  de  Lecène. 

Parmi  ces  tumeurs,  les  tumeurs  pédiculées  externes,  excen¬ 
triques,  sontencoreplus rares.  Enfin, parmi  cesdernières, quelques- 
unes  subissent  la  transformation  kystique  et  peuvent  se  rbiiipre, 
déterminant  des  hémorragies  intrapéritonéales  importantes. 

J’ai  observé  ce  dernier  cas.  Il  n’en  a  pas  été,  â  nia  connaissance, 
publié  de  semblable  dans  céttë  Sdciété  et  c’est  ce  qui  m’engage  à 
vôus  le  cdmrnuniquër . 


27Ô  SOCIÉTÉ  DE  CUIHURGIE 


Observation.  —  Mm«  Gui...  (Marie),  quaranle-neuf  ans, .de  Mazé,  n'a 
jamais  eu  de  maladie  sérieuse. 

Réglée  à  douze  ans,  et  depuis  lors  très  régulièrement  et  sans  douleur. 
Mariée  à  vingt-quatre  ans,  n’a  jamais  eu  ni  enfant,  ni  fausse  couche. 

Peu  après  son  mariage  aurait  été  soignée  peu  de  temps  pour  une 
métrite  sans  gravité. 

N’a  jamais  eu  aucun  symptôme  abdominal,  ni  douleur,  ni  troubles 
ga«tro-intestinaux,  sauf  une  constipation  habituelle. 

Aucun  amaigrissement,  et  même  tendance  à  l’obésité  depuis  deux  ans. 
Depuis  quelques  mois  la  malade  se  sentait  le  ventre  un  peu  plus  gros, 
mais  sans  aucune  sensibilité,  et  menait  avec  facilité  sa  dure  existence 
de  cultivatrice  très  laborieuse.  Jamais  de  crises  diarrhéiques,  jamais  de 
sang  dans  les  selles. 

Le  21  janvier  dernier,  à  15  heures,  pendant  une  cérémonie  religieuse, 
douleurs  soudaines  et  très  violentes  dans  le  ventre.  Elle  rentre  aussitôt 
et  péniblement  chez  elle.  Au  lit,  les  coliques  continuent,  atroces  et  sans 
intermittence.  Vomissement  alimentaire  à  18  heures,  un  autre  bilieux 
à  19  heures,  un  troisième  très  abondant,  foncé,  à  minuit.  Depuis  le  début 
de  la  crise,  rétention  complète  des  gaz.  Mictions  possibles  et  non  dou¬ 
loureuses. 

Pendant  toute  la  nuit,  compresses  chaudes  et  potion  de  Rivière.  Pas 
de  morphiqe. 

Le  22  au  matin,  la  situation  restant' aussi  douloureuse,  bien  que  sans 
vomissement  nouveau,  le  faciès  pâlissant,  le  pouls  devenant  rapide 
à  110,  mon  excellent  ami  le  Dr  Combes  envoie  la  malade  à  ma  clinique 
où  elle  arrive  à  16  heures  et  où  on  lui  injecte  aussitôt  sérum  et  huile 
camphrée. 

Je  la  vois  à  17  heures,  soit  vingt-six  heures  après  le  début.  C’est  une 
femme  plutôt  obèse,  paraissant  épuisée  et  se  plaignant  vivement  des 
douleurs  abdominales.  Le  pouls  est  à  120,  la  température  à  39°4.  Les 
urines  examinées  à  l’arrivée  n’ont  ni  sucre,  ni  albumine.  L’examen  du 
ventre  le  montre  volumineux  sans  circulation  collatérale. 

A  la  palpation,  très  difficile,  on  sent  toutefois  nettement  une  résis¬ 
tance  plus  grande  du  côté  gauche,  une  masse  diffuse  au-dessus  de 
l’arcade  crurale  et  dans  la  fosse  iliaque  gauche.  La  douleur  à  la  pres¬ 
sion  est  diffuse  et  ne  semble  pas  plus  prononcée  à  gauche  qu’à  droite. 

A  la  percussion,  matité  dans  les  régions  hypogastrique  et  iliaque, 
plus  marquée  à  gauche.  Le  toucher  vaginal  montre  un  utérus  élevé 
difficile  à  délimiter  et  une  tuméfaction  élastique  assez  haute  dans  le 
cul-de-sac  gauche  se  continuant  avec  la  masse  rénitente  abdominale. 
Mon  diagnostic  est  kyste  de  l’ovaire  gauche  tordu,  et  j’interviens  de 
suite. 

Anesthésie  à  l'éther  (appareil  d’Ombrédanne) .  Laparotomie  médiane  de 
la  symphyse  à  l’ombilic.  A  l’ouverture  du  péritoine  qui  paraît  distendu 
et  bleuâtre,  il  s’écoule  un  flot  de  sang  frais  et  de  caillots,  que  j’estime 
à  plus  d’un  litre.  Surpris,  j’assèche  sommairement  et  découvre  rapide¬ 
ment  la  tumeur  qui  est  bien  un  kyste  gauche  assez  volumineux.  La 
ponction  en  retire  3  litres  de  liquide  brunâtre.  Aussitôt  le  kyste  affaissé,' 


SÉANCE  DU  14  FÉVRI;  R 


en  épongeant  et  en  refoulant  les  anses,  je  vois  une  masse  rouge  noi¬ 
râtre  qui  saigne  et  que  j’attire  vivement  ;  elle  ressemble  à  une  volu¬ 
mineuse  grossesse  tubaire  rompue,  mais  elle  s’implante  sur  le  bord 
convexe  de  l'intestin  grêle.  C’est  une  tumeur  pédiculée  de  l’intestin 
grêle.  Son  pédicule,  large  comme  le  pouce  et  long  de  2  centimètres 
environ,  s’implante  sur  l’intestin  comme  un  diverticule  de  Meckel.  L’in¬ 
testin  lui-même  est  parfaitement  sain  d’aspect  comme  le  pédicule  lui- 
même.  Il  n’y  a  ni  induration  pariétale,  ni  distension  anormale,  ni 
ganglions  mesentériques  proches.  Une  seule  particularité  à  noter  :  une 
grosse  veine  allant  du  mesentère  à  la  tumeur  et  croisant  perpendicu¬ 
lairement  l’intestin.  ( 

Faut-il  réséquer  l’intestin  ou  le  pédicule  seul  ? 

Devant  l’état  inquiétant  de  la  malade  je  veux  finir  vite,  je  sectionne 
le  pédicule  au  ras  de  l’intestin  et  je  suture  ce  dernier  en  deux  plans  au 
fil  de  lin,  plans  perpendiculaires  à  l’intestin.  Le  ventre  est  alors  asséché 
aussi  complètement  que  possible  et  je  passe  à  l’ablation  du  kyste  qui, 
malheureusement,  était  inclus  et  a  été  assez  difficile  à  enlever. 

Fermeture  de  la  paroi  abdominale  en  deux  plans  (catgut  et  crins) 
sans  drainage. 

Les  suites  opératoires  ont  été  absolument  simples,  sans  vomissements, 
avec  évacuation  rapide  des  gaz  et  des  matières. 

La  température  est  restée  à  38°o  pendant  trois  jours  et  est  descendue 
à  la  normale. 

La  malade  a  quitté  la  clinique  le  10  février. 

Examen  macroscopique.  —  La  tumeur  est  du  volume  du  poing. 

Elle  présente  une  partie  adjacente  à  l’intestin,  solide  et  assez  dure. 
Elle  est  recouverte  d’une  enveloppe  mince,  périloine  dont  les  extré¬ 
mités  effilochées  vont  se  perdre  au  milieu  des  caillots  qui  forment  le 
pôle  distal  de  la  masse. 

Du  côté  du  pédicule,  la  paroi  intestinale  s’est  rétractée  et  forme  une 
collerette  tapissée  de  muqueuse:  au  centre  de  la  collerette  et  on  voit  que 
la  muqueuse  est  disparue  dans  une  étendue  d’une  pièce  d’un  franc.  Il 
y  a  là  une  ulcération  recouvrant  le  pôle  proximal  de  la  tumeur. 

A  la  coupe,  le  pôle  adjacent  à  l’intestin  présente  une  couleur  blan¬ 
châtre.  Le  pôle  disial  infiltré  de  sang  n’est  plus  qu’un  amas  de  caillots. 

Examen  histologique  (professeur,  Papin).  —  F'xation  :  liquide  de 
Bouin.  Coloration  :  hématéine-éosine-Van  Gieson. 

A  un  faible  grossissement  on  voit  une  masse  sombre,  assez  compacte, 
perforée  cependant  d’orifices  vasculaires  limitée  par  une  ligne  demi- 
circulaire. 

Au  niveau  d’un  bord  de -la  coupe,  on  reconnaît  la  muqueuse  intes¬ 
tinale  avec  ses  villosités  et  ses-glandes  :  elle  se  réfléchit  à  angle  tiès 
aigu  et  se  continue  par  une  bande  de  tissu  qui  revêt  la  partie  supérieure 
de  la  masse  sombre. 

Dans  cette  bande  on  ne  retrouve  aucun  élément  épithélial  ou  glan¬ 
dulaire  :  c’est  un  tissu  fibrillaire  renfermant  des  petits  vaisseaux 
dilatés. 

Du  côté  de  la  muqueuse  on  retrouve  la  sous-muqueuse  et  la  muscu- 


278 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


leuse  qui  plonge  sur  la  face  4e  la  masse  tumorale.  Les  faisceaux  en 
sont  dissociés  et  grêles. 

A  un  fort  grossissement  le  tissu  néoplasique  paraît  formé  par  des 
cellules  fusiformes,  groupées  en  faisceaûx  coupés  sous  des  incidences 
variées. 

En  certains  points  les  cellules  plus  serrées  forment  des  manchons 
autour  des  vaisseaux.  Aux  cellules  fusiformes  se  mêlent  en  faible 
proportion  des  éléments  à  noyaux  découpés. 

La  tumeur  est  sillonnée  par  des  vaisseaux  de  divers  calibres  dont 
quelques-uns  très  larges,  limités  par  une  paroi  mince  ou  par  les 
cellules  néo.plasiques.  On  trouve  sur  les  bords  de  nombreux  épanche¬ 
ments  sanguins  avec  globules  rouges  à  tous  les  stades  de  désintégra¬ 
tion,  pigment  en  amas  et  en  poussière. 

La  paroi  intestinale  dont  on  retrouve  les  restes  renferme  aussi  des 
vaisseaux  énormes,  dilatés  et  quelques-uns  rompus. 

La  tumeur  paraît  être  un  fîbro-sarcome  dont  le  point  de  départ  a  été 
dans  la  sous-muqueuse  et  qui  a  refoulé  dans  son  développement  la 
tunique  musculeuse. 

Je  relève  dans  ce  cas  un  certain  nombre  de  particularités  : 

1°  L'absence  ou  l'erreur  de  diagnostic.  —  J’avais  pensé  à  un  kyste 
tordu  del’pvaire  gauche.  Le  kyste  existait  bien,  mais  il  nlétait  pas 
tordu  et  n’était  pas  la  cause  des  accidents.  En  janvier  1911,  Lecène 
publiait  ici  un  cas  oU  la  tumeur  de  l’intestih  coexistait  avec  un 
fibrome  ;  ce  dernier  seul  avait  été  diagnostiqué.  D’ailleurs  l’absence 
de  diagnostic  est  la  règle,  même  quand  on  sent  la  tumeur,  à  plus 
forte  raison  quand  on  ne  la  constate  pas  et  qu’on  en  trouve  une 
autre  dans  un  organe  tel  que  l’utérus  ou  les  ovaires. 

2°  La  latence  absolue  de  la  maladie  jusqu'à  (a  veille  de  l’opéra¬ 
tion. 

3°  I^e  mode  de  début  soudain  rappelanj,  une  torsion  de  kyste,  une 
perforation  du  tube  gastro-intestinal  ou  une  rupture  de  grossesse 
tubaire.  Les  accidents  aigus  sont  signalés  dans  quelques  observa¬ 
tions. 

Ils  reconnaissent  pour  cause  soit  une  occlusion  par  rétrécisse¬ 
ment,  c’est  rare,  soit  une  torsion  de  la  tumeur  seule  ou  de  l’anse 
atteinte.  Mais  je  n’ai  jamais  vu  signaler  la  rupture  de  la  tumeur  et 
la  violente  hémorragie  consécutive  que  j’ai  observée  chez  ma 
malade. 

Il  s’agit  ici  évidemment  d'qne  transfprmation  kystique  (faux 
kyste  sanguin)  si  fréquente  dans  Je  sarcome  en  général  et  d’une 
rupture  de  la  poche.  Dans  plusieurs  observations  on  signale  en 
effet  des  cavités,  des  geodes  creusées  en  pleine  tumeur  (cas  de 
Basset,  Société  de  Chirurgie ,  juillet  1918). 

Le  cas  de  Cunéo  ( Société  de  Chirurgie ,  février  1911)  est  encore 
beaucoup  plus  net.  Il  consiste  en  une  énorme  poche  sanguine 


SÉANCE  DU  14  FÉVRIER 


279 


appendue  à  l’intestin  grêle.  J’imagine  qu’avant  sa  rupture  la 
tumeur  de  ma  malade  devait  être  à  peu  près  semblable.  La  figure 
annexée  à  l’observation  de  Cunéo  représente  absolument  mon  cas. 
J’y  retrouve  même  un  gros  vaisseau  isolé  courant  perpendiculai¬ 
rement  à  l’intestin  du  mésentère  jusqu’à  la  tumeur. 

4 0  La  conduite  que  fai  suivie  est  également  celie  de  Cunéo.  J’ai 
réséqué  la  tumeur  au  niveau  de  son  pédicule,  au  ras  de  l’intestin, 
sans  enlever  l’anse  elle-même.  J’avais  d’ailleurs  vérifié  que  cette 
anse  était  parfaitement  souple  et  nette,  et  qu’il  n’y  avait  pas  de 
ganglions  mésentériques.  Est-ce  à  dire  que  la1  résection  intestinale 
n’eût  pas  été  préférable  ?  Il  faut  distinguer. 

L’état  très  grave,  absolument  alarmant,  de  ma  patiente  me 
commandait  d’agir  vite  et  avec  le  minimum  de  danger.  Il  est  bien 
certain  que  la  résection  du  pédicule  etja  suture  de  l’intestin  sur 
son. bord  convexe  est  un  acte  absolument  anodin. 

Je  m’en  suis  contenté.  Aurais-je  agi  de  même  si  j’avais  opéré 
dans  des  circonstances  plus  calmes?  Je  ne  suis  pas  très  fixé,  mais 
je  crois  bien  que  j’aurais  été  aussi  prudent,  aussi  conservateur. 

En  effet,  si  l’hésitation  n’est  pas  permise  dans  les  tumeurs  infil  ¬ 
trant  la  paroi  intestinale,  qu’il  y  ait  ou  non  des  ganglions  et,  si 
dans  ce  cas  une  extirpation  large  de  l’intestin  et  du  mésentère  est 
nécessaire,  il  n’en  est  plus  de  même  dans  les  tumeurs  pédiculées 
de  l’intestin  grêle,  ou  mieux  du  tractus'  gastro-intestinal,  qui 
réalisent  un  encapsulement  typé  et  qui  semblent  vraiment  se 
développer  dans  un  diverticule.  Les  faits,  d’ailleurs,  ont  montré 
que  les  résections  économiques  des  tumeurs  pédiculées  ne  sont 
pas  suivies  de  récidives  particulièrement  rapides  (cas  de  Bazy, 
Potherat,  Société  de  Chirurgie ,  8  février  1914). 

Je  crois  donc  qu’elles  ne  sont  pas  condamnables.  J’ajouterai  que, 
chez  ma  malade,  il  y  avait  un  fait  intéressant,  c’était  la  rupture 
disséminant  dans  tout  le  ventre  des  cpllules  sarcomateuses  avec 
le  sang.  Je  suppose  qu’une  récidive  est  peut-être  plus  à  craindre 
de  cet  ensemencement  que  de  la  conservation  de  l'afnse  intestinale. 

5°  La  tumeur  se  développe-t-elle  dans  un  diverticule  ou  dans  la 
paroi  même  de  l’intestin?  Malgré  l’apparence  diverticulaire  qu’ont 
toutes  les  tumeurs  pédiculisées,  je  crois  que  la  plupart  du  temps 
elles  naissent  dans  un  point  de  la  sous-muqueuse  et  qu’en  se 
développant  elles  écartent  les  fibres  musculaires  pour  grandir 
librement,  se  pédiculiser  et  déterminer  parleur  poids  un  diverti¬ 
cule  de  traction.  Les  choses  ont  dû  se  passer  ainsi  dans  mon  cas, 
si  je  m’en  rapporte  à  la  note  anatomo-pathologique  du  professeur 
Papin.  D’ailleurs  lés  tumeurs  pédiculées,  charnues  ou  kystiques, 
ont  été  observées  dans  bien  dés  points  de  l’intestin  et  dé  l’estomac 
où  les  débris  omphalo-mésentériques  n’ont  rien  à  faire. 


280 


SOCIÉTÉ  DE  CniHL'RGIE 


6°  Enfin,  je  désirerais  appeler  vulre  attention  sur  un  point.  Ma 
malade  opérée  à  la  vingt-septième  heure  avait  39°4  de  température, 
malgré  une  hémorragie  extrêmement  abondante.  Faut-il  penser  à 
une  fièvre  de  résorption  sanguine  ?  Ce  serait  bien  rapide.  Généra¬ 
lement  la  fièvre  hématogène  demande  plus  de  temps.  S’agit-il 
plutôt  d’une  irruption  de  sang  septique?  Je  le  croirais  volontiers, 
malgré  l’absence  de  contrôle  bactériologique.  En  effet,  la  tumeur 
n’était  plus  séparée  de  la  cavité  intestinale  que  par  une  sous- 
muqueuse  amincie,  la  muqueuse  étant  disparue  sur  une  étendue 
d’une  pièce  d’un  franc  et,  dans  ces  conditions,  une  infection  pou¬ 
vait  se  propager  facilement  de  l’intestin  vers  le  kyste  sanguin. 


Présentations  de  malades. 

Fracture  des  deux  os  de  l'avant-bras. 

Double  ostéosynthèse. 

Excellent  résultat  fonctionnel  trois  mois  après  l'accident , 
par  M.  CH.  DCJAR1ER. 

La  malade  que  je  vous  présente  avec  ses  radiographies  s’est 
cassé  les  deux  os  de  l’avant-bras,  le  10  novembre  1922.  Après 
trois  essais  de  réduction  avec  appareils  plâtrés  pratiqués  les  10, 
17  et  20  novembre  dans  un  autre  service,  la  malade  est  entrée  à 
Boucicaut.  Comme  vous  pouvez  le  voir  sur  la  radiographie  la 
réduction  n’avait  pu  être  obtenue.  Je  l’ai  opérée  le  25  novembre, 
soit  quinze  jours  après  l’accident.  J’ai  pu  obtenir  une  réduction 
parfaite  que  j’ai  fixée  avec  une  plaque  sur  le  radius  et  une  agrafe 
sur  le  cubitus.  Comme  la  coaptation  était  solide,  je  n’ai  pas  appliqué 
d’appareil  plâtré.  Le  10  décembre  la  malade  est  partie  en  province 
et  je  lui  ai  mis  par  précaution  une  demi-gouttière  plâtrée.  Je  l’ai 
enlevée  le  6  janvier. 

La  consolidation  était  parfaite.  Actuellement,  trois  mois  après 
son  accident,  les  mouvements  sont  presque  normaux;  il  subsiste 
une  très  légère  limitation  de  la  supination  et  de  la  flexion  du  poi¬ 
gnet.  L’atrophie  musculaire  est  de  1  centimètre.  Je  suis  persuadé 
que  dans  peu  de  temps  la  restitution  fonctionnelle  sera  complète. 
La  prothèse  est  très  bien  tolérée. 

M.  A.  Lapointe.  —  D’une  façon  générale,  je  suis,  si  j’ose  dire, 
beaucoup  moins  ostéosynthésiste  que  mon  ami  Dujarier,  mais, 
pour  les  fractures  des  deux  os  de  l’avant-bras,  je  le  suis  autant 


SÉANCE  Dü  14  FÉVRIER 


281 


que  lui.  Il  y  a  deux  types  de  fractures  devant  lesquelles  je  n’hésite 
pour  ainsi  dire  jamais:  la  rotule  et  les  deux  os  de  l’avant-bras. 

J’emploie  habituellement  l’agrafe  de  Jacoël-Dujarier,  procédé 
plus  facile  et  plus  rapide  que  le  vissage  de  plaques  et  j’obtiens 
d'excellents  résultats,  bien  supérieurs,  à  mon  avis,  que  ceux  qu’on 
peut  obtenir  par  les  vieilles  méthodes. 

M.  Alglave.  —  Je  partage  entièrement  l’avis  de  Dujarier.  Il 
faut  traiter  les  fractures  des  deux  os  de  l’avant-bras  par  l’ostéo¬ 
synthèse  métallique  avec  plaques  et  vis.  Les  résultats  sont 
excellents,  je  l’ai  constaté  depuis  longtemps.  Un  point  à  retenir 
dans  la  communication  de  notre  collègue  Dujarier  est  celui  qui  a 
trait  à  la  technique  qui  va  permettre  de  conserver  sûrement  les 
mouvements  de  pronation  et  de  supination.  II  faut,  pour  s’assurer 
qu’on  aura  ces  mouvements,  ne  placer  les  vis  sur  les  plaques  que 
quand  on  s’est  rendu  compte  que  le  décalage  est  corrigé  et  que 
la  pronation  et  la  supination  vont  être  possibles  dans  toute  leur 
étendue. 

M.  Lenormant.  —  Il  y  a  certainement  des  fractures  des  deux  os 
de  l’avant-bras  qui  sont  très  difficiles  et  même  impossibles  à  bien 
réduire,  et  pour  celles-là  l’ostéosynthèse  est  indispensable;  j’ai 
fait  un  certain  nombre  de  fois  cette  opération  en  pareils  cas  et  elle 
m’a  donné  de  bons  résultats.  Mais  je  crois  que  Dujarier,  Lapointe 
et  Alglave  exagèrent  lorsqu’ils  disent  que  toutes  les  fractures  de 
l’avant-bras  sont  justiciables  de  l’intervention  sanglante.  J’en  ai 
soigné  un  certain  nombre  par  les  procédés  anciens  :  non  pas  par 
l’appareil  plâtré,  que  je  crois  très  médiocre  dans  les  fractures 
diaphysaires  de  l’avant-bras,  mais  avec  le  vieil  appareil  de  Néla- 
ton,  fait  d’attelles  et  de  compresses  graduées.  En  surveillant  cet 
appareil,  en  vérifiant  souvent  la  réduction  sous  l’écran  radiosco¬ 
pique,  on  peut  obtenir  souvent  une  bonne  restitution  de  la  forme 
et  des  mouvements. 

M.  Gernez.  —  Je  suis  entièrement  de  l’avis  de  Dujarier, 
Alglave,  Fredet,  et,  chez  l'adulte,  je  deviens  de  plus  en  plus  inter¬ 
ventionniste  dans  les  fractures  de  l’avant-bras. 

L’intervention  est  facile,  très  facile  dans  les  fractures  du  tiers 
inférieur  et  moyen,  on  peut  mêihe  la  pratiquer  à  l’anesthésie 
locale.  La  restitution  anatomique  est  souvent  parfaite,  sans 
décalage. 

J’insisterai  particulièrement  sur  la  difficulté  de  technique  dans 
les  fractures  du  tiers  supérieur  du  radius  —  nécessité  de  ne  pas 
léser  la  branche  postérieure  du  radial  :  on  est  gêné  par  le  court 


282 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


supinateur  qu’on  veut  ménager  et  il  est  difficile  de  remettre  les 
deux  fragments  dans  l’axe  sans  décalage,  —  les  résultats  fonc¬ 
tionnels  à  distance  m’ayant  paru  si  nettement  supérieurs  à  ceux 
que  j’obtenais  avec  les  autres  méthodes  en  suivant  et  appareillant 
moi-même  mes  malades,  que  mon  opinion  est  maintenant  faite  à 
ce  sujet. 

M.  Auvray.  —  Dire  qu’on  ne  peut  jamais  réduire  une  fracture 
de  l’avant-bras,  chez  l’adulte,  me  paraîtrait  exagéré;  mais  il 
faut  bien  reconnaître  que  ces  fractures  sont  souvent  très  difficiles, 
sinon  impossibles  à  réduire,  et  je  trouve  que  l’ostéosynthèse  est 
appelée  à  rendre,  dans  ces  cas,  de  grands  services.  Je  crois  que 
ces  fractures  sont  de  celles  qui  sont  particulièrement  justiciables 
de  l’ostéosynthèse.  Il  est  fréquent,  par  les  méthodes  ordinaires,  dé 
ne  pas  pouvoir  lutter  contre  le  déplacement  des  fragments,  et  les 
blessésontune  limitation  lamentable  des  mouvements  de  pronation 
et  de  supination;  les  résultats  que  l’ostéosynthèse  peut  nous 
donner  sont  tout  à  fait  remarquables. 

M.  Walther. —  Je  tiens  à  appuyer  ce  que  vient  de  dire  mon  ami 
M.  Lenormant. 

J’ai  employé  régulièrement  le  vieil  appareil  à  attelles  avec 
coussins  et  compresses  graduées.  J’en  ai  obtenu  même  chez 
l’adulte  et  souvent  môme,  dans  des  cas  en  apparence  peu  favo¬ 
rables,  des  résultats  satisfaisants. 

Le  principal  inconvénient  de  éet  appareil  est  qu’il  est  difficile 
à  appliquer,  qu’il  demande  une  survéillance  constante  au  moins 
au  début,  qu’il  faut  Je  réajuster  presque  tous  les  jours  pendant  la 
première  semaine. 

J’ajouterai  que  les  compresses  graduées  en  flanelle  sont  mieux 
tolérées  que  celles  de  toile,  et  par  leur  élasticité  agissent  efficace¬ 
ment  pour  ramener  et  maintenir  en  bonne  position  les  fragments. 

Je  crois  cet  appareil  supérieur  à  l’appareil  plâtré  pour  les  frac¬ 
tures  des  deux  os  de  l’avant-bras. 

Bien  entendu,  pour  les  cas  difficiles,  lorsque  la  réduction  ne 
peut  être  obtenue,  l’ostéosynthèse  est  indiquée. 

M.  Savariaud.  —  Ün  mot  pour  protester  contre  ce  qu’a  dit 
M.  Walther  lorsqu’il  nous  dit  que  le  plâtre  pour  les  fractures  de 
l’avant-bras  est  le  plus  mauvais  des  appareils.  Il  veut  parler,  sans 
doute,  des  appareils  mal  faits  ou  mal  surveillés.  Pour  ma  part, 
toutes  les  fois  que  je  me  suis  donné  la  peine  de  faire  moi-meme 
l’appareil  et  d’immobiliser  en  supination  forcée  et  le  coude  à  angle 
droit  j’ai  eu  des  résultats  très  satisfaisants. 


SÉANCE  DU  14  FÉVRIER 


283 


M.  Albert  Mouchet.  —  Dans  l’article  de  la  Presse  médicale  {l'i 
auquel  mon  ami  Dujarier  a  bien  voulu  faire  allusion,  je  n’ai  pas 
prétendu  critiquer  l’opération  sanglante  à  laquelle  je  suis  persuadé 
que — même  chez  les  enfants  —  on  est  obligé  de  recourir  souvent. 
J’ai  tenu  à  montrer  que  —  chez  les  enfants  surtout  —  on  pouvait, 
obtenir  par  les  vieilles  méthodes  des  résultats  anatomiques  et 
fonctionnels  très  satisfaisants. 

J’ajoute  que  j’ai  eu  assez  souvent  l’occasion  de  voir,  comme 
expert,  d’anciennes  fractures  des  deux  os  de  l’avant-bras  chez 
l’adulte  qui  étaient  loin  d’offrir  le  brillant  résultat  que  Dujarier 
vient  de  nous  montrer.  Et  ces  fractures  avaient  cependant  été 
opérées  par  d’excellents  chirurgiens. 

M.  Broca.  —  On  sait  qu’en  général  je  trouve  qu’on  exagère  un 
peu  les  indications  de  l’ostéosynthèse,  et  tout  en  reconnaissant 
que  chez  l’adulte  elle  est  souvent  indiquée  à  l’avant-bras,  je  ne  l’y 
crois  pas  indispensable.  Mais  M.  P.  Duval  donne  un  exemple  dont 
il  ne  faudrait  pas  abuser,  car  il  s'est  cassé  l’avant-bras  étant  jeune  ; 
et  chez  l’enfant  mon  expérience  est  très  nette.  Après  avoir  revu 
les  sujets  à  longue  échéance,  j’affirme  que  cela  s’arrange  toujours 
bien,  après  traitement  par  l’appareil  plâtré  en  supination.  Chez 
l’adulte  il  en  va  quelquefois  autrement. 

M.  Pierre  Fredet.  —  Un  mot  pour  répondre  à  M.  Walther.  Ses 
compresses  graduées  peuvent  bien  ramener  les  fragments  bout  à 
bout  dans  l’axe  longitudinal,  mais  ejles  sont  absolument  ineffi¬ 
caces  pour  combattre  le  (jéçalage.  Or,  le  décalage  est  un  des  prin¬ 
cipaux  éléments  générateurs  de  l’infirmité  qui  suit  les  fractures 
de  l’avant-bras. 

Personnellement,  j’estime  que,  parmi  les  fractures,  ce  sont 
peut-être  celles  des  deux  os  de  l’avant-bras  qui  réclament  plus 
que  toutes  autres  la  réduction  sanglante  et  l’ostéosynthèse.  Quand 
l'opération  est  correctement  exécutée,  les  résultats  sont  certaine¬ 
ment  supérieurs  à  ceux  que  donnaient  les  méthodes  anciennes. 
S’il  est  nécessaire  de  démontrer  une  telle  opinion,  j’apportera\ 
ici,  quelque  jour,  une  série  d’ostéosynthèses  pour  fractures  des 
deux  os  de  l’avant-bras  et  non  pas  seulement  avec  des  résultats 
immédiats,  mais  avec  des  résultats  très  éloignés. 

M.  Tuffier.  —  Je  souscris  aux  conclusions  de  Dujarier.  Toutes 
les  fractures  de  l’avant-bras  qui  ne  peuvent  être  parfaitement 
réduites  et  maintenues  elles  doivent  être  opérées  et  fixées. 

Cette  conclusion  qui  date  dé  plusieurs  années  je  la  dois  au 

(1)  Presse  médicale ,  6  décembre  1922,  n°  97. 


284 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


regretté  Destot  qui  m’a  montré  l’importance  du  décalage.  Si  en 
effet  un  appareil  peut  mettre  les  os  bout  à  bout,  il  ne  peut  rien  dans 
un  grand  nombre  de  cas  contre  le  décalage,  et  c’est  là  l’infério¬ 
rité  des  procédés  non  sanglants  et  la  cause  fréquente  des  troubles 
fonctionnels  consécutifs. 

M.  Dujarier.  —  Je  n’ai  jamais  prétendu  qu’il  fallait  opérer 
toutes  les  fractures  de  l’avant-bras,  mais  la  plupart  d’entre  elles. 
J’admets  que  par  les  moyens  classiques  on  peut  parfois  obtenir 
de  bons  résultats  morphologiques  et  fonctionnels  et  cela  surtout 
chez  l’enfant,  comme  Mouchet  en  a  publié  un  beau  cas  dans  la 
Presse  médicale. 

Quant  à  l’adulte,  je  ne  crois  pas  que  par  les  moyens  anciens 
(plâtres  successifs  sous  anesthésie,  appareils  avec  compresses 
graduées)  on  puisse  avoir  des  résultats  comparables  à  ceux  de 
l’intervention  sanglante.  Il  y  a  deux  déformations  contre  lesquelles 
les  premiers  moyens  ne  permettent  pas  de  lutter  avec  constance 
et  efficacité.  C’est  d’abord  le  décalage  qui  est  presque  constant, 
c’est  ensuite  la  perle  de  la  courbure  radiale  avec  effacement  de- 
l’espace  interosseux. 

Or,  par  l’intervention  sanglante,  on  arrive  dans  la  majorité  dis 
cas  à  obtenir  une  réduction  géométrique  avec  reconstitution  mor¬ 
phologique  parfaite  :  malgré  cela,  les  mouvements  de  rotatioir 
restent  parfois  limités  et  cela  pour  des  causes  diverses.  Néan¬ 
moins,  je  conclurai  en  disant  que,  dans  l’ensemble,  par  ses  résul¬ 
tats  morphologiques  et  fonctionnels,  l’ostéosynthèse,  dans  les 
fractures  de  l’avant-bras,  constitue,  entre  des  mains  exercées ,  un 
progrès  important. 


Arthri'e  tuberculeuse  du  genou.  Abcès  froid  fistulisé  de  la  cuisse. 

Guérison  des  fistules  par  le  collo-vaccin  antituberculeux 
de  Grimberg, 

par  MM.  les  DIS  BAUDET  et  GRIMBERG. 

C’est  un  nouveau  cas  qui  s’ajoute  à  ceux  qui  vous  ont  été  pré¬ 
sentés  ici  et  que  je  dois  rapporter  devant  vous  : 

Ch...  (René),  vingt-trois  ans,  a  eu  une  pleurésie  séro-fibrineuse 
en  1921.  Puis,  la  même  année  une  h’ydorthrose  du  genou  droit, 
ponctionné  deux  fois.  En  février  1922  nouvelle  ponction  du  genou 
et  appareil  plâtré.  En  septembre  1922,  on  enlève  le  plâtre.  On 
s’aperçoit  qu’il  existe  un  vaste  abcès  froid  de  la  cuisse,  proémi- 
nant  sur  la  face  externe  et  dépassant  en  haut  le  tiers  moyen. 


SÉANCE  DU  14  FÉVRIER 


285 


Il  est  soigné  par  des  pansements  antiseptiques,  sans  immobi¬ 
lisation  dans  un  appareil. 

En  novembre  1922,  le  genou  est  tuméfié  et  douloureux,  la 
marche  est  impossible  parce  que  trop  douloureuse.  Sur  la  face 
èxterne  de  la  cuisse  il  y  a  trois  fistules  dont  l’une  a  2  centimètres 
de  largeur,  les  autres  plus  petites.  La  peau  est  décollée  sur  une 
étendue  de  plusieurs  centimètres  autour  de  ces  pertes  de  sub¬ 
stance. 

Le  genou  est  ankylosé  complètement. 

On  fait,  à  partir  du  6  novembre,  une  série  de  24  piqûres  de 
collo-vaccin,  à  deux  et  trois  jours  d’intervalle  l’une  de  l’autre  et 
variant  de  1  à  7  cent,  cubes  par  chaque  injection.  Actuellement  le 
genou  est  dégonflé.  Il  n’est 'plus  douloureux,  le  malade  peut 
marcher,  quoique  ankylosé,  mais  les  abcès  et  fistules  ont  guéri, 
et  c’est  surtout  pour  ce  résultat  que  nous  le  présentons. 


Fracture  cervico-trochantérienne  du  fémur. 

Réduction  sous  anesthésie.  Résultat  fonctionnel , 

par  M.  CU.  LENORXUNT. 

La  malade  que  voici  a  été  atteinte  d’une  lésion  fort  banale.  Si 
je  vous  la  présente,  c’est  pour  rappeler  —  non  pas  à  vous,  qui  le 
savez  tous,  mais  à  ceux  qui,  éblouis  par  les  méthodes  chirurgicales 
nouvelles,  méconnaissent  parfois  les  anciennes  —  qu’à  côté  du 
traitement  sanglant  des  fractures  du  col  fémoral  il  existe  des 
procédés  de  traitement  plus  modestes,  encore  capables  de  donner 
des  résultats  satisfaisants  lorsqu’ils  sont  appliqués  avec  le  soin 
nécessaire. 

Cette  femme,  âgée  de  52  ans,  est  entrée  dans  mon  service 
le  24  novembre  dernier.  Elle  avait  fait,  l’avant-veille,  une  chute 
sur  la  hanche  et  présentait  depuis  lors  une  impotence  complète 
du  membre  inférieur  droit.  A  l’examen,  on  trouvait  tous  les 
signes  d’une  fracture  engrenée  du  col  du  fémur,  avec  rotation 
externe  accentuée  et  irréductible.  La  radiographie  confirma  ce 
diagnostic. 

Le  28  novembre,  je  pratiquai  sous  anesthésie  la  réduction  de 
cette  fracture;  je  dus  y  déployer  une  certaine  force,  mais  je  sentis 
parfaitement  que  je  désengrenais  les  fragments  et  que  je  rendais 
au  membre  sa  direction  normale.  J’appliquai  ensuite  une  exten¬ 
sion  continue  qui  fut  maintenue  pendant  trois  semaines. 

Au  quarantième  jour,  on  commença  le  massage  et  la  mobilisa- 


6i86 


SOCIÉTÉ  DÉ  CUlHL’ttGiÊ 


tion.  Au  cinquantième,  la  malade  commença  à  se  lever  et  à 
marcher.  Aujourd’hui,  après  deux  mois  et  demi,  elle  marche  sans 
cànne,  monte  et  descend  les  escaliers  sâns  difficulté.  La  radio¬ 
graphie  niontre  une  restitution  à  peu  près  complète  de  la  forme 
de  l’extrémité  supérieure  du  fémur. 

M.  Hartmann.  —  Deux  mots  seulement  pour  dire  que  jesuis  tout 
à  fait  d’accord  avec  notre  collègue  Lenormant.  Dans  plusieurs  cas 
j'ai,  sous  anesthésie,  réduit  la  fracture  et  obtenu  un  résultat  fonc¬ 
tionnel  excellent.  Le  seul  point  où  ma  pratique  diffère  de  celle  de 
M.  Lenormant  c’est  qu’après  réduction  j’immobilise  le  membre  en 
abduction  dans  un  appareil  plâtré. 


Présentation  d’instruments. 

1°  Un  lourne-vis  porle-vis  à  échappement  automatique. 

2°  Des  daviers  à  mors  multiples , 
par  M.  MÀëSlOfjTÉiL. 

Cette  présentation  est  renvoyée  à  une  Commission  dont 
M.  Auvray  est  nommé  rapporteur. 


Présentation  de  pièce. 

Lithiase  du  cholédoque 

et  kyste  hydatique  de  la  face  inférieure  du  foie.  Cholédoclomie . 
Ablation  des  calculs  et  drainage  du  cholédoque. 

Essai  d'extirpation  du  kyste  pris  pour  la  vésicule. 
Hémorragie  veineuse.  Pince  à  demeure. 

Finalement ,  suture  du  kyste  et  réduction  sans  drainage 
après  assèchement  et  formolage. 

Vésicule  atrophiée  rétractée  sur  des  calculs , 

par  M.  SAVARIAUD. 

Le  cas  dont  je  vous  demande  la  permission  de  vous  entretenir 
est  un  exemple  des  difficultés  qu’on  peut  avoir  à  distinguer  les 
différents  organes  et  conduits  biliaires  dans  certaines  conditions 
pathologiques.  Dans  le  cas  présent,  un  kyste  de  la  face  inférieure 
du  foie  simulait  si  complètement  la  vésicule  biliaire,  que  c’ëst 


SEANCE  DU  14  FEVRIER 


ÎHl 


seulement  après  incision  devcë  kyste  que  je  me  suis  aperçu  de 
mon  erreur. 

Ce  kyste  du  volume  d’un  gros  poing,  de  couleur  blanchâtre,  de 
forme  sphérique,  était  appendu  à  la  face  inférieure  du  foie.  Je 
pense  qu’il  avait  dû  se  développer  au  niveau  de  la  branche  droite 
du  sillon  trânsvèrse  entre  les  branches  de  la  veine  porte  et  lâ 
vésicule  biliaire.  Cellê-ci,  très  atrophiée,  avait  le  volume  d’une 
noisette;  et  Surmontait  le  kyste  conàme  un  pompon  surmonte  une 
casquette.  Ses  parois  étaient  tellement  amincies  et  rétractées 
qu’elles  laissaient  apercevoir  des  calculs  par  transparence  et  j’ai 
eu  l’impression  que  ces  calculs  étaient  à  nu  dans  le  péritoine  et 
avaient  dû  s’échapper  à  travers  une  perforation  de  ce  que  je 
croyais  être  la  vésicule  très  dilatée,  et  qui,  en  réalité,  était  le 
kyste  bourré  d’hydatides.  Cette  petite  noisette  me  vint,  pour  ainsi 
dire,  dans  la  main.  Je  vis  alors  se  dresser  un  pqtit  organe  du 
volume  de  l’appendice  qui  était  le  canal  cystique.  Je  le  fendis 
dans  le  sens  de  la  lumière,  mais,  arrivé  au  cholédoque,  il  se 
rompit.  Le  cholédoque  était  du  volume  du  petit  doigt.  Sa  paroi 
épaissie  était  blanchâtre.  Il  contenait  de  la  bile  jaune  clair,  et  deux 
calculs  enclavés  juste  au-dessus  du  pancréas.  Les  calculs  furent 
enlevés.  Le  canal  fut  exploré  et  suturé  sur  un  drain  en  forme  de  T. 

Ainsi  la  première  partie  du  programme  était  accomplie,  mais 
il  restait  la  tumeur  sous-hépatique,  que  je  pensais  toujours  être  la 
vésicule.  A  la  vérité,  cette  vésicule  était  étrange.  Ses  dimensions 
étaient  inusitées,  étant  donné  ce  que  nous  savons  de  son  atro¬ 
phie  à  peu  près  constante  dans  la  lithiase  du  cholédoque.  Je  trou¬ 
vais  également  qu’elle  s’étendait  beaucoup  en  dehors  et  en 
arrière,  du  côté  de  la  fosse  lombaire.  Mais  quand  on  est  imbu 
d’une  idée,  il  est  difticile  de  s’en  dégager.  Me  voilà  donc  parti  à 
disséquer  ia  prétendue  vésicule.  Vers  le  bas,  cela  va  bien,  j’arrive 
à  dégager  son  hémisphère  inférieur,  mais,  en  haut,  c’est  la  fusion 
intime  avec  le  foie.  Pendant  quelques  centimètres,  cela  peut  aller  ; 
mais,  arrivé  dans  la  profondeur,  il  faut  arrêter  s  une  veine  du 
calibre  d’une  plume  d’oie  saigne  en  jet  et  inonde  le  fond  de  la 
plaie.  Je  suis  assez  heureux  pour  pouvoir  arrêter  le  sang  avec  une 
grosse  pince.  Je  n’oise  pas  la  remplacer  par  une  ligature  et  la 
laisserai  quarante-huit  heures.  Ne  pouvant  enlever  ce  que  je  crois 
toujours  être  la  vésicule,  je  prends  le  parti  de  l’inciser.  Il  en  sort 
avec  difficulté  une  sorte  de  magma  gomme-gutte  de  consistance 
gélatineuse  qui  me  fait  penser  à  un  kyste  hydatique.  Ce  magma 
est  si  épais  que  je  l’évâcue  à  la  cuillère.  A  la  fin,  il  sort  de  véri¬ 
tables  vésicdles  hydâtides  à  peine  colorées  par  la  bile.  Mon  parti 
est  bientôt  pris  :  assèchement  de  la  poche  :  attouchement  au 
formol  :  suture  et  réduction  sans  drainage. 


288 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


La  vaste  incision  qui  va  de  la  ligne  blanche  au  flanc  droit  est 
suturée  dans  toute  son  étendue,  sauf  deux  points.  En  avant  un 
orifice  qui  laisse  sortir  la  pince  hémostatique  et  une  mèche.  Dans 
le  flanc,  le  tube  du  drainage  du  cholédoque  et  une  seconde 
mèche  hémostatique,  sortent  par  l’angle  externe.  La  malade, 
âgée  de  soixante-huit  ans,  qui  souffrait  depuis  vingt  ans  de 
coliques  hépatiques,  accompagnées  de  subictère,  a  parfaitement 
supporté  cette  pénible  opération  exécutée  sous  rachi-anesthésie. 


Présentation  de  radiographies. 

Dispositif  spécial  pour  les  radiographies  en  série, 
par  MM.  PIERRE  DUVAL  et  HENRI  BÉCLÈRE. 

MM.  Pierre  Duval  et  Henri  Béclère  présentent  un  dispositif 
spécial  pour  les  radiographies  en  série  qui  permet  de  prendre  les 
images  radiographiques  sous  le  contrôle  de  l’examen  radiosco¬ 
pique. 

Ce  dispositif,  qu’ils  emploient  surtout  pour  l’examen  du  duo¬ 
dénum,  évite  la  prise  aveugle  de  très  nombreux  clichés.  L’examen 
radioscopique  permet  de  suivre  les  mouvements  de  l’intestin;  à 
l’instant  même  où  une  image  intéressante  est  vue,  une  plaque  est 
prise,  et  pendant  l’impression  même  de  la  plaque  la.radioscopie 
permet  de  s'assurer  que  l’image  intéressante  est  prise  ou  non. 

La  rapidité  avec  laquelle  les  plaques'  en  séries  peuvent  se 
succéder  est  très  grande  puisqu’en  moyenne  elle  est  de  20,  excep  ¬ 
tionnellement  de  30  à  la  minute.  L’examen  radioscopique  est  fait 
avec  3  milli,  un  dispositif  permet  de  passer  instantanément  à 
50  milli  pour  prendre  les  plaques  en  une  fraction  de  seconde  et 
de  retomber  immédiatement  à  3  milli  pour  continuer  Lexamen 
radioscopique. 

Ce  dispositif  radiographique  est  construit  par  Gaiffe-Gallot. 


Le  Secrétaire  annuel, 
M,  Ombrédanne. 


SÉANCE  DU  21  FÉVRIER  1923 


La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  mise 
aux  voix  et  adoptée. 


Correspondance. 

La  correspondance  comprend  : 

i°.  —  Les  journaux  et  publications  périodiques  de  la  semaine. 
2°.  —  Des  lettres  de  MM.  Alglave,  Cbevassu,  Roux-Berger, 
s’excusant  de  ne  pouvoir  assister  à  la  séance. 

3°.  —  Une  lettre  de  M.  le  Dr  Fournier,  remerciant  la  Société  de 
lui  avoir  accordé  le  prix  Marjolin  Duval. 


A  propos  de  la  correspondance. 

Une  communication  de  M.  Hartmann-Keppel,  intitulée  :  Un  cas 
de  fistules  congénitales  bilatérales  du  cou  avec  phénomènes  de  réten¬ 
tion  séreuse  intermittente. 

M.  Mathieu,  rapporteur. 


M.  le  Président  annonce  le  décès  de  M.  Jude  Hue  (de  Rouen), 
membre  correspondant  national  de  la  Société. 


Anévrisme  de  la  carotide  dans  le  sinus  caverneux  gauche , 
par  MM.  Pollet  et  Decherf  (de  Tourcoing). 

M.  Aug.  Broca.  —  Le  30  juin  1920,  je  vous  ai  fait  un  rapport 
sur  un  cas  où  M.  Decherf  avait  lié  la  carotide  primitive  gauche 

BULL.  BT  MÉM.  DK  LA  SOC.  DK  CHIR.,  1923.  —  N»  7.  21 


290 


SOCIÉTÉ  DF.  CHIRURGIE 


pour  anévrisme  de  la  carotide  dans  le  sinus  caverneux.  Mais  il 
persistait  des  troubles -subjectifs,  et  notre  discussion  a  soulevé  la 
question  de  savoir  s’il  fallait  lier  la  carotide  du  côté  opposé. 
M.  Decherf,  à  la. suite  de  cette  discussion,  s’est  décidé  pour  cette 
opération,  cinq  mois  et  demi  après  la  première,  et  il  nous  envoie 
la  fin  de  son  observation  au  bout  d’un  an.  Le  seul  incident  a  été 
uneparéSie'légère  du  membre  inférieur  gauche,  durant  quarante- 
huit  heures;  fl  est  probable,  comme  le  pense  M.  Decherf,  que  des 
séances  quotidiennes  de  compression  delà  carotide  droite,  pendant 
que  seule  elle  fonctionnait,  et  la  ligature  préalable  des  deux  caro¬ 
tides  externes  ont  contribué  à  ce  bon  résultat. 

Voici  maintenant  les  dates  précises  : 

La  ligature  de  la  carotide  primitive  gauche  a  eu  lieu  le  30  mars  1920 
et  en  août  1920  le  malade. présente,  les  signes  suivants  : 

1°  Syndrome. sympathique  persiste  à  gauche  :  Exophtal  nie  légère,  mais 
diminuée,  myosis,  ptosis  ; 

2,°. Syndrome  anévnismal  caractérisé  par  : 

а)  Un  souffle  léger  à  renforcement  systolique  perçu  uniquement  à 
l'auscultation  du  globe  oculaire  gauche  ; 

б)  Des  bruits  en  jetde  vapeur  entendus- par  le  unalAde,'  à  droite  et  à 
gauche,  surtout  dams  le  silence  de  la -nuit  et-au  moment  des  efforts;  ces 
bruits  sont  moins  accusés  qu’avant  la. ligature  de  Uartère  carotide 
primitive  gauche;  ils  disparaissent  par  la  compression  de  la  carotide 
primitive  droite.  Le  malade  a  été  soumis  à  des  séances  quotidiennes 
de  compression  de  la  carotide  primitive  droite;  ces  sémces  sont  de 
plus  en  plus  protongées,  le  ;maladé  suppnrte  sans  trouble  une  com¬ 
pression  de  vingt  minutes. 

18  août  .1920.  — , Double  ligature  -de  la  carotide  externe  gauche, 
au-dessus  de  la  thyroïdienne  supérieure  (cette  ligature  a  été  faite 
d’après  le  conseil  du  Dr  Potel,  avant  de  lier  l’autre  carotide  primitive). 
Les  jours  suivants  :  les  bruits  subjectifs  disparaissent  à  gauche,  mais 
persistent  à  droite.  Le  souffle  existe  encore,  quoique' très  léger,  à  l’aus¬ 
cultation  du  globe  oculaire  gauche.  Néanmoins  le  malade  est  encore 
incapable  de  faire  un  travail  pénible;  un  effort  considérable  lui  occa¬ 
sionne  aussitôt  des  bruits  dans  la  tête,  à  droite;  il  les  entend  surtout 
dans  le  silence  de  la  nuit. 

Cet  homme  se  trouvant  dans  l'impossibilité  de  gagner  sa  vie,  nous 
nous  dédions  à  la  ligature  de  la  carotide  primitive  droite. 

13  septembre  1920. —  Double  ligature  de  la  carotide  primitive  droite. 
Suites  qpératoires  :  très  légère  parésie  du  membre  inférieur  gauche, 
et  qui  disparaît  quarante-huit  heures  après;  disparition  complète  de 
tous  les. bruits  subjectifs  àdroiteietà.gauche.:A  lîauscultation  du  globe 
gauche  ;  léger  souffle  continu  avec  renforcement  systolique  très 
.atténué.  Pus  de  souffle.  Adroite.  Persistance  du  syndrome  sympathique. 
Persistance. des  varicosités  de  la  conjonctive  à.gauche. 

Revu  en  janvier  1921.  —  Le  malade  travaille  à  la  campagne,' il  n’en- 


SÉANCE  DU  21  FÉVRIER 


291 


tend  plus  aucun  bruit  ni  à  droite  ni  à  gauche;  pourtant,  dans  le  silence 
-de  li  nuit,  il  entend  encore  quelques  petits  bourdonnements  dans 
lloreille  droite  (du  côté  opposé  à  la  lésion);  rien  à  gauche.  A  l’auscul¬ 
tation  du  globe  gauche  :  léger  souffle  continu  avec  léger  renforcement. 
■Le  syndrome  sympathique  persiste,  intact  à  gauche  exophtalmie 
légère-  Alyos,is  et  ptosis  légers.  La  paralysie  faciale  gauche -persiste. 
-Leslveines  .spus-conj.onctivales  gauches  sont  encore  up  peu  dilatées. 
L’examen  du  fond.de  l’œil  décèle,  à  gauche,  une  très  légère  drlalation 
des  veines  papillaires,  rien  à  droite.  Vision  normale  à  droite.  Vision  à 
gauche  :  9/10,  sans  aucune  lésion  rétinienne  appréciable.  Jamais  de 
.céphalée,  même  après  un  travail  pénible. 

L’état  est  le  même  aujourd’hui  et  l’opéré  travaille  sans  être  incom- 


A  propos  du  procès-verbal. 

Les  condyles  du  tibia. 

M.  Pierre  Desgomps.  —  Dans  la  séance  du  31  janvier,  notre  col¬ 
lègue  Labey  a  présenté  un  malade  traité  par  ostéosynthèse  d’une 
fracture  du  condyle  interne  du  tibia.  M.  Broca  nous  a  demandé 
-de  prendre  note,  que  les  condyles  du  tibia  n’etfistent  pas  et  qu’il 
faut  parler,  non  pas  des  condyles  du  tibia,  mais  des  plateaux  du 
tibia.  Cette  intervention  avait  soulevé  en  séance  des  objections 
■dont  je  n’ai  pas  retrouvé  trace  dans  les  Bulletins.  Il  me  paraît 
nécessaire  de  les  formuler  pour  nos  lecteurs.  Il  -ne  s’agit  pas 
d’une  de  ces  questions  de  mots,  qui  n’ont  jamais  qu’une  impor¬ 
tance  secondaire  et  qu’il  est  plus  sage  de  négliger;  c’est  de  fond 
■même  de  notre  langage  anatomo-chirurgical  en  matière  de  sque¬ 
lette  qui  se  trouve  mis  en  cause.  Déjà,  il  y^a-  quelques  semaines, 
.unetentative  analogue  avait. été  faite,  pour  supprimer  de  la  nomen¬ 
clature  le  col  chirurgical  du  fémur,  et  M.  Mauclaire  avait  dû 
apporter  la  rectification  nécessaire.  Une  rectification  analogue' 
sfimpose  aujourd’hui,  à  propos  de  cet  essai  de  mise ‘hors  nomen- 
•clatuçe  des  condyles  du  tibia. 

Llextrômité  supérieure  ou  tète  du  tibia  porte  deux  condyles,  le 
condyle  interne  etle  condyle  externe,  dont  le  pôle  proximal  aplati 
formeles  plateaux  ou  mieux  le  plateau  tibial;  ce  plateau  s’excave 
lui-même  en  deux  cavités  glénoïdes  ou-glènes  articulaires  interne 
et  externe,  dont  chaque  condyle  tibial  constitue  comme  la  console 
de  soutènement.  Sous  peine  de  ne  plus  nous  entendre  et  d’aboutir 
aux  plus  fâcheuses  confusions  de  forme  et  de  fond,  quand 
mous  parlons  de  chirurgie  osseuse  ou  articulaire,  nous  sommes 


292 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


—  tous  —  contraints  d’admettre  ces  données  classiques;  ce  serait 
en  tout  cas  un  paradoxe,  que  de  considérer  comme  des  erreurs 
l’emploi  de  ces  termes  rigoureusement  consacrés  par  l’usage. 

Au  cours  de  la  discussion,  notre  collègue  Mouchet  a  suggéré 
qu’entre  les  deux  expressions,  toutes  les  deux  régulières,  de 
condyles  tibiaux  et  de  tubérosités  tibiales,  on  pourrait  donner  la 
préférence  à  cette  dernière.  Il  m’est  impossible  de  partager  ce 
point  de  vue.  Ceci  pour  plusieurs  raisons.  D’abord,  on  connaît 
mieux  le  terme  de  condyle  que  celui  de  tubérosité,  tant  en  ana¬ 
tomie  qu’en  chirurgie;  on  pourrait  même  dire  que  le  terme  de 
tubérosité  est  ici  à  peu  près  inusité.  D’autre  part,  une  tubérosité 
est  toujours  une  saillie  osseuse  de  volume  restreint,  de  sorte  que, 
dans  la  série  des  tubérosités,  les  tubérosités  du  tibia  ne  sont 
vraiment  pas  à  l’échelle.  Est-il  de  saine  logique  de  donner  le 
même  nom  aux  deux  énormes  condyles  tibiaux  et  à  la  petite 
éminence  osseuse  que  chacun  dénomme,  sans  hésiter,  tubérosité 
antérieure  du  tibia?  Je  suis  convaincu  que  l’expression  de  tubé¬ 
rosité  externe  du  tibia  serait  attribuée,  par  analogie,  au  tubercule 
osseux  soulevé  par  la. bandelette  ilio  tibiale,  et  qu’on  ne  manque¬ 
rait  pas  de  se  demander  à  quel  tubercule  osseux  de  même  impor¬ 
tance  répondrait  l’expression  de  tubérosité  interne  du  tibia.  En 
toute  clarté  et  en  bonne  logique,  disons  «  condyles  »  du  tibia, 
selon  la  tradition. 

Mais  j’aperçois,  à  conserver  au  tibia  le  terme  de  condyle,  une 
raison  d’ordre  général  qui  me  paraît  capitale  :  c’est  qu’on  emploie 
ce  vocable  de  condyle  pour  d’autres  parties  du  squelette  et'  dans 
un  sens  analogue;  que  donc,  si  on  supprimait  les  condyles  du 
tibia,  on  serait  conduit  à  modifier  une  partie  très  étendue  de  la 
nomenclature  squelettique  et  que  de  tels  changements  seraient 
aussi  inopportuns  qu’injustifiés. 

Le  terme  de  condyle,  qui  porte  étymologiquement  avec  lui  l’idée 
de  saillie,  de  proéminence,  désigne  essentiellement  —  en  ostéo- 
logie  —  certaines  masses  osseuses  saillantes,  volumineuses,  dépas¬ 
sant  de  beaucoup  l’importance  d’une  tubérosité  et,  à  plus  forte 
raison,  celle  d’un  tubercule,  représentant  une  partie  importante 
de  l’extrémité  d’un  os,  et,  de  ce  fait,  portant  une  ou  plusieurs 
surfaces  articulaires.  Tel^est  le  condyle  osseux  du  maxillaire  infé¬ 
rieur  supporté  par  son  col.  Tels  sont  les  deux  condyles  osseux 
interne  et  externe  de  l’extrémité  inférieure  de  l’humérus,  plus 
connus  d’ailleurs  des  chirurgiens  que  des  anatomistes.  Tels  sont 
les  deux  condyles  osseux  interne  et  externe  de  l’extrémité  infé¬ 
rieure  du  fémur.  Tels  sont  les  deux  condyles  osseux  interne  et 
externe  de  l’extrémité  supérieure  du  tibia. 

Le  terme  de  condyle  désigne  accessoirement  —  en  arthro- 


SÉANCE  DU  21  FÉVRIER 


293 


togie  —  et  par  dérivation  du  sens  précédent  plus  large,  certaines 
surfaces  articulaires  en  saillie,  donc  convexes,  de  volumes  divers 
parfois  considérables,  mais  qui  ne  sont  pas  assez  régulièrement 
sphériques  pour  prendre  le  nom  de  têtes  articulaires.  Tel  est  le 
condyle  articulaire  du  temporal.  Tel  est  est  le  condyle  articulaire 
•du  maxillaire  inférieur.  Tel  est  le  condyle  articulaire  de  l’hu¬ 
mérus.  Tels  sont  les  condyles  articulaires  du  fémur. 

Les  deux  sens  sont  donc  bien  distincts  et  aucune  confusion 
n’est  possible,  surtouf  si  on  prend  soin  d’ajouter,  toutes  les  fois 
qu’on  parle  d’un  condyle,  le  qualificatif  qui  précise  s’il  s’agit  d’un 
«  condyle  osseux  »  ou  d’un  «  condyle  articulaire  ». 

De  la  même  manière,  on  doit  distinguer,  en  ostéologie  et  en 
arthrologie,  les  deux  sens  du  terme  «  tête  s  et  du  terme  «  glène  ». 
On  dit  en  ostéologie  :  la  tête  osseuse  du  radius,  la  tête  osseuse  du 
tibia,  la  tête  osseuse  de  l’astragale;  on  dit  en  arthrologie  :  la  tête 
articulaire  de  l’humérus,  la  tête  articulaire  du  fémur,  la  tête  arti¬ 
culaire  des  métacarpiens,  des  métatarsiens,  des  phalanges.  On  dit 
en  ostéologie  :  la  glène  osseuse  du  temporal;  on  dit  en  arthro¬ 
logie  :  la  glène  articulaire  de  l’omoplate,  la  glène  articulaire  en 
cupule  du  radius,  la  glène  articulaire  en  cotyle  de  l’os  coxal,  les 
glènes  articulaires  du  tibia. 

Ces  discriminations  permettent  de  comprendre  comment  la 
glène  osseuse  du  temporal  porte  sur  son  versant  antérieur  un 
condyle  articulaire;  comment  le  condyle  osseux  du  maxillaire 
inférieur  porte  sur  son  versant  antérieur  un  condyle  articulaire  ; 
comment  le  condyle  osseux  externe  de  l’humérus  porte  trois  sur¬ 
faces  articulaires,  dont  un  condyle  articulaire;  comment  les 
condyles  osseux  du  fémur  portent  chacun  deux  surfaces  articu¬ 
laires,  dont  un  condyle  articulaire;  comment  enfin  les  condyles 
osseux  du  tibia  portent  chacun  une  glène  articulaire.  Si  on  peut 
apercevoir  quelque  subtilité  dans  cette  terminologie,  je  ne  crois 
pas  que  celle-ci  dépasse  la  mesure  habituelle  des  nuances  que 
nous  rencontrons  communément  dans  notre  langage  anatomo- 
chirurgical.  Chacun  peut  s’y  reconnaître,  en  contrôlant,  au  besoin 
en  rajeunissant  ses  souvenirs  dans  les  exposés  classiques,  qui 
sont  notre  référence  commune;  nous  pouvons  toujours  y  retrou¬ 
ver  —  quelquefois,  il  est  vrai,  en  cherchant  avec  attention  —  toute 
la  nomenclature,  y  compris  celle  que  nous  avons  oubliée. 


294 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Le  traitement  sanglant  des  luxations  acromio-clavicul aires . 

M.  Pierre  Descomps.  —  Cinq  fois,  depuis  1910,  j’ai  eu  l’occasion 
de  pratiquer  l’opération  sanglante  pour  des  luxations-  acromio- 
claviculaires  compliquées  de  rupture  des  ligaments  coraco-clavi- 
culaires;  je  suis  intervenu  deux  fois  à  Phépilal,  deux  fois  pen¬ 
dant-  la  guerre,  une  fois  dans  ma  clientèle  privée. 

Dans-  ces  formes  graves  de  Luxations  acromio-claviculaires,  que- 
la  radiologie  nous  a  permis  de  reconnaître,  le  fait  anatomique 
important  est  la  rupture  de  ces  ligaments.  Pour  les  connexions 
de  l'extrémité  externe  de  la  clavicule  avec  l’omoplate,  l’élément 
de  fixation  que  constituent  ces  ligaments  est  en  effet  singulière¬ 
ment  plus  important  que  l’élément  de  mobilité  représenté  par 
l’insignifiante  arthrodie  acromio-claviculaire.  Il  semble  donc 
capital,  au  point-  de  vue  du  pronostic  fonctionnel- ultérieur,  de 
restaurer  d’emblée,  au  mieux,  par  une  opération  sanglante,,  cet 
appareil  ligamenteux  coraco-claviculaire,  qui  solidarise  puissam¬ 
ment  la  clavicule  et  l’omoplate  et  permet  ainsi  à  la  ceinture  omc- 
claviculaire  de  se  mouvoir  en  bloc  sur  le  thorax,  par  l’intermé¬ 
diaire,  d'une  part  de  l’articulation  sterno-claviculaire,  d’autre  part, 
des  articulations  scapulo-thoraciques.  Au  sujet  de  ces  dernières, 
dont  Duchenne  nous  avait  appris  la  physiologie  et  Farabeuf  l’ana¬ 
tomie,  je  suis  heureux  de  constater  que,  par  la  description  récente 
qu’il  vient  d’en  donner,.  M.  Gilds  comble  une  lacune  importante  de 
nos  données  classiques  écrites  sur  les  articulations  de  la  région, 
de  l’épaule. 

J’ai  toujours  trouvé  les  ligaments  eoraco- claviculaires  rompus 
en  totalité  ou  en  presque  totalité.  Ces  ligaments  coraco-clavicu- 
laires  étaient-ils  rompus  dans  leur  continuité,  au  niveau  de  ces 
nodules  d’ossification  qu’on  trouve  si  souvenldans  leur  trame,,  ou- 
bien  étaient-ils  arrachés  au  niveau  de  leur  épanouissement  sous- 
claviculaire?  Il  m’est  bien  difficile  de  le  dire.  Mais  en  explorant 
l’hiatus  inlercoraco-elavicula-ire,  j’ai  presque  toujours  perçu  de- 
menus  fragments  osseux  adhérents  aux  débris  ligamenteux.  Deux, 
fois  il  existait,  en  plus,  une  fissure  de  l’extrémité  externe  de  la 
clavicule  révélée  par  la  plaque  radiographique. 

Dans  quatre  cas  j’ai  rapproché,  par  un  double  fil  métallique- 
puissant,  la  coracoïde  et  la  clavicule,  suspendant  en  quelque- 
sorte  l’omoplate  à  cette  dernière.  Jamais  je  n’ai  été  amené  à 
suturer  directement  la  clavicule  à  l’acromion,  la  suspension 
coraco-claviculaire  m’ayant  paru  seule  nécessaire  et  suffisante. 
Pour  ce  travail  de  force,  je  n’ai  jamais  employé  le  fil  d’argent, 
beaucoup  trop  cassant.  Deux  fois  j’ai  dû,  secondairement,  après- 


SÉANCE  DU  21  FÉVRIER 


295 


consolidation,  enlever  sous  anesthésie  locale  ces:  fils  métalliques 
mal  tolérés. 

Dans  le  dernier  cas,  j’ai  employé  la  grosse:  soie  ;  mais  je  crois 
que  le  double  cordo'n  s’èst  rompu  au  bout:  de  quelques  jours, 
assez  tard  cependant  pour  que;  j’aie  jugé  la  consolidation  suf¬ 
fisante  et  estimé  superflu  d’intervenir  à  nouveau.  Quoi  qu’il  en 
soit,  je  formulé  des  réserves  sur  la  solidité  de'  la  soie-  el.  je 
reviendrai  éventuellement  à-  l’emploi  du.  fil  de  bronze  ou  du  fil 
de  fèp. 

Les  résultats  immédiats  ont  toujours,  été  satisfaisants,,  encore 
qu’il  ne  m’ait  été  possible  de  suivre  mes  deux  opérés  de  guerre 
que  pendant  seulement  quelques  jours.  Jte  n’ait  pu.  constater  de 
résultats  éloignés-  que  pour  un  seul'  de  mes:-  opérés:  c’est  un 
homme  jeune-,  qui  possède  dans  leur  intégralité  tous  les  mouve¬ 
ments  de  l’épaule. 


Rapports. 

Traitement  non  sranglant  de  s  fractures  bimalléoiceü  es  • 
avec  fragment  marginal  postérieur , 
par  M.  le  Dr  Paul  Cabouat  (de  Nîmes). 

Rapport  de  M.  ALBERT  MOCGffET. 

Trop  tard  pour  qu’il  puisse  être  rapporté  au  moment  de  la 
discussion  récente  sur  le  traitement  des  fractures- bimalléoliaires 
de  jambe  avec  fragment  marginal  postérieur,  M.  le  Dr  Cabouat 
(de  Nîmes)  nous  a  envoyé  un  travail  accompagné  des  quatre 
observations  cliniques  et  radiographiques- les  plus  démonstratives 
prises  dans  une  série  de  2Æ  cas. 

M.  Cab-ouat  insiste,  comme  nous  tous-,  sur  la  fréquence  extrême 
du  fragment  marginal  postérieur  (M  fois  sur  36  cas  de  fractures 
bimalléolaires);  le  fragment  est  ordinairement  réduit  au  tubercule 
postérieur  (16  cas),  mais  il  peut  comprendre  une  partie  plus,  ou 
moins  importante  du  plafond  tibial. 

En  ce  qui  concerne  lé  traitement ,  M.  Cabouat  estime  qu’en  pré¬ 
sence  d’une-  fracture  de  Dupuytren  avec  déplacement  du  pied  en 
arrière,  permettant  de  soupçonner  une  fracture  marginale  posté¬ 
rieure,  il  convient  de  recourir  au  même  traitement  que  dans  la 
fracture  de  Dupuytren  simple.  Il  faut  le  plus  tôt  possible,  sans 
attendre  la  radiographie  (surtout  si  la  fracture  est  toute  récente), 
pratiquer,  la  réduction  manuelle  sous  l’anesthésie  générale  ; 
corriger  la  luxation  postérieure  en  «  arrachant  !a  botte  »,  le 


296 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


valgus  en  portant  le  pied  en  varus  forcé  (l’hypercorrection  n’est 
pas  à  craindre);  maintenir  la  correction  pendant  que  le  plâtre 
sèche,  et  serrer  les  malléoles  pour  corriger  le  diastasis.  La  réduc¬ 
tion  est  habituellement  facile.  M.  Cabouat  a  l’habitude  d’appliquer 
un  appareil  de  Pierre  Delbet  qu’il  estime  aussi  contentif  qu'une 
gouttière. 

Après  l’appareillage,  M.  Cabouat  mobilise  le  plus  tôt  possible; 
il  fait  lever  précocement  ses  malades  et  lutte  contre  l’équinisme 
de  leur  pied  au  lit  comme  pendant  la  marche;  il  applique,  s’il  le 
faut,  plusieurs  appareils  successifs. 

La  durée  du  traitement  varie  suivant  l'âge,  mais  il  ne  faut  pas 
craindre  de  la  prolonger  pendant  trois  mois  et  plus. 

La  radiographie  de  contrôle  est  indispensable,  elle  est  plus  utile 
que  la  radiographie  initiale.  Il  m’a  semblé  que  M.  Cabouat  faisait 
un  peu  fi  de  cette  dernière. 

Le  meilleur  critérium,  pour  accepter  une  réduction  comme 
satisfaisante,  est  la  concordance  des  courbures  de  l’astragale  et 
du  tibia,  qui  doivent  être  harmonieusement  symétriques.  La  repo¬ 
sition  de  la  malléole  interne  est  en  général  parfaite  et  le  diastasis 
bien  corrigé  dans  le  Dupuytren  type;  dans  le  Dupuytren  bas,  ce 
diastasis  est  difficile  à  réduire  tout  à  fait  et  on  constate  un  petit 
décalage  de  la  malléole  externe  par  rapport  à  la  diaphyse  péro¬ 
nière. 

Du  côté  du  fragment  marginal  postérieur  :  s’il  est  réduit  au 
tubercule  postérieur,  sa  coaptation  parfaite  importe  peu;  en  cas 
de  gros  fragment,  la  persistance  du  déplacement  est  une  indi¬ 
cation  de  l’intervention  sanglante.  Mais  on  peut  accepter  une 
légère  tolérance,  une  petite  dénivellation  de  1  à  2  millimètres  au 
niveau  de  la  surface  articulaire  tibiale. 

Les  résultats  du  traitement  ne  doivent  être  jugés  qu’après  trois 
ou  quatre  mois.  La  radiographie  montre  que,  lorsqu’il  subsiste  des 
traces  de  déplacement,  il  se  produit  une  adaptation,  un  modelage 
des  surfaces  articulaires,  et  cela  jusqu’à  un  âge  relativement 
avancé. 

Le  critérium  clinique  est  représenté  par  la  mobilité  de  l’articu¬ 
lation  tibio-tarsienne  ;  celle-ci  est  souvent  diminuée.  Mais  on 
peut  admettre  qu’une  limitation  légère  est  compatible  avec  une 
bonne  fonction  du  pied;  l’important  est  que  la  flexion  atteigne  et 
même  dépasse  un  peu  l’angle  droit.  Il  y  a  compensation  dans  les 
articulations  voisines. 

La  marche  doit  être  facile,  sans  fatigue  ni  douleur.  Le  malade 
doit  descendre  correctement  les  escaliers,  pouvoir  marcher  sur  la 
pointe  des  pieds,  sauter  à  cloche-pied.  Les  empreintes  plantaires 
doivent  être  normales. 


SÉANCE  DU  21  FÉVRIER 


297 


Il  est  banal  que  la  cheville  soit  enflée  le  soir;  souvent  il  persiste 
assez  longtemps  des  douleurs  spontanées,  surtout  au  moment  des 
changements  de  temps. 

On  peut  constater  une  amélioration  progressive  pendant  un  an 
ou  deux. 

■M.  Cabouat  nous  dit  avoir  observé  régulièrement  les  résultats 
ci-dessus  énoncés  dans  36  cas  de  fractures  bimalléolaires  dont 
24  accompagnés  de  fracture  marginale  postérieure.  Il  ne  nous  a 
pas  envoyé  toutes  ses  observations,  mais  seulement,  sans  les 
choisir,  les  quatre  plus  anciennes  et  les  plus  complètes. 

Cet  ensemble  imposant  de  bons  résultats  obtenus  constamment 
par  une  réduction  précoce  et  une  immobilisation  dans  l’appareil 
de  Delbet  tend  à  prouver,  conformément  à  l’opinion  déjà  exprimée 
ici  par  Souligoux,  par  Auvray  et  d'autres,  que  les  indications  de 
la  réduction  sanglante  sont  extrêmement  restreintes. 

Je  vous  propose,  Messieurs,  de  remercier  M.  Cabouat  de  l’inté¬ 
ressante  contribution  qu’il  a  apportée  au  traitement  des  fractures 
bimalléolaires. 


Un  cas  d'occlusion  intestinale 
traité  et  guéri  par  un  anus  vaginal  artificiel , 

par  M.  A.  J.  Bengolea  (de  Buenos-Ayres). 

Rapport  de  M.  J.  OKINCZYC. 

Vous  m’avez  chargé  d’un  rapport  sur  une  observation  de  M.  Ben¬ 
golea  adressée  à  notre  Société  sous  le  litre  :  «  Un  cas  d’occlusion 
intestinale  traité  et  guéri  par  un  anus  vaginal  artificiel  ». 

Voici  cette  observation  résumée  : 

•Une  femme  de  vingt-deux  ans  accouche  à  terme  dans  des  condi¬ 
tions  presque  normales.  Trois  jours  après  l’accouchement  la  tempéra¬ 
ture  s’élève  avec  des  frissons  entre  39°  et  40°  ;  en  même  temps  sur¬ 
viennent  des  vomissements,  des  douleurs  abdominales  diffuses  et  de  la 
constipation.  Le  pouls  est  à  140. 

A  l’examen,  on  constate  du  météorisme,  de  la  submatité  à  I’hypo- 
gastre  et  dans  les  fosses  iliaques,  du  tympanisme  dans  les  parties 
hautes  de  l’abdomen. 

Au  toucher  vaginal,  le  col  utérin  apparaît  flasque,  entr’ouvert,  les 
culs-de-sac  vaginaux  sont  douloureux,  l’utérus  est  gros.  Lochies 
fétides. 

Cet  état  persiste  le  quatrième  et  le  cinquième  jour.  Une  selle  spon¬ 
tanée  le  quatrième  jour. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Oa  fait  le  diagnostic  de  péritonite  puerpérale;  Les  symptômes  vont 
en- s!améliorant  un  peu  jusqu’au  neuvième  jour,  avec  un  fonctionne¬ 
ment  intestinal  ou  spontané  ou  provoqué. 

Le  dixième  jour,  surviennent  des  vomissements  abondants  aven 
tendance  au  collapsùs. 

Le  toucher  vaginal  permet  de  sentir  le  Douglas  distendu  et  doulou 
re.ux.  On  fait  le  diagnostic  d’iléus  paralytique  par  péritonite  puerpé¬ 
rale  et  d’abcès  pelvien,  bombant  dans  le  Douglas. 

Opération  immédiate,  sans  anesthésie,  qui  consiste  dans  «  fa  pono*-' 
tion  au  bistouri  »  du  cul-de-sac  vaginal  postérieur.  Au  lieu  du  pus 
qu’on  s’attendait  à  voir  s’écouler,  issue  abondante  d'e  gaz  et  de 
matières  féeales.  P'our  fixer  l’anse  intestinale,  ainsi  ouverte  involontai¬ 
rement,  aux  lèvres  de  l’incision  vaginale,  on  place  dans;  cette  anse  une 
sonde  autofixatrice'  de  Pousson.  Le  lendemain,  le  météorisme  avait, 
disparu,  et  la  malade  avait  eu  une  selle  spontanée- par  l’anus-. 

Le  cinquième  jour  après  l’opération,  la  sonde, est.  enlevée  ;  la  fistule- 
se  ferme  spontanément,  et  le  quinzième  jour  la  malade  peut  être  con¬ 
sidérée  comme  guérie. 

M .  Bengolea  reconnaît  son  erreur  qui  consiste  à  avoir  pris  une 
anse  intestinale  distendue  dans  le  Douglas  pour  un  abcès  collecté 
dans  le  pelvis. 

Mais  il  serait  assez  disposé  à  bénir  son  erreur  qui  lui  a  permis 
de  guérir  sa  malade,  et  même  d’élever  sa  manière  de  faire  à  la 
dignité  d’une  méthode  thérapeutique. 

Il  fait  valoir  la  facilité  et  la  hénignité  de  cette  technique,  sa 
valeur  esthétique  et  la  simplicité  des  suites. 

Je  serais  très  disposé  à  féliciter  M:.  Bengolea  de  son  succès, 
mais  je  le  serais  moins  à  préconiser  l’ouverture  systématique^ 
d’une  anse  intestinale  attirée  dans  le  Douglas  par  une  incision 
de  colpotomie  postérieure. 

L’ouverture  du:  péri  toi  ne  dans  le  vagin,  trop  difficile  à  stériliser, 
ne  me  paraît  pas  sans  dangers  :  l’anse  intestinale  ainsi  ouverte, 
fût-elle  fixée  par  deux  points  au  vagin  comme  le  conseille  M.  Ben¬ 
golea,  pourrait  remonter  dans  la  grande  cavité.  Enfin,  l’impossi¬ 
bilité  de  reconnaître  exactement  l’anse  intestinale  à  laquelle  on  a 
affaire,  et  qui  pourrait  être  le  cæcum  ou  le  côlon  pelvien,  rend 
celte  technique  trop  aléatoire.  La  fistule,  chez  la  malade  de  Ben^ 
golea,  s’est  fermée  spontanément;  mais  nous  connaissons  d’autres 
observations  où  l’ouverture,  accidentelle  de  l’intestin  dans  le 
vagin  au  cours  d’hystérectomies  vaginales  n’a  pas  eu  des  suites; 
aussi  simples  :  la  fistule  ne  s’est  pas  fermée  et  il  a  fallu  plusieurs 
opérations  abdominales  pour  tenter  la  suture  intestinale.  Nous 
connaissons  au  moins  un  cas  de  ce  genre  où  rétablissement  d’un 
anus  iliaque  définitif  a  seul  pu  exclure  un  anus  artificiel  vaginal 
qui  rendait  l’existence  intolérable  à  la  malade. 


°299' 


SÉANCE  DU  21  FÉVRIER 


Nous  retiendrons  cependant  de  l’observation-  de  M.  Bengolea 
cette  indication  déjà  exprimée  par  les  chirurgiens  qui  ont  préco¬ 
nisé  l’entérostomie  dans  les  péritonites  graves  :  que  nous,  obser¬ 
vons  dans-  cés  péritonites  deux-  phases,  une  première  d'infection, 
et  une  seconde  d'intoxication  par  occlusion  paralytique  ;  l'enté¬ 
rostomie  a-  pour'  but  de  parer  à  ces  accidents  secondaires  et  de 
permettre  au  malade  de  faire  Tes  frais  de  la  lutte  contre  i’înfèctîon 
seule.  C’est  ce  qui  ressort  avec  évidence  des  observations  de 
Delore' et  Conrozier  (1),  de  Summers(2),  de  Dubs  (3),  après  Max 
Schede,  Mannoury,  Nélaton,  Reclus,  Berger,  Quénu,.  Ghaput  et 
Lejars. 

Mais  mieux  vaut  dans  ce  cas  pratiquer  l’entérostomie  à  la 
paroi  abdominale;  on  le  fait  avec  plus  de  sécurité  et  le  traitement 
secondaire  de  la  fistule,  si  celle-ci  ne  se  férrne  pas  spontanément, 
en  est  grandement  facilité. 

Je  vous  propose  de  remercier  M.  Bfengolea  de  nous  avoir 
adressé  son  intéressante  observation. 


Questions  à  l’ordre  du  jour. 

Ulcère  perforé  de  l'estomac. 

M.  F. -Mi.  Cadenat.  —  En  juin  dernier  (4), .je.  vous  ai  rapporté  les 
observations-  de  trois'  ulcères  gastro-duodénaux  perforés  traités-' 
par  duodéno-pylorectomie.  Deux  d’entre  eux,  opérés  dans  les 
cinq  heures,  nous  furent  présentés  guéris  ;  le  troisième,  qui  per¬ 
fora  son  ulcère  deux  mois  après  une  gastro-entérostomie,  ne  fut 
opéré  qu’à  la  16e  heure. et.  succomba  dans  la  nuit. 

Répondant  àlà demande  dè  monmaître  Hartmann,  j'ai  recherché 
mes  autres  observations  d'ulcères  perforés.  J’en  trouve  quatre 
que  jé  résume  en  quelques  lignes 

Otts..  I.  —  Homme,  quarante-neuf  ans.  Opéré  à  la  quatorzième  heure 
(Hôtel-Dieu,  17  février  1919).  Perforation  large  comme  une  lentille  à  la 
face  antérieure  de  la  région  py,  torique;  induration  moyenne. 

Suture  en  deux-  plans  (avec  épiplooplastie).  Double  drainage  :  Douglas 
et  région  juxta-py torique. 

(1)  Del'ofe  et  Cbnrozl'er.  Revue  de  Chirurgie ,  1920,.  tf.  LVDI,  n°'  "tj  p.  605; 

(2)  Su’mtïiers-.  SurgeryGynecology  a.  Obstetries,  1921,  t.  XXXII,  p.  411.' 

:(3),  Dlïte.  Schweizeriscka  mediz.  Wochenschr.,  1921,  t.  II,  p.  52. 

(4)  Bwti.  et  Mém.  de  la-Sociélé  de  Chirurgie ,  13  Juin- 1922,  t.  XL-VIII,  n.°  20,  ‘ 
pj  S33. 


300 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Mort  le  septième  jour.  Autopsie  :  collection  suppurée  de  la  fosse 
iliaque  droite.  Oblitération  complète  de  la  perforation. 

Obs.  II.  —  Homme,  vingt-trois  ans.  Opéré  à  la  cinquième  heure 
(Hôtel-Dieu,  service  du  Dr  Potherat,  9  février  1920).  Perforation 
(petite  comme  une  tête  d’épingle)  sur  la  face  antérieure  de  la  première 
portion  du  duodénum.  Suture  en  deux  plans,  plus  gastro-entérostomie 
postérieure.  Double  drainage  :  région  sous-hépatiqne  et  fosse  iliaque 
droite. 

Morl  le  lendemain.  Autopsie  :  deuxième  ulcération  sur  la  face  posté¬ 
rieure  du  duodénum  en  regard  de  l’autre. 

La  pièce  fut  présentée  à  la  Société  Anatomique  le  14  février  1920. 
L’observation  est  dans  la  thèse  de  Lauret  (Paris  1920-1921)  :  Obs.  XVI. 

Obs.  III.  —  Homme,  quarante-sept  ans.  Opéré  à  la  quatrième  heure 
et  demie  (27  septembre  1920,  Hôtel-Dieu).  Perforation  sur  la  face  anté¬ 
rieure  de  la  région  pylorique,  large  comme  une  petite  lentille.  Indu¬ 
ration  discrète.  Suture  en  deux  plans,  plus  épiplooplastie,  plus  gastro- 
entérostomie  postérieure.  Double  drainage  :  Douglas  et  fosse  iliaque 
droite. 

Tout  va  bien  jusqu’au  huitième  jour.  Au  moment  où  on  le  considère 
comme  guéri,  sa  température  monte  brusquement  à  39°6  et  il  succombe 
le  douzième  jour. 

Autopsie  :  Les  sutures  ont  bien  tenu.  Lésions  de  gangrène  pulmo¬ 
naire  sur  toute  la  hauteur  du  poumon  droit  (confirmée  par  le 
Dr  Caussade). 

Obs.  IV.  —  Homme,  trente-trois  ans.  Opéré  à  la  douzième  heure 
(Hôpital  Tenon,  31  juillet  1921).  Perforation  large  comme  une  lentille 
sur  la  face  antérieure  de  la  région  pylorique.  Induration  périphérique 
discrète.  Suture  en  deux  plans,  plus  épiplooplastie,  plus  gastro- 
entérostomie  postérieure.  Drainage. 

Sort  guéri  le  20  août  1921. 

Si  l'on  se  contentait  de  prendre  en  bloc  ces  quatre  cas  et  de  les 
comparer  aux  trois  observations  de  gastrectomie,  on  pourrait  en 
tirer,  à  l’avantage  de  celle-ci,  des  conclusions  qui  à  mon  sens  ne 
répondent  pas  à  la  réalité.  On  arriverait  même  à  ce  paradoxe  que 
c’est  l’opération  la  plus  simple,  la  suture,  qui  donne  la  mortalité 
la  plus  élevée. 

Or,  si  l’on  étudie  chaque  cas  en  particulier,  on  trouve  qu’un  des 
malades  (suture  simple),  que  l’on  aurait  pu  le  huitième  jour  croire 
guéri,  commence  le  neuvième  des  phénomèmes  pulmonaires  et 
meurt  le  douzième  d’une  gangrène  massive  du  poumon  droit.  Un 
autre,  dont  le  pouls  était  le  quatrième  jour  tombé  à  83  et  la  tem¬ 
pérature  à  37°5,  succombe  le  septième,  et  l’on  trouve  à  l’autopsie 
une  collection  nettement  localisée  dans  la  fosse  iliaque  droite.  Le 


SÉANCE  DU  21  FÉVRIER 


troisième  avait  un  ulcère  double  du  duodénum  :  la  lésion  posté¬ 
rieure  passa  inaperçue. 

Peut-on  logiquement,  attribuer  à  la  technique  employéela  mort 
d’un  malade  qui  succombe  le  douzième  jour  d’une  gangrène 
pulmonaire  massive?  Je  ne  le  crois  pas.  Il  faut  cependant  ranger 
celte  observation  dans  les  cas  malheureux.  Elle  trouvera  sans 
doute,  dans  la  statistique  globale  que  prépare  notre  maitre,  sa 
contre-partie  dans  un  cas  analogue  opéré  suivant  une  autre 
technique. 

De  même  pour  la  seconde  complication  :  abcès  delà  fosse  iliaque 
droite.  Il  n’y  apaslà,  je  crois,  une  conséquence  du  procédé  employé, 
car  l’autopsie  a  vérifié  l’étanchéité  des  sutures.  Si  je  signale  le 
fait,  c’est  qu’il  n’est  peut-être  pas  inutile  de  tirer  de  cette  discus¬ 
sion  tous  les  enseignements  qu’elle  comporte.  Il  est  classique  dans 
les  cas  opérés  tard  de  faire  un  drainage  complémentaire  au 
niveau  du  Douglas.  Dans  les  ulcères  duodéno-pyloriques  situés  à 
droite  du  mésentère,  c’est  bien  plutôt  la  fosse  iliaque  droite  qu’il 
faut  drainer  et  surveiller  avec  soin. 

Quant  au  troisième  malade,  il  avait  un  ulcère  duodénal  double, 
et,  malgré  une  gastro-entérostomie  complémentaire,  l’ulcère  pos¬ 
térieur  est  passé  inaperçu.  Il  est  certain  que  si  j’avais  fait  à  ce 
malade  (opéré  à  la  cinquième  heure)  une  duodéno-pylorectomie, 
j’aurais  enlevé  en  bloc  les  deux  ulcères.  La  valeur  très  relative  de 
cet  argument  ne  m’échappe  pas.  Dans  les  cas  d’ulcère  double  les 
lésions  ne  sont  pas  toujours  en  regard  l’une  de  l’autre,  et  une 
exploration  complète  s’impose.  Cependant,  en  ce  qui  concerne  le 
duodénum,  le  type  «  Kissing  ulcer  »  est  la  règle  et  l’on  voudra 
bien  m’accorder  que,  dans  ces  cas  tout  au  moins,  plutôt  que  de 
faire  une  double  suture  antérieure  et  postérieure  suivie  nécessai¬ 
rement  de  gastro-entérostomie,  mieux  vaut  pratiquer  une  franche 
duodéno  pylorectomie. 

De  même  dans  certains  cas  de  perforations  d’ulcères  géants, 
admettant  un  et  même  deux  doigts,  et  entourés  d’une  large  zone 
indurée,  la  gastro-pylorectomie  devient  une  opération  de  néces¬ 
sité.  J’ai  eu  deux  fois  très  nettement  l’impression  qu’une  suture 
même  faite  à  distance  de  la  perforation  et  renforcée  d’un  solide 
manchon  épiploïque  n’aurait  donné  que  de  médiocres  garanties 
de  solidité.  Un  de  ces  malades  a  guéri  après  une  opération 
pénible  faite  dans  de  très  mauvaises  conditions.  Je  fus  d’autant 
plus  surpris  de  ce  succès  qu’il  survenait  après  les  échecs  que  j’ai 
rapportés  plus  haut. 

C’est  là  la  notion  nouvelle,  et  dont  on  ne  saurait  trop  souligner 
l’importance  :  opérés  dans  les  cinq  à  six  premières  heures  cer¬ 
tains  malades  ont  pu  supporter  une  intervention  aussi  grave 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRUKGIE 


302 


qu’une  large  duodéno-gastrectomie.  Il  semble  qu’on  puisse. encore 
élargir  la  formule  et  dire  :  opéré  dans  les  six  heures  le  malade 
supportera  n'importe  quelle  intervention ,  sensiblement  dan,s  les 
mêmes  conditions  qü'à  froid. 

Donc  trois  facteurs  interviennent  : 

1°  Le  délai  pendant  lequel  tout  est  permis  :  ce  chiffre  de  six  . 
heures  n’a  rien  de  fatidique.  C’est  un  terme  moyen,  de  même  que 
lé  délai  de  douze  heures  après  lequel  il  semble  prudent  de  faire  le 
minimum.  Le  flottement  de  six  heures  laissé  entre  ces  deux 
chiffres  montre  bien  qu’il- n’y  a  rien  là  d’abso.lu. 

2°  La  résistance  du  malade.  —  La  restriction  «  sensiblement 
■dans  les  mêmes  conditions  qu’à  froid  »  interdit  toute  tentative 
audacieuse  chez  les  màlades  déprimés  par  des  hémorragies 
répétées,  ou  dans  un  état  de  dénutrition  marqué,  bref  chez  tous 
ceux  que  les  plus  ardents  résectionnjstes  jugeraient  sage  de 
m’opérer  qü’en  deux  temps. 

3°  La  lésion  elle-même.  —  Il  importe  i.ci  de  sérier  les  cas  ; 

a)  Large  per  foration  sur  un  ulcère  call.evx  étendu  :  la  duodéno- 
gastrectomie  est  souvent  la  seule  opération  possible.  11  est  conso¬ 
lant,  pour  l’opérateur  qui  t’entreprend  par  nécessité,  de  penser 
qu’il  ne  fait  pas  seulement  un  exercice  de  médecine  opératoire, 
mais  qu’il  a  des  chances  sérieuses  de  guérir  son  malade. 

b)  Ulcères  doubles  :  la  résection  annulaire  n’est  guère  plus 
longue  qu’une  double  suture  suivie  de  gas.tro-entérostomie.  Elle 
■est  plus  sére,  même  en  cas  de  perforation  unique,  puisqu’elle  met 
à  l’àbri  d’une  perforation  itérative  au  niveau  du  second  foyer. 

Mais  ce  sont  là  des  cas  d’exception,  il  est  naturel  qu’on  leur 
oppose  un  traitement  considéré  par  beaucoup  de  chirurgiens 
comme  un  traitement  d’exception. 

C)  Pour  les  cas  ordinaires,  petite  perforation  sur  un  ulcère 
moyennement  induré,  la  question  se  présente  d’une  toute  autre 
façon.  Elle  embrasse  non  seulement  le  traitement  de  l'.ulcère 
perforé,  mais  de  l’ülcèregastro-duodénal  en  général. 

Si  la  règle  des  six  heures  est  démontrée,  il  devient  logique 
•que  le  chirurgien  songe  non  seulement  au  présent,  mais  à  l’avenir 
4e  son  malade.  Il  voudra  'faire  plus  qu’aveugler  la  perforation  : 
traiter  t’ulcère  lui-même.  Or  le  traitement  de  l’ulcère  est  toujours 
en.  discussion  et  je  ne -reviendrai  pas  sur  tes  arguments  bien 
connus  des  deux  écoles  :  les  uns  feront. une, simple  gas.tro-entéros- 
'tomie  après  suture  deToriflce,  les  autres  une  résection. 

Encore  faut-il  s’entendre  sur  les  termes.  Si  l’on  considère 
■comme  une  résection  l’ablation  des  bords  indurés  de  la  perfora¬ 
tion,  la  discussion  tombe  d’effe-mème  :  tout  le  monde  fait  plus. ou 
moins  la  résection.  Ce  terme  doit  s’entendre  dans  le  sens  de  gas- 


■SÉANCE  .  DU  .  21  FÉVRJER 


303 


trect.omie  annulaire,  ou  tout  au  moins  de  large  gastrectomie  par¬ 
tielle,  encore  que  ce  terme  .soit  lui-même  assez  imprécis. 

Quant  à  la  gastro-entérostomie  complémentaire,  il  faut  la  com¬ 
prendre  non  plus  comme  une  opération  de  nécessité  commandée 
par  la  sténose  que  détermine  la  suture  de  la  perforation,  mais 
telle  qu’on  la  pratiquerait  en  vue  d’améliorer  par  exemple  un 
ulcus  non  sténo.sant  de  la  petite  courbure. 

Tant  que  l’accord  ne  sera  pas  fait  sur  le  meilleur  traitement  de 
l’ulcus  non  perforé,  il  me  semble  impossible  de  poser  des  règles 
précises  sur  le  traitement.le  meilleur  de  la  perforation,  de,  l’ulcèr.e, 
-en  dehors  des  cas  très  spéciaux  envisagés  plus  haut. 

Telles  .sont  les  réflexions  que  me  suggère  ma  modeste  expé¬ 
rience, qui  complètent  ce  que  je  vous  exposais  dans  ma  précé¬ 
dente  communication. 

M.  de  Martel,  -t-  Après  ce  qu’a  dit  Lecène,  j,e  n’ai  rien  à 
ajouter,  car  il  a  exprimé  ce  que  je  pense,  beaucoup  mieux  que  je 
ne  l’aurais  fait. 

Jamais,  en  présence  d’un  ulcère  perforé,  je,n!aipratiquéTéradi- 
■ -cation  de  l'ulcère.  J’avoue  même  que  je  n’y  ai  jamais  pensé.. J’ai 
toujours  eu  l’impression  que  j’opérais  un  malade  gravement 
atteint,  et  sur  lequel  je.  devais  faire  le  minimum. 

Je  n’ai  opéré  que  huit  malades. atteints  de  péritonite  par  perfo¬ 
ration  d’ulcère.  J’.en  ai  perdu  un.  Trois  fois,  j’ai  fait  une  erreur  de 
diagnostic,  et  j’ai. d’abord  été  à  l’appendice. 

Tous  mes  malades  ont  été  opérés  dans  les  trente-six  heures. 

Le  malade  que  j’ai  perdu  présentait  un  ulcère  calleux  de  la 
petite  courbure  haut  situé,  et  je  n’ai  pu  enfouir  convenablement 
la  perforation. 

'  Les  sept  autres  cas  se  décomposent  en  deux. ulcères  duodénaux 
■et  cinq  ulcères  du  pylore. 

.Les  deux  perforations  duodénales  s’étaient  faites  en  tissu  souple 
etfurent  faciles  à  suturer.  J’ai  pratiqué  dans  ces.deux  cas  l’exclu- 
.sion  au  fil,  et  une. gastro-entérostomie. 

Pour  les.ulcères  du  pylore  J’ai  pratiqué  difficilement  la  suture. 

Il  s’agissait,  dans  quatre  cas,  d’ulcères  calleux.  Pans  ces  quatre 
cas,  j’ai  également  pratiqué  une  gastro-entérostomie,  en  raison 
du  rétrécissement  et  de  la  déformation  considérable  de  la  région 
pylorique. 

Peut-être  aurais-je  dû  avoir  recours  à  la  gastro -pylorectomie 
pour  le  mal  de  que  j’ai  perdu?  Js  n’y  ai  pas  songé,  et,  si  j’y  avais 
pensé,  je  n’aurais  pas  probablement  osé  mettre  mon  idée  à  exécu¬ 
tion.  Je  ne  trouve  pas  la  gastro -pylorectomie  une  petite  opéra- 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


304 


tion.  Malgré  cela,  je  ne  la  redoute  pas  chez  un  sujet  résistant  et 
préparé.  Elle  m'effraie  beaucoup  chez  un  malade  atteint  de  péri¬ 
tonite. 


La  cholécystectomie  rétrograde. 

M.  Anselme  Schwartz.  —  La  question  qui  se  pose,  dans  la 
discussion  en  cours,  est  la  suivante  :  la  cholécystectomie  rétro¬ 
grade  est-elle  plus  simple,  plus  facile  que  la  cholécystectomie  de 
haut  en  bas,  ou,  au  contraire,  est-elle  plus  délicate  et,  en  parti¬ 
culier,  expose-t-elle  davantage  à  la  blessure  de  la  voie  principale, 
de  l’hépato-cholédoque  ?  Pour  moi,  il  n’est  pas  douteux  que 
l’attaque  première  du  cystique  fait  courir  plus  de  danger  à  la 
voie  biliaire  principale  que  la  libération  de  haut  en  bas.  Les 
partisans  de  la  voie  rétrograde  nous  disent  bien  que  ce  danger 
est  toujours  évitable  si  l’on-  veut  bien  ne  mettre  le  fil  sur  le 
cystique,  qu’après  avoir  vu  le  trépied  biliaire  ;  mais  le  danger 
consiste  précisément  à  croire  que  l’on  a  sous  les  yeux  le  cystique 
seul,  alors  que,  par  une  légère  traction,  on  a  accolé,  en  canon  de 
fusil,  l’hépatique  et  le  cholédoque.  Le  cystique  est  parfois  extrê¬ 
mement  court,  à  tel  point  que,  même  après  libération  complète 
de  la  vésicule,  on  ne  sait  pas,  de  façon  absolue,  ce  que  l’on  a 
sous  les  yeux,  et  il  m’est  arrivé,  dans  des  cas  de  ce  genre,  de 
fendre  la  vésicule  dans  toute  sa  hauteur,  pour  avoir  sous  les 
yeux  les  deux  orifices  des  canaux  hépatique  et  cholédoque.  Bref,, 
je  persiste  à  croire  qu’en  allant  de  haut  en  bas  on  a  plus  de 
facilités  encore  pour  voir  le  trépied  biliaire,  et  pour  poser  sa 
ligature  sur  le  cystique  et  uniquement  sur  le  cystique.  Il  suffit, 
avant  de  placer  son  fil,  de  cesser  toute  espèce  de  traction,  pour 
éviter  d’accoler  l’hépato-cholédoque. 

Le  seul  avantage,  mais  incontestable  celui-là,  de  la  voie  rétro¬ 
grade,  c’est  la  libération  beaucoup  plus  facile  de  la  vésicule 
biliaire  qu’on  décolle  de  bas  en  haut,  très  rapidement,  et  sans 
entamer  le  tissu  hépatique,  comme  on  le  fait  parfois  en  commen¬ 
çant  la  libération  par  le  fond.  Il  est  certain  que  cette  libération 
par  le  fond,  et  de  haut  en  bas,  est  un  procédé  inélégant,  et  sou¬ 
vent  un  peu  traumatisant  pour  le  foie  ;  aussi  l’ai-je  à  peu  près 
complètement  abandonnée,  et,  en  général,  je  procède  de  la  façon 
suivante  :  j’aborde  la  vésicule  près  du  cystique,  là  où  elle  se  rétrécit, 
à  quelques  centimètres  du  fond  ;  j’incise  là  son  méso,  en  dehors  de 
la  vésicule  ;  j’introduis  mon  index  dans  la  brèche,  et  très  rapi¬ 
dement  je  décolle  la  vésicule  de  la  surface  hépatique,  de  bas  en 


SÉANCE  DU  21  FÉVRIER 


305 


haut,  tout  comme  ceux  qui  font  la  cholécystectomie  rétrograde  ; 
je  fais,  si  l’on  veut,  une  libération  rétrograde,  mais  je  la  com¬ 
mence  bien  au-dessus  du  cystique  ;  une  fois  la  vésicule  complè¬ 
tement  libérée,  je  la  saisis  comme  ceux  qui  font  la  cholécys¬ 
tectomie  de  haut  en  bas,  et  je  continue  alors  le  décollement  vers 
le  cystique  et  vers  le  trépied  biliaire  ;  je  lie,  à  ce  moment,  la  ou 
les  artères  cystiques,  et  je  place  mon  fil  sur  le  cystique  après 
avoir  vu,  aussi  nettement  que  possible,  le  trépied  biliaire,  de  façon 
à  être  sûr  de  ne  lier  et  de  ne  couper  que  le  cystique;  lorsque  la 
chose  est  trop  délicate,  lorsque  j’ai  une  hésitation,  comme  cela 
m’est  arrivé,  je  fends  la  vésicule  de  haut  en  bas  avec  toutes  les 
précautions  d’asepsie  nécessaires,  et  je  cherche  à  voir  les  orifices 
des  deux  canaux  biliaires  principaux.  Jusqu’à  présent,  .avecia 
technique  que  j’emploie,  je  n’ai  pas  eu  à  déplorer  l’accident  qui  est 
arrivé  à  M.  Hartmann,  à  savoir  la  section  de  la  voie  biliaire  prin¬ 
cipale.  Le  procédé  que  j’emploie  a  un  autre  avantage  sur  la  voie 
rétrograde  proprement  dite,  c'est  qu’il  est  applicable  dans  les  cas 
difficiles  comme  dans  les  cas  faciles,  et  que  dans  les  cas  difficiles 
il  rend  précisément  les  plus  grands  services. 

M.  Auvray.  —  La  question  discutée,  en  somme,  est  celle  de  la 
meilleure  technique  à  employer  pour  enlever  la  vésicule  sans  léser 
la  voie  biliaire  principale.  Or,  il  ne  me  paraît  pas  douteux  que  la 
meilleure  technique  est  celle  qui  consiste  à  se  porter  d’emblée, 
toutes  les  fois  qu’il  est  possible  de  le  faire,  sur  le  trépied  biliaire 
(hépatique,  cystique  et  cholédoque)  et  à  reconnaître  le  cystique 
pour  éviter  la  blessure  de  la  voie  biliaire  principale.  Je  puis 
ajouter,  aux  cas  qui  ont  été  apportés  ici,  un  fait  de  section  de 
l’hépatique  qui  fut  coupé  en  même  temps  que  le  cystique,  dans 
un  cas  très  adhérent  où  j’avais  procédé  au  décollement  de  la 
vésicule  du  fond  de  l’organe  vers  le  cystique.  La  malade  mourut 
dans  les  jours  suivants.  Mais  encore  faut-il  pour  procéder  à 
l’ablation  de  la  vésicule  d’arrière  en  avant  que  l’accès  soit  possible 
sur  le  trépied  biliaire.  Lorsque  la  vésicule  n’est  pas  adhérente,  ou 
qu’elle  est  unie  aux  organes  voisins,  le  pylore,  le  gros  intestin, 
l’épiploon,  par  des  adhérences  qu’il  est  possible  de  rompre,  je 
procède  toujours  à  l’ablation  rétrograde  de  la  vésicule.  Il  faut  se 
rappeler  que  le  cystique  et  la  voie  biliaire  principale  sont  recou¬ 
verts  par  une  lame  péritonéale  qu’il  faut  inciser  pour  les  mettre 
à  nu.  Lorsque  le  cystique  est  bien  exposé,  j’en  fais  la  ligature 
au  ras  de  l’hépatique  et  je  procède  au  décollement-  de  la  vésicule. 

En  agissant  ainsi,  on  ne  fait  qu’appliquer  un  principe  de 
chirurgie  générale.  Lorsque  nous  pratiquons  l’opération  de 
Vertheim,  nous  nous  portons  d’emblée  sur  l’obstacle  à  éviter. 

BULL.  ET  MSM.  DE  LA  SOC.  DE  CHIR.,  1923.  22 


306 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Nous  recherchons  l’uretère  que  nous  prenons  soin  de  bien  voir 
et  de  libérer  sur  une  grande  étendue  pour  éviter  sa  blessure.  De 
même,  lorsque  nous  voulons  enlever  la  vésicule,  le  mieux,  toutes- 
les  fois  qu’il  est  possible  de  le  faire,  me  paraît  être  de  nous 
porter  d’emblée  sur  le  trépied  biliaire,  pour  reconnaître  la  voie 
biliaire  principale, et  éviter  de  la  blesser. 

Mais  il  est  des  cas  où  les  adhérences  sont  telles  qu’il  est  impos¬ 
sible  d’aller  d’emblée  à  la  voie  biliaire  et  qu’on  est  encore  heureux, 
quand  on  peut  arriver  à  enlever  la  vésicule  en  procédant  à  son 
décollement  d’avant  en  arrière. 

En  somme,  tout  dépend  dans  notre  mode  d’intervention  de  l’état 
anatomique  des  lésions.  Si  l’accès  sur  le  trépied  biliaire  est 
possible,  c’est  à  la  cholécystectomie  rétrograde  que,  selon  moi,  il 
faut  recourir.  Et  je  crois  que  dans  plus  de  la  moitié  des  cas  elle 
est  applicable. 

Si,  au  contraire,  du  fait  des  adhérences,  il  est  impossible 
d’accéder  sur  la  voie  biliaire  principale,  force  sera  bien  de  pro¬ 
céder  à  la  cholécystectomie,  comme  l’on  pourra,  en  allant  dii 
fond  de  la  vésicule  vers  le  cystique,  mais  c’est  alors  qu’on  sera 
plus  exposé  à  la  section  de  l’hépatique,  heureusement  malgré  tout 
assez  rare. 

M.  de  Martel.  —  Depuis  le  début  de  ma  carrière  chirurgicale, 
j’use  du  procédé  de  cholécystectomie  rétrograde  que  j’ai  vu 
employer  par  Gosset  dans  le  service  de  M.  le  professeur  Terrier, 
dès  1907. 

Le  procédé  de  Gosset,  dont  le  caractère  est  avant  tout  la  très- 
grande  sécurité,  doit  à  mon  sens  être  surtout  utilisé  dans  les  cas 
difficiles,  bien  plus  encore  que  dans  les  cas  faciles.  Il  a  le  très 
grand  mérite  de  s’opposer  à  un  début  d’opération,  si  cette  opéra¬ 
tion  n’est  pas  faisable,  ce  qui  arrive  rarement  mais  arrive  quand 
même. 

Je  veux  dire  par  là  que,  dans  ce  procédé,  il  faut  parvenir  à 
découvrir  clairement  le  cystique,  l’hépatique,  le  cholédoque  et 
leur  point  de  jonction.  Si  on  les  découvre,  on  est  certain  de 
terminer  l’opération  sans  abîmer  la  voie  principale;  si  on  ne  les 
découvre  pas,  on  peut  se  contenter  de  drainer  la  vésicule  en 
l’abouchant  à  la  peau  et  de  drainer  la  voie  principale  après  l’avoir 
incisée  sur  le  calcul  qu’elle  contient,  si  elle  est  oblitérée  par  un 
calcul.  J’ai  plus  d’une  fois  sauvé  mon  malade  parce  que  j’ai- 
préféré  abandonner  une  cholécystectomie  que  de  la  faire  au  petit 
bonheur. 

Je  crois  cependant  qu’il  y  a  beaucoup  de  précaution  à  prendre 
pour  éviter  les  accidents.  ‘ 


SÉANCE  DU  21  FÉVRIER 


3Û7 


Il  faut  :  1°  y  voir  très  clair.  L’incision  en  L  donne  un  jour  admi¬ 
rable  et  se  répare  beaucoup  mieux  que  l’incision  de  itehr.  L’inci¬ 
sion  transversale  est  quelquefois  insuffisante. 

2°  Il  faut  bloquer  à  gauche  l’estomac  et  en  bas  le  duodénum, 
afin  de  tendre  les  organes  sur  lesquels  on  va  opérer  ; 

3°  Sortir  le  foie,  si  c’est  possible.  Chez  l’homme,  c’est  souvent 
difficile  ; 

4°  Inciser  le  feuillet  antérieur  du  petit  épiploon  avec  beaucoup 
de  précaution  sans  blesser  le  réseau  des  veines  qui  s’entrelacent 
à  la  face  antérieure  de  l’hépatique  ; 

5°  Tirer  surlecoldela  vésiculeafi  n  de  tendre  le  cystique  (Gossél). 

Lorsqu’on  voit  bien  le  cystique,  l'hépatique  et  le  cholédoque, 
on  peut  couper  le  cystique  sans  crainte  et  on  voitparfaitement 
qu’il  n’y  a  qu’une  lumière  béanlé  et  qu’on  n’a  pas  coupé  autre 
chose,  et  dans  la  majorité  des  cas,  à  partir  de  cet  instant,  la  vési¬ 
cule  se  décolle  très  bien  et  la  comparaison  qu’a  faite  M.  Gosset, 
entre  le  décollement  de  la  vésicule  par  voie  rétrograde  et  celle 
des  salpingites  adhérentes  par  les  procédés  que  M.  Faure  nous  a 
enseignés,  est  tout  à  fait  juste.  Beaucoup  de  chirurgiens,  pourtant, 
ne  suivent  qu’exceptionnellement  ces  deux  techniques  qui,  à 
mon  sens,  constituent  un  immense  progrès  sur  les  techniques 
usuelles. 

Le  temps  difficile  de  l’intervention  n’est  pas  la  section  du 
cystique.  C’est  la  libération  de  la  partie  initiale  de  la  vésicule  qui 
peut  adhérer  intimement  à  la  voie  principale  et  aux  structures 
anatomiques  voisines  et  en  particulier  aux  organes  qui  sont 
couchés  dans  la  partie  droite  du  sillon  transverse  du  foie 
(branche  droite  du  canal  hépatique),  car  parfois  le  sillon  de  la 
vésicule  est  presque  parallèle  au  sillon  transverse  et  le  bord 
postérieur  et  gauche  de  la  vésicule  est  tout  près  des  organes 
contenus  dans  ce  sillon. 

Comme  je  t’ai  appris,  je  tiens  à  le  dire,  en  voyant  opérer 
Gosset,  il  faut  s’éloigner  le  plus  possible  du  bord  droit  du  petit 
épiploon,  avant  de  lier  les  altères  cystiques.  Il  y  a  quelques  jours, 
malgré  celte  précaution,  j’ai  bien  failli  pincer  la  branche  droite 
de  l’artère  hépatique  qui  décrivait  une  courbe  dont  la  convexilé 
touchait  le  bord  gauche  de  la  vésicule. 

La  cholécystectomie  par  le  fond  ne  donne  aucune  sécurité.  On 
va  vers  tes  organes  qu’on  redoute  sans  les  voir  et  on  risque  fort 
de  les  blesser.  Je  sais  bien  que,  comme  me  le  faisait  remarquer 
Deniker,  beaucoup  de  chirurgiens  qui  suivent  de  préférence  cette 
technique  font  des  cholécystectomies  sublotales  et,  après  avoir 
décollé  en  partie  la  vésicule,  coupent  ce  qui  flotte  et  laissent 
le  reste 


308 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Pour  ma  part,  quand  après  section  du  cystique  j’éprouve  une 
très  grande  difficulté  à  séparer  la  partie  initiale  de  la  vésicule  des 
organes  avoisinants,  je  fends  la  vésicule  du  cystique  vers  le  tond, 
et  avec  les  ciseaux  courbes  j’enlève  tout  ce  qui  est  libre.  Il  reste 
adhérente  à  la  face  inférieure  du  foie  et  à  la  partie  supérieure  de 
la  voie  principale  une  petite  portion  de  la  face  postérieure  de  la 
vésicule  (partie  initiale  et  début  de  la  partie  moyenne)  en  forme 
de  feuille  de  saule.  Je  touche  à  la  teinture  d’iode  et  je  mets  un 
drain  et  une  mèche.  Mais  cela  n’arrive  que  bien  exceptionnelle¬ 
ment.  Sur  52  cholécystectomies  pratiquées  depuis  1920,  et  dont 
j’ai  pu  retrouver  les  observations,  trois  fois  j’ai  renoncé. à  l’opé¬ 
ration  et  je  me  suis  contenté  deux  fois'  de  pratiquer  une  cholé¬ 
cystectomie,  une  fois  j’ai  incisé  la  voie  principale  sur  un  calcul 
et  j’ai  laissé  la  vésicule  en  place.  Deux  fois,  j’ai  pratiqué  l’ouver¬ 
ture  de  la  vésicule  du  cystique  vers  le  fond  et  j’en  ai  abrasé  les 
parties  flottantes  aux  ciseaux.  Dans  les  47  autres  cas,  j’ai  fait  les 
cholécystectomies  suivant  le  procédé  de  Gosset. 


Présentations  de  malades. 

Arthrite  blennorragique  du  genou.  Echec  de  la  sérothérapie. 

Arthrotomie.  Guérison  avec  conservation  des  mouvements , 

par  MM.  CH.  DUJARIER  et  MATHIEU- PIERRE  WEIL. 

La  malade  que  nous  vous  présentons,  âgée  de  vingt  et  un  ans, 
est  hospitalisée  depuis  le  20  décembre  1922,  à  Boucicaut,  dans  le 
service  du  professeur  Bezançon. 

Elle  est  atteinte  d’arthrite  du  genou  gauche,  dont  la  nature 
gonococcique  est  établie,  tant  par  la  notion  d’une  blennorragie 
récente  que  par  la  constatation  du  gonocoque  dans  l’articulation. 
Le  traitement  sérothérapique  a  été  longuement  tenté  et  â  échoué. 
Nous  publierons  dans  la  prochaine  séance  un  compte  rendu 
détaillé  de  ces  tentatives. 

La  malade  est  entrée  dans  mon  service  le  16  janvier  1923.  Le 
genou  est  volumineux,  rouge,  douloureux.  Le  membre  est  en 
flexion  légère  avec  rotation  externe.  L’articulation  est  distendue 
par  un  épanchement  assez  volumineux,  et  il  existe  une  infiltration 
considérable  des  tissus  périarticulaires. 

L’impotence  fonctionnelle  est  complète,  et  la  douleur  rend 
impossible  toute  tentative  de  mobilisation.  L’état  général  est  assez 
touché  et  la  température  est  à  39°5. 


SÉANCE  DU  21  FÉVRIER 


309 


Le  17  janvier,  je  pratique,  sous  anesthésie  lombaire,  une  arthro¬ 
tomie  externe;  je  traverse  des  tissus  infiltrés  et  une  synoviale 
rouge  et  très  épaissie  ;  j’en  prélève  un  fragment  pour  l’examen.  Il 
s’écoule  une  grande  quantité  de  pus  jaune  verdâtre  peu  épais,  et 
des  masses  fibrineuses  assez  volumineuses.  Lavage  à  l’éther.  Je 
pratique  des  mouvements  de  flexion  qui  exigent  une  certaine  force 
et  qui  montrent  que  des  adhérences  sont  en  train  de  se  constituer. 
Suture  par  étage,  sans  drainage.  Le  membre  est  immobilisé  sur 
une  attelle  de  Boeckel. 

Le  soir  de  l’intervention  40°,  le  lendemain  39°2,  le  surlen¬ 
demain  37°. 

On  note  de  suite  une  sédation  rapide  des  phénomènes  doulou¬ 
reux  et  de  l’infiltration  périarticulaire.  L’attitude  du  membre  est 
redevenue  normale  et  le  volume  du  genou  diminue. 

On  fait  de  la  mobilisation  précoce,  active  et  passive  avec  une 
facilité  chaque  jour  croissante. 

La  marche  est  commencée  le  quinzième  jour  et  les  progrès  sont 
rapides. 

Actuellement,  l’extension  complète  est  encore  impossible  (il 
s’en  faut  de  15°  environ),  la  flexion  dépasse  l’angle  droit. 

La  mensuration  des  deux  cuisses,  pratiquée  à  40  centimètres 
au-dessus  de  la  rotule,  donne  des  deux  côtés  40  centimètres. 

Vous  pouvez  voir  sur  les  radiographies  qu’il  existe  du  côté 
malade  un  léger  trouble  au  niveau  de  l’interligne,  et  que  les  sur¬ 
faces  articulaires  paraissent  plus  rapprochées  que  du  côté  sain. 

C’est  la  troisième  fois  que,  sur  les  conseils  de  notre  collègue 
Rouvillois,  j’emploie  celte  méthode,  et  j’ai  eu  trois  succès. 

M.  Albert  Mouchet.  —  Je  me  demande  s’il  convient  d’attri¬ 
buer  au  rétrécissement  de  la  fente  articulaire,  sur  la  radiographie 
du  genou  malade,  la  valeur  séméiologique  que  paraît  lui  attribuer 
Dujarier.  Car  il  est  permis  de  penser  que  l’extension  du  genou 
malade  n'était  pas  aussi  complète  que  celle  du  genou  sain  pendant 
la  radiographie. 

D’oîi  une  apparence  d’interligne  articulaire  rétréci  qui  tient 
simplement  à  ce  que  l’attitude  du  genou  malade  n’est  pas  iden¬ 
tique  à  celle  du  genou  sain. 

M.  Louis  Bazy.  —  Je  pense  qu’il  y  a  lieu  de  retenir  les  échecs 
de  la  sérothérapie  antigonococcique.  Celte  méthode  ne  m’a  pas 
personnellement  donné  les  résultats  que  j’en  escomptais.  Je  l’ai 
ulilisée  trois  fois  et  dans  les  trois  cas  j’ai  eu  des  échecs,  bien  que 
je  crois  avoir  mis  en  œuvre  la  sérothérapie  intra-articulaire  dans 
les  conditions  techniques  les  plus  satisfaisantes.  Au  cours  de 


310 


SOCIÉTÉ  DE  CHIKURG1E 


ma  dernière  tentative,  faite  dans  le  service  de  M.  Lapointe,  j’ai 
pu  retrouver  le  gonocoque  et  le  faire  pousser  en  cultures  après 
chaque  ponction,  malgré  trois  injections  de  sérum  antigonococ¬ 
cique.  Quelle  est  la  valeur  de  ce  sérum  ?  Du  fait  que,  pour  cer¬ 
taines  maladies,  on  ait  pu  obtenir  des  sérums  efficaces,  il  ne 
s  ensuit  pas  que  l’on  puisse  réussir  de  même  pour  toutes,  les 
infections.  Il  ne  faut  pas  oublier,  en  effet,  que  certains  microbes, 
pathogènes  pour  l’homme,  n’impressionnent  pas  les  animaux  qui 
servent  à  la  préparation  des  sérums.  C’est  le  cas,  en  particulier, 
pour  le  gonocoque,  auquel  le  cheval  n’est  nullement  sensible.  On 
peut  donc  se  demander  quelle  peut  bien  être  la  valeur  du  sérum 
.antigonococcique,  surtout  si  l’on  se  rappelle  combien  le  gonoco¬ 
que  est  peu  accessible  aux  moyens  de  défense  organique  chez 
l’homme.  Il  n’est  pas  douteux  que  la  sérothérapie  intra-articulaire 
antigonococcique  n’ait  donné  d’excellents  résultats.  Nous  avons 
pu  en  admirer  ici  un  certain  nombre.  Par  contre,  je  crois  qu’il  ne 
faut  pas  s’attarder  à  rechercher  un  succès  coûte  que  coûte.  Si,  après 
quelques  injections,  la  sérothérapie  se  montre  inefficace,  il  est  ; 
vain  de  la  poursuivre  plus  longtemps,  Car  elle  peut  devenir  plus 
nuisible  qu’utile.  Quand  les  injections  se  répètent,  elles  peuvent 
entraîner,  ainsi  que  je  l’ai  déjà  signalé  ici  même,  des  phénomènes 
d’intolérance  de  la  synoviale,  de  l'arthrite  sérique,  qui  indiquent 
absolument  la  cessation  de  la  sérothérapie  intra-articulaire.  Je 
crois  donc  que  la  conclusion  pratique  à  tirer  est  la  suivante  : 
on  peut  essayer  le  sérum  antigonococeique  qui  a  donné  d’incon¬ 
testables  succès,  qui  sont  dus  d’ailleurs  autant  peut-être  à  l’action 
propre  de  l’albumine  sérique  qu’à  la  présence  d’anticorps  antigo¬ 
nococciques.  Mais  si,  après  quelques  injections,  le  succès  n’est  pas 
obtenu,  il  vaut  mieux  recourir  tout  de  suite  à  d’autres  procédés, 
à  l’opération  en  particulier,  celle  ci  devant  donner  un  résultat 
d’autant  plus  certain  qu’elle  sera  faite  d’une  façon  plus  précoce. 

M.  PaulTuiéby.  —  Je  suis  désolé  de  revenir  encore  sur  la  ques¬ 
tion  du  traitement  des  arthrites  blennorragiques  par  l’arthro¬ 
tomie,  mais  je  croyais  que  c’était  là  un.  point  bien  établi  et  qui  ne 
méritait  même  plus  discussion..  Je  suis  depuis  bien  longtemps 
arrivé  à  la  conclusion  que  toute  arthrite  blennorragique  aiguë# 
séreuse,  type  n°3  (je  ne  parle  naturellement  ni  des  hydarthroses 
ni  des  arthralgies  blennorragiques)  traitée,  d’une  façon  précoce 
par  l’arthrotomie,  dans  les  huit  premiers  jours,  par  exemple  et 
dès  qu’on  voit  que  l’épanchement  ne  tend  pas  à.  se  résorber,  doit 
guérir  complètement  et  avec  un  minimun  de  raideurs  articulaires 
qui  disparaissent  même  à  la  longue.  J’ai  déjà  eu  l’occasion  de 
signaler  ici  même  que  dès  189£  j’avais  opéré-  à  l’Hôtel-Dieu  un 


SÉANCE  DU  21  FÉVRIER 


31.1 


-mécanicien  chez  lequel  l’arthrotomie  du  coude  Iransolçcranienne 
a  donné  un  résultat  merveilleux;  peu  après  deux  malades  de  la 
^ville'dont  Ï’üïi  atteint  d’arthrite  blennorragique  aiguë  bilatérale 
du  genou  :  tous  deux  marchent  sans  aucune  raideur,  aucune  clau¬ 
dication. et  ne  se.  souviennent  même  plus  de  leur  maladie.  Je  dois 
'ajoüter  qu’ayant  publié  ces  résultats  à  un  Congrès  de  Chirurgie 
ma  communication  reçut  un  accueil  plutôt  froid,  en  particulier  de 
la  part  dé  notre'  regretté  collègue  Morestin  à  qui  cette  chirurgie 
nouvelle  de  l’arthrite  blennorragique  paraissait  trop  auda¬ 
cieuse!!'  (1). 

M.  faicuoN.  —  Je  suis  toujours  convaincu  que  la  sérothérapie 
intra-arliculaire  peut  donner  de  bons  résultats  ;  j’ai  présenté  des 
malades  ayant  retrouvé  leur  mobilité  articulaire  après  ce  mode 
de  traitement,  mais  j’ai  eu  aussi  des  insuccès.  Or,  il  est  un  point 
sur  lequel  je  suis  tout  â  fait  d’accord  avec  M.  Louis  B'azy  :  les 
injections  intra-arficulaires  peuvent  amener  dés  réactions  locales 
sériques  préjudiciables  ;  il  ne  faut  donc  pas  les  continuer  s’il. ne 
.se  produit  pas  une  amélioration  rapide. 

M".  II.  KouvilCois.  —  Le  très  beau  résultât  que  vient  de  nous 
'présenter  M.  Dujarier  est  un  nouveau  succès  à  mettre  à  f  actif  du 
traitement  chirurgical  de  l’arthrite  blennorragique  du  genou  par 
l'arthrotomie,  l’évacuation  du  contenu  articulaire  et  la  suture  pri¬ 
mitive.  Il  ne  faut  pas  oublier  néanmoins' que  ce  traitement  peut 
quelquefois  comporter  des  échecs. 

De  même,  si  le  traitement  sérofhérâpique,  employé'  seul’,  est 
parfois  efficace,  il  né  l’ëst  pas  toujours  :  Iè  cas'  de  M.  Dujarier  en 
•est  d’aitlèurs  u'n  exemple  typique. 

Ces  variations  dans  lés  résultats  sont  sous  la  dépendance  de 
•causes  multiples,  que  nous  ne  connaissons  pas  toutes,  mais  dont 
une  des  plus  importantes  est  la  diversité  dës  formes  anatomiques 
de  l'arthrite.  Or,  nous  ne  savons  pas  d’avance  la  nature  et 
l’étendue  des  lésions,  ni  surtout  quelle  Sera  leur  évolution  ulté¬ 
rieure.  C’est  pourquoi,  en  présence  d'une  arthrite  blennorragique, 

(I)  Voici  les  indications  bibliographiques  de  mes  travaux  sur  ce  sujet  : 

A.  Traitement  préventif  de  l'ankylose  blennorragique  par  l'arthrotomie 
•précoce  (Bull.  Soc.  Anal.,  novembre  1892,  t.  VI,  5e  Série)  ; 

B.  De  l’arthrotomie  précoce  dans  le  traitement  de  l’arthrite  blennorragique 
-du  poignet  (Observations  et  remarques,  in.T/ièsede  Hopenhender,  Paris,  1894); 

C.  L'arthrotomie  dans  le  traitement  de  l’arthrite  blennorragique  (Observa¬ 
tion  in  Thèse  de  Parizeau,  1896)  ; 

D.  De  l’arthrotomie  précoce  dans  certaines  variétés  d’arthrite  ( Compte 
rendu  du  Congrès  de  Chirurgie,  24  octobre  1903). 


312 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


je  pense,  à  l’heure  actuelle,  que  la  meilleure  conduite  à  tenir 
consiste  peut-être  à  demander  d’emblée  aux  deux  méthodes,  qui 
ont  fait  leurs  preuves,  tout  ce  qu’elles  peuvent  donner,  en  combi¬ 
nant  leur  emploi. 

Je  n’ai  utilisé,  jusqu’à  ce  jour,  que  l’arthrotomie  qui  m’a  donné 
de  bons  résultats,  mais  je  suis  tout  disposé,  dorénavant,  à  com¬ 
pléter  ce  traitement  par  l’injection  intra- articulaire  de  sérum, 
avant  de  refermer  l’articulation. 

L’arthrotomie  précoce  permet  de  définir  la  forme  anatomique 
des  lésions,  et  d'évacuer,  quand  ils  existent,  comme  dans  le  cas 
de  M.  Dujarier,  les  placards  fibrineux  qui  ne  sont  pas  étrangers 
à  la  formation  de  l’ankylose,  et  contre  lesquels  l’action  du  sérum 
est  pour  le  moins  douteuse.  Leur  ablation  ne  peut  que  favoriser 
la  diffusion  intra-articulaire  du  sérum,  et  il  est  permis  de  penser 
que  ce  dernier  serait  d’autant  plus  efficace  qu’il  pénétrerait  plus 
facilement  dans  tous  les  recoins  de  la  synoviale. 

M.  Broca.  —  Je  voudrais  insister  sur  les  quelques  mots,  où 
j’ai  avec  plaisir  reconnu  mon  enseignement  déjà  ancien,  par 
lesquels  Mouchet  a  fait  des  réserves  sur  la  valeur  de  l’étroitesse 
de  l’interligne  articulaire,  M.  Dujarier  se  demandant  si  cela  ne 
correspond  pas  à  quelque  lésion  amincissant  les  cartilages.  Or  je 
fais  voir  à  chaque  instant  à  mes  élèves  que  ce  fameux  «  pincement 
articulaire  »,  qu’à  chaque  instant  on  considère  comme  un  signe 
d’arthrite,  d’arthrite  tuberculeuse  en  particulier,  et  surtout  de 
coxalgie,  est  en  réalité  tout  simplement  un  signe  d’attitude 
vicieuse  au  début.  Dans  le  cas  particulier,  regardez  les  radio¬ 
graphies  de  profil;  le  côté  malade  est  un  peu  plus  fléchi  que 
l’autre,  et  surtout  les  plateaux  du  tibia  ont  certainement  glissé  en 
arrière,  comme  c’est  la  règle  en  cas  d’arthrite  en  flexion.  Dans 
cette  attitude,  tout  le  monde  sait  qu’en  arrière  il  y  a  contact 
entre  les  parties  postérieures  des  surfaces  articulaires  (c’est  même 
ainsi  que  se  fait  l’ulcération  compressive  de  la  tuberculose), 
tandis  que  la  partie  antérieure  de  l’interligne  bâille  un  peu  :  c’est 
précisément  ce  que  nous  voyons  en  comparant  les-  deux  profils. 
Mais  qu’alors  on  prenne  l’épreuve  de  face  :  le  bâillement  antérieur 
ne  peut  être  vu  et  en  ligne  transversale  seul  apparaît  le  «  pince¬ 
ment  »  de  la  partie  postérieure. 


SÉANCE  DU  21  FÉVRIER 


313 


Hernie  sus -claviculaire  spontanée  du  poumon  gauche , 
par  MM.  MAUCLA1RE  et  FAURE-BEAULIEU. 

Voici  l’observation  de  ce  cas  intéressant  : 

Observation.  —S...  (A.),  cinquante-six  ans,  exerce  la  profession  de 
peintre.  Ses  antécédents  héréditaires  et  personnels  sont  exempts  de 
tout  incident  pathologique  digne  d’être  mentionné.  11  est  vigoureux, 
bien  musclé,  et  ne  présente  aucune  tare  viscérale  appréciable,  et 
notamment,  malgré  sa  profession,  aucun  stigmate  de  saturnisme. 

Il  y  a  environ  six  ans,  sans  cause  occasionnelle  décelable,  et  en  par¬ 
ticulier  en  l’absence  de  toute  affection  aiguë  tussigène  des  voies  respi¬ 
ratoires,  la  région  antéro-latérale  gauche  de  son  cou  s’est  mise  à 
augmenter  peu  à  peu  de  volume,  jusqu’à  atteindre  l’aspect  et  les 
dimensions  que  nous  Constatons  maintenant,  et  qui  n’ont  pas  changé 
depuis  lors. 

La  région  sus-claviculaire  droite  est  comblée  par  une  tumeur 
ovoïde,  deux  fois  plus  grosse  qu’un  œuf  de  poule,  étendue  oblique¬ 
ment  en  bas  et  en  dehors,  depuis  le  trapèze  en  arrière  jusqu’au 
sterno-cléido-mastoïdien  en  avant;  la  saillie  globuleuse  qu’elle  dessine 
vient  plonger  en  bas  sous  la  clavicule  et  vient  mourir  en  haut  sur  la 
face  latérale  du  cou  en  dehors  du  cartilage  cricoïde.  La  peau  qui  la 
recouvre  est  normale  et  n’y  adhère  nullement.  La  veine  jugulaire 
externe  la  cravate  dans  toute  sa  hauteur. 

A  la  palpation,  cette  masse  donne  une  sensation  de  mollesse  à  peine 
rénitente  et  non  fluctuante,  comparable  à  celle  d’un  édredon,  et  si 
l’on  exerce  dessus  une  pression  légère  mais  insistante,  en  quelques 
secondes  elle  se  réduit  facilement  et  entièrement,  sans  aucune  crépi¬ 
tation,  comme  un  sac  d’air  que  l’on  vide  par  expression.  La  tumeur 
ainsi  réduite,  on  sent  dans  la  profondeur  deux  petites  masses  lobulées 
et  dures  qui  en  paraissent  indépendantes,  et  donnent  l’impression  de 
masses  ganglionnaires,  l’une  derrière  la  partie  moyenne  de  la  clavi¬ 
cule,  l’aulre  flanquant  le  côté  droit  de  la  trachée. 

Dès  que  l’on  cesse  la  compression,  la  saillie  reprend  sa  forme  et  ses 
dimensions  antérieures. 

Quand  le  malade  tousse,  elle  bombe  davantage  et  la  main  appliquée 
dessus  perçoit  une  sensation  nette,  sinon  de  durcissement,  au  moins 
d 'expansion,  expansion  qui  traduit  tactilement  l’élargissement  visible 
du  cou.  Si  le  malade  tousse  au  moment  où  la  tumeur  est  réduite,  on 
n’a  aucune  peine  à  la  maintenir  bien  qu’on  sente  une  poussée  nette. 
La  tumeur  est  indépendante  de  la  trachée.  En  pressant  au-dessus  de  la 
clavicule  la  tumeur  se  produit  néanmoins,  mais  bien  plus  petite,  cela 
tient  à  ce  qu’on  ne  peut  pas  comprimer  complètement  le  collet  du  sac 
herniaire. 

La  percussion  de  la  tumeur  est  d’une  sonorité  aérienne. 

L’auscultation  au  stéthoscope  y  fait  entendre  la  respiration,  mais  il 


314 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


•convient  d’ajouter  que  l’ausculta'ion  dans  la  région  symétrique  du 
cœur  sus-claviculaire  gauche  l’y  fait  entendre  également. 

L’affection  n’entraîne  aucun  trouble  fonc  tionnel  notable  ;  les  diverses 
manœuvres  d’exploration  ci-dessus  exposées  ne  provoquent  ni  gêne  ni 
douleur.  Elle  semble  n’exercer  aucune  compression  vasculaire  ni 
nerveuse  :  la  jugulaire  externe  qui  parcourt  sa  surface  est  pareille  à 
celle  de  l’autre  côté  ;  il  n’y  a  pas  de  troubles  de  l’innervation  sympa¬ 
thique  cervicale,  et  en  particulier  pas  de  troubles  oculo-pupillaires, 
car  on  ne  peut  considérer  comme  tels  une  légère  exophtafmi'e  qui  a, 
au  dire  du  malade-,  toujours  existé  et  qui  de  plus  est  bilatérale.  Enfin 
le  pneumogastrique  semble  respecté  ;  pas  de  troubles  de  la  phonation 
ni  de  la  respiration,  pas  de  tachycardie  proprement  dite  (poul#  à  88). 

En  présence  des  données'  nettes  de  l’exploration  physique,  il  nous 
paraît!  superflu  de  discuter,  sinon  pour  lé  rejeter  Immédiatement,  le 
.  diagnostic  d’une  tumeur  solide  (adénopathie,  lipome)  ou  liquidé  (ectasie 
veineuse  ou  artérielle)  :  la  sonorité  à  la  percussion,  la  rèduclibitité  à  la 
pression,  l'expansion  â  la  toux,  ne  peuvent  appartenir  qu'à  une  tumeur 
gazeuse. 

Quant  à  la  nature  et  à  l’origine  de  cette  tumeur  aérienne,  elle  est 
trop  bas  située  pour  un  Iaryngocèle,  trop  latérale  pour  un  frachéocèle  ; 
elle  ne  peut  donc  s'expliquer  que  par  une  hernie  sus-clavrcularre  dot 
sommet  pulmonaire  gauche  :  quand  on  la  réduit,  on  a  d’ailleurs  l'im¬ 
pression  qu’elle  s’affaisse  de-  haut  en  bas.  Il  ne  saurait  s’agir  d’ailleurs 
d’emphysème;  la  réduction  serait  moins'  facile,  s'accompagnerait  de 
Crépitation- 

flous  sommes  ainsi  conduits  â  porter  chez  noire  malade  le- diagnostic 
d’une  affection  assez  rare,  qu’en  raison  de  sa  rareté  nous  n’aurions  pas 
osé  diagnostiquer  sr  nous  n'v  avions1  été  conduits  par’  l'a  séméiologie 
physique  convaincante  relatée  dans  l’observation. 

Pour  confirmer  ce  diagnostic,  nous  avons  eu  recours  à  un  examen 
radioscopique  fai  t  selon  l  a  technique  habituelle  et  n’en  avons  tiré  aucune 
donnée  utilisable;  nous  avons  l’intention  de  le  compléter,  en  ayant 
recours  S  la  méthode  préconisée  par  MM.  Sicard  et  Forestier,  et  qui 
consiste  à  faire  pénétrer,  par  la  trachée,  de  l’huile  rodée  imperméable 
aux  rayons  X;  d’autant  que,  d’après  une  communication' toute  récente 
de  MM.  Forestier  et  Ferreux,  il  serait  possible,  en1  donnant  an  malade 
une  attitude  appropriée,  d’ïnjecter  par  fa  Substance  opaque  et  de 
rendre  ainsi  visibles  les  arborisations  bronchiques  des  sommets  pul¬ 
monaires.  L’examen  radioscopique  nous  a  montré  en  outre'  une  inté¬ 
grité  parfaite  de  l’espace  clair  médiastinal. 

Lai  rareté  de  la  hernie  du  poumon  ou  pneumocèle  est  attestée 
par  ce  fait  que  la  thèse  de  Debienne  (481)7),  consacrée  à  ce  sujet, 
n’en  a  pu  réunir  que  41  cas  ;  nous,  avons  pu  trouver  19  observations 
ultérieures,  ce:  qui  porterait  à-  6©'le  tofa-1  des  observations  publiées. 
"Au  point  de  vue-  étiologique,  la1  grande-  majorité'  d‘e  ces'  cas  m'est 
d’ailleurs  que  peu  comparable  au  nôtre  :  il  s’agit  le  plus  souvent 
d’accidents  traumatiques,  que  le  traumatisme  soit  accompagné  ou 


SÉANCE  DU  21  FÉVRIER 


315 


non  de  plaie  extérieure;  et  parmi  les  pneumocèles  non  trauma¬ 
tiques  et  qualifiés  de-ce  fait  de  spontanés,  il  s’agit  presque  tou¬ 
jours  —  abstraction  faite  des  pneumocèles  congénitaux  par 
malformation  —  de  hernies  par  effort  apparues  sous  l’influence 
de  causes  mécaniques  :  toux  tenace  et  intense  à  l’occasion  d’une 
maladie  des  voies  respiratoires  (coqueluche,  bronchite),  expira¬ 
tion  puissante  exigée  par  le  jeu  d’instruments  à  vent,  comme  chez 
le  joueur  de  trombone  de  Wightman.  Or,  l’interrogatoire  n’a  pu 
déceler,  chez  notre  malade,  aucune  circonstance  explicative  de 
«et  ordre,  et  par  là  il  mérite,  mieux  que  tout  autre,  l’épithète  de 
spontané. 

Quant  au  siège  du  pneumocèle,  si  les  hernies  traumatiques,  les 
plus  nombreuses  après  l’anévrisme,  sont  presque, toujours  thoraci¬ 
ques,  se  faisant  jour  à  travers  les  espaces  intercostaux,  les  her¬ 
nies  «  spontanées  »  sont  de  règle,  comme  la  nôtre,  sus-clavicu¬ 
laires,  exceptionnellement  bilatérales,  en  tout  cas  nettement 
latérales  ou  sus-apicales  :  seul  semble  faire  exception  à  ce  point 
4e  vue  un  cas  de  Potain  où  la  tumeur  était  sus-sternale  et  si  nette¬ 
ment  médiane  qu’on  n’avait  pu  décider  si  elle  s’était  développée 
aux  dépens  du  poumon  droit  ou  du  poumon  gauche. 

Enfin,  au  point  de  vue  de  la  séméiologie  physique  des  hernies 
sus-claviculaires  du  poumon,  toutes  les  descriptions  des  auteurs, 
à  part  quelques  différences  de  degré  ou  de  dimension,  paraissent 
calquées  les  unes  sur  les  autres  et  reproduisent  les  symptômes 
-que  nous  avons  détaillés  dans  notre  observation  et  sur  lesquels  il 
«st  inutile  de  revenir  :  qu’il  nous  suffise  de  dire  que  le  degré  le  plus 
léger  de  l’affection  est  représenté  par  quelques  cas  où  la  tumeur 
«st  intermittente,  ne  se  produisant  qu’à  l’occasion  de  la  toux,  de 
l’expiration  forcée  ou  de  la  dyspnée,  pour  disparaître  aussitôt. 

A  propos  du  traitement  il  est  évident  que  la  cure  radicale  de 
cette  hernie  serait  bien  difficile.  Pour  le  pneumocèle  intercostal 
la  résection  du  sac  herniaire  à  été  faite  par  MM.  Tuffier  et 
Reynier. 

M.  Tuffier.  —  J’ai  vu  plusieurs  cas  de  hernie  du  poumon,  et 
je  vous  en  ai  présenté  ici  même  un  exemple.  Il  s’agissait  d’une 
hernie  dans  le  2e  espace  intercostal,  auquel  j'avais  pratiqué  avec 
succès  la  cure  radicale  par  résection  du  sac  pleural  et  reconsti¬ 
tution  de  la  paroi. 

Chez  un  autre  malade  atteint  de  hernie  latérale  sous-axillaire 
très  grosse,  j’ai  appliqué  un  véritable  bandage  qui  empêchait 
l’expansion  pulmonaire  dans  l’effort. 

Des  hernies  du  sommet  dii  poumon  analogues  à  celle  qui  nous 


316 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


est  présentée,  j’ai  vu  deux  variétés  :  l’une  dans  laquelle  le 
poumon  fait  nettement  hernie  dans  le  creux  sus-claviculaire, 
l’autre  qui  en  diffère  parce  que  la  hernie  pulmonaire  est  constante. 
Je  dois  dire  que  ce  dernier  cas  est  très  différent  de  la  lésion  qui 
nous  est  présentée.  La  tumeur  siégeait  franchement  dans  le  creux 
sus-claviculaire,  et  non  le  long  de  la  colonne  vertébrale  ;  elle  était 
plus  petite,  mieux  localisée,  ce  qui  ne  constitue  pas  une  grande 
différence  ;  elle  était  réductible  dans  certains  cas  avec  crépitation, 
ce  que  je  ne  constate  pas  ici;  enfin,  à  l’auscultation,  le  murmure 
vésiculaire  éclatait  sous  l’oreille,  alors  que  chez  le  présent  malade 
je  n’entends  qu’un  souffle  presque  cavitaire.  Jen’ai  pas  la  préten¬ 
tion  d’établir  une  séméiologie  différentielle  sur  une  seule  observa¬ 
tion  et  je  me  garderai  bien  d’un  diagnostic  ferme,  il  peut  exister 
des  variétés  cliniques,  et  c’est  à  titre  documentaire  que  je  vous 
rappelle  ces  faits. 

M.  Anselme  Schwartz.  —  La  tumeur  présentée  par  M.  Mau- 
claire  me  paraît  être  un  adéno-lipome. 

M.  Mauclaire.  —  Je  vois  que  le  malade  a  exercé  la  sagacité  de 
beaucoup  de  membres  de  la  Société.  Il  n’est  pas  douteux  qu’il 
s’agit  d’une  tumeur  aérienne  se  produisant  pendant  la  toux  et 
l’effort  et  non  d’une  tumeur  veineuse.  La  trachée  a  été  examinée  ; 
elle  paraît  intacte.  L’œsophage  n’a  pas  été  examiné,  mais  un 
diverticule  de  l’œsophage  ne  se  remplit  pas  d’air  sous  l’effort  et, 
de  plus,  il  n’y  a  aucun  trouble  œsophagien.  Il  ne  peut  s’agir  que 
d’une  hernie  sus- claviculaire  du  sommet  du  poumon.  Quand  le 
malade,  étant  couché,  on  met  les  doigts  bien  à  pic  dans  le  creux 
sus-claviculaire,  la  tuméfaction  est  à  peine  marquée. 


Présentation  de  radiographies. 

Ostéo-syphilome  de  l'extrémité  supérieure  du  tibia, 
par  M.  A.  LAPOINTE.  _ 

Voici  le  négatif  de  face  de  l’extrémité  supérieure  du  tibia  droit 
d’une  jeune  femme  de  25  ans,  qui  est  actuellement  dans  mon  ser¬ 
vice  (fig.  1). 

J’ai  montré  ce  négatif  à  un  éminent  radiologue. 

«  On  ne  peut  songer  qu’à  deux  choses,  m’a-t-il  répondu:  un 
sarcome  central,  probablement  à  myéloplaxes,  ou  une  ostéite 
fibro-kystique. 


317 


318 


SOCIÉTÉ  DE  CHIBURGIE 


Si  le  péroné  avait  été  normal  et  si  un  œil  n’élait  pas  strabique,. 
, j’aurais  erré  comme  mon  radiologue. 

Morale  :  n’oublions  pas  que  la  syphilis  osseuse  peut  donner 
des  images  radiologiques  qui  ressemblent  singulièrement  à 
celles  d’un  sarcome  à  myéloplaxés  ou  de  cette  mystérieuse 
affection  qu’on  appelle,  parce  qu’on  ignore  sa  nature,  l’ostéite 
fibro-kyslique.  » 

M.  Broca.  —  Cela  prouve  seulement  qu'il  faut  interdire  tout 
diagnostic  de  nature  d’après  un  aspect  radiographique,  ainsi  que 
je  l’enseigne  quotidiennement  avec  clichés  à  l’appui. 


Le  Secrétaire  annuel, 
M.  Ombrédanne. 


SÉANCE  DU  28  FÉVRIER  19 


Présidence  de  M.  Mauclaire. 


Procès-verbal. 

La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  mise 
aux  voix  et  adoptée. 


Correspondance. 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  périodiques  de  la  semaine. 

2°.  —  Des  lettres  de  MM.  Jacob,  Rouvillois,  Crevassu,  Cauchoix, 
Alglaye,  Chevrier  et  Roux-Berger,  s'excusant  de  ne  pouvoir 
assister  à  la  séance. 

3°.  —  Une  lettre  de  M.  Lecène,  demandant  un  congé  pendant  la 
la  durée  de  son  cours. 

4°.  —  Une  lettre  de  M.  Kuss,  posant  sa  candidature  à  la  place 
de  membre  titulaire. 


A  propos  de  la  correspondance. 

1°.  — -  Un  travail  de  MM.  Desplas  et  E.  Baudoin,  intitulé  : 
Anévrisme  artériel  traumatique  diffus  et  syndrome  de  Hollzmann. 

M.  Lecène,  rapporteur. 

2°.  —  Un  travail  de  M.  J.  Villeite  (de  Dunkerque),  inti¬ 
tulé  :  Note  sur  l'opération  en  deux  temps  dans  la  chirurgie  intra¬ 
crânienne  du  trijumeau. 

M.  de  Martel,  rapporteur. 

3°.  —  Un  travail  de  M.  Chaton  (de  Besançon),  intitulé  : 
Cinq  observations  de  chirurgie  des  côlons. 

M.  Okinczyc,  rapporteur. 

4°.  —  Un  travail  de  M.  L.  IIayem  (de  Marseille),  intitulé  :  Anus 
iliaque ,  modification  au  procédé  de  Lambret. 

M.  Dujarier,  rapporteur. 

5°.  —  Un  travail  de  M.  le  Dr  A.  Guillemin  (de  Nancy),  intitulé  : 
Cinq  observations  d'ulcères  gastriques  perforés. 

M.  Basset,  rapporteur. 


*.,  If23.  —  N°  8. 


320 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


A  propos  du  procès-verbal. 

vâw* , 

y  Sept  cas  de  dioerticule  pharyngo-œsophagien. 

“*3  * 

*M.^Àjm0nd  Grégoire.  —  L’excellent  rapport  démon  ami  Mocquot 
sur.le  casvde^i.  Picquet,  de  Sens  (19  février  1923),  me  servira  de 
prétéx fgt’si^afl'us  voulez  bien,  pour  vous  apporter  quelques  cas 
nouvetnïié^5^ 

Le  diverticule  pharyngo-œsophagien,  autrefois  exceptionnel, 
parai  t  devenir  de  plus  en  plus  fréquent  à  mesure  que  se  perfection¬ 
nent  les  méthodes  d’examen. 

Cependant,  comme  le  fait  remarquer  Lenormant  ( Bull :  et  Mém. 
■de  la  Société  de  Chirurgie,  3  mai  1922),  les  cas  publiés  à  cette 
tribune  sont  peu  nombreux. 

J’ai  eu  l’occasion  d’observer  récemment  quatre  nouveaux 
exemples  de  cette  affection.  En  y  ajoutant  les  trois  autres  déjà 
publiés  avec  Bensaude  et  Guéneaux,  cela  porte  à  sept  le  nombre 
des  cas  que  j’ai  pu  étudier  personnellement. 


Qbs.  I.  —  S...  (Louis),  greffier,  soixante-trois  ans,  envoyé  à  Tenon  par 
M.  le  Dr  Bensaude  (Saint-Antoine).  Vient  Consulter  pour  dysphagie  et 
régurgitations  d’aliments.  Depuis  onze  ans,  fréquentes  sensations 
désagréables  de  chatouillement  pharyngé.  Rhumes  fréquents.  Conserve 
souvent  dans  la  bouche  le  goût  d’aliments  ingérés  depuis  plusieurs 
jours.  Il  y  a  une  dizaine  d’années,  expulsion  d’uue  pastille  de  goudron 
avalée  depuis  trois  jours.  Aucun  autre  trouble  précis. 

Depuis  trois  ans,  à  l’occasion  de  toux,  crache  fréquemment  des  débris 
alimentaires,  spécialement  aliments  crus,  sans  efforts. 

Puis,  peu  à  peu,  avale  difficilement  les  aliments  solides.  Seuls  les 
aliments  semi-liquides  passent  avec  facilité.  Le  malade  a  l’impression 
que  les  aliments  ne  descendent  pas.  Une  demi-heure  après  la  fin  des 
repas,  régurgitations  abondantes  ramenant  après  gargouillement  les 
aliments  qui  viennent  d’être  ingérés  et  quelques  débris  de  la  veille  ou 
de  l’avant-veille.  Ces  régurgitations  provoquent  un  soulagement.  Le 
phénomène  se  produit  plus  facilement  en  certaines  positions. 

Parfois,  crachats  de  sérosité  mousseuse.  Us  contiendraient  quelque¬ 
fois  du  sang  (malade  atteint  d’emphysème). 

Pas  d’augmentation  apparente  du  volume  du  cou. 

Depuis  quelques  semaines  le  malade  devient  facilement  enroué. 
Quelques  accès  de  toux  surtout  le  soir,  avant  les  régurgitations. 

Pas  d’autres  signes  de  compression. 

A  beaucoup  maigri  depuis  le  début  de  l’affection  ;  a  repris  du  poids 
depuis. 

Pas  de  troubles  gastro-intestinaux. 

Antécédents  :  Rien  à  signaler. 


SÉANCE  DU  28  FÉVRIER 


321 


A  l’inspection  du  cou,  rien  d'anormal,  mais  la  palpation  en  arrière  du 
sterno-cléido-mastoïdien  détermine  une  sorte  de  crissement. 

Rien  au  cœur. 

Poumons  :  sonorité  normale;  quelques  râles  disséminés  dans  le  pou¬ 
mon  droit. 

Réflexes  normaux. 

ÜEsophagoscopie  le  1er  juillet  1922. 

A  16  ou  17  centimètres  de  profondeur,  on  voit  l’orifice  du  diver¬ 
ticule  avec  une  netteté  absolue.  Cet  orifice  a  des  bords  épais,  un  peu 
•plissés,  absolument  comme  l'ouverture  d’une  bourse.  Il  est  violacé  et  à 
'travers  cet  orifice,  on  voit  la  cavité  diverticulaire  remplie  de  substance 
■louche. 

On  ne  perçoit  pas  bien  l’orifice  de  l’œsophage  et  il  est  très  difficile  d’y 
•introduire  une  sonde. 

La  radioscopie  montre  une  poche  du  volume  d’une  mandaiine. 

Entre  temps,  le  malade  avait  été  examiné  par  M.  Cuisez  qui  pratiqua 
le  cathétérisme  œsophagien  :  plusieurs  fois  une  sonde  fut  introduite 
•dans  la  poche,  et,  après  cette  première  manœuvre,  une  autre  dans 
4’œsophage. 

Opération  le  12  juillet  1922.  —  Incision  de  ligature  de  la  carotide 
■externe  du  côté  droit. 

Section  de  l’aponévrose  cervicale  superficielle  le  long  du  bord  anté¬ 
rieur  du  sterno-cléido-mastoïdien.  Section  de  l’omo-hyoïdien  et  de 
l’aponévrose  cervicale  moyenne.  On  récline  en  dehors  le  sterno  et  le 
paquet  vasculo-nerveux,  en  dedans  le  larynx.  On  aperçoit  le  diverticule 
dans  l’espace  rétro-œsophagien. 

On  dégage  le  diverticule  à  la  sonde  cannelée.  La  ligne  d’atlache  sur 
4a  face  postérieure  de  l’œsophage  est  large  et  se  fait  entre  le  crico- 
pharyhgien  et  le  crico-œsophagien. 

Section  au  bistouri  entre  deux  pinces. 

Iode  sur  la  tranche  de  section.  Surjet  au  catgut  sur  la  tranche  en 
dehors  de  la  pince.  Puis  enfouissement  sous  points  séparés  non  perfo¬ 
rants  au  catgut. 

Une  mèche  et  un  petit  drain  dans  l’angle  inférieur  de  la  plaie. 

Quelques  points  de  catgut  rapprochent  le  peaucier,  crins  sur  la  peau. 

Pendant  quarante-huit  heures  après  l’opération,  le  malade  n’avale 
aucun  liquide. 

Troisième  jour  :  on  enlève  la  mèche.  Quatrième  jour  :  on  enlève  le 
drain.’  Pansements  à  l’éther. 

Le  troisième  jour  le  malade  commence  à  s’alimenter  :  ingestion  de 
lait,  suivie  d’absorption  d’eau  stérile. 

Le  cinquième  jour  :  bouillies. 

Le  septième  jour  :  on  enlève  les  fils. 

21  juillet.  Le  malade  sort  guéri. 

Obs.  IL  —  D...,  mécanicien,  soixante-dix  ans,  entre  pour  des 
troubles  de  la  déglutition.  Le  premier  symptôme  qui  ait  attiré  son 
attention  remonte  à  treize  ou  quatorze  ans.  A  la  fin  d’un  déjeuner,  le 


322 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


malade  eut  la  sensation  d’une  petite  masse  arrêtée  dans  son  œsophage- 
et  qui  le  gênait.  Il  fit  des  efforts  de-  toux  et  expulsa  une  petit  masse,, 
grosse  comme  une  amande,' composée  de  débris  de  pain  et  d’alimenls 
mélangés  de  salive,  agglomérés  intimement  comme  s’ils  avaient  été 
tassés  dans  une  petite  poche  dont  ils  auraient  gardé  la  forme.  Ce 
phénomène  ne  retint  pas  tout  d’abord  l'attention  du  malade,  mais  il , 
se  reproduisit  fréquemment,  par  la  suite,  à  misure  que  l’ingestion  des 
aliments,  surtout  au  début  des  repas,  devenait  plus  pénible.  Les  aliments 
solides,  le  pain  sec,  les  crudités,  passaient  difficilement.  Le  malade  était 
obligé  d’avaler  quelques  gorgéis  de  liquide  pour  ouvrir  la  route.  Mais 
il  est  vrai  qu’au  bout  de  quelque  temps  la  déglutition  des  liquides 
eux-mêmes  était  gênée.  Quand  le  malade  avait  fini  de  boire,  il  avait 
l’impressiaii  que.qüelquf  s  gorgées  séjournaient  dans  son  œsophage,  et 
il  arrivait  souvent  que  des  gouttes  s’égaraient  vers  la  trachée,  provo¬ 
quant  une  toux  très  pénible. 

Un  médecin,  consulté,  conseilla  au  malade  d’attendre  pour  se  faire 
opérer,  mais  le  prévint  qu’une  opération  serait  un  jour  nécessaire. 

Cet  état  de  choses  dura  plusieurs  années,  les  troubles  s’accentuant 
peu  à  peu.  Mais  le  malade  avait  pris  l'habitude  de  vider,  et  même  de 
laver  sa  poche,  après  chaque  repas.  A  force  de  répéter  cette  manœuvre, 
il  était  arrivé  à  l’exécuter  très  rapidement,  sachant  se  placer  dans  la 
position  la  plus  favorable,  si  bien  qu’il  avait  pris  l’habitude  de  son 
infirmité. 

Mais,  dans  le  courant  des  mois  derniers,  les  troubles  deviennent 
plus  nets;  l’ingestion  des  aliments  solides  et  liquides  est  difficile, 
s’accompagnant  de,  toux  ;  la  poche  est  perceptible  sous  les  téguments. 
L’enrouement  est  fréquent.  11  n’y  a,  toutefois,  ni  compression  absolue 
de  l’œsophage,  ni  compression  des  conduits  aérifères,  ni  des  vais¬ 
seaux.  Le  malade  a  un  peu  maigri.  Cependant,  son  état  général  est 
bon,  la  teinte  des  téguments  parfaitement  normale.  Il  n’y  a  pas  de 
troubles  gastro-intestinaux,  pas  de  fétidité  de  l’haleine.  II  se  décide  à 
se  faire  opérer. 

L’examen  de  la  région  cervicale  gauche,  dans  la  région  du  triangle 
sus-claviculaire,  donne  des  rtnseignemenls  intéressants.  Le  malade 
favorise  l’examen  en  injectant  de  l’air  dans  sa  poche  œsophagienne  : 
on  a  alors  nettement  la  sensation  que  celle-ci  se  gonfle  sous  les  tégu¬ 
ments,  puis  en  la  déprimant  brusquement  on  produit  un  son  caracté¬ 
ristique  rappelant  celui  de  certains  jouets  d’enfants. 

L’oesophagoscopie  a  été  pratiquée  à  Saint-Antoine  par  M.  le  Dr  Ben- 
saude. 

Ou  voit,  en  arrière  de  l’ouverture  de  l’œsophage,  marquée  par  la 
sonde,  une  fente  transversale  de  I  cent.  1/2  de  longueur,  séparée  de 
l’ouverture  de  l’œsophage  par  un  bourrelet  recouvert  d’une  muqueuse 
blanchâtre.  En  déplaçant  légèrement  l’œsophagoscope,  ôn  voit  appa¬ 
raître  à  l’extrémité  gauche  de  la  fente  un  orifice. 

Intervention  le  12  juillet  (éther).  —  Incision  de  ligature  de  la  earotide 
externe  du  côté  gauche,  où  le  diverticule  est  cliniquement  appré¬ 
ciable.  Section  de  l’aponévrose  cervicale  superficielle  le  long  du  bord- 


SÉANCE  DU  28  FÉVRIER 


323 


antérieur  du  sterno-cléido-mastoïdien,  section  de  l’omq-hÿoïdieu  et  de 
l’aponévrose  cervicale  moyenne.  On  tombe  immédiatement  sur  le 
•diverticule  qui  s’est  développé  du  côté  gauche  du  cou.  On  le  dégage  à 
la  sonde  cannelée  jusqu'à  ce  qu’on  voie  son  insertion  sur  la  face  posté¬ 
rieure  de  l’œsophage  entre  le  crico-pharyngien  et  le  crico-œsôphagien. 
Section  au  bistouri  entre  deux  pinces  ;  iode  sur  la  tranche. 

Surjet  au  catgut  au-dessous  de  la  pince.  Enfouissement  sous  deux 
plans  de  points  isolés  non  perforants  au  catgut.. Point  èn  ü  sur  l’omo- 
"hyoïdien.  Drain  et  mèches  dans  l’angle  inférieur  Æè  la  plaie.  Points 
■sépaiés  au  catgut  sur  le  peaucier.  Crins  sur  la  peau. 

Pendant  deux  jours  après  l’intervention,  le  malade  n’avale  pas 
d’eau,  puis  il  commence  le  troisième  jour  à  boire  du  lait  (il  se  rince  la 
bouche  après  ingestion  de  lait). 

Troisième  jour  :  on  s’aperçoit  qu’une  fistule  oesophagienne  s’est  pro¬ 
duite  ;  on  retrouve  dans  le  pansement  une  partie  dés  aliments  ingérés; 
■on  lave  la  plaie  au  liquide  de  Dakin. 

Même  état  jusqu’au  dixième  jour. 

On  enlève  le  drain.  11  ne  passe  presque  plus  rien  par  la  fistule.  On 
continue  les  lavages  au  Dakin. 

Douzième  jour  :  tout  rentre  dans  l’ordre;  il  n’y  a  plus  de  fîstulè. 

31  juillet  :  le  malade  sort  guéri.  *- 

Les  deux  autres  ne  m’ont  pas  paru  justiciables  d'une  opération. 
Toiti  rapidement  résumée  leur  histoire  :  ~ 

■  Obs.  111.  —  M...,  cinquante-huit  ans,  musicien,  présente  depuis 
■quelques  années  des  troubles  mentaux  progressifs  :  inquiétudes,  préoc¬ 
cupations  sans  motifs,  troubles  cinesthésiques  de  l’estomac  et  de 
l’intestin,  tachycardie  paroxystique.  Il  va  de  ville  en  ville  consulter 
(tous  les  médecins,  sans  trouver  d’amélioration. 

En  1914,  il  est  à  Vienne  ;  un  radiologue  lui  fait  prendre  un  lait 
iismuthé  pour  étudier  le  fonctionnement  de  son  estomac,  et  découvre 
un  assez  volumineux  diverticule  de  l’œsophage  cervical.  Or,  jamais  ce 
malade  n’a  présenté  le  moindre  trouble  de  la  déglutition,  ni  aucune 
régurgitation. 

Pendant  quelque  temps,  toutes  ses  préoccupations  morbides  ont  été 
■orientées  vers  ce  diverticule  dont  il  ne  -s'était  jamais  douté  ;  actuelle¬ 
ment,  le  médecin  psychiatre,  qui  le  soigne,  est  arrivé  à  lui  faire  oublier 
sa  malformation,  dont  il  montre  la  radiographie  avec  cette  sorte  de 
vanité  des  gens  qui  possèdent  quelque  chosg  de  rare. 

Ç- 

Obs.  IV.  —  F...,  quatre-vingt-trois  ans,  vient  consulter  pour  des 
troubles  progressifs  de  la  déglutition.  11  est  profondément  cachectique. 

Depuis  quelques  mois,  la  déglulitiorf'des  solides  est  difficile  et  parfois 
■douloureuse.  Dans  ces  dernières  semaines,  les  liquides  eux-mêmes 
■ont  de  la  peine  à  passer.  De  temps  à  autre,  ils  refluent  brusquement 
•dans  la  bouche  et  les  fosses  nasales. 

L’examen  radioscopique  montre  un  rétrécissement  au  niveau  de  la 


324 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


bouche  de  l’œsophage,  et  un  diverticule  de  petite  dimension  en  arrière 
de  ce  conduit  et  à  la  hauteur  du  cartilage  cricoïde. 

L’examen  œsophagoscopique  montre  l’existence  d’une  tumeur  dure,, 
irrégulière  et  végétante,  située  au  bord  inférieur  de  l’orifice  du  diver¬ 
ticule.  Une  biopsie  confirme  le  diagnostic  de  cancer. 

En  raison  du  grand  âge  et  de  l’état  cachectique  du  malade,  l'idée  de 
l’intervention  est  écartée.  Le  malade  meurt  quelques  semaines  après. 

Cette  série,  bien  que  peu  importante,  m’a  cependant  suggéré 
quelques  réflexions  sur  les  indications  opératoires  de  cetle  affec¬ 
tion.  Je  vous  demande  la  permission  de  les  résumer  devant  vous. 

Je  n’envisage  ici  que  les  diverticules  pharyngo-œsophagiens, 
e’est-à-dire  ceux  qui  occupent,  d’une  façon  constante,  l’union  du 
pharynx  et  de  l’œsophage  et  se  développent,  sessiles  sur  toute  la 
largeur  du  conduit,  entre  le  bord  inférieur  du  muscle  constric¬ 
teur  inférieur  et  le  bord  supérieur  du  crico-œsophagien,  ou, 
comme  le  pense  Kilian,  entre  les  faisceaux  supérieur  et  inférieur 
du  crico-pharyngien. 

Malgré  ce  qu’on  pourrait  croire,  la  présence  d’un  diverticule 
n’implique  pas  forcément  l’opération.  11  y  a  des  diverticules, 
même  considérables,  qui  ne  donnent  lieu  à  aucun  symptôme,  et 
dont  le  porteur  ignore  tout  à  fait  l’existence.  Le  malade  dont  nous- 
rapporlons  ici  l’histoire  (obs.  111)  connut  qu’il  avait  un  diverticule- 
parce  qu’un  radiologue  le  découvrit  en  voulant  étudier  le  fonc¬ 
tionnement  de  son  estomac. 

Chez  ces  malades,  l’indication  opératoire  ne  se  posera  que  le 
jour  où  les  phénomènes  fonctionnels  apparaîtront. 

Il  y  a  d’autres  divertieules  qu’il  ne  faut  pas  toucher  :  ce  sont 
ceux  qui  présentent  une  transformation  cancéreuse.  Or,  ce- 
genre  de  complication,  sans  être  fréquent,  n’est  cependant  pas 
exceptionnel.  Tantôt  le  néoplasme  débute  dans  le  fond  de  la 
poche,  plus  souvent  peut-être  au  niveau  même  de  l’orifice  de 
communication. 

Si  l’on  intervient  dans  ces  cas,  ce  n’est  plus  sur  le  diverticule, 
mais  sur  l’œsophage  même  que  doit  porter  l’opération, 

Nous  avons  eu  l’occasion  d’observer  un  cas  de  ce  genre,  et  en- 
raison  du  grand  âge  et  de  l’état  de  cachexie  du  malade  nous 
avons  cru  bon  de  surseoir  à  toute  opération  (obs.  1Y). 

A  part  ces  faits  peu  nombreux,  les  diverticules  pharyngo- 
œsophagiens  doivent  être  opérés  pour  trois  raisons  :  la  gêne,  les1 
étouffements,  le  faroélisme. 

La  gène  est  assez  constante.  Elle  se  produit  pendant  les  repas 
et  aussi  dans  l’intervalle. 


SÉANCE  DU  28  FÉVRIER 


325 


Pendant  les  repas,  le  malade  se  plaint  qu’il  lui  revient  à  tout 
instant  l’odeur  et  le  goût  d’aliments  qu’il  a  absorbés  plusieurs 
heures  auparavant.  Souvent  aussi  des  parcelles  de  des. aliments 
non  digérés  remontent  dans  la  bouche.  Enfin,  chez  quelques-uns, 
l’haleine  dégage  une  odeur  fétide,  provoquée  par  la  putréfaction 
de  particules  alimentaires  dans  l’intérieur  de  la  poche. 

Les  étouffements  se  produisent  toujours  pendant  les  repas.  Ils 
apparaissent  tout  d’un  coup,  après  quelques  déglutitions,  surtout 
si,  pour  une  raison  quelconque,  elles  ont  été  précipitées.  Alors 
apparaît  une  douleur  rétrosternale,  puis  le  visage  se  congestionne, 
les  yeux  s’injectent.  Chez  un  de  nos  opérés,  la  crise  allait  jusqu’à 
l’étourdissement  et  la  syncope.  Mais  le  plus  souvent,  le  malade, 
averti,  a  le  temps  de  quitter  la  table,  de  rejeter  le  contenu  de  la 
poche  et  dé  faire  ainsi  cesser  la  compression  de  sa  trachée. 

Le  famélisme  est  le  terme  auquel  arrivent  à  peu  près  toujours 
les  sujets  atteints,  de  diverticule  pharyngo-œsophagien.  La  poche 
augmente  de  dimension  et,  lorsqu’elle  est  remplie,  elle  comprime 
l’oesophage  et  arrête  ainsi  tout  passage  d’aliment.  Cet  accident 
réalise  les  mêmes  conditions  que  le  rétrécissement  de  l’œsophage. 
Les  forces  diminuent  et  l’amaigrissement  peut  devenir  considé¬ 
rable.  Un  de  nos  malades  avait  perdu  40  kilogrammes  de  son 
poids,  un  autre  10  kilogrammes. 

Pendant  fort  longtemps,  le  traitement  chirurgical  du  diverticule 
œsophagien  fut  dominé  par  la  crainte  de  l’infection  du  tissa  cellu¬ 
laire  du  cou. 

Il  semble  bien  démontré  que  cette  terreur  soit  devenue  vaine 
aujourd’hui. 

Le  seul  traitement  de  cette  affection  doit  être  l’extirpation  avec 
suture  immédiate  de  la  paroi  du  conduit. 

La  radioscopie  et  parfois  l’examen  clinique  diront  s’il  faut 
l’aborder  par  le  côté  droit  ou  le  côté  gauche  du  cou.  Le  diver¬ 
ticule  est  toujours  rétro-œsophagien.  Mais  en  se  développant  il 
fait  souvent  saillie  davantage  d’un  côté  ou  de  l’autre.  Quand  il  est 
médian,  ce  qui  est  fréquent,  il  est  peut-être  un  peu  plus  facile  de 
l’aborder  par  le  côté  gauche,  mais  il  est  plus  aisé  (plus  à  main, 
dit-on)  d’opérer  dans  la  profondeur  du  côté  droit. 

Nous  ne  reviendrons  pas  sur  la  technique.  Elle  a  été  publiée 
dans  l’article  cité  précédemment. 

Je  pense  que,  même  en  présence  d’un  diverticule  de  petite 
dimension,  plutôt  que  d’avoir  recours  à  l'enfouissement  à  la 
manière  de  Gérard-Bevan,  mieux  vaut  pratiquer  l’extirpation. 
Lenormant  ne  rappelait-il  pas  récemment  l’observation  de 
Waggett  et  Davis  qui  furent  contraints  de  faire  secondairement 


326 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


l’extirpation  d’un  diverticule  qu’ils  avaient  invaginé  et  qui 
brusquementse reproduisit  à  l’occasion  d’un  violent  éternuement. 

Mais  si  l’on  doit  extirper  le  diverticule  et  suturer  immédiate¬ 
ment  l'œsophage,  je  pense  aussi  qu’il  est  nécessaire  de  laisser  un 
petit  drainage  au  voisinage  et  ne  pas  réunir  complètement  la 
peau.  La  suture  de  l’œsophage  ne  présente  pas  en  effet  les  mêmes 
garanties  de  solidité  que  celles  de  l’intestin.  Il  y  a  dans  la  soli¬ 
dité  de  cette  suture  les  mêmes  incertitudes  que  dans  la  staphy- 
lorrhaphie. 

Cette  possibilité  de  la  désunion  rend  assez  inquiétantes  les 
suites  opératoires. 

On  a  proposé  de  faire  tout  d'abord  une  gastrostomie  de  façon  à 
pouvoir  nourrir  l’opéré,  tout  en  laissant  le  pharynx  au  repos.  Je 
pense  que  c’est  là  une  complication  tout  à  fait  inutile. 

Cette  méthode  nécessite  plusieurs  interventions  successives  et 
il  est  bien  certain  que  l’opéré  fait  à  tout  instant  des  mouvements 
de  déglutition,  ne  serait-ce  que  pour  avaler  sa  salive. 

Chez  mes  deux  premiers  opérés,  j’ai  placé,  par  la  narine,  une 
sonde  gastrique  à  demeure.  L’un  la  toléra,  l’autre  la  rejeta  et  je 
pense  aujourd’hui  que  la  sécrétion  salivaire,  les  efforts  de  vomis¬ 
sement  que  provoque  cette  sonde  sont  nuisibles. 

Il  est  beaucoup  plus  simple  et  plus  sur  de  nourrir  les  opérés 
par  des  lavements  alimentaires  et  du  sérum  glucosé  sous-cutané 
pendant  deux  ou  trois  jours. 

Peut-être  chez  les  malades  très  faméliques  vaut-il  mieux  faire 
celte  alimentation  par  gastrostomie.  Cependant  un  de  mes  opérés, 
qui  avait  perdu  40  kilogrammes,  supporta  parfaitement  cette 
diète  relative. 

Tous  mes  opérés  commencèrent  à  boire  de  l’eau  stérilisée,  puis 
du  lait  stérilisé,  dès  le  quatrième  ou  cinquième  jour.  Le  quator¬ 
zième,  ils  s’alimentaien  t  comme  tout  le  monde. 

Chez  deux  d’entre  eux,  il  se  produisit  vers  le  cinquième  jour 
une  désunion  partielle  qui  provoqua  une  fistule  :  la  première 
fistule  était  cicatrisée  en  une  semaine,  la  seconde  après  douze 
jours,  mais  il  persista  chez  celui-ci  un  écoulement  purulent  pen¬ 
dant  près  de  deux  mois. 

Les  trois  autres  opérés  guérirent  sans  aucun  incident  et  étaient 
complètement  cicatrisés  en  huit  jours. 

M.  Hartmann.  —  Deux  mots  seulement  pour  approuver  M.  Gré¬ 
goire.  J’ai  eu  l’occasion  d’opérer,  il  y  a  quelques  années,  un  gros 
diverticule  pharyngo-œsophagien.  Comme  M.  Grégoire,  je  me 
suis  contenté  de  placer  un  petit  drain  pendant  quarante-huit 
heures.  La  malade  a  guéri  sans  incidents.  Il  est  vrai  que  comme 


SÉANCE  DU  28  FÉVRIER 


327 


«lie  était  très  cachectique,  que  je  if  avais  pas  l’expérience  de  ces 
opérations,  j’avais  fait  une  gastrostomie  préalable. 

M.  Raymond  Grégoire.  —  Comme  je  viens  de  le  dire,  je  crois 
que  la  gastrostomie  est  indiquée  dans  les  cas  de  famélisme  pro¬ 
noncé,  car  elle  permet  de  remonter  ces  malades  avant  de  suppri¬ 
mer  le  diverticule. 

Mais  je  crois  aussi  qu’on  peut  reculer  très  loin  les  indications 
de  cette  opération  préliminaire.  Un  de  mes  opérés  avait  perdu 
40  kilogrammes  de  son  poids,  ce  qui  est  énorme.  Cependant,  je 
ils  la  résection  d’emblée  en  un  temps  et,  en  m’aidant  d’injection  de 
sérum  glucosé  et  de  lavements  alimentaires  (sur  la  valeur  nutri¬ 
tive  desquels  je  ne  me  fais  d’ailleurs  pas  d’illusion),  ce  malade 
supporta  parfaitement  les  deux  jours  de  diète  supplémentaire  à 
laquelle  je  le  soumis. 


A  proj  os  des  luxations  de  l' extrémité  externe  de  la  clavicule. 

M.  Pierre  Mocquot.  —  .J’ai  eu  l’occasion  d’intervenir  trois  fois 
pour  des  luxations  acromio  claviculaires  complètes  à  grand 
déplacement. 

Mon  premier  blessé  a  été  opéré  à  Necker  dans  le  service  de 
mon  maître  M.  Delbet  :  le  résultat  immédiat  a  été  bon,  mais  le 
blessé  n’a  pas  été  suivi.  Il  en  a  été  de  même  pour  le  second,  un 
soldat  que  j’ai  opéré  pendant  la  guerre,  qui  était  en  bon  état 
lorsqu’il  a  quitté  l’ambulance. 

La  troisième  était  une  femme  de  quarante-sept  ans,  que  j’ai 
opérée  le  12  mars  1919  pour  uneluxation  complète  acromio-clavi- 
culaire  droite.  Comme  dans  les  cas  précédents,  j'avais  fixé  la 
coracoïde  à  la  clavicule  par  un  gros  fil  de  lin  pas*é  en  huit  de 
•chiffre  autour  des  deux  os,  selon  la  technique  que  nous  avons 
décrite,  mon  maître  M.  Delbet  et  moi-même,  en  1909. 

J’ai  revu  cette  malade  deux  ans  plus  tard,  pour  une  autre  affec¬ 
tion,  à  la  Consultation  de  chirurgie  de  Cochin.  Le  résultat  était 
très  bon  ;  il  n’y  avait  qu'une  très  légère  dénivellation  de  l’extré¬ 
mité  externe  de  la  clavicule  et  il  ne  se  produisait  aucun  déplace¬ 
ment  anormal  dans  l’articulation  acromio-claviculaire.  Les  mou¬ 
vements  du  bras  se  faisaient  avec  toute  leur  amplitude  et  toute 
leur  force. 

Aussi,  tout  en  reconnaissant  les  avantages  de  l’ingénieuse  opé¬ 
ration  proposée  par  mon  ami  Cadenat,  je  pense  que  la  simple 
fixation  avec  un  gros  fil  de  soie  ou  de  lin,  bien  préférables  au  fil 
d’argent,  est  capable  de  donner  un  bon  résultat. 


328 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


J’ajoute  que  cette  opération  me  paraît  très  indiquée  dans  le» 
luxations  acromio-claviculaires  à  gros  déplacement,  c'est-à-dire 
avec  déchirure  des  ligaments  coraco-claviculaires. 

Tout  récemment,  M.  Quénu  m’a  appelé  à  soigner  un  homme 
d’un  certain  âge  atteint  d’une  luxation  acromio-claviculaire  de 
cet  ordre.  Ce  blessé  ne  se  souciait  pas  d’être  opéré  ;  nous  avons 
réduit  et  maintenu  de  notre  mieux  avec  l’appareil,  classique.  Au 
bout  de  trois  semaines,  la  réduction  semblait  bonne,  mais, 
quelques  jours  après  l’ablation  de  l’appareil,  la  saillie  de  la  clavi¬ 
cule  s’est  reproduite.  Il  n’v  a  plus  de  grand  déplacement  dans  les 
mouvements;  il  reste  une  saillie  osseuse  disgracieuse  de  l’extré¬ 
mité  externe  de  la  clavicule,  ce  qui  n’est  pas  important,  mais  les 
mouvements  de  projection  en  avant  et  d’abduction  sont  encore 
gênés  et  je  crains  que  cette  gêne  ne  disparaisse  pas  vite.  Bref,  je 
crois  que  la  syndesmopexie  coraco-clavieulaire  aurait  donné. un 
meilleur  résultat. 


Examen  macroscopique  d'une  fracture  spontanée. 

M.  Hartmann.  —  Dans  une  de  nos  précédentes  séances  je  vous 
ai  présenté  les  radiographies  d’une  fracture  spontanée  du  fémur* 
J’ai,  depuis,  fait  une  biopsie  qui  a  montré  à  mon  collègue  Mene- 
trier  qu’il  s’agissait  d’un  épilhélioma.  Nous  avons  alors  examiné 
des  pieds  à  la  tête  noire  malade  et,  bien  qu’il  n’eût  présenté 
aucun  trouble  du  côté  de  l’appareil  urinaire,  nous  avons  constaté 
que  le  rein  droit  était  le  siège  .d’une  tumeur  complètement 
ignorée  et  s’étant  manifestée  comme  premier  symptôme  par  une 
tumeur  du  fémur  suivie  de  fracture  spontanée. 


A  propos  des  «  condyles  »  du  tibia. 

M.  Lecène. —  Je  m’excuse  de  revenir  sur  une  question  de  mots, 
mais  les  mots  ont  leur  importance.  Dans  l’enseignement  primaire 
on  considère  souvent  comme  classiques  les  auteurs  des  manuels 
les  plus  récents  que  l’on  fait  apprendre  par  cœur  aux  écoliers. 
Pour  nous,  qui  ne  sommes  plus  des  écoliers,  les  classiques,,  ce 
sont  ceux  qui  ont  laissé  des  monuments  écrits  ou  figurés,  solides 
et  durables,  en  quelque  genre  que  ce  soit. 

Or,  ni  dans  Cruveilhier,  ni  dans  Henle,  ni  dans  Holden,  ni  dans 
Farabeuf,  il  n’est  question  de  condyles  du  tibia.  Cruveilhier  diit- 
que  l’expression  de  condyle  du  tibia  est  tout  à  fait  impropre* 


SÉANCE  DU  28  FÉVRIER 


329- 


En  effet  le  terme  de  condylé,  qui,  en  grec  ancien,  sert  à  dési¬ 
gner  la  saillie  dorsale  que  font  sur  le  poing  fermé  du  boxeur  les 
têtes  (ou  extrémités  distales,  si  l’on  préfère)  des  métacarpiens  (ce 
que  les  Anglais  appellent  «  knuckles  »),  ne  peut  s’appliquer  cor¬ 
rectement  qu’à  une  saillie  osléo-drticulaire  convexe  et  très  pro¬ 
noncée,  formant  tête  articulaire-,  les  condyles  fémoraux  sont  ainsi 
très  bien  et  très  justement  nommés.  Pour  l'extrémité  supérieure 
du  tibia,  véritable  chapiteau  qui  surmonte  une  cotonne  torse,  cha¬ 
piteau  dont  la  face  supérieure  est  sensiblement  horizontale  sur  l’os 
sec  et  devient  un  peu  concave,  par  l'adjonction  des  ménisques,  sur 
le  sujet  frais,  employer  l’expression  de  condyle  me  paraît,  comme 
aux  vrais  classiques'cités  ci-dessus,  tout  bonnement  absurde.  U 
y  a  un  chapiteau  tibial  supérieur  avec  deux  fortes  tubérosités 
latérales  saillantes  servant  d’appui  aux  plateaux  articulaires,  un 
tubercule  antérieur  très  net  pour  le  tendon  rotujien,  un  tubercule 
latéral  externe  moins  net  pour  la  bandelette  iliolibiale  de  Mais- 
siat,  mais  nulle  part  de  condyles  ni  osseux  ni  articulaires. 

Simplifions  et  unifions,  une  fois  pour  toutes,  le  langage  de  l’ana¬ 
tomie  descriptive  macroscopique,  science  faite  et  achevée  depuis 
longtemps,  surtout  pour  ce  qui  concerne  la  description  d,es 
membres  :  ne  la  compliquons  pas  par  d’inutiles  modifications  de 
nomenclatures  ou  des  subtilités  assez  vaines  qui  ont  en  général 
été  inventées  par  ceux  qui  voudraient  nous  faire  croire  qu’ils  ont 
découvert  l’anatomie  macroscopique  et  qu’ils  savent  mieux  voir 
aujourd’hui  que  nos  grands  pères,  qui  y  consacrèrent  leur  vie, 
les  détails  macroscopiques  de  la  structure  des  os  et  des  articula¬ 
tions  des  membres. 

M.  Broca. —  Dans  la  dernière  séance  je  n’ai  pas  pris  la  paroi»' r 
craignant  d’avoir  l’air  d’un  vieillard  mettant  obstacle  aux  progrès- 
de  la  terminologie  anatomique.  La  jeunesse  de  Lecène  me  mettant 
à  l’abri  de  ce  reproche,  je  me  permets  de  vous  signaler  la  phrase 
suivante  de  M.  Deseomps  :  «  Tels  sont  les  deux  condyles  interne 
et  externe  de  l’extrémité  inférieure  de  l’humérus,  plus  connus 
d’ailleurs  des  chirurgiens  que  des  anatomistes.  »  Un  peu  anato¬ 
miste  autrefois,  je  ne  suis  plus  guère  que  chirurgien,  et  je  pense 
pourtant  que  si  je  ne  connais  pas  le  condyle  interne  de  l'extrémité 
inférieure  de  l’humérus,  la  débilité  mentale  due  à  l’âge  n’est  pas 
la  cause  de  cette  ignorance. 

M.  Hartmann.  —  Un  condyle  est  un  segment  de  cylindre  coupé- 
suivant  son  axe.  11  n’y  a  donc  pas  de  discussion  possible  ;  parler 
de  condyles  du  tibia* c’est  méconnaître  la  définition  même  du  mot 
condyle. 


330 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Rapport. 

i’n  cas  d' appendicite  kystique, 
par  les  Drs  Lepoutre  et  Delattre  (de  Lille). 

Rapport  verbal  de  M.  P.  LECÈNE. 

L'intéressante  communication  de  MM.  Oudard  et.  Lancelin  a 
engagé  M.  le  Dp  Lepoutre  (de  Lille)  à  présenter  à  la  Société  de 
Chirurgie  un  cas  d’appendicite  kystique  assez  différent  de  ceux 
rapportés  par  ces  auteurs  : 

Observation.  —  Il  s’agit  d’une  femme  de  vingt-cinq  ans,  ayant  présenté 
une  première  crise  d’appendicite  en  janvier  1919,  crise  légère,  puisque  la 
malade  n’a  gardé  le  lit  qu’une  dizaine  de  jours.  Elle  présenta  depuis 
une  série  de  troubles  digestifs,  avec  nausées  et  vomissements  au 
moindre  écart  de  régime.  Une  seconde  crise  survint  en  septembre  1922, 
légère  encore  ;  la  malade  accepte  de  suivre  le  conseil  de  son  médecin 
consultant,  le  professeur  Vouters,qui  nous  l’adresse  pour  intervention. 

Il  n’y  a  rien  à  signaler  dans  les  antécédents  :  l’état  général  est  excel¬ 
lent.  A  l’examen,  on  note  une  douleur  très  nette  à  la  pression  dans  la 
région  appendiculaire  et  un  peu  de  défense  de  la  paroi.  On  ne  perçoit 
aucune  tumeur  dans  la  profon  leur,  mais  cette  exploration  est  rendue 
assez  délicate  par  l’épaisseur  de  la  paroi  abdominale. 

Opération  le  25  novembre  1922  (Dr  Lepoutre).  Incision  de  Jalaguier. 
Le  cæcum  est  facilement  extériorisé  et  on  amène  avec  lui  un  appen¬ 
dice  du  volume  d’un  pouce  d’adulte,  en  forme  de  saucisse,  et  donnant 
à  la  vue  l’impression  d’une  tumeur.  Il  est  d’ailleurs  libre  de  toute 
adhérence  avec  l’épiploon  ou  avec  les  organes  voisins.  Au  palper,  toute 
la  massé  est  fluctuante;  c’est  une  poche  remplie  d’un  liquide  que  les 
doigts  refoulent  d’un  bout  à  l’autre.'' L’extrémité  proximale  se  termine 
à  l’intérieur  même  du  cæcum,  et  l’on  sent  à  travers  les  parois  de  cet 
organe  un  petit  dôme  formé  par  la  partie  supérieure  du  kyste  appen¬ 
diculaire.  Après  avoir  pris  les  précautions  d’usage,  on  circonscrit  la 
base  de  la  tumeur,  réalisant  une  résection  du  fond  du  cæcum;  suture 
intestinale  en  deux  plans. 

L’appendice  ouvert  laisse  échapper  un  mucilage  épais,  gélatineux  et 
opalin,  inattendu  en  cette  région.  Les  parois  de  l’organe  sont  minces 
et  atrophiées. 

Les  suites  de  cette  intervention,  d’abord  très  simples,  ont  été  trou¬ 
blées  au  douzième  jour  par  une  petite  embolie  pulmonaire  (crachats 
hémoptoïques,  point  de  côté,  râles  fins,  pas  de  fièvre).  Mais  cet  inci¬ 
dent  ne  dura  que  quelques  jours  et,  aujourd’hui,  la  guérison  est  parfaite. 

Examen  microscopique  (Dr  Delattre).  —  Divers  fragments  de  la  paroi 
appendiculaire  ont  été  soumis  à  l’examen  microscopique.  Les  prélève¬ 
ments  ont  été  faits  :  1°  à  l’extrémité  distale  de  l’appendice;  2°  à  sa 


SÉANCE  DU  28  FÉVRIER 


331 


partie  moyenne;  3°  au  sommet  du  dôme  hémisphérique  intra-cæcal. 

Il  n’existe  pas  trace  d’inflammation  récente  de  l’organe,  ni  de  forma¬ 
tion  néoplasique  des  parois.  La  cavité  kystique  contient  une  matière 
homogène,  précipitée  par  les  liquides  fixateurs.  L’épaisseur  de  la  paroi 
est  de  2  millimètrel  environ. 

1°  Au  niveau  de  la  partie  moyenne  de  l’appendice,  on  constate  un 
étalement  extrême  des  trois  couches  muqueuse,  musculaire  et  séreuse. 
Les  plis  normaux  de  la  muqueuse  ont  totalement  disparu  :  les  cellules 
épithéliales  accolées  forment  un  revêtement  continu  et  régulier;  elles 
paraissent  reposer  directement  sur  la  musculeuse.  On  reconnaît  dans 
la  musculeuse  quelques  follicules  lymphatiques  étalés.  Il  existe  une 
légère  infiltration  lymphocytaire  diffuse. 

Les  deux  couches  musculaires  longitudinale  et  circulaire  sont  dis¬ 
tendues  à  l’extrême.  On  constate  au  milieu  de  la  couche  circulaire,  en 
un  point  opposé  au  méso,  un  espace  lacunaire  limité  pardes  fibres  mus¬ 
culaires  obliques.  La  musculaire  externe  présente  des  îlots  sclérosés.® 

2°  Au  niveau  du  sommet  de  l'appendice  la  tunique  muqueuse  a  disparu. 
Il  existe  une  infiltration  abondante  de  cellules  lymphoïdes  dans  la  sous- 
muqueuse.  t.a  musculaire  externe  est  sclérosée  sur  une  plage  étendue 
de  la  périphérie.  Une  lacune  analogue  à  celle  précédemment^dStrite 
se  remarque  dans  la  couche  circulaire; 

3°  La  coupe  faite  au  niveau  de  la  partie  saillante  dans  la  cavité  du 
cæcum  montre  une  couche  exti-rne  qui  est  la  muqueuse  normale  du 
cæcum  avec  ses  glandes  de  Lieberkuhn.  Sous  la  muqueuse,  un  étale¬ 
ment  de  couches  musculaires  amincies,  en  plans  superposés,  parmi  les¬ 
quels  il  n’est  pas  possible  de  différencier  des  zones  nettes.  Du  côté  de  la 
cavité  kystique,  on  ne  trouve  pas  trace  de  la  muqueuse  appendiculaire. 
De  nombreux  îlots  hémorragiques  s’observent  dans  toute  cette  paroi. 

En  résumé,  dilatation  kystique  de  la  totalité  de  l'appendice  avec  traces 
d'inflammation  ancienne. 

Cette  forme  d’appendicite  kystique  est  très  bien  décrite  dans  l’ou¬ 
vrage  de  Bérardet  Vignarcl  (1)  :  quelques  exemples  en  ont  été  pré¬ 
sentés  à  la  Société  Anatomique  de  Paris.  Ce  qui  la  caractérise,  c’est 
Y  atrophie  considérable  des  parois  de  l’organe,  et  la  disparition  des 
follicules  lymphoïdes  :  «  leur  paroi  présentait  la  structure  de 
l’appendice  normal,  mais  avec  les  différentes  tuniques  aplaties, 
refoulées,  la  muqueuse  à  peu  près  dépourvue  d’éléments  lym¬ 
phoïdes  ».  (Bérardet  Vignard.)  C’est,  en  somme,  ce  que  les  anciens 
auteurs  appelaient  la  «  mucocèle  »  de  l’appendice. 

Dans  certains  cas  assez  fréquents, /l’appendice  est  distendu 
seulement  à  son  extrémité  distale,  en  arrière  d’une  sténose 
inflammatoire.  Plus  rarement,  comme  dans  le  cas  actuel,  il  est 
distendu  dans  sa  totalité;  sa  cavilé  est  entièrement  séparée 
de  celle  du  cæcum,  d’où  formation  possible  d’un  «  appendice 


(1)  B  rarl  it  Vignard.  L'appendicite.  Mass  n.  Paris,  191}; 


332 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


géant  »  pouvant  atteindre  les  dimensions  d'une  aubergine  (d). 

Ces  cas  sont  assez  différents  de  ceux  qui  ont  été  rapportés  par 
Oudard  et  Lancelin  :  en  effet,  dans  les  cas  dp  ces  auteurs,  il  exis¬ 
tait  une  hypertrophie  des  glandes  et  du  tissu  lymphoïde. 

Cliniquement,  on  observe,  dans  ces  cas  de  dilatation  kystique 
totale  de  l’appendice,  le  tableâu  de  l’appendicite  chronique,  avec 
épisodes  subaigus.  Parfois,  mais  rarement,  on  a  pu  percevoir  au 
palper  la  tumeur  appendiculaire.  Il  faut  savoir  que  la  rupture  d’un 
tel  kyste  dans  la  cavité  péritonéale  peut  provoquer  l’apparition 
d’une  des  variétés  de  la  «  maladie  gélatineuse  »  du  péritoine  (2). 
Dans  l’observation  de  M.  Lepoutre,  il  n’est  pas  fait  mention 
d’examen  bactériologique  du  contenu  muqueux  de  l’appendice. 
Dans  plusieurs  cas  analogues  que  j’ai  eu  l’occasion  d’observer  et 
d’examiner  bactériologiquement,  le  contenu  muqueux  a  été  trouvé 
stérile.  Malgré  la  formation  d’une  «  cavité  close  »,  il  n’y  avait  eu, 
dans  ces  cas,  aucune  exaltation  de  la  virulence  des  germes  nor¬ 
malement  contenus  dans  l’appendice,  mais  bien,  au  contraire, 
destruction  de  ces  germes.  Le  fait  mérite  d’être  signalé  en  passant. 

Je  vous  propose  de  remercier  M.  LepouLre  de  nous  avoir  adressé 
•cette  observation  qui  constitue  un  document  intéressant  pour 
l'histoire  de  l’appendicite  kystique. 


Questions  à  l’ordre  du  jour. 

1°  Sur  les  sections  accidentelles  du  cholédoque. 

Cholécystectomie  pour  lithiase. 

Section  transversale  des  trois  quarts  du  cholédoque. 
Suture.  Guérison , 

par  M.  Félix  Papiv, 

Professeur  agrégé  à  la  Faculté, 

Chirurgien  des  hôpitaux  de  Bordeaux. 

Rapport  verbal  de  M.  P.  LECÈNE, 

L’observation  que  M.  Papin  (de  Bordeaux)  nous  -a  adressée  est 
u ne' nouvelle  observation  de  blessure  opératoire  du  cholédoque  au 
niveau  du  carrefour,  qui  vient  s’ajouter  à  celles  apportées  à  la 

(1)  Tixier.  Société  de  chirurgie  de  Lyon,  1911,  Lyon  médical ,  1912. 

(2)  Lejars.  Semaine  médicale,  1912. 


SÉANCE  DU  28  FÉVRIER 


333 


Société  de  Chirurgie  par  P.  Duval  (1),  Lapointe  (2),  SavaTiaud  (3), 
Fiolle  (4),  Sencert  (3),  Savariaud  (6).  Hartmann  (7). 

Observation.  —  M“e  C...  B...,  cinquante-sept  ans,  présente  depuis 
■douze  ans  environ  des  crises  douloureuses  localisées  à  l’épigastre  et 
dans  l’hypocondre  droit,  survenant  deux  ou  trois  heures  après  les 
repas  et  s’accompagnant  de  vomissements.  Du  reste,  même  en  l’absence 
de  crises,  la  malade  vomit  de  temps  à  autre  et  est  soignée  habituelle¬ 
ment  «  pour  l’estomac  ». 

En  l’examinant  On  trouve  sous  le  rebord  costal  droit  une  tuméfac¬ 
tion  peu  précise,  empâtée  et  douloureuse,  qui  semble  correspondre 
à  la  vésicule.  La  malade  est  amaigrie,  de  teint  pâle,  un  peu  «  cho- 
tdmique  »  peut-être,  mais  sans  ictère  ;  elle  n’en  a  du  reste  jamais  eu.  Le 
taux  de  la  cholestérine  dans  le  sérum,  1  gr.  30  p.  1.000,  ne  parle  guère 
en  faveur  de  la  lithiase. 

Pendant  le  temps  où  la  malade  est  observée,  elle  présente  brusque¬ 
ment  (12  mai  au  soir)  une  crise  douloureuse  très  violente,  avec  tem¬ 
pérature  de  39°,  grosse  défense  musculaire  sous-hépatique,  arrêt  des 
matières  et  des  gaz.  Le  lendemain  la  crise  est  passée,  mais  il  y  a  des 
pigments  biliaires  dans  les  urines,  passagèrement  du  reste,  et  sans 
ictère. 

On  intervient  le  19  mai  1922,  avec  le  diagnostic  de  cholécystite 
■calculeuse  très  probable. 

Opération.  —  Incision  transversale.  Duodénum,  côlon  et  appendice 
sains.  La  vésicule  entourée  de  quelques  adhérences  est  évidemment 
malade  et  à  son  intérieur  on  sent  plusieurs  calculs.  Quant  à  la  termi¬ 
naison  du  cystique  et  au  carrefour  cholédocien,  il  y  a  là  un  feutrage 
d’adhérences  qui  empêchent  absolument  d’avoir  une  vue  nette  des 
différents  canaux.  On  sent  du  reste  un  calcul  assez  volumineux  enchâsse 
à  ce  niveau,  et  comme  il  n’y  a  pas  de  signes  cliniques  d’obstruction 
du  cholédoque,  on  est  porté  à  croire  que  ce  calcul  est  dans  la  terminaison 
du  cystique. 

On  commence  par  essayer  une  cholécystectomie  rétrograde  ;  il  faut 
l’abandonner  devant  les  difficultés  qu’on  rencontre  à  isoler  le  con- 
.fluent,  et  revenir  à  l’ectomie  du  fond  vers  le  col.  Dans  le  but  d’éviter 
autant  que  possible  une  blessure  du  cholédoque  au  niveau  du  confluent 
où  l’on  seut  le  calcul  enclavé,  on  enlève  d’abord  la  vésicule  (qui  con¬ 
tient  deux  calculs),  en  la  coupaut  aussi  près  que  possible  de  son  bas- 

(1)  P.  Duval.  Bull,  et  Mém.  de  la  Société  de  Chirurgie,  13  octobre  1919, 
p.  1298. 

(2)  Lapointe.  Bull,  et  Mém.  de  la  Société  de  Chirurgie,  28  octobre  1919, 
p.  1331. 

(3)  Savariaud.  Bull,  et  Mém.  de  la  Société  de  Chirurgie,  28  octobre  1919, 
j>.  1333. 

(4)  Fiolle.  Bull,  et  Mém.  de  la  Société  de  Chirurgie,  3  mars  1921,  p.  381. 

(5)  Sencert.  Bull,  et  Mém.  de  la  Société  de  Chirurgie,  21  avril  1921,  p.  397. 

(6)  Savariaud.  Bull,  et  Mém. de  la  Société  de  Chirurgie,  14  juin  1922,  p.86S. 

{!)  Hartmann.  Bull,  et  Mém.  de  la  Société  de  Chirurgie,  28  j'iin  1922,  p..  939. 


SOCIÉTÉ  DE  CUIRUKGIE 


a3i 


sinet;  il  Teste  alors,  vers  le  carrefour  et  avant  le  calcul,  la  lumière- 
d’un  conduit  biliaire  qui  doit  être  le  cystique,  et  dont  on  incise  aux 
ciseaux  de  proche  en  proche  la  paroi  antérieure  jusqu’à  ce  calcul  ait 
été  complètement  découvert;  on  l’extrait;  et  en  examinant  la  région 
on  s’aperçoit  alors  que  le  cholédoque  est  .sectionné  transversalement 
sur  ses  3/4  antérieurs. 

Le  cystique  était  impossible  à  retrouver;  le  calcul  tout  entier  intra- 
cholédocien,  et  c’est  la  paroi  antérieure  du  cholédoque  qu’on  section¬ 
nait  progressivement  en  travers  au  devant  de  lui:  la  confusion  anato¬ 
mique  de  la  région  empêchait  absolument  de  reconnaître  cystique  et 
cholédoque,  et  la  clinique  par  l’absence  d’ictère  laissait  supposer  qu’il 
ne  s’agissait  pas  d’un  calcul  du  cholédoque. 

Les  deux  extrémités  du  cholédoque,  qui  ne  sont  plus  reliées  que  par 
une  languette  postérieure  représentant  le  quart,  ou  au  plus  le  tiers  du 
conduit,  sont  alors  suturées  aussi  exactement  que  possible  l’une  à 
l’autre  par  une  série  de  points  séparés  faits  avec  de  fines  aiguilles 
courbes  enfilées  de  fil  de  lin.  Ent'-e  deux  des  points  on  laisse  un  petit 
espace  moins  exactement  suturé  au  contact  duquel  on  met  un  drain. 
Fermeture  de  la  paroi. 

Les  calculs  examinés  étaient  formés  surtout  de  pigments  biliaires. 
La  vésicule  présente  les  altérations  ordinaires  de  la  cholécystite: 
lithiasique. 

Au  bout  de  quatre  jours,  un  écoulement  biliaire  se  produit  par  la. 
plaie.  Il  persiste  une  fistule  biliaire  qui  pendant  un  mois  s’accompagne 
de  décoloration  des  matières.  Au  bout  de  ce  temps  les  matières 
recommencent  à  être  colorées,  par  périodes  d’abord,  puis  constam¬ 
ment.  La  fistule  se  tarit  et  est  complètement  fermée  fin  juillet  1 922.  • 

La  malade,  revue  en  octobre  1922,  a  engraissé  de  plusieurs  kilo¬ 
grammes  ;  elle  ne  souffre  plus  et  se  porte  parfaitement.  Le  teint, 
un  peu  «  cholémique  »  autrefois,  est  devenu  rosé.  Il  n’y  a  eu  jusqu’ici 
aucune  poussée  de  subictère  ou  de  fièvre  pouvant  faire  craindre  une 
sténose  du  cholédoque  toujours  possible. 

Le  cas  de  M.  Papin  est  fort  intéressant  :  il  montre  une  fois  de  plus 
les  difficultés  et  les  dangers  des  opérations  portant  sur  les  voies 
biliaires  dans  les  cas  difficiles.  Le  calcul,  que  M.  Papin  croyait  être 
dans  le  bassinet  de  la  vésicule,  était  en  réalité  dans  le  cholédoque 
lui-même:  comme  il  n’y  avait  pas  de  signes  cliniques  de  lithiase 
du  cholédoque,  M.  Papin  ne  se  douta  pas  du  siège  intracholédo- 
cien  du  calcul,  jusqu’au  moment  où,  une  fois  le  calcul  retiré,  il 
'put  s’apercevoir  de  la  section  des  trois  quarts  4e  la  circonférence 
du  cholédoque.  Il  faut  remarquer  que  la  section  de  proche  en 
proche  de  la  voie  biliaire  accessoire,  à  l’ancienne  mode,  n’a  pas 
empêché  M.  Papin  de  blesser  le  cholédoque  :  toute  la  région  du 
carrefour  des  voies  biliaires  était  méconnaissable  du  fait  de 
l’inflammation  chronique  et  on  comprend  facilement,  pour  peu 
qu’on  en  ait  quelque  expérience  personnelle,  combien  il  est 


SÉANCE  DU  28  FÉVRIER 


335 


difficile  dans  ces  cas  d’éviler  de  blesser  la  voie  biliaire  principale, 
quel  que  soit  le  procédé  employé.  Néanmoins,  je  pense,  comme 
M.  Papin,  que  dans  ces  cas  difficiles,  où  l’on  ne. peut  d’emblée  se 
rendre  exactement  compte  des  rapports  du  cyslique,  de  l’hépa¬ 
tique  et  du  cholédoque,  il  est  bien  plus  prudent  de  renoncer  de 
suite  à  la  cholécystectomie  rétrograde,  excellente  opération  dans 
les  cas  faciles,  et  de  suivre  progressivement  la  voie  biliaire  acces¬ 
soire  jusqu’à  ce  qu’elle  vous  conduise  sur  la  voie  biliaire  prin¬ 
cipale.  Mais,  encore  une  fois,  je  crois  que  dans  ces  cas  difficiles 
il  faut  avant  tout  savoir  bien  s’éclairer  (miroir  frontal  absolument 
indispensable!),  avoir  fait  au  préalable  une  incision  pariétale  suf¬ 
fisante,  s’aider  d’écarteurs  puissants  et  procéder  aussi  anatomi¬ 
quement  que  possible,  par  dissection  progressive,  comme  on  le  fait 
dans  la  libération  d’un  uretère  le  long  d’un  cancer  du  col.  C’est 
une  chirurgie  délicate  où  il  est  bien  difficile  d’éviter  les  pièges 
tendus  à  chaque  pas,  si  l’on  ne  se  laisse  pas  guider  surtout  par  les 
lésions  et  aussi  par  ses  souvenirs  d’anatomie  normale,  malheu¬ 
reusement  bien  souvent  d’un  faible  secours  pour  peu  que  des 
adhérences  étendues  et  la  sclérose  inflammatoire  viennent  tout 
embrouiller.  M.  Papin  n’a  pas  drainé  directement  la  voie  biliaire 
principale  et  s’est  conlentéde  suturer  le  cholédoque.  Sa  maladea 
bien  guéri  :  mais  peut-être  eût-il  été  plus  prudent  de  placer  un 
drain  dans  le  cholédoque;  du  moins  je  crois  que  je  l’aurais  fait. 

En  terminant,  je  vous  propose  de  remercier  M.  Papin  de  nous 
avoir  adressé  sa  très  intéressante  observation  et  de  le  féliciter  du 
succès  qu’il  a  obtenu  dans  un  cas  difficile. 

M.  Gosset.  —  Je  voudrais  insister  sur  quelques  points  à  propos 
de  l’observation  de  M.  Papin. 

Sa  malade  n’avait  présenté  aucun  signe  permettant  de  penser  à 
un  calcul  du  cholédoque.  Cependant,  il  y  avait  un  calcul  dans  la 
voie  biliaire  principale,  et  cette  surprise  opératoire  —  quant  au 
siège  du  calcul  —  a  été  pour  quelque  chose  dans  la  blessure  du 
cholédoque.  La  possibilité  de  calculs  dans  le  cholédoque,  sans 
aucun  trouble,  est  une  notion  qui  n’est  pas  assez  répandue.  Il  est 
loin  d’être  rare,  au  cours  d’opérations  pour  lithiase  de  la  vésicule, 
de  trouver  en  outre,  dans  la  voie  biliaire  principale,  un  ou  plu¬ 
sieurs  calculs.  Ces  calculs  du  cholédoque,  rien  dans  les  signes 
cliniques  ne  permettait  d’en  prévoir  la  présence.  El  ce  n’est  pas 
par  suite  d’un  interrogatoire  incomplet  ou  d’un  examen  insuf¬ 
fisant  que  de  tels. calculs  échappent  au  diagnostic  préopératoire. 
Dans  de  tels  cas,  où  l’intervention  a  permis  une  telle  découverte 
inattendue,  reprenez  avec  la  plus  grande  minutie,  près  du  malade, 

DE  LA  SOC.  DE  CHIU.,  1923.  24 


soclèrÊ  dé  cÜîRüâGiÊ 


S3é 


guéri,  l’interrogatoire  très  serré  de  son  passé  pathologique  et 
vous  ne  trouverez  souvent  pas  le  plus  petit  signe  qui  eût  permis 
de  diagnostiquer  la  lithiase  de  la  voie  principale.  C’est  pourquoi 
je  considère  qu’il  est  de  toute  nécessité,  après  toute  cholécystec¬ 
tomie  pour  lithiase  —  je  préfère  dire  avant  toute  cholécystectomie 
pour  lithiase  —  même  dans  les  cas  les  plus  simples,  de  faire  une 
exploration  complète  et  méthodique  de  tout  l’arbre  biliaire.  Un 
certain  nombre  d’insuccès,  de  persistance  des  douleurs  après 
cholécystectomie  pour  lithiase,  sont  dus  à  l’oubli  d’un  ou  plu¬ 
sieurs  petits  calculs  dans  la  voie  biliaire  principale,  parce  qu’on  a 
négligé  cette  obligation  capitale  :  né  jamais  opérer  une  lithiase 
vésiculaire  sans  faire  l’inventaire  complet  des  voies  biliaires,  de 
toutes  les  voies  biliaires. 

Dans  l’observation  de  Papin,  la  voie  biliaire  principale  a  été  lésée, - 
et,  cependant,  le  procédé  employé  a  été  la  section  du  cystique 
de  proche  en  proche.  Ce  procédé,  qUe  Deiagenière  a  défendu,  peut 
rendre  des  services  dans  certains  cas  exceptionnels;  mais  il 
expose  à  la  blessure  du  chôlëdoqUè,  et  l’observation  de  Papin  le 
démontre.  Au  contraire,  lë  procédé  par  section  première  du  cys¬ 
tique  que  je  défends  depuis  de  longues  années,  que  j’applique  de 
plus  en  plus  fréquemment,  né  permet  pas  la  lésion  de  la  voie 
biliaire  principale,  à  là  condition  naturellement  que  le  chirurgien 
veuille  bien  l’employer  avec  la  méthode  requise.  Si  vous  avez  pris 
le  soin  de  mettre  à  nu  le  trépied,  c’est-à-dire  le  cholédoque, 
l’hépatique  et  le  cystique,  comment  voulez-vous  que  la  blessure 
du  cholédoque  se  produise?  Cette  blessure  du  cholédoque  est  impos¬ 
sible.  On  peut  adresser  à  la  cholécystectomie  par  le  col  certaines 
critiques,  mais  la  seule  qu’on  ne  soit  pas  en  droit  de  lUi  faire  —  et 
cependant  on  ne  s’ea  est  pas  privé  ici  même  —  c’est  d’exposer  à  la 
blessure  de  la  voie  biliaire  principale.  En  faisant  avec  méthode,  par 
temps  successifs,  c’est-à-dire  se  succédant  dans  l’ordre  nécessaire , 
la  cholécystectomie  par  le  Col,  on  fie  peut  pas  blesser  le  cholédoque. 

Enfin  sur  la  question  de  la  suture  complète  du  cholédoque 
après  la  taille,  je  veux  dire  simplement  qu’âprès  avoir,  dans  des 
cas  très  faciles  de  Cholédocotomie,  essayé  de  fermer  complète¬ 
ment  le  cholédoque,  je  suis  revenu  au  drainage  de  l’hépatique, 
méthode  excellente  qui  doit  être  conservée. 

M.  Hartmann.  —  Deux  mots  pour  appüyér  ce  qUe  vient  de  dire 
mon  ami  Gosset  sur  la  nécessité  dë  toujours  explorer  le  cholé¬ 
doque,  un  calcul  pouvant  s’y  trouver  sans  avoir  déterminé  le 
moindre  symptôme.  J’ajOüterai  simplement  un  mot  pour  dire  que 
la  dilatation  du  cholédoque  n’implique  pas  la  présence  d’un  calcul. 
Plusieurs  fois,  aü  cours  d’èxplorations  systématiques  du  cholé- 


33l 


SÉANCE  DU  28  FÉVRIER 


doque  j’ai  constaté  en  l’absence  de  calcul  une  dilatation  de  la  voie 
principale,  dans  des  cas  où  la  vésicule  ne  fonctionnait  pas  en 
temps  que  réservoir.  C’est  dire  que  cliniquement  on  constate 
que,  comme  dans  lés  expériences  sur  les  animaux,  la  voie  biliaire 
principale  se  dilaté  et  suppléé  à  l’absence  fonctionnelle  du  réser¬ 
voir  biliaire. 

Jë  fais  toüjotlrS  le  drainage  du  cholédoque. 


2°  Sur  le  traitement  dè  l’ulcère  perforé  De  l’esTomac. 

Trois  cas  d'ulcères  gastriques  pérforés  en  péritoine  libre , 
par  M.  Robert  Monod. 

Rapport  de  M.  GOSSET. 

Mon  ami  et  assistant,  M.  le  Dr  Robert  Monod,  nous  a  adrèssé 
le  travail  suivant  : 

M.  Robert  Monod  a  èu  l’occasion  d’intervenir  trois  fois  dans  le 
courant  de  l’année  1922  pour  des  perforations  de  l’estomac  par 
ulcère.  Dans  ces  trois  cas  il  s’agissait  d’ulcères  de  ia  petite 
courbure. 

Chez  son  premier  malade  (obs.  I)  il  a  eu  affaire  à  un  ulcère 
simple,  récent,  de  petite  taille,  ayant  déterminé  une  perforation 
de  la  face  antérieure  de  l’ëstOiuac  au  voisinage  de  la  portion 
moyenne  de  la  petite  courbure.  Il  s’est  contenté  d’aveugler  la 
brèche;  son  malade  a  guéri  très  simplement  et  a  conservé  un 
excellent  fonctionnement  gastrique  vérifié  à  la  radioscopie. 

Chez  les  deux  autres  opérés,  il  s’agissait  d’ulcères  calleux  de  la 
petite  courbure  : 

Le  deuxième  malade  (obs.  II)  était  un  homme  âgé,  soigné  depuis 
longtemps  pour  des  troubles  gastriques  attribués  à  des  crises 
tabétiques,  en  réalité  dues  à  un  énorme  ulcère  de  la  petite 
coùrbüre.  Étant  donné  l’âge,  l’état  de  choc  accentué  et  le  peu  de 
résistance  dé  ce  malade,  M.  Monod  fait  ici  le  minimum, >se  bornant 
à  suturer  et  à  enfouir  la  perforation.  Son  malade  était  en  bonne 
voie  de  guérison  lorsqu’il  eSt  mbrt  subitemetit  au  début  du 
cinquième  jour,  très  probablement  d’hémorragie. 

Son  dernier  cas  (obs.  III)  réunissait  ie  maximum  de  conditions 
favorables  :  intervention  dans  les  deux  premières  heures  chez  un 
malade  jeune  et  résistant;  aussi  n’a-t-il  pas  hésité  —  impres¬ 
sionné  par  son  dernier  échëc  —  de  pratiquer  d’emblée  une 
gastrectomie*  dont  les  suites  ont  été  excellentes. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Voici  ses  trois  observations  : 

Observation  I  (Dl  Monod  et  Arnal).  —  Il  s’agit  d’un  homme  de 
quarante  ans,  habitant  aux  Etats-Unis,  venu  en  France  pour  voyage 
d’affaires,  ayant  toujours  joui  d’une  santé  excellente,  gros  mangeur  et 
n’ayant  jamais  eu  le  moindre  antécédent  gastrique. 

Cet  homme  se  trouvait  dans  un  restaurant,  ayant  déjà  pris  quelques 
apéritifs  dans  le  courant  de  l’après-midi,  lorsque,  après  avoir  commandé 
son  menu,  il  s’isole  un  instant  au  lavabo;  il  y  est  pris  subitement  d’une 
douleur  déchirante,  localisée  dans  le  voisinage  de  l’ombilic,  et  c’est  là 
qu’on  le  trouve,  étendu  par  terre,  hurlant  et  se  tordant  de  douleurs.  Il 
est  immédiatement  transporté  dans  son  hôtel  où  l’on  appelle  un  médecin 
qui,  devant  la  gravité  de  la  crise,  et  l’évidence  d'une  péritonite  par 
perforation,  le  fait  transporter  d’urgence  dans  une  clinique.  Nous  le 
voyons  à  minuit  et  demi,  quatre  heures  après  le  début  des  acci¬ 
dents. 

Le  malade  est  sous  l’influence  d’une  piqûre  de  morphine,  nécessitée 
par  l’intensité  des  douleurs. 

On  note  un  ou  deux  vomissements  au  moment  de  la  perforation, 
mais  qui  ont  cessé  par  la  suite  (vomissements  bilieux). 

La  douleur  est  instense,  péri-ombilicale,  mais  sous-jacente  à 
l’ombilic  et  prédominante  dans  la  fosse  iliaque  droite.  La  contracture 
de  la  paroi  est  très  marquée,  mais  très  nettement  limitée  au  muscle 
grand  droit  droit. 

Le  pouls,  qui  était  à  120-130  au  moment  de  la  perforation,  bat  à  100. 

La  fosse  iliaque  droite  est  mate. 

Etant  donné  l’absence  d’antécédents  gastriques,  le  siège  de  la  douleur 
et  de  la  contracture,  nous  pensons  à  une  perforation  appendiculaire  et 
nous  décidons  l’intervention  d’urgence. 

Incision  iliaque.  Dès  l’ouverture  du  péritoine,  irruption  d’un 
liquide  muco-purulent,  de  coloration  verdâtre,  inodore.  Le  cæcum  et 
l’appendice  extériorisés  sont  rouges,  congestionnés;  l’appendice  est 
turgescent  mais  ne  présente  aucune  trace  de  perforation,  ni  de  gan¬ 
grène.  En  somme  cæcum  et  appendice  participent  à  l’état  d’inflam¬ 
mation  généralisée  à  l’ensemble  de  la  séreuse  péritonéale,  et 
abandonnant  l’idée  d’une  appendicite  nous  décidons  d’aller  explorer 
le  carrefour  sous-hépatique. 

Incision  transversale  droite  et  sus-ombilicale.  La  vésicule  apparaît 
normale.  Mais  immédiatement  nous  apercevons  sur  la  face  antérieure 
de  l’estomac,  tout  près  et  au  niveau  du  tiers  moyen  de  la  petite 
courbure,  une  petite  perforation,  ayant  le  diamètre  d’une  coupe  de 
cure-dent,  taillée  à  l’emporte-pièce  en  tissu  souple.  Etant  donné  son 
siège,  ses  dimensions  et  la  souplesse  des  tissus,  nous  nous  contentons 
de  suturer  la  brèche  en  plusieurs  plans  :  1°  un  plan  muqueux  après  un 
petit  avivement  des  lèvres  de  l’orifice  par  un  point  en  bourse  à  la  soie; 
2°  plan  musculo-séreux  d’enfouissement  à  la  soie;  3°  la  suture  est 
consolidée  par  une  petite  frange  épiploïque  toute  proche. 

Le  péritoine  est  asséché  et  l’on  referme  les  deux  incisions  en 


SÉANCE  DU  28  FÉVRIER 


339 


laissant  deux  drains  :  l'un  sous-hépatique,  l’autre  dans  la  fosse  iliaque 
droite. 

Les  suites  ont  été  simples.  La  température,  le  deuxième  jour  à  38°2, 
est  à  37°4  le  cinquième.  Le  pouls  de  108  passe  à  80.  Les  drains  sont 
enlevés;  le  drain  iliaque  le  quatrième  jour,  le  drain  sous-hépatique  le' 
sixième.  Ablation  des  fils  de  suture  le  neuvième  jour.  Le  malade  se 
lève  le  douzième  et  quitte  la  clinique  dix-huit  jours  après  son  opération. 

Le  fonctionnement  de  l’estomac  est  resté  excellent.  Un  examen 
radioscopique  pratiqué  le  22  avril,  quarante  jours  après  la  suture  de  la 
perforation,  montre  un  estomac  dont  la  forme,  la  contractilité  et 
l’évacuation  sont  celles  d’un  estomac  normal. 

Notre  opéré,  revu  tout  récemment,  est  enchanté  de  son  état.  Il  a 
retrouvé  l’appétit,  l’embonpoint  et  le  poids  qu’il  avait  avant  son  opé¬ 
ration. 

Obs.  II  (Drs  Monod  et  Carrié).  —  Homme  âgé  de  cinquante-sept  ans; 
spécificité  datant  de/vingt-cinq  ans, bien  soignée  et  soignée  encore  tout 
récemment  (injections  d’huile  grise  en  1922).  Troubles  gastriques  de 
très  ancienne  date  (quinze  à  vingt  ans)  ayant  évolué  par  crises.  Ces 
crises,  séparées  par  des  intervalles  sans  aucune  manifestation  dyspep¬ 
tique,  apparaissent  sans  régularité  (intervalles  de  six  mois,  un  an, 
quelquefois  même  deux  ans).  Elles  sont  caractérisées  par  une  hyper¬ 
esthésie  gastrique  extrême  (brûlures  d’une  très  grande  acuité,  apparais¬ 
sant  deux  ou  trois  heures  après  les  repas,  parfois  sans  horaire  net), 
par  de  l’intolérance  (grands  vomissements,  soit  alimentaires,  soit 
d’hypersécrétion,  sans  élément  de  stase),  crises  durant  quinze  jours  à 
deux  mois.  En  résumé  :  crises  gastriques  tabétiformes  à  évolution 
périodique,  mais  très  espacées. 

Le  diagnostic  reste  hésitant.  On  tend  à  incriminer  la  syphilis  et  une 
origine  nerveuse  (malgré  l’absence  de  tout  signe  de  tabes),  et  le  malade 
est,  dans  l’intervalle  des  crises,  uniquement  soumis  à  un  traitement 
spécifique. 

Dernière  crise  en  août  1922.  La  crise  débute  dans  les  premiers  jours, 
d’août,  atteint  son  apogée  le  12  août.  A  ce  moment  le  Dr  Carrié,  appelé, 
constate  des  brûlures  de  siège  gastrique  d’une  acuité  extrême,  inces¬ 
santes  et  sans  irradiations  ;  trois  ou  quatre  vomissements  quotidiens, 
presque  uniquement  d’hypersécrétion,  sauf  un  vomissement  nettement 
marc  de  café.  L’examen  physique  montre  une  hyperesthésie  vive,  épi¬ 
gastrique  etl’on  diagnostique  un  ulcère, probablement  de  lapetitecour- 
bure  en  pleine  évolution.  Appréhendant  une  complication,  le  docteur 
ordonne  le  lit,  une  vessie  de  glace  sur  l’épigastre,  un  plâtrage  bismuthé  ; 
comme  alimentation  de  l’eau,  un  peu  de  bouillon  de  légumes.  L’état  se 
maintient  sensiblement  le  même  jusqu’au  18  avec  des  accalmies  de 
cinq,  dix  et  quinze  heures  au  plus.  Le  18,  à  2  heures  de  l’après-midi, 
douleur  atroce  de  la  région  épigastrique,  propagée  vers  la  région 
cardiaque,  l’épaule  gauche  et  le  maxillaire  inférieur  gauche;  tendance 
syncopale  (deux  ou  trois  pertes  de  connaissance  de  cinq  minutes).  Le 
Dr  Carrié  le  voit  à  2  h.  30.  Le  faciès  est  impressionnant,  le  malade  est 


340 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


blême,  les  yeux  hagards,  le  nez  pincé,  les  lèvres  blanches.  Le  malade 
souffre  un  peu  moins  et  vient  de  prendre  un  quart  de  verre  d’eau.  Peu 
après,  le  Dr  Carrié  assiste  à  une  seconde  crise,  plus  violente  que  la 
première  et  que  semble  avoir  déclanchée  l’ingestion  d’eau  :  même 
douleur  atroce,  mêmes  irradiations  à  l’épaule  et  à  Ja  mâchoire.  Le 
malade  porte  sa  main  sur  la  joue  et  l’épaule  gauches  en  insistant  sur 
le  siège  de  la  douleur  4  ce  niveau.  Les  soeurs  du  malade,  qui  ont  Vu 
mourir  leur  père  d’angine  de  poitrine,  croient,  devant  l’intensité  de  la 
douleur  et  son  siège,  retrouver  les  symptômes  de  l’angor.  L’état  syn¬ 
copal  nécessite  des  injections  d’éther  et  de  caféine. 

Nous  sommes  appelés  d’urgence  et  examinons  le  malade  à  4  h.  30  avec 
le  Dr  Carrié.  Le  malade  est  comme  anéanti,  dans  un  état  de  choc 
prononcé;  la  douleur  a  son  siège  nettement  à  gauche  et  sus-ombili¬ 
cale.  La  contracture  de  la  paroi  est  des  plus  nettes  :  ventre  de  bois.  Le 
pouls  très  faible,  avec  des  faux-pas,  bat  à  120.  Le  malade  est  opéré 
d’urgence  à  b  h.  1/2  en  présence  des  Drs  Enriquez  et  Carrié.  Incision 
médiane  sus-ombilicale.  A  l’ouverture  du  péritoine,  écoulement  de 
liquide  louche,  sans  odeur.Le  grand  épiploon,  le  côlon  sont  recouverts 
d’enduits  verdâtres,  ayant  l’aspect  de  glaires.  En  attirant  l’estomac,  qui 
se  laisse  difficilement  extérioriser,  on  aperçoit,  immédiatement,  la 
perforation.  Elle  occupe  le  centre  d’un  énorme  ulcère  de  la  petite 
courbure,  ulcère  calleux,  ayant  les  dimensions  d’une  petite  paume  de 
main.  La  perforation  a  les  dimensions  d’une  pièce  de  80  centimes. 
Tout  autour  la  paroi  stomacale  est  indurée.  L’état  très  précaire  du 
malade  ne  permettant  d’envisager  la  possibilité  de  pratiquer  une 
résection,  qui  d’ailleurs  serait  très  difficile,  étant  donné  le  siège  (élevé), 
l’étendue  (petite  paume  de  main)  et  les  adhérences  (adhérences  posté¬ 
rieures)  de  la  zone  ulcérée,  on  se  décide  pour  Ja  simple  fermeture  de 
la  perforation,  après  avivement  des  lèvres  de  la  brèche.  On  la  ferme 
par  un  petit  surjet  à  la  soie  fine;  on  pratique  ensuite  un  double  surjet 
d’enfouissement;  on  coiffe  enfin  les  deux  plans  de  sütüre  avec  un 
fragment  d’épiploon.  Rapidement  on  ferme  la  paroi  en  un  plan  aux  fils 
de  bronze.  Drain  sousrhépatiqüe.  Par  une  contre-ouverture  sus- 
pubienne,  drain  dans  le  Douglas  par  lequel  s’écoule  une  grande  quan¬ 
tité  de  liquide.  Dès  le  lendemain,  amélioration  nette.  Disparition  de 
la  douleur;  diminution  de  la  contracture;  le  pouls  est  à  110,  la  tempé¬ 
rature  à  38°6.  Le  deuxième  jour  l’amélioration  s’accuse  :  pouls,  86  ; 
température  à  37°6.  Le  troisième  jour  le  ventre  est  souple,  le  malade 
rend  des  gaz  ;  le  pouls  est  à  80,  la  température  à  37°6.  Le  soir  du  troi¬ 
sième  jour,  nous  Voyons  le  malade  avec  son  médecin  :  l’état  est  des 
plps  satisfaisants;  aucun  signe  de  péritonite;  le  drain  est  enlevé.  Les 
urines  sont  claires  (1.000  grammes),  la  langue  est  rouge  et  humide. 
Le  malade  demande  à  s’alimenter.  Nous  le  quittons  à  7  heures  du  soir, 
persuadés  de  la  guérison.’  A  4  peures  du  matin,  le  22  août,  on  nous 
téléphone  que  l’état  de  notre  opéré  s’est  subitement  transformé  :  à 
notre  arrivée,  nous  le  trouvons  sans  connaissance,  les  extrémités  sont 
froides,  le  pouls  est  imperceptible.  La  fin  paraît  imminente.  Nous 
vérifions  l’état  du  ventre,  il  est  soiiple.  Aucun  signe  de  péritonite.  Pas 


SÉANCE  DU  28  FÉVRIER 


341 


d’hémorragie  externe  apparente.  La  mort  survient  à  6  heures  du  matin. 

L’autopsie  n’a  pu  être  faite. 

De  cette  mort  inattendue  et  inexpliquée,  nous  conservons  l’impres¬ 
sion  que  nôtre  malade,  qui  semblait  guéri  de  sa  perforation,  a  dû  faire 
une  forte  hémorragie  interne. 

Ceci  n’est  pas  pour  nous  étonner  :  dans  le  servioe  de  notre  maître, 
M.  le  professeur  Gosset,  nous  possédons  une  pièce  d’ulcère  géant  de 
la  petite  courbure  ayant  déterminé  la  mort  par  hémorragie.  Cette  pièce, 
qui  a  été  présentée  par  M.  le  professeur  Gosset  dans  une  de  ses  clini¬ 
ques,  révèle  l’étendue  et  la  profondeur  que  peuvent  atteindre  ces 
ulcères  véritablement  géants,  souvent  entourés  d’une  zone  très  vascu¬ 
laire,  avec  capillaires  flexueux  et  dilatés  (voir  obs.  III)  réalisant  une 
véritable  transformation  angiomateuse  de  la  muqueuse  gastrique.  Sur 
la  pièce  en  question,  la  paroi  de  l’estomac  est  complètement  détruite 
sur  une  large  surface,  et  le  fond  de  l’ulcère  est  entièrement  formé  par 
le  foie.  Le  malade  qui  en  était  porteur,  âgé  de  vingt-huit  ans,  souffrait 
de  l’estomac  depuis  trois  ans.  Entré  dans  le  service  pour  une  grosse 
stase,  il  fut  opéré  le  1er  décembre  1920.  Une  gastro-entérostomie  fut 
pratiquée  dont  les  suites  furent  simples.  Les  fils  cutanés  furent  enlevés 
le  dixième  jour  et  le  malade  songeait  à  quitter  le  service,  lorsqu’il 
mourut  brusquement,  quatorze  jours  après  son  opération,  d’hémorragie 
interne,  ayant  pour  source  l’énorme  surface  ulcérée,  oomme  l’autopsie 
l’a  confirmé. 

C’est  la  complication  qui  a  dû  se  produire  chez  notre  deuxième 
opéré. 

Obs.  III  (Drs  Monod  et -De  Gennes).  —  Le  mercredi  25  octobre  1922,  à 
10  heures  du  soir,  nous  sommes  appelés  à  l’hôpital  Boucicaut  pour  une 
perforation  gastrique. 

Le  malade,  jeune  homme  de  vingt-deux  ans,  a  été  pris  en  pleine 
digestion,  une  heure  après  son  repas,  d’une  douleur  atroce  au  creux 
épigastrique,  bientôt  suivie  de  hoquets  et  d’état  nauséeux,  mais  sans 
vomissements* 

Le  faciès  est  tiré,  souffrant,  les  yeux  excavés.  Le  malade,  angoissé  , 
répond  à  peine  aux  questions.  L’interrogatoire  est  difficile.  Pas  d’anté¬ 
cédents  gastriques  nets.  Il  y  a  un  an  quelques  renvois  acides,  des 
brûlures  épigastriques,  quelques  vomissements  glaireux  auxquels  le 
malade  n’a  guère  prêté  attention  :  il  faut  insister  pour  qu’il  se  rappelle 
une  phase  de  douleurs  tardives,  survenant  deux  à  trois  heures  après 
chaque  repas.  Jamais  de  vomissements,  jamais  d’hérnatémèses,  pas  de 
sang  visible  dans  les  matières. 

Bref,  depuis  un  an,  les  fonctions  gastriques  n’ont  guère  été  trou¬ 
blées,  et  c’est  brutalement,  au  milieu  d’une  santé  apparemment  parfaite, 
qu’ont  éclaté  les  signes  d’une  perforation. 

Le  diagnostic,  en  effet,  ici,  s’impose  du  fait  du  siège  précis  épigas¬ 
trique  de  la  douleur  et  de  la  contracture.  Le  pouls,  bien  frappé,  bat  à  100. 

L’intervention  est  pratiquée  immédiatement,  soit  deux  heures  après 
le  début  des  accidents. 


342 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Anesthésie  générale  à  l’éther.  Incision  médiane  sous-ombilicale.  Dès 
l’ouverture  du  péritoine,  un  liquide  louche,  filant,  au  milieu  duquel 
apparaissent  des  débris  alimentaires,  s’écoule  au  dehors.  L’estomac 
est  immédiatement  extériorisé  et  isolé  par  des  compresses. 

Sur  la  petite  courbure,  un  peu  au-dessus  de  la  portion  horizontale, 
on  aperçoit  la  perforation  :  elle  occupe  le  centre  d’un  ulcère  calleux 
ayant  à  peu  près  les  dimensions  d’une  pièce  de  2  francs.  La  perforation 
est  le  siège  d’une  forte  hémorragie  qui  paraît  provenir  d’une  des 
branches  de  l’artère  coronaire,  l’ulcère  élant  à  cheval  sur  la  petite 
courbure  et  la  perforation  mordant  un  peu  sur  la  paroi  postérieure  de 
l’estomac.  Tout  autour,  sur  une  assez  grande  étendue,  les  tissus  sont 
indurés,  saignants  et  friables.  L’estomac  dans  son  ensemble  est 
d’ailleurs  congestionné  et  rouge,  d’aspect  fortement  inflammatoire. 

La  muqueuse  gastrique  à  la  section  de  l’estomac  paraît  hyperhémiée, 
œdématiée,  gélatiDiforme.  Il  semble  donc  que  la  perforation  s’est  pro¬ 
duite  au  cours  d'une  poussée  de  gastrite  aiguë  diffuse  hémorragique. 
Impressionné  par  la  mort  de  notre  dernier  opéré,  une  abondante 
hémorragie  compliquant  en  outre  ici  la  perforation,  la  suture  en  plein 
tissu  calleux  ne  pouvant  être  que  précaire,  la  résistance,  l’âge  du 
malade  et  la  précocité  de  l’intervention  nous  y  poussant  par  ailleurs, 
nous  n’avons  pas  hésité  à  pratiquer  une  gastrectomie  laïge,  complétée 
d’une  gastro-entérostomie  postérieure  trans-  et  sus  mésocolique.  Drain 
au  contact  du  moignon  duodénal.  Paroi  en  un  plan  au  fil  de  bronze. 

Les  suites  opératoires  ont  été  simples  :  le  malade  dès  le  lendemain 
ne  présentait  pas  de  signes  de  péritonite.  Le  ventre  est  souple.  Le 
pouls  à  80.  La  température  reste  pendant  six  jours  aux  environs  de  38°, 
puis  baisse  à  37°4.  Ablation  du  drain  au  cinquième  jour.  Alimentation 
d’abord  liquide,  puis  au  douzième  jour  lacto-végélarienne.  Ablation 
des  bronzes  au  onzième  jour.  Le  malade  sort  de  l’hôpital  au  ving¬ 
tième  jour. 

L’examen  anatomo-pathologique  de  la  pièce  montre  une  ulcération 
assez  régulièrement  arrondie,  entourée  de  tissu  scléreux  très  hémor¬ 
ragique,  criblé  de  capillaires  dilatés  et  flexueux.  Sur  une  coupe  à 
congélation,  les  glandes  de  l’estomac  apparaissent  comme  étouffées 
par  une  infiltration  de  cellules  rondes.  Autour  de  l’ulcère,  grosse 
réaction  conjonctive  de  défense.  Pas  de  bourgeons  épithéliomateux. 

La  culture  en  bouillon  de  fragments  de  tissu  n’a  montré  que  la  pré¬ 
sence  de  pyogènes  banaux  (Examen  de  M.  de  Gennes): 

M.  Robert  Monod  fait  suivre  ces  trois  cas  des  remarques  sui¬ 
vantes  :  «  Ces  trois  observations  nous  ont  paru  intéressantes 
parce  qu’elles  mettent  bien  en  vdleur  l’importance  des  conditions 
anatomiques  de  l’ulcère  gastrique  dans  le  choix  de  son  traitement 
chirurgical.  Loin  d’être  systématique,  ce  traitement  doit  tenir 
compte  avant  tout,  non  seulement  du  siège,  mais  aussi  de  la  taille 
et  de  l’ancienneté  de  l’ulcus.  Dans  les  ulcères  récents,  générale¬ 
ment  petits,  sièges  d’une  perforation  souvent  minime  (tête 
d’épingle,  cas  du  Dr  Mathieu),  taillés  à  l’emporte-pièce  en  plein 


SÉANCE  DU  28  FÉVRIER 


343 


(issu  sain,  le  plus  simple  et  le  plus  sûr  est  de  faire  le.  minimum, 
c’est-à-dire  d’obturer  en  plusieurs  plans  la  brèche.  C’est  ce  que 
nous  avons  fait  dans  notre  observation  I  ;  les  perforations  siégeant 
en  pleine  face  de  l’estomac,  loin  du  pylore,  et  nos  sutures  ne 
risquant  pas,  par  conséquent,  de  rétrécir  la  cavité  gastrique,  nous 
n’avons  pas  cru  devoir  faire  une  gastro-entérostomie  complé¬ 
mentaire.  Les  conditions  nous  paraissent  toutes  différentes  dans 
les  ulcères  calleux,  nolamment  dans  ceux  de  la  petite  courbure, 
si  souvent  volumineux  jusqu’à  mériter  le  qualificatif  de  «  géants  ». 
Ici  la  suture  est  toujours  difficile  et  souvent  précaire  en  raison  de 
l’induration  des  tissus  environnants.  Elle  expose  à  des  désunions 
secondaires  ou  à  des  hémorragies.  C’est  ce  qui  à  dû  se  produire 
chez  notre  deuxième  opéré.  Or,  ici  la  gastro-entérostomie  ne  pa¬ 
raît  pas  devoir  réaliser  la  mise  au  repos  de  la  zone  ulcérée,  comme 
on  peut  l’espérer  pour  les  ulcères  orificiels,  juxta-pyloriques. 

«  Par  conséquent,  c’est  pour  ces  grands  ulcères  calleux  de  la 
petite  courbure  que  l’on  peut  se  demander  si,  bien  qu’il  s’agisse 
d’une  chirurgie  d’urgence,  le  maximum  n’est  pas  ici  souvent  le 
minimum  et  si  une  gastrectomie  faite  à  chaud —  toutes  les  fois  que 
l’état  des  lésions  et  la  résistance  du  malade  permettront  de  la 
tenter  —  n’est  pas  ici  le  traitement  réunissant  les  plus  grandes 
chances  de  guérison  ?  Elles  mettent  à  coup  sûr  à  l’abri  des  com¬ 
plications  possibles  :  récidives,  perforations  et  hémorragies 
secondaires.  Notre  troisième  observation,  où  nous  avons  pratiqué 
une  gastrectomie  pour  une  perforation  d’ulcère  calleux,  compli¬ 
qué  d’hémorragie,  paraît  en  tout  cas  s’incrire  en  faveur  de  cette 
manière  d’agir.  » 

Je  me  permettrai  d’ajouter  quelques  très  courtes  réflexions 
personnelles:  ma  tendance  générale,  dans  ces  opérations 
d’urgence  pratiquées  en  milieu  septique,  est  de  fajre  le  minimum, 
c’est-à-dire  se  contenter  d’aveugler  la  perforation  par  les  moyens 
les  plus  simples,  en  y  adjoignant  ou  non,  suivant  les  cas,  une 
gastro-entéroslomie  de  décharge. 

On  nous  a  dit,  et  notre  collègue  Delagenière  a  insisté  sur  ce 
point,  qu’il  y  avait  souvent  un  grand  intérêt  à  ne  pas  laisser  en 
place  un  ulcère.  Je  pense  comme  lui,  mais  rien  ne  sera  plus 
facile,  si  l’opéré  guérit,  de  l’amener  à  accepter  une  seconde  inter¬ 
vention  dans  le  but  de  réséquer  l’ulcère;  alors  on  travaillera 
non  plus  en  pleine  inflammation  péritonéale,  mais  en  milieu 
aseptique. 

Je  vous  propose  de  remercier  notre  collègue  Robert  Monod  de 
ses  très  belles  observations  et  de  les  publier  in  extenso  dans  notre 
Bulletin. 


344 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


M.  Raymond  Grégoire.  —  J’approuve  très  volontiers  la  conduite 
de  M.  Monod  et  je  pense,  comme  je  l’ai  déjà  dit  ici,  qu’il  est 
indispensable,  dans  cette  discussion,  de  distinguer  l’ulcère  per¬ 
foré  simple  de  l’ulcère  perforé  calleux. 

Sans  doute,  chez  un  malade  en  pleine  infection  péritonéale,  il 
faut  faire  l’intervention  minima  et  ne  pas  ajouter  aux  risques  de 
mort  le  traumatisme  d’une  opération  grave  et  de  longue  durée. 
Il  ne  me  viendrait  pas  à  l’idée  en  présence  d’un  ulcère  simple 
perforé,  dont  les  bords  sont  souples  et  la  suture  facile,  de  faire 
autre  chose  que  la  simple  oblitération  de  la  perforation. 

Mais  lorsqu’on  se  trouve  en  présence  de  ces  gros  ulcères 
calleux,  que  peut  donner  la  suture?  L’aiguille  déchire,  les  fils 
coupent.  Il  est  matériellement  impossible  de  réaliser  une  obtura¬ 
tion  qui  donne  satisfaction,  et  chacun  sait  fort  bien  qu’une  greffe 
épiploïque  de  secours  est,  dans  ces  cas,  inefficace.  Que  faire  alors, 
sinon  une  résection  de  ces  tissus  inutilisables  pour  une  suture 
solide? 

En  conclusion,  je  pense  qu’il  ne  faut  pas  être  doctrinaire  à 
l’excès.  La  suture  doit  être  le  procédé  de  choix  dans  l’ulcère  per¬ 
foré.  Mais  si  les  tissus  ne  peuvent  être  suturés,  mieux  vaut  les 
réséquer  et  suturer  en  tissus  sains  que  de  se  fier  au  tamponne¬ 
ment  ou  à  une  oblitération  illusoire. 

M.  Gosset.  —  Je  vous  avais  dit,  en  quelques  mots,  quelle  était 
ma  manière  de  penser  quant  au  traitement  le  meilleur  à  employer 
pour  les  ulcères  perforés.  Il  faut  être  éclectique  et  ne  pas  adopter 
une  conduite  unique.  C’est  ce  qu’a  fait  mon  assistant  M.  Robert 
Monod,  et  dans  un  de  ses  cas,  malade  jeune,  résistant,  deux  heures 
après  la  perforation,  en  présence  d’un  ulcère  calleux,  il  en  a  pra¬ 
tiqué  la  résectidn  et  a  guéri  son  malade.  C’est  un  beau  succès  et 
on  ne  peut  qu’en  féliciter  Robert  Monod. 

Mais,  d’une  façon  générale,  je  ne  suis  pas  partisan  de  la  résection 
des  ulcères  perforés,  Notre  collègue  Grégoire  nous  parle  de  ces 
ulcères  calleux  pour  lesquels  la  Suture  est  impossible  ;  mais  dans 
de  tels  cas  croit-il  que  la  résection  soit  beaucoup  plus  commode,, 
et  surtout  est-elle  aussi  bénigne  qu’une  fermeture  même  médio¬ 
crement  réalisée?  Certains  ulcères  calleux,  très  adhérents,  siégeant 
au  niveau  de  la  petite  courbure  et  gagnant  la  face  postérieure ,  sont, 
même  sans  perforation,  bien  difficiles  et  bien  graves  à  réséquer. 


SÉANCE  DU  28  FÉVRIER 


345 


Communications. 

Volumineux  kyste  épiploïque  développé  autour  d'un 
fragment  de  sonde  en  gomme, 

par  M.  le  professeur  E.  KUMMER  (de  Genève),  correspondant  étranger. 

A  l’occasion  de  la  communication  de  M.  André  Chalier  (de 
Lyon)  :  Kyste  hématique  du  grand -  épiploon  rompu  en  péritoine 
libre  (Société  de  Chirurgie,  séance  du  31  janvier  1923),  j’ai 
l’honneur  d’adresser  à  la  Société  de  Chirurgie  l’observation 
suivante  : 

Mms  Léontine  D...,  âgée  de  vingt-quatre  ans,  jouissant  d’une  bonne 
santé  générale,  a  eu  deux  enfants,  le  dernier  il  y  a  seize  mois  environ. 
Présentation  par  le  siège,  déchirure  du  périnée.  Trois  mois  après  la 
dernière  couche,  elle  commence  à  souffrir  du  ventre  qui  a  augmenté 
de  volume.  Pollakiurie.  Un  médecin  diagnostique  un  kyste  abdominal 
et  Une  rétroversion  utérine. 

Il  s’agit  d’une  personne  pâle  et  maigre;  rien  d’anormal  aux  organes 
thoraciques,  urines  normales. 

En  palpant  l’abdomen,  on  sent,  un  peu  à  droite  de  la  ligne  médiane, 
une  tumeur  hypogastrique  arrivant  presque  à  l’ombilic,  du  volume 
d’une  tête  de  fœtus  à  terme,  de  surface  lisse,  de  consistance  élastique, 
fluctuante,  un  peu  douloureuse  à  la  pression  et  immobile  dans  tous  les 
sens.  Cette  tumeur  pénètre  dans  le  petit  bassin,  on  la  sent  dans  le  cul- 
de-sac  vaginal  antérieur;  elle  en  impose  pour  un  kyste  de  l’ovaire 
droit.  Légère  cystocèle. 

Opération.  —  Laparotomie  médiane;  la  tumeur  recouverte  du  grand 
épiploon  est  si  solidement  enclavée  dans  le  petit  bassin  qu’il  est  diffi¬ 
cile  de  passer  la  main.  Au  moment  où  on  là  fait  basculer,  la  tumeur 
ne  fait  qu’un  saut  pour  allêr  se  loger  dans  l’hypoCondre  droit,  entraî¬ 
nant  avec  elle  le  grand  épiploon,  découvrant  ainsi  les  organes  pelviens 
qui  n’ont  aucune  connexion'"  avec  le  kyste.  Ce  dernier  est  attaché  au 
grand  épiploon  qui  lui  sert  de  pédicule.  Après  ligature  et  section  de 
ce  pédicule,  large  de  6  à  8  centimètres,  le  kyste  est  sorti  de  la  cavité 
abdominale.  Ventro-fixâtion  utérine,  suture  de  la  paroi  abdominale. 

Suites  simples.  Sortie  du  service  quatorze  joürs  après  l’opération. 

Examen  de  la  pièce.  —  La  paroi  du  kyste  est  composée  d’une  coque 
de  tissu  fibreux  de  2  à  3  millimètres  d’épaisseur,  le  contenu  est  un 
liquide  hématique  de  couleur  brunâtre,  contenant  des  amas  de  fibrine; 
du  milieu  du  kyste  on  retire  un  corps  allongé,  noirâtre,  qui  n’est  autre 
chose  que  lê  bout  périphérique  d’une  sondé  anglaise  du  calibre  14  oü 
15  de  la  filière  Charrière. 

La  surface  externe  du  kyste  est  recouverte  d’une  cotiche  de  tissu 
adipeux,  d’aspect  épiploïque.  La  surface  interne  est  de  couleur  blan- 


346 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


châtre,  grossièrement  granuleuse;  par  places  se  trouvent  de  petits 
dépôts  rougeâtres,  du  volume  d'une  lentille  et  bien  adhérents  à  la 
paroi. 

Microscopiquement,  la  face  externe  du  kyste  est  formée  de  tissu 
fibreux,  bien  vascularisé;  vient  ensuite  une  zone  hémorragique  avec 
des  traînées  de  tissu  conjonctif  néoformé  et  des  cellules  pigmentées 
par  l’hémosidérine;  sur  la  face  interne  on  rencontre  de  nombreux 
cristaux  de  cholestérine,  englobés  dans  des  cellules  géantes. 

Le  kyste  contient  1.500  cent,  cubes  de  liquide  jaune-orange,  épais, 
étincelant,  d’aspect  savonneux.  Au  microscope,  on  trouve  des  cellules 


en  voie  de  dégénérescence  graisseuse,  des  cristaux  de  cholestérine  et 
des  leucocytes. 

Le  kyste  contient  en  outre  un  fragment  d’un  tuyau  noir,  souple 
(sonde)  de  14  cent.  1/2  de  longueur  sur  4  millimètres  de  diamètre;  au 
microscope  :  des  fibres  de  nature  végétale. 

Remarques.  —  Questionnée  sur  la  provenance  de  cette  sonde,  la 
malade  fournit  les  renseignements  suivants  :  six  semaines  environ 
après  sa  dernière  couche,  ne  voyant  pas  revenir  les  périodes  et  se 
croyant  de  nouveau  enceinte,  elle  procéda  aux  manœuvres  suivantes  : 
ayant  acheté  une  sonde  anglaise,  elle  la  coupa  en  deux  et  introduisit 
le  fragment  périphérique  dans  la  cavité  utérine  en  repérant  du  doigt 
de  l’autre  main  le  col  utérin.  La  sonde  fut  poussée  jusqu’à  sa  dispari¬ 
tion  complète  dans  la  matrice.  Cette  manœuvre  n’aurait  produit  aucune 
douleur  ni  pendant  ni  après.  Environ  quinze  jours  plus  tard,  les  règles 
réapparurent  et  se  répétèrent  régulièrement  jusqu’au  moment  de  notre 
opération,  soit  pendant  environ  quinze  à  seize  mois.  Dès  le  quatrième 
mois  après  l’introduction  de  la  sonde,  la  malade  commence  à  éprouver 
des  douleurs  abdominales,  pollakiurie  et  ténesme  vésicaux;  elle  a  le 


SÉANCE  DU  28  FÉVRIER 


347 


sentiment  d’une  descente  de  la  vessie  et  constate  une  augmentation 
progressive  du  périmètre  hypogastrique. 

A  cette  observation  nous  ajouterons  les  remarques  suivantes  : 
tout  d’abord,  pour  ce  qui  regarde  l’arrivée  de  la  sonde  dans  la 
cavité  abdominale.  La  malade  a-t-elle  perforé  la  matrice  au 
moment  de  l’introduction  de  la  sonde?  Cela  n’aurait  certes  rien 
d’extraordinaire  étant  donné  le  degré  de  ramollissement  du  muscle 
utérin  persistant  encore  six  semaines  après  l’accouchement. 

Ainsi  que  nous  l’apprennent  les  accidents,  heureusement  rares, 
de  perforation  involontaire  qui  peuvent  survenir  au  cours  d’un 
raclage  ou  même  d’un  simple  sondage  utérin,  une  perforation  de 
ce  genre  n’est  pas  nécessairement  douloureuse  ou  suivie  d’hémor¬ 
ragie  externe.  A  supposer  donc  que  la  malade  eût  d’emblée  per¬ 
foré  la  matrice  avec  le  bout  de  la  sonde,  elle  ne  pouvait  faire 
pénétrer  dans  la  cavité  péritonéale  la  totalité  de  l’instrument  que 
des  forces  autres  que  celles  de  la  main  ont  dû  aider  à  atteindre  le 
lieu  définitif  de  sa  migration.  On  peut  chercher  ces  forces  soit 
dans  les  contractions  utérines  qu’a  certainement  provoquées  la 
sonde  contenue  dans  sa  cavité,  soit  encore  dans  les  mouvements 
péristaltiques  qu’a  dû  causer  le  corps  étranger  par  suite  de  son 
contact  avec  l’intestin.  Quoiqu’il  en  soit,  une  fois  dans  l’intérieur 
de  la  cavité  abdominale,  le  corps  étranger  avait  toute  chance  de 
tomber  aux  mains  de  ce  qu’on  a  appelé,  le  gendarme  péritonéal, 
c’est-à-dire  du  grand  épiploon. 

L’enkystement  ultérieur  du  corps  étranger  répond  à  la  règle. 
Ce  qui  peut  paraître  un  peu  plus  surprenant,  c’est  la  quantité- 
considérable  de  liquide  contenu  dans  le  kyste,  soit  1  lit.  1/2; 
pour  le  comprendre,  il  faut  se  rappeler  que  le  liquide  était 
hémorragique,  et  que  les  hémorragies  plus  ou  moins  abon¬ 
dantes  ont  pu  se  répéter  sous  l’influence  de  blessures  subin- 
trantes  que  le  corps  étranger  pouvait  déterminer  dans  l’épiploon 
et  dans  la  paroi  du  kyste. 

Quant  au  diagnostic  clinique  de  localisation  du  kyste,  il  n’a  pas 
été  posé  avant  l’opération  et  ne  pouvait  guère  l’être;  l’erreur  de 
le  confondre  avec  un  kyste  ovarique  était  pour  ainsi  dire  inévi¬ 
table.  Si,  au  lieu  d’être  enclavé,  le  kyste  avait  été  libre  dans  la 
cavité  abdominale,  sa  très  grande  mobilité  aurait  pu,  avant  l’opé¬ 
ration  déjà,  permettre  un  diagnostic  de  probabilité,  mais  pour  la 
localisation  dans  l’épiploon  seulement  et  non  point  pour  la  nature 
du  kyste.  Même  informé  des  manœuvres  d’avortement  que  nous 
ignorions  alors,  nous  n’aurions  guère  pu  y  rattacher  l’apparition 
d’un  kyste  qui  avait  toutes  les  apparences  d’un  kyste  ovarique 
ordinaire. 


SOCÎEfé  DÉ  CHIRURGiic 


m 


La  très  grande  mobilité  du  kyste  désenclavé  est  une  indication 
qu’il  est  utile  de  se  rappeler  pour  le  diagnostic  des  tumeurs  épi¬ 
ploïques  non  adhérentes. 

Le  dessin  ci-avant  fait  voir  l’état  des  choses  ail  moment  où  le 
kyste  était  désenclavé  de  la  cavité  pelvienne.  Le  dessin  de  la 
sonde  est  de  grandeur  naturelle. 


Un  cds  d'intoxication  grave  à  là  suite  d'anesthésie 
au  protoxyde  d'azote, 

par  M.  ANSELME  SCHWARTZ. 

Mm”X...,  cinquante  ans,  était  atteinte  de  cholécystite  calcu- 
léuse.  L’affection  remontait  à  plusieurs  mois  et  les  Crises  de 
coliques  hépatiques  étaient  devenues  de  plus  en  plus  fréquentes. 
Vers  la  fin,  il  y  én  avait  une  à  peu  près  tous  les  quinze  jours.  La 
malade;  du  fait  de  ces  Crises  fréquentes  et  pénibles,  du  fait  d’un 
sommeil  insuffisant  et  d’une  alimentation  non  moins  insuffisante, 
était  arrivée  à  un  degré  de  fatigue  générale  impressionnant. 

Aussi  l’indicUtion  opératoire  ayant  été  posée,  j’étais  fort 
embarrassé  pour  lë  choix  de  l  anesthésiqué  ;  je  ne  voulais  pas  de 
l’éther,  parce  que  Mme  X...  était  très  sujette  à  la  bronchite;  je  né 
voulais  pas  du  chloroforme  à  cause  de  l’état  général  et  aussi  à 
cause  du  foie  qui  dépassait  de  plusieurs  travers  de  doigt  le  rebord 
costal;  je  ne  voulais  pas  non  plus  de  l’anesthésie  lombaire, 
cé  mode  d’anesthésie  m’ayant  donné  récemment  de  sérieux 
déboires.  J’ai  pensé  au  protoxyde  d’azote,  et  ce  que  j’avais  lu  sur 
le  chapitre  de  cet  anesthésique  ne  pouvait  que  m’encourager  dans 
cette  idée. 

Je  pris  donc  rendez-vous  avec  lë  DrChassih,  un  des  spécialistes 
les  plus  qualifiés  de  ce  mode  d’anesthésie,  et  je  pratiquai  mon 
intervention  le  7  janvier,  d’urgence  pour  ainsi  dire,  parce  que,  à 
la  Suite  d’une  crise  plus  violente,  la  malade  venait  de  chasser  des 
calculs  dans  sort  cholédoque,  car  pour  la  première  fois  depuis  sa 
maladie  elle  vit  s’installer  un  ictère  lé  6  janvier;  veille  de  l’opé¬ 
ration. 

Je  passe  rapidement  sur  l’acte  Opératoire  qui  fut  aussi  simple 
que  possible  :  ablation  dë  calculs  que  j’ai  fait  cheminer  du  cholé^ 
dôque  Vers  le  cÿStique,  choléèystectomie,  drainage  de  l’hépatique 
par  le  cystique,  tout  cela  est  banal  et  ne  doit  pas  nous  retenir, 
et  je  passe  aux  suites  de  mon  anesthésie. 

Mais,  d’abord,  je  dois  dire  que  cette  anesthésie  fut  parfaite.  J’ai 


ÜIÎANCË  DU  28>ÉVRiEft 


34§ 


pu,  avec  une  tranquillité  remarquable  et  avec  une  lenteur  voulue, 
faire  toute  mon  intervention  qui  dura  un  peu  plus  d'une  heure 
(une  heure  dix  exactement  pour  la  durée  de  l'anesthésie).  Le  seul 
point  à  noter  et  qui  est  banal,  semble-t-il  :  le  champ  opératoire  a 
été  constamment  baigné  d’un  sang  noirâtre  et  fluide,  s’écoulant 
en  nappe  de  toute  la  surface  cruentée. 

Quand  le  masque  de  l’appareil  est  enlevé,  la  malade  a  le  visage 
un  peu  violacé,  teinte  qu’elle  gardera  pendant  les  deux  heures 
qui  suivent  pendant  lesquelles  le  réveil  n’est  pas  franc. 

Le  pouls  est  un  peu  rapide  mais  bien  frappé.  Dans  l’après-midi, 
vers  deux  heures,  la  malade  vomit  abondamment;  faciès  grippé, 
les  lèvres  sont  violettes,  le  pouls  s’accélère.  Nouveau  vomisse¬ 
ment  abondant  à  5  heures.  Imperceptible  à  gauche  (où  d’ordinaire 
il  est  plus  faible),  le  pouls  est  à  peu  près  incomptable  à  droite. 
Les  extrémités  sont  froides,  le  nez  pincé,  froid,  la  respiration 
superficielle.  Tout  est  mis  en  œuvre  pour  remonter  la  malade  qui 
reçoit  un  litre  de  sérum  artificiel  sous-cutané,  en  deux  fois, 
10  cent,  cubes  d’huile  camphrée  toutes  les  deux  heures,  1  cent, 
cube  d’éther,  15  gouttes  de  digitaline,  10  gouttes  d’adrénaline. 

Vers  10  heures  du  soir,  amélioration  légère,  on  peut  compter 
le  pouls  qui  est  à  150.  A  minuit,  nouveàu  vomissement  abondant, 
après  lequel  la  malade  fait  une  syncope,  arrêt  de  la  respiration, 
une  sorte  de  frémissement  au  palper  de  la  région  précordiale 
témoigne  seul  de  l’existence  des  battements  du  cœur. 

1  cent,  cube  d’éther,  5  centigrammes  de  caféine,  10  cent, 
cubes  d’huile  camphrée,  10  gouttes  d’adrénaline;  injection  intra¬ 
veineuse  de  250  cent,  cubes  de  sérum  glucosé. 

Le  pouls  redevient  perceptible  quoique  incomptable,  respiration 
très  superficielle,  langue  sèche,  mâchoire  tombante,  tête  penchée 
sur  l’épaule^  corps  inerte  sans  aucune  tonicité. 

Vers  4  heures  du  matin,  nouvelle  syncope,  injection  intra¬ 
veineuse  de  10  gouttes  de  solution  de  digitaline  dans  2  cent,  cubes 
d’eau  distillée. 

Le  pouls  reprend  à  160  à  peu  près,  la  respiration  est  plus  forte, 
mais  entrecoupée  de  pauses,  très  fréquents  vomissements 
(quelques  cuillerées). 

Le  8  au  matin,  légère  amélioration,  la  malade  est  un  peu 
réchauffée,  ouvre  de  temps  à  autre  les  yeux,  la  température  est 
montée  à  39°7,  pouls  à  140,  langue  rôtie,  les  vomissements 
s’espacent.  Dans  les  vingt-quatre  heures,  la  malade  n’a  émis  que 
quelques  gouttes  d’urine  foncée .■  Le  pansement  est  soulevé,  le 
ventre  est  souple,  un  peu  de  bile  s’est  écoulée  par  le  drain,  les 
compresses  sont  à  peine  tachées  de  sang  ;  rien  de  local  n’explique 
l’état  de  la  malade. 


350 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Dans  la  matinée  du  8,  l’état  se  maintient  à  peu  près  station¬ 
naire,  le  pouls  faiblit.de  nouveau  vers  midi;  10  gouttes  de  digi¬ 
taline  intra-veineuse.  Chaque  tentative  faite  pour  faire  boire  la 
malade  est  suivie  de  vomissement,  la  respiration  est  régulière  et 
superficielle,  quand  la  malade  reprend  conscience;  elle  ébauche 
le  rythme  de  Cheyne-Stockes  dans  les  moments  d’assoupissement. 
Dans  l’après-midi,  un  cathétérisme  ne  ramène  que  quelques 
gouttes  d’urine,  un  peu  plus  que  le  matin.  On  fait  500  grammes 
de  sérum  glucosé  et  un  lavage  de  vessie  au  sérum  chaud. 
Une  heure  après,  miction  de  50  grammes  d’urine  à  peu  près, 
très  fortement  albumineuse. 

Le  soir,  l’état  semble  s’améliorer,  la  température  descend  à 
38°3,  le  pouls  reste  à  140  ;  la  malade  prononce  quelques  paroles, 
boit  un  peu,  ne  vomit  plus  ;  toute  la  nuit  Cheyne-Stockes  pendant 
de  courtes  périodes  de  sommeil  léger. 

Dans  la  journée  du  lendemain,  la  température  descend  à  37°7, 
le  pouls  reste  à  130  mais  est  meilleur  ;  la  conscience  redevient 
évidente'. 

Le  10  :  amélioration  notable,  température  normale,  pouls 
à  110;  400  grammes  d’urine  ;  albuminurie  abondante. 

Le  11  ;  le  pouls  est  bien  frappé  au-dessous  de  100,  l’albumine 
diminue  dans  les  urines  qui  atteignent  800  grammes  ;  quelques 
jours  après,  il  ne  restait  que  des  traces  d’albumine  et  un  peu  de 
sucre  ;  celui-ci  n’avait  pas  été  recherché  dans  les  premiers  jours. 

Au  point  de  vue  des  suites  opératoires  directes,  aucun  incident  : 
l’écoulement  de  la  bile  a  été  absolument  insignifiant  pendant  une 
huitaine  de  jours,  la  mèche  sous-hépatique  a  été  enlevée  le 
quatrième  jour,  le  drain  fixé  par  un  catgut  dans  la  profondeur 
s’est  libéré  le  douzième  jour  et  est  retiré 'le  jour  même. 

La  petite  élévation  de  température  que  révèle  la  feuille  coïncide 
avec  l’apparition  d’une  escarre  petite  mais  profonde,  qui  s’est 
produite  pendant  les  deux  jours  où  la  malade  avait  été  dans  le 
collapsus  et  qui  a  mis  un  mois  à  se  cicatriser. 

La  malade  sort  guérie  de  la  maison  de  santé  le  vingtième  jour. 
En  résumé,  sans  que  rien  ne  puisse  être  imputé  à  l’acte  chirur¬ 
gical  lui-même  ou  à  ses  suites,  nous  nous  sommes  trouvé  en 
présence  d’accidents  suraigus  se  manifestant  par  le  collapsus 
cardiaque,  une  anurie  presque  complète  pendant  trente-six  heures, 
de  l’albuminurie,  de  la  glycosurie,  des  vomissements  abondants, 
de  la  respiration  de  Cheyne-Stockes. 

Il  est  intéressant  de  signaler  ces  accidents  qui,  semble-t-il,  ne 
peuvent  être  attribués  qu’au  protoxyde  d’azote  auquel  il  est  pour¬ 
tant  classique  d’accorder  une  innocuité  absolue. 

Je  n’ai  aucunement  l’intention  de  jeter  le  discrédit  sur  un  mode 


SÉANCE  DU  28*  FÉVRIER 


351 


d'anesthésie  que,  d’ailleurs,  je  ne  connais  pas  ;  mais  il  m’a 
semblé  utile  de  rapporter  mon  observation  à  titre  documentaire. 

J’ajoute,  en  terminant,  que  ma  malade  avait  été  minutieuse¬ 
ment  examinée  par  les  Drs  Marcel  Labbé  et  Robert  Debré,,  que  ses 
urines  avaient  été  analysées  et  que  rien,  dans  son  état  antérieur, 
ne  permettait  de  prévoir  des  suites  opératoires,  si  dramatiques. 

M;.  Gunéo.  —  U  me  paraît  difficile  d'affirmer  que  les  accidents 
signalés  par  Schwartz  soient  certainement  imputables  au  pro¬ 
toxyde  d’azote.  Il  ne  serait  pas  impossible  qu’ils  relèvent  d’une 
toute  autre  cause  et,  par  exemple,  d’une  poussée  de  pancréatite 
consécutive  à  l’intervention  sur  la  voie  biliaire  principale.  Les 
accidents  de  collapsus,  associés  à  l’albuminurie,  la  glycosurie, 
sont  en  faveur  de  cette  idée,  qui  n’est,  bien  entendu,  qu’une  simple 
hypothèse,  mais  qui  me  paraît  au  moins  aussi  vraisemblable  que 
l’intoxication  secondaire  par  le  protoxyde  d’azote. 

M.  T.  de  Martel.  —  Je  ne  crois  pas  que  dans  le  cas  de 
Schwartz,  on  puisse  accuser  à  coup  sûr  le  protoxyde  d’azote, 
mais,  je  suis  convaincu,  cependant,  que  le  protoxyde  d’azote, 
donné  à  l’air  libre,  cause  parfois  des  accidents  graves.  Dans  un 
cas  où  l’opération  ne  pouvait  être  incriminée,  il  s’agissait  d’une 
dilatation  anale.  J’ai  observé  un  état  grave  caractérisé  par  des 
accidents  cardiaques  et,  pulmonaires  (P.  15.0,.  R.  00).  Je  crois  qu’il 
s’agit  là  de  troubles  dus  à  la  dilatation  de  l’alvéole,  pulmonaire 
plutôt  qu’à  des  accidents  toxiques,  car  on  n’observe  rie  a  de  sem¬ 
blable  quand  on  pratique,  comme  je  l’ai  fait  avec.  Ambard,,  l’anes¬ 
thésie  au  protoxyde  sous  pression.  Dans  ce  cas,,  il  n’y.  a  aucune 
distension  pulmonaire,  puisque  la  pression  est  la  même  dans  le 
poumon  et  au  dehors, 

M.  Raides.  —  Les  accidents  qui  surviennent  après  l’anes¬ 
thésie  au  protoxyde  d’azote,  et  qui  ont  l’allure,  clinique  qu’on 
retrouve  chez,  la  malade,  de  M,  Schwartz,  s’observent  après  toute 
anesthésie. 

Je  suis  frappé  de  ce  fait,  c’est  que  sa  malade,  a  eu  des  urines 
très  rares,  qu’elle  a  eu  une  respiration  de  Cheyne-Stokes.  Or,  si 
on  avait  fait  l’examen  du  sang:,  on  aurait  trouvé  une  augmenta¬ 
tion  d’urée  du  sang,  et.  celte  urémie  est  pour  moi  la  cause  de 
pareils  accidents. 

Je  les.  ai;  observés  il  y  a  quelques  jours,  chez  un  malade 
endormi  au  protoxyde,  pour  une.  occlusion  chronique  de  l’intestin. 
Pendant  deux  jours,  le  malade  alla  bien.  Le  troisième  jour,  il 
n’urina  plus  que  400  grammes.  Or,  il  avait  1  gr.  83  d'urée  par  litre 

BULL.  ET  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CHIR.,  1923.  25 


352 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


dans  l’urine.  Le  quatrième  jour,  50  grammes  d’urine  et  2  gr.  25 
d’urée  par  litre  dans  le  sang. 

Le  cinquième  jour,  2  gr.  25  d’urée  par  litre  dans  le  sang. 

Pendant  ce  temps,  l’urée  dans  l'urine  était  le  troisième  jour  de 
7  grammes  par  litre;  le  quatrième  jour,  de  5  grammes;  le,  cin¬ 
quième  jour,  de  7  grammes . 

Dans  ces  conditions,  l’urée  augmentant  chaque  jour  dans  le 
sang,  et  diminuant  dans  l’urine,  ou  plutôt  restant  trois  fois  infé¬ 
rieure  à  la  normale,  le  malade  ne  pouvait  que  succomber  :  c’est 
ce  qui  arriva. 

Ce  fait,  je  l’ai  observé  trois  à  quatre  fois,  et  je  dois  même  faiie 
sur  ce  sujet  un  rapport  devant  vous.  Sans  insister  plus,  je  déclare 
que  j’attribue  ce  genre  d’accidents  à  des  troubles  urémiques, 
chez  des  malades  qui  avaient  déjà  un  excès  d’urée  dans  le  sang. 
Et  cette  urémie  n’est  pas  due  plutôt  à  un  anesthésique  qu’à  tel 
autre.  Elle  est  due  à  l’état  antérieur  du  foie  ou  du  rein,  dont  le 
mauvais  fonctionnement  avait  été  méconnu. 

M.  Labey.  —  Il  est  bien  difficile  de  dire  si  les  accidents  sur¬ 
venus  chez  la  malade  de  Schwartz  sont  dus  ou  non  à  l’anesthésie 
par  le  protoxyde  d’azote.  Mais,  puisqu’il  est  question  de  ce  mode 
d’anesthésie,  je  voudrais  signaler  un  cas  de  mort  par  apoplexie 
cérébro-méningée  que  j’ai  observé  récemment  à  la  suite  d’une 
intervention  pratiquée  sous  anesthésie  au  protoxyde. 

Il  s’agissait  d’une  dame  d’une  cinquantaine  d’aDnées,  assez 
forte,  mais  d’un  bon  état  général,  que  j’opérais  pour  un  cancer 
du  sein  avec  adénopathie  axillaire. 

L’examen  des  différents  organes  avait  été  pratiqué  avec  le  plus 
grand  soin  par  le  Dr  Chabrol,  médecin  des  hôpitaux.  Les  urines 
étaient  normales  avec  traces  indosables  d’albumine,  la  pression 
artérielle  17-10  au  Pachon. 

La  malade  fut  endormie  uniquement  au  protoxyde  d’azote- 
oxygène,  après  injection  préparatoire  de  0  milligr.  75  de  scopo- 
lamine  et  un  demi-centigramme  de  morphine.  Après  l’interven¬ 
tion,  la  malade  parla  à  sa  famille,  mais  rapidement  elle  tomba 
dans  un  engourdissement  profond,  d’où  on  ne  la  tirait  que  diffici¬ 
lement. 

Le  lendemain  matin,  hémiplégie  gauche  avec  contracture  et 
signe  de  Babinski.  Etal  semi-comateux.  Presque  pas  d’urine.  Le 
soir,  la  paralysie  était  bilatérale,  le  Babinski  également.  La  mort 
survenait  trente-six  heures  à  peine  après  l’intervention. 

Voici  donc  un  cas  d’hémorragie  cérébro-méningée  diffuse 
survenant  presque  immédiatement  après  une  anesthésie  au  pro¬ 
toxyde.  Y  a-t-il  un  rapport  de  cause  à  effet  entre  cet  accident 


SÉANCE  DU  28  FÉVRIER 


mortel  et  l’anesthésie?  Y  a-t-il  eu  là  simple  coïncidence?  Il  est 
impossible  de  l’affirmer. 

Néanmoins,  on  ne  peut  pas  ne  pas  être  impressionné  par  cette 
coïncidence,  quand  on  se  rappelle  à  quel  degré  de  turgescence 
atteignent  les  canaux  veineux  pendant  l’anesthésie  au  protoxyde 
-d’azote. 

M.  Cqifoliau.  —  Je  fais  donner  journellement  du  protoxyde 
d’azote  dans  mon  service  et  j’en  suis  actuellement  à  ma  500e  anes¬ 
thésie.  Je  n’ai  jamais  observé  d’accident  comparable  à  ceux 
que  rapporte  M.  A.  Schwartz.  J’ai  toujours  été  frappé  par  la  béni¬ 
gnité  des  suites  post-anesthésiques.  Les  malades  se  réveillent 
pour  ainsi  dire  instantanément  et  parlent  au  chirurgien.  Or  la 
malade  de  Schwartz  est  restée  deux  heures,  avec  une  teinte  violacée, 
dans  le  collapsus.  Je  ne  crois  pas  que  le  protoxyde  d’azote  soit 
coupable,  dans  le  cas  de  M.  Schwartz,  et  je  continuerai  à  me  servir 
du  protoxyde  d’azote. 

M.  Lecène.  —  Il  me  semble  que  dans  le  cas  de  Schwartz  il  y  a 
un  facteur  que  nous  ne  pouvons  pas  considérer  comme  certaine¬ 
ment  éliminé,  je  veux  dire  F  «  infection  ».  Naturellement  je  n’envi¬ 
sage  pas  ici  l’infection  «  exogène  »  que  je  considère  comme  ne 
pouvant  avoir  existé  dans  le  cas  de  Schwartz,  car  je  connais  trop 
la  minutie  de  sa  technique  et  les’ scrupules  de  son  asepsie.  Mais, 
tout  de  même,  l'infection  «  endogène  »,  celle  contre  laquelle  nous  ne 
pouvons  rien ,  et  qui  reste  le  gros  danger  de  la  chirurgieopératoire 
actuelle,  a  pu  jouer  ici  un  rôle  capital.  Il  me  semble  en  tout  cas 
que  l’infection  des  environs  même  de  la  plaie  opératoire  du  cholé¬ 
doque,  infection  qui  a  pu  se  produire  dès  l’ouverture  de  ce  con¬ 
duit,  peut  donner  une  explication  très  simple  et  très  suffisante  des 
accidents  présentés  par  la  malade  de  Schwartz.  Je  ne  saurais  trop 
insister  sur  l’importance  de  ce  facteur  de  gravité  qui  persiste  encore 
et  peut-être  persistera  bien  longtemps  dans  toutes  les  opérations  où 
nous  sommes  amenés  à  ouvrir  une  cavité  infectée  par  des  germes 
d’une  virulence  que  nous  ignorons  et  qui  peut  être  considérable, 
malgré  l’atténuation  apparente  des  accidents  cliniques  présentés 
par  les  malades. 

M.  Tuffier.  —  Pour  discuter  la  gravité  de  l’anesthésie  par  le 
protoxyde  d’azote,  et  lui  incriminer  des  accidents  graves,  je  ne 
crois  pas  que  l’exemple  donné  par  M.  Schwartz  puisse  entraîner 
nettement  la  conviction. 

Je  pense,  en  effet,  que  les  accidents  dont  il  nous  parle  peuvent 
être  dus  à  une  insuffisance  hépatique ,  avec  ou  sans  légère 


354 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


infection,  et  voici  pourquoi  :  j’ai  étudié  autrefois  avec  Mauté- 
(Presse  méd.,  1906,  p.  309)  les  lésions  du  tissu  hépatique  après,  les- 
anesthésies,  et  nous  sommes  arrivés  à  cette  conclusion,  qui  a  été 
depuis  acceptée  par  tous,  que  l’insuffisance  hépatique  à  la  suite; 
des  anesthésies  générales  est  fréquente;  la  gravité  en  est  variable,, 
elle  peut  dans  certains  cas  être  mortelle.  C’est  peut-être  à,  une. 
lésion  de  ce  genre  qu’il  faut  atlribuer  les  accidents  de  la  malade 
dont  on. vient  de  nous  parler- 

Les  accidents  cardiaques  consécutifs  à  une  dilatation, anale  sous- 
le  protoxyde  d’azote  ne  permettent  pas  d’incriminer,  d’une 
façon  certaine  l’anesthésique,  parce  que  nous  savons  tous,, 
depuis  toujours,  combien  sont  fréquents  les  réflexes  cardiaques- 
au  moment  de  la  dilatation,  anale.  Mes  maîtres  me  l’ont  appris,  et, 
pour  ma  part,  j’en  aLvu  maints  exemples.  Là  encore,  la  nature  de 
l’opération  bien,  plus  que  l'anesthésique  en  cause  est  peut-être  à 
incriminer. 

Je  ne  rapporte  pas  ce  fait  pour  innocenter  le  protoxyde  d’azote, 
je  m’en  sers  très  rarement,  étant  satisfait  des  modes  d’anesthésie 
que  j’emploie,  et  principalement,  de  l’anesthésie  par  l’éther  avec 
le  masque  d'Ombrédanne. 

M.  Louis  Bazy..  —,  Je  suis  très,  heureux  d’avoir  entendu  mon 
maître  Locène  exposer  la  théorie  infectieusea  laquelle  on  n’attache 
pas  toujours  la  valeur  qu’elle  mérite.  Je  n’insiste  pas,  rayant  déjà 
fait.  Je  veux,  seulement  signaler  un  point  particulier  qui  a  trait 
spécialement  aux  infections  hépatiques.  La  lésion  du  foie 
trouble  profondément  les;  défenses  organiques.  Un  bel  exemple  en: 
a  été  donné  par  mes,  amis  Noë;l  Fiessinger  et  Paul  Bro.din  qui  ont 
montré  que,  chez  les  hépatiques,  la  réaction  à  la  tuberculine  dis¬ 
paraissait.  Geci  témoigne  d’une-  anergie  chez  les  hépatiques  qui 
expose  ce.ux.-ci,  pour  ainsi  dire  sans  défense,  à  l’action  des  germes- 
don  t  ils  sont  porteurs, 


Présentations  de  malades. 

Pseudarthrose  du  col  fémoral.  Greffe  ostéo-périostique.  Guérison r 
par  M,  C.H.  DUJ.AR1ER. 

Le  malade  que  je  vous  présente  est  un  nouveau,  cas  de  pseu¬ 
darthrose  du  col  guéri  par  la  greffe  ostéo-périostique. 

Le  blessé  est.  un  jeune  homme  de  vingt- trois  ans  qui,  le» 


SÉANCE  DU  28  FÉVRIER 


355 


19  juillet  1922,  a  fait  une  chute  d’uUe  hauteur  de  8  mètres  et  s’eSt 
-cassé  le  col  du  fémur.  Soigné  en  province  par  l'extension  continue 
pendant  près  de  deux  mois,  la  consolidation  ne  s’est  pas  faite.  Le 
2'4  novembre  il  entra  dans  lé  service  de  Gosset.  La  radiographie 
montre  une  fracture  transcervicale  non  consolidée.  Le  raccourcis¬ 
sement  n’atteint  pas  3  centimètres  et  il  n’existe  pas  de  rotation 
externe  marquée.  A  la  demande  de  mon  ami  Gosset,  j’ai  opéré  ce 
malade  dans  son  service  à  la  Salpêtrière.  J’ai  pratiqué  le 
17  novembre,  suivant  la  technique  que  je  vous  ai  déjà  décrite,  une 
greffe  oëtéo-périostique  et  le  malade  a  été  reporté  dans  Son  lit 
sans  aucun  appareil. 

Le  trente- huitième  jour  le  blessé  pouvait  détacher  le  talon 
•du  plan  du  lit.  Il  s!est  levé  au  bout  de  trois  mois  et  a  pu  marcher 
■sans  douleur. 

Actuellement  le  membre  est  en  bonne  position:  le  raccourcisse¬ 
ment  dépasse  à  peine  2  centimètres.  Il  existe  une  atrophie  de 
la  cuisse  de  2  centimètres.  Nous  pouvons  voir  qüe  la  marche 
est  satisfaisante.  La  hanëhè  est  mdbile  :el  la  flexion  atteint 
presque  l’angle  droit.  Les  mouvements  d’abduction  ët  de  rotation 
m’ont  qu’une  légère  limitation.  Je  suis  persuadé  queue  malade,  qui 
est  jeune,  récupérera  dans  F  avenir  Tüsagépresque  complet  de  non 
membre.  Les  radiographies  montrent  une  ossification  très  étendue 
-du  cbl. 


Varices  volumineuses, 
par  M.  AÿJTÔÏN’E  BASSET. 

Les  deux  malades  que  je  vous  présente  Ont  été  traités,  étant 
tous  deux  atteints  de  varices  volumineuses  qui  les  gênaient 
■énormément  dans  leur  profession  et  les  faisaient  Souffrir,  par  la 
méthode  des  injections  intra-Variqueuses  sclérosantes.  Elle  n’eSt 
pas  nouvelle,  mais  a  été  récemment  remise  en  lumière  par  divers 
auteurs  et  en  particulier  pour  notre  collègue  le  Dr  Sicard,  à  qui  elle 
a  donné  de  nombreux  et  beaux  succès.  Je  vous  présente  CéS 
malades  parce  que,  eux  aussi,  sont  des  succès,  et  parce  qu’à  ma 
connaissance  on  n’a  jamais  présenté 'à  notre  Société  de  variqueux 
traités  par  cette  méthode. 

Le  premier  est  un  püisàtier-mtneür  de  trente-huit  ans,  porteur 
■de  varices  depuis  l’âge  de  quinze  ans.  'Pendant  là  guerre,  ses 
varices  ont  notablement  augmenté.  Le  15  août  1922,  travaillant 
•comme  terrassier,  une  douleur  violente  dans  là  jambe  droite 
â’oblige  à  cesser  de  travailler.  Les  Choses  s’arrangent  ensuite  uu 


356 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


peu,  mais,  devant  la  persistance  des  douleurs  et  des  troubles 
fonctionnels,  il  vient  le  3  septembre  1922  me  consulter  à  Cochin. 

A  la  face  interne  de  la- jambe  et  sur  le  trajet  de  la  saphène  à  la 
cuisse  les  dilatations  variqueuses  sont  considérables,  tendues,, 
sensibles.  Le  sujet  déclare  qu’il  ne  peut  pas  travailler.  Quelques 
varicosités  superficielles  à  la  jambe  gauche.  J’avais  fait  faire 
avant  tout  traitement  une  photographie  des  membres  inférieurs 
de  ce  sujet.  Le  cliché,  malheusement  voilé,  est  inutilisable.  Voici 
exactement  le  nombre  d’injections  qu’a  reçues  %e  malade.  Elles  ont 
été  faites  avec  la  solution  suivante  par  mon  élève  le  Dr  Poincloux  : 

Bi-iodure  de  Hg . .  .  t  gramme. 

loiure  de  sodium . .  '.  1  gramme. 

. 6  Chlorure  de  sodium . ' .  \  .  0  gr.  70 

Eau  distillée,  Q.  S.  pour  200  cent,  cubes.  200  cent,  cubes. 

Le  3  septembre,  3  piqûres  à  la  partie  inférieure  de  la  jambe,  eu 
tout  4  cent,  cubes. 

Le  7  septembre,  3  piqûres  à  la  partie  moyenne  de  la  jambe,  eu 
tout  4  cent,  cubes. 

Le  11  septembre,  2  piqûres  à  la  partie  supérieure  de  la  jambe  et 
inférieure  de  la  cuisse,  en  tout  3  cent,  cubes.  Repos  de  huit  jours* 
puis,  le  19  septembre,  une  seule  piqûre  à  la  partie  moyenne  de  la 
cuisse,  1  c.c.  5.  Soit  au  total,  9  piqûres  en  4  séances  et  12  c.c.  5- 
de  la  solution  de  biiodure. 

L’amélioration  a  suivi  rapidement  les  piqûres,  et  si  je  n’ai  pas 
amené  cet  homme  plus  tôt,  c’est  que  je  ne  l’ai  revu  qu’avant-hier. 
On  voit  encore  un  peu  la  saillie  très  légère  des  veines  throm¬ 
bosées  et  on  sent  un  cordon  dur,  scléreux,  très  peu  sensible  à  la 
pression.  Tous  les  signes  fonctionnels  ont  disparu.  Cet  homme  a 
repris  son. dur  métier;  il  travaille  sans  fatigue,  sans  peine,  et  se 
déclare  enchqnté  de  son  état. 

Le  second  sujet  est  un  homme  de  vingt-quatre  ans,  grand» 
maigre,  atteint  depuis  l’âge  de  quinze  ans,  aux  deux  membres 
inférieurs  et  surtout  à  droite,  de  varices  qui,  par  leur  dévelop¬ 
pement  progressif,  avaient  fini  par  le  gêner  considérablement, 
dans  l’exercice  de  sa  profession  de  vendeur  dans  un  grand 
magasin,  exigeant  la  station  debout  à  peu  près  continue.  Même  le 
port  d’une  bande  élastique  ne  donnait  que  peu  de  soulagement. 

A  l’examen  on  voit  comme  le  montrent  ces  clichés,  des  varices, 
très  développées,  à  droite  :  1°  dans  le  territoire  de  la  saphène 
interne;  2°  dans  le  territoire  de  la  saphène  interne  à  la  jambe  et  à 
la  partie  inférieure  de  la  cuisse. 

Ce  malade  a  reçu  en  tout  en  3  séances „et  en  6  points  différents 
6  injections  de  1  cent,  cube  chacune  d’une  solution  de  saUcylatfe 


SÉANCE  DU  28  FÉVRIER 


357 


de  soude  à  20  p.  100.  Aucun  incident.  Il  n’a  interrompu  son 
travail  qu’un  jour.  La  première  séance  a  eu  lieu  le  5  janvier  1923, 
3  injections.  La  dernière  le  20  janvier  1923. 

Actuellement,  ce  malade  a  repris  son  travail,  et  exerce  sa  pro¬ 
fession  sans  fatigue.  Gomme  chez  le  précédent,  on  suit  encore 
sur  son  membre  les  cordons  veineux  oblitérés,  durs  et  non  dou¬ 
loureux.  Tous  les  troubles  fonctionnels  ont  disparu  et  le  malade 
ne  porte  même  plus  ni  bas,  ni  bande. 

M.  Brécüot.  —  J’ai  fait  de  nombreuses  injections  intravei¬ 
neuses  dans  des  varices.  Il  importe,  pour  en  apprécier  les  résul¬ 
tats,  de  bien  différencier  les  cas. 

Petites  varices  où  les  gros  troncs  veineux  seuls  sont  dilatés, 
veines  de  calibre  régulier  ou  à  peu  près.  Dans  ces  cas,  la  muscu¬ 
lature  veineuse  est  encore  bonne  et  les  injections  intraveineuses 
peuvent  donner  des  résultats,  quelle  que  soit,  pour  ainsi 
dire,  la  solution  sclérosante  injectée. 

Dans  les  varices  très  accentuées,  celles  que  nous  rencontrons  le 
plus  souvent,  celles  dont  les  malades  se  plaignent  le  plus,  varices 
dans  lesquelles  le  réseau  dermique  est  dilaté,  les  injections 
demeurent  sans  résultats  et,  du  reste,  ne  sauraient  être  essayées 
sans  danger  de  sphacèle. 

Dans  les  cas  intermédiaires,  les  injections  sclérosantes  donnent 
des  résultats  satisfaisants,  seulement  si  l’on  a  la  précaution  de 
lier  et  de  sectionner  la  saphène  interne  à  sa  crosse  ainsi  que  la 
totalité  des  veines  afférentes  de  cette  crosse. 

L’on  supprime  ainsi  la  transmission  du  poids  de  la  colonne  san¬ 
guine  secondaire  à  l’i  nsuffisance  valvulaire  et  l’on  permet,  de  plus, 
un  contact  vraisemblablement  plus  prolongé  entre  la  solution 
modificatrice  et  la  paroi  veineuse. 


Ostéomyélite  chronique  d'un  vaste  foyer  de  fracture  du  fémur 
gauche  par  projectile  de  guerre ,  vicieusement  consolidé. 
Autovaccination,  large  évidement.  Greffe  épiploïque  de  la  cavité . 
Cicatrisation  per  primam. 

par  M.  DESPLAS. 


M.  Grégoire,  rapporteur. 


388 


SOCIÉTÉ  B>E  CU'IKURGIE 


Fracture  des  <deux  fémurs  ;  ostéosynthèse  du  fémur  droit , 
traitement  de  la  fracture  du  fémur  gauche 
par  l' extension  continue.]  résultat  excellent  des  deux  côtés, 
par  'M.  ANSELME  SÜHWARTZ, 

M.  X,....,;âgé  :de  trente-cinq  ans,  a  été  renversé  par  un  tramway, 
le  25  avril  1921,  et  traîné  pendant  iqinelques  mètres,;  il  lut  trarns- 
porté  à  l’hôpital  Necker,  dans  mon  service,  et  je  constatai  l’exis¬ 
tence  d  a  ne  fracture  des  deux  cuisses,  que  confirma  une  radio¬ 
graphie  faite  le  .25  avril.,  fîtes  deux  côtés,  il  y  avait  une  fractura 
sous-trochantérienne,  plus  basse  à  droite,  avec  déplacement  du 
fragment  supérieur  en  dehors  et  en  avant. 

Le  blessé  êtaituotablement  «  shocké  •»  et  je  ne  pusisonger  .à  faire 
autre  chose,  pour  le  moment,  que  de  l’extension  continue.  Le 
blessé  se  remit  peu  à  peu  et  je  décidai  alors,  à  cause  de  la  bila¬ 
téralité  des  lésions,  à  pratiquer,  d'un  côté  .auimoins,  l’ostéosyn¬ 
thèse.  Le  raccourcissement  et  le  -déplacement  étant  plus  marqués 
à  droite,  je  fis,  le  18  mai  .1.92 1,  l’ostéosynthèse  du  fémur  droit 
avec  une  très  grande  plaque  de  Lambotte,  sous  anesthésie  rachi¬ 
dienne.  J 'ai  trouvé  les  deux  fragments  réunis  par  un  cal  fibreux 
avec  interposition  musculaire,  le  fragment  inférieur  étant  basculé 
en  haut  et  en  arrière  et  j’eus  de  très  grandes  difficultés  pour  tes 
mobiliser  et  les  capter.  La  plaque  deLambotle,  comme  le  montre 
la  radio,  s’est  d’ailleurs  légèrement  infléchie  au  niveau  du -trait 
de  fracture. 

La  fracture  gauche  fut  traitée  par  l’extension. 

Le  blessé  se  leva  dans  les  premiers  jours  de  juillet  et  commença 
à. marcher  le  42  du  même  mois;  mais  la  mobibilisation  des  join¬ 
tures  avait  été  commencée  de  très  bonne  heure.  Le  2  août,  je 
malade  quitta  l’hôpital,  marchant  assez  péniblement  avec  deux 
cannes. 

Aujourd’hui  nous  pouvons  constater,  près  de  deux  ans  après 
l’accident,  le  résultat  éloigné  de  la  thérapeutique  que  j’ai  suivie. 

Au  point  de  vue  fonctionnel,  ce  résultat  est,  dans  l’ensemble, 
tout  à  fait  excellent;  le  malade  marche,  court,  saute  sans  aucune 
gêne,  sans  la  moindre  douleur,  sans  la  moindre  boiterie;  le  soir, 
me  dit-il,  il  ressent  un  peu  de  fatigue,  peut-être  plus  marquée  à 
droite  (côté  suturé). 

Dans  la  hanche  tous  les  mouvements,  des  deux  côtés,  ont  une 
amplitude  normale. 

Au  niveau  du  genou  la  flexion  est  complète  à  gauche,  elle  est 
un  peu  limitée  à  droite  (côté  suturé)  où  elle  dépasse  légèrement 
l’angle  droit. 


SÉANCE  DU  28  FÉVRIER 


389 


Pas  de  douleur  h  la  pression;  pas  d’atrophie  musculaire.  Le 
membre  inférieur  gauche  (non  suturé)  est  peut-être  un  . peu  plus 
■court,  d’un  centimètre  à  peine. 

La  radiographie  montre  à  droite  (côté  suturé)  un  fémur  recti¬ 
ligne,  mais  avec  un  cal  exubérant  surtout  du  côté  interne;  à 
gauche  une  très  légère  crosse,  mais  avec  conservation  de  l’axe 
vertical  du  fémur. 

Il  m’a  paru  intéressant,  sans  vouloir  tirer  aucune  conclusion 
d’un  'fait  unique,  de  vous  montrer  un  résultat  thérapeutique 
■éloigné  obtenu  sur  deux  fractures  du  fémur  avec  deux  méthodes 
■de  traitement  différentes. 


Tuberculose  fistulisée  du  genou  droit 
traitée  par  le  vaccin  colloïdal  de  Gnimiberg, 

par  MM.  les  Drs  BAUDET  et  GRIMBERG. 

M.  André,  vingt  ans,  salle  Jarjavay.  hôpital  Bichat.  Il  com¬ 
mence  à  souffrir  de  son  genou  en  1918.  Puis  le  genou  grossit  et 
■devient  de  plus  en  plus  douloureux.  Le  malade  entre  alors  à  la 
Pitié,  dans  le  service  du  Dr  Mauclaire  en  1920.  On  le  met  dans  un 
appareil  plâtré  pendant  quinze  mois,  et  on  l’envoie  au  sanatorium 
de  Larue.  En  1922,  on  enlève  le  plâtre.  On  constate  alors  un  abcès 
froid,  qui  peu  de  temps  après  s’ouvre  à  l’extérieur.  La  ponction 
du  genou  ramène  un  liquide  séro-fibrineux. 

A  son  entrée  à  Bichat,  le  genou  est  ankylosé,  mais  il  est  dou¬ 
loureux  et  gros,  et  le  malade  ne  peut  marcher.  Sur  la  face  interne, 
il  y  a  une  ulcération  large  comme  une  pièce  de  80  centimes.  Le 
stylet  pénètre  par  cet  orifice  dans  le  plateau  tibial  interne  qui  est 
-creusé  d’une  assez  large  cavité;  on  la  voit  du  reste  nettement  à  la 
radiographie.  En  pressant  sur  ce  condyle  tibial,  on  fait  sortir  des 
masses  caséeuses. 

Le  26  novembre  1922,  on  commence  le  traitement.  Au  bout  de 
34  piqûres,  la  fistule  est,  complètement  tarie.  Le  genou  a  l’aspect 
normal  :  il  est  moins  gros.  Et  le  malade  peut  marcher  en  s’aidant 
d’une  canne. 

Il  faut  attendre  plus  longtemps,  certes,  avant  de  parler  de 
guérison  :  et  je  n’ose  pas  dire  que  le  genou  soit  tout  entier  guéri. 
Mais, je  tiens  à  insister  sur  l’heureuse  évolution  que  le  collo-vaccin 
de  Grimberg  a  imprimée  à  la  fistule  tuberculeuse  d’origine  osseuse 
■qui  .compliquait  l’ostéo-arthrite. 


360 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Plaie  double  par  coup  de  couteau  de  l'artère  fémorale 
au  niveau  du  canal  de  Hunier. 

Anévrisme  diffus  artériel.  Ligature.  Guérison, 
par  M.  le  Di-  R.  BAUDET. 

MUe  X...,  dix-neuf  ans.  Le  24  novembre  1922,  à  20  heures,  elle 
reçoit  un  coup  de  couteau,  qui  l’atteint  au  tiers  inférieur  de  la 
face  interne  de  la  cuisse  gauche. 

Aussitôt,  le  sang  coule  en  jet;  elle  en  perd  la  valeur  d’un  grand 
verre.  Mais  elle  arrête  l’hémorragie  en  serrant  la  cuisse  avec  son 
mouchoir,  comme  avec  un  garrot. 

Elle  rentre  chez  elle  à  pied,  se  couche  et,  deux  heures  après  la 
blessure,  elle  retire  le  lien  compressif.  Fuis  elle  se  lève,  mais 
aussitôt  l’hémorragie  se  reproduit,  peu  abondante  celte  fois.  Elle- 
l’arrête  complètement  en  mettant  sur  la  plaie  un  pansement 
improvisé. 

Pendant  quinze  jours,  elle  ne  peut  se  lever  et  marcher  à  cause 
des  violentes  douleurs  qu’elle  ressent  dans  toute  la  cuisse  et  d’une- 
contracture  involontaire  de  la  jambe  qui  reste  en  flexion. 

Le  8  décembre,  la  plaie  est  cicatrisée  et  les  douleurs  s’atté¬ 
nuent.  Par  précaution,  elle  consulte  un  chirurgien,  qui  ne 
découvre  rien  d’anormal  et  lui  permet  de  reprendre  son  travail. 

Après  quinze  jours  d’occupation,  elle  voit  sa  cuisse  grossir  au 
niveau  de  la  cicatrice.  Elle  vient  à  la  consultation  de  Bichat.  Son 
état  est  jugé  grave.  On  la  fait  entrer  dans  mon  service.  Je  constate 
une  cicatrice  rouge,  de  1  centimètre  de  long,  siégeant  à  un  tra¬ 
vers  de  doigt  au-dessous  du  tracé  de  la  ligature  de  l’artère  fémo  ¬ 
rale,  face  au  canal  de  Hunter. 

Il  y  a  unegrosse  tuméfaction  qui,  en  haut,  commence  à  la  pointe- 
du  triangle  de  Scarpa,  plutôt  au-dessus  et  qui,  en  bas,  s’arrête 
à  un  travers  de  doigt  au-dessus  du  bord  supérieur  du  condyle 
interne.  En  avant,  elle  atteint,  sur  la  face  antérieure  de  la  cuisse,: 
une  ligne  perpendiculaire  au  milieu  de  la  rotule.  En  arrière,  elle 
empiète  sur  la  face  postérieure.  Elle  p-arait  plus  volumineuse 
qu’un  poing  d’adulte  et  de  forme  plutôt  oblongue. 

Elle  est  animée  de  battements  synchrones  au  pouls  radial  et 
d’expansion.  Pas  de  thrill.  Léger  souffle  systolique  à  l’auscultation. 
Ni  la  propagation  du  souffle,  ni  la  suppression  des  battements  par 
la  compression  de  l’artère  fémorale  exercée  avec  le  doigt  n’ont 
été  recherchées. 

La  tumeur  est  dure,  tendue  surtout  en  dehors,  sans  limites  très 
précises,  plutôt  inlltrée  qu’enkystée. 


SÉANCE  DU  28  FÉVRIER 


361 


•On  arrive  à  percevoir  les  battements  de  l’artère  poplitée. 

Pas  de  dilatation  des  veines  de  la  jambe,  ni  d’œdème  du 
membre  inférieur. 

Les  mouvements  du  membre  sont  conservés,  mais  la  force  est 
diminuée. 

Opération  le  29  décembre  1922.  —  Narcose  au  protoxyde  d’azote. 

1°  Incision  à  la  base  du  triangle  de  Scarpa,  fil  d’attente  sur  la  fémo¬ 
rale. 

2°  Incision  longitudinale  sur  la  saillie  de  l’anévrisme.  Le  muscle 
couturier  étalé  sur  la  tumeur,  adhérent  à  elle,  gêne  la  dissection  et 
risque  de  faire  crever  la  poche.  Je  le  sectionne  en  travers,  ce  qui  me 
permet  de  découvrir  l'artère  fémorale  au  sommet  du  triangle  de  Scarpa, 
et  de  placer  sur  elle  un  fil  d’attente.  Je  suis  plus  sûr  ainsi  d’agir  iso¬ 
lément  sur  la  fémorale  superficielle  et  de  n’exercer  aucune  interrup¬ 
tion  de  circulation  sur  la  fémorale  profonde. 

Puis,  je  dissèque  la  poche  du  haut  vers  le  bas. 

C’est  un  pseudo-sac  formé  par  la  face  profonde  du  muscle  couturier 
et  le  tissu  conjonctif  avoisinant,  tassé  par  les  caillots. 

J’ouvre  cette  poche.  Elle  est  grosse  comme  le  poing  d’un  homme 
adulte.  Elle  s’enfonce  dans  le  canal  de  Hunter.  Sur  la  paroi  externe  de 
ce  canal,  il  y  a  un  orifice  aponévrotique  par  où  le  sang  coule.  C’est 
l'orifice  profond  de  la  blessure.  J’aveugle  cette  plaie  très  étroite  en 
pinçant  ses  bords  avec  une  pince  de  Rocher.  Je  fends  ensuite  la  paroi 
du  canal  et  je  découvre  l’artère.  Je  constate  qu’elle  adhère  à  la  paroi 
antérieure  du  canal,  et  que  la  plaie  de  l’artère  et  la  plaie  aponévrotique, 
collées  l’une  Contre  l’autre,  ont  leurs  bords  juxtaposés;  que  la  pince  de 
Rocher  pince  également  la  plaie  artérielle  et  le  trou  aponévrotique. 

Je  constate  encore  que  l’artère  est  perforée  une  deuxième  fois  sur 
sa  face  profonde  et  qu’elle  saigne  abondamment,  quand  on  la  sou¬ 
lève,  par  le  deuxième  orifice. 

Aussi  la  suture  me  paraît-elle  impossible.  Je  lie  donc  l’artère  au- 
dessus  et  au-dessous  des  deux  plaies  avec  un  catgut  n°  2.  J’enlève  les 
deux  fils  d’attente. 

Je  suture  les  deux  tranches  du  muscle  couturier  au  catgut  n°  2, 
avec  des  fils  en  U.  Je  suture  la  peau. 

Les  suites  opératoires  sont  bonnes.  Jamais  le  pied  n’a  été  froid,  et 
toujours  la  malade  a  pu  remuer  les  orteils. 

Les  fils  ont  été  enlevés  le  seizième  jour.  Il  y  a  eu  pendant  quelques 
jours  un  suintement  séreux  dp  la  plaie,  par  suite  de  la  liquéfaction 
des  caillots. 

La  malade  n’a  pu  se  lever  et  marcher  qu’au  bout  de  vingt-huit  jours  : 
son  membre  étant  engourdi  et  privé  de  force.  Puis  elle  a  recouvré  ses 
mouvements,  a  marché  en  boitillant  quelque  peu  vers  le  trente  et 
unième  jour. 

Elle  quitte  alors  l’hôpital,  mais  nous  la  faisons  revenir  tous  les  deux 
jours  pour  la  faire  masser  et  électriser  (courants  galvaniques,  puis 
faradiques). 


société  i>e  etmtCKuiB 


Mi 


Actuellement,  elle  marche,  mais  pas  encore  d’une  façon  très  solide 
•et  délibérée. 

L’exploration  électrique  montrait  dans  les  premiers  temps  Une  légère 
réaction  de  dégénérescence  du  groupe  antérieur  de  la  jambe  et  des 
péroniers.  Le  quadriceps  était  peu  touché.  Le  triceps  sural  réagissait 
normalement. 

Il  persiste  encore  un  œdème  marqué  du  membre  opéré,  plus  gros 
-que  le  droit.  Cela  est  surtout  visible  à  la  jambe. 

Il  y  a  une  infiltration  dure  des  tissus  sous  cutanés  au  niveau  de  la 
cicatrice  qui,  tous  les  jours,  s-accomplit  un  peu  plus. 

La  tension  artérielle  prise  au  Pachon  au  niveau  creux  poplité  donne 
les  chiffres  suivants  : 

Max.  Min. 


A  droite,  côté  sain  .  .' .  '18  9 

A  gauche,  côté  malade .  9  S 


Il  n’est  pas  possible  de  prendre'la  tension,  au  niveau  des  malléoles 
.du  côté  malade. 

Cette  observation  est  un  succès  de  plus  en  faveur  de  la  ligature 
-de  l’artère  fémorale,  pratiquée  après  la  blessure  de  cette  artère  et 
la  formation  d’un  hématome  anévrismal  diffus. 

Mais  ce  succès  est  incomplet.  Certes,  il  n’y  a  pas  eu  de  .gangrène 
-du  pied  et  de  la  jambe.  Mais  la  circulation,  au  bout  de  deux  mois, 
est  encore  diminuée  :  le  membre  n’a  pas  retrouvé  sa  vigueur. 

Il  est  probable  que  la  suture  artérielle  aurait  donné  un  meilleur 
résultat,  en  laissant  libre  la  grande  voie  de  la  circulation  arté¬ 
rielle.  Malheureusement,  je  n’ai  pu  la  pratiquer,  car  l’artèr'e 
adhérente  à  la  paroi  du  canal  deïïunter  ne  se  laissait  pas  retourner 
et  ne  montrait  pas  la  plaie  de  sa  face  postérieure.  Je  ne  pouvais 
voir  que  celle  qui  existait  sur  la  face  antérieure. 

J’ai  donc  été  obligé  de  renoncer  à  la  suture  et.pratiquer,  malgré 
moi,  la  ligature. 


Hernie  iunicjuaire 

au  niveau  d'une  suture  d'occlusion  de  l'estomac , 
par  M.  HARTMANN. 

ïja  malade  que  je  vous  présente  est  une  jeune  femme  de 
vingt  ët  un  ans,  chez  laquelle  j’ai  dû  intervenir  à  trois  reprises 
successives. 

Cne  première  fois,  le  8  juillet  1921,  j’ai  fait  une  gastro-entérostomie 
pour  des  accidents  d’uïcus  gastrique.  Calmée  momentanément,  elle  a 
vu  ses  douleurs  reparaître  au  bout  de  quelque  temps;  aussi,  en  mai 


SÉANCE  DU  28  FÉVRIER 


363- 


1922,  ai-ie  pratiqué  une  gastro-pylorectomie  pour  ulcère  de  la  petite- 
courbure  juxta-pylorique.  Pendant  trois  mois,  la  malade  alla  bien  et 
augmenta  de  3-.500  grammes.  Mais,  en  août  1922,  elle  recommença  à 
éprouver  de  petites  douleurs  qui,  au  début,  n’apparaissaient  qu’après- 
le  repas  de  midi;  ces  douleurs  augmentèrent  progressivement,  appa¬ 
rurent  même  le  matin  à  jeun,  calmées  parfois  à  la  suite  dû*  petit 
déjeuner;  finalement,  la  malade  souffre  d’Une  manière  à  peu  près  con¬ 
tinue,  maxima  20  à  30  minules  après  les  repas,  cette  exacerbation 
persistant  pendant  trois  à  quatre  heures.  La  douleur  siège  à  l’épigastre,, 
elle  s’irradie  dans  la  région  dorsale  et  s’accompagne  de  renvois  acides^ 
d’amaigrissement.  Aucune  amélioration  par  le  régime  et  les  traite¬ 
ments  médicaux.  Aussi,  le  7  janvier  1923,  la  malade  rentre  àd’hôpilal. 

Le  tubage  le  matin  à  jeun  retire  2b  cent,  cubes  de  liquide  jaunâtre, 
acide  au  tournesol,  sans  résidus  alimentaires. 

L’examen  radioscopique  montre  une  évacuation  régulière  par  la 
bouche  gastro-jéjunale;  en  bas  de  la  petite  courbure,  on  voit  une  sailli'é- 
en  forme  de  niche,  visible  surtout  en  position  oblique  antérieure 
gauche.  La  forme  de  cette  saillie  ne  se  modifie  pas  au  moment  des 
contractions  de  l’estomac  ;  c’est  à  son  niveau  que  la  malade  rapporte 
la  douleur  spontanée.  Les  contractions  prennent  naissance  au  niveau 
du  tiers  supérieur  de  l’estomac;  certaines  d’entre  ellës  déforment 
presque  constamment  là  grande  courbure  en  regard  de  la  petite  saillie 
diverticuliforme. 

En  présence  dé  ces  symptômes,  nous  nous  sommes  demandé- 
s’il  s’élait  formé  un  nouvel  ulcère  avec  niche,  bien  que  cela  nous 
parût  très  anormal,  et  devant  l’insistance  de  la  malade  nous  nous 
sommes,  décidé  à  réintervenir.  de  nouveau. 

Le  29  janvier  1923,  nous  réincisonS  l’ancienne  cicatrice  médiane 
épigastrique.;  nous  vérifions  l’état  de  la  bouche  anastomotique,  qui  est 
bien  perméable,  souple  et  sans  adhérences.  Au  niveau  de  là  partie 
inférieure  droite  de  la  suture  d’occlusion  gastrique,  existe  une  sorle- 
de  hernie,  luniquaire  du  volume  d’une  forte  noisette,  réductible. 
Excision,  de  la  hernie,  suture  de  la.muqueuse.au. calgut,  enfouissement 
sous  un  surjet  à  la  soje  non  perforant. 

A  l’œil  nu,  on  ne  voit  aucune  ulcération  sur  la  muqueuse  de  ce 
diverticule.  Notre. collègue,  le  professeur  Menetrier,  auquel  nous  avor.s- 
confié  la  pièce,  nous  a.  remis  la  note  suivante  :  «  La  muqueuse  enlevée 
présente  une  hyperplasie  générale  des  glandes  muqueuses,  les  unes 
parfaitement  conformées,  sauf  l’augmentation  de  leurs  dimensions,  lès 
autres  déformées,  légèrement  hyperplasiques.  Infiltration  lymphe— 
cnnjonctlve  entre,  les  glandes  ;  nombreux  éosinophiles.  Au  niveau  di  S- 
ûlsde  suture,  on.  observe  d’une  part. en,  un  point  une  réaction  poly¬ 
nucléaire  assez  marquée,  et,  pour  le  reste,  des  phénomènes  de  phago¬ 
cytose  avec  cellules  géantes  enveloppant  et. dissociant  les  brins  de  fil.  » 

Depuis  cette  nouvelle  intervention,  la  malade  mange  et  digère  bien  ; 
elle  n’éprouve  plus  la  n  oindie  douleur. 


364 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Présentation  de  radiographies. 

Rotulectomie.  Transplantation  d'une  rotule  de  cadavre 

et  de  ses  ailerons  fixés  à  l'alcool.  Résultat  après  quatre  ans, 

par  M.  RAYMOND  GRÉGOIRE. 

C’est  au  nom  de  M.  Delrez  (de.  Liège)  que  je  vous  présente  ces 
radiographies.  Bien  qu’il  ait  été  fait  allusion  à  ce  cas  dans  le 
dernier  numéro  des  Archives  franco-belges  de  chirurgie,  je  pense 
qu’il  est  assez  remarquable  et  assez  exceptionnel  pour  figurer 
dans  nos  Bulletins. 

Observation  (M.  Delrez).  —  A  la  suile  d’une  publication  de  Nageolte  et 
Sencert  (La  Presse  médicale,  9  décembre  1918),  j’ai  implanté  à  différentes 
reprises  des  tissus  morts,  notamment  des  tendons  et  des  os;  j’ai  revu 
tout  récemment  un  blessé  auquel  j’avais  greffé  une  rotule  et  ses  aile¬ 
rons  fixés  à  l’alcool  au  lieu  et  place  de  la  rotule  que  j’avais  dû  lui 
enlever  trois  mois  et  demi  auparavant. 

Le  soldat  V.  Th...,  estatteintle  29  septembre  i918,  au  cours  del’offen- 
sive  des  Flandres,  de  plaies  multiples  par  éclat  dobus.  Il  est  amené  à 
l’ambulance  du  Dr  Depage  le  1er  octobre  et  opéré  (quarante-huit  heures 
après  la  blessure).  Un  des  éclats  a  pénétré  dans  le  genou  droit  par  sa 
face  antérieure,  a  fracassé  ia  rotule  et  est  resté  inclus  dans  l’articula¬ 
tion.  Je  pratique  l'arthrotomie  transversale;  la  rotule,  littéralement 
pulvérisée,  est  extirpée  entièrement;  l’éclat  métallique,  libre  dans 
l’articulation,  est  extrait;  fémur  et  tibia  sont  intacts,  mais  la  synoviale 
est  en  pleine  réaction  ;  elle  est  rouge,  tuméfiée,  déjà  il  y  a  exsudation 
trouble;  elle  parait  infectée.  Bien  que  la  blessure  date  de  quarante- 
huit  heures  et  malgré  l’aspect  réactionnel  de  la  synoviale,  je  me 
l’ésous  cependant  à  une  tentative  de  conservation,  confiant  dans 
le  pouvoir  défensif  de  la  synoviale.  Après  épluchage  soigneux,  le 
tendon  du  quadriceps  est  réuni  au  tendon  rotulien  par  un  fil  de  bronze  ; 
la  capsule  est  reconstituée  et  la  plaie  entièrement  suturée. 

Laisser  cette  articulation  ouverte,  c’élait  la  condamner  fatalement  à 
la  suppuration  et  à  l'ankylose  car,  en  cas  d’arthrite  purulente,  je 
n’aurais  même  pas  eu  la  ressource  de  la  mobilisation  active.  La 
réunion  sefit  par  première  intention;  vers  le  dixième  jour,  commen¬ 
cent  de  prudents  essais  de  mobilisation. 

Le  tO  janvier  1919,  la  marche  reste  très  défectueuse,  la  flexion 
active  est  presque  nulle,  la  flexion  passive  ne  dépasse  pas  18  à  20°; 
pendant  la  marche,  le  membre  reste  raide,  traîne  derrière  le  membre 
sain,  le  pied  en  rotation  externe;  faute  de  flexion  du  genou,  le  membre 
est  relativement  trop  long. . 

Ce  résultat,  près  de  trois  mois  et  demi  après  l’intervention,  laissait 


SÉANCE  DU  28  JANVIER 


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beaucoup  à  désirer  ;  dès  lors,  je  songeai  à  la  réimplantation  d’une 
rotule. 

Le  13  janvier  1919,  je  prélève  aseptiquement  sur  un  cadavre  frais,  les 
deux  rotules,  la  rotule  droite  avec  le  ligament  rotulien,  le  ligament  du 
■quadriceps,  le  ligament  graisseux,  et  latéralement,  sur  une  largeur  de 


Fig.  1. 

1  cent.  1/2  environ,  les  ailerons  et  la  capsule  doublée  de  la  synoviale; 
le  tout  est  fixé  à  l’alcool  à  80». 

Le  16  janvier  1919,  je  pratique  la  réimplantation  rotulienne  :  exci¬ 
sion  de  la  cicatrice  cutanée,  décollement  de  la  peau  vers  le  haut  et 
surtout  vers  le  bas  ;  le  fil  de  bronze  de  suture  est  extirpé,  la  cicatrice 
unissant  le  tendon  rotulien  au  tendon  du  quadriceps  est  divisé 
transversalement;  elle  n’a  pas  contracté  d’adhérence  dans  la  profon¬ 
deur.  L’articulation  est  intacte,  sauf  au  niveau  du  cul-de-sac  sous- 
quadricipilal  partiellement  comblé  par  du  tissu  de  cicatrice  ;  les  liga¬ 
ments  croisés  et  graisseux,  les  ménisques  persistent  intacts. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Vers  le  bas,  le  tendon,  rotulien  est  dégagé  aux  ciseaux  d.e  l’aponé¬ 
vrose  superficielle  ;  vers  le  haut,  le  tendon  du  quadriceps  est;  à  son 
tour  dégagé  et  fendu  verticalemen  t,  en,  son  milieu,  sur.  une  hauteur  de 
5  à, 6-  centimètres  ;  üéchanorure  ainsi  ménagée  est  destinée. à  recevoir 
le  tendon  du.  quadriceps.  de  la  nouvelle  rotule.  Le  genou  ainsi  préparé 
est  porté  sans  résistance  en  flexion  à  90°. 

Le  transplant,  avant  d’être  utilisé,  a  baigné.une  demi  heure  dans 
du  liquide  physiologique;  il  est  d’abord  débarrassé  du  ligament  grais¬ 
seux  inutile;  le  tendon  rotulien  mort  est  glissé  entre  le  tendon  rotulien 
vivant  et  l’aponévrose  superficielle  ;  les  deux  tendons  sont  suturés  au 
catgut;  le  tendon  graisseux  vivant  est  relevé  et  fixé  au  bec  de  la  rotule. 
Vers  le  haut:  le  tendon  du  quadriceps  mort  est  taillé  triangu'airement, 
son  extrémité  supérieure  introduite  entre  les  deux  lèvres  du  tendon 


du  quadriceps  vivant,  divisé  comme  je  l’ai  dit  ci-dessus;  il  est  suturé 
au  catgutà  ces  deux  lèvres.  La  rotule  implantée,  il  reste  à  j’articulation 
deux  ouvertures  latérales  :  la  brèche  interne  est  facilement  comblée  en 
suturant  la  capsule  vivante  (avec  sa  synoviale),  à  l’aileron  capsulo- 
synovial  mort  qui  borde  la  rotule  morte;  du  côté  externe,  le  liséré  est 
un  peu  trop  étroit;  il  persiste  là  un  orifice  de  2  à  3  cent,  carrés  où  le 
bord  externe  du  condyle  externe  n’est  pas  recouvert;  suture  complète 
de  la  peau.  L’opération  plastique  eût  été  complète  si  l’aileron  rotulien 
externe  avait  été  prélevé  plus  largement. 

La  réunion  se  fit  par  première  intention,  sans;  la  moindree  réaction. 

Déjàiam  septième  jour,  oncommença  la;  mobilisatiorndir  genou.  Après 
quatre  semaines,  Uopéré  est:  debout  et  marche;;  après;  six:  semaines;  la 
flexion  active  atteint- 30  à>  35?. 

En  décembre;  1922',  près  de  quatre*  ans  après;  l'opération,,  l'état  est.  le 
suivant  :  l’extension  active  du  genou;  est  totale;,,  llappaneik  extenseur 
n’est  dono  pas  trop  long;:  la  flexion; active1  atteint  l’angle  droit,. mais  ne 
peut  lie: dépasser;  l'es  mouvements  s’aocompagnenl!  d’une:  crépitation 
légère,  indolore:  La.  musculature  est.  en: déficit,  mais  ,  1er  tonus;  muscu- 


SÉANCE  DU  28  FÉVRIER 


laire  est  normal;  périmètre  de  la  cuisse  droite  42  cent.  1/2,  à  gauche 
(côté  sain)  44  cent.;  à  la  jambe,  34  cent,  à  gauche,  33  cent,  à  droite; 
la  rotule  occupe  son  niveau  normal,  est  bien  appliquée  contre  les 
condyles,  aussi  mobile  que  la  rotule  du  côté  sain.  En  la  déplaçant,  la 
main  perçoit,  comme  du  côté  gauche,  le  glissement  du  cartilage  rolu- 
lien  sur  le  cartilage  fémoral.  Il  n’y  a  pas,  il  n’y  a  jamais  eu  d’épanche¬ 
ment  articulaire.  La  marche  est  absolument  normale;  il  est  absolu¬ 
ment  impossible,  sur  le  blessé  debout  ou  en  marche,  de  reconnaître  le 
côté  opéré;  la  course  est  aussi  aisée  qu’avant  la  blessure.  L’opéré 
exerce  la  profession  d’ajusteur  dans  une  usine  métallurgique,  reste 
debout  la  journée  entière  sans  éprouver  la  moindre  fatigue.  «  Le  soir, 
ajoute  mon  opéré,  lorsque  avec  mes  compagnons  nous  devons  faire 
un  pas  de  course  pour  arriver  au  train  qui  nous  emmène  chez  nous, 
j’arrive  dans  les  premiers.  »  Il  ne  peut  cependant  se  mettre  à  genoux 
sur  le  genou  droit,  car  la  flexion  ne  dépasse  pas  90°. 

Les  épreuves  radiographiques  ci-jointes  montrent;  la  première 
(radio  de  profil)  qu’il  s’est  formé  au-dessus  de  la  rotule  une  fine' 
traînée  osseuse  qui  paraît  siéger  dans  le  ligament  du  quadrioeps  et 
qui  n’existait  pas  sept  mois  après  l’opération;  peut-être  s’est-elle 
constituée  aux  dépens  de  débris  périostiques  restés  adhérents  au 
tendon  lors  de  la  rotulectomie.  Ce  détail  négligé,  la  rotule  paraît 
entièrement  saine,  on  y  reconnaît  même  les  travées  osseuses; 

La  deuxième  épreuve  a  été  prise  en  examen  supérieur,  les  deux 
genoux  étant  fléchis  à  l’angle  droit;  la  face  profonde  de  la  rotule 
s’adapte,  en  somme,  bien  à  la  gorge  intercondylienne;  sa  face 
antérieure  est  semée  de  petites  irrégularités,  mais  l’image  de  l’os, 
bien  que  plus  floue,  diffère  assez  peu,  dans  l’ensemble,  de  celle 
du  côté  sain. 

M.  Mauclaire.  —  Ce  qui  est  curieux  ici,  c’est  que  la  réhabita¬ 
tion  de  l’os  cadavérique  n’a  pas  pu  se  faire  par  l’os  contigu 
comme  dans  les  cas  de  Kuttner  et  de  Lexer.  Elle  a  dû  se  faire  par 
les  tissus  mous  adhérents.  Cependant,  pour  être  certain  de  la  revi¬ 
viscence  de  l’os,  il  faudrait  en  examiner  un  fragment.  Si  l’os  est 
reconnu  mort,  c’est-à-dire  privé  d’ostéoblastes,  il  se  cassera  comme 
dans  le  cas  présenté  ici  par  Tavernier.  Cela  ne  m’empêche  pas  de 
dire  que  le  résultat  est  admirable. 


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SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Présentations  de  pièces. 


Kyste  hydatique  calcifié  de  la  petite  courbure 
et  du  petit  épiploon.  Extirpation, 

par  M.  SAVARIAUD. 

La  tumeur  que  je  vous  présente  a  beaucoup  intrigué  la  sagacité 
des  différents  cliniciens  qui  ont  vu  la  malade.  La  radiographie 
aurait  permis  sans  doute  de  faire  le  diagnostic  si  on  avait  pensé  à 
la  possibilité  d’un  kyste  hydatique  du  petit  épiploon,  car  elle 
montrait  une  tumeur  demi-transparente,  sphérique,  à  contour 
ondulé,  située  sur  le  flanc  gauche  de  la  3°  vertèbre  lombaire  et 
refoulant  à  gauche  l’estomac.  Comme  la  mobilité  était  minime,  je 
crus  à  un  kyste  du  pancréas.  L’insufflation  de  l’estomac  ne  fut  pas 
faite.  Elle  aurait  sans  doute  permis  de  trancher  le  diagnostic. 

Comme  antécédent  digne  d’être  retenu  :  un  urticaire  survenu 
quatre  ans  avant  et  ayant  résisté  pendant  un  an  àla  thérapeutique. 
Depuis  lors,  pendant  deux  ans,  diarrhée  chronique,  parfois  avec 
lienlérie,  amaigrissement  de  40  livres.  Pituites  nocturnes  réveillant 
la  malade  qui  se  rendormait  après  avoir  rendu  une  gorgée  de 
liquide  clair  et  sans  goût.  Nervosisme  extrême. 

L’opération  montra  sous  l’hypocondre  gauche  une  tumeur 
arrondie,  lisse,  polie,  blanchâtre,  de  consistance  ostéo-cartila- 
gineuse,  rappelant  l’aspect  de  l’extrémité  inférieure  du  fémur. 

Elle  était  située  dans  le  petit  épiploon,  mais  adhérait  intime¬ 
ment  à  l’estomac.  On  put,  néanmoins,  arriver  à  enlever  la  tumeur 
sans  perforer  la  muqueuse  stomacale,  mais  non  sans  laisser  des 
fibres  musculaires  adhérentes  à  la  tumeur. 

La  pièce  en  mains,  j’ignorais  encore  à  quel  genre  de  tumeur 
j’avais  affaire.  C’est  à  ce- moment,  seulement,  que  je  pensai  à  un 
kyste  hydatique  calcifié.  J’en  eus  bientôt  la  preuve,  car,  ayant 
fendu  la  tumeur,  je  vis  que  son  centre  était  occupé  par  une  masse 
d’apparence  gélatineuse  qui  ne  pouvait  laisser  de  doutes. 

En  présence  de  cette  tumeur,  on  peut  se  demander  s’il  s’agit 
d’un  kyste  primitif  ou  d’un  kyste  secondaire. 

Notre  collègue  Devé,  auquel  j’ai  soumis  le  cas,  et  dont  vous 
connaissez  tous  la  grande  compétence,  incline  à  penser  qu’il  s’agit 
d’un  kyste  secondaire  consécutif  à  la  rupture  plus  ou  moins 
latente  et  plus  ou  moins  ancienne  d’un  kyste  du  foie. 

S’il  est  exact  que  la  production  de  l’urticaire  est  un  signe  de 


SÉANCE  DU  28  FÉVRIER  369 


rupture,  on  peut  trouver  dans  l’urticaire  tenace  qu’à  présentée 
notre  malade  un  signe  en  faveur  de  cette  interprétation. 

D’autre  part,  il  n’existe  point  de  signes  de  kyste  du  foie.  La 
radio  est  à  ce  point  de  vue  négative.  Il  ne  semble  point  non  plus 
qu’il  y  ait  d’autres  kystes  dans  le  péritoine  ou  le  petit  bassin.  Dans 
ces  conditions,  je  suis  amené  à  penser  qu’il  s’agit  d’un  kyste 
solitaire  primitivement  développé  dans  la  paroi  de  l’estomac  et 
ensuite  dans  l’épiploon  gastro-hépatique.  Il  est  vraisemblable  que 
l’embryon  hexacanthe  mis  en  liberté  au  contact  du  suc  gastrique, 
a  perforé  l’estomac  ét  s’est  enkysté  dans  la  tunique  musculaire  ou 
dans  le  tissu  cellulaire  de  la  petite  courbure. 

Je  vous  rappelle  qu’ici  même,  notre  collègue  Dujarier  [Bull,  et 
Mém.  de  la  Société  de  Chirurgie,  1908,  p.  713,  M.  Hartmann,  rap¬ 
porteur),  a  publié  un  cas  de  kyste  hydatique  de  l’estomac  indiscu¬ 
table,  le  kyste  était  développé  dans  la  tunique  sous-muqueuse  de 
l’estomac. 

Après  l’ablation  de  la  tumeur,  la  muqueuse  faisait  hernie 
à  travers  une  perte  de  substance  de  la  musculaire,  et  l’examen 
histologique  fait  par  Lecène  montra  que  le  kyste  était  revêtu  par 
la  musculaire  et  la  séreuse. 

A  propos  du  cas  de  Dujarier,  M.  Tuf  fier  a  cité  un  cas  de  kyste 
de  la  petite  courbure  analogue  au  nôtre.  Notre  collègue  Devé,  qui 
connaît  à  fond  la  question,  m’a  encore  signalé  deux  cas.  L’un 
appartient  àMori  ( Gazz .  degli  Osped.  e  delle  Cliniche,  11  mai  1902, 
p.  800,  obs.  3),  vérifié  à  l’autopsie.  Il  est  antérieur  au  fait  de 
Dujarier. 

L'autre  est  une  pièce  du  musée  de  Budapest  (professeur  Entz). 
Elle  est  relative  à  un  kyste  du  volume  d’une  noix,  développé  au 
niveau  de  la  région  pylorique  et  paraissant  bien  développé  dans 
la  couche  musculaire. 


Tumeur  cérébrale , 
par  M.  T.  DE  MARTEL. 

Je  vous  montre  une  tumeur  cérébrale  (fibro-sarcome  probable¬ 
ment)  que  j’ai  enlevée  ce  matin. 

Le  malade  en  question  ne. présentait  aucun  signe  de  locali¬ 
sation,  mais  seulement  un  syndrome  d’hypertension.  J’ai  pratiqué 
chez  lui  la  craniectomie  totale  exploratrice  dont  je  vous  ai  déjà 
parlé. 


370 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


■Cette  opération,  sous  anesthésie  locale,  est  parfaitement  sup¬ 
portée.  Le  cerveau  est  exposé  par  sa  face  convexe  aussi  bien  qu'à 
l’autopsie.  Une  fois  la  dure-mère  incisée,  j’ai  aperçu  la  tumeur  qui 
siégeait  dans  le  lobe  frontal  gauche,  avait  perforé  la  faux  du 
cerveau  et  avait  pénétré  dans  le  lobe  frontal  droit.  Il  me  semble 
que  cette  méthode  mérite  vraiment  d’être  prise  en  considération, 
étant  donné  combien  fréquentes  sont  les  tumeurs  cérébrales  dont 
la  localisation  neurologique  est  impossible. 


Déclaration  de  vacance. 

M.  le  Président  déclare  vacante  une  place  de  membre  titulaire. 
Les  candidats  ont  un  mois  pour  poser  leur  candidature. 


Le  Secrétaire  annuel, 
M.  Ombrédanne. 


SÉANCE  DU  7  MARS  1923 


Présidence  de  M.  Mauclaire. 


Procès-verbal . 

La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente 
aux  voix  et  adoptée. 


Correspondance. 

lia  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  périodiques  de  la  semaine. 

2°.  —  Des  lettres  de  MM.  Michon,  Labey  et  Lapointe,  s’excusant 
de  ne  pouvoir  assister  à  la  séance. 

3°.  —  Une  lettre  de  M.  Chevassu,  demandant  un  congé  pen¬ 
dant  la  durée  de  son  cours. 

4°.  —  Une  lettre  de  M.  Sorrel,  posant  sa  candidature  à  la 
place  de  membre  titulaire. 


A  propos  de  la  correspondance 

1°.  —  Un  travail  de  MM.  Combier  et  Murard  (du  Creusot),  inti¬ 
tulé  :  Le  cloisonnement  du  vagin  comme  traitement  des  prolapsus 
génitaux. 

M.  Chifoltau,  rapporteur. 

2°.  —  Un  travail  de  M.  le  D1'  Revel  (de  Nîmes),  intitulé  :  Un 
troisième  cas  d'ulcération  intestinale  par  calcul  biliaire. 

M.  Alolave,  rapporteur. 


M.  le  Président  annonce  que  MM.  Leriche  (de  Lyon)  et  Migi- 
niac  (de  Toulouse),  correspondants  nationaux,  assistent  à  la 
séance. 


BULL.  ET  MÉM. 


1^23.  —  N»  9. 


372 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Rapports. 

Autoplasties  faciales  par  lambeaux  cutanés 
à  longs  pédicules  tabulés , 

par  M.  Paul  Moure, 

Chirurgien  des  Hôpitaux. 

Rapport  de  M.  CH.  LENORMANT. 


Dans  une  de  nos  dernières  séances,  M.  Moure  vous  a  pré¬ 
senté  trois  malades  de  mon  service  de  l’hôpital  Saint-Louis  chez- 
lesquels  il  a  pratiqué  des  autoplaslies  de  la  face  par  un  procédé 
dérivé  de  celui  de  Dufourmenlel  dont  M.  Sebileau  vous  a  entretenu 
à  plusieurs  reprises. 

Ce  procédé  emprunte  sur  le  cuir  chevelu  un  greffon  cutané  qui' 
peut  être  descendu  grâce  à  deux  pédicules  temporaux,  incor¬ 
porant  les  artères  temporales.  Or,  comme  l’a  montré  Gillies,  de- 
Londres,  dans  son  très  bel  A  lias  de  chirurgie  faciale ,  on  peut 
favoriser  par  une  suture  immédiate  la  tendance  naturelle  à 
l’enroulement  que  possède  tout  lambeau  cutané  flottant. 

A  l’extrémité  de  ces  pédicules  enroulés  ou  lubulés,  ainsi  pré¬ 
parés  d’avance,  il  est  possible  de  transporter,  à  très  grande 
distance,  des  greffons  cutanés  de  vastes  dimensions. 

L’enroulement  des  pédicules  favorise  singulièrement  l’irrigation- 
du  greffon  auquel  le  sang  est  directement  conduit  sans  éprouver 
de  fuite  le  long  de  sa  route.  En  effet,  si  l’on  procède  en  un  seul 
temps,  lorsque  le  lambeau  pédiculé  vient  d’être  taillé  et  reste 
étalé,  la  plus  grande  partie  du  sang  qui  lui  est  destiné  s’évade 
tout  le  long  des  bords  du  pédicule  par  la  lumière  ouverte  des 
vaisseaux  sectionnés.  La  pression  sanguine  tombe  alors  fatalement 
et  devient  insuffisante  pour  assurer  l’irrigation  du  lambeau.  Au 
contraire,  en  enroulant  et  en  suturant  l’un  à  l’autre  les  deux  bords 
du  pédicule,  celui-ci,  malgré  son  apparence  grêle,  suffit  à  la 
nutrition,  car  le  sang,  ne  subissant  plus  de  pertes  latérales, 
conserve  une  pression  normale  qui  le  pousse  jusqu’à  l’extrémité 
du  greffon. 

L’emploi  du  pédicule  tabulé  permet  d’étendre  les  indications 
de  la  chirurgie  faciale  réparatrice,  car  on  peut  emprunter  le 
greffon  cutané,  non  seulement  au  cuir  chevelu,  mais  encore  à  la 
région  cervicale,  dorsale  ou  thoracique. 

11  faut  reconnaître,  cependant,  que  le  cuir  chevelu  présente  le 
double  avantage  d’offrir  un  matériel  de  premier  ordre  par  la 


SÉANCE  DU  7  MARS 


'373 


richesse  de  sa  vascularisation  et  de  fournir  un  greffon  chevelu  qui 
peut  avantageusement  remplacer  la  moustache  ou  la  barbe. 

Ce  procédé  d’autoplastie  comprehd  les  temps  opératoires  sui¬ 
vants  : 

1°  Préparation  du  pédicule.  —  Le  point  d’implantation  et  lès 
dimensions  du  pédicule  doivent  être  calculés  suivant  la  distance 
qui  sépare  le  futur  greffon  de  la  perte  de  substance  à  combler. 

Les  deux  bords  du  pédicule  enroulé  seront  suturés  l’un  à  l’autre- 
par  des  points  séparés  et  la  surface  cruentée  qui  résulte  de  la: 
taille  de  ce  pédicule  sera  recouverte  de  compresses  vaselinées. 

2°  Taille  du  lambeau.  —  Deux  ou  trois  semaines  plus  tard,  ont 
peut  tailler  le  lambeau  à  l’extremité  du  pédicule  pour  le  trans¬ 
porter  et  le  suturer  au  pourtour  avivé  de  la  perte  de  substance  à 
combler.  Chez  les  sujets  très  jeunes,  la  taille  et  la  transplantation 
du  lambeau  peuvent  s’exécuter  dans  la  même  séance;  mais  chez: 
les  sujets  âgés  il  est  prudent  de  décoller  progressivement  le 
greffon  après  l’avoir  taillé  et  de  s’assurer  de  sa  vitalité  avant  de  le- 
transplanter.  Cette  précaution,  utile  pour  certains  lambeaux: 
crâniens,  devient  indispensable  lorsque  le  greffon'  sera  prélevé- 
sur  la  région  cervicale,  dorsale  ou  thoracique,  sous  peine  d& 
l’exposer  à  un  sphacèle  partiel. 

3°  Section  du  pédicule.  —  Lorsque  le  greffon,  exclusivement 
irrigué  durant  les  premiers  jours  par  son  pédicule  tubulé,  aura- 
contracté  des  connexions  vasculaires  suffisantes  (deux  ou  trois 
semaines  environ),  il  faut  sectionner  le  ou  les  pédicules,  les 
dérouler  et  les  remettre  à  leur  place  primitive.  En  procédant 
ainsi,  pas  un  centimètre  de  tégument  n’est  perdu  et  l’élasticité  de¬ 
là  peau  permet,  en  général,  de  combler  presque  complètement  la- 
perte  de  substance  qui  résulte  de  la  prise  du  greffon.  Lorsqu'il 
existe  deux  pédicules,  il  est  prudent  de  les  sectionner  en  deux: 
séances,  à  quelques  jours  d’intervalle. 

4°  Adaptation  du  greffon.  —  Il  ne  reste  plus  qu’à  adapter  le 
greffon,  souvent  informe,  par  de  patientes  retouches  successives,, 
afin  d’obtenir  un  bon  résultat  esthétique.  Parmi  ces  retouches 
nécessaires,  il  est  souvent  important  d’épiler  le  lambeau  crânien 
transplanté.  Pour  obtenir  la  chute  définitive  des  poils,  Moure  a 
renoncé  aux  rayons  X  et  à  l’électrolyse,  pour  employer  un  moyen 
chirurgical  d’épilation  qui  lui  paraît  plus  simple  et  plus  radical. 

Ce  moyen  consiste  simplement  à  détruire  les  bulbes  pileux  à. 
l’aide  d’une  curette  tranchante  par  la  face  profonde  du  lambeau. 
Cette  destruction  doit  s’effectuer  par  temps  sucpessifs,  au  moment 
où  l’on  procède  à  l’adaptation  esthétique  définitive  du  lambeau  à 
la  périphérie  de  la  perte  de  substance. 


374 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Dans  certains  cas,  au  contraire,  le  lambeau  pileux  est  très  utile, 
'car  il  peut  avantageusement  remplacer  la  barbe,  la  moustache  et 
même  le  sourcil. 

Des  trois  malades  que-  vous  a  présentés  Moure,  le  premier  avait 
son  autoplastie  complètement  terminée.  C’est  un  homme  chez 
lequel  j’avais  pratiqué  l’ablation. large  d’un  cancer  de  la  commis¬ 
sure  labiale  gauche.  Moure  a  bien  voulu  se  charger  de  la  répara¬ 
tion  de  la  vaste,  perte  de.  substance  qui  portait  sur  le  tiers  externe 
de.  la  lèvre  supérieure,  la  moitié  de  la  lèvre  inférieure  el  la  portion 
commissurale  de  la  joue  (fig.  1).  Dans  une  première:  intervention, 
le  10  septembre  19.20,  il  fit  la  libération  des  bords  de  la  perte  de 
substance  avec  taille  d’une  collerette,  qui,  fut  rabattue  vers  la 
cavité  buccale  pour  amorcer  l'épidermisation  profonde  du  lambeau 
•et j  en  même  temps,  il  tailla  et  abaissa  un  lambeau  crânien  à  pédi¬ 
cule  temporal  enroulé,,  qu’il  sutura  au  pourtour  avivé:  de  la  perte 
de  substance  (fi g.  2).  Le  pédicule  du  lambea.u  fut  sectionné  le 
6  octobre,  et  la  portion  inutilisée  de  ce  pédieule  déroulée  et  remise 
en  place,,  ce  qui  permit  de  combler  la  perte  de  substance  cr⬠
nienne  résultant  du  prélèvement  du  greffon  (fig.  3).  Enfin,  par  une 
dernière  opération,  le  25  novembre,,  an  fit  l’adaptation  et  la  régu¬ 
larisation  du  greffon,  et  on  le  retailla  pour  reconstituer  la  com¬ 
missure  labiale.  La  figure  4  montre  le  résultat  définitif;  j’ajoute 
que  ce  malade,  opéré  de  son  cancer  en  juillet  1920,  reste  aujour¬ 
d'hui  parfaitement  guéri  (1). 

La  seconde  malade  de  Moure  vous  a  été  présentée  également 
après  achèvement  de  son  autoplastie.  Elle  avait  été  opérée,  le 
2  juin  1922,  d’un  épilhélioma  du  lobule  du  nez  qui  avait  nécessité 
l’exérèse  presque  complète  de  la  pyramide  nasale  (fig.  5).  L’auto- 
plastie  débuta,  le  2L  août,  par  la  mise  en,  place  d’un  greffon  carti¬ 
lagineux  costal,  sous  la  peau  du  front.  Puis,  dans;  une  série 
d'interventions  échelonnées  du  2  au  16  octobre,  Moure  fit  la  taille 
du  lambeau  figuré  sur  la  photographie  n°  5  et  l’enroulement  de 
-ses  deux  pédicules  temporaux.  Le  16  octobre,  il  abaissa  le  lambeau 
-et  l'adapta  à  la  brèche  nasale  (fig.  6).  L’un  des  pédicules  fut  sec- 

(I)  Je  note,  en  passant,  que'  les  photographies  de  ce  malade  de  Moure, 
•déjà  publiées  dans  La  Presse  médicale  (24  décembre  1921),  ainsi  que  celles 
d’un  opéré  de  Djfourménteï  ( Journal  dé  Chirurgie,  ï.  XVI,  Ï926),  ont  été 
reproduites  dans  un  article  récent  de  Mae  Williams  et  Dunning  paru  dans 
Hurgery,  Gynecology  and  Obslelries  (t.  XXXVI,  p.l,  janvier  1923):  non  seulement 
les  noms  des  auteurs  français  ne  sont  pas  cités,  mais  le  texte  de  l’article  et 
les  légendes  des  figures  laisseraient  croire  à  un  lecteur  non  averti  que  ces. 
photographies  sont  celtes  d’opérés  de  Mac  Williams  et  Dunning.  Il  y  a  là  un 
plagiat  éhonté  et  une  malhonnêteté  scientifique  auxquels  ne  nous  ont  pas 
habitués  nos  collègues  américains  et  qui  méritait  d'être  relevé. 


_ 


SÉANCE  DD  7  MABS 


37» 


tionné  le  20  décembre  et  la  portion  inutilisée  eu  fut  remise  en 
place  après  étalement.  Même  opération  pour  l’autre  pédicule  le 
29  janvier  1923  :  il  ne  reste  plus,  'de  la  vaste  substance  frontale, 
qu’une  plaie  bourgeonnante  grande  comme  unepièce'de  2  francs 
que  l’on  recouvre  de  greffes  de  Thversch.  La  figtare  7  montre  le 
résultat  obtenu  au  moment  de  la  sortie  de  la  malade  (février  1923). 

La  dernière  malade  est  encore  en  cours  de  traitement,  et  de 
multiples  séances  seront  .certainement  nécessaires  pour  achever 
son  autoplastie.  42e  cas  est  néanmoins  intéressant  en  raison  de 
son  extrême  difficulté.  La  femme  dont  il  s’agit  présentait  un  vaste 
épithélioma  spino-cellulaire  de  la  joue  droite,  développé  sur  un 
Lupus  traité  par  la  radiothérapie;  le  néoplasme  avait  perforé  la 
joue  et  envahi  le  maxillaire  inférieur  :  la  situation  semblait  à 
peu  près  désespérée.  Moure  entreprit  néanmoins  la  cure  de  eette 
formidable  lésion.  Le  13  juillet  1921,  il  pratiquait  l’exérèse  large 
des  tissus  envahis  en  dédoublant  le  maxillaire;  il  revenait  encore 
à  la  charge  le  2  septembre  et  .enlevait  une  partie  suspecte  de 
l’os.  Quatre  mois  plus  .tard,  la  .récidive  <ne  s’étant  pas  produite, 
on  put  penser  à  réparer  l’énorme  perte  de  substance  que  repré¬ 
sente  la  figure  8. 

11  fallait,  pour  reconstituer  la  joue,  superposer  deux  lambeaux, 
l’un  interne  destiné  à  remplacer  la  muqueuse,  l’autre  qui  devait 
recouvrir  le  précédent.  Moure  se  décida  à  prendre  l’un  sur  la  région 
sous-épineuse,  l'autre  Sur  le  cuir  chevelu.  11  commença,  du 
10  janvier  au  13  mars  1922,  à  préparer  le  premier  lambeau,  dont 
le  pédicule  s’étendait  de  la  région  mastoïdienne  à  l’épaule  et  fut 
enroulé.  Le  13  mars,  il  détacha  le  lambeau  scapulaire  et  le  trans¬ 
porta  sur  la-brèche  à  combler  ;  celte  première  intervention  échoua 
et  le  lambeau  fut  ramené  en  place  (fig.  9).  Le  22  novembre, 
nouvelle  tentative  qui,  cette  fois,  réussit  :  le  lambeau  scapulaire 
est  fixé  au  pourtour  de  la  perte  de  substance,  sa  face  cutanée 
(future  muqueuse)  étant  tournée  en  dedans;  par-dessus,  on 
descend  et  ou  applique  un  second  lambeau,  tempopo-froutal,  à 
pédicule  enroulé. 

Cette  double  transplantation  réussit  (fig.  10)  et,  le  7  février  1923, 
les  pédicules  des  deux  lambeaux  ont  été  sectionnés  et  remis  en 
place.  Déjà  le  lambeau  profond  slest  modifié  et  tend  à  prendre 
l’aspect  d’une  muqueuse.  Il  reste  maintenant  à  modeler,  adapter 
et  façonner  le  greffon  :  la  tâche  sera  longue  et  délicate.  Mais 
déjà  réLoffe  est  en  place  (fig:  11),  informe  sans  doute,  mais  abon¬ 
dante  et  vivace. 

Les  applications  de  cette  méthode  -  d’autoplastie  faciale,  par 
longs  pédicules  tubulés,  sont  multiples,  car  il  est  possible  de 
réparer  ainsi  la  lèvre  supérieure  et  la  lèvre  inférieure,  le  nez,  la' 


376 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


joue  et  la  région  de  la  commissure,  souvent  si  difficile  à  recons¬ 
tituer.  Il  est,  en  outre,  possible  de  l’étendre  à  d’autres  régions  et 
<le  l’employer  pour  réparer  des  adhérences  cicatricielles  du 
creux  de  l’aisselle  ou  des  plis  de  flexion  des  membres. 

Ce  mode  de  transplantation  des  greffons  cutanés  est  beaucoup 
plus  supportable  pour  le  patient  que  la  greffe  italienne  qui  néces¬ 
site  une  immobilisation  prolongée,  dans  une  situation  souvent 
pénible.  Enfin,  l’emploi  du  pédicule  tubulé  permet  de  trans¬ 
planter  de  larges  greffons  cutanés,  donc  de  combler  de  larges 
■pertes  de  substance;  or,  celte  facilité  de  remplacement  est  parti¬ 
culièrement  intéressante,  car  elle  autorise  de  très  larges  exérèses 
dans  la  cure  des  cancers  de  la  face,  évitant  mieux  ainsi  les  chances 
de  récidive. 

En  terminant,  je  vous  propose  de  féliciter  M.  Moure  des  remar¬ 
quables  résultats  qu’il  a  su  obtenir,  à  force  d’ingéniosité  et  de 
patience,  dans  une  chirurgie  difficile  et  quelque  peu  ingrate.  Ce 
lui  sera  un  nouveau  titre  à  vos  suffrages,  après  beaucoup 
•d’autres,  lorsque  viendra  pour  lui  le  moment  de  faire  partie  de 
notre  Société. 

M.  Paul  Tmiéry.  —  J’avoue  ne  pas  partager  l’enthousiasme  de 
beaucoup  de  nos  collègues  pour  les  résultats  des  autoplasties  faciales 
•et  j’estime  que  souvent  les  résultats  ne  sont  pas  en  rapport  avec 
la  peine  que  s’est  donnée  le  chirurgien,  et  surtout  la  patience  des 
■opérés. 

La  plupart  du  temps  on  obtient,  surtout, en  ce  qui  concerne  le 
-nez,  un  résultat  qui  au  point  de  viie  esthétique  n’est  pas  beaucoup 
plus  satisfaisant  que  l’état  antérieur,  surtout  lorsqu’on  peut  le 
masquer  par  un  des  appareils  de  prothèse  qu’on  a  de  plus  en 
plus  perfectionnés.  Pour  les  chirurgiens,  les  figures  qui  viennent 
■d’être  projetées  et  dont  quelques-unes  ont  provoqué  quelque 
gaieté,  les  résultats  sont  certainement  des  plus  curieux;  mais  en 
•nous  plaçant  du  côté  malades  je  me  demande  si  une  de  nos  audi¬ 
trices,  atteinte  de  malformation,  se  sentirait  bien  entraînée  par 
les  résultats  obtenus. 

J'ai  parlé  des  pièces  de  proLhèse  :  je  me  rappelle  qu’à  une 
•époque  ou  elles  étaient  bien  moins  perfectionnées  qu'aujourd’hui 
Verneuil  m’envoya  rue  Daunou  préparer  une  opération  pour 
récidive  d’épilhélioma  du  nez  chez  un  malade  auquel  il  avait 
■déjà  supprimé  cet  organe  par  large  brèche  taillée  au  thermo¬ 
cautère.  Je  demandai  à  examiner  le  malade  avant  de  faire  mes 
préparatifs  et  fus  fort  étonné  de  constater  que  c’était  lui  qui, 
-dans  la  chambre  d’hôtel,  m’avait  ouvert  la  porte.'  L’appareil  en 
<«  céramique  »  fait  par  Martin  de  Lyon  était  si  parfait  que  dès 


SÉANCE  D,U  7 


377 


l’abord  je  n’avais  pas  remarqué  la  prothèse  :  la  pièce  étant 
enlevée,  les  fosses  nasales  étaient  horriblement  béantes.  Je  n’ai 
jamais  vu  un  résultat  d’autoplastie  qui,  au  point  de  vue  esthétique, 
eût  donné  un  résultat  même  approchant,  et  actuellement  la 
technique  de  la  prothèse  a  fait  encore  de  grands  progrès. 

M.  Mauclaire.  —  Pour  une  perte  de  substance  très  étendue  par 
•coup  de  fusil  de  la  commissure,  j’ai  pris  sur  le  cou  un  très  long 
lambeau  pédiculé  bicipital.  Une  des  tètes  du  lambeau  fit  la  lèvre 
supérieure  et  la  deuxième  tête  fit  la  lèvre  inférieure.  J’espère 
.montrer  la  malade  ici.  Le  résultat  est  très  satisfaisant. 

Cela  ne  m’empêche  pas  d’admirer  les  résultats  de  M.  Moure 
avec  les  longs  lambeaux  pris  sur  le  cuir  chevelu. 

Dans  un  travail  publié  en  1904,  j’ai  rapporté  un  cas  dans 
lequel  j’ai  utilisé  un  lambeau  cervical  à  long  pédicule  pour 
réparer  une  perte  de  substance  cutanée  consécutive  à  l’ablation 
-en  bloc  d’un  épithélioma  du  lobule  de  l’oreille  et  du  territoire 
lymphatique  correspondant.  Il  est  vrai  que  les  lambeaux  cer¬ 
vicaux  sont  moins  nourris  que  les  lambeaux  empruntés  au  cuir 
•chevelu.  Par  contre,  ceux-ci,  sont  recouverts  de  poils,  ce  qui  peut 
•être  un  inconvénient. 

M.  Ombrédanne.  —  J’ai  déjà  dit  combien  excellent  je  considérais 
le  grand  lambeau  en  jugulaire  de  Dufourmentel.  Les  pédicules 


Fig.  1.  Fig.  2. 


tubulaires  de  Moure  constituent  encore  un  [progrès,  et  je  les  ai 
■déjà  utilisés. 

Mais  je  pense  qu’il  ne  faudrait  pas  utiliser  dans  tous  les  cas 
-d’auloplastie  faciale  ces  grands  lambeaux  en  jugulaire. 


378 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Pour  la  restauration  de.  la  joue,  voici  bien  longtemps  que  j’ai 
dit  avee  Nélaion  la  nécessité  d’un  plan  profond,  lambeau  dou¬ 
blure  à  face  cutanée  tournée  vers  la  bouche.  En  pareil  cas, 
j’estime  que  les  téguments  fins  du  bras  amenés  par  la  méthode 
italienne  sont  plus  avantageux,  parce  que  le  lambeau  se  laisse 
facilement  redoubler  sur  lui-même.  J’ai  publié  dans  le  Traité  de 
chirurgie  réparatrice  la  photographie  d’un  soldat,  restauré  par  ce 
procédé  de  manière  vraiment  excellente. 

Pour  la  restauration  du  nez,  la  masse  fournie  par  le  lambeau 
tubulé  me  paraît  inférieure,  surtout  au  point  de  vue  fonctionnel, 
aux  nez  très  satisfaisants  que  donne  le  lambeau  frontal  armé  de 
cartilage  costal,  suivant  la  technique  que  nous  avons  réglée 
autrefois  avec  Nélaton. 

M.  Lenormant.  —  Je  n’ai  pas  voulu  prétendre  que  la  méthode 
des  lambeaux  à  pédicules  tabulés  doive  suppléer  toutes  autres  en 
matière  d’autoplasties.  Cette  chirurgie  est  assez  difficile  pour  que 
l’on  ait  recours  à  tous  les  procédés  suivant  les  circonstances. 
Pour  la  réparation  du  nez,  je  reconnais  volontiers  avec  Ombré- 
danne  que  le  lambeau  frontal  donne  d’excellents  résultats,  l'ayant 
moi-même  employé  en  pareil  cas  et  en  ayant  été  très  satisfait. 
Mais  je  pense  que,  grâce  aux  pédicules  tubulés,  on  peut  se  pro¬ 
curer  une  étoffe  abondante  et  vivace  et  réparer,  peut-être  mieux 
que  par  aucun  autre  moyen,  de  très  larges  perles  de  sub¬ 
stance, 

M.  Thiéry  a  une  opinion  d’ordre  esthétique,  qui  est  qu’il  vaut 
mieux  n’avoir  pas  de  nez  du  tout  que  d’en  avoir  un  créé  par 
autoplastie.  Cette  opinion  lui  est  personnelle.  Je  ne  crois  pas  que 
ce  soit  celle  de  la  plupart  des  mutités  ou  de  nos  malades  de 
Saint-Louis,  que  j’ai  toujours  vus  réclamer  la  réfection  d’un 
appendice  nasal,  même  informe.  En  tout  cas,  des  trois  opérés  de 
Moure,  c’est  la  dernière  qui  me  paraît  la  plus  intéressante.  Il  ne 
s’agissait  pas  ici  d’esthétique,  mais  bien  de  l’ablation  d’un 
effroyable  caneer  et  de  la  réparation  consécutive.  Je  ne  crois  pas 
qu’aucune  autre  méthode  eût  donné  un  résultat  semblable  à  celui 
obtenu  par  Moure.  Certes  son  opérée  sera  défigurée,  mais  peut- 
dre  restera-t-elle  guérie,  et  cela  est  tout  de  même  quelque  chose. 


SÉANCE  DU  7  MARS 


Lithiase  de  la  glande  sous-maxillaire  droite 
avec  diverticule  cervical  contenant  deux  calculs. 

Ablation  de  la  glande  et  des  calculs. 

Drainage  du  diverticule.  Guérison , 

par  M.  le  Dr  de  Rio  Branco  (Pelotas,  Brésil). 

A  Rapport  de  M.  HENRI  HARTMANN. 

M.  de  Rio  Branco  nous  a  envoyé  une  intéressante  observation 
de  lithiase  salivaire  que  je  vous  demande  la  permission  de 
résumer  : 

Homme,  trente-cinq  ans,  ayant  eu  pour  la  première  fois  en  1895, 
pendant  une  huitaine  de  jours,  une  tuméfaction  sous-maxillaire  droite 
douloureuse.  Au  bout  de  douze  ans,  en  1907  de  nouveau  tuméfaction,, 
mais  plus  importante,  du  volume  d’une  noix,  accompagnée  de  dou¬ 
leurs  violentes,  de  troubles  de  la  déglutition,  de  trismus.  Les  accidents 
s’amendèrent  au  bout  d’une  quinzaine  de  jours,  mais  il  persista  un 
noyau  indolore,  du  volume  d'une  cerise.  Depuis  ce  moment,  tous  les 
deux  ans  environ,  une  crise  analogue  se  produisit.  Au  cours  d’une 
crise,  en  avril  1919,  une  incision  permit  d’évacuer  du  pus  très  fétide; 
dix  jours  plus  tard,  une  deuxième  incision  fut  suivie  de  l’issue  d’un 
calcul  blanchâtre,  du  volume  d’un  haricot.  Tout  s’arrangea  et  il  ne  per¬ 
sista  qu’un  noyau  du  volume  d’un  œuf  de  pigeon.  En  janvier  1920 
nouvelle  crise,  nouvelle  incision,  élimination  de  deux  petits  calculs. 
En  juin  1921  crise  des  plus  violentes,  avec  fièvre,  trismus,  impossibilité 
de  la  déglutition  et  de  la  phonation.  C’est  à  ce  moment  que  le  Dr  de 
Rio  Branco  voit  le  malade.  Il  est  immédiatement  frappé  par  la  discor¬ 
dance  qui  existe  entre  l’intensité  des  troubles  fonctionnels  et  la 
petitesse  de  la  tuméfaction  qui  occupe  la  partie  anléro-inférieure  de  la 
loge  sous-maxillaire;  tuméfaction  dure,  un  peu  mobilisable.  A  côté  de 
la  ligne  médiane,  à  cheval  sur  l’os  hyoïde,  on  voit  la  cicatrice  verticale 
de  l’ancienne  intervention. 

Opération  le  20  juin  1921  ;  la  tuméfaction  a,  depuis  l’avant- 
veille,  augmenté,  elle  se  prolonge  vers  la  cicatrice  qui  est  rouge 
et  tuméfiée.  Le  Dr  de  Rio  Branco  fait  une  incision  courbe  encadrant  la 
loge  sous-maxillaire.  Après  relèvement  d’un  lambeau  cutané  il  dissèque 
de  bas  en  haut  la  glande  sous-maxillaire  qui  adhère  intimement  aux 
parois  de  sa  loge.  Au  niveau  de  son  pôle  antérieur,  on  ouvre  une  poche 
contenant  doux  calculs,  l’un  arrondi  du  volume  d’un  gros  pois,  l’autre 
allongé  de  la  longueur  d’un  petit  haricot  ;  en  même  temps  s’écoule  un 
liquide  séro- grumeleux,  sans  odeur.  La  glande  enlevée,  le  Dr  de  Rio 
Branco,  trouvant  inutile  d’extirper  la  poche  suppurée  où  se  trouvaient 
les  calculs,  poche  qui  s’étendait  du  pôle  antérieur  de  la  sous-maxillaire 
au-dessous  de  l’os  hyoïde,  se  contente  de  la  cautériser  avec  unesolution 
de  ehforure  de  zinc  au  1/10®  et  de  la  drainer  par  une  contre-ouverture 
déclive. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


L’opération  est  suivie  d’un  soulagement  immédiat;  le  trismus  diminue 
«t  cesse  complètement  le  septième  jour;  le  drain  progressivement 
raccourci  est  enlevé  le  quinzième  jour  ;  le  vingtième  tout  est  complè¬ 
tement  cicatricé.  Revu  trois  mois  après,  le  malade  est  en  parfait  état. 

L’observation  de  M.  de  Rio  Branco  m’a  para  digne  de  figurer 
dans  nos  Bulletins.  Les  cas  de  calculs  salivaires,  sans  être  très 
rares,  ne  sont  pas  très  fréquents.  Au  cours  de  ma  pratique  je  n’en 
ai  observé  que  16  cas  :  12  hommes  et  4  femmes  ;  l’opéré  de  Rio 
Branco  était  un  homme  ;  au  point  de  vue  du  sexe  il  rentre  donc 
dans  la  règle;  la  lithiase  salivaire  est  dans  toutes  les  statistiques 
plus  fréquente  chez  l’homme.  Je  viens  de  vous  donner  ma  statis¬ 
tique  personnelle  ;  celle  de  Closmadeuc,  qui  a  réuni  dans  sa  thèse 
tous  les  cas  publiés  au  moment  de  son  apparition,  montre  la 
.même  fréquence  chez  l’homme  :  62  hommes  pour  19  femmes.  Si 
j’ai  cru  devoir  reproduire  dans  nos  Bulletins  l’observation  de 
M.  de  Rio  Branco,  c’est  que,  dans  son  cas,  il  s’agissait  de  calculs 
de  la  glande  sous-maxillaire. 

Les  calculs  salivaires  siègent  généralement  dans  le  canal  de 
Wharton.  Sur  mes  16  cas,  15  avaient  trait  à  des  calculs  du  canal 
deWharton,  une  seule  fois  il  s’agissait  de  calcul  de  la  glande 
sous-maxillaire.  Sur  81  cas,  Closmadeuc  ne  trouve  dans  la 
littérature  que  6  cas  de  calculs  de  la  glande  sous-maxillaire  ;  or  il 
estcertain  que  si  laplupart  des  calculs  de  la  glande  sous-maxillaire 
sont  publiés,  il  n’en  est  pas  de  même  de  ceux  du  canal  deWharton  ; 
il  est  donc  certain  que  le  chiffre  de  6  sur  81  ne  correspond  pas 
à  la  réalité  et  que  le  rapport  des  calculs  de  la  glande  à  ceux  du 
canal  est  moins  grand  que  ne  le  ferait  supposer  la  statistique 
de  Closmadeuc;  notre  statistique  personnelle  nous  montre  une 
proportion  de  6,2  p.  100.  Chez  son  malade,  de  Rio  Branco  a  extirpé 
la  glande  sous-maxillaire.  Il  a  bien  fait,  cette  glande  présentant 
des  lésions. 

«  La  glande,  écrit-il,  a  conservé  sa  forme,  mais  elle  a  une  consistance 
ferme,  fibreuse.  A  la  coupe  on  retrouve  l’architecture  lobulée  ;  on  cons¬ 
tate  un  abondant  tissu  fibreux  encerclant  les  lobes,  un  aspect  de 
cirrhose  glandulaire.  Il  n’existe  pas  de  cavité  intraglandulaire.  Le 
diverticule  était  donc  ou  un  diverticule  véritable,  une  sorte  de  cavité 
glandulaire  kystique  appendue  à  la  glaude,  ou  une  cavité  d’abcès  très 
ancien.  Les  différentes  formations  lithiasiques  se  sont  formées  sans 
doute  au  niveau  de  la  portion  inférieure,  périphérique  de  la  sous- 
maxillaire,  pour  s’énucléer  et  se  loger  dans  la  cavité  appendue  à  la 
glande. 

«  Le  canal  de  Wharton  était  nettement  atrophié,  fibreux,  mais  avait 
conservé  une  fine  lumière  perméable.  » 


SÉANCE  DU  7  MARS 


381 


De  pareilles  lésions  scléreuses  de  la  glande  sont  fréquentes. 
INous  les  avons  constatées  dans  les  glandes  sous-maxillaires  que 
•nous  avons  enlevées.  On  les  trouve  bien  décrites  dans  la  thèse  de 
notre  élève  Mlle  Giboulot  ( Contribution  à  l'élude  des  lésions  de  la 
glande  sous-maxillaire  dans  la  lithiase,  Paris  1918),  nous  croyons 
inutile  d’y  revenir.  Leur  développement  s’explique  très  bien  par 
ce  fait  que,  dans  tous  les  cas  où  l’on  enlève  la  glande  sous- 
maxillaire,  il  s’agit  d’obstructions  calculeuses  compliquées  d’un 
-certain  degré  de  septicité  des  lésions. 


Questions  à  l’ordre  du  jour. 

1°  Traitement  de  l’ulcère  gastrique  perforé. 

Ulcères  duodénopyloriques  perforés , 

'  par  MM.  OUDARD,  correspondant  national, 
et  G.  JEAN  (médecin  de  la  marine). 

Nous  versons  aux  débats  ouverts  sur  le  traitement  des  ulcères 
perforés  en  péritoine  libre  dix  observations  personnelles.  Nous 
nous  contenterons  de  rappeler  les  quatre  premières  qui  ont  été 
■déjà  l’objet  d’un  rapport  de  M,  Grégoire  à  la  Société  de  Chirurgie, 
le  10  novembre  1920. 

Obs.  I  (Oudard).  —  L...,  matelot  réserviste,  quarante  ans.  Perfora¬ 
tion  d’un  ulcus  .pylorique;  état  très  grave,  opération  à  la  16e  heure  : 
■large  perforation  de  la  dimension  d’une  pièce  de  2  francs  au  centre 
d'une  zone  indurée  de  la  dimension  d’une  pièce  de  S  francs.  Enfouis¬ 
sement  de  la  perforation.  Gastro-entérostomie  au  fil;  drainage  du 
Douglas.  Mort  quelques  heures  après. 

Obs.  II  (Oudard).  —  V...,  matelot,  vingt-cinq  ans.  Perforation  d’un 
•ulcus  sur  le  versant  duodénal  du  pylore.  Opération  à  la  70e  heure  : 
-perforation  de  la  dimension  d’une  pièce  de  0  fr.  50  au  centre  d’une 
:zone  indurée  grande  comme  une  pièce  de  2  francs.  Enfouissement  et 
-gastro-entérostomie  au  lil  ;  drainage  du  Douglas.  Guérison. 

Obs.  III  (Oudard).  —  H...,  matelot,  vingt  ans.  Perforation  d’un  ulcus 
pylorique.  Opération  à  la  5e  heure  :  perforation  de  la  dimension  d’une 
lentille  au  centre  d’une  zone  indurée  large  comme  une  pièce  de 
3  francs.  Enfouissement  et  gastro-entérostomie  au  fil;  drainage  du 
Douglas.  Mort  le  5e  jour. 

Obs.  IV  (Oudard).  —  L...,  matelot,  vingt  ans.  Perforation  d’un  ulcus 
«luodénopylorique.  Opération  à  la -90e  heure  :  perforation  de  la  dimen- 


382 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


sion  d’une  lentille  au  centre  d’une  induratio-n  large  comme  une  pièce 
de  2  francs.  Enfouissement  et  gastro-entérostomie  au  fri  :  drainage  du 
Douglas.  Guérison. 

Malade  revu  six  mois  après  en  parfait  état,  l’estomac  à  la  radio¬ 
scopie  se  vide  par  le  pylore  et  par  la  bouche  anastomotique. 

Observations  nouvelles.  . 

0bs.  V  (Oudarb).  —  G...,  adjudant,  trente-deux  ans,  entre  le 
22  octobre  1920,  pour  coliques  violentes  survenues  la  veille.  Passé 
gastrique  d’un  dyspeptique,  signes  de  péritonite.  Opération  à  la 
22e  heure,  rachianesthésie  et  éthérisation.  Sérosité  purulente  et  bulles 
de  gaz  dans  le  péritoine. 

Perforation  sur  la  face  antérieure  de  la  première  portion  duodénale 
de  6  millimètres  de  diamètre  au  centre  d’une  zone  indurée  grande 
comme  une  pièce  de  2  francs.  Enfouissement  avec  épiplooplastie; 
gastro-entérostomie  au  fil  ;  drainage  du  Douglas.  Guérison. 

Examen  du  liquide  péritonéal,  aucun  germe  à  la  culture. 

A  la  radioscopie,  l’évacuation  se  fait  uniquement  par  l’anastomose. 

Obs.  VI  (Oudxrd).  —  Le  G...,  second-maître,  trente-huit  ans,  entre  à 
l’hôpital  le  12  février  1921,  dans  un  service  de  médecine  pourulcus. 
Le  22  février,  à  21  heures,  douleur  violente  dans  la  région  épigastrique, 
suivie  de  vomissements;  ne  prévient  personne.  Vu  le'lendemain  matin, 
signes  de  péritonite. 

•  Intervention  à  la  12e  heure  :  rachianesthésie  et  éthérisation. 

Perforation  grande  comme  une  pièce  de  0  fr.  50  sur  le  pylore  au 
centre  d’un  ulcère  ayant  les  dimensions  d’une  pièce  de  5  francs. 
Enfouissement  avec  épiplooplastie,  gastro-entérostomie  au  fil;  drai¬ 
nage  du  Douglas.  Guérison. 

Le  liquide  péritonéal  ne  contenait  aucun  germe,  présence  de  poly¬ 
nucléaires.  Guérison  :  revu  à  l’écran,  la  bouillie  -opaque  passe  entiè¬ 
rement  par  l'anastomose. 

Obs.  VII  (Jean).  —  Hil _ ,  matelot  roumain,  trente  et'un  ans.  Depuis 

six  jours  étant  à  la  mer,  vomissements  et  douleurs  abdominales,  sans 
selles  ni  gaz  :  aucun  médecin  à  bord,  se  traite  par  lavements  et  pur¬ 
gatifs  répétés. 

depuis  24  heures,  les  douleurs  ont  pris  brusquement  une  acuité 
extrême,  -signes  de  péritonite  avec  paralysie  intestinale,  état  général 
très  grave,  pouls  116,  température  38 .  Opération .tardive  (plusdeSi  heures)  : 
la  recrudescence  récente  des  douleurs  est  sans  doute  la  généralisation 
d’une  péritonite  primitivement  localisée. 

Ethérisation.  Péritoine  contenant  un  liquide  purulent,  mêlé  de  vin 
et  d’huile  de  ricin.  Perforation  de  1  centimètre  de  diamètre  sur  la 
partie  haute  de  la  deuxième  portion,  au  centre  d’une  zone  indurée 
grande  comme  une  pièce  de  5  francs.  Enfouissement  pénible,  la  bile 
fuse  en  jet  entre  les  points  au  cours  des  vomissements,  tamponnement 
au-dessus  des  sutures,  gastro-entérostomie  au  bouton  de  Murphy.  La 


SÉANCE  IHI  7  MARS 


383 


mise  en  place  du  bouton  fait  cesser  immédiatement:  le  suintement 
bilieux  au  niveau,  des  sutures  duo  iénales;  drainage  du  Douglas. 

Guérisotk. 

Obs.  VLI1  (Oodard).  —  Per...,  second-maître,  trente-huit  ans,  aucun 
passé  gastrique  :  éthylisme  avéré.  Le  19  octobre  1922,  à  19  heures,  dou¬ 
leur  brusque  dans  l’abdomen,  suivie  de  vomissements.  Entre  à  l’hôpital 
le  lendemain;  signes  de  péritonite  peu  accusés. 

Intervention  à  Va  20e  heure  sous  rachi-anesthésie. 

Perforation  grosse  comme  une  lentille  sur  la  face  supérieure  de  la 
première  portion  duodénale,  péritonite  généralisée. 

Enfoufssement  en  deux  plans  avec  êpiploopïastie,  gastro-entéro¬ 
stomie  au  fil  ;  drainage  du  Douglas. 

Le  liquide  péritonéal  examiné  présente  une  réaction  leucocytaire 
accusée,  mais  aucun  germe  à  la  culture. 

Amélioration  les  jours  suivants,,  mais  le  6e  jour  apparaît  du  délire 
onirique  avec  confusion,  mentale- et.  Le  malade  meurt  le  lendemain  avec 
le  tableau  classique  du  delirium  tremens. 

A  l’autopsie,  un  peu  de  sérosité  dans  le  Douglas,  les  sutures  ont 
parfaitement  tenu. 

Obs..  IX  (Jean).  —  Rott...,  ouvrier  de  l’arsenal,  vingt-huit  ans,  aucun 
passé  gastrique. 

Début  brusque  le  30  janvier  1923,  vers  17  heures,  par  crise  doulou¬ 
reuse- abdominale  intense  suivie  de- vomissements,  arrive  à-  Phôpital  le 
1er  février  à  1-9J  heures  :  état  général  grave,  signes  évidents  de-  péri¬ 
tonite-  généralisée. 

Intervention  à  la.  50e  heure  incision  iliaque  sous- anesthésie  à  féther; 
rien,  à  l’appendice  qu’on  enlève.  Laparotomie,  médiane  sus-ombilicale, 
perforation  juxtapylorique  sur  le  versant  duodénal  grande  comme  une 
grosse  lentille  au  centre  d’un  placard  induré  qui  s’étend  sur  trois  faces 
du  duodénum.  Enfouissement  avec  êpiploopïastie,  gastro-entérostomie 
au  bouton  de  Murphy  ;  drainage  du  Douglas. 

Dans  le  liquide  péritonéal,  polynucléose  et  absence  de  germes. 

Diicédé  le  4  février  1923.  A  l’autopsie,  les  sutures  et  lé  bouton  ont 
bien  tenu,  péritoine- sec,  aucune  lésion  des  autres  organes. 

•  Obs-.  X  (Jean)'.  —  Moe...,  second-maître,  trente-trois  ans.  Aucun 
passé  gastrique.  Début  le  8  février  1823  à  13  heures  par  douleur-  v-ior 
lente  syncopale  dans  la  région  épigastrique,,  suivie  de  vomissements; 
arrive  à  l’hôpital  3heur.es  après  :  signes  de. péritonite  généralisée. 

Intervention  à.  la.  4e  heure  sous  rachi-anesthésie,  perforation  de  la 
dimension,  d’une  lentille  sur  le  duodénum  tout  près  du  pylore,  au 
centre  d’un  placard  induré  grand  comme  une  pièce  de  1  franc. 
Enfouissement  et  êpiploopïastie,  gastro-entérostomie  au  fil,  drainage 
du-  Douglas-. 

Suites  très  favorables  :  pouls  63.  Le  11  février  à  2  heures,  brusque 
crise  de  dyspnée,  signes  d?aspliyxie.  Mort  en  une  heure. 


384 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 

Dans  le  liquide  péritoneal,  polynucléose,  aucun  germe  à  la  culture. 

A  l’autopsie,  aucune  constatation  :  péritoine  sec,  pas  d’embolie  dans- 
les  artères  pulmonaires,  l’examen  du  bulbe  n'a  pu  être  pratiqué. 

Nos  commentaires  seront  brefs  :  ce  sont  des  faits  que  nous  ver-' 
sons  aux  débats  sur  la  question  :  ces  faits,  toutefois,  nous,  parais¬ 
sent  présenter  quelque  intérêt,  parce  que  la  conduite  a  été 
identique  dans  tous  les  cas  :  enfouissement  de  la  perforation  et 
gastro-entérostomie.  Cinq  morts,  cinq  guérisons. 

Obs.  I.  —  Intervention  à  la  16e  heure  .  .  Mort  quelques  heures  après. 

Obs.  II.  —  Intervention  à  la  70e  heure  .  .  Guérison. 

Obs.  lit.  —  Intervention  à  la  5e  heure  .  .  Mort  au -5°  jour. 

Obs.  IV.  —  Intervention  à  la  90°  heure  .  .  Guérison. 

Obs.  V.  —  Intervention  à  la  22®  heure  .  .  Guérison. 

Obs.  VI.  —  Intervention  à  la  12®  heure  .  .  Guérison. 

Obs.  VII.  —  Intervention  à  la  24e  heure  .  .  Guérison. 

Obs.  VIII.  —  Intervention  à  la  20e  heure  .  .  Mort  au  cinquième  jour. 

Obs.  IX.  —  Intervention  à  la  50e  heure  .  .  Mort  au  troisième  jour. 

Obs.  X.  —  Intervention  à  la  3*  heure  .  .  Mort  au  troisième  jour. 

Chaque  fois  la  perforation  siégeait  dans  la  région  pyloro-duodé- 
nale  au  centre  d'une  zone  indurée  :  il  aurait  été  impossible  de 
réaliser  une  suture  totale  correcte  des  bords  sans  excision. 

Dans  tous  les  cas,  sauf  un  (obs.  VII),  l’enfouissement  combiné 
à  l’épiplooplastie  a  été  possible  et  hermétique,  même  lorsque  la 
zone  calleuse  était  très  étendue  (obs.  1,  VI  et  IX).  Dans  l’observa¬ 
tion  VII,  l’enfouissement  imparfait,  complété  par  un  tamponne¬ 
ment,  permet  la  guérison  sans  fistule  grâce  à  la  gastro-entérostomie. 

Nous  avons  systématiquement  pratiqué  la  gastro-entérostomie 
complémentaire  pour  plusieurs  raisons;  d’abord  l’enfouissement 
détermine  toujours  dans  le  défilé  pyloro-duodénal  sinon  une 
exclusion  complète,  tout  au  moins  un  rétrécissement,  qui  peut 
avoir  des  conséquences  fâcheuses  dans  l’avenir;  —  l’occlusion  de 
la  perforation  n’est  pas  toujours  parfaite  et  ne  donne  pas  toute 
sécurité,  si  une  dérivation  ne  vient  assurer  le  repos  de  la  zone  des 
sutures;  —  enfin  la  gastro-entérostomie  est  un  précieux  moyen 
de  guérison  définitive  de  l’ulcère. 

Nous-  ne  croyons  pas  que  l’exécution  de  l’anastomose  aggrave 
beaucoup  l’intervention  :  c’est  une  opération  bien  réglée,  facile, 
rapide,  presque  sans  aléa,  identique  à  elle-même  dans  tous  les 
cas  :  on  peut  d’ailleurs  substituer  au  procédé  au  fil,  si  l’état  du 
malade  est  très  inquiétant,  la  mise  en  place  rapide  d’un  bouton. 

On  ne  peut  dans  l’interprétation  des  décès  incriminer  la  gastro- 
entérostomie  que  dans  la  seule  observation  I,  la  mort  ayant  suivi 
de  près  l’opération,  mais  il  s’agissait  d’un  vaste  ulcus,  dont  l’en 


SÉANCE  DU  7  MARS 


fouissement  équivalait  à  une  exclusion,  rendant  l’anastomosa 
inévitable  :  l’état  général  était  des  plus  précaires,  le  pouls  presque 
incomptable;  peut-être  aurait-il  mieux  valu  mettre  en  place  un 
bouton. 

Dans  tous  les  autres  cas,  cette  opération  complémentaire  a  été 
parfaitement  supportée  :  des  malades  à  la  70e  heure,  à  la  90e 
même,  ont  guéri. 

Nous  n’avons  pas  pratiqué  la  gastro-pylorectomie,  parce  que 
nous  pensons  qu’elle  prolonge  nettement  la  durée  de  l’opération 
et  peut  présenter,  suivant  la  forme  et  la  situation  de  l’ulcère,  des 
difficultés  inattendues,  qu’il  ne  faut  pas  rechercher  dans  de  telles 
circonstances  :  elle  n’est  pas  d’autre  part  indispensable  à  la  gué¬ 
rison  de  l’ulcère. 

Sans  doute  serait-il  préférable  de  substituer,  chaque  fois  que 
les  dimensions  de  l’ulcère  le  permettent,  son  excision  avec  suture 
correcte  à  l’enfouissement. 

Si  l’on  met  à  part  le  cas  de  delirium  tremens  de  l’observation  VIII, 
faut-il  rattacher  à  la  péritonite  les  décès  dans  l’observation  III 
(malade  opéré  à  la  5e-  heure)  et  l’observation  X  (opéré  à  la 
3e  heure)?  Chez  ces  deux  malades,  le  prélèvement  de  liquide  péri¬ 
tonéal  s’était  révélé  aseptique;  l’état  local  et  général  parfait  après 
l’opération  était  resté  tel  jusqu’à  une  brusque  agonie  de  une  à 
trois  heures  :  l’autopsie  montra  d’ailleurs  un  péritoine  sec,  des 
sutures  étanches-. 

Par  contraste,  comment  expliquer  que  les  malades  des  observa¬ 
tions  II  et  IV,  opérés  en  pleine  péritonite  généralisée,  l’un  à  la 
70e  heure,  l’autre  à  la  90e,  aient  très  simplement  guéri? 

Il  y  a,  comme  l’a  dit  ici  même  M .  Viannay,  des  faits  paradoxaux 
dans  l’évolution  post-opératoire  de  ces  ulcères  perforés,  et  bien 
des  inconnues,  qui  rendent  peut-être  vaines  les  discussions  de 
technique  basées  uniquement  sur  des  statistiques. 


Un  cas  d'ulcère  perforé 

de  la  petite  courbure ,  traité  par  la  suture  de  la  perforation , 
sans  gastro-entérostomie.  Guérison , 

par  M.  le  Dr  Tailhefer,  . 

Chirurgien  de  l’hôpital  de  Béziers. 

Rapport  de  M.  ALBERT  CAUCHOIX. 

M.  Tailhefer  a  récemment  envoyé  un  cas  d’ulcère  de  la  petite 
courbure,  perforé  en  péritoine  libre  et  traité  par  la  suture,  sans 


SOCIETE  DE  CHIRURGIE 


gaslro-entérostomie  complémentaire.  Yoici  le  résumé  de  l’obser¬ 
vation  : 

Homme  de  cinquante-sept  ans,  grand  buveur,  se  plaignait  depuis 
longtemps  auparavant  de  douleurs  gastriques  avec  vomissements 
byperacides.  Le  S  novembre  1918,  à  1  heure  de  l'après-midi,  apparition 
brusque  d’une  très  violente  douleur  à  l’épigastre,  avec  vomissements 
pendant  toute  la  journée.  Un  médecin,  appelé, 'fait,  cinq  heures  après 
le  début  des  accidents,  le  diagnostic  de  perforation  gastrique,  mais  le 
malade  ne  fut  transporté  que  le  lendemain  à  l’hôpital  de  Béziers. 
Quand  M.  Tajlhefer  l’examina,  lé  pouls  était  à  120,  le  faciès  altéré,  le 
ventre  très  aplati  :  l’opération  ne  fut  faite  qne  vingt-  deux  heures  après 
le  début  de  la  crise.  Le  péritoine  ouvert,  on  évacue  une  grande  quan¬ 
tité  de  bouillon  ingéré  la  veille.  La  perforation  siège  sur  la  petite  cour¬ 
bure  près  du  pylore,  empiétant  sur  le  versant  antérieur  de  l’estomac. 
Ses  bords  ne  sont  pas  calleux  et  elle  est  facilement 'oblitérée  par  deux 
plans  de  surjet  en  catgut.  Le  péritoine  est  asséché,  la  zone  opératoire 
lavée  à  l’éther,  un  drain  est  installé  au  voisinage  de  la  petile  courbure 
et  la  paroi  fermée  en  un  plan.  Dès  le  lendemain  de  l’opération,  l’amé¬ 
lioration  était  remarquable;,  les  suites  opératoires  furent,  suivant 
l’expression  de  M.  Tailhefer,  d'une  bénignité  déconcertante  elle  malade 
quittait  l'hôpital,  complètement  guéri,  vingt-cinq  jours  après  l’opé¬ 
ration.  ; 

M.  Tailheffer  n’a  pu,  malgré  ses  efforts,  examiner  de  nouveau  son 
opéré;  il  a  pu  cependant  savoir  d’une  manière  indirecte  que  celui-ci 
ne  se  plaignait  plus  depuis  l’intervention  d’aucun  trouble  du  côté  de 
l’estomac. 

La  conduite  suivie  par  M.  Tailhefer  me  semble  pouvoir  être 
approuvée  à  tous  les  points  de  vue  :  l’opération  n’ayant  pu  être 
que  tardivement  faite,  alors  que  l’état  général  était  altéré,  il  fallait 
utiliser  la  technique  la  plus  simple;  l’absence  d'induration  des 
bords  de  la  perforation,  malheureusement  assez  peu  fréquente, 
•facilita  la  fermeture  de  celle-ci,  et,  une  diminution  de  la  perméa¬ 
bilité  pylorique  n’ayant  pas  été  remarquée,  l’opérateur  jugea  inu¬ 
tile  de  pratiquer  une  gastro-entérostomie  complémentaire;  la 
simplicité  des  suites  opératoires  illustre,  le  mieux  possible,  la 
légitimité  de  sa  conduite. 

Messieurs,  je  vous  propose  de  remercier  M.  Tailhefer  de  nous 
avoir  communiqué  cette  intéressante  observation. 


SÉANCE  DU  7  MARS 


2°  Sur  l’invagination  intestinale. 

Treize  cas  d'invagination  intestinale  aiguë  chez  l'enfant , 
par  M.  le  Dr  Lepoutre  (de  Lille). 

Rapport  de  M.  ALBERT  MOUCHET. 

M.  Lepoutre  (de  Lille)  nous  a  adressé,  l’an  passé,  une  série 
importante  d’observations  d’invagination  intestinale  sur  lesquelles 
fai  été  chargé  de  faire  un  rapport. 

Je  tiens  à  signaler  dès  l’abord  ce  grand  nombre  d’invaginations 
opérées  en  peu  de  temps  par  le  même  chirurgien  (13  cas  aigus 
sans  compter  3  chroniques  dont  je  ne  parlerai  pas),  et,  si  nos  félici¬ 
tations  doivent  aller  d’emblée  aux  médecins  de  son  entourage  qui 
ont  su  faire  un  diagnostic  précoce,  nous  devons  en  réserver  une 
bonne  part  au  chirurgien  qui  a  fait  leur  éducation.  Lepoutre  a 
mené  le  bon  combat  à  Lille,  comme  Pouliquen  à  Brest. 

Je  n’ai  point  l’intention  de  rapporter  en  détail  les  13  observa¬ 
tions  de  M.  Lepoutre;  je  voudrais  seulement  en  faire  ressortir 
brièvement  les  points  saillants  : 

D’abord  la  fréquence  des  accidents  d’invaginalion  chez  le  jeune 
enfant,  plus  communs  qu’on  ne  croit  et  qu’on  ne  dit,  parce  qu’ils 
sont  trop  souvent  méconnus  ; 

La  fréquence  plus  grande  chez  les  garçons  (8  sur  13  dans  la 
statistique  de  M.  Lepoutre)  et  dans  la  première  année  de  la  vie 
(10  sur  13); 

Le  fait  constant  de  l’absence  d'accolement  des  côlons  ;  il  explique 
la  fréquence  de  l’invagination  dans  la  première  année  de  la  vie  et 
la  prédominance  de  la  variété  iléo-cæcale  de  l’invagination.  Je 
n’insiste  pas  sur  cette  disposition  vérifiée  par  tous  les  opérateurs 
et  dont  parlait  encore  Ombrédanne  dans  son  rapport  récent  sur 
l’observation  de  Penot  (de  Blois). 

La  nécessité  de  diagnostiquer  l’invagination  et  dé  poser  l’indi¬ 
cation  opératoire  sans  attendre  qu’on  ait  senti,  par  le  toucher 
rectal  ou  le  palper  abdominal,  un  boudin,  qui  p1  ut  être  masqué  par 
le  foie  ou  simplement  par  la  contracture  de  la  paroi,  par  des  anses 
intestinales  distendues.  Il  faut  se  contenter  des  signes  excellents 
que  représentent  les  douleurs  violentes  sürvenant  par  crises 
paroxystiques  chez  un  nourrisson  jusque  là-bien  portant,  les 
vomissements,  l’émission  par  l’anus  de  glaires  sanguinolentes:  Si  les 
médecins  répugnaient  un  peu  moins  au  toucher  rectal,  ils  ramène¬ 
raient  du  sang  sur  leur  doigt  avant  que  ce  sang  ait  été  expulsé 
par  l’enfant  et  ils  enverraient  celui-ci  à  notre  salle  d’opérations  un 
peu  plus  tôt  qu’ils  ne  le  font  d’habitude. 

BULL.  ET  MÉM.  UE  LA  SOC.  DE  CHIR.,  1923.  28 


388 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Avant  qu'un  boudin  soit  perceptible ,  un  palper  attentif  peut  per¬ 
mettre  de  constater  une  douleur  à  la  pression  en  un  point  limité 
de  l’abdomen  avec  résistance  de  la  paroi  et  consistance  plus  ferme 
d’un  segment  intestinal. 

M.  Lepoutre  insiste  avec  raison  sur  ce  fait  que  nous  ne  devons 
pas  nous  laisser  égarer  par  la  fièvre.  Elle  existe,  quand  on  se  donne 
la  peine  de  la  rechercher,  dans  plus  de  la  moitié  des  cas  d'invagina¬ 
tion;  Hess  l’avait  déjà  noté  dès  1905  dans  un  travail  des  Archives 
<of  Pedialrics.  Peut-être  cette  notion  n’est-elle  pas  assez  connue  et 
risque-helle  d’étonner  les  médecins  qui  peuvent  ainsi  croire  à  une 
autre  affection! 

Sur  les  13  cas  d'invagination  aiguë  observés  par  M.  Lepoutre, 
12  ont  été  opérés,  un  d’eux  a  succombé  à  son  arrivée  à  l’hôpital 
avant  qu’on  ait  le  temps  de  procéder  à  l’opération. 

Les  12  opérations  ont  donné  7  morts:  nous  sommes  loin  de  la 
belle  série  de  succès,  si  exceptionnelle,  de  Pouliquen  :  11  guérisons 
sur  14  opérations,  et  même  de  la  statistique  de  Petèrson  (de  New- 
York),  qui  signale  22  guérisons  sur  28  opérations,  mais  qui  a 
-observé  en  outre  15  invaginations  qu’il  dut  réséquer,  et  sur  ces 
15  résections,  il  y  a  eu  11  morts  et  seulement  4  guérisons  (1)  ! 

La  statistique  de  M.  Lepoutre  a  été  aggravée  par  deux  faits  de 
résection  intestinale  qui  se  sont  terminés  par  la  mort.  Ces  deux 
résections  étaient-elles  vraiment  indispensables?  L’occlusion  dans 
un  cas  ne  datait  que  de  deux  jours,  dans  l’autre  que  d’un  jour  et 
demi.  En  général,  pratiquée  d’aussi  bonne  heure, .après  le  début 
des  accidents,  la  désinvagination  est  possible.  M.  Lepoutre  ne  put 
l’obtenir  que  partiellement,  il  a  vu  qu’en  insistant  la  séreuse 
s'éraillait  et  «  il  lui  a  semblé  qu’il  allait  se  produire  une  véritable 
déchirure  de  l’intestin  ».  Je  me  demande  si  M.  Lepoutre  a  montré 
■assez  de  patience  dans  l’expression  du  boudin  invaginé  et  si  la 
•crainte  d’éraillure  de  l’intestin  qu’il  eût  pu  réparer  ensuite  ne  l’a 
pas  entraîné  à  une  hardiesse  opératoire  excessive.  Car,  enfin,  il  le 
reconnaît,  une  résection  chez  un  nourrisson,  surtout  entreprise 
dans  des  conditions  aussi  défavorables,  est  une  opération  extrê¬ 
mement  grave.  Pelerson  a  raison  de  dire  que  sur  les  milliers 
d’invaginations  intestinales  rapportées  dans  le  monde  entier,  il 
ai’y  a  peut-être  pas  plus  d’une  vingtaine  de  succès  de  résection 
intestinale  chez  l’enfant.  Mais  cette  réserve  faite,  je  m’en  voudrais 
de  désapprouver  la  conduite  d’un  chirurgien  aussi  averti  et  aussi 
-habile  que  M.  Lepoutre.  Il  est  toujours  facile  de  critiquer  une 
-opératiop  quand  on  n’y  a  pas  assisté,  et  surtout  quand  on  n’a  pas 

t  (T)  Surgery,  ’Gynecoloyy  and  Obstelrics,  t.  XXXV,  octobre  1922,  n°  4, 
ï>.  436. 


SÉANCE  DU  7 


389 


tenu  le  bistouri;  si  j’avais  été  à  la  place  de  M.  Lepoutre,  j’aurais 
peut-être  été  obligé  de  faire  comme  lui.  Je  ne  me  suis  pas  encore 
trouvé  dans  la  nécessité  de  réséquer;  cela  m’arrivera  peut-être 
-demain. 

Cependant,  en  m’adressant  dernièrement  les  trois  derniers  cas 
-d’invagination  intestinale  opérés,  M.  Lepoutre  m’a  fait  un  aveu 
précieux  à  retenir,  qui  légitime  quelque  peu  mes  réserves  précé¬ 
dentes.  Je  cite  textuellement  sa  phrase  à  propos  de  son  dernier 
qpéré  :  «  Au  début  de  ma  pratique  des  invaginations,  j’aurais  été 
tenté  de  faire  la  résection.  J’ai  préféré  forcer  la  désinvagination 
au  risque  de  provoquer  quelques  éraillures  qui  ont  été  facilement 
réparées.  Cette  conduite  paraîtra  peut-être  peu  chirurgicale;  je 
■crois  cependant  qu’elle  mérite  d’être  suivie  si  l’on  considère  la 
mortalité  considérable  des  résections  chez  les  nourrissons.  »’ 

Cette  conclusion  me  paraît  fort  sage. 

Telle  qu’elle  est,  la  statistique  de  M.  Lepoutre  n’est  pas  trop 
mauvaise.  Ce  qui  est  certain,  c’est  que,  non  grevée  de  résections, 
ma  statistique  est  encore  moins  bonne.  Tout  comme  mon  ami 
Veau,  je  n’ai  qu’un  tiers  de  guérisons  opératoires,  parce  que,  à  moi 
comme  à  lui,  les  malades  sont  envoyés  trop  tard. 

On  ne  saurait  trop  répéter  que  le  succès  est  lié  à  la  précocité  de 
l’opération.  Il  y  a  longtemps  que  MM.  Kirmisson  et  Broca  ont 
prêché  la  croisade  en  faveur  de  l’opération  précoce  et,  en  décembre 
-dernier,  Veau,  rapportant  les  nombreux  succès  de  Pouliquen, 
claironnait  un  appel  aux  armes  chirurgicales  qui  ne  pourra  man¬ 
quer  d’émouvoir  les  médecins.  Mon  maître  A.  Broca,  dans  ce  style 
lapidaire  dont  il  a  le  secret,  apportait  une  statistique  hospitalière 
dont  l’éloquence  se  passait  de  commentaires. 

On  n’insistera  donc  jamais  assez  sur  cette  importance  capitale 
de  la  précocité  du  diagnostic  qui  commande  la  précocité  de  l’in¬ 
tervention,  mais  il  faut  cependant  reconnaître  qu'il  y  a  invagina¬ 
tion  et  invagination,  comme  il  y  a  appendicite  et  appendicite. 

Certaines  invaginations  sont  toxiques  d’emblée  et,  quelle  que 
soit  la  rapidité  que  vous  mettiez  à  les  reconnaître  et  à  les  opérer, 
vous  n’en  verrez  pas  moins  les  enfants  succomber  aux  progrès  de 
la  toxémie. 

Chacun  de  nous  a  pu  observer  à  l’hôpital  ou  en  ville  des  invagi¬ 
nations  précocement  diagnostiquées,  opérées  dans  les  premières 
heures,  qui  ont  succombé  en  deux  jours  ou  moins  à  la  septicémie, 
■et  je  me  souviens  fort  bien  d’un  enfant  de  dix  mois  dont  l’invagi¬ 
nation,  reconnue  dès  les  premiers  symptômes  par  un  médecin 
d’enfants  fort  distingué,  s’accompagna  d’emblée  d’une  intoxica¬ 
tion  générale  accentuée;  opéré  à  la  septième  heure,  il  mourut  au 
bout  de  quarante-huit  héures. 


390 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


M.  LepontTe  opèTe  neuf  heures  après  le  début  de  fin  vagi  nation 
une  fillette  de  dix-huit  mois  dont  les  anses  intestinales  étaient 
extrêmement  distendues  et  l’état  général  très  gravement  atteint; 
l’enfant  succombe  11  heures  après  une  intervention  simplement 
et  rapidement  menée. 

De  pareils  faits,  si  intéressants  qu’ils  soient,  ne  doivent  pas 
nous  détourner  d’une  opération  précoce,  seule  capable  de  guérir 
les  malades. 

Chez  un  de  ses  opérés,  âgé  deneuf  mois,  M.  LepoutTe  a  observé 
une  éviscération ,  en  dépit  de  toutes  les  précautions  :  suture  de  la 
paroi  en  trois  plans,  et  application  d’un  leucoplaste.  Le  septième 
jour,  dans  un  violent  effort  de  toux,  la  cicatrice  abdominale 
s’ouvre  et  une  ansé  intestinale  apparaît  dans  la  plaie.  Ce  n’est  que 
plusieurs  heures  après  que  M.  Lep Outre  fait  endormir  l’enfant, 
réduit  l’intestin  et  suture  en  masse  au  fil  d’argent.  L’enfant  guérit. 

Je  n’ai  pas  été  aussi  heureux  dans  les  deux  éviscérations  post¬ 
opératoires  que  j’ai  observées;  elles  ont  succombé  tontes  deux 
quelques  jours  plus  tard. 

On  peut  se  demander  dans  ces  cas  d’éviscération  si,  comme  le 
croit  Ombrédanne,  une  cause  méeanique  suffit  à  expliquer  l’issue 
de  l’intestin;  l’enfant  pousse  constamment  et  finit  par  faire  sauter 
les  sutmres.  Ne  faudrait-il  pas,  comme  j’en  avais  émis  l’hypothèse 
dès  1912  dans  cette  Société  (1),  invoquer  la  septicité  du  cylindre 
intestinal  désinvaginè?  Il  peut  y  avoir  là  une  cause  d’infection 
atténuée  qui  nuise  à  la  réparation  des  lèvres  de  la  plaie  opéra¬ 
toire.  M.  Lepoutre  estime  que  dans  son  cas  la  septicité  ne  peut 
faire  de  doute.  L’enfant  présentait  une  température  de  38°  avant 
l’opération  et  de  39  à  41°  pendant  les  trois  jours  qui  ont  suivi 
cette  opération.  A  l’ouverture  de  l’abdomen,  il  s’était  écoulé  une 
petite  quantité  de  liquide  séro-sanguinolent. 

Quoi  qu’il  en  soit,  il  faut  compter  avec  cette  complication  et  tout 
faire  pour  l’éviter,  en  complétant  la  suture  de  la  plaie  abdominale 
soigneusement  faite  en  un  ou  plusieurs  plans  par  l’enroulement 
autour  de  l’abdomen  d’une  large  bande  de  leucoplaste. 

Les  récidives  sont  rares  dans  l’invagination  ;  Peterson  en  cite 
deux  cas  dans  le  travail  que  j’ai  mentionné  plus  haut  et  qui  porte 
sur  46  invaginations.  M.  Lepoutre  ne  semble  pas  s’être  préoccupé 
du  moyen  de  les  éviter;  il  n’a  jamais  pratiqué  de  fixation  de  l’in¬ 
testin  grêle  ou  gros,  ni  de  ses  mésos. 

Pour  ma  part,  j’ai  toujours  suivi  la  même  conduite  qu’Ombré- 
danne  sans  la  connaître. 

(I)  Rapport  d’Ombrédanne.  Bull,  et  Mêm.  de  la  Société  de  Chirurgie , 
3  janvier  1912,  p.  29-46. 


SÉANCE  DU  7  MARS 


391 


SL  L'invagination  est  déjà  ancienne,  si  la  réduction,  du  boudin 
invaginé  a  été  laborieuse,  si  je  constate  de  gros  ganglions  mésen¬ 
tériques,  une  paroi  iléale  ou  cæcale  indurée,  atone,  j’estime  qu’en 
pareil  cas  la  fixation  est  bien  peu  utile,  qu’il  faut  aller  vite  et  ne 
pas  s’attarder  à  une  «  pexie  »  quelconque. 

Si  au  contraire  l’invagination  est  récente  et  si  la  désinvagi- 
nation  a  été  aisée,  si  l’intestin  est  à  peine  altéré,  alors  j,e  fixe  au 
péritoine  pariétal  la  handelette  externe  du  cæcum  et  le  bord 
convexe  de  L’iléon. 

M.  Lepoutre,  s’iL  ne  s’est  pas  préoccupé  de  fixer  l’intestin,  a 
toujours  eu  soin  d'enlever  l'appendice.  Doit-on  l'en  blâmer  sous 
prétexte  qu’il  allonge  et  risque  de  rendre  plus  grave  une  opération 
qui  doit  être  courte  pour  être  bénigne?  J.e  ne  le  crois  pas,  et  pour 
ma  part  depuis  longtemps  j’enlève  toujours  l'appendice.  Comme 
M.  Lepoutre,  il  m’a  paru  souvent  si  altéré  après  la  désinvagination 
que  je  n’ai  pas  osé  l’abandonner  tel  quel  dans  l’abdomen.  On  peut 
d’ailleurs  se  demander  si  l’extirpation  de  l’appendice  n’est  pas  un 
des  meilleurs  moyens  de  prévenir  la  récidive.  H  y  a  longtemps  que 
M.  Jalaguier,  que  Grise! dans  son  rapport  au  Congrès  de  Rouen  en 
1904,  ont  insisté  sur  le  rôle  des  altérations  de  l’appendice  dans  la 
production  de  l’invagination.  Peterson  dit  avoir  observé  souvent 
chez  ses  opérés  des  inflammations  de  l’appendice  et  il  pense  que 
cet  état  inflammatoire  peut  causer  le  spasme  intestinal  qui  est  à 
l’origine  de  l’invagination. 

C’est  possible;  cependant,  on  peut  tout  aussi  bien  admettre  que 
l’altération  de  l’appendice  est  secondaire  à  l’invagination  et  le 
rôle  de  l'Appendice  dans  la  production  de  l’invagination  n’est 
peut-être  pas  toujours  absolument  prouvé. 

Quoi  qu’il  en  soit,  je  crois  qu’il  n’y  a  que  des  avantages  à  l’abla¬ 
tion  de  l’appendice,  et  je  ne  lui  vois  pas  d’inconvénients,  à  moins 
que  l’opération  ait  été  déjà  particulièrement  longue  et  laborieuse. 

Telles  sont,  Messieurs,  les  considérations  qui  se  dégageaient  de 
la  série  des  observations  de  M.  Lepoutre. 

Je  vous  propose  de  remercier  ce  dernier  de  nous  avoir  adressé 
ces  documents  intéressants. 

M.  Savariaud.  —  Je  voudrais  demander  à  mon  ami  Mouchet  si, 
dans  le  cas  où  M.  Lepoutre  a  eu  à  regretter  une  éviscération,  il 
avait  fait  la  suture  aponévrotique  avec  du  catgut  ou  un  fil  non 
résorbable. 

M.  Albert  Mouchet.  —  M.  Lepoutre  dit  avoir  fait  une  suture  à 
trois  plàns;  il  ne  précise  pas  la  nature  du  fil  qu’il  a  employé. 


392 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


M.  Savariaud.  — Je  crois  que  s’il  avait  fait  ses  sutures  perdues 
avec  du  crin  ou  de  la  soie  M.  Lepoutre  n’aurait  pas  observé- 
d’éviscération.  Pour  ma  part,  je  n’observe  plus  d’éviscération- 
depuis  que  je  fais  ma  suture  aponévrotique  au  crin. 

M.  Victor  Veau.  —  Du  rapport  intéressant  de  Mouchet,  je 
retiens  trois  points  : 

1°  Je  crois  qu’il  y  a  des  invaginations  qui  très  rapidement 
deviennent  irréductibles,  j’en  ai  un  exemple  qui  m’a  beaucoup 
frappé  :  un  nourrisson  est  pris  de  douleurs  à  5  heures  du  matin, 
M.  Boulloche  le  voit  à  9  heures,  moi  à  11  heures,  je  l’opère  à 
1  heure;  je  n’ai  pas  pu  désinvaginer,  l’enfant  est  mort  sur  la 
table.  Je  crois  donc  qu’un  chirurgien  qui  opère  dans  les  pre¬ 
mières  heures  ne  peut  pas  affirmer  la  bénignité  de  l’inter¬ 
vention. 

2°  Il  y  a  des  récidives  d’invagination.  Quand  j’étais  jeune  chi¬ 
rurgien,  j’ai  eu  une  invagination  qui  est  morte  huit  ou  dix  jours 
après  l’opération.  A  l’autopsie  j’ai  trouvé  toute  une  série  dUnvagi- 
nations.  L’observation  a  été  publiée  à  la  Société  de  pédiatrie. 

3°  Les  nourrissons  ne  cicatrisent  pas  leurs  parois  comme  les 
enfants.  C’est  un  fait  que  tout  chirurgien  ne  doit  jamais  perdre 
de  vue.  Je  l’ai  appris  à  mes  dépens.  Le  premier  nourrisson  que- 
j’ai  opéré  pour  sténose  du  pylore  a  fait  une  hernie  dont  il  est 
mort  trois  semaines  après  l’intervention.  Depuis  ce  temps,  je 
laisse  les  fils  pendant  plus  de  vingt  jours  sous  une  bande  de  leu- 
coplaste  fenêtré. 

M.  Broca.  —  Le  fait  de  M.  Veau  prouve  que  la  désinvagination» 
précoce  peut  être  impossible,  mais  il  faut  savoir  qu’il  est  excep¬ 
tionnel  :  dans  ma  pratique  assez  fournie,  je  ne  l’ai  jamais  observé. 
Sur  la  récidive,  je  peux  dire  que  ma  première  opérée  guérie,  il  y 
a  quelque  trente  ans,  est  venue  mourir  deux  ou  trois  ans  après 
dans  le  service  de  Brun,  où  on  l’avait  cette  fois  apportée  trop  tard; 
depuis  cette  époque,  je  mets  un  point  de  suture  à  la  soie  entre  le 
cæcum  et  son  méso.  Comme  Veau,  il  faut  insister  sur  la  nécessité 
de  laisser  longtemps  les  fils  dé  laparotomie  chez  les  nourrissons, 
car  ils  s’éventrent  facilement,  non  pas,  à  mon  sens,  parce  qu’ils- 
cicatrisent  mal,  mais  parce  que,  dès  qu’on  les  touche  ils  crient  en- 
poussant,  ce  qui  est  leur  seule  défense. 

M.  Ombrédanne.  —  Quand  j’ai  causé  des  relations  de  l’invagi¬ 
nation  intestinale  avec  les  coalescences  mésocoliques,  j’ai  dit  ici,, 
et  je  maintiens  qu’il  existe  à  ce  point  de  vue  deux  variétés  d’inva¬ 
ginations. 


SÉANCE  DU  7  MARS 


393 


Les  invaginations  à  tête  fixe,  à  collet  se  déroulant  ;  ce  sont  les- 
iléo-cæcalesel  les  colo-coliques.  Il  est  bien  évident  que  ces  invagi¬ 
nations  sont  absolument  incompréhensibles  sans  la  notion  de? 
l’absence  de  coaleseence  caecale  et  colique. 

Par  contre,  Alglave  parle  d’une  invagination  de  l’iléon  dans  un- 
cæcum  resté  fixe:  ceci  correspond  aux  invaginations  iléo-coliques 
et  iléo-iléales,  parfaitement  compatibles  avec  la  disposition  régu¬ 
lière  des  mésocôlons,  avec  leur  coalescence  normale. 

Maintenant,  je  viens  de  constater  avec  plaisir  que  nous  sommes 
tous  d’accord  pour  sangler  avec  des  tissus  agglutinatifs  le  ventre- 
des  nourrissons  opérés  de  laparotomie,  précaution  sur  laquelle 
j’ai  appelé. l’attention  de  notre  Société  voici  déjà  longtemps. 

Mais  je  ne  laisse  pas  en  place  la  même  bande  pendant  vingt- 
cinq  jours,  comme  le  disait  Yeau.  Au  bout  de  huit  jours,  j’enlève- 
les  fils  qui  commencent  à  couper.  Pendant  ce  temps,  je  maintiens 
fortement  la  paroi  abdominale  pincée  en  un  gros  pli,  entre  le 
pouce  et  l’index,  de  manière  à  éviter  l’éviscération  ;  puis  après- 
une  bonne  toilette  à  l’éther,  je  replace  une  compresse  propre  et 
une  bande  de  leucoplaste  neuf.  Je  laisse  ainsi  ce  pansement, 
jusqu’au  vingt-cinquième  jour,  mais  en  le  changeant  quand  il  est 
nécessaire. 


3°  A  PROPOS  DES  ACCIDENTS  DE  L’ANESTHÉSIE  AU  PROTOXYDE  D’AZOTE- 
U  appréciation  préopératoire  du  fonctionnement  rénal, 
par  M.  MAURICE  CHEVASSU. 

Les  accidents  rapportés  dans  la  dernière  séance  semblent 
répondre  à  deux  types  tout  à  fait  différents. 

L’un  —  hémorragie  cérébro- méningée  —  paraît  être  un  acci¬ 
dent  d’hypertension.  Le  protoxyde  d’azote  est  un  hyperlenseur 
énergique.  Il  est  contre-indiqué  chez  les  hypertendus.  J’ai  vu 
personnellement,  chez  un  sujet  dont  la  maxima  était  de  17. 
(Pachon),  la  tension  monter  à  27  pendant  tout  le  cours  de  l’anes¬ 
thésie.  Chez  des  sujets  à  vaisseaux  cérébraux  fragiles,  cela  peut' 
suffire  pour  entraîner  les  accidents  observés  par  mon  ami  Labey.. 

L’accident  relaté  par  A.  Schwartz  est  d’interprétation  beaucoup- 
plus  délicate. 

Un  fait  y,  est  patent,  c’est  que  sa  malade  ne  s’est  pas  réveilléer 
comme  font  habituellement  les  anesthésiés  au  protoxyde  d’azote. 
Je  crois  pouvoir  en  conclure  qu’à  la  fin  de  l'opération  elle  était 


394 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


«  intoxiquée  ».  Sur  les  causes  de  cette  intoxication,  plusieurs 
hypothèses  sont  possibles. 

Je  laisse  de  côté  celle  qu’ont  envisagée  Lecène  et  Louis  Bazy, 
l’hypothèse  de  l’infection.  Qu’elle  ait  joué  son  rôle  dans  la  gravité 
des  accidents,  c’est  fort  probable,  mais  je  ne  pense  pas  tout  de 
même  quelle  ait  pu  agir  assez  vite  pour  troubler,  comme  il  l’a 
été,  le  réveil  de  l’opérée.  Ce  n’est  pas  elle,  à  mon  sens,  qui  a 
déclenché  les  accidents. 

La  première  hypothèse  qui  m’est  venue  à  l’esprit  en  lisant 
L’observation,  c’est  que  la  malade  avait  été  intoxiquée  par  un 
protoxyde  d’azote  impur. 

Je  m’empresse  de  dire  que  cette  hypothèse  me  paraît  invrai¬ 
semblable,  pour  cette  raison  que  l’anestliésiste  était  le  Dr  Chassin, 
c’est-à-dire  un  des  plus  réputés  des  anesthésistes  parisiens  en 
protoxyde  d’azote.  Mais  l’impureté  du  protoxyde  d’azote  est  une 
possibilité  qu’il  importe  de  ne  jamais  perdre  de  vue.  Il  y  a  long¬ 
temps  que  les  Américains  nous  ont  parlé  des  «  mauvaises  bou¬ 
teilles  »  de  protoxyde.  J’ai  été,  pour  ma  part,  mêlé  aux  faits 
suivants,  il  y  aura  deux  ans  bientôt. 

C’était  pendant  les  vacances.  J’achevais  la,  rédaction  d’un 
rapport  que  je  devais  présenter  avec  mon  collègue  Rathery  au 
Congrès  d’urologie  sur  l’anesthésie  chez  les  urinaires.  Pour  me 
permettre  de  me  faire  une  idée  personnelle  sur  l’anesthésie  au 
protoxyde  d’azote,  M.  Amiot  avait  bien  voulu  me  prêter  le  con¬ 
cours  de  son  talent,  que  vous  connaissez  tous,  et  pendant  le 
cours  de  l’année  avait  endormi  un  certain  nombre  de  mes  opérés. 
Un  matin,  je  vois  arriver  M.  Amiot  tout  ému.  Une  malade  qu’il 
avait  endormie  ailleurs  au  protoxyde  d’azote  venait  de  mourir  très 
rapidement  au  milieu  d’accidents  si  étranges  qu’Amiot  avait  eu 
l’idée  de  faire  analyser  son  protoxyde  d’azote.  Le  Laboratoire 
municipal  avait,  trouvé  dans  une  de  ses  bouteilles  22  p.  100 
d’acide  carbonique  !! 

D’une  rapide  enquêté  à  laquelle  nous  nous  livrions  immédiate¬ 
ment,  Amiot  et  moi,  il  résultait  que  d’autres  accidents  s’étaient 
produits  depuis  peu.  De  son  côté  M.  Cousin,  pharmacien  de 
l’hôpital  Cochin,  vérifiait  les  bouteilles  de  protoxyde  qui  se  trou¬ 
vaient  à  Cochin,  et  constatait  que  beaucoup  d’entre  elles  conte¬ 
naient  également  des  quantités  considérables  d’acide  carbonique. 

En  l’absence  de  notre  représentant  auprès  de  l’Assistance  • 
publique,  j’avisai  d’urgence  M.  Mourier  de  ce  qui  se  passait,  le 
priant  de  faire  mettre  «  l’embargo  »  sur  toutes  les  bouteilles  de 
protoxyde  d’azote  existant  dans  nos  hôpitaux  et  d'intervenir 
énergiquement  auprès  de  la  maison  qui  livrait  le  protoxyde. 


SÉANCE  DU  7  MARS 


Depuis,  les  bouteilles  de  protoxyde  d’azote  ne  doivent  plus  être 
livrées  dans  nos  services  hospitaliers  qu’après  avoir  été  vérifiées 
par  les  pharmaciens  de  nos  hôpitaux.  . 

Il  est  apparemment  fâcheux  d’administrer  à  un  opéré  22  p.  100 
d’acide  carbonique  quand  on  croit  lui  donner  du  protoxyde 
d’azote  ;  l’acide  carbonique  n'est  cependant  pas  l’impureté  la 
plus  dangereuse  ;  mais  le  peroxyde  d’azote,  qui,  chimiquement, 
est  tout  près  du  protoxyde,  est  au  contraire  d’une  redoutable 
toxicité. 

Vous  trouverez  sur  ce  point,  à  la  page  77  de  mon  rapport  de 
Strasbourg,  une  petite -note  rédigée  par  Amiot,  d’où  il  résulte 
que  la  plupart  des  impuretés  du  protoxyde  d’azote  étant  acides, 
on  élimine  facilement,  en  s’assurant  que  le  protoxyde  d’azote 
n’est  pas  acide,  le  plus  grand  nombre  des  erreurs  dangereuses. 

Pour  la  même  raison  qui  me  fait  rejeter  l’hypothèse  d’un  pro¬ 
toxyde  impur,  j’élimine  celle  d’une  asphyxie  lente  au  cours  de 
l’anesthésie.  De  pareils  faits  sont  impossibles  entre  les  mains  de 
M.  Chassie.  Mais  j’en  ai  vu  les  conditions  se  réaliser  entre  des 
mains  novices.  L’anesthésie  au  protoxyde  d’azote  est  difficile  par 
ce  fait  qu’elle  est  constamment  à  la  limite  de  l’asphyxie.  Qui 
connaîtmal  la  technique  de  l’administration  du  protoxyde  d’azote 
risque  de  se  tenir  un  peu  trop  au  delà  des  limites  dangereuses^ 
L’opéré  n’en  dort  pas  moins  pour  ce  fait;  peut-être  même  n’en 
dort-il  que  mieux;  mais  la  narcose  réalisée  ainsi  n’a  sans  doute 
plus  l’innocuité  qu’on  se  plaît  à  reconnaître  habituellement  au 
protoxyde. 

De  cela,  je  ne  parlerais  point  ici,  si  dans  l’observation  de 
M.  Schwartz  je  n’avais  lu  qu’on  avait  trouvé,  après  l’opération,  du 
sucre  dans  les  urines.  Or,  dans  les  recherches  expérimentales  que 
mon  ami  Rathery  a  faites,  à  l’occasion  de  notre  rapport,  sur  l’anes¬ 
thésie  des  chiens  au  protoxyde  d’azote,  plusieurs  fois  il  a  constaté 
une  glycosurie  post-anesthésique  qui  lui  a  paru  surtout  en  rapport 
avec  un  certain  degré  d’asphyxie  des  animaux  en  expérience.  On 
manque,  en  effet,  chez  les  chiens,  pour  juger  de  l’asphyxie  com¬ 
mençante,  de  ce  point  de  repère  précieux  que  constitue  chez 
l’homme  la  coloration  des  téguments,  des  oreilles  en  particulier. 

En  fait,  je  crois  que  la  malade  de  mon  ami  Sch.wartz  a  fait, 
comme  le  lui  a  dit  M.  Baudet,  sous  des  influences  multiples  déve¬ 
loppées  au  cours  de  son  anesthésie,  des  accidents  d’insuffisance 
liépato-rénale.  En  tous  cas,  pendant  quarante-huit  heures,  elle  a 
été  à  peu  près  anurique.  Cela  suffit  pour  permettre  d’incriminer 
le  rein. 


396 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Je  sais  bien  qu’on  peut  lire  dans  l’observation  que  rien  dans 
l’état  antérieur  de  la  malade  ne  permettait  de  prévoir  les  suites 
opératoires  dramatiques  qu’elle,  a  traversées,  et  qu’en  particulier 
l’analyse  des  urines  avait  été  faite. 

Mon  ami  Schwartz  pense  encore  sur  ce  point,  je  le  vois,  comme 
la  trop  grande  majorité  des  chirurgiens.  Il  ne  m’en  voudra  pas  si 
je  suis  plus  difficile  :  ma  qualité  d’ »  urinaire  »  en  est  la  cause. 

Je  vous  prie  de  m’excuser  si  je  profite  de  l’occasion  qui  m’est 
offerte  ici  pour  dire  à  cette  tribune  des  choses  que  j’ai  dites 
souvent  ailleurs  —  et  depuis  longtemps  —  mais  auxquelles  les 
chirurgiens  en  général  ne.  semblent  pas  avoir  jusqu’à  présent 
attaché  l’importance  qu’à  mon  avis  elles  méritent. 

Je  crains  que  beaucoup  de  chirurgiens  ne  se  leurrent  encore  de 
cette  illusion  qu’ils  peuvent  apprécier  la  valeur  préopératoire  des 
reins  de  leurs  malades  au  moyen  d’un  examen  d’urine. 

La  constatation  d’albumine  dans  les  urines  a,  certes,  son  inté¬ 
rêt,  mais  sous  des  albuminuries  appréciables  peuvent  se  cacher 
des  lésions  rénales  minimes,  alors  que  de  graves  insuffisances 
rénales  peuvent  se  dissimuler  derrière  ces  «  traces  »  d’albumine 
qui  n’ont  jamais,  je  pense,  retenu  beaucoup  de  bistouris.  Des 
insuffisances  rénales  extrêmement  graves  peuvent  même  coïncider 
avec  une  absence  totale  d' albuminurie. 

Est-on  mieux  renseigné  en  faisant  faire  une  analyse  plus  com¬ 
plète  des  urines?  Pas  davantage.  Pour  ne  parler  que  de  l’urée, 
des  quantités  de  25  et  30  grammes  d’urée  éliminée  par  vingt- 
quatre  heures  peuvent  dissimuler  les  plus  dangereuses  insuffi¬ 
sances  rénales,  et  si  la  concentration  de  l’urée  au  litre  est  un  peu 
moins  fallacieuse  dans  ses  indications,  on  n’en  observe  pas  moins 
des  concentrations  dites  autrefois  normales  (autour  de  20  grammes 
par  litre)  avec  des  déficiences  rénales  considérables. 

Or,  nous  possédons  depuis  longtemps  toute  une  série  de  crité¬ 
riums  qui  permettent,  au  contraire,  d’apprécier  réellement  l’état 
préopératoire  du  rein.  J’ai  combattu,  il  y  a  quelque  dix  ans, 
en  faveur  du  dosage  préopératoire  de  l’urée  sanguine;  je  crois 
avoir  fait  peu  d’adeptes  en  dehors  des  chirurgiens  urinaires.  La> 
chose  s’explique  sans  doute  par  ce  fait  que,  pour  doser  l’urée,  il 
faut  un  chimiste;  à  vrai  dire,  chaque  service  de  chirurgie  possède, 
que  je  sache,  un  interne  en  pharmacie  tout  spécialement  digne 
qu’on  lui  confie  de  pareilles  recherches  ;  que  si  les  dosages  de- 
l’urée  du  sang  apparaissent  trop  compliqués,  nous  avons  à  notre 
disposition  les  méthodes  colorimétriques  :  le  vieux  bleu  de  méthy¬ 
lène,  la  jeune  phénolsulfonephlaléine  dont  l’avenir,  dans  cette 
voie,  me  paraît  plein  de  promesses,  ne  nécessitant  aucun  dosage 


SÉANCE  DU  7 


397 


chimique;  ces  méthodes  sont  vraiment  d’une  application  des  plus 
simples. 

Pour  ma  part,  j’ai  pris,  depuis  longtemps,  l’habitude  de  ne 
jamais  soumettre  —  sans  urgence  absolue  —  un  malade  à  l’anes¬ 
thésie  générale  sans  avoir  fait  établir  le  chiffre  de  son  urée  san¬ 
guine.  Un  jour,  cependant,  j’ai  fait  exception  à  cette  règle  que  je 
m’étais  imposée  :  mon  malade  est  mort  sous  chloroforme  après 
trois  minutes  d’anesthésie.  Le  fait  a  été  rapporté  au  Congrès 
français  de  Chirurgie  de  1913.  Permettez-moi  de  vous  le  rappeler. 
J’arrivais,  comme  chirurgien  du  Bureau  central,  dans  un  service 
que  je  ne  connaissais  pas.  Il  y  avait  beaucoup  de  malades  à  opérer. 
Je  crus  pouvoir  faire  une  première  séance  opératoire  sans  les  pré¬ 
cautions  habituelles.  Le  malade  qui  mourut  paraissait  solide  ;  il 
avait  quarante-cinq  ans,  et  avait  interrompu  ses  opérations  de 
briquetier  pour  venir  se  faire  débarrasser  d’une  série  de  tumeurs 
épithéliales,  disséminées  sur  son  scrotum  et  sur  sa  verge,  tumeurs 
qu’on  eûtpu  enlever,  à  la  rigueur,  sous  anesthésie  locale.  La  mort 
survint  brusquement  par  syncope,  alors  que  le  malade  entrait 
dans  la  période  d’excitation;  il  n’avait  absorbé  que  3  cent,  cubes 
de  chloroforme.  Rien  ne  put  le  rappeler  à  la  vie,  pas  même  le  mas¬ 
sage  du  cœur,  que  je  fis  par  voie  transdiaphragmatique;  L’autopsie- 
montra  une  cirrhose  hépatique  et  une  sclérose  rénale  qui  contre- 
indiquaient  certainement  une  anesthésie  générale. 

J’ai  l’intime  conviction  que  beaucoup  des  accidents  de  la  narcose 
se  produisent  parce  qu’on  l’applique  à  des  sujets  qui  sont  dans  un 
état  d’équilibre  physiologique  précaire.  Ces  malades  peuvent  avoir 
encore  l’apparence  d’une  certaine  santé,  ce  sont  des  insuffisants 
que  guette  la  mort  subite,  cette  mort  subite,  apanage  particulier  des 
urémiques  latents.  De  tels  prédestinés  ont  peut-être  encore  devant 
eux  quelques  semaines  ou  quelques  mois  avant  l’accident  brutal 
qui  les  guette  ;  il  va  suffire  d’une  narcose  légère  pour  déclencher 
la  catastrophe. 

Ces  malheureux  en  déséquilibre  vital,  nous  avons  tout  intérêt  à 
chercher  à  les  reconnaître,  si  nous  voulons  réduire  au  minimum 
les  risques  de  nos  interventions. 

Cela  ne  veut  pourtant  pas  dire  qu’une  opération  sous  narcose- 
sera  forcément  sans  danger  anesthésique,  voire  sans  danger  rénal 
du  moment  qu’on  aura  établi  avant  l’opération  le  bon  fonctionne¬ 
ment  des  émonctoires  et  du  rein  en  particulier.  L’intervention 
chirurgicale  comporte  parfois  de  tels  facteurs  d’intoxication 
qu’elle  peut  fort  bien  provoquer  des  accidents  rénaux  graves 
même  chez  des  sujets  dont  les  reins  étaient  antérieurement  en 
bon  état.  Je  ne  sais  ce  que  valaient  primitivement  les  reins  du 
malade  dont  M.  Baudet  vous  a  rapporté,  dans  la  dernière  séance,. 


SOCIETE  DE  CHIRURGIE 


l’azotémie  progressive,  et  qui  mourut  d’urémie  malgré  le  pro¬ 
toxyde  d’azote.  Mais  je  sais,  pour  en  avoir  donné  jadis  les  premiers 
exemples  dans  la  Thèse  de  Savidan  (1912),  que  chez  les  opérés 
sous  anesthésie  générale  il  y  a  habituellement  une  augmentation 
appréciable  du  taux  de  Tazotémie.  Dès  qu’on  s’adresse  à  des  opéra¬ 
tions  graves,  à  des  anesthésies  générales  prolongées,  le  taux  de 
L’azotémie  post-opératoire  atteint  souvent  des  proportions  qui 
effraieraient  beaucoup  d’entre  vous,  s’ils  se  rendaient  compte  des 
dangers  que  courent  leurs  opérés  de  ce  fait.  Mais  combien  de 
morts  par  soi-disant  embolies  n’ont  pas  d’autre  cause. 

Heureusement,  tous  les  opérés  en  azotémie  post-opératoire  ne 
font  pas,  comme  l’opéré  de  Baudet,  une  azotémie  qui  progresse 
jusqu’à  la  mort.  Habituellement  elle  régresse  après  avoir  atteint 
un  taux  plus  ou  moins  dangereux.  Mais  il  est  logique  d’admettre  en 
principe  qu’à  égalité  d’intoxication  opératoire  les  troubles  seront 
d’autant  moinsaccusés  que  l’opération  aurarencontré  des  émoite- 
toires  meilleurs.  De  ces  émoncloires,  le  rein  peut  être  à  l’heure 
actuelle  étudié  dans  son  fonctionnement  d’une  façon  remarquable¬ 
ment  précise.  En  établissant  avant  d’agir  le  bilan  de  ce  fonction¬ 
nement  essentiel,  le  chirurgien  ne  peut  sansconteste  qu’augmenter 
sa  sécurité. 


Communication. 

Sur  i'érythromélalgie, 
par  M.  R.  LERICHE,  correspondant  national. 

Rien  n’est  si  difficile  que  de  réussir  à  coup  sûr  la  sédation 
-chirurgicale  de  la  douleur,  dans  les  syndromes  si  variés  où  prati¬ 
quement  la  douleur  est  tout,  et  dont  la  nature  essentielle  nous  est 
inconnue. 

Et  cette  énorme  difficulté  est  bien  explicable  puisque  nous  ne 
faisons,  dans  ces  cas,  qu’une  thérapeutique  menosymptomatique 
très  empirique.  En  tous  cas,  pLus  on  acquiert  quelque  expérience 
de  celle  chirurgie  de  la  douleur,  plus  on  voit  combien  sont  dissem¬ 
blables  les  cas,  en  apparence  de  même  origine,  que  relie  en  réalité 
seulement  l’existence  de  l’élément  douleur. 

De  tous  ceux  que  j’ai  vus,  depuis  14  ans  que  je  m’occupe  avec 
prédilection  de  cette  étude,  c’est  peut-être  I’érythromélalgie  qui 
me  paraît  la  matière  la  plus  ingrate. 

De  ce  syndrome  Cliniquement  si  net,  si  schématique,  nous  ne 
savons  en  effet  rien,  ni  ce  qui  le  cause,  ni  la  voie  par  laquelle 


SÉANCE  DU  7 


399 


cette  cause  inconnue  agit,  ni  le  traitement  efficace  à  lui  apporter. 

J’en  ai  recueilli  cinq  observations,  dont  deux  ont  été  suivies 
pendant  des  années,  et  je  voudrais  à  leur  propos  vous  soumettre 
quelques  réflexions  sur  eette  terrible  maladie. 

1°  Son  étiologie  est  bien  obscure  :  quand  on  aligne  les  obser¬ 
vations  les  unes  à  côté  des  autres,  rien  ne  se  dégage  au  premier 
abord  de  tous  les  facteurs  que  Ton  peut  invoquer  à  son  origine. 
Mais  si  l’on  fait  abstraction  de  toute  une  série  de  faits  trop  com¬ 
plexes  pour  être  utiles  actuellement,  il  reste  des  cas  où  de  toute 
évidence  le  point  de  départ  est  dans  les  centres  (plexus  solaire  ou 
moelle)  et  un  nombre  de  cas  bien  plus  considérables  de  faits  où 
il  parait  périphérique. 

D’après  ce  que  j’ai  vu,  l’étiologie  périphérique  traumatique  me 
semble  très  fréquente.  Trois  de  mes  malades  atteints  d’érythro- 
mélalgie  aux  membres  inférieurs  étaient  des  blessés  de  guerre  des 
membres  inférieurs;  si  chez  deux  d’entre  eux  le  rôle  du  trauma¬ 
tisme  peut  être  discuté,  chez  le  troisième  son  influence  parait 
certaine,  car  il  s’agît  d’un  blessé  atteint  de  section  du  sciatique 
à  la  cuisse  en  juillet  1918,  section  non  réparée,  suivie  de  troubles 
trophiques  pour  lesquels  il  fut  amputé  au  bout  de  dix-huit  mois  : 
on  fit  une  désarticulation  de  Syme,  bientôt  suivie  de  l’apparition, 
sur  le  moignon  même,  d’un  syndrome  érythromélalgique  de 
gravité  croissante,  cela  chez  un  homme  de  vingt-cinq  ans  sans 
tare  organique  et  sans  lésion  cardio-vasculaire  ou  nerveuse  cen¬ 
trale.  Je  crois  être  en  droit  de  supposer  que  la  section  du  sciatique 
et  l'amputation  jouèrent  quelque  rôle  dans  l’apparition  de  son 
déséquilibre  vaso-moteur. 

Dans  un  quatrième  cas,  la  malade  faisait  remonter  le  début  de 
ses  accidents  à  une  entorse  grave  à  partir  de  laquelle  elle  n’avàit 
jamais  été  bien  et  â  cause  de  laquelle  on  avait,  au  début  des 
phénomènes  vaso-moteurs,  commis  toutes  sortes  d’erreurs  de 
diagnostic,  des  chirurgiens  distingués  ayant  parlé,  les  uns  de 
fracture  méconnue,  les  autres  de  tuberculose  de  l’arriêre-pied, 
en  lui  imposant  pendant  trois  ans  nombre  de  traitements  inopé¬ 
rants  :  héliothérapie  à  Leysin,  injections  phéniquées  locales, 
trépanation  du  calcanéum,  mobilisation  mécanothérapique. 

En  somme,  sur  5  cas,  une  seule  fois  il  n’y  avait  pas  d’antécé¬ 
dents  traumatiques  et  deux  fois  ceux-ci  paraissaient  clinique¬ 
ment  le  point  de  départ  net  du  syndrome  de  Weir-Mitcheli. 

En  parcourant  les  149  observations  réunies  dans  la  Thèse  de 
Benoist  (T),  j’ai  plusieurs  fois  relevé  la  possibilité  d’une  étio¬ 
logie  traumatique. 


(1)  Etude  sur  l’érythromèlalgîe.  Thèse  de  Paris,  1911,  n»  249. 


400 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Ainsi  dans  un  cas  de  Weir-Mitchell  où  la  maladie  apparut  un  an 
-après  un  traumatisme  du  pied,  dans  un  cas  de  Lewin  où  elle  suivit 
de  près  un  coup  de  feu  du  coude,  dans  un  cas  de  Shaw  dans 
lequel  après  un  accident  intéressant  la  main  droite,  des  douleurs 
se  montrèrent  et  allèrent  croissant  jusqu’au  jour  où  on  vit  s’ins¬ 
taller  des  phénomènes  vaso-moteurs  sur  la  main  traumatisée. 

De  même  on  peut  relever  des  incisions  chirurgicales  sur  les 
doigts  pour  panaris,  des  piqûres,  des  traumatismes  profes¬ 
sionnels. 

Je  me  demande  donc  s’il  n’y  a  pas  là  un  facteur  très  important 
-à  retenir  désormais,  qui  rapprocherait  le  syndrome  érythromé- 
lalgique  de  ces  phénomènes  vaso-moteurs  si  fréquents  après  les 
accidents  du  travail  et  après  les  blessures  de  guerre  des  extré¬ 
mités. 

Evidemment  ce  facteur  ne  saurait  être  exclusif,  mais  il  serait 
intéressant  de  le  chercher  systématiquement  désormais.  Si  le  fait 
-était  bien  établi,  cela  aurait  un  certain  intérêt  thérapeutique  :  les 
phénomènes  vaso-moteurs  ont  en  effet  une  tendance  à  diffuser 
vers  la  racine  du  membre,  et  s’il  y  a  un  moment  où  une  amputa¬ 
tion  utile  peut  être  faite  en  tissus- sains,  il  en  vient  un  où  cela 
n’est  plus  possible  et  où  toute  suppression  du  membre  est  vouée  à 
un  lamentable  échec. 

2°  Supposons  l’étiologie  traumatique  admise,  comment  peut- 
elle  agir  pour  déclencher  les  troubles  caractéristiques  ? 

Il  ne  semble  pas  s'agir  d’un  trouble  portant  sur  les  nerfs  mixtes  : 
on  ne  trouve  sur  eux  aucune  lésion  ;  j’ai  fait  faire  deux  fois  des 
examens  histologiques  sans  résultat  et  par  ailleurs  la  topographie 
des  troubles  n’a  pas  de  systématisation  tronculaire. 

Souvent  l’examen  du  système  artériel  est  également  négatif.  Dans 
un  cas  particulièrement  grave,  mon  aide  L.  Michon,  collaborateur 
de  Policard,  n’a  trouvé  aucune  lésion  histologique  ni  sur  la  fémo¬ 
rale,  ni  sur  les  vaisseaux  poplités  et  tibiaux.  Par  contre  il  y  a  des 
cas  où  l’on  trouve  de  l’ endartérite  oblitérante  :  on  en  relève  plu¬ 
sieurs  exemples  dans  les  observations  publiées;  personnellement, 
j’ai  trouvé  une  fois  une  oblitération  absolue,  non  inflammatoire 
de  toute  la  fémorale  superficielle  depuis  l’abouchement  de  la 
fémorale  profonde  jusqu’au  creux  poplité  chez  un  blessé  qui 
m’avait  été  montré  par  MM.  Carrive  et  Plisson,  et,  une  autre  fois, 
au  cours  d’une  désarticulation  tibio-tarsienne  (faite  par  Plisson) 
aucune  artère  ne  donnait  de  jet. 

Il  y  a  donc  là  un  facteur  très  important  à  retenir,  mais  quand 
on  y  réfléchit  il  y  a  quelque  chose  de  très  insolite  à  ce  qu’une 
lésion  entraînant  une  diminution  de  l’apport  sanguin  périphérique 
soit  suivie  de  phénomènes  de  vaso-dilatation  active  avec., 


SÉANCE  Ul 


401 


semble-t-il,  augmentation  du  débit  circulatoire,  augmentation  de 
la  température  locale  et  de  la  pression  artérielle  aux  extrémités. 

C’est  un  véritable  paradoxe  qu’il  faudrait  déjouer  et  ce  n’est 
pas  facile.  Il  est  évident  que  dans  les  conditions  dont  je  viens  de 
parler,  on  peut  dire  que  l’oblitération  artérielle  amène  une  exci¬ 
tation  des  vaso-dilatateurs  compris  dans  le  plexus  péri-artériel, 
mais  cette  explication  purement  verbale  ne  fait  que  reculer  la 
question  qu’il  faut  bien  essayer  d'étreindre  quand  même,  et  qui 
reste  très  troublante,  on  va  le  voir. 

3°  P atho  génique  ment,  eu  effet,  on  admet  que  l’érythromélalgie, 
à  l’opposé  du  syndrome  de  Maurice  Raynaud,  est  la  conséquence 
■d’une  excitation  des  vaso-dilatateurs.  Cliniquement  cela  paraît 
..exact,  mais  pratiquement  et  physiologiquement  parlant,  c’est  plus 
difficile  à  admettre  sans  réflexion. 

Théoriquement  puisqu’il  y  a  des  vaso-dilatateurs  et  des  vaso- 
constricteurs,  tout  paraît  très  limpide,  mais  quand  on  aborde 
l’étude  des  vaso-dilatateurs,  il  est  impossible  de  n’être  pas  choqué 
par  tout  ce  que  leur  fonctionnement  renferme  d’obscurités. 
Vraiment  s’il  n’y  avait  pas  les  expériences  classiques  et  si  nette¬ 
ment  objectives,  si  brutales,  pourrait-on  dire,  de  Claude  Bernard, 
on  serait  parfois  tenté  de  dire  que  les  vaso-dilatateurs  pour  les 
membres  n’existent  pas:  quels  nerfs  singuliers!  que  l’on  ne 
trouve  pas  à  la  périphérie,  qu’on  ne  sait  où  atteindre,  dont  il  est 
impossible  de  comprendre  le  mode  d’action,  en  dehors  .d’une 
suspension  d’activité  de  leurs  antagonistes. 

On  a  quelque  peine  à  comprendre  cette  action  qui  se  consomme 
■dans  les  centres  nerveux,  qui  n’est  pas  simplement  suspensive  du 
tonus  artériel,  qui  implique  une  dilatation  plus  grande  que  celle 
produite  par  le  simple  arrêt  du  tonus  et  dont  aucun  appareil  mus¬ 
culaire  périphérique  n’est  susceptible  d’expliquer  la  modalité. 

Relisez  le  livre  de  Dastre  et  de  Morat  :  je  suis  sûr  que  les 
mêmes  objections  se  poseront  dans  votre  esprit,  et  que  vous  verrez 
la  question  s’obscurcir. 

L’étude  des  effets  de  la  sympathectomie  péri-artérielle  la  rend 
plus  difficile  et  plus  troublante  encore.  Qu’y  voyons-nous  en  effet? 
Une  vaso-dilatation  périphérique  avec  augmentation  de  la  chaleur 
locale  et  de  la  pression  artérielle,  c'est-à-dire  tous  les  tests  d'une 
vaso-dilatation  active  alors  qu'il  ne  peut  s'agir  que  d'une  vaso¬ 
dilatation-paralytique,  donc  passive. 

En  songeant  à  cela  je  me  suis  souvent  demandé  s’il  y  avait  vrai¬ 
ment  chez  l’homme  de  la  vaso-dilatation  active,  mais,  quand  on 
.relit  Claude  Bernard,  Dastre  et  Morat,  on  ne  peut  mettre  en  doute 
qu’il  doit  y  en  avoir. 

Et  pourtant,  en  dehors  de  ce  qui  a  été  vu  chez  les  animaux,  on 


:4Û2  SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


se  pose  avec  un  certain  septicisme  cette  question  :  Y  a-t-il  des 
effets  vaso-dilatateurs  actifs  purs?  Vous  me  direz  :  oui,  l’érythro- 
mélalgie  en  est  un  exemple. 

Mais  justement,  l’érythromélalgie  n’en  est  pas  un  exemple. 

Dans  un  nombre  considérable  d’observations,  il  y  a  association 
d’érythromélalgie  et  de  maladie  de  Raynaud,  c’est-à-dire  de  vaso¬ 
dilatation  et  de  vaso-constriclion  :  sur  mes  5  cas,  j’ai  trois  fois 
retrouvé  des  phénomènes  du  type  vaso-constrictif  avec  la  plus 
grande  netteté. 

Notez  de  plus  que  l’ërythromélalgie  s’accompagne  souvent  de 
troubles  trophiques  ulcératifs,  c’est-à-dire  de  nécrose  localisée. 
Comment  allier  cela  avec  l’existence  d’une  vaso-dilatation  active, 
c’est-à-dire  de  ce  qui  est  la  condition  biologique  d’une  accélé¬ 
ration  de  la  croissance  et  de  la  nutrition  des  tissus  ? 

Tout  cela  est  bien  troublant  et  par  ailleurs  Cavazzani  et  Bracci 
ont,  en  1900,  fait  des  recherches  pléthysmographiques  dans  un  cas 
d’érythromélalgie  :  ayant  constaté  que  chez  leur  malade  toute 
excitation  sensorielle  produisait  une  contraction  énergique  des 
vaisseaux  périphériques,  ils  ont  enregistré  les  courbes  dans  ces 
moments-là.  Elles  étaient  identiques  à  celles  obtenues  pendant  les 
accès  érythromélalgiques. 

Je  ne  conclus  pas;  je  pose  un  problème  difficile  qu’il  serait 
intéressant  d’étudier,  mais  je  serais  tenté  de  dire  :  l’érythromé- 
lalgie  n’est  pas  un  syndrome  d’excitation  des  vaso-dilatateurs  qui 
est  à  l’opposé  de  la  maladie  de  Raynaud,  c’est  une  maladie  tradui¬ 
sant  un  déséquilibre  vaso-moteur  et  rien  de  plus. 

3°  Thérapeutiquement ,  le  syndrome  de  Weir-Mitchell  est  déso¬ 
lant  :  je  ne  sais  rien  qui  agisse  à  coup  sur  sur  lui.  D’ailleurs,  ce 
n’est  pas  étonnant,  puisque  son  mécanisme  est  très  obscur  et  que, 
d’autre  part,  nous  n’avons  aucun  point  de  l’organisme  Où  nous 
puissions  atteindre  à  coup  sûr  les  vaso-dilatateurs  des  membres. 

D’après  ce  que  j’ai  vu  chez  des  malades  opérés  par  d’autres  que 
moi,  et  que  j’ai  réopérés  aussi,  je  puis  simplement  donner  les  indi¬ 
cations  suivantes  : 

1°  Les  opérations  sur  les  nerfs  périphériques  ne  donnent  rien  : 
j’ai  pu  juger  du  résultat  donné  par  le  hersage,  l’élongation,  la 
neurothripsie  du  sciatique  et  du  crural,  faits  par  un  chirurgien 
éminent  de  Suisse.  Toutes  ces  manipulations  brutales  du  nerf, 
qui  ont  eu  une  heure  de  vogue,  sont  au  reste  des  opérations  détes¬ 
tables,  destructrices  du  nerf,  sans  efficacité  thérapeutique,  que  l’on 
devrait  définitivement  rejeter-, 

2°  J’ai  fait  deux  fois  sans  conviction  et  sans  le  moindre  résultat 
une  sympathectomie  péri-arlérielle  :  ce  sont  des  tentatives  à  ne  pas 
renouveler.  Elles  ne  peuvent  pas  aboutir,  étant  donné  que  l’opéra- 


SÉANCE  DU  7  MARS’ 


403 


tion  vise  à  diminuer  la  puissance  des  effets  vaso-constrictifs 
périphériques  qu’il  faudrait  plutôt  renforcer. 

3°  J’ai  réséqué  une  fois  une  fémorale  oblitérée  sur  toute  sa  lon¬ 
gueur  à  la  cuisse  sans  la  moindre  efficacité. 

4°  J’ai  vu  une  malade  radicotomisée  par  un  autre  chirurgien, 
sans  que  soit  obtenue  la  moindre  sédation.  Cependant  il  existe  une 
observation  de  Mayesima  dans  laquelle  une  radicotomie  de  la 
IVe  et  de  la  V°  lombaires  et  des  deux  lre"  sacrées  postérieures 
à  été  suivie  d’une  grande  amélioration.  La  durée  d’observation  a 
été  de  186  jours.  11  y  a  donc  dans  cette  voie  lieu  de  tenter  l’opé¬ 
ration  à  nouveau. 

5°  Dans  un  cas  très  rebelle,  chez  une  malade  ayant  subi  toutes 
sortes  d’interventions  :  hersage  du  crural  et  du  sciatique,  radico¬ 
tomie  dorso-lombaire,  sympathectomie,  amputation  de  cuisse 
sans  résultat,  j’ai  fait  récemment  la  section  de  la  partie  antérieure 
du  cordon  latéral  à  hauteur  de  la  VIIe  dorsale,  pour  atteindre  le 
faisceau  vecteur  des  impressions  douloureuses  et  thermiques  en 
arrière  de  la  racine  antérieure.  Cette  cordotomie  latérale,  suivie  de 
guérison  opératoire  sans  incident,  a  donné  un  excellent  résultat 
immédiat,  mais  j’ai  la  crainte  que  des  troubles  vaso-moteurs  ne 
reparaissent.  Peut-être  n’ai-je  pas  coupé  entièrement  le  faisceau 
sensitif  profond,  que  seule  l’expérience  de  l’opération  peut 
permettre  d’éviter,  et  il  y  a  là  une  cause  d’insuccès,  mais 
cependant,  certainement,  la  plus  grande  partie  a  été  section¬ 
née.  Peut-être  faudrait-il  aller  plus  à  fond  et  essayer  d’atteindre 
le  tractus  intermedio  lateralis.  Ce  serait  à  voir  et  à  essayer  si 
j’en  juge  par  le  résultat  immédiatement  obtenu. 

6°  Restent  les  amputations.  D’après  ce  que  j'ai  vu,  je  crois  qu’il 
faut  les  faire  très  précocement  et  dépassant  largement  le  niveau  en 
hauteur  des  troubles  vaso-moteurs;  les  amputations  basses,  Syme, 
lieu  d’élection,  doivent  être  rejetées  :  on  peut  avoir  des  ennuis 
dans  la  cicatrisation  et  surtout  un  échec  thérapeutique  complet.  Je 
conseillerai  donc  de  faire  d’emblée,  si  les  troubles  n’atteignent  pas 
le  genou,  une  amputation  de  cuisse  au  tiers  inférieur.  Peut-être 
arriverait-on  ainsi,  s’il  s’agit  bien  d’un  syndrome  d’origine  péri¬ 
phérique  (ce  qui  est  encore  à  démontrer),  à  guérir  certains  malades, 
ou  du  moins  à  les  améliorer.  J’en  possède  une  observation. 

Si  les  troubles  vaso-moteurs  sont  très  diffus  et  atteignent  la 
cuisse,  il  faut  déconseiller  l’amputation  :  elle  est  vouée  à  un  échec. 
Il  vaut  mieux  tenter  d’emblée  la  radicotomie  étendue  ou  la  section 
du  cordon  latéral,  opération  facile  et  que  l’on  peut,  peut-être, 
espérer  radicale. 


i.t  1923. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRUÉG1È 


404 


Présentations  de  malades. 

Ménisques  en  anse  de  seau, 
par  M.  AUVRAY. 

La  malade  que  je  vous  présente,  qui  a  récupéré  d’une  façon 
presque  complète  les  mouvements  de  son  genou  et  dont  le 
genou  est  vraiment  très  solide,  a  été  opérée  par  moi  le  16  octobre, 
pour  un  arrachement  du  ménisque  interne.  La  malade  avait 
fait  une  chute  sur  la  tête  en  janvier  1920;  étourdie  par  le 
coup,  elle  ne  saurait  dire  si  le  genou  a  porté;  mais,  d'après 
elle,  les  accidents  du  côté  du  genou  remonteraient  à  cette  chute. 
La  notion  du  traumatisme  du  genou  reste  cependant  assez 
imprécise.  En  tout  cas,  en  mai  1921,  elle  fait  un  gros  épan¬ 
chement  de  synovie  avec  douleurs  articulaires  ;  après  un  traite¬ 
ment  médical,  tout  rentre  dans  l’ordre;  il  persiste  cependant  de 
la  limitation  de  la  flexion  et  des  craquements  articulaires.  A  la  fin 
de  septembre  la  malade,  en  se  promenant,  entend  et  perçoit  un 
craquement  dans  le  genou,  elle  tombe  et  ne  peut  se  relever;  la 
douleur  était  telle  qu’elle  ne  pouvait  ni  plier  ni  allonger  la  jambe. 
Pendant  deux  jours  elle  resta  le  membre  immobilisé,  souffrant 
atrocement.  C’est  devant  l’impotence  et  la  douleur  persistantes 
que  je  me  décidai  à  intervenir.  La  douleur  était  surtout  très  vive 
à  la  partie  antérieure  de  l’interligne  articulaire  interne,  immédia¬ 
tement  en  dedans  du  tendon  rotulien.  Le  genou  demeurait  en 
légère  flexion  etvles  tentatives  pour  l’étendre  étaient  très  doulou¬ 
reuses.  J’ai  ouvert  le  genou  à  sa  partie  antéro-interne.  Après 
ouverture  de  la  synoviale,  j’ai  vu  le  cartilage  semi-lunaire  interne 
complètement  détaché  par  sa  périphérie  du  ligament  latéral 
interne,  mais  fixé  encore  en  avant  et  en  arrière  à  ses  insertions 
tibiales  nofmales.  Il  avait  l’aspect  d’une  bande  fibro-carlilagineuse 
flottant  à  l’intérieur  de  l’articulation  à  la  façon  d’une  anse  de 
seau.  Il  avait  subi  une  torsion  telle,  sur  son  axe  antéro-postérieur, 
que  son  bord  convexe  qui,  normalement,  regarde  en  dedans, 
regardait  en  dehors,  son  bord  mince,  tranchant,  regardant  au 
contraire  en  dedans.  Il  me  fut  facile  d’enlever  le  cartilage  en  sec¬ 
tionnant  ses  attaches  antérieure  et  postérieure.  Le  cartilage  pré¬ 
sentait  des  lésions  nettes  de  méniscite.  Les  surfaces  du  cartilage 
n’ont  plus  leur  aspect  poli,  le  bord  interne  est  devenu  irrégulier, 
on  y  voit  une  petite  saillie  en  forme  de  perle.  Dans  un  article  du 
Lij on  chirurgical  (juillet  1919),  Tavernier  signale  cette  lésion  du 
cartilagmsemi-lunaire,  décrite  par  les  Anglo-Saxons  sous  lé  nom 


SÉANCE  DU  7  MARS 


405 


de  ménisque  en  anse  de  seau,  comme  la  lésion  tout  à  fait  prédo¬ 
minante  des  cartilages.  Je  la  crois  en  effet  fréquente,  si  j’en  juge 
par  ma  courte  expérience  personnelle.  J’ai  eu,  en  effet,  l’occasion 
d’observer  dans  un  traumatisme  récent,  où  l’intervention' était 
pratiquée  pour  une  fracture  intéressant  les  tubérosités  du  tibia, 
un  second  cas  de  ménisque  en  anse  de  seau.  11  s’agissait  d’un 
traumatisme  très  grave  du  genou  dans  lequel  la  lésion -méniscale 
passait  au  second  plan.  Comme  dans  le  premier  cas,  le  cartilage 
était  désinséré  sur  toute  sa  périphérie,  il  flottait  à  la  façon  d’une 
anse  de  seau  dans  l’articulation,  fixé  par  ses  extrémités  antérieure 
et  postérieure  à  ses  attaches  normales  au  plateau  tibial. 

Ces  deux  cas  sont  les  seuls  que  j’ai  eu  l’occasion  d’observer  au 
cours  d’une  intervention  chirurgicale,  et  tous  les  deux  étaient  des 
ménisques  en  anse  de  seau. 


Présentation  de  radiographies. 

Localisation  exacte  des  calculs  des  reins  par  la  radiographie 
de  profil  au  cours  du  pneumo-rein  (1), 

par  MM.  LOUIS  BAZY  et  LAGARENNE. 

Au  nom  du  docteur  Lagareune,  chef  du  laboratoire  de  radio¬ 
logie  de  l’Hôtel-Dieu,  je  vous  présente  les  très  belles  épreuves 
que  voici,  et  qui  constituent  les  premières  tentatives  de  radio-, 
■graphies  de  profil  des  reins.  Voici  la  note  que  M.  Lagarenne  m’a 
remise  : 

«  La  radiographie  ordinaire  de  la  région  lombaire  nous  permet 
dans  les  trois  quarts  des  cas  d’apercevoir  l’ombre  du  rein, 
d’apprécier  sa  forme,  ses  contours,  sa  situation.  Mais  le  pôle  supé¬ 
rieur  du  rein  reste  généralement  peu  net,  surtout  à  droite,  à  cause 
de  la  présence  du  foie. 

«La méthode  de  Cardli, par  insufflation  delà  loge  rénale, permet 
de  mettre  en  valeur,  d’une  façon  admirable,  l’ombre  totale  du 
rein,  même  le  pôle  supérieur,  généralement  invisible  par  la 
méthode  classique.  Mais  les  radiographies  faites  jusqu’ici  ne 
nous  montraient  que  le  rein  vu  de  face.  Il  semblait,  a  priori, 
impossible  d’obtenir  une  image  de  profil,  les  deux  reins  étant 
logés  de  chaque  côté  et  en  retrait  de  la  colonne  vertébrale,  et 
leurs  ombres  tendant,  par  conséquent,  à  se  superposer  à  celle  des 
corps  vertébraux. 


(1)  Présentation  faite  dans  la  séance  du  31  janvier. 


406 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


«  Cependant,  grâce  à  la  méthode  de  Carelli,  on  peutparfaitement 
obtenir  le  profil  du  rein.  A  l’état  normal,  les  reins  sont  bien  appli¬ 
qués  par  le  péritoine  pariétal  contre  la  paroi  postérieure  de 
l’abdomen,  de  chaque  côté  de  la  colonne  vertébrale.  Mais,  lors¬ 
qu’on  insuffle  de  l’air  dans  l’atmosphère  graisseuse  péri-rénale,  on 
refoule  en  avant  le  péritoine  et  , aussi  le  rein  qui  vient  se  placer 
sur  un  plan  antérieur  à  la  colonne  vertébrale.  Il  flotte  au  milieu 
de  la  masse,  gazeuse,  retenue  seulement  par  son  pédicule  vascu¬ 
laire,  autour  duquel  il  peut  tourner,  de  telle  sorte  que  si,  après 
avoir  pris  une  radiographie  de  face,  on  tourne  petit  à  petit  le 
malade  en  position  oblique  postérieure,  en  prenant  de  temps  à 
autre  un  cliché,  On  arrive  à  obtenir  une  image  qui  représente 
strictement  le  profil  du  rein. 

«  Les  avantages  etl’utilité de  cette  méthode  sont  incontestables 
dans  certains  cas.  Grâce  à  elle,  on  peut  en  effet  : 

«  1°  Etuiiier  chacune  des  faces  du  rein  ; 

«  2°  Différencier  les  calculs  rénaux  des  c.alculs  de  la  vésicule 
biliaire,  ou  des  concrétions  calcaires  pararénales  ; 

«  3°  Localiser  le  point  exact  où,  dans  le  rein,  se  trouvent  le  ou 
les  corps  étrangers,  de  la  même  manière  que,  par  la  méthode  des 
deux  axes  on  repérait  les  projectiles.  » 

Les  clichés  que  je  fais  passer  sous  vos  yeux  concernent  une 
dame  que  j’ai  opérée  à  la  Fondation  de  la  Victoire.  Opérée  pré¬ 
cédemment  d’appendicite,  elle  continuait  à  éprouver  du  côté  droit 
des  douleurs  violentes  dont  la  cause  n’avait  pas  été  élucidée  jus¬ 
qu'au  moment  où  le  docteur  Lagarenne  découvrit  dans  la  région 
rénale  droite,  par  la  méthode  radiographique  ordinaire,  deux 
taches  qui  lui  parurent  suspectes.  Pour  mieux  les  localiser  il  eut 
recours  à  la  méthode  de  Carelli.  Il  injecta,  suivant  latèchnique 
originale  de  l’auteur,  300  cent,  cubes  d’oxygène  dans  l’almosphère 
péri-rénale.  Ainsi  que  vous  pouvez  vous  en  rendre  compte,  il 
obtint  une  épreuve  remarquable,  sur  laquelle  le  contour  du  rein 
se  dessine  en  entier,  de  la  manière  la  plus  évidente.  Les  taches 
suspectes  précédemment  observées  se  confondent  absolument 
avec  l’ombre  du  rein.  Dans  le  dessein  de  donner  au  diagnostic,  si 
longtemps  incertain,  une  précision  rigoureuse,  M.  Lagarenne  eut 
l’idée  de.  prendre  une  vue  de  profil  du  rein.  La  tentative  a  été 
couronnée  de  succès.  Voici  trois  épreuves  prises  dans  des  obli¬ 
quités  différentes.  Sur  la  dernière  le  rein  se  projette  rigoureuse¬ 
ment  de  profil,  en  avant  des  corps  vertébraux  parfaitement  visi¬ 
bles.  On  peut  y  constater  que  les  taches  représentent  bien  des 
calculs  du  rein,  que  ceux-ci  sont  dans  le  bassinet  et  plus  rappro¬ 
chés  de  la  face  antérieure  que  de  la  face  postérieure  de  l’organe. 

Muni  de  ces  indications  précises,  j’ai  opéré  cette  dame  en  août 


SÉANCE 


407 


DU  7  MARS 


dernier.  Incision  lombaire,  le  rein  se  projetant  dans  l’espace 
costo-iliaque.  La  palpation  la  plus  attentive  du  rein  ne  put  me 
permettre  de  sentir  extérieurement  la  moindre  trace  de  calcul. 


J’eus  recours  alors  à  la  manœuvre  que  nous  employions  couram¬ 
ment  dans  le  service  de  mon  père  il  y  a  plus  de  douze  ans.  J’incisai 
le  bassinet  à  sa  partie  postérieure,  en  empiétant  délibérément  sur 
la  partie  adjacente  du  parenchyme  rénal. 

Je  pus  ainsi  par  la  brèche  introduire  un  doigt  dans  le  bassinet 
et  l’explorer  ainsi  que  chacun  des  calices,  sans  plus  de  résultat. 
Mais  en  combinant  la  palpation  inlrapyélique  à  la  palpation  exté- 


408 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


rieure,  je  pus  aisément  sentir  le  plus  gros  des  calculs  et,  ayant 
constaté  comme  l’avait  bien  indiqué  la  radiographie  qu’il  était 
très  rapproché  de  la  face  antérieure  du  rein,  je  jugeai  plus  expé- 


Fig.  2. 


dient  de  faire  à  son  niveau  une  petite  néphrotomie  partielle,  qui 
permit  une  extraction  rapide  et  fut  de  réparation  très  aisée  au 
moyen  d’un  seul  catgut  n°  00.  La  brèche  pyélique  fut  ensuite 
exactement  réparée.  La  malade  a  guéri  avec  une  grande  rapidité 
et  une  grande  simplicité. 

En  vous  présentant  les  belles  radiographies  de  M.  Lagarenne 
qui  m’ont  permis  d’opérer  avec  tant  de  sécurité,  j’insiste  aussi  sur 


SEANCE  DU  7  MARS 


409 


ces  quelques  détails  de  technique  couramment  employés,  je  le 
répète,  dans  le  service  de  Beaujon  :  a)  large  brèche  pyélique  en 
empiétant  sur  la  portion  adjacentedu  parenchyme  rénal;  b)  recher¬ 
che  des  calculs  par  la  palpation  bimanuelle  extra  et  intrapyé- 
lique  ;  c)  ablation  de  certains  calculs  par  néphrotomie  partielle 
faites  à  leur  contact  direct.  En  appliquant  ces  principes,  je  pense 
que  les  indications  de  la  néphrotomie  deviendront  de  plus  en 
plus  rares. 

M.  Marion.  —  J’appuie  ce  que  vient  de  dire  M.  Chevassu  sur 
la  valeur  très  relative  de  l’insufflation  périrénale.  M.  Carelli  lui- 
même  a  insufflé  trois  de  mes  malades.  La  première  insufflation  fut 
faite  dans  le  péritoine.  Sur  une  seconde  malade,  l’insufflation  fit 
conclure  à  M.  Carelli  qu’il  existait  des  adhérences;  or,  il  s’agissait 
d’une  tuberculose  rénale  des  plus  faciles  à  isoler.  Une  troisième 
malade  fut  insufflée  da-  s  le  service  de  M.  Duval  et,  cette  fois,  le 
gaz  s’en  alla  dans  le  cou.  Je  fis  cependant  d'autres  insufflations  et 
je  suis  arrivé  à  ces  conclusions  que  si,  exceptionnellement,  l’insuf¬ 
flation  peut  donner  un  renseignement  utile,  dans  des  cas  beau¬ 
coup  plus  nombreux  elle  est  susceptible  de  nous  induire  en 
erreur.  J’ai  donc  renoncé  à  utiliser  une  méthode  qui  n’est  pour 
les  malades  qu’un  ennui  de  plus,  ajouté  à  ceux  du  cathétérisme 
urétéral,  de  la  pyélographie,  infiniment  plus  démonstratifs  que 
l’insufflation  périrénale. 

M.  Michon.  —  J’admire  beaucoup  les  projections  qui  viennent 
d’être  faites,  et  en  particulier  les  belles  radiographies  de  profil  du 
rein  calculeux.  Mais  une  pyélographie  aurait  précisé,  je  crois, 
d’une  façon  plus  exacte  la  situation  du  calcul  dans  le  bassinet  et 
dans  le  parenchyme  rénal. 


Vacances. 

M.  Le  Président  annonce  que  la  dernière  séance  de  lâ  Société, 
avant  les  vacances  de  Pâques,  aura  lieu  le  21  mars. 

Les  séances  reprendront  le  mercredi  11  avril. 


Le  Secrétaire  annuel , 
M.  Ombrédanne. 


SÉANCE  DU  14  MARS  1923 


Présidence  de  M.  Mauclaire. 


Procès-verbal. 

La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente 
aux  voix  et  adoptée. 


Correspondance. 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  périodiques  de  la  semaine. 
2°.  —  Une  lettre  de  M.  Roux-Berger  s’excusant  de  ne  pouvoir 
assister  à  la  séance. 


A  propos  de  la  correspondance. 

1°.  —  Une  communication  de  M.  J.  Fiolle  (de  Marseille),  cor¬ 
respondant  national,  intitulée  :  Kyste  hydatique  rétro-vésical  opéré 
par  voie  coccy-périnéale.  Remarques  sur  celte  voie  d’accès. 

2°.  —  Sur  le  traitement  du  cancer  cervico-utérin  par  l'hyslérec- 
tomie  consécutive  à  la  radiumthérapie,  par  M.  le  D1'  Robert  Monod. 

M.  Gosset,  rapporteur. 

M.  Legueu.  —  J’offre  à  la  Société  le  IIIe  volume  des  Archives 
urologiques  de  la  Clinique  de  Necker. 

M.  le  Président.  —  Au  nom  de  la  Société,  je  remercie 
M.  Legueu  de  cette  publication. 


A  propos  du  procès-verbal. 

Autoplasties  par  lambeaux  cutanés  à  longs  pédicules. 

M.  L.  Gernez.  —  Retenant  de  la  remarquable  communication 
de  Moure  l’idée  générale  qüi  s’en  dégage,  c’est-à-dire  l’utilisation 
en  auloplastie  d’énormes  lambeaux  pris  loin  de  la  lésion  à  recou- 

BÜLL.  ET  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CHIR.,  1923.  —  N°  10.  30 


412 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


vrir  et  replacés  ensuite  dans  leur  situation  primitive,  après  utili¬ 
sation  de  leur  extrémité  greffée,  j’ai  pensé  qu’il  fallait,  non  pas 
discuter  sur  la  valeur  de  tel  ou  tel  procédé  de  rhinoplastie  ou  de 
génoplastie,  mais  apporter  tous  les  documents  les  plus  précis  sur 
cette  méthode,  des  résultats,  en  un  mot,  et  non  des  impressions. 

En  1917,  je  me  suis  trouvé  en  face  d’un  cas  fort  embarrassant 


Fig.  1, 


et  capable  d’intéresser  ceux  qui,  par  hasard,  se  sont  trouvés  en 
face  de  mêmes  difficultés. 

Un  solide  fantassin  de  Louviers  avait  eu  toute  la  peau  recou¬ 
vrant  le  tendon  d’Achille  enlevée  par  un  éclat  d’obus  ;  son 
odyssée  fut  celle  de  ces  blessés  chez  lesquels  on  essayait  tous  les 
topiques  et  qui  passaient  de  formations  en  formations  sans  que 
jamais  on  songeât  qu’une  intervention  pût  les  guérir. 

Bref,  notre  homme,  désespéré  de  ne  pouvoir  mettre  un  soulier 
et  voyant  sa  situation  perdue  dans  l’avenir,  me  supplia  d’inter¬ 
venir.  L’ulcération  atone  à  bords  épaissis,  indurés,  sorte  d’ulcère 
calleux  datant  de  plus  de  six  mois,  avait  une  forme  triangulaire 
de  7  centimètres  de  base  et  7  de  haut  (en  voici  le  décalque). 

Comme  il  fallait  là  une  bonne  peau,  bien  matelassée,  non 


SÉANCE  DU  14  MARS 


413 


adhérente,  pouvant  supporter  la  pression  et  non  les  minces  pelli¬ 
cules  de  Thiersch,  je  consultai  l’excellent  livre  d’Ombrédanne. 
Je  n’y  trouvai,  sur  ce  sujet,  aucune  méthode  de  lambeau  pris  sur 
l’autre  jambe  qui  pût  me  satisfaire;  l’autoplastie  par  glissement 
était  impossible;  je  décidai  de  tailler  un  lambeau  retourné,  en 
le  prenant  sur  la  jambe  blessée. 

Circonscrivant  la  lésion  au 
bistouri,  pour  avoir  des  bords 
cutanés  sains  que  je  décollai 
légèrement,  je  taillai  un  lam¬ 
beau  à  la  base  tibiale,  remon¬ 
tant  sur  la  face  postérieure 
du  mollet,  jusque  près  du  creux 
poplité,  l’extrémité  ayant  plus 
de  7  centimètres  de  large.  Je  le 
retournai,  suturai  son  extré¬ 
mité  très  exactement,  bord  à 
bord,  à  ceux  de  la  perte  de  sub¬ 
stance  et  passai  une  compresse 
sous  son  pédicule. 

Par  décollement  et  glissement 
sus-aponévrotique,  je  rétrécis  la 
partie  supérieure  de  la  vaste 
plaie  créée  derrière  le  mollet, 
et  laissai  le  reste  sous  des 
compresses  avec  une  sonde  par 
laquelle  j’injectai  journellement 
de  l’éther  camphré. 

Le  vingtième  jour,  je  sec¬ 
tionnai  l’extrémité  greffée,  dé¬ 
collai  les  bords  de  la  surface 
cruentée  que  j’avais  laissée  dé¬ 
couverte,  replaçai  le  lambeau 
en  sa  situation  primitive. 

Voici  le  résultat  :  trois  mois 
après,  vous  y  voyez  le  solide 
médaillon  plaqué,  maintenant  derrière  le  tendon  d’Âchille,  le 
lambeau  replacé  et  la  perte  de  substance  résultant  de  son  retour¬ 
nement  complètement  comblée  par  suture  et  glissement. 

J’ai  revu  ce  brave  garçon  :  tout  est  souple;  peau  glissant  sur  le 
tendon,  cicatrice  indolore,  bref;  il  met  des  souliers  bas  ou  des 
souliers  à  tige  suivant  sa  fantaisie.  Le  lambeau  avait  21  centi¬ 
mètres. 

Ce  fait  corrobore,  en  fous  points,  les  dires  de  Moure. 


414 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


En  autoplas  lie,' pour  combler  les  vastes  pertes  de  substance, 
où  les  greffes  de  Thiersch  ne  sont  pas  de  mise  et  où  le  glissement 
est  impossible,  on  peut  tailler  à  distance  d’énormes  lambeaux, 
les  retourner,  les  replacer  ensuite  dans  leur  situation  primitive, 
après  avoir  utilisé  leur  partie  terminale  nécessaire. 

M.  Alglave.  —  La  communication  de  Gernez  me  reporte  à  deux 
observations  analogues  à  celles  dont  il  vient  de  nous  parler  et  que 
j’ai  recueillies  pendant  la  guerre.  Il  s’agit  de  pertes  de  substance 
cutanée  découvrant  le  talon  à  l’insertion  d'Achille  et  sur  une 
hauteur  de  8  à  10  centimètres. 

J’ai  procédé  d’une  façon  à  peu  près  analogue  à  celle  qu’il  vient 
‘de  nous  indiquer.  J’ai  eu  de  bons  résultats  et  je  les  signale  à 
l’appui  de  ceux  de  notre  collègue. 


Rapports. 

Modification  au  •procédé  d'anus  iliaque  de  Lambret, 
par  M.  L.  Hayem, 

Chirurgien  des  hôpitaux  de  Marseille. 

Rapport  de  M.  CH.  DUJAHIER. 

Vous  m’avez  chargé  de  faire  un  rapport  sur  le  travail  de 
M.  Hayem.  Les  figures  qui  raccompagnent  rendent  très  facile  à 
comprendre  la  modification  au  procédé  de  Lambret.  Voici  la  note 
de  M.  Hayem  : 

«  Le  désir  de  rendre  l’anus  conlre  nalure  définitif  compatible 
avec  une  existence  active  a  fait  naître  de  nombreux  procédés  don  t 
les  plus  ingénieux  et  les  plus  récents  ont  été  rapportés  à  la  Société 
de  Chirurgie  par  Dçlbet,  Schwartz,  Duval  et  Lambret,  et  publiés 
dans  les  Bulletins  et  Mémoires  de  la  Société,  nos  14,  18,  21,  22 
de  1922. 

Le  procédé  de  Lambret  (1)  nous  avait  particulièrement  séduit  et 
nous  nous  proposions  de  l’exécuter  quand  M.  Imbert  nous  con¬ 
seilla  de  lui  apporter  une  modificalion  que  lui  dictait  sa  grande 
pratique  des  auloplasties. 

Dans  le  procédé  de  Lambret,  le  lambeau  d’habillement  com¬ 
porte  un  pédicule  répondant  exaclement  à  une  incision  inguinale 

(I)  Bull,  et  Me'm.  de  la  Société  de  Chirurgie,  1922,  p.  893. 


SÉANCE  DU  14 


41S 


sous-jacente,  destinée  à  découvrir,  sectionner  et  mobiliser  le  côlon 
pelvien  avec  son  méso.  Ainsi  taillé,  il  est  à  craindre  que,  dans  bien 
des  cas,  ce  lambeau  ait  une  vascularisation  tout  à  fait  insuffi- 
sante,  alors  qu’on  lui  demande  justement  de  résister  à  l’infection 
inévitable,  dès  l’ouverture  de  l’intestin,  c’est-à-dire  le  troisième 
jour  au  plus  tard,  et  bien  souvent  plus  tôt. 

Pour  que  ce  lambeau,  non  seulement  ne  se  sphacèle  pas,  mais 
reste  bien  souple,  comme  il  est  nécessaire  pour  le  bon  fonction¬ 
nement  de  cet  anus,  il  faut  lui 
assurer  une  nutrition  aussi  riche 
que  possible,  et  c’est  pour  cela 
surtout  que  nous  avons  modifié 
le  procédé  de  Lambret  de  la  façon 
suivante,  en  le  simplifiant  d’ail¬ 
leurs  : 

1°  Nous  utilisons  l’incision  in¬ 
guinale  servant  à  la  préparation 
de  l’intestin  :  elle  devient  un  des 
oôtés  du  lambeau  ; 

2°  Il  en  résulte  que  le  pédicule 
du  lambeau  devient  inféro-interne 
et  ne  se  trouve  anémié  par  aucune 
section  sous-jacente. 

Les  trois  schémas  ci-joints  nous 
permettent  de  réduire  aux  quel¬ 
ques  lignes  suivantes  notre  tech¬ 
nique  opératoire  : 

a)  Incision  iliaque  de  8  à  10  cen¬ 

timètres  parallèle  au  pli  inguinal; 
ouverture  de  l’abdomen,  décou-  Fio.  l. 

verte  du  côlon  pelvien  qui  est 

sectionné  aseptiquement.  Le  bout  inférieur  est  enfoui,  abandonné, 
ou  bien  fixé  à  l’angle  inférieur  de  la  plaie.  Le  bout  inférieur  est 
mobilisé  sur  12  ou  15  centimètres  en  respectant  sa  vasculari¬ 
sation,  c’est-à-dire  en  sectionnant  le  méso,  là  ou  il  fail  bride, 
mais  en  regardant  par  transparence  pour  s’assurer  que  l’on  ne 
coupe  aucun  vaisseau  important.  Ces  petits  débridements  doivent 
se  faire  à  distancé  de  l’intestin. 

b)  Taille  du  lambeau,  quadrilatère  de  15  centimètres  X  12  cen¬ 
timètres  environ.  Pour  cela,  notre  première  incision  est  prolongée 
vers  la  gauche  du  malade  de  5  à  7  centimètres,  n’intéressant  que 
la  peau  et  le  tissu  cellulaire  sous -cutané.  Elle  constitue  ainsi  le 
long  côté  du  lambeau.  Le  côté  court  est  perpendiculaire  à  son 
extrémité  gauche  et  mssure  12  centimètres  environ.  Le  pédicule 


416 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


esl  inféro-interne,  et  tout  le  lambeau  est  disséqué  de  gauche  à 
droite  et  rabattu  en  dedans  {.fi g.  1). 

c )  Sur  l’index  introduit  dans  l’abdomen,  on  pratique  un  orifice 
répondant  au  milieu  de  la  charnière,  mais  à  2  centimètres  en 
dehors,  et  le  bout  supérieur  du  côlon  pourvu  de  son  méso  est 
extériorisé  par  là  (fig.  2). 

d)  On  suture  les  plans  profonds  de  la  première  incision,  c’est- 
à-dire  péritoine,  muscle  et  aponévrose,  et  il  ne  reste  qu’à  habiller 
l’intestin  avec  le  lambeau  cutané  comme  l’indique  Lambret,  qui 


Fig.  2.  Fig.  3. 


recommande  de  transfixer  en  deux  ou  trois  points  la  tunique 
séro-musculaire  de  l’intestin  que  l’on  habille  pour  éviter  sa 
rétraction.  Nous  les  faisons  passer  au  niveau  d’une  bandelette. 

e)  La  brèche  cutanée,  réduite  alors  à  une  surface  losangique  à 
grand  axe  vertical,  est  suturée  transversalement,  et  sans  qu’il 
soit  besoin  de  recourir  à  des  décollements  ou  débridements. 
Cette  suture  ne  présente  absolument  aucune  difficulté.  Le  moignon 
intestinal  est  fixé  par  une  série  de  points  en  couronne  au  niveau 
de  la  limite  du  fourreau  cutané,  la  portion  dépassante  (2  centi¬ 
mètres  environ)  devant  être  sectionnée  transversalement  pour 
ouvrir  l’intestin  dès  qu’il  est  nécessaire.  Nous  l’avons  fait,  une 
fois  à  la  vingt-quatrième  heure,  sans  que  les  sutures  aient  eu  à  en 
souffrir  d'aucune  façon. 

Nous  venons  d’exécuter  deux  fois  cette  opération  avec  la  plus 


SÉANCE  DU  14 


417 


grande  facilité.  Il  s’agissait,  il  est  vrai,  de  deux  sujets  maigres 
présentant  un  néoplasme  du  rectum.  Tous  deux  sont  extrêmement 
satisfaits  et  un  voisin  de  lit,  titulaire  d’un  anus  iliaque  ordinaire, 
les  regarde  avec  envie. 

L’un  des  deux  obture  parfaitement  son  intestin  en  le  coudant 
tout  simplement  sur  le  plan  abdominal,  et  l’v  maintenant  par  un 


Fig.  4. 

bandage  de  corps  serré.  L’autre  en  fera  autant  dès  qu’il  se  lèvera, 
après  l’amputation  du  rectum  qu’il  va  subir. 

Ci-joint  la  photographie  de  notre  premier  opéré.  » 

Je  n’ai  jamais,  pour  ma  part,  utilisé  ce  procédé,  mais  il  paraît 
d’exécution  facile,  et  je  crois  qu’il  constitue  un  progrès  dans  l’exé¬ 
cution  des  anus  contre  nature.  Je  vous  propose  de  féliciter  son 
auteur  et  de  publier  son  travail. 

M.  Okinczyc.  —  Je  suis  très  heureux  de  voir  M.  Dujarier  nous 
apporter  une  amélioration  au  procédé  de  Lambret,  et  qui  nous 


418 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


met  à  l’abri  du  sphacèle  du  lambeau  cutané,  sphaeèle  qui  doit 
encore  être  assez  fréquent.  J’ai  eu  l’occasion  d’appliquer  stricte¬ 
ment  le  procédé  de  Lambret  chez  un  de  mes  malades  que  j’avais 
opéré  pour  un  néoplasme  du  rectum;  j’avais  pratiqué  une  ampu¬ 
tation  abdomino-périnéale  et  terminé  l’opération  par  un  anus 
iliaque  terminal  et  définitif.  J’avais  eu  soin,  en  vue  d’une  plastie 
secondaire,  d’extérioriser  l’intestin  sur  une  longueur  de  8  à 
10  centimètres;  quinze  jours  après  l’opération  principale,  je  fis,  à 
l’anesthésie  locale,  la  plastie,  selon  le  procédé  de  Lambret.  Le 
lambeau  s’est  sphacélé  partiellement  au  niveau.de  la  suture  longi¬ 
tudinale  parallèle  à  l’axe  de  l’intestin.  Le  résultat  définitif  est 
cependant  bon,  malgré  une  rétraction  cicatricielle  duvfcord  supé¬ 
rieur  du  diverticule  intestinal,  puisque  le  malade  peut  agir  sur 
lui  par  une  striction  douce  au  moyen  d’une  bande  de  leucoplaste 
ou  d’une  compresse  nouée  en  cravate. 

M.  F.  M.  Cadenat.  —  J’ai  eu  l’occasion  de  faire  au  mois  d’août , 
à  l’hôpital  Beaujon,.  une  opération  de  Lambret,  modifiée  dans  le 
sens  qu’indique  le  rapport  de  M.  Dujarier.  Craignant,  en  effet, 
que  l’incision  inguinale  Complémentaire  que  conseille  l’auteur  du 
procédé  ne  compromît  la  vitalité  du  lambeau,  j’ai  supprimé  cette 
incision  el  taillé  immédiatement  le  lambeau.  Celui-ci  fut  ensuite 
rabattu  pour  découvrir  largement  la  région  inguinale,  extério¬ 
riser  et  sectionner  le  côlon  pelvien.  J’ai  ensuite  habillé,  comme 
le  fait  Lambret,  le  bout  supérieur  avec  ce  lambeau  cutané.  Le 
résultat  fut  parfait,  sans  aucun  sphacèle,  et  j’avais  convoqué  ce 
malade  pour  vous  le  présenter,  mais  il  n’a  pas  répondu  à  mon 
appel.  Avec  cette  variante,  il  est  évident  qu’on  fait  de  la  confec¬ 
tion  au  lieu  de  tailler,  comme  Lambret,  un  habit  sur  mesure.  À 
condition  de  dessiner  un  lambeau  large,  je  ne  crois  pas  qu’il  y  ait 
là  d’inconvénient  sérieux. 

M.  Anselme  Schwartz.  —  Je  ne  crois  pas  du  tout,  jusqu’à 
nouvel  ordre,  que  le  recouvrement  de  la  cheminée  intestinale  par 
de  la  peau  soit  indispensable.  Chez  la  malade  que  je  vous  ai  pré¬ 
sentée, ’j’ai  pu,  très  facilement,  comprimer  le  bout  intestinal  par 
une  bande  de  leucoplaste  et  la  continence  était  parfaite. 

M.  Okinczyc.  —  Je  ne  suis  pas  de  l’avis  de  mon  ami  Schwartz 
sur  l’inutilité  d’une  plastie  cutanée  pour  obtenir  la  continence 
d’un  anus  artificiel.  Quelle  que  soit,  en  effet,  la  longueur  de 
l’intestin  extériorisé,  avec  le  temps,  la  rétraction  cicatricielle 
aboutit  toujours  à  faire  affleurer  la  muqueuse  à  la  peau.  Nous  ne 
pouvons  éviter  cette  rétraction  qu’en  doublant  l’intestin  d’un 


SÉANCE  DU  14  MARS  419 


maachon  -  cutané.  Je  crois,  par  conséquent,  que  s'il  y  a  lieu 
d’améliorer  les  procédés  de  plastie,  pour  éviter  le  sphacèle  du 
lambeau,  il  ne  convient  pas,  cependant,  de  les  rejeter  sous  pré¬ 
texte  de  leur  inutilité.  A.  ce  propos,  je  pourrais  rappeler  le  cas  du 
malade  dont  je  parlais  il  n’y  a  qu’un  instant.  J’avais  extériorisé 
l’intestin  sur  une  longueur  de  8  à  10  centimètres  ;  or,  quinze 
jours  plus  tard,  quand  j’ai  voulu  pratiquer  la  plastie  cutanée,  j’ai 
dû  disséquer  à  .  nouveau  le  bout  intestinal  qui  s’était  épaissi, 
rétracté  des  deux  tiers,  et  qui  dans  ce  court  espace  de  temps  ten¬ 
dait  déjà  à  affleurer  le  plan  cutané  de  la  paroi  abdominale. 

M.  Wiart.  —  J’apprends  avec  une  certaine  satisfaction  que 
plusieurs  de  mes  collègues,  en  employant  le  procédé  de  Lambret 
pour  doubler  le  gros  intestin,  ont  eu  un  sphacèle  partiel  du  lam¬ 
beau.  J’ai  eu,  en  effet,  moi  aussi,  du  sphacèle  de  la  portion  ter¬ 
minale  du  lambeau,  et  je  pensais  'qu’employant  le  procédé  pour 
la  première  fois,  je  n’avais  pas  opéré  suivant  toutes  les  règles. 
Mais  puisque  des  collègues  habiles  ont  vu  survenir  le  même 
accident  que  moi,  j’en  conclus  que  le  procédé  doit  bien  en  être 
responsable  en  quelque  manière.  La  prochaine  fois,  j’essaierai  la 
technique  qui  nous  est  proposée. 


Cinq  observations  de  mésentérite  rétractile , 
par  M.  Duboucher, 

Chef  de  clinique  à  la  Faculté  de  Médecine  d’Alger. 

Rapport  de  M.  PL.  MAUCLAIRE. 

M .  Duboucher  nous  a  envoyé  les  cinq  observations  sus-indiquées 
et 'dont  voici  le  résumé  : 

Obs.  I.  —  Mésentérite  rétractile  dans  un  sac  d'éventration  abdominale. 

E...,  âgé  de  quarante-cinq  ans,  présente  une  éventration  après  l’abla¬ 
tion  de  l’appendice  faite  il  y  a.  dix-huit  ans.  Depuis  longtemps,  la  réduc¬ 
tion  du  contenu  était  incomplète.  Mais,  depuis  vingt-quatre  heures,  des 
signes  d’obstruction  intestinale  sont  apparus  avec  vomissements 
fécaloïdes. 

Opération.  —  Après  ouverture  du  sac  on  trouve  le  mésentère  épaissi, 
sclérosé  ;  sur  ses  deux  faces,  on  voit  des  cicatrices  étoilées,  blanchâtres, 
rétractiles,  plusieurs  de  ces  cicatrices  empiètent  sur  le  péritoine  qui 
entoure  le  grêle  et  elles  en  rétrécissent  la  lumière.  Le  mésentère  pré¬ 
sente  les  mêmes  lésions  un  peu  au-dessus  et  un  peu  au-dessous  de 
l’anse  étranglée. 


420 


SOCIÉTÉ 


cfilHURGIE 


Cure  radicale  de  l' éventration.  Guérison.  —  Les  jours  suivants, 
recherche  de  la  réaction  de  Bordel-Wassermann.  Elle  est  négative.  Pas 
de  signes  de  tuberculose.  Antérieurement  il  n’y  a  jamais  eu  d’entérite, 
ni  de  dysenterie. 

Obs.  11.  —  Mésentérite  rélraclile  sur  le  mésentère  herniaire  et  sur  le 
mésentère  voisin. 

B...,  trente-cinq  ans,  entre  dans  le  service  de  M.  Vincent  avec  les 
symptômes  d’un  étranglement  herniaire  inguinal.  Cette  hernie  datait 
de  l’enfance.  Elle  a  toujours  été  réductible,  indolore  et  non  contenue 
par  un  bandage. 

Opération.  —  Après  débridement  du  collet,  on  essaie  d’attirer  l’anse 
au  dehors.  Celle-ci  vient  mal.  Le  mésentère  est  épais,  dur,  blanchâtre; 
il  présente  de  nombreuses  cicatrices  nacrées,  étoilées  et  rétractiles,  de 
dimensions  variables  et  atteignant,  les  plus  grosses,  la  dimension  d’une 
pièce  de  2  francs.  Autour  d’elles,  la  séreuse  est  bridée.  Ces  taches 
n’empiètent  pas  sur  l’intestin.  Elles  sont  cartonnées;  leur  épaisseur 
paraît  minime.  Les  mêmes  lésions  existent  sur  le  mésentère  des  anses 
voisines.  Le  péritoine  pariétal  antérieur  est  normal.  Cuie  radicale. 
Guérison. 

Examen  ultérieur.  —  Le  ventre  n’est  pas  souple  à  la  palpation.  Il  est 
douloureux  à  droite  dans  la  fosse  iliaque. 

Depuis  longtemps  le  malade  a  de  vagues  douleurs  abdominales  et  du 
ballonnement  après  les  repas,  de  la  constipation.  Réaction  de  Bordet- 
Wassermann  négative. 

Obs.  III.  —  Mésentérite  rétractile  sur  le  mésentère  d'une  anse  grêle 
herniée. 

A...,  trente-deux  ans,  entre  dans  le  service  de  M.  Vincent  pour  hernie 
inguino-pariétale  étranglée.  La  hernie  est  congénitale  et  elle  est  com¬ 
pliquée  d’ectopie  testiculaire;  elle  était  parfois  indolore.  Pas  de  ban¬ 
dage  herniaire. 

Opération.  —  Il  y  a  un  sac  herniaire  qui  descend  dans  le  scrotum 
avec  un  diverticule  remontant  sous  la  peau.  Dans  l’une  des  anses  grêles 
étranglées,  on  trouve  le  mésentère  épaissi  et  couvert  de  cicatrices  étoi¬ 
lées,  rétractiles,  nacrées,  cartonnées  au  toucher  et  adhérentes  aux  parties 
voisines.  Cette  rétraction  donne  à  l’anse  totale  une  forme  en  oméga, 
pouvant  favoriser  le  volvulus.  Les  cicatrices  empiètent  par  places  sur 
l’intestin  dont  le  calibre  reste  normal.  Cure  radicale.  Guérison. 

Obs.  IV.  —  Volvulus  d’une  anse  terminale  du  grêle.  Mésentérite  rétractile 
avec  cicatrices  de  cette  anse  terminale. 

K...,  trente  ans,  présente  une  hernie  inguinale  droite  non  contenue 
par  un  bandage.  Depuis  trois  jours  douleurs,  ballonnement  de  la  fosse 
iliaque  droite,  vomissements.  Diagnostic  :  volvulus  de  l’intestin  grêle. 

Opération.  Laparotomie.  —  On  trouve  dans  la  cavité  péritonéale 
environ  2  litres  de  liquide  sanguinolent;  volvulus  d’une  anse  grêle. 


SÉANCE  DU  14 


421 


Après  la  détorsion,  le  contenu  intestinal  circule  facilement.  Le  mésen¬ 
tère  de  l’anse  tordue  est  épaissi,  sclérosé,  et  sur  ses  deux  faces  on  voit 
des  cicatrices  planes,  nacrées  à  contour  étoilé  d'aspect  rétractile.  Au 
niveau  de  la  terminaison  du ‘grêle,  c’est-à-dire  tout  près,  une  bride 
fibreuse  va  de  l’intestin  au  collet  du  sac  herniaire  en  rétrécissant  le 
calibre  du  grêle  au-dessous  de  l’anse  tordue.  Le  cæcum  et  le  côlon 
ascendant  sont  plaqués  dans  la  fosse  iliaque  droite  par  une  membrane 
fibreuse. 

Section  de  la  bride  iléale.  Suture  de  la  paroi  abdominale. 

Les  jours  suivants,  nouvelle  crise  d’occlusion,  puis  fistule  stercorale. 

Obs.  V.  —  Appendicite  herniaire  et  mésentérite  sclérosante  (  t  rétractile 
avec  zones  de  congestion  précédant  l’apparition  des  cicatriees. 

Ch...,  vingt-huit  ans,  hernie  inguinale  droite  étranglée  et  réduite  par 
le  taxis.  Cure  radicale  le  lendemain. 

Opération.  —  Dans  le  sac  on  trouve  l’appendice  iléo-eæcal  dont  le 
méso  est  très  épaissi,  scléreux,  court,  blanchâtre,  avec  des  cicatrices 
nacrées,  irrégulières.  La  partie  initiale  de  l’appendice  est  collée  sur  le 
cæcum  par  une  membrane  vélamenteuse.  Le  mésentère  de  l’anse  termi¬ 
nale  du  grêle  présente  des  cicatrices  étoilées,  nacrées,  rétractiles,  parais¬ 
sant  faire  suite  à  des  saillies  rosées  et  surélevées.  Cure  radicale.  Guérison. 

Depuis  un  an,  ce  malade  avait  des  douleurs  abdominales  avec 
vomissements. 

Examen  histologique.  —  Les  petites  saillies  mûriformes  du  mésentère 
sont  formées  par  des  amas  de  vaisseaux  bourrés  de  leucocytes.  Les 
cicatrices  étoilées  qui  semblent  avoir  succédé  à  ces  saillies  mûriformes 
sont  formées  de  tissu  fibreux  typique. 

Dans  les  réflexions  qui  font  suite  à  ses  observations,  M.  Dubou- 
cher  étudie  les  causes  possibles  de  cette  singulière  lésion  cica¬ 
tricielle  du  mésentère,  avec  sclérose  et  rétraction.  Il  invoque  la 
malaxation  continue  de  la  hernie  et  de  son  méso  et  aussi  la  stase 
intestinale. 

Il  pense  qu’il  y  a  au  niveau  des  foyers  mésentériques,  d’abord 
une  inflammation  subaiguë  avec  dilatation  vasculaire,  d’où  ces 
plaques  congestives  mûriformes  qu’il  a  constatées  chez  son  cin¬ 
quième  malade. 

Puis  ces  foyers  subissent  la  sclérose,  d’où  les  plaques  scléreuses 
étoilées  si  caractéristiques. 

Pour  M.  Duboucher,  le  point  de  départ  de  la  lésion,  c’est  l’in¬ 
testin,  d’où  partent,  même  sans  une  lésion  ulcérative  de  la 
muqueuse,  soient  des  microbes,  soient  des  toxines  microbiennes 
ou  vermineuses  qui  vont  s’arrêter  par  places  dans  les  vaisseaux 
sanguins  ou  lymphatiques  du  mésentère.  . 

J’ai  déjà  eu  l’occasion  de  parler  ici  plusieurs  fois  de  cette  sin¬ 
gulière  affection.  Les  observations  publiées  récemment  n’éclair- 


422 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


cisséat  pas  beaucoup  la  pathogénie  de  la  lésion  :  syphilis  ou 
tuberculose  sèche  disent  la  plupart  des  auteurs  (1).  Les  auteurs 
anciens  ne  paraissent  pas  avoir  décrit  cette  variété  de  mésentérite. 
Actuellement,  28  cas  ont  été  publiés  depuis  le  mémoire  que  j’ai 
présenté  ici  en  1920.  Attendons  encore  quelques  observations 
pour  éclaircir  la  pathogénie. 

En  terminant,  je  vous  propose  de  remercier  M.  Duboucher  de 
ses  intéressantes  observations  et  de  les  publier  dans  nos  Bulletins. 


Traitement  de  certaines  tuberculoses  chirurgicales  v 

par  le  vaccin  colloïdal  antituberculeux  du  Dv  A.  Grimberg. 

Rapport  de  M.  le  DT  RAOUL  BAUDET. 

J’ai  déjà  présenté  devant  votre  Société,  quelques  malades 
atteints  de  tuberculoses  locales  externes,  ouvertes  ou  fermées, 
traitées  et  guéries  par  le  vaccin  colloïdal  du  Dr  Grimberg.  Aujour¬ 
d’hui,  je  joins  à  ces  cas  déjà  connus  un  certain  nombre  d'autres; 
ce  qui  forme  un  bloc  de  31  observations  :  21  ont  été  prises  dans 
mon  service,  5  appartiennent  au  Dr  Gapette,  qui  vous  a  présenté 
également  2  de  ses  malades  guéris  ;  4  autres  sont  dues  à  l’obli¬ 
geance  du  Dr  Souligoux.  Enfin,  une  dernière  provient  du  service 
du  Dr  Garnier  à  Lariboisière. 

Mais  avant  de  vous  résumer  ces  31  cas,  parlons  du  collo -vaccin 
de  (jrinaberg.  Sans  entrer  dans  le  détail  de  sa  préparation,  je  dirai 
qu’il  tient  en  suspension  des  bacilles  de  Koch,  tués  par  la  chaleur 
et  débarrassés  de  leurs  exotoxines  après  lavage.  Ils  sont  alors 
broyés  et  réduits  en  fines  particules  colloïdales  par  un  procédé 
spécial  au  Dr  Grimberg,  qu’il  a  fait  connaître  à  la  Société  de 
Biologie  en  octobre  1921.  Ces  bacilles  tués,  broyés,  dilués  et 
mis  en  ampoules  constituent  un  vaccin  colloïdal  prêt  à  être 
injecté.  C’est  donc  un  agglomérat  de  corps  microbiens  morts, 
débarrassés  de  leurs  exotoxines,  mais  contenant  leurs  endo¬ 
toxines.  La  teneur  en  tuberculine  de  1  cent,  cube  de  ce  vaccin 
correspond  environ  à  1/3000  de  la  tuberculine  de  l’Institut 
Pasteur. 

Tel  est  le  vaccin.  Son  unité  est  de  1/10  de  cent.  cube.  C’est  la 
quantité  que  l’on  injecte  au  début  du  traitement.  On  augmente 
ensuite  progressivement  les  doses  sans  dépasser  1  cent,  cube, 

(1)  Savy.  Péritonite  plastique.  Bulletin  Médical,  1922,  p.  741. 


SÉANCE  DU  14  MARS 


423 


quoiqu’on  puisse  aller  plus  loin.  On  fait  tous  les  deux  ou 
trois  jours  une  injection. 

Ces  injections  provoquent  des  réaclions  locales  et  générales.  Au 
niveau  de  la  piqûre,  que  l’on  fait  ordinairement  dans  le  dos,  entre 
l’omoplate  et  la  colonne  vertébrale,  apparaît  une  tache  rouge, 
plus  ou  moins  large,  plus  ou  moins  saillante,  plus  ou  moins  dou¬ 
loureuse,  qui  dure  de  cinq  à  dix  jours.  Elle  disparaît,  du  reste, 
spontanément. 

Au  niveau  du  foyer  tuberculeux,  la  suppuration  augmente  la 
première  semaine,  pour  décroître  et  cesser.  Trois  malades  ont 
formé  des  abcès  au  niveau  des  injections  (un  malade  du  Dr  Souli- 
goux,  un  malade  du  Dr  Capette  et  un  malade  du  Dr  Baudet). 

Ces  abcès  semblent  être  un  mode  particulier  de  défense  de 
certains  malades  contre  les  toxines.  En  effet,  ces  trois  malades 
ont  abcédé  toutes  leurs  piqûres  tandis  que  dans  les  autres  obser¬ 
vations  on  n’a  observé  aucune  suppuration. 

Enfin,  il  y  a  généralement  une  élévation  de  température  de  1° 
au  moins,  qui  se  produit  vingt  heures  après  la  piqûre  et  cesse  au 
bout  de  quarante-huit  heures,  mais  les  réactions  générales 
peuvent  être  très  vives. 

Plusieurs  fois  la  température  a  atteint  40°,  déjà  même  après  la 
deuxième  injection.  Généralement,  c’est  après  plusieurs  piqûres 
que  la  brusque  ascension  se  produit.  Exceptionnellement,  elle  a 
lieu  après  chaque  injection  et  oblige  d’interrompre  le  traitement 
ou  de  diminuer  les  doses.  La  diminution  de  la  dose  vaccinale,  tel 
est  effet  le  meilleur  remède  contre  ces  brusques  hyperthermies. 

La  durée  du  traitement  est  variable  ;  cela  se  conçoit  sans  qu’il 
faille  insister  ;  trop  de  facteurs,  en  effet,  interviennent. 

En  général,  après  six  ou  dix  semaines,  le  résultat  est  acquis,  le 
malade  est  guéri  ou  en  très  bonne  voie  de  guérison. 

Certaines  fistules  tuberculeuses  ont  guéri  après  6  piqûres, 
d’autres  après  7.  Une  fistule  ischialique  après  10,  un  abcès  fistu¬ 
lisé  du  coude  après  12.  Ce  sont  des  cas  heureux. 

Voyons  maintenant  les  observations  brièvement  résumées. 

Vingt  et  un  malades  -du  Dr  Baudet. 

A.  Dix  malades  guéris. 

Obs.  I.  —  B...  (Camille),  vingt-deux  ans.  Abcès  sur  le  dos  du  pied 
gauche  en  1910,  guéri  avec  une  cicatrice. 

En  1920,  abcès  sur  le  bord  externe  du  même  pied  ;  fistule.  Il  est 
réformé,  la  fistule  persiste  jusqu’en  1922. 

Il  entre  à  Bichat.  Abcès  comme  une  noix,  au  niveau  du  cuboïde.  Il 
y  a  une  fistule  qui  conduit  le  stylet  sur  cet  es. 


424 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Après  trois  semaines  de  lit  et  de  pansements,  traitement  par  le 
collo-vaccin  commencé  le  8  juillet.  Le  10  août,  l’abcès  a  disparu,  après 
26  piqûres.  La  fistule  est  tarie,  il  reste  une  petite  tache  cicatricielle 
comme  une  tête  d’épingle. 

Le  malade  marche  sans  fatigue  ni  douleur.  Cependant,  il  y  a  une 
légère  sensibilité  sur  le  cuboïde,  à  la  pression.  Très  bon  résultat. 

Obs.  II.  —  L...  (Henri),  trente-huit  ans.  Vieille  arthrite  du  coude 
droit,  datant  de  1914.  Guéri  pendant  huit  ans;  en  1922  deux  fistules 
apparaissent  à  la  face  postérieure  de  l’avant-bras,  l’une  au  niveau  de 
l’articulation,  l’autre  au-dessous. 

La  radiographie  montre  des  lésions  osseuses  prédominant  sur  le 
bord  interne  de  l’humérus  et  sur  la  tête  cubitale. 

Le  malade  est  porteur  de  lésions  bacillaires  guéries  au  genou  droit, 
à  l’annulaire  gauche,  au  coude  gauche.  Traitement  commencé  le 
5  septembre.  Injection  de  collo-vaccin  à  doses  progressives.  Réactions 
générales  modérées. 

Après  6  piqûres,  vers  le  20  septembre,  les  fistules  sont  fermées.  Le 
malade  peut  fermer  son  coude  à  angle  droit,  un  peu  plus  qu’il  ne  le 
faisait.  Il  a  peu  de  forces,  car  l’atrophie  musculaire  est  considérable. 

Obs.  III.  —  R...  (Charlotte),  dix-sept  ans.  Le  genou  droit  est  malade 
depuis  août  1914.  Il  a  été  mis  dix-huit  mois  dans  le  plâtre.  Il  a  été 
bien  jusqu'en  juillet  1922  ;  à  ce  moment,  vives  douleurs. 

En  septembre,  genu  valgum  dû  à  l’atrophie  du  condyle  externe. 
Douleur  à  la  pression  à  ce  niveau,  mouvements  limités.  Rotule  mobile. 
Amas  de  fongosités  à  la  partie  inféro-externe.  Raccourcissement  de  la 
jambe  de  3  centimètres.  Après  12  injections  de  collo-vaccin  les  fongo¬ 
sités  ont  disparu,  la  douleur  à  la  pression  a  également  disparu  et  la 
malade  marche  très  bien. 

Obs.  IV.  —  R...  (T.),  vingt  ans.  Tuberculose  du  tarse  depuis  plu¬ 
sieurs  mois.  Le  2  mars  1922,  incision  faite  par  le  Dr  Baudet,  le  long  du 
bord  interné  du  pied.  Ablation  à  la  curette  de  fongosités  qui  se  prolon¬ 
gent  depuis  le  scaphoïde,  sur  la  face  plantaire,  jusqu’au  bord  externe. 
Injection  de  chlorure  de  zinc. 

Le  27  mars,  une  fistule  se  produit  sur  le  bord  externe  du  pied. 

Le  27  mars,  injections  de  collo-vaccin,  qui  sont  continuées  jusqu’au 
3  mai  (en  tout  18  injections).  Les  réactions  sont  assez  vives  ;  la  tempé¬ 
rature  dépasse  deux  fois  40°. 

Le  gonflement  du  pied,  les  douleurs  diminuent.  Le  21  avril,  le 
malade  marche;  le  3  mai,  la  {istule  est  guérie. 

La  malade  reprend  son  service  de  fille  de  salle  dans  un  restaurant 
et  marche  toute  la  journée.  La  fistule  ne  s’est  pas  rouverte. 

Obs.  V.  —  M...  (Octavie),  trente-trois  ans.  Elle  a  un  gonflement  du 
genou  droit  qui  remonte  à  huit  mois.  Hydarthrose  douloureuse,  avec 
atrophie  marquée  de  la  cuisse. 


SÉANCE  1)U  14  MAf.S 


425 


A  la  partie  supérieure  et  interne  de  la  jambe,  gomme  tuberculeuse 
fistulisée. 

A  la  joue  droite,  plaque  de  lupus  de  4  centimètres,  nodosité  dure  à 
la  partie  interne  de  la  racine  du  nez,  du  même  côté. 

De  juin  au  27  juillet,  13  injections  de  collo-vaccin.  Réactions  vives, 
huit  fois  la  température  a  dépassé  39°. 

Le  genou  a  dégonflé.  Disparition  de  l’hydarlhrose,  disparition  de  la 
gomme  ulcérée  de  la  jambe.  Le  lupus  de  la  joue  est  réduit  à  une 
tache  rouge  pâle.  L’induration  nasale  a  disparu. 

Obs.  VI.  —  G...  (René),  vingt-trois  ans.  Présenté  â  la  Société  de 
Chirurgie.  En  mai  1921,  pleurésie  séro-fibrineuse  et  hydarthrose  du 
genou  droit  qui  a  été  ponctionné  deux  fois.  En  février  1922,  nouvelle 
ponction  et  application  d’un  appareil  plâtré.  En  septembre,  en  enlève 
l’appareil  et  l’on  trouve  un  vaste  abcès  froid  de  la  cuisse. 

Le  genou  est  gros  et  douloureux.  Le  malade  ne  peut  pas  marcher. 
Sur  la  face  externe  de  la  cuisse,  il  y  a  trois  pertes  de  substance,  dont 
l’une  a  3  centimètres  de  diamètre.  La  peau  est  décollée  et  le  stylet 
pénètre  profondément. 

Injections  de  collo-vaccin,  commencées  de  suite.  On  en  fait  24.  Le 
genou  a  repris  un  volume  normal.  Les  fistules  sont  fermées.  Le  malade 
peut  marcher  avec  un  genou  ankylosé. 

Obs.  VII.  —  B...  (Albert),  vingt-cinq  ans.  En  1920,  abcès  au  niveau 
de  la  lre  pièce  sternale.  Guérison.  Le  20  octobre  1922<  nouvel  abcès 
qui  se  fistulisé.  Sept  injections  de  collo-vaccin.  Guérison. 

Obs.  VIII.  —  B...,  dix-neuf  ans  (présenté  à  la  Société  de  Chirurgie). 
Tuméfaction  mollasse  comme  un  œuf  de  poule  à  la  partie  supérieure  du 
creux  sus-claviculaire  derrière  l’oreille.  Petite  grosseur,  comme  une 
noix,  derrière  la  branche  montante  du  maxillaire,  rouge  et  fluctuante. 

14  piqûres  de  collo-vaccin,  à  partir  du  17  octobre.  La  petite  gros¬ 
seur  s’affaisse,  se  durcit,  et  à  son  niveau  la  peau  devient  normale.  On 
l’opère,  elle  contient  de  la  sérosité,  et  quelques  points  caséeux. 

La  grosse  tumeur  sus-claviculaire  guérit  toute  seule. 

Obs.  IX.  —  M...  (André),  vingt  ans  (présenté  à  la  Société  de  Chi¬ 
rurgie).  En  1918,  tuberculose  commençante  du  genou  gauche.  En  1920, 
appareil  plâtré  appliqué  dans  le  service  du  Dr  Mauclaire.  (Sanatorium 
de  Larue.) 

En  1922,  on  enlève  le  plâtre.  Abcès  froid  fistulisé.  Genou  gros,  dou¬ 
loureux,  ankylosé.  A  sa  face  externe,  fistule  ayant  une  ouverture 
comme  une  pièce  de  50  centimes,  conduisant  dans  une  cavité  creusée 
dans  le  plateau  tibial.  Si  on  presse  ce  plateau,  craquements  et  issue  de 
masses  caséeuses  chassées  par  la  fistule. 

La  radiographie  montre  une  géode  dans  le  plateau  tibial. 

Le  26  novembre  1922,  traitement.  On  fait  36  piqûres.  La  fistule  est 
t  irie.  Plus  de  craquements.  Le  genou  a  l’aspect  normal.  Le  malade, 
jadis  impotent,  peut  marcher  avec  une  canne. 


426 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Obs.  X.  —  M.  V...,  trente-cinq  ans.  Évacué  du  front  pour  bronchite 
en  1915.  Réformé  pour  tuberculose  en  1916. 

En  juillet  1922,  apparition  d’un  gros  paquet  ganglionnaire  devant 
l’oreille  droite  atteignant  la  grosseur  d’un  œuf.  Malgré  un  séjour  à  la 
mer,  il  se  fistulisé  en  octobre  1922. 

En  décembre  .1922,  la  tumeur  parotidienne,  irrégulière,  grosse 
comme  un  œuf,  s’étend  en  avant  sur  la  joue.  Elle  offre  4  fistules,  dont 
l’une  est  large  comine  une  pièce  de  50  centimes.  Les  trois  autres  sont 
petites,  mais  admettent  un  stylet  qni  s’enfonce  de  ,3  centimètres 
au-dessous  de  la  peau. 

22  piqûres  de  collo-vaccin ,  depuis  [1/10  de  cent,  cube  jusqu’à 
1  cent.  cube.  Les  fistules  sont  entièrement  fermées.  La  tumeur  est 
complètement  affaissée. 

J’ai  revu  le  malade  le  3  mars  1923.  Le  résultat  est  excellent.  . 

B.  Cinq  malades  améliorés. 

Obs.  XI.  —  S...  (M.),  vingt-six  ans.  Adénopathie  cervicale  gauche 
qui  a  commencé  en  1919. 

En  janvier  1922,  masse  volumineuse  et  empâlée  sur  le  côté  gauche 
du  cou  rendant  la  rotation  impossible. 

Sur  bette  masse,  il  y  a  en  avant  un  ganglion  très  dur,  et  un  autre 
mou  et  fluctuant  en  arrière. 

•  Le  26  août,  on  fait  des  injections  de  collo-vaccin.  Réactions  très 
fortes  pour  des  doses  minimes.  Le  8  octobre,  toute  celte  masse  s’est 
réduite.  Les  deux  groupes  antérieur  et  postérieur  qui  se  détachaient  se 
sont  effacés.  Toutefois,  la  guérison  n’est  pas  complète.  Mais  le  malade, 
pour  des  raisons  de  famille,  doit  quitter  l’hôpital. 

Obs.  XII.  —  Ch...,  vingt-quatre  ans.  En  1918,  abcès  froid  de  . la 
fesse,  suivi  de  fistule.  En  mai  1922,  grattage.  La  fistule  persiste  et 
conduit  le  trajet  jusqu’à  l’ischion. 

Le  malade  a  le  genou  droit  enflé  (hydarthrose  avec  fongosités  pro¬ 
bables). 

Du  3  novembre  au  10  décembre,  on  fait  10  piqûres  de  collo-vaccin. 
La  fistule  ischiatique  se  ferme.  Elle  est  guérie.  Mais  le  genou  reste 
gros.  Le  malade  part  du  service  sans  être  traité  pour  son  genou. 

Obs.  XIII.  —  Femme,  soixante-trois  ans,  4  fistules  au  devant  et 
au-dessus  du  sternum.  Toutes  communiquent  et  toutes  aboutissent 
au-dessus  du  sternum,  à  la  base  du  cou. 

Après  six  mois  de  traitement,  3  fistules  sont  fermées.  La  supérieure 
présente  une  croûte  depuis  un  mois;  la  croûte,  détachée,  découvre  une 
pelite  ulcération,  très  fine,  dans  laquelle  le  stylet  va  à  1  centimètre  de 
profondeur. 

Depuis  un  mois,  la  malade  est  près  de  la  guérison.  La  dernière 
fistule  se  ferme  de  plus  en  plus.  C’est  encore  l’affaire  de  quinze  jours. 
Mais  à  l’heure  actuelle  la  guérison  n’est  pas  achevée. 


SÉANCE  DU  14  MARS 


427 


Obs.  XIV.  —  Homme,  soixante  ans,  opéré  d’astragalectomie  pour 
tuberculose  du  pied,  il  y  a  trois  ans.  La  plaie  ne  s’est  jamais  refermée. 
La  radiographie  montre  des  lésions  sur  le  cuboïde  et  le  calcanéum 
(ostéite  érosive)  par  les  trajets  flstuleux,  le  stylet  arrive  sur  les  os. 
Injection  de  collo-vaCcin  (nombre  45). 

Le  malade,  qui  était  alité.et  ne  pouvait  poser  le  pied  à  terre,  marche. 
Mais  il  persiste  une  petite  fistule  sur  le  dos  du  pied. 

Obs.  XVII.  — '  Femme  tuberculeuse  tibio -tarsienne  et  médio-lar- 
sienne,  adressée  au  Dr  Baudet  pour  être  amputée.  Elle  a  des  fistules  à 
la  face  externe  et  à  la  face  interne  du  pied  droit.  La  radiographie 
montre  des  lésions  érosives  diffuses  sur  plusieurs  os  (astragale  et  calca¬ 
néum  surtout)  et  un  séquestre  entre  ces  deux  os.  Grattage  du  pied  par 
deux  incisions  externej  et  interne.  Ablation  d’un  petit  séquestre,  et 
curettage  de  toutes  les  fongosités. 

Injections  de  collo-vaccin  pendant  deux  mois.  Les  fistules  sont 
presque  fermées;  elles  l’ont  été,  ce  qui  n’était  jamais  arrivé;  niais 
elles  se  sont  rouvertes  deux  fois  pour  laisser  sortir  un  petit  séquestre. 

Le  Dr  Baudet  pense  que  la  guérison  est  possible  et  se  refuse  à  toute 
intervention. 

G.  Malades  n’ayant  obtenu  aucune  amélioration. 

Obs.  XV.  —  Homme,  dix-huit  ans.  Tuberculose  tibio-tarsienne,  fistu¬ 
lisée.  Après  trois  mois  de  traitement,  aucune  améliora  ion.  Deux  mois 
plus  tard,  amputation  quelques  semaines  après  cette  opération,  tuber¬ 
culose  généralisée.  Mort. 

Obs.  XVI.  —  Homme,  cinquante-trois  ans.  Tuberculose  scapulo- 
humérale,  avec  fistule  dans  le  dos,  l’aisselle  et  le  bras.  Le  coude  a  déjà 
été  réséqué.  Il  est  resté  flstuleux  et  ballant.  Albuminurie  marquée.  Un 
mois  de  traitement  par  le  collo-vaccin. 

Le  Dr  Baudet  fait  arrêter  les  piqûres.  Il  juge  même  l’amputation  du 
membre  inutile,  quoiqu’elle  soit  réclamée  par  le  malade. 

Obs.  XVIII.  —  Homme,  cinquante-huit  ans.  Abcès  costal.  Aucune 
amélioration  notable  après  sept  mois  de  traitement. 

D.  Malades  ayant  interrompu  leur  traitement. 

Obs.  XIX.  —  Mal  de  Pott.  Enorme  abcès  ilio-crural  ponctionné  tous 
les  quinze  jours. 

Après  trois  piqûre's  de  collo-vaccin,  il  y  a  une  amélioration  nette.  On 
reste  deux  mois  sans  ponctionner  le  malade,  { 

A  chaque  piqûre  de  collo-vaccin,  il  se  produit  un  abcès. 

Obs.  XX.  —  Adénite  cervicale  suppurée . 

Cinq  piqûres,  amélioration  très  nette.  Mais  après  chique  piqûre  les 

BULL.  ET  M3M.  DE  LA  SOC.  DE  CHIP..,  1923.  31 


428 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


réactions  générales  sont  très  vives.  Le  malade  ne  veut  plus  continuer 
le  traitement. 

Obs.  XXF.  —  Ganglions  sous-maxillaires  suppurés. 

Après  trois  injections  de  collo-vaccin,  il  n’y  a  aucune  amélioration. 

Quatre  observations  prises  dans  le  service  du  Dr  Souligoux. 

A.  Un  cas  de  guérison. 

Obs.  XXII.  —  L...  (Marie),  vingt  et  un  ans.  Le  7  juillet  1922,  eutre  à 
Beaujon  avec  un  abcès  du  coude  droit.  Le  18  juillet,  il  est  gratté  par  le 
Dr  Souligoux.  On  gratte  aussi  l’olécrâne. 

Injections  de  collo-vaccin  du  8  au  27  août.  Le  22  août,  réactions 
assez  vives.  Le  27  août,  il  n’y  a  plus  de  suppuration  :  la  fistule  est 
fei  mée. 

Guérison. 

B.  Trois  malades  ont  interrompu  prématurément  leur  traitement. 

Obs.  XXIII.  —  Tuberculose  suppurée,  étendue,  de  l’épaule.  Mauvais 
état  général,  fièvre.  On  ne  fait  que  4  piqûres. 

Obs.  XXIV.  —  Tuberculose  suppurée  des  deux  crêtes  iliaques. 
Mauvais  état  général.  8  piqûre?. 

Obs.  XXV.  —  Tuberculose  suppurée  du  genou.  Lésion  très  ancienne, 
opérée  plusieurs  fois.  8  piqûres. 

Cinq  observations  prises  dans  le  service  du  Dr  Capette. 

A.  Malades  guéris. 

Obs.  XXVI.  —  B...  (Simone),  neuf  ans.  Douleurs  abdominales  depuis 
longtemps.  En  janvier  1922,  premiers  signes  d’une  péritonite  tubercu¬ 
leuse.  Apparition  d’un  lupus  à  la  lèvre  supérieure. 

Le  16  novembre  1922,  injections  de  collo-vaccin,  faites  tous  les  deux 
jours,  à  doses  croissantes.  Après  la  sixième  piqûre,  le  lupus  a  disparu. 
Le  b  janvier  1923,  le  ventre  a  diminué  de  volume.  La  circonférence, 
qui  était  de  64  centimètres,  est  tombée  à  59.  Il  n’y  a  plus  de  douleurs. 

Obs.  XXVII.  —  D...  (Val.),  deux  ans.  Depuis  juillet  1922,  abcès 
fistulisé  siégeant  sur  le  dos  du  1er  métacarpien.  Le  2  décembre, 
3  injections  par  semaine  de  collo-vaccin,  à  doses  croissantes,  en  tout 
11  injections.  Le  27  décembre,  guérison  complète  de  la  fistule. 

B.  Malade  amélioré. 

Obs.  XXVIII.  —  Enfant,  deux  ans  et  demi.  Fistule  tuberculeuse  sur 
la  face  dorsale  de  l'avant-bras  :  une  autre  sur  la  face  antérieure.  La 


SÉANCE  DU  14  MAKS 


429 


fistule  dorsale  a  guéri  après  trois  semaines  de  traitement.  L’autre  laisse 
sortir  du  pus  et  quelques  petits  'séquestres.  Grattage  consécutif.  Le 
traitement  est  continué  et  la  petite  malade  est  en  voie  de  guérison. 

G.  Echecs  du  traitement. 

Obs.  XIX.  —  Spina  ventosa  des  deux  pieds. 

Obs.  XXX.  —  Abcès  froid  du  genou  qui,  presque  guéri,  après  une 
série  de  piqûres,  s’est  reformé  au  bout  de  deux  mois. 

Malades  du  Dr  Garnier. 

Guérison. 

Obs.  XXXI.  —  E...  (Henri),  vingt-six  ans.  Râles  humides  au  sommet 
gauche.  Bacilles  de  Koch  dans  les  crachats.  .En  1920,  abcès  froid  costal, 
qui  laisse  une  fistule  interminable. 

Le  20  avril  1922,  injections  de  collo-vaccin,  faites  tous  les  deux  ou 
trois  jours,  à  doses  croissantes.  Pas  de  réaction  fébrile.  Le  27  avril,  la 
fistule  est  fermée.  Le  25  mai,  il  n’y  a  plus  de  bacilles  dans  les  crachats. 
Cependant  on  entend  quelques  râles  au  sommet  gauche.  Au  mois 
d’août  la  fistule  ne  s’était  pas  reproduite. 

Les  observations  des  malades  traités  par  le  Dr  Grimbeig  se  résument 
dans  le  tableau  suivant  : 


DES  MÉDECINS 

MALADES 

MALADES 

MALADES 

TRAITEMENT 

TRAITEMENT 

D1'  Baudet  .... 

'  21 

10 

5 

3 

3 

Dr  Souligoux  .  . 

4 

3 

Dr  Gapelte.  .  .  . 

2 

1 

2 

D'  Garnier  .  .  . 

1 

1 

— 

— 

Totaux . 

31 

6 

6 

Pour  apprécier  la  valeur  du  Iraitement  par  le  collo-vaccin  de 
Grimberg,  il  faut  examiner  de  près  les  cas  qui  ont  guéri  et  ceux 
qui  ont  écboué. 

Voici,  résumés,  quelques  cas  qui  ont  (donné  d’excellents  résul¬ 
tats  : 

Obs.  I.  —  Abcès  du  bord  (externe  du  pied  gauche,  répondant  à 
une  lésion  du  cuboïde  fistulisé  depuis  deux  ans.  Traitement  du 


430  SOCIÉTÉ  DE  CUIKURG1E 


8  juillet  au  10  août  :  26  piqûres.  Guérison  de  la  fistule.  Le  malade 
marche  sans  fatigue  ni  douleur. 

Obs.  IV.  —  Fistule  du  bord  externe  du  pied  qui  a  déjà  été  gratté 
en  dedans  et  sous  la  plante  et  cautérisé  au  chlorure  de  zinc.  Gué¬ 
rison  après  18  injections.  La  malade  reprend  son  service  de  fille 
de  salle  dans  un  restaurant. 

Obs.  V.  —  La  malade  a  une  hydarthrose  du  genou,  un  abcès  à 
la  partie  supérieure  et  interne  de  lajambe,  fistulisé  sans  lésion 
osseuse  probable,  un  lupus  de  la  joûe  droite. 

Après  13  injections  et  au  bout  de  quarante-deux  jours,  elle  est 
guérie.  La  plaque  lupique  s’est  effacée  ;  il  reste  une  légère  colo¬ 
ration  rougeâtre. 

Obs.  IX.  —  Abcès  fistulisé  au  niveau  de  la  1™  pièce  sternale. 
7  injections.  Guérison. 

Obs.  XIII.  —  Abcès  fistulisé,  siégeant  sur  le  dos  du  1er  métacar¬ 
pien.  11  injections.  Guérison. 

Voilà,  sans  les  énumérer  tous,  quelques  types  de  malades  qui 
semblent  bien  guéris. 

Leur  mal  était  simple  :  c’étaient  des  fistules  avec  ou  sans  lésions 
osseuses,  les  lésions  osseuses  étaient  limitées,  les  os  étaient  peu 
profonds.  Elles  ont  été  rapidement  influencées  par  le  collo-vaccin. 

Jusqu’où  va  l’influence  de  ce  vaccin?  Il  ne  guérit  pas  toujours. 

Dans  quelques  cas,  il  guérit  certaines  lésions  et  n’a  que  peu 
d’action  sur  les  autres. 

Obs.  VII.—  Le  malade  a  une  tuberculose  du  genou  droit  guérie 
en  apparence,  avec  ankylosé.  Il  a  eu  récemment  un  vaste  abcès  de 
la  cuisse  avec  3  fistules.  Après  24  piqûres,  les  fistules  sont  fermées, 
mais  le  genou  est-il  guéri?  Nous  n’osons  l’affirmer. 

En  tous  cas, j’ai  une  autre  observation  d’un  malade  qui  présente 
une  ankylosé  et  des  fistules,  conduisant  sur  le  -plateau  tibial 
externe,  dans  lesquels  est  creusée  une  caverne  (obs.  IX). 

Les  fistules  sont  fermées,  mais  le  genou  reste  douloureux  sur¬ 
tout  au  niveau  du  tibia.  Le  malade  souffre  quand  il  a  marché.  Il 
réclame  une  guérison  plus  certaine  et  je  vais  probablement  le 
réséquer. 

Dans  l’observation  de  Garnier, les  injections  de  collo-vaccin  ont 
guéri  une  fistule  thoracique.  Les  signes  stéthoscopiques  du 
poumon  se  sont  améliorés  et  les  bacilles  ont  disparu  des  crachats  ; 
mais  il  persiste  encore  quelques  râles  humides  dans  le  sommet  du 
poumon.  La  fistule  thoracique  est  guérie,  non  pas  le  malade 
(obs.  XXXI). 


SÉANCE  DU  14 


431 


Mais  voici  qui  est  plus  net  encore  et  qui  prouve  bien  l’action 
élective  du  vaccin  : 

Un  jeune  homme  de  dix-neuf  ans  a  une  tuméfaction  mollasse  au 
niveau  du  creux  sus-claviculaire,  comme  un  œuf  de  poule.  Derrière 
la  branche  montante  du  maxillaire,  une  tumeur  comme  une  noix, 
rouge  au  centre  et  élastique  incomplètement  ramollie  (obs.  VIII). 
Après  14  piqûres,  la  grosse  tuméfaction  ganglionnaire  sus-clavi¬ 
culaire  a  disparu  ;  la  petite  n’a  que  diminué,  elle  est  adhérente  à 
le  peau  et  reste  stationnaire.  11  a  fallu  l’extirper.  Elle  contenait  du 
liquide  séro-purulent  et  des  parties  caséifiées.  Elle  paraissait 
moins  importante  que  l’autre  et  c’est  elle  qui  a  résisté  cependant 
au  collo-vaccin. 

Certains  malades,  par  contre,  n’ont  obtenu  aucune  amélio¬ 
ration. 

Ainsi  : 

Obs.  XVIII. —  Malade  de  cinquante-huit  ans,  ayant  un  gros  abcès 
costal  qui,  après  sept  mois  de  traitement,  n’a  aucune  amélioration 
notable. 

A  comparer  et  à  opposer  au  malade  de  Garnier  (obs.  XXXI)  qui 
a  des  lésions  pulmonaires  ouvertes  et  qui,  malgré  cet  handicap, 
guérit  d’une  tuberculose  costale  fistulisée  depuis  deux  ans. 

Dans  certains  cas,  l’échec  du  traitement  ou  l’échec  dans  l’amé¬ 
lioration  s’explique.  Les  lésions  osseuses  s’accompagnent  de 
séquestres  et  ce  sont  les  séquestres  qui  retardent  la  guérison. 
Dans  l’observation  XVII,  personnelle,  le  malade  va  mieux,  mais  à 
deux  reprises  il  est  sorti  des  petits  séquestres,  ce  qui  explique. la 
persistance  des  fistules  qui  ne  donnent  qu’un  très  léger  suinte¬ 
ment. 

Il  en  est  de  même  dans  une  observation  danslaquelle(obs.XXVlII) 
un  enfant  de  deux  ans  et  demi  a  deux  fistules,  l’une  sur  la  face 
antérieure,  l’autre  sur  la  face  postérieure  de  l’avant-bras  droit. 
Au  bout  de  trois  semaines  de  traitement,  la  fistule  postérieure 
guérit,  l’autre  coule  encore.  Pourquoi?  Parce  qu’elle  laisse  sortir 
des  petits  séquestres.  Il  a  suffi  de  donner  ultérieurement  quelques 
coups  de  curette  pour  que  l’amélioration  reprenne  progressive¬ 
ment,  et  aujourd'hui  le  malade  est  en  voie  certaine  de  guérison. 

Je  n’ai  aucunement  l’intention  d’élargir  le  cadre  de  mon  rap¬ 
port  et  d’y  faire  entrer  un  chapitre  d’indications  et  de  contre- 
indications  de  la  vaccinothérapie  colloïdale  du  Dr  Grimberg,  Il 
faudrait  pour  cela  que  j’aie  en  mains  un  plus  grand  nombre 
d’observations  et  que  l’épreuve  du  temps  ait  montré  si  les  malades 
qui  vous  sont  présentés  restent  guéris. 

Ce  que  je  tiens  à  dire,  à  la  fin  de  cette  communication,  c’est  que 


432 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


le  vaccin  de  Grimberg,  par  son  innocuité  et  les  heureux  résul¬ 
tats  qu’il  a  déjà  donnés,  mérite  d’être  appliqué  à  un  très  grand 
nombre  de  malades  et  le  Dr  Grimberg  se  tient  du  reste  à  la  dispo¬ 
sition  de  vous  tous  pour  traiter  tous  ceux  que  vous  voudrez  bien 
lui  confier. 

Toutefois,  en  insistant  ici  sur  les  bons  résultats  de  sa  méthode, 
je  n’ai  pas  voulu  vous  en  dissimuler  non  plus  les  échecs.  C’est 
vous  dire  qu’elle  ne  me  paraît  pas  encore  tout  à  fait  au  point.  Et 
je  conseille  au  présentateur  à  continuer  ses  recherches,  à  modifier 
son  procédé  de  préparation  et  à  vous  présenter  bientôt  unevaccino- 
thérapie  qui  soit  plus  efficace  dans  les  cas  graves  de  tubercu¬ 
lose  chirurgicale.  Toutefois,  celle  qu’il  a  faite  est  assez  originale  et 
a  des  résultats  assez  heureux  pour  que  nous  le  remerciions  de 
l’avoir  communiquée  à  notre  Société. 


Cinq  observations  de  chirurgie  des  côlons, 
par  M.  Chaton  (de  Besançon). 

Rapport  de  M.  J.  OK.INCZYC. 

M.  Chaton  (de 'Besançon)  nous  adresse  une  nouvelle  série 
d’observations  ayant  trait  à  la  chirurgie  du  gros  intestin.  Ces 
5  nouvelles  observations  s’ajoutent  aux  17  précédentes  que 
M.  Chaton  nous  avait  envoyées  en  1922  (1),  ce  qui  fait  un  total.de 
22  cas  de  chirurgie  du  gros  intestin  avec  5  morts,  soit  une 
mortalité  de  22,7  p.  100.  Ce  sont  là  d’assez  beaux  résultats  pour 
mériter  toute  notre  attention,  surtout  si  l’on  songe  que  ces 
22  observations  comprennent  21  résections,  dont  8  amputations 
abdomino-périnéales  du  rectum. 

Les  5  observations  qui  fontl’objet  du  présent  rapport  s’achèvent 
toutes  par  la  guérison;  elles  comprennent  4  résections  coliques  en 
un  temps  et  une  iléo-sigmoïdostomie  pour  un  cancer  inopérable  de 
l’angle  colique  gauche. 

Je  suis  obligé  de  me  borner  à  résumer  ces  5  observations  très 
complètes,  très  détaillées,  et  je  terminerai  en  insistant  sur  les 
points  de  la  technique  de  M.  Chaton  qui  me  paraissent  lui  assurer 
une  constance  assez  régulière  dans  les  résultats  heureux  pour 
retenir  notre  attention. 

(1)  Dix-sept  résections  segmentaires  du  gros  intestin  en  un  temps.  Rapport 
de  J.  Okinczyc.  Bull,  et  Mém.  de  la  Société  de  Chirurgie,  17  mai  1922,  p.  690. 


SÉANCE  DU  14  MARS 


433 


La  première  observation  est  intitulée  :  «  Fistule  slercorale  du 
côlon  descendant  consécutive  à  un  phlegmon  périnéphrétique. 
Tentative  de  fermeture  par  voie  lombaire,  Echec.  Guérison  par 
colectomie  abdominale  ». 

Cette  observation  nous  est  déjà  connue  :  elle  a  fait  l’objet  d'un 
rapport  de  M.  Legueu  à  notre  Société,  le  27  janvier  1923.  Je  n’y 
reviendrai  pas. 

Obs.  II.  —  Néoplasme  de  l'angle  colique  droit.  Colectomie  en  un  temps. 
Guérison. 

Mme  C...  entre  à  l’hôpital  le  11  août  1922,  avec  le  diagnostic  de 
tumeur  de  l’angle  droit  du  côlon. 

Douleurs  abdominales  depuis  trois  mois,  généralisées  à  to  H  le  ventre, 
se  produisant  par  intermittences  et  durant  deux  à  t»ois  jours.  En  même 
"temps  :  douleurs  lombaires,  s  dles  fréquentes,  diarrhéiques  et 
mélangées  de  sang. 

Depuis  quinze  jours,  les  douleurs  se  localisent  à  la  région  sous- 
hépatique,  et  les  vomissements  apparaissent,  alimentaires  et  bilieux . 

A  l’examen,  on  constate  du  ballonnement  et  de  la  matité  sous- 
hépatique;  dans  cette  région  on  perçoit  une  tumeurrésistante  qui  s’étend 
sur  10  centimètres  entre  l’hypocondre  et  la  fosse  iliaque  droite. 

Un  examen  radioscopique  (Dr  Caillods)  est  pratiqué  par  ingestion 
d’un  repas  opaque,  puis  par  lavement  opaque.  Il  confirme  l’exislence 
d’urrobstacle  dont  les  limites  sont  nettement  comprises  entre  les  deux 
colonnes  opaques,  et  qui  correspond  exactement  aux  limites  palpables 
de  la  tumeur. 

Opération  le  19  août  1922. 

Cœliotomie  latérale  droite.  Cancer  de  l’angle  droit  du  côlon.  Décol¬ 
lement  pariéto-colique;  effondrement  de  l’épiploon  gastro-colique  et 
mobilisation  du  côlon  transverse.  Extériorisation  et  protection  du 
péritoine.  Puis  section  de  l’iléon  et  écrasement  du  transverse. 

Celte  coupe  du  transverse  est  enfouie  sous  trois  plans  de  sutures. 
Enfin  anastomose  iléo-transverse  lermino-latérale.  Isolement  de  la  zone 
suturée  entre  quatre  mèches  larges,  iodoformées.  Fermeture  partielle 
de  la  paroi.  Ablation  des  mèches  le  douzième  jour.  La  malade  sort 
■guérie  le  vingt-troisième  jour. 

Obs.  III.  —  Volumineux  cancer  de  l'angle  colique  droit  opéré  en  état  de 
sub-occlusion.  Colectomie  en  un  temps.  Guérison. 

M.  B...,  soixante  et  un  ans,  se  plaint  de  constipation  et  de  vives 
douleurs  dans  le  côté  droit  de  l’abdomen  depuis  un  mois  et  demi. 
Amaigrissement.  On  trouve  à  l’examen  une  tumeur  occupant  le  flanc 
droit  et  la  fosse  iliaque  du  même  côté;  cette  tumeur  est  sonore  et 
clapote  à  la  percussion. 

Un  examen  radioscopique  par  lavement  opaque  montre  un  obstacle 
infranchissable  au  niveau  de  l’angle  colique  droit. 

Dans  la  nuit  qui  précède  l’opération  le  malade  est  pris  de  vives 
coliques  avec  vomissements;  l’occlusion  s’est  rétablie. 


434 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Opération  le  28  septembre  1922.  Cœliotomie  latérale  droite. 

Enorme  distension  du  côlon  ascendant;  le  pôle  inférieur  du  cæcum, 
coiffé  d’un  appendice  distendu  lui-même,  plonge  dans  le  pelvis;  le 
pôle  supérieur  remonte  sous  le  diaphragme. 

Les  manœuvres  de  mobilisation  sont  enlreprises  avec  beaucoup  de 
douceur  pour  éviter  un  éclatement  de  l’intestin  distendu  :  décollement 
pariéto-colique.  Exléiiorisation  sur  des  champs.  Section  de  l’iléon, 
écrasement  du  transverse.  Le  néoplasme,  volumineux,  occupe  l’angle 
colique  droit.  Le  côlon  transverse  est  fermé  par  trois  plans  de  suture, 
puis  on  fait  une  anastomose  iléo-transverse.  La  zone  suturée  est  isolée 
par  des  mèches  de  gaze  iodoformée,  la  paroi  est  partiellement  refermée. 

Ablation  des  mèches,  le  onzième  jour.  Le  malade  sort  guéri  le 
dix-septième  jour. 

Obs.  IV.  —  Obstruction  intestinale  chronique  par  cancer  en  ficelle  du 
côlon  descendant.  Résection  en  un  temps.  Guérison  après  fistulisation  spon¬ 
tanée. 

M.  J.,.,  cinquante-six  ans,  est  adressé  avec  le  diagnostic  d’occlusion 
intestinale.  Les  accidents  ont  débuté  en  octobre  1921  par  une  crise 
aiguë  d’occlusion  qui  a  cédé  spontanément  au  bout  d’une  semaine. 
Depuis  ce  moment,  les  fondions  intestinales  se  sont  rétablies  avec 
tendance  à  la  constipation. 

Le  11  octobre  1922,  reprise  des  douleurs  abdominales  avec  vomis¬ 
sements  jusqu’au  il  octobre.  Le  19,  les  douleurs  reparaissent  plus 
intenses  et  s’apaisent  le  20.  Le  21  octobre  il  entre  à  la  clinique. 

A  l’examen,  le  malade  n’a  pas  rendu  de  gaz  depuis  le  19  oclobre,  la 
région  caecale  est  distendue.  On  tente  la  désobslruction  par  lavements 
huileux  et  par  ingestion  d’huile  de  ricin  belladonée.  Le  troisième  jour, 
débâcle  diarrhéique. 

Un  examen  radioscopique  donne  alors  les  résultats  suivants:  Transit 
entéro-colique  non  ralenti.  Arrêt  du  lavement  opaque  à  la  partie 
moyenne  du  transverse  par  un  spasme,  car  cet  arrêt  ne  se  produit  pas 
lors  de  l’ingestion  d’un  repas  baryté. 

Pas  d’indication  nette  sur  l’existence  d’une  tumeur. 

Opération,  le  30  octobre  1922.  Cœliotomie  médiane;  on  trouve  sur  le 
côlon  descendant  un  cancer  en  licelle,  très  sténosant;  l’intestin  en 
amont  est  épaissi  et  augmenté  de  volume. 

Mobilisation  de  l’anse  et  extériorisation  sur  des  champs.  Hémostase 
du  méso,  puis  résection,  et  enfin  suture  bout  à  bout  par  un  double  plan. 

Isolement  de  la  région  de  l’anastomose  entre  quatre  mèches  de  gaze 
iodoformée. 

On  trouve  dans  le  segment  intestinal  enlevé  et  en  amont  de  la 
timeui  trois  JYuils  xrges  d’églai.tier,  qui  ont  joué  le  rôle  de  corp 
étranger  venant  obsü’uer  l’étroit  orifice  de  la  sténose.  La  nature  de 
l’agent  provocateur  des  accidents  explique  leur  apparition  saisonnière. 
L’examen  histologique  pratiqué  par  le  Dr  Leroux,  de  la  Faculté  de 
médecine  de  Paris,  conclut  à  l'existence  d’un  épitliélioma  glandulaire. 

Les  suites  opératoires  ont  été  troublées  par  l’apparition  de  fièvre,  et 


SÉANCE  DU  14  MARS 


435 


le  huitième  jour  se  produit  une  fistule  stercorale  dont  l’impor¬ 
tance  se  réduit  progressivement;  elle  se  ferme  complètement  le 
27  décembre  1922. 

Obs.  V.  —  Néoplasme  hémorragique  et  sténosant  de  l'angle  colique 
gauche.  Occlusion.  Anus  cæcal  préliminaire.  Puis,  après  transfusion  san¬ 
guine,  tentative  d’extirpution  secondaire.  Iléo-sigmoïdostomie  par  dérivation 
interne  définitive.  Guérison  opératoire. 

M.  P...,  cinquante  ans,  est  pris  d’accidents  d’occlusion  complète  le 
22  octobre  1922.  Ces  accidents  ont  débuté  au  commencement  du  mois 
par  des  crises  de  coliques,  sans  constipation,  mais  suivies  de  selles  san¬ 
glantes.  Perte  rapide  de  l’appétit  et  des  forces. 

Le  10  octobre,  grave  hémorragie  intestinale,  suivie  de  syncope. 

Depuis  le  14  octobre,  constipation  progressive  allant  jusqu’à  l’arrêt 
des  matières  et  des  gaz. 

Le  21  octobre,  apparition  de  vomissements. 

A  l’examen,  le  22  octobre,  le  malade  parait  anémié  ;  le  pouls  est  faible 
et  rapide;  le  ventre  est  météorisé,  et  l’on  voit  les  anses  intestinales  se 
contracter  sous  la  paroi.  Enfin  on  sent  une  tuméfaction  dans  l’hypo- 
condre  gauche. 

Le  jour  même,  on  pratique  un  anus  cæcal,  qui  fait  immédiatement 
céder  les  accidents  d’occlusion.  On  peut  dans  les  jours  qui  suivent 
pratiquer  un  examen  radioscopique  qui  montre  une  diminulion  du 
calibre  du  côlon  à  la  partie  supérieure  du  côlon  descendant. 

Le  14  novembre  1922,  on  fait  une  transfusion  sanguine  qui  donne 
les  meilleurs  résultats,  si  bien  qu’une  nouvelle  intervention  est  tentée 
le  15  novembre. 

Incision  angulaire  dans  l’hypocondre  gauche,  qui  permetde  découvrir 
une  tumeur  de  l’angle  gauche  du  côlon,  avec  réaction  inflammatoire  de 
voisinage,  adhérence  à  la  paroi  abdominale  et  à  la  queue  du  pancréas. 
Les  manœuvres  de  libération  sont  amorcées  et  ouvrent  un  abcès  sous- 
phrénique  gauche.  On  renonce  alors  à  l’exérèse,  et,  par  une  autre 
incision  après  changement  de  gants  et  d’instruments,  on  fait  une  iléo- 
sigmoïdostomie  termino-latérale.  Un  drainage  sous-phrénique  est  main¬ 
tenu  huit  jours. 

En  janvier  1923,  les  fonctions  intestinales  étaient  normales,  mais  la 
faiblesse  augmentait,  faisant  craindre  une  issue  fatale  prochaine. 

De  ces  cinq  observations,  l’une,  la  dernière,  ne  concerne  qu’une 
opération  palliative  pour  cancer  du  côlon  inextirpable;  elle  mérite 
cependant  une  mention  pour  l’application  de  la  transfusion  san¬ 
guine,  dans  un  cas  où  l’abondance  et  la  fréquence  des  hémorragies 
avaient  provoqué  un  état  d’anémie  assez  grave  pour1  contre- 
indiquer  toute  opération.  Je  crois,  en  effet,  la  transfusion  plus 
efficace  avant  l’opération,  pour  prémunir  l’organisme,  qu’après 
l’intervention  quand  il  s’agit  de  lutter  contre  le  shock  et  l’infec¬ 
tion,  qui  sont  la  conséquence  inévitable  d’une  résistance  diminuée 


436 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


et  d’une  circulation  insuffisante.  Lecène,  dans  une  communicalion 
à  notre  Société,  le  4  mai  1921,  nous  avait  déjà  rapporté  une 
observation  analogue  :  une  transfusion  sanguine,  pratiquée  chez 
un  homme  de  quarante-trois  ans,  anémié  par  des  hémorragies 
intestinales  répétées,  avait  permis,  cinq  jours  plus  tard,  une 
hémicolectomie  droite  pour  cancer,  suivie  de  guérison,  main¬ 
tenue  sans  récidive  sept  ans  après  l’opération. 

Les  quatre  autres  observations  de  M.  Chaton  sont  quatre  colec¬ 
tomies  pratiquées  en  un  temps  sans  dérivation  préalable.  Or,  dans 
un  cas,  le  malade  atteint  de  cancer  de  l’angle  droit  fut  opéré  en  étal 
d’occlusion  et  dans  un  autre  cas,  chez  un  malade  présentant  un 
cancer  du  côlon  descendant,  une  crise  d’occlusion  avait  précédé 
de  dix  jours  seulement  l’opération  d’exérèse. 

Ce  sont  là  de  belles  hardiesses,  que  je  ne  saurais  ni  approuver 
ni  conseiller.  Je  sais  bien  que  M.  Chaton  opère  souvent  dans  des 
conditions  matérielles  qui  créent  de?  indications  un  peu  spéciales 
et  qui  légitiment  exceptionnellement  sa  détermination  d’une 
opération  unique  et  radicale. 

Aussi  bien,  dans  son  observation  III,  il  s’agissait  d’un  cancer 
du  côlon  droit;  il  a  pu,  non  sans  précautions  minutieuses,  et  non 
sans  redouter  l’éclatement  -d’un  intestin  distendu,  pratiquer 
l’exérèse  de  tout  le  segment  occlus,  véritable  sac  septique  en 
amont  de  l’obstacle,  et  supprimé  d’emblée  avec  celui-ci.  Dans  ces 
conditions,  il  a  supprimé  à  la  fois  la  cause  et  la  conséquence, 
puisque  la  valvule  iléo-cæcale,  ayant  rempli  son  office,  avait 
empêché  le  reflux  du  contenu  septique  du  gros  intestin  dans 
l'intestin  grêle.  C’est  donc  sur  des  segments  parfaitement  sains 
de  l’intestin  qu’ont  porté  la  section,  puis  l’anastomose  intesti¬ 
nales.  Indépendamment  de  l’habileté  opératoire  de  M.  Chaton, 
ces  conditions  particulières  peuvent  expliquer  le  succès  qui  a  suivi. 

Dans  l’observation  IV,  la  crise  d’occlusion  était  encore  récente, 
et  le  cancer  siégeait  à  gauche;  les  conditions  étaient  moins 
bonnes,  l’anastomose  ayant  porté  sur  des  bouts  intestinaux  néces¬ 
sairement  modifiés  et  infectés.  L’exérèse  a  bien  été  malgré  tout 
suivie  de  succès,  mais  au  prix  d’une  complication  de  fistulisation 
temporaire. 

Même  accident  de  fistulisation  spontanée  dans  l’observation  I  ; 
et  pourtant  on  ne  peut  incriminer  cette  fois  l’occlusion  anté¬ 
rieure,  ni  la  stase  intestinale.  La  résection  a  été  faite  pour  sup¬ 
primer  une  fistule  lombaire  qui  jouait  le  rôle  d’une  dérivation 
préalable.  Mais  nous  savons  combien  sont  parfois  difficiles  et 
précaires  les  sutures  colo-coliques;  ces  conditions  défavorables 
ont  établi  la  réputation  de  gravité  trop  justifiée  des  réfections  du 
côlon  gauche.  C’est  pour  y  parer  que  M.  Chaton  fait  oublier  la 


SÉANCE  DU  14  MARS 


437 


témérité  de  quelques-unes  de  ses  inlerveutions,  entreprises  en 
pleine  occlusion,  par  le  luxe  de  précautions  dont  il  s’entoure 
toujours;  la  très  belle  proportion  de  ses  succès  définitifs  nous 
porte  à  retenir  certains  détails  de  sa  technique,  entre  autres  le 
barrage  au  moyen  de  mèches  de  gaze  iodoformée,  qu’il  établit 
autour  de  sa  suture  intestinale,  réalisant  ainsi  ce  qu’il  définit 
très  exactement  :  «  une  extériorisation  intra-abdominale  ».  Je  le 
cite  textuellement  : 

«  Dans  ces  résections  pratiquées  en  un  seul  temps,  nous  con¬ 
tinuons  à  attacher  une  grosse  importance  à  l’isolement  de  la 
zone  anastomosée  sous  une  barrière  de  gaze  iodoformée  permet¬ 
tant  sur  elle  une  vue  directe  par  la  plaie. 

«  Nous  pensons  devoir  encore  à  cette  pratique  la  vie  de  deux 
d<*  nos  derniers  opérés.  Nous  ne  la  croyons  pas,  comme  cela  a  été 
dit,  susceptible  de  provoquer  la  désunion  des  sutures. 

«  Nous  en  avons  une  preuve,  par  ce  qui  s’est  passé  dans  les 
deux  cas  ci-dessus  rapportés,  et  relatifs  à  la  résection  d’un 
segment  droit. 

«  Là  où  habituellement  la  suture  tient,  elle  a  tenu  malgré  la 
présence  de  gaze  iodoformée. 

«  Nous  voudrions,  en  terminant,  dire  pourquoi  nous  estimons 
cette  pratique  utile  et  revenir  une  fois  encore  sur  sa  technique 
exacte. 

«  Tout  d’abord,  la  technique  de  cet  isolement  iodoformé  est 
très  simple.  Les  bandelettes  iodoformées  que  nous  employons 
sont  larges  de  5  centimètres.  Nous  les  utilisons  doublées.  Nous 
disposons  largement  deux  mèches  latérales,  extrémité  inférieure 
au  conlact  du  méso.  Nous  prenons  soin  de  ne  pas  tasser  ces 
extrémités  ni  de  les  replier  sur  elles-mêmes  de  façon  à  éviter  la 
formation  d’un  bourrelet,  susceptible  de  créer  des  difficultés  au 
moment  de  leur  extraction.  Nous  en  rabattons  les  deux  extré¬ 
mités  sur  le  champ  opératoire,  l’une  en  dedans,  l’autre  en  dehors. 
Nous  disposons  de  la  même  façon  deux  mèches  similaires  sur  les 
bouts  proximal  et  distal  de  l’intestin.  Ils  recouvrent  environ 
2  centimètres  en  longueur  de  la  surface  intestinale.  L’extrémité 
de  leur  chef  inférieur  est  disposée  sur  l’intestin  à  4  centimètres  de 
la  ligne  des  sutures.  Elles  le  recouvrent  sur  une  étendue  approxi¬ 
mative  de  2  centimètres  environ  de  la  suture  elle-même  et  leurs 
chefs  supérieurs  sont  rejetés  respectivement  en  haut  et  en  bas  du 
champ  opératoire. 

«  Nous  fermons  alors  régulièrement  la  paroi  en  haut  et  en  bas 
sur  les  mèches  sortant  par  la  plaie  abdominale,  laissant  à  leur 
niveau  un  espace  non  suturé  de  5  centimètres  environ.  L’opération 
est  alors  terminée.  En  écartant  à  ce  moment  les  quatre  chefs  sor- 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


tant  de  la  plaie,  nous  avons  sous  les  yeux  la  ligne  des  sutures  en 
communication  directe  avec  l’extérieur.  C’est  une  véritable  exté¬ 
riorisation  intra-abdominale. 

«  Nous  ne  retirons  ces  mèches  qu’au  douzième  jour  par  tractions 
douces,  continues.  Nous  mettons  parfois  plusieurs  jours  à  les 
extraire  en  totalité,  versant  à  chaque  tentative  d’extraction  un  peu 
de  sérum  tiède  entre  leurs  quatre  chefs. 

«  Nous  n’avons  jamais  jusqu’ici  au  cours  de  ces  manœuvres 
provoqué  de  désunions  par  tractions.  Un  suintement  séro-purulent 
est  fréquent  après  cette  ablation.  Il  dure  quelques  jours  et,  s’il  n’y 
a  pas  de  fistule  stercorale,  la  paroi  se  referme  spontanément 
sans  qu’il  soit  nécessaire. de  pratiquer  des  points  de  suture  com¬ 
plémentaires. 

«  ...  Dans  plusieurs  cas,  nous  avons  noté  en  retirant  ces  mèches 
iodoformées  qu’elles  présentaient  une  odeur  fétide,  qu’elles 
étaient  imbibées  de  sérosité  purulente.  Elles  ne  nous  paraissent 
donc  pas  avoir  un  rôle  indifférent  pour  s’opposer  au  développe¬ 
ment  d’une  péritonite  primitive  ayant  son  point  de  départ  dans  le 
foyer  opératoire  même.  De  plus,  nous  réalisons  un  Mikulicz  en 
miniature.  Son  rôle  de  drainage  des  exsudats  d’origine  irritative 
ou  inflammatoire  ayant  pris  naissance  dans  la  zone  même  de 
l’anastomose  est  à  prendre  en  considération  et  démontre  par  ce 
fait,  que  nous  avons  maintes  fois  constaté,  que  le  pansement  les 
premiers  jours  est  souillé  de  sécrétions,  parfois  traversé  par  elles. . 

«  Ces  mèches  jouent  en  outre  un  rôle  très  important  pour 
empêcher  le  développement  d’une  péritonite  secondaire,  tardive, 
susceptible  de  survenir  du  huitième  au  douzième  jour  par  suite 
d’un  lâchage  de  sutures.  En  effet,  la  cavité  péritonéale  refermée,  un 
de  leurs  premiers  effets  est  d’immobiliser  en  une  position  fixe  à  son 
voisinage  les  anses  qui  tendent  à  venir  recouvrir  la  région  anasto¬ 
mosée,  constituant  en  renforcement  de  la  barrière  artificielle  et 
provisoire  de  gaze,  une  véritable  barrière  viscérale  et  plus  durable. 

«  L’orifice  qui  subsiste  entre  les  quatre  chefs,  constitue  une 
soupape  de  sôreté  pour  le  cas  échéant  du  lâchage  des  sutures.  Dans 
deux  de  ces  observations  nous  avons  vu  s’établir  sans  incident 
un  écoulement  stercoral  une  première  fois  au  treizième  jour,  une 
deuxième  fois  au  huitième.  Si  les  matières  et  les  gaz  n’avaient  pas 
trouvé  immédiatement,  grâce  au  dispositif  utilisé,  une  voie  facile 
pour  leur  écoulement,  de  graves  accidents  péritonéaux  immédiats 
et  redoutables  n’âuraient  pas  tardé  à  se  développer. 

«  En  résumé,  cette  méthode  permet  de  parer  aux  risques  de 
l’infection  primitive  et  de  la  désunion  secondaire.  » 

On  peut  discuter  sur  l’opportunité  de  ce  drainage,  sur  la  pré¬ 
férence  donnée  aux  mèches  sur  le  drain,  sur  le  choix  de  la  gaze 


SÉANCE  DU  14  MARS 


439 


iodoformée;  mais  avant  toute  discussion  de  ce  genre  nous  ne 
devons  pas  oublier  que  M.  Chaton  nous  apporte  un  argument  qui 
vaut  toutes  les  arguties  de  la  théorie  :  ce  sont  ses  résultals.  Sur 
les  22  opérations  de  chirurgie  du  gros  intestin  qui  constituent  sa  ' 
statistique  globale ,  je  ne  retiendrai  que  celles  qui  ont  trait  à  la 
chirurgie  colique;  elles  sont  au  nombre  de  14,  avec  3  morts, 
soit  une  mortalité  de  21,4  p.  100,  très  inférieure,  par  conséquent,  à 
la  moyenne  habituelle  qui  atteint  presque  toujours  et  dépasse 
quelquefois  40  p.  100. 

Pour  ma  part,  j’approuve  absolument  M.  Chaton  de  préférer  les 
mèches,  dans  le  cas  particulier,  au  drain  de  caoutchouc  ;  ce  dernier 
placé  au  voisinage  d’une  suture  constitue  un  contact  trop  brutal; 
déplus,  s’il  draine,  il  n’établit  pas  le  barrage  que  font  les  mèches,  et 
surtout  les  mèches  iodoformées.  Je  suis  donc  sur  ce  point  entière¬ 
ment  d’accord  avec  M.  Chaton. 

Il  me  permettra  cependant  de  lui  dire,  ce  qu’il  ne  peut  d’ailleurs 
igaorer,  que  l’insuffisance  des  sutures  ne  constitue  pas  l’unique 
danger  de  la  chirurgie  colique.  11  ne  suffit  pas  de  parer  à  la  désu¬ 
nion  possible  de  l’anastomose,  et  il  ne  faudrait  pas  surtout  que 
la  demi-sécurité  que  lui  donne  sa  technique  lui  fasse  abandonner,  . 
surtout  en  période  d'occlusion,  les  avantages  et  la  sécurité  plus 
rationnels  encore  de  la  dérivation  préliminaire.  N’est-ce  pas 
d’ailleurs  le  moyen  le  plus  sûr  de  réduire  la  septicité  des  bouts 
coliques  à  anastomoser,  et  par  conséquent  le  danger  de  ce  temps 
opératoire  ;  d’assurer  une  vitalité  plus  grande  de  ces  mêmes  bouts 
coliques  ;  et  par  voie  de  conséquence  d’éviter  la  fistule  stercorale 
dont  M.  Chaton  a  parfaitement  raison  de  limiter  les  dégâts,  mais 
dont  j’ai  peur  qu’il  n’ait  plus,  tout  à  fait  assez,  la  crainte  salutaire? 

Je  vous  prie  de  remercier  M.  Chaton  de  nous  avoir  adressé  sa 
statistique  intégrale,  effort  encore  trop  rare  parmi  nos  correspon¬ 
dants,  et  de  le  féliciter  des  beaux  résultals  qu’il  a  obtenus. 


A  propos  de  166  inter c entions  pour  déformations  rachitiques, 
par  M.  Etienne  Sorrel, 

Chirurgien  des  Hôpitaux  de  Paris, 

Chirurgien  en  chef  de  1  Hôpital  maritime  de  Berck. 

Rapport  de  M.  F.-M.  CADENAT. 


Vous  m’avez  chargé  de  faire  un  rapport  sur  cet  important 
travail  de  notre  collègue  des  hôpitaux.  Je  le  fais  avec  d’autant 


440 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


plus  (le  plaisir  que  j'ai  vu  Sorrel  à  l’œuvre,  dans  son  service  de 
Berck,  et  que  j’ai  pu  apprécier  avec  quelle  tranquille  précision  il 
manie  l’instrument  d’Albee. 

Sur  ces  166  interventions  pratiquées  sur  101  malades,  76  cnt 
été  faites  à  la  scie  circulaire  électrique.  Dans  8  cas  Sorrel  a 
remplacé  les  sections  planes  par  des  opérations  modelantes  exécu¬ 
tées  avec  une  instrumentation  qu’il  a  imaginée. 

Il  y  a  donc  dans  ce  travail  deux'points  à  envisager  : 

1°  la  technique  et  les  résultats  des  ostéotomies  à  section  plane  ; 

2°  l’instrumentation  spéciale  pour  ostéotomie  modelante. 


Fig.  1.  —  Double  genu  valgum,  traité  par  ostéotomies  cunéilormes. 

I.  Ce  mémoire  débute  par  des  considérations  générales  sur  les 
indications  opératoires  des  ostéotomies  pour  déformations  rachi¬ 
tiques.  Notre  collègue  se  rallie  aux  notions  classiques  :  a)  n’opérer 
que  les  déformations  qui  entravent  le  fonctionnement  normal  des 
membres  ou  nuisent  trop  gravement  à  l’esthétique;  b)  n’opérer 
que  lorsque  le  rachitisme  est  éteint,  et  ici  la  notion  d'âge  e-t 
moins  importante  que  les  données  cliniques  et  radiographiques: 
d’une  part,  disparition  des  nouures  à  la  palpation,  et  surtout 
présence  sur  les  clichés  d’une  ombre  épaisse  de  tissu  compact  sur 
le  pourtour  de  la  diaphyse,  avec  disparition  de  l’aspect  globuleux 
de  l’épiphyse  dont  les  dimensions  et  la  forme  sont  redevenues 
normales. 


SÉANCE  DU  14  MARS 


441 


Entrant  ensuite  dans  le  détail  des  observations,  Sorrel  étudie 
successivement  les  déformations  des  membres  inférieurs  et  des 
membres  supérieurs.  Celles-ci,  au  nombre  de  deux  seulement,  ne 
nous  arrêteront  pas. 

Il  s’agit  donc  essentiellement  de  lésions  des  membres  inférieurs  : 
genu  valgum  surtout  (95  cas)  et  déformations  tibiales  (66  cas). 

Le  genu  varum  n’entre  que  pour  4  cas  dans  celte  statistique 

1°  Genu  valgum  : 

L’ostéotomie  sus-condylienne  transversale,  opération  de  Mac 
iïwen,  faite  suivant  la  technique  classique,  fut  de  beaucoup  la 
plus  employée.  Mais  dans  un 
nombre  de  cas  qui  n’est  pas 
négligeable  (10  sur  95)  le  genu 
valgum  était  assez  prononcé 
ou-  assez  complexe  pour  que 
Sorrel’ se  soit  trouvé  en  droit 
de  faire  une  ostéotomie  cunéi¬ 
forme,  et  même,  dans  un  cas 
où  le  condyle  fémoral  interne 
descendait  beaucoup  plus  bas 
que  le  condyle  externe,  une 
opération  d'Ogston  (ostéotomie 
verticale  trans-condylienne). 

Sorrel,  on  le  voit,  est  très 
éclectique,  et  se  sépare  des 
chirurgiens  qui,  comme 
MM.  Savariaud  et  Mouchet, 
affirmaient  ici  même  n’avoir 
jamais  eu  l’occasion  de  faire 
d’autres  opérations  que  le  Fie.  2.  -  Après  la  double  ostéotomie. 
Mac-Ewen.. 

Nous  n’avons  pas  une  expérience  suffisante  de  la  chirurgie 
infantile  pour  prendre  parti,  mais  certaines  radiographies  de 
Sorrel  sont  impressionnantes.  Chez  une  de  ses  malades  l’angle  de 
déviation,  c’est-à-dire  l’angle  que  forme  le  tibia  avec  la  direction 
prolongée  du  fémur,  mesure  environ  55°.  De  même  sur  une  radio¬ 
graphie  de  genu  varum  l’angulation  atteint  d’un  côté  l’angle 
droit  et  de  l’autre  le  dépasse.  Il  me  semble  bien  évident  qu'avec 
de  semblables  déformations  une  résection  cunéiforme  présente 
de  sérieux  avantages,  même  chez  l’enfant,  puisqu’au  lieu  de  laisser 
bâiller  l’interligne  d’ostéotomie  elle  affronte  des  surfaces  osseuses 
congruentes.  Je  n’ignore  pas,  et  Sorrel  y  insiste  avec  beaucoup 
de  justesse,  l’écrasement  qui  se  produit  au  niveau  de  la  charnière 
et  qui  diminue  d’autant  l’écartement  du  côté  opposé,  mais,  même 


Ml 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


opération  pour  genu  valgum),  écarte  ces  muscles  d’un  coup  de 
sonde  cannelée,  et  n’a  plus  qu’à  dissocier  ou  sectionner  quelques- 
fibres  du  crural  pour  atteindre  le  squelette.  Deux  écarteurs  récli- 


Fig.  7.  —  Deformations  rachitiques  des  fémurs  etldes  tihias. 

nent  fortement  les  lèvres  de  la  plaie.  Le]  périoste  . est  alors  incisé 
en  forme  de  volet  semblable  au  volet  cutané  et'détaché  avec  soin 
à  la  rugine,  ce  qui  se  fait  aisément  chez  l’enfant.  Un  écarteur  de 


Fig.  8.  —  Même  malade  après  les  ostéotomies. 

Farabeuf  est  ensuite  glissé  entre  l’os  et  le  périoste'el[ressort  par 
la  même  plaie  lorsque  le  volet  cutané  a  été  .bien  calculé.  Les 
parties  molles  sont  ainsi  protégées  de  la  scie. 

La  technique  des  ostéotomies  tibiales  est  comparable  :  Volet 
cutané  à  charnière  interne.  Décollement  du  périoste  à  la  rugine. 


SÉANCE  DU  14  MARS 


445 


Extériorisation  du  tibia  par  un  écarteur  qui  contourne  l’os. 

Quant  à  la  mesure  et  à  la  taille  même  du  coin  à  réséquer,  voici 
ce  qu’en  dit  Sorrel  en  plusieurs  points  de  son  travail  :  «  Avec 
quelque  habitude  il  est  aisé  d'en  calculer  la  forme  et  l’importance 
variables  suivant  le  degré  du  genu  valgum  et  sa  direction.  »  Et 
plus  loin,  à  propos  des  ostéotomies  pour  déformations  rachiti¬ 
ques  du  tibia  qu’il  complète  par  une  ôstéoclasie  manuelle  du 
péroné:  «  On  doit  pouvoir  alors  obtenir  une  correction  complète, 


sinon  c’est  que  le  coin  osseux  enlevé  a  été  mal  calculé:,  et  il  faut, 
toujours  avec  la  scie,  en  extériorisant  chacun  des  fragments 
tibiaux,  enlever  les  petits  angles  nécessaires  pour  que  la  réduc¬ 
tion  correcte  soit  obtenue.  » 

On  sent  à  lire  ces  lignes  les  difficultés  que  Sorrel  a  dû  avoir 
dans  certains  cas  à  apprécier  d’une  façon  précise  les  dimensions 
du  coin  à  enlever.  Celte  incertitude,  nous  la  connaissons  tous.  J’ai 
fait,  j’ai  vu  faire  par  des  chirurgiens  habitués  à  cette  chirurgie 
des  erreurs  de  section  obligeant  à  des  recoupes,  toujours  approxi¬ 
matives.  C’est  pour  avoir  connu  ces  déboires  que  j'ai  imaginé 
l’instrumentation  que  j’ai  eu  l'honneur  de  vous  présenter  ici 


m 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


même  (1)  et  que  j’ai  décrite  et  figurée  dans  deux  articles 
récents  (2)> 

Je  ne  reviendrai  pas  sur  les  détails  de  cette  instrumentation, 
mais  je  me  permettrai  de  vous  rappeler  les  principes  généraux 
qui,  à  mon  sens,  réduisent  au  minimum  les  causes  d'erreur. 

1°  Rechercher  sous  contrôle  radioscopique  dans  quelle  position 
le  membre  semble  en  rectitude. 

2°  Dans  cette  position  prendre  deux  clichés.  L’un  reproduisant 
cette  pseudo-rectitude,  l’autre  par  déplacement  de  l’ampoule  à  90°. 
Cette  seconde  épreuve  donne  la  déviation  vraie  du  membre  (angle 
de  déviation  maxima). 

3°  N’attaquer  le  squelette  que  dans  le  plan  même  où  s’est  faite 
la  déviation  ou  perpendiculairement  à  ce  pian  :  par  la  concavité, 
par  la  convexité  ou  de  profil.  Dans  ces  conditions  il  n’y  aura  de 
correction  à  faire  que  dans  un  seul  sens,  c’est-à-dire  une  seule 
inclinaison  à  donner  à  chaque  trait  de  scie. 

4°  Eviter  tout  décalage  en  marquant  sur  le  squelette,  avant  toute 
section  osseuse,  'une  ligne  longitudinale  au  milieu  de  la  face 
d’attaque.  Les  positions  radiographique  et  opératoire  doivent  être 
identiques. 

A  propos  de  son  cas  d'ostéotomie  verticale  Iranscondtjlienne , 
Sorrel  rappelle  les  deux  reproches  qui  ont  été  faits  à  l’opération 
d’Ogston.  Le  premier,  d’être  intra-articulaire,  donc  dangereuse; 
mais  «  ce  n’est  pas  un  argument  valable  contre  une  opération  que 
de  dire  qu’elle  exige  pour  être  menée  à  bien  une  asepsie  rigou¬ 
reuse  ».  Le  second,  d’intéresser  le  cartilage  de  conjugaison.  Celle 
question  a  déjà  été  discutée  à  cette  tribune  par  mon  maître 
Ombrédanne.  La  malade  de  Sorrel  avait  onze  ans  et  demi  quand 
il  l’a  opérée.  Un  an  après  l’intervention  il  n’y  avait  aucune  diffé¬ 
rence  entre  les  deux  côtés,  et  les  radiographies  sont  identiques; 
à  tel  point  qu’il  est  impossible  de  retrouver  trace  de  l’ostéotomie 
sur  le  côté  opéré.  On  comprend  devant  ce  beau  résultat  que  Sorrel 
écrive  :  «  Dans  les  cas  rares  mais  très  nets  où  l’opération  d’Ogston 
est  indiquée,  je  resterais  disposé  à  la  faire  même  si  le  sujet  avait 
moins  de  quinze  ans.  »  M.  Ombrédanne,  on  se  le  rappelle,  consi¬ 
dérait  au  contraire  qu’il  ne  serait  pas  prudent  d’abaisser  à  beau¬ 
coup  moins  de  quinze  ans  et  demi  la  limite  de  l’âge  auquel 
l’Ogston  peut  être  conseillé  en  toute  sécurité. 

2°  Ostéotomie  modelante  :  Pour  permettre  une  réduction  facile 
des  déviations  rachitiques  quelle  qu’en  soit  la  complexité,  Sorrel 

(1)  Bull,  et  Ment,  de  la  Société  de  Chirurgie,  23  octobre  1922,  t.  XLVIII, 
n»  27,  p.  1111. 

(2)  Revue  d'Orthopédie,  janvier  1923,  t.  X,  n»  1,  p.  61  ;  Journal  de  Chirurgie , 
à  paraître  en  mars  1923,  t.  XXI,  n»  3. 


SÉANCE  DU  14  MARS 


447 


propose  de  modeler,  après  ostéotomie  transversale,  les  deux  extré¬ 
mités  osseuses  de  telle  sorte  qu’elles  puissent  s’articuler  «  en 
genouillère  ».  Pour  obtenir  ce  résultat  il  a  fait  construire  deux 
fraises  spéciales,  l’une  sphérique  coupante  à  sa  périphérie,  l’autre 
en  forme  de  cupule  coupante  par  sa  concavité.  Ces  fraises  peuvent 
se  monter  sur  le  moteur  électrique  et  modeler  en  demi-sphère 
pleine  ou  creuse  les  extrémités  osseuses.  Cette  technique  est  un 
perfectionnement  de  ce  que  font  déjà  certains  chirurgiens  avec 


la  simple  scie  à  chantourner.  Mon  maître  Hartmann  pratique 
depuis  longtemps  ses  résections  du  genou  en  faisant  non  pas  des 
sections  planes  mais,  sur  le  tibia,  une  gouttière  transversale  dans 
laquelle  vient  s’articuler  l'extrémité  fémorale  chantournée  en 
relief.  Il  crée  ainsi  une  sorte  de  trochlée;  Sorrel  propose  une 
énarlhro.se.  Dans  le  premier  cas  la  réduction  se  fait  facilement 
dans  un  plan,  dans  le  second  elle  est  aisément  possible  dans  tous 
les  sens.  11  y  a  dans  ces  procédés  un  avantage  non  seulement  de 
réduction,  mais  aussi  de  contention  :  la  gouttière  ou  la  cupule 
dans  laquelle  s’emboîte  l’autre  extrémité  osseuse  évite  tout  glis¬ 
sement  ou  tout  chevauchement  des  fragments. 


448 


SOCIÉTÉ  DE  CUIRDRG1E 


A  mon  sens,  c’est  le  véritable  avantage  que  je  reconnaisse  à  ces 
techniques,  et  il  est  de  valeur  surtout  chez  l’enfant  où  l’ostéo¬ 
synthèse  est  condamnée  par  la  plupart  des  chirurgiens.  Pour  ce 
qui  est  de  la  réduction  je  crains  que  les  ostéotomies  à  section 
courbe  ne  soient  guère  supérieures  aux  ostéotomies  à  section 
plane.  La  néarthrose  temporaire  ainsi  créée (trochlée  ou  énarthrose) 
doit  être  immobilisée  en  rectitude  et  cela  ne  peut  être  fait  que 
sous  contrôle  radioscopique.  Mon  ami  Sorrel  a  fait  construire  par 
Drapier  une  table  sous  laquelle  on  peut  placer  une  ampoule  et  qui 
permet  d’appliquer  le  plâtre  en  vérifiant  à  l’écran  la  bonne  réduc¬ 
tion.  Pour  qu’une  semblable  table  soit  complète  il  faudrait  pouvoir 
contrôler  la  réduction  en  même  temps  dans  Les  deux  sens,  au 
moyen  de  deux  ampoules  à  90°. 

Il  y  a  là  des  conditions  matérielles  difficiles  à  réaliser  et  qui 
feront  de  cette  technique  une  méthode  d’exception,  surtout  à  une 
époque  où  l’Assistance  publique  se  montre  si  parcimonieusement 
maternelle. 

La  plupart  des  chirurgiens,  même  s’ils  disposent  d’une  instru¬ 
mentation  électrique,  devront  encore  se  contenter  d’une  réduction 
au  jugé,  c’est-à-dire  approximative. 

Dans  ces  conditions  je  considère,  pour  ma  part,  beaucoup  plus 
sûr  de  mesurer,  suivant  les  principes  que  j’exposais  plus  haut,  le 
coin  osseux  nécessaire  pour  obtenir  une  rectitude  mathéma- 
liquementprécise,etde  fixer  en  bonne  position  les  deux  fragmenls 
en  utilisant,  au  besoin,  et  surtout  chez  l’enfant,  un  matériel  de 
prothèse  résorbable  (tendon  de  renne  ou  de  kanguroo,  voire  même 
simple  catgut  chromé).  Le  plâtre  est  ensuite  appliqué  pendant 
qu’un  aide  repousse  le  fragment  distal  contre  le  fragment  proxi¬ 
mal,  de  manière  à  ce  que  les  surfaces  planes  de  section  soient 
intimement  accolées. 

Ces  remarques  ne  retirent  rien  à  l’intérêt  de  l’instrumentation 
que  nous  présente  mon  collègue  et  ami  Sorrel.  Le  nombre  et 
l’importance  des  interventions  osseuses  qu’il  a  à  pratiquer  dans 
son  magnifique  service  de  Berck  justifient  largement  le  luxe 
matériel  dont  il  dispose. 

Je  terminerai  ce  rapport  en  vous  donnant  sa  statistique  : 

Malades  opérés  :  101  ;  nombre  des  interventions:  166. 

Genu  Valgum  unilatéral:  33;  opérés  31  par  ostéotomie  sus- 
condylienne  transversale,  2  par  ostéotomie  cunéiforme. 

Genu  Valgum  double  :  26  (donc  52),  opérés  46  par  ostéotomie 
sus-condylienne  transversale,  6  par  ostéotomie  cunéiforme. 

Genu  Valgum  :  1  seul  cas,  opéré  par  ostéotomie  sus-condylienne 
transversale. 

Déformations  rachitiques  des  tibias  sur  31  enfants,  avec  52  opé- 


SÉANCE  DU  14  MARS 


449 


rations  (10  unilatérales,  21  bilatérales)  :  44  ostéotomies  cunéi¬ 
formes,  8  ostéotomies  modelantes. 

Déformations  multiples  :  6  enfants  furent  opérés  de  déforma¬ 
tions  portant  sur  1  fémur  et  1  tibia;  2  sur  1  fémur  et  2  tibias; 
1  sur  2  fémurs  eL  2  tibias;  1  sur  2  tibias  et  1  cubitus;  1  sur  1  cubi¬ 
tus  seulement. 

Sur  cettesérie  importante  d’interventions  iln’y  eut  aucun  incident 
■notable,  ni  suppuration,  ni  retard  de  consolidation,  et  toujours 
l’amélioration  obtenue  a  été  grande. 

C’est  là  un  très  beau  résultat  dont  je  vous  propose  de  féliciter 
notre  collègue,  en  le  remerciant  d’avoir  adressé  à  notre  assemblée 
la  primeur  d’un  travail  qu’il  développera  plus  amplement  dans 
une  prochaine  publication. 

M.  Ombrédanne,  —  Du  rapport  de  .mon  ami  Cadenat,  je  retien¬ 
drai  trois  points  : 

1°  En  matière  de  section  osseuse,  la  scie  électrique  est-elle 
vraiment  un  progrès  sur  le  ciseau?  La  biologie  végétale  nous 
incite  à  penser  qu’il  n’en  est  rien.  Les  jardiniers  savent  en  effet 
fort  bien  qu’on  obtient  une  bien  meilleure  cicatrisation  après 
section  à  la  serpe  qu) après  section  à  la  scie. 

Ce  que  j'ai  observé  tend  à  me  faire  croire  que  les  cals  d’ostéo^ 
tomie  se  produisent  plus  rapidement  après  section  au  ciseau 
qu’après  section  à  la  scie.  C’est  une  question  qui  peut-être  méri¬ 
terait  d’être  étudiée. 

2°  Chez  l'enfant  rachitique,  l’ostéotomie  cunéiforme  ne  saurait 
être  considérée  comme  supérieure  à  l’ostéotomie  simple.  A  cet 
âge,  il  ne  faut  pas  confondre  chirurgie  osseuse  et  ébénisterie.  Il 
est  indiscutable  qu’une  ostéotomie  simple,  après  redressement 
manuel,  donne  lieu  à  un  bâillement  du  côté  de  la  concavité  de  la 
courbure.  Au  niveau  du  trait  d’ostéotomie,  sê  manifestent  des 
actions  d’hyperpression  du  côté  convexe  qui  se  serre,  des  actions 
d’hypopression  du  côté  concave  qui  bâille.  Or,  nous  savons  que 
les  processus  d’ostéogenèse,  aussi  bien  conjugale  que  périostique, 
sont  grandement  influencés  par  les  pressions,  diminuent  quand 
les  pressions  augmentent,  et  augmentent  d’activité  quand  ces 
pressions  diminuent  (loi  de  Delpech). 

Aussi  une  ostéotomie  linéaire,  même  si  elle  provoque  un  bâille¬ 
ment  osseux,  est-elle  chez  l'enfant  une  excellente  opération,  parce 
que  l’ostéogenèse,  en  pleine  activité,  ne  tarde  pas  à  combler  la 
béance  osseuse.  Il  paraît  donc  superflu  de  supprimer,  en  pareil 
cas,  un  coin  osseux. 

3°  Le  rapport  de  Cadenat  semble  dire  que  les  atteintes  au 
cartilage  de  conjugaison  n’ont  peut-être  pas  la  gravité  qu’il  est 


450 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


classique  d’admettre,  ou  tout  au  moins  qu’on  pourrait  peut-être? 
traverser  impunément  un  cartilage  de  conjugaison  vers  la  quin¬ 
zième  année  sans  provoquer  de  troubles  de  la  croissance  ultérieure. 

C'est  une  question  que  je  me  suis , déj à  posée,  à  la  suite  d’un 
rapport  que  j'ai  fait  sur  une  observation  de  Basset;  d’autre  part,, 
je  sais  que  notre  collègue  Auvray  a  entre  les  mains  un  travail  qu’il 
doit  analyser  ici,  et  dans  lequel  se  pose  le  même  problème. 

Pourtant,  il  ne  faudrait  pas  oublier  les-  désastres  auxquels  ont 
donné  lieu  les  résections  épiphysaires  pratiquées  chez  les  enfants- 
par  Félizet. 

Mais  je  pense  néanmoins  que  la  question  n’est  pas  entièrement 
élucidée,  et  qu’il  y  aurait  probablement  avantage  à  la  reprendre  au 
point  de  vue  expérimental  par  l’élude  de  la  fonction  du  cartilage 
de  conjugaison  considéré  indépendamment  de  l’épiphyse. 

M.  F.-M.  Cadenat.  —  Je  répondrai  simplement  à  mon  maître 
Ombrédanne  que  Sorrel  est  très  éclectique  :  pour  le  Mac-Ewen, 
il  emploie  le  ciseau  et  le  maillet.  Ce  n’est  que  pour  les  ostéotomies- 
cunéiformes  qu’il  se  sert  de  la  scie  électrique. 

Vous  verrez  tout  à  l’heure,  sur  les  clichés  qui  vous  seront  pro¬ 
jetés,  la  déformation  formidable  que  présentent  certains  de  ces- 
malades;  il  semble  bien  que,  dans  eescas  tout  au  moins,  l’ostéo¬ 
tomie  cunéiforme  soit  indiquée. 

Quant  au  résultat  de  l’opération  d’Ügston,  il  est  remarquable, 
puisqu’il  est  impossible,  sur  les  clichés,  de  reconnaître  le  côté 
opéré.  C’est  un  fait  qu’il  convient  d’enregistrer. 

M.  Victor  Veau.  —  Je  suis  impressionné  par  les  radiographies 
qui  nous  sont  montrées.  Quand  on  opère  un  genu  valgum  par 
ostéotomie  de  Mac-Ewen,  on  a  toujours  un  chevauchement  des  os. 
Le  résultat  clinique  est  toujours  excellent,  mais  la  radiographie 
n’est  pas  belle  à  voir.  C’est  pourquoi  je  félicite  Sorrel  d’avoir  des- 
résultats  anatomiques  si  beaux  que  ses  radiographies  peuvent 
être  regardées  avec  admiration. 


Question  à  l’ordre  du  jour. 

Sur  l’invagination  intestinale. 

M.  Aeglaye.  —  Les  rapports  de  nos  collègues  sur  des  faits- 
d’invagination  intestinale  appellent  l’attention  sur  divers  points 
de  la  question.  Parmi  eux,  je  voudrais  retenir  l’un  de  ceux  qui  ont 
trait  à  la  pathogénie  de  l’invagination  comme  aussi  celui  des 


SÉANCE  DU  14 


451 


causes  de  1’  «  irréductibilité  d'emblée  »  du  boudin  invaginé, 
constatée  dans  certains  cas. 

Au  chapitre  de  la  pathogénie,  je  n’envisagerai  que  ce  qui  a  trait 
à  l’invagination  iléo-cæcale. 

En  ce  qui  la  concerne,  il  est  généralement  admis  que  la  grande 


Fig.  t.  —  Aspect  que  présentait  à  l’ouverture  du_  ventre 
une  invagination  iléo-cæcale  avee  torsion  en  spire  du  boudin  invaginé. 


On  remarquera  que  le  cæcum  et  l’iléon  terminal  sont  ici  fixés  de 
très  court  à  la  paroi  par  un  ligament  large  et  puissant  l.  r.  ic.  et  que 
l’invagination  s’est  produite  avec  une  grande  force.  Elle  s'est  montrée 
irréductible;  cæ  est  le  cæcum;  U  est  la  terminaison  de  l’iléon;  ci  est  le 
collier  de  l’invagination. 


mobilité  de  l'anse  sur  laquelle  elle  s'établit  est  une  condition, 
nécessaire  à  sa  production  et  la  notion  est  répandue  que  c’est  en 
raison  d’une  mobilité  plus  grande  chez  l’enfant  que  chez  l’adulte 
que  l’invagination  iléo-cæcale  est  plus  fréquente  chez  celui-là  que 
chez  celui-ci. 

Or,  les  faits  que  j’ai  recueillis  me  permettent  de  dire  que  la 


première  de  ces  deux  notions  n’a  rien  d’absolu  et  que  la  seconde 
apparaît  comme  d’ordre  très  secondaire  à  la  lumière  de$  recher¬ 
ches  anatomiques. 

En  effet,  si  la  grande  mobilité  de  l’anse  iléo-caecale  peut  favo-' 
riser  la  formation  des  grandes  invaginations  iléo-coliques,  el'e 
n’est  pas  une  condition  nécessaire  à  la  production  d’une  invagi¬ 
nation  iléo-cæcale.  On  peut  voir  celle-ci  s’établir  même  quand  le 
cæcum  et  l’iléon  terminal  sont  fixés  de  très  court  à  là  paroi  abdo¬ 
minale  postérieure.  En  voici  une  preuve  :  J’ai  opéré  en  1904,  chez 


-  Fig.  2.  —  On  voit  le  boudin  d'invagination  tordu  en  spire  assez  serrée 
et  sur  lequel  les  manoeuvres  de  réduction  sont  restées  sans  effet. 
u.  t.  i.  est  une  ulcération  en  voie  de  formation  sur  ta  tête  de  ce  boudin. 

un  homme  de  quarante  ans,  une  invagination  iléo-cæcale  qui 
s’était  produite  malgré  la  fixation  du  cæcum,  et  de  l’iléon  ter¬ 
minal  à  la  paroi  postérieure,  par  un  ligament  court  et  puissant 
(voy.  fig.  1). 

Il  semblait  même  que,  loin  d’être  un  obstacle  à  l’invagination, 
ce  ligament  avait  fourni  à  la  force  qui  avait  produit  l’invagina¬ 
tion  une  sorte  de  point  d’appui,  par  rapport  auquel  le  boudin  de 
l’invagination  s’était  tordu  en  une  spire  assez  serrée,  comme  le 
montre  la  figure  2.  Et  j’ajouterai  que  cette  torsion  en  spire  du 
houdin  invaginé  ms  parut  avoir  été  la  cause  essentielle  de  l’ir- 


SÉANCE  DU  14  MARS 


453 


réduclibililé  abso'ue  éprouvée  au  moment  de  l’intervention. 

Des  remarques  que  je  viens  de  faire,  je  dégagerais  volontiers, 
au  point  de  vue  thérapeutique,  une  première  notion,  c’est  qu’il  ne 
faut  peut-être  pas  trop  compter  sur  la  fixation  opératoire  à  la  paroi 
postérieure  par  un  ou  deux  points  de  suture  seulement  d’une  anse 
iléo-cæcale  qui  serait  mobile,  pour  éviter  sur  elle  le  retour  d’une 
invagination  qu’on  viendrait  de  réduire. 

D’aulre  pari,  des  recherches  assez  prolongées  et  comparatives 


Fio.  3.—  Invagination  siégeant  sur  le  grêle,  à  60  centimètres  environ  du 
-cæcum.  Le  boudin  invaginé  est  fortement  plissé  en  accordéon  et  ces  plis 
se  serraient  de  plus  en  plus  les  uns  sur  les  autres  quand  on  pressait  la 
tête  du  boudin  ou  quand  on  tirait  sur  l’intestin  au-dessus  du  collier. 

La  flèche  marque  le  sens  de  la  péristaltique  intestinale. 

E.  S.  est  le  bout  supérieur  de  l’intestin  invaginé;  E.  I.  le  bout  inférieur; 
C  est  le  collier  de  l’invagination. 

que  j’ai  faites  à  un  moment  donné  sur  le  segment  iléo-cæcal  et 
que  j’ai  publiées  à  la  Société  anatomique,  en  avril  1910  m’ont  per¬ 
mis  de  constater  que,  d’une  façon  générale,  la  mobilité  du  segment 
iléo-cæcal  n’était  pas  sensiblement  plus  grande  chez-d’enfant  âgé 
de  moins  de  trois  ans  que  chez  l’adulte.  Par  conséquent,  cette 
différence  de  mobilité  si  souvent  invoquée  pour  expliquer'  la  fré¬ 
quence  plus  grande  de  l’invagination  iléo-cæcale  chez  le  premier 
que  chez  le  second,  n’est  à  mon  avis  qu’un  élément  d’imporlance 
très  secondaire  dans  la  pathogénie.'  C’est  certainement  pour  ùne 


454 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


tout  autre  raison  que  l’invagination  iléo-eæcale  se  trouve  être 
fréquente  chez  l’enfant,  alors  qu’elle  est  rare  chez  l’adulte. 

Enfin,  dans  l’ordre  des  idées  qui  concernent  V irréductibilité 
d'emblée  de  l’invagination  portant  sur  l’intestin  grêle,  je, voudrais 
vous  signaler  une  disposition  assez  particulière  du  boudin  inva¬ 
giné  que  j’ai  observée  chez  une  fillette  âgée  de  seize  mois  et  qui 
avait  succombé  à  une  invagination  portant  sur  l'iléon  à  60  cen¬ 
timètres  environ  du  cæcum.  Il  y  avait  une  irréductibilité  absolue 
qui  persistait  même  sur  le  cadavre,  quelques  heures  après  la 
mort,  malgré  des  pressions  exercées  sur  la  tète  du  boudin  inva¬ 
giné  et  associées  à  des  tractions  exercées  sur  l’anse  invaginée, 
au-dessus  du  collier  d’invagination. 

Et  c’est  en  ouvrant  lé  cylindre  périphérique  que  je  pus  consta¬ 
ter  que  cette  irréductibilité  était  due  au  ■plissement  en  accordéon 
du  boudin  invaginé  que  j’avais  maintenant  sous  les  yeux  (voy. 
fig.  3.)  ^ 

Ces  plis  se  serraient  d’autant  plus  les  uns  contre  les  autres 
qu’on  repoussait  davantage  la  tête  du  boudin  vers  le  collier  de 
l’invagination  ou  qu’on  tirait  sur  la  portion  d’intestin  située  en 
amont  de  ce  collier.  Du  fait  également  de  ce  plissement  qui  résul¬ 
tait  de  la  traction  exercée  avec  force  par  le  mésentère  invaginé  dans 
l’intestin,  le  boudin  qui  semblait  ne  mesurer  que  9  à  10  centi¬ 
mètres  comprenait  en  réalité  35  centimètres  d’intestin  quand  il 
fut  déplissé..  Les  plis  ainsi  formés  étaient  d’ailleurs  particulière¬ 
ment  accentués  et  serrés  près  du  collier  de  l’invagination,  et,  dans 
leur  ensemble,  ils  témoignaient  de  la  violence  avec  laquelle 
l’invagination  avait  dû  s’effectuer. 

Pour  me  résumer  sur  la  notion  de  l’irréductibilité  qu’on  peut 
constater  au  moment  des  interventions  pratiquées  pour  com¬ 
battre  l’invagination  intestinale,  je  dirai  qu’à  côté  des  diverses 
causes  déjà  invoquées  pour  l’expliquer,  il  y  a  lieu  de  placer  celle 
qui  a  trait  à  la  forme  même  du  boudin  invaginé. 

La  forme  en  «  spire  »,  plus  ou  moins  serrée,  de  ce  boudin 
dans  une  invagination  iléo-cæcale,  comme  son  «• plissement  en 
accordéon  »,  dans  une  invagination  qui  siège  sur  le  grêle,  m’ont 
paru  susceptibles  de  jouer  un  rôle  important,  capable  d'obliger* 
d’emblée,  à  la  résection  de  l’anse  invaginée. 


SÉANCE  DU  14  MARS 


455 


Communications. 

Kyste  hydatique  rétro-vésical  opéré  par  voie  coccy -périnéale. 

Remarques  sur  celle  voie  d'accès, 

pa>r  M.  J.  FIOLLE  (de  Marseille),  correspondant  national. 

Je  serais  heureux  de  mettre  à  profit  une  observation  récente 
pour  attirer  à  nouveau  l'attention  sur  une  voie  d’accès  que  mon 
frère  et  moi  avons  décrite  pour  la  première  fois  en  1911,  utilisée 
pour  aborder  divers  organes  du  petit  bassin  et  appelée  coccy- 
périnéale. 

Cette  voie  d’aeeès,  destinée  d’abord  à  l’extirpation  des  vésicules 
séminales,  nous  a  permis,  par  lasuite,  de  traiter  des  lésions  fort 
différentes,  siégeant  sur  les  organes  génitaux  et  l’intestin. 

Elle  peut  être  ainsi  décrite  : 

Le  malade  est  couché  sur  le  flanc  droit,  cuisse  droite  allongée, 
-cuisse  gauche  fléchie.  L’incision  part  de  l’ischion  gauche  et  se 
dirige,  en  décrivant  unecourbeà  concavité  inférieure,  vers  l’inter¬ 
ligne  sacro-coccygien,  qu’il  dépasse  un  peu  à  droite  (voir  figure). 

Seetion  de  quelques  fibres  du  grand  fessier  et  du  muscle  ischio- 
-coecygien.  Au-dessous,  on  aperçoit  le  releveur  de  l’anus,  qu’on 
incise  dans  le  même  sens  que  la  peau.  En  allant  vers  la  droite,  on 
atteint  l’articulation  sacro-coccygienne,  qu’on  ouvre  pour  rabattre 
le  coccyx  en  bas  avec  les  parties  molles.  On  dépasse,  à  droite,  le 
plan  osseux  de  2  à  3  centimètres.  Hémostase  facile  de  la  sacrée 
moyenne  et  des  sacrées  latérales. 

L’aponévrose  périnéale  profonde  est  pincée  et  incisée. 

En  dilaeérant  alors  le  tissu  cellulaire  lâche  de  la  région,  on 
isole  aisément  le  rectum,  qui  est  très  mobilisable,  et  qu’une  valve 
réclinera  à  droite  (on  peut,  naturellement,  faire  l’incision  coccy- 
périnéale  à  droite  si  la  lésion  est  du  côté  droit,  et  récliner  le 
rectum  à  gauche). 

Le  rectum  écarté,  on  aperçoit  bien,  chez  l’homme,  la  prostate, 
les  vésicules  séminales,  l’extrémité  des  déférents,  la  face  posté¬ 
rieure  de  la  vessie,  etc.  ;  chez  la  femme,  l’extrémité  supérieure  du 
vagin,  le  Douglas  et,  en  avant  de  lui,  la  face  postérieure  de 
l’isthme  utérin. 

L’opération  terminée,  on  replace  le  volet  et  on  suture  le  coccyx 
au  sacrum. 

Cette  voie  d’accès  nous  a  permis  les  interventions  suivantes  : 

1°  Ablation,  en  un  seul  temps,  des  deux  vésicules  séminales  et 
de  longues  portions  de  déférents  bacillaires; 


456 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


2°  Curettage  de  foyers  bacillaires  de  la  prostate  ; 

3°  Une  anastomose  recto-sigmoïde  ; 

4°  Ouverture  d’abcès  pelviens  se  drainant  mal  par  ailleurs  ; 

5°  Voie  de  relais  pour  l’abaissement  du  côlon  au  périnée  dans 
une  résection  étendue. 

Cette  énumération  suffît  à  montrer  les  avantages  qu’on  peut 
attendre  de  la  voie  d’accès  coccy-périnéale.  L’observation  qui  va 
suivre  ne  sera  pas  moins  démonstrative. 

Je  voudrais,  à  propos  de  cette  observation’  éviter  une  confu¬ 
sion.  M.  Cunéo  a  décrit,  en  1908,  une  belle  technique  d’ablation 
des  cancers  rectaux  ampullaires,  par  une  voie  que  l’on  nomme 
souvent  aujourd’hui  coccy-périnéale.  Dans  l’article  du  Journal  de 
Chirurgie  qu’a  écrit  M.  Cunéo,  je  n’ai  jamais  vu  pareille  dési¬ 
gnation;  c’est,  jé  crois,  M.  Desmarest  qui,  en  1918,  a  baptisé 
ainsi  la  voie  d'accès  de  M.  Cunéo.  Il  serait  ridicule  de  chicaner 
M.  Desmarest  pour  une  question  de  mots.  Et  celte  remarque  a 
simplement  pour  but  de  montrer  que  nous  désignons  sous  un 
même  nom  des  choses  fort  dissemblables. 

Pour  en  revenir  à  mon  observation  récente,  je  dirai  tout  d’abord 
que  la  voie  coccy-périnéale  m’a  permis  d’aborder  le  kyste  rétro- 
vésical  avec  une  grande  facilité  et  de  la  façon  la  plus  directe  (car 
ce  kyste  bombait  plutôt  en  arrière  qu’en  avant),  et  qu’elle  a  sûre¬ 
ment  été  un  élément  précieux  de  guérison. 

M.  Tuffîer,  dans  son  travail  présenté  au  Congrès  de  chirurgie 
de  1891,  déclarait  préférer  la  voie  hypogastrique.  Je  crois  bien 
qu’il  y  eût  renoncé  chez  mon  malade.  C’est  une  question  d’espèce  : 
l’incision  doit  porter  au  point  où  le  kyste  fait  le  plus  fortement 
saillie.  Et  j’ajoute  qu’en  cas  de  drainage  nécessaire  la  voie  posté¬ 
rieure  a  l’avantage  d'être  déclinée.  Mais  je  reconnais  que  ce  qui 
m’a  déterminé  surtout  à  choisir  la  voie  d’accès  coccy-périnéale-, 
c’est  l’expérience  préalable  que  j’avais  de  cette  voie.  Aussi  n’hési¬ 
terai-je  pas  à  affirmer  que,  si  elle  était  plus  connue  des  chirur¬ 
giens,  les  occasions  de  l’employer  ne  seraient  probablement  pas 
rares. 

Les  kystes  hydatiques  rétro-vésicaux  siègent  non  pas  dans  la 
paroi  vésicale  (Legrand),  mais,  comme  l’écrit  M.  Tuffier,  dans  le 
tissu  cellulaire  situé  entre  les  vésicules  et  le  rectum  (aponévrose 
proslato-péritonéale).  C’était  déjà  l’avis  de  Charcot  (1852)  et  de 
Duplay,  qui  n’ont  d'ailleurs  pas  donné  les'raisons  de  celte  locali¬ 
sation. 

Comme  dans  piresque  toutes  les  autres  observations,  les  troubles 
rectaux  ont  été  légers  chez  mon  malade,  tandis  que  la  miction 
était  fortement  troublée.  Ces  signes,  joints  à  la  perception  d’une 


SÉANCE  1)U  14  MARS 


457 


Position,  points  de  repère  et  tracé,  pour  l’incision  cocey-périnéale. 
(  ’ownal  île  Chirurgie.) 


tumeur  et  aux  commémoratifs,  ont  permis  un  diagnostic  immédiat. 

La  ponction  par  le  rectum  ou  l’abdomen  paraissant  dangereuse 
et  insuffisante,  je  décidai,  sur  le  conseil  de  mon  maître  et  ami 
M.  Escat,  d’intervenir. 


Observation.  —  A...,  trente-trois  ans,  a  eu,  en  juin  et  juillet  1919, 
des  crises  de  jaunisse  dont  il  ne  peut  préciser  exactement  les  carac¬ 


tères  (il  s’agit  probablement  d’un  kyste  hépatique  rompu).  En  1919, 
il  vientme  montrer  une  volumineuse  tumeur  de  la  fosse  iliaque  droite. 
Je  l’opère  en  octobre,  et  trouve  deux  gros  kystes  bydatiques  périto¬ 
néaux,  faciles  à  enlever  par  simple  ligature  de  leur  insertion  épiploïque . 
Mais  il  y  a  un  semis  suspect  sur  le  péritoine.  Je  le  frotte  énergique¬ 
ment  à  l’éther.  Suivant  l’exemple  de  Lafourcade,  je  fis  faire  par  la 
suite  deux  séries  de  néo-salvarsan. 

Près  de  trois  ans  plus  tard,  en  avril  1922,  la  miction  devient  difficile. 
Au  début  de  juin,  on  est  obligé  de  sonder  le  malade  à  plusieurs  reprises  ; 
puis  une  amélioration  survient,  mais  intermittente.  Au  toucher  rectal, 
on  sent  une  grosse  masse  rénilente,  régulière,  bombant  sur  la  face 
antérieure  du  rectum  et  rétrécissant  fortement  le  calibre  du  conduit. 


458 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


On  perçoit  également  la  masse  en  avant,  mais  d’une  façon  moins  pré¬ 
cise.  Elle  est  légèrement  déjetée  â  droite.  Son  volume  paraît  être  celui 
d’une  tête  d’enfant  de  dix  ans.  En  raison  des  antécédents,  le  diagnostic 
de  kyste  hydatique  s’impose. 

Opération  le  5  juillet  1922,  en  présence  des  docteurs  Escat,  Dor, 
MaRTIN-LaVAL. 

Le  malade  est  purgé  et  constipé.  Rachi-anesthésie  (parfaite).  Incision 
coccy-périnéale  gauche.  Le  rectum  étant  dégagé,  on  s'aperçoit  qu’il  est 
rejeté  vers  la  gauche  par  le  kyste  (il  eût  été  préférable  de  faire  l’opé¬ 
ration  à  droite).  Mais  il  suffit  de  prolonger  un  peu  l’incision  vers 
l’ischion  droit.  On  récline  le  rectum  à  gauche,  et  on  découvre  large¬ 
ment  la  tumeur.  Quand  elle  apparaît,  sur  un  espace  égal  à  une  paume 
de  main,  on  la  ponctionne  et  la  formolise.  Après  quoi,  elle  est  incisée, 
-ce  qui  permet  d’extraire  d’un  seul  bloc  la  vésicule-mère  tout  entière. 
Suture  sans  drainage  de  la  poche.  Reconstitution  des  plans,  avec  petit 
drain  dans  le  tissu  cellulaire. 

Aucun  shock.  Les  jours  suivants,  on  constate  un  suintement  séreux 
assez  abondant. 

Le  malade  quitte  la  maison  de  santé  le  13  août,  sans  aucun  trouble 
urinaire. 

Revu  le  13  octobre,  il  a  des  mictions  normales;  rien  au  toucher 
rectal.  Encore  un  léger  suintement. 

Revu,  complètement  guéri,  le  4  janvier  1923.  Quoique  l’incision  ait 
été  bilatérale,  il  n’y  a  eu  aucun  trouble  du  côté  du  sphincter  anal. 

BIBLIOGRAPHIE 

J.  et  P.  Fiolle  at  Zwirx.  1°  La  voie  d’accès  coccy-périnéale.  Lyon  chirur¬ 
gical,  1«  mai  1911  ;  2°  Deux  cas  de  vaso-vésiculectomie  double  pour  tuber¬ 
culose  génitale.  Marseille  médical,  13  octobre  1911. 

J.  et  P.  Fiolle.  La  chirurgie  des  vésicules  séminales.  Monographies  cli 
niques.  Masson,  éditeur,  1912. 

P.  Fiolle.  Thèse,  Montpellier,  1911. 

J.  et  P.  Fiolle.  Les  fibroses  péri-métro-rectales.  Journal  de  Chirurg 
5  mai  1914. 


Cancer  de  la  terminaison  de  l’intestin  grêle 
traité  par  la  radiothérapie  profonde , 
après  anastomose  üéo -sigmoïdienne .  Extirpation 
dans  un  second  temps.  Examen  histologique  détaillé, 
par  M.  A.  GOSSET. 

J’apporte  à  la  Société  de  Chirurgie,  un  document  qui  me  paraît 
des  plus  intéressants  pour  apprécier  l’action  des  rayons  X  sur 
Certaines  tumeurs  abdominales,  dans  le  cas  spécial,  sur  un  cancer 
de  l’intestin  grêle.  C’est  avec  de  tels  documents  que  nous  arrive- 


SÉANCE  DU  14  MARS 


459 


rons  à  formuler  les  indications  respectives  de  la  curiethérapie,  de 
la  radiothérapie  profonde  et  de  l’acte  chirurgical,  et  à  déterminer 
l’aide  que  ces  différentes  méthodes  doivent  se  prêter  dans  la  théra¬ 
peutique  du  cancer. 

Il  s’agit  d’une  malade  de  soixante-quatre  ans,  Mme  C...,  qui 
m’est  amenée  par  notre  confrère,  le  Dr  Pierre-L.  Vidal,  et  qui 
entre  le  15  décembre  1922,  à  la  Maison  de  santé,  pour  des  phéno¬ 
mènes  gastro-intestinaux  :•  contractions  péristaltiques  doulou¬ 
reuses  dans  la  région  sous-ombilicale  de  l’abdomen,  vomissements 
et  menace  d’occlusion. 

Le  début  des  troubles  remonte  au  mois  de  septembre  1922; 
jusqu’à  cette  date,  la  malade  avait  eu  une  santé  à  peu  près  par¬ 
faite. 

Cependant,  en  juin  1922,  elle  avait  souffert  d’un  embarras 
gastrique  fébrile,  digestions  pénibles,  pesanteur  épigastrique  avec 
éructations  gazeuses,  sans  nausées,  ni  vomissements,  mais  avec 
alternatives  de  constipation  et  de  diarrhées  fétides.  Elle  a  présenté, 
en  outre,  une  fièvre  légère,  38°,  38°7,  qui  a  persisté  un  mois  envi¬ 
ron;  un  séjour  à  Châtelguyon  produisit  une  amélioration  qui  se 
maintint  jusqu’à  la  fin  du  mois  d’août. 

Au  début  de  septembre  1922,  la  malade  constate,  pour  la  pre¬ 
mière  fois,  des  contractions  abdominales  «  comme  des  serpents 
qui  se  déplacent-»,  au-dessous  et  autour  de  l’ombilic.  Ces  contrac¬ 
tions  commencent  une  nuit,  elles  sont  accompagnées  de  douleurs 
sourdes,  supportables,  qui  ne  sont  pas  des  coliques  vraies  et  qui 
ne  sont  pas  suivies  de  besoins  de  défécation.  Ces  contractions  ont 
persisté  toute  la  nuit,  et  le  lendemain  surviennent  des  nausées  et 
des  vomissements,  d’abord  alimentaires,  puis  bilieux.  En  même 
temps,  diarrhée  fétide  de  trois  à  quatre  selles  dans  la  journée. 
Les  matières  n’ont  été  ni  sanglantes,  ni  noires. 

La  crise  se  calme  au  bout  de  quarante-huit  heures,  pour  se  repro¬ 
duire  trois  jours  plus  tard  avec  les  mêmes  caractères.  Le  ventre 
est  un  peu  ballonné,  sensible. 

Des  crises  semblables  se  répètent  tous  les  huit  à  dix  jours,  avec 
un  léger  mouvement  fébrile  :  37°8. 

Au  commencement  d’octobre  1922,  Mmo  C...  consulte;  on 
lui  conseille  le  repos  et  un  régime.  Elle  n'a  pas  de  crise  pendant 
une  période  de  vingt-cinq  jours,  et  éprouve,  seulement  la  nuit, 
par  intervalles,  des  contractions  abdominales  légères. 

Une  petite  crise,  offrant  les  mêmes  caractères  que  les  précé¬ 
dentes,  a  lieu  vers  la  fin  d’octobre. 

En  novembre,  Mm8  C...  vient  à  Paris  et  est  examinée  aux 
rayons  X  : 


1923. 


460 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Examen  radiologique  pratiqué  le  24  novembre  1922,  par  le  Dr  P.  Li- 
GNAc.  —  «Un  lavement  de  1.200  cent,  cubes  pénètre  facilement  dans- 
l’ampoule  rectale  qu’il  dilate  considérablement.  Après  un  temps  d’arrêt 
pelvien,  le  lavement  pénètre  facilement,  et  sans  autre  temps  d’arrêt, 
jusqu’au  basr-fond  cæcal.  Aucune  diminution  anormale  des  côlons. 
Spasme  du  tiers  supérieur  de  l’ampoule  rectale.  Sensibilité  normale. 
Mobilité  normale. 

«  Le  27  novembre,  second  examen,  quatorze  heures  après  ingestion 
de  bouillie  opaque,  le  ripas  baryté  occupe  l'ensemble  du  gros  intes¬ 
tin  ;  aucune  modification  de  calibre  des  côlons.  Estomac  normal.  La. 
tête  du  repas  ingéré  la  veille  au  soir  occupe  le  côlon  pelvien,  par  consé¬ 
quent  l’arrivée  colique  s’effectue  dans  les  délais  normaux. 

«  Quarante-huit  heures  après-  la  dernière  ingestion,  l’intestin  grêle- 
est  presque  complètement  vide  ;  par  contre,  le  côlon  est  occupé  par  le 
baryum  dans  sa  presque  totalité. 

«  Quatre  jours  après  la  dernière  ingestion,  un  reliquat  baryté  tapisse 
encore  les  parois  ciu  côlon,  surtout  au  niveau.de  l’angle  splénique.  » 

Les  examens  radiographiques  ont  déterminé  trois  crises  de 
plus  en  plus  fortes  :  spasmes  intestinaux  douloureux,  vomisse¬ 
ments  et  diarrhée  de  trois  à  quatre  selles  par  jour.  A  la  suite 
d’une  crise  plus  forte,  au  commencement  de  décembre,  Mme  C... 
vient  me  consulter  : 

En  présence  de  l’amaigrissement  très  marqué,  de  la  faiblesse  de 
plus  en  plus  grande  de  la  malade,  nous  concluons,  avec  le 
Dr  Pierre-L.  Vidal,  qu’il  s’agit  vraisemblablement  d’une  lésion 
néoplasique  du  tractus  intestinal,  avec',  sans  doute,  intégrité  dm 
gros  intestin,  et  qu’une  laparotomie  s’impose. 

Intervention,  le  19  décembre  1922,  par  Gosset,  en  présence  dm 
Dr  Pierre-L.  Vidal;  aides  :  Lœwy  et  Thalheimek ;  anesthésie  à  l’éther  par 
le  Dr  Boureau,  ayant  duré  vingt-trois  minutes. 

Laparotomie  médiane  sous-ombilicale.  On  voit  de  suite  un  néoplasme 
de  la  terminaison  de  l’iléon,  en  ficelle,  et  malheureusement  il  y  a  une 
propagation  lymphatique  très  marquée  dans  le  mésentère  et  quelques^ 
petits  noyaux  sur  le  péritoine  intestinal,  au-dessus  et  au-dessous  de  la 
tumeur,  ce  qui  fait  différer  la  résection  de  la  partie  de  l’intestin  malade. 
On  se  contente,  pour  le  moment,  de  faire  une  anastomose  latérale 
entre  l’iléon  et  1 S  iliaque,  au-dessus  de  la  tumeur  ;  l’intestin  est  dilaté 
au-dessus  de  la  tumeur  et  sa  musculeuse  hypertrophiée. 

Suites  normales. 

Lever,  le  dix-huitième  jour. 

Le  vingt-quatrième  jour,  le  Dr  Ledoux-Lebard  commence  une  séné 
de  séànees  de  radiothérapie  profonde,  et  voici  la  note  qu’il  m’a  remise 
à  ce  sujet  : 

«  Par  deux  portes  d’entrée  antérieures  et  une  postérieure,  on  a 
cherché  à  irradier  le  territoire  de  la  tumeur  et  des  zones  suspectes  de 
voisinage.  Neuf  irradiations,  d’une  durée  totale  de  sept  heures  trente. 


SÉANCE  DU  14 


451 


avec  4  milliampères  et  40  centimètres  d’étincelle  à  une  distance  anti¬ 
cathode-peau  de  3§  centimètres  et  avec  une  fiLtration  sur  1/2  milli¬ 
mètre  de  zinc  doublé  de  2  millimètres  d’aluminium  ont  été  faites.  Les 
portes  d’entrée  employées  étaient  rectangulaires  et  avaient  12  centir 
mètres  de  côté.  » 

Deuxième  intervention,  le  8  février  1923.  Opérateur  :  Gosset.  Aides  : 
Charrier  et  Thalheimer;  anesthésie  à  l’éther  par  le  ûr  Boureau,  d’une 
durée  de  trente-quatre  minutes. 

On  incise  au  niveau  de  la  cicatrice.  La  paroi  est  très  mince.  L’anaslo- 


F ig.  1.  —  Vue  macroscopique  du  serment  intestinal  réséqué. 
L’intestin  est  ouvert  le  long  de  son  bord  libre  et  montre  une  ulcération 
bourgeonnante  transversale. 

A  gauche,  le  mésentère  scléro-Iipom uteux  aTastect  triangulaire. 

mose  se  présente  bien.  L’intestin,  au  niveau  de  sa  partie  malade,  est 
devenu  fibreux,  les  ganglions  du  mésentère  ne  sont  plus  perceptibles. 
On  fait  une  résection  de  la  portion  de  l’iléon  située  au-dessous  de 
l’anastomose. 

Suites  opératoires  simples,  la  malade  guérit  sans  incident. 

L’examen  anatomique  de  la  pièce  a  été  pratiqué  par  mon  chef  de 
laboratoire,  le  Dr  Ivan  Bertrand,  qui  m’a  remis  les  notes  suivantes  : 

«  Examen  macroscopique.  —  Le  segment  d’intestin  grêle  qui  a  été 
réséqué  mesure  9  centimètres  (fïg.  1). 

«  Ouvert  le  long  de  son  bord  libre,  on  constate  l’existence  d'une  obli¬ 
tération  presque  complète  de  la  lumière  intestinale  et  d’une  ulcération 


462 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


circulaire  atteignant  la  totalité  de  la  circonférence  intestinale.  Cette 
ulcération,  à  fond  légèrement  sanieux,  présente  des  bords  indurés  et 
bourgeonnants. 

«  Le  péritoine,  au  niveau  de  la  zone  correspondant  à  l’ulcéralion,  est 
blanchâtre.  Toute  la  paroi  est  infiltrée  et  rigide. 

«  Le  mésentère  réséqué  est  jépais  et  fortement  infiltré  de  lobules 


Fig.  2.  —  Aspect  d'ensemble  de  l'ulcération  et  des  bourgeons  voisins. 

L’ulcération  voisine  cratériforme,  dont  on  ne  voit  qu’un  des  versants,  tra¬ 
verse  les  différents  plans  anatomiques  et  se  trouve  limitée  jar  la  sous- 
séreuse  hypertrophiée  et  infiltrée  de  nodules  lymphoïdes. 

Un  volumineux  abcès  miliaire  est  visible  aux  limites  de  la  musculeuse  et 
de  la  celluleuse  et  s’ouvre  dans  l’ulcération. 


adipeux.  La  palpation  ne  permet  pas  d’y  percevoir  des  nodules  néop’a- 
siques  ou  des  ganglions  hypertrophiés.  „ 

«  Examen  histologique.  —  Divers  fragments  sont  prélevés  au  niveau, 
.de  l’ulcération,  des  bourgeons,  dans  le  mésentère  scléro-lipomateux  et 
sur  l’intestin  d’apparence  normale,  à  la  plus  grande  distance  possible 
de  l’ulcération. 

«  Ces  divers  fragments  Axés  dans  le  Bouin  ont  été  Colorés  selon 
diverses  techniques  :  hématéine-éosine-safran,  hématoxyline  ferrique, 
bleu  polychrome  d’Unna,  mucicarmin. 

«  1°  Elude  de  l’ulcération  et  des  bourgeons  (fig.  2)  : 


CE  DU  14  MARS 


463 


«  ISn  suivant  la  muqueuse  au  voisinage  de  l'ulcération,  on  constate 
qu’elle  subit  une  hypertrophie  considérable  et  présente  brusquement 
une  rupture  de  continuité,  une  interruption  à  pic  :  c’est  un  des  versants 
de  l’ulcération.  Nous  décrirons  les  aspects  histologiques  au  niveau  des 
bourgeons  et  del’ulcérati  on 


elle-même. 

«  a)  Les  bourgeons. 

«  Ils  correspondent  à  un 
développement  considéra¬ 
ble  de  la  muqueuse.  Celle-ci 
a  une  architecture  profon¬ 
dément  bouleversée  et  du 
typenettementuéoplasique. 

Des  diverticules  liberküh- 
niens  s’enchevêtrent  en  tous 
sens,  un  même  diverticule  se 
bifurque  en  de  nombreux 
autres,  des  anastomoses  va¬ 
riées  unissent  les  divers  tu¬ 
bes  glandulaires.  La  coupe 
histologique  les  sectionne 
sous  des  inclinaisons  mul¬ 
tiples,  obliques,  longitudi¬ 
nales  ou  transversales.  Au 
niveau  de  la  lumière  intesti  - 
nale,l’atypie  architecturale 
est  encore  plus  marquée,  de 
nombreux  îlots  épithéliaux 
paraissent  absolument  iso¬ 
lés  de  la  muqueuse  et  perdus 
dans  un  exsudât  muqueux. 

Toute  trace  de  villosité  in¬ 
testinale  a  complètement 
’  disparu  (flg.  3). 

«  Si  l’architecture  de  la 
muqueuse  des  bourgeons  Fl0.  3;  _  Jlypie  arhciteclurale  de  la 
est  d’un  caractère  atypique,  muqueuse  intestinale  au  niveau  des  bourgeons. 
l’étude  cytologique  des  di-  Nombreuses  cellules  caliciformes  et  infil- 
verses  cellules  limitant  les  tration  du  chorion  muqueux, 
diverticules  glandulaires  ne  La  muscularis  mucosæ  intacte  e.‘  visib’e 
montre  rien  d’anormal.  Les  dans  le  bas  du  dessin, 
cellules  à  mucus  calicifor¬ 
mes  sont  en  proportion  plus  considérable  que  normalement  par  rap¬ 
port  aux  cellules  cylindriques  en  plateau,  rares  et  souvent  absentes. 

«  Mais  il  n’existe  aucune  figure  de  karyokinèse  monstrueuse  ou  aty¬ 
pique,  les  éléments  cytologiques  sont  tous  au  repos. 

«.  Le  chorion  muqueux  présente  une  infiltration  abondante  de  cellules 
conjonctives,  mobiles  dans  le  tissu  réticulé:  ce  sont  des  lymphocytes, 


464 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


des  plasmocytes,  des  mono  et  des  polynucléaires.  En  quelques  endroits, 
l’infiltration  du  chorion  est  si  abondante,  qu’elle  aboutit  à  la  formation 
d’un  véritable  abcès  sous-muqueux,  rappelant  histologiquement 
certains  abcès  en  boutons  de  chemise  de  la  dysenterie  amibienne.  Mais 
ici,  l’épithélium  cylindrique  simple  qui  recouvre  ces  abcès  microsco¬ 
piques  est  normal  (flg.  2). 

«  Tout  le  chorion  muqueux,  examiné  après  Une  coloration  au  muci- 
carmin,  ne  présente  aucune  cellule  à  mucus  erratique,  pouvant  indiquer 
un  envahissement  néoplasique. 

c  La.rwisciila.ris  nuicosæestcontinue  ^anstoute  l’ëlei  due  desbourgeons 


Fig.  4.  —  Paroi  d'un  abcès  de  la  musculeuse. 


Dans  une  trame  conjonctive  en  dégénérescence  fibrinoide,  on  reconnaît 
quelques  vaisseaux  et  de  nombreux  polynucléaires,  plasmocytes  et  mononu¬ 
cléaires. 

Aucune  néo-production  de  mucus. 

examinés.  Au  niveau  de  l’ulcération,  elle  est  interrompue  brusquement. 
Elle  n’est  nulle  part  dissociée  par  des  trabécules  néoplasiques  atypiques 
ou  non. 

«  La  celluleuse  immédiatement  sous-jacente  aux  bourgeons  épithéliaux 
est  épaissie,  infiltrée  d’œdème  et  de  nombreux  éléments  conjonctivo- 
"  vasculaires  en  voie  de  métaplasie  (flg.  5). 

«  Au  voisinage  de  l’uleéralion,  la  celluleuse  contient  des  polynu¬ 
cléaires  fort  nombreux  en  pleine  dégénérescence  granulo-graisseuse  : 
des  abcès  microscopiques  se  constituent.  On  assiste  à  des  aspects  de 


SÉANCE  DD  14 


465 


phagocytose,  de  macrophagie  indéniable,  mais  si  quelques  uns  des 
éléments  cellulaires  inclus  dans  la  celluleuse  ont  eu  une  origine 
épithéliale  et  ont  envahi  la  sous-muqoeuse  au  cours  du  développement 
-du  néoplasme,  on  ne  peut  constater  actuellement  trace  d’aspect  épithé¬ 
lial,  le  mucicarmin  ne  révèle  aucune  cellule  à  mucus.  Il  s’est  produit 
selon  toute  vraisemblance  une  régression,  une  involutlon  complète  des 
-cellules  épithéliales.  C’est  à  peine  si,  en  de  très  rares  points,  un  noyau 
un  peu  volumineux,  un  protoplasme  un  peu  abondant,  atlire  l'attention, 


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Fig.  5.  —  Infiltration  inflammatoire  de  la  celluleuse. 
Nombreux  plasmocytes,  mononucléaires  et  fibroblastes  en  métaplasie. 


■et  encore  ne  s’agit-il  souvent  que  d’un  élément  mésodermique  en  voie 
de  cytolyse  ou  d’hyperplasie. 

«  La  musculeuse  avec  ses  divers  plans  est  fortement  dissociée  par  de 
nombreux  éléments  lympho-conjonctifs  analogues  aux  précédents. 
Dans  le  voisinage  de  l’ulcération,  elle  est  également  infîtrée  d’abcès 
miliaires  visibles  même  à  l’œil  nu  (fîg.  4). 

«  La  sous-séreuse  est  un  des  plans  anatomiques  les  plus  hypertrophiés 
de  la  paroi  intestinale  ;  son  épaisseur  est  au  moins  égale  au  reste  de  la 
paroi.  La  totalité  de  la  sous-séreusè  contient  de  nombreux  amas  péri¬ 
vasculaires  du  type  embyonnaire,  véritables  centres  lymphoïdes  de 
néoformation  qui  fournissent  en  grand  nombre  des  leucocytes  de  toutes 
sortes:  lympho,  mono  et  plasmocytes  (fig.  6). 

«  La  plupart  des  vaisseaux  de  la  sous-séreuse  présentent  une  margi- 
«ation  des  polynucléaires,  avec  diapédèse  active  de  ces  mêmes  éléments. 


466 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


«  Les  lobules  graisseux  sont  abondants  et  volumineux;  mais  beau¬ 
coup  montrent  une  métaplasie  régressive  et  revenus  à  l’état  embryon¬ 
naire  contribuent  à  la  néoformation  d’éléments  conjonctifs  mobiles. 

«  Cette  hypertrophie  avecinfiltration  Iympho-conjonctive  de  la  tunique 
sous-séreuse  explique  la  sensation  de  rigidité  que  donnait  la  paroi,  et 
l’aspect  opalescent  que  présentait  par  places  le  péritoine  viscéral. 

«  6)  L’ulcération  : 

«  Elle  est  profonde,  dépasse  par  endroits  la  moitié  de  l’épaisseur  do 
la  paroi.  Muqueuse,  celluleuse,  musculeuse  sont  complètement  inter- 


Fig.  6.  —  Centre  lymphoïde  néo formé  de  la  sous-séreuse 

Nombreux  vaisseaux  inclus  dans  le  noyau  lymphoïde,  à  la  périphérie  du 
nodule  lymphoïde,  nombreux  mononucléaires. 

rompues  par  l'ulcération  dont  le  fond  même  est  constitué  par  la  sous- 
séreuse  en  hypertrophie  considérable. 

<>  Le  fond  de  l’ulcération  examiné  à  un  fort  grossissement  ne  révèle 
l’existence  d’aucun  élément  épithélial  reconnaissable.  Ce  sont  les  mêmes 
aspects  embryonnaires  avec  phagocytose,  diapédèse  et  infiltration 
lympho-vascu'aire  que  ceux  signalés  dansjes  autres  points  de  la  paroi. 
En  divers  points  de  l’ulcération,  notamment  sur  ses  versants,  des 
abcès  microscopiques  s’ouvrent  dans  le  cratère  ulcéré.  Le  mucicarmiu 
ne  révèle  en  aucun  point  de  néo-production  de  mucus  par  des  éléments 
épithéliaux  aberrants. 

«  2°  Etude  du  mésentère  : 

«  Nous  n’avons  pas  retrouvé  de  formations  lympho-ganglionnaires 
quelconques.  Il  n’existe  aucune  lésion  inflammatoire,  aucune  lym¬ 
phangite. 


séance: du  14 


467 


«  Seule  l’infiltration  graisseuse  parait  plus  abondante  que  normale¬ 
ment  et  les  travées  conjonctivo-vasculaires  légèrement  épaissies. 

«  3°  Etude  de  l’inlestin  à  distance  de  l’ulcération  : 

«  Il  était  intéressant  de  connaître  l’état  de  la  muqueuse  intestinale 
normale  après  le  traitement  intense  de  radiothérapie  profonde  subi 
par  la  malade.  On  sait  qu’expérimentalement  on  arrive  à  produire 
d’énormes  lésions  intestinales  pouvant  aboutir  à  la  perforation. 

«  L’épithélium  cylindrique  de  revêtement  est  conservé  sauf  en  de 
minuscules  points  où  il  s’aplatit  et  s’exfolie,  mais  ces  points  sont  fort 
peu  nombreux.  Dans  l’ensemble,  la  proportion  de  cellules  muqueuses 
est  plus  considérable  que  normalement.  Tout  le  chorion  muqueux  est 
fortement  congestionné,  revêtant  par  endroits  un  véritable  aspect 
d’infarctus;  il  faut  tenir  compte  dans  une  certaine  mesure,  à  propos 
de  ces  troubles  circulatoires,  de  l’intervention  opératoire  elle-même. 
Nettement  pathologique  au  contraire,  doit  être  considérée  l’infiltration 
à  polynucléaires  basophiles  et  surtout  éosinophiles  dans  le  chorion, 
jusqu’au  contact  même  de  la  muscularis  mucosæ. 

«  Tous  les  autres  plans  de  la  paroi  intestinale  sont  normaux. 

«  En  résumé,  l’atypie  architecturale,  la  disparition  des  villosités  au 
niveau  des  bourgeons  indique  l’origine  néoplasique  de  la  lésion.  Mais 
l’ulcération  et  les  divers  plans  anatomiques  ne  contiennent  aucun  élé¬ 
ment  cellulaire  dont  on  puisse  affirmer  l’origine  épithéliale. 

«  S’il  est  difficile  de  parler  de  guérison  complète,  en  présence  des 
nombreuses  lésions  dégénératives  et  infectieuses  banales  qui  persistent  j 
on  peut  affirmer  la  disparition  de  tout  élément  épithéliomateux  et  dans 
ce  sens  restreint  la  guérison  du  cancer  intestinal.  » 

En  somme,  voici  un  cas  de  néoplasme  du  grêle  dans  lequel  les 
propagations  lymphatiques  dans  le  mésentère  et  quelques  petits 
noyaux  sous-péritonéaux  faisaient  craindre  de  ne  pas  pouvoir 
pratiquer  une  exérèse  assez  large.  On  a  alors  décidé  de  pratiquer 
une  anastomose,  puis  de  faire  de  la  radiothérapie  profonde,  ce 
qui,  dans  ce  cas  spécial,  était  facilité  par  la  très  grande  minceur 
de  la  paroi  abdominale  et  par  la  fixité  relative  sous  celte  paroi  de 
la  lésion  néoplasique,  et  enfin  de  terminer,  après  cette  radiothé¬ 
rapie  profonde,  par  l’exérèse  de  la  tumeur.  Les  constatations 
histologiques  sont  particulièrement  intéressantes,  puisqu’elles 
permettent  à  mon  chef  de  laboratoire  d’anatomie  pathologique, 
Ivan  Bertrand,  d’écrire  qu’  «  on  peut  affirmer  la  disparition  de  tout 
élément  épithéliomateux  ». 

Aurait-on  pu  éviter  l’opération  et  se  contenter  de  la  radiothé¬ 
rapie?  Je  ne  l’ai  pas  pensé,  et  j’estime  au  contraire  que  la  radio¬ 
thérapie  pratiquée  avant  l’entéro-anastomose  aurait  eu  bien  des 
chances,  par  le  travail  cicatriciel  provoqué,  d’amener  une  sténose 
du  grêle.  La  malade  était  en  menace  d’occlusion,  et  les  examens  avec 
la  bouillie  barytée  avaient  failli  provoquer  une  occlusion  complète. 


468 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Chez  notre  opérée,  la  rétraction  cicatricielle  que  les  rayons  X 
déterminent  n’aurait  pas  permis  le  cours  des  matières  de 
-continuer.  11  fallait  donc  dériver  d’abord,  soumettre  ensuite  la 
tumeur  à  l’influence  des  rayons  et  pratiquer  l’ablation  en  dernier 
lieu. 

Ce  cas  est  donc  tout  à  fait  typique  :  il  montre  les  avantages 
qu’il  peut  y  avoir  à  associer  la  radiolhérapie  et  l'acte  chirurgical 
dans  certains  cas  de  néoplasme  du  tractas  intestinal. 

M.  Baudet.  —  Je  demande  à  M.  Gosset  si,  au  cours  de  sa 
première  intervention,  il  a  fait  un  prélèvement  sur  la  tumeur  de 
l’intestin  ou  sur  les  ganglions  du  mésentère?  On  comprend  toute 
l’importance  de  cette  question. 

M.  Tuffier.  —  Il  y  a  dans  cette  observation  un  autre  fait  qui 
m’intéresse  :  j’ai  vu  bien  souvent,  dans  les  ablations  en  deux  temps 
réparés  par  quelques  semaines  des  tumeurs  de  l'estomac  et  de  l’in¬ 
testin,  un  inconvénient  grave  :  c’est  l’extension  considérable  des 
lésions  après  la  première  intervention  ;  une  tumeur  encore  extir¬ 
pable  lors  de  la  première  laparotomie  dans  le  premier  temps 
-opératoire  devenait,  un  mois  ou  six  semaines  après,  absolument 
inopérable  par  extension  et  adhérences  du  néoplasme.  Il  n’y  a  rien 
d’étonnant  ;  les  manœuvres  nécessitées  pour  explorer  la  tumeur  et 
pour  chercher  ses  limites  exactes  et  ses  adhérents  sont  des 
facteurs  puissants  d’essaimage  des  éléments  cancéreux.  Or,  dans 
l’observation  qui  nous  est  présentée,  non  seulement  les  lésions  ne 
se  sont  pas  aggravées,  mais  les  radiations  profondes  les  ont  fait 
rétrocéder  :  c’est  un  double  succès  à  retenir. 

M.  L.  Gernez.  —  Je  demanderai  à  M.  Gosset  s’il  a  observé 
durant  ou  après  les  séances  de  radiothérapie  pénétrante  des  phé¬ 
nomènes  particuliers  du  «  mal  des  rayons  »;  car  on  n’a  guère 
publié  de  cas  où  cette  thérapeutique  ait  été  appliquée  dans  le 
cancer  du  grêle,  après  dérivation.  Cette  malade  était  en  état  de 
subocclusion, -et  il  semble  qu’elle  ait  parfaitement  supporté  les 
rayons. 

M.  Cu.  Dujarter.  —  J’ai  observé  récemment  un  cas  analogue  à 
ceux  de  M.  Tuffîer.  J'ai  opéré  une  femme  en  état  d’occlusion  qui 
présentait  un  cancer  en  licelle  de  'PS  iliaque.  La  tumeur  était 
•facilement  extériorisable.  J'ai  pratiqué  une  anastomose'  latéro- 
lalérale.  La  malade  a  guéri;  un  mois  après  j’ai  réopéré  cette 
malade  :  j’ai  Irouvé  une  tumeur  augmentée  de  volume  adhérente 
A  la  face  antérieure  du  sacrum  avec  des  ganglions  dans  le  méso- 


SÉANCE  DU  14  MARS 


469 


J’ai  reculé  devant  l'intertention  et  je  vais  faire  de  la  radiothérapie 
profonde.  J’avoue  qu’il  aurait  mieux  valu  la  faire  avant  la  seconde 
opération. 

M.  F.-M.  Cadenat.  —  A  une  précédente  séance,  M.  Duval  a 
bien  voulu  faire  un  rapporteur  deux  malades  que  j’avais  opérés 
pour  bacilloses  caecales  et  qui  présentaient,  en  réalité,  des  cancers 
de  l’intestin.  Chez  l’un  d’eux,  on  avait  cru  à  un  ostéo-sarcome 
du  bassin,  c’est  vous  dire  la  fixité  de  la  tumeur;  or,  quelques 
semaines  (on  en  trouverait  le  chiffre  exact  dans  les  Bulletins) 
après  une  simple  anastomose  de  dérivation,  la  tumeur  devint 
assez  mobile  pour  être  enlevée  avec  succès.  Des  cas  de  ce  genre 
vont  à  l’encontre  des  remarques  de  MM.  Tuffier  et  Dujarier. 

M.  P.  Hallopeau.  —  11  me  semble  que  les  différences  signalées 
u  point  de  vue  des  possibilités  opératoires  après  radiothérapie 
profonde  tiennent  à  la  durée  du  temps  écoulé  entré  les  séances 
de  radiothérapie  et  l’intervention  qui  la  suit.  M.  Tuffier  a  opéré 
au  bout  de  moins  d’un  mois  ;  Cadenat  nous  parle  de  six  semaines. 
Il  ne  faut  pas  oublier  que  lorsque  la  radiothérapie  détermine  une 
régression  de  tumeur  intra-abdominale,  la  période  d’élimination 
s’accompagne  d’une  véritable  crise  de  tout  l’organisme  où  la 
masse  peut  paraître  gonflée  et  augmentée  de  volume  avant  de 
subir  la  fonte  que  l'on  observe  plus  tard.  Et  dette  période  de  crise 
ne  survient  guère  avant  la  troisième  semaine  après  l’irradiation. 
"Si  donc  on  opère  trop  tôt,  on  risque  d’opérer  à  un  mauvais 
moment,  lorsque  les  tissus  seront  à  la  fois  infiltrés  et  fragiles  et 
de  ne  pas  profiter  de  la  régression  qui  surviendrait  plus  tard.  Je 
crois  que  c’est  plus  d’un  mois,  six  semaines  au  moins  qu’il  faut 
attendre,  et  que  c’est  alors  que  la  chirurgie  opératoire  profitera 
au  mieux  de  l’irradiation  faite  sur  une  tumeur  intra-abdominale. 

M.  Tufeier.  —  Nous  savons  tous  qu’une  dérivation  des  matières 
intestinales  est  susceptible  d’améliorer  le  volume  et  l’état  doulou¬ 
reux  par  rétension  ou  infection  d’une  tumeur  sous-jacente,  mais 
sans  agir  sur  l’élément  cancéreux.  11  en  est  fout  autrement  dans 
le  cas  qui  nous  est  signalé,  et  les  transformations  avec  examen 
diistologique  ne  peuvent  pas  être  dues  à  la  simple  anastomose. 


470 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Présentations  de  malades. 

Un  cas  de  luxation 

récente  et  irréductible  de  l'articulation  astragalo-scaphoïdienne 
traitée  et  guérie  par  réduction  saJiglante, 
par  M.  P.  WIART. 


Le  rapport  de  Mouchet  sur  un  cas  de  luxation  scapho-cunéenne 
communiqué  par  M.  Courty  m’a  donné  l’idée  de  vous  apporter  une 


observation  de  luxation  du  pied  pour  le  moins  aussi  rare,  une 
luxation  astragalo-scaphoïdienne . 

M,lB  W...,  vingt-six  ans,  en  descendant  d’un  [tramway  en  marche,  ie 
2a  mars  1922,  se  tord  violemment  le  pied  droit  et  tombe.  Elle  est  trans¬ 
portée  à  Lariboisière,  où  je  la  vois  le  lendemain. 

Le  pied  droit,  très  augmenté  de  volume,  est  en  varus  prononcé  et  en 
léger  équinisme.  On  perçoit  aisément,  sur  son  bord  interne,  une  forte 
saillie  constituée  par  le  scaphoïde  et,  en  arrière  de  lui,  une  profonde 
dépression  ;  la  distance  qui  sépare  le  tubercule  du  scaphoïde  de  la  mal- 


SÉANCE  DU  14  MARS 


471 


1  éole  tibiale  est  moindre  que  du  côté  sain.  Les  mouvements,  dans  la 
tibio-tarsienne,  sont  limités  mais  possibles  ;  ils  sont  absolument 
impossibles  dans  la  sous-astragalienne. 

La  radiographie  monlre  une  luxation  incomplète  de  l’articulation 
astragalo-scaphoïdienne  ;  le  scaphoïde  s’est  déplacé  en  dedans  et  un  peu 
en  haut.  Les  surfaces  articulaires  de  l’astragale  et  du  scaphoïde  ne  sont 
plus  au  contact,  mais  le  pourtour  externe  de  la  fosse  naviculaire  du 
scaphoïde  repose  sur  la  portion  laplussaillante  de  la  tête  de  l’astragale. 
Le  scaphoïde  et  le  cuboïde  sont  séparés  par  un  espace  appréciable,  ce 
qui,  à  première  vue,  paraît  anormal;  mais  il  ne  faut  pas  oublier  que  si 
le  contact  des  deux  os  —  et  leur  articulation  —  est  la  disposition  la  plus 
fréquente,  ce  n’est  pas  une  disposition  constante.  Les  autres  articula¬ 
tions  du  pied,  ainsi  que  le  squelette  de  celui-ci,  paraissent  indemnes. 

Une  tentative  de  réduction  sous  anesthésie  rachidienne  reste  sans 
succès  et  je  décide  d’essayer  la  réduction  sanglante. 

L'opération  est  pratiquée  sept  jours  après  l’accident.  Incision  oblique 
en  bas  et  en  dedans,  parallèle  au  tendon  du  jambier  antérieur  à 
1  centimètre  en  dehors  de  lui.  Ce  tendon  une  fois  récliné  en  dedans, 
en  se  guidant  sur  la  saillie  du  scaphoïde,  on  ouvre  l’articulation  astra¬ 
galo-scaphoïdienne  et  l’on  trouve  les  os  dans  la  disposition  figurée  sur 
les  calques  fidèles  des  radiographies.  L’irréductibilité  semble  avoir  pour 
cause  l’interposition  de  trousseaux  fibreux  dépendant  des  ligaments 
dorsaux;  après  ablation  assez  malaisée  de  ces  trousseaux,  la  réduction 
s’obtient  facilement  et  le  déplacement  n’a  aucune  tendance  à  se  repro¬ 
duire.  Suture  des  tissus  fibreux  dorsaux  au  catgut  et  de  la  peau  au  crin. 
Immobilisation  dans  un  appareil  plâtré  durant  vingt  jours,  puis  mobi¬ 
lisation,  massage  et  premiers  essais  de  marche. 

Lamaiade,  revue  deux  mois  après  sa  sortie  de  l’hôpital,  marche  bien 
sans  boiter,  mais  dit  ressentir  encore  quelques  douleurs.  Le  pied  a 
repris  sa  forme  et  son  volume  normal;  l’attitude  durant  la  station 
verticale  et  la  marche  est  tout  à  fait  correcte. 


Un  cas  de  grossesse  après  extirpation, 
de  la  trompe  d'un  côté  et  de  l'ovaire  de  l'autre  côté , 
par  M.  CH.  Dl'JARlER. 

La  malade  que  je  vous  présente  avec  son  bébé  a  été  opérée  par 
moi  le  10  novembre  1920.  Je  lui  ai  extirpé,  à  gauche,  un  hémato- 
salpinx,  gros  comme  une  prune  et  ai  conservé  l’ovaire  du  même 
côté.  A  droite,  l’ovaire  est  kystique,  du  volume  d’un  œuf  de  pigeon, 
il  est  enlevé  sans  toucher  à  la  trompe  qui  est  saine.  Deux  ans 
après,  cette  femme  a  accouché  d’une  fille. 

Les  faits  de  ce  genre  ne  sont  pas  fréquents,  et  ils  doivent  nous 
encourager  à  pratiquer  sur  les  annexes  des  femmes  jeunes,  des 
opérations  conservatrices. 


472 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Ulcère  variqueux  traité  suivant  la  méthode  d'Alglave 
il  ij  a  dix  ans.  Guérison  parfaite, 

par  M.  ALGLAVE. 

J’ai  l’honneur  de  vous  présenter  une  malade  âgée  de  trente- 
cinq  ans-  traitée  et  opérée  suivant  ma  méthode,  il  y  a  dix  ans, 
pour  un  ulcère  variqueux  datant  de  trois  ans  et  chez  laquelle  vous 
pouvez  constater  une  guérison  parfaite  qui  s’est  maintenue  depuis 
l’époque  de  mon  intervention. 

Cette  malade  est  venue  tout  récemment  réclamer  un  traitement 
pour  une  difformité  d’un  orteil,  et  son  passage  dans  mon  service 
m’a  donné  l’idée  dé  vous  montrer  le  résultat  de  l'intervention 
faite  il  y  a  dix  ans  pour  l’ulcère  dont  elle  était  atteinte  à  cette 
époque. 

Elle  avait  alors  vingt-cinq  ans,  et  elle  présentait  dans  la  région 
malléolaire  interne,  à  droite,  un  ulcère  apparu  trois  ans  aupa¬ 
ravant.  II  était  assez  douloureux  pour  la  mettre  dans  l’impossi¬ 
bilité  de  vaquer  à  ses  occupations.  Cet  ulcère  était  apparu  sur  des 
varices  superficielles  du  domaine  de  la  saphène  interne,  varices- 
survenues  à  l’âge  de  dix-huit  ans  à  l’occasion,  d’une  première 
grossesse. 

Les  varices  avaient  persisté  après  la  grossesse  et  elles  s’étaient 
compliquées  successivement  de  phlébite  et  d’ulcère.  Cet  ulcère, 
haut  et  large  de  plusieurs  centimètres,  fut  traité  par  la  méthode 
que  j’ai  inaugurée  il  y  a  plus  de  vingt  ans  et  que  j’ai  fait  connaître 
ailleurs  comme  ici.  Elle  consiste  essentiellement  en  la  résection 
aussi  complète  que  possible  du  tronc  et  des  branches  de  la  saphène 
dans  le  domaine  de  laquelle  l’ulcère  est  apparu  et  surtout  de  la 
veine  malade  sur  laquelle  l’ulcère  s’est  constitué.  La  guérison  a 
été  obtenue  assez  rapidement  et  elle  s’cst  maintenue  jusqu’à  ce 
jour,  où  vous  pouvez  juger  du  parfait  état  du  membre  qui  était 
atteint.  Vous  voyez  la  bonne  cicatrice  qui  correspond  au  territoire- 
occupé  autrefois  par  l’ulcère. 


SÉANCE  DU  14 


Présentation  d’appareil. 

Appareils  compresseurs  de  gibbosité  pottique, 
par  M.  VICTOR  VEAU. 

J’ai  l’honneur  de  vous  présenler  un  appareil  que  le  Dr  Guil- 
lemin,  médecin  de  l’hôpital  des  Frères  Saint-Jean-de-Dieu,  a  ima¬ 
giné  et  utilise  depuis  plus  de  dix  ans.  La  figure  ci-jointe  montre 


Appareil  du  Dr  Guillemin  pour  la  compression  de  gibbosité  pottique. 

que  cet  appareil  prend  point  d’appui  sur  le  plâtre.  La  vis  B  permet 
de  régler  la  compression.  L’avantage  de  cet  appareil  est  d’exercer 
une  pression  méthodique  qu’on  peut  varier  suivant  les  cas. 

Il  faut  avoir  soin  de  renforcer  le  plâtre  sur  les  bords  de  la 
brèche  où  l’appareil  prend  point  d’appui. 

L’appareil,  très  simple,  est  construit  dans  l’atelier  de  serrurerie 
de  l’hôpital. 


Le  Secrétaire  annuel, 
U.  Ombrédanne. 


Paris.  —  L.  Mi 


t,  imprir 


Cassette. 


SÉANCE  DU  2  I  MARS  1923 


Présidence  de  M.  Mauclaire. 


Procès-verbal. 


mi 


La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  mise 
aux  voix  et  adoptée. 


Correspondance. 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  périodiques  de  la  semaine. 
2°.  —  Des  lettres  de  MM.  Jacob,  Chevrier,  Labey,  Roux-Berger 
et  Schwartz  s’excusant  de  ne  pouvoir  assister  à  la  séance. 


A  propos  de  la  correspondance. 

1°.  —  M.  Walther  envoie  à  la  Société  de  Chirurgie  une  Notice 
sur  Charles  Monod  publiée  dans  le  Bulletin  de  l'Association  ami¬ 
cale  des  internes  et  anciens  internes  des  hôpitaux. 

M.  le  Président  remercie  M.  Walther  de  son  envoi. 

2°.  —  M.  Jalaguier  dépose  deux  observations  de  M.  le  Dr  Brisset 
(de  Saint-Lô),  intitulées  :  Décapitation  de  l'humérus  av>c  luxation 
intracoracoïdienne  de  la  diaphi/se.  —  Occlusion  pour  calcul  biliaire 
chez  une  femme  de  soixante-dix  ans. 

M.  Hallopeau,  rapporteur. 


M.  le  Président  annonce  que  Mme  veuve  Chupin,  décédée  le 
8  février  1923,  a  fait  à  la  Société  nationale  de  Chirurgie,  en 
mémoire  de  son  mari,  le  Dr  Chupin,  médecin  principal  de  lre  classe, 
membre  de  la  Société  de  Chirurgie  (1897),  un  don  de  10.000  francs 
pour  la  fondation  d’un  prix  qui  sera  distribué  tous  les  deux  ans, 

BOI.L.  ST  >1ÉM.  DE  LA  SOC.  DS  CHIR.,  1923.  —  N» -H.  34 


476 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


et  sans  partage,  au  meilleur  mémoire  inédit  ou  imprimé  de  Patho¬ 
logie  chirurgicale  portant  plus  particulièrement  sur  les  affections 
ou  blessures  observées  aux  armées. 

M.  le  Président.  —  Permeltez-moi,  au  nom  de  la  Société  de 
Chirurgie,  de  saluer  la  mémoire  de  notre  ancien  collègue,  le 
Dr  Chupin,  ainsi  que  celle  de  Mme  Chupin.  Des  remerciements  seront 
adressés  aux  héritiers  qui  ont  généreusement  confirmé  la  dona¬ 
tion  de  Mme  Chupin. 

Ce  nouveau  prix  portera  le  nom  de  Prix  Chupin. 


M.  le  Président  annonce  que  MM.  Dehelly  (du  Havre)  et  Chalier 
(de  Lyon),  membres  correspondants,  assistent  à  la  séance. 


A  propos  du  procès-verbal. 

A  propos  de  la  communication  de  M.  Alglave 
sur  le  traitement  chirurgical  de  l'ulcère  variqueux. 

M.  Okinczyc.  —  Ceci  n’est  nullement  pour  contredire  mon  ami 
Alglave,  qui  apporte  à  défendre  le  traitement  chirurgical  de 
Pubère  variqueux,  mieux  que  son  ardente  conviction,  mieux 
même  que  son  argumentation  et  sa  démonstration,  puisqu’il  nous 
fait  juger  de  ses  très  beaux  résultats. 

Je  voudrais  seulement  apporter  ici  la  modeste  contribution  d’un 
chef  de  Consultation  chirurgicale  au  traitement  des  ulcères  \ari- 
queux.  Tous  ici,  plus  ou  moins  longtemps,  nous  avons  dirigé  des 
consultations  chirurgicales,  et  nous  avons  gémi  de  leur  encombre¬ 
ment,  chaque  matin,  par  les  malades  atteints  d’ulcères  variqueux. 
C’est  ainsi  qu’une  cliente  de  l’Hôtel-Dieu  y  vient  régulièrement 
depuis  vingt-huit  ans!  Et  combien  d’autres  qui,  ne  pouvant  tous 
bénéficier  de  l’hospitalisation  et  de  la  cure  de  repos,  éternisent 
leur  mal  en  pansements  de  propreté,  mais  nullement  curateurs. 
Malgré  toute  son  activité  à  l’Hôtel-Dieu,  mon  ami  Alglave  ne 
parviendrait  pas  à  les  opérer  tous,  ou  bien  son  service  se  transfor¬ 
merait  vite  en  service  spécialisé...  et  je  gage  que  je  ne  tarderais 
pas  à  subir  ses  remontrances  si  j’admettais  dans  son  service  tous 
les  ulcères  variqueux  qui  se  présentent  à  ma  consultation. 

J’ai  donc  fait  à  la  Consultation  de  l’Hôtel-Dieu  de  nombreux 
essais,  chez  ces  malades  travailleurs  pour  la  plupart  et  qui  ne 


SÉANCE  DU  21  MARS 


477 


pouvaient  ou  ne  voulaient  pas  interrompre  leur  travail.  Jusqu’au 
mois  de  mars  1922,  les  insuccès  ont  été  constants,  puisque,  de 
mémoire  de  panseur  ou  de  panseuse,  on  n’avait  jamais  vu  guérir 
un  ulcère  variqueux  à  la  Consultation  ! 

Or,  depuis  mars  1922,  les  choses  ont  changé,  et  c’est  avec  un 
émerveillement,  non  encore  atténué,  qu’on  me  présente  régulière¬ 
ment  à  sa  dernière  visite  le  nouveau  malade  guéri. 

Qu’on  se  rassure,  je  n’ai  rien  inventé!  J’ai  tout  simplement 
appliqué  et  fait  appliquer  à  ces  malades  le  traitement  de  Unna, 
basé  d’une  part  sur  l’action  topique  de  la  pâte  dite  de  Unna,  et 
d’autre  parL  et  surtout,  je  crois,  sur  l’appareil  immobilisateur 
constitué  par  les  bandes  de  tarlatane  stérilisées  et  imprégnées  de 
pâte,  que  je  laisse  en  place,  suivant  les  cas,  quinze  ou  vingt  jours 
sans  être  renouvelé. 

Bien  entendu,  avant  l’application  de  ce  traitement,  l’ulcère  est 
nettoyé,  détergé,  la  peau  décapée  et  préparée;  alors  seulement  on 
fait  l’application  méthodique  de  la  botte  de  [Tnna. 

Un  des  premiers  avantages  de  ce  traitement  c’est  le  pansement 
rare,  qui  réalise  une  économie  de  matériel,  une  économie  de 
temps  pour  le  malade  et  pour  le  personnel;  mais  l’avantage  le 
plus  évident  c’est  la  fréquence,  pour  ne  pas  dire  la  constance  des 
résultats. 

Depuis  le  28  mars  1922  jusqu’au  16  mars  1923,  nous  avons  traité 
à  la  Consultation  de  l’Hôtel-Dieu  86  ulcères  variqueux  par  cette 
méthode. 

30  malades  n’ont  pas  été  revus  après  le  premier  pansement,  soit 
qu’ils  aient  changé  de  quartier,  soit  qu’ils  n’aient  pas  voulu 
modifier  la  routine  des  pansements  fréquents,  soit  enfin  que 
l’ulcère,  très  petit,  se  soit  cicatrisé  dès  cetie  première  et  unique 
application. 

36  malades  sont  encore  actuellement  en  traitement  et  pour  la 
plupart  en  voie  d’amélioration  ou  de  guérison. 

20  sont  complètement  guéris  et  ne  sont  pas  revenus  depuis  leur 
guérison. 

Je  ne  prétends  pas  qu’il  n’y  aura  jamais  de  récidive,  mais  actuel¬ 
lement  nous  n’avons  pas  vu  revenir  les  malades  récidivistes.  Or 
puisqu’ils  ont  apprécié  les  commodités  et  les  résultats  de  -ce 
traitement,  je  ne  doute  pas  qu’ils  soient  tentés  de  revenir,  à  la 
premièie  manifestation  de  récidive. 

J’ai  tenu  à  apporter  ces  résultats,  qui,  je  l’espère,  convaincront 
mes  collègues  de  Consultation  ;  ils  verront  par  l’emploi  rationnel 
de  la  «  botte  de  Unna  »  leurs  consultations  s’alléger,  et  ils  trouve¬ 
ront  chez  leurs  clients  variqueux  et  ulcérés,  au  physique  comme 
au  moral,  des  satisfactions  imprévues  et  inaccoutumées. 


478 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


A  propos  de  la  mésentérite  rétractile. 

M.  P.  Hallopeau.  —  J’ai  eu  l’occasion  d’observer  un  cas  de 
mésentérite  rétractile  et  adhésive  dans  les  conditions  suivantes  : 

Un  de  nos  confrères,  âgé  de  quarante-cinq  ans,  évacué  en  1916  des 
armées  pour  ulcère  de  l’estomac  avec  hématémèse,  est  atteint,  eD 
mai  1919,  d’une  péritonite  par  perforation  qui  est  naturellement  rap¬ 
portée  à  cet  ulcère.  Il  en  guérit  sans  intervention. 

Mais  deux  mois  après  il  commence  à  maigrir  et  à  faire  de  l’obstruc¬ 
tion  intestinale.  Un  anus  cæcal  est  pratiqué  par  mon  collègue  et  ami 
Mocquot,  sans  amélioration  durable.  La  cachexie  augmente,  l’obstruc¬ 
tion  persiste,  il  apparaît  de  l’ascite. 

En  l’absence  de  tout  diagnostic  précis,  j’interviens  à  nouveau  le 
2a  septembre  avec  l’autorisation  de  Mocquot,  en  présence  de  Génévrier. 
Après  évacuation  de  l’ascite,  je  trouve  toutes  les  anses  formant  la 
seconde  moitié  du  grêle  agglutinées  et  réunies  en  un  bloc;  tous  les 
feuillets  mésentériques  adossés  sont  rétractés  et  adhérents  les  uns  aux 
autres  dans  toute  leur  étendue.  En  les  séparant,  je  trouve  au  centre 
un  appendice  perforé  avec  un  calcul  à  côté.  Après  libération  totale  du 
grêle,  suture  par  plans. 

Suites  d’abord  satisfaisantes,  puis  reprise  de  l’occlusion  et  mort  au 
treizième  jour. 

En  résumé,  mésentérite  rétractile  consécutive  à  une  péritonite 
par  appendicite  perforée;  cette  mésentérite  a  déterminé  d’une 
part  l'occlusion  par  coudure  intestinale,  d’autre  part  l’ascite  par 
gêne  de  la  circulation  vasculaire  de  l’intestin  grêle. . 

M.  Mauclaire. —  L’observation  est  intéressante,  car  on  voit  bie.n 
ici  la  cause  de  cette  mésentérite  sclérosante  et  rétractile. 


A  propos  de  l'ostéotomie  pour  genu  valgum. 

M.  P.  Hallopeau.  —  J’ai  entendu  avec  quelque  surprise,  dans 
la  dernière  séance,  mon  maître  et  ami  Veau  déclarer  que  les  radio¬ 
graphies  de  genu  valgum  opéré  par  le  procédé  usuel  de  Mac  Ewen 
n’éfaient  pas  présentables,  je  n’avais  pas  l’impression  qu’elles 
fussent  si  mauvaises  d’aspect.  Et  après  vérification  je  n’ai  pas 
changé  d’avis.  Voici  quelques-unes  de  ces  radios  où  l’on  verra 
que  les  tranches  osseuses  gardent  des  rapports  très  satisfaisants 
et  ne  subissent  presque  aucun  déplacement  après  l’opération 
faite  par  le  procédé  classique. 


SÉANCE  DE  21  MARS 


479 


J’ai  eu  l’occasion  d’opérer  des  déviations  atteignant  90°  comme 
dans  les  cas  dont  parlait  Gadenat.  La  simple  ostéotomie  m’a 
donné  des  résultats  suffisants  pour  que  je  ne  croie  pas  utile  d’em¬ 
ployer  un  procédé  plus  compliqué  et  je  m’associe  pleinement  à  ce 
point  de  vue  aux  observations  faites  par  Ombrédanne. 

Ce  qui  importe  beaucoup  plus  qu’une  forme  mathématique  des 
tranches  osseuses,  surtout  chez  le  sujet  jeune,  dont  les  os  poussent 
vigoureusement,  c’est  l'appareil  plâtré  maintenant  l’attitude  du 
membre  et  la  correction  cherchée.  Si  cet  appareil  est  bien  fait,  on 
aura  un  très  bon  résultat  même  avec  une  coupe  irrégulière,  et 
inversement.  Il  est  donc  bien  inutile  de  compliquer  la  très  simple 
ostéotomie  sus-condylienne  au  ciseau  qui  peut,  dans  tous  les  cas, 
donner  d’excellents  résultats. 

M.  Mauclaire.  —  Je  pourrai  aussi  montrer  des  radiographies  de 
genu  valgum  opérés  avec  bons  résultats  morphologiques.  Je  crois 
que  dans  ce  qu’a  dit  notre  collègue  Veau  l’expression  a  dépassé 
sa  pensée. 


Rapports. 

Ostéite  typhique  du  radius, 

par  M.  A.  Martin, 

Chirurgien  des  hôpitaux. 

Rapport  de  M.  P.  HALLOPEAU. 

Notre  collègue  des  hôpitaux  A.  Martin  nous  a  présenté  dernière¬ 
ment  une  malade  atteinte  d’ostéite  typhique  du  radius.  C’est  là 
une  affection  très  rare.  L’intérêt  de  l’observation  qui  nous  a  été 
apportée  est  encore  augmenté  par  l’évolution  de  cette  ostéite  et 
le  traitement  qui  lui  a  été  appliqué. 

Voici  l’observation  telle  que  Martin  l’a  recueillie  :  , 

Observation.  —  Mme  H.  V...,âgée  de  vingt-sitf  ans,  vient  consulter 
à  l’hôpital  Tenon  le  2b  novembre  1922,  pour  des  douleurs  au  niveau  de 
l’avant-bras  droit  :  elle  fait  remonter  l’origine  de  ces  douleurs  à  une 
fièvre  typhoïde  contractée  en  1912,  soignée  à  Broussais  par  notre  col¬ 
lègue  Dufour. 

Avant  cette  époque,  rien  à  signaler  dans  les  antécédents;  mais  la 
fièvre  typhoïde  a  duré  six  mois;  pendant  trente-six  jours,  la  tempéra¬ 
ture  a  oscillé  autour  de  40°  :  au  décours  de  l’infection,  deux  hémorra¬ 
gies  intestinales  et  une  pleurésie. 


480 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Dès  sa  sortie  de  l'hôpital,  Mm°  V...  commence  à  ressentir  des  douleurs 
dans  l’avant-bras  droit;  ces  douleurs  sont  spontanées,  donnant  la  sen¬ 
sation  d’engourdissement  ou  de  brûlure  ;  bientôt  la  malade  constate 
un  redoublement  d’intensité  le  soir  et  la  nuit,  d’où  insomnie. 

Les  crises  durent  trois,  quatre  jours  :  puis  s’atténuent  pour  repa¬ 
raître  trois  à  quatre  mois  après. 

De  temps  en  temps  un  mouvement  exagéré  ou  intempestif,  un  choc 
même  léger,  sont  très  douloureux. 

La  malade  ressent  des  douleurs  analogues  au  niveau  de  la  clavicule 
gauche  :  celles-ci  ont  duré  quelques  semaines.  Depuis  dix  ans,  l’avant- 
bras  droit  est  resté  douloureux  :  toutes  les  médications  révulsives 
habituelles  ont  été  utilisées  et  cependant  les  douleurs  continuent  avec 
les  mêmes  caractères;  à  la  fin  de  septembre  dernier,  les  crises  sont  de 
plus  longue  durée,  et  beaucoup  plus  intenses.  Elles  sont  à  exacerbation 
nocturne,  dans  la  journée  accalmie  avec  sensation  d’engourdissement. 

A  l'examen  de  la  ma'ade,  l’avant-bras  droit  vu  par  sa  face  antérieure 
semble  un  peu  plus  volumineux  que  l'avant-bras  gauche;  de  plus  il  pré¬ 
sente  une  circulation  veineuse  superficielle  plus  accusée. 

Vu  de  profil,  le  segment  antibrachial  inférieur  est  plus  globuleux, 
la  tuméfaction  s’étend  jusqu’à  12  centimètres  au-dessus  du  pli  de 
flexion  du  poignet. 

A  l'exploration  du  squelette,  la  face  antérieure  du  radius  est  très  dou¬ 
loureuse  en  parlant  de  la  styloïde;  en  remontant  sur  la  face  antéro- 
externe,  on  provoque  une  douleur  qui  augmente  d’intensité  pour  arri¬ 
ver  au  maximum  à  7  centimètres  au-dessus  de  la  styloïde;  la  sensi¬ 
bilité  s’atténue  et  disparaît  nettement  à  11  centimètres  au-dessus  du  pli 
de  flexion  du  poignet. 

Sur  la  face  postérieure,  douleur  à  la  pression  de  l’os,  mais  beaucoup 
moins  vive. 

Dans  l’ensemble,  l’os  semble  gros,  augmenté  de  volume. 

Sur  le  cubitus,  indolence  du  squelette;  styloïde  légèrement  doulou¬ 
reuse.  L’espace  interosseux  n’est  pas  douloureux. 

Le  carpe  semble  indemne. 

Les  mouvements  passifs  se  font  normalement  au  niveau  du  poignet, 
mais  on  provoque  une  douleur  dans  la  pronation. 

Mouvements  actifs.  —  Pronation  et  supination  douloureuses  et  très 
limitées. 

Une  radiographie  est  pratiquée,  elle  montre  une  cavité  irrégulière  de 
l’extrémité  inférieure  du  radius  occupant  l’épiphyse  décalcifiée,  la  dia- 
physe,1  et  se  continuant  dans  le  canal  médullaire  clair  et  irrégulier. 

La  réaction  de  Bordet-Wassermann  est  négative. 

L’origine  typhique  était  à  mon  avis  si  évidente  que  je  fis  pratiquer 
un  séro-diagnostic  qui  fut  démonstratif  puisqu’il  donnait  : 

Séro-diagnostic  : 

1/60  1/100  1/600 

Eberlh . + 

Para  A . —  4-  —  —  -  —  —  —  —  — - 

Para  B........  - —  - — - — 


SÉANCE  DU  21  MARS 


481 


La  malade  entra  dans  le  service  de  Proust  le  6  décembre. 

Depuis  quelques  jo  îrs  la  température  oscillait  entre  38°  et  38°5. 

Les  tégum  nts  étaient  beaucoup  plus  tendus,  la  tuméfaction  gagnait 
la  région  carpienne,  les  douleurs  très  vives  obligeaient  à  recourir  à  la 
morphine. 

Le  9  décembre,  la  malade  est  opérée. 

Opération.  —  Incision  le  long  de  la  face  externe  de  l’extrémité  infé¬ 
rieure  du  radius  droit.  Tissu  cellulaire  congestionné. 

Incision  du  périoste:  écoulement  de  pus  jaunâtre;  après  assèchement 
je  v  iis  une  perforation  du  bord  interne  du  radius,  large  comme  une 
pièce  de  cinquante  centimes.  Dégagement  de  l’os  à  la  rugine;  ouver¬ 
ture  du  canal  médullaire  sur  une  hauteur  de  7  centimètres.  Dans  la 
partie  basse  l’os  est  nettement  raréfié;  au  contraire  vers  la  partie 
haute,  en  remontant  vers  la  diaphyse,  ostéite  conden-ante  :  curettage 
du  canal  médullaire. 

Régularisation  des  berges  osseuses. 

Pans -ment  à  plat,  mèche  non  tassée  dans  le  canal  médullaire. 

Prélèvement  de  pus  et  de  fragments  esseux. 

Examen  direct  du  pus  sur  lames  : 

a)  Bleu  de  méthylène.  —  Outre  de  nombreux  polynucléaires,  on  voit 
quelques  bâtonnets  allongé <  avec  quelques  cocci  en  amas. 

b)  Gram  :  les  bâtonnets  ont  disparu,  seuls  restent  quelques  groupes 
de  staphylocoques. 

•  Donc  Eberth  probable. 

c)  Culture  sur  gélose  :  Il  pousse  faiblement  en  quatre  jours  quelques 
bâtonnets  ne  prenant  pas  le  Gram. 

L’examen  histologique  des  fragments  osseux  prélevés,  montre  un 
processus  intense  d’ostéite  inflammatoire,  avec  canaux  de  Havers 
bourrés  de  leucocytes,  augmentation  des  espaces  intracanaliculaires 
avec  quelques  plaques  d’ostéite  raréfiante. 

Suites  opératoires  très  simples  :  la  fièvre  tombe  et  surtout  au  bout  de 
quarante-huit  heures  les  douleurs  ont  presque  complètement  disparu. 

Pansements  habituels  au  tulle  gras. 

L’eximen  de  la  sérosité  ne  révèle  aucun  élément  microbien. 

On  procède  aux  inoculations  de  vaccin  T.  A.  B.  chauffé. 


Première  injection,  14  décembre . 1/4  de  cen'.  cube. 

Deuxième  injection,  18  décembre . 1/2  cent.  cube. 

Troisième  injection,  2  t  décembre . 3/4  de  cent.  cube. 


Mais  après  la  troisième  injection,  réaction  assez  forte,  température 
à  40°,  douleurs  vives  dans  la  région  interscapulo-vertébrale,  siège  des 
piqûres;  la  malade  refuse  la  continuation  de  ce  traitement. 

La  plaie  se  cicatrise  rapidement  et  le  5  janvier  1923  la  guérison  est 
complète. 

O  a  procède  à  une  deuxième  et  troisième  radiographie. 

Martin  fait  suivre  son  observation  des  réflexions  suivantes  : 


482  SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Cette  ostéite  typhique  est  intéressante  à  plusieurs  points  de  vue  : 

1°  L’évolution  a  été  lente  (dix  ans). 

2°  Le  siège  sur  le  radius  n’est  pas  fréquent;  il  n’a  retrouvé 
qu’une  observation  de  Savariaud  et  encore  plusieurs  os  étaient 
touchés.  Philipp  Wilson  considère  que  la  localisation  sur  le  radius 
est  rarissime. 

3°  Les  lésions  étaient  graves  et  les  radiographies  expliquent 
l’intensité  des  phénomènes  douloureux  (l’évolution  était  froide 
dans  le  cas  de  Savariaud). 

4°  Le-  diagnostic  clinique  était  possible  :  les  anamnestiques 
étaient  précis  ;  les  recherches  de  laboratoire  ont  confirmé  la  nature 
éberthienne  de  l’ostéite,  elle  du  reste  rarement  paratyphique. 

5°  Le  traitement  ne  pouvait  être  que  chirurgical,  complété  par 
la  vaccinothérapie.  ... 

Pouvait- on  recourir  à  la  vaccinothérapie  seule?  Certes  non. 
D'ailleurs  quand  on  lit  les  travaux  parus  sur  cette  question 
(P.  E.-Weil  et  Chevrier)  on  voit  que  dans  les  ostéites  suppurées,  et 
c’était  le  cas  pour  notre  malade,  si  la  vaccinothérapie  diminue  la 
suppuration,  on  ne  peut  parler  de  guérison  définitive  :  «  il  est 
sage  d’y  adjoindre  le  traitement  chirurgical  ». 

Sicard  et  Robineau,  de  leur  côté,  considérant  que  la  maladie  se 
déclare  souvent  du  troisième  au  douzième  mois  après  la  guérison, 
(un  seul  cas  après  dix-huit  mois),  admettent  que  certaines  ostéites 
guérissent  spontanément  après  traitement  chirurgical  sans  aucune 
vaccinothérapie;  mais  ils  pensent  avec  Ciuca  que  la  vaccinothé¬ 
rapie  reste  le  traitement  de  choix.  Nous  ne  pensons  pas  que  la 
vaccinothérapie  seule  pouvait  guérir  la  malade  (voir  radio)  :  peut- 
être  aurions-nous  pu  nous  en  tenir  à  la  ponction  simple  comme  le 
recommande  M.  Savariaud?  Mais  la  malade  est  venue  consulter 
trop  tard  alors  qu’il  existait  des  lésions  étendues  d’ostéite 
raréfiante. 

6°  Le  résultat  a  été  très  satisfaisant  puisque  les  douleurs  avaient 
pour  ainsi  dire  disparu  au  bout  d’une  semaine  et  la  cicatrisation 
a  été  obtenue  en  vingt-quatre  jours  sans  fistule.  Il  est  possible  que 
la  guérison  ait  été  hâtée  par  la  vaccinothérapie,  qui  s’est  du  reste 
bornée  à  trois  injections. 

On  ne  peut  que  féliciter  Martin  du  bon  résultat  qu’il  a  obtenu. 
Son  observation  mérite  d’être  retenue  à  cause  de  sa  rareté;  mais 
ceci  n’a  qu’un  intérêt  de  statistique. 

Ce  qui  paraît  plus  important,  c’est  l’emploi  de  la  vaccination 
comme  adjuvant  du  traitement  chirurgical.  Martin  montre  une 
sage  prudence  dans  ses  conclusions,  déclarant  d’une  manière  très 
nette  que  la  vaccination  seule  n’aurait  pas  suffi  à  la  guérison.  On 
ne  peut  que  s’associer  à  cette  opinion.  On  pourrait  même  trouver 


SÉANCE  DU  21  MARS 


qu’il  fait  une  part  assez  large  à  cette  vaccination  en  disant  qu’elle 
a  peut-être  hâté  la  guérison.  Il  n’y  a  eu  que  trois  injections  et  leur 
rôle  reste  douteux.  On  est  surpris  de  la  facilité  avec  laquelle  on 
admet  parfois  que  la  vaccination  a  diminué  une  suppuration  ou 
accéléré  une  guérison.  L’expérience  personnelle  que  j’ai  de  la 
vaccination  dans  l’ostéomyélite  typhique  ne  me  porte  guère  à 
adopter  cette  manière  de  voir.  Je  n’ai  eu  l’occasion  de  l’essayer 
que  dans  un  cas,  mais  avec  un  résultat  parfaitement  négatif.  J’ai 
du  reste  apporté  cette  observation  au  Congrès  de  chirurgie  de 
Strasbourg.  Il  s’agissait  d’une  femme  de  vingt-huit  ans  opérée 
pour  ostéomyélite  typhique  de  la  cuisse  gauche  en  novembre  1919, 
puis  pour  ostéomyélite  de  la  cuisse  droite  en  juin  4920.  Ce  n’est 
qu’en  octobre  1920  que  la  nature  typhique  de  l’ostéomyélite  est 
reconnue,  à  l’occasion  d’un  nouvel  abcès  de  la  cuisse  gauche. 
Un  séquestre  est  encore  enlevé  à  ce  moment  et  un  autre  vaccin 
préparé  par  Beauvy  est  injecté  eh  sept  fois;  ce  qui  n’empêche  pas 
la  cicatrisation  de  demander  cinq  mois;  et  ce  qui  n’empêche  pas 
la  formation  d’un  nouvel  abcès  à  la  cuisse  gauche  en  juillet  1921, 
d’un  nouvel  abcès  à  la  cuisse  droite  en  février  1923.  A  l’occasion 
de  ce  dernier,  des  séquestrés  furent  enlevés  du  centre  du  fémur 
et  la  cicatrisation  se  fit  en  trois  semaines  en  dehors  de  tout  essai 
de  nouvelle  vaccination. 

Ce  résultat  n’est  guère  conforme  aux  conclusions  données  autre¬ 
fois  par  Weil  et  Chevrier,  déclarant  que  la  vaccination  empêche 
la  réinfection  de  l’os  et  la  reproduction  des  foyers  fongueux.  Mais 
c’est  un  fait  et  il  faut  en  tenir  compte. 

Maintenant  il  faut  reconnaître  aussi  qu’il  s’agissait,  comme  chez 
le  malade  de  Martin,  d’une  forme  à  évolution  lente  et  que  ce  sqnt 
celles  où  Grégoire  lui-même  doute  de  l’efficacité  du  vaccin. 

C’est  avec  cette  légère  réserve  que  je  vous  propose  d’accepter 
les  conclusions  données  par  Martin  à  l’observation  qu’il  nous  a 
communiquée. 


Deux  cas  de  plaie  du  péricarde  sans  plaie  du  cœur, 

par  M.  Vergez, 

Prosecteur  à  Alger. 

Rapport  de  M.  SAUVÉ. 

M.  Vergez,  prosecteur  à  l’Ecole  d’Alger,  a. communiqué  à  notre 
Société  les  trois  observations  suivantes,  dont  deux  lui  sontperson- 
sonnelles,  et  dont  la  troisième  appartient  à  son  maître  Ferrari. 
Voici  les  trois  observations  détaillées. 


484 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Obs.  I.  — ■  1°  Plaie  d  i  péricarde  sans  lésion  du  cçcur  ;  2°  plaie  du 
cul-de-sac  pleural  antérieur  et  de  la  plaie  médiastinale  (M.  Vergoz, 
service  de  M.  le  Dr  Ferrari). 

Le  20  septembre  1922,  entre  le  nommé  Rahsni  Mohamed,  pour  plaie 
du  thorax  par  coup  de  couteau. 

En  pleine  aire  cardiaque  dans  le  4e  espace  intercostal  gauche,  à 
deux  travers  de  doigt  de  la  ligne  médiane,  on  noie  une  petite  plaie 
linéaire,  transversale  longue  de  2  centimètres,  et  parallèle  au  rebord 
costal,  l’hémorragie  externe  est  peu  abondante. 

L’état  général  est  mauvais,  le  blessé  est  d’une  pâleur  mortelle,  les 
lèvres  sont  décolorées,  le  visage  angoissé,  le  pouls  est  petit  et  bat  à  120 
à  la  minute. 

Quelques  instants  plus  tard,  la  respiration  devient  courte,  irrégu¬ 
lière,  en  même  temps  qu’une  légère  cyanose  se  montre  au  niveau  des 
lèvres.  La  matité  précordiale  est  très  manifestement  agrandie,  débor¬ 
dant  le  bord  droit  du  sternum,  la  pointe  du  cœur  n’est  pas  perçue  à  la 
palpation,  et  l’auscultation  donne  des  bruits  sourds  et  lointains.  En 
présence  de  tels  symptômes,  nous  portons  le  diagnostic  de  plaie  pro¬ 
bable  du  cœur  et  intervenons  immédiatement  (aide  :  M.  Megnin). 
Anesthésie  au  kélène  :  nous  faisons  un  large  volet  à  charnière  externe 
comprenant  les  3e,  4e  et  5e  côtes;  d'un  seul  coup,  l’incision  intéresse 
toutes  les  parties  molles  jusqu’au  plan  ostéo-eartilagineux,  les  carti- 
•  lages  sont  sectionnés  au  ras  du  sternum  et  le  volet  rabattu. 

Une  large  suffusion  sanguine  infiltre  tout  l’espace  piépéricardique 
et  c’est  après  dilacération  à  la  sonde  cannelée  que  nous  découvrons  la 
face  antérieure  du  péricarde  :  celle-ci  présente  une  plaie  de  la  même 
dimension  que  la  plaie  cutanée  ;  le  péricarde  est  tendu  et  immobile  : 
nous  profitons  de  cette  boutonnière  pourfendre  au  ciseau  toute  la  face 
antérieure  du  péricarde  :  du  sang  sort  en  jet  dès  le  début  de  l’inci¬ 
sion,  et  l’on  peut  évaluer  l’épanchement  intrapéricardique  à  100  ou 
120-cent.  cubes  environ.  Instantanément,  le  blessé  respire  mieux  et  le 
pouls  est  plus  ample. 

Le  cœur  ne  présente  ni  plaie,  ni  trace  de  contusion  de  sa  face  anté¬ 
rieure.  La  cavité  péricardique  est  asséchée  et  le  péricarde  suturé  sans 
drainage  ;  fermeture  de  la  plèvre  dont  le  cul-de-sac  antérieur  avait 
été  lésé  au  cours  de  son  refoulement;  le  volet  ostéo-cutané  est  rabattu 
et  suturé  et  une  mèche  laissée  dans  la  partie  inférieu-e  de  la  plaie. 

Les  deux  premiers  jours  qui  suivent  l’intervention,  le  tableau  clinique 
est  peu  satisfaisant  ;  le  pouls  reste  rapide,  la  face  est  couverte  de 
sueurs  et  contracturée,  l’auscultation  révèle  un  épanchement  pleural 
gauche  qui,  ponctionné,  donne  250  cent,  cubes  de  sang  environ. 

Les  jours  suivants  et  sous  l’effet  d’une  administration  de  toni¬ 
cardiaques,  et  principalement  de  digitaline  donnée  à  haute  dose, 
l’amélioration  se  fait  insensible.  Malgré  une  suppuration  des  plans 
superficiels  tout  rentre  dans  l’ordre,  et  le  blessé  quitte  l'hôpital 
un  mois  après  son  entrée. 

Nous  revoyons  notre  homme  ces  jours  derniers  (décembre),  l’auscul¬ 
tation  du  cœur  montre  des  bruits  réguliers  et  bien  frappés,  et  l’examen 


SÉANCE  DU  21  MARS 


radioscopique  signale  une  ombre  cardiaque  à  peine  augmentée  de 
volume. 

Cette  observation  est  un  exemple  de  plaie  du  péricarde  sans  lésion 
cardiaque  et  avec  hémo-péricarde. 

Cette  plaie  isolée  du  péricarde  paraît  rare  si  nous  nous  rappor¬ 
tons  aux  cas  publiés  (1). 

Mais  il  est  possible  que  ces  plaies  soient  plus  nombreuses  et 
que  les  auteurs  ne  les  aient  pas  publiées.  Notre  maître,  M  Ferrari, 
a  bien  voulu  nous  donner  l’observation  inédite  d’une  plaie  du 
péricarde  par  coup  de  couteau  : 

Obs.  Il  (Ferrari).  —  Il  s’agit  d’un  indigène  qui,  en  mars  1910.  entra 
le  matin,  à  9  heures,  à  l’hôpital  civil  de  Mustapha,  salle  Dupuytren, 
pour  une  plaie  par  coup  de  couteau  de  la  partie  supérieure  du  creux 
épigastrique  :  plaie  de  4  centimètres  de  longueur  commençant  en 
haut  dans  l’angle  xipho-coslal  gauche  et  descendant  en  plein  muscle 
droit  du  côté  gauche.  L’appendice  xiphoïde  a  été  sectionné  en  partie  à 
sa  base  ainsi  que  le  cartilage  costal  aberrant.  Pas  de  signes  thora¬ 
ciques,  mais  une  contracture  de  la  paroi  abdominale.  Pensant  à  une 
plaie  pénétrante  de  l’abdomen,  M.  Ferrari  intervint  sur-le-champ  : 
anesthésie  au  chloroforme  ;  exploration  de  la  plaie  abdominale  ; 
l’objet  vulnérant  s’est  arrêté  en  plein  muscle  droit  sans  toucher  au 
péritoine.  Explorant  alors  la  plais  dans  sa  partie  supérieure  par  écar¬ 
tement  de  l’appendice  xiphoïde  et  du  cartilage  costal  sectionné,  on 
voit  que  le  diaphragme  est  atteint  au  niveau  de  ses  insertions  xipho- 
chondrales  ;  en  écartant  les  lèvres  de  cette  plaie  diaphragmatique,  on 
tombe  sur  une  ouverture  du  péricarde  au  niveau  de  son  insertion  sur 
la  coupole  diaphragmatique.  Cette  plaie  paraît  avoir  2  centimètres  de 
longueur,  M.  Ferrari  l’agranlit  pour  explorer  le  cœur,  s’aperçoit  que 
l’organe  bat  normalement,  et  qu’il  n’y  a  pas  d’hémopéricarde  ;  trois 
points  de  suture  ferment  cette  brèche  ;  suture  des  plans  superficiels 
après  résection  de  l’appendice  xiphoïde,  suite  normale. 

Il  est  évident  que  le  diagnostic  de  plaie  du  péricarde  était 
impossible  dans  un  cas  semblable;  du  resle,  il  doit  en  être  ainsi 
dans  d’autres  cas  qui  ne  s’accompagnent  pas  d’épanchement 
intrapéricardique. 

Le  blessé  qui  a  fait  l’objet  de  la  première  observation  a  présenté 
un  véritable  blocage  de  ses  ventricules  et  le  pouls,  après  évacua¬ 
tion  de  l’hémopéricarde,  est  redevenu  meilleur,  parce  que  :  «  les 
ventricules  déblo]ués  ont  pu  recevoir  du  sang  et  l’envoyer  dans 
les  artères  »  (Costantini,  Thèse  de  Paris ,  p.  18). 

(1)  Fassi.  Bulletin  académique  de  Rouen,  1896  ;  Mauclaire.  Société  de 
Chirurgie,  19 )7;  Zidivoski.  Congrès  français  de  Chirurgie,  1907. 


486 


SOCIÉTÉ  DE  CHIBURGIE 


Ce  n’est,  en  effet,  que  la  compression  du  cœur  par  l’épanche¬ 
ment  qui,  le  plus  souvent,  fi  ra  faire  le  diagnostic  non  pàs  de  plaie 
du  péricarde  seul  (ce  qui  est  impossible),  mais  de  plaie  du  cœur. 

Les  signes  d’hémorragie  ne  sont  pas  suffisants  à  eux  seuls  pour 
permettre  de  faire  le  diagnostic,  comme  le  prouve  l’observation 
suivante  : 

Obs.  III.  —  Plaie  de  la  mammaire  interne.  Plaie  du  péiicarde  sans 
plaie  du  cœur.  —  Dans  les  premiers  joürs  du  mois  d’octobre  nous 
recevons  un  indigène  pour  plaie  par  coup  de  couteau  de  la  face 
antérieure  de  l’hémithorax  gauche.  Plaie  haute  située  dans  le  2e  espace 
intercostal  gauche,  tout  près  du  sternum.  Signes  d’hémorragie  internet 
pouls  rapide,  petit,  lèvres  décolorées,  dyspnée  avec  inspiration 
courte  ;  la  base  thoracique  gauche  est  mate  avec  abolition  du  murmure 
vésiculaire,  tandis  que  la  percussion  révèle  du  tympanisme  dans  toute 
la  partie  antéro-latérale  ;  la  pointe  du  cœur  n’est  pas  sentie  à  la  palpa¬ 
tion  et  l’auscultation  laisse  percevoir  des  bruits  sourds  et  lointains. 

Le  siège  de  la  plaie  sur  le  trajet  de  la  mammaire  interne,  les  symp¬ 
tômes  d’hémorragie,  et  les  symptômes  cardiaques  nous  font  intervenir. 
Lambeaux  à  pédicule  externe  comprenant  les  2e,  3e  et  4e  côtes  : 

La  mammaire  interne,  qui  est  blessée,  est  ligaturée  à  ses  deux  bouts  ; 
la  plèvre  était  perforée  et  nous  l’asséchons  d’une  quantité  de  sang 
qu’on  peut  évaluer  à  3/4  de  litre. 

La  plèvre  médiastinale  antérieure  a  été  lésée  par  l’agent  vulnérant  : 
le  sommet  du  péricarde  présente,  en  effet,  au  point  de  l’émergence 
de  l’aorte,  une  plaie  en  surface  (de  la  dimension  d’une  pièce  de  dix  sous) 
qui  saigne  en  nappe  :  l’hémorragie  est  arrêtée  par  un  affrontement 
des  bords  de  celte  plaie  à  l’aide  d’un  point  au  catgut. 

Fermeture  de  la  plèvre,  fermeture  de  la  paroi  sans  drainage. 

Suites  opératoires  normales,  sauf  une  suppuration  de  la  paroi. 

Nous  avons  joint  cette  observation,  car  ce  blessé  nous  a  présenté 
des  symptômes  qui  nous  ont  fait  supposer  une  lésion  cardiaque. 

Les  battements  de  la  pointe  du  cœur  n’étaient  pas  perçus  à  la 
palpation  et  l’auscultation  révélait  des.  bruits  assourdis  et  loin¬ 
tains,  M.  le  professeur  Costantini  insiste  justement  dans  sa  thèse 
sur  la  disparition  et  la  diminution  des  bruits  du  cœur  à  l’auscul¬ 
tation  :  «  Certes,  dit-il,  ils  témoignent  d’une  blessure  de  poitrine, 

mais  ce  n’est  pas  un  signe  de  plaie  du  cœur . ,  cela  s’explique  si 

l’on  songe  que  le  pneumothorax  accompagne  toujours  les  plaies 
de  poitrine,  la  présence  de  l’air  dans  la  plèvre  éloigne  l’organe  de 
la  paroi  et  les  bruits  du  cœur  sont  lointains  et  petits  ou  même  ne 
sont  pas  perçus.  » 

Quoi  qu’il  en  soit,  dans  le  doute  le  chirurgien  doit  intervenir, 
c’est  pourquoi  nous  avons  cru  devoir  opérer  le  blessé  de  notre 
deuxième  observation.  Nous  aurions  peut-être  pu  faire  une  ouver¬ 
ture  moins  grande,  ne  pas  tailler  d’emblée  un  lambeau  de  Fontan, 


SÉANCE  DU  21 


487 


et  faire  une  résection  cartilagineuse  en  écartant  ensuite  les  lèvres 
de  la  plaie  avec  l’écarteur  à  crémaillère  de  Tuffier. 

Quoi  qu’il  en  soit,  notre  blessé  a  bénéficié  de  l’intervention  qui 
nous  a  permis  de  constater  la  plaie  de  la  mammaire  interne  et  de 
la  lier,  nous. avons  pu  aussi  constater  l’existence  de  cette  plaie  de 
la  plèvre  médiastine,  tout  contre  l’orifice  de  l’aorte  :  le  couteau 
n’a  fait  que  la  lécher  fort  heureusement  pour  le  malade  qui  aurait 
pu  mourir  d’une  plaie  de  l’aorte. 


-  L’étude  de  ces  trois  observations  nous  suggère  les  considéra¬ 
tions  suivantes.  Elles  peuvent  être  réparties  en  deux  groupes 
d’intérêt  inégal.  Le  groupe  des  observations  II  et  III  concerne,  en 
somme,  des  faits  dans  lesquels  la  plaie  péricardique  n’est  qu’un 
épiphénomène;  l’observation  n°  1,  au  contraire,  concerne  un  cas 
dans  lequel,  sans  qu’il  y  ait  plaie  du  cœur  apparente,  l’hémo- 
péricarde  a  joué  le  rôle  principal, -bloquant  les  cavités  cardiaques  : 
l’intervention,  heureusement  pratiquée,  a  permis  l’évacuation  de 
l’ hémopéricarde  et  le  déblocage  du  cœur. 

De  tels  faits  d’hémopéricarde  sans  plaie  du  cœur  sont  rares. 
Vergez  a  relevé  dans  la  littérature  les  cas  de  Fassi  (Rouen  1895), 
Mauclaire  (1907),  et  Zadivoski  (1907).  Je  me  permettrai' de  rap¬ 
peler  le  cas  personnel  que  mon  maître  Auvray  a  rapporté  ici-même 
l’an  passé  :  dans  mon  cas,  l’hémopéricarde,  qui  semble  s’être 
développé  tardivement,  ne  s’accompagnait  d’aucune  plaie  péri¬ 
cardique  et  d’aucune  plaie  apparente  du  cœur;  il  existait  seule¬ 
ment  au  niveau  de  l’oreillette  droite,  une  zone  contuse,  et  les 
accidents  qui  emportèrent  le  blessé  tenaient  à  un  hématome  de  la 
cloison  auriculo-venlriculaire  droite  et  à  la  désarticulation,  si  je 
puis  dire,  du  faisceau  de  His. 

De  tels  faits  montrent  combien,  en  dehors  des  plaies  nettes  du 
cœur,  les  blessures  de  l’appareil  péricardo-cardiaque  sans  plaie 
apparente  du  cœur  sont  complexes,  gravés,  et  méritent  une 
thérapeutique  aussi  hâtive  que  possible. 

La  lecture  des  observations  de  M.  Vergez  suggère  également 
cette  remarque  :  les  deux  interventions  ont  été  menées  facilement 
par  la  taille  d’un  lambeau  à  charnière  externe,  et  M.  Vergez  a  pu 
explorer  ainsi  tout  l’appareil  cardiaque. 

Bien  que  personnellement  j’aie  suivi  semblable  pratique,  je 
crois,  d’après  mes  observations  sur  le  sujet  mort,  que  la  voie 
préconisée  par  Duval  et  Barnsby  est  infiniment  préférable  ;  elle 
permet,  comme  y  ont  insisté  ses  auteurs,  une  exploration  infini¬ 
ment  meilleure  de  la  base  du  cœur  et  des  cavités  droites;  elle  me 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


semble  également  infiniment  plus  élégante  et  plus  rapide;  elle 
évite  la  blessure  des  vaisseaux  mammaires  et  intercostaux  ;  il  est 
facile  également  d’éviter  la  blessure  des  culs-de-sac  pleuraux  en 
les  décollant  préalablement  à  la  slernotomie  :  tel  est,  du  reste, 
l’avis  de  Lenormant,  de  Dujarier,  de  de  Martel,  de  Descomps  et 
de  Miginiac.  Dans  mon  cas  personnel,  pour  explorer  tout  l’appa¬ 
reil  péricardo-cardiaque,  j’ai  dû  comprendre  dans  mon  lambeau 
à  charnière  externe  toute  la  portion  correspondante  du  ster¬ 
num  :  j’ai  la  conviction  qu’une  sternotomie  médiane  m’eût  donné 
d’emblée  un  jour  aussi  considérable  et  avec  moins  de  peine. 

Quoi  qu’il  en  soit,  les  observations  rares  et' intéressantes  de 
M.  Yergez  font  grand  honneur  à  son  esprit  de  décision  et  à  son 
habileté  opératoire  ;  je  vous  propose  de  remercier  M.  Vergez  de 
nous  les  avoir  envoyées  et  de  les  garder  dans  nos  archives. 

M.  Lenormant.  —  Des  trois  observations  qui  viennent  d’être 
rapportées,  la  première  seule  concerne  une  véritable  plaie  du 
péricarde  sans  plaie  du  cœur  et  répond  bien  au  titre  donné  par 
l’auteur  à  sa  communication.  Dans  les  deux  autres,  la  lésion  du 
péricarde  semble  infiniment  douteuse  :  l’une  est  un  hémothorax 
par  plaie  de  la  mammaire  interne;  l’autre  une  plaie  thoraco- 
abdominale  sans  lésion  vésicale  importante.  Je  crois,  pour  éviter 
des  confusions  fâcheuses,  qu’il  faut  insister  sur  cette  distinction, 
plus  énergiquement  encore  que  ne  l’a  fait  le  rapporteur. 

M.  Sauvé.  —  Je  suis  d’autant  plus  convaincu  de  la  justesse 
des  observations  de  mon  maître  et  ami  Lenormant  que  j’avais  fait 
semblable  discrimination  entre  les  faits  rapportés  par  M.  Yergez. 
Seul  le  premier  des  trois  cas  rapportés  mérite  le  titre  donné  par 
M.  Vergez. 


Fibro-chondrome  malin  de  l'estomac, 
par  MM. 

A.  CHARRIER,  I  R10U, 

Chirurgien  des  Hôpitaux  Interne  des  Hôpitaux 

de  Bordeaux.  |  de  Bordeaux. 

Rapport  de  M.  BRÉCHOT. 

M.  R...,  âgé  de  soixante-trois  ans,  m'est  envoyé  par  le  Dr  Hey- 
denreith,  d’Amlarès  (Gironde),  pour  amaigrissement  et  anorexie 
complète. 

C’est  un  malade  sans  passé  pathologique,  qui  a  trois  enfants  en 


SÉANCE  DU  21  MARS 


189 


très  bonne  santé  et  qui  accuse  depuis  cinq  mois  une  perte  totale 
de  l’appétit;  perte  de  poids  de  7  kilogrammes  environ.  De  plus,  il 
a  de  petites  régurgitations  d’eau  sale,  d’odeur  désagréable,  non 
acide,  qui  se  répètent  deux  ou  trois  fois  par  semaine.  Constipation 
légère,  pas  d’hématémèse  ni  de  mélæna. 

L’examen  du  sujet  n’éclaire  pas  le  diagnostic,  le  ventre  est  très 
souple,  on  ne  perçoit  dans  l’étage  supérieur  du  ventre  aucune 
tumeur;  il  est  vrai  q.ue  le  malade  contracte  pas  mal  sa  paroi  et 
que,  de  ce  côté-là,  il  est  difficile  d’affirmer  qu’au-dessous  il  n’y 
a  rien  de  suspect.  Pas  de  ballonnement,  pas  de  gros  foie,  pas 
4’ascite,  pas  de  ganglions  sus-claviculaires.  Rien  au  poumon. 
Malgré  cet  ensemble  de  signes  physiques  négatifs,  nous  pensons 
à  un  néoplasme  de  l'estomac  et  le  malade  est  envoyé  chez  le 
Dr  Mancel-Pénard  pour  examen  radioscopique. 

Après  repas  bismuthé,  on  peut  constater  que  si  la  partie  supé¬ 
rieure  paraît  normale,  le  bas-fond  stomacal  semble  réduit  à  un 
conduit  de  faibles  dimensions.  C’est  ce  qui  frappe  tout  d’abord; 
en  analysant  cette  image,  on  constate  : 

Poche  à  air  de  volume  exagéré,  séparée  en  deux  portions  par 
une  plicature. 

Isthme  réduit  de  hauteur  et  très  élargi.  Le  bas-fond  réduit  à  un 
conduit  transversal,  irrégulier,  les  profils  de  la  grande  et  de  la 
petite  courbure  sont  assez  indécis.  Ce  canal  se  continue  sans  ligne 
de  démarcation  nette  avec  le  duodénum. 

Mobilité.  —  Les  parois  de  l’étage  supérieur  de  l’estomac  parais¬ 
sent  avoir  conservé  leur  souplesse  et  leur  mobilité.  Au  contraire, 
la  portion  inférieure  donne  l’impression  d’avoir  des  parois  rigides, 
figées,  et  sa  mobilité  paraît  très  réduite.  Cette  portion  inférieure 
paraît  bloquée  dans  sa  situation  transversale. 

Motilité.  —  Pour  ainsi  dire  nulle,  on  ne  constate  que  quelques 
ébauches  de 'contraction  qui,  parties  de  la  région  moyenne  de 
l’isthme,  ne  se  propagent  pas  au  bas-fond. 

Évacuation  facile.  —  Le  bismuth  s’écoule  lentement  mais 
d’une  façon  régulière  à  travers  ce  bas-fond  rigide,  il  ne  paraît  y 
avoir  aucune  sténose  véritable.  Dans  ce  transit  et  en  l’absence  de 
contractions  propagées  dans  cette  région,  il  n’est  pas  possible  de 
définir  le  siège  exact  de  la  région  pylorique. 

La  traversée  duodénale  paraît  s’effectuer  normalement,  pas  de 
signes  de  sténose,  ni  de  compression  apparente. 

En  résumé.  —  Transformation  complète  du  bas-fond  stomacal 
réduit  à  l’état  de  canal  irrégulier.  Il  existe  certainement  une  infil¬ 
tration  considérable  des  parois  stomacales  à  ce  niveau,  qui  ont 
perdu  leur  élasticité  et  leur  mobilité. 

L’absence  d’image  lacunaire  nette  ne  permet  pas  de  faire  le 


490 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


diagnostic  ferme  de  néoplasme,  bien  que  ce  diagnostic  soit  pro¬ 
bable,  à  moins  qu’il  ne  s’agisse  ici  d’une  périgastrite  adhésive 
consécutive  à  un  ulcère  ou  toute  autre  gastrite  antérieure. 

Malgré  tout,  je  pencherai  plutôt  pour  la  première  hypothèse. 

En  présence  de  ce  résultat,  on  propose  une  intervention  chirur¬ 
gicale  au  malade  qui  est  acceptée. 

Anesthésie  au  chloroforme  (Aide  Dr  Chavoix,  anesthésiste  Dr  Heyden- 
reicti).—  Laparotomie  médiane  :  nous  trouvons  une  petite  tumeur  de  la 
forme  et  du  volume  d’un  petit  œuf  de  poule  absolument  lisse  et  régu- 


Fig.  1. 


lière  recouverte  par  une  séreuse  tout  à  fait  normale,  de  consistance 
élastique  implantée  sur  la  face  antérieure  de  l’estomac,  à  5  centimètres 
du  pylore,  .de  coloration  rosée,  non  pédiculée  et  paraissant  faire  corps 
avec  la  paroi  de  l’organe;  tout  autour  de  la  base  d’implantation  aucune 
infiltration;  les  tuniques  stomacales  ont  conservé  leur  souplesse  habi¬ 
tuelle;  quelques  veinules  à  la  surface  de  cette  petite  masse.  Aucun 
ganglion  nulle  part. 

Avec  ces  caractères  microscopiques,  nous  pensons  qu’il  s’agit  d’une 
tumeur  bénigne,  fibrome  probablement;  la  tumeur  est  réséquée  avec 
la  paroi  d’estomac  attenante;  il  n’existe  aucune  lésion  de  la  muqueuse 
qui  présente  les  caractères  morphologiques  ordinaires;  il  en  résulte 
une  brèche  losangique  que  nous  suturons  suivant  une  ligne  droite 
allant  de  la  petite  à  la  grande  courbure  pour  ne  'pas  rétrécir  l’antre 
pylorique.  Cet  acte  opératoire  est  du  reste  d’exécution  très  facile. 

Suites  opératoires  très  simples,  le  malade  quitte  la  clinique  dix-huit 
jours  après. 


SÉANCE  DL'  21  MANS 


491 


(En  passant,  nous  notons  de  l’examen  radioscopique  les  conclusions 
si  peu  conformes  à  la  réalité  clinique  décelée  par  l’intervention.) 

Examen  histologique.  Tumeur  de  l'estomac  (D*s  Bonnard  etPiéchaud).  — 
Il  s’agit  d’un  fibro-chondrome  malin,  caractérisé  par  une  substance  fon¬ 
damentale,  hyaline,  anhyste,  traversée  en  certains  points  par  des  trous¬ 
seaux  fibreux  et  criblée  de  nombreuses  logettes  à  contenu  cellulaire. 

Un  examen  détaillé  permet  de  constater  dans  ce  néoplasme  quelques 
particularités. 

C’est  d’abord  l’absence  de  zone  fibreuse  dense,  figurant  une  capsule 


Fig.  2. 

nette,  bien  définie.  La  surface  libre  de  la  tumeur  est  constituée  alter¬ 
nativement  par  une  bande  de  substance  fondamentale  pure,  dépourvue 
de  tout  élément  cellulaire,  et  par  une  couche  de  cellules  cartilagineuses 
très  nombreuses  masquant  presque  entièrement  le  stroma.  Au  niveau 
de  l’insertion  sur  l’estomac,  les  limites  de  la  tumeur  s’estompent, 
deviennent  indécises  par  infiltration  des  éléments  néoplasiques  au  sein 
du  tissu  normal  dissocié  ou  détruit.  • 

La  substance  fondamentale  se  présente  avec  la  structure  banale  du 
cartilage  normal,  mais  elle  est  le  siège  d’une  invasion  vasculaire  exa¬ 
gérée.  Ce  sont  généralement  des  vaisseaux  d’une  constitution  peu 
élevée  ;  certains  présentent  une  ébauche  de  paroi  propre,  la  plupait 
ne  sont  qu’une  lumière  découpée  dans  la  substance  fondamentale  et 
tapissée  d’un  simple  endothélium. 

DE  LA  SOC.  DE  CHIR. ,  1923  35 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Isolées  ou  par  groupes  isogéniques,  parfois  volumineux,  les  cellules 
cartilagineuses  occupent  des  logettes  vaguement  arrondies  ou  poly- 
cyrliques,  découpées  dans  la  substance  fondamentale.  Leur  répartition 
est  anormale  et  rien  ne  subsiste  de  l’ordonnancement  cellulaire  du 
tissu  normal.  Leur  densité  varie  sans  règles  très  précises;  à  un  faible 
grossissement,  il  semble  que  la  population  cellulaire  croît  de  la  péri¬ 
phérie  vers,  le  pédicule,  mais  l’apparence  marbrée  de  certains  terri¬ 
toires  —  traînées  cellulaires  à  la  périphérie,  îlots  hyalins  vers  le  pédi  ¬ 
cule  —  amènent  quelques  exceptions  à  la  règle. 

Ces  cellules  présentent  des  altérations  dans  leur  morphologie;  de 
taille  très  réduite,  certaines  ont  conservé  leur  silhouette  arrondie, 
d’autres  sont  devenues  fusiformes,  anguleuses,  ramifiées.  Leur  proto¬ 
plasma  est  peu  abondant,  réduit  parfois  à  un  fin  liséré  périnucléaire  ; 
tantôt,  il  a  subi  la  dégénérescence  graisseuse  ;  tantôt,  il  contient  de 
rares  cristaux,  traduisant  une  transformation  calcaire  discrète.  Le 
noyau  affecte  des  formes  et  des  dimensions  variées;  ovale,  rond,  très 
souvent  ponctiforme,  il  peut  parfois  être  volumineux  et  bourgeonnant. 

En  somme,  ces  éléments  cellulaires  présentent  des  signes  d’hyper¬ 
activité  reproductrice,  avec  un  degré  de  métatypie  marquée. 

De  ces  constatations,  on  doit  retenir  :  la  vascularisation  intense  de 
la  tumeur  —  l’absence  de  capsule  fibreuse  —  sa  progression  par  infil¬ 
tration,  avec  destruction  des  tissus  voisins  —  une  métatypie  cellulaire 
marquée. 

Ces  faits  histopathologiques  autorisent  le  diagnostic  porté. 

Cette  observation  ne  présente  d’intérêt  que  par  la  nature  de 
cette  tumeur  qui  doit  être  bien  rare,  car  M.  Riou,  mon  interne,  et 
moi  n’avons  pu  dans  la  bibliographie  en  trouver  une  semblable. 
C’est  donc  à  ce  titre  que  nous  avons  voulu  la  faire  connaître  et  non 
à'  d’autres,  car  par  ailleurs  elle  n’a  offert  aucune  particularité, 
même  du  côté  opératoire,  qui  a  été  tout  à  fait  simple  et  régulier 
dans  ses  suites. 


Questions  à  l’ordre  du  jour. 

1°  Sur  l’ulcère  perforé  »e  l’estomac. 

Ulcère  perforé  de  l'estomac , 

résection  et  suture  dix-huit  heures  après  la  perforation.  Guérison, 
par  M.  le  Dr  G.  DEHELLY  (du  Havre),  correspondant  national. 

Le  22  décembre  1922,  M.  L...,  âgé  de  trente-deux  ans,  était  pris  à 
7  heures  du  soir,  avant  son  repas,  d’une  douleur  extrêmement  vive 
dans  la  région  épigastrique,  avec  vomissements.  Le  lendemain  matin, 
son  médecin,  le  Dr  Lasmartrès,  me  fit  demander,  mais  je  dus  terminer 


SÉANCE  DU  21  MARS 


493 


mon  sprvicp  d’hôpital  avant  de  m’y  rendre  et  je  ne  le  vis  qu’à  la  fin  de 
la  matinée.  A  ce  moment,  le  diagnostic  de  perforation  d’un  ulcère  de 
l’estomac  s’imposait  :  la  paroi  abdominale  était  en  entier  contracturée, 
avpc  une  exagération  des  dou’eurs  dans  la  région  épigastrique.  Le 
malade  était,  du  reste,  en  traitement  pour  ulcère  de  l’estomac,  mais  se 
gardait  bien  de  suivre  les  conseils  de  sobriété  que  lui  prodiguait  son 
médecin.  Le  pouls  était  à  120  mais  bien  frappé.  L’intervention  s’impo¬ 
sait,  mais,  le  malade  habitant  un  faubourg  du  Havre  et  son  transport 
paraissant  dangereux,  je  dus  revenir  à  1  heure  de  l’après-midi  avec 
mon  matériel  pour  l’opérer  à  domicile. 

L’opéralion  eut  donc  lieu  dix-huit  heures  après  les  premiers  signes 
de  perforation. 

Je  fis  une  laparotomie  sus-ombilicale  médiane  et  trouvai  le  péri¬ 
toine  enflammé,  rouge  et  contenant  un  liquide  gommeux  gris  jaunâtre 
peu  abondant  engluant  les  anses  intestinales.  Ce  liquide  diffère  très 
sensiblement  du  liquide  «  bouillon  sale  »  qii’on  trouve  dans  les  périto¬ 
nites  graves  et  je  ne  sais  s’il  i  ous  est  apparu  comme  à  moi  d’un  pro¬ 
nostic  favorable. 

En  soulevant  le  bord  du  foie,  la  perforation  m’est  apparue  de  suite, 
elle  siégeait  sur  la  face  antérieure  de  l’estomac  près  de  la  petite  cour¬ 
bure.  Elle  était  au  milieu  d’une  zone  indurée  de  très  petite  étendue 
(une  pièce  de  un  franc  à  peine).  La  résection  était  simple,  je  la  fis,  çt  la 
perte  de  substance  resta  petite.  Elle  fut  comblée  par  une  suture  en 
deux  plans  au  catgut  00,  l’un  total  et  l’autre  séreux. 

Je  refermai  la  paroi  en  un  plan  aux  fils  de  bronze,  sans  drainage. 
Le  malade  a  guéri  sans  incident  et  a  réuni  sa  paroi  par  première 
intention. 

Actuellement,  le  malade  est  en  bon  état  et  ne  souffre  plus  de  son 
estomac;  il  est  vrai  que  son  régime  s’est  beaucoup  ressenti  de  mon 
intervention  et  qu’il  suit  encore  les  prescriptions  de  son  médecin. 

Il  est  difficile  de  dire  que  cette  opération  est  un  succès  pour  la 
résection,  contre  l’avivement,  puisqu’en  réalité  la  résection  a  été 
minime.  Je  n’en  suis  pas  moins  tenté  de  dire  qu’en  pareil  cas, 
malgré  le  temps  écoulé  depuis  la  perforation,  avec  un  malade 
encore  résistant,  la  résection  s’impose,  puisqu’elle  n’est  qu’un 
avivement  bien  fait. 

Je  n’ai  pas  fait  de  gastro-entérostomie  complémentaire,  car  mes 
sutures,  loin  du  pylore,  ne  gênaient  en  rien  la  vidange  normale 
de  l’estomac  et  que  je  persiste  à  croire  que  l’obligation  de  manœu¬ 
vres  dans  la  grande  cavité  péritonéale  infectée  ajoute  un  trauma¬ 
tisme  nouveau  qui  ne  peut  que  compromettre  inutilement  la 
résistance  du  sujet. 

M.  Basset,  — Je  ne  voudrais  pas  avoir  l’air  de  faire  à  mon  ami 
Dehelly  une  querelle  de  mots.  Si  son  observation  est  intitulée  : 


494  SOCIÉTÉ  DE  CUIRURGIE 


Ulcère  perforé ,  résection,  guérison,  je  me  permettrai  de  lui  faire 
remarquer  qu’il  n’a  pas  fait  de  résection,  au  sens  qu’a  pris  ce 
mot  dans  la  discussion  en  cours,  et  qui  est  celui  de  suppression 
d’un  segment  annulaire  dans  la  continuité  du  tube  gastro-duo- 
dénal.  Il  a  fait  une  excision  de  l’ulcère  autour  de  la  perforation  et 
c’est  là  une. pratique,  à  mon  sens,  tout  à  fait  bonne  et  recomman¬ 
dable,  qui  permet  de  faire  une  bonne  suture  étanche  et  solide.  Je 
l’ai  moi-même  employée  très  souvent  chez  les  13  malades  que  j’ai 
opérés,  et  je  m'en  suis  toujours  bien  trouvé  au  point  de  vue  de  la 
qualité  de  la  suture. 


1°  Trois  cas  de  perforation  de  l'estomac  par  ulcère, 

par  M.  le  Dr  Cuarrier, 

Chirurgien  des  hôpitaux  de  Bordeaux. 

2°  Deux  cas  de  perforation  d'ulcère  du  duodénum, 
par  M.  le  Dr  Ferrari, 

Chirurgien  des  hôpitaux  d’Alger. 

Rapport  de  M.  BRÉCHOT. 

MM.  Charrier  et  Ferrari  nous  ont  adressé  l’un  trois  cas,  l’autre 
deux  d’ulcères  perforés  de  l’estomac  et  du  duodénum. 

Voici  le  résumé  de  leurs  observations  : 

Obs.  I  (Dr  Charrier).  —  Un  homme  de  quarante-trois  ans,  n’ayant 
souffert  de  l’estomac  que  depuis  quinze  jours  et  légèrement,  est  pris 
brusquement  le  5  juin,  à  6  heures  du  soir,  d’une  douleur  épigastrique 
violente  :  en  coup  de  couteau.  M.  Charrier  l’examine  le  lendemain  à 
7  heures.  Faciès  grippé,  ventre  en  bois,  pouls  à  140.  Matité  dans  la  fosse 
iliaque  droite,  pas  de  vomissements,  un  peu  de  hoquet.  Il  pose  le  dia¬ 
gnostic  de  perforation  stomacale. 

La  laparotomie  est  faite  sous  anesthésie  au  chloroforme.  Un  liquide 
abondant  et  louche  est  dans  la  cavité  péritonéale.  A  trois  travers  de 
doigt  du  pylore  sur  la  face  antérieure  de  l’autre  l’on  trouve  une  perfo¬ 
ration  lenticulaire  entourée  d’une  zone  cartonnée  large  comme  une 
pièce  de  5  francs.  M.  Charrier  en  fait  la  suture,  enfouit  par  un  deuxième 
plan  de  sutures  et  protège  par  une  épiplooplastie.  Il  draine  par  une 
mèche  et  par  un  drain. 

L’examen  pratiqué  du  liquide  péritonéal  est  négatif. 

Le  malade  guérit  simplement  et  se  trouve  en  parfait  état  seize  mois 
après. 

Obs.  II  (Dr  Charrier).  —  Homme  de  trente-six  ans,  vu  le  3  avril  1921 
par  le  Dr  Paulouch.  Douleur  subite  épigastrique  quatre  heures  après  le 


SÉANCE  DU  21  MARS 


495 


repas  de  midi.  Il  s’agit  d’un  sujet  alcoolique  qui  se  plaint  de  l’estomac 
par  intermittences  sans  aucun  autre  trouble  ;  il  a  eu  aussi  deux  ictères 
en  trois  ans  précédés  et  accompagnés  de  coliques  et  de  fièvre. 

Nous  le  voyons  huit  heures  après  le  débutde  ces  accideuts  :  visage  très 
inquiet,  douleurs  abdominales,  intenses,  généralisées,  hoquet  ininter¬ 
rompu,  pas  de  vomissements,  38°  de  température  (le  malade  tousse)  ; 
ventre  de  bois,  palpation  très  difficile  à  cause  des  douleurs  ;  il  semble 
qu’il  existe  de  la  sonorité  pré-hépatique  et  une  douleur  beaucoup  plus 
vive  dans  la  région  appendiculaire  de  la  région  lombaire  droite.  Une 
première  piqûre  de  morphine  faite  une  heure  avant  n’a  amené  aucun 
soulagement. 

Diagnostic.  —  Perforation  de  l’estomac,  quelques  réserves  au  sujet 
d’une  pancréatite  hémorragique. 

t  Opération  (Aide,  Dr  Chavoix  ;  anesthésiste,  Dr  Paulouch).  —  Laparo¬ 
tomie  sus-ombilicale,  lé  malade  est  maigre,  l’exploration  du  ventre  est 
facile  ;  liquide  péritonéal  aboudant  baignant  toutes  les  anses  intesti¬ 
nales,  quelques  débris  qui  nous  paraissent  alimentaires,  pas  d’odeur. 
Tout  de  suite  se  présente  une  grosse  perforation  de  la  largeur  d’une 
pièce  deun  franc  sur  la  face  antérieure  de  l’estomac  à  cinq  centimètres 
du  pylore,  entourée  de  fausses  membranes,  dont  quelques-unes  flot'ent 
et  dont  les  autres  sont  encore  fixées  au  méso-côlon  transverse  ;  estomac 
ti  ès  rouge,  les  bords  de  la  perforation  saignent  légèrement. 

Extériorisation  rapide  et  facile  de  l’estomac;  excision  des  bords  de 
la  perforation  qui  est  irrégulière  ;  suture  très  aisée  avec  deux  plans. 
Pas  de  gastro-entérostomie.  Fermeture  à  trois  plans  de  la  paroi,  pas  de 
drainage.  Durée  :  trente-cinq  minutes.  Liquide  péritonéal  non  examiné. 

Suites  bonnes  en  ce  qui  concerne  l’abdomen,  gaz  le  troisième  jour, 
alimentation  liquide  reprise  le  lendemain,  selles  le  cinquième  jour. 

Pleuro-congestion  droite  avec  38°4  pendant  trois  jours  ;  amélioration 
rapide  à  partir  du  dixième  jour. 

Revu  le  7  août  1922  :  en  excellent  état,  sans  aucun  trouble. 

Examen  du  liquide  péritonéal  par  P.  Piechaud  :  rares  diplocoques. 

Obs.  III  (Dr  Charrier).  — •  Malade  de  soixante  et  onze  ans,  retraité  de 
la  Compagnie  du  Midi,  vu  par  le  Dr  Laffargue  (de  Bègles)  pour  accidents 
douloureux  subits  ayant  débuté  le  12  juin  1922,  à  6  heures  du  soir. 
Le  Dr  Laffargue  le  voit  à  8  heures  et  pense  à  une  perforation  de 
l’estomac  par  ulcère  ou  néoplasme. 

Je  le  vois  avec  lui  à  9  heures  1/2  et  je  constate  l’existence  d’un 
syndrome  de  perforation  :  douleur  en  coup  de  poignard  apparue  sou¬ 
dainement  au  milieu  d’une  santé  parfaite,  après  une  promenade  à  la 
campagne  irradiation  à  l'épaule  gauche  avec  angoisse  marquée,  visage 
très  pâle  et  pouls  petit,  paroi  abdominale  rétractée,  hypersensibilité  et 
contracture  douloureuse  des  muscles  droits.  Matité  hépalique  parais¬ 
sant  normale  ;  pas  de  matité  dans  les  flancs  ;  le  malade  a  vomi  une  fois 
un  peu  de  mucus  sanguinolent. 

Absence  totale  de  signes  gastriques  antérieurs. 

Je  confirme  le  diagno  lie  de  perforation  de  l’estomac  et  nous  faisons 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


transporter  Je  malade  d’urgence  à  la  clinique  Paul-Bert  où  il  est  opéré 
à  minuit,  soit  six  heures  après  le  début  des  accidents. 

Anesthésie  au  chloroforme  :  aide,  Dr  Lalîargue.  Incision  médiane  sus- 
ombilicalë,  liquide  péritonéal  trouble  en  abondance  qui  gêne  l’examen 
de  la  cavité  abdominale  ;  pas  d’aliments  visibles.  Nous  allons  tout  de 
suite  à  l’estomac  et  nous  trouvons  une  perforation  lenticulaire,  absolu¬ 
ment  régulière,  avec  quelques  légères  membranes  périgastriques;  elle 
est  blanchâtre,  située  au  devant  du  pylore  et  entourèed’une  zone  nette¬ 
ment  très  épaissie. et  dure  au  palper.  La  suture  est  difficile,  quelques 
points  coupent,  mais  néanmoins  elle  peut  être  terminée  rapidement 
avec  épiplooplastie.  Le  pylore  nous  paraissant  véritablement  rétréci, 
nous  exécutons  une  gastro-entérostomie  à  la  suture. 

Pas  d’examen  de  liquide. 

Suites  opératoires.  —  Le  lendemain  matin,  le  pouls  est  à  100,  le  faciesbou, 
la  dyspnée  diminuée,  les  douleurs  très  atténuées  ;  le  malade  tousse  par 
quintes,  pas  de  température.  Pas  de  contracture  de  l’abdomen.  Le  soir, 
l’amélioration  s’affirme,  gaz  le  lendemain  matin,  mais,  en  plus,  38°  et 
matité  importante  à  la  base  gauche,  moins  importante  à  droite.  Le  soir 
l'état  pulmonaire  s’aggrave.  Ventre  souple,  gaz  et  première  selle. 

Mort  le  lendemain  matin.  —  Pas  de  nécropsie. 

Obs.  1  (Dr  Ferrari).  —  M.  X...,  quarante-deux  ans,  cultivateur,  est 
pris  le  20  août  1920,  au  cours  d’une  partie  de  châsse,  d’une  douleur 
abdominale  en  coup  de  poignard,  qui  le  couche  sur  le  sol.  Ses  compa¬ 
gnons  de  chasse  le  transportent  aussitôt  en  voiture  à  son  domicile  où 
notre  confrère  le  docteur  Treille  (de  Lhéragas)  est  appelé  à  le  voir,  et 
pose  le  diaguostic  d’appendicite  aiguë.  Le  lendemain,  l’état  du  malade  a 
empiré,  le  ventre  est  ballonné,  les  douleurs  abdominales  ont  réapparu 
violentes.  Devant  la  gravité  de  la  situation  il  envoie  d’urgence  le 
malade  à  Alger.  11  entre  à  la  clinique  de  l’avenue  Pasteur.  A 
ce  moment,  le  faciès  est  grippé,  la  langue  légèrement  humide,  le 
malade  est  anxieux;  le  pouls  bat  à  110;  pas  de  vomissements. 
L’abdomen  est  modérément  ballonné.  A  la  palpation,  la  fosse  iliaque 
droite  quoique  douloureuse  se  laisse  déprimer;  pas  de  point  appen¬ 
diculaire  net. 

Par  contre,  le  pa.per  est  particulièrement  douloureux  au  creux 
épigastrique  et  d  une  façon  générale  dans  toute  la  portion  sus- 
ombilicale  de  l’abdomen  où  existe  une  contracture  de  défense  des  plus 
nettes.  La  pression  sous  le  rebord  costal  droit  éveiiie  une  douleur 
plus  vive  que  partout  ailleurs. 

Le  malade  n’a  pas  de  passé  hépatique.  Gros  buveur  ét  du  reste 
manifestement  éthylique,  il  éprouvait  souvent  depuis  plus  de  dix  ans 
des  sensations  de  brûlures  à  l’estomac  survenant,  en  moyenne,  deux 
ou  trois  heures  après  les  repas.  Jamais  de  vomissements,  ni  d’hématé- 
mèses,  ni  de  inélænas. 

Diagnostic.  —  Perforation  d’ulcère  latent  du  pylore  ou  du  dùodénüm. 
L’intervention  est  décidée  sur-le-champ,  dix-neuf  heures  après  le  début 
des  accidents.  Anesthésie  à  l'éther.  Laparotomie  médiaue  sus-ombilicale. 


SÉANCE  DU  21  MARS 


497 


A  l’ollverture  du  péritoine,  issue  d’une  petite  quantité  de  liquide 
louche.  La  face  antérieure  de  ■  l’estomac  est  tapissée  par  des  fausses 
membranes.  Il  existe  une  perforation  minuscule  pouvant  avoir  deux 
millimètres  de  diamètre  et  située  au  milieu  d’une  plaque  indurée  à 
cheval  sur  le  canal  pylorique.  La  perforation  est  aveuglée  par 
deux  points  isolés  et  les  fils  sont  serrés  prudemment,  car  on  a  l’im¬ 
pression  qu’ils  couperaient  facilement  l’épaisseur  de  paroi  dure.  Avec 
difficulté  un  surjet  d’enfouissement  au  fil  de  lin  ordinaire  est  fait.  Puis 
un  lambeau  d’épiploon  est  fixé  au  devant  d’elle  par  quelques  points. 
La  lumière  duodéno-pylorique  se  trouve  rétrécie.  Une  gastro- 
entérostomie  complémentaire  par  le  procédé  de  Von  Hafeker  est 
pratiquée. 

Nous  procédons  finalement  à  la  toilette  péritonéale.  La  réaction  de 
la  séreuse  est  surtout  accentuée  dans  l’étage  suS-méso-colique  et  le 
long  des  côlons  ascendant  et  descendant.  Les  anses  grêles  sont  dilatées 
et  très  rouges. 

Fermeture  de  la  paroi  en  un  plan  aux  fils  métalliques  après  mise  en 
place  de  trois  drains  entourés  de  compresses  au  niveau  de  chacun  des 
deux  sinus  pariéto-coliques  et  de  la  suture  de  la  perforation. 

L’opération  a  duré  trente-cinq  minutes. 

Traitement  post-opératoire  :  glace  sur  le  ventre,  100  grammes  de 
sérum  intra-rectal  toutes  les  deux  heures,  huile  camphrée. 

22  août  :  ventre  très  ballonné,  ni  selles,  ni  gaz,  langue  sèche,  pouls 
à  130.  Température  38°6.  Agitation  extrême.  Mort  quinze  heures  après 
l’intervention.  L’autopsie  n’a  pu  être  faite. 

Obs.  IL  —  Large  perforation  d’ulcère  du  duodénum.  Opération  à  la 
sixième  heure.  Suture  simple  de  la  perforation.  Guérison. 

Hassif  Mustapha,  trente  ans,  exerçant  la  profession  de  chauffeur, 
entre  à  1  hôpital  civil  d’Alger  le  27  avril  1922,  à  11  heures,  avec 
lè  diagnostic' d’appendicite.  Il  a  été  pris  à  6  heures  du  matin  au 
saut  du  lit  d’une  viôlente  douleur  en  coup  de  poignard  que  le  malade 
localisa  autour  de  l’ombilic.  A  son  entrée  à  l’hôpital,  l’abdomen  est 
modérément  ballonné,  signe  de  Delbet  positif.  Contracture  des  droits. 
Au  palper,  douleur  dans  la  fosse  iliaque  droite  qui  se  laisse  pourtant 
facilement  déprimer.  Au  contraire,  la  paroi  reste  rigide,  en  état  de 
défense  marquée  au  creux  épigastrique.  La  pression  éveille  une 
douleur  d’autant  plus  vive  qu’on  se  rapproche  du  rebord  costal  droit. 

A  l’interrogatoire,  le  malade  nous  donne  les  renseignements  suivants  : 
Très  souvent  le  matin  à  son  réveil  il  éprouvait  des  douleurs  d’estomac 
qu’il  calmait,  d’aiileurs,  par  l’ingestion  d’aliments.  Il  avait  un  gros 
appétit  et  ressentait  quatre  ou  cinq  heures  après  les  repas  des 
brûlures  au  creux  épigastrique,  accompagnées  de  régurgitations 
acidès.  Jamais  de  vomissements  ni  d’hématémèses,  ni  mélæna.  Ces 
troubles  gastriques  l’avaient  pris  pour  la  première  fois  à  l’âge  de 
dix-huit  ans. 

Diagnostic *  —  Perforation  d’ulcère  du  duodénum.  Intervention 
immédiate  six  heures  après  le  début  des  accidents. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Anesthésie  à  l’éther.  Laparolomie  médiane  sus-ombilicale.  A  l’ouver¬ 
ture  du  péritoine  l’estomac  se  présente  recouvert  de  quelques  fausses 
membranes. 

Nous  nous  portons  immédiatement  vers  la  région  duodéno-pylo- 
riçjue  où  nous  notons  une  réaction  péritonéale  plus  accusée,  des 
fausses  membranes  plus  épaisses  et  plus  nombreuses.  La  première 
portion  du  duodénum  porte  sur  sa  face  antérieure  une  perforation 
de  la  largeur  d’une  pièce  de  oO  centimes  d’où  sort  de  la  bile  en 
abondance. 

A  la  palpation  nous  ne  percevons  pas  d’induration  des  tuniques 
duodénatés,  la  muqueuse  est  éversée.  Nous  aveuglons  immédiatement 
cette  perforation  à  l’aide  d’un  surjet  au  fil  de  lin.  Un  deuxième  surjet 
séro-séreux  enfouit  totalement  ce  premier  plan  de  suturçs.  Nous  pou¬ 
vons  alors  nous  rendre  compte  que  la  lumière  du  duodénum  ne 
se  trouve  pas  notablement  rétrécie  par  ces  deux  plans  de  sutures 
qui  ont  été  faits  perpendiculairement  à  l’axe.  C’est  pourquoi  nous 
n'avons  pas  fait  de  gastro-entérostomie  complémentaire.  Toilette  du 
péritoine  qui  est  souillé  de  sang  et  de  bile  surtout  le  long  du  côlon 
ascendant,  dans  le  sinus  pariéto-colique  droit  et  dans  toute  la  région 
hépatique. 

Le  ventre  est  refermé,  mais  en  laissant  une  mèche  de  drainage  arri¬ 
vant  jusqu’au  contact  de  la  suture. 

Les  suites  opératoires  ne  furent  pas  simples.  Le  lendemain  matin, 
28  avril  :  langue  sèche,  pouls  petit,  rapide  à  130,  température  38°.  Injec¬ 
tion  d'huile  camphrée,  de  sérum. 

Le  29  avril,  lé  malade  va  mieux  ;  la  langue  s’est  humectée  ;  le  pouls, 
meilleur,  bat  à  90.  Mais  la  température  est  montée  à  39°.  Le  malade 
fait  une  bronchite  aiguë  généralisée.  Puis  tout  rentre  dans  l’ordre. 
Vingt  jours  après,  sur  sa  demande,  le  malade  sort  de  l’hôpital,  refu¬ 
sant  toute  nouvelle  intervention. 

Nous  l’avons  revu  le  30  mai  dernier.  Il  a  repris  son  métier  de  chauf¬ 
feur  d’automobile  et  déclare  qu’il  ne  s’est  jamais  si  bien  porté.  11  a 
engraissé  ;  l’appétit  est  bon  et  il  ne  souffre  plus  de  l’estomac  comme 
avant  sa  perforation.  Nous  l’avons  fait  examiner  à  l’écran  par  notre 
ami  le  docteur  Viallet. 

Messieurs,  je  ne  reprendrai  pas  au  sujet  de  ces  observations  les 
différents  arguments  produits  déjà  pendant  la  discussion  en  cours 
sur  le  traitement  des  ulcères  perforés.  Cliniquement,  je  ferai 
remarquer  le  peu  de  fréquence  des  vomissements  ;  un  seul  des 
malades  en  a  eu  et  une  seule  fois. 

Au  reste,  ce  qu’il  importe  de  réunir,  ce  sont  les  faits  ;  ce  qu’il 
importe  de  connailre,  c’est  l’opinion  de  chirurgiens  expérimentés. 
Les  opinions  de  MM.  Charrier  et  Ferrari  sont  clairement  mani¬ 
festées  par  la  conduite  même  qu’ils  ont  suivie. 

Dans  ces  cinq  observations,  pas  de  gastrectomie  partielle. 

La  gastro-entérostomie  a  été  faite  dans  deux  cas  où  il  existait 


SÉANCE  DU  21  MARS 


499 


après  suture  une  diminution  trop  considérable  du  calibre  du 
pylore. 

Ces  deux  malades  seuls  sont  décédés.  Loin  de  moi  la  pensée  de 
critiquer  dans  ces  cas  la  gastro-entérostomie  puisqu’elle  était  net¬ 
tement  indiquée.  De  plus  rien  n’est  plus  délicat  que  de  porter  un 
jugement  critique.  La  comparaison  dontil  résulte  forcément  porte 
sur  des  faits  trop  dissemblables  et  c’est  pourquoi  la  valeur  critique 
des  statistiques  les  plus  éblouissantes  et  des  opérations  les  plus 
hardies  ne  saurait  infirmer  la  simplicité  de  certains  faits. 

Pour  ma  part  j’estime  que  tout  traumatisme  chirurgical  surajouté 
demande  une  indication  précise  et  que,  comme  MM.  Charrier  et 
Ferrari  le  pensent,  la  gastro-entérostomie  ne  doit  être  faite  que 
lorsque  le  pylore  paraît  trop  rétréci. 

Je  crois,  ainsi  que  notre  distingué  collègue  Charrier,  qu’il  ne  faut 
pas  essayer  de  comprendre  systématiquement  dans  le  traitement 
d’urgence  de  l’ulcère  perforé  le  traitement  radical  de  l’ulcère. 
Quoique,  pour  ma  part,  je  sois  partisan,  dans  de  nombreux  cas 
d’ulcère  non  perforé,  de  la  pylorectomie  ou  d’une  exérèse  large,  je 
demeure  convaincu  que  dans  les  perforations  l'intervention 
miniriia  est  la  règle  la  plus  sûre.  Suture  et  enfouissement  après 
excision  des  bords  avec  épiplooplastie;  excision  d’une  plaque  car¬ 
tonnée  peu  étendue  ;  gaslro  entérostomie  de  vidange  quand  elle 
est  nécessaire,  me  semblent  devoir  demeurer  les  procédés  habi¬ 
tuels.  La  gastrectomie  partielle  ne  me  paraît  avoir  que  des  indica¬ 
tions  exceptionnelles  lorsque  tout  enfouissement,  toute  suture, 
même  au  prix  d’une  exérèse  limitée,  sont  impossibles. 

Une  intervention  mesurée,  rapide,  précoce,  dans  les  douze  heures, 
la  résistance  générale  du  sujet,  la  valeur  microbienne  du  liquide 
épanché,  la  résistance  hépatique  de  l’opéré  demeurent  les  facteurs 
qui  assurent  le  succès. 

Messieurs,  je  vous  propose  de  remercier  MM.  Charrier  et  Ferrari 
des  intéressantes  observations  qu’ils  nous  ont  adressées. 


2°  Anesthésie  au  protoxyde  d’azote. 

M.  A.  Lapointe.  —  Comme  ceux  de  nos  collègues  qui  ont  déjà 
discuté  l’observation  présentée  par  mon  ami  Schwartz,  je  m’étonne 
qu’il  ait  cru  possible  d’envisager  la  responsabilité  du  protoxyde 
d’azote  dans  les  accidents  si  inquiétants  qui  ont  suivi  une  cholé¬ 
cystectomie  avec  drainage  de  l’hépatique. 

Que  ce  mode  d’anesthésie  n’atteigne  pas  la  perfection  idéale, 


500 


SOCIÉTÉ  DK  CHIRURGIE 


c’est  un  fait  dont  conviendront,  je  pense,  même  ceux  qui  l’utilisent 
d’une  façon  régulière. 

L’expérience  que  j'en  ai  est  restreinte,  puisqu’elle  n’est  basée 
que  sur  une  vingtaine  de  cas.  Mais  l'un  de  Ces  cas  me  louche 
d’aussi  près  qu’il  est  possible  ;  un  des  spécialistes  les  plus 
demandés  de  la  place  m’a  administré  le  protoxyde  d’azote  et  j’en 
ai  gardé  une  telle  impression  de  danger  de  mort  imminente  par 
asphyxie  que,  si  j’avais  à  subir  une  nouvelle  anesthésie,  il  me 
faudrait  un  motif  bien  impérieux  pour  que  j’accepte  une  seconde 
fois  de  tenter  pareille  épreuve.  En  comparaison,  le  chloroforme 
est  délicieux  et  je  parle,  ici  encore,  en  connaisseur. 

Il  y  a  aussi  la  difficulté  de  la  technique;  et,  pour  l’opérateur,  la 
gêne  qui  résulte  du  suintement  sanguin  et  de  cette  absence  habi¬ 
tuelle  du  calme  respiratoire  auquel  nous  tenons  tant  dans  nos 
interventions  abdominales,  parce  qu’il  les  facilite  et  contribue, 
de  ce  fait,  au  succès. 

Ce  sont  là,  je  le  veux  bien,  des  défauts  négligeables  ou  du  moins 
largement  compensés  par  ce  précieux  avantage  qu’on  accorde 
généralement  au  protoxyde,  de  n’être  pas  toxique,  ou  de  ne  pas 
l’être  autant  que  les  autres  agents  de  la  narcose  par  inhalation. 

La  question  que  s’est  posée  Schwartz  et  qu’il  nous  a  posée  est 
donc  d’un  intérêt  capital  et  il  convient  de  se  demander  avec  lui  si 
son  observation  et  les  observations  similaires  sont  susceptibles 
de  modifier  l’opinion  courante. 

La  malade  de  Schwartz,  après  cholécystectomie  et  cholédoco- 
tomie,  présenta  un  syndrome  inquiétant  d’insuffisance  cardio- 
hépato-rénale  qui  la  mit  à  deux  doigts  de  la  mort.  Il  a  semblé  à 
notre  collègue  que  ces  accidents  ne  pouvaient  être  attribués  qu’au 
protoxyde.  A  sa  place^  j’aurais  béni  le  protoxyde  de  m’avoir  évité 
un  désastre  ! 

J’ai  perdu  un  opéré  dans  des  conditions  très  analogues  :  un 
lithiasique  pour  lequel  j’avais  cru  devoir  renoncer. à  l’éther. 

Il  s’agissait  d’un  malade  de  cinquante-six  ans,  amaigri,  déprimé 
—  on  l’avait  cru  atteint  d’un  cancer  de  l’angle  sous-hépatique  du 
côlon^ —  que  j’opérai,  le  31  mai  1921,  d’une  vieille  cholécystite 
calculeuse.  Le  dosage  préopératoire  de  l’urée  sanguine  avait 
donné  le  chiffre  très  minime  de  0  gr.  19,  et  la  constante  était 
à  1,  à  peine  au-dessus  de  la  normale.  Comme  il  y  avait  un  peu 
d’albumine,  je  convoquai  M.  Chassin. 

L’opération  fut  pénible  ;  la  vésicule,  qui  contenait  trois  calculs 
gros  comme  des  noix,  adhérait  étroitement  au  côlon  et  à  l’épi¬ 
ploon.  très  friable,  elle  se  rompit  et  mon  intervention  ne  fut  pas 
rigoureusement  aseptique. 

Mon  opéré  présenta  quelques  signes  d’infection  ;  c’était  banal  ; 


SÉANCE  DU  21  MARS 


501 


mais  il  cessa  d’uriner  le  deuxième  jour  et  succomba  le  cinquième. 

Je  n’ai  pas  songé  un  seul  instant  à  incriminer  le  protoxyde. 
Je  me  suis  dit,  tout  simplement,  que  les  hépatiques  sont  fragiles  ; 
que  la  chirurgie  des-lithiasiques,  même  quand  on  ne  louche  qu’à 
la  vésicule,  n’est  pas  une  chirurgie  de  tout  repos  et  que  si  le  pro¬ 
toxyde  d’azote  est  capable  de  diminuer  le  danger  de  l’anesthésie, 
ce  serait  trop  beau  s’il  nous  garantissait  à  tout  coup  contre  les 
accidents  ou  les  morts  post-opératoires,  dans  lesquels  inter¬ 
vient,  entre  autres  facteurs,  l’insuffisance  hépato-rénale  avérée 
ou  latente. 


Communications. 

Volumineuse  hydronéphrose 
par  coudure  de  l'uretère  sur  un  vaisseau  anormal 
chez  un  enfant  de  treize  ans. 

.  Néphrectomie  par  voie  antérieure,  trànspériionéale. 

par  M.  ANDRE  CHALIER  (de  Lyon),  correspondant  national, 

avec  la  collaboration  de  M.  VERGNORY,  chef  de  clinique  chirurgicale. 

L’enfant  Armand  B...,  âgé  de  treize  ans,  nous  est  adressé,  le 
1er  décembre  1922,  pour  une  volumineuse  tumeur  de  l’hypocondre 
gauche.  Cet  enfant  a  jusqu’alors  joui  d’une  excellente  santé.  Il  a 
cinq  frères  et  sœurs  bien  portants  ;  son  père  et  sa  mère  sont  de  même. 
Il  ÿ  a  environ  un  an,  il  aurait  ressenti,  pour  la  première  fois,  un  point 
de  côté  T30us-costal  gauche. 

C’est  seulement  en  mars  1922  que  son  médecin  fut  appelé  auprès  de 
lui;  il  ne  trouva  alors  que  des  troubles  gastriques  et  intestinaux. 
Depuis  le  mois  de  juillet,  l’enfant  a  présenté  trois  crises  abdominales 
douloureuses  qui  auraient  duré  chacune  huit  jouis  et  se  seraient 
accompagnées  de  constipation,  de  vomissements  et  d’émissions 
d’urines  noires  (?) 

A  l’examen,  le  l8r  décembre  1922,  on  constate  l’existence,  dans 
l’hypocondre  gauche,  d’une  volumineuse  masse  arrondie,  qui  fait  une 
saillie  convexe  en  avant.  On  estime  ses  dimensions  à  celles  d’une  tête 
d-enfant.  Cette  tuméfaction  est  lisse,  rénitente,  pseudo-fluctuante  ;  elle 
présente  à  la  percussion  une  légère  sonorité  autérieure  (interposition 
de  l’estomac  ou  du  côlon)  ;  la  palpation  de  l’hypocondre  du  côté 
opposé  ne  fait  rien  sentir  d’anormal,  en  particulier  on  ne  sent  pas  le 
rein.  Mictions  régulières  en  nombre  et  en  quantité.  Pas  d’albumine, 
pas  de  pus  dans  les  urines.  Bon  état  général,  Sans  fièvre,  et  sans 
autres  lésions  décelables.  Le  diagnostic  est  hésitant  entre  hydro- 
néphrose  èt  kÿsté  congénital. 

Le  4  décembre  1922,  intervention.  Anesthésie  générale  à  l’éther.  On 


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SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


décide  d’aborder  systématiquement  la  tumeur  par  la  voie  transpéri¬ 
tonéale  au  moyen  d’une  longue  incision  antérieure,  parallèle  au  rebord 
costal,  à  4  centimètres  au-dessous  de  lui.  Le  ventre  ouvert,  la  tumeur 
apparaît  sous-péritonéale,  d’un  aspect  bleuté;  elle  est  kystique,  très 
fluctuante,  remplie  par  un  liquide  sous  tension  ;  elle  est  recouverte  par 
la  moitié  gauche  du  transverse,  par  l'angle  gauche  et  par  l’origine  du 
côlon  descendant  avec  les  mésos  porte-vaisseaux  de  ces  deux  segments 
intestinaux.  Par  une  incision  externe  du  péritoine  pariétal  postérieur, 
on  décolle  le  côlon  descendant  et  on  le  refoule  en  avant  et  en  dedans, 
sans  aller  jusqu’à  sectionner  les  ligaments  angulo-coliques.  On  se 
rend  compte  alors  qu’il  ne  s’agit  pas  d’un  kyste  proprement  dit  mais 
d'une  hydronéphrose  volumineuse  ;  on  évacue  par  ponction  son 
contenu,  soit  un  bon  litre  de  liquide.  Malgré  l’excellente  vision  que 
donne  l’incision  antérieure,  on  renonce  à  toute  tentative  conservatrice,- 
mais  non  sans  avoir  constaté  par  la  palpation  intra-abdominale  la 
présence  d’un  rein  droit  normalement  conformé.  On  libère  donc  la 
face  postérieure  du  rein  hydronéphrotique  ainsi  que  ses  deux  pôles 
pour  faire  la  néphrectomie,  la  face  antérieure  ayant  été  dégagée  sur 
toute  son  étendue  par  clivage  du  côlon  descendant  et  du  méso  corres¬ 
pondant.  Le  pédicule  vasculaire  est  lié  très  aisément,  sous  le  contrôle 
direct  de  la  vue,  en  deux  tronçons.  L’uretère,  très  mince,  est  sectionné 
entre  deux  ligatures,  isolément,  à  trois  centimètres  au-dessous  de  la 
poche.  Le  rein  enlevé,  une  petite  mèche  est  placée  dans  la  cavité  et 
ressort  par  la  partie  la  plus  externe  de  l’incision.  Le  côlon  descendant 
est  reflxé  en  sa  place  normale.  Reconstitution  soigneuse  de  la  paioi 
en  trois  plans. 

Suites  des  plus  simples.  Le  malade  a  uriné  120  cent,  cubes  dès  le 
premier  soir,  500  le  second.  A  partir  du  troisième  jour,  le  taux  des 
urines  émises  a  atteint  1.000  grammes. 

L’enfant  est  parti  guéri,  complètement  cicatrisé,  douze  jours  après 
l’opération.  Nous  le  savons,  depuis,  en  excellente  santé. 

La  pièce  enlevée  représente  un  rein  lobulé,  volumineux,  mais  avec 
un  parenchyme  très  aminci  et  avec  une  poche  hydronéphrotique  qui 
était  considérable,  puisqu’elle  renfermait  au  moins  un  litie  de  liquide. 
A  l’origine  de  l’uretère  est  uns  coudure  à  cheval  sur* une  artère  anor¬ 
male,  qui,  venant  de  l’artère  rénale,  passe  en  sautoir  au  devant  du 
collet  de  l’uretère  pour  arriver  ah  pôle  inférieur  du  rein. 

Cette  observation  nous  paraît  intéressante  à  de  multiples 
points  de  vue. 

Tout  d’abord,  il  n’est  pas  très  fréquent  que  l’on  ait  à  opérer  des 
hydronéphroses  volumineuses  chez  des  enfants.  Pendant  assez 
longtemps,  cette  hydronéphrose. fut  latente,  et  avant  de  faire  une 
saillie  nettement  perceptible,  elle  s’était  traduite,  comme  il  est 
assez  fréquent  en  pareil  cas,  par  des  troubles  gastro-intestinaux 
qui  avaient  égaré  le  diagnostic.  La  chose  est  bien  connue,  surtout 
depuis  la  thèse  de  notre  ami  Maire  (Lyon,  1909)  consacrée  aux 


SÉANCE  DU  21  MARS 


503 


«  difficultés  du  diagnostic  des  grosses  hydronéphroses  ». 

Au  point  de  vue  paihogénique,  on  peut,  dans  notre  cas,  dis¬ 
cuter  le  rôle  joué  par  le  vaisseau  anormal.  Cette  question  a  été 
complètement  étudiée  par  Papih  et  Iglésias  dans  la  /levue  de 
Gynécologie  en  1909.  Il  semble  bien  que,  chez  notre  malade,  le 
vaisseau  anormal  ait  joué  un  rôle  important  dans  la  production 
de  l’hydronéphrose,  puisque  le  vaisseau  faisait  une  corde  nette 
qui  étranglait  l’uretère;  au-dessus  du  vaisseau  était  la  poche  très 
distendue;  au-dessous  exactement,  était  un  uretère  normal,  et 
même  de  calibre  un  peu  diminué,  du  fait  sans  doute  d’un  défaut 
de  fonctionnement,  mais  sans  aucun  autre  obstacle  sous-jacent. 

En  tous  cas,  les  lésions  étaient  telles  qu’îl  ne  pouvait  être  ques¬ 
tion  d'une  opération  conservatrice  :  on  sait  que  la  section  du  vais¬ 
seau  anormal  peut  s’accompagner  d’une  nécrose  grave,  laquelle, 
par  la  suite,  peut  légitimer  une  néphrectomie  secondaire.  De 
même,  les  opérations  plastiques  ne  donnent  pas  toujours  dans  les 
gran des  hydronévroses  les  résu  I  tats  éloignés  qu’on  peut  en  a  tte n  dre, 
et  si  l’on  s’en  rapporte,  par  exemple,  à  la  pratique  du  professeur 
Rochet,  telle  qu’elle  est  condensée  dans  la  thèse  de  Carry  (Lyon, 
1919),  on  se  rend  compte  que,  le  plus  souvent,  le  rein  conservé  a 
perdu  toute  valeur  fonctionnelle  et  parfois  même  que  l’uretère 
s’est  oblitéré.  Le  rein  droit  étant  sain,  nous  avons  donc  bien  fait 
d’extirper  le  rein  gauche. 

Nous  n’épiloguerons  pas  longtemps  sur  la  question,  fort  inté¬ 
ressante  pourtant,  mais  très  controversée,  de  la  meilleure  voie 
d'abord  du  rein.  M.  Louis  Bazy  vous  en  a  entretenus  ici  même 
récemment  (6  décembre  1922)  à  l’occasion  des  observations  de 
MM.  Combier  et  Murard,  Robert  Dupont,  et  Émile  Veil.  Nous 
souscrivons  à  ses  conclusions  sur  l’avantage  de  l’incision  anté¬ 
rieure  dans  la  plupart  des  grosses  tuméfactions  rénales.  C’est  elle, 
à  coup  sûr,  qui  donne  la  meilleure  vision  sur  la  tumeur  elle- 
même,  et  surtout  sur  son  pédicule;  c’est  elle  aussi  qui  rend 
l’extériorisation  la  plus  facile.  Mais,  contrairement  à  M.  Bazy, 
nous  croyons  que,  dans  les  affections  aseptiques  comme  c’était  le 
cas  chez  notre  malade,  la  voie  transpéritonéale  est  préférable  à  la 
voie  parapéritonéale,  car  elle  permet  d’apprécier  mieux,  avant 
tout  décollement  du  côlon  descendant,  l’étendue  de  la  masse,  ses 
dimensions,  ses  rapports,  sa  nature,  et,  une  fois  cette  exploration 
faite,  rien  n’est  plus  facile  que  de  protéger  soigneusement  avec 
des  compresses  la  grande  cavité  péritonéale,  pour  passer  à  la 
mobilisation  du  côlon  descendant,  à  la  façon  de  M.  Pierre  Duval, 
et  même,  s’il  le  fallait,  à  la  mobilisation  angulo-colique.  Ensuite  la 
néphrectomie  se  déroule  très  simplement,  au  moins  dansles  hydro- 
nép'hroses  non  infectées  :  l’hémostase  se  fait  de  la  façon  la  plus 


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SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


correcte,  sous  le  contrôle  de  la  vue  et,  quand  l’opération  est  termi¬ 
née,  il  ne  reste  qu’à  rabattre  et  à  fixer  en  sa  place  l’intestin  mobilisé. 
Une  petite  mèche-tampon  peut  même  être  laissée  dans  la  zone  dé¬ 
collée  sous-péritonéale  et,  en  l’exclua nt  très  aisémen  t  du  grand  péri¬ 
toine,  on  la  fait  ressortir  par  la  partie  la  plus  externe  de  l’incision. 

M.  Raymond  Grégoire.  —  J’ai  beaucoup  de  peine  à  accepter  la 
pathogénie  de  l’hydronéphrose  par  vaisseau  anormal.  Pourquoi, 
si  ceci  était  vrai,  toutes  les  femmes  ne  seraient-elles  pas  atteintes 
d’hydronéphrose,  et  d’hydronéphrose  double  puisque  l’artère 
utérine  croise  et  même  entoure  en  partie  leurs  uretères? 

Dans  le  rapport  que  Pierre  Duval  et  moi  avons  écrit  pour  le 
Congrès  d’urologie  de  1906,  nous  avions  défendu  l’origine 
congénitale  de  ces  distensions  des  voies  urinaires  supérieures.  Il 
existe,  dans  ces  cas,  un  rétrécissement  excessif  de  ce  tétrécisse- 
ment  normal  qu’on  appelle  le  collet  de  l’uretère.  Derrière  cette 
sténose  incomplète  s’établit  une  dilatation  lente  qui  peut  acquérir, 
les  proportions  énormes  de  certaines  uronéphroses. 

Que  la  distension  commencée  soit  augmentée  encore  par  la 
coudure  sur  l’artère  anormale,  le  fait  est  très  possible.  Mais 
l’action  du  vaisseau  anormal  n’est  que  secondaire  dans  le  déve¬ 
loppement  de  la  plupart  de  ces  hydronéphroses  dites  spontanées. 

M.  Tuffier.  —  J’accepte  très  volontiers  avec  Grégoire  que  des 
rétrécissements  congénitaux  de  la  partie  supérieure  de  l’uretère 
soient  susceptibles  de  provoquer  des  hydronéphroses,  mnis  je  ne 
puis  pas.  admettre  que  la  présence  d’un  vaisseau  anormal  en  dehors 
du  pédicule  rénal  ne  soit  jamais  l’origine  de  cette  hydronéphrose 
intermittente,  et  le  mécanisme  ne  m’en  semble  pas  très  obscur. 

Tout  d’abord  la  partie  dilatée  de  l’urètre  et  du  bassinet-est  exac¬ 
tement  sus-jacente  au  croisement  du  vaisseau  —  c’est  une  cons¬ 
tatation  que  j’ai  pu  faire  de  visu.  De  plus,  en  réduisant  le  rein 
dans  la  fosse  lombaire  on  voit  la  coudure  se  redresser  :  la  fixation 
du  rein  réduit  peut  faire  disparaître  complètement  les  crises 
intermittentes;  enfin,  j’ai  montré  expérimentalement,  ily  aquelque 
trente  ans,  que  plus  le  rétrécissement  et  la  coudure  étaient  peu 
marqués,  plus  l’hydronéphrose  pouvait  être  considérable.  Ces  faits 
ont  entraîné  ma  conviction. 

Quant  au  mécanisme,  je  me  le  suis  toujours  expliqué  ainsi  : 
Quand  le  rein  devient  mobile,  même  légèrement,  et  descend,  son 
pédicule  vasculaire  normal  et  le  bassinet  suivent,  et  il  n’est  point 
de  cause  directe  de  coudure  si  le  tissu  graisseux  est  normal. 
Quand,  au  contraire,  il  existe  un  vaisseau  anormal  venant  de 
l’aorte,  l’extrémité  supérieure  du  vaisseau  anormal  ne  cède  pas, 


SÉANCE  DU  21  MARS 


505 


le  rein,  bascule  et  son  uretère  se  coude  sur  cette  corde.  Je  pense 
donc  qu’il  y  a  là  une  cause  de  ces  accidents  d’hydronéphro>e  —  ce 
qui  ne  veut  pas  dire  qu’elle  soit  univoque. 

M.  Alglave,  —  Tout  en  partageant  l’opinion  de  notre  collègue 
Grégoire  qui  nous  dit  que  le  simple  passage  d’un  vaisseau  anormal 
au  devant  de  l’uretère  ne  peut  pas  être  cause  de  la  production 
d’une  hydronéphrose,  je  dois  faire  remarquer  que,  quand  une 
ptose  rénale  s’ajoute  au  passage  de  ce  vaisseau  anormal  au  devant 
de  l’uretère,  une  rétention  devient  possible  par  coudure  de  l’ure¬ 
tère  sur  ce  vaisseau,  comme  aussi  sur  l'artère  utéro-ovarienne. 

J’en  ai  observé  et  publié  un  bel  exemple  dans  le  passé  et  la 
pièce  recueillie  montrait  avec  évidence  la  coudure  de  l’uretère  sur 
les  vaisseaux  utéro-ovariens.  Dans  ce  cas  d’hydronéphrose,  le  rein 
était  tombé  dans  la  fosse  iliaque  interne  avec  son  pôle  inférieur 
contre  le  promontoire. 

M.  Hartmann.  —  Il  me  semble  difficile  de  rejeter  d’une  manière 
absolue  le  rôle  du  croisement  de  l’origine  de  l’uretère  par  un 
vaisseau  anormal  dans  la  pathogénie  de  l’uronéphrose  intermit¬ 
tente.  J’ai  deux  fois  sectionné  simplement  entre  deux  ligatures  le 
vaisseau  anormal. 

Cette  simple  section,  combinée  à  la  néphropexie,  a  suffi  pour 
guérir  mes  malades  et  les  mettre  à  l’abri  de  crises  nouvelles 
d’uronéphrose. 

Ces  deux  observations,  suivies  l’une  pendant  huit  ans,  l’autre 
pendant  quatre  ans,  se  trouvent  publiées  dans  la  quatrième  série 
de  mes  Travaux  de  chirurgie  (Voies  urinaires,  1913). 

M.  Tuffier.  —  Si  je  puis  retrouver  mes  deux  observations,  où  la 
section  du  vaisseau  a  fait  céder  les  accidents,  je  les  verserai  au 
débat. 

M.  André  Cualier.  —  Je  ne  crois  pas  qu’on  puisse,  comme  le 
fait  M.  Grégoire,  comparer  le  croisement  normal  de  l’uretère  chez 
la  femme  par  l’artère  utérine  avec  le  croisement  du  collet  du  con¬ 
duit  par  une  artère  anormale.  Celle-ci,  à  en  juger  au  moins  par  mon 
cas,  comprimait  nettement  l’uretère  qui,  par  ailleurs,  ne  présenlait 
intérieurement  aucune  valvule  ou  aucune  sténose  susceptible 
d’être  interprétée  comme  une  lésion  congénitale.  Le  rôle  du  vais¬ 
seau  anormal  dans  la  pathogénie  de  l’hydronéphrose  est  d’autre 
part  prouvé  parles  cas,  assez  nombreux,  où  la  section  du  vaisseau 
a  supprimé  l’obstacle  et  a  guéri,  au  moins  temporairement,  la 
rétention  rénale.  Malgré  cela,  je'  crois  que,  dans  les  grandes 


506 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


hydronéphroses,  la  malformation  est  complexe  et  porte  autant  sur 
le  rein,  comme  le  dit  notamment  M.  Rochel,  que  sur  l’uretère. 
Mon  malade  avait,  en  effet,  non  seulement  une  artère  rénale  anor¬ 
male,  mais  aussi  un  rein  bosselé,  lobulé,  donc  malformé.  Et  ce 
sont  ces  lésions  multiples  qui  m’ont  incité  à  supprimer  l'organe, 
d’autant  que  les  opérations  conservatrices  sont  aléatoires  dans 
leurs  résultats  éloignés. 


Ostéosarcome  de  l'humérus  droit. 

Désarticulation  inler-scapulo- thoracique. 

Récidive  dans  Us  ganglions  thoraciques  et  la  plèvre  du  même,  côié, 
plus  de  huit  ans  après, 

par  M.  G.  DEHELLY  (du  Havre),  correspondant  national. 


Bruny  (Albert)  me  fut  adressé  fin  mai  1913,  par  leDrLemonnier, 
pour  une  grosse  tumeur  de  l’épaule  droile,  pour  laquelle  le 
diagnostic  d’ostéosarcome  de  l’extrémité  supérieure  de  l’humérus 
était  évident.  Une  radiographie  du  Dr  de  Boissière  nous  confirma 
ce  diagnostic. 

Le  malade  rapportait  cette  affection  à  un  traumatisme  survenu 
en  octobre  1912  et  qui  avail  provoqué  une  fracture  de  cette  même 
extrémité  de  l’humérus.  La  recherche  de  l’étiologie  de  cette 
tumeur  prenait  dès  lors  un  intérêt  tout  particulier. 

En  octobre  1912,  Bruny  avait  repris  son  travail  depuis  une 
dizaine  de  jours  depuis  son  retour  du  régiment;  une  balle  de 
coton  vint  lui  heurter  le  bras  et  lui  fractura  l’humérus  au-dessous 
des  tubérosités.  Il  fût  soigné  à  l’hôpital  Pasteur  par  le  regretté 
Dr  Balard  et  une  radiographie  montrait  une  fracture  assez  irré¬ 
gulière  sur  un  os  d’apparence  normale.  J’ai  vu  cette  radiogra¬ 
phie,  à  cette  époque;  malheureusement  elle  n’a  pas  été  con¬ 
servée  et  l’hôpital  Pasteur  n’a  pu  me  la  communiquer  de 
nouveau. 

En  janvier  1913,  le  Dr  Termet,  médecin  de  la  Compagnie  d’as¬ 
surances*  constatant  un  cal  volumineux  et  une  gêne  importante 
des  mouvements,  signait  sa  reprise  de  travail  avec  une  incapacité 
permanente  de  travail  de  30  p.  100  environ. 

Depuis  le  moment  de  sa  reprise  de  travail,  le  blessé  fut  de  plus 
en  plus  gêné,  son  épaule  grossit  rapidement  et  il  nous  arriva  tel¬ 
lement  affaibli  que  j’hésitais  à  intervenir.  Cependant,  l’absence 
de  symptômes  de  métastases,  le  fait  qu’aucun  ganglion  n’était 
perceptible  dans  le  cou,  me  décida  à  pratiquer,  le  30  mai  1913,  la 


SÉANCE  DU  21  MARS 


507 


désarticulation  inter-scapulo-lhoracique.  Malgré  les  craintes  que 
son  é':at  général  m’avait  inspirées,  le  blessé  n'eut  pas  le  moindre 
shock  opératoire  et  guérit  sans  incident. 

L’examen  de  la  tumeur,  fait  par  le  professeur  Letulle,  montra 
un  ostéosarcome  à  mvéloplaxes. 

Je  n’avais  eu  depuis  aucune  nouvelle  de  ce  blessé,  lorsque  le 
7  janvier  1922,  il  entrait  dans  mon  service,  envoyé  par  le  Dr  Por- 
cheron,  avec  le  diagnostic  de  pleurésie  hémorragique,  dont  le 
malade  se  plaignait  depuis  octobre  1921. 

Le  malade,  très  affaibli,  présentait  de  nombreux  ganglions  du 
cou,  durs,  mobiles  sur  les  plans  superficiels  et  profonds;  on  n’en¬ 
tendait  plus  la  respiration  dans  l’hémithorax  droit,  complètement 
mat.  La  ponction  exploratrice  donna  après  un  long  trajet  de 
l’aiguille  du  liquide  sanglant,  que  l’absence  de  laboratoire  à  l’hô¬ 
pital  ne  nous  permit  pas  de  faire  examiner. 

Le  diagnostic  de  récidive  ganglionnaire  et  pleuro  pulmonaire 
nous  parut  évidenl,  et  d’ailleurs  la  mort  venait  rapidement  nous 
permettre  d’en  rechercher  la  confirmation  nécropsique. 

Ce  qui  me  frappa  tout  d’abord,  à  l’ouverture  du  thorax,  c’est 
l’épaisseur  de  la  plèvre  droite.  â  peu  près  dans  toute  son  étendue, 
il  y  a  sur  la  cage  thoracique  une  couche  de  tissu  lardacé,  blan¬ 
châtre,  de  2  à  5  centimètres  d’épaisseur  et  le  poumon  est  de  son 
côté  enserré  par  le  même  tissu  et  les  deux  feuillets  pleuraux  sou-  ’ 
vent  accolés  laissent  entre  eux  une  toute  petite  cavité  contenant 
100  cent,  cubes  de  liquide  sanglant. 

Le  poumon  est  sain  et  ne  contient  aucun  noyau  métastalique, 
au  contraire  de  ce  que  je  pensais,  et  de  ce  que  l’on  voit  le  plus 
habituellement. 

De  nombreux  ganglions  étaient  disséminés  dans  le  cou  et  le 
médias  tin. 

Le  poumon  de  la  plèvre  gauche,  le  péricarde  et  le  cœur  sont 
normaux. 

Je  ne  trouvai  macroscopiquement  rien  dans  l’abdomen.' 

Les  pièces  prélevées  au  cours  de  l’aulopsie  ont  été  examinées 
par  M.  Letulle,  dont  voici  les  conclusions  : 

«  Il  s’agit  bien  d’un  tissu  sarcomateux.  Les  masses  bourgeon¬ 
nantes  sont  lâches,  molles,  souvent  en  partie  nécrpbiotiques.  Les 
cellules  tumorales  sont  peu  volumineuses,  polymorphes,  chargées 
de  suc  et  probablement  de  glycogène.  Leurs  noyaux,  de  volume 
et  de  forme  très  variables,  sont  souvent  bourgeonnants  framboi- 
siformes  :  maintes  fois  aussi,  ils  sont  en  karyokinèse  désordonnée. 
De  larges  lacs  sanguins  se  sont  creusés  dans  les  bourgeons  sarco¬ 
mateux  et  ces  vaisseaux  de  nouvelle  formation  ne  sont  limités 
que  par  les  cellules  tumorales  elles-mêmes,  sans  qu’on  puisse, 

BULL.  ET  MÉM.  PE  LA  SOC.  DE  CHIR.,  1923.  36 


508 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


d’ordinaire,  reconnaître  sur  Jes  bords  de  la  lumière  vasculaire  la 
moindre  trace  d’endothélium. 

«  Sur  aucune  de  nos  coupes,  nous  n’avons  retrouvé  de  myélo- 
plaxes,  c'est-à-dire  de  grosses  cellules  à  noyaux  multiples. 

«  En  résumé  :  Sarcome  bourgeonnant  en  voie  de  nécrobiose 
insulaire,  sans  accompagnement  de  sclérose  notable  ». 

Cette  observation  m’a  paru  présenter  un  assez  gros  intérêt  tout 
d’abord  du  point  de  vue  étiologique.  Il  nous  a  semblé  qu’il  était 
impossible  de  nier  le  rôle  primordial  du  traumatisme  dans  l’éclo¬ 
sion  de  cet  ostéosarcome. 

Le  point  capital  est  le  fait  qu’une  constatation  radiologique  a 
montré  une  fracture  sur  un  os  d’apparence  saine.  Un  second 
argument  est  que  cette  fracture  s’est  consolidée  et  que  le  blessé  a 
repris  son  travail  après  un  examen  qui  a  montré  au  Dr  Termet  un 
cal  exubérant.  Enfin,  la  section  de  la  tumeur  au  moment  de 
l’exérèse  ne  montrait  aucune  solution  de  continuité  dans  la  masse 
qui  aurait  pu  indiquer  une  fracture  spontanée  dans  une  tumeur. 

Un  symptôme  était  particulièrement  frappant  avant  la  désarti¬ 
culation,  c’était  l’état  de  dépression  du  sujet.  En  effet,  la  tumeur, 
du  volume  de  deux  poings,  n’évoluait  que  depuis  quelques  mois 
et  ne  présentait  aucune  métastase  décelable  par  l’examen,  et 
cependant  le  blessé  était  très  faible,  très  amaigri,  avait  le 
teint  blafard,  était  en  somme  profondément  intoxiqué  par  sa 
tumeur. 

Si  j’insiste  sur  ce  fait,  c’est  qu’il  m’avait  semblé  que  l’état 
général  grave  du  blessé  n’était  pas  en  rapport  avec  les  lésions 
anatomiques,  mais  avec  le  pouvoir  d’intoxication  de  la  tumeur. 
Et  la  mort  me  paraît  être  survenue  dans  des  conditions  iden¬ 
tiques.  Les  lésions  constatées  à  l’autopsie  n’atteignaient  aucun 
organe  vital.  La  plèvre  droite  seule  était  infiltrée  largement  de 
tissu  néoplasique,  laissant  un  poumoD,  gêné  certes  dans  son 
fonctionnement,  mais  assez  peu  pour  que  le  malade  ne  présente 
aucun  phénomène  d’asphyxie  jusqu’à  sa  mort.  D’autre  part,  les 
ganglions  médiastinaux,  bien  que  nombreux,  n’étaient  pas  très 
volumineux  et  ne  présentaient  aucune  adhérence.  La.  mort  me 
semble  donc,  là,  due  à  une  sorte  d’intoxication  bien  plus  qu’à  des 
désordres  anatomiques. 

C’est  pour  arriver  à  cette  conclusion  pratique  que  l’état  général 
grave  d’un  malade  ne  doit  pas  être  une  raison  de  désespérer  de  le 
sauver  dans  un  cas  de  tumeur  maligne  par  une  intervention  même 
aussi  mutilante  qu’une  désarticulation  inter-scapulo-thoracique. 
Dans  le  cas  particulier,  cette  opération  a  eu  des  suites  des  plus 
simples;  le  blessé,  n’ayant  pas  eu  le  moindre  shock,  a  cicatrisé 
par  première  intention. 


SÉANCE  DU  21  MARS 


509 


Le  résultat  a  été  du  reste  inespéré,  puisqu’il  a  donné  lieu  à  une 
survie  de  près  de  neuf  années. 

M.  Hartmann.  —  L’observation  que  vient  de  nous  communi¬ 
quer  M.  Dehelly  est  des  plus  intéressantes;  elle  soulève  en  parti¬ 
culier  une  question  des  plus  importantes,  celle  des  ostéosarcomes 
traumatiques.  Il  l’a  intitulée  :  ostéosarcome  traumatique,  c’est 
peut-être  une  affirmation  un  peu  osée.  Je  ne  crois  pas  que  cette 
observation  permette  de  trancher  la  question  toujours  très  dis¬ 
cutée  de  l’origine  traumatique  de  certains  sarcomes.  M.  Dehelly 
ne  nous  apporte  pas  la  radiographie  de  l’os  au  moment  de  la 
fracture.  Peut-être  en  l’examinant  avec  soin  aurait-on  constaté 
l’existence  d’altérations  structurales  faisant  soupçonner  l’existence 
de  lésions  néoplasiques  préexistant  à  la  fracture?  Le  cal  a-été  plus 
volumineux  qu’à  l’ordinaire.  La  désarticulation  a  été  faite,  un  temps 
assez  court,  six  mois  après  le  traumatisme.  Il  est  possible  que  la 
fracture  initiale  ait  été  dans  la  réalité  une  fracture  pathologique. 

M.  Tuffier.  —  L’intensité  du  traumatisme  doit  toujours  être 
précisée  dans  ces  cas  douteux  de  néoplasmes  post-traumaLiques. 
Le  choc  d’une  balle  de  coton  est  suffisant  pour  provoquer  une 
fracture,  mais  encore  faut-il  préciser,  ce  malade  a-t-il  été  ren¬ 
versé  par  le  choc  ? 

M.  Paul  Thiéry.  —  La  question  de  l’ostéosarcome  traumatique 
soulevée  par  M.  Dehelly  me  paraît  à  la  fois  grave  et  difficile  à 
résoudre  en  quelques  instants,  puisque  la  longue  discussion  qui  a 
suivi  un  rapport  du  regretté  professeur  Segond,  à  un  Congrès  de 
Chirurgie,  n’a  pu  produire  un  accord  entre  les  chirurgiens. 

Dans  ces  cas, .il  y  a  d’abord  intérêt  à  bien  établir  qu'il  y  a  eu 
vraiment  accident,  et  en  quoi  il  a  consisté;  sans  doute  la  chute 
d’une  balle  de  coton  sur  l’épaule  peut  la  contusionner,  voire  même 
produire  une  fracture,  mais  encore  faudrait-il  que  celle-ci  fût 
bien  démontrée. 

Admettons  cependant  qu’il  y  ait  eu  fracture;  celle-ci  a  été 
constatée  par  radiographie,  elle  est  indéniable,  etc.  Dans  ces  con¬ 
ditions,  quelles  conclusions  peut-on  tirer  de  ce  fait? 

a)  Ou  bien  l’accident  a  été  la  cause  déterminante  de  l’ostéo¬ 
sarcome  ; 

b)  Ou  bien  cela  prouve  qu’un  ostéosarcome  peut  se  développer 
sur  un  membre  traumatisé  anlérieurement,  comme  il  pourrait  se 
développer  sur  un  membre  sain,  et,  pour  ma  part,  c’est  l’opinion 
que  j’adopte. 

La  fréquence  des  traumatismes,  la  grande  rareté  des  ostéo- 


310 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


sarcomes  me  semble  établir  que  dans  les  cas  analogues  à  celui  de 
M.  Dehelly,  il  y  a  une  simple  coïncidence,  sans  quoi  nous  obser¬ 
verions  bien  plus  souvent  des  ostéosarcomes.  Admettre  que  le 
traumatisme  a  produit  l’ostéosarcome,  c’est  attribuer  au  «  post  hoc , 
ergo  propter  hoc  »  une  importance  incompatible  avec  l’esprit 
scientifique,  et  ce  serait  au  point  de  vue  social  transformer 
l’assurance-accidents  en  accident-assurance,  tout  traumatisme 
subi  garantissant  le  blessé  pour  toutes  les  maladies  qui  pourront 
ultérieurement  affecter  la  même  région .  C’est  peut-être  une  tendance 
actuelle,  mais  elle  ne  me  semble  pas  scientifiquement  justifiée. 

M.  Maurice  Guevassu.  —  Il  y  aurait  beaucoup  à  dire  sur 
l’observation  qui  nous  est  présentée. 

Je  n’envisagerai  que  la  question  de  la  nature  des  lésions  :  celles 
pour  lesquelles  le  malade  a  été  opéré,  et  celles  dont  il  est  mort 
beaucoup  plus  tard. 

Le  premier  examen,  dont  M.  Dehelly  ne  nous  a  fait  connaître 
que  la  conclusion,  aboutissait  au  diagnostic  de  «  sarcome  à 
myéloplaxes  ».  Si  mon  maître  Pierre  Delbet  était  ici,  il  nous  aurait 
probablement  rappelé  à  ce  sujet  cette  observation  du  regretté 
DelaDglade,  dont  il  avait  été  rapporteur  il  y  a  une  vingtaine 
d’années,  et  dans  laquelle  un  soi-disant  sarcome  à  myéloplaxes 
de  l’humérus,  apparu  comme  celui-ci  consécutivement  à  une 
fracture,  n’était  finalement  qu’un  processus  anormal  de  cicatri¬ 
sation  de  la  moelle  osseuse  à  l’occasion  de  la  formation  du  cal. 
Quand  on  dit  :  tumeur  à  myéloplaxe,  on  prononce  un  mot  qui 
représente  bien  l’aspect  histologique  de  la  lésion,  mais  qui  ne 
signifie  guère  davantage,  et  qui  peut  répondre,  au  niveau  de  la 
moelle  osseuse,  aussi  bien  à  un  trouble  de  cicatrisation  ou 
à  un  processus  inflammatoire  qu’à  une  évolution  réellement 
néoplasique. 

Le  malade  n’a  refait  des  accidents  que  neuf  années  plus  tard. 
C’est  bien  long  pour  une  récidive  de  cancer.  Il  est  mort  sans 
cancer  du  poumon,  auquel  on  pouvait  s’attendre,  mais  des  suites 
d’une  pleurésie  hémorragique  dans  les  parois  de  laquelle  l’examen 
histologique  a  retrouvé  «  des  éléments  sarcomateux  sans  myélo¬ 
plaxes  ».  La  lecture  du  texte  même  de  l'examen  de  M.  Letulle 
me  convaincra  peut-être,  mais  je  suis,  pour  ma  part,  toujours 
très  prévenu  contre  ces  »  aspects  sarcomateux  »  ;  non  seulement 
ils  sont  très  faciles  à  confondre  avec  des  processus  inflamma¬ 
toires  chroniques,  mais  il  leur  sont  souvent  tellement  identiques, 
que  le  plus  habile  des  histologistes  peut  être  dans  l’impossibilité 
de  se  prononcer,  tant  sur  leur  diagnostic  que  sur  leur  pronostic, 
d’après  le  simple  aspect  des  coupes  microscopiques. 


SÉANCE  DU  21  MARS 


M.  Aluekt  Mouchet.  —  Le  fail  de  M.  Delbet,  auquel  fait  allu¬ 
sion  Chevassu,  concernait  un  cas  d’ostéite  fibreuse  kystique  avec 
fracture,  ce  qu’on  appelait  encore  à  ce  moment-là  un  «  cal 
soufflé  ».  Ne  se  pourrait  il  point  que  le  malade  de  M.  Dehelly  ait 
eu,  au  moment  de  son  accident,  une  altération  osseuse  du  même 
ordre?  Nous  savons  que,  dans  ces  ostéites  fibreuses,  on  peut 
rencontrer  des  myéloplaxes. 

En  tout  cas,  la  nature  traumatique  de  l’ostéosarcome  qu’a  décrit 
M.  Dehelly  me  paraît  fort  sujette  à  caution. 

M.  Dehelly.  —  Je  ne  crois  pas  qu’on  puisse  discuter  le  fait  de 
la  fracture  sur  os  malade,  car  la  radiographie  prise  au  moment 
de  son  traumatisme  montrait  un  os  d’apparence  saine;  je  regrette 
qu’elle  ait  été  détruite,  cependant  je  ne  désespère  pas  pouvoir  vous 
l’apporter  si  l’assurance  consent  à  me  la  communiquer  de  nouveau. 

La  tumeur  s’est  développée  à  la  place  même  de  la  fracture  dont 
on  ne  retrouvait  plus. trace  à  la  coupe  de  l’os. 

Quant  à  la  nature  sarcomateuse  de  la  tumeur,  je  me  remets  à 
l’autorité  du  professeur  Letulle  pour  l’affirmer.  Cliniquement,  du 
reste,  le  malade  est,  mort  de  cachexie,  comme  un  cancéreux. 

M.  A.  Lapointe.  —  Je  désire  appuyer  ce  que  vient  de  dire 
Mouchet.  Il  y  a  bientôt  trente  ans  qu’il  y  a  une  législation  sur  les 
accidents  du  travail  et  qu’on  discute  sur  les  relations  étiologiques 
entre  les  traumatismes  et  les  néoplasmes,  en  ■  particulier,,  les 
ostéosarcomes. 

Il  faudrait  qu’il  soit  bien  précisé  que  l’observation  de 
M.  Dehelly  n’a  pas  fait  faire  un  pas  à  la  question,  et  que  le  doute 
persiste,  car  demain  nos  Bulletins  vont  circuler  partout  en 
France  et  dans  l’univers,  et  nous  ne  devons  pas  laisser  s’accré¬ 
diter  cette  idée  que  la  Société  de  Chirurgie  a  admis  les  conclu¬ 
sions  si  formelles  de  M.  Dehelly,  et  je  lui  demande,  avec  Mouchet, 
que  l’expression  ostéosarcome  traumatique  ne  figure  pas  dans  le 
titre  dé  sa  communication. 


Présentations  de  malades. 

Luxation  congénitale  complète  et  irréductible  des  deux  rotules 
traitée  par  un  procédé  spécial 
de  transposition  rotulienne  avec  auloplastie  capsulaire , 
par  M.  ALBERT  MOUCHET. 

Je  vous  présente  un  jeune  garçon  de  treize  ans  que  j’ai  opéré  il 
y  a  trois  ans  et  quatre  mois  d’une  luxation  congénitale  complète 


512 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


et  irréductible  des  deux  rotules  par  un  procédé  un  peu  spécial  que 
j’ai  décrit  longuement  avec  mon  interne  Durand  dans  un  article 
du  Journal  de  Chirurgie  (1)  en  1921. 

Je  n’ignore  point  que,  dans  beaucoup  de  cas,  ces  luxations  con¬ 
génitales  —  précisément  lorsqu’elles  sont  irréductibles  —  sont 
assez  bien  tolérées,  qu’elles  sont  même  compatibles  avec  un 
fonctionnement  passable  du  membre.  Mais  cet  enfant  était 
extrêmement  incommodé  par  sa  malformation  bilatérale  et  le 


Fig.  1.  —  Luxation  congénitale  complète  de  la  rotule  (côté  gauche).  Incision 
cutanée  courbe  à  concavité  supérieure  remontant  davantage  sur  le  côté  externe. 
En  pointillé,  tracé  de  l’incision  Verticale  branchée  sur  le  sommet  de  cette  inci¬ 
sion  courbe  et  destinée  à  donner  du  jour  sur  la  tubérosité  antérieure  du  tibia. 

Dr  Levassort,  qui  me  l’avait  adressé,  était  à  même  de  constater 
plusieurs  fois  par  jour  les  progrès  croissants  de  sa  gêne  fonction¬ 
nelle.  Le  jeune  T...  tombait  continuellement,  il  en  arrivait  à 
redouter  les  jeux  avec  ses  camarades  et  même  simplement  la 
marche,  et  surtout  la  montée  et  la  descente  des  escaliers.  Les 
parents  nous  priaient  instamment  d’intervenir. 

Je  vous  rappelle  en  deux  mots  la  technique  à  laquelle  j’ai  eu 
recours  et  que  j’ai  décrite  en  détail  dans  l’article  cité  plus  haut; 
d’ailleurs  les  belles  figures  de  Frantz  valent  mieux  que  toute 
description.  Le  procédé  opératoire  a  consisté  à  transplanter  en 
dedans  la  tubérosité  antérieure  du  tibia  après  avoir  fait  passer 


1)  Journal  de  Chirurgie,  t.  XVIII,  1921,  p.  225-233. 


La  tubérosité  antérieure  du 
itulien,  les  ailerons,  le  tende 


est  détachée  au  cist 
quadriceps  'crural 


4.  —  La  main  de  l’opérateur  a  fait  passer  par  celle  boutonnière  l’sppa 
il  rotulien.  Une  suture  à  points  séparés  réunit  les  lèvres  de  la  brèch 


SÉANCE  DU  21  MARS  515 


l’appareil  rotulien  par  une  boutonnière  de  la  capsule  antérieure  du 
genou  :  cette  transposition  rotulienne  avait  été  employée  par 
Roux  (de  Lausanne)  dès  1888,  mais  nous  l’avons  complétée  et, 
croyons-nous,  perfectionnée  par  le  passage  de  la  rotule  au  travers 
d’une  boutonnière  de  la  capsule  fibreuse  antérieure  du  genou 
(fig.  1,  2,  3,  4,  5,  6). 

J’ai  lu  ces  jours  derniers  dans  le  Lyon  chirurgical  (1)  que 
Tavernier  avait  pratiqué  avec  succès  l’opération  de  la  transposi¬ 
tion  de  la  rotule  en  employant  un  autre  procédé  d’autoplastie 


capsulaire;  il  adresse  à  celui  que  j’ai  préconisé  le  reproche,  plus 
théorique  que  pratique,  de  séparer  la  rotule  des  condyles  fémo¬ 
raux.  Aussi  a-t-il  taillé  la  capsule  antérieure  en  un  grand  lambeau 
à  pédicule  inférieur  qu’il  chercha  à  faire  passer  en  dehors  de  l'arti¬ 
culation,  mais  le  lambeau  se  trouva  trop  court  et  ne  put  remonter 
assez  haut. 

Je  continuerai  donc  à  employer  dans  des  cas  analogues  le  pro¬ 
cédé  que  j’ai  utilisé  et  qui  m’a  fourni  le  beau  succès  esthétique  et 
fonctionnel  que  vous  pouvez  constater. 

Le  genou  droit  a  été  opéré  le  premier;  six  mois  après  j’ai  opéré 


(1)  Tavernier.  Lyon  chirurgical,  t.  XIX,  n»  6,  novembre-décembre  1922, 
p.  743-743. 


Fig.  6. 


—  Sutures  à  points  séparés  fixant  f  appareil  rotulien 
dans  sa  nouvelle  position. 


516 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


le  genou  gauche  qui  était  le  plus  déformé;  la  luxation  de  la  rotule 
gauche. s’accompagnait  en  effet  d’une  déformation  des  condyles 
fémoraux  et  d’une  sublüxation  en  arrière  des  tubérosités  tibiales. 
Aussi,  de  ce  côté,  la  rotule  est-elle  restée  un  peu  plus  haute  et  la 
flexion  est-elle  encore  incomplète.  Mais  le  résultat  fonctionnel  est 
néanmoins  excellent. 

A  droite,  ce  résultat  ne  laisse  presque  rien  à  désirer,  au  point 
de  vue  esthétique  comme  aü  point  de  vue  fonctionnel. 

Depuis  l’opération,  ce  jeune  garçon  sesent  solidesur  ses  jambes, 
il  marche  facilement  et  sans  fatigue  pendant  longtemps,  il  peut 
jouer  avec  ses  camarades,' il  court  avec  eux  sans  tomber,  il  monte 
aisément  et  surtout  descend  sans  peine  les  escaliers. 

Peut-être  l’opération  mériterait- elle  d’être  complétée  par  un 
allongement  du  tendon  quadricipital  (à  l’aide  de  débridemenls 
latéraux  en  accordéon,  par  exemple)  dans  le  cas  où  l’extrémité' 
inférieure  du  fémur  est  fortement  saillante  en  avant,  disposition 
qui  se  présentait  sur  le  genou  gauche  de  mon  opéré. 


Fracture  comminutive  du  cubitus  au  tiers  supérieur 
et  luxation  en  avant  de  la  tête  radiale ; 
réduction  aisée  par  manœuvres  externes  et  contention 
en  flexion  aiguë  du  coude, 

par  M.  ALBERT  MOUCHET. 

Le  petit  garçon  de  onze  ans,  que  je  vous  présente,  était  atteint 
d’une  lésion  traumatique  assez  fréquente  dans  l’enfance  et  je  me 
serais  bien  gardé  de  le  faire  venir  s’il  n’apportait  une  contribution, 
que  je  crois  intéressante,  au  traitement  de  cette  lésion. 

Il  est  tombé  d’un  trapèze  le  12  février  dernier  et  il  s’est  présenté 
le  lendemain  à  ma  consultation  de  l’hôpital  Saint-Louis  avec  les 
signes  d’une  fracture  du  cubitus  au  tiers  supérieur  et  d’une 
luxation  en  avant  de  la  tête  radiale.  Celle-ci  était  perceptible 
malgré  un  énorme  gonflement  de  tout  le  coude,  mais  ce  que  l’exa¬ 
men  de  la  région  ne  permettait  pas  de  soupçonner,  c’était  le 
caractère  comminulif  de  la  fracture  du  cubitus  et  le  haut  degré  de 
déplacement  des  fragments. 

La  radiographie  [montrait  un  fragment  diaphysaire  du  cubitus 
très  déplacé  en  dehors,  au  point  d’être  entièrement  caché  sur  le 
cliché  de  face  parla  diaphyse  radiale  (ce  qui  fournissait  un  aspect 
assez  curieux)  et  entre  ce  fragment  et  le  fragment  épiphysaire 
supérieur  un  troisième  fragment  à  direction  oblique. 


SÉANCE  DU  21  MASS 


517 


J’avoue  que  —  quelque  opinion  qu’on  puisse  avoir  sur  l’impor¬ 
tance  prédominante  de  l’une  ou  de  l’autre  lésion  traumatique, 
soit  de  la  luxation  de  la  tête  du  radius,  soit  de  la  fracture  du 
cubitus  —  l’indication  du  traitement  sanglant  de  la  fracture  sem¬ 
blait  assez  nette. 

Le  jour  même,  l’enfant  fut  soumis  à  l’anesthésie  générale  à 
l’éther  et  faisant  faire  par  un  de  mes  internes  de  la  contre-exten¬ 
sion  sur  l’humérus,  j’appuyai  de  mon  pojuçe  gauche  fortement  sur 
la  cupule  radiale  tout  en  tirant  d’une  façon  continue  sur  l’avant- 
bras.  Un  claquement  m’avertit  presque  immédiatement  que  la  tête 
radiale  avait  repris  sa  place,  mais  je  n’étais  pas  certain  de  la 
bonne  réduction  des  fragments  du  cubitus.  J'immobilisai  néan¬ 
moins  le  coude  en  flexion  aiguë  dans  une  gouttière  plâtrée. 

Le  lendemain,  une  radiographie  me  montrait  que  la  tête  radiale 
était  bien  en  contact  avec  le  condyle  huméral  et  que  les  fragments 
du  cubitus  se  trouvaient  bien  coaptés. 

L’appareil  plâtré  fut  enlevé  au  bout  de  huit  jours;  pansement 
ouaté  seulement,  bains  chauds  quotidiens  et  mobilisation  active 
progressive. 

A  l’heure  actuelle,  la  flexion  du  coude  est  normale,  l’extension 
est  encore  un  peu  limitée;  la  supination  aussi.  Mais  l’enfant  est 
assez  pusillanime  et  je  crois  qu’avanl  peu  le  fonctionnement  de 
l’avant-bras  sera  parfait. 

Ma  présentation  n’a  pas  pour  but  de  combattre  l’ostéosynthèse 
appliquée  au  traitement  de  cette  lésion  complexe  qu’est  la  fracture 
du  tiers  supérieur  du  cubitus  associée  à  la  luxation  en  avant  de 
la  tête  radiale.  Auvray,  Dujarier,  Hallopeau  ont  présenté  ici  de 
magnifiques  résultats  dus  à  cette  ostéosynthèse. 

J’ai  voulu  seulement  montrer  que,  dans  un  cas  qui  s’annonçait 
grave  par  le  nombre  et  le  déplacement  des  fragments,  la  réduction 
par  manœuvres  externes  a  été  facile  et  a  permis  d’obtenir  un 
excellent  résultat  anatomique  et  fonctionnel. 

Je  crois  donc  qu’avant  de  prendre  le  bistouri  il  est  peut-être 
sage  de  tenter  cette  réduction:  si  elle  n’est  pas  satisfaisante,  on 
opérera  immédiatement. 

J’insiste  sur  l’importance  de  l'immobilisation  du  coude  en  flexion 
à  angle  aigu  ;  elle  m’a  paru  indispensable  dans  le  cas  présent  et  il 
me  semble  qu’elle  est  seule  capable  de  maintenir  la  réduction  de 
la  fracture  et  de  la  luxation,  si  on  n’a  pas  opéré. 

M.  Kirmisson  a  certainement  eu  raison  de  soutenir  qu’au  point 
de  vue  fonctionnel  la  luxation  est  tout  et  la  fracture  n’est  rien. 
Si  la  luxation  n’est  pas  réduite,  le  sujet  garde  une  infirmité  persis¬ 
tante;  mais  je  ne  suis  pas  certain  qu’il  faille  s’occuper  d'abord  et 
surtout  de  la  luxation  du  radius.  La  formule  inverse  de  mon  ami 


518  SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Hallopeau  est  peut-être  la  vraie  au  point  de  vue  thérapeutique  : 
la  fracture  est  tout  et  la  luxation  n’est  rien  (1).  La  vérité  est  que 
les  deux  lésions  sont  associées  intimement  dans  leur  production 
et  dans  leur  évolution  clinique.  Quand  les  fragments  sont  bien 
coaptés,  la  luxation  reste  réduite  et  la  luxation  ne  peut  être 
réduite  que  si  les  fragments  sont  bien  coaptés. 

M.  Lenormanp.  —  J’ai  soigné  récemment  un  blessé  tout  à  fait 
comparable  à  celui  de  Moucbet,  avec  cette  différence  que,  au  lieu 
d’un  enfant,  il  s’agissait  d'un  adulte  de  cinquante  à  soixante  ans. 
Cet  homme  avait  une  fracture  du  tiers  supérieur  du  cubitus  avec 
luxation  du  radius,  du  type  classique  de  la  fracture  de  Mon- 
teggia. 

Je  croyais,  d’après  ce  que  j’avais  lu,  que  je  serais  obligé  de  faire 
une  intervention  sanglante  et  tout  était  préparé  pour  cette 
intervention.  Mais,  une  fois  le  malade  endormi,  j’ai  tenté  la 
réduction  et  je  l’ai  réalisée  très  facilement  :  la  tête  radiale  a  repris 
sa  place  et  l’a  conservée,  la  fracture  s’est  réduite  en  même  temps, 
et  j’ai  immobilisé  le  coude  en  flexion  complète  pendant  une 
douzaine  de  jours;  on  a  commencé  ensuite  la  mobilisation.  Le 
résultat  fonctionnel  (extension-flexion,  pronation-supination)  et  le 
résultat  radiographique  sont  très  satisfaisants. 

M.  Alglave.  —  L’accident  dont  nous  parle  notre  collègue 
Mouchet,  «  la  fracture  de  Monteggia  »,  c’est-à-dire  la  fracture  du 
cubitus  avec  luxation  de- la  tête  radiale  en  avant  en  haut  est  un 
accident  grave  au  point  de  vue  fonctionnel.  Je  vous  ai  fait  une 
communication  sur  ce  sujet  l’année  dernière,  pour  vous  faire 
remarquer  que  quand  la  réduction  de  la  luxation  est  difficile  ou 
impossible,  il  est  nécessaire  de  réduire  à  vue  la  luxation,  après 
avoir  pratiqué  l’ostéosynthèse  du  cubitus.  Pour  ma  part,  j’ai 
réduit  la  luxation  par  ostéotomie  transolécrânienne  préalable,  je 
vous  l’ai  dit. 

M.  Albert  Mouchet.  —  Je  suis  convaincu,  comme  les  orateurs 
précédents,  que  le  plus  souvent  l’ostéosynthèse  sera  nécessaire 
dans  des  cas  comme  le  mien.  Mais  puisque  j’ai  pu  obtenir  un 
bon  résultat  dans  un  cas  grave  en  utilisant  seulement  les  manœu¬ 
vres  externes,  j’ai  voulu  vous  présenter  l’enfant. 

D’autre  part,  Hallopeau  a  nettement  montré,  et  je  suis  de  son 
avis  comme  Auvray,  que  lorsque  la  fracture  du  cubitus  était  bien 

(1)  Bull,  et  Mém.  de  la  Socie'lé  de  Chirurgie ,  12  juillet  1922,  p.  1041.  Bulle¬ 
tins  de  la  Société  de  Pédiatrie ,  n°  4,  1921,  p.  240-246. 


SÉANCE  DE  21  MARS 


519 


réduite,  la  luxation  de  la  tête  du  radius  se  réduit  pour  ainsi  dire- 
d’elle-même  —  le  plus  souvent  —  et  une  fois  réduite,  elle  le 
reste. 


Un  cas  curieux  de  genu  recurvatum 
par  ostéomyélite  de  l'extrémité  inférieure  du  fémur , 

par  M.  A.  LÀPOINTE. 

C’est  simplement  à  titre  de  curiosité  que  je  vous  présente  ee 
jeune  homme  de  vingt-cinq  ans.  A  l’âge  de  douze  ans,  il  a  été 


atteint  d’ostéomyélite  de  l’extrémité  supérieure  du  tibia  gauche  et 
de  l’extrémité  inférieure  du  fémur  droit. 

Aucun  traitement  n’a  été  fait  et  les  lésions  ont  évolué  comme 
elles  ont  voulu.  Celles  du  tibia  gauche  ont  guéri  spontanément  et 
sans  autre  difformité  qu’une  hyperostose. 


520 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Mais,  du  côté  droit,  des  fistules  ont  persisté,  le  genou  s’est 
ankylosé  et  un  genu  recurvatum  s’est  constitué  peu  à  peu,  pour 
se  fixer  dans  l’attitude  que  vous  voyez  depuis  l’âgé  de  dix-huit  ans 
(voir  figure). 

L’angle  fémoro-tibial  à  sinus  antérieur  atteint  presque  l’angle 
droit.  Il  permet  au  malade  de  boire  dans  un  verre  placé  sur  la 
plante  de  son  pied  ! 

J’ai  extrait  du  fémur  plusieurs  séquestres  et  j’attends  que  la 
cicatrisation  soit  terminée  pour  redresser  ce  membre,  suivant  la 
technique  et  avec  l’aide  de  notre  collègue  Cadenat. 


M.  Albert  Mouchet.  —  J’ai  déjà  eu  l’occasion  d’observer 
de  formidables  déformations  du  membre  inférieur  à  la  suite  de 
résections  du  genou,  pratiquées  dans  l’enfance.  C’était  dans  la 
dernière  année  de  la  guerre,  où  j’assurais  le  service  de  la  Consul¬ 
tation  d’orthopédie  à  l’Hôtel-Dieu.  Mais  ces  déformations  étaient 
produites  dans  le  sens  transversal  :  genu  valgum  ou  varum  à 
angle  droit  ou  presque  aigu.  Je  n’ai  jamais  vu  un  aussi  fantas¬ 
tique  genu  recurvatum  que  celui  qui  nous  est  présenté  par  mon 
ami  Lapointe. 


Cinématisalion  de  moignon , 
par  M.  COULLAUD. 

M.  Rieffel,  rapporteur. 


Présentation  de  pièce. 

Extraction  d’une  brosse  à  dents  de  la  cavité  •pleurale  droite , 
par  M.  AUVRAY. 

Jeudi,  dans  la  matinée,  le  Dr  Meuriot  amenait  à  l’hôpital 
Laënnec,  pour  y  être  examinée  et  opérée  d'urgence,  une  malade 
hospitalisée  dans  sa  maison  de  santé  pour  des  troubles  céré¬ 
braux. 

Cette  malade  avait  déjà,  à  plusieurs  reprises,  tenté  de  se  suicider. 
Le  matin  même,  elle  avait  tenté  de  nouveau  de  mettre  fin  à  ses 


SÉANCE  DU  21 


521 


jours,  en  s'introduisant  dans  la  gorge  sa  brosse  à  dents.  Appuyant 
violemment  avec  ses  mains  sur  l’instrument  qu’elle  avait  intro¬ 
duit  le  manche  en  avant,  elle  était  parvenue  à  le  faire  dispa¬ 
raître  complètement,  au  prix,  comme  la  suite  l’a  montré,  d’une 
déchirure  large  de  la  paroi  postérieure  du  conduit  pharyngo- 
cesophagien.  Il  avait  été  impossible  aux  médecins,  appelés  immé¬ 
diatement,  de  rattraper  la  brosse  qui  semblait  avoir  pénétré  dans 
les  tissus  du  cou. 

La  malade  fut  d’abord  amenée  [à  l’hôpital  Necker,  oh  un 
premier  examen,  fait  sous  les  rayons,  montra  que  la  brosse  à 
dents  était  restée  dans  le  cou.  Alors  on  décida  de  la  transporter  à 
Laënnec,  dans  le  service  de  laryngologie  de  M.  Bourgeois. 
Notre  collègue,  ayant  endormi  la  malade,  pratiqua  une  œsopha- 
goscopie.  Avant  toute  manœuvre,  il  'constate  qu’il  existe  de 
l’emphysème  soüs-cutané  dans  la  région  cervicale  antérieure. 
Le  tube  pénètre  très  facilement  dans  un  trajet  qui  ne  pré¬ 
sente  pas  l’aspect  habituel  de  la  cavité  de  l’œsophage.  Arrivé 
à  une  profondeur  de  20  centimètres  environ  des  arcades  den¬ 
taires,  on  aperçoit  des  saillies  bleuâtres  semblant  être  de  gros 
vaisseaux.  On  se  rend  compte  que  l’on  est  passé  par  une  fausse 
route  préexistante  qui  a  mené  dans  le  médiastin  postérieur.  On 
ne  peut  parvenir  à  voir  le  corps  étranger.  On  interrompt  cette 
manœuvre  dangereuse.  En  retirant  alors  le  tube,  on  parvient  à 
apercevoir,  malgré  l’hémorragie  notable  qui  obstrue  la  région, 
une  déchirure  de  toute  la  paroi  postérieure  du  conduit  partant  de 
la  partie  inférieure  du  pharynx.  Cette  paroi  est  littéralement 
éclatée,  et  ce  n’est  qu’avec  la  plus  grande  difficulté  que  l’on  arrive 
à  retrouver  le  bout  inférieur  de  l’œsophage  et  à  le  cathété¬ 
riser  jusqu’à  l’estomac,  s’assurant  ainsi  qu’il  est  libre  de  tout 
corps  étranger.  Ce  dernier  rst  donc  bien  passé  par  la  fausse 
route. 

C’est  alors  qu’on  décide  à  nouveau  de  situer  la  position  du 
corps  étranger  en  examinant  une  seconde  fois  la  malade  sous  les 
rayons. 

Elle  y  fut  transportée,  toujours  endormie.  Je  fus  appelé  à  ce 
moment  auprès  d’elle,  et  je  pus  très  nettement  voir  sous  les 
rayons  la  brosse  à  dents,  descendue  jusque  vers  le  milieu  du 
thorax,  et  placée  parallèlement  à  la  colonne  vertébrale  dans 
la  cavité  pleurale  droite.  Son  ombre  se  détachait  très  nettement 
de  l’ombre  formée  par  la  colonne  vertébrale.  Il  ne  pouvait  y 
avoir  aucun  doute  sur  la  situation  du  corps  étranger.  Comment 
était-il  descendu  jusqu’au  milieu  de  la  cage  thoracique?  Peut- 
être,  après  être  passé  à  travers  la  plaie  signalée  dans  les  tissus 
péripharyngo-œsophagiens,  a-t-il  été  chassé  dans  le  thorax  par 


522 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


les  contractions  et  les  efforts  désordonnés  de  la  malheureuse 
folle  qui  était  en  proie  à  la  plus  vive  agitation  ;  peut-être 
aussi  dans  l’examen  œsophagoscopique,  la  tube  rigide  de  l’œso- 
phagoscope  a-t-il  buté  sur  la  tête  de  la  brosse,  surtout  lors¬ 
qu’il  s’est  engagé  d’abord  dans  la  fausse  route,  et  l’a-t-il 
refoulée  devant  lui  au  fur  et  à  mesure  qu’il  pénétrait  davan¬ 
tage  dans  l’oesophage,  la  faisant  cheminer  dans  les  plans  cellu¬ 
leux  en  avant  de  la  colonne  vertébrale.  Dans  la  cavité  pleurale 
il  existait  un  pneumothorax  des  plus  nets.  Le  cou,  à  la  base, 
était  tuméfié,  empâté,  et  on  sentait  une  crépitation  gazeuse, 
indice  d’une  infiltration  d’air  dans  les  lames  celluleuses  du 
cou. 

Je  voyais  la  malade  plus  d’une  heure  après  le  début  de  son 
anesthésie.  Je  me  hâtai  de  la  faire  transporter  à  ma  salle  d’opéra¬ 
tion.  Je  fis,  immédiatement,  une  thoracotomie,  incisant  le  thorax 
à  peu  près  vers  sa  partie  moyenne  latérale  droite  ;  je  réséquai  la 
68  côte,  je  pense,  sur  l’étendue  de  10  centimètres  environ,  ce  qui 
me  donna  un  jour  énorme  sur  les  parties  profondes.  A  peine  la 
plèvre  était-elle  ouverte  que  j’aperçus  le  manche  de  la  brosse  à 
dents  qui  était  suspendu  à  la  plèvre  médiastine.  Il  passait  à 
travers  une  brèche  du  feuillet  médiastinal,  et  la  partie  large 
garnie  de  poils  était  restée  accrochée  au-dessus  de  cette  déchirure 
dans  le  médiastin.  Je  n’eus  qu’à  exercer  une  légère  traction  sur  le 
manche  pour  dégager  la  brosse  et  l’extirper.  L’opération  n’avait 
duré  que  quelques  minutes.  J’épongeai  le  contenu  de  la  cavité 
pleurale  formé  d’un  mélange  de  sang  et  de  salive.  Je  fis  une 
contre-ouverture  de  la  plèvre  dans  sa  partie  la  plus  déclive,  et  je 
drainai  avec  deux  gros  drains.  Je  refermai  par  une  suture  la  plaie 
d’èxploration  pleurale.  Je  ne  m’étais  pas  préoccupé  de  la  blessure 
de  l’œsophage,  qui  était  considérée  par  M.  Bourgeois,  étant 
donnés  sa  situation  sur  la  paroi  postérieure  pharyngo-œsopha- 
gienne  et  son  siège,  comme  impossible  à  suturer.  Sur  les  conseils 
de  M.  Meuriot  et-  de  M.  Bourgeois,  aucune  sonde  œsophagienne 
ne  fut  mise  en  place  immédiatement  après  l’opération,  parce 
qu’on  estimait  qu’elle  serait  arrachée  par  la  malade  très 
agitée.  On  pensa  que  le  mieux  était  de  priver  pendant  qua¬ 
rante-huit  heures  la  malade  de  toute  alimentation  et  de  la 
soutenir  par  du  sérum  injecté  sous  la  peau  et  par  voie  rectale. 
Mais  cetle  question  d’alimentation  ne  se  posa  pas  longtemps.  Le 
soir  de  l’opération  la  malade  atteignait  39°.  Le  lendemain  matin 
elle  restait  à  39°.  A  ce  moment  l’état  paraissait  satisfaisant,  le 
pouls  s’était  relevé,  du  côté  du  cou  l’emphysème  avait  plutôt 
rétrocédé,  en  tout  cas  l’œdème  était  moins  marqué;  l’état  parais¬ 
sait  moins  inquiétant.  Mais  au  pansement  on  avait  constaté 


SÉANCE  DU  21  MARS 


523 


l’écoulement  par  les  drains  pleuraux  d’un  liquide  très  abondant 
et  d’odeur  très  fétide.  A  la  fin  de  l’après-midi  du  second  jour, 
quoique  la  température  ne  fût  qu’à  38°6,  l’état  s’aggravait  et  la 
malade  succombait  dans  la  nuit  suivante  à  des  accidents  vraisem¬ 
blablement  de  médiastinite  et  de  cellulite  aiguë  du  côté  du  cou. 
L’autopsie  malheureusement  n’a  pu  être  pratiquée  et  ne  nous  a 
pas  permis  de  vérifier  la  nature  des  lésions  œsophagiennes  et  les 
causes  de  la  mort. 


ERRATUM 

A  propos  de  166  interventions  pour  déformations  rachitiques , 
par  M.  Étienne  Sohrel. 

Rapport  de  M.  CADENAT. 


Séance  du  14  mars,  n°  10,  p.  444,  les  deux  radiographies  suivantes  ont  été 


Fio.  1. 

BULL.  ET  MÉM.  DE  LA  80C.  DE  CHTB.,  1923.  37 


SÉANCE  DU  11  AVRIL  I  923 


Présidence  de  M.  Mauclaire. 


Procès-verbal . 


La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  mise 
aux  voix  et  adoptée. 


Correspondance. 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  périodiques  de  la  semaine. 
2°.  —  Une  lettre  de  M.  Sauvé,  s’excusant  de  ne  pouvoir  assister 
à  la  séance. 

3°.  — .Une  lettre  de  M.  Wiart,  demandant  un  congé  pendant  la 
durée  du  concours  des  hôpitaux. 


A  propos  de  la  correspondance. 

1°,  —  Un  travail  de  MM.  Voncken  et  Pueaux  (de  Liège),  inti¬ 
tulé  :  Volvulus  partiel  de  l’intestin  grêle. 

M.  Rouvillois,  rapporleur. 

2°.  —  Un  travail  de  M.  le  Dr  Delannoy  (de  Lille),  intitulé  :  Fistule 
vésico-utérine  obstétricale ,  opération  par  voie  vaginale.  Guérison. 

M.  Basset,  rapporteur. 

3°.  —  Un  travail  de  M.  le  Dr  Marcel  Vaudeau  (de  Valenciennes) 
intitulé  :  Invagination  iléo- colique  d'une  tumeur  cæcale  ( lympho - 
cytome),  avec  métastase  ganglionnaire  greffée  sur  une  ulcération 
dysentérique. 

M.  Basset,  rapporteur. 

4°.  —  Un  travail  de  M.  Alex.  Groisier  (de  Blois),  intitulé  : 
Obturation  d'une  cavité  d'ostéomyélite  ancienne  par  greffe  muscu¬ 
laire. 

M.  Grégoire,  rapporteur. 


1923.  —  N»  12. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


5°.  —  Un  travail  de  M.  Bergeret  (de  Paris),  intitulé  :  Corps 
étranger  du  duodénum. 

M.  H.  Hartmann,  rapporteur. 


M.  le  Président  annonce  que  MM.  Kümmer  (de  Genève)  et 
iot  (de  Reims)  assistent  à  la  séance. 


Guelli 

I 


A  propos  du  procès-verbal. 

Sur  V hydronéphrose  par  coudure  de  l’uretère 
sur  un  vaisseau  anormal. 


M.  Pierre  Bazy.  —  Je  désire  appuyer  les  réflexions  deM.  Gré¬ 
goire  sur  la  communication  de  MM.  'Chalier  eit  Vergnory. 
M.  Grégoire  a  soutenu  Torigïue  'congénitale  de  celte  hydro- 
néplrrose  et  a  dénié  un  rôle  à  Fartêre  anormale  dans  la  patho- 
génie  de  cette  hydronéphrose. 

Je  suis  d'autant  plus  heureux  d’appuyer  cette  opinion  qu’ils -ont 
été  les  premiers,  M.  Pierre  Duval  et  lui,  dans  un  rapport  fait  au 
Congrès  d’urologie  en  1906,  à  appuyer  cette  opinion  que  j’avais 
soutenue  trois  ans  auparavant  dans  un  mémoire  de  la  Revue  de 
chirurgie  (t.  XXVII,  janvier  1903)  et  ici  même  [Bull,  et  Mém.  de  la 
Société  de  chirurgie,  2  mars,  p.  2 3 3  et  3  mai  11904,  n°  §20). 

J’avais  combattu  l’opinion  soutenue  au  delà  du  Rhin  et  acceptée 
trop  facdlement  en  France  de  l’hydronéphrose  intermittente  par 
rein  mobile.  La  raison,  la  simple  raison,  eût  dû  a  priori  faire 
repousser  cette  idée  de  relations  entre  il’hydnonéphrose  intermit¬ 
tente  et  le  neinimobile. 

V.hydmonéphtrose  intermittente  est  une  affection  rare,  ie  rein 
mobile  est  fréquent. 

Le  Tfiiiin  mobile  est  observé  presque  exclusivement  chez  la 
femme. 

L’hydronéphrose  intermittente  s’observe  .aussi  bien  chez  la 
femme  que  chez  l’homme. 

Il  est  exceptionnel,  sinon  inconnu,  chez  i’enfant  ;  .or  on  a 
observé  et  moi-anème  ai  (observé  deux  .cas  d’hydroméphrose  inter¬ 
mittente  chez  l’enfant  ;  le  cas  .de  MM.  Châtier  et  Vergnory  appar¬ 
tient  à  un  enfant. 

Le  rein  mobile  siège  presque  toujours  tà  droite-,  or.,  >on  observe 


SÉANCE  DO  U  AVRIL 


527 


l’hydronéphrose  intermittente  aussi  bien  à  gauche  qu’à  droite. 
Chez  les  deux  enfants  où  j’ai  vu  l’hydronépbrose  intermittente, 
elle  était  à  gauche,  de  même  dans  le  cas  de  MM.  Chalier  et 
Vergnorÿ. 

Je  ne  crois  pas  qu’on  puisse  admettre  que  l’hydronéphrose  est 
déterminée  par  la  ooudure  de  l'uretère  sur  une  artère  anormale, 
et  on  a  pris  ici  l’effet  pour  la  cause. 

(Ici  M.  Bazy  dessine  au  tableau  des  figures  montrant  qu’au  fur 
et  à  mesure  qu’une  hydronéphrose  se  développe,  l’embouchure 
de  l’uretère  dans  le  bassinet  située  primitivement  au-dessus  de 
l’artère  anormale  passe  successivement  derrière  et  au-dessous  de 
cette  artère,  se  coudant  ainsi  sur  elle.) 

JDans  un  cas  qui  a  trait  à  un  enfant,  l’artère  passait  en  avant  de 
l’uretère,  et  alors  ce  n’est  pas  l’uretère  qui  s’est  coudé  sur  l’artère, 
c’est  le  bassinet  dilaté  qui  s’est  mis  à  eheval  en  besace  sur  l’artère. 
Et  entre  parenthèse,  je  dirai  que,  chez  cet  enfant,  j’avais  fait  une 
urétéro-pyélo-néostomie  alors  qu’il  avait  dix  ans.  Je  l’ai  revu  alors 
qu’il  avait  quinze  ans  ;  j’ai  pu  lui  faire  le  cathétérisme  de  l’uretère 
et  démontrer  ainsi  l’efficacité  de  cette  opération,  ce  qu’on  a  trop 
de  tendance  à  nier. 


Rapport. 

Note  sur  l'opération  en  deux  temps 
dans  la  chirurgie  intra-cranienne  du  trijumeau. 

par  M.  le  Dr  Jean  Villette,  de  Dunkerque, 

Ancien  interne  des  hôpitaux  de  Paris. 

Rapport  de  M-  T,  DE  MARTEL, 

Voici  d’abord  la  communication  de  M.  Jean  Villette  : 

«  Les  opérations  qui  visent  la  résection  du  ganglion  dé  (lasser 
ou  la  section  de  la  racine  sensitive  du  trijumeau  ne  présentent  en 
elles-mêmes  aucune  difficulté  particulière,  mais  la  patience  de 
l’opérateur  est  mise  rudement  à  l’épreuve  par  suite  de  i’étrojtesse 
de  la  région  opératoire  et  du  suintement  sanguin  qui  vient  constam¬ 
ment  l’obscurcir.  L’opération  pratiquée  sur  le  cadavre  ou  sur  la 
tête  d’animal  mort  est  d’une  réelle  simplicité.  An  contraire,  les 
premières  fois  que  l’on  aborde  celte  chirurgie  sur  le  vivant,  on 
ne  peut  pas  ne  pas  être  frappé  par  la  perte  considérable  de  temps 
que  nécessite  la  présence  constante  du  suintement  sanguin. 


528 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Plusieurs  chirurgiens  ont,  de  ce  fait,  dû  arrêter  leur  intervention 
et  la  reprendre  après  quelques  jours. 

«  Nous  avons,  pour  notre  part,  pratiqué  cette  chirurgie  dans 
cinq  cas. 

«  Dans  le  premier,  nous  avons  sectionné  les  nerfs  maxillaires 
supérieur  et  inférieur  dans  le  crâne,  aux  trous  ovale  et  grand 
rond.  Dans  le  second,  nous  avons  réséqué  le  ganglion  de  Gasser. 
Dans  les  trois  derniers,  nous  avons  sectionné  la  racine  sensitive 
du  trijumeau.  Ces  cinq  cas  ont  été  suivis  de  guérison  parfaite. 

«  Les  quatre  premiers  ont  été  publiés  dans  le  Journal  des 
Sciences  médicales  de  Lille  (1). 

«  Pour  nos  trois  derniers  cas,  nous  avons  exécuté  délibérément 
l’opération  en  deux  temps  et  y  avons  trouvé  des  avantages  consi¬ 
dérables  :  moindre  choc  et  durée  totale  diminuée. 

«  Le  premier  temps ,  très  rapide,  se  fait  sous  anesthésie  locale.  Il 
comprend  l’incision  de  Frazier  dans  les  cheveux,  la  trépanation 
basse,  le  décollement  de  la  dure-mère  avec  compresse  imbibée 
de  liquide  anesthésique.  Cette  compresse  frotte  la  base  du  crâne, 
rompt  la  méningée  moyenne  au  trou  petit  rond  et  s’arrête  à 
4  centimètres  de  profondeur  au  bord  du  trou  ovale. 

«  Il  est  plus  simple  et  plus  rapide  de  donner  quelques  bouffées 
de  chloroforme  ou  de  chloréthyle  pour  effectuer  le  décollement. 

«  La  mèche  est  laissée  quelques  instants,  puis  remplacée  par 
un  tamponnement  sec  qu’on  laisse  émerger  au  dehors. 

«  La  pose  de  quatre  criDS  cutanés  termine  le  premier  temps  qui 
s’arrête  de  parti  pris,  comme  on  voit,  au  moment  où  débute  le 
suintement  sanguin.  Nous  évitons  la  manœuvre  délicate  de  la 
ligature  de  la  méningée,  ou  le  simple  bourrage  du  trou  petit  rond 
généralement  insuffisant. 

«  L’opération  sera  reprise  quarante-huit  heures  plus  tard  sur 
un  sujet  nullement  éprouvé  et  dans  un  champ  opératoire  à  peu 
près  sec,  surtout  si  le  sujet  est  opéré  assis  et  anesthésié  locale¬ 
ment  par  un  tamponnement  anesthésique  adrénalisé.  Nous  avons 
cependant  préféré  chaque  fois  exécuter  le  deuxième  temps  sous 
chloroforme  et  dans  la  position  couchée. 

«  Deuxième  temps.  —  On  retire  le  tamponnement,  met  en  place 
l’écarteur  éclairant  et  un  fin  tube  aspirateur  relié  à  une  trompe 
à  eau. J 

«  Si  l’écarteur  est  bien  manœuvré  par  l’aide  et  refoule  suffi¬ 
samment  le  cerveau  en  haut  et  en  arrière,  on  peut  immédiatement 
plonger  le  crochet  à  strabisme  dans  le  trou  ovale  et  l’y  laisser. 
Cè  repère  trouvé,  il  suffit  de  remonter  en  haut,  en  arrière  et 


(1)  Journal  des  Sciences  médicales  de  Lille ,  28  novembre  1920,  n»  48. 


SÉANCE  DU  11  AVRIL 


529 


au  dedans  pour  suivre  le  bord  externe  du  nerf  maxillaire  infé¬ 
rieur,  du  ganglion  de  Gasser  et  de  la  racine  sensitive.  A  ce 
moment,  le  liquide  céphalo-rachidien  s’écoule.  On  supprime 
immédiatement  la  trompe  à  eau  et  bloque  l’ouverlure  de  la  gaine 
arachnoïdienne  par  un  petit  fragment  de  coton  que  maintient  le 
bec  de  l’écarteur.  En  même  temps,  les  méninges  s’affaissent, 
l’écarteur  remonte,  la  région  s’agrandit,  la  racine  peut  être  prise 
dans  un  crochet  à  strabisme,  coupée  prudemment  avec  un  téno- 
tome  mousse  ou  l'instrument  d’Adson  et  ses  deux  bouts  refoulés 
en  avant  et  en  arrière. 

«  Nous  avons  toujours  utilisé  la  position  couchée  sur  le  côté, 
tête  maintenue  par  un  aide  sur  un  coussin  un  peu  haut.  Comme 
écarteur,  après  avoir  utilisé  une  simple  paire  de  ciseaux  courbes, 
nous  avons  fait  faire  une  lame  d’.acier  de  même  forme  et  de  même 
largeur  que  les  ciseaux  avec  une  fente  médiane.  Cette  lame  est 
montée  à  la  place  d’un  tube  sur  le  manche  de  l’urétroîcope  de 
Luys,  la  lampe  se  logeant  dans  la  fente  médiane.  La  trompe  à  eau 
est  très  utile,  mais  il  faut  la  supprimer  avant  d’ouvrir  la  gaine  de 
la  racine  sensitive  pour  apercevoir  aussitôt  l’écoulement  de 
liquide  céphalo-rachidien  et  ne  pas  provoquer  une  décompression 
brutale. 

«  Voici  notre  dernière  observation  suivie  de  succès  comme  les 
quatre  premières. 

«  MUo  Marthe  D...,  âgée  de  vingt-neuf  ans,  employée  à  la  Banque  de 
France  à  Paris.  Médecin  traitant  :  Dr  Morel  (de  Dunkerque). 

Cette  jeune  fille  n’a  jamais  été  atteinte  d’aucune  maladie  grave.  Elle 
est  robuste  et  jouit  d’une  excellente  santé,  à  part  quelques  irrégula¬ 
rités  menstruelles. 

Elle  n’avait  jamais  souffert  de  la  face,  lorsqu’au  début  de  juin  1918 
elle  éprouva  pendant  une  nuit  des  douleurs  de  tête  violentes  particu¬ 
lièrement  localisées  du  côté  gauche.  Elle  crut  à  une  migraine,  mais  cet 
accès  de  douleurs  se  prolongea  pendant  un  mois.  L’accès  disparut  peu 
après  l’application  d’un  petit  vésicatoire  près  de  l’aile  du  nez.  A  la 
suite  de  cet  accès,  la  jeune  fille  resta  deux  ans  sans  souffrir,  puis 
éprouva  en  1920  un  nouvel  accès  violent  qui  dura  huit  jours.  Elle 
demeura  de  nouveau  deux  ans  sans  souffrir  jusqu’au  15  novembre  1922. 
A  cette  époque,  un  nouvel  accès  survint  qui  ne  s’arrêta  plus  jusqu’au 
moment  de  l’opération,  en  janvier  1923. 

Les  crises  présentent  les  caractères  suivants.  Elles  ne  surviennent 
que  le  jour,  jamais  la  nuit,  sauf  pendant  les  derniers  temps  avant  l’opé¬ 
ration.  Le  début  est  brusque;  la  crise  commence  par  une  douleur  dans 
l’œil  gauche,  se  propageant  au  sourcil  et  au  front,  puis  à  la  joue.  Cette 
douleur  s’accompagne  de  légères  contractions  qui  soulèvent  le  sourcil 
et  le  coin  de  la  bouche.  Des  troubles  trophiques  assez  marqués  exis¬ 
tent  dans  le  territoire  atteint.  C’est,  d’une  part,  une  desquamation 


S  80 


SOCIÉTÉ  DÈ  CHIRURGIE 


unilatérale  sous  forme  de  grosses  pellicules  grasses,  de  la  peau  du 
front,  du  sourcil,  des  paupières  et  de  la  pommette.  En  outre,  la  partie 
interne  du  sourcil  présente  une  raréfaction  des  poils  qui  se  redressent 
directement  en  haut.  Le  coin  de  la  lèvre  supérieure  est  épaissi  et  légè¬ 
rement  tuméfié. 

11  n’existe  jamais  de  douleur  au  niveau  du  menton,  de  la  mâchoire 
inférieure,  ni  de  la  joue,  ni  de  l’oreille.  Par  contre,  la  lèvre  supérieure 
est  constamment  le  siège  d’une  douleur  intense  pendant  les  crises. 

Cette  malade  est  la  plus  jeûne  que  nous  ayons  observée.  Cependant, 
Cushing  a  publié  le  cas  d’une  jeune  fille  de  vingt-deux  ans.  Nos  précé¬ 
dents  opérés  avaient  respectivement  quarante-huit,  soixante,  soixante- 
dix  et  quarante  et  un  ans. 

Devant  un  accès  aussi  prolongé  et  dont  la  violence  ne  cesse  de 
s’accroître,  puisque  les  crises  commencent  à  survenir  même  la  nuit, 
la  jeune  fille  et  sa  famille  réclament  l’opération. 

Nous  jugeons  inutile  toute  tentative  d’alcoolisation  des  troncs  ner¬ 
veux,  vu  la  prédominance  de  la  névralgie  dans  le  territoire  de  l’ophtal¬ 
mique  qui  ne  peut  être  atteint  à  la  base  du  crâne. 

Opération  en  deux  temps,  les  8  et  10  janvier  1923.  Assistants  : 

Fiévez  et  L.  Villelte. 

Premier  temps.  —  Anesthésie  locale.  Quelques  gouttes  de  chloroformé 
sont  données  à  la  fin  pour  le  décollement  de  la  dure-mère. 

Incision  cutanée,  concave  en  avant,  entièrement  dans  les  cheveux. 

Ecartement  des  fibres  du  temporal  avec  petit  débridement  du  tendon. 

Trépanation  à  la  fraise  de  Doyen  de  la  fosse  temporale,  agrandie  à  la 
pince-gouge  jusqu’à  mesurer  3  centimètres.  L’orifice  affecte  la  forme 
d’une  gueule  de  four  à  base  inférieure  de  plain-pied  avec  la  base  du 
crâne. 

Décollement  rapide  de  la  dure-mère  avec  une  spatule  mousse,  puis 
avec  des  mèches  de  gaze  progressivement  enfoncées  jusqu’à  atteindre 
le  trou  ovale.  One  mèche  de  gaze  tassée  arrête  l’hémorragie  résultant 
du  décollement.  A  noter  que,  par  suite  d’une  anomalie  que  nous  avons 
remarquée  pour  la  première  fois,  nous  n’avons  pas  rencontré  la 
méniDgée  moyenne  en  chemin. 

Cette  intervention  est,  comme  toujours,  admirablement  supportée, 
les  crises  s’interrompent  pendant  vingt-quatre  heures  et  recommencent 
violentes  le  lendemain. 

Deuxième  temps.  —  Deux  jours  après  ;  anesthésie  chloroformique. 

La  mèche  est  enlevée,  le  cerveau  récliné  dans  sa  dure-mère  intacte 
au  moyen  de  l’écarteur  éclairant;  une  trompe  à  eau  assèche  le  fond  de 
la  plaie. 

On  va  droit  au  trou  ovale,  puis,  décollant  en  arrière,  on  aperçoit  le 
ganglion  de  Gasser  dans  sa  tente  fibreuse.  Celle-ci  est  ouverte  le  long 
du  bord  externe  et  un  crochet  à  strabisme  prolonge  le  débridement  en 
arrière  et  en  haut  jusqu’à  ce  qu’il  se  produise  un  écoulement  de  liquide 
céphalo-rachidien.  Ace  moment,  la  tension  des  méninges  diminuant 
un  peu,  il  est  facile  d’écarter  le  cerveau  davantage,  ce  qui  permet 
d’apercevoir  la  racine  sensitive,  de  la  charger  sur  un  crochet  à  Stra- 


SÉANCE  OU  il  AVRIL 


53Î 


brsme  et  de  la  sectionner  sans:  traction  avère  un  ténotomie  mousse..  Les 
deux  bouts  de  la  racine  sont  refoulés;  en  avant  et  en  arrière.. 

Bien  qiu’il  n’y  ait  aucune  hémorragie,  un  tout  petit  drain  est  placé 
sur  la  base  du  crâne  à  20  miLi mètres,  de  profondeur. 

Suites  normales  et  très,  rapides.  Le  drain  eslretiré  au  bout  de  quarante- 
huit  heures,  les  flls  le  sixième  jour,  et  la  malade,  levée  depuis  le 
troisième  jour,  quitte  la  clinique  le  huitième  jour. 

L’examen  de  la  sensibilité  de  la  face  après  l’opération  montre  que 
l’anesthésie  est  absolue  dans  toute  l’hémiface  correspondante,  sur  le 
territoire  des  trais  branches-  du  trijujneau. 

Comme  dans  les-  cas  précédents,  pas  le- moindre  trouble  trophique 
n’es-l  apparu  au  niveau  de  la  co-njonctive  ni  de  la  cornée.  » 

M.  Jean  V'illette  a  pratiqué  cinq  fois,  mme  intervention  pour 
névralgie  du  trijumeau  (ablation  du  ganglion  de  Gasser,  neuro¬ 
tomie  rétro-gassérienne,  section  des  nerfs  maxillaires  supérieur  et 
inférieur).  Ces  cinq  cas  ne  présentent  rien  de  particulier,  au  point 
de  vue  clinique  ou  opératoire,  si  ce  n’est  que  M.  Jean  Yillette  a 
opéré  en  deux  temps  afin  d’éviter  la  gène  causée  par  l’hémorragie. 
Dans  un  premier  temps,  notre  confrère  décolle  la  dure-mère 
jusqu’au  trou  ovale,  tamponne  et  s’en  va.  Dans  un  deuxième  temps, 
il  libère,  découvre  et  coupe  la  racine. 

Cette  manière  de  faire  est  défendable.  Pour  ma  part,  n’ayant 
jamais  observé  le  moindre  choc  à  la  suite  de  l’opération  en  un 
temps,  et  convaincu  d’autre  part  que  l’opération  en  un  temps  est 
très  supérieure  à  l’opération  en  deux  temps  au  point  de  vue  de 
l’asepsie,  je  continuerai  à  pratiquer  la  neurotomie  rétro-gassé¬ 
rienne  en  un>  temps  qui  est  d’ailleurs  mieux  acceptée  des  malades 
que  l’opération  en  deux  temps. 

Je  vous  propose  de  remercier  M.  Jean  Villette  pour  sa  commu¬ 
nication. 

M.  Robineau.  —  Comme  M.  de  Martel,  je  ne  vois  aucun  avan¬ 
tage  à  faire  en  deux  temps  la  neurotomie  rétro-gassérienne. 

L’abondance  de  l’hémorragie  ne  me  paraît  pas  un  argument 
valable,  l’écoulement  de  sang  est  aussi  gênant  pendant  le  deuxième 
temps  que  pendant  le  premier,  à  la  fin  de  l’opération  aussi  bien 
qu’au  début.  Je  n’ai  été  obligé  d’opérer  en  deux  temps-  qu’une  fois, 
maiapour  une  raison  spéciale  :  un  filet  radiculaire  m’avait  échappé 
et  l’anesthésie  du  front  n’était  pas  complète  t  j’ai  donc  ouvert  la 
plaie  au  bout  de  quarante-huit  heures  pour  achever  la  section  de 
la  racine  ;  l’écoulement  de  sang  s’est  montré  aussi  gênant  et  ma 
seconde  opération  a  duré  presque  aussi  longtemps  que  la  première. 

Un  autre  argument  pourrait  être  invoqué  :  c’est  la  durée  de 


532 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


l’anesthésie,  si  l’on  emploie  l’anesthésie  générale.  Je  n’aime  pas 
beaucoup  l’anesthésie  locale  en  pareil  cas,  peut-être  parce  que  je 
la  manie  mal  ;  il  m’a  semblé  qu’il  était  pénible  pour  les  opérés  de 
conserver  une  attitude  immobile  pendant  un  temps  très  long  ;  il 
est  vrai  que  j’opère  avec  une  lenteur  peut-être  excessive.  J’ai  donc 
recours  à  l’anesthésie  rectale  avec  de  petites  doses  d’éther 
(J00  à  120  cent,  cubes),  et  je  ne  cherche  pas  à  avoir  une  résolution 
complète  ;  s’il  est  nécessaire,  je  fais  respirer  quelques  gouttes  de 
chloroforme  au  moment  de  la  section  de  la  peau  et  de  la  dissection 
de  la  racine.  Dans  ces  conditions  je  n’ai  pas  observé  d’agitation 
chez  mes  opérés  qui  ne  conservent  aucun  souvenir  de  l’acte 
opératoire,  quelle  qu’en  soit  la  durée;  ils  ne  sont  [nullement  impres¬ 
sionnés  par  ce  mode  d’anesthésie  si  commode,  auquel  je  reste 
fidèle.  vB, 

M.  T.  de  Martel.  —  Je  suis  entièrement  de  l’avis  de  Robineau. 

J’ai  usé  de  l’éther  intrarectal;  J’y  ai  renoncé  parce  que 
quelquefois  mon  malade  était  agité  et  grisé  par  l’éther,  et  que 
quelquefois  il  était  ivre-mort  et  ne  se  réveillait  plus  que  diffici¬ 
lement. 


Questions  à  l’ordre  du  jour. 

1°  Mésentérite  rétractile. 

Péritonite  tuberculeuse  à  gros  épanchement  ascitique. 

Lésions  concomitantes  de  mésentérite  rétractile. 

Laparotomie.  Amélioration, 
par  M.  le  Dr  J.  Duvergey, 

Professeur  agrégé  à  la  Faculté  de  médecine  de  Bordeaux, 
Chirurgien  de  l’hôpital  Saint-André. 

Rapport  verbal  de  M.  PL.  MAUCLAIRE. 

M.  Duvergey  nous  a  envoyé  l’observation  suivante  : 

T...  R...,  âgé  de  vingt-deux  ans,  cultivateur  dans  les  Landes,  entre 
dans  mon  service  à  l’hôpital  Saint-André  le  13  juin  1922  parce  que  son 
abdomen  s’est  développé  progressivement  depuis  quatre  ans  pour 
acquérir  un  volume  considérable. 

Antécédents  héréditaires.  —  Sa  mère  a  présenté  une  pleurésie  ;  elle  a 
succombé  plus  tard  à  des  suites  de  çouche. 

Antécédents  personnels.  —  A  l’âge  de  sept  ans,  a  été  atteint  de  troubles 
imprécis  du  côté  de  l’appareil  pulmonaire.  A  quinze) ans,  a  présenté  un 


SÉANCE  DU  11  AVI 


abcès  au  niveau  du  poignet  gauche  qui  s’est  fistulisé  spontanément 
pour  cicatriser  au  bout  de  trois  mois.  Aujourd’hui  cette  cicatrice 
adhérente  à  l’os,  irrégulière,  a  toutes  les  apparences  d’une  cicatrice 
d’abcès  froid  d’origine  osseuse.  Pas  de  syphilis. 

Début.  —  Le  malade  a  présenté  des  troubles  gastro-intestinaux  avec 
diarrhée  en  mai  1918.  Son  abdomen  a  augmenté  de  volume  à  partir  de 
cette  époque.  Cette  augmentation  s’est  produite  lentement  mais  pro¬ 
gressivement  depuis  cette  époque.  Alternatives  de  diarrhée  et  de  consti¬ 
pation.  Quelques  petits  accès  fébriles.  Un  peu  d’amaigrissement.  C’est 
surtout  le  volume  considérable  de  l’abdomen  qui  décide  le  malade  à 
se  faire  soigner. 

Examen  du  malade,  le  14  juin  1922.  —  Abdomen  énorme.  Ascite  consi¬ 
dérable.  Ombilic  déplissé,  étalé  ;  circulation  veineuse  complémen¬ 
taire.  A  la  percussion,  matité  déplaçable.  Seule,  dans  la  position 
horizontale,  la  région  périombilicale  est  sonore.  Sensation  de  flot. 

Le  foie  ne  paraît  pas  augmenté  de  volume.  Hien  au  cœur  ni  aux 
poumons.  Pas  d’œdème  des  membres  inférieurs.  L’analyse  complète 
de  l’urine  ne  révèle  rien  d'anormal.  Réaction  Wassermann  négative. 

La  ■ponction  exploratrice  de  l’abdomen  ramène  un  liquide  citrin  qui 
est  envoyé  à  l’étude.  Voici  le  résultat  de  l’analyse  bactériologique  et 
cytologique  : 

Polynucléaires,  4  p.  100;  moyens  mononucléaires,  1  p.  100;  cellules 
macrophages,  14  p.  100;  cellules,  6  p.  100;  lymphocytes,  1b  p.  100.  Pas 
de  microbes  à  l’examen  direct. 

Laparotomie  le  16  juin  1922  sous  rachianesthésie. 

Petite  incision.  Il  s’écoule  au  dehors  trente  litres  de  liquide  ascitique. 
L’abdomen  est  asséché.  Quelques  fausses  membranes  rares  siègent 
dans  le  liquide.  Quelques  rares  granulations  tuberculeuses  parsemées 
sur  l’intestin  grêle  et  l’épiploon.  Le  mésentère  est  épaissi,  rétracté, 
scléreux  avec  des  cicatrices  étoilées,  les  unes  blanchâtres,  nacrées,  les 
autres  opalines  ne  se  voyant  que  sous  un  angle  particulier.  Ces  étoiles 
siègent  sur  tout  le  mésentère.  En  outre,  il  existe  de  nombreux  petits  kystes 
remplis  de  liquide  séreux  siégeant  aussi  sur  tout  le  mésentère,  du  volume 
d’une  tête  d’épingle.  En  frottant,  on  les  détache  du  mésentère.  I’s  siègent 
entre  les  cicatrices  étoilées,  et  ils  sont  au  nombre  d’une  cinquantaine 
environ.  Je  n’en  vois  que  sur  le  mésentère.  Pas  de  ganglions  mésen¬ 
tériques  appréciables.  Ablation  d’une  fausse  membrane  pour  examen 
histologique.  Drainage.  Suture. 

Suites  opératoires  normales.  —  Le  drain  est  enlevé  le  quatrième  jour. 

L’opéré  quitte  le  service  le  30  juillet  1922  très  amélioré.  Un  peu  de 
liquide  s’est  cependant  reformé  dans  la  cavité  abdominale,  mais  cette 
quantité  est  assez  minime  et  ne  gêne  pas  le  malade. 

Examen  anatomo-pathologique,  par  le  Professeur  Sabrazès.  —  Kyste. 
Il  s’agit  d’un  kyste  àparoijibrohyaline,  à  faisceaux  parallèles,  réguliers. 
Le  revêtement  cellulaire  est  tombé,  on  n’en  trouve  pas  trace.  Il  y  a 
très  peu  d'éléments  cellulaires.  Il  est  probable  qu’il  s’agit  d’un  kyste 
séreux.  Fausse  membrane.  Elle  est  fibrineuse,  formant  des  sortes  de 
mailles  dans  les  cavités  desquelles  on  voit  les  éléments  cellulaires  sui- 


534 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


vants  :  grandes  cellules  polyédriques  du  type  endothéli forme,  parfois 
groupées  en  placards,  parfois  à  l’état  dissocié,  parfois  vaeuolisées.  Il  y 
a  peu  de  lymphocytes.  Pas  de  tubercules  dans  cette  fausse  membrane. 

J’ai  revu  le  malade  le  20  février  1023  eu  excellent  état.  If  présente 
encore  un  certain  degré  d’ascite,  mais  celle-ci  est  très  peu  développée. 

M.  Duvergev  fait  suivre  son  observation  des  réflexions  sui¬ 
vantes  : 

J.1  s’agit  d'une  péritonite  tuberculeuse  à  forme  ascitique  très 
développée  accompagnée  de  lésions  mésentériques  caractérisées 
-non  seulement  par  de  la  sclérose  avec  cicatrices  étoilées  classiques, 
mais  encore  par  Inexistence  de  ces  kystes  multiples  et  minuscules 
mésentériques  qui  ne  sont  pas  signalés  dans  lés  observations  de 
mésentérite  rétractile.  Suivant  toutes  les  probabilités,  l’apparition 
de  ces  kystes  est  liée  à  des  troubles  dans  la  circulation  veineuse 
et  lymphatique  du  mésentère  par  le  fait  de  la  sclérose  tendant  à 
étouffer  les  vaisseaux  mésentériques. 

La  laparotomie  exploratrice  a  amélioré  l’ascite,  mais  celle-ci 
n’est  pas  disparue.  La  persistance  de  l’ascite  provient  des  lésions 
scléreuses  du  mésentère,  de  la  gêne  circulatoire  ;  aussi  le 
pronostic  doit-il  être  réservé  dans  ces  formes  de  mésentérite 
rétractile  accompagnant  la  tuberculose  péritonéale,  puisque  les 
lésions  aboutissent  à  la  sclérose  mésentérique  et  à  la  compression 
vasculaire  intra-mésentérique. 

Cette  observation  du  Dr  Duvergey  montre  que  la  tuberculose 
est  la  cause  fréquente  de  la  mésentérite  rétractile.  Mais  je  persiste 
à  croire  que  toules  les.mésentérües  rétractiles  ne  sont  pas  déter¬ 
minées  par  la  tuberculose. 

Dans  ce  cas  les  mierolcysles  observés  sor  le  mésentère  sont  à 
rapprocher  des  amas  vasculaires  signalés  dans  des  cas  sem¬ 
blables  par  M.  Duboucher  dans  ses  observations  que  j’ai  rap¬ 
portées  ici  il  y  a  un  mois. 

Je  vous  propose,  en  terminant,  de  remercier  M.  Duvergey  et  de 
publier  son  observalion  dans  nos  Bulletins. 


2®  Ulcères  perforés  de  l’estomac. 

Traitement  de  l'ulcère  gastrique  perforé  en  péritoine  libre. 
Rapport  de  M.  le  professeur  KUMMER  (de 'Genève),  correspondant  étranger. 

Je  verse  aux  débats  ouverts  sur  le  traitement  des  ulcères  per¬ 
forés  en  péritoine  libre  25  observations  de  malades  opérés  â  ma 


SÉANCE  DU  11  AVRIL 


535 


clinique  par  moi-même  ou  par  mes  assistants;  deux  l’ont  été  par 
le  Dr  R.  Dunant,  mon  remplaçant  temporaire. 

Obs.  I.  —  B...  (Alexis),  soixante-quatorze  ans.  Perforation  d’un ulcus 
pylorique  opéré  à  la  18e  heure.  Anesthésie  rachidienne.  Epanchement 
louche.  Enfouissement,  Gastro-entérostomie  postérieure.  Assèchement. 
Drainage.  Guérison. 

Huit  mois  plus  tard,  bonne  digestion,  bon  état  général. 

-  Obs.  II.  —  B...  (Albert),  trente-trois  ans.  Perforation  d’un  ulcus 
duodénal  opéré  à  la  7e  heure.  Narcose  à  l’éther.  Epanchement  à  réac¬ 
tion  alcaline.  Enfouissement.  Gastro-entérostomie  au  bouton  de 
Jaboulay.  Grand  lavage.  Drainage.  Guérison. 

Trois  ans  environ  après  mon  opération,  un  de  mes  assistants  a  pu 
constater  à  l’examen  radiologique  que  l’estomac  se  vidait  uniquement 
par  la  voie  pylorique  et  que  rien  ne  passait  par  la  gastro-entérostomie, 
que  d’autre  part  l’estomac  était  vide  dans  le  court  délai  de  deux  heures. 
Lé  chimisme  gastrique  était  normal,  la  quantité  stomacale  primitive 
normale,  le  tubage  à  jeun  ne  ramenait  aucun  liquide  de  rétention; 
l’opéré  se  déclara  parfaitement  satisfait  de  ses  digestions.  Pendant  mes 
vacances,  le  malade,  qui  se  sent  parfaitement  bien,  se  soumet  à  une 
nouvelle  opération,  sur  les  instances  d’un  de  mes  assistants  d’alors,  qui, 
sans  raison  valable,  pratiqua  une  gastro-entérostomie  postérieure  à  la 
suture.  Cette  intervention  permet  de  constater  ce  que  l’examen  préalable 
faisait  prévoir  ;  guérison  de  l’ulcère  duodénal,  perméabilité  des  voies 
naturelles,  oblitération  presque  complète,  par  non-fonctionnement,  de 
la  gastro-entérostomie  devenue  superflue.  L’estomac  continue  à  se 
vider  dans  un  délai  de  deux  heures,  l’évacuation  se  fait  actuellement 
à  parties  égales  par  les  deux  voies:  le  malade  est  satisfait,  mange  de 
tout,  digère  bien,  sauf  quelques  renvois,  travaille  régulièrement. 

Obs.  HL  —  B...  (F.),  vingt-huit  ans.  Perforation  d’un  ulcus  duodé¬ 
nal  opéré  à  la  19e  heure.  Narcose  à  l'éther.  Epanchement  louche. 
Enfouissement,  Epiplooplastie.  Gastro-entérostomie  postérieure.  Assè¬ 
chement.  Drainage.  Guérison. 

Obs.  IV.  —  C...  (S.),  trente-cinq  ans.  Perforation  d’un  ulcus  pylo¬ 
rique  opéré  à  la  Se  heure.  Narcose  à  l’éther.  Epanchement  louche  avec 
particules  alimentaires.  Enfouissement.  Gastro-entérostomie  ‘  posté¬ 
rieure.  Grand  lavage.  Pas  de  drainage.  Guérison.  . 

Obs.  V.  —  C...  (Michel),  cinquante-cinq  ans.  Perforation  d’un  ulcus 
duodénal  opéré  à  la  4e  heure.  Narcose  à  l’éther.  Epanchement  bilieux, 
réaction  alcaline.  Enfouissement.  Epiplooplastie.  Pas  de  gastro-enté¬ 
rostomie.  Grand  lavage.  Pas  de  drainage.  Guérison. 

Trois  semaines  après  l’opération,  retard  d’évacuation.  Gros  reste 
après  huit  heures  et  demie.  , 

Obs.  VI.  —  D...  (Jean),  cinquante-deux  ans.  Perforation  d’un  ulcus 
duodénal  opéré  au  4°  jour  (opérateur  :  Dr  Raoul  Dunant).  Anesthésie 


636 


SOCIÉTÉ  DE  CBIKURG1E 


rachidienne.  Epanchement  purulent,  réaction  acide.  Enfouissement. 
Epiplooplastie.  Pas  de  gastro-entérostomie.  Assèchement.  Drainage. 
Mort.  Autopsie  :  grosse  hémorragie  :  l’estomac  et  l’intestin  remplis  de 
sang,  du  sang  dans  les  bronches. 

Obs.  Vil.  —  E...  (Henri),  cinquante-cinq  ans.  Perforation  d’un  ulcus 
pylorique,  opéré  à  la  8e  heure.  Na>  cose  à  l’éther.  Epanchement  trouble, 
réaction  acide.  Enfouissement.  Gastro-entérostomie  postérieure.  Grand 
lavage.  Pas  de  drainage.  Mort.  Autopsie  :  péritonite  suraiguë. 

Obs.  VIIJ.  —  F...  (Emile),  cinquante-sept  ans.  Perforation  d’un  ulcus 
pylorique  opéré  au  4*  jour.  Narcose  à  l’éther  et  au  chloroforme.  Epan¬ 
chement  noirâtre.  Enfouissement.  Gastro-entérostomie  postérieure. 
Assèchement.  Ni  lavage  ni  drainage.  Guérison. 

Un  mois  après  l’opération,  gros  reste  à  7  heures.  Evacuation  pylo¬ 
rique  prépondérante.  Légère  hyperacidité,  couche  intermédiaire. 
Pruneaux  à  jeun.  Bonne  digestion.  Bon  état  général. 

Obs.  IX.  —  G...  (Charles),  trente-deux  ans.  Perforation  d’un  ulcère 
duodénal  opéré  à  la  7e  heure.  Narcose  à  l’éther.  Epanchement  de  réac¬ 
tion  alcaline.  Enfouissement.  Gastro-entérostomie  postérieure  au  bou¬ 
ton  de  Jaboulay.  Grand  lavage.  Pas  de  drainage.  Guérison 

Huit  mois  après  l’opéraiion,  a  augmenté  de  10  kilogrammes.  Travaille. 
MaDge  de  tout.  Aucune  plainte. 

Obs.  X.  —  G...  (Charles),  dix-huit  ans.  Perforation  d’un  ulcère  de  la 
petite  courbure  opéré  à  la  24e  heure.  Narcose  à  l’éther.  Epanchement 
trouble,  fibrineux.  Enfouissement.  Epiplooplastie.  Pas  de  gastro-enté¬ 
rostomie.  Assèchement.  Drainage.  Guérison. 

Après  six  semaines,  gastro-entérostomie  postérieure  ,à  la  suture. 
Bien-être  pendant  une  année,  ensuite  malaises  après  les  repas.  Dou¬ 
leurs  après  de  gros  travaux.  Etat  général  bon. 

Obs.  XI.  —  G...  (Paul),  vingt-huit  ans.  Perforation  d’un  ulcère 
duodénal  opéré  à  la  12e  heure.  Narcose  à  l’éther.  Epanchement  fibrino- 
purulent.  Enfouissement.  Gastro-entérostomie  postérieure  au  bouton 
de  Jaboulay.  Drainage.  Guérison. 

Six  mois  après,  iléus  par  bride.  Résection  d’une  anse  d’intestin  grêle. 
Guérison. 

Actuellement,  bien-être  parfait.  L’évacuation  gastrique  se  fait  en 
deux  heures.  Acidité  normale. 

Obs.  XII.  —  H...  (Ernest),  quarante-deux  ans.  Perforation  d’un  ulcère 
duodénal  opéré  à  la  4e  heure.  Narcose  à  l’éther.  Epanchement  spumeux 
verdâtre.  Enfouissement.  Pas  de  gaslro-entérostomie.  Grand  lavage. 
Pas  de  drainage.  Guérison. 

Trois  semaines  après  l’opération,  l’estomac  se  vide  en  six  heures; 
bien-être  parfait  pendant  deux  ans  ;  ensuite,  nouvelle  gastropathie  : 
douleurs  post-prandiales,  vomissements.  Retard  d’évacuation  gastrique, 
un  reste  de  4/5e  après  six  heures,  vide  après  vingt-quatre  heures. 

Environ  trois  ans  après  la  première,  nouvelle  intervention  poür  sté- 


SÉANCE  DU  11  AVRIL 


337 


nose  pylorique  progressive.  Au  niveau  du  duodénum,  on  trouve  une 
tuméfaction  grosse,  comme  une  pomme  (ulcère  calleux?).  Division 
prépylorique  de  l’estomac.  Occlusion  par  suture  de  la  tranche  distale, 
implantation  directe,  transmésocolique  de  la  tranche  proximale  sur 
une  anse  jéjunale,  à  1S  centimètres  en  dessous  du  ligament  de  Treitz. 
Guérison.  L’évacuation  gastrique  se  fait  rapidement  :  en  deux  heures 
l’estomac  est  vide. 

Quelque  temps  après  le  malade,  chargé  d’une  lourde  hérédité  tuber¬ 
culeuse,  fait  une  granulie  pulmonaire  qui  l’emmène  une  année  environ 
après  la  deuxième  opération. 

Obs.  XIII.  —  H...  (Louis),  cinquante  et  un  ans.  Perforation  d’un 
ulcus  prépylorique  opéré  après  vingt-quatre  heures.  Narcose  à  l’éther. 
Enfouissement.  Gastro-entérostomie  antérieure  isopéristaltique.  Grand 
lavage.  Broncho-pneumonie.  Neuf  jours  après  l’opération,  rupture  de 
la  paroi  avec  procidence  intestinale.  Suture  sous  narcose  au  chloro¬ 
forme.  Mort.  Pas  d’autopsie. 

Obs.  XIV.  —  J...  (Henri),  cinquante-cinq  ans.  Perforation  d’un  ulcus 
de  la  petite  courbure  opéré  à  la  18e  heure.  Narcose  à  l’éther.  Enfouis¬ 
sement,  sans  gastro-entérostomie.  Grand  lavage.  Pas  de  drainage. 
Mort  après  vingt-quatre  heures.  Autopsie  :  péritonite,  hépatisation 
rouge  des  lobes  inférieurs  des  poumons. 

Obs.  XV.  —  L...  (F.),  quarante-six  ans.  Perforation  d’un  ulcus  duo- 
dénal  opéré  à  la  24e  heure.  Narcose  à  l’éther.  Epanchement  de  réaction 
acide,  contenant  des  particules  alimentaires.  Enfouissement.  Gastro- 
entérostomie  postérieure.  Grand  lavage.  Drainage.  Guérison. 

Huit  semaines  après  l’opération,  estomac  vide  en  deux  heures.  Eva¬ 
cuation  à  parties  égales  par  les  deux  voies.  Chimisme  gastrique  nor¬ 
mal.  Bonne  digestion,  bon  état  général. 

Obs.  XVI.  —  M...(Ed.),  cinquante-huit  ans.  Perforation  d’ulcus  gas¬ 
trique  opéré  à  la  24e  heure.  Narcose  à  l’éther.  Enfouissement  sans 
gastro-entérostomie.  Grand  lavage.  Rupture  de  la  paroi  huit  jours 
après.  Réopération.  Autopsie  :  péritonite,  broncho-pneumonie. 

Obs.  XVII.  —  M...  (Emile),  cinquante  ans.  Perforation  d’un  ulcus 
duodénal  opéré  le  8e  jour.  Narcose  à  l’éther.  Epanchement  purulent. 
Enfouissement.  Autopsie  :  péritonite,  broncho-pneumonie. 

Obs.  XVIII.  —  M...  (Ed.),  trente-sept  ans.  Perforation  d’un  ulcus 
duodénal  opéré  à  la  17e  heure.  Epanchement  louche.  Enfouissement. 
Gastro-entérostomie  postérieure.  Grand  lavage.  Drainage.  Appendi¬ 
costomie.  Autopsie  :  péritonite;  à  côté  de  l’ulcère  perforé,  trois  autres, 
superficiels. 

Obs.  XIX.  —  O...  (Ed.),  dix-sept  ans.  Perforation  d’un  ulcère  pré¬ 
pylorique  opéré  à  la  8®  heure. Narcose  à  l’éther.  Epanchement  spumeux. 
Enfouissement  sans  gastro-entérostomie.  Grand  lavage,  sans  drainage. 
Guérison. 


SOCIÉTÉ  DE  CaiHUBGIE 


538 


Deux  semaines  après  l’opération,  légère  hyperacidité.  Evacuation 
gastrique  entre  2  et  6  heures.  Couche  intermédiaire. 

Six  ans  après  l’opération,  se  déclare  parfaitement  guéri,  mais  suit  un 
régime. 

Obs.  XX.  —  P...  (Marc),  cinquante-cinq  ans  (opérateur  :  Dr  Raoul  Du¬ 
nant).  Perforation  d’un  ulcère  duodénal  opéré  à  la  18°  heure.  Narcose 
à  l’éther.  Epanchement  purulent.  Enfouissement  sans  gastro-entéros¬ 
tomie.  Assèchement.  Drainage.  Mort.  Autopsie  :  péritonite. 

Obs.  XXt.  —  R...  (Jean),  quarante-cinq  ans.  Perforation  d’un  ulcus 
duodénal  opéré  à  la  10e  heure.  Narcose  à  l’éther.  Epanchement  spu¬ 
meux,  trouble,  de  réaction  alcaline.  Enfouissement.  Gastro-entéros¬ 
tomie  postérieure.  Grand  lavage,  sans  drainage.  Guérison. 

Cinq  ans  après  l'opération  :  légère  hyperacidité,  quantité  stomacale 
primitive  augmentée.  Durée  d'évacuation  normale,  pylore  et  gastro- 
entérostomie  fonctionnent  également.  Point  douloureux  au  niveau  de 
la  gastro-entérostomie.  Depuis  une  année,  gastralgies  et  quelques 
vomissements.  Une  année  plus  tard  se  déclaxe  parfaitement  bien 
portant. 

Obs.  XXII.  —  R...  (Henri),  trente-huit  ans.  Perforation  d’un  ulcus 
de  la  petite  courbure  opéré  â  la  10e  heure.  Narcose  à  l’éther.  Epanehe- 
ment  abondant,  sale.  Excision  de  l’ulcère,  sans  gastro-entérostomie. 
Grand  lavage.  Guérison. 

Six  mois  après  l’opération  :  estomac  hypotonique,  forte  couphe 
intermédiaire.  Douleur  à  la  pression  au  niveau  de  la  petite  courbure. 
Mouvements  d’antipérislaltisme.  Evacuation  terminée  en  quarante- 
huit  heures.  Acidité  normale.  Rien  au  tubage  à  jeun, 

Obs.  XXIII.  —  S...  (Cornélius),  trente  ans.  Perforation  d’un  ulcère 
duodénal  opéré  à  la  12e  heure.  Narcose  à  l’éther.  Epanchement  bilieux. 
Aspiration  du  liquide.  Enfouissement  sans  gastro-entérostomie.  Grand 
lavage.  Drainage.  Autopsie  :  péritonite,  pueumonie  base  droite. 

Obs.  XXIV.  —  S...  (Fridolîm),  vingt  ans.  Perforation  d’un  ulcus  duo¬ 
dénal  opéré  au  3e  jour.  Narcose  à  l'éther.  Epanchement  blanc  laiteux. 
Enfouissement.  Gastro-entérostomie.  Grand  lavage.  Drainage.  Guérison. 

Obs.  XXV.  —  T...  (Antoinette),  cinquante-quatre  ans.  Perforation 
d’un  ulcus  de  l’estomac,  paroi  antérieure,  opéré  à  la  12*  heure.  Nar¬ 
cose  à  l’éther.  Epanchement  grisâtre.  Enfouissement.  Gastro-entéros¬ 
tomie' postérieure.  Grand  lavage.  Pas  de  drainage.  Guérison. 

Examen  environ  trois  semaines  après  r opération  :  Acidité  gastrique 
normale.  Evacuation  par  les  deux  voies  dans  les  délais  normaux. 

Nouvel  examen  sept  mois  après  l'opération  :  même  résultat.  A  augmenté 
de  10  kilogrammes  en  six  mois,  se  sent  bien,  mais  souffre  de  temps  en 
temps,  immédiatement  après  les  repas,  d’une  pesanteur  dans  l’hypo- 
corntee  gauehe. 

Trois  ans  après  l’opération,  la  malade  ee  sent  parfaitement  bien  por¬ 
tante;  malaises,  nausées  et  douleurs  ont  disparu. 


■SÉANCE  DC  11  AVBIL 


539 


Remarques.. 

1.  Les  cas  de  mort.  —  Sur  25  opérations  pour  ulcères  perforés 
•de  l'estomac  ou  du  duodénum,  nous  comptons  9  cas  de  mort.;  sur 
7  malades  opérés  dans  un  délai  maximum  de  huit  heures  après  la 
perforation,  1  eas  de  mort  ;  sur  13  opérés  dans  un  délai  de  vingt- 
quatre  heures,  o  cas  de  mort,  et  sur  5  opérés  dams  un  délai  dépas¬ 
sant  vingt-quatre  heures,  3  cas  de  mort.  Un  .déeès  est  la  suite 
d’une  hémoiTagie  secondaire  provenant  d’un  uieère  duodénal 
perforé  et  enfoui.  Les  8  autres  déeès  sont  la  conséquence  directe 
ou  indirecte  de  la  péritonite  par  perforation,.  À  .l’.autopsie  prati¬ 
quée  dans  8  cas,  on  a  toujours  constaté  que  les  sutures  d’enfouis¬ 
sement  étaient  étanches. 

La  broncho-pneumonie  est  venue  parfois  compliquer  le  shoek 
périlonitique.  L’état  de  2  de  nos  opérés  atteints  de  broncho-pneu¬ 
monie  a  été  aggravé  par  la  rupture  de  la  cicatrice  pariétale  due 
aux  efforts  delà  toux. 

IL  Les  suites  tardives.  —  Après  avoir  sauvé  un  malade  d’une 
péritonite  par  perforation  d’ulcère,  il  est  bien  naturel  de  ne  pas 
trop  se  préoccuper  des  suites  tardives.  Et  cependant  ces  suites  ne 
sont  pas  toujours  bonnes.  On  peut  s’en  convaincre  quand  les 
malades  reviennent  :se  plaindre.  Mais  les  désordres  peuvent  rester 
longtemps  latents.,  la  malade  les  ignore.  A  cette  époque,  le 
médecin  peut  parfois  les  dépister  par  des  examens  spéciaux, 
comme  l’analyse  du  suc  gastrique  et  l'observation  du  transit. 

Autant  que  faire  se  peut,  nos  opérés  de  l’estomac  sont  soumis, 
avant  leur  sortie,  A  un  examen  du  suc  gastrique,  ainsi  qu’à 
l’observation  radiologique.  Mes  chefs  de  clinique  examinent  le 
transit  gastro-intestinal  d’après  un  programme  que  j’.ai  introduit 
depuis  six  ans  environ..  Je  crois  qu’il  y  va  de  l’intérêt  de  la  chi- 
rargie  autant  que  de  celui  du  malade  que  cette  «méthode  «d’examen 
reste  sous  le  contrôle  direct  du  chirurgien  et  ne  soit  pas  aban¬ 
donnée  aux  mains  d’un  spécialiste,  même  médecin,  mais  indé¬ 
pendant  du  service  clinique. 

Un  nouvel  examen  radiologique,  pratiqué  après  des  mois  ou 
des  années,  est  un  moyen  de  contrôle  précieux  sans  doute,  mais 
dont  les  résultats  demandent  à  être  judicieusement  interprétés  et 
comparés  avec  les  autres  données  «cliniques. 

Les  suites  tardives  nous  sont  connues  pour  12  des  16  opérés  «qui 
-ont  survécu.  9  de  ces  12  anciens  opérés,  dont  2  sans  gastro-enté¬ 
rostomie,  ont  présenté  des  suites  post-opératoires  très  satisfai¬ 
santes,  tandis  que  des  troubles  tardifs  «sont  survenus  dans  3  cas. 


540 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Deux  fois  nous  avons  été  obligé  de  réintervenir  :  une  fois  pour 
iléus  par  brides  survenu  après  six  mois  et  guéri  par  la  nouvelle 
opération;  une  autre  fois  pour  sténose  pylorique  due  à  la  trans¬ 
formation  tardive  d’un  ulcus  duodénal  simple  en  ulcéro-tumeur, 
ulcus  calleux  ou  carcinome,  la  chose  est  restée  incertaine.  Chez 
ce  malade,  nous  avons  pratiqué,  deux  ans  et  demi  après  l’enfouis¬ 
sement  de  l’ulcère  perforé,  une  exclusion  prépylorique  par  section 
transversale  et  implantation  termino-latérale  de  la  tranche  proxi¬ 
male  de  l’estomac  dans  le  jéjunum.  L’opération  a  été  suivie  de 
guérison,  mais  le  malade  est  mort  de  granulie  pulmonaire  environ 
huit  mois  après.  Chez  un  troisième  malade,  qui  se  sentait  d’ailleurs 
parfaitement  bien  neuf  mois  environ  après  l 'excision  d’un  ulcère 
perforé  de  la  petite  courbure,  l’examen  radiologique  a  révélé  un 
retard  de  plus  de  quarante-huit  heures  de  l’évacuation  gastrique, 
signe  certain  d’un  obstacle  organique.  Ce  malade  n’a  pas  été 
réopéré  et  nous  l’avons  perdu  de  vue.  Nous  considérons  ce  cas 
plutôt  comme  un  échec,  alors  même  que  le  malade  s’est  déclaré 
satisfait;  les  (roubles  de  la  motricité  ne  manqueront  probable¬ 
ment  pas  de  se  faire  remarquer  par  la  suile.  . 

Chez  un  de  nos  opérés  (n°  21),  nous  avons  vu  survenir  des 
symptômes  passagers  d’ulcère  peplique  possible. 

Dans  les  3  cas  où  nous  l’avons  employé,  le  bouton  de  Jaboulay 
a  donné  d’excellents  résultats,  d’ailleurs  contrôlés  aux  rayons  X. 
Un  de  mes  assistants  d’alors  a  cru  devoir  réintervenir,  pendant 
mes  vacances,  Ghez  un  de  mes  opérés,  parce  qu’à  la  radioscopie 
il  ne  voyait  plus  fonctionner  la  gastro-entérostomie.  L’homme, 
qui  ne  se  plaignait  de  rien,  vidait  son  estomac  en  deux  heures 
par  la  seule  voie  pylorique.  \  la  nouvelle  opération,  la  gastro- 
entérostomie  au  bouton  s’est  trouvée  fort  rétrécie.  L’ulcèré  duo¬ 
dénal  était  apparemment  guéri.  Une  nouvelle  gastro-entérostomie 
fut  néanmoins  pratiquée.  Le  malade  ne  s’en  porte  pas  plus  mal 
pour  cela.  Quelques  semaines  après  la  deuxième-  opération,  il 
évacue  le  repas  opaque  en  deux  heures  et  le  passage  se  fait  par 
les  deux  voies. 

III.  Critique  des  procédés  opératoires.  —  Enfouissement  simple 
ou  avec  gastro-entérostomie;  excision  de  l’ulcère;  résection 
d’emblée. 

L’excision  de  l’ulcère  perforé  a  été  pratiquée  dans  un  seul  cas 
où  la  largeur  de  la  perforation  et  la  friabilité  des  bords  avaient 
rendu  l’enfouissement  impraticable.  Le  malade  a  guéri,  mais  il 
conserve  une  notable  rétention  gastrique.  Ce  désordre  aurait  pu 
être  évité  par  une  gastro-entérostomie  complémentaire.  Dans  ce 
cas,  une  gastro-pylorectomie  aurait  probablement  été  supportée 


SÉANCE  DU  11  AVRIL 


541 


aussi  bien  que  l’excision  de  l’ulcère  et  aurait,  du  coup,  assuré 
une  bonne  évacuation  gastrique. 

Dans  les  24  autres  cas,  l’oriflce  de  perforation  a  été  fermé  par 
des  sutures  d’enfouissement,  parfois  renforcées  par  une  épiploo- 
plastie.  Jamais  cette  suture  ne  s’est  montrée  insuffisante.  Dans  un 
peu  plus  de  la  moitié  des  cas,  14  sur  25,  nous  avons  ajouté  une 
gastro-entérostomie  aux  sutures  d’occlusion.  Les  malades  sauvés 
par  la  laparotomie  avec  enfouissement  et  gastro-entérostomie 
sont  plus  nombreux  que  ceux  sauvés  par  la  même  opéraiion  sans 
gastro-entérostomie.  Mais,  pour  porter  un  jugement  équitable  sur 
la  valeur  de  ces  deux  manières  de  faire,  il  ne  faut  pas  perdre  de 
vue  que  le  simple  enfouissement  a  été  généralement  réservé  aux 
cas  les  plus  graves.  Dans  un  cas  (n°  5)  d’ulcère  duodénal  perforé 
et  enfoui  sans  gastro-entérostomie,  on  a  noté,  trois  semaines  après 
l’opération,  un  gros  reste  huit  heures  et  demie  après  l’ingestion 
du  repas  opaque.  Les  suites  ultérieures  sont  inconnues. 

Une  fois,  nous  avons  été  obligé  de  réintervenir  pour  un  désordre 
tardif,  sténose  pylorique  par  ulcéro-tumeur  développée  sur  un 
ulcus  duodénal  simple  perforé  et  enfoui  sans  gastro-entéroston.ie. 
L’absence  de  cette  dernière  a  peut-être  favorisé  la  transformation 
de  l’ulcus  simple,  tel  qu’il,  était  à  la  première  opération,  en  ulcéro- 
tumeur.  La  gastro-entérostomie  aurait  peut-être  permis  à  l’ulcus 
enfoui  de  guérir.  Il  est  vrai  que  des  doutes  persistent  sur  la  nature 
de  celte  ulcéro-tumeur.  S’il  s’agissait,  ce  qui  me  paraît  d’ailleurs 
peu  probable,  d’un  ulcère  cancérisé,  la  résection  d’emblée  aurait 
été  seule  capable  de  prévenir  cette  complication.  Mais  la  cancéri¬ 
sation  de  l’ulcus  simple  survient-elle  assez  fréquemment  pour 
consacrer  la  résection  comme  le  procédé  normal  dans  l’ulcus 
simple  perforé?  Nous  ne  le  pensons  pas. 

Un  autre  échec  de  l’enfouissement  sans  gastro-entérostomie  est 
le  cas  d'hémorragie  d’un  ulcus  duodénal.  La  gastro-entérostomie 
aurait-elle  été  capable  de  prévenir  cet  échec?  On  voit  parfois 
l’hémorragie  d’un  ulcus  s’arrêter  à  la  suite  de  la  gastro-entéro¬ 
stomie.  C’est  un  fait  d’expérience,  quelle  que  soit  l’explication 
qu’on  en  donne,  et  c’est  là  une  considération  qui  s’ajoute  à  celles 
que  nous  avons  déjà  fait  valoir  pour  engager  à  ne  pas  renoncer, 
sans  nécessité,  à  la  gastro-entérostomie.  Il  faut  reconnaître, 
d’autre  part,  que  c’est  bien  la  résection  de  l’ulcère  perforé,  mieux 
que  tout  autre  opération,  qui  aurait  pu  prévenir  l’hémorragie 
dans  le  cas  dont  nous  parlons,  mais  comment  prévoir  le  danger, 
puisque  rien,  au  moment  de  l’opération,  ne  laissait  supposer  que 
l’ulcère  allait  saigner? 

Quant  au  cas  d’iléus  par  brides,  il  ne  peut  être  mis  à  la  charge 
d’un  procédé  opératoire  plus  que  d’un  autre. 

BULL.  BT  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CHIB.,  1923.  39 


542 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Conclusions.  — Somme  toute,  l’étude  de  ces  quelques  observa¬ 
tions  permet  de  dire  que  l'occlusion  simple  de  l’orifice  de  perfo¬ 
ration  est  souvent  suffisante  pour  parer  aux  accidents  immédiats 
et  trouve  son  indication  dans  les  cas  où  l’état  du  malade  exige 
l’emploi  de  la  technique  la  plus  simple,  la  plus  rapide,  la  moins 
shockante. 

Toutes  les  fois  que  l’état  est  un  peu  meilleur,  et  quel  que  soit  le 
siège  de  l’ulcère,  il  sera  bien  de  pratiquer,  en  outre,  une  gastro- 
entérostomie,  après  enfouissement  aussi  bien'qu’après  l’excision 
de  l’ulcère. 

Dans  les  cas  bien  plus  rares  où  l’étal  du  malade  semble  relati¬ 
vement  bon,  et  où  l’enfouissement,  offrirait,  de  réelles  difficultés, 
ily  aura  lieu  d’envisager  la  résection  d’emblée,. capable  de  mettre 
le  malade  à  l’abri,  de  désordres  secondaires  comme  ceux  qui  se 
sont  produits  dans  nos  cas  nos  5,  6,  12,  22.  Quant  à  en  faire  l’opé¬ 
ration  de  choix  et  à  l’employer  systématiquement  dans  tous  les 
cas  qui  paraissent  tolérer  une  intervention  un  peu.  shockante, 
nous  pensons  que  ce  serait  aller  trop  loin.  Nos  recherches  sur  le 
traitement.chirurgical  de  l’ulcère  nous  ont  permis  de  montrer  que 
la  question  est  loin  d’être  tranchée,  même  pour  les  cas  d’ulcères 
non  perforés.  Alors  même  que  la  mortalité  des  résections  a  beau¬ 
coup  diminué  dans  ces  dernières  années,  les  conséquences  fonc¬ 
tionnelles  ne  sont  pas  toujours  favorables,  et  la  résection  est  une 
opération  plus  grave  que  l’enfouissement  avec  gastro-entérostomie. 

Au  surplus,  sur  quoi  se  baser  pour  apprécier  l’état  de  résistance 
du  malade?  Le  temps  écoulé  depuis  le  moment  de  la  perforation 
nous  semble,  d’après  nos  observations,  un  indice  peu  fidèle.  Cela 
n’a  d’ailleurs  rien  d’étonnant,  car  il  est  certain  que  le  moment  du 
cri  péritonéal  et  celui  de  l’invasion  septique  ne  sont  pas  toujours 
simultanés.  Faute  de  base  objective,,  c’est  au  sens  clinique  du 
chirurgien  et  à  son  expérience  qjue,  pour  le  moment  encore,  on 
devra  s’en  rapporter. 


Huit  observations ■■  dJulcères  duodéno-gastriques  'perfores, 
par  M.  Cn.  Girode. 

Rapport  de  M.  PIERRE  DELBET. 


M.  Girode  nous  a  envoyé  la  statistique  des  ulcères  duodéno- 
gastriques  perforés,  opérés  dans  mon  service  pendant  son  clinicat, 
qui  s’est  terminé  en  novembre  1922. 

Ils  sont  au  nombre  de  8.  M.  Girode  en  a  opéré  7  et  moi  1. 


SÉANCE  DU  11  AVRIL 


543 


Ge  dernier  est  le  seul  ulcère  duodénal.  La  perforation  siégeant 
sur  la  seconde  portion  du  duodénum,  la  résection  était  impossible. 
Ce  cas  n’a  donc  pas  d’intérêt  pour  la  discussion  actuelle.  Je  me 
borne  &  dire  que  le  malade  a  été  opéré  quarante-huit  heures  après 
la  perforation,  que  son  état  n’était  pas  très  grave,  que  la  perfo¬ 
ration  avait  à  peine  2  millimètres  de  diamètre,  que  les  lésions 
avaient  une  tendance  manifeste  à  se  circonscrire,  que  la  guérison 
s’est  faite  très  simplement  après  une  suture  à  deux  plans,  sans 
gastro-entérostomie. 

Les  7  cas  d’ulcère  de  l’estomac  de  M.  Girode  ont  été  traités  par 
la  suture,  avec  ou  sans  avivement  des  bords  de  la  perforation. 
Ils  ont  donné  3  guérisons  et  4  morts. 

La  grosse  mortalité  tient  à  ce  que1  plusieurs  malades  ont  été 
opérés  in  extremis. 

Une  malade  opérée  à  la  48°  heure,  en  pleine  péritonite',  meurt 
sur  la  table  d’opération.  La  perforation  mesurait  1  centimètre  de 
diamètre,  et  était  haut  située  sur  la  petite  courbure. 

Un  autre,  opéré  à  la  36e  heure,  succombe  sans  avoir  repris 
connaissance.  La  perforation,  de  2'millimètres  d’élendüe,  siégeait 
sur  le  vestibule. 

Un.  troisième  opéré,  à  la  60e  heure1,  s’éteint  deux  heures  après. 
L’intervention  avait  été  faite  sous  l’anesthésie  régionale. 

Ces  3  cas  ne  peuvent  fournir  d’arguments  ni  pour,  ni  contre  la 
technique  opératoire. 

Restent  4  cas  avec  3  guérisons  et  1  mort. 

Une  malade  de  vingt-sept  ans,  chez  qui  la  perforation  s’était 
produite  trois  heures  après  l’absorption  d’un  purgatif,  et  qui  fut 
opérée  dix  heures  après  le  début  des  accidents,  fit  une  pleurésie 
purulente  du  côté  gauche.  La  pleurotomie,  pratiquée  quinze  jours 
après  la  laparotomie,  n’empêcha  pas  la  mort  de  survenir  le 
vingt- deuxième  jour,  sans  que  la  malade  eût  présenté  le  moindre 
symptôme  péritonéal. 

Les  3  autres  opérés' ont  guéri  sans  incident. 

Le  nombre  des  cas  est  beaucoup  trop  petit  pour  que  l’on  puisse 
en  tirer  des  conclusions. 

Je  constate  simplement  que  chez  les  4  malades;  qui  ne'  sont 
pas  morts  immédiatement;  la  suture  de  la  perforation  a  tenu. 
Et  dans  ï  cas,  M.  Girode1  n’avait  fait  qu’un  seul  .plan  de  stature. 
Voici  dans  quelles  conditions  : 

Un  galopin  de  quinze1  ans  et  demi  avait  été  pris  brusquement 
de  douleurs  atroces  dans,  la  région  sous-ombilicale1. 

Dix.  heures  après,  M.  Girode  fait  le  diagnostic  d’appendicite. 
Une  incision  dans  la  fosse  iliaque  droite  donne  issue  à1  un  liquide 
couleur  de  bouillon  sale  mêlé  de  caillots  dé  lait.  M1.  Girode  incise 


544 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


au-dessus  de  l’ombilic,  et  au  moment  où  il  trouve  sur  le  vestibule 
une  perforalion  à  l’emporte-pièce  de  5  millimètres  de  diamètre, 
survient  une  syncope  respiratoire.  Ne  pouvant  faire  la  respiration 
artificielle  avec  l’estomac  ouvert,  M.  Girode  aveugle  la  perforation 
par  un  surjet  péritonéal.  Après  des  manœuvres  assez  longues,  la 
respiration  se  rétablit,  mais  l’état  du  malade  restant  précaire, 
M.  Girode  ferme  partiellement  les  deux  incisions  abdominales 
sahs  revenir  à  la  suture  de  l’estomac  et  le  malade  guérit  très  bien. 

Ainsi  les  bords  des  ulcères  perforés  sont  aptes  à  la  réunion. 
C’est  un  point  important.  Et.  pour  les  cas  de  mon  service,  il  est 
aussi  vrai  des  malades  qui  avaient  un  passé  gastrique  que  de 
ceux  qui  n’en  avaient  pas. 

Sur  les  8  malades  (en  comptant  l’ulcère  duodénal),  5  n’avaient 
aucun  passé  gastrique,  ce  qui  montre  bien  que  les  ulcères  perfo¬ 
rants  ont  quelque  chose  de  spécial.  3  avaient  été  soignés  pour 
ulcères,  2  médicalement,  1  par  la  gastro-entérostomie.  Chez 
les  trois,  les  bords  de  la  perforation  étaient  souples  et  les  sutures 
ont  bien  tenu. 

En  classant  les  cas  d’après  le  temps  écoulé  entre  la  perforation 
et  l’intervention,  voici  ce  que  l’on  trouve  : 

d  malade,  opéré  quatre,  heures  et  demie  après  le  début  des 
accidents,  guérit. 

De  2  opérés  à  la  10e  heure,  l’un  meurt  de  pleurésie,  l’autre 
guérit. 

1  malade,  opéré  à  la  36e  heure,  meurt  sans  reprendre  con¬ 
naissance. 

Des  3  opérés  à  la  48e  heure,  1  reste  sur  la  table  d’opération, 
2  guérissent. 

1  malade  opéré  à  la  60e  heure  meurt  deux  heures  plus  tard. 

Le  facteur  temps  a  une  grosse  importance,  mais  il  en  est 
d’autres  dont  il  faut  tenir  compte.  La  proportion  de  2  guérisons 
sur  3  cas  opérés  à  la  48e  heure  le  prouve.  Le  malade'  que  j’ai 
opéré  à  la  48e  heure  pour  une  perforation  de  la  seconde  portion 
du  duodénum  n’était  pas  dans  un  état  grave,  les  lésions  étaient 
limitées  par  une  couenne  fibrineuse;  il  aurait  peut-être  guéri 
sans  intervention  avec  un  abcès  et  une  fistule  duodénale. 

L’extension  des  lésions,  au  moment  où  l’on  intervient,  est  un 
élément  capital,  et  si  elle  dépend  du  temps,  elle  est  liée  aussi  à 
de  bien  d’autres  conditions  ;  la  largeur  de  la  perforation,  son 
siège,  les  adhérences  anciennes,  l’état  de  l’estomac  au  moment 
où  elle  se  produit,  vacuité  ou  réplétion.  Il  n’est  pas  indifférent 
que  les  aliments  passent  dans  le  péritoine.  Les  sécrétions  de 
l’estomac  en  travail  digestif  ont  peut-être  plus  d’importance 
encore  que  les  aliments.  Ne  survient-il  pas  dans  certains  cas  des 


SÉANCE  DU  11  AVRIL 


845 


phénomènes  comparables  à  ceux  de  la  pancréatite  hémorragique? 
L’un  des  cas  de  mon  service  vient  à  l’appui  de  cette  hypo¬ 
thèse. 

Quatre  fois,  l’étude  bactériologique  du  liquide  a  été  faite.  Deux 
fois  il  était  stérile,  deux  fois  il  était  septique  (streptocoque  et 
entérocoque).  Les  2  malades  à  liquide  septique  sont  morts.  L’un, 
opéré  à  la  60e  heure  sous  anesthésie  régionale,  est  mort  deux 
heures  après.  L’autre,  opéré  à  la  48e  heure,  est  resté  sur  la  table. 

Des  deux  à  liquide  aseptique,  l’un,  opéré  quatre  heures  et  demie 
après  la  perforation,  a  guéri.  L’autre,  opéré  à  la  36e  heure,  dans 
un  état  général  très  grave,  avait  l’abdomen  rempli  de  ce  liquide 
bouillon  sale,  qui  nous  impressionne  toujours  si  défavorablement. 
Il  est  mort  sans  avoir  repris  connaissance.  Je  pense  qu’il  a 
succombé  à  des  accidents  toxiques,  comme  certains  malades 
atteints  de  pancréatite  hémorragique. 

Les  facteurs  de  gravité  sont  si  nombreux  et  complexes  qu’il  est 
impossible  de  grouper  des  cas  réellement  comparables.  Aussi  je 
ne  pense  pas  que  les  statistiques  puissent  démontrer  qu’il  suffit 
qu’un  ulcère  soit  perforé  pour  rendre  moins  grave  l’opération 
qui,  par  elle-même,  est  plus  étendue,  plus  longue,  plus  trauma¬ 
tisante.  Pour  donner  quelque  vraisemblance  à  ce  paradoxe,  il 
faudrait  établir  que  les  sutures  ne  tiennent  pas  au  voisinage  de 
la  perforation.  Or,  les  faits  montrent  le  contraire. 

Au  point  de  vue  de  la  technique,  que  signifie  le  mot  éradica¬ 
tion  ?  C’est  un  de  ces  mots  de  combat  qui  expriment  plus  une 
attitude  qu’une  idée,  et  qui  sont  très  fâcheux  parce  qu’ils  con¬ 
duisent  des  gens  qui  agissent  à  peu  près  de  même  à  échanger 
des  invectives  violentes.  Les  divergences  sont  parfois  plus  mar¬ 
quées  dans  les  paroles  que  dans  les  actes,  plus  accentuées  ici 
qu’à  l’hôpital. 

M.  Girode,  six  fois  sur  sept,  a  réséqué  les  bords  de  l’ulcère. 
Mais  il  ne  se  prétend  pas  éradicateur. 

Son  but  est  de  transformer  le  trou  qui  est  généralement  arrondi 
en  fente  losangique  orientée  suivant  l’axe  de  l’intestin  pour  la 
fermer  par  deux  plans  perpendiculaires  à  cet  axe.  «  Ainsi  exécutée, 
dit-il,  la  suture  a  pour  effet  d’augmenter  le  calibre  de  la  région 
opérée.  La  technique  est  en  somme  celle,  à  peine  modifiée,  de  la 
pylorop’astie.  » 

Elle  n’a  d’intérêt  que  pour  les  perforations  de  la  région  pylo- 
rique.  Trois  des  malades  opérés  par  M.  Girode  avaient  des  perfo¬ 
rations  de  ce  siège.  Mais  l’un  d’eux  est  mort  deux  heures  après 
l'opération.  Un  autre  avait  subi  antérieurement  une  gastro- 
entérostomie  et  on  a  constaté  sous  l’écran  qu’elle  fonctionnait. 
Reste  donc  seulement  un  cas  pour  établir  l’efficacité  de  la  petite 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


manœuvre  de  Girode.  L’opéré,  dit  l’auteur,  a  été  revu  en  bonne 
santé. 

J’estime  qu’en  face  d’une  ulcère  perforé  l’indication  est  de 
fermer  l’orifice  en  réduisant  le  traumatisme  au  minimum. 

Quand  la  perforation  est  .petite,  ce  qui  est  la  règle,  quand  ses 
bords  sont  souples,  ce  qui  est  .également  la  règle,  n’est-ce  pas  ce 
que  font  presque  tous  les  chirurgiens?  Je  suis  bien  tenté  de  le 
croire. 

Quand  on  se  trouve  en  présence  de  cas  exceptionnels,  perfora¬ 
tions  très  larges,  perforations  multiples,  bords  altérés,  . on  fait  ce 
qu’on  peut.  Si  dans  ces  cas,  qui,  encore  une  fois,  ne  sont  pas  les 
plus  habituels,  la  tendance  personnelle  des  chirurgiens  joue  un 
rôle,  les  différences  dans  la  pratique  ne  sont  peut-être  pas  très 
considérables. 

Eriger  en  principe  théorique  qu’il  faut  profiter  d’une  perfora¬ 
tion,  c’est-à-dire  d’une  grave  diminution  de  la  résistance  du  sujet, 
pour  exécuter  une  opération  plus  traumatisante,  sous  prétexte  de 
faire  une  cure  radicale  de  l’ulcère,  suppose  que  l’on  sait  vraiment 
faire  la  cure  radicale  de  ces  ulcères.  Le  sait-on  ? 

Quelle  est  la  méthode  héroïque?  Est-ce  la  gastro-entérostomie, 
comme  beaucoup  l’ont  cru  ?  Est-ce  la  thermoeautérisation, 
méthode  que  je  n’ai  jamais  employée,  parce  qu’il  ne  me  paraît 
pas  sage  de  préparer  une  suture  par  le  fer  rouge. 

Aujourd’hui  on  en  est  à  la  résection  segmentaire.  Est-on  sûr 
qu’on  ne  verra  pas  de  récidive  après  cette  opération  ? 

À  l’heure  actuelle,  au  lieu  de  discuter  sur  des  statistiques  de 
mortalité  opératoire,  dont  la  valeur  est  singulièrement  amoin¬ 
drie  par  l’hétérogénéité  des  faits,  il  serait  plus  intéressant  de 
chercher  les  résultats  éloignés  des  ulcères  perforés  guéris  opéra- 
toirement. 


3°  Blessures  accidentelles  du  cholédoque. 

M.  Hartmann. —  En  décembre  dernier,  je  vous  ai  présenté  une 
malade  chez  laquelle  j’avais  obtenu  une  reconstitution  de  là  voie 
biliaire  principale  sur  tube  dans  un  cas  de  fistule  biliaire  datant 
de  cinq  mois.  Cette  observation  venait  s’ajouter  à  celles  anté¬ 
rieurement  apportées 'à  notre  tribune  par  Tuffier,  Brin,  Guibé, 
Geraez. 

L’ensemble  de  ces  faits  montre  avec  quelle  facilité  se  reconsti¬ 
tuent  les  voies  biliaires;  .aussi  notre  collègue  Delbet  a-t-il  pu 


SÉANCE  DU  11  AVRIL 


S  47 


parler  de  «  l’extraordinaire  puissance  de  réparation  des  voies 
biliaires  ».  Cette  puissance  de  réparation  nous  explique  les  excel¬ 
lents  résultats  de  la  suture  bout  à  bout,  même,  comme  l’a  précisé 
Mathieu,  lorsque  celte  suture  est  faite  d’une  manière  très  impar¬ 
faite,  la  continuité  du  canal  étant  simplemen  t  assurée  par  quelques 
points  séparés.  On  peut  dire  qu’il  est  aujourd’hui  établi;  et  la 
discussion  actuelle  l’a  confirmé,  que  la  reconstitution  de  la  voie 
biliaire  principale,  quel  que  soit  le  procédé  employé,  est  facile  à 
obtenir. 

Les  résultats  immédiats  sont  bons.  Sont-ils  durables?  C’est  la 
question  qu'a  posée  Savariaud  qui,  très  justement,  demande,  pour 
y  répondre,  qu’on  nous  apporte  des  résultats  éloignés.  Il  répond, 
du  reste,  immédiatement  à  la  question  en  nous  apportant  lui- 
même  deux  observations  personnelles,  une  d’implantation  du  cho¬ 
lédoque  dans  le  duodénum,  une  d’implantation  de  l’hépatique  dans 
l’estomac,  suivies  pendant  trois  ans  et  demi  et  deux  ans.  Gosset, 
qui,  dans  un  cas,  a  fait  une  suture  bout  à  bout  du  dholédoque,  a 
pu  constater  que  son  opéré  était  toujours  en  parfait  état  après 
douze  ans  écoulés  ;  moi-même  ai  rapporté  à  cette  tribune  l’obser¬ 
vation  d’une  malade  chez  laquelle  j’avais  fait,  pour  une  section 
•complète  de  la  voie  principale,  une  suture  bout  à  bout  et  qui, 
après  dix  ans  écoulés,  était  toujours  dans  un  état  de  santé  par¬ 
faite. 

Seul  un  cas  de  Fiolle  peut  prêter  matière  à  discussion  ;  trois 
ans  après  une  suture  du  cholédoque,  son  opéré  a  succombé  à  une 
crise  d’angiocholite,  ce  qui  a  permis  à  Savariaud  de  penser  à  la 
possibilité  d’une  sténose  progressive.  En  l’absence  d’autopsie,  il 
est  impossible  de  rien  affirmer.  Toutefois,  je  noterai  que,  dans  le 
cas  de  Fiolle,  les  accidents  ont  éclaté  à  la  suite  d’excès  alimen¬ 
taires,  le  lendemain  d’un  banquet,  suivi  de  libations,  le  malade 
n’était  rentré  chez  lui  qu’à  6  heures  du  matin.  Or,  j’ai  vu,  plu¬ 
sieurs  années  après,  de  simples  cholécystectomies  pour  cholécys¬ 
tite  suppurée,  sans  aucune  lésion  du  cholédoque,  des  accidents 
identiques.  Aussi  suis-je  beaucoup  plus  tenté  de  croire  à  un 
simple  réveil  d’une  infeetion  latente,  réveil  qui  peut  se  produire 
en  dehors  de  toute  sténose  de  la  voie  principale. 

Les  faits  semblent  donc  établir  que  les  résultats  de  ces  reconsti¬ 
tutions  de  la  voie  principale  sont  durables. 

En  relatant  l’observation  de  ma  malade,  j’avais  dit  que  la  lésion 
de  la  voie  principale  avait  été  produite  au  cours  d’une  cholécys¬ 
tectomie  rétrograde;  immédiatement  notre  collègue  Alglave  a 
incriminé  la  technique  suivie  et  nous  a  dit  qu’après  avoir  pra¬ 
tiqué  pendant  quelque  temps  la  cholécystectomie  rétrograde,  il 


548 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


était  revenu  au  procédé  ancien,  le  cholédoque  étant  beaucoup 
moins  exposé  à  être  lésé  dans  l’opération  du  fond  vers  le  col,  par 
approche  progressive  du  carrefour  biliaire.  Il  est  certain  que  le 
plus  grand  nombre  des  sections  de  la  voie  principale  apportées  à 
notre  tribune  correspondait  à  des  cholécystectomies  rétrogrades. 

C’était  le  cas  dans  nos  deux  observations  personnelles,  dans 
celles  de  Savariaud,  de  Sencert,  etc. 

La  cholécystectomie  du  fond  vers  le  col  ne  met  toutefois  pas  à 
l’abri  de  cette  lésion.  Auvray,  Lapointe  nous  en  ont  apporté  des 
exemples.  Papin,  qui  a  eu  recours  au  procédé  en  apparence  le 
plus  sûr,  la  section  de  proche  en  proche  de  la  voie  biliaire  acces¬ 
soire,  a  cependant  sectionné  le  cholédoque.  Delbet  l’a  ébarbé  en 
croyant  couper  des  adhérences  avec  des  ciseaux. 

Dans  une  pareille  discussion  nous  nous  attendions  à  voir  notre 
collègue  Gosset,  l’apôtre  fervent  de  la  cholécystectomie  rétro¬ 
grade,  prendre  la  parole.  Il  n’y  a  pas  manqué  et  est  de  nouveau 
venu  plaider  la  cause  de  la  cholécystectomie  rétrograde,  à  laquelle 
il  a  recours  dans  quatre  cas  sur  cinq.  Il  est  incontestable  que, 
dans  ce  procédé,  le  décollement  de  la  vésicule  est  plus  facile, 
parce  qu’on  tombe  à  coup  sûr  et  d’emblée  dans  l’exact  plan  de 
clivage.  Il  est  certain  qu’une  fois  le  cystique  coupé,  en  l’attirant 
en  dehors,  on  tend  toutes  les  artères  qui  se  rendent  à  la  vésicule, 
et  l’on  peut  les  lier  sans  aucun  danger  si  l’on  prend  soin  de  faire 
porter  le  fil  aussi  loin  que  possible  de  leur  origine. 

Si,  dans  ce  procédé,  quelques  chirurgiens,  dont  je  suis,  ont  lésé 
la  voie  biliaire  principale,  c’est  qu’ils  ont  commis  une  faute,  ils 
n’ont  pas  suivi  le  conseil  que  donnait,  dès  1911,  Gosset.  Com¬ 
mencer  par  mettre  à  nu  le  trépied,  isoler  et  dénuder  le  canal 
cystique  avant  de  le  lier.  Comme  l’indique  Auvray,  il  faut,  avant 
toute  ligature,  inciser  la  lame  péritonéale  qui  recouvre  le  cystique 
et  la  voie  biliaire  principale  et  bien  dénuder  les  conduits.  Lorsque 
l’on  a  reconnu  le  cystique  et  le  cholédoque  on  est  sûr,  même  en 
cas  d’anomalies,  de  ne  pas  avoir  d’accidents.  Personnellement,  je 
considère  que  le  procédé  par  voie  rétrograde  est  le  procédé  de 
choix  ;  je  n’irai  pas  cependant  jusqu’à  dire,  comme  de  Martel,  que 
la  cholécys'ectomie  par  le  fond  ne  donne  aucune  sécurité. 

Avec  Lecène,  je  pense  que  la  cholécystectomie  rétrograde  est 
excellente  dans  les  cas  simples  ;  mais  pour  qu’elle  soit  sans  danger 
il  faut,  de  l’avis  même  de  Gosset,  son  plus  ardent  défenseur,  qu’on 
puisse  bien  voir  et  reconnaître  les  éléments  du  trépied  biliaire. 
Pratiquement,  ce  n’est  pas  toujours  facile;  toute  la  région  du  car¬ 
refour  est  souvent  méconnaissable  dans  les  cas  d’inflammation 
chronique.  Il  est  alors  prudent  de  suivre  la  voie  biliaire  accessoire 
à  partir  du  fond  de  la  vésicule  jusqu’à  la  voie  commune. 


SÉANCE  DU  11  AVRIL 


549 


Anselme  Schwartz,  qui  pense  que  l’attaque  première  du  cystique 
fait  courir  plus  de  danger  à  la  voie  principale  que  la  libération 
de  haut  en  bas,  qui  cependant  reconnaît  les  avantages  de  la  voie 
rétrograde  pour  le  décollement  de  la  vésicule  du  lit  hépatique,  a 
cherché  à  concilier  les  avantages  des  deux  procédés.  Il  aborde  la 
vésicule  près  du  cystique,  là  où  elle  se  rétrécit;  il  incise  le'méso 
en  dehors  d’elle,  introduit  son  index  dans  la  brèche  et  décolle  la 
vésicule  de  son  lit  hépatique,  de  bas  en  haut,  ce  qui  assure  un 
décollement  dans  le  bon  plan  du  clivage,  puis,  la  vésicule  déta¬ 
chée,  il  termine  l’opération  comme  dans  la  cholécystectomie  du 
fond  vers  le  col.  N’ayant  aucune  expérience  de  ce  procédé  ingé¬ 
nieux,  je  ne  puis  formuler  d’opinion  sur  sa  valeur. 

11  semble  résulter  de  la  discussion  : 

1°  Que  la  réparation  des  lésions  de  la  voie  principale  s’obtient 
plus  facilement  qu’on  ne  le  supposerait  a  priori ; 

2°  Que  la  cholécystectomie  rétrograde  n’expose  pas  à  la  lésion 
de  la  voie  principale  lorsqu’on  observe  très  exactement  la  tech¬ 
nique  exposée  par  Gosset; 

3°  Que  malheureusement  il  est  impossible  de  toujours  isoler, 
dès-le  début,  les  trois  éléments  du  trépied  biliaire,  ce  qui  fait  que 
la  cholécystectomie  du  fond  vers  le  col  restera  le  seul  procédé 
applicable  à  un  nombre  notable  de  cas. 

En  ayant  toujours  présents  à  l’esprit  les  divers  points  que  nous 
avons  signalés,  on  diminuera,  je  crois,  le  nombre  des  lésions  acci¬ 
dentelles  de  la  voie  principale.  On  n’arrivera  toutefois  pas  à  les 
supprimer  complètement,  l’isolement  des  trois  conduils  qui  par¬ 
tent  du  carrefour  biliaire  étant  très  difficile  lorsqu’il  existe  des 
adhérences  ou  lorsque  le  calcul  occupe  la  terminaison  du  cys¬ 
tique,  comme  dans  un  cas  de  Savariaud.  Le  chirurgien  est  alors, 
comme  l’a  indiqué  Cunéo,  porté  à  penser  qu’il  se  trouve  en  pré¬ 
sence  d’un  calcul  du  bassinet  et  à  placer  une  ligature  sur  la  voie 
commune  qu’il  attire,  croyant  se  trouver  en  présence  du  cys¬ 
tique.  Il  est  donc  indispensable,  nous  le  répétons  en  terminant, 
de  toujours  isoler  aoec  soin  les  éléments  du  carrefour  biliaire  avant 
de  lier  et  de  couper  quoi  que  ce  soit. 


330  . 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Communications 

Sur  une  variété  d'orchite  aiguë  de  l'enfance 
due  à  une  torsion  de  l’hydatide  de  Morgagni, 

par  M.  ALBERT  MOUCHET. 

Il  y  a  dix  ans,  notre  collègue  Ombrédanne  faisaità  cette  Société 
sur  les  l'orsions  testiculaires  chez  les  enfants  une  communication 
dont'M.  Kirmisson  souligna  le  grand  intérêt  (i). 

Ombrédanne  montrait  qu’un  bon  nombre  des  orchites  aiguës 
primitives  de  l’enfance,  attribuées  souvent,  en. désespoir  de  cause, 
à  une  forme  inflammatoire  aiguë  de  la  tuberculose  testiculaire, 
n’étaient  autre  chose  que  des  torsions  testiculaires  in  Ira  ou  extra¬ 
vaginales.  Ayant  qpéré  sept  cas  de  ces  orchites  aiguës  en  deux 
ans,  il  avait  dûment  constaté  quatre  torsions  testiculaires  et  il 
était  porté  à  croire  qu’il  y  en  avait  six. 

Ombrédanne  ajoutait  que,  si  l’on  n’intervenait  pas,  la  termi¬ 
naison  de  l’affection  se  faisait  dans  les  cas  favorables,  soit  par 
détorsion,  soit  par  adaptation  à  un  degré  de  rotation  minime, 
compatible  avec  la  vie  de  la  glande  et  qui  persiste  en  laissant  une 
inversion  testiculaire.  Mais  il  pouvait  y  avoir  atrophie  du  testicule 
(nécrobiose  aseptique)  ou  même  suppuration  et  élimination  de  la 
glande,  dans  le  cas  d’accidents  septiques. 

Enfin  Ombrédanne  concluait  qu’en  l’absence  de  signes  précis 
permettant  de  différencier  l’orchite  aiguë  des  enfants  de  la  torsion 
du  cordon,  le  chirurgien  ne  devait  pas  s’abstenir,  mais  au  contraire 
intervenir  le  plus  tôt  possible. 

J’ai  pu,  comme  Ombrédanne,  constater  la  fréquence  des 
torsions  testiculaires  chez  l’enfant  (2) et,  en  moins  de  deux  ans,.j’ai 
opéré  cinq  enfants  de  huit  ans,  neuf  ans  et  quatorze  ans  présen¬ 
tant  le  syndrome  clinique  d’orchi-épididymite  aiguë. 

.Un  garçon  de  huit  ans  avait  un  volvulus  intra- vaginal  que  j’ai 
pu  détordre  j  deux  garçons,  un  de  neuf  ans  et  un  de  quatorze  ans, 
avaient  des  testicules  complètement  infarcis  que  je  dus  enlever  et 
dont  mon  ami  Lecène  a  bien  voulu  confirmer  par  son  examen 
histologique  la  nécrose  complète.  L’un  de  ces  ënfants,  celui  de 
quatorze  ans,  atteint  d’ectopie  intra-inguinale,  avait  des  phéno- 

(1)  Ombrédanne.  Bull,  et  Mém.  de  la  Société  de  Chirurgie,  14  mai  1913, 
p.  779-791.  —  Voir  aussi  Ombrédanne.  L’orchite  aiguë  primitive  des  enfants. 
La  Presse  médicale,  19  juillet  1913,  p.  595-598. 

(2)  J’ai  attiré  l’attention  sur  ce  point  dans  un  article  de  Paris  médical, 
15  juillet  1922,  p.  68-73. 


SÉANCE  DU  11  AVJRIL 


351 


mènes  généraux  assez  sérieux  qui  se  sont  amendés  aussitôt  après 
l’opération  et  je  vous  ai  présenté  le  31  janvier  dernier  son  testicule 
dont  le  cordon  avait  une  torsion  exceptionnelle  à  la  fois  dans 
l’intérieur  de  la  vaginale  et  en  dehors  d’elle  (1). 

Enfin  deux  garçons  de  quatorze  ans,  à  peine  pubères,  qui 
avaient  un  syndrome  d’orchite  moins  aiguë  que  les  précédents, 
m’ont'permis  de  faire  une  constatation  anatomique  curieuse  dont 
je  n’ai  pu  jusqu’ici  trouver  mention  dans  la  littérature  médicale 
française  ou  étrangère  et  que  je  voudrais  vous  exposer  avec  quel¬ 
ques  détails. 

Il  y  a  près  d’un  an,  entrait  dans  mon  service  un  garçon  de 
quatorze  ans,  sans  antécédents  spéciaux  héréditaires  ou  person¬ 
nels,  qui  souffrait  d’un  gonflement  de  la  bourse  droite.  Ce  gonfle¬ 
ment  assez  notable  s’accompagnait  d’une  rougeur  vive  du  scrotum 
et  d’un  œdème  sous-cutané  assez  marqué.  Pas  de  liquide  dans  la 
vaginale.  Le  testicule  paraît  doublé  de  volume  et  impossible  à 
distinguer  de  l’épididyme  ;  sa  palpation  est  très  douloureuse.  Le 
cordon  est  augmenté  de  volume  et  sensible  à  la  pression  au-dessus 
de  l’épididyme.  Je  pensai  à  une  torsion  du  cordon  à  marche 
lente. 

La  température  était  peu  élevée  (38°2  île  soir,  37°3  le  matin)  et, 
après  deux  jours  de  repos  au  lit  et  d’applications  locales  émol¬ 
lientes,  les  phénomènes  inflammatoires  locaux  semblaient  en  voie 
de  régression.  Aussi  hésitais-je  à  intervenir  lorsque,  mû  par  un 
.sentiment  de  curiosité  et  persuadé  de  l’innocuité  de  l’opération, 
je  me  décidai  à  inciser  la  vaginale.  Elle  ne  renfermait  pas  de 
liquide  ou  à  peine,  elle  était  un  peu  épaissie;  l’épididyme,  dans  ses 
deux  tiers  supérieurs,  était,  très  œdématié,  parcouru  par  de  nom¬ 
breuses  arborisations  vasculaires  ;  il  n’existait  aucune  torsion  du 
cordon  extra  ou  intra-vaginale,  mais,  ce  qui  me  parut  tout  à  fait 
étrange,  l’hydatide  de  Morgagni  implantée  sur  le  pôle  supérieur 
du  testicule  était  d’un  rouge  vineux  presque  noir,  du  volume  d’un 
gros  pois,  tordue  sur  son  pédicule  dans  le  sens  des  aiguilles  d’une 
montre.  Je  la  détordis,  je  l’excisai,  et  je  la  confiai  pour  examen 
microscopique  à  mon  ami  Lecène  qui  me  répondit  qu’il  s’agissait 
d’une  hydatide  infarcie  comme  le  testicule  que  je  lui  avais  remis 
peu  de  temps  auparavant. 

La  vaginale  avait  été  refermée  au  catgut  sans  drainage  après 
l’ablation  de  l’hydatide  et  le  scrotum  suturé  aux  crins.  Les  suites 
opératoires  furent  parfaites.  Les  douleurs  cessèrent  immédiate¬ 
ment,  la  température  tomba  et  l’enfant  quitta  mon  service  com¬ 
plètement  guéri  au  bout  de  huit  jours,  conservant  seulement  un 


(1)  Bull,  el  Mém.  de  la  Société  de  Chirurgie,  1923,  p.  201. 


552 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


épididyme  très  légèrement  augmenté  de  -volume.  Je  l’ai  revu 
depuis,  dans  un  excellent  état,  local  et  général. 

Je  me  demandai  dès  lors  s’il  n’existait  pas  des  torsions  des 
organes  annexes  du  testicule,  susceptibles  de  présenter  le  tableau 
clinique  de  l’orchi-épididymite  subaiguë. 

Le  hasard  vient  de  me  fournir  une  seconde  observation  iden¬ 
tique  à  la  première. 

Le  12  mars  dernier,  un  garçon  de  quatorze  ans,  assez  peu 
développé  pour  son  âge,  employé  dans  une  verrerie,  ressent  une 
douleur  vive  dans  l’aine  droite  en  portant  un  fardeau.  Il  con¬ 
tinue  néanmoins  son  travail,  mais,  rentré  chez  lui  le  soir,  il  se 
plaint  de  souffrir  dans  la  bourse  droite  où  il  remarque  du  gonfle¬ 
ment  avec  rougeur  des  Léguments. 

Il  se  présente  le  lendemain  à  ma  consultation  avec  .la  moitié 
droite  du  scrotum  œdématiée,  tendue;  la  peau  est  rouge.  Le  testi¬ 
cule  est  sensible  au  toucher,  il  paraît  peu  augmenté  de  volume, 
mais  l'épididyme  l’est  considérablement  et  semble  empiéter  sur  la 
face  antérieure  du  testicule.  Le  cordon  est  épaissi  dans  sa  portion 
scrotale  et  douloureux  au  palper. 

L’enfant  ne  peut  être  admis  dans  mon  service  que  le  14  mars, 
deux  joursaprès  le  débutdes  phénomènes  douloureuxet  je  l’opérai 
le  15  au  matin  ;  la  température  n’avait  pas  dépassé  37°8  le  soir  de 
son  entrée,  elle  était  à  37°2  le  matin  de  l’opération  et  les  phé¬ 
nomènes  inflammatoires  ainsi  que  les  douleurs  paraissaient 
s’amender. 

Une  fois  la  vaginale  incisée,  je  vis  sourdre  une  petite  quantité 
de  liquide  séreux  un  peu  louche  et  j’aperçus  immédiatement, 
encastré  dans  une  sorte  de  niche  entre  le  pôle  supérieur  du  testi¬ 
cule  fortement  congestionné  et  la  tête  de  l’épididyme  extrêmement 
volumineuse  et  œdématiée,  un  gros  pois  noir,  extrêmement  noir, 
qui  n’était  autre  que  l’hydatide  de  Morgagni.  En  la  saisissant 
délicatement  avec  une  pince,  je  l’attirai  et  je  vis  qu’elle  était 
tordue  de  deux  tours  de  spire  dans  le  sens  des  aiguilles  d’une 
montre.  Je  la  détordis  et  l’incisai.  Dans  toute  sa  moitié  supérieure, 
presque  les  deux  tiers  de  sa  hauteur  (la  tête  et  le  corps),  l’épidi¬ 
dyme  était  considérablement  augmenté.de  volume,  très  œdématié, 
parcouru  par  de  très  riches  arborisations  vasculaires  ;  il  en  est  de 
même,  à  un  moindre  degré,  du  pôle  supérieur  du  testicule. 
Aucune  trace  de  torsion  intra  ou  extra-vaginale  du  cordon  (fig.  1). 

Les  douleurs  cessèrent  immédiatement  et,  avec  elles,  toute  trace 
de  phénomène  inflammatoire.  L’enfant  a  quitté  le  service  au  bout 
de  huit  jours  avec  un  épididyme  à  peine  plus  gros  que  celui  du 
côté  opposé  et  nullement  sensible  au  toucher. 

Lecène,  qui  a  examiné  l’hydatide  ainsi  tordue,  a  bien  voulu  me 


SÉANCE  DU  11  AVRIL 


553 


communiquer  cette  note  dont  je  le  remercie  vivement  :  «  Le 
tissu  cellulaire  est  rempli  d’hémorragies  inters titielles  dues 
évidemment  à  la  rupture  des  capillaires  par  suite  de  la  torsion  de 
l’organe;  aucun  follicule  tuberculeux,  aucune  lésion  inflamma¬ 
toire.  » 

Voilà  donc  deux  cas  oh  des  enfanls  ont  présenté  le  syndrome 
d’orchite  aiguë  et  oh  l’opération  a  montré  des  torsions  de  l'hyda- 
tide  sessile.de  Morgagni  (1).  Nous  disons  hydatide sessile  parceque 
l’hydatide  que  nous  avons  vue  lordue  a  le  siège  que  l’on  décrit  à 
l’hydatide  sessile  ; 
elle  s’implante  sur 
le  bord  supérieur  du 
testicule  ou-  dans 
l’angle  de  jonction  du 
testicule  et  de  l’épi- 
didyme;  elle  estd’ail- 
leurs  la  plus  con- 
stan  te  des  deux  hyda- 
tides.  Et,  comme  elle 
est  tout  aussi  pédi- 
culée  que  l’autre,  on 
conçoit  fort  bien 
qu’elle  puisse  se  tor¬ 
dre  autour  de  son 
pédicule. 

Il  nous  semble 
donc  légitime  d’ad¬ 
mettre  qu’fi  existe 
un  certain  nombre 
d'orchi  -  épididymites 
aiguës  de  l'enfance 
attribuables  à  des  torsions  de  l'hydalide  de  Morgagni  puisque 
nous  venons  d’en  observer  deux  cas  en  moins  d’un  an. 

Je  n’ai  pasjjvu  signalés  des  cas  analogues,  pourtant  je  me 
demande  si  ce  n’est  pas  en  présence  d’un  fait.de  ce  genre  que 
s’est  trouvé  Ombrédanne  dans  son  observation  V.  Mais  Ornbré- 
danne  n'a  pas  vérifié  la  torsion  de  l’hydalide.  Je  cite  son  texte  : 
«  Je  traverse  le  scrotum  infiltré.  La  vaginale  contient  environ 
2  grammes  de  sérosité  louche.  Le  testicule  et  l’épididyme  sont 
augmentés  d’un  tiers  de  leur  volume  et  rosés.  L’hydatide  pédiculée 

(1)  J’ai  dit  à  tort  hydatide  «  pédiculée  »  de  Morgagni  quand  j’ai  mentionné 
mon  premier  cas  dans  une  courte  note  en  bas  de  la  page  72  de  l’article  du 
Paris  médical  signalé  plus  haut;  c’est  de  lhydatide  sessile  de  Morgagni  qu’il 
s’agissait. 


554 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


est  rouge,  avec  un  point  noirâtre.  Le  cordon  est  variqueux  et 
œdématié.  Il  n’y  a  pas  de  trace  de  torsion  si  haut  qu’on  remonte 
d'ans  le  canal  inguinal.  » 

Il  est  eurieux  de  constater  le  retentissement  inflammatoire  que 
peut  avoir  sur  les  régions  voisines,  vaginale,  épididyme,.  tes¬ 
ticule,  la  torsion  avec  nécrose  d’un  organe  aussi  peu  important 
que  l’hydatide  de  Morgagni. 

IIP  n’y  a  pas  de  signes  permettant  de  distinguer  les  orchites 
aiguës  de  l’enfance  des  torsions  :  en  cas  dedoute,  on  doit  admettre 
la  torsion.  Mais  il  y  a  peut-être  des  signes  qui  doivent  nous  faire 
songer  à  la  torsion  de  l’hydatide  de  Morgagni  plutôt  qu’à  celle  du 
cordon  :  c’est  l’atténuation  des  signes  locaux,  le  peu  d’intensité^ 
de  la  douleur  et  de  la  température,  la  courte  durée  des  phéno¬ 
mènes  aigus.  Dans  les  deux  faits  de  torsion  del’hydatide  que  j/aii 
observés,  la  tendance  à  la  résolution  s’est  vite  accentuée  ;  elle 
s’annoncait  déjà  au  moment  où  j’ai  opéré;  le  syndrome  était 
subaigu  plutôt  qu’aigu. 

Le  pronostic  de  ce  genre  de  torsion  ne  peut  d’ailleurs  être  que 
bénin;  on  ne  comprendrait  point  qu’il  puisse  être  suivi  des  acci¬ 
dents  habituels  aux  torsions  du  cordon  et  dont  le  moindre  est 
l’atrophie  testiculaire. 

En  ce  qui  concerne  F  étiologie  de  ces  torsions  de  l’hydatide, 
j’avoue  rester  dans  l’ignorance.  L’enfant  de  l’observation  11  incrir 
minait  un  effort  en  portant  un  fardeau,  mais  quelle  est  la  maladie 
de  l’enfance  où  l’on  n’invoque  pas  un  traumatisme? 

L 'intervention  opératoire  ne  serait  sans  doute  guère  indiquée 
dans  une  torsion  de  la  seule  hydatide  de  Morgagni  si  on  pouvait 
la  diagnostiquer  à  coup  sûr.  Mais  comme  on  peut  avoir  affaire  à 
une  torsion  du  cordon,  dans  le  doute,  il  ne  faut  pas  s’abstenir,  il 
faut  opérer.  Le  malade  ne  peut  que  bénéficier  de  l’opération  :  elle 
sauvera  son  testicule  s’il  s’agit  d’une  torsion  du  cordon  opérée 
assez  précocement;  elle  procurera  un  soulagement  immédiat  et. 
une  guérison  plus  rapide  s’il  s’agit  simplement  d’une  torsion  die 
l’bydatide. 

Je  crois,  en  résumé,  que  toutes  les.  fois  qu’on,  se  trouve;  Ghez 
l’enfant  en  présence  du  syndrome  orchite  aiguë  en  dehors  de  là 
tuberculose  et  des  maladies  infectieuses  habituelles,  il  faut  songer 
à  la  torsion  du  cordon  et,  dans  les;  formes  atténuées,  à,  la  torsion, 
de  l’hydatide  de  Morgagni. 

M.  Ombrédanne.  —  Depuis  les  observations  auquelles  Mouchet 
faisait  tout  à  Fheure  allusion,  j’ai  prescrit  dans  mon  service  aux 
internes  etassistants  d’intervenir  d’urgence  dans  les  cas  de  syn¬ 
drome  d’orchite" aiguë  primitive  des  enfants. 


SÉANCE  DC  11'  AVRIL 


555 


L’an  dernier,  ii  m’a  été  rendu  compte  qu’on  avait1  trouvé,  chez 
un  enfant  opéré  en  pareilles  circonstances,  une  hydatide  de 
Morgagni .grosse  comme  une  petite  cerise,  d’un  noir  d’ardoise, 
turgescente  et  en  voie  de  sphacèle. 

Ce  cas  était  donc  entièrement  superposable  aux  très  curieuses 
observations  que  vient  d’apporter  Mouchet. 


Résultat  de  V écrasement  et  de  V enfouissement 
des  bouts  intestinaux  chez  l'homme. 

Projections  de  pièces  opératoires , 

par  MM.  J.  OKl.NCZYC.et  G.  D’ALLAJNES. 

Dans  les  discussions  déjà  nombreuses  qui  ont  mis  aux  prises 
les  partisans  de  l’écrasement  des  moignons  intestinaux  et  dé  lèur 
enfouissement  sous  un  sujet  séreux  et  les  adversaires  de  celte 
technique,  nous  avons  eu  le  choix  entre  des  arguments  souvent 
théoriques,  et  quelques  faits  expérimentaux.  Mais,  à  ma  con¬ 
naissance  du  moins,  on  n’a  jamais  encore  apporté  la  preuve 
objective  de  ce  que  devient,  à  courte  échéance,  un  bout  intestinal 
écrasé  et  enfoui  chez  l’homme. 

C’est  la  raison  qui  me  détermine  à  vous  apporter,  au  nom  de 
d’Allaines  et  au  mien,  ces  coupes  histologiques  provenant  d’une 
pièce  opératoire  prélevée  dans  les  conditions  suivantes  :  j’ai  eu  à 
traiter,  voici  quelques  mois,  une  tuberculose  iléo-cæcale  flstuleuse, 
très  volumineuse  et  très  adhérente  chez  une  jeune  fille  de  seize 
ans.  J’avais,  dans  un  premier  temps,  pratiqué  une  exclusion  bila¬ 
térale  de  l’anse  iléo-eolb- caecale  et  terminé  l’opération  par  une 
anastomose  de  l’iléon  dans  le  transverse.  Les  deux  bouts  de  l’anse 
exclue,  iléon  d’un  côté,  côlon  transverse  de  l’autre,  avaient  été 
écrasés  avec  l’écraseur  de  de  Martel  ;  la  tranche  écrasée  avait  été. 
suturée  par  un  surjet  au  fil  de  lin  ;  puis  les  tranches  écrasées  et 
suturées  avaient  été  enfouies  sous  un  surjet  séro-séreux  au  môme 
fil  de  lin. 

Vingt1  jours  plus  tard,  j’ai  fait  l’ablation  de  l’anse  exclue,  soit 
une  hémicolèctomie  droite.  Ce  sont  les  deux  extrémités  de  l’anse 
exclue  qui  ont  été  prélevées,  fixées,  coupées  et  que  je  vous  pré¬ 
sente  aujourd’hui. 

La  coupe  de  l’intestin  grêlé  est  plus  nette  que  celle  du  côlon 
transverse,  mais  les  deux  images  sont  cependant  à  peu  près  super¬ 
posables  dans  leurs  détails  principaux. 

De  part  et  d’autre  du  moignon,  le  revêtement  est  régulier;  par¬ 
faitement  continu  du  côté  séreux,  continu  également  du  côté 


556 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRl'RGIE 


muqueux,  sauf  en  un  point  très  limité,  où  se  fait  vers  la  lumière 
de  l’intestin  l’élimination  des  fils  non  résorbables  parfaitement 
reconnaissables  sur  la  coupe. 

C’est  le  seul  point  de  la  coupe,  où  il  existe  une  réaction  inflam¬ 
matoire,  légère  du  reste,  caractérisée  par  un  peu  d'infiltration  de 
cellules  embryonnaires,  et  de  loin  en  loin  par  la  présence  d’une 
cellule  géante,  macrophage  en  activité  au  contact  du  corps  étran¬ 
ger  que  représente  le  fil  de  lin. 

Le  moignon  écrasé  et  enfoui  est  parfaitement  reconnaissable 
entre  la  séreuse  et  la  muqueuse.  La  ligne  de  suture  est  identifiée 
parla  présence  des  fils  de  lin,  autour  desquels  la  réaction  inflam¬ 
matoire  est  à  peu  près  nulle.  11  n’y  a  pas  trace  à  ce  niveau  de  cel¬ 
lules  de  la  couche  muqueuse  sectionnée  ;  on  peut  donc  dire  que 
la  muqueuse  sectionnée  par  l’écrasement  disparait  de  la  zone 
écrasée.  Par  contre,  les  éléments  de  la  musculeuse  peuvent  être 
reconnus  jusque  dans  la  zone  écrasée. 

Tous  les  tissus  sont  parfaitement  vivants;  il  n’y  a  eu  aucun 
point  de  nécrose,  ni  de  gangrène.  Enfin-,  entre  la  séreuse  reconsti¬ 
tuée  et  le  moignon  écrasé,  je  cherche  eh  vain  la  fameuse  cavité 
close  infectée  et  suppurée,  dont  les  adversaires  de  l’enfouissement 
ont  voulu  nous  faire  un  épouvantail.  Or  ces  tranches  écrasées  ont 
été  sectionnées  au  bistouri,  pas  même  au  thermocautère.  Je  ne 
veux  pas  conclure  d’un  seul  fait,  bien  qu’il  soit,  je  crois,  le  premier 
en  date,  à  la  perfection  des  résultats  de  l’écrasement  et  de  l’en¬ 
fouissement;  mais  ce  que  je  puis  dire  à  la  lumière  de  cette  obser¬ 
vation,  c’est  que  la  confiance  que  certains  d’entre  nous  mettent 
dans  l’écrasement  et  l’enfouissement  est  au  moins  justifiée. 

.  Je  tiens  à  rappeler  que  mon  ami  P.  Mathieu  avait  déjà,  avec 
Topous  Khan,  présenté  à  la  Société  anatomique  (31  janvier  1920, 
p.  49)  deux  coupes  d’écrasement  extemporané,  pratiqué  sur  la 
paroi  d’estomacs  enlevés  au  cours  d’opérations  sur  cet  organe. 
Mais  c’était  là  le  moyen  de  constater  seulement  l’effet  immédiat 
de  l’écrasement  sur  les  tuniques  de  l’estomac. 

Dans  une  note  à  l’Académie  de  médecine,  en  1922  (p.  612), 
Abadie  et  Argaud  avaient  apporté  le  résultat  de  leurs  recherches 
expérimentales  sur  l’écrasement,  poursuivies  sur  des  animaux; 
ils  avaient  montré  que,  seule  la  muqueuse  et  la  muscularis 
mucosæ  sont  rompues  par  l’écrasement;  par  contre  les  couches 
musculaires  ne  se  rompent  nullement.  Enfin,  dans  son  rapport  au 
dernier  Congrès  de  chirurgie,  Abadie  revient  sur  ses  recherches 
expérimentales  et  il  va  même  jusqu’à  en  conclure,  que  «  loin 
d’entraîner  une  nécrobiose  tissurale,  les  procédés  d’écrasement 
semblent  donner  aux  cellules  un  regain  d’activi t é  génétique  :  les 
cellules  se  multiplient,  dessinent  des  culs-de-sac  glandulaires 


SÉANCE  DU  11  AVRIL  \  557 


nombreux,  augmentent  de  hauteur  et  tendent  à  recouvrir  les 
parties  dénudées  beaucoup  plus  vite  que  dans  les  cas  où  l’on 
emploie  la  simple  suture  après  section  ». 

Sans  aller  peut-être  jusqu’à  prétendre  que  l’écrasement  active 
les  tissus,  en  m’en  tenant  à  mes  propres  constatations,  je  dirai 
seulement  que  la  cicatrisation  est  parfaite  et  rapide,  sans  nécrose 
et  sans  inflammation  dangereuse  au  siège  de  l*a  zone  écrasée,  fût- 
elle  même  enfouie  en  cavité  close. 

M.  T.  de  Martel.  —  La  communication  d’Okinczyc  vient  à 
l’appui  de  ce  que  j’ai  dit  ici,  à  savoir  que  la  séreuse  écrasée  ne  se 
mortifie  pas  et  se  cicatrise  admirablement.  Je  n’ai  imaginé  mon 
écraseur  que  pour  permettre  la  suture  de  la  séreuse  seule  sans 
muqueuse  septique.  J’ajouterai  que  tout  cela  est  vieux  et  que 
c’est  M.  Souligoux  qui.  ici,  en  1896,  après  avoir  imaginé  l’écrase¬ 
ment  de  l’intestin,  a  constaté  que  la  séreuse  écrasée  ne  se  nécro¬ 
sait  pas,  mais  restait  bien  vivante. 


Présentation  de  malade. 

Ulcère  perforé  de  l'estomac , 
par  M.  A.  BASSET. 

Le  malade  que  j’ai  l’honneur  de  vous  présenter  a  été  opéré  par 
moi,  le  2  juillet  1922,  pour  une  perforation  aiguë  et  libre  d’un 
ulcère  lenticulaire  de  là  face  antérieure  du  pylore.  La  perforation 
datait  de  vingt-cinq  à  vingt-six  heures,  et  tout  l’abdomen  était 
rempli  de  liquide  louche  dans  lequel,  d’ailleurs,  ni  l’examen  direct, 
ni  la  culture  n’ont  décelé  aucun  germe.  Le  diagnostic  de  l’interne 
de  garde  avait  été  celui  de  :  appendicite  aiguë  à  cause  de  la  vive 
douleur  qu’on  provoquait  dans  la  fosse  iliaque  droite,  comme 
d’ailleurs  au  niveau  du  cul-de-sac  de  Douglas,  par  le  toucher 
rectal.  J’ai  réformé  ce  diagnostic  pour  les  raisons  suivantes  : 
antécédents  gastriques,  d’ailleurs  assez  vagues  —  brusquerie  et 
intensité  de  la  douleur  de  début  qui  avait  été  atroce  —  enfin,  et 
surtout,  maximum  de  contracture  dans  la.  région  épigastrique.  Ce 
dernier  signe  est,  à  mon  sens,  de  beaucoup  le  plus  fidèle  et  le 
plus  important. 

J’ai  fait  à  ce  malade  une  excision  ovalaire  horizontale  assez 
large,  passant  à  plus  de  1  centimètre  des  bords  de  la  perforation 
suivie  d’une  suture  verticale  à  deux  plans.  Pas  de  gastro-entéro- 

BULL.  ET  MÉM.  DE  LA  SOC.  OE  C.HIR.,  1923.  40 


558 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


stomie.  Drainage  double  sus-pubien  et  sous-hépatique.  Suites 
très  simples.  Guérison  parfaite.  Ce  malade  est  un  de  ceux  dont 
M.  Baudet  a  déjà  parlé  ici  en  rapportant  la  statistique  des  ulcères 
perforés  opérés  dans  son  service. 

Si  je  vous  ai  présenté  ce  malade  (un  des  13  que  j'ai  opérés  avec 
3  morts), c'est  qu’il  va  quitter  Paris  ce  soir,  mais  c’est  surtout  pour 
insister  sur  trois  po.ints. 

1°  Je  lui  ai  fait  systématiquement  un  drainage  sus-pubien.  Je 
crois  ce  drainage  très  utile,  sinon  indispensable,  lorsque  le  ventre 
et  surtout  le  pelvis  sont  pleins  de  liquide  louche,  même  lorsque 
celui-ci  est  reconnu  ensuite  amicrobien,  comme  c’est  ici  le  cas. 

2°  Ce  malade  a  été  radioscopé  devant  moi  le  25  novembre  1922, 
c’esl.-à-dire  près  de  cinq  mois  après  l’opération.  Il  n’avait  aucune 
dilatation  gastrique.  La  vidange  de  l’estomac  et  le  passage  par  le 
pylore  se  faisaient  normalement.  Je  rappelle  que  ce  malade  n’a 
pas  de  gastro-entérostomie. 

3°  On  peut,  chez  ce  malade,  commencer  déjà  à  parler  (au  bout 
de  neuf  mois  passés)  de  résultat  un  peu  éloigné.  Or,  ce  malade 
qui  travaille  régulièrement,  et  qui  ne  suit  d’ailleurs  aucun  régime, 
non  seulement  a  repris  son  poids  normal,  et  est  en  excellent  état, 
ne  se  plaignant  d’aucun  trouble  fonctionnel  quelconque,  mais 
encore  il  déclare  qu’il  se  sent  mieux  qu’avant  son  opération,  ce 
qui,  je  crois,  peut  peut-être  s’expliquer  par  ce  fait  que,  ne  me 
bornant  pas  à  suturer  la  perforation,  je  lui  ai  complètement 
excisé  son  ulcère. 


Nomination  d’une  Commission 

APPELÉE  A  EXAMINER  LES  TRAVAUX  DES  CANDIDATS 
AU  TITRE  DE  MEMBRE  TITULAIRE  DE  LA  SOCIÉTÉ. 


MM.  Chifoliau .  37  voix. 

Savariaud .  37  — 

Descomps .  36  — 

Hartmann .  1  — 


Le  Secrétaire  annuel, 
M  Ombrédanne. 


Paris.  -  L.  M/ 


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^  ^î.  X.  y.v.  q**ŸM  ^  *-  *(f~4?’~ 

_ SW  <?w  *«/>  ^  || 


Æi7î,^,'f  k*t  VÏ- 

r-u.v*~s  4. 


Fac-similé. 


22  juillet  1882. 

Inoculer  virus  rabique  dans  veine  et  quelques  heures  après,  le  soir,  le  len¬ 
demain...  extraire  du  sang  et  l’inoculer  par  trépanation.  Donne-t-on  la  rage? 
Combien  de  temps  après  peut-elle  être  donnée  par  ce  mode? 

Peut-être  que  le  virus  rabique  disparaît  très  vite  par  effet  d'oxydation?  Peut- 
être  n’y  a-t-il  culture  dans  le  système  nerveux  que  de  celui  que  la  circulation 
y  transporte  instantanément  pour  ainsi  dire  ?  Là  il  se  cultiverait  plus  ou  moins 
lentement. 

’  Délayer  le  virus  rabique  (du  cerveau )  dans  du  sang  frais  tout  récent  et  ino¬ 
culer  le  mélange  1°  par  trépanation,  2°  par  injection  intra-veineuse .  Donne-t-on 
la  rage  ?  Le  virus  n  est-il  pas  détruit  sur  le  champ  ou  à  peu  près  ? 

Inoculer  dans  l  intérieur  des  nerfs  seuls  le  virus  rabique. 

Reproduction  d’une  note  de  laboratoire  (1882). 


BIX  Société  de  Chu 


SÉANCE  DU  18  AVRIL  1925 


Présidence  de  M.  Mauclaire. 


Procès-verbal 


La  rédaction  du  procès-verbal  de  La  précédente  séance  est  mise 
aux  voix  et  adoptée. 


Correspondance 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  périodiques  de  la  semaine. 
2°.  —  Des  lettres  de  MM.  Roux-Berger  et  Sauvé,  s’excusant  de 
ne  pouvoir  assister  à  la  séance. 


A  propos  de  la  correspondance. 


1°.  —  Un  travail  de  M.  G.  Leclerc  (de  Dijon),  intitulé  : 
Rétention  chronique  de  ta  salive  parotidienne .  Parotidite  à  répé¬ 
tition.  Opération  de  Leriche.  Guérison  persistante . 

M.  Okinczyc,  rapporteur. 

2°.  —  Un  travail  de  M.  Ûudard,  intitulé  :  Dmx  cas  d'occlusion 
haute  après  gastro-entérostomie. 

M.  Lardennois,  rapporteur. 


1923.  —  N»  13. 


560 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


PREMIÈRE  SÉANCE 


ÉLOGE  DE  PASTEUR 

Par  M.  le  Dr  PL.  MAUCLA1RE 
Président  de  la  Société  nationale  de  Chirurgie. 


Voici  un  livre  que  j’ai  trouvé  par  hasard  l’an  dernier  dans  les 
étages  supérieurs  de  la  bibliothèque  de  la  Faculté  de  Médecine. 
Daté  de  1769,  il  contient  Trois  dissertations  sur  «  Les  antisep¬ 
tiques  »,  sujet  de  concours  proposé  en  1767  par  l’Académie  des 
Sciences,  Arts  et  Belles-Lettres  de  Dijon. 

En  le  lisant,  je  fus  un  peu  étonné  et  je  crois  que  beaucoup 
d’entre  vous  l’auraient  été  également.  Quoi!  Les  antiseptiques 
étaient  déjà  très  connus  il  y  a  deux  siècles? 

Oui,  sans  aucun  doute,  mais  le  mot  avait  une  signification 
spéciale.  En  effet,  les  trois  concurrents  définissent  ainsi  les  anti¬ 
septiques  :  «  Ce  sont  des  remèdes  qui,  pris  intérieurement  ou 
appliqués  extérieurement,  arrêtent  la  pourriture,,  la  putréfaction, 
en  diminuent  les  effets  ou  même  la  dissipent  soit  en  altérant  les 
humeurs,  soit  en  agissant  sur  les  solides  ».  Les  antiseptiques 
cités  par  les  trois  concurrents  sont  très  nombreux  et  très  variés. 
Ce  sont  les  sels  métalliques,  la  chaux  vive,  le  baume  du  Pérou,  le 
camphre,  l’alcool,  l’esprit  de  vin,  les  vins  de  Bourgogne,  les  vins 
d’Arbois,  l’acide  vit.riolique,  le  vinaigre,  etc.,  et  ajoutons  aussi 
quelques  autres  solutions  bien  bizarres. 

Dans  le  domaine  de  la  médecine,  le  mot  antiseptique  est  donc 
très  ancien,  de  même  que  les  mots  putréfaction,  infection,  conta¬ 
gion.  Les  latinistes  nous  disent  que  Pline  employait  souvent  les 
mots  :  contagio,  conlagiosus,  infectio ,  infeclus,  septicus,  putrefactio. 
Les  médecins  du  moyen  âge  se  servent  souvent  de  ces  diffé¬ 
rentes  expressions.  *- 

J’ai  vu  à  la  mairie  de  Salins-du-Jura  un  tableau  très  ancien 
représentant  le  cimetière  de  Saint-Roch,  placé  sur  la  jolie  colline 
rocheuse  du  Mont-Belin,  en  dehors  de  la  ville  et  réservé  exclusi¬ 
vement,  dit  la  légende  explicative,  «  aux  infectés  »,  cela  voulait 
dire  aux  pestiférés. 


SÉANCE  BU  18  AVBIL 


361 


Au  xvine  siècle,  les  médecins  et  chirurgiens  parlent  courammen  t 
des  fièvres  putrides,  de  la  putridité  du  sang  (Huxan),  voire  même 
des  ferments  putrides  (Lind)  et  surtout  des  miasmes  contagieux 
contenus  dans  l’air.  Au  commencement  du  xixe  siècle,  les  mots 
infection  et  contagion  fréquemment  employés  étaient  synonymes,, 
et  les  médecins  de  cette  époque  définissent  ainsi  la  contagion  : 
«  C’est  la  transmission  des  maladies  par  les  miasmes  de  l’air  ou 
par  le  contact.  »  Cette  belle  définition  était  basée  sur  l’empirisme 
et  l’observation,  mais  malheureusement  le  mot  miasme  ne  voulait 
rien  dire:  Il  servait  à  cacher  l’ignorance  de  ceux  qui  s’en  servaient 

Dans  le  domaine  de  la  chirurgie,  il  n’était  pas  question  de  l’in- 
feclion  des  plaies.  Les  chirurgiens  attribuaient  aux  miasmes  de 
l’air  la  putréfaction  des  tissus  Lésés  et  celle  des  liquides  sécrétés 
.par  les  plaies.  Après  avoir  vu  Ambroise  Paré  faire  des  arthroto¬ 
mies  et  obtenir  la  réunion  presque  immédiate  avec  des  pansements 
à  l’alcool,  pourquoi  les  chirurgiens  adoptèrent  ils,  au  milieu  du 
xixe  siècle,  les  pansements  avec  le  oérat,  avec  les  cataplasmes,  d’où 
l’infection  purulente  épouvantablement  contagieuse?  C’est  parce 
qu’ils  marchaient  à  tâtons  dans  une  obscurité  profonde,  ignorant 
la  cause  de  la  suppuration,  la  croyant  même  nécessaire  et  décri¬ 
vant  le  pus  louable. 

Celui  qui  déchira  le  voile  épais  qui  cachait  la  Vérité,  ce  fut 
Louis  Pasteur,  un  chimiste,  que  son  génie  et  les  circonstances 
dirigèrent  d’abord  vers  la  biologie,  puis  vers  la  médecine. 


Pasteur  naquit  à  Dole  le  27  décembre  1822.  Son  remarquable 
biographe,  René  Yallery-Radot,  ne  trouve  pas  dans  sa  généalogie 
des  ascendants  d’une  intelligence  progressivement  croissante, 
aboutissant  à  cette  résultante  qui  est  un  génie.  Il  est  à  noter 
d’ailleurs  qu’en  l’espèce  cette  progression  manque  souvent. 

Son  père,  qui  avait  fait  les  guerres  du  premier  Empire,  avait  un 
bon  sens  et  une  volonté  remarquables.  Sa  mère  était  douée  d’une 
imagination  très  vive  et  prompte  à  l’enthousiasme. 

Pasteur  suivit  les  cours  du  collège  d’Arbois  dont  le  principal, 
M.  liomanet,  disait  de  lui  :  «  Ce  petit-là  est  tenace  et  réfléchi; 
vous  le  verrez,  il  ira  loin  ».  Il  est  probable  que  M.  Romanet  ne  .se 
doutait  pas  de  l’étendue  de  sa  prédiction.  Mais  son  rôle  fut  grand, 
car  c’est  sur  ses  conseils  que  Pasteur,  très  ardent  au  travail,  va 
au  lycée  de  Besançon,  puis  à  Paris  préparer  l’Ecole  Normale.  Reçu 
en  1843,  il  suit  avec  enthousiasme  les  cours  de  chimie  de  Jean- 
Baptiste  Dumas. 

Dans  la  vie  d’un  homme  arrivé,  il  y  a  souvent  un  événement 


562 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


qui  décide  heureusement  de  sa  carrière  ou  de  si  fortune.  Pour 
Pasteur  ce  fut  la  lecture  d’une  note  d’un  chimiste,  Mitscherlich, 
sur  la  différence  entre  le  tarlrate  et  le  paratartrate  de  soude  et 
d’am  noniaque  au  point  de  vue  de  la  polarisation.  Travaillant  alors 
la  question  avec  ardeur,  Pasteur  trouve  ce  que  Biot,  inventeur  de 
la  polarisation,  n’avait  pas  trouvé,  c’est-à-dire  le  dimorphisme 
des  cristaux,  et  Biot  en  pleura  de  joie. 

Envoyé  successivement  à  Dijon,  à  Strasbourg,  il  est  nommé 
professeur  et  doyen  de  la  nouvelle  Faculté  de  Lille.  Heureuse  cir¬ 
constance  qui  le  fit  commencer  l’étude  des  fermentations  alcoo¬ 
lique  et  lactique.  Déjà  pour  lui  la  fermentation  est  un  acte  essen¬ 
tiellement  vital  et  non  un  phénomène  passif  de  désintégration  ou 
de  simple  contact,  comme  le  pensait  Liebig. 

De  retour  à  Paris  comme  directeur  de  l’Ecole  Normale,  Pasteur 
continue  ses  recherches  sur  la  fermentation  de  l'acide  lactique,  de 
l’alcool,  du  vin.  Déjà  une  question  se  pose  souvent  dans  son  espril  : 
d’où  viennent  tous  ces  ferments? 

Tout  s’enchaîne  dans  son  œuvre  immense.  A  ce  moment  Pouchet 
affirme  à  l’Académie  des  Sciences  que  l’on  peut  faire  naître  des 
animalcules  dans  un  milieu  absolument  privé  d’air.  C’est  le  pro¬ 
blème  de  la  génération  spontanée  qui  avait  passionné  les  poètes, 
les  philosophes  et  les  savants  tels  que:  Aristote,  Lucrèce,  Virgile, 
Ovide,  Pline,  Buffon,  Nedhinn,  Spallanzani  et  beaucoup  d’autres 
encore. 

Après  un  an  de  recherches  dans  son  laboratoire,  Pasteur  déclare 
que  ce  sont  les  germes  de  l’air  qui  sont  les  conditions  de  cette  vie 
d’apparence  spontanée.  Un  liquide  fermentescible  porté  à  l’ébulli¬ 
tion  prolongée  ne  fermente  pas  si  l’ouverture  du  ballon  est  fermée 
par  une  grosse  bourre  de  coton. 

Les  expériences  capitales  se  succèdent  rapidement.  Si,  prenant 
les  poussières  contenues  dans  le  coton  filtré  placé  à  l’orifice  d’un 
ballon  à  col  recourbé,  on  les  plonge  dans  un  liquide  privé  de 
germes  par  l’ébullition  prolongée,  ce  liquide  s’altère.  Le  sang  pris 
sur  un  animal  sain  et  conservé  dans  des  tubes  privés  de  germes 
ne  se  putréfie  pas  et  ne  donne  naissance  à  aucun  organisme. 

Il  fallait  ensuite  étudier  la  topographie  de  ces  germes  contenus 
dans  l’airà  différentes  hauteurs.  Pasteur  se  rend  à  Salins-du-Jura, 
avec  ses  ballons  stérilisés,  et  gravissant  le  mont  Poupet,  dont  la 
montée  est  si  dure,  il  ouvre  ses  ballons  à  850  mètres  d’altitude. 
Puis  en  Suisse,  la  même  expérience  est  faite  au  sommet  du 
Montanvert  près  de  Chamonix. 

Pendant  ce  temps,  l’équipe  adverse,  l’équipe  Pouchet,  gravit  le 
mont  Etna  et  ensuite  dans  les  Pyrénées  le  pic  de  la  Maladetta. 

La  démonstration  est  faite  par  Pasteur,  partout  il  existe  des 


SÉANCE  DC  i8  AVRIL 


germes  dans  l’air.  Ils  sont  peu  abondants  au  sommet  des  mon¬ 
tagne®,  ils  sont  plus  nombreux  dans  les  vallées,  dans  les  labora¬ 
toires,  dans  les  hôpitaux.  Il  n’y  a  pas  de  génération  spontanée. 
Finalement  Pouchet  ne  s’avoue  pas  vaincu,  mais  il  renonce  à  la 
discussion.  Voilà  la  théorie  des  germes  que  Pasteur  développera 
pendant  toute  sa  carrière  pour  en  tirer  des  conse'quences  bien 
imprévues.  Ce  sera  l’Idée  directrice  de  toute  sa  vie  scientifique. 

En  1863,  son  maître  Jean-Baptiste  Dumas  lui  demande  comme 
service  |  ersonnel  d’aller  dans  l’Ardèche  étudier  la  maladie  épidé¬ 
mique  des  vers  à  soie.  Ce  fut  sa  première  étude  sur  les  maladies 
contagieuses.  Les  recherches  furent  longues  et  difficiles;  mais 
là  encore  s’accrut  le  champ  fertile  de  la  théorie  des  germes,  car 
la  maladie  était  provoquée  par  des  parasites  ou  corpuscule  s 
inclus  dans  le  corps  des  vers.  Aussi  pour  éviter  la  contagion,  il 
fallait  avec  le  microscope  sélectionner  la  graine,  en  éliminant  les 
vers  et  les  œufs  contagionnés. 

En  1880,  Pasteur  étudie  le  choléra  des  poules.  Dans  ses  nom¬ 
breuses  expériences,  multipliées  avec  intention,  il  inocule  une 
vieille  culture  exposée  à  l’air  depuis  plusieurs  semaines.  A  son 
grand  étonnement,  l’animal  est  malade  mais  il  ne  succombe 
pas.  L’idée  de  l’atténuation  de  la  virulence  par  le  vieillissement 
lui  traversa  l’esprit.  Cette  expérience  géniale  et  mémorable  fut 
l’origine  des  virus-vaccins  et  de  l’immunité.  On  dit  qu’elle  fut  le 
fait  du  hasard;  non;  Pasteur  a  eu  le  génie  de  savoir  interpréter  le 
hasard.  Cette  découverte  a  son  application  l’année  suivante  dans 
les  expériences  sur  le  charbon  des  animaux,  maladie  infectieuse 
provoquée  par  la  bactéridie  charbonneuse  décrite  par  Rayer  et 
Davaine. 

Pasteur  crée  la  vaccination  du  charbon,  puis  celle  du  rouget  du 
porc  et  toute  la  gamme  des  .virulences  atténuées.  Il  décrit  l’action 
des  produits  sécrétés  par  les  microbes  ;  il  met  en  relief  le  rôle  du 
terrain,  de  l’acclimatation  des  microbes,  de  la  résistance  vitale, 
celui  de  l’hérédité,  de  la  race,  de  l’immunité  naturelle.  Parmi  les 
microbes,  les  uns  sont  aérobies,  d’autres  anaérobies.  La  gangrène 
gazeuse  est  provoquée  par  le  vibrion  septique,  anaérobie,  dont 
l’ubiquité  est  si  grande.  Non  seulement  il  faut  tuer  les  microbes, 
mais  il  est  nécessaire,  par  une  très  haute  température,  de 
détruire  leurs  spores,  d’où  la  nécessité  des  autoclaves  dans  les 
laboratoires  et  plus  tard  dans  les  services  de  chirurgie.  Les 
microbes  et  leurs  spores  sont  partout,  dans  l’air,  dans  l’eau,  dans 
le  sol. 

Jusqu’à  la  vaccination  du  charbon  Pasteur  rencontra  en  France 
un  monde  d’opposants  et  d’ironistes.  A  partir  de  ce  moment,  il 
fallut  bien  se  rendre  à  l’évidence  et  les  admirateurs  se  multi- 


564 


SOCIÉTÉ 


CHIRURGIE 


plièrent.  Ce  fat  le  travail  suivant  qui  mit  enfin  le  sceau  à  sa  célé¬ 
brité  et  à  sa  popularité. 

Pasteur  s’attaque  au  problème  de  la  rage.  Dans  son  laboratoire, 
il  découvre  la  vaccination  de  la  rage  avec  des  moelles  de  lapin  de 
virulence  croissante.  Avec  quelle  inquiétude  furent  commencées 
les  premières  inoculations  chez  l’homme  !  En  1886,  je  le  vis 
souvent  à  î’Hôtel-Dreu  où  étaient  soignés  dans  le  service 
d’Alfred  Richet  les  IR  Russes  mordus  par  des  loups  enragés. 
Comme  interne  provisoire  du  service,  j’ai  eu  l’honneur,  l’après- 
midi,  de  le  conduire  auprès  de  ces  malheureux.  Trois  succom¬ 
bèrent;  Pasteur  d’une  nature  très  sensible  restait  longtemps 
devant  eux,  souffrant  de  les  voir  souffrir. 

Quel  chemin  parcouru  depuis  l'a  polarisation  et  la  fermentation 
des  tartrates  jusqu’à  la  vaccination  de  la  rage,  en  passant  par  les 
expériences  sur  la  génération  spontanée,  le  vinaigre,  les  vins,  les 
bières,  les  maladies  virulentes  et  les  virus-vaccins  du  choléra  des 
poules,  du  charbon  et  du  rouget  du  porc  !  C’est  Pasteur  qui  fit 
entrer  la  chimie  dans  le  domaine  de  la  médecine  et  depuis  elle 
devient  de  plus  en  plus  prépondérante. 


C’est  surtout  dans  les  Sociétés  savantes  que  Pasteur  défendit 
avec  ardeur  et  acharnement  sa  théorie  des  germes  et  cette  lutte 
fut  une  véritable  épopée.  Reçu  à  l’Académie  des  Sciences  en  1862, 
ses  idées  y  furent  acceptées  avec  peu  de  contestations  tellement 
les  expériences  étaient  rigoureusement  démonstratives.  Nous 
avons  vu  que  dans  sa  discussion  sur  la  génération  spontanée 
avec  Pouchel,  celui-ci  finit  par  abandonner  la  lutte.  Son  collègue 
Sédillot  avait  bien  compris  la  grande  portée  de  la  théorie  des 
germes,  quand  il  disait  à  l’Institut,  en  1878  : 

«•  Nous  assistons  à  la  naissance  d’une  chirurgie  nouvelle  à 
laquelle  les  noms  de  Pasteur  et  de  Lister  resteront  attachés.  » 

Sédillot  proposa  le  nom  de  microbes  pour  désigner  ces  germes 
qui  infectaient  les  plaies,  et  le  mot  fit  fortupe. 

Pasteur  fut  nommé  membre  libre  de  l’Académie  de  Médecine 
en  avril  1873  à  une  voix  de  majorité.  Cela  présageait  déjà  des 
ïutlesbien  vives.  Mais  celles-ci  ne  l’effrayaient  pas;  au  contraire, 
pour  perfectionner,  ses  découvertes,  il  recherchait  les  contra¬ 
dictions  loyales  et  scientifiques  et  non  certains  éloges  qui  sont 
bien  stériles  et  ne  durent  pas. 

Au  début,  ni  les  médecins,  ni  les  chirurgiens  lui  furent  favo¬ 
rables  et  Chassafgnac  disait  que  «  la  chirurgie  de  laboratoire 
ferait  périr  beaucoup  d’animaux  et  sauverait  très  peu  d’hommes  ». 


•  SÉANCE  DU  18  AVRIL 


563 


Quelle  erreur!  La  chirurgie  expérimentale  est  la  source  de  bien 
des  progrès  dans  notre  art  et  Jobert  (de  Lambafle)  venait  d’en 
donner  la  preuve  avec  ses  remarquables  expériences  sur  les  greffes 
épiploïques. 

Les  esprits  médicaux  n’étaient  pas  préparés  à  la  théorie  des 
germes  qui,  évidemment,  bouleversait  toutes  les  idées  acquises. 
Trousseau  fut  un  des  rares  médecins  qui,  dès  le  début,  a  su  pré¬ 
dire  l’avenir  de  la  nouvelle  théorie. 

La  communication  de  Pasteur,  le  28  avril  1878  à  l’Académie  de 
Médecine,  qui  siégeait  alors  rue  des  Saints-Pères,  est  la  véritable 
charte  des  chirurgiens.  En  voici  un  passage  qui  a  été  souvent  cité  : 

«  Si  j’avais  l’honneur  d’être  chirurgien,  pénétré  comme  je  le 
suis  des  dangers  auxquels  exposent  les  germes  des  microbes 
répandus  à  la  surface  de  tous  les  objets,  particulièrement  dans 
les  hôpitaux,  non  seulement  je  ne  me  servirais  que  d’instruments 
d’une  propreté  parfaite,  mais  après  avoir  nettoyé  mes  mains  avee 
le  plus  grand  soin  et  les  avoir  soumises  à  un  flambage  rapide, 
je  n’emploierai  que  de  la  charpie,  des  bandelettes,  des  éponges 
préalablement  exposées  dans  un  air  porté  à  130°.  et  à  ISO0  ;  je 
n’emploierais  jamais  qu’une  eau  qui  aurait  subi  la  température 
de  110°  à  120°.  Le  nombre  de  germes  contenus  dans  l’air  est 
pour  ainsi  dire  insignifiant  à  côté  de  ceux  qui  sont  répandus 
dans  les  poussières  à  la  surface  des  objets  ou  dans  les  eaux 
communes  les  plus  limpides.  » 

Cette  communication,  c’est  tout  le  propramme  de  Fasepsie 
chirurgicale  que  nous  suivons  actuellement,  car  les  étuves  et  les 
autoclaves  passèrent,  un.  peu  tardivement,  des  laboratoires  dans 
les  salles  de  stérilisation  des  chirurgiens. 

On  voit  comme  les  idées  sur  les  germes  de  Fair  ont  un  peu 
évolué.  Certes,  l’air  est  rempli  de  germes  ferments,  mais  en 
chirurgie  c’est  par  le  contact  contagieux  avec  les  objets  non 
stérilisés  que  se  fait  l’infection.  Malgré  des  recherches  ultérieures 
avec  des  boîtes  de  Pétri,  placées  sur  le  corps  ou  tout  contre  le 
corps  des  opérés  et  démontrant  l’existence  de  germes  nombreux 
dans  Fair  de  la  safle  d’opération,  surtout  quand  on  ouvre  trop 
souvent  les  portes,  ou  quand  on  s’agite  trop  autour  de  la  table 
d’opération,  la  plupart  des  chirurgiens  négligent  maintenant  ces 
germes  contenus  dans  Fair.  Il  en  est  cependant  qui,  avec  des 
compresses  stérilisées,  couvrent  immédiatement,  le  plus  possible, 
toutes  les  surfaces  cruentées. 

L’infection  par  les  contacts  est  donc  la  plus  importante  et, 
visitant  le  service  d’Hervieux  à  la  Maternité,  Pasteur  affirme  que 
tous  les  linges  devraient  être  passés  au  four  à  stériliser.  Comme 
Semelveiss  et  Simpson,  il  déclare  que  ce  sont  surtout  les  étudiants 


566 


SOCIÉTÉ 


CHIRURGIE 


et  les  médecins  qui,  avec  leurs  mains  transportent  l’infection 
dans  les  épidémies  des  Maternités.  Hervieux  lui  demandant,  à 
l’Académie,  quel  était  donc  le  germe  de  l’infection  puerpérale 
qu’il  désespérait  de  voir  avant  de  mourir,  Pasteur  s’avance  vers  le 
tableau  et  dessine  le  germe  en  chaînette,  c’est-à-dire  le  strepto¬ 
coque. 

C’est  pendant  cette  discussion  mémorable  que  Piorry  employa 
le  mot  de  septicémie,  expression  commode  qui  fut  rapidement 
adoptée  par  tous. 

Dans  le  pus  d’un  furoncle  que  présentait  son  élève  Duclaux,  et 
dans  le  pus  d’une  ostéomyélite  développée  chez  une  petite  malade 
dans  le  service  de  Lannelongue,  Pasteur  trouve  le  même  microbe, 
c’est-à-dire  le  staphylocoque  doré. 

A  l'Académie,  les  médecins  cliniciens  lui  reprochaient  souvent 
de  ne  pas  être  médecin,  et  de  n’être  qu’un  chimiste  !  Mais  il  serait 
facile  d’affîrmer  que  si  Pasteur  n’avait  été  que  médecin,  il  n’aurait 
pas  compris  le  rôle  des  microbes.  Témoin  Davaine  qui  affirma 
que  la  bactéridie  charbonneuse  était  la  cause  du  charbon,  mais 
qui  ne  sut  pas  le  démontrer  et  aller  plus  loin.  Les  médecins 
avaient  trop  d’idées  préconçues. 

Les  cliniciens  de  1878  ne  pouvaient  pas  prévoir  l’importance 
du  laboratoire.  Aujourd’hui  on  fait  la  ponction  loml  aire,  l’examen 
de  la  salive  et  des  dents,  l’analyse  du  suc  gastrique,  des  matières 
fécales,  l’examen  du  sang,  des  urines,  dans  les  services  de 
médecine  et  dans  les  services  de  chirurgie,  et  la  clinique  doit 
souvent  s’incliner  devant  le  laboratoire. 

D’ailleurs  Pasteur  sut  s’entourer  de  médecins  :  Roux,  Vulpian, 
Strauss,  Grancher  et  de  beaucoup  d’autres  qu’il  interrogeait  dans 
les  Sociétés  savantes. 

■Il  sut  aussi  s’entourer  de  vétérinaires,  tels  que  :  Bouley,  Chau¬ 
veau,  Arloing,  Nocard,  etc.,  dont  il  sollicitait  souvent  les  conseils, 
et  par  un  hasard  curieux,  demain  ici,  à  la  même  heure,  le  Pr  Vallée 
fera  aussi  l’éloge  de  Pasteur. 

Dans  notre  Société  nationale  de  Chirurgie,  les  discussions 
furent  moins  violentes  qu’à  l’Académie,  car  moins  portés  vers  les 
théories  scholastiques  les  chirurgiens  avaient  bien  vite  constaté 
les  bons  résultats  de  l’application  en  chirurgie  de  la  théorie  des 
germes. 

Placé  loin  des  discussions  locales  si  passionnées,  Lister  fut  le 
premier  qui  sut  en  comprendre  de  suite  toute  l’importance,  et  en 
tenter  l’application  pratique  et  méthodique  chez  ses  opérés, 
dès  1867. 

Lister  avait  un  petit  service  de  trente  lits  à  l’infirmerie  royale 
de  Glascow.  J’ai  plusieurs  fois  entendu  Lucas-Championnière 


SÉANCE  DU  18  AVRIL 


567 


raconter  comment,  étant  encore  interne,  en  1868,  et  visitant 
l’hôpital  de  Glascow,  un  assistant  lui  dit  qu’il  y  avait  à  l’infirmei  ie 
un  jeune  chirurgien  qui  employait  des  antiseptiques  pour  panser 
les  plaies;  mais  ses  collègues,  n’y  attachaient  pas  beaucoup 
d’importance,  apparemment  tout  au  moins.  Très  intrigué,  Cham- 
pionnière  visita  le  petit  service  de  Lister.  Il  en  sortit  très  impres¬ 
sionné,  car  il  avait  constaté  chez  les  opérés  des  réunions  par 
première  intention,  et  pas  un  cas  de  cette  infection  purulente  qui 
décimait  les  hôpitaux  de  Paris. 

Aussi  en  rentrant  en  France,  en  janvier  1869,  il  décrit  dans 
son  journal  ce  qu’il  avait  constaté  chez  Lister,  en  se  faisant,  dès 
ce  moment,  avec  une  ténacité  remarquable,  l’apôlre  du  traile- 
ment  des  plaies  par  la  méthode  antiseptique  phéniquée,  méthode 
déjà  adoptée  dans  quelques  pays  étrangers. 

La  guerre  de  1870  survint  et  ce  fut  le  pansement  ouaté 
d’Alphonse  Guérin,  basé  également  sur  les  théories  de  Pasteur 
qui  attira  surtout  l’attention  des  chirurgiens  français,  car  il 
améliora  notablement  les  statistiques  opératoires.  Il  fut  décrit 
dans  notre  Société,  en  1872,  dans  son  précédent  local,  rue  de 
l’Abbaye-Saint-Germain-des-Près. 

En  mars  1876,  Championnière  présente  à  la  Société  de  Chirurgie 
plusieurs  opérations  faites  suivant  la  méthode  antiseptique  et 
non  compliquées  de  suppuration. 

Deux  mois  après,  Guyon  décrit  sept  cas  d’opérations  pratiquées 
suivant  la  même  méthode  et  suivies  de  guérison  rapide. 

En  mai  1878,  Terrier  et  Championnière  rapportent  un  cas  de 
laparotomie  faite  suivant  ta  technique  antiseptique,  spray  et  pan¬ 
sement  phéniqué. 

Le  mois  suivant,  Lister  vint  à  la  Société  de  Chirurgie  exposer  sa 
méthode  antiseptique  pour  éviter,  disait-il,  «  la  putréfaction  des 
plaies  ».  Suivant  lui,  l'infection  purulente  résulte  de  la  putré¬ 
faction  du  pus  sur  les  plaies,  du  fait  des  microbes. 

En  décembre,  Panas  rapporte  un  cas  d’ovariotomie  faite  avec 
la  méthode  antiseptique. 

Mais  c’est  en  1879  que  survint  «  enfin  »  dans  notre  Société  la 
grande  discussion  sur  le  traitement  antiseptique  des  plaies, 
reflet  des  discussions  de  l’Académie  de  Médecine,  mais  reflet  plus 
pratique.  Elle  fut  amorcée  par  Maurice  Perrin  qui,  à  l’antisepsie 
par  les  solutions  phéniquées,  opposa  l’antisepsie  par  l’alcool, 
que  Nélaton  avait  préconisée.  Maurice  Perrin  trouve  qu’il  y  a 
quelque  chose  de  «  mystique  »  dans  le  pansement  de  Lister, 
que  quelques  opposants  appelaient  le  rite  écossais.  Il  ironise 
un  peu  sur  l’ardeur  de  Championnière  qui  «  est  le  chef  des 
croyants  ayant  fait  le  pèlerinage  de  La  Mecque  ».  Championnière 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


répond,  que  depuis  trois  ans,  il  emploie  scrupuleusement  la 
méthode  et  qu’il  obtient  toujours  la  réunion  par  première  inten¬ 
tion.  Les  insuccès  de  la  méthode  sont  dus  à  ce  fait  qu’elle  est 
mal  appliquée.  Panas,  Marc  Sée  font,  grâce  à  ce  pansement,  des 
arthrotomies  avec  succès.  Le  Dentu  apporte  une  importante 
statistique  avec  de  très  bons  résultats.  Trélat,  Guyon  et  Terrier 
sont  partisans  de  la  méthode.  Le  Fort  préfère  le  pansement  à 
l’alcool;  suivant  lui,  l’infection  purulente  est  contagieuse  du  fait 
d’un  «  germe  contage  »  ;  les  mains  et  les  instruments,  dit-il, 
doivent  être  aussi  propres  que  possible. 

Desprès  fut  le  premier  et  le  dernier  opposant  à  la  méthode, 
affirmant,  à  tort,  avoir  obtenu  la  réunion  par  première  intention 
même  avec  des  cataplasmes.  Entraîné  par  son  esprit  de  contra¬ 
diction,  il  va  jusqu’à  dire  que  le  pus  est  le  topique  des  plaies  ;  il 
préconise  les  pansements  «  sales  »,  aussi  l'infection  purulente  et 
l’érysipèle  persisteront  dans  son  service  de  la  Charité,  où  sa  verve 
attirait  bien  des  auditeurs. 

En  somme,  dans  cette  discussion  de  1879,  le  principe  de  la 
méthode  antiseptique  de  Lister  était  admis  par  la  plupart  des 
membres  de  notre  Société.  Cependant,  dans  les  communications, 
on  note  des  réticences  sur  la  théorie  des  germes.  Mais  elles  ne 
durèrent  pas  longtemps,  sauf  pour  Desprès  qui,  par  contradic¬ 
tion,  resta  toujours  impénitent. 

Parmi  la  jeunesse  des  hôpitaux  la  lutte  pour  le  traitement  des 
plaies  par  la  méthode  antiseptique  fut  très  ardente.  Les  internes 
l’adoptèrent  très  rapidement,  s’initiant  et  se  surveillant  récipro¬ 
quement  pendant  les  opérations,  initiant  et  surveillant  aussi  les 
quelques  chefs  retardaires  et  les  poussant  vers  la  Vérité.  Ce  fut 
une  bien  belle  campagne,  campagne  un  peu  tardive,  mais  qui  se 
termina  rapidement  par  la  victoire  de  la  méthode  antiseptique. 
Puis  celle-ci  fit  peu  à  peu  place  à  la  méthode  aseptique  conseillée 
déjà  par  Pasteur  et  que  Championnière,  fidèle  à  ses  premières  con¬ 
victions,  ne  voulut  pas  accepter. 

Cette  Révolution  pastorienne  bouleversa  complètement  les 
résultats  de  la  chirurgie  opératoire.  On  les  tint  pour  miraculeux. 
Comme  cela  a  été  dit  à  l’A.cadémie  de  Médecine,  Pasteur  donna 
aux  chirurgiens  la  sécurité  opératoire.  Aussi  le  nombre  des  chi¬ 
rurgiens  va-t-il  sans  cessé  en  s’accroissant.  Tous  les  malades  ont 
la  foi  et  l’espérance  dans  une  opération,  alors  qu’autrefois  c’était 
la  crainte  et  l’effroi.  Pour  les  non-initiés,  très  éblouis,  toutes  les 
opérations  sont  possibles  ;  rien  ne  les  étonne  plus  en  fait  de  chi¬ 
rurgie  ! 

C’est  encore  grâce  à  la  Révolution  pastorienne  que  la  chirurgie 
expérimentale  a  pris  un  essor  prodigieux.  Je  n’en  veux  pour 


SÉANCE'  DU  15  AVRIL 


5X59- 


preuve  que  l'étude  des  greffes.  Avant  l’antisepsie  et  l’asepsie, 
combien  les  résultats  obtenus  étaient  aléatoires  et  contradictoires!' 
Mais  avec  la  nouvelle  méthode  et  l’esprit  scientifique  s’étant  bien 
amélioré  —  il  en  avai  t  bien  besoin  —  on  a  pu  classer  lies  résultats, 
les  comparer  et  chez  l’homme  et  chez  les  animaux.  Aussi  les 
greffes  sont  maintenant  un  sujet  inépuisable  de  chirurgie  expéri¬ 
mentale  chez  les  animaux  et  chez  l’homme,  elles  sont  une  des 
plus  belles  conquêtes  de  la  chirurgie  moderne. 

En  somme,  poursuivant  avec  ténacité  son  idée  directrice,  Pasteur 
lut  le  créateur  :  de  la  biologie,  de  ïa  microbiologie,  d’e  l’hygiène 
moderne,  de  l’anlisepsieetde  l’asepsie  chirurgicales,  de  la  vaccino- 
thérapie,  de  ïa  sérothérapie,  de  Iabactériothérapîe.  Certes  Pasteur 
n’était  pas  médecin,  mais  par  ses  travaux  il  fut  le  plus  grand 
génie  médical  et  le  plus  grand'  bienfaiteur  de  l'humanité. 

C’est  en  se  basant  sur  ses  travaux  que  Fon  recherche  mainte¬ 
nant  la  vaccination  préopératoire  contre  l’infection,  infection 
toujours  menaçante  et  contre  laquelle  nous  devons  lutter  à  chaque 
instant. 

Dans  la  vie  courante  les  causes  de  contagion  et  d’infection  nous 
enveloppent  de  toute  part.  Tant  que  nous  restons  immunisés, 
nous  ne  sommes  pas  infectés  par  le  cancer,  par  la  tuberculose  et 
l'es  autres  infections  médicales  et  par  toutes  l’es  infections  consé¬ 
cutives  à  une  plaie  souvent  banale  en  apparence.  La  lutte  contre 
Fmfècfion  est  une  des  grandes  fonctions  permanentes  et  néces¬ 
saires  de  l’organisme. 

L"œuvre  de  Pasteur  est  impérissable.  Le  champ  de  ses  décou¬ 
vertes  s’agrandit  de  jour  en  jour.  Certes,  du  fait  des  progrès  des 
recherches  biologiques  il  y  aura  des  aperçus  nouveaux  et  des 
modifications  dans  les  théories  microbiennes  ;  mais  les  principes 
essentiels  de  l'a  microbiologie  persisteront  toujours  et,  quand  on 
le  fêtera  à  propos  du  centenaire  de  sa  mort  et  du  bi-cenlenaire  de 
sa  naissance,  les  éloges  seront  les  mêmes,  avec  bien  des  déduc¬ 
tions  nouvelles. 


La  méthode  de  travail  de  Pasteur  méiite  d’attirer  notre  atten¬ 
tion,.  elle  est  digne  d’exemple  pour  tous.  Pasteur  était  un  travail¬ 
leur  infatigable,  sentant  bien  qu’il  n’avait  pas  de  temps  à  perdre 
pour  achever  son  œuvre  dont  il  entrevoyait  toute  l’étendue  pour 
le-  bien  de  l'humanité. 

En  1856,  à  un  festival  organisé  par  la  Conférence  Scientia  au 
profit  de  l’Institut  Pasteur,  il  dit  qu’il  n’a  pas  été  au  théâtre  dix  fois 
dans  sa  vie  !  «  Travaillons,  répétait-il'  souvent,  il  n’y  a  que  cela 
qui  amuse.  Les  laboratoires  sont  les  temples  de  l’avenir.  » 


570 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


«  J’ai  la  foi  et  le  feu  sacré  pour  longtemps'»,  disait-il,  en  1880,  à 
son  ami  Nisard. 

Au  président  d’un  syndicat  de  l’Ardèche  lui  remettant  une 
médaille  frappée  à  son  effigie  pour  glorifier  ses  travaux  sur  la 
maladie  des  vers  à  soie,  il  répond  :  «  La  Science  a  été  la  passion 
maîtresse  de  ma  vie.  je  n’ai  vécu  que  pour  elle,  et  dans  les  heures 
difficiles,  inséparables  des  longs  efforts,  la  pensée  de  la  patrie 
relevait  mon  courage.  J’associais  sa  grandeur  à  la  grandeur  de  la 
Science.» 

«  Savoir  s’étonner  à  propos  en  présence  d’un  fait  anormal,  c’est 
le  premier  mouvement  vers  la  découverte.  » 

«  N’avancez  rien  qui  ne  puisse  être  prouvé  d’une  façon  simple 
et  décisive.  Ayez  le  culte  de  l’esprit  critique.  Evitez  la  précipitation 
dans  le  désir  de  conclure.  Imaginez  d’abord  l’hypothèse,  puis  ayez 
Je  doute  de  son  exactitude  et  cherchez-en  la  démonstrationjus qu’à 
l’évider.  ce.  » 

«  Travaillez  et  persévérez,  disait-il  aux  étudiants  de  l’Univer¬ 
sité  d’Edimbourg;  le  iravail  seul  profite  à  l’homme,  au  citoyen,  à 
la  patrie.  Ayez  le  culte  des  grands  hommes  et  des  grandes  choses. 
Inspirez-vous  de  la  méthode  expérimentale.  » 

En  1872,  après  nos  revers,  il  démontre  la  nécessité  des  savants; 
aujourd'hui  en  1923,  après  nos  succès,  la  même  démonstration 
s’impose;  le  nombre  ne  doit  pas  écraser  l’élite. 

Pasteur  multipliait  les  expériences,  répétant  souvent  le  mot  de 
Buffon  :  «  Rassemblons  des  faits  pour  avoir  des  idées  ».  Il  notait 
lui-même,  devant  ses  collaborateurs,  les  résultats  de  ses  observa¬ 
tions  expérimentales,  avec  un  soin  scrupuleux,  sur  des  cartons  et 
sur  des  cahiers.  Aussi,  pour  ne  pas  se  laisser  aller  à  des  erreurs 
d’imagination  qui  sont  si  fréquentes  quand  on  désire  un  résultat, 
il  ne  tenait  compte,  disent  ses  collaborateurs  «  que  de  ce  qui  était 
marqué  sur  le  cahier  ».  ,. 

Il  aimait  travailler  dans  le  silence  et  dans  l’isolement.  Ses  mots 
habituels  étaient  :  Iravail,  volonté,  effort,  enthousiasme,  patrie, 
persévérance  dans  l’effort,  désintéressement. 

Par  amour  pour  sa  grande  et  sa  petite  patrie,  il  se  présenta  aux 
élections  sénatoriales  du  Jura  en  1875.  Par  bonheur  pour  la 
Science,  sur  les  conseils  de  Grévy,  les  électeurs  le  renvoyèrent  à 
ses  chères  études.  La  Sciei.ce  a  sa  place  à  l’Institut,  avait  insinué 
Grévy,  son  compatriote. 

Quand  une  expérience  ne  donnait  pas  ce  qui  avait  été  prévu,  il 
la  recommençait  sous  une  forme  nouvelle  en  répétant  :  «  Ce  qu’il 
faut  surtout,  c’est  ne  pas  lâcher  le  sujet.  »  Celui-ci  était  donc  tou¬ 
jours  étudié  à  fond  et  finalement  avec  fruit.  «  Pasteur  éclaire  tout 
ce  qu’il  touche  »,  affirmait  son  maître  Biot. 


SÉANCE  DU  18  AVRIL 


Avant  de  commencer  l’étude  d’une  question,  il  lisait  tout  ce  qui 
avait  été  écrit  sur  le  sujet.  C’est  ainsi  qu’il  relisait  souvent  les 
travaux  de  Jenner.  Loin  de  nier  ce  qui  avait  été  dit  avant  lui, 
Pasteur  cherchait  à  appliquer  la  théorie  des  germes  dans  les 
expériences  bien  conduites  faites  par  ses  prédécesseurs.  Il  savait 
ne  pas  faire  table  rase  du  passé 

Moleste,  presque  timide  dans  l'habitude  de  la  vie,  il  devenait 
ardent  quand  il  voulait  convaincre  ses  contradicteurs. 

L’âpreté  que  Pasteur  apportait  dans  une  discussion  n’avait 
d’égal  que  son  oubli  quand  elle  était  terminée.  «  Le  savant,  disait- 
il,  ne  doit  s'inquiéter  que  de  ce  que  l’on  dira  de  lui  un  siècle  plus 
tard  et  non  des  injustices  et  des  compliments  du  jour.  » 

Quand  il  faisait  des  expériences  capitales,  Pasteur  était  encore 
plus  silencieux  que  d’habitude.  «  Votre  père  est  toujours  fort 
préoccupé,  écrivait  sa  digne  compagne,  Mme  Pasteur,  le  27  mai 
1884,  pendant  les  recherches  sur  la  rage;  il  me  parle  peu,  dort 
peu,  se  lève  dès  l’aurore;  en  un  mot,  il  continue  la  vie  que  j’ai 
commencée  avec  lui,  il  y  a  trente-cinq  ans  aujourd’hui.  » 

Si  les  résultats  des  recherches  de  Pasteur  sont  définitifs,  c’est 
parce  que  sa  technique  expérimentale  était  d’un  rigorisme  intense 
et  il  fallait  qu’il  en  fût  ainsi.  Ses  contradicteurs  faisaient  souvent 
des  fautes  dans  leurs  expériences  qui  étaient  bien  nouvelles  pour 
eux  et  Pasteur  était  obligé  de  les  leur  indiquer. 

Son  rigorisme  scientifique  était  intransigeant.  Avec  Claude 
Bernard,  il  exerça  une  grande  influence  sur  les  médecins  en  leur 
démontrant  la  nécessité  de  l’esprit  scientifique,  car  depuis  Hippo¬ 
crate  c’était  l’empirisme  pur  qui  régnait.  11  était  bien  difficile 
qu’il  en  fût  autrement,  les  anciens  manquaient  des  instruments 
de  recherches  nécessaires.  Les  progrès  sont  engrenés  les  uns  dans 
les  autres,  il  faut  savoir  attendre  la  découverte  des  techniques 
nouvelles  et  ceux  qui  savent  les  utiliser  à  propos.  On  pourrait 
presque  dire  que  souvent  les  génies  apparaissent  à  leur  heure, 
dévoilés,  créés  ou  aidés  par  les  circonstances. 

Pasteur  fut  un  Maître  incomparable.  Il  avait  des  idées,  aussi  de 
nombreux  élèves  jeunes,  enthousiastes  et  désintéressés,  désiraient 
travailler  sous  sa  direction.  Il  sut  bien  les  choisir.  Ce  furent  sur¬ 
tout  Chamberland,  Duclaux,  Joubert,  Roux,  Raulin,  Gernez, 
Thuillier,  mort  en  Egypte,  en  étudiant  le  choléra,  André  Loir,  et 
quelques  autres. 

L’installation  bien  modeste  de  son  laboratoire  à  l’Ecole  Nor¬ 
male  en  limitait  le  nombre. 

A  l’âge  de  dix-huit  ans,  Pasteur  avait  écrit-à  ses  sœurs  : 
<■  Presque  toujours  le  travail  est  couronné  de  succès.  La  volonté 
ouvre  la  porte  aux  carrières  brillantes  et  heureuses,  le  travail  les 


532 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


franchit,  et  une  fois  arrivé  au  terme  du  voyage  le  succès  vient 
couronner  l’œuvre.  » 

Travailleur,  infatigable,  .guidé  par  les  éclairs  de  son  génie, 
Pasleur  avait  bien  rempli  jusqu’au  bout  ce  programme  qu’il  s’était 
tracé  dès  son  adolescence. 

Telle  fut  la  vie  scientifique  de  ce  grand  savant,  telle  furent  sa 
remarquable  méthode  et  ses  maximes  de  .travail,  telle  fut  son 
œuvre,  et  c’est  ainsi  que  je  l’ai  comprise  en  rédigeant  cet  .éloge. 
Toutes  les  grandes  Sociétés  médicales  du  monde  entier  ont 
célébré  le  centenaire  de  sa  naissance.  Par  reconnaissance,  notre 
Société  devait  aussi  fêter  cet  anniversaire. 

Nélaton  avait  dit  que  celui  qui  ferait  disparaître  l’infection 
purulente  mériterait  un,e  statue  en  or.  Bien  des  statues  en  bronze 
et  en  pierre  ont  été  élevées  à  Pasteur.  Bien  des  plaquettes  lui  ont 
été  offertes  de  son  vivant.  Bien  des  portraits  ont  été  gravés.  Voici 
celui  dessiné  par  Champollion  que  noire  collègue,  M.  Pasteur 
Vallery-Radot,  offre  à  la  Société  de  Chirurgie  et  à  la  Société 
médicale  des  hôpitaux.  Je  le  remercie  en  votre  nom.  .J’émets  le 
vœu  que  ce  portrait  soit  placé  contre  nos  murs  d’honneur,  derrière 
le  Bureau,  à  côté  d’Ambroise  Paré  qui,  par  son  robuste  bon  sens,  a 
sinon  révolutionné,,  tout  au  moins  bien  perfectionné  la  chirurgie, 
en  face  de  cette  tribune  dans  laquelle  son  nom  a  été  et  sera  encore 
souvent  prononcé. 


Pasteur  a  reçu  tous  les  honneurs  et  toutes  les  décorations  pos¬ 
sibles.  Il  était  membre  des  trois  Académies  de  France  dont  il 
pouvait  faire  partie  et  de  plusieurs  Académies  étrangères. 

Dans  plusieurs  villes  françaises  et  étrangères,  des  rues  partaient 
son  nom  de  son  vivant. 

Vint  alors  l’apothéose. 

Ce  fut  d’abord  la  création  de  l’Institut  Pasteur  en  1888,  avec 
une  organisation  remarquable  pour  son  rendement  scientifique. 
Des  filiales  de  l’Institut  furent  créées  dans  le  monde  entier. 

La  deuxième  phase  de  son  apothéose,  ce  fut  la  cérémonie  du 
27  décembre  1892,  pour  fêter  ses  soixante-dix  ans.  Du  monde 
entier,  des  délégations  savantes  vinrent  le  féliciter.  Son  disciple 
Lister  lui  dit  :  «  Vous  avez  levé  le  voile  qui  avait  couvert  pendant 
des  siècles  la  pathogénie  des  maladies  infectieuses.  Vous  avez 
découvert  et  démontré  leur  nature  microbienne  »,  et  les  deux 
Maîtres  s’embrassèrent  avec  effusion. 

Brouardel  ajouta  :  «  Plus  heureux  que  Harvey,  que  Jennôr,  vous 
avez  pu  assister  au  triomphe  de  vos  doctrines,  et  vous  voyez  quel 
triomphe  J  » 


SÉANCE  DU  18  AVRIL 


S73 


Après  cette  apothéose,  la  santé  de  Pasteur  déclina.  Le  13  juin 
1895,  il  part  pour  l’annexe  de  l’Institut  Pasteur  installée  dans 
le  vieux  château  de  Villeneuve-l’Étang.  Mais  l’usure  cérébrale 
s’aggrava. 

Le  .28  septembre,  entouré  de  tous  ceux  qu’il  aimait  et  de  ses 
élèves  fidèles,  Pasteur  s’endormit  pour  toujours  dans  l’Immor¬ 
talité. 

Ce  grand  génie  mourut  dans  une  chambre  petite,  sombre,  basse 
de  plafond,  une  vraie  cellule  de  bénédictin,  dont  la  vue,  par  sa 
simplicité,  est  plus  impressionnante  que  la  crypte  de  l’Institut 
Pasteur,  où  il  repose  à  côté  de  ses  élèves  qui  continuent  son 
Œuvre. 

A  peine  Pasteur  est-il  mort  qu’un  autre  génie,  un  physicien 
cette  fois,  découvre  les  rayons  X.  C’est  une  nouvelle  révolution  en 
médecine  et  en  chirurgie.  Peu  après,  un  autre  physicien  découvre 
le  radium  qui  sert  au  traitement  du  cancer  et  des  tumeurs. 

Il  n’y  a  plus  de  cloisons  étanches  entre  les  sciences;  la  physique 
et  la  chimie  dominent  aujourd’hui  la  médecine. 

Ainsi  se  succèdent  maintenant,  et  beaucoup  plus  rapidement 
qu’autrefois,  les  génies  créateurs  qui  contribuent  à  la  guérison  ou 
au  soulagement  des  maux  de  l’humanité. 

C’est  d’un  heureux  présage  pour  l’avenir. 


La  séance  est  levée. 


574 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


DEUXIÈME  SÉANCE 


La  Société  de  Neurologie  de  Paris  a  informé  le  Président  qu’elle 
serait  heureuse  de  voir  les. membres  de  la  Société  de  Chirurgie 
apporter  leur  collaboration  à  la  IV*  Réunion  neurologique  interna¬ 
tionale ,  les  8  et  9  juin  1923,  où  sera  traitée  la.  question  des 
compressions  médullaires. 


A  propos  du  procès-verbal. 

A  propos  de  Vhgdronéphose  par  xmisse.au  anormal. 

M.  Marion.  —  A  la  séance  du  27  mars,  à  propos  d’une  commu¬ 
nication  de  M.  Chalier  sur  un  cas  d’hydronéphrose,  Grégoire  a 
mis  en  doute  l’existence  de  l’hydronéphrose  provoquée  par  un  vais¬ 
seau  anormal,  existence  déjà  niée  par  Bazy.Or,  il  n’est  pas  douteux 
que  celte  étiologie  doive  être  admise  sans  conteste.  Tout  d’abord 
le  fait  que  la  dilatation  du  bassinet  s’arrête  de  façon  brusque  au 
niveau  du  vaisseau  anormal  est  en  faveur  de  cette  étiologie.  Mais 
surtout,  ce  qui  la  confirme  de  la  façon  la  plus  absolue,  c’est  que 
la  section  du  vaisseau  anormal,  sans  aucune  fixation  du  rein, 
amène  la  cessation  non  seulement  des  accidents  d’hydronéphrose, 
mais  également  de  la  dilatation  du  bassinet  comme  il  est  possible 
de  le  vérifier  par  le  cathétérisme  urétéral.  Actuellement  j’ai  prati¬ 
qué  une  telle  section  dans  sept  cas  et  les  sept  malades  ont  été  sou¬ 
lagés  de  la  façon  la  plus  complète  et  définitive.  Chez  trois  malades 
on  a  pu  vérifier  que  la  capacité  du  bassinet  était  devenue  normale 
à  la  suite  de  l’intervention.  Un  de  mes  élèves, Kummer, a  relaté  un 
certain  nombre  de  cas  analogues  dans  un  travail  paru  dans  le 
Journal  d’ Urologie,  numéro  de  juin  1922. 

M.  Chalier  nous  dit  à  propos  de  son  cas  que  la  section  du 
vaisseau  anormal  peut  s’accompagner  de  nécrose  grave  du  rein. 
Je  serais  curieux  de  savoir  s’il  connaît  un  seul  cas  de  cette  nécrose, 
ou  s’il  parle  par  a  priori.  Pour  mon  compte,  je  n’en  connais  pas 
et  je  n’ai  jamais  observé  le  moindre  incident  à  la  suite  de  cette 
section,  pas  d’hématurie,  pas  d’albuminurie.  S’il  y  a  donc  nécrose, 
ce  qui  n’est  pas  prouvé,  elle  passe  complètement  inaperçue. 

Je  conclus  donc  :  1°  que  l’hydronéphrose  par  vaisseau  anor- 


SÉANCE  DU  18  AVRIL 


575 


mal  n’est  pas  douteuse;  2°  qu'en  présence  d’une  de  ces  hydro¬ 
néphroses,  lorsque  le  rein  n’est  pas  encore  entièrement  détruit, 
ii  faut  sectionner  le  vaisseau  anormal, et  cela,  sans  crainte  de  pro¬ 
duire  le  moindre  trouble  du  côté  du  rein,  on  fera  disparaître  à 
coup  sûr  les  accidents  provoqués  par  l’hydronéphrose. 

M.  Piirre  Bazy.  —  Je  demanderai  à  M.  Marion  si,  dans  les 
opérations  qu’il  a  faites,  il  s’est  borné  uniquement  à  sectionner 
l’artère  cause  de  douleurs  et  de  l’hydronéphrcîse.  Je  me  bornerai 
à  envisager  simplement  les  douleurs  qu’il  a  fait  disparaître  par 
la  section  de  l’artère. 

Si  je  pose  cette  question,  c’est  parce  que  dans  ces  derniers, temps 
il  est  question  d’énervation  du  rein  et  que  cette  opération  a  fait 
disparaître  les  douleurs;  j’ai  fait  disparaître  les  douleurs,  il  y  a 
bien  longtemps  déjà  par  la  décapsulation,  mais  il  semble  bien  que 
la  décapsulation  soit  inférieure  à  l’énervation  et  il  me  paraît  que 
ce  serait  en  énervant  le  rein  que  M.  Marion  fait  disparaître  la 
douleur. 

Pour  ce  qui  est  de  l’influence  de  la  section  du  vaisseau  sur  le 
rein,  je  dirai  que  celte  section  s’accompagne  de  la  nécrose  de  la 
portion  du  rein  à  laquelle  aboutit  cette  artère.  J’ai  mis  ce  fait  en 
évidence  par  la  section  d’une  branche  de  l’artère  rénale  chez  le 
chien,  et  j’ai  vu  des  foyers  de  nécrose  et  d’atrophie  correspondant 
à  la  région  du  rein  qui  recevait  cette  branche  ( Société  de  Biologie, 
octobre  1904,  t.  LVII,  p.  238). 

J’ai  publié  du  reste  le  fait  clinique  correspondant  à  ces  fails 
expérimentaux  ( Société  de  Chirurgie,  1901,  p.  665). 

Je  trancris  ici  ce  que  je  disais  à  cette  époque.  11  s’agissait  d’un 
kyste  hydatique  du  rein  coexistant  avec  un  kyste  hydatique  du 
foie.  «  Après  traitement  du  kyste  hydatique  du  foie,  je  trouve  un 
«  kyste  hydatique  du  rein,  je  l’ouvre  et  je  cherche,  à  l’extirper.  J’y 
«  parviens,  mais  je  suis  obligé  de  mettre  une  pince  sur  une  bran- 
«  che  de  l’artère  rénale  sectionnée  et  j’ouvre  le  bassinet  sur  une 
«  grande  étendue.  Le  quart  postéro-supérieur  du  rein  manquait; 
«  je  pensai,  malgré  l’ouverture  large  du  bassinet,  pouvoir  con- 
«  server  le  rein;  je  liai  donc  la  branche  de  l’artère  rénale  que 
«  j’avais  tout  d’abord  pincée.  J’avais  remarqué  que  la  partie  supé- 
«  rieure  du  rein,  celle  qui  correspondait  probablement  à  l’artère 
«  sectionnée,  était  devenue  couleur  feuille  morte  et  une  piqûre  à 
«  ce  niveau  ne  donnait  pas  de  sang.  Cette  portion  était  donc 
«  destinée  à  la  nécrose;  j’avoue  que  je  m’en  préoccupai  pas,  étant 
«  sûr  de  l’asepsie  et  la  laissai  en  place. 

«  Il  restait  à  fermer  le  bassinet;  pour  cela,  je  pris  des  lambeaux 
«  membraneux  et  de  tissu  conjonctif  plus  ou  moins  fibreux,  avec 

BCLL.  ET  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CH1R.,  1923.  42 


576 


SOCIÉTÉ 


CHIRURGIE 


«  lesquels  je  coiffai  le  rein  et  que  je  suturai  de  façon  à  fermer  le 
«  bassinet. 

«  Par  mesure  de  précaution,  je  mis  dans  la  plaie  un  drain  que 
«  je  fis  sortir  par  la  région  lombaire  préalablement  asepti'sée. 

«  Pas  une  goutte  d'urine  ne  S’écoula  par  la  plaie  ni  par  le  drain, 
«  que  je  retirai  au  bout  de  quatre  jours.  » 

Dans  un  cas  où  la  section  du  vaisseau  n’avait  déterminé  aucune 
modification  dans.la  vitalité  du  rein,  j’ai  vu  qu’il  s’agissait  d’une 
artère  se  rendant  dans  la  capsule  périrénale. 

M.  Marion.  —  Je  puis  affirmer  à  M.  Bazy  que  je  n’ai  rien  fait  de 
plus  que  sectionner  le  vaisseau  anormal  :  je  n’ai  fait  ni  fixation, 
ni  décortication,  ni  énervation.  D’autre  part,  il  s’agissait  bien  de 
vaisseaux  polaires,  car  pour  trouver  ce  vaisseau  il  est  nécessaire 
de  bien  mettre  à  découvert  le  pôle  inférieur  du  rein  et  la  partie 
supérieure  de  l’uretère  et  qu’on  peut,  dans  ces  conditions,  bien 
noter  le  point  où  aboutit  le  vaisseau. 

Cette  mise  à  nu  de  l’artère  polaire  n’a  du  reste  rien  de  commun 
avec  l’énervation  du  rein  qui  exige  la  dénudation  du  pédicule  rénal 
que  l’on  ne  voit  même  pas  lorsqu’on  sectionne  un  vaisseau  polaire. 

Que  la  section  de  ce  vaisseau  amène  la  nécrose  d’un  petit  terri¬ 
toire  rénal,  c’est  possible;  en  tous  cas  cette  nécrose  ne  se  mani¬ 
feste  par  aucun  symptôme.  Dans  ces  conditions,  il  n’y  a  pas  de 
raison  de  s’en  préoccuper.  En  tous  cas,  j’affirme  que  la  section  du 
vaisseau  est  sans  inconvénient  et  absolument  efficace  contre  les 
douleurs  et  contre  la  dilatation  du  bassinet. 

M.  Pierre  Bazy.  —  Je  vois  que  nous  sommes  d’accord  avec 
M.  Marion  :  1°  Il  dit  qu’il  met  à  nu  le  bassinetj  l’artère  rénale.  Je 
dis  qu’il  fait  de  l’énervation  rénale  sans  le  savoir;  2°  Il  n’est  pas 
question,  après  la  section  d'une  branche  de  l’artère  rénale,  de 
modifications  dans  la  structure  de  tout  le  rein,  mais  d’une  portion 
plus  ou  moins  grande  de  l’organe,  ce  que  M.  Marion  paraît 
accepter. 


Communication . 

Sur  le'  traitement  des  tuberculoses  chirurgicales 
par  les  vaccins  antituberculeux , 
par  M.  LOUIS  BAZY. 

Le  rapport  de  mon  maître  Baudet  sur-le  traitement  des  tuber¬ 
culoses  chirurgicales  par  le  collo-vaccin  de  Grimberg  a  suscité, 
parmi  un  certain  nombre  de  chirurgiens,  un  vif  mouvement  de 


SÉANCE  DU  18  AVRIL 


577 


curiosité.  Cette  question,  passionnante  au  premier  chef,  vaut,  en 
effet,  qu’on  y  porte  intérêt.  Mais,  si  l’on  aie  désir  de  tirer  de  son 
étude  le  maximum  de  profit,  il  importe,  je  crois,  que  l’on  ne  se 
contente  pas  seulement  delà  méthode  empirique.  La  tentative  de 
M.  Grimberg  n’estni  la  première,  nila  seule  quisoit  mise  en-œuvre  ; 
la  tuberculose  est,  de  tonies  les  infections,  celle  qui  est  peut-être 
la  mieux  connue  au  triple  point  de  vue  anatomo-pathologique, 
clinique  et  expérimental  et,  par  ailleurs,  elle  est  régie  —  il  faut 
bien  le  dire  dès  maintenant  —  par  des  lois  générales  auxquelles 
obéissent  tous  Les  processus  infeetieux,  et  qui  font  qu’il  me  paraît 
légitime  de  tenir  compte  de  la  grande  expérience  que  nous 
possédons  actuellement  des  vaccinations  chirurgicales,  pour 
apprécier  les  résultats  de  la  vaccination  antituberculeuse.  C’est 
dans  cet  état  d’esprit  que  j’ai  abordé  moi-même  l’étude  de  la 
vaccination  antituberculeuse,  au  .moyen  du  vaccin,  et  avec  la 
collaboration  de  mon  maître  et  ami  M.  André  Joussel,  et  je 
voudrais  m’efforcer  de  préciser  à  quels  cas  de  tuberculose  paraît 
convenir  la  vaccination,  comment  on  peut  interpréter  les  ré¬ 
sultats  obtenus,  quelle  place  enfin  il  semble  qu’il  faille  attribuer 
aux  vaccins  dans  la  thérapeutique  chirurgicale?  Je  limiterai 
volontairement  oette  étude  aux  seules  manifestations  locales  et 
chirurgicales  de  la  tuberculose,  en  laissant  de  côté  tout  ee  qui  a 
trait  aux  tuberculoses  dites  médicales,  et,  spécialement,  à  la 
tuberculose  pulmonaire.  Même  dans  les  tuberculoses  chirur¬ 
gicales,  un  choix  sévère  s’impose  nécessairement,  car,  sous  leur 
forme  actuelle,  il  ne  faut  pas  oublier  que  les  vaccinations  anti¬ 
tuberculeuses  sont  des  armes  redoutables,  qu’on  ne  saurait 
manier,  et  dont  on  ne  saurait,  d’ailleurs,  parler  avec  trop  de 
prudence,  car  leur-  emploi  inconsidéré  risquerait  de  provoquer 
des  désastres  qui,  loin  de  .servir  une  méthode  qu’il  faut  espérer 
pleine  de  promesses,  n’aboutiraient  qu’à  la  discréditer. 

Je  pense,  tout  d’abord,  qu’il  est  utile  de  s’entendre  sur  la 
signification  des  mots  vaccins  antituberculeux,  vaccination  anti¬ 
tuberculeuse.  Ces  deux  termes,  qui  sont  couramment  employés, 
me  paraissent  particulièrement  mal  choisis  lorsqu’il  s’agit, 
comme  c’est  le  cas  dans  les  affections  chirurgicales,  de  porter 
remède  à  une  manifestation  de  la  tuberculose  constituée.  Les 
mots  vaccin ,  vaccination ,  impliquent,  et  à  juste  titre,  pour  t-out  le 
monde  l’idée  d 'immunité.  Appliqués  an  traitement  de  la  'tuber¬ 
culose,  ils  laisseraient  donc  supposer  qu’en  utilisant  les  différents 
produits  actuellement  proposés  sous  le  nom  de  vaccins  anti¬ 
tuberculeux,  on  ne  se  contente  pas  seulement  de  guérir  un  acci¬ 
dent  local  de  la  tuberculose,  mais  que,  ce  faisant,  on  confère  à 
l’organisme  une  résistance  plus  grande  que  celle  qu’il  possédai  L, 


578 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


qu’on  le  vaccine,  en  un  mot,  contre  d’autres  accidents  ultérieurs. 
Or,  cet  espoir  n’est  pas  encore  réalisé.  Il  est  généralement  admis 
actuellement  que  l’on  n’a  jamais  pu  réussir  à  obtenir  l’immunité 
contre  la  luberculc  se.  11  n’existe,  chez  l'homme,  qu’une  résistance 
aux  surinfections,  ce  qui  veut  dire  :  «  qu’une  infection  bacillaire, 
restée  localisée,  peut  conférer  à  l’organisme  un  état  particulier 
d’intolérance  vis-à-vis  de  nouvelles  infections.  Il  s’agit  là  d’une 
forme  d’immunité,  qui  se  traduit  par  l’aptitude  à  éliminer  les 
bacilles  comme  des  corps  étrangers  que  les  phagocytes  et  les 
sucs  digestifs  cellulaires  ne  parviennent  pas  à  faire  disparaître  » 
(Calmette).  Le  problème  de  la  vaccination  préventive  de  la  tuber¬ 
culose  se  résumerait  donc  à  inoculer,  aux  sujets  encore  indemnes, 
des  bacilles  tuberculeux  à  qui,  par  des  traitements  appropriés, 
on  aurait  fait  perdre  l’aptitude  à  formei1  des  tubercules,  et  qui, 
cependant,  ayant  gardé  la  propriété  —  essentielle  pour  la  pro¬ 
duction  de  l’immunité  antituberculeuse  —  de  pouvoir  vivre  en 
symbiose  avec  les  cellules  lymphatiques  sans  les  altérer,  place¬ 
raient  les  sujets  qui  en  seraient  porteurs  dans  les  mêmes  condi¬ 
tions  que  celles  présentées  vis-à-vis  des  surinfections  par  des 
sujets  déjà  tuberculeux. 

Tout  autre  est  évidemment  le  problème  du  traitement  de  la 
tuberculose,  et  je  pense  qu’on  ne  peut  valablement  utiliser  pour 
lui  le  terme  de  vaccination  —  en  lui  donnant  la  signification  que 
l’usage  a  consacrée  —  surtout  lorsque,  pour  effectuer  cette  pré¬ 
tendue  vaccination,  on  a  recours  à  des  produits,  du  genre  du 
collo-vaccin  de  M.  Grimberg,  qui  sont  des  extraits  bacillaires, 
avec  lesquels  on  ne  peut  espérer  faire,  ni  vaccination,  ni  même 
vaccinothérapie,  et  qui  ne  représentent,  à  tout  prendre,  qu’une 
forme  de  tuberculinotbérapie.  Pour  que  l’on  puisse  considérer 
un  extrait  de  bacilles  tuberculeux  comme  un  vaccin,  il  faudrait 
•que  l’on  eût  fait  la  preuve  de  sa  valeur  comme  antigène,  c’est- 
à-dire  que  l’on  eût  démontré  que  son  introduction  dans  l’orga¬ 
nisme  élait  susceptible  d’entraîner  la  formation  d’anticorps 
■abondants.  Encore  cette  preuve  n’aurait-elle  qu’une  signification 
bien  limitée.  Voici,  en  effet,  ce  que  l’on  peut  lire  dans  l’ouvrage 
de  Calmette  sur  la  tuberculose  :  «  On  ne  saurait  considérer  les 
anticorps  comme  les  éléments  essentiels  de  la  défense  contre 
l’infection  tuberculeuse.  Ils  paraissent  être  plutôt  les  témoins  des 
réactions  cellulaires  contre  les  produits  toxiques  excrétés  par  les 
bacilles  dans  les  tissus  parasités,  ou  contre  la  tuberculine  intro¬ 
duite  artificiellement  dans  l’organisme  sain  ou  malade.  Mais  ils 
ne  neutralisent  pas  celle-ci.  Il  n’existe  aucun  parallélisme  entre 
leur  présence  dans  le  sérum  d’un  sujet  et  son  aptitude  à  réagir 
à  la  tuberculine.  Et  s’il  est  démontré  que  leur  disparition,  chez  les 


SÉANCE  DU  18  AVRIL 


579 


sujets  gravement  atteints,  est  d’un  pronostic  très  fâcheux,  il  parait 
bien  établi  que  leur  abondance  plus  ou  moins  grande  ne  révèle, 
en  aucune  manière,  un  état  d’immunité  ou  de  résistance  à  l'infec¬ 
tion. 

«  L’influence  des  injections  de  poisons  tuberculeux  (tuberculines 
ou  extraits  bacillaires)  a  été  longuement  étudiée,  tant  chez  les 
animaux,  au  point  de  vue  expérimental,  que  chez  l’homme,  au 
point  de  vue  clinique.  On  en  a  retiré  la  notion  que  ces  produits, 
qui  n’exercent  pour  ainsi  dire  aucune  action  toxique  sur  les  orga¬ 
nismes  vierges  de  toute  infection  tuberculeuse,  sont  incapables  de 
conférer  à  ces  organismes  une  véritable  immunité.  »  (Calmette.) 

Pour  pouvoir  juger  la  portée  des  résultats  qui  nous  ont  été 
communiqués  par  M.  Baudet,  j’estime  donc  qu’il  faut  renoncer  à 
les  ranger  dans  le  chapitre  de  la  vaccination  antituberculeuse. 
Le  collo-vaccin  de  M.  Grimberg  représente  une  tuberculine ,  pré¬ 
parée  d’une  certaine  façon,  et  son  usage  un  nouvel  essai  de  t'aber- 
culino  thérapie.  . 

On  peut  logiquement  soutenir  que  la  tuberculinothérapie  est 
tombée  trop  vite  dans  un  injuste  discrédit  et  que,  bien  maniée, 
elle  est  susceptible  de  rendre  aux  chirurgiens  des  services  inté¬ 
ressants.  Pour  qu’une  tuberculine  puisse  devenir  d’un  usage 
thérapeutique  courant,  il  est  indispensable  qu’elle  soit  un  produit 
pur,  stable  et  constant.  Ce  sont  ces  trois  qualités  dont  Robert  Koch 
avait  cherché  à  doter  sa  tuberculine  ancienne.  Il  est  vrai  qu’il  ne 
les  obtenait  qu’en  chauffant  les  cultures  de  b  milles  et  qu’on  pou¬ 
vait  ainsi  lui  adresser  le  reproche  d’altérer  leurs  propriétés.  Mais 
M.  Grimberg  aussi  soumet  se's  bacilles  au  chauffage.  Le  broyage 
qu’utilisé  également  M.  Grimberg  est  excellent,  surtout  si  l’on 
veut  extraire  la  tuberculine  à  froid.  C’ed  à  lui  qu’a  recours  mon 
maître  et  ami  Vallée  depuis  de  longues  années  pour  obtenir 
l’extrait  total  avec  lequel,  entre  autre  choses,  il  cherche  à  provo¬ 
quer  la  formation  des  anticorps  chez  le  cheval.  Mais  le  broyage  a 
un  gros  inconvénient.  Il  laisse  persister  de  fines  particules  colloï¬ 
dales  ou  même  des  bacilles  qui  rendent  le  produit  obtenu  absolu¬ 
ment  indosable.  Aussi,  Vallée  procède-t-il  toujours  à  la  dilution 
du  produit  broyé,  dilution  qui  n’a  aucun  inconvénient  puisqu’elle 
s’adresse  à  des  corps  d’une  activité  considérable  et  qui  est  indis¬ 
pensable  pour  permettre  le  filtrage  qui  élimine  tous  les  résidus 
et  régularise  le  titrage,  en  ne  conservant  que  les  produits  solubles, 
les  seuls  qui  soient  utiles  du  reste.  Ces  questions  de  préparation 
ont  leur  importance.  Les  extraits  bacillaires  employés  chez  des 
tuberculeux  peuvent  être  extraordinairement  dangereux  ;  ils 
peuvent  entraîner  la  mort  ou,  en  tous  cas,  une  aggravation  des 
lésions.  Ce  ne  sont  pas  de  ces  substances  dont  on  puisse  dire  que, 


580 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRUROIE 


si  elles  ne  font  pas  de  bien,  elles  ne  feront  toujours  pas  de  mal. 
On  ne  doit  donc  mettre  entre  les  mains  des  chirurgiens  que  des 
produits  qui  seront  toujours  comparables  à  eux-mêmes,  qui 
soient  toujours  exactement  dosés  et  d’une  pureté  absolue.  A,  ee 
dernier' point  de  vue,  peut-être  peut-on  penser  que  les  abcès  que 
M.  Grimberg  a  vu  survenir  chez  trois  de  ses  malades  sont  dus  à  la 
présence  de  quelques  impuretés  qu’il  n’avait  pu  éliminer. 

Si  nous  nous  reportons  à  ce:  que  nous  savons  déjà- et  aux  obser¬ 
vations  qui  nous  ont  été  rapportées  par  M.  Baudet,  comment  se 
comportent  les  tuberculoses  chirurgicales  lorsqu’on  les  traite  par 
les  extraits  bacillaires  ? 

Dans  son  récent  article  de  La  Presse  Médicale  du  14  mars  der¬ 
nier,  M.  Jousset  considère  à  la  tuberculose  deux,  phases:  une 
phase  fluxionnaire  et  une  phase  nécrosante.  C’est  une  conception 
qui  peut  être  appliquée  et  que  nous  avons  nous- même  admise 
pour  toutes  les  infections  chirurgicales. 

S’il  s’agit  d’une  poussée  purement  fluxionnaire,  sur  un  ganglion 
par  exemple,  la  bactériothérapie  antituberculeuse: peut  avoir  pour 
effet  de  faire  céder  cette  poussée  et  d’amener  par  conséquent  la 
guérison.  S’il  existe  au  contraire  la  moindre  tendance  à  la  nécrose, 
l’intervention  des  extraits  bacillaires  aura  pour  résultat  d’accélérer 
les  phénomènes  nécrotiques.  S’agrt-il  de  ganglions,  par  exemple, 
leur  masse  se  ramollira.  Au  lieu  d’être  constituée  par  une  série 
de;  points  caséeux,  séparés  par  des  eoques  ganglionnaires,  nous 
assisterons  à  la  formation  d’un  abcès  froid  unique,  bien  collecté, 
facile  à  évacuer.  On  peut,  considérer  eeei  comme  un  processus  de 
guérison.  Les  suppurations  ganglionnaires  ne  sont  interminables 
que  parce  que  les  ganglions  ne  s’éliminent  que  fragments  par 
fragments,  et  la  cicatrisation  n’est,  obtenue  que  lorsque  la  masse 
ganglionnaire  tout  entière  a  été  expulsée.  On  peut  trouver  qu’il  y 
a  avantage  à  ce  que  la  masse  ganglionnaire  se  nécrose  en  bloc, 
pour  être  éliminée  en  bloe.  Pourquoi  existe-d-il  des  fistules 
tuberculeuses  ?  C’est  qu’il  reste  dans,  La  profondeur  des  éléments 
nécrosés  qui  n’ont  pas  été  éliminés  et  la  fistule  ne  peut  se  fermer 
que  lorsque  cette  élimination  sera  complète.  La  bactériothérapie, 
la  tuberculinothérapie,  par  le  réveil  focal  qu’elles  déterminent, 
activent  la  nécrose,  provoquent  en  un  mot  la  séparation  du  mort 
dm  vif  et  facilitent  ainsi  l'expulsion  des  corps  étrangers. 

Pour  que  ce  phénomène  éliminatoire  puisse  être  efficace  et 
utile,  il  faut  que  deux  conditions  soient  réalisées.  La  première, 
c’est  que  tous  les  éléments  nécrosés  soient  susceptibles  d’être 
éliminés.  Il  n’en  est  pas  ainsi  quand  il  existe  de  gros  paquets 
fongueux,  des  nécroses  osseuses  ou  tissulaires  plus  ou  moins, 
étendues.  La  seconde,  c’est  que  le  foyer  tuberculeux  soit  suffis 


SÉANCE  DU  18  AVRIL 


581 


samment  superficiel  pour  qu’il  puisse  être  aisément  évacué.  En 
un  mot,  pour  que  la  bactériothérapie  puisse  rendre- service,  on  ne 
doit  l'appliquer  qu’aux  lésions  tuberculeuses  dont  l'élimination 
spontanée  soit  possible, 

Si  l’on  veut  pénétrer  le  mécanisme  de  ces  actions  qu’on  peut 
utiliser  dans  un  but  thérapeutique,  il  faut,  je  pense,  avoir  présent 
à  l’esprit  ce  phénomène  que  Robert  Koch  a  décrit  en  1891  en  ces 
termes  et  qui  porte  maintenant  son  nom  :  «  Si  on  inocule  à  un 
cobaye  sain  une  culture  pure  de  bacilles,  la  plaie  se  ferme  ordi¬ 
nairement  et  semble  guérir  dès  les  premiers  jours.  Ce  n’est  que 
vers  le  dixième  ou  le  treizième  jour  qu’apparaît,  au  point  d’ino- 
culatioD,  un  nodule  dur  qui  s’ouvre  bientôt  et  produit  un  ulcère 
persistant  jusqu’à  la  mort  de  l’animal.  Or,  les  cobayes  déjà 
infectés  depuis  quatre  à  six  semaines,  et  qu’on  réinocule  de  nou¬ 
veau,  se  comportent  très  différemment.  Chez  eux,  il  ne  se  forme 
pas  de  nodule  au  point  de  réinoculation,  mais,  dès  le  lendemain 
ou  le  surlendemain,  ce  point  devient  dur  et  prend  une  coloration 
rouge  violacée,  puis  noirâtre,  sur  une  étendue  de  0  cent.  5  à 
1  centimètre.  Les  jours  suivants,  la  peau  se  nécrose.  Elle  ne  tarde 
pas  à  s’éliminer  et  laisse  à  sa  place  un  ulcère  superficiel  qui 
guérit  rapidement,  d’une  façon  définitive,  sans  que  les  ganglions 
voisins  soient  tuméfiés. 

Ainsi  les  bacilles  tuberculeux  inoculés  agissent  tout  autrement 
sous  la  peau  d’un  cobaye  déjà  tuberculeux ,  que  sous  celle  d’un 
animal  sain.  Cet  effet  curieux  n’est  pas  spécial  aux  bacilles 
vivants  ;  il  se  constate  également  avec  les  bacilles  tués,  soit  par 
chauffage  à  l’ébullition,  soit  par  les  agents  chimiques. 

Il  semble  bien  que  ce  «  phénomène  de  Koch»,  qui  caractérise 
l’intolérance  de  l’organisme  imprégné  de  tuberculose  vis-à-vis  de 
nouvelles  infections  et  au  point  même  de  leur  réinoculation,  ait  une 
portée  plus  générale.  L’étude  de  la  bactériothérapie  antitubercu¬ 
leuse  donne  à  penser  queTintroduction  chez  les  sujets  tuberculeux 
de  poisons  bacillaires  détermine  un  véritable  phénomène  de  Koch 
au  niveau  des  foyers  déjà  constitués,  qui  deviennent  eux  aussi  le 
siège  d’une  élimination  qui  s’effectue,  suivant  les  cas,  soit  par  les 
voies  normales  d’excrétion,  soit  par  suppuration  et  nécrose  des 
tissus. 

On  ne  provoque  pas  seulement  l’apparition  de  ce  phénomène 
par  injection  de  produits  bacillaires.  La  simple  ponction  des  lésions 
tuberculeuses  suffit  à  le  déterminer.  On  pense  souvent  que,  pour 
obtenir  le  ramollissement  et  par  suite  l’évacuation  facile  de  gan¬ 
glions  caséeux,  il  est  nécessaire  de  se  servir  de  solutions  dites 
fondantes-  Or,  je  crois  que  le  fait  seul  de  plonger  un  trocart  dans 
une  masse  ganglionnaire,  surtout  à  travers  des  tissus  sains,  suffit. 


582 


SOCIÉTÉ  DE  CBIHURG1E 


à  expliquer  l’accélération  de  la  nécrose  par  la  seule  intervention 
du  phénomène  de  Koch.  Sur  un  malade  que  j’ai  observé  l’an 
dernier  à  ma  consultation  de  Saint-Antoine,  on  pouvait  faire  des 
constatations  bien  instructives.  Cet  homme  avait  présenté  une 
pleurésie  tuberculeuse  que  l’on  avait  ponctionnée.  On  s’était  servi 
du  liquide  pleurétique  qu’on  avait  réinjecté  dans  les  parties  molles 
du  thorax,  pour  faire  de  l’autosérothérapie.  Or,  au  niveau  du  point 
de  ponction,  on  trouvait  un  petit  trajet  dur,  comme  un  fin  crayon, 
se  dirigeant  vers  la  profondeur.  Au  niveau  du  point  d’inoculation 
du  liquide,  se  trouvait  une  masse  ferme,  du  volume  d’un  petit  œuf, 
qui  semblait  bien  être  une  lésion  tuberculeuse  due  à  ce  que  le 
liquide  pleurétique  était  bacillifère.  Pour  m’en  convaincre,  j’ai 
voulu  faire  une  ponction  ;  mais,  la  masse  étant  encore  crue,  je  ne 
pus  retirer  que  quelques  gouttes  de  sérosité  sanglante  qui,  d’ail¬ 
leurs,  inoculées  au  cobaye,  le  rendirent  tuberculeux.  Or,  voici  ce 
que  j’observai  dans  les  jours  qui  suivirent.  D’abord  le  lieu  de 
passage  à  tra'vers  les  téguments  du  trocart,  qui  avait  servi  à  la 
ponction,  fut  le  siège  d’une  réaction  inflammatoire.  La  tuméfac¬ 
tion  indurée  augmenta  brusquement  de  volume,  tendit  la  peau 
qui  s’ulcéra  au  nivéau  du  point  de  pénétration  du  trocart  et  donna 
issue  à  une  grande  quantité  de  matière  caséeuse.  Mais,  fait  plus 
intéressant  encore,  le  trajet  induré  qui  marquait  la  place  de  la 
ponction  de  la  pleurésie,  et  auquel  je  n’avais  pas  touché,  se  tuméfia 
à  son  tour,  se  ramollit  et  disparut.  Ainsi,  chez  cet  homme,  la 
simple  ponction  d’une  lésion  tuberculeuse,  encore  à  l’état  de  cru¬ 
dité,  déclancha  exactement  toute  la  suite  des  événements  que  l’on 
a  coutume  d’observer  à  la  suite  de  la  bactériothérapie  antituber¬ 
culeuse;  réaction  au  niveau  du  point  d’inoculation,  c’est-à-dire, 
en  l’espèce,  au  niveau  du  siège  de  la  ponction  ;  réveil  focal  des  . 
tuberculomes  qui  présentent  une  tendance  accélérée  à  la  nécrose 
et  à  l’élimination  spontanée.  J’ajoute,  qu’après  l’élimination  en 
masse  du  bourbillon  caséeux,  on  vit  l’ulcère  se  cicatriser  rapi¬ 
dement,  en  même  temps  qu’on  nota  une  amélioration  manifeste 
de  l’état  général.  N’est-ce  pas  exactement  ce  qu’avait  observé 
Robert  Koch,  après  les  injections  de  faibles  doses  de  poisons  tuber¬ 
culeux,  quand  il  signalait  que  l’état  général  des  animaux  tuber¬ 
culeux  s’améliore,  les  ulcères  d’inoculation  se  cicatrisent,  les 
ganglions  primitivement  engorgés  diminuent  de  volume  xet  l’évo¬ 
lution  de  la  maladie  semble  subir  un  temps  d’arrêt?  Je  crois  donc 
que  bien  souvent  les  chirurgiens  ont  l’occasion  de  faire  de  la 
bactériothérapie  antituberculeuse,  sans  le  savoir. 

Si  l’on  pousse  encore  plus  loin  l’étude  des  faits,  oh  arrive  à  se 
demander  s’il  est  bien  nécessaire,  pour  obtenir  des  effets  utiles 


SÉANCE  DU  18  AVRIL 


S83 


chez  les  tuberculeux,  de  se  servir  d’une  médication  absolument 
spécifique.  On  sait  avec'  quelle  facilité  les  tuberculeux  réagissent 
à  l’introduction  d’un  antigène  quelconque.  Ils  possèdent  parfois  à 
ce  point  de  vue  une  susceptibilité  extraordinaire.  Je  me  permets 
de  vous  rappeler  encore  une  fois  que  je  vous  ai  présenLé  ici,  dans 
la  séance  du  2  février  1921,  un  malade  atteint  d’abcès  froid  thora¬ 
cique  fistulisé,  qui  avait  résisté  à  trois  tentatives  opératoires  et 
quej’avais  débarrassé  définitivement  de  ses  fistules,  au  moyen  de 
deux  séries  d’injections  du  stock-vaccin  antistaphylococcique  de 
l’Institut  Pasteur.  Je  prends  encore  la  liberté  de  vous  remettre  en 
mémoire  que,  lorsque  nous  vous  avions  exposé,  mon  maître  et  ami 
Vallée  et  moi,  nos  essais  de  bactériothérapie  par  extraits  micro¬ 
biens  (11  mai  1921,  p.  671),  nous  indiquions  qu’une  des  raisons 
qui  nous  avaient  poussés  dans  celte  voie  était  l’idée  que  nous 
avions  que  «  des  extraits  microbiens,  tels  que  l’endococcine,  non 
toxiques  comme  la  tuberculine  pour  les  tuberculeux,  pourraient 
avoir  sur  l’évolution  de  l’infection  tuberculeuse  une  influence  favo¬ 
rable  ».  De  fait,  en  utilisant  des  extraits  microbiens  provenant 
soit  de  staphylocoques,  soit  de  streptocoques,  j’ai  vu  se  produire, 
au  niveau  de  masses  ganglionnaires,  les  mêmes  phénomènes  de 
ramollissement  et  de  tendance  à  l’élimination  que  l’on  observe  à- 
la  suite  des  injections  d’extraits  de  bacilles  tuberculeux.  C’est 
pourquoi,  un  des  chapitres  des  recherches  que  je  poursuis  actuel¬ 
lement  est  il  la  comparaison  des  résultats  obtenus  au  moyen  des 
poisons  issus  du. bacille  de  Koch  et  de  ceux  obtenus  avec  dés  pro¬ 
duits  non  spécifiques.  Je  ne  doute  pas  qu’a  priori  l’extrait  spécifique 
n’ait  une  action  peut-être  plus  constante  et  plus  rapide.  Mais  ce  n’est 
pas  la  seule  considération.  Pour  qu’une  médication  puisse  rentrer 
dans  la  pratique  courante,  il  faut  qu’elle  soit  inoffensive  et  facile¬ 
ment  maniable. 

On  n’aura  pas  été  sans  remarquer  que  les  effets  thérapeutiques 
obtenus  chez  les  tuberculeux,  au  moyen  des  extraits  bacillaires  ou 
autres,  sont  de  tous  points  comparables  à  ceux  que  l’on  observe 
quand  on  pratique  la  vaccinothérapie  ou  la  bactériothérapie  des 
autres  infections  chirurgicale-.  Dans  la  communication  à  laquelle 
je  faisais  allusion  tout  à  l’heure,  voici  ce  que  nous  écrivions, 
M.  Vallée  et  moi,  à  propos  des  extraits  microbiens  que  nous 
présentions  sous  le  nom  d’endococcine  :  «  Leurs  effets  se 
résument  ainsi  :  disparition,  résorplion  rapide  des  phénomènes 
réactionnels  —  mise  en  évidence,  collection  des  suppurations.  En 
somme,  voici  ce  que  l'on  peut,  croyons-nous,  attendre  de  l  endo- 
coccine  :  collecter  le  pus,  c’est-à-dire,  par  suppression  des  loges, 
le  rassembler  en  un  point  où  il  puisse  être  facilement  évacué  par 
une  intervention  aussi  peu  mutilante  que  possible  ;  supprimer  la 


584 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


réaction  inflammatoire  ;  renforcer  la  défense  organique  pour 
hâter  la  cicatrisation.  » 

La  bactériothérapie  des  tuberculoses  chirurgicales  n’est  donc 
qu’un  chapitre  de  la  bactériothérapie  des  infections  chirurgicales 
en  général  et,  pour  pouvoir  l’utiliser  comme  elle  doit  l’être,  nous 
aurons  grand  avantage  à  nous  reporter  à  tout  ce  que  nous  savons 
déjà  surle  traitement  des  infections  àpyogènes.  En  échange,  il  nous 
faudra  appliquer  à  ces  dernières  les  données  expérimentales,  si 
nombreuses  et  si  faciles'à  réaliser,  que  peut  fournir  l’étude  de  la 
tuberculose.  Après  s’être  pénétré  des  lois  de  la  biologie  générale, 
il  ne  faudra  pas  méconnaître  les  lois  de  la  bonne  chirurgie.  On 
n’oubliera  pas  qu’il  est  vain  de  chercher  à  agir,  avec  un  vaccin  si 
perfectionné  soit-il,  soit  sur  les  lésions  de  cicatrice,  soit  sur  les 
lésions  de  nécrose,  que  tout  tissu  mort  est  un  corps  étranger  qui 
entretiendra  des  désordres  tant  qu’il  ne  sera  pas  éliminé.  On  est 
bien  aise  de  pouvoir  s’appuyer  sur  des  principes  généraux  bien 
établis,  quand. on  met  en  oeuvre  des  thérapeutiques  aussi  délicates 
et  aussi  pleines  d'inconnues  que  la  bactériothérapie  antitubercu¬ 
leuse.  On  hésite  à  porter  sur  elles  un  jugement,  même  si  l’on 
prend  soin  de  n’attribuer  à  celui-ci  aucun  caractère  affirmatif  et 
surtout  définitif.  Cependant,  il  semble  que,  dans  l’état  actuel  de 
la  question,  on  puisse  dire  en  manière  de  conclusion  : 

La  thérapeutique  par  les  extraits  bacillaires  ou  les  tuberculines 
est  d’un  maniement  délicat  et  exige  une  grande  prudence. 
M.  André  Jousset  ne  vient-il  pas  d’écrire  :  «  Il  est  certain  que  le 
meilleur  des  vaccins,  en  principe  et  en  fait,  n’est  jamais  neutre  et 
réalise,  une  arme  à  double  tranchant.  Employé  mal  à  propos,  de 
défensif  il  devient  offensif,  sans  position  intermédiaire;  et  à 
supposer  même  que  l’indication  de  son  emploi  soit  bien  posée,  il 
faut  savoir  que  les  résultats  peuvent  être  diamétralement  opposés 
suivant  la  dose  d’antigène  vaccinal  utilisée.  »  Ceci  revient  à  dire 
que  l’emploi  de  la  bactériothérapie  antituberculeuse  suppose  un 
grand  esprit  d’observation  clinique. 

Les  formes  fluxionnaires  de  la  tuberculose  chirurgicale,  dans 
lesquelles  une  rétrocession  spontanée  est  possible,  paraissent 
devoir  bénéficier  de  l’usage  des  extraits  bacillaires. 

Dans  les  formes  nécrosantes,  la  bactériothérapie  a  pour  effet 
d’accélérer  le  processus.de  nécrose  et  de  permettre  une  élimi¬ 
nation  plus  rapide  et  plus  complète.  L’intervention  opératoire  du 
chirurgien  a  pour  but,  elle  aussi,  de  débarrasser  rapidement 
l’organisme  des  tissus  dont  la  tuberculose  a  entraîné  la  mort.  En 
face  d’un  accident  local  de  la  tuberculose,  le  problème  qui  doit 
donc  se  poser  actuellement  au  chirurgien  est  de  savoir  qui  de  la 
bactériothérapie  ou  de  l’opération  débarrassera  le  plus  vite,  à 


SÉANCE  DW  18  AVRIL 


585 


moins  de  frais  et  avec  le  moins  de  dangers,  le  malade  de  ses 
lésions  tuberculeuses.  En  principe,  toutes  les  lésions  fistuleuses 
des  parties  molles,  les  ganglions  caséeux,  toutes  les  manifestations 
tuberculeuses,  en  un  mot,  où  une  élimination  spontanée  est  pos¬ 
sible  et  facile,  et  qui  sont,  d'ailleurs,  celles  où  l’acte  chirurgical 
est  souvent  bien  décevant,  constituent  des  indications  de  la  bacté- 
riothérapie. 

Celle-ci,  par  contre,  me  parait  impuissante  contre  les  foyers 
profonds  ou  dans  ceux  qui,  quoique  superficiels,  sont  entretenus 
par  des  nécroses  tissulaires  étendues  ou  difficilement  éiiminables, 
ce  qui  est  le  cas  des  lésions  osseuses  en  particulier.  Elle  ne  me 
semble  pas  non  plus  présenter  d’avantages  dans  les  cas  où  l’extir¬ 
pation  chirurgicale  des  foyers  tuberculeux  peut  être  réalisée  au 
moyen  d’une  opération  bien  réglée,  donnant  un  résultat  rapide, 
complet  et  de  bon  aloi,  telle,  par  exemple,  la  résection  du  genou. 
Une  seule  question  se  pose  à  ce  propos  et  méritera  d’être  étudiée. 
Les  poisons  bacillaires  (tuberculines  ou  extraits),  qui  ne  confèrent 
aucune  immunité  véritable  aux  sujets  auxquels  on  les  injecte, 
leur  font  cependant  acquérir  une  résistance  plus  grande  à  l’in¬ 
toxication  par  ces  poisons.  De  même  qu’on  a  tiré  parti  de  la 
vaccination  préopératoire  dans  bien  des  infections  chirurgicales, 
de  même  pourrait-on  peut-être  améliorer  et  perfectionner  les 
résultats  des  opérations  pour  lésions  tuberculeuses,  en  combinant 
la  bactériothérapie  à  l’acte  opératoire. 

L’avenir  et  l’expérience  nous  diront  ce  ju’iL  y  a  de  vrai  dans 
toutes  ses  idées. 


Présentation  de  pièce. 

Récidive  de  calculs  biliaires  après  opération  conservatrice 
de  la  vésicule, 
faite  dix  ans  auparavant, 

par  M.  A.  GOSSET. 

La  cholécystotomie  idéale  qui  eut  son  heure  de  célébrité:  de 
1890  à  1900,  après  la  première  opération  de  Meredilh,  en  1883, 
n’estplus  mentionnée  dans  les-  traités  de  chirurgie  que  pour  y  être 
condamnée.  Dès  1901,  ses  défenseurs  reconnaissaient  cpee  cette 
opération  ne  pouvait  convenir  qu’à  certains  cas  peu  fréquents. 
Vésicule  peu  atteinte,  à  parois  souples,  certitude  de  la  perméabi¬ 
lité  du  cystique,  sans  signes  d’angiocholite  (E.  Schwartz). 

La  dernière  observation  de  cholécystotomie  idéale  qui  ait  été 


586 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


publiée  à  la  Société  de  Chirurgie  date  de  1901,  lorsque  M.  Potherat 
présenta  deux  calculs  biliaires  enlevés  par  cette  opération  (Soc. 
de  Chir.,  1901,  p.  880). 

J’ai  eu  récemment  l’opportunité  d’opérer,  pour  des  phénomènes 
de  cholécystite  calculeuse,  une  malade  ayant  subi,  en  1910,  une 
opération  conservatrice,  cholécystotomie  ou  cholécystostomie. 
Cette  malade  avait  conservé  les  calculs  enlevés  à  la  première 
opération  ;  leur  comparaison  avec  ceux  que  j’ai  trouvés  il  y  a 
quelques  jours  est  intéressante. 

Observation  (t  ).  — M'ne  F...,  quarante-six  ans,  entrée  le  15  mars  1923, 
salle  Terrier,  à  la  Salpêtrière. 

Il  y  a  treize  ans,  la  malade  eut  plusieurs  crises  de  coliques  hépa- 


Fig.  1.  —  Vésicule  (aspect  intérieur). 


tiques  avec  idé  e  consécutif  et  fut  opérée  pour  cholécystite  calculeuse, 
exactement  le  7  décembre  1910,  à  Chartres. 

On  retira  de  la  vésicule  deux  gros  calculs,  chacun  du  volume  d’une 
noisette,  et  une  «  p’eine  cuillerée  »  de  petits  calculs  bruns  variant  du 
volume  d’un  grain  de  mil  à  celui  d’un  grain  de  blé.  ' 

La  vésicule  fut  remise  en  place.  Il  est  probable  que  le  chirurgien  fit 
une  suture  pariétale,  parce  qu’il  s’écoula  de  la  bile  dans  le  pansement 
pendant  les  cinq  premiers  jours  qui  suivirent  l’opération;  au  bout‘de 
trois  semaines,  cependant,  la  plaie  opératoire  était  complètement  cica¬ 
trisée,  et  l’opérée  put  quitter  l’hôpital. 

A  la  suite  de  l’intervention,  la  malade  ne  ressentit  plus  aucun 
trouble  pendant  deux  ans. 

Puis,  en  1912,  apparurent  des  douleurs  dans  la  région  vésiculaire, 
douleurs  survenant  ITois  à  quatre  heures  après  les  repas,  irradiant 
dans  le  dos,  l’épaule  droite  (pointe  de  l’omoplate)  et  la  région  épigas¬ 
trique.  Elles  s’accompagnaient  d’éructations  gazeuses  et  de  nausées.  La 
malade  dut  s’aliter  et,  au  bout  de  huit  jours,  cés  troub'es,  qui  n’avaient 
pas  constitué  une  crise  véritable,  cédèrent,  laissant  à  leur  suite  un 
ictère  léger. 

(1)  Cette  observation  clinique  a  été  rédigée  d’après  les  no'es  de  mon  assis¬ 
tant  le  Dr  Georges  Loevy. 


SEANCE  DU  18  AVRIL 


387 


Des  troubles  semblables  sont  survenus  depuis  ce  temps,  à  peu  près 
tous  les  ans,  sans  d’autre  périodicité  que  leur  apparition  au  début  de 
l’hiver. 

Ils  ont  augmenté  peu  à  peu  d’intensité  et  constituent  alors  de  véri¬ 
tables  crises  caractérisées  par  des  douleurs  de  la  région  vésiculaire 
irradiant  à  l'épigastre,  s’atténuant  sous  l’influence  des  compresses 
chaudes,  avec  état  nauséeux,  parfois  un  vomissement  et  de  la.  fièvre.  Les 
crises  douloureuses  s’accompagnent  chaque  fois  d’un  ictère  léger  avec 
décoloration  complète  des  matières  qui  présentent  l’aspect  de  mastic. 

Cet  état  persiste  deux  à  trois  semaines,  la  malade  reste  affaiblie,  son 
appétit  est  très  diminué. 

La  dernière  crise  est  survenue  le  20  janvier  1923;  la  malade  est  restée 
alitée  un  mois  avec  de  la  fièvre;  pendant  cette  période,  les  selles  ont 
été  complètement  décolorées. 

Actuellement, la  crise  est  terminée.  Il  n’existe  ni  douleurs,  ni  ictère; 
les  selles  sont  colorées  normalement. 

La  malade  présente,  dans  la  région  droite  de  l’épigastre,  une  cicatrice 
verticale  linéaire  très  belle,  sans  éventration.  A  ce  niveau,  la  paroi  est 
souple  et  se  laisse  déprimer  facilement.  On  peut  accrocher  le  rebord 
inférieur  du  foie,  mais  la  vésicule  n’est  pas  perçue.  Au  niveau  de  son 
siège,  on  réveille  seulement  une  vive  sensibilité. 

Il  existe  un  second  point  douloureux  dans  la  zone  pancréàtico-cholé- 
docienne. 

Un  examen  radioscopique  fait  le  23  mars  1923  n’a  montré  aucune 
particularité  au  point  de  vue  gastrique.  L’estomac  et  le  duodénum  sont 
normaux,  la  région  sous-hépatique  est  sensible.  Diminution  de  trans¬ 
parence  du  sommet  gauche. 

Le  taux  de  la  cholestérine  sanguine  atteint  2  gr.  5b  p.  1.000  (normale 
1  gr.  50  p.  ,1.000). 

Bon  état  général.  Amaigrissement  peu  prononcé.  Pas  de  fièvre.  Urée 
sanguine,  0  gr.  49  p.  1.000.  Coagulabilité  du  sang,  i  minutes  à  22°, 
Urines  normales. 

Diagnostic  :  Cholécystite  calculeuse. 

Intervention.  —  Opérateur,  professeur  Cosset  (26  mars  1923).  Aides  : 
Loewy  et  Huet.  Anesthésie  à  l’éther  par  le  Dr  Schlissinger;  durée  de 
l’opération  :  16  minutes.  Diagnostic  opératoire  :  cholécystite  calculeuse. 
Nature  de  l’intervention  :  cholécystectomie  d’arrière  en  avant. 

Incision  transversale,  qui  coupe  l’ancienne  cicatrice.  On  voit  une 
vésicule  qui  adhère  à  la  paroi  abdominale  et  à  l’angle  de  la  première 
et  de  la  deuxième  portion  du  duodénum.  On  libère  cette  vésicule  aux 
ciseaux,  et  on  sent  à  la  palpation  qu’elle  contient  un  gros  calcul.  On  la 
ponctionne  et  on  en  relire  environ  50  grammes  de  bile  très  noire.  Le 
cholédoque  est  un  peu  dur;  on  n’y  sent  pas  de  calculs;  le  pancréas  est 
un  peu  augmenté  de  volume.  On  fait  une  cholécystectomie  d’arrière 
en  avant,  en  dénudant  le  cystique  à  la  manière  d’une  artère,  jjuis  on 
lie  le  cystique  et  les  vaisseaux,  on  met  un  drain  et  une  mèche  au 
contact  du  moignon  du  cystique  et  l’on  referme  la  paroi  en  deux  plans, 
à  la  soie. 


588 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


La  vésicule,  ouverte  sur  1  centimètre  de  long,  laisse  voir  un  calcul 
gros  comme  une  noisette,  semblable  à  ceux  qui  avaient  été  enlevés  à 
la  première  opération. 

Suites  opératoires.  —  Ablation  de  la  mèche  le  sixième  jour,  du  drain 
le  onzième  jour.  L’opérée  -quitte  l’hôpital  le  15  avril  1923. 

Cholestérinémie  post-opératoire  recherchée  le  14  avril:  1  gr..  59  p.  1.000.. 

Examen  chimique  de  la 
bile.  —  -Cholestérine  : 
7  gr.  50  p.  1.000. 

Aspectmacvoscopique.  — 
L’examen  de  la  vésicule  a 
été  pratiqué  par  mon  chef 
du  laboratoire  d’anato¬ 
mie  pathologique,  le  Dr 
Ivan  Bertrand,  qui  m’a 
remis  la  note  suivante  : 

«  La  .vésicule  extirpée 
mesure  8  centimètres  de 
long.  Extérieurement, son 
péritoine  épaissi  et  blan¬ 
châtre  recouvre  quelques 
lobules  adipeux  facilemenLreconinaissables.  Une  ligne  transverse  cica¬ 
tricielle  est  reconnaissable  à  2  centimètres  du  fond  de  la  vésicule.  A 
l’ouverture,  on  découvre,  au  milieu  d’une  bile  assez  fluide,  un  calcul 
occupant  le  fond  de  la  vésicule,  et  dix-sept  autres  calculs  plus  petits 
disséminés  dans  toute  la  cavité  : 

«  a)  Le  calcul  le  plus  volumineux  a  la  grosseur  d’une  cerise,  sa  surface 
est  irrégulière  et  d’aspect 
cristallin.  Sa  coloration  est 
vert  malachite,  après  lavage 
et  dessiccation. 

«  6)  Les  petits  calculs  sont 
tous  du  même  calibre,  ils  ont 
le  volume  d’un  grain  de  mil. 

Leur  surface  est-polyédrique 
avec  des  angles,  des  arêtes 
et  des  faces  planes. 

«  La  muqueuse  au  niveau 
du  oorps'est  jaune  verdâtre, 
et  présente  un  aspect  velvé- 
■ique.. 

«  Au  niveau  du  fond,  isolant  partiellement  le  calcul  le  plus  volumi¬ 
neux -du  reste  de  la  cavité,  existe  un  rétrécissement  d’aspect  cicatriciel. 

Examen  histologique.  —  Des  segments  de  muqueuse  ont  été  prélevés 
parallèlement  à  l’axe  de  la  vésicule,  inclus  à  la  paraffine  et  colorés  par 
l’hématéine-iéosine  safran. 

«  .1°  Au  niveau  du  corps  de  lajvésicule,  la  paroi  est  nettement  épaissie 
et  atteint  environ  4  millimètres.  Cet  épaississement  est  constitué  sur- 


Fio.  3.  —  Calculs  vésiculaires 
de  la  deuxième  opération. 


ïte.  2.  —  Calculs  volumineux 
de  la  première  opération. 


SÉANCE  DU  18  AVRIL 


589 


tout  par  une  hypertrophie  des  éléments  conjonctifs,  et  accessoire¬ 
ment,  des  fibres  musculaires  lisses.  ' 

«  Vépithélium  cylindrique  de  revête¬ 
ment  est  continu;  ses  hautes  cellules  .  .  ,7 

montrent,  un  protoplasma  finement  gra¬ 
nuleux  dans  la  portion  sous-jacente  du  0  .-j» 

plateau  cilié;  ces  granulations  proto-  $*&&& 

plasmiques  correspondent  à  des  goutte- 
lettes  de  graisse  neutre  de  cholesté- 


«  Le  chorion  épaissi  présente  çà  et  là 
quelques  formations  lymphoïdes  trop 
grêles  et  trop  disséminées  pour  pouvoir 
constituer  des  follicules  clos.  Les  axes 
des  villosités  choriales  sont  réellement 
pourvus  de  vaisseaux  et  de  ramuscules 
nerveux.  Il  existe  au  niveau  de  certains 
vaisseaux  une  diapédèse  active  de  poly- 
nucléaiies. 

«  Tout  le  chorion  est  infiltré  de  nom¬ 
breux  éléments  conjonctifs  mobiles  en 
voie  de  métaplasie. 

«  La  musculeuse  consfitue  un  plan 
ininterrompu  et  nettement  plus  épaissi 
qu’à  l’état  normal.  La  sous-séreuse  et 
la  séreuse  elle -même  n’offrent  rien  de 
particulier  ;  les  lobules  graisseux  sous- 
séreux  sont  en  proportion  normale;  il 
n’existe  pas  dans  cette  couche  d’îlots: 
lymphoïdes  de  néoformation. 

«  2°  Au  niveau  du  fond  de  la  vésicule, 
tous  les  éléments  sont  nettement  trans¬ 
formés.  L’épaisseur  de  la  paroi  est 
extrêmement  différente  selon  le  point 
considéré  et  peut  varier  de  3  à  6  mil¬ 
limètres.  Ces  inégalités  correspondent 
à  des  altérations  de  la  muqueuse  et  à’ 
des  interruptions  de  la  tunique  muscu¬ 
leuse. 

«  L’épithélium,  dans  lés  courts  seg¬ 
ments  conservés,  ne  présente  pas  d’al¬ 
térations  notables;  le  caractère  unipo¬ 
laire  de  ses  hautes  cellules  cylindriques 
est  partout  visible;  les  cellules  calici¬ 
formes  à  mucus  soDt  rares. 

«  Au  niveau  des  ulcérations,  la 
muqueuse  disparait  brusquement,  l’épi¬ 
thélium  est  interrompu,  le  chorion  se  densifie,  prend 


Fig.  4.  —  Coupe  longitudinale 
du  fond  de  la  vésicule  mon¬ 
trant  les  rapports  du  cal¬ 
cul  C  avec  la  muqueuse. 
Ci,  tissu  cicatriciel  de  l'ancienne  . 


590 


SOCIÉTÉ  DE  CUIKURGIE 


au  lieu  du  caractère  lâche  qu’il  possède  au  niveau  des  points  non  ulcéré*. 

«  La  musculeuse  au  niveau  d’une  de  ces  ulcérations  présente  une 
rupture  de  continuité  très  nette  durant  environ  huit  à  dix  millimètres. 
Au  niveau  de  cette  interruption,  la  paroi  entièrement  amincie  n’a  plus 
qu’une  épaisseur  de  3  millimètres.  Au  niveau  d'un  point  d’interruption 
de  la  musculeuse,  les  divers  plans  de  fibres  musculaires  s’effilochent, 
les  plus  internes  persistent,  le  plus  longtemps  et  vont  se  perdre  au 


Km.  5.  _ Un  poii-tde  la  paroi  vésiculaire  au  niveau  de  la  cicatrice. 

contact  de  l’ulcération  daDS  le  tissu  fibreux  qui  en  constitue  le  fond. 

«  L’autre  versant  de  la  principale  ulcération  présente  une  disposition 
presque  inverse,  véritable  aspect  en  encrier,  érodant  de  plus  en  plus 
les  divers  plans  musculaires  jusqu’à  atteindre  la  sous-séreuse. 

«  Enfin,  au  niveau  d’une  ulcération  plus  réduite,  l’aspect  est  encore 
différent;  il  persiste  dans  le  fond  de  l’ulcération  une  mince  couche 
musculaire,  tout  le  reste  de  la  paroi,  totalité  de  la  muqueuse  et 
majeure  partie  de  la  musculeuse,  se  drouve  ainsi  avoir  complètement 
disparu. 

«  En  aucun  point  de  la  paroi,  nous  n’avons  pu  retrouver  une  trace 
quelconque  d’un  fil  de  suture  ;  il  n’existe  aucune  cellule  géante  de 
corps  étranger. 


SÉANCE  DU  18  AVRIL 


591 


«  La  séreuse  et  la  sous-séreuse  sont  normales.  Même  au  niveau  des 
points  ulcérés,  il  n’existe  pas  d’infiltration  inflammatoire  et  les  lobules 
graisseux  sont  en  proportion  normale*.  » 

L'examen  chimique  des  calculs  biliaires  a  donné  les  résultats  suivants  : 

a  Anciens  calculs  :  Présence  de  pigments  biliaires  mélangés  à  la 
cholestérine. 

P  Nouveaux  calculs  :  Le  calcul  brûle  complètement  sans  laisser  de 
résidu,  réaction  des  pigments  biliaires  négative,  absence  de  bilirubine 
et  de  biliverdine.  Un  petit  fragment  donne  nettement  la  réaction  de  la 
cholestérine. 

Il  n’est  pas  inutile  de  relater  un  tel  cas.  Il  démontre  que  seule 
l’ablation  de  la  vésicule  met  à  l’abri  des  récidives  de  lithiase,  et  il 
me  paraît  d’autant  plus  utile  de  publier  ces  échecs  du  traitement 
conservateur  que  tout  récemment  on  a  écrit  un  plaidoyer  en 
faveur  de  la  cholécystotomie  idéale  (1). 

Des  renseignements  cliniques  (écoulement  de  bile  post- opéra¬ 
toire)  et  de  l’examen  histologique  (absence  de  muqueuse  au 
niveau  de  l’ancienne  cicatrice  vésiculaire)  il  semble  ressortir  que 
la  première  opération  pratiquée  a  été  une  cholécystostomie,  ce 
qui  ne  modifie  pas  nos  conclusions  sur  les  chances  de  repro¬ 
duction  des  calculs  biliaires  après  conservation  de  la  vésicule. 

(1)  Murat-Willis.  J.  A.  M.  A.,  I”  avril  1922,  p.  942-945. 


1923 


592 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


PRIX  A  DÉCERNER  EN  1923 

(Séance  annuelle  de  janvier  1924.) 


Prix  Dubreuil,  annuel  (400  francs).  —  Prix  destiné  à  récompenser  un 
travail  sur  ua  sujet  d’orthopédie. 

Prix  Marjolin-Duval,  annuel  (300  francs).  —  A  l’auteur  (ancien  interne 
des  hôpitaux  ou  ayant  un  grade  analogue  dans  l’armée  ou  la 
marine)  de  la  meilleure  thèse  inaugurale  de  chirurgie  publiée 
dans  le  courant  de  l’année  1923. 

Prix  Laborie,  annuel  (1.200  francs).  —  Al’auteurd’un  travail  inédit  sur 
un  sujet  quelconque  de  chirurgie. 

Prix  Ricord,  bisannuel  (300  francs).  —  A  l’auteur  d’un  travail  inédit 
sur  un  sujet  quelconque  de  chirurgie,  oud’un  mémoire  publié 
dans  le  courant  de  l’année  et  n'ayant  pas  été  l’objet  d’une 
récompense  dans  une  autre  société. 

Prix  Jules  Hennequin,  bisannuel  (1.500  francs).  — Au  meilleur  mémoire 
sur  l’anatomie,  la  physiologie,  la  pathologie  ou  les  traumatismes 
du  squelette  humain. 

Ce  prix  ne  peut  être  partagé. 

Prix  Demarquay,  bisannuel  (700  francs).  —A  l’auteur  d’un  travail  inédit 
sur  les  «  Résultats  éloignés  de  l'ostéosynthèse  ». 

Prix  Gerdy,  bisannuel  (2.000  francs).  —  A  l’auteur  d’un  travail  inédit 
suri’  «  Action  des  anesthésiques  généraux  sur  le  foie  ». 

Les  manuscrits  destinés  au  prix  Laborie,  au  prix  Gerdy  et  au  prix 
Demarquay  doivent  être  anonymes  et  accompagnés  d'une  épigraphe  repro¬ 
duite  sur  la  suscription  d'une  enveloppe  renfermant  le  nom,  l’adresse  et 
les  titres  du  candidat. 

Les  travaux  des  concurrents  devront  être  adressés  au  Secrétaire 
général  de  la  Société  nationale  de  Chirurgie,  12,  rue  de  Seine,  Paris 
(VIe  arrond.),  avant  le  1er  novembre  1923. 


Le  Secrétaire  annuel, 
M  Ombrédanne. 


SÉANCE  DU  25  AVRIL  1923 


Présidence  de  M.  Mauclaire. 


Procès-verbal. 


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^'OUt2& 


La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  mise 
aux  voix  et  adoptée. 


Correspondance. 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  périodiques  de  la  semaine. 
2°.  —  Une  lettre  de  M.  Sauvé  s’excusant  de  ne  pouvoir  assister 
à  la  séance. 


A  propos  de  la  correspondance. 

1°.  —  Un  travail  de  M.  D'escaepektries  (de  Roubaix),  intitulé  : 
Trois  cas  d'invagination  intestinale  chez  l'enfant,  dont  l'un  traité 
par  appendicostomie. 

M.  Mouchet,  rapporteur. 

2°.  —  Un  travail  de  M.  Maurice  Larget,  interne  des  Hôpitaux 
de  Paris,  intitulé  :  Luxation  isolée  du  cuboïde. 

M.  Dujarier,  rapporteur. 

3°.  —  Un  travail  de  M.  Gauthier  (de  Luxeuil),  intitulé  :  Hernie 
obturatrice  étranglée  coexistant  avec  une  hernie  crurale  réductible. 

M.  Fredet,  rapporteur. 


A  propos  du  procès-verbal. 

A  propos  de  l’ hydronéphrose  par  vaisse’du  anormal. 

M.  Pierre  Bazy.  —  Je  vous  prie  de  m’excuser  si  je  reviens  sur 
une  question  bien  petite,  il  est  vrai,  mais  que  le  patient,  placé 
dans  l’alternative  d’être  ou  le  bénéficiaire  ou  la  victime  de  nos 
DB  LA  SOC.  DB  CHIR.,  1923.  —  N°  14.  44 


59-4 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


opinions  et  de  notre  conduite,  a  le  droit  de  trouver  importante,  et 
même  très  importante.  Je  veux  aussi  mettre  en  pratique  cette 
maxime  exprimée  par  cette  phrase  latine  :  Amicus  Plato,  sed-  magis 
amie  a  veritas. 

Permeltez-moi  tout  d’abord  une  réflexion.  Jusqu’ici,  il  n’était 
question  que  de  la  compression  de  l’uretère  ou  de  la  coudure  de 
l’uretère  sur  un  vaisseau  anormal  ;  maintenant  il  est  question  de 
la  dilatation  du  bassinet  «  qui  s’arrête  juste  au  niveau  du  vaisseau 
anormal  »,  dit  M.  Marion  à  la  dernière  séance  (voir  p.  574). 

J’avoue  que  je  ne  comprends  plus  et  je  ne  vois  pas  comment 
pourrait  agir  un  vaisseau  anormal  sur  un  bassinet,  s’il  ne  com¬ 
prime  pas  le  conduit  excréteur,  le  canal  de  fuite  du  réservoir. 
Jusqu’ici  on  admettait  que  ce  vaisseau  anormal  comprimait 
l’uretère  soit.au  niveau  de  son  origine,  soit  sur  son  trajet.  Et  je 
demande  à  M.  Marion  de  nous  faire  voir  comment  un  vaisseau 
anormal  formant  bride  peut,  en  comprimant  le  bassinet,  amener 
sa  dilatation,  c’est-à-dire  une  hydronéphrose.  Mais  voici  le  point 
important  :  quand  j’avais  demandé  à  M.  Marion  s’il  s’était,  dans 
les  opérations  qu’il  avait  faites,  uniquement  borné,  dans  chacune 
d’elles,  à  faire  la  section  du  vaisseau  anormal,  j’avais,  escomptant 
une' réponse  affirmative,  émis  l’hypothèse  que  son  opération  avait 
agi  com  me  agit  l’énervation  du  rein ,  dont  on  ne  connaît  pas  très-bien 
encore  les  suites  immédiates  ou  éloignées,  mais  que  peut-être  on 
ne  pratique  jias  avec  les  mêmes  minuties  chez  l’homme  que  chez 
l’animal. 

M.  Marion  s’est  empressé  de  me  répondre  (p.  576)  : 

«  Je  puis  affirmer  à  M.  Bazy  que  je  n’ai  rien  fait  de  plus  que 
«  sectionner  le  vaisseau  anormal  (il  l’avait  déjà  dit  antérieure- 
«  ment  «  sans  aucune  fixation  du  rein  »,  p.  574).  Je  n’ai  fait  ni 
«  fixation  (c’est  moi  qui  souligne),  ni  décortication,  ni  éner- 
«  vation.  » 

C’est  donc  bien  net.  Comme  d’autre  part,  je  n’ai  pas  compris 
comment  un  vaisseau  comprimant  le  bassinet  pouvait  déterminer 
une  hydronéphrose,  je  me  suis  reporté  au  travail  de  son  élève 
Kummer,  numéro  de  juin  1922,  qu’il  nous  avait  signalé  (page  574). 

Or,  voici  ce  que  je  lis  dans  ce  travail.  Après  un  préambule  dans 
lequel  il  combat  l’opinion  que  j’avais  soutenue  sur  l’inutilité  de  la 
section  de  la  bride  vasculaire  (ce  qui  est  son  droit  et  même  son 
devoir,  s’il  peut  démontrer  le  contraire),  M.  Kummer  en  arrive  aux 
observations  et  opérations  qui  illustrent  sa  manière  de  voir  et; 
celle  de  son  maître  M.  Marion  et  qui  doivent  entraîner  la  convic¬ 
tion  ( Journal  d'urologie,  juin  1922,  p.  426).: 

«  Cas  1.  Femme...,  rétention  dans  le  bassinet  gauche  de 


SÉANCE  DU  25  AVRIL 


«  75  cent,  cubes...  Le  rein  est  du  reste  assez  bon...  M.  Marion 
«  opère  la  malade  le  8  décembre  1917.  Le  rein  gauche  et  le 
«  bassinet  isolés,  il  est  facile  de  constater  que  celui-ci  est  forte - 
«  ment  dilaté,  il  a  le  volume  d’une  petite  pêche. 

«  La  dilatation  cesse  d’une  façon  nette  à  la  limite  inférieure  du 
«  bassinet  (je  copie  textuellement).  A  ce  niveau,  on  constate  une 
«  artère  polaire  inférieure  qui  comprime  nettement  le  bassinet,  ce 
«  vaisseau  est  sectionné  entre  deux  ligatures.  Puis  le  rein  est  fixé 
«  par  une  néphropexie. 

«  La  malade  n’a  plus  souffert  depuis  l’opération. 

«  Cas  2  (p.  427).  Mllc  F...,  trente  ans...  Douleurs  du  rein  droit 
«  rappelant  les  douleurs  du  rein  mobile,  en  même  temps  la 
«  malade  souffre  dans  la  région  appendiculaire...  Rétention  de 
«  40  cent,  cubes.  L’injec,tion  de  50  cent,  cubes  détermine  de  la 
«  douleur.  Il  existe  donc  une  hydronéphrose. 

«  M.  Marion  opère  la  malade  le  10  décembre  1917.  Il  commence 
«  par  pratiquer  une  appendicectomie  par  voie  lombaire,  étant 
«  donnée  la  douleur  très  nette  qu’éprouve  la  malade  de  ce  côté. 

«  Après  fermeture  du  péritoine,  M.  Marion  dégage  le  rein  et 
«  constate  que  le  bassinet  distendu  est  barré  par  une  artère  polaire 
«  inférieure,  qui  trace  un  sillon  très  net  séparant  l’uretère  du  bas-; 
«  sinet  :  section  de  l’artère  entre  deux  ligatures,  puis  néphropexie 
«  par  le  procédé  habituel. 

«  La  malade  sort  guérie  le  16  janvier  1918,  complètement  débar- 
«  rassée  de  ses  douleurs. 

«  Cas  3  (p.  428).  Mme  D...,  trente-neuf  ans.  Douleurs  rénales 
«  gauches  survenant  par  crise,  simulant  une  colique  néphrétique... 

«  On  pose  le  diagnostic  d’hydronéphrose  et  M.  Marion  opère  la 
«  malade  le  26  novembre  1919. 

«  Après  avoir  dégagé  le  réin,  on  constate  que  le  bassinet  est 
«  distendu  jusqu’au  niveau  de  son  embouchure  dans  l’uretère.  Il 
«  existe  à  ce  niveau  un  vaisseau  polaire  inférieur  qu’on  sectionne 
«  entre  deux  ligatures.  Le  rein  est  ensuite  fixé  par  une  néphropexie. 

«  Suites  absolument  normales.  Les  douleurs  ont  complètement 
«  disparu;  aussi,  quand  on  revoit  la  malade,  celle-ci  se  refuse- 
«  t-elle  à  une  exploration  de  contrôle  dont  elle  ne  voit  aucune 
«  nécessité.  » 

Je  ne  chicanerai  pas  M.  Marion  sur  l’imprécision  des  détails 
anatomiques,  ni  sur  l’imprécision  des  détails  opératoires  qui 
aboutissent  à  «  l’isolement  du  rein  et  du  bassinet  ».  Je  me  borne¬ 
rai  à  cette  simple  constatation  pour  ne  pas  fatiguer  votre  attention  : 
Trois  opérations  d’hydronéphrose  douloureuse  dans  lesquelles 


596 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


la  guérison  est  attribuée  à  la  section  seule  de  la  bride  vasculaire: 
trois  opérations  dans  chacune  desquelles  on  a  ajouté  à  cette 
section  une  néphropexie.  M.  Marion  a  donc  fait  quelque  chose  «  de 
plus  que  sectionner  le  vaisseau  anormal  ».  Je  rappelle  que  la 
néphropexie  a  fait  depuis  longtemps  ses  preuves,  au  point  qu’on 
en  a  peut-être  abusé,  ce  qui  n’est  pas  ici  le  cas. 

Et  c’est  pourquoi  je  pouvais  me  permettre  de  dire  dans  la  der¬ 
nière  séance,  et  il  me  plaît  de  le  répéter,  quoi  qu’en  pensent 
quelques-uns  d’entre  vous,  que  je  suis  d’accord  avec  M.  Marion, 
sinon  dans  ce  qu'il  dit,  du  moins  dans  ce  qu'il  fait. 


Rapports. 

Sur  le  traitement  du  cancer  cervico-utérin 
par  V hystérectomie  consécutive  à  la  curiethérapie, 

par  M.  Robert  Monod, 

Rapport  de  M.  A.  GOSSET. 

Ce  rapport  sera  publié  dans  le  prochain  Bulletin. 


Corps  étranger  du  duodénum  chez  un  enfant  de  huit  mois. 

Ablation.  Guérison, 

■  par  M.  Bergeret. 

Rapport  de  M.  HENRI  HARTMANN. 

K  propos  d’une  fillette  de  onze  mois,  chez  laquelle  une  épingle  de 
nourrice  ouverte  avait  été  rendue  quatre-vingt- trois  jours  après 
avoir  été  avalée,  notre  collègue  Veau  a  publié,  avec  un  de  ses 
internes  (1),  un  mémoire  où  il  a  résumé  plusieurs  cas  analogues. 
Après  un  temps  variable,  quelquefois  très  court,  quinze  heures 
chez  un  malade  de  Petit  de  la  Villéon,  vingt-quatre  chez  un  de 
Norton,  quatre  jours  chez  un  de  Peterson,  etc.,  des  épingles  à 
grosse  tête,  des  épingles  de  nourrice  et  des  broches  ouvertes  ont 
été  spontanément  évacuées  par  l’anus. 

(I)  Veau  et  Doubrère.  Corps  étrangers  du  duodénum.  Archives  de  médecine 
des  enfants,  Paris,  juin  1922,  t.  XXV,  p.  321. 


SÉANCE  DU  25  AVRIL 


597 


Celte  progression  régulière  des  corps  étrangers  dans  l’intestin 
n’a  toutefois  pas  lieu  dans  tous  les  cas;  souvent  ils  se  fixent  en  un 
point  de  son  parcours,  le  plus  généralement  dans  la  dernière 
portion  de  l’iléon  près  de  la  valvule  de  Bauhin,  dans  le  cæcum, 
enfin  dans  le  rectum.  On  ne  parle  guère,  dans  les  traités  de 
chirurgie,  de  leur  arrêt  dans  le  duodénum.  Veau  et  Doubrère, 
dans  le  mémoire  que  nous  avons  cité,  ont  cependant  pu  en  réunir 
trente  et  un  cas.  Cet  arrêt  a  lieu  surtout  dans  la  deuxième  portion 
de  ce  segment  de  l’intestin  :  treize  fois  sur  dix-sept  cas  dans 
lesquels  la  localisation  est  précisée.  C’est  ce  siège  qu’occupait  le 
corps  étranger  dans  l’intéressante  observation  que  nous  a 
envoyée  M.  Bergeret. 

Observation.  —  P...  (Claude),  âgé  de  huit  mois,  défait,  le  5  janvier 


1922  à  18  heures,  la  broche  qu’il  portait  à  son  bavoir  et  la  met  dans 
sa  bouche.  11  a  une  quinte  de  toux;  sa  mère,  l’entendant  tousser, 
accourt  et  constate  qu’il  fait  des  efforts  de  déglutition;  elle  met  immé¬ 
diatement  le  doigt  dans  la  bouche  de  l’enfant,  sent  la  pointe  de  la 
broche,  mais  celle-ci  lui  échappe  et  disparaît  dans  un  effort  de  dégluti¬ 
tion. 

A  20  heures,  le  père,  qui  est  médecin,  radiographie  l’enfant  et 
constate  que  la  broche  est  visible  au-dessous  du  diaphragme.  Il  le 
conduit  immédiatement  à  l’Hôtel-Dieu,  dans  la  clinique  du  professeur 
Hartmann.  L’enfant  au  moment  de  son  arrivée,  à  22  heures,  semble  ne 
ressentir  aucun  trouble;  il  dort  très  calme;  mais  à  22  h.  la  il  a  une 
série  de  hoquets.  Il  est  radiographé  à  22  h.  30.  On  voit  la  broche  dans 
l’abdomen;  elle  est  ouverte,  placée  verticalement,  à  droite  de  la  ligne 
médiane  (tig.  1);  sa  pointe  menace  la  face  inférieure  du  foie. 

Opération,  h  23  heures,  par  M.  Bergeret.  Après  anesthésie  au  chloro¬ 
forme,  on  incise  l’abdomen  sur  la  ligne  médiane,  au-dessus  de  l’om¬ 
bilic;  on  voit  immédiatement  la  pointe  de  la  broche  qui  a  perforé  la 
paroi  antérieure  du  duodénum  au  niveau  de  l’angle  sous-hépatique  ; 


598 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


elle  sort  d’un  demi-centimètre  environ.  En  raison  de  la  profondeur  et 
de  la  difficulté  d’exposition  du  champ  opératoire  on  branche  sur  la 
première  incision  un  débridement  latéral.  La  paroi  antérieure  du 
duodénum  est  incisée  transversalement,  sur  une  longueur  de  12  milli¬ 
mètres  à  partir  de  la  perforation,  de  manière  à  permettre  l’extraction 
de  la  broche  sur  laquelle  se  trouve  un  petit  médaillon  ayant  ce  dia¬ 
mètre  (fig.  2).  L’extraction  faite,  l’incision  est  suturée  à  deux  plans. 

Fermeture  de  la  paroi  abdominale  par  un  surjet  de  catgut  0  sur  le 


Fio.  2. 


péritoine,  des  crins  en  8  de  chiffre  prenant  la  peau  et  la  paroi  musculo- 
aponévrotique.  Petit  drain  pariétal. 

Suites  immédiates.  —  Le  drain  est  retiré  au  bout  de  36  heures,  l’enfant 
guérit  sans  incidents  et  rentre  chez  lui  au  bout  de  quinze  jours. 

Suites  éloignées.  —  Itevu  le  22  novembre  1922,  l’enfant  se  porte  très 
bien,  a  grandi  normalement  et  n’a  jamais  présenté  le  moiudre  trouble 
digestif. 

Je  n’ajouterai  aucun  commentaire  à  cette  observation.  M.  Ber- 
geret,  en  présence  d’une  broche  que  la  radiographie  montrait 
ouverte,  à  droite  de  la  colonne  vertébrale,  ne  s’est  pas  attardé  à 
suivre  son  petit  malade  pour  voir  si  le  corps  étranger,  à  un 
examen  ultérieur,  restait  fixé  à  la  même  place.  Il  a  pensé  que  la 
prudence  était  d’agir  immédiatement;  il  a  opéré  trois  quarts 
d’heure  après  l’arrivée  de  son  petit  malade;  il  a  bien  fait,  la 
pointe  de  la  broche  avait  perforé  le  duodénum  et,  s’il  avait 
attendu  des  examens  radioscopiques  successifs,  il  aurait  proba¬ 
blement  opéré  en  pleine  péritonite. 

Son  intervention  immédiate  a  été  simplement  et  rapidement 
conduite,  aussi  son  malade  a-t-il  guéri  sans  le  moindre  incident 
malgré  son  jeune  âge:  huit  mois.  C’est,  croyons-nous,  l’enfant  le 
plus  jeune  qui  ait  été  guéri  à  la  suite  d’une  pareille  opération.  On 
peut  rapprocher  cetle  observation  de  celle  de  Clément  Lucas  qui 


SÉANCE  DO  "25  AVRIL 


599 


a,  de  même,  obtenu  une  guérison  chez  un  enfant  très  jeune,  de 
vingt-deux  mois,  plus  âgé  cependant  que  celui  de  M.  Bergeret, 
qui  n’avait  que  huit  mois. 

M.  Dujarier.  —  J’ai  observé  un  petit  garçon  de  9  mois  qui 
avala  une  épingle  de  nourrice  ouverte  :  je  vis  le  petit  malade  le 
soir  et  pris  rendez- vous  avec  un  radiographe  pour  le  lendemain 
malin.  Lorsque  j’arrivai  chez  le  radiographe  on  m’apprit  que  le 
petit  malade  avait  rendu  sa  broche  par  l’anus  :  elle  était  ouverte 
mais  avait  su  la  chance  de  ne  pas  accrocher  l’intestin. 

M.  Ombrédanne.  —  L’enfant  dont  j’ai  présenté  ici  l’observation 
et  à  qui  j’ai  enlevé  avec  succès  une  épingle  de  nourrice  ouverte 
dans  l’estomac  n’avait  que  quinze  jours. 

M.  Victor  Veau.  —  Il  ne  faudrait  pas  que  le  rapport  de 
M.  Hartmann  incitât  les  médecins  à  nous  forcer  la  main  pour  inter¬ 
venir  chaque  fois  qu’un  enfant  a  avalé  une  épingle  de  nourrice 
ouverte.  Tout  dernièrement,  j’ai  encore  vu  un  tout  jeune  enfant 
chez  qui  une  pareille  épingle  a  passé  sans  inconvénient. 

M.  Albert  Mouchet.  —  J’ai  observé  un  cas  exactement  super¬ 
posable  à  celui  de  Veau,  il  y  a  quelques  mois, 

M.  P.  Bazy.  —  Beaucoup  d’entre  nous  pourraient  citer  des  cas 
analogues  à  ceux  de  MM.  Dujarier,  Mouchet,  Veau. 

Moi-même  en  ai  cité  un  [Soc:  de  Chir .,  1897,  page  732),  pour 
broche  ouverte  avalée  par  une  enfant.  On  voulait  l’opérer;  elle 
avait  été  radiographiée,  et  on  la  voyait  très  bien.  Comme  elle 
n’avait  donné  lieu  à  aucun  accident,  j’ai  conseillé  de  s’abstenir, 
et  l’enfant  a  rendu  son  épingle  au  bout  de  soixante-douze  jours. 

Mais  le  cas  de  M.  Bergeret  n’est  plus  le  même.  L’enfant  avait  eu 
du  hoquet,  et  l’opération  a  montré  qu’on  avait  bien  fait  d’inter¬ 
venir,  puisque  l’épingle  était  fichée  dans  la  paroi  du  duodénum  ; 
il  eût  peut-être  été  dangereux  d’attendre  qu’elle  sortît  toute  seule. 

M.  Hartmann.  —  Nos  collègues  Dujarier,  Veau,  Mouchet, 
Pierre  Bazy  viennent  de  nous  citer  des  cas  personnels  où  un 
corps  étranger  avait  traversé  tout  le  tube  digestif  et  avait  été 
spontanément  évacué  par  l’anus.  Je  n’ai  pas  méconnu  ces  faits, 
j’en  avais  cité  plusieurs  au  début  de  mon  rapport.  Je  crois,  cepen¬ 
dant,  qu’il  ne  faut  pas  toujours  compter  sur  cette  migration  spon¬ 
tanée.  Dans  le  cas  de  Bergeret,  la  pointe  de  la  broche  avait 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


perforé  le  duodénum,  menaçait  le  foie,  le  petit  malade  a  guéri 
par  l’intervention,  il  serait  mort  si  on  avait  continué  à  l’observer. 
Je  crois  donc  que  quand  il  y  a  la  moindre  manifestation  patho¬ 
logique,  —  le  petit  malade  de  Bergeret  avait  du  hoquet,  —  il  est 
prudent  d’opérer  immédiatement.  \ 


Communication . 

Méthode  ■permettant  d'atteindre  le  segment  cardio-œsophage 
en  évitant  la  plèvre  et  le  péritoine, 

par  M.  RAYMOND  GRÉGOIRE. 

Je  vous  demande  la  permission  de  soumettre  à  vos  critiques 
une  méthode  opératoire  qui,  je  crois,  n’a  pas  été  encore  employée 
et  qui  permet  de  mettre  à  jour  le  cardia,  et  en  même  temps  la 
moitié  inférieure  de  l’œsophage,  sans  passer  par  le  péritoine,  ni 
par  la  plèvre. 

Anatomiquement,  en  effet,  le  cardia  et  l’œsophage  abdominal 
n’ont  de  revêtement  péritonéal  qu’en  avant:  Leur  face  postérieure 
répond  directement  au  diaphragme.  L’œsophage  thoracique,  dans 
sa  moitié  inférieure,  n’a  de  revêtement  séreux  que  sur  les  côtes; 
encore  la  plèvre  n’adhère-t-elle  pas  au  conduit  et  se  laisse-t-elle 
détacher  avec  grande  facilité.  Le  diaphragme  qui  sépare  ces  déux 
segments  de  l’œsophage  n’est  pas  tapissé  par  le  péritoine  en 
arrière  de  l’estomac,  et  la  plèvre  se  décolle  aisément  au  niveau 
du  cul-de-sac  costo-diaphragmatique. 

Physiologiquement,  on  sait  aujourd’hui  que  l’on  peut,  sans 
danger  pour  la  respiration,  fendre  le  diaphragme  de  la  péri¬ 
phérie  vers  le  eentre,  alors  que  la  barrière  qu’oppose  le  dia¬ 
phragme  au  chirurgien  paraissait  jusqu’ici  inviolable. 

Pratiquement,  enfin,  la  recherche  du  cardia  et  de  l’œsophage 
thoracique  inférieur  sans  passer  par  la  plèvre  et  le  péritoine  se 
fait  avec  un  jour  si  large  et  une  facilité  si  grande  qu’il  paraît 
surprenant  que  quelqu’un  n’ait  pas  déjà  utilisé  cette  voie.  Tout 
au  moins  je  ne  l’ai  pas  vu  signaler. 

J’ai  étudié  cette  voie  d’abord  sur  le  cadavre  avec  mon  élève 
Braisne.  Je  l’ai  employée  deux  fois  sur  le  vivant,  et  Braisne 
une  autre  fois.  Dans  çes  recherches  de  laboratoire,  comme  dans 
ces  interventions  sur  le  vivant,  il  nous  parut,  très  aisé  d’arriver  à 
nos  fins. 


Il  faut  aborder  le  cardio-œsophage  par  derrière  et  du  côté 
gauche. 

Le  sujet  est  couché  sur  le  côté  droit.  Un  coüssin  de  10  cen¬ 
timètres  de  haut  est  placé  '  sous  les  dernières  côtes  droites 
et  fait  saillir  l’hémithorax  gauche  en  incurvant  la  colonne  ver¬ 
tébrale. 

L’incision  cutanée  en  U  à  branches  inégales  descend  le  long 
des  cols  des  côtes  depuis  la  8e  jusqu’à  la  12e  ;  elle  suit  la  12°  côte 
sur  10  centimètres. de  long  et  remonte  sur  la  ligne  axillaire  posté¬ 


rieure  jusqu  à  la  8e  côte.  Les  plans  musculo-cutanés  sont  disséqués 
et  relevés,  mettant  à  nu  le  squelette  costal. 

La  12e  côte  est  réséquée.  La  11e  est  sectionnée  aux  deux  extré¬ 
mités  de  l’incision  cutanée.  La  10e  est  coupée,  au  niveau  de  son 
col  seulement.  Lorsque  les  artères  des  espaces  correspondants 
ont  été  liées  èt  coupées,  on  peut  relever  dans  un  large  écarteur, 
ce  vaste  lambeau  ostéo-musculaire. 

On  a  devant  soi  la  plèvre  costale  et  au-dessous  du  cul-de-sac 
costo-diaphragmatique  le  diaphragme  nu  et  le  ligament  cintré. 
La  plèvre  est'  décollée  au  niveau  du  cul-de-sac  costo-vertébral. 
Elle  tient  solidement  à  la  colonne,  et  surtout  aux  disques  auxquels 
elle  est  reliée  par  une  série  de  petits  ligaments  verlébro-pleuraux. 
Le  décollement  doit  être  exécuté  avec  prudence  et  méthode,  car 
la  plèvre  est  ici  mince  et  fragile.  Passée  la  colonne,  la  plèvre  ne 
tient  plus  ni  à  l’aorte  ni  à  l’œsophage. 

On  décolle  alors  le  fond  du  cul-de-sac  costo-diaphragmatique 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


en  commençant  près  de  là  colonne  vertébrale.  Le  diaphragme  est 
ainsi  mis  à  nu. 

Le  diaphragme,  une  fois  libéré,  est  fendu  depuis  le  col  de  la 


FlG.  2. 

12*  côte  jusqu’à  l’orifice  de  l’œsophage.  On  doit  se  souvenir  que 
l’artère  diaphragmatique  inférieure  gauche  passe  à  ce  niveau  et  il 
faut  la  lier  avant  de  la  couper,  car  ses  bouts  se  rétractent. 

Lorsque  le  diaphragme  est  fendu,  on  voit  plus  de  la  moitié 
inférieure  de  l’œsophage  flanqué  des  deux  pneumogastriques.  On 
a  devant  soi  le  cardia  et  la  face  postérieure  de  la  grosse  tubérosité 
de  l’estomac  dans  sa  portion  non  péritonisée. 

Sous  la  lèvre  inférieure  de  la  plaie,  se  trouve  le  pôle  du  rein 
entouré  de  sa  graisse  et  coiffé  de  la  capsule  surrénale. 


SÉANCE  DU  25  AVRIL 


603 


Cette  méthode  donne  un  jour  considérable  à  la  fois  sur  la 
grosse  tubérosité  de  l'estomac,  le  cardia  et  tout  l’oesophage 
inférieur. 

J’ai  pu  faire  sans  difficulté  une  œsophago-gastro-plastie  dans 
un  cas  de  mégo-œsophage.  J’ai  tenté  d’extirper  un  cancer 
du  segment  inférieur  de  l’œsophage  et  du  cardia  et  j’aurais 
certainement  réalisé  l’extirpation  extraséreuse,  si  les  lésions 
n’avaient  été  telles  que  tout  effort  était  inutile.  Je  compte  recom¬ 
mencer  à  la  première  occasion,  car  même  dans  ce  très  mauvais 
cas,  celte  opération  ma  paru  aussi  peu  traumatisante  que 
possible. 

M.  Gosset.  —  Je  me  permets  de  rappeler  que  j’ai,  il  y  a 
vingt  ans,  décrit  et  figuré  différentes  opérations  que  l’on  peut 
pratiquer  sur  la  partie  inférieure  de  l’œsophage  et  sur  la  grosse 
tubérosité  de  l’estomac  par  voie  transpleurale  et  par  voie  trans¬ 
diaphragmatique.  J’ai  même  pratiqué,  sur  le  chien,  par  cette  voie, 
une  anastomose  entre  l’estomac  et  l’œsophage,  avec  succès. 

M.  Grégoire  a  continué  dans  la  même  voie,  et  ce  qu’il  a  réalisé 
est  beaucoup  mieux. 

Mon  travail  a  paru,  avec  dix  figures,  dans  la  Revue  de  Chirurgie 
1903,  t.  II,  p.  694-707. 

M.  Tufkier.  —  Je  demandais  à  M.  Gosset  s’il  avait  appliqué 
cette  méthode  chez  l’homme.  Je  crois  en  effet  que  la  voie  posté¬ 
rieure  peut  rendre  les  plus  grands  services,  mais  tout  ce  que  j’ai 
vu  dans  mes  dernières  opérations  sur  la  partie  inférieure  de 
l’œsophage,  avec  résection,  c’est  la  difficulté  toute  spéciale  des 
sutures  aseptiques,  parfaites  et  durables  œsophago-œsophagiennes 
ou  œsophago-gastriques. 

Après  section  de  l’œsophage  on  est  en  plein  milieu  septique, 
plèvre  et  péritoine  peuvent  donc  être  infectés,  mais  surtout  les 
sutures  tiennent  mal,  c’est  là  la  pierre  d’achoppement,  aussi  bien 
au  point  de  vue  de  la  technique  immédiate  que  des  accidents 
consécutifs  septiques  si  fréquents,  il  est  très  difficile  de  trouver 
un  plan  solide  et  le  tissu  cellulaire  situé  tout  autour  s’infecte  avec 
une  facilité  désespérante. 


M.  Pierre  Duval.  —  La  technique  que  préconise  Grégoire  me 
séduit  infiniment,  parce  que  le  gros  danger  dans  la  chirurgie  de 
l’œsophage  inférieur  par  voie  transpleurale  est  l’infection  presque 
inévitable  et  très  grave  de  la  plèvre,  lors  de  l’ouverture  de  l’œso- 


604 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


pliage.  Dans  les  procédés  jusqu’ici  décrits  d’œsophago -gastrostomie 
par  voie  transpleuraie  (Biondi,  Gosset,  Willy  et  Meyer),  l’infection 
de  la  plèvre  est  très  fréquente.  Elle  m’a  fait  perdre  deux  opérés. 

La  technique  extra-pleurale  de  Grégoire  paraît  donc  très  supé¬ 
rieure  à  celle-ci  et  je  me  réserve  de  l’employer. 


Présentations  de  malades. 

Rétrécissement  cicatriciel  de  la  partie  inférieure  du  cholédoque 
après  cholédocotomie  avec  drainage. 

Anastomose  de  l'hépatique  dans  l'estomac.  Guérison , 

par  M.  A.  GOSSET. 

On  admet  généralement  que  les  plaies  opératoires  du  cholé¬ 
doque  se  cicatrisent  facilement.  Présentée  ainsi,  la  chose  n’est  peut- 
être  pas  absolument  exacte.  Dans  la  grande  majorité  des  cas  de 
cholédocotomie,  on  intervient  sur  un  canal  plus  ou  moins  dilaté, 
et  dans  de  telles  conditions  une  cicatrisation,  même  un  peu  rétrac¬ 
tile,  passe  inaperçue.  Mais  lorsque  le  canal  n’est  pas  dilaté,  la 
cicatrisation  de  la  plaie  cholédocienne  peut  amener  le  rétrécisse¬ 
ment  ou  même  l’oblitération  du  conduit.  J'en  ai  observé  autrefois 
un  cas  très  intéressant  avec  mon  maître  Terrier;  le  rétrécissement 
alla  jusqu’à  l’oblitération  complète  et  Terrier  dut  pratiquer  une 
hépatico-duodénostomie  ;  l’opération  date  de  près  de  vingt  ans  et 
la  malade  survit. 

Dans  le  cas  que  je  veux  vous  présenter  aujourd’hui,  c’est  par  le 
même  processus  que  s’est  produite  l’oblitération  du  cholédoque. 
On  avait  commencé  par  la  cholécystectomie,  on  termina  par  le 
drainage  de  l’hépatique  et,  après  l’ablation  du  drain,  le  travail  de 
cicatrisation  du  cholédoque  aboutit  à  la  sténose  complète. 

Observation.  —  Mme  C...,  quarante-neuf  ans,  institutrice,  entrée  à  la 
clinique  chirurgicale  de  la  Salpêtrière,  salle  Terrier,  le  8  janvier  1923, 
pour  une  fistule  biliaire  externe,  après  opération  sur  les  voies  biliaires 
pratiquée  dans  un  autre  service. 

Cette  malade  a  souffert  de  colique  hépatique  pour  la  première  fois 
en  1914,  d’une  crise  très  forte  qui  a  duré. quarante-huit  heures  et  a  été 
suivie  d’un  ictère  passager. 

De  1914  à  1922,  sont  survenues  quatre  crises,  celle  de  1919  a  été 
accompagnée  de  fièvre  et  ensuite  d’un  ictère  de  quinze  jours,  avec 
décoloration  complète  des  matières. 

En  mars  1922,  période  de  crise  avec  température  et  ictère  pendant  un 


SÉANCE  DU  25  AVRIL 


605 


mois;  les  garde-robes,  décolorées  au  moment  des  poussées  doulou¬ 
reuses,  se  recoloraient  dans  leur  intervalle.  La  température  a  atteint 
plusieurs  fois  40°,  sans  frissons. 

La  malade  a  été  opérée  en  pleine  jaunisse  et  avec  une  forte  fièvre  le 
17  avril  1922,  dans  une  clinique  privée.  On  a  pratiqué  l’ablation  de  la 
vésicule  biliaire  et  le  drainage  du  canal  hépatique  :  la  vésicule  conte¬ 
nait  25  calculs  de  la  grosseur  d’un  petit  pois.  Le  drain  de  l’hépatique 
fut  maintenu  en  place  pendant  vingt  jours. 

Après  l’intervention,  de  la  bile  s’est  écoulée  abondamment  par  la 
plaie,  l’ictère,  les  symptômes  généraux  se  sont  amendés  et  au  bout  d’un 
mois,  la  plaie  s’est  refermée  complètement. 

.  Un  mois  après  la  fermeture  de  la  plaie,  survient  une  violente  crise  de 
douleurs  dans  l’hypocondre  droit  irradiant  dans  le  dos  et  l'épaule 
droite,  avec  vomissements  et  fièvre  atteignant  40°.  Pendant  trois  jours 
les  garde-robes  sont  décolorées;  quelques  jours  plus  tard  ict'ère.  Au 
bout  d’une  semaine,  seconde  crise  semblable,  qui  se  termine  avec  la 
formation  spontanée,  au  niveau  de  la  cicatrice  opératoire,  d’une  fistule 
biliaire.  Depuis  ce  temps,  la  bile  s’est  écoulée  abondamment  par  la 
fistule  ;  de  temps  en  temps  celle-ci  se  ferme,  signal  d’une  crise  qui  se 
termine  dès  que  l’écoulement  se  rétablit.  Depuis  la  fin  de  décembre  1922, 
la  bile  s’est  écoulée  continuellement  par  la  fistule  cutanée. 

Actuellement,  la  malade  est  très  affaiblie  et  amaigrie.  Ses  garde-robes. 
Sont  constamment  décolorées.  Elle  ne  présente  aucun  signe  physique 
particulier.  La  fistule  siège  au  milieu  de  l’ancienne  cicatrice  qui  est 
adhérente  et  au-dessus  d’une  zone  indurée.  Le  foie  n’est  pas  augmenté 
de  volume.  On  a  tenté  le  tubage  duodénal  le  11  janvier,  mais  le  pylore 
n’a  pu  être  franchi.  La  radiographie  n’a  pas  montré  de  calculs  dans  la 
région  hépatique. 

Les  poumons  et  le  cœur  sont  normaux. 

Le  taux  de  la  cholestérine  du  sang  est  de  1  gr.  87  p.  1.000. 

La  coagulabilité  est  obtenue  en  six  minutes  trente  secondes,  à  20°. 

Le  taux  de  l’urée  sanguine  est  de  0  gr.  18  p.  1.000. 

Les  urines  sont  normales. 

On  relève,  dans  les  antécédents,  une  fièvre  typhoïde  à  l’âge  de 
onze  ans,  une  grossesse  normale  avec  accouchement  à  terme  il  y  a 
•quinze  ans. 

Diagnostic.  —  Fistule  biliaire  âprès  cholécystectomie,  probablement 
sténose  du  cholédoque. 

Intervention  le  24  janvier  1923.  Professeur  Gosset;  Aides:  Loewyj 
Thalheimer,  Wilmoth;  Ether,  Dr  Boureau  ;  durée  de  l’opération  : 
53  minutes. 

Incision  transversale.  On  voit  un  foie  très  adhérent,  dont  on  décolle 
le  bord  antérieur  ;  on  a  mis  à  la  fistule  un  conducteur,  et  il  conduit 
nettement  sur  la  voie  biliaire  principale  dans  laquelle  on  ne  sent  pas  de 
calculs.  La  bile  vient  en  abondance,  on  aspire,  on  reconnaît  qu’il 
s’agit  d’une  blessure  au  niveau  du  carrefour,  on  voit  le  bout  supérieur 
dans  lequel  la  sonde  urétrale  passe  librement  ;  puis  le  bout  inférieur 
qui  est  le  cholédoque  oblitéré. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


La  meilleure  manière  d’en  sortir  est  d’isoler  le  canal  commun,  et  de 
l’aboucher  dans  l’estomac  ou  le  duodénum.  On  l’abouche  dans  l’estomac 
par  une  série  de  points  perforants,  avec  du  catgut  chromé  00,  et  par¬ 
dessus  on  fait  une  petite  suture  à  la  soie  fine  ;  petit  drain  au  contact 
de  l’anastomose,  fermeture  de  la  paroi  à  la  soie. 

Il  y  avait  beaucoup  d’adhérences,  du  péritoine,  de  l’estomac  et  du 
duodénum,  et  une  péricholédocite  très  marquée. 

Suites  opératoires.  —  Pendant  les  six  premiers  jours,  aucun  écoule¬ 
ment  de  bile  parla  plaie  ;  puis  un  écoulement  assez  abondant  a  eu  lieu 
pendant  une  semaine,  pour  être  terminé  complètement  dix-huit  jours 
après  l’opération.  Les  selles  sont  colorées  normalement.  Il  persiste  de 
légères  douleurs  dans  la  région  sous-hépatique  qui  sont  de  moins  en 
moins  marquées. 


Fracture  de  l'extrémité  inférieure  du  radius. 

Réduction  le  cinquième  jour  par  manœuvres  externes. 

Excellent  résultat  morphologique, 

par  M.  CH.  DCJARIER. 

Le  blessé  que  je  vous  présente  avec  ses  radiographies  s’est 
brisé  l’extrémité  inférieure  du  radius  le  8  mars  1923.  Je  l’ai  vu  le 
cinquième  jour.  Il  existait  une  dislocation  complète  de  l’articu¬ 
lation  radio-cubitale  inférieure  avec  éclatement  de  l’extrémité 
radiale.  En  exerçant  des  tractions  énergiques  et  un  pétrissage  de 
l’extrémité  radiale  j’ai  pu  obtenir  une  réduction  vraiment  très 
satisfaisante.  Le  diastasis  radio-cubital  a  disparu  et  la  styloïde 
radiale  a  repris  son  niveau.  Le  blessé  est  resté  un  mois  dans  un 
plâtre.  La  réduction  s’est  maintenue  et  vous  pouvez  voir  que  les 
mouvements  du  poignet,  encore  limités,  ont  néanmoins  une 
amplitude  très  satisfaisante. 


Fracture  spiroïde  du  tibia 

" avec  télescopage  de  l'extrémité  supérieure  du  péroné , 
par  M.  CH.  DUJARÏER. 

Le  blessé  dont  je  vous  présente  les  radiographies  présentait  une 
fracture  spiroïde  dii  tibia  au  tiers  inférieur:  maisau|niveau  du  côté 
du  péroné,  au  lieu  de  la  fracture  banale  classique,  la  radiographie 
montre  un  véritable  télescopage.  L’extrémité  de  la  diaphyse  s’est 
enfoncée  de  plus  d’un  centimètre  dans  l’extrémité  supérieure  du 


SÉANCE  DU  25  AVRIL 


607 


péroné.  J’ai  vu  ce  blessé  près  d’un  mois  après  son  accident.  Je  l’ai 
opéré;  pour  réduire,  j’ai  dû  exercer  une  forte  traction  avec  le 
tracteur  de  Lambotte  ;  à  un  moment,  j’ai  senti  un  brusque 
ressaut,  le  télescopage  s’était  réduit.  A  partir  de  ce  moment,  j’ai 
pu  coapter  la  fracture  du  tibia  et  la  fixer  par  une  plaque. 

M.  Alglave.  —  En  regardant  la  radiographie  que  Dujarier  nous 
montre,  je  remarque  qu’il  a  placé,  au  côté  interne  du  tibia,  la 
plaque  métallique  avec  laquelle  il  a  pratiqué  l’ostéosynthèse.  Il 
me  permettra  de  lui  dire  qu’il  est  plus  avantageux  de  la  placer  à 
son  côté  externe,  dans  la  loge  tib'io-péronière.  Elle  s’y  trouve  ainsi 
à  distance  de  la  peau  et  elle  est  mieux  supportée  qu’à  la  face 
interne  de  l’os  où  elle  fait  plus  ou  moins  saillie  sous  les  téguments. 
L’opération  se  fait  presque  aussi  facilement  au  côté  externe  qu’à 
la  face  interne,  si  on  a  soin  de  récliner  les  muscles  après  avoir  mis 
le  pied  en  flexion,  sauf  peut-être  dans  la  partie  toute  supérieure 
de  l’interstice  libio-péronier. 

M.  Tuffier.  —  Je  laisse  de  côté  l’histoire  de  la  fracture  de  la 
tête  du  péroné  ;  elle  présente  un  intérêt  spécial. 

Les  plaques  de  Sbumann  sont  celles  que  j’emploie  depuis 
six  ans.  J’estime  que,  toutes  choses  égales  d’ailleurs,  il  est  préfé¬ 
rable,  pour  les  fractures  des  deux  tiers  inférieurs  de  la  jambe,  de 
les  placer  du  côté  de  la  face  tibio-péronière  et  non  sous  la  peau  ; 
elles  sont  mieux  tolérées  suivant  un  principe,  que  je  défends 
depuis  longtemps  :  la,  profondeur  à  laquelle  se  trouve  la 
plaque  importe  pour  sa  tolérance. 

Au  tiers  supérieur  du  tibia  il  est  beaucoup  plus  simple  et  plus 
facile,  sans  dégâts  des  tissus,  de  placer  la  plaque  à  la  région 
externe,  comme  l’a  fait  Dujarier. 


Présentation  de  deux  malades 
traités  par  le  collo-vaccin  antituberculeux  de  Grimberg, 
par  M.  L.  CHEVIUER. 

Sans  entrer  dans  aucune  discussion  pathogénique  ni  théorique, 
je  tiens  à  vous  présenter  les  deux  malades  suivants,  qui  ont  été 
améliorés,  en  apparence  même  guéris,  par  le  collo-vaccin  de 
Grimberg. 

Obs.  I.  —  B...  (Madeleine),  vingt-six  ans,  ménagère. 

Entre  à  l’hôpital,  le  d3  février  1923,  pour  des  douleurs  du  membre 
inférieur  gauche. 


608 


SOCIÉTÉ  DE  CnlKURGTE 


Elle  est  à  peu  près  arrêtée  depuis  le  mois  de  décembre  dernier,  mais 
le  début  de  l’affection  remonte  à  trois  ans  environ.  Douleurs  et  claudi¬ 
cation  à  la  fatigue. 

A  son  entrée  à  l’hôpital,  elle  ne  peut,  pour  ainsi  dire,  pas  marcher,, 
et  elle  souffre  beaucoup  dans  la  région  de  la  hanche  et  dans  toute  la 
partie  supérieure  de  la  cuisse  gauche. 

A  l’examen,  on  constate  que  les  mouvements  de  la  hanche  sont  pos¬ 
sibles  sans  trop  de  douleur,  que  la  douleur  est  plus  intense  au  niveau 
du  grand  trochanter,  qui  semble  augmenté  de  volume.  La  radiographie 
confirme  la  trochantérite  par  l’épaississement  et  le  boursouflement  du 
grand  trochanter. 

La  station  debout  et  la  marche  sont  à  peu  près  impossibles. 

Le  19  février,  on  commence  les  injections  de  collo-vaccin  de  Grim- 
berg.  D’abord,  pas  de  réaction,  mars  à  la  troisième,  quatrième,  cin¬ 
quième  injection,  vives  réactions  thermiques  qui  amènent  à  diminuer 
la  dose.  Les  piqûres  suivantes  ne  déterminent  aucune  réaction.  Deux 
autres  petites  réactions  ultérieures  sans  lendemain,  puis  plus  de  réac¬ 
tion  du  tout,  bien  que  les  doses  du  début  aient  été  largement  dépassées. 

Au  bout  d’un  mois  de  traitement,  la  malade  ne  souffre  plus.  Les 
injections  ont  cessé  le  3  avril. 

Les  jours  suivants,  je  la  débarrasse,  sous  anesthésie  locale,  d’une 
hernie  ioguinale  dont  je  n’avais  pas  voulu  l’opérer  sous  anesthésie 
générale,  pour  éviter  l’action  nocive  du  chloroforme  sur  son  organisme. 
Elle  est  actuellement  guérie  de  son  opération.  Elle  ne  souffre  plus  de 
sa  hanche  et  marche  bien. 

Un  nouvel  examen  radiographique  ne  montre  pas  de  modification 
osseuse  appréciable,  mais  le  contraire  eût  été  surprenant. 

En  tout  cas,  fonctionnellement  parlant,  la  malade  est  guérie. 
Évidemment,  il  faudra  suivre  la  malade  pour  voir  si  la  guérison 
se  maintient,  mais  le  résultat  nous  semble  suffisamment  intéres¬ 
sant  pour  vous  être  signalé. 

G...  (Émile),  quarante-sept  ans,  berger. 

Entre  à  l’hôpital,  le  9  mars,  pour  orchi-épididymite.  Il  a  été  soigné, 
il  y  a  un  mois,  dans  un  service  de  médecine,  pour  une  lésion  un  peu 
analogue,  qui  a  été  cataloguée  orchi-épididymite  blennorragique.  11 
avait  quitté  le  service  de  médecine  un  peu  amélioré,  mais  une  poussée 
nouvelle  le  ramène  à  l’hôpital. 

Bourse  distendue  par  une  tuméfaction  du  volume  d’un  petit  poing, 
adhérente  aux  téguments,  surtout  à  la  partie  inférieure  et  postérieure. 
Peau  œdémateuse,  un  peu  rosée  en  avant  du  testicule.  La  tumeur  est 
bosselée  et  de  consistance  inégale.  Canal  déférent,  gros,  irrégulier  et 
dur.  Indolence  complète  de  la  tuméfaction.  Il  existe  un  petit  écoule¬ 
ment  urétral,  sans  aucun  signe  d’urétrite  aiguë. 

Tuméfaction  prostatique  et  vésiculaire. 

Je  pense  à  une  lésion  bacillaire  subaiguë,  déjà  fort  avancée,  et, 
malgré  la  pression  de  mon  entourage,  qui  croyait  une  castration  indi- 


SÉANCE  DU  25  AVRIL 


quée,  j’ajourne  toute  intervention,  malgré  l’imminence  probable  d’une 
fistulisation. 

Les  injections  de  çollo-vaccin  durent  être  commencées  le  13  mars  et 
continuées  six  semaines.  Il  y  a  eu  quelques  petites  réactions  quand  les 
doses  ont  été  élevées. 

Au  bout  de  la  première  semaine,  l’état  local  éiait  absolument  trans¬ 
formé  :  la  tuméfaction  avait  diminué  des  trois  quarts,  toute  rougeur 
de  la  peau  et  toute  menace  de  fistulisation  avaient  disparu. 

Tout  le  bloc,  restant  uniformément  dur,  est  encore  largement  adhé¬ 
rent  à  la  peau. 

J’ai  vu  les  modifications  suivantes  paraître  ultérieurement  : 

La  peau  s’est  libérée  peu  à  peu  et  la  tumeur  en  est  devenue  facile¬ 
ment  séparable. 

Il  existe  actuellement  une  sorte  de  noyau  cutané  induré,  très  posté¬ 
rieur,  complètement  séparé  de  l’épididyme. 

La  tumeur  profonde  s’est  considérablement  assouplie  et  ne  ressemble 
plus  en  rien  à  la  tumeur  primitive. 

Derrière  un  testicule  souple,  assez  atrophié,  on  sent  un  épididyme 
encore  un  peu  irrégulier  et  induré. 

Ce  qui  m’aie  plus  frappé  dans  cette  observation,  c’est  la  rapidité 
extraordinaire  de  la  transformation  survenue  dans  les  six  pre¬ 
miers  jours  du  traitement.  Je  n’avais  jamais  rien  vu  d’analogue, 
et  je  crois,  en  toute  sincérité,  devoir  attribuer  cette  transforma¬ 
tion  au  collo- vaccin  de  M.  Grimberg. 


Trois  cas  d’invagination  intestinale  chez  l'enfant 
dont  un  traité  par  appendicostomie , 

par  M.  DESCARPENTRIES  (de  Roubaix). 

Renvoyé  à  une  Commission,  dont  M.  Albert  Mouchet  est 
nommé  rapporteur. 


Présentation  d’instrument. 

Cadre  de  transport  et  d'immobilisation  pour  blessés  graves 
(i gouttière  de  Bonnet  de  campagne ), 

par  M.  II.  ROUVILLOIS. 

Je  vous  ai  présenté,  l’an  dernier  (séance  du  4  avril  1922),  les 
appareils  de  transport  applicables  aux  blessés  atteints  de  fractures, 
que  le  Service  de  Santé  venait  d’adopter  pour  les  formations 

BCTLL.  ET  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CUIR.,  1923.  45 


610  SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


sanitaires  de  l’avant.  Je  vous  rappelle  que  ces  appareils,  au  nombre 
de  quatre  (store  préparé  de  Jeanbrau,  grande  attelle  externe, 
gouttière  de  Pouliquen,  attelle  de  Lardennois  modifiée)  sont  tous 
destinés  aux  blessés  atteints  de  fractures  des  membres  inférieurs. 
Les  fractures  du  membre  supérieur,  en  effet,  ne  justifient  pas,  en 
général,  l’usage  d’un  appareil  spécial. 

Pour  terminer  la  série  des  appareils  de  transport  qui  ont  été 
adoptés  par  le  Service  de  Santé,  je  vous  présente  aujourd’hui 
celui  qui  est  destiné  aux  blessés'  atteints  de  traumatismes  graves 
tels  que  les  fractures  de  la  colonne  vertébrale  et  du  bassin  et  les 
fractures  multiples  des  deux  membres  inférieurs. 

La  gouttière  de  Bonnet  matelassée  de  nos  hôpitaux,  excellente 
en  principe  pour  les  blessés  de  cette  catégorie,  est  surtout  conforme 
aux  besoins  du  service  hospitalier,  mais  ne  l’est  guère  à  ceux  des 


Fig.  1.  —  Cadre  vu  de  face. 

formations  sanitaires  de  première  ligne.  C’est  pourquoi,  d’ail¬ 
leurs,  il  existe  dans  notre  matériel  une  gouttière  de  Bonnet  métal¬ 
lique,  légère  et  démontable,  destinée  au  transport.' des  blessés 
atteints  de  fractures  du  rachis  et  du  bassin.  Or,  il  faut  bien 
reconnaître  que  cette  gouttière,  constituée  par  des  pièces  mul¬ 
tiples  et  difficiles  à  assembler,  ne  réalise  qu’une  immobilisation 
extrêmement  précaire;  au  surplus,  elle  a  été  si  peu  utilisée  au 
cours  de  la  guerre  qu’il  est  possible  que  beaucoup  d’entre  vous  ne 
la  connaissent  pas. 

Le  cadre  que  je  vous  présente  aujourd’hui  est  destiné  à  la 
remplacer  et  vient  d’être  adopté  comme  gouttière  de  Bonnet  dans 
les  formations  sanitaires  des  armées. 

Cet  appareil  est  dérivé  du  cadre  de  transport  utilisé  dans  la 
marine  américaine  où  j’ai  pu  l’étudier  sur  place,  aux  États-Unis, 
en  octobre  dernier,  et  dont  j’ai  pu  obtenir  un  exemplaire  grâce  à 
l’extrême  obligeance  de  mon  ami  le  Commander  William  Seaman 
Bainbridge.  J’ai  apporté  à  ce  cadre  une  série  de  modifications, 
toutes  dirigées  dans  le  sens  de  l’allégement  et  de  la  simplification 


SÉANCE  DU  25  AVRIL  611 


pour  arriver  à  la  confection  de  l’appareil  que  je  vous  présente 
aujourd’hui  (voir  figures  ci-jointes). 

Comme  vous  le  voyez,  c’est  un  véritable  berceau  dont  l’armature, 
construite  en  tube  de  duralumin,  sert  de  support  à  un  sommier 
élastique,  amovible,  en  toile  métallique.  Une  pièce  facilement 
amovible  sépare  les  deux  membres  inférieurs  qui  reposent  ainsi 
chacun  dans  une  véritable  gouttière.  Cet  appareil  est  d’une  très 
grande  légèreté.  Son  poids  n’est,  en  effet,  que  de  7  kilogrammes, 
alors  que  noire  simple  brancard  ordinaire  en  pèse  déjà  plus  de  9. 

Sa  simplicité  et  sa  robustesse  le  rendent  apte  à  l’utilisation 
dans  les  formations  sanitaires  de  première  ligne. 

Mais  son  avantage  primordial  est  celui  de  permettre  en  même 
temps  d’assurer  le  transport  et  l’immobilisation  primaire.  Il 
répond  au  principe  sur  lequel  M.  Nimier  avait  insisté  dès  1897  au 
XIIe  Congrès  international  de  médecine,  à  savoir  que]  dans  le 


JFig.  2.  —  Cadre  vu  de  trois  quarts. 


premier  transport  des  blessés  atteints  de  fractures,  le  brancard 
doit  être  la  ba  ie  de  l’immobilisation. 

C’est,  en  effet,  un  véritable  brancard  qui  s'adapte  aussi  bien  et 
même  mieux  que  le  brancard  ordinaire  à  la  brouette  porte-brancard 
et  à  la  voiture  sanitaire  automobile.  Le  blessé  y  est  stable,  bien 
encadré  et  bien  encastré,  toutes  conditions  favorables  pour  éviter 
les  déplacements  latéraux  consécutifs  aux  heurts  multiples  prove-, 
nant  des  accidents  du  terrain  ou  de  la  route.  La  toile  métallique, 
enfin,  grâce  à  son  élasticité,  en  fait  un  véritable  lit  confortable 
dont  la  bonne  suspension  atténue  notablement  les  cahots  dont 
souffrent  tant  les  blessés,  en  général,  et  les  fracturés,  en  parti¬ 
culier. 

C’est  aussi  un  véritable  appareil  d'immobilisation  primaire 
permettant  de  réaliser  l’extension  continue.  Il  est  facile  de  com¬ 
prendre,  en  effet,  que  les  différentes  parties  du  cadre  peuvent 
servir  de  point  d’appui  pour  permettre  l’extension  et  la  contre- 
extension,  non  seulement  des  membres  inférieurs,  mais  encore 
de  la  colonne  vertébrale.  Dans  ce  but,  nous  pouvons  nous  servir 
des  étriers  extenseurs  utilisés  dans  l'application  de  la  grande 


612 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


attelle  externe,  du  Pouliquen  ou  du  Lardennois  dont  je  vous  ai 
présenté  les  modèles  l’an  dernier.  Deux  étriers  extenseurs  fixent 
très  facilement  les  deux  pieds  à  l’extrémité  inférieure  de  l’appa¬ 
reil.  Deux  lacs  contre-extenseurs  inguinaux  fixés  sur  les  grands 
côtés  permettent  d’obtenir  une  bonne  contre-extension  des 
membres  inférieurs,  laquelle  peut  être  complétée  par  celle  de  la 
colonne  vertébrale  à  l’aide  de  deux  lacs  axillaires  qui  viennent  se 
fixer  à  l’extrémité  supérieure  du  cadre.  Deux  ou  trois  sangles 
transversales  solidarisent  le  blessé  avec  l’appareil  qui  peut,  dans 
ces  conditions,  être  porté  indistinctement  dans  n’importe  quelle 
position. 

Indépendamment  de  son  utilisation  éventuelle  comme  gouttière 
de  Bonnet,  cet.  appareil  semble  répondre  à  des  indications  mul¬ 
tiples  qui  seront  précisées,  dans  un  avenir  prochain,  à  la  suite  des 
essais  qui  vont  être  faits  au  Maroc. 

Il  semble,  en  effet,  qu’il  réalise  un  type  excellent  de  brancard 
pour  le  transport  des  blessés  en  avion.  Quelques  avions  sanitaires 
en  sont  actuellement  pourvus. 

Il  semble  également  qu’il  peüt  remplacer  avantageusement  la 
litière  actuellement  en  usage  pour  le  transport  des  blessés  à  dos 
de  mulet  dans  la  guerre  de  montagne.  Un  certain  nombre  de  bâts 
sont  actuellement  en  préparation  pour  permettre  de  l’utiliser 
comme  litière. 

11  est  non  douteux,  enfin,  qu’il  rendra  des  services  dans  le 
transport  des  blessés  dans  les  auto-chenilles  sanitaires  qui  vont 
être  mises  en  usage  dans  les  régions  du  Maroc  inaccessibles  aux 
voitures  sanitaires  ordinaires. 

Dans  ces  conditions,  l’utilisation  de  cette  gouttière  qui  est 
adaptée  à  tous  les  moyens  de  locomotion  actuellement  connus 
évitera  au  blessé  qui  devra  être  transporté  successivement,  soit  à 
bras,  soit  en  voiture,  soit  à  mulet,  soit  en  avion,  de  subir  les 
transbordements  pénibles  nécessités  par  le  changement  de  bran¬ 
card  ou  d’appareil;  le  blessé  pourra  arriver  dans  son  lit  avec  le 
même  appareil  qui  aura  servi  à  le  relever,  à  le  transporter  et  à 
l’immobiliser. 

L’intérêt  de  ce  cadre  ne  me  paraît  pas  limité  à  son  utilisation 
éventuelle  dans  la  pratique  de  guerre.  Il  pourrait,  semble-t-il, 
recevoir  avec  avantage  des  applications  nombreuses  dans  la 
pratique  civile.  Je  ne  puis,  à  ce  propos,  que  répéter  aujourd’hui  ce 
que  je  disais  déjà  l’an  dernier  au  sujet  des  appareils  de  transport 
que  je  vous  ai  présentés. 

Comme  ces  derniers,  l’appareil  que  je  vous  présente  pourrait,  en 
effet,  avoir  sa  place  dans  tous  les  postes  de  secours  importants, 
dans  les  grands  hôpitaux  urbains,  dans  les  grandes  gares,  dans 


SÉANCE  DU  25  AVRIL 


les  champs  de  courses  et  d’aviation,  en  un  mot,  dans  tous  les 
centres  où  les  grands  traumatismes  sont  fréquents  et  où  peuvent 
arriver  à  l’improviste  des  demandes  de  secours  à  la  suite  des 
grands  accidents  d’automobile,  de  chemin  de  fer  ou  d’avion. 

Je  signale,  à  titre  d’indication,  que  les  sapeurs-pompiers  de 
New-York  utilisent  couramment  le  cadre  de  la  marine,  dont  dérive 
celui  que  je  vous  présente,  pour  opérer  des  sauvetages  difficiles 
au  cours  des  incendies  d’immeubles  élevés  en  faisant  glisser 
l’appareil  le  long  d’une  échelle  comme  un  véritable  toboggan. 

Quoi  qu’il  en  soit,  les  accidents  de  tous  genres,  qui  sont  la 
rançon  des  progrès  de  l’industrie  et  de  la  locomotion  modernes, 
sont  assez  fréquents  aujourd’hui  pour  que,  même  en  temps  de 
paix,  nous  cherchions  à  offrir  aux  grands  blessés  des  moyens  de 
transport  pratiques  leur  permettant  d’être  dirigés  avec  confort  et 
sécurité  sur  un  centre  chirurgical  disposant  des  moyens  néces¬ 
saires  au  traitement  rationnel. 


Dans  sa  prochaine  séance,  la  Société  procédera  à  l’élection 
d’un  membre  titulaire. 


Le  Secrétaire  annuel, 
M  Ombrédanne. 


Paris.  -  h.  M* 


SÉANCE  DU  2  MAI  1923 


Présidence  de  M.  Mauclaire. 


Procès-verbal.  . 


La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  mise 
aux  voix  et  adoptée. 


Correspondance. 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  périodiques  de  la  semaine. 
2°.  —  Une  lettre  de  M.  Souligoux,  demandant  un  congé  de  trois 
semaines. 


A  propos  de  la  correspondance. 

1°.  —  Un  travail  de  MM.  Tourneux,  chirurgien  des  hôpitaux  de 
Toulouse  et  J.  Baillot,  interne  des  hôpitaux,  intitulé  :  Tumeur 
paranéphré/ique,  et  un  second  travail  de  M.  Tourneux,  intitulé  : 
Tumeur  pédiculée  du  bassin ,  à  développement  intrapéritonéal , 
■ayant  déterminé  des  phénomènes  d' étranglement  herniaire. 

M.  Lecène,  rapporteur. 

2°.  —  M.  Moucbet  présente  un  travail  de  MM.  Ferrari  et 
Verger  (d’Alger),  intitulé  :  Sur  la  dissection  d'une  pièce  de  luxa¬ 
tion  subtotale  du  carpe  rétro-lunaire. 

M.  Mouchet,  rapporteur. 

M.  Albert  Moucbet.  —  J’ai  l’honneur  de  déposer  sur  le  bureau 
de  la  Société  un  livre  que  je  crois  appelé  à  rendre  les  plus  grands 
services  aux  blessés  de  guerre  et  aux  accidentés  du  travail.  II  est 
intitulé  :  «  Appareillage ,  rééducation  fonctionnelle  et  réadaptation 
professionnelle  des  blessés  et  accidentés  »  et  il  a  été  écrit  par 
MM.  Maurice  Villaret  et  Carie  Rœderer  (librairie  J. -B.  Baillière). 
M.  Villaret  s’est  réservé  la  prothèse  neurologique.  Mon  assistant 
d’orthopédie,  M.  Rœderer,  a  condensé  en  400  pages  ornées  de 
336  figures  les  résultats  de  sa  grande  expérience  de  la  prothèse. 

BULL.  ET  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CHIR.,  1923.  —  N»  15.  46 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Claire,  précise,  bourrée  de  renseignements  pratiques,  l’œuvré  de 
M.  ^ederer  montre  l’importance  qu’il  y  a  pour  le  chirurgien  à 
souder  de  la  prothèse  et  à  collaborer  efficacement  avec  le 
/•'fabricant  d’appareils. 


J*, 


A  propos  du  procès-verbal. 

A  propos  de  l'Üydronéphrose  par  vaisseau  anormal. 


M.  Mariox.  —  Dans  la  séance  du  18  avril,  je  venais  affirmer 
que  l’hydronéphrosejpar  vaisseau  anormal  existe,  me  basant  sur 
ce  fait  qu’ayant  sectionné  le  vaisseau  dans  7  cas  d’hydronéphrose 
les  phénomènes  hydronéphrotiques  avaient  disparu  à  la  suite  de 
cette  section. 

M.  Bazy  me  posant  alors  diverses  questions  me  demanda  si  je 
n’avais  pas  pratiqué,  en  même  temps  que  la  section  du  vais¬ 
seau,  d’autres  opérations,  en  particulier  la  néphropexie.  Pris  un 
peu  au  dépourvu  et  n’ayant  pas  toutes  mes  observations  absolu¬ 
ment  présentes  à  l’esprit,  les  premières  remontant  à  1917,  je  lui 
affirmai,  et  même  avec  une  certaine  énergie,  que  je  n’avais  rien 
fait  d’autre  que  la  section  du  vaisseau  anormal,  ne  me  souvenant 
bien  que  des  dernières  opérations.  Je  lui  indiquais  en  même  temps 
le  travail  de  Kummer  que  je  croyais  plus  récent  qu’il  n’est,  dont 
je  n’avais  lu  que  les  conclusions,  et  où  se  trouvent  rapportées  mes 
trois  plus  anciennes  observations  de  section  de  vaisseau  anormal. 

Dans  la  séance  du  24  avril,  M.  Bazy,  très  légitimement,  venait 
précisément  rapporter  les  observations  citées  dans  le  travail  de 
Kummer,  dans  lesquelles  il  est  question  de  néphropexie  com¬ 
plétant  la  section  du  vaisseau  anormal  et  apportant,  par-consé¬ 
quent,  la  preuve  absolue  que  je  n’avais  pas  dit  l’exacte  vérité. 

Je  pense  que  le  fait  d’avoir  indiqué  le  travail  de  Kummer  est  un 
garant  de  ma  bonne  foi  ;  et,  comme  je  le  disais  tout  à  l’heure,  si 
j’ai  été  aussi  affirmatif,  c’est  que,  pris  au  dépourvu,  je  me  basais 
sur  mes  dernières  opérations  ;  mon  tort  a  été  de  généraliser. 

Au  fond,  il  m’est  parfaitement  indifférent  que  l’hydronéphrose 
par  vaisseau  anormal  exdste  ou  n’existe  pas  ;  ce  n’est  pas  moi  qui 
ai  eu  le  premier  cette  idée  ,  de  l’action  d’une  polaire  inférieure.  Si 
je  la  soutiens,  c’est  parce  qu’elle  me  paraît  juste,  et  si  je  cherche  à 
faire  partager  ma  conviction,  c’est  parce  que  je  crois  rendre- 
service  à  ceux  qui  se  trouveront  en  présence  de  cette  lésion  en 
leur  disant  :  «  Vous  pouvez  sectionner  le  vaisseau  anormal,  il  n’en 
résultera  pas  de  dommage  appréciable  pour  le  rein,  et  d’autre  part 
vous  supprimerez  les  troubles  qu’accuse  le  malade  ».  Ce  serait  du 


SÉANCE  DU  2 


617 


reste  de  l’enfantillage  de  ne  pas  vouloir  par  principe  compléter  l’opé¬ 
ration  par  une  fixation  si,  conjointement,  il  existe  un  rein  mobile. 

Au  point  de  vue  de  mes  idées  sur  l’hydronéphrose  par  vaisseau 
anormal,  j’ai  passé  pus  trois  phases.  Dans  la  première,  persuadé 
comme  le  soutient  M.  Bazy  que  le  vaisseau  ne  jouait  aucun  rôle, 
persuadé  également  que  la  section  de  ce  vaisseau  devait  amener 
une  lésion  importante  du  rein,  j'ai  fait  dans  deux  cas  des  urétéro- 
pyéloplasties.  Moins  habile  ou  moins  heureux  que  Grégoire,  dans 
ces  cas  j’ai  dû  enlever  secondairement  le  rein.  J'ai  pensé  que  c’était 
la  nouvelle  bouche  pyélique  qui  était  trop  étroite,  mais  l’échec 
pouvait  être  dû  également  à  la  persistance  de  la  compression  par 
le  vaisseau.  Dans  une  seconde  phase,  j’étais  certain  que  la  section 
du  vaisseau  anormal  ne  donnait  aucun  trouble,  étant  donné  qu’au 
cours  de  pyélotomies  j’avais  sectionné  plusieurs  fois  l’artère  rétro- 
pyélique  sans  aucun  accident,  mais  je  n’étais  pas  encore  convaincu 
que  le  vaisseau  jouait  le  rôle  capital  dans  la  production  de 
l’hydronéphrose  et  vous  verrez  le  reflet  de  cette  tendance  dans  la 
rédaction  des  deux  premières  opérations  que  je  vous  lirai  dans  un 
instant.  Enfin  ayant  constaté  l’hydronéphrose  coïncidant  avec 
l’existence  d’un  vaisseau  anormal,  sans  qu’il  y  ait  abaissement 
du  rein,  l'hydronéphrose  siégeant  en  particulier  à  gauche,  j’ai 
pensé,  ce  qui  avait  déjà  été  fait,  qu’on  pouvait  sectionner  le  vais¬ 
seau  sans  faire  autre  chose,  si  toutefois  une  autre  lésion  comme 
la  mobilité  n’obligeait  pas  à  faire  une  fixation. 

Aujourd’hui  je  vous  apporte  le  compte  rendu  des  opérations, 
tel  qu’il  a  été  inscrit  sur  les  registres  par  mes  internes  chargés  de 
ce  soin. 

Je  regrette  un  peu  que  Kummer  se  soit  borné  à  inscrire  : 
«  néphropexie  »,  sans  copier  exactement  ce  qui  était  écrit  sur  les 
cahiers  d’opérations  ;  on  aurait  pu  voir  qu’entre  les  différentes 
néphropexies  il  y  avait  quelques  nuances.  Comme  Kummer,  abso¬ 
lument  convaincu  de  l’existence  de  l’hydronéphrose  par  vaisseau 
anormal,  n’attachait  pas  d’importance  à  l’opération  complétant  la 
section  du  vaisseau,  il  srest  borné  à  traduire  d’un  mot  cette  opé¬ 
ration  sans  y  ajouter  de  détails. 

Un  mot  auparavant  pour  répondre  à  la  critique  de  M.  Bazy  me 
demandant  d’expliquer  celte  phrase  :  «  La  dilatation  du  bassinet 
s’arrête  juste  au  niveau  du  vaisseau  anormal.  »  En  effet  l’artère 
polaire  cause  de  l’hydronéphrose  comprime  en  général  l’uretère  au 
niveau  de  son  implantation  sur  le  bassinet  et  j’ai  simplement  voulu 
dire  que  la  dilatation  ne  se  poursuivait  par  sur  l’uretère. 

Cela  dit,  voici  les  observations  : 


Obs.  I.  —  «  Mme  G...,  trente-deux  ans,  opérée  le  8  décembre  1917: 


«18 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Néphropexie  gauche  pour  hydronéphrose  avec  polaire  inférieure.  Il  existe 
une  artère  polaire  inférieure'  qui  barre  le  bassinet  et  le  distend 
(75  cent,  cubes).  Ligature  et  section  de  ce  vaisseau.  Suspension  du 
i-ein  dans  un  second  temps.  » 

Signé  :  Buquet. 

Obs.  II.  —  «  MUe  F...,  trente  ans,  opérée  le  19  décembre  1917  :  Néphro¬ 
pexie  pour  hydronéphrose  ( artère  polaire  inférieure  du  rein  droit).  Appen¬ 
dicectomie.  La  même  incision  lombaire  permet  dans  un  premier  temps 
l’appendicectomie  (appendice  très  long  :  18  centimètres)  ;  enfouisse- 
sement  difficile  mais  possible.  On  referme  la  brèche  péritonéale. 

«  Dans  un  second  temps  on  dégage  le  rein  qui  tient  à  la  loge  par  de 
nombreuses  adhérences.  Il  existe  une  artère  polaire  inférieure  qui  barre 
d’uretère.  Section  entre  deux  fils.  Fixation  du  rein  dans  un  dernier 
temps  suivant  le  procédé  ordinaire.  » 

Signé  :  Buquet. 

Il  n’y  a  pas  de  doute,  dans  ces  deux  opérations  qui  datent  de 
1917,  j’ai  pratiqué  une  néphropexie.  Je  vous  fais  remarquer  la 
façon  dont  sont  libellés  les  comptes  rendus,  elle  reflète  mon  ensei¬ 
gnement  et  l’idée  que  j’avais  à  cette  époque  de  ces  hydro- 
néphroses  :  «  Néphropexie  pour  hydronéphrose  avec  vaisseau 
* anormal  ».  Je  considérais  donc  le  vaisseau  anormal  comme  une 
coïncidence;  admeltantl’opiniondeM.  Bazy  comme  exacte,  le  rôle 
principal  revenant  à  l’abaissement  du  rein;  et  cependant  la  pre¬ 
mière  opération  a  trait  à  une  hydronéphrose  du  rein  gauche,  côté 
où  le  rein  mobile  est  rare  et  qui,  lorsqu’il  existe,  coïncide,  on  peut 
dire  toujours,  avec  un  rein  mobile  droit.  Or  la  malade  n’accusait 
aucun  signe  de  ce  côté. 

Je  vous  prie  de  noter  aussi  l’indication  :  «  néphropexie  suivant 
le  procédé  ordinaire  ».  Le  procédé  que  j’emploie  lorsque  je  veux 
vraiment  fixer  un  rein  abaissé  consiste  en  une  décortication  du 
rein;  les  lambeaux  capsulaires,  partagés  en  deux,  servant  alors  de 
points  d’attache  à  quatre  fils  de  lin  dont  les  deux  supérieurs 
passent  dans  le  9e  espace  intercostal  et  les  deux  inférieurs' au- 
dessus  de  la  12e  côte.  C’est  dire  que  j’élève  le  rein  aussi  haut 
que  je  le  puis,  considérant  que  seulement  cette  fixation  haute  a 
■de  la  valeur. 

Dans  ces  deux  cas,  il  n’est  pas  douteux  que  cette  fixation  haute 
a  été  réalisée  et  je  reconnais  avoir  fait  de  parti  pris  une 
néphropexie. 

Obs.  III.  —  «  Mme  D...,  vingt-neuf  ans,  opérée  le  26  novembre  1919: 
Hydronéphrose  gauche.  On  trouve  un  rein  ayaut  un  bassinet  distendu 
jusqu’au  niveau  de  son  abouchement  dans  l’uretère.  Il  existe  à  ce  niveau 
■un .  vaisseau  rétro-pyélique  qu’on  sectionne  entre  deux  ligatures.  Le 


SÉANCF,  DU  2  MAI 


619 


rein  étant  légèrement  abaissé,  on  incise  sa  capsule  et  on  le  fixe  par 
deux  fils  de  lin  à  la  paroi.  » 

Signé  :  Escudier. 

Dans  celte  observation,  j’ai  encore  pratiqué  une  néphropexie,  si- 
on  le  veut,  mais  ce  n’est,  plus  la  néphropexie  habituelle  dont  je 
parlais  tout  à  l’heure,  car,  ce  que  j’ai  fait,  je  l’ai  fait  en  unissant 
simplement  le  rein  à  la  paroi,  mais  sans  élever  spécialement 
l’organe  et  sans  me  donner  la  peine  de  passer  les  fils  à  travers  la 
paroi  thoracique  comme  dans  une  néphropexie  ordinaire. 

Obs.  IV.  —  «  Mlle  B...,  vingt-huit  ans,  opérée  le  30  décembre  1921  : 
Hydronéphrose  gauche  de  petit  volume  (35  cent,  cubes).  Découverte 
du  rein.  Vaisseau  polaire  inférieur  croisant  le  bassinet  en  arrière. 
Section  entre  deux  ligatures.  La  graisse  péri-rénale  prise  dans  un  fit 
est  fixée  à  la  paroi.  » 

Signé  :  Masmonteil. 

Dans  ce  cas,  comme  vous  le  voyez,  je  n’ai  plus  fait  de  fixation^ 
J’ai  coupé  le  vaisseau  et  j’ai  ramené  simplement  au-dessous  du 
rein  la  graisse  péri-rénale  comme  je  le  fais  après  toute  inter¬ 
vention  qui  libère  largement  le  rein,  pyélotomie  par  exemple;  et 
cela  non  pour  fixer  l’organe  dans  une  position  autre  que  celle 
qu’il  occupait,  mais  pour  l’empêcher  de  descendre  dans  l’espace 
rétro-cæcal  décollé. 

Voici  une  cinquième  opération  que  je  vous  demande  d’écouter 
avec  attention,  car  à  elle  seule  elle  constitue  la  preuve  la  plus 
éclatante  de  l’action  de  la  polaire  inférieure,  et  dans  ce  cas  il  n’y 
a  pas  eu  non  plus  néphropexie,  ni  même  aucune  autre  manœuvrer 
complémentaire. 

Obs.  V.  —  «  M.  St...,  vingt-cinq  ans,  opéré  le  5  juillet  1922  :  Hydro¬ 
néphrose  à  droite.  —  Le  rein  apparaît  légèrement  dilaté,  mais  le  bas¬ 
sinet  forme  une  poche  entièrement  extra-rénale  et  nettement  aug¬ 
mentée  de  volume.  Cette  poche  est  bilobée  par  le  passage  d’une  polaire- 
inférieure  qui  soulève  l’uretère  et  le  coude  à  angle  aigu.  Le  vaisseau- 
sectionné,  l'uretère  reprend  insertion  au  pôle  inférieur  du  bassinet  qui  se 
vide  aussitôt.  » 

Signé  :  Lebrun. 

Je  ne  crois  pas  qu’on  puisse  donner  un  plus  bel  exemple  de- 
l’action  du  vaisseau  normal  qui  coude  l’uretère  :  aussitôt  que  le- 
vaisseau  est  sectionné,  l’insertion  de  l’uretère  se  replace  au  point 
déclive  et  le  bassinet  se  vide. 

Obs.  VI.  —  «  M.  J...,  30  ans,  opéré  le  31  janvier  1923  :  Hydronéphrose- 
droite  par  coudure,  par  un  vaisseau  anormal  du  pôle  inférieur.  Ligature 
et  section  de  cette  artère.  Le  rein  est  fixé  simplement  par  quelques, 
points  sur  la  graisse  au-dessous  du  pôle  inférieur.  >> 

Signé  :  Eltrich. 


620 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRUKG1E 


Comme  vous  le  voyez  encore  dans  celte  observation,  il  y  a  eu 
simplement  section  de  l’artère  et,  s’il  est  parlé  de  fixation,  c’est 
uniquementpar  rassemblement  de  la  graisse  au-dessous  du  rein, 
manœuvre  que  je  fais,  je  vous  l’ai  dit,  pour  empêcher  le  rein  de 
descendre  et  non  pour  le  remonter. 

Mon  septième  cas  concerne  une  de  mes  jeunes  compatriotes, 
Dijonnaise,  à  laquelle  j’ai  sectionné  en  novembre  dernier  un  vais¬ 
seau  anormal  coudant  l’uretère  gauche.  Je  suis  certain  de  n’avoir 
pas  fait  une  néphropexie  véritable,  mais  je  ne  saurais  dire  si  j’ai 
ou  non  rassemblé  la  graisse  au-dessous  du  rein.  La  chose  est 
possible,  car  je  pratique  fréquemment  ce  capitonnage  sous-rénal 
lorsque  je  suis  intervenu  sur  le  rein. 

Par  conséquent,  sur  les  sept  cas  dont  je  vous  rapporte  les  obser¬ 
vations,  il  y  a  eu  deux  néphropexies  véritables;  elles  ont  été  prati¬ 
quées  chez  des  malades  opérés  en  1917;  j’étais  excusable  de  ne 
pas  me  souvenir  exactement  de  ces  faits.  Dans  tous  les  autres  cas, 
il  n’v  a  pas  eu  néphropexie  au  sens  propre  du  mot  :  une  fois  j’ai 
attaché  le  rein  à  la  paroi  sans  le  relever;  deux  et  peut-être  trois 
autres  fois,  j’ai  rassemblé  au-dessous  de  lui  la  graisse  péri-rénale, 
afin  que,  pendant  la  période  de  cicatrisation,  le  rein  n’ait  pas 
tendance  à  s’abaisser  dans  l’espace  rétro-cæcal  décollé  au  cours 
de  l’opération,  mais  je  nè  sache  pas  que  cette  conduite  ait  jamais 
constitué  une  néphropexie  ;  dans  un  cas,  je  n’ai  rien  fait  d’autre 
que  sectionner  le  vaisseau. 

En  affirmant  n’avoir  pas  fait  de  néphropexie,  répondant  à  l’im- 
proviste  à  une  question,  j’ai  eu  le  tort  de  généraliser  mon  affirma¬ 
tion  au  lieu  de  la  restreindre  aux  cas  les  plus  récents.  Et  vous 
devez  savoir  que  souvent  nous  croyons  toujours  avoir  suivi  la 
technique  que  l’on  emploie  au  moment  où  l’on  parle. 

Je  persiste  donc  à  conclure  ; 

1°  Les  hydronéphroses  par  vaisseau  anormal  existent. 

2°  Tout  vaisseau  anormal  ne  crée  pas  forcément  une  hydro¬ 
néphrose,  et  la  fréquence  de  l’existence  d’un  vaisseau  polaire 
inférieur  est  autrement  grande  que  celle  de  l’hydronéphrose 
qu’il  peut  déterminer.  Tout  dépend  de  ses  connexions  avec  l’ure¬ 
tère. 

3°  Lorsque  le  rein  s’abaisse  et  qu’il  existe  un  vaisseau  anormal 
l’hydronéphrose  se  produit  fatalement.  Est-ce  l’abaissement  du 
rein  ou  le  vaisseauanorraalqu’ilfautincriminerence  cas?  Il  semble 
bien  que  ce  soit  le  vaisseau  anormal,  car  le  nombre  des  reins 
abaissés  est  considérable  sans  qu’il  se  produise  d’hydronéphrose 
losrqu’il  n’existe  pas  de  polaire  inférieure.  Du  reste  la  fréquence 
des  hydronéphroses  coïncidant  avec  un  vaisseau  anormal  est  aussi 


SÉANCE  DU  2  MAI 


621 


grande  à  gauche  qu’à  droite  alors  que  la  mobilité  rénale  est  excep¬ 
tionnelle  à  gauche. 

4°  La  section  du  vaisseau  anormal,  contrairement  à  ce  qui  a  été 
dit,  ne  provoque  du  côté  du  rein  aucun  trouble  appréciable  clini¬ 
quement  ou  par  l’examen  de  la  valeur  fonctionnelle  de  l'organe; 
on  peut  donc  la  réaliser  sans  crainte. 

5°  La  section  du  vaisseau  anormal  amène  la  disparition  de 
l’hydronéphrose.  Il  est  évident  que  si  le  rein  est  abaissé  il  n’y  a 
vraiment  pas  de  raison  de  ne  pas  le  fixer  en  bonne  place  pour 
corriger  en  même  temps  le  déplacement. 

6°  Par  contre,  comme  le  démontrent  les  observations  de  Groud- 
zeff,  d’Eccles,  d’Hutchinson  citées  dans  le  travail  de  Kummer,  la 
néphropexie  pratiquée  isolément  est  insuffisante  pour  remédier  à 
ces  hydronéphroses. 

7°  Des  opérations  plastiques  peuvent  être  pratiquées  contre 
cette  variété  d’hydronéphrose,  mais  personne  ne  peut  nier  qu’il 
existe  au  point  de  vue  de  la  facilité  de  l’exécution  et  de  la  valeur  du 
résultat  définitif  une  différence  énorme  entre  une  urétéro-pyélo- 
plastie  et  la  section  d’un  vaisseau. 

8°  Que  les  chirurgiens  qui  se  trouveronten  présence  d’unehydro- 
néphrose  avec  vaisseau  anormal,  qui  n’a  pas  encore  , détruit  à 
peu  près  complètement  le  rein,  veuillent  bien  sectionner  ce 
vaisseau.  S’il  existe  un  abaissement  du  rein  il  est  vraiment 
indiqué  de  le  relever;  s’il  existe  une  poche  pyélique  considé¬ 
rable,  ils  pourront  en  faire  un  capitonnage;  s’il  n’existe  rien  du 
tout,  ils  remettront  simplement  le  rein  en  place  et  ils  guéri¬ 
ront  leur  malade. 

Je  laisse  à  l’avenir  le  soin  de  démontrer  de  façon  plus  indiscu¬ 
table  encore  que  je  ne  le  fais  aujourd’hui,  que,  malgré  tous  les 
raisonnements  les  plus  logiques,  l’hydronéphose  par  vaisseau 
anormal  existe  et  qu'il  suffit  de  supprimer  celui-ci  pour  voir  dis¬ 
paraître  l’hydronéphrose. 


A  propos  du  collo-vaccin  du  Dr  Gripiberg. 

M.  Raoul  Baudet.  —  Dans  le  rapport  que  j’ai  fait,  il  y  a  quelques 
jours,  sur  le  collo-vaccin  de  Grimberg,  j’avais  cru  qu’il  valait 
mieux  insister  sur  ses  résultats  thérapeutiques  que  sur  son  mode 
de  préparation  et  ses  propriétés  biologiques.  J’avais  dit  cepen¬ 
dant  que  c’était  un  agglomérat  de  corps  microbiens  tués  et  débar¬ 
rassés  de  leurs  exotoxines  après  lavage,  mais  contenant  des 
endotoxines. 


622 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


J’avais  fait  remarquer  que  la  teneur  en  endotoxine  était  très 
faible  :  puisque  1  cent,  cube  de  vaccin  correspond  à  1  /5000  de  tuber¬ 
culine  de  l’Institut  Pasteur.  N’ai-je  pas  été  assez  clair  ?  Je  précise 
alors  :  J’ai  voulu  dire  que  1  cent,  cube  de  collo-vaccin  contient 
5.000  fois  moins  de  tuberculine  que  1  cent.cu.be  de  tuberculine  de 
l’Institut  Pasteur.  Il  y  donc  vraiment  infiniment  peu  de  tuberculine 
dans  le  collo-vaccin  de  Grimberg  et  l’on  ne  saurait  assimiler  ce 
collo-vaccin  à  une  tuberculine,  comme  l’a  fait  Louis  Bazy,  il  y  a 
trois  semaines. 

Permettez-moi  donc  aujourd’hui  de  compléter  le  mode  de  pré¬ 
paration  de  ce  vaccin. 

Les  bacilles  de  Koch  sont  d’abord  tués  par  la  chaleur  ;  puis  ils 
sont  lavés  pendant  plusieurs  heures  d’une  façon  continue,  pour 
les  débarrasser  le  plus  possible  des  produits  solubles  qu’ils 
renferment.  Ce  point  est  important,  puisque  tout  ce  qui  est  exo- 
tuberculine  disparaît. 

Cela  fait,  les  bacilles  sont  broyés  dans  l’eau  stérilisée,  grâce  au 
frottement  de  la  limaille  de  fer  entraînée  par  un  champ  magnétique 
tournant  à  grande  vitesse.  C’est  là  un  procédé  de  broyage  tout  à 
fait  particulier,  dont  Grimberg  est  l’inventeur  et  qu’il  a  décrit  à 
la  Société  de  Biologie.  Parce  procédé, les  corps  microbiens  sont 
décapés  en  surface,  coupés  en  tranches,  réduits  en  somme  en 
fragments  plus  ou  moins  nombreux  et  plus  ou  moins  petits. 
L’eau  qui  a  servi  au  broyage  est  centrifugée.  Dans  cette  eau,  les- 
corps  microbiens  réduits  en  fragments  colloïdaux  restent  en  sus¬ 
pension.  Tous  les  autres  corps  solides  tombent  au  contraire  au 
fond  de  l’éprouvette  et  dans  ce  dépôt  on  trouve  des  bacilles 
morts  entiers  échappés  au  broyage,  de  la  limaille  de  fer  et 
quelques  autres  impuretés;  toutes  choses  dont  il  est  facile  de  se 
débarrasser. 

Le  liquide  contenant  des  corps  colloïdaux  seuls  est  mis  en 
ampoule,  après  dosage  des  corps  colloïdaux  et  de  la  tuberculine- 
qui  a  pu  se  glisser  dans  l’ampoule.  Puis  il  est  stérilisé  à  la  chaleur 
par  tyndallisation. 

J’insiste.  Le  vaccin  renferme  bien  des  fragments  bacillaires  à 
l’état  colloïdal.  Car  le  liquide,  opalescent  tant  qu’il  est  jeune,  c’est- 
à-dire  pendant  quatre  ou  cinq  mois,  devient,  en  vieillissant,  clair 
et  limpide,  en  même  temps  qu’un  dépôt  granuleux  se  forme  au 
fond  de  l’ampoule.  Ce  dépôt  granuleux  représente  Igs  corps 
colloïdaux  qui  en  mûrissant  ont  définitivement  floculé.  On 
obtient  encore  le  même  phénomène  de  floculation  d’une  autre 
façon. 

Si  dans  une  préparation  de  collo-vaccin  on  verse  quelques 
gouttes  d’un  sérum  tuberculeux,  riche  en  anticorps,  la  maturation 


SÉANCE  DU  2 


623 


et  la  floculation  se  précipitent  avec  d’autant  plus  de  rapidité  que 
le  vaccin  était  déjà  plus  ancien. 

Enfin  si  l’on  examine  au  microscope  le  dépôt  floculaire,  on 
trouve  une  abondante  quantité  de  granulations  prenant  le  Ziehl 
et  quelques  très  rares  bacilles  échappés  au  broyage. 

Louis  Bazy  nous  a  fait  remarquer  que  le  broyage, a  un  gros 
inconvénient:  qu’il  laisse  persister  de  fines  particules  colloïdales 
et  même  des  bacilles  qui  rendenl  le  produit  indosable  ;  que  pour 
éviter  cet  inconvénient  le  professeur  Vallée  procède  à  la  dilution 
des  produits  broyés,  filtre  et  ne  conserve  queles  produits  solubles, 
les  seuls,  d’après  lui,  qui  soient  utiles. 

Grimberg  part  d’un  principe  tout  à  fait  opposé.  Il  ne  cherche 
pas  à  éviter  la  formation  de  fines  particules  colloïdales  :  il  les 
recherche  et  il  n’utilise  qu’elles  autant  que  faire  se  peut.  Par 
contre,  il  rejette  les  produits  solubles  et  ne  conserve  que  ceux 
dont  il  ne  peut  se  débarrasser:  c’est-à-dire  une  infime  quantité. 
Il  ne  veut  pas  de  tuberculine  soluble  dans  son  produit.  Il  croit  à 
tort  ou  à  raison  que  les  antigènes  les  plus  actifs  que  l’on  trouve 
dans  une  culture  microbienne  sont  ceux  qui  existent  dans  la 
charpente  même  du  microbe,  et  que  le  peu  de  tuberculine  qui  se 
glisse  dans  sa  préparation  n’a  qu’un  rôle  insignifiant.  Voilà  pour¬ 
quoi  il  broie  les  corps  microbiens  tués  et  les  réduit  à  l’état 
colloïdal.  Voilà  pourquoi  il  appelle  collo-vaccin  le  produit  dont  il 
s’est  servi. 

C’est  un  vaccin  :  Il  est  difficile  de  le  désigner  sous  un  autre 
terme.  Je  déplore,  moi  aussi,  avec  Louis  Bazy  que  ce  mot  de 
vaccin  ait  été  détourné  de  son  premier  sens  et  qu’il  ne  soit  pas 
réservé  seulement  aux  substances  ou  extraits  microbiens  capables 
de  conférer  l’immunité.  Mais  l’usage  a  voulu  qu’à  côté  des  vaccins 
préventifs  on  ait  décrit  des  vaccins  curatifs  (vaccins  antigono¬ 
cocciques  de  Wright,  antistaphylococciques,  vaccins  polyvalents 
de  Delbet).  Soumettons-nous  donc  à  l'usage  et  conservons  son 
nom  au  collo-vaccin  de  Grimberg. 

Mais  Louis  Bazy  lui  fait  un  reproche  plus  grave  que  d’usurper 
un  nom.  Il  lui  reproche  de  n’avoir  pas  prouvé  qu’il  est  capable 
d’agir  comme  antigène  ^t  entraîner  la  formation  d’anticorps 
abondants. 

C’est  exact.  Ces  preuves  n’étaient  pas  faites  ou  du  moins 
j’avais  négligé  de  vous  les  communiquer.  Je  vous  les  apporte 
aujourd’hui  de  la  part  du  Dr  Grimberg. 

Faites  à  un  lapin  six  à  huit  injections  de  collo-vaccin,  une  tous 
les  deux  jours,  et  recherchez  dans  le  sérum  de  ce  lapin  la  réaction 
de  fixation,  en  prenant  comme  antigène  l’antigène  de  Besredka. 
Cette  réaction,  faites  vous  le  savez  pour  déceler  la  présence  des 


SOCIÉTÉ  DE  CEIIRURGIE 


anticorps,  se  montre  positive.  Si  au  contraire  on  se  sert  de 
sérum  d’un  lapin  non  tuberculeux  ou  non  injecté  avec  le  collo- 
vaccin,  la  réaction  est  négative.  Le  collo-vaccin  a  donc  provoqué 
chez  le  lapin  la  formation  d’anticorps.  Il  a  donc  agi  comme  anti¬ 
gène. 

C’est  là,  dira-t-on,  une  preuve  indirecte.  Voici  la  preuve 
directe. 

Si  l’on  recherche  la  réaction  de  fixation  dans  le  sérum  de  gens 
tuberculeux  ou  non  tuberculeux  en  se  servant  parallèlement  de 
l’antigène  de  Besredka  et  du  collo-vaccin  de  Grimberg,  on  obtient 
les  mêmes  résultats  que  tout  à  l’heure  :  positive  si  le  sérum  est 
tuberculeux,  négative  s’il  ne  l’est  pas.  Le  collo-vaccin  a  donc 
bien  agi  comme  l’antigène  de  Besredka. 

Il  contient  donc  des  antigènes  et  provoque  la  formation  d’anti¬ 
corps.  C’est  donc  bien  un  vaccin. 

Certes  Louis  Bazy  a  bien  raison  de  faire  des  réserves  sur  les 
propriétés  de  ces  anticorps,  et  de  rappeler,  avec  Calmette,  qu’ils 
ne  sont  pas  les  éléments  essentiels  de  la  défense  contre  l’infection 
tuberculeuse  :  «  qu’ils  sont  plutôt  les  témoins  des  réactions  cellu¬ 
laires  contre  les  produits  toxiques  excrétés  par  les  microbes  dans 
les  tissus  parasités,  ou  contre  la  tuberculine  introduite  artificiel¬ 
lement  dans  l’organisme  sain  ou  malade  ». 

Mais  je  cesse  d’être  avec  lui  quand  il  ajoute  avec  Calmette  : 

«  Il  n’existe  aucun  parallélisme  entre  leur  présence  (celle  des 
anticorps)  dans  le  sérum  d’un  sujet  et  son  aptitude  à  réagir  à  la 

tuberculine .  Il  paraît  bien  établi  que  leur  abondance  plus  ou 

moins  grande  ne  révèle  en  aucune  manière  un  état  d'immunité  ou 
de  résistance  à  l’infection.  » 

Je  cesse  d’être  avec  Louis  Bazy,  parce  que  je  ne  crois  pas  que 
cette  opinion  de  Calmette  soit  absolument  définitive  et  qu’elle 
mérite  d’être  formulée  aussi  catégoriquement.  Car  voici  comment 
ce  savant  éminent,  devant  lequel  je  m’incline,  s’exprime  sur  le 
même  sujet,  dans  son  récent  livre  sur  la  tuberculose. 

«  Un  grand  nombre  de  travaux  récents  tendent  à  faire  admettre- 
qu’il  existe  un  parallélisme  assez  étroit  entre  la  formation  d’anti¬ 
corps  dans  le  sang  des  sujets  tuberculeux  et  l'intensité  des  pro¬ 
cessus  de  défense  de  l’organisme  contre  l’infection  bacil¬ 
laire  (d).  » 

Dans  la  pr&mière  citation,  Calmette  dit  :  «  Il  n’y  a  aucun  paral¬ 
lélisme  »,  dans  la  deuxième  il  admet  que  le  parallélisme  est  assez 

étroit .  Est-ce  contradiction  ?  Non.  Cela  veut  dire  que  le  rôle 

-exact  et  direct  des  anticorps  dans  les  processus  défensifs  n’est  pas 


(1)  Calmette.  La  Tuberculose,  p.  514,  Masson,  4922. 


SÉANCE  DU  2  MAI 


625 


encore  nettement  établi.  Mais  pour  nous,  chirurgiens,  cela  a-t-il 
grande  importance  ? 

Du  moment  qu’un  extrait  microbien,  et  dans  le  cas  particulier 
le  collo-vaccin,  est  capable  de  former  des  anticorps  en  nombre 
d’autant  plus  grand  que  lui-même  est  plus  actif,  peu  nous  importe 
que  ces  anticorps  soient  ou  ne  soient  pas  les  agents  réels  de  la 
résistance  antituberculeuse,  s’il  nous  indiquent  par  leur  présence 
et  par  leur  nombre  que  cette  résistance  se  fait  et  qu’elle  est 
d’autant  plus  active  que  les  anticorps  sont  plus  abondants. 

Voici  un  dernier  reproche  qui  touche  au  mode  même  de  la  pré¬ 
paration.  Louis  Bazy  pense  que  le  broyage  mécanique  des  corps 
microbiens  laisse  passer  quelques  impuretés  :  qu’ainsi  s’expliquent 
les  abcès  que  l’on  a  observés  chez  quelques  malades. 

Grimberg  proteste.  11  n’y  aurait  dans  son  liquide  vaccinal  que 
des  gouttelettes  colloïdales  :  toutes  les  autres  impuretés  ayant 
disparu  après  centrifugation  et  les  ampoules  ayant  été  à  .plusieurs 
reprises  stérilisées  par  tyndallisation. 

Les  abcès,  du  resteront  été  très  rares  :  1/10  malades,  et,  fait 
curieux,  chaque  malade  qui  a  eu  un  abcès  après  une  piqûre  a  eu 
ensuite  des  abcès  à  chaque  piqûre. 

Pourquoi.  Si  la  formation  de  l’abcès  tenait  aux  impuretés, 
toutes  les  ampoules  ayant  été  fabriquées  en  série,  en  même  temps, 
ayant  toutes  la  même  origine,  devraient  toutes  provoquer  des 
abcès  chez  les  différents  malades  à  qui  on  les  injecte.  Or  un  seul 
malade  fait  des  abcès  :  et  à  chaque  piqûre  ce  même  malade  refait 
un  nouvel  abcès. 

Il  faut  donc  penser  qu’il  s’agit  là  d’une  réaction  tout  à  fait  indi¬ 
viduelle  et  non  pas  d’une  défectuosité  dans  la  préparation  du 
vaccin  :  d’un  phénomène  analogue  au  phénomène  de  Robert 
Koch. 

Je  crois  donc  que  dans  le  vaccin  de  Grimberg,  à  côté  des 
fragments  colloïdaux,  il  se  glisse  quelques  cadavres  bacillaires 
trop  peu  nombreux  pour,  produire  chez  tous  les  malades  injectés 
ce  phénomène  de  Robert  Koch,  mais  qui  peuvent  le  faire  appa¬ 
raître  chez  quelques  sujets  particulièrement  sensibles. 

Est-il  nécessaire  d’ajouter  que  le  collo-vaccin  de  Grimberg  n’est 
pas  encore  à  son  point  de  perfection  et  que  Grimberg  cherche 
tous  les  jours  à  l’améliorer  ? 

Je  ne  saurais  vraiment  insister  plus.  Je  remercie  Louis  Bazy, 
pour  les  remarques  qu’il  a  bien  voulu  faire,  dans  sa  très  intéres¬ 
sante  communication,  de  m’avoir  fourni  l’occasion  de  mieux 
préciser  les  propriétés  du  collo-vaccin  et  j’invite  mes  collègues  à 
l’essayer  dans  certains  cas  de  tuberculose  chirurgicale. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


M.  Louis  Bazy.  —  Je  ne  veux  pas  prolonger  aujourd’hui  cette 
discussion.  Le  traitement  de  la  tuberculose  soulève,  en  effet,  des¬ 
problèmes  trop  importants  pour  qu’ils  puissent  faire  l’objet  d’un 
débat  extemporané.  J’ai  dit  et  je  continue  à  croire  que  le  produit  que 
nous  aprésenté  M.  Grimberg  étaitune  tuberculine. M.  Baudet  ne  le 
pense  pas.  Cependant  qu’est-ce  que  la  tuberculine,  sinon  les  élé¬ 
ments  constituants  du  bacille  de  Koch  que  l'on  met  en  liberté  en- 
détruisant,  par  un  procédé  quelconque,  la  coque  même  du  bacille? 
On  a  dit  bien  souvent  quelle  diffusion  avaient  tous  les  travaux  qui 
paraissaient  à  notre  tribune.  J’ai  pensé  qu’il  était  nécessaire 
d’apporter  quelques  précisions  sur  la  méthode  thérapeutique  qui 
nous  était  présentée  et  que  j’ai  apparentée  à  la  tuherculino- 
thérapie.  Quand  celle-ci  est  maniée  par  un  biologiste  comme- 
M.  Grimberg  et  un  chirurgien  aussi  expérimenté  que  mon  maître 
Baudet,  elle  ne  peut  que  fournir  des  enseignements  intéressants. 
Mais  j’estime,  comme  d’autres,  qu’il  faut  dire  que  ce  n’est  pas- 
une  méthode  à  mettre  sans  précautions  entre  les  mains  des  prati¬ 
ciens  et  qu’il  y  a  un  monde  entre  le  traitement  vaccinothérapique 
des  infections  chirurgicales  banales  et  celui  des  tuberculoses» 
Qu’on  n’oublie  pas  les  déboires  qu’a  fournis  la  tuberculino- 
thérapie  ! 


Rapports. 

Sûr  le  traitement  du  cancer  cervico-utérin 
par  V hystérectomie  consécutive  à  la  curiethérapie , 
par  M.  Robert  Monod. 

Rapport  de  M.  A.  GOSSET. 

Mon  rapport  sera  divisé  en  deux  parties  :  dans  la  première,  je 
voudrais  vous  exposer  la  technique  que  nous  suivons  dans  mon  ser¬ 
vice  spécial  de  cancéreux  de  la  Salpêtrière,  M .  Robert  Monod  et  moi, 
depuis  quinze  mois  que  nous  y  ont  été  envoyées  des  malades  ;  et, 
dans  la  seconde  partie,  je  vous  relaterai  les  seuls  résultats  obtenus 
par  M.  Monod,  me  réservant  de  publier  les  miens  ultérieurement. 

Dans  le  traitement  du  cancer  du  col  de  l’utérus,  nous  préconisons 
l’association  systématique  du  radium  et  de  la  chirurgie  :  l’appli¬ 
cation  du  radium  précédant  de  quatre  à  six  semaines  une  hysté¬ 
rectomie  totale  qui,  suivant  les  cas,  sera  soit  simple,  soit  élargie. 

Pour  la  technique  de  la  curiethérapie  (1),  nous  avons  suivi  celle 

(1)  Nos  applications  de  radium  ont  été  faites  par  le  Dr  Wallon;  quelques- 
unes  par  le  Dr  Octave  Monod. 


SÉANCE  DU  2  MAI 


627 


-que  préconisent  le  professeur  Regaud  et  ses  collaborateurs  :  trai¬ 
tement  unique  par  application  de  tubes  d’émanation  groupés  en 
quatre  foyers  :  trois  vaginaux,  un  utérin. 

Durée  de  l’application  :  quatre  à  cinq  jours. 

Dose  moyenne  :  50  millicuries  détruits,  avec  un  minimum  de 
22,02  millicuries  (obs.  IV),  dose  insuffisante,  et  une  dose  maxima 
■de  81,75  mcd  (obs.  XII). 

Pendant  la  durée  du  traitement,  les  appareils  sont  enlevés  et 
nettoyés  chaque  jour;  injection  vaginale  et,  chaque  fois  qu’il  y  a 
menace  de  rétention,  injection  intra-utérine. 

La  réaction  thermique  au  cours  de  l’application  du  radium  nous 
paraît  être  une  précieuse  indication  sur  l'étafed’infection  des  voies 
génitales  :  une  forte  température  pendant  le  traitement  curie- 
•thérapique  devant  faire  craindre  des  complications  infectieuses 
au  cours  de  l’intervention.  Les  deux  seules  opérées  perdues  par 
R.  Monod,  toutes  deux  mortes  d’infection  (obs.  VI  et  VII),  avaient 
-eu  une  fièvre  très  élevée  au  cours  de  leur  irradiation,  39° 
et  40°. 

Nous  avons  maintenant  l’habitude  de  traiter  préventivement 
ees  malades  infectées  par  des  injections  d’un  auto-vaccin  préparé 
avec  des  prélèvements  vaginaux. 

Dans  les  jours  qui  suivent  l’application,  nous  pratiquons  des 
irrigations  vaginales  quotidiennes;  chez  certaines  malades  ayant 
tendance  à  lapyométrie,  nous  drainons  l’utérus  avec  un  drain  de 
Mouchotte  _ 

Aux  deux  observations  antérieurement  publiées  (1),  R.  Monod 
ajoute  28  nouveaux  cas  de  cancer  du  col  de  l’utérus  ainsi  traités 
par  la  méthode  combinée  du  radium  et  de  l’exérèse  chirurgicale, 
depuis  l’ouverture,  en  janvier  1922,  du  service  de  cancéreux  de  la 
clinique  chirurgicale  de  la  Salpêtrière,  jusqu’à  la  fin  de  février 
•dernier. 

Le  cas  le  plus  ancien  remonte  à  deux  ans  et  deux  mois 
>(2  décembre  1920),  les  autres  s’échelonnent  entre  cette  date  et  le 
1er  mars  1923;  il  n’est  donc  pas  encore  question  pour  ces  malades 
de  conclure  à  des  guérisons  définitives;  néanmoins,  l’étude  de  ces 
30  cas,  qui  représentent  à  l’heure  actuelle  la  statistique  intégrale 
des  traitements  mixtes  radium-chirurgicaux  de  Monod,  comporte 
■dès  maintenant  des  déductions  assez  intéressantes  pour  justifier 
leur  présente  publication. 

Les  30  cas  de  Monod,  dont  on  trouvera  les  observations  résu¬ 
mées  dans  le  tableau  ci-joint,  prêtent  aux  considérations  sui¬ 
vantes  : 


(1)  Voir  La  Pi’esse  médicale,  n°  11,  8  février  1922. 


NOMS»  AGES 

BIOPSIE 

(en  nfilïicu'ries)- 

j  INTERVENTION 

EXAMEX  DES  PIÈCES 

OBSE.™ 

Obs.  I.  —  D.  . 

28  ans,  début 
clinique,  sept. 
1920. 

G,  cancer  en  chou-fleur. 

P,  début,  d'infiltration  à 
gauche. 

U,  mobile. 

Epithélioma  pavi- 
menteux  spino-cel- 
lulaire  avec  globes 
cornés. 

Du  19  novembre 

2  décembre  li 
Radiumpuncture, 

Dose^fV,  30,17; 
27  novembre,  2 
=  51,94. 

Durée  :  V,  86  heui 
ü,  119  heures. 

ij  janvier  1921.  Dr  Mo- 
nod.IIystérocolpecto- 
i  mie  avec  dissection 
del’uret.  gauche.  Opé- 
:  ration  simple  sans 
incident.  Suites  nor¬ 
males.  Sortie  au 
23e  jour. 

Avant  l'intervention, 
au  cours  du  traite¬ 
ment  par  le  radium  : 

disparition  progres- 
sivedd’épithélioma 
par  transformation 
cornée. 

Après  l'intervention  : 
examen  du  col,  du 
paramètre,  des  pé¬ 
dicules  lymphati  - 
ques  :  négatif  (La- 
cassagne). 

Guérison  se  mainte¬ 
nant  depuis  2  ans 
et  2  mois. 

Traitement  curiethé- 
rapique  sans  incidents, 
sans  fièvre.  Malade 
jeune,  êpithélioma 
spino- cellulaire  à 
évolution  rapide. 

Obs.  II.  —  11..., 
48  ans,  débul 
clinique,  janv. 
1921. 

C,  ulcération  bourgeon¬ 
nante  lèvre  postérieure. 
V,  peu  envahi,  culs-de-sac 
souples. 

P,  intacts. 

U,  mobile. 

Annexite  gauche. 

Epithélioma  cellulaire 
en  voie  de  différen- 
ciationépidermoïde, 
nombreuses  karyo- 
kinèses. 

Du  30  mars  au  4  « 
1921  : 

Dose  :  V,  34  ;  fi, 
=  59. 

Durée  :  96  heure* 

31  mai  1921.  Dr  Monod. 
Hystérectomie  totale; 
fusion  du  col  et  des 
paramètres  nécessi¬ 
tant  une  totalisation 
secondaire. 

Au  cours  du  traite¬ 
ment  par  le  radium 
et  sur  les  pièces 
enlevées  par  l’in¬ 
tervention  aucune 
trace  de  .  cellules 
néoplasiques. 

Guérison  se  mainte¬ 
nant  depuis  le  4  avril 
i921,unanetl0mois. 

Poussée  d’annexite 
au  cours  du  traite¬ 
ment  curiethéra- 
pique  :  38°3;pyosal- 
pinx  gauche.  Opé¬ 
ration  laborieusedu 
fait  des  lésions  de 
pelvipéritonite. 

Obs.  111.  -  T..., 
53  ans,  début 
clinique,  avril 
1921,  pertes  et 
amaigrissement. 

■C,  rouge  ulcéré. 

V,  culs-de-9ac  envahis. 

P,  infiltration  paramètre 
gauche. 

U,  mobilité  diminuée. 

Epithélioma  pavi- 
menteux  épidermoïque. 
Kératose  peu  consi¬ 
dérable  ou  incom¬ 
plète,  nombreuses 
mitoses. 

Du  21  au  25  fév.  11 
Dose  :  V,  19,57; 
17,78  =  37,35. 

4  avril  1922.  Dr  Monod. 
Hystérectomie  totale, 
zone  vaginale  irra¬ 
diée  friable ,  inter¬ 
vention  simple. Sortie 
au  25e  jour. 

Institut  Pasteur  :  Dis¬ 
parition  des  cellules 
néoplasiques  (La- 
cassagne). 

Guérison  se  mainte- 
etaïommsU1S  1  “ 

Cas  peu  favorable 
avec  envahissement 
du  vagin  et  du  pa¬ 
ramètre,  inopérable 
avant  le  radium. 

Obs.  IV.  —  M..., 
58  ans,  début 
octobre  1921, 
pertes  sanglantes. 

G,  exulcéré,  rétracté. 

V,  souple. 

U,  gros,  dur,  mobile. 

Epithélioma  pavi- 
menteux  sans  globes 
cornés,  karyokinèses 
extraordinairement 
nombreuses. 

Du  27  février  au  3  mi 
1922  : 

Dose  :  V,  11,351 
10;77  =  22,12  si 
colpostat. 

Î1  avril  1922.  Volumineux 
pyomètre.  Dr  Monod. 
|1  Hystérectomie  totale. 

Lésions  de  métrite 
aiguë  sans  cellules 
néoplasiques  (Magrou). 

Excellent  état  depuis 
9  mois:  en  décembre: 
.  douleurs  abdomi¬ 
nales.  Laparotomie, 
appendicite,  appen¬ 
dicectomie  :  depuis, 
disparition  des  dou-; 

Aucours  d’une  laparo¬ 
tomie, 8  mois  après, 
pour  appendicite  , 
vérification  de  l'état 
du  bassin,  aspect 
normal;  on  constate 
la  présence  d’un 
petit  noyau,  dur, 
mobile,  à  gauche 
du  moignon  vaginal 
(bloc  fibreux  cica¬ 
triciel  ou  récidive  ?); 
dans  le  doute  séances 
de  rayons  X  péné¬ 
trants  (Ledoux- 
Lebard). 

Obs.  V.  —  D..., 
42  ans,  début 
mai  1921,  hé¬ 
morragies  post- 
coïtales. 

C,  ulcération  lèvre  posté- 

V,  début  envahissement 
cul-de-sac  gauche. 

U,  mobilité  diminuée. 

Epithélioma  pavi- 

Dullaul5marsl9 
Dose  :  V,  32,23; 
18,71  =  50,94. 

li  mai  1922.  Dr  Monod 
Hystérectomie  totale, 
zone  de  nécrose  su- 
■  perficielte  de  la  vessie, 
épiploïte. 

Sur  coupes  transver¬ 
sales  pratiquées  à 
différents  niveaux 
du  col.  infiltration 
néoplasique  discrète, 
îlots  irréguliers  de 
grandes  cellules  à 
noyaux  difformes, 
karyokinèses  aty- 
,  piques. 

Guérison  se  mainte¬ 
nant  depuis  10  mois. 

G,  col  ;  Y,  vagin  ;  P,  paramètre  ;  U,  utérus  ;  I.  immobilité. 


N0MS,ACES 

BIOPSIE 

m 

RADIUM 

(en  millicuries) 

INTERVENTION 

EXA51EN  DES  PIÈCES 

SUITES 

OBSERVATIONS  - 

ÔBS.  VI.  —  L..., 
51  ans. 

C,  volumineux  chou-fleur 
comblant  le  fond  du 
vagin. 

P,  envahissement  4  gauche. 

Epithélioma  pavi- 
menteux  malpighien, 
globes  cornés,  ka- 
ryokinèses  très  nom¬ 
breuses.  , 

Du  1er  au  g  mars  . 
Dose  :  V,  21,24; 
pas  de  sonde  utérii 

15 avril  1922.  D1'  Monod. 
Hystérectomie  totale, 
mais  à  gauche  masse 
dans  le  paramètre 
qu'on  ne  peut  enlever 
complètement. 

Epithélioma  pavi 
mentei.x  malpighien, 
globes  cornés,  lé- 

Décédée  le  8e  jour. 
23 mai, cellulite  pel¬ 
vienne  avec  propa 
gation  au  péritoine, 
signes  d’ocolusion. 
anus  iliaque. 

Mauvaise  technique 
de  radium,  dose  va¬ 
ginale  insuffisante, 
pas  de  foyer  utérin 
Conditions  opéra¬ 
toires  défectueuses, 
tumeur  infectée  en 
évolution;  très  mau¬ 
vais  état  général. 

Obs.  Vit.  —  J..., 
45  ans,  début 
août  1921,  mé¬ 
trorragies. 

G,  cratère  ulcère  avec  dis¬ 
parition  des  culs-de-sac 
vaginaux. 

V,  envahissement  étendu 
dm  vagin  en  avant  et 
en  arrière,  adhérence 
à  la  vessie. 

ü,  mobilité  très  diminuée. 

Epithélioma  pavi- 
menteux  malpighien, 
cellules  à  différen¬ 
ciation  malpighien¬ 
ne  très  marquées , 
cornées,  ébauche  de’ 
globes  épidermiques. 

DulO  au  14  avrill92! 
Dose  :  V,  18,64  ;  t 
21,12  =  39,76.  1 

Durée  en  4  jours,  fort 
réaction  fébrile  il 

23  avril  1922.  Dr  Monod. 
Hystérectomie  totale, 
drainage  abdominal 
et  vaginal. 

Coupes  transversales 
à  tous  les  niveaux 
myomètre  largement 
envahi  par  noyaux 
d’épilhélioma  pavi¬ 
menteux  malpighien 
avec  globes  cornés 
karyokinèses  exlrê 
memeut  nombreuses. 

Décédée  au  4"  jour, 
péritonite  généra¬ 
lisée,  41».  pusstrep 
toc.,  staphyl.,colib 

Radiumthérapie  :  forte, 
réaction  fébrile  40°. 
hydronéphrose,  cal¬ 
cul  du  bassinet, 
tuberculose  pieu- 

Obs.  VIII.  —  B..., 
35  ans,  métrite 
ancienne,  pertes 
fétides  depuis 
janvier  1922. 

G,  infiltré  avec  induration 
des  bords. 

V,  envahissement  cul-de- 
sac  gauche. 

P,  non  infiltrés. 

IJ,  mobile  +  fibrome. 

Epithélioma  cylindri¬ 
que  sans  globes  cor¬ 
nés,  karyokinèses 
nombreuses. 

Du  25  au  29  avril  192 
Dose,  V,  31,50  ;  j 
10,56  =42,06.  f 

30  mai  1922.  Dr  Monod 
Wertheim.  Pas 
d’adhérences. 

Coupes  pratiquées 
différents  niveaux 
pas  de  traces  de 
cellules  néoplasiques 

Simples ,  sortie  ai 
24e  jour.  Guéiisor 
se  maintei  ant  depui 
le  29  avrit  :  9  mois 

Obs.  IX.  —  L..., 
45  ans  ;  début, 
pertes  rouges 
en  1921. 

G,  largement  ulcéré  surtout 
à  droite  avec  envahis¬ 
sement  du  vagin  en 
avant  et  à  droite  sur 
une  longueur  de  3  cen¬ 
timètres  ,  envahisse¬ 
ment  des  culs-de-sac 
à  l’exception  du  cul-de- 
sac  postérieur,  indura- 

P,  droit,  mobilité  relative. 

U,  hystérométrie  longueur 
7  centimètres. 

Epithélioma  pavi- 
menteux,  mitoses 
nombreuses,  poly¬ 
morphisme  nucléaire. 

Du  6  au  10  avril  192 
Dose  :  V,  24  ;  U,  28,1 

4  jours  réaction  il 
brile  au  début.  , 

.17  juin  1922.  Dr  Monod. 
Wertheim.  Pas  d’adhé 
rences,  ganglions  sut 
crosse,  art.  utérine  à 
j  gauche. 

Coupes  du  col,  du  pa¬ 
ramètre,  des  gau¬ 
le  néoplasme. 

Simples.  Sortie  an 
18"  jour. 

5  janvier  1923.  Petite 
ulcéralion  fond  du 
vagin.  2  biopsies  : 
pas  de  tissu  néo pla- 

pecte. 

Voir  note  1,  p.  639. 

Obs.  X.  -  0... 
34  ans. 

C,  ulcération  du  col. 

Dr  Leroux.  Epithé¬ 
lioma  pavimenteux 
baso-rellulaire,  mi¬ 
toses  très  nom¬ 
breuses. 

V.  35  ;  U. 22, 60  =  57, 6 

[  11  oct.  1922.  Dr  Monod 
|  Hystérectomie  totale. 

Pas  trace  de  néo- 

25"Pjour;  revue  ei 
janvier,  cicatrisa¬ 
tion  vaginale  sou¬ 
pir,  excéllent  état. 

Obs.  XI.  —  L..., 
45  ans. 

C,  volumineux  infiltré. 

V,  non  envahi. 

G,  volumineux  fibrome. 

Epithélioma  pavi¬ 
menteux  métaty- 
pique.  Evolution 
épidermoïde  discrète. 

Du  22  juillet  au  3  aol 
1922  : 

Dose  :  V,  31  en  6  jour! 
U,  20,72  en  6  joui 
=  51,72.  1 

26  sept.  1922.  Dr  Monod. 
Wertheim. 

Myomètre  fibroma¬ 
teux  sans  infiltra 
tion  néoplasique. 

Guérison  se  mainte 
nant  depuis  plus  de 

Obs.  XII.  —  C..., 
48  ans. 

C,  vaste  ulcération  du  col 
comblant  le  fond  du 
vagin. 

U,  mobile. 

Epithélioma  cylindri- 

Du  24  juin  iu  2  juillet 
Dose  :  V,  54;  U,  27,11 
=  81,75. 

12  oct.  1922.  Dr  Monod. 
Hystérectomie  totale. 

Pas  traces  de  néo¬ 
plasme. 

Guérison  se  mainte¬ 
nant  depuis  7  mois. 

1923 


!»».*» 

LÉSION 

BIOPSIE 

(en  millicùries)  ■ 

INTERVENTION 

EXAMEN  DES  PIÈCES 

OBSERVATIONS 

Qbs.  XIII.  -  II..., 
ablation  de 
|  deux,  polypes. 

C,  dur,  déchiqueté. 

P,  gauche  un,  peu  induré. 
U,  gros  mobile.. 

Epithélioma  pavi- 
menteux.  Epider¬ 
moïdes  du  type 
cutané  spino-cellu- 
laire,  mitoses  nom¬ 
breuses. 

Dose  :  V,.  38,73  ;  fi 
18,31  =  5.7,04. 

fi;  Desplas,  Wertheïm 
dissection  plus  dif¬ 
ficile  à  droite. 

Double  foyer  :  néo-co! 
cicatrisé,  néo-corps 
en  évolution,  petit 
foyer  d’épithélioma 
â  cellules  peu  diffé 
renciées,  karyokii- 
nèses  extr.  nom¬ 
breuses  atypiques 
réaction  inflamma 
toireacellulesgéantes 

Simples. 

Noter  le  douSre  foyer: 
du  col  guéri  et  du 
corps  encore  en 

,  Obs.  XIV.  — .1?'.... 
40  ans.  ' 

C,  ulcération. 

V,  inültralion.ducuhde  sac 
antérieur  et  gauche. 

P,  gauche  infiltré. 

U,  gros,  mobile. 

Epithélioma  pavi- 
menteux. 

Du  5  au  9  mai  :( 
jDos.e  :  Y,  U„  58,35.  | 

19.  oct.  1922.  Dr  Monod 
Wertheim  :  Quelques 
adhérences  vésicales 

Pas  (races  de  tissu 
cancéreux.,  pas  dè 
propagation  néo¬ 
plasique  autour  des 
artères  utérines. 

c;e”r- 

|!  Obs.  XV.  —  R..., 
26  ans,  pertes 
sanglantes  conti¬ 
nuelles  surtout 
après  miction. 

C,  gros,  vaste  exulcération, 
saigne  au  toucher. 

V,  souple. 

U,  mpnile,  peu  gros.. 

1°  Epithélioma  pavi- 
menteuxboule  versé 
basale  peu  distincte 
2°  Prolongements  in¬ 
tradermiques  de 
l’épithélium.  Biop¬ 
sie  douteuse. 

Du  26  au  30  sept.  : 
Dose  :  V,  28,62;  IL 
22,35  =  50,97. 

26  oct.  1922.  Dr  Monod 
'  Hystérectomie  totale 

Pas  de  celluLes  néo 
plasiques., 

Guérison  depuis 
4  mois.  Bevue  le 
26  janvier  1923. 

Obs.  XVI.  — R..., 
48  ans. 

G,  gros,  dur,  saignant  au 
contact. 

i  V,  envahi  au-  niveau  du  cuit 
de-sac  antérieur. 

.P,  dlroit,  induré. 

U,  petit,  mobile. 

Epithélioma  pavi- 
menteux  sans  globes 
cornés,  du  type  ha 
so-cellulaire. 

D.u.31  juilletauOaoût 
Dose  :  V,  33,26  ;  U 
21,04  —  54,90,.  1 

D1'  Monod.  Hystérec¬ 
tomie  totale  très  dif¬ 
ficile  en  raison  peti¬ 
tesse  et  fixité  utérus. 

Utérus  minuscule 
infantile,  pas  traces 
de  néoplasme. 

Guérison  depuis 
6  mois,  mais  vagin 
peu  extensible;,  saigm 
à'  Ijexamen,  à  sur- 

Voir  note  1,  p.  639. 

•Obs. XVII.  —  L..., 
53  ans. 

C,  gros  bourgeonnant. 

V,  envahissement  cul-de- 
sac  antérieur. 

P,  gauche  induré. 

U,  5  cent  1  /2. 

Epithélioma  paoi- 
menteux,  karyokis- 
nèses  nombreuses, 
pas  deglobes  cornés. 

Du  28  avril  au  2  mai; 
Dose  :  V,  U,  57,93.  * 

26  oct.  1922'.  Dr  Mbnod. 
Wertheim. 

Sur  coupes  sériées, 
pas  traces  de  for¬ 
mations  néoplasiques. 
Pas  de  propagation 
néoplasique  te  long 
des  pédicules-  vas¬ 
culaires. 

Guérison  depuis 
9  mois. 

(Cicatrice  vaginale 
bourgeonnante,  2'  Biopsies 
faites  en  octobre 
puis  en  nov.  1922 
ont  été  négatives, 
bon  état  général. 

Obs.XVI1I.-D..., 
55  ans. 

C,  porteur  d'une  vaste  ulcé¬ 
ration.  avec  zone  de 
nécrose,  envahisse? 
ment  du  cul-de-sac 
antérieur  et  noyaux 
disséminés  sur  paroi 
antérieure  du  vagin. 

P,  droit  induré. 

U,  mobilité  diminuée. 

Du  12  au.  17  juillet 
Dose  :  V,  24,49;  U 
12,70  =  37,19. 

19  oct.  1922.  Dr  Monod. 
Laparotomie  explora¬ 
trice.  Gros  ganglions 
hypogastriques. 

Décédée  le  7  décembre 
1922,  urémie  (uréi 
sanguine  2  gr.  45'. 
pas  d’autopsie. 

Obs.  XIX.  —  C..., 
53  ans. 

C,  bourgeonnant,  comblant 

V,  envahi  à  droite  et  en 
avant,  un  peu  induré 

I,  mobilité  conservée. 

Epithélioma  cylindri¬ 
que,  un  point  dou- 

Du  30  sept,  au  5  oct. 
Dose  :  V,  37,46;  U 
23,39  =  60,85. 

30  nov.  1 922,  Dr  Mbnod. 
Hystérectomie  totale . 

^d^àtrmphîe.  Myoî 
mètre  fibromateuxi 

Guérison  dapuis 
4  mois. 

-S 

LÉSION 

BIOPSIE 

(en  miflicuries)  j 

INTERVENTION 

EXAMEN  DES  PIÈCES 

SUITES 

OBSERVATIONS 

Obs.  XX.  -  B.... 
43  ans. 

^mobile. 

V,  souple,  culs-de-sac  non 
envahis. 

P,  infiltré  à  gauche. 

I,  mobilité  utérine  un  peu 
diminuée. 

Du  7  au  11  octobre 
Dose  :  V,  30  ;  U,  23,3 
=  53,31. 

ire  opération,  juillel 
1922.  Charrier,  Mo- 
Dod.  Castration  bila¬ 
térale.  Utérus  adhé¬ 
rent.  Hystérectomie 
impraticable. 

2'  opération.  25  novem¬ 
bre  1922.  Hystérec¬ 
tomie  totale  faci'e. 

Disparition  de  tous 
les  éléments  néo¬ 
plasiques  vivants. 
Persistance  do  corps 
bulliformes  et  de 
squames  cornés  en 
voie  d’élimination 
par  réaction  inflam¬ 
matoire  à  cellules 
géantes. 

Sortie  le  30e  jour. 

Obs.  XXI.  —  D... 

C,  gros,  porteur  de  masser 
bourgeonnantes,  dures, 
saignantes. 

U,  relativement  mobile. 

Epithélioma  à  évolu¬ 
tion  épidermoïde, 
très  infecté,  nom¬ 
breux  polynucléaires. 

Du  14  au  18  octobre 
Dose  :  V,  31,35  e 
*  jours  ;  U,  23,13  e 

7  jours  =  54,48. 

16  nov.  1922.  D1’  Monod 
Utérus  normal  mo¬ 
bile,  annexes  nor- 

glionnaires  le  long 
des  vaisseaux  hypo¬ 
gastriques  et  iliaques. 
Laparotomie  explora¬ 
trice. 

Revue  en  très  bon 
état.  Ganglions  pa¬ 
raissant  moini  gros  ? 

A  suivre. 

Obs.  XXII.  -  L... 

C,  gros,  bourgeonnant. 

V,  envahissement  cul-de 
sac  gauche. 

U,  hystér.  6  centimètres. 

1,  mobilité  parfaite. 

Epithélioma  stratifié 
à  cellules  i  risma 
tiques  (point  de 
départ  endocervical 
probable). 

0.  Monod.  Du  18  a 
20  août  : 

Dose  :  V,  U,  34,46  e 

3  jours. 

4  nov.  1922.  Dr  Monod. 
Laparotom'e  explora¬ 
trice.  Utérus  mobile, 
chaînes  hypogastri¬ 
ques  aboutissant  à 
deux  masses  à  cheva 
sur  détroit  supérieur 
et  se  prolongeant  dans 
fosse  iliaque. 

Xpp'ication  de  rayons  X 
pénétrants. 

Déjà  traitée  à  Tarnier 
en  février  1921. 
Application  de  ra¬ 
dium  24  heures  . 
Lequeux. 

Obs.XX11I.-S  .  . 
34  ans. 

C,  gros,  dur,  ulcéré  au 

V,  grosse  masse  bourgeou- 
U,  mobile'. 

Dû  30  juin  au  5  juillel 
Dose  :  V,  30;  U,  3 
=  60  m.  c.  d. 

Prof.  Gosset.  Hystérec¬ 
tomie  totale. 

plasma. 

Obs.  XXIV.  —  0..  . 
46  an»,  hémor¬ 
ragies. 

C,  gros,  bourgeonnant. 

V,  culs-de-sac  libres. 

U,  hystér.  6  à  1  centimètres. 

Du  8  au  14  mai  :  ; 
Dose  :  V,  30  ;  U,  !  „ 
=  54. 

23  juin.  Prof.  Gosset. 
Hystérectomie  abdo¬ 
minale  totale. 

Lésions  néoplasiques 
en  voie  de  régres¬ 
sion  sur  coupes  en 
série  de  l’utérus  ; 
sur  une  coupe  traces 
dépithéliorm. 

Obs. XXV.  — G  ... 
42  ans. 

C,  gros,  irrégulier. 

V,  culs-de-sac  libres  seul 
à  droite. 

P,  perte  de  souplesse. 

U,  mobile. 

Boyaux  épilhélioma- 
teux  haso-cellulaires, 
mitoses  nombreuses. 

Du  21  au  25  octobrf 
Dose  :  V,  32,90  ;  I 
22.73  =  55,63. 

12janv.  1923.  Dr  Levant. 
Opération  de  Wer- 

Pas  d’examen. 

Suites  normales. 

Obs.  XXVI.  — L... 
34  ans. 

C,  irrégulier,  bourgeonnant. 
V,  début  envahissement 
culs-de-sac  antérieur 
et  gauche. 

U,  mobile. 

Adressé  par  l’Institut 
de  Radium. 

Du  25  au  30  nov.  1922 
Dose  :  V,  37,43  ;  1 
21,75  =  59,18. 

25  janv.  1923.  Dr  Monod. 
1  Hystérectomie  totale. 

Normales,  sortie  au 
21e  jour. 

Obs.XXV11.-S... 
44  ans. 

G,  volumineux  avec  ulcé¬ 
ration  infectée  bour 
geonnante. 

P,  début  envahissement 
cul-de-sac  antérieur  el 
gauche. 

U,  4  cent.  1/2. 

I,  mobilité  diminuée. 

Epithélioma  pavi- 
menteux,  pas  di 
globes  cornés,  ka- 
ryokinèses  nom  - 

Du  23  au  28  déc.  1922 
Dose  :  V,  33,66;  l 
13,47  =  47,13. 

l«fév.  1923.  Dr  Monod. 
Hystérectomie  totale. 

Pas  de  traces  de  néo¬ 
formation  épithé  - 
liale,  nombreux 
plasmocytes  et  po¬ 
lynucléaires. 

Bonnes. 

636 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


SÉANCE  'DU  '2  MAI 


637 


!  -S,  ACES 

LÉSION 

BI0PSIE 

RADIUM 

(en  millicuries) 

INTERVENTION 

•EXAMEN  DES  .PIÈCES 

smxHS 

OBSERVATIONS 

j  Obs.  XXV1U.  - 
T... 

C,  grosse  ulcération. 

V,  envahissement  cul-de- 

Epithélioma  pavi- 
men'eux  avec  nom¬ 
breux  glottes  cornés. 

Du  23  au  28  j-anv.  1923 
;Dose  :  V,  24,10  ;  l 
37,05  =  61,15. 
Durée  :  4  jours. 

Hystérectomie  totate-élargte. 

'  D1' Monod.  Werthe  m. 
Aucune  adhérence  . 
Intervention  simjple. 

?  ' 

-Excellentes,  apyrétiques 

Obs.  XXIX.  —  P..„ 
(Pauline;. 

C,  ulcération  du  col. 

P,  souples. 

Epithélioma  pavi- 
menteux. 

Dose  :  V,  31,89;  1 
20,74  =  52,63. 

D'Desplas.Grosseadhé 

ficultés  opératoires. 

Epithélioma  baso- 
cellulaire,  très  grosse 
activité,  dégénéres¬ 
cence  centrale  des 
boyaUNépithéfiaux. 

Normales. 

Obs.  XXX.  — L.... 
59  ans. 

C,  rongé,  ulcération  en 
entonnoir. 

V,- envahissement  cul-de- 
sac  droit. 

P,  droit,  début  d’infiltration, 
mobilité  diminuée. 

Epithélioma  pavi- 
menteuxtype  baso- 
cellulaire  prédomi¬ 
nant,  pas  de  globes 
cornés,  karyckinèses 
très  nombreuses. 

Du  16  au  21  déc.  1922 
Dose  :  3  foyers  vagi 
naux  =  35,33,  pa- 
de  sonde  intra-uté 

Durée  :  5  jours. 

Prof.  Gosset,  Hyrtérec- 
,  tomie  t-itale  sans  in-, 
rident.  Utérus  très 
réduit  de  volume. 

Persistance  de  travées 
épithéliales  ayant 
tous  les  caractères 
de  la  malignité  : 
monstruosités  nu¬ 
cléaires  peu  D'om¬ 
breuses. 

Simples. 

Utérus  très  petit,  pas 
de  foyer  de  radium 
intra-utérin. 

La  plupart  étaient  «  des  mauvais  cas  chirurgicaux  »,  beaucoup 
ayant  été  adressés  comme  tels  par  différents  chefs  de  service 
parce  que  comportant  une  contre-indication  opératoire,  soit  en 
raison  de  l’extension  des  lésions  (envahissement  du  vagin  ou  des 
paramètres),  soit  en  raison  de  la  précarité  de  l’état  général 
(malades  anémiées  ou  infectées). 

La  majorité  (22)  des  malades  avaient  entre  quarante  et  cin¬ 
quante  ans  ;  3  avaient  plus  de  cinquante  ans,  3  moins  de  qua¬ 
rante,  trente-cinq,  vingt-huit  et  vingt-six  ans. 

Sur  ces  30  cas,  l’examen  histologique  (1),  préliminaire  à  tout 
traitement,  a  montré  qu’il  s’agissait  27  fois  d’épithélioma  pavi- 
menteux  et  3  fois  d’épithélioma  cylindrique  (observations  VIII, 
XII  et  XIX). 

Dans  quelques  cas,  un  premier  examen  douteux  a  nécessité  une 
nouvelle  biopsie  qui  a  confirmé  le  diagnostic  de  cancer  ;  dans  un 
cas,  le  doute  subsistant  après  une  deuxième  biopsie,  on  a  agi 
eomme  s’il  s’agissait  d’un  cancer  indiscutable  (obs.  XV). 

Sur  les  30  cas  irradiés,  27  fois  on  a  pratiqué  ultérieurement 
une  hystérectomie  totale,  3  fois  l’intervention  s’est  bornée  à  une 
laparotomie  exploratrice. 

Trois  fois,  en  effet,  on  a  dû  renoncer  à  l’hystérectomie  secon¬ 
daire,  la  simple  laparotomie  ayant  révélé  l’envahissement  des 
ganglions  des  chaînes  ilio-pelviennes.  Au  lieu  de  se  hâter  de 

(1)  Les  examens  histologiques  ont  été  faits  par  MM.  Jolly,  Lacassagne  et 
Magrou. 


rendre  le  radium  responsable  de  cet  envahissement  rapide  des 
ganglions  hypogastriques  et  iliaques,  n’est-il  pas  plus  logique 
d’admettre  qu’ai  puisse  exister  pour  le  cancer  du  col  utérin, 
comme  pour  le  -cancer  de  la  languie,  des  formes  ganglionnaires 
avec  adénopathie  précoce  et  volumineuse? 

Quoiqu’il  en  soit,  dans  ces  trois  cas  avec  .ganglions,  la  mobi¬ 
lité  de  l’utérus  était  parfaite  et,  localement,  les  lésions  du  col  et 
du  vagin,  -complètement  cicatrisées,  paraissaient  guéries  par  le 
radium.  Monod  les  considéra  tous  les  trois  comme  d’excellents 
cas,  très  opérables,  -et  pour  lesquels  on  était  en  droit  de  porter 
un  pronostic  favorable.  De  ces  trois  malades,  l’une  (obs.  XV1I1), 
chez  laquelle  on  avait  noté  -de  volumineux  ganglions  iliaques,  est 
morte  rapidement,  quinze  jours  après  la  laparotomie,  d’urémie; 
les  deux  autres,  dont  le  traitement  -curie  Ihérapique  remonte  l’un 
à  six  mois  (21  août  1922),  l’autre  à  quatre  mois  et  demi 
(14  octobre  1922),  sont  toujours  en  observation.  L’une  (obs.  XXII) 
est  actuellement  traitée  par  la  radiothérapie  profonde  ;  quant  à 
l’autre,  un  récent  examen  lia  montrée  -en  si  parfait  ébat  et  le 
toucher  rectal  ayant  -confirmé  une  régression  des  ganglions  hypo¬ 
gastriques,  on  aurait  actuellement  quelques  doutes,  à  défaut  de 
vérification  histologique,  sur  la  nature  de  l'adénopathie  constatée 
au  cours  de  la  laparotomie  ;  cette  malade  va  être  néanmoins 
soumise  à  des  séances  de  radiothérapie  profonde. 

Retenons  que -dans  ces  trais  -cas  ilia  laparotomie  a  permis  soit 
de  modifier  le  pronostic,  -soit  d’instituer  une  thérapeutique 
appropriée  aux  lésions  constatées. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Robert  Monod  a  pratiqué  27  hystérectomies  totales  après  irra¬ 
diation;  la  date  ,1a  plus  favorable  pour  l’intervention  paraît 
être  entre  la  quatrième  et  la  sixième  semaine,  dès  que  la  phase 
de  réaction  du  radium  est  terminée.  La  technique  de  l’hystérec- 
tomie  doit  s'adapter  à  la  variété  des  cas;  colpo-hystérectomie 
élargie  dans  les  cas  favorables  :  malades  maigres  sans  sclérose 
péri-utérine  ;  hystérectomie  totale  simple  dans  les  autres  cas  ; 
malades  grasses  (types  fréquemment  observés  même  avec  des 
cancers  étendus),  avec  induration  scléreuse  des  paramètres. 

Habituellement,  au  cours  de  l’hystérectomie,  Monod  s’est  con¬ 
tenté  de  libérer  l’uretère  dans  son  segment  sous-  et  pré  ligamen¬ 
taire  ;  le  conduit  vu  et  écarté,  il  sectionne  le  pédicule  utérin 
immédiatement  en  dehors  de  lui  et  enlève  les  ganglions  con¬ 
statés. 

Les  difficultés  opératoires  après  irradiation  sont  extrêmement 
variables  suivant  les  cas  :  nulles  dans  certains,  au  point  qu’un 
chirurgien  non  averti  pourrait  ne  pas  se  douter  qu’il  y  a  eu  un 
traitement  curiethérapique  antérieur,  très  grandes  dans  d’autres 
par  suite  de  la  sclérose  surtout  latéro-  et  anté-utérine  autour  de 
l’uretère  et  de  la  vessie.  A  notre  avis,  ces  adhérences  dépendent 
moins  de  l’action  du  radium  que  du  degré  d’extension  du 
néoplasme  en  dehors  de  l’utérus.  Il  ne  faut  pas,  en  effet,  se  hâter 
d'accuser  le  radium  d’avoir  dépassé  les  limites  du  mal  et  d’avoir 
inutilement  créé  des  adhérences  nuisibles;  avec  les  techniques 
et  les  doses  actuellement  employées,  la  sclérose  du  paramètre 
après  radiumthérapie  ne  se  produit  que  dans  le  cas  où  le  tissu 
conjonctif  péri -utérin  et  péri -vésical  a  déjà  été  envahi  par  le 
cancer;  c’est  donc  l’extension  du  néoplasme  qui  doit  être  avant 
tout  rendu  responsable  de  l’étendue  des  adhérences;  quoi  qu’il 
en  soit  pour  l’avenir  de  la  malade,  il  est  certainement  préférable 
d’avoir  à  sectionner  en  plein  tissu  scléreux  plutôt  que  dans  un 
tissu  riche  en  germes  cancéreux  ne  demandant  qu’à  diffuser, 
même  si  l’intervention  doit  y  perdre  en  élégance. 

D’ailleurs  l’examen  des  pièces  enlevées  ayant  montré  que,  le 
plus  souvent,  dans  ces  blocs  fibreux  cicatriciels  péri-utérins, 
il  ne  subsiste  pas  de  cellules  cancéreuses,  force  est  parfois 
dans  les  cas  trop  adhérents,  plutôt  que  de  risquer  de  blesser 
l’uretère  ou  la  vessie,  de  faire  machine  en  arrière  et  de  terminer, 
comme  extrême  pis  aller,  par  une  subtolale;  dans  un  cas  Monod 
a  dû  se  contenter  d’agir  ainsi  (obs.  II,  malade  guérie  depuis 
vingt-trois  mois.) 

Notons  encore  que  la  réaction  scléreuse  péri-vagino-cervicale 
est,  dans  nombre  de  cas,  peu  gênante,  mais  néanmoins  suffisante 
pour  s’éten  Jre  au  territoire  artériel  péri-utérin,  d’où  sclérose  des 


SÉANCE 


2  MAI 


639 


artères  et  par  suite  facilité  de  l’hémostase,  condition  excellente 
pour  simplifier  les  manœuvres  basses  vaginales. 

La  sclérose  des  lésions  donne  enfin  une  absolue  sécurité  pour 
le  temps  d’ouverture  du  vagin  et  permet  dans  certains  cas  de 
refermer  vagin  et  paroi  sans  drainage.  Habituellement  nous  nous 
contentons,  Monod  et  moi,  après  suture  partielle  du  vagin,  de 
placer  une  mèche  vaginale  réalisant  pendant  les  trois  premiers 
jours  un  drainage  déclive.  Nous  supprimons  souvent  le  drainage 
abdominal. 

Ajoutons  enfin  que  la  désinfection  des  tumeurs  parle  radium  a 
permis  à  Monod  dans  un  cas  (obs.  XX)  de  pratiquer  une  hystérec¬ 
tomie  totale  dans  d’excellentes  conditions,  alors  qu’une  laparo¬ 
tomie  exploratrice,  faite  avant  l’irradiation,  avait  révélé  de  telles 
adhérences  pelviennes  que  l’utérus  avait  été  considéré  comme 
inenlevable. 

Les  27  hystérectomies  pratiquées  ont  donné  :  2  morts  et 
25  guérisons  opératoires. 

Monod  a  perdu  deux  opérées  d’infection,  l’une  au  bout  du 
huitième  jour,  l’autre  au  quatrième  jour;  ces  deux  cas  étaient 
des  cas  avancés,  avec  envahissement  des  paramètres  et  atteinte 
grave  de  l’état  général. 

Les  23  malades  opérées  et  guéries  sont,  depuis  leur  traitement, 
périodiquement  examinées;  leur  état  de  santé  est,  pour  toutes,  très 
satisfaisant  depuis  leur  opération  ;  elles  n’ont  ni  pertes,  ni  dou¬ 
leurs.  Toutes  ont  gagné  du  poids  et  repris  leurs  occupations 
normales.  Aucune  ne  présente  jusqu’ici  de  récidive  cliniquement 
appréciable  (1).  La  durée  de  la  guérison  depuis  l’application  du 
radium  est  de  : 

Deux  ans  et  deux  mois .  1  cas. 

Un  an  et  onze  mois .  i  cas. 

Pim  de  un  an . .  2  cas  (obs.  111  et  IV). 


(1)  Monod  m'a  remis  la  note  complémentaire  ci-jointe  : 

«  Depuis  la  rédaction  de  notre  rapport,  nous  avons  à  signaler  deux  cas  de 
récidive  :  obs.  IX  et  obs.  XVI  : 

«  Obs.  IX  :  Une  troisième  biopsie  pratiquée  sur  l'ulcération  occupant  le 
fond  du  vagin  s'est  montrée  positive,  il  s’agit  donc  bien  d’une  récidive  sur 
le  vagin  survenue  un  an  après  l’application  du  radium.  Au  moment  de  son 
premier  traitement,  cette  malade  présentait  un  envahissement  étendu  da 
vagin  (voir  observation), 

«  Obs.  XVI  :  Le  médecin  de  cette  malade,  actuellement  en  province,  nous  a 


640 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


On  a  fait  systématiquement  examiner  les  pièces  «enlevées  au 
cours  de  l'intervention  (utérus,  vaisseaux  et  paramèlres,  ganglions 
lymphatiques). 

Dans  la  majorité  diescas,  surides  coupes  en  série,  on  ne  retrouve 
aucune  trace  de  cellules  cancéreuses.  Dans  un  cas,  cet  examen  a 
montré  la  coexistence  dune  lésion  du  coil  et  d’un  noyau  cancé¬ 
reux  du  coups  en  activité  (obs.  XILI). 

Dans  7  -cas  (obs.  V,  VL,  VII,  XXIII,  XXV,  XXIX  et  XXX)  on  a 
constaté  la  persistance  de  cellules  néoplasiques,  cellules  présen¬ 
tant,  il  est  vrai,  dans  3  cas,  des  karyokinèses  atypiques  corres¬ 
pondant  à  des  lésions  en  voie  de  régression,,  huit  à  six  semaines 
après  l’application  du  radium. 

Deux  des.  utérus,  renfermant  encore,  après  irradiation,  des 
germes  cancéreux,  appartenaient  aux  2  malades  mortes  d’infec¬ 
tion,  comme  si  la  stérilisation  cellulaire  néoplasique  par  transfor¬ 
mation  scléreuse  marchait  de  pair  avec  la  stérilisation  micro¬ 
bienne  ;  dans  un  de  ces  cas  la  dose  de  «radium  avait  «été, 
d'ailleurs,  «tout  à  fait  insuffisante  (voir  obs.  VI). 

L'examen  des  ganglions  trouvés  à  l’intervention  a  toujours  été 
négatif. 

Dans  cette  question  à  l’étude,  on  peut  cependant  se  permettre 
quelques  conclusions  que  des  ifsaiits  plus  nombreux  confirmeront 
ou  infirmeront. 

Il  nous  .semble,  à  Monod,  et  à  moi,  «qu’on  peut  conclure  de 
l’étude  <ie  ces  30  cas  (qui,  nous  y  insistons,  dans  une  proportion 
de  30  p.  100  étaient  des  cas  avancés  avec  début  d’infiltration  des 
paramètres)  : 

1°  Que  l’application  du  radium  rend  opérables  des  cas  jugés 
auparavant  non  opérables  ; 

2°  Qu’elle  permet  une  intervention  présentant  moins  de  risques 
que  l’opération  de  Werlheim  :  la  statistique  de  la  mortalité  opéra¬ 
toire  étant  même,  pour  des  cas  avancés,  certainement  moins 
chargée  :  2  morts  sur  27  ; 

3°  Qu’elle  doit  donner  un  nombre  de  récidives  moins  consi¬ 
dérable  puisque,  comme  l’examen  des  utérus  enlevés  le  prouve, 


écrit  que*  cette  malade  a  eu  récemment  «une  forte  hémorragie  et  qu’elle  pré¬ 
sente  une  masse  abdominale  dure  faisant  corps  avec  le  vagin. 

«  Il  s'agit  vraisemblablement  d'une  récidive  ganglionmire  survenue  huit 
«mois  après  la  curiethérapie. 

«  Ajoutons 'que  4  nouveaux  oas  ont  été  opérés  dans  d’excellentes  «condi¬ 
tions,  ce  qui  porte  notre  statistique  opératoire  à  34  cas  -. 

«  dont  :  3  laparotoùiies  exploratrices. 

«  —  :  ÿ-l  hystérectomies.  » 


SÉANCE  DU  2  MAI 


641 


les  cas  non  complètement  stérilisés  .au  point  de  vue  cancer 
par  le  radium  sont  l’exception  ; 

4°  Que  l’intervention,  après  radium,  Teste  justifiée  puisqu'elle 
permet  : 

a)  D’instituer  un  traitement  complémentaire  par  les  rayons  X 
plus  précis  après  vérification  du  degré  et  du  siège  des  lésions 
ganglionnaires  et  paramétriales; 

b)  D’enlever  un  organe  ou  des  ganglions  toujours  suspects, 
puisque  dans  11  cas  sur  30  nous 'avons  trouvé  dans  les  utérus 
irradiés  'des  cellules  qui  auraient  pu  devenir  le  point  ‘de  départ 
d’une  récidive. 

En  conséquence,  nous  nous  permettons  de  dire  que,'à  L'heure 
actuelle ,  les  cancers  cervico-utérins  devraient  toujours  être 
soumis  à  un  traitement  mixte  :  d’abord  le  radium  et,  quelques 
semaines  plus  tard,  T-exérèse  chirurgicale. 

M.  J.-L.  Faure.  —  La  communication  de  mon  ami ‘Gosset  a  une 
grande  importance  et  m’engage  à  dire  ce  que  je  sais  sur  cette 
question.  L’association  de  l’opération  de  la  curiethérapie  est  une 
question  très  complexe  et  sur  laquelle  nous  ne  pouvons  encore 
émettre  que  des  appréciations  provisoires.  Personnellement,  j’ai 
réalisé  cette  association,  au  moins  sur  les  malades  de  la  ville, 
depuis  1910.  Je -pensais  que  si  leradium,  comme  nous  en  connais¬ 
sons  tous  des  cas  évidents,  a  la  puissance  de  détruire  des  masses 
néoplasiques  grosses  comme  la  moitié  du  poing,  li'l  est  tout  naturel 
de  penser  qu’il  peut  également  détruire  les  parcelles  néopla¬ 
siques  oubliées  dans  une  opération  et  par  conséquentcoulribuer  à 
parfaire  la  guérison.  Je  ine  suis  donc  astreint  pendant  environ  ‘ 
dix  ans,  de  1910  à  1920,  à  faire  suivre  toutes  mes  opérations  d’une 
application  de  radium  dix  ou  quinze  jours  environ  après  l’inter¬ 
vention.  Lorsque  j’ai  rechérché  mes  malades,  afin  de  me  rendre 
compte  des  résultats,  j’ai  constaté  qu’alors  que  mes  anciennes 
malades,  antérieures  à  1910,  étaient  restées  guéries  dans  la  pro¬ 
portion  de  14  sur  23,  contre  9  récidives,  soit  .60, 84  p.  100,  les 
malades  irradiées  après  l’opération,  entre  1910  et  1920,  avaie  nt  au 
contraire  récidivé  dans  la  proportion  de  22  récidives  pour  22  guéri¬ 
sons  sur  44  opérées,  soit  30  p.  100.  Tous  ces  résultats  ont  été 
communiqués  ici  même  (1),  ce  qui  me  permet  d’abréger.  Mais  je 
demeure  convaincu  que  le  radium,  s’il  détruit,  ce  qui  est  certain, 
le  cancer  dans  une  zoneTapprochëede  son  point  d’application,  a  le 
grave  inconvénient  d’amener'à  une  certaine  distance  des  phéno¬ 
mènes  d’excitation  et  de  provoquer  des  récidives  plus  communes. 

(1)  Bull,  et  Mém.  de  la  Société  de  Chirurgie,  21  mars  1920,  t.  I,  p.  502. 


642 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Notre  collègue  ftegaud,  discutant  ces  résultats,  m’a  dit  que  le 
radium  devait  être  appliqué  non  pas  après  l’opération,  mais  avant. 
J’avoue  que  je  ne  comprends  pas  commentles  phénomènes  d’exci¬ 
tation  sur  les  cellules  éloignées  cesseraient  d’exister  parce  que 
le  radium  aurait  été  appliqué  avant  l’opération  au  lieu  de  l’être 
après.  J’ai  d’ailleurs  en  ce  moment,  dans  mon  service,  une  malade 
qui  me  semble  corroborer  cette  manière  de  voir.  Il  s’agit  d’une 
femme  entrée  à  Broca  en  juin  1922,  avec  un  cancer  bour¬ 
geonnant  parfaitement  opérable.  Mais  elle  présenta,  à  la  suite 
d’une  biopsie,  une  hémorragie  si  grave  qu’elle  faillit  mourir.  Je 
renonçai  à  l’opérer,  et  je  fis  une  application  de  radium  qui  amena 
une  disparition  complète  des  lésions,  au  moins  en  apparence. 
Elle  revint  en  novembre,  avec  une  récidive  légère.  Je  fis  alors  une 
hystérectomie  élargie,  qui  se  passa  dans  de  très  bonnes  condi¬ 
tions  et  dont  la  malade  est  restée  localement  guérie.  Mais  elle 
nous  est  revenue,  il  y  a  environ  trois  semaines,  avec  une  métastase 
sur  la  partie  externe  de  la  cuisse  et  une  tumeur  cérébrale  qui  a 
déterminé  une  monoplégie.  Voilà  donc  une  généralisation  d’un 
cancer  de  l'utérus.  Or  je  n’ai  jamais  vu  autrefois  de  généralisation 
semblable;  le  cancer  de  l’utérus  gagne  devant  lui,  il  envahit  la 
vessie,  le  rectum,  les  ganglions,  les  parois  pelviennes,  quelque¬ 
fois,  très  rarement  le  foie,  sans  doute  par  l’intermédiaire  des 
vaisseaux  du  rectum  envahi.  Mais  jamais,  jamais,  je  n’ai  constaté 
autrefois  de  ces  métastases  à  distance.  Je  he  puis  donc  m’empê¬ 
cher  de  penser  qu’il  faut  y  voir  des  phénomènes  d’excitation  dus 
à  .l’application  du  radium. 

Je  pense  donc  que  lorsque  on  se  trouve  en  présence  d’un  cancer 
opérable,  il  ne  faut  pas  associer  l’application  du  radium  à  l’acte 
opératoire.  Il  faut  opérer  les  malades,  et  seulement  les  opérer.  On 
en  guérira,  ainsi,  dans  les  bons  cas,  75  à  80  p.  100;  j’entends,  on 
les  guérira  d’une  façon  durable. 

Tout  autres  sont  les  cas  qui  correspondent  à  ceux  dont  vient 
de  ,nous  parler  Gosset.  Les  inopérables,  —  ou  qui  sont  sur  la 
limite  de  l’opérabilité,  —  oui.  Ici,  l’application  de  radium  est 
non  seulement  légitime,  mais  doit  être  recommandée.  Gela  est  de 
toute  évidence.  Lorsque,  opératoirement,  il  n’y  a  rien  à  faire,  il 
est  bien  clair  que  si  le  radium  améliore  le  néoplasme  au  point 
le  rendre  opérable,  et  par  conséquent  lui  donne  des  chances  de 
guérison  définitive  certainement  plus  grandes  que  celles  que 
donne  l’irradiation  seule,  il  faut  employer  le  radium  comme  il 
faut  l’employer  dans  tous  les  cas  "inopérables  où  le  radium  est 
supérieur  à  tout  et  nous  rend  des  services  admirables  et  donne 
même,  dans  quelques  cas,  des  guérisons  inespérées. 


SÉANCE  DU  2  MAI 


643 


M.  Dujarier.  —  Je  demanderai  à  üosset  si  au  cours  de  ses  opé¬ 
rations  après  curiethérapie  il  a  trouvé  des  difficultés  particulières 
attribuables  à  l’application  du  radium? 

M.  Gernez.  —  Je  désire,  comme  corollaire  à  celte  communi¬ 
cation,  donner  ici  mon  impression  sur  la  radiothérapie  pénétrante, 
associée  ou  non  à  la  curiethérapie  dans  le  cancer  du  coi  utérin. 

Dès  1916,  durant  la  guerre,  avec  un  de  mes  collaborateurs,  le 
D1'  Bézy,  nous  avions  Fait  des  séances  de  trois  quarts  d’heure  à  une 
heure  avec  des  rayons  filtrés  sur  8  millimètres  d’aluminium,  mais 
nous  n’avions  ni  appareil  de  haut  voltage,  ni  appareil  de  mesure. 

Au  retour,  en  1919,  ayant  eu  connaissance  des  travaux  d’outre- 
RhiD,  je  saisis  aussitôt  l’occasion  qui  m’était  offerte  de  voir,  moi 
même,  dans  le  service  du  professeur  Vaquez,  l’effet  de  la  «  Kiefen 
Thérapie  »,  comme  on  l’appelait  à  cette  époque. 

Lorsque  les  constructeurs  français  se  décidèrent  à  nous  fournir 
appareils  et  ampoules,  je  pus  faire  irradier  mes  malades  dans  des 
conditions  différentes  et  meilleures. 

Au  début,  à  la  Pitié,  les  séances  étaient  de  dix  à  douze  heures, 
pénibles  immédiatement,  impressionnantes  dans  leurs  suites 
par  l’abattement  des  malades,  les  troubles  digestifs,  l’état  de 
shock.  Lorsque  les  séances  moins  longues,  quarante  minutes  à 
uneheure,  s’espacèrent  sur  dix  jours,  le  mal  des  rayons  n’en  fut 
pas  moins  pénible  pour  certaines  femmes,  à  qui  il  faut,  parfois,  un 
courage  vraiment  remarquable  pour  continuer  les  séances,  mais 
leur  ténacité  fut  récompensée  par  les  résultats  immédiats  obtenus. 

Ce  què  j’ai  vu  m’a  vivement  impressionné;  j’ai  vu,  localement, 
les  lésions  disparaître,  l’état  général  des  malades  s’améliorer  et, 
dans  le  cas  où  la  cellulite  pelvienne  donne  des  douleurs  si  ter¬ 
ribles,  j’ai  vu  ces  douleurs  calmées  et  la  morphine  supprimée. 

Inutile  d’ajouter  que  j’associais  toujours,  quand  l’indication 
anatomique  le  préconisait,  curiethérapie  et  radiothérapie. 

Que  donnera  l’épreuve  du  temps?  Je  n’en  sais  rien,  mais  je  sais 
qu’à  des  malheureuses,  à  qui  je  ne  pouvais  offrir  que. la  seringue 
de  morphine,  j’ai  donné,  avec  la  cessation  des  douleurs,  l’illusion 
de  la  guérison. 

Nous  avons,  à  notre  disposition,  deux  armes  redoutables,  à 
double  tranchant,  entre  les  mains  de  MM.  Regaud  et  Solomon; 
elles  ne  m’ont  donné  que  des  satisfactions,  et  je  considère  comme 
un  devoir  de  le  dire  ici. 

M.  Savariaud.  —  Contrairement  à  ce  que  vient  de  dire  mon 
maître  le  professeur  J.-L.  F^ure,  je  considère  que  l’association 
pré  opératoire  du  radium  et  de  la  chirurgie  constitue  un  progrès 


644 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


considérable.  Le  radium  stérilise  les  ulcérations  septiques,  il 
«  blanchit  »  les  malades  et  rend  l’opération  plus  facile  quand  elle 
est  faite  au  maximum  deux  mois  après  L’application: de  radium.  En 
conséquence  elle  rend  l’opération  infiniment  plus  bénigne.  Quand 
je  compare  l’énorme  gravité  des  opérations  que  j’observais  il  y  a 
dix  ou  quinze  ans. avec;  L’actuelle  bénignité  de  celles  que  La  curie¬ 
thérapie  préalable  me  permet  de  pratiquer,  je  ne  puis  que  m’éton¬ 
ner  qu’on:  puisse  mettre  en  doute  l’efficacité  de  cette  méthode. 

M,  Orinczy.c.  —  Dans  la  belle  statistique  que  nous  apporte 
M.  Gosset,  il  est  question  de  deux  récidives  post-opératoires.  Je 
demande  à  M.  Gosset  si  ces  deux  cas  de  récidive  correspondent  à 
des  utérus  dans-  Lesquels  on  n’avait  plus,  retrouvé  de  cellules 
néoplasiques  au  cours  de  l’examen  histologique  qui  a  suivi  l’in¬ 
tervention?  Car  on  peut  imaginer  que  le  radium,  avait  stérilisé  le 
foyer  principal  utérinsans  agir  curativ.emen.t  sur  des  foyers  plus 
éloignés  situés  dans  le  paramètre  ;  et  ce  seraient  donc  ces  foyers 
qui  auraient  pu  être  la  raison  de  ces  récidives,  si.  même  le  radium 
n’a  pas  activé  ces  foyers. distants  et.favorisé  la  récidive. 

M.  Alglave.  —  Je  me  joins  à  notre  collègue  Dujarier  pour 
demander  à  Gosset  si  au. cours  des  opérations  dont  il  nous  a  parlé 
iL  a  été  remarqué  que  certaines-  difficultés  opératoires  inaccou¬ 
tumées  se  présentaient.  J’en  parle  parce,  que  tout,  récemment, 
chez  une  malade:  opérée  six  semaines  après  une  application  de 
radium  faite  pour,  un  cancer  grave  du  col,  j’ai  rencontré  une  telle 
friabilité  des  artères  utérines  et  même  hypogastriques  que  j’ai  dû 
renoncer  A  lier  ces  vaisseaux,  et  recourir  à,  un  tamponnement 
énorme  et  très, serré  pour  obtenir  l’hémostase. 

J’ai  laissé  ce  tamponnement  pendant  six  jours  ;  grâce  à  lui,  ma 
malade  a  guéri,,  mais  le  fait  est  à.  retenir. 

D’autre  part,,  en  ce  qui  concerne  le  moment  d’application  du 
radium,,  depuis  près  d’un  an  je  l'applique  avant  l’intervention 
pour  les  cas  qui,  en  sont  justiciables,  cependant  je  me  suis  parfois 
très  bien  trouvé  de  l’application  après  L’opération, 

On  peut  voir  actuellement  dans  mon  service  une  malade  qui  a 
été  opérée  il  y  a  plus  de  deux  ans  pour  un  cancer  du  col.  jugé 
inopérable  par  un  de  nos,  collègues.  Je  suis  intervenu  malgré  de 
mauvaises,  conditions  :  mauvais  cas  chez  une  femme  jeune.  Dans 
les  quinze  jours  qui  suivirent  l’hystérectomie  totale,  une  applica¬ 
tion  de  radium  fut  faite  et  peu  de  temps  après  la  malade  quittait 
l’hôpital  en  bon  état.  Elle  revenait  quelques  mois  plus  tard  avec 
une  récidive  dans  la:  cloison  recto-vaginale  donnant  lieu  à  une 
fistule  reetOrvaginale  et  bientôtà  une  fistule  vésico-vaginale. 


SÉANCE  DU  2  MAI  645 


En  désespoir  de  cause’,  j- excluais;  le  rectum  et,  le  rectum  exclu 
et  nettoyé,  M.  Saleil  appliquait  du  radium.  Un  examen  récent 
nous  a  montré  que  la- masse  néoplasique- avait  disparu,  cependant 
que  l’état  général  de  la  malade  était  redevenu  excellent.  Elle 
garde  ses  fistules.  Elle  ne  souffre  pas  de  la  recto-vaginale, 
puisque  le  rectum  est  exclu.  Elle  se  plaint  un  peu^de  la  fistule 
vésico- vaginale,  mais  il  y  a  une  continence-  relative  pour  cette 
fistule.  Ce  qui  esb  certain-,  c’esb  que  Fêtai)  générât  est  excellent 
actuellement  plus  d’un  an  après  notre  application'  de  radium  sur 
la  récidive.  C’est  là.  un  résultat  très  appréciable  et  très  encoura¬ 
geant,  montrant  que  le  radium  peut  avoir  une  efficacité-précieuse 
après  l’hystérectomie  pour  cancer  même  récidivé. 

M.  Tuffier.  —  Voici'  ce  que  Fassociation  de  la  chirurgie  et  du 
radium  m’a  donné  dans  le  traitement  du  cancer  du  col. 

Dans  les  cas  franchement  inopérables ,  une  application  de  radium 
peut  rendre  l’oêration  praticable;  c’èst  une  vérité  que  je  connais 
depuis  1908,  il  y  a  quelque  15  ans,  et  dont  l’origine  peut  être 
intéressante. 

On  me  présente  à  Beaujon  un  cancer  du  col  utérin  que  je  juge 
absolument  inopérable.  Mon  ami  Dominici,  qui,  à  ce  moment  tra¬ 
vaillait  cette  question  dans  mon  service,, me  demande  à  se. charger 
de  son  traitement  par  le  radium.  Environ  deux  mois  après,  on  me 
fait  examiner  un  cancer  du  col  utérin.  De  l’examen,  il  résulte  que 
je  cancer  est  mobile,  ainsi  que  l’utérus,, et  que  l’opération  est  par¬ 
faitement  exécutable.  Mes  élèves  me  disent  alors  que  c’était  la 
même  malade.  Je  protestai  d’abord,  je  crus  à  une  erreur;  il  n’y 
a  que  devant  la  matérialité  des  faits  que  j’ai  dû  m’incliner  :  c’était 
bien  la  femme  que  j’avais  déclarée  inopérable.  J’ai  pratiqué 
Fliystérectomie,  et  des  adhérences  utérines-  lâches  et  relative¬ 
ment  récentes-  furent  les  seules  anomalies  trouvées,  pendant 
l’opération. 

Depuis  cette  époque,,  j’ai  tenté  le,  même  traitement  souvent 
sans  succès.  Je  suis  heureux,  de  pouvoir,  rappeler  ici  qqe  c’est  à 
Dominici  que  j’ai  dû  cette  notion,  comme  la  plupart  de  celles,  qui 
m’ont  guidé  dans  l’application  d,u  radium;  on,  ne  saurait,  trop 
rappeler  son,  nom-  et  les.  progrès  qu’il  avait  réalisés  dans,  cette 
thérapeutique,,  il  y.  a,  15.  ans-, 

Dans  les  cas.  au,  afeâut  facilement  opérables,,  je  ne  pratique  pas 
la  curiethérapie  primitive;  je  considère  que  l’intervalle  entre 
l’application  du  radium  et  l’opération  est  suffisant  pour  permettre 
à  des  parties  du  néoplasme  encore  accessibles  à  l’intervention 
immédiate-  d*e  progresser  pendant  ces  semaines  et  de  dépasser  lés 
limites  de  notre  a-M'ation. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


646 


Après  l'opération ,  j’emploie  le  radium,  et  voici  l’impression  qui 
me  reste  des  nombreux  cas  que  j’ai  suivis  : 

1°  La  récidive  est  certainement  retardée ,  c’est  par  deux  et  trois 
ans  qu’on  peut  escompter  l’avenir; 

2°  Cette  récidive,  au  lieu  de  se  localiser  dans  le  pied  du  ligament 
large,  se  fait  très  haut  et,  passez-moi  l’expression,  ces  malades 
meurent  d’un  cancer  de  l’abdomen  ; 

3°  .Plus  souvent  autrefois,  j’ai  vu  des  généralisations  totales 
rapides  à  l’estomac,  au  foie. 

Quant  aux  cancers  inopérables,  je  ne  connais  aucun  palliatif  qui 
puisse  égaler  en  efficacité  les  radiations  sous  toutes  leurs  formes. 

Mais  tout  cela  n'est  pas  actuellement  le  point  important.  Je  crois 
qu’avant  tout,  si  nous  voulons  apprécier  la  valeur  des  résultats 
obtenus,  bons  ou  mauvais,  il  faut  tenir  compte,  et  le  compte  le  plus 
grand,  de  la  nature  du  cancer  du  col,  de  la  technique  employée 
par  ceux  qui  ont  conseillé  et  appliqué  le  radium,  ftegaud  insistait 
sur  ces  faits  dans  le  rapport  si  remarquable  qu’il  nous  a  présenté 
à  la  Commission  ministérielle  du  cancer  —  et  on  ne  saurait  trop  les 
propager.  Il  y  a  là  une  technique  nouvelle  encore  insuffisamment 
connue  et  suivie —  et  qui  doit  être  minutieusement  décrile;  la 
situation,  la  durée,  le  nombre  des  séances  d’application,  les  inten¬ 
sités  et  les  espaces  entre  les  tubes,  tous  ces  facteurs  doivent  être 
absolument  précisés  pour  qu’une  observation  soit  valable.  Il  ne 
suffit  pas  d’avoir  placé  quelques  tubes  d’émanations  pour  publier 
des  résultats  démonstratifs.  J’insiste  sur  ce  point  et  je  crois  que 
nombre  de  nos  divergences  n’ont  pas  d’autre  origine,  et  que  de  la 
précision  naîtra  la  lumière. 

M.  J.-L.  Faure.  —  Pour  répondre  à  Dujarier,  la  question  me 
paraît. très  claire.  Lorsqu’on  opère  un  cancer  de  l’utérus  plusieurs 
mois  après,  une  application  de  radium,  lorsque  celle-ci  a  produit 
tout  son  effet  de  sclérose,  l’opération  peut  devenir  très  difficile. 
On  opère  dans  du  carton,  et  la  dissection  des  uretères,  qui  est  la 
partie  capitale  de  l’opération,  devient  très  difficile  et  quelquefo  s 
même  impossible. 

Dans  les  cas,  au  contraire,  qui  correspondent  à  ceux  oh  l’on 
met  du  radium  pour  rendre  opérables  des  cas  limités,  et  où 
l’opération  a  lieu  un  mois  à  six  semaines  après  l’irradiation,  il 
n’y  a  aucune  difficulté  particulière,  et  l’opération  se  fait  dans  des 
conditions  normales. 

M.  À.  Lapointe.  —  J’ai  renoncé,  comme  la  plupart  des  chirur¬ 
giens,  à  l’association  chirurgie  première  et  curiethérapie  seconde. 
Ai-je  raison?  Je  n’en  suis  pas  absolument  certain. 


SÉANCE  DU  2  MAI 


6i7 


Mais  ce  n’est  pas  pour  cela  que  j’ai  demandé  la  parole.  On  a 
parlé  de  difficultés  techniques  spéciales  pour  l’hystérectomie 
large  des  utérus  préalablement  traités  par  le  radium.  C’est  sur 
ce  point  particulier  que  je  désire  ajouter  quelques  mots.  Je  suis 
de  l’avis  de  J.-L.  Faure.  Je  n’ai  point  constaté,  d’une  façon 
générale,  de  difficultés  particulières  de  technique  dans  les  cas 
opérés,  suivant  la  règle,  dans  les  trois  ou  quatre  semaines  qui 
suivent  l’application  de  radium.  Je  n’en  ai  rencontré  qu’une  fois, 
et  dans  des  conditions  assez  spéciales  pour  que  je  vous  demande 
la  permission  de  vous  les  signaler. 

Il  s’agissait; d’un  col  bourgeonnant  et  infiltré,  sans  envahisse¬ 
ment  notable  des  paramètres.  Application  intra-cervicale  un  mois 
avant  l’opération.  Celle-ci  me  réservait  des  difficultés  inattendues 
—  j’avais  prévu  un  bon  cas  —  pour  la  libération  cervico-vésicale. 
Je  tombai  dans  une  zone  de  tissus  grisâtres,  d’aspect  nécrotique, 
séparant  du  col  une  vessie  si  œdématiée  que  je  fus  étonné  de 
réussir,  sans  accroc,  sa  libération. 

L’examen  de  la  pièce  donna  l’explication  de  ce  phénomène  : 
l’appareil,  placé  pourtant  par  un  homme  fort  expérimenté,  avait 
perforé  la  paroi  antérieure  du  col  et  était  venu  se  loger  par  son 
extrémité  profonde  dans  le-tissu  intervésico-utérin.  La  malade 
guérit,  mais  une  large  fistule  vésicale  se  produisit  secondairement. 

En  somme,  il  y  avait  eu  faute  de  technique,  bien  excusable  vu 
la  friabilité  de  ce  col. 

C’est  le  seul  cas,  je  le  répète,  où  j’aie  rencontré  des  difficultés 
vraiment  supérieures  à  celles  de  la  moyenne  des  opérations  de 
Wertheim. 

M.  Gosset.  —  Ce  que  nous  avons  voulu,  avant  tout,  M.  R.  Monod 
et  moi,  c’est  vous  apporter  des  documents  cliniques.  Dans  chaque 
cas,  une  biopsie  a  été  pratiquée,  chaque  utérus  enlevé  a  été 
examiné  en  coupes  sériées  avec  le  plus  grand  soin,  et  toutes  les 
malades  ont  été  suivies  et  revues. 

Les  cas  que  nous  avons  eus  à  traiter  sont  des  cas  peu  favo¬ 
rables,  car  ils  nous  sont,  pour  la  plupart,  envoyés  par  des 
collègues  qui  ne  jugen  t  pas  à  propos  de  les  garder  dans  leur  service 
•  Les  applications  de  radium  ont  été  faites,  avec  un  soin  auquel 
je  tiens  à  rendre  hommage,  par  le  Dr  Wallon,  suivant  les  données 
de  Regaud,  et  quand  j’entendais  tout  à  l’heure  quelques-uns 
de  nos  collègues  rappeler  des  cas  où  ils  avaient,  il  y  a  plus  de 
dix  ans,  fait  des  applications  de  radium  pour  cancer  du  col, 
je  me  rappelais,  moi  aussi,  des  cas  remontant  à  des  périodes 
aussi  éloignées,  et,  par  comparaison,  je  me  rends  compte  com¬ 
bien  la  méthode  a  gagné  en  précision, 


648 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRCRGIE 


Mon  ami  J.-L.  Faure  nous  parlait  des  cas  traités  par  le  radium 
après  opération  ;  dans  tons  les  cas  dé  mon  service,  c’est  avant 
l’opération  qu’est  faite  l’application  de  radium  :  c’est  là  une  toute 
autre  chose. 

Dujarier  et  Alglave  m'ont  demandé  si  l’application  préalable 
de  radium  rendait  l’opération  plus  délicate?  A  cette  question,  je 
réponds  nettement  :  non,  si  l’on  a  soin  de  ne  pas  laisser  un  inter¬ 
valle  trop  long  entre  l’application  de  radium  et  l’opération. 
L’intervalle  qui  nous  a  paru  à  recommander  est  de  quatre  à 
six  semaines. 

Mon  maître  et  mon  ami  Tuffier  nous  apporte,  en  faveur  de  ce 
que  nous  soutenons,  un  cas  admirable  :  sa  malade  traitée  par 
Dominici  était  inopérable  ;  Dominici  fait  une  application  de  radium 
et,  quelques  semaines  après,  on  peut  opérer,  avec  le  plus  grand 
succès. 

A  M.  Gernez,  je  répondrai  que  je  n’ai  pas  eu  en  vue,  aujourd’hui, 
la  radiothérapie  profonde. 

Les  deux  cas  sur  lesquels  M.  R.  Monod  m’a  donné  ‘les  rensei¬ 
gnements,  quant  à  la  récidive  récente,  s’ëlaient  montrés  complè¬ 
tement  dépourvus,  à  l’exameD  histologique,  de  toute  cellule 
cancéreuse. 

M.  Proust.  —  Mon  ami  Gosset,  en  rapportant  la  statistique 
intéressante  de  Robert  Monod,  pose  de  nouveau  la  question  de 
l’association  de  la  curiethérapie  et  de  Fhystérectomie  dans  le  trai¬ 
tement  des  cancers  du  col. 

Je  suis  partisan,  et  j’ai  eu  l’occasion  de  le  publier  récem¬ 
ment  (1),  de  l’association  de  la  curiethérapie  et  de  Fhystérectomie 
à  condition  toutefois  que  la  curiethérapie  soit  pré-opératoire. 
Or,  dans  l’application  de  cette  curiethérapie  pré-opératoire  et 
dans  l’appréciation  du  temps  qui  doit  la  séparer  de  Fhystérec¬ 
tomie,  il  y  a  un  certain  nombre  de  considérations  qui  présentent 
une  grande  importance. 

Tout  d’abord,  —  et  je  crois  devoir  éveiller  l’attention  de  mes 
collègues  sur  ce  point —  une  hystérectomie  faite  immédiatement, 
après  la  curiethérapie,  peut  présenter  de  grands  dangers.  Au 
Congrès  de  Gynécologie  de  langue  française  tenu  à  Paris  eh 
octobre  1921,eette  question  a  été  discutée.  Il  est  incontestable 
que  l'application  de  radium  donne  un  mal  des  rayons  souvent 
fruste,  mais  précoce,  au  cours  duquel  les  réactions,  en  présence 


(1)  .R.  Proust.  Les  interventions  chirurgicales  associées  à  la  curiethérapie 
et  à  la  radiothérapie  pénétrante.  Journal  médical  Français,  t.  XI,  n”  U , 
novembre  1922. 


SÉANCE  OU  2 


049 


d'une  intervention  diirurgic.de,  peuvent  être  très  modifiées.  En 
revanche,  je  suis  complètement  d’aecord  avec  MM.  Gosset  et 
J.-L.  Faure  pour  estimer  que  l'opération  ne  doit  pas  être  faite 
trop  tard  après  i’application  de  radium,  La  période  optima  est, 
pour  moi,  de  trois  à  six  semaines. 

Le  rûle  de  l'intervention  chirurgicale  dans  ces  cas  est  de  sup¬ 
primer  le  foyer  d’origine  d’une  tumeur  qui  a  été  pratiquement 
stérilisée,  mais  dont  on  redoute  tout  de  même  la  repullulation 
ultérieure  possible.  Mais  si  la  chirurgie  peut  être,  dans  ces  condi¬ 
tions,  un  utile  complément  de  la  curiethérapie,  en  revanche,  à 
moins  de  faire  une  opération  très  élargie,  elle  est  sans  action  sur 
les  colonies  néoplasiques  éloignées  dont  la  croissance  a  pu  être 
excitée  par  la  pose  de  radium.  Car  il  faut  bien  savoir  que  le 
radium,  s’il  a  une  action  stérilisante  qui,  sous  certaines  réserves 
de  durée  d’application,  peut  être  complète  dans  le  secteur  véri¬ 
tablement  central  de  son  rayonnement,  a  au  contraire  une  action 
excitante  à  la  partie  périphérique  à  condition  que  l’éloignement 
ait  justexnent  réduit  la  dose  à  une  certaine  fraction  infime  et.que, 
d’autre  part,  dans  cette  région  périphérique  existent  préalable¬ 
ment  —  ce  qui  est  malheureusement  fréquent  —  des  colonies  de 
cellules  dormantes.  C’est  pourquoi,  comme  j’y  ai  insisté  l’année 
dernière  ici  (1),  il  est  nécessaire  que  toute  application  de  radium 
soit  complétée  par  une  application  largement  débordante  de 
radiothérapie  pénétrante.  J’ai  dit  que  dans  le  secteur  central  de 
l’action  du  radium  la  stérilisation  du  cancer  pouvait  être  com¬ 
plète  sous  certaines  conditions  de  durée  de  l’application.  Je 
m’explique  : 

Ainsi  que  mes  collaborateurs  Forestier  et  de  Nabias  (2)  l’ont 
bien  montré  dans  leurs  recherches  sur  l’index  karyokinétique,  le 
pourcentage  du  nombre  de  cellules  en  divisions  comptées  dans 
un  champ  limité  par  rapport  aux  cellules  en  repos,  en  même 
temps  qu'il  fournit  une  appréciation  sûre  de  la  sensibilité  de  la 
tumeur,  permet  d’avoir  une  estimation  en  première  approxima¬ 
tion  du  temps  que  eelte  tumeur  mettra  à  se  renouveler,  si  on  peut 
dire,  e’est-à-dire  à  ce  que  toutes  ses  cellules  se  soient  divisées, 
à  ce  que  le  cycle  de  la  tumeur  soit  accompli.  Or,  comme  l’a  bien 
montré  Regaud,  en  application  des  admirables  recherches  de 
Bergonié,  Je  «  moment  »  de  la  sensibilité  cellulaire  aux  radiations 
est  la  période  de  karyokinèse.  C’est  dire  qu’une  application  de 

(1)  R.  Proust.  Bull,  et  Mém.  de  la  Société  de  Chirurgie ,  t.  XLVIII,  n°  16, 

p.  666. 

(2)  S.  de  Nabias  et  J.  Forestier.  Sur  le  traitement  curiethérapique  des  épi- 
théliomas  malpighiens.  Soc.  de  Biologie,  20  janvier  1923  t.  LXXXVIIi, 
p.  83. 


650 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


radium  si  elle  est  en  durée  inférieure  au  cycle  de  la  tumeur  en 
aura  stérilisé  la  totalité  des  cellules  qui  se  seront  divisées,  mais 
(comme'une  stérilisation  insuffisante  en  présence  de  spores)  aura 
eu  bien  des  chances  de  ne  pas  porter  un  coup  mortel  aux  cellules 
encore  à  l’état  de  repos. 

Avec  l’application  prolongée  on  se  met  beaucoup  plus  sûrement 
à  l’abri  de  ces  dangers.  Aussi,  ne  suis-je  pas  du  tout,  pour  l’utérus, 
partisan  d’une  application  uniforme  de  quatre  ou  cinq  jours. 
Celle-ci  peut  être  suffisante  pour  les  cas  à  index  karyokinétique 
fort  (1  sur  50)  ;  elle  est  tout  à  fait  insuffisante  pour  assurer  l’avenir 
dans  les  cas  d’index  karyokinétique  faible  (1  sur  200),  car  on  peut 
alors  être  certain  qu’elle  est  sensiblement  inférieure  au  cycle 
évolutif  de  la  tumeur. 


Luxation  isolée  du  cuboïde  ( énucléation ), 
par  M.  Maurice  Larget 
Interne  des  hôpitaux  de  Paris. 

Rapport  de  M.  GH.  DUJARIER. 

Voici  l'observation  de  mon  interne  M.  Larget  : 

M.  O...  (Adolphe),  mécanicien,  est  amené  d’urgence  à  l’hôpital  Bou- 
cicaut,  le  14  février  1923,  à  16  heures,  pour  un  traumatisme  violent  du 
pied  gauche. 

Au  moment  de  l’accident,  le  sujet  était  assis  sur  un  strapontin  situé 
au-dessus  de  l’essieu  de  la  roue  droite  d’une  voiture,  entre  cette  roue 
et  la  caisse  du  véhicule  (comme  le  pointeur  d’une  pièce  d’artillerie  est 
assis  entre  la  roue  et  le  tube  du  canon).  Il  regardait  dans  le  sens 
opposé  à  la  marche  de  la  voiture. 

Au  moment  du  démarrage,  le  sujet  se  retourna  pour  parler  au  con¬ 
ducteur.  Pendant  cette  rotation  du  tronc,  il  déjeta  involontairement 
en  dehors  son  pied  gauche  dont  l’extrémité  pénétra  entre  les  rayons  de 
la  roue.  —  L’arrière-pied  étant  calé,  quatre  ou  cinq  rayons  balayèrent 
le  dos  du  pied,  le  fléchissant  violemment. 

Le  blessé,  qui  n’a  pu  faire  un  pas  après  le  traumatisme,  est  amené  à 
l’hôpital  quelques  minutes  plus  tard. 

Nous  l’examinons,  et,  de  suite,  nous  sommes  frappé  par  une  défor¬ 
mation,  absolument  spéciale,  de  la  face  dorsale  du  pied. 

Il  existe  une  saillie  localisée  au  bord  externe  du  pied,  à  un  travers  de 
pouce  en  avant  de  la  pointe  de  la  malléole  externe.  Cette  saillie  est  très 
prononcée  et  la  palpation  montre  qu’elle  est  formée  par  un  os  dont 
on  délimite  facilement  la  face  supérieure,  quadrangulaire. 

Du  côté  de  la  plante,  il  n’y  a  aucune  déformation  visible,  mais  le 


SÉANCE  DU  2  MAI  651 


doigt  pénètre  dans  une  dépression  (correspondant  à  la  saillie  dorsale) 
que  l’on  ne  retrouve  pas  du  côté  sain. 

Les  mouvements  sont  complets  et  indolores  dans  la  tibio-tarsienne, 
mais  les  mouvements  de  la  médio-tarsienne  sont  impossibles.  Toute 
tentative,  même  douce  et  prudente,  réveille  une  vive  douleur. 

La  mensuration  ne  montre  pas  de  raccourcissement  du  pied  par 
rapport  au  côté  sain. 

Avant  la  réduction. 


Après  la 


La  radiographie  est  immédiatemént  pratiquée.  Elle  montre  une 
luxation  isolée  du  cuboïde  qui  est  énucléé  de  sa  loge.  Sur  l’épreuve  de 
face,  la  plus  caractéristique,  on  voit  que  la  saillie  qui  prolonge  en  bas 
la  face  postérieure  de  l’os  (apophyse  pyramidale  du  cuboïde)  est, 
maintenant,  «  sur  le  dos  »  du  calcanéum,  et  que  l’angle  dièdre  qui 
sépare  la  face  externe  de  la  face  postérieure  est  déjeté  en  dehors. 

La  réduction  est  pratiquée  d’urgence. 

Novocaïne  rachidienne,  0  gr.  07. 

Un  aide  fixe  la  jambe.  Nous  avons  empaumé  solidement  l’avant-pied 
avec  la  main  gauche  et  avons  exercé  avec  cette  main  un  mouvement 


652 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


d’abaissement  de  l’avant-pied,  comme  pour  faire  bâiller  l’interligne 
de  Ghopart  au  cours  d’une  désarticulation.  Alors  nous  avons  exercé 
avec  le  pouce  droit  une  pression  sur  la  saillie  osseuse.  La  réintégration 
a  été  perçue  sous  forme  d’un  petit  claquement  et  a  été  obtenue  sans 
difficulté,  exactement  comme  on  enfonce  la  touehe  d’un  piano. 

Dès  lors,  il  n’existait  plus  aucune  saillie  anormale  sur  le  dos  du  pied. 

Un  pansement  ouaté  fut  appliqué.  Les  suites  furent  très  simples.  Le 
blessé  fut  précocement  massé  et  mobilisé.  Il  fut  autorisé  à  se  lever  le 
dixième  jour.  11  marche  actuellement  normalement,  sans  aucune 
fatigue.  La  radiographie  faite  le  lendemain  de  la  réduction  ne  révéla 
plus  aucun  rapport  anormal  dans  la  position  des  os  du  pied. 

Cette  observation  nous  a  semblé  digne  d’être  communiquée  à 
cause  de  la  très  grande  rareté  du  cas.  Nous  n’avons  rien  trouvé  de 
semblable  dans  la  littérature  médicale,  et  peut-être  est-ce  là  le 
premier  cas  de  luxation  isolée,  ou  plutôt  d’énucléation  du  cuboïde. 

Les  traités  classiques  ne  font  pas  mention  de  cette  affection. 
L’article  de  Cahier,  in  Le  Dentu  et  Delbet,  après  avoir  étudié  la 
luxation  médio-tarsienne,  parle  de  la  luxation  du  scaphoïde,  et 
de  celles  d’un  ou  des  trois  cunéiformes,  mais  il  est  muet  sur  les 
luxations  du  cuboïde.  Gosselin,  dans  son  Encyclopédie  chirurgi¬ 
cale,  dit  que  la  luxation  est  possible,  mais  avoue  ne  pas  en  con¬ 
naître  d’observation.  Enfin,  Destotdans  son  Elude  radiographique 
des  traumatismes  du  pied  ne  parle  pas  de  celte  affection. 

Que  peut- on  penser  du  mécanisme  de  cette  luxation?  A  première 
vue,  il  semble  qu’une  flexion  aussi  violente  de  l’avant-pied  aurait 
dû  produire  une  luxation  tarso-métatarsienne,  affection  beaucoup 
plus  fréquemment  observée. 

Il  est  probable  que  là  charnière  de  flexion  a  été  l'articulation 
de  Chopart.  Il  n’a  pas  dû  y  avoir  seulement  flexion  mais  encore 
adduction  légère,  faisant  bâiller  à  la  fois  l’interligne  ealcanéo- 
cuboïdien  en  haut  et  en  dehors,  faisant  éclater  la  capsule  sur  la 
face  dorsale  et  rompant  le  faisceau  externe  du  ligament  en  Y... 
Alors,  le  grand  ligament  plantaire,  calcanéo-cuboïdien,  a  dû  se 
tendre,  sans  se  rompre,  faisant  basculer  le  cuboïde  autour  de  son 
insertion,  ce  mouvement  de  bascule  étant  assez  prononcé  pour 
amener  l’apophyse  pyramidale  sur  la  face  dorsale  du  calcanéum. 
Telle  est  la  pathogénie  qui  nous  a  paru  la  plus  vraisemblable. 

Nous  nous  permettons  de  signaler  enfin  que  le  diagnostic 
d’énucléation  du  cuboïde,  facile  aussitôt  après  l’accident,  devin  L 
dans  les  heures  qui  suivirent  presque  impossible  cliniquement  par 
suite  de  l’œdème  considérable  qui  avait  envahi  tout  le  dos  du  pied. 
La  radiographie  seule  aurait  pu,  à  ce  moment,  fixer  le  diagnostic. 

Messieurs,  je  vous  propose  de  remercier  M.  Larget  de  son 
intéressant  travail  et  de  l’insérer  dans  nos  Bulletins. 


SÉANCE  DU  2  MAI 


653 


Davier  à  branches  coudées  et  à  mors  multiples 
interchangeables  sur  les  deux  branches , 
parM.  Masmonteil. 

Rapport  de  M.  AUVRAY. 

Voici  la  note  que  vous  a  lue  M.  Masmonteil  en  vous  montrant 
cet  instrument  : 

«  J’ai  l’honneur  de  présenter  à  la  Société  de  chirurgie  un  davier 
qui  a  les  caractéristiques  suivantes  : 

«  1°  Il  utilise  le  principe  du  lithotriteur  comme  les  daviers  de 
M.  Heitz-Boyer,  ce  qui  permet  un  serrage  progressif  et  sans  à-coups. 

«  2°  Les  deux  branches  sont  coudées  à  angle  droit  et  se  termi¬ 
nent  par  des  dents  de  lion. 

*  Cet  appareil  est  donc  la  combinaison  du  davier  de  M.  Heitz- 
Boyer  et  du  davier  à  dent  de  lion  d’Ollier. 

.  «  3°  Sur  chacune  des  branches,  viennent  s’appliquer  et  se  fixer 
à  l’aide  d'un  ressort  une  série  de  mors  interchangeables,  les  uns 
articulés  en  cardan,  les  autres  fixes. 

«  4°  L’écartement  entre  les  mors  varie  de  0  à  8  centimètres,  ce 
qui  permet  de  saisir  des  os  de  grosseurs  différentes  et  plus  parti¬ 
culièrement  les  volumineuses  épiphyses  du  tibia  et  du  fémur. 

«  Ce  davier  à  la  fois  préhenseur  et  coapteur  est  indiqué  :  1°  pour 
la  suture  des  fractures  de  la  rotule  ou  de  l’olécrâne  ;  2°  pour  l’os¬ 
téosynthèse  des  fractures  des  tubérosités  du  tibia  et  des  condyles 
fémoraux;  il  joue  aussi  le  rôle  de  serre-joint  en  rapprochant  les 
fragments  ;  3°  dans  les  fractures  du  cou-de-pied  avec  diastasis  ; 
4°  dans  les  fractures  anciennes  du  fémur;  dans  ce  cas  il  permet 
de  saisir  ensemble  et  de  fixer  solidement  les  deux  extrémités 
fragmentaires  réséquées  fussent-elles  de  volume  différent  (grâce 
à  l’articulation  en  cardan  de  l’un  des  mors)  ;  de  plus,  les  deux 
branches  coudées  de  l’instrument  jouent  le  rôle  d’écarteurs  des 
parties  molles  en  découvrant  la  zone  opératoire  et  en  facilitant 
l’application  des  pièces  de  prothèse.  » 

L’instrument  que  je  vous  présente  est  donc,  en  somme,  un  davier 
d’Heitz-Boyer  qui  a  subi  deux  modifications  intéressantes  concer¬ 
nant  la  coudurede  ses  branches  et  l’adaptation  rapide  etcommode 
de  mors  interchangeables.  Heitz-Boyer  avait  vu  dès  1918  l’utilité 
pour  son  instrument  de  mors  interchangeables,  et  les  avait  réa¬ 
lisés;  mais  la  nécessité  dans  son  modèle  de  les  visser  et  dévisser 
au  cours  de  l’opération  rendait  leur  emploi  lent  et  peu  commode. 
Masmonteil  a  réalisé  sur  ce  point  de  détail  un  progrès,  en  imagi- 


654 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


iant  cette  série  de  mors  interchangeables  que  je  vous  ai  pré¬ 
sentés,  qui  se  Bxent  si  commodément  à  l’aide  d’un  simple  ressort 
et  auxquels  il  a  donné  des  formes  et  des  dimensions  variables. 
J’ai  vu  fonctionner  cet  instrument  dans  mon  service  pour  la  réduc¬ 
tion  sanglante. de  fractures  des  extrémités  inférieures  du  fémur 
et  supérieures  du  tibia  ;  je  l’ai  vu  jouer  son  rôle  d’écarteur  au 
niveau  des  masses  musculaires  puissantes  de  la  cuisse,  et  je  peux 
affirmer  qu’il  est  appelé  à  rendre  des  services  appréciables. 

Mais  il  reste  bien  entendu  que  le  principe  du  davier  osseux,  avec 
écrou  brisé,  appartient  entièrement  à  Heitz-Boyer.  J’ai  eu  la  satis¬ 
faction  de  constater  qu’il  y  avait  parfait  accord  sur  ce  point  entre 
MM.  Heitz-Boyer  et  Masmonteil;  aussi  bien  celui-ci,  ce  dont  je 
l’approuve,  a-t-il  voulu  pour  éviter  toute  confusion  que  l’instru¬ 
ment  présenté  par  lui  continuât  à  porter  toujours  le  nom  d’Heitz- 
Boyer,  en  y  ajoutant  pour  ce  modèle  modifié  par  lui  la  mention 
«  avec  mors  interchangeables  de  Masmonteil  ».  C’est  donc  sous 
ce  double  nom  que  je  vous  le  présente  :  ces  questions  de  priorité 
étant  toujours  délicates,  je  suis  heureux  de  voir  un  de  nos  jeunes 
collègues  l’avoir  résolue  avec  cette  grande  correction,  et  vous 
vous  associerez  certainement  à  moi  pour  l’en  louer. 

M.  A.  Lapointe.  —  Je  crois  pouvoir  recommander  à  mes  collè¬ 
gues  l’emploi  de  ce  davier  présenté  par  mon  interne  Masmonteil. 

Je  ne  connais  rien  dans  l’arsenal  ostéosynthétique  actuel  qui 
puisse  rivaliser  avec  lui,  comme  moyen  de  préhension  et  de  fixa¬ 
tion  après  réduction.  J’ai  eu  récemment  l’occasion  de  l’utiliser 
pour  traiter  une  fracture  malléolaire  avec  diastasis  datant  de  deux 
mois.  Le  davier  étant  en  place,  soulevant  le  pied  dans  l’attitude 
voulue  et  rapprochant  énergiquement  le  tibia  et  le  péroné,  rien  ne 
fut  plus  simple  que  de  visser  la  malléole  externe. 


Tournevis  'porte-vis  à  échappement  automatique, 
par  M.  Masmonteil 
Rapport  de  M.  AUVRAY. 


Voici  la  note  que  vous  a  communiquée  M.  Masmonteil  en  vous 
présentant  son  instrument  : 

«  J’ai  l’honneur  de  présenter  à  la  Société  de  Chirurgie  un 
tournevis  qui  lient  la  vis  comme  celui  de  Sherman  :  mais  il  a 


SÉANCE  DU  2  MAI 


655 


sur  ce  dernier  l’avantage  de  permettre  l’échappement  automatique 
de  là  pince  porte-vis.  Quand  le  vissage  est  près  de  sa  fin  les  mors 
de  la  pince  pris  entre  la  surface  vissée  et  la  tête  de  la  vis  s’écar¬ 
tent  par  suite  du  biseautage  de  leurs  bords  ;  ils  sont  alors  ramenés 
en  arrière  et  immobilisés  par  l’action  d’un  ressort,  tandis  que 
dans  l’instrument  de  Sherman  la  pince  revient  sur  la  tête  delà 
viset  gêne  la  fin  du  vissage. 

«  Ce  porte-vis  est  monté  sur  le  tournevis  dit  américain  qui  à 
l’aide  d’un  engrenage  spécial  peut  tour  à  tour  fonctionner  comme 
un  tournevis  ordinaire  ou  fonctionner  en  va-et-vient  à  la  façon 
d’une  roue  libre  de  bicyclette,  tantôt  de  gauche  à  droite  :  vissage; 
tantôt  de  droite  à  gauche  :  dévissage. 

«  Le  tournevis  américain  existe  dans  le  commerce;  la  pince 
porte- vis  également.  Cet  instrument  est  donc  une  application  à  la 
chirurgie  d’un  instrument  du  commerce  auquel  j’ai  fait  ajouter 
par  la  maison  Collin  V échappement  automatique. 

«  L’échappement  automatique  étant  connu  depuis  longtemps, 
j’ai  vainement  cherché  tant  dans  les  maisons  de  quincaillerie  que 
dans  celles  d’horlogerie  et  de  chirurgie  un  instrument  qui  réunisse 
ces  trois  conditions  et  force  m’a  été  de  le  faire  réaliser  par  la 
maison  Collin.  » 

Je  vous  demande  de  remercier  M.  Masmonteil  de  nous  avoir 
présenté  ce  tournevis  à  échappement  automatique.  C’est  un 
instrument  intéressant  que  j’ai  employé  dans  mon  service,  que 
vous  pouvez  essayer  vous-mêmes  sur  cette  planchette  et  qui, 
grâce  au  ressort  qui  fixe  la  pince  après  son  échappement  et  la 
maintient  relevée,  rend  la  fin  du  vissage  plus  facile  qu’avec  le 
tournevis  de  Sherman. 


Invagination  iléo-cæco-colique  d'une  turgeur  cæcale 
( lymphocytome )  avec  métastase  ganglionnaire , 
greffée  sur  une  ulcération  dysentérique  (entamœba  histolytica), 

par  M.  le  Dr  Marcel  Veaideau  (de  Valenciennes). 

Rapport  de  M.  ANTOINE  BASSET. 

Le  Dr  Veaudeau,  chirurgien  à  Valenciennes,  nous  a  envoyé 
une  observation  intéressante  sur  laquelle  vous  m’avez  chargé  de 
faire  un  rapport. 

Voici  cette  observation  : 

Observation.—  M“*  M...,  quarante  ans,  a  vécu  pendant  vingt-deux  ans- 


656 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


sous  le  même  toit  que  son  père, colonial  atteint  dediarrhée  chronique. 
Elle-même  n’a  jamais  présenté  de  diarrhée.  Le  début  des  troubles 
remonte  à  deux  ans  :  elle  fut  alors. prise  de  douleurs  dans  le  flanc 
droit,  avec  vomissements,  ballonnement  du  ventre  et  gargouillements 
intestinaux. 

La  crise  dura  quelques  jours  et  céda  spontanément,  mais  les  mêmes 
phénomènes  se  reproduisirent  à  différentes  reprises  de  plus  en  plus 
fréquemment;  l’état  général  déclina,  la  malade  dut  s'aliter,  et  c’ést  à 
l’issue  d’une  de  ces  crises  d’occlusion  que  nous  eûmes  l’occasion  de 
l’examiner  et  de  l’opérer  avec  le  Dr  Delfosse,  son  médecin,  traitant. 

Elle  portait  alors  dans  la  fosse  iliaque  droite  une  tomeur  arrondie, 
lisse,  dure,  très  mobile,  de  la  taille  d’une  orange.  Cette  tumeur  était 
peu  douloureuse,  et  il  était  facile  de  l’entraîner  vers  l’hypocondre 
droit,  le.  pubis  ou  l’ombilic. 

Les  phénomènes  d’occlusion  à  répétition  nous  engagèrent  à  demander 
un  examen  radioscopique,  après  ingestion  et  lavement  baryté,  et  il 
nous  fut  répondu  qu’il  s’agissait  d’une  tumeur  para-cæcale,  indépen¬ 
dante  de  l’intestin,  qu’elle  déprimait. 

L’intervention  eut  lieu  le  2  novembre  1922,  sous  chloroforme;  Inci¬ 
sion  verticale,  à  droite,  le  long  du  muscle  grand  droit;  on  extériorise 
avec  la  plus  grande  facilité  une  masse  intestinale,  constituée  par  une 
invagination  iléo-cæco-colique. 

La  terminaison  du  grêle,  la  tumeur  et  le  côlon  droit  jouissent  de  là 
plus  grande  mobilité  et  se  laissent  amener  hors  de  l’abdomen  sans 
qu’aucune  manœuvre  de  décollement  soit  nécessaire. 

Il  n’y  a  pas  de  liquide  dans  l’abdomen;  le  côlon  est  sur  toute  sa 
longueur  pâle,  épaissi,  œdémateux;  en  amont  de  l’invagination,  le 
grêle  a  le  volume  d’un  poignet.  Nous  tentons  la  désinvagination  qui, 
d’abord  facile,  nous  permet  d’amener  une  partie  du  grêle,  une  grosse 
tumeur  ganglionnaire  de  la  faille  d’un  œuf  de  poule,  dure,  lisse  et 
ronde  et  la  partie  terminale  de  l’appendice,  gros  comme  le  pouce, 
blanc,  œdémateux.  Là  s’arrête  la  désinvagination;  le  cæcum,  la  ter¬ 
minaison  du  grêle  et  ce  qui  reste  de  -l’appendice  forment  une  masse 
épaisse  et  irrégulière  qu’il  est  impossible  de  désinvaginer. 

Nous  croyons  avoir  affaire  à  un  tuberculome  et  pratiquons  une  résec- . 
tion  iléo-cæco-colique  suivie  d’anastomose  latéro-latérale,  en  plaçant 
la  bouche  aussi  près  que  possible  des  sections  intestinales,  l’état  d’infil¬ 
tration  du  côlon  et  de  l’iléon  ne  nous  paraissant  pas  favorable  à  une 
anastomose  termino-terminale.  , 

Les  suites  opératoires  furent  très  simples.  Il  y  eut  des  gaz  le  lende¬ 
main.  Actuellement  la  malade  a  repris  ses  occupations  et  son  embon¬ 
point. 

L’examen  de  la  pièce  montre  la  présence  d’une  masse  végétante, 
ulcérée,  de  la  grosseur  d’un  œuf  de  poule,  faisant  saillie  dans  la  lumière 
intestinale  (cæcum),  reposant  sur  une  base  indurée,  entourant  l’intestin 
sur  les  deux  tiers  de  sa  circonférence.  L’intestin- présente  à  ce  niveau 
une  coudure,  la  concavité  de  cette  coudure  étant  occupée  par  uh  gan¬ 
glion  volumineux  de  la  taille  d’une  mandarine  et  dont  la  section 


SÉANCE  BU  2  MAI 


657 


montre  trois  nodules  d’aspect  métastatique.  La  tumeur  intestinale  est 
résistante  à  la  coupe  et  constituée  par  du  tissu  très  dense. 

En  aval  de  la  tumeur,  on  relève  deux  ulcérations  qui  paraissent  de 
nature  banale,  consécutives  à  Ja  stase. 

L’examen  histologique,  en  quoi  réside  l’intérêt  principal  de  celle 
observation,  a  été  fait  par  mon  ami,  le  DT  Boez,  chargé  de  cours  à  la 
Faculté  de  Strasbourg.  Il  porte  sur  les  coupes  de  la  tumeur  et  du  gan¬ 
glion  satellite. 

La  néoplasie  intestinale  est  constituée  par  une  réaction  inflamma¬ 
toire  chronique,,  avec  développement  abondant  du  tissu  collagène  et 
infiltration  d'éléments  leucocytaires.  En  certains  endroits  la  muqueuse 
est  profondément  ulcérée,  la  couche  glandulaire  abrasée,  et  recouverte 
d’une  masse  nécrosée.  A  la  limile  de  cette  masse  et  de  la  muqueuse, 
infiltration  de  très  nombreuses  amibes  du  type  entamœba  histolytica, 
bien  caractérisées.  Jusque-là  la  tumeur  semble  du  type  inflammatoire, 
liée  à  une  ulcération  dysentérique.  Mais  le  ganglion  satellite,  gros 
comme  une  mandarine,  présente  plusieurs  nodules  isolés,  métasta¬ 
tiques,  du  type  lymphocytome. 

Il  s’agit  donc  probablement  d’un  lymphocytome  intestinal  avec 
métastase  ganglionnaire,  développé  sur  une  ulcération  dysentérique, 
l’absence  de  fixité  du  côlon  droit  ayant  favorisé  la  production  d’une 
invagination  intestinale  chronique. 

Telle  est  l’observation  du  Dr  Veaudeau.  Elle  est,  à  mon  sens, 
fort  intéressante,  tant  à  cause  de  la  rareté  assez  grande  de  la 
lésion  qu’en  raison  du  mode  d’intervention  employé  par  notre 
confrère  et  du  succès  qu’il  a  obtenu. 

En  vous  transmettant  les  réflexions  qui  m’ont  été  inspirées  par 
cette  observation,  je  mettrai  tout  à  fait  à  part  ce  qui  concerne 
l’anatomie  et  surtout  l’histologie  pathologique  de  la  lésion. 

Pour  ce  qui  est  d’abord  et  de  la  façon  dont  le  D1'  Veaudeau  a 
compris  le  traitement  de  sa  malade  et  de  la  conduite  chirurgicale 
qu’il  a  suivie,  outre  que  le  succès  qu’il  a  obtenu  peut  à  lui  seul 
suffire  à  justifier  celles-ci,  j’estime  pour  ma  part  qu’on  ne  peut 
qu’approuver  notre  confrère  d’avoir  agi  comme  il  l’a  fait.  La 
répétition  de  plus  en  plus  fréquente  des  crises  d’occlusion,  la 
présence  dans  la  fosse  iliaque  droite  d’une  tumeur  qui  s’avérait 
comme  limitée  et  très  mobile  créaient  une  indication  opératoire 
nette,  précise  et  impérieuse,  même  en  l’absence  d’un  diagnostic 
anatomique  et  causal  précis  qu’il  était  d’ailleurs  bien  difficile  de 
formuler  avec  exactitude  et  certitude. 

La  crise  d’oeelusion  était  d’autre  part  terminée.  Il  était  donc 
naturel  de  tenter  et  de  pratiquer  chez  cette  malade  une  opération 
large,  avec  l’espoir,  qui  s’est  d’ailleurs  réalisé,  qu’elle  pourrait 
être  curatrice.  Moi-môme,  dans  un  cas  qui,  cliniquement,  était 
presque  semblable  à  celui  du  Dr  Veaudeau  (crises  d’occlusion  à 


658 


SOCIÉTÉ  UE  CHIRURGIE 


répétition  chez  un  malade  présentant  une  grosse  tumeur  mobile 
de  la  fosse  iliaque  droite)  mais  qui  en  différait  anatomiquement, 
puisqu'il'  s’agissait  d’un  sarcome  de  l’intestin  grêle,  j’ai  fait  égale¬ 
ment  une  laparotomie  suivie  d’une  large  résection  intestinale  et 
j’ai  obtenu  une  guérison  durable.  Cette  observation  a  fait,  à  cette 
époque,  l’objet  d’un  rapport  à  notre  Société  de  mon  maître  le 
professeur  Pierre  Delbet  dans  la  séance  du  31  juillet  1918. 

Une  fois  lèvent  re  ouvert  et  voyant  qu’il  avait  affaire  à  une  invagi¬ 
nation  iléo-cæco-colique,  Veaudeau  a  d’abord  tenté  de  désinvaginer. 
Je  pense  que  malgré  l’ancienneté  relative  de  la  lésion  et  la  répé¬ 
tition  des  crises  il  a  eu  raison  de  le  faire,  d’autant  plus  que  la 
très  grande  mobilité  de  la  fin  de  l’iléon,  de  la  portion  invaginée 
et  du  côlon  droit  lui  a  permis  d’extérioriser  facilement  toutes  ces 
portions  de  l’intestin  et  d’opérer  en  somme  hors  du  ventre. 

D’ailleurs,  la  désinvagination  est  bientôt  devenue  impossible  et 
notre  confrère,  prenant  alors  la  seule  détermination  logique  et 
rationnelle  et  la  mettant  immédiatement  à  exécution,  a  aussitôt 
pratiqué  une  large  résection  iléo-colique  qui  lui  a  permis  de  guérir 
sa  malade. 

Je  vous  rappelle  qu’à  ce  moment  Veaudeau  croyait  avoir  affaire 
à  un  tuberculome  du  cæcum  et  que  la  véritable  nature  de  la  lésion 
n’a  été  démontrée  que  par  l’examen  post- opératoire  histologique 
de  la  pièce  enlevée, 

Je  vous  ai  lu  ce  qui  a  été  écrit  par  le  Dr  Veaudeau  lui-même  sur 
le  résultat  de  cet  examen  histologique  pratiqué  par  le  Dr  Boez, 
chargé  de  cours  à  la  Faculté  de  Strasbourg.  J’ai  tenu  à  montrer  à 
mon  ami,  le  Dr  Moutier,  dont  vous  connaissez  tous  la  compétence 
en  anatomie  pathologique,  les  coupes  qui  m’ont  été  envoyées  par 
Veaudeau  et  que  je  tiens  à  la  disposition  de  ceux  d’entre  vous  qui 
désireraient  les  examiner.  Moutier  m’a  pleinement  confirmé 
l’existence  des  lésions  décrites  par  le  D'  Boez  et  je  n’ai  par  consé¬ 
quent  rien  à  ajouter  sur  ce  sujet.  Peut-être  pourrait-on  discuter 
l’interprétation  des  faits,  se  demander  s’il  s’agit  bien,  comme  le 
croit  Veaudeau,  du  développement  sur  une  ulcération  dysenté¬ 
rique  d’un  lymphocytome  intestinal  suivi  d’une  métastase  gan¬ 
glionnaire?  En  l’absence  de  renseignements  complémentaires,  en 
particulier  sur  l’état  du  sang,  dont  l’examen  n’a  pas  été  fait,  on 
ne  pourrait  que  formuler  des  hypothèses,  suggérer  des  explications, 
sans  pouvoir  prouver  leur  réalité,  ni  démontrer  leur  valeur.  Je 
préfère  rester  sur  le  terrain  des  faits.  Peut-être,  si,  comme  je 
l’espère,  le  Dr  Veaudeau  peut  suivre  longtemps  son  opérée,  l’ave¬ 
nir  se  chargera-t-il  de  fixer  nos  idées?  Ce  que  je  souhaite  avant 
tout,  c’est  que  par  l’absence  de  récidive  et  de  métastase  il  montre 
que  la  guérison  obtenue  est  définitive  et  complète. 


SÉANCE  DU  2  MAI 


659 


En  terminant,  je  vous  propose  de  féliciter  le  Dr  Yeaudeau  du 
succès  qu’il  a  obtenu,  de  le  remercier  de  nous  avoir  envoyé  son 
intéressante  observation  et  de  publier  celle-ci  dans  nos  Bulletins. 


Fistule  vésico-utérine  obstétricale. 

Opération  par  voie  vaginale.  Guérison , 

par  M.  le  Dr  Émile  Delannoy  (de  Lille). 

Rapport  de  M.  ANTOINE  BASSET. 

Le  Dr  Delannoy  nous  a  envoyé  l’observation  suivante  que  j’ai 
jugée  digne  de  vous  être  communiquée. 

Nous  avons  pu  observer  et  opérer  dans  le  service  de  notre  maître, 
M.  le  professeur  Lambret,  une  malade  atteinte  de  fistule  vésico-utérine 
dont  voici  l’observation  : 

G...  (Marie),  quarante-deux  ans,  entre  dans  le  service  de  chirurgie 
du  professeur  Lambret  en  septembre  1922  parce  qu’elle  perd  ses 
urines. 

Dans  ses  antécédents  gynécologiques  et  obstétricaux  on  note  : 
4  pertes  qu’elle  met  sur  le  compte  de  causes  diverses  (efforts,  trauma¬ 
tismes)  et  toutes  avec  des  suites  normales. 

4  accouchements  :  3  à  terme  avec  des  suites  normales  bien  que  le 
premier  ait  été  particulièrement  difficile  en  raison  d'un  rétrécissement 
du  bassin  reconnu  par  le  médecin. 

Au  terme  de  sa  quatrième  grossesse,  la  malade  ressent  les  premières 
douleurs  le  2a  mai  à  8  heures  du  matin;  à  10  heures  du  soir,  elle  est 
transportée  à  l’hôpital  d’une  petite  ville  parce  que  la  tête  n’est  pas 
engagée  et  que  plusieurs  applications  de  forceps  sont  restées  sans 
résultat. 

Le  lendemain  matin,  une  nouvelle  tentative  d’extraction  au  forceps 
est  faite  sous  chloroforme;  après  échec  le  médecin  se  résout  à  faire 
une  basiotripsie  qui  permet  d’extraire  un  très  gros  fœtus. 

Pendant  les  premiers  jours,  la  malade  fait  de  la  rétention  d'urine  qui 
nécessite  le  cathétérisme  à  plusieurs  reprises,  puis  la  miction  volontaire 
reparaît. 

Ce  n’est  que  le  huitième  jour  que  l’accouchée  s’aperçoit  qu’elle 
est  mouillée  et  qu’elle  n’urine  plus. 

Levée  trois  semaines  après,  son  état  ne  s’est  pas  modifié,  elle  perd 
toutes  ses  urines  sans  qu’aucune  modification  survienne  dans  cet 
écoulement  du  fait  de  la  position  ou  de  la  marche. 

La  malade  a  toujours  été  bien  réglée;  mais,  depuis  ce  dernier  accou¬ 
chement,  elle  a  des  pertes  de  sang  irrégulières,  quotidiennes  et  peu 
abondantes. 


660 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


L’examen  gynécologique  montre  une  vulve  béante  avec  un  peu  de 
rectocèle  et  de  cysiocèle.  Le  col  utérin  est  gros,  atteint  de  métrite 
chronique  avec  un  orifice  assez  large  admettant  l’extrémité  de  l’iudex. 
La  paroi. antérieure  du  vagin  ainsi  que  le  cul-de-sac  antérieur  sont 
absolument  normaux  et  souples.  '  . 

L’examen  direct  pratiqué  avec  des  valves  permet  de  vérifier  cette 
intégrité  de  la  paroi  vaginale  antérieure-,  malgré  un  déplissement  attentif 
de  la^muqueuse  vaginale,  on  ne  découvre  aucun  orifice. 

On  constate  alors,  en  attendant  quelques  instants,  que  du  liquide 
clair  et  limpide  s’écoule  par  le  col  utérin. 

L’injection  d’une  solution  de  bleu  dans  la  vessie  permet  de  vérifier 
immédiatement  le  diagnostic  de  fistule  vésico-utérine  sus-vaginale. 

La  cystoscopie  ne  put  être  pratiquée. 

L’intervention  fut  décidée  et  pratiquée  le  8  septembre  sous  rachi¬ 
anesthésie  (scurocaine  10  centigrammes).  Aide  :  M.  Gernez,  interne  du 
service. 

Notre  plan  opératoire  était  le  suivant  :  amorcer  le  décollement 
vésico-vaginal  par  la  voie  basse  et  tenter  la  fermeture-de  la  fistule  si 
celle-ci  se  présentait  facilement  :  la  béance  de  la  vulve,  le  peu  de  pro¬ 
fondeur  du  vagin,  l’abaissement  assez  aisé  de  l’utérus  nous  permet¬ 
taient  d’espérer  ce  résultat;  dans  le  cas  contraire,  terminer  l’inter¬ 
vention  par  la  voie  haute. 

Nous  incisons  le  cul-de-sac  vaginal  antérieur  et  nous  séparons  la 
vessie  de  l’utérus  sur  une  longueur  del  cent.  5  environ.  La  lèvre  anté¬ 
rieure  de  l’utérus  est  alors  fendue  sur  la  ligne  médiane  jusqu’à  la 
limite  du  décollement;  nous  introduisons  un  cathéter  dans  la  vessie  en 
suivant  la  paroi  inférieure  et  nous  pouvons  voir  l’extrémité  du  cathéter 
saillir  dans  la  cavité  cervicale.  Le  décollement  vésico-utérin  est  con¬ 
tinué  et,  sans  que  nous  ayons  vu  le  péritoine,  nous  constatons  que  la 
fistule  infundibuliforme  est  plus  large  du  côté  de  la  vessie,  où  elle 
atteint  les  dimensions  d’une  pièce  de  50  centimes. 

L’orifice  vésical  avivé  est  fermé  sans  trop  de  difficulté  par  trois  étages 
de  suture  (points  séparés  à  la  soie  non  perforants). 

L’orifice  utérin  est  avivé  et  suturé,  puis  la  lèvre  antérieure  du  col 
réséquée  (métrite  chronique). 

Nous  vérifions  à  ce  moment  l’étanchéité  des  sutures  par  une  injection 
de  150  cent,  cubes  de  liquide  coloré  dans  la  vessie,  elle  est  parfaite. 
Sonde  à  demeure. 

Les  suites  opératoires  furent  extrêmement  simples.  Plus  de  suinte¬ 
ment  d’urine  par  le  vagin.  La  sonde  fut  enlevée  le  douzième  jour.  Les 
mictions  que  nous  avions  conseillées  très  rapprochées  dès  ce  moment 
furent  progressivement  espacées  et  la  malade  sortit  guérie  le 
25  septembre. 

Nous  avons  revu  cette  malade  au  bout  de  cinq  mois.  La  guérison  se 
maintenait  parfaite. 

La  partie  de  cette  observation  sur  laquelle  je  désire  appeler 
votre  attention,  la  seule  du  reste  sur  laquelle  revienne  M.  Delannoy 


SÉANCE  DE  2 


66  i 


dans  les  quelques  lignes  de  commentaires  qu’il  m’a  remises,  est 
eelle  qui  conoerne  le  procédé  opératoire  employé,  et  en  particulier 
la  voie  d’abord  de  la  fistule.  Delannoy  a  employé  la  voie  basse, 
vaginale,  et  il  a  guéri  sa  malade  du  premier  coup.  Les  faits,  donc, 
lui  donnent  raison  pour  ce  cas  particulier.  lia  été  conduit  à  choisir 
cette  voie  par  deux  sortes  de  considérations  :  d’une  part  il  s’agis¬ 
sait  d’une  femme  grasse,  avee  un  mauvais  cœur;  d'autre  part, 
dit-il,  La  vulve  était  béante,  le  vagin  spacieux  et  aisément  dila¬ 
table,  l’utérus  mobile  est  facile  à  abaisser.  Il  déclare  d’ailleurs  lui- 
même  que  si  les  conditions  locales  avaient  été  inverses  ou  si,  au 
eours  de  son  intervention,  et  après  avoir  amorcé  le  décollement 
vaginal  parle  bas,  il  avait  prévu  des  difficultés  trop  grandes  pour 
fermer  la  fistule  il  aurait  terminé  l’opération  par  la  voie  haute.  Il 
ne  dit  pas  d’ailleurs  exactement  ce  qu’il  entend  par  là  :  opération 
transpéritonéale,  ou  transvésicale  pure. 

Voiehaule  ou  voie  basse,  c’est  la  question  qui  se  pose  en  pré¬ 
sence  dé  ces  fistules.  Je  vous  rapelle  que  dans  la  séance  du 
25  février  1920,  à  la  suite  d’une  communication  de  M.  Marion, 
une  petite  discussion  a  eu  lieu  ici  même  sur  cette  question  de  la 
voie  d’abord.  Il  s’agissait,  il  est  vrai,  des  fistules  . vésico-vaginales 
et  non  vésico-utérines,  mais  il  me  semble  qu’on  peut  néan¬ 
moins  faire  le  rapprochement.  Après  avoir  rapporté  sa  très  belle 
observation  de  guérison  radicale  par  intervention  transvésicale 
d’une  très  large  fistule  vésico-vaginale  déjà  opérée  cinq  fois  sans' 
succès  par  un  autre  chirurgien,  M.  Marion  insistait  sur  les  avan¬ 
tages  de  cette  voie  d’abord  qui,  sur  13  cas,  lui  a  donné  13  succès. 
11  la  considère,  au  point  de  vue  de  la  certitude,  de  la  guérison 
opératoire,  comme  très  supérieure  à 'la  voie  vaginale. 

Heitz-Boyer,  Chevassu  sont  également  partisans  de  la  voie 
transvésicale.  Sans  lui  être  opposés,  MM.  J.-L.  Faure,  Tuffier, 
Pierre  Delbet  restent  fidèles  à  la  voie  vaginale  qui  leur  a  donné 
.  des  succès  presque  constants. 

En  matière  de  fistules  vésico-utérines,  beaucoup  plus  rares 
d’ailleurs  que  les  fistules  vésico-vaginales,  la  voie  haute  et  la  voie 
basse  ont  été  également  employées.  C'est  ainsi  que  la  voie  vaginale 
a  été  employée,  entre  autres  chirurgiens,  par  Knipe  ( American 
Jrnrn.  of  Obstelrics ,  1908,  t.  LVIII,  p.  211),  avec  succès;  par 
Mac  Lean  (Journ.  'of  Obstetrics  and  Gynecol,  of  the  Brit.  Empire , 
1913,  t.  XXIV,  p.  274),  qui  a  échoué  et  a  fait  secondairement  l’hys- 
léroeléisis  ;  par  N a-gel  ( Berliner  klin.  Wochenschrift ,  1914,  t.  LI, 
p.  1484),  qui  a  réussi.  Il  semble  que,  dans  la  plupart  des  cas  où 
ils  ont  employé  la  voie  haute,  les  chirurgiens  aient  choisi  celle-ci 
surtout  en  raison  de  la  fixité  de  l’utérus.  C’est  la  raison  que 
donnent  Forgue  ( Revue  de  Gynecol,  et  de  Chir.  abdominale ,  1906, 


662 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


t.  X,  p.  503)  et  Trevisan  ( Rivisla  Veneta  dï  Sc.  medic.,  1909,  t.  I, 
p.  443).  Le  premier,  opérant  par  voie  transabdominale,  obtint  une 
grande  amélioration  ;  le  second,  par  voie  transvésicale,  une  gué¬ 
rison  complète.  Enfin  Zweifel  ( Monatschr .  für  Geburlshefts  and 
Gynàkol.,  1920,  t.  LIII,  p.  3)  a  opéré  avec  succès  4  malades  par 
voie  abdominale. 

Je  rappelle  que,  dans  le  cas  de  Delannoy,  les  conditions  locales 
de  béance  de  la  vulve  et  du  vagin  et  d’abaissement  facile  de 
l’utérus  étaient  favorables  à  l’emploi  de  la  voie  vaginale.  Il  me 
paraît  donc  très  compréhensible  qu’il  ait  choisi  celle-ci,  d’autant 
plus  qu’il  était  d’avance  bien  décidé  à  l’abandonner  si  elle  ne  lui 
avait  pas  donné  toute  liberté  de  manœuvre.  Puisqu’il  a  par  ce 
procédé  guéri  sa  malade,  on  serait,  à  mon  sens,  assez  mal  venu  à 
lui  faire  des  reproches  ou  même  des  critiques. 

Delannoy  ajoute  que,  «  au  point  de  vue  technique,  l’incision 
médiane  de  la  lèvre  antérieure  du  col  a  paru  faciliter  beaucoup 
l’exposition  de  l’orifice  vésical,  ainsi  que  l’avivement  et  la  suture 
de  l’orifice  utérin  de  la  fistule  ».  Sans  être  absolument  évident, 
a  priori  cela  est  possible,  et  ce  petit  détail  de  technique  est  à 
retenir. 

En  terminant,  messieurs,  je  vous  propose  de  remercier 
M.  Delannoy  de  nous  avoir  envoyé  son  observation  et  de  la  publier 
dans  nos  Bulletins. 


Communication. 

Deux  cas  d'occlusion  haute  après  gastro-entérostomie , 
par  M.  OUDARD,  correspondant  national. 

J’ai  eu  l’occasion  d’observer  et  d’opérer  deux  cas  d’occlusion 
haute  après  gastro-entérostomie,  de  nature  exceptionnelle. 

Une  insuffisante  fixation  du  cône  stomacal  au  méso  et  le  décolle¬ 
ment  colo -épiploïque  ont  été  la  cause  directe  de  très  graves 
accidents. 

Obs.  I.  —  Ulcère  du  duodénum,  exclusion  et  gaslro-entéros'omic  posté¬ 
rieure  transmésocolique.  Occlusion  haute  post-opératoire  dans  la  brèche 
du  mésocô'.on.  Jéjuno-jéjunostomie.  Guérison. 

M...  (Eugène),  ouvrier  de  l’arsenal,  entre  à  l’hôpital  maritime  de 
Sainte-Anne  à  Toulon,  le  18  octobre  1920,  pour  hématémèse  et  mélæna. 


SÉANCE  DU 


Une  première  entrée  pour  le  même  motif  en  septembre  19(6.  Évacué 
sur  mon  service  le  28  octobre.  Les  examens  clinique  et  radiographique 
permettent  de  poser  le  diagnostic  d’ulcère  au  voisinage  du  pylore,, 
sans  localisation  plus  précise.  Intervention  le  22  novembre.  Rachi¬ 
anesthésie  et  anesthésie  régionale  combinées.  Laparotomie  médiane 
sus-ombilicale. 

Adhérences  pathologiques  de  la  première  portion  du  duodénum,  siège- 
d’un  petit  ulcère.  Estomac  haut,  assez  difficile  à  attirer  dans  la  brèche 
mésocolique.  Je  suis  frappé  par  l'aspect  de  ce  méso,  très  gras,  tendu t 
épais  (environ  7  à  8  millimètres). 

Gastro-entérostomie  postérieure  transmésocolique,  bouche  verticaler- 
sur  l’antre  :  anse  de  longueur  juste  suffisante  pour  éviter  le  tiraille¬ 
ment  de  l’anastomose. 

Fixation  du  cône  stomacal  au  méso  par  trois  points.  Exclusion  du> 
pylore  suivant  la  technique  de  Mayo. 

Dans  les  jours  qui  suivent  l’opération,  sensation  de  plénitude  de-, 
l’estomac,  avec  tiraillement  douloureux  et  vomissements  bilieux  abon¬ 
dants.  On  doit  pratiquer  deux  grands  lavages  par  jour  qui  ramènent 
une  abondante  quantité  de  liquide  bilieux.  Abdomen  souple,  affaissé,, 
non  douloureux.  Faciès  plombé,  anxiété.  Pas  de  fièvre.  Pouls  régulier 
à  80». 

Le  sixième  jour,  devant  la  persistance  des  vomissements  le  diagnostic-, 
d’occlusion  s’impose.  Une  radioscopie,  après  lavage  et  repas  bismuthé , 
montre  une  large  frange  de  bismuth  qui  s'engage  dans  la  bouche,  suit  un- 
trajet  descendant,  légèrement  oblique  qui  se  relève  en  crochet  (anse  affé¬ 
rente),  puis  tout  remonte  dans  l’estomac.  Rien  ne  passe  dans  l'anse  effé¬ 
rente.  Rien  parle  pylore.  Aucun  changement  au  bout  d'une  demi-heure. 

Intervention  immédiate.  Rachi-aneslhésie  et  anesthésie  régionale 
combinées.  On  constate  que  les  points  du  méso  ont  lâché  :  l'estomac 
est  remonté,  entraînant  l’anaslomose  qui  est  engagée  dans  le  méso,  la- 
branche  efférente  est  coudée  sur  le  bord  du  méso;  l'anse  afférente  reste- 
seule  perméable. 

Large  débridement  du  méso  :  l’estomac  et  la  bouche  sont  attirés  en- 
bas.  Fixation  soigneuse  de  l’estomac.  Jéjunostomie  complémentaire  an 
fil.  Fermeture  en  un  plan  au  fil  de  bronze,  suites  très  simples;  touta 
envié  de  vomir  disparaît.  Le  malade  raconte  que  tout  ce  qu’il  prend 
«  tombe  dans  un  trou  ». 

Sort  le  31  décembre.  A  repris  son  travail  à  l’arsenal.  Revu  périodi¬ 
quement.  A  présenté  à  quelques  reprises  des  crises  gastriques  avec 
sensation  de  brûlure,  ayant  fait  songer  à  la  possibilité  du  développe¬ 
ment  d’un  ulcus  peptique.  Symptômes  cédant  assez  vite  à  un  traite¬ 
ment  médical. 

Dernière  radioscopie  le  5  décembre.  Fonctionnement  normal  de  la 
bouche. 

En  sommé,  mésocôlon  très  épais  et  rigide;  petit  estomac  haut 
situé,  hyperkinétique.  Sous  l'influence  des  efforts,  de  vomissements 
post-opératoires,  l'estomac  arrache  les  fils  qui  l’unissent  au  méso- 

BULL.  BT  ȃM.  PE  LA  SOC.  DE  CHIE.,  1923.  49 


664 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


côlon.  L’anastomose  .s’engage  dans  une  brèche  trop  étroite  et  rigide, 
qui  étrangle  l’anse  efférente.  Le  contenu  stomacal  passe  dans 
l’anse  afférente  et  le  duodénum,  se  heurte  à  l’exclusion  et  revient 
dans  l’estomac.  Le  mouvement  de  va-et-vient  se  reproduit périodi- 
diquement  jusqu’à  ce  que  l'estomac  distendu  se  vide  par  vomis¬ 
sement. 

La  longueur  de  l’anse  afférente  ne  nous  paraît  avoir  joué  ici 
aucun  rôle.  Je  lui  avais  donné  la  longueur  juste  suffisante  pour 
éviter  toute  traction  sur  la  suture  et  j’eus  à  peine  la  place  de 
pratiquer  la  jéjuno-jéjunostomie. 

Je  n’ai  trouvé  aucun  cas  semblable  dans  la  littérature  médicale 
mise  à  ma  disposition.  Ce  mécanisme  d’occlusion  n’est  pas  signalé 
dans  les  travaux  les  plus  connus  sur  le  circuius  vitiosus. 

Une  fixation  insuffisante  du  cône  stomacal  à  la  brèehe  duméso 
fut  également  la  cause  favorisante  d’une  grave  occlusion  tardive 
dans  l’o'bservation  suivante.  Dans  ce  cas"  intervint  un  autre  élé¬ 
ment:  T adhérence  de  l'épiploon  à  l'anastomose  après  un  décol¬ 
lement  colo -épiploïque. 

Obs.  IL  —  Gastro-entérostomie  postérieure  transmésocolique  après 
décollement  .colo-épiploïque.  Epiploite.  Occlusion  haute  tardive  avec 
incarcération  de  2  mètres  de  grêle  dans  l'arrière-cavité..  Intervention 
'd'urgence.  Guérison. 

■L...  (Georges),  officier  de  marine.  Gastro-entérostomie  en  1021,  pour 
ulcère,  de  la  région  pylorique  exécutée  dans  une  clinique  de  Paris 
par  un  chirurgien  éminent.  Le  troisième  jour,  nausées  et  sensation 
de  plénitude  de  l’estomac,  avec  fièvre,  qui  nécessitent  des  lavages 
d’estomac.  Après  convalescence,  reprise  de  service.  Quatre  mois  après 
l’intervention,  apparaissent  des  vomissements  verdâtres.  Ces  vomisse¬ 
ments  se  reproduisent  ensuite  à  peu  près  régulièrement  tous  les 
quinze  jours,  à  nn  moment  quelconque  du  jour  ou  de  la  nuit,  d’un 
demi-litre  à  un  litre,  précédés  d’une  sensation  de  plénitude  de  l’estomac 
sans  douleur.  Dans  l’intervalle,  pas  de  malaises  particuliers.  Le  malade 
éprouve  cependant  toujours,  depuis  l'opération,  quelque  difficulté  à 
redresser  le  buste  après  une  station  assise,  avec  tiraillements  dans  la  région 
épigastrique . 

Le  5  octobre  1922,  un  an  environ  après  l’opération,  à  4  heures  du  matin, 
le  malade  est  réveillé  par  des  coliques  violentes,  se  reproduisant  périodi¬ 
quement  toutes  les  demi-heures.  Fait  son  service  jusqu’à  midi.  Déjeune 
légèrement;  commence  à  vomir  vers  14  heures.  Une  selle  dans  la 
soirée,  vomissements  incessants  toute  la  nuit;  a  rendu  environ  deux 
grands  seaux  de  liquide  verdâtre.  Depuis  le  matin,  vomissements 
■moins  abondants,  mais  n’a  absorbé  aucun  liquide,  aucun  aliment.  Pas 
de  selle,  ni  de  gaz.  Le  malade  ne  s’inquiète  pas  de  son  état,  croyant  à 
une  crise  analogue  aux  précédentes,  un  peu  plus  forte.  C’est  tout  à  fait 
accidentellement  qu'ii  est  vu  par  un  de  nos  camarades,  le  Dr  Ployé, 


SÉANCE  DU  2  MAI  665 


qui  lui  conseille  d’entrer  immédiatement  à  l’hôpital  où  je  le  vois  à 
17  heures.  A  ce  moment  :  faciès  altéré,  angoisse,  yeux  exeavés,  rappe¬ 
lant  l’aspect  déshydraté  du  cholérique. 

Pas  de  défense  abdominale.  Ventre  plat  dans  son  étage  inférieur,  un 
peu  ballonné  dans  la  région  ombilicale  et  dans  l’étage  supérieur.  Bruits 
liquidiens.  Endolorissement  de  cette  région  sans  rien  de  précis. 

Occlusion  évidente.  On  vide  l'estomac  à  la  sonde.  Anesthésie  rachi¬ 
dienne  et  locale  combinées.  Incision  sus  et  sous-ombilicale  de  16  centi¬ 
mètres.  Au-dessus  du  méso-côlon,  paquet  d’épiploon  aggloméré  et 
d’anses  grêles. 

On  se  rend  compte  qu’un  décollement  colo-épiploïque  a  été  pratiqué 
lors  de  la  première  opération.  On  soulève  le  eôlon  transverse  êt 
aperçoit  à  travers  la  brèche  méso-colique  opératoire  une  ause  grêle 
engagée,  affaissée  ;  elle  vient  facilement  par  faible  traction,  et  on  attife 
ainsi  2  mètres  de  grêle  environ,  npn  distendus,  logés  au-dessus  du 
méso  dans  l’arrière-cavité  des  épiploons. 

Puis,  l’intestin  ne  vient  plus  ;  il  tient  solidement  par  l'anastomose 
qui  se  trouve  à  deux  travers  de  doigt  au-dessus,  de  la  brèche  méso¬ 
colique,  enfouie  dans  une  grosse  masse  d’épiploïte.  Il  est  impossible 
de  l’abaisser.  On  libère  l’épiplon  par  décollement  et  section  de  plu¬ 
sieurs  franges  épaissies  et  solidement  fixées  tant  à  la  suture  qu’à 
l’estomac  et  à  l’anse  jéjunale.  Aussitôt  cette  libération  exécutée,  il 
devient  facile  d’attirer  l’estomac  et  la  bouche  dans  la  brèche  ;  à  Ce 
moment,  brusquement,  le  grêle  se  remplit,  l’obstacle  est  levé.  Les 
bords  de  la  brèche  mésocolique,  qui  est  très  large,  sont  fixés  au  côiie 
stomacal  par  un  surjet  continu,  pour  obtenir  une  occlusion  hermé¬ 
tique  et  solide.  L’anse  afférente  a  de  8  à  10. centimètres  de  long  depuis 
l’angle,  jusqu’à  l’anastomose.  Fermeture  par  plans,  avec  deux  points 
de  soutien  totaux  au  fil  de  bronz.e.  Opération  courte,  sans  incidents. 
Cependant  malade  shocké,  presque  inconscient,  sans  pouls.  Cet  état 
nous  paraît  relever  de  l’extrême  déshydratation.  Injection  intra¬ 
veineuse  immédiate,  à  l’aide  d’une  canule  de  verre,  de -2  litres  de 
sérum  ;  l’état  de  viscosité  du  sang  ne  permet  pas  l’injection  à  l’aiguille. 

Instantanément,  le  visage  se  ranime.  Le  malade  sent«  sa  conscience 
revenir  nette  et  normale,  au  fur  et  à  mesure  que  l’injection  passe  ». 
La  voix  n’est  plus  cassée.  €et  état  reste  acquis.  Suites  simples.  Petite 
poussée  de  parotidite,  à  droite,  le  troisième  jour,  qui  disparaît  com¬ 
plètement  en  deux  jours.  Réunion  per  primant.  Lever  le  quinzième  jour. 
Sortie  le  vingt  et  unième. 

Examiné  le  20  novembre,  se  sent  beaucoup  mieux  qu’après  la  pre¬ 
mière  intervention.  Toute  sensation  de  gêne  et  de  tiraillements  épigas¬ 
triques  a  disparu  ;  digestions  normales,  n’a  jamais  plus  vomi. 

Radioscopie  :  Repas  opaque.  Estomac  haut,  bien  accommodé  à  son 
contenu.  Contractions  normales,  Au  début  bouche  surprise  ;  évacuation 
rapide,  sans  distension  de^lanse  ;  puis,  fonctionnement  régulier  par 
bouchées.  Bouche  continentéj'  parfaite.  Le  pylore,  au  cours  des  con¬ 
tractions,  laisse  passer  quelques  mèches  de  bismuth  qui  atteignent  la 
fin  de  la  deuxième  portion,  puis  reviennent  dans  l’estomac.  Evacuation 


666 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


du  grêle,  progressive,  régulière  ;  l’anse  efférente  descend  directement 
dans  la  fosse  iliaque  gauche  et  n’est  pas  dilatée. 

Dans  cette  observation  trois  faits  sont  à  retenir  :  l’engagement 
primitif  de  l’anastomose  à  travers  la  brèche  du  méso-côlon  ;  la  fixa¬ 
tion  de  cette  anastomose  en  position  vicieuse  par  l’épiploon  décollé  ; 
l’engagement  secondaire  de  2  mètres  d’anse  grêle  dans  la  brèche. 

1°  L’entraînement  de  la  bouche  s’est  évidemment  fait  primiti¬ 
vement,  dans  les  premières  heures  qui  suivirent  l’intervention  : 
la  fixation  de  l’épiploon  cruenté  aulour  de  l’anastomose  en  est 
certainement  contemporaine.  On  peut  invoquer  un  mécanisme 
analogue  à  celui  de  l’observation  précédente,  estomac  haut  situé 
hyperkinétique  ;  ptose  intestinale  accentuée;  efforts  de  vomisse¬ 
ments.  Ou  il  n’y  a  pas  eu  de  fixation  du  cône  stomacal  à  la  brèche 
mésocolique,  ce  qui  me  paraît  bien  improbable;  ou  la  fixation  a 
été  insuffisante.  Le  méso  était  mince,  la  brèche  large  ;  l’anasto¬ 
mose  put  fonctionner  d’abord  régulièrement. 

2?  Mais  l’épiploon  décollé,  cruenté,  enfouit  l’anastomose,  et 
l’épiploïte  entraîne  l’occlusion  progressive  de  celle-ci.  Nos  consta¬ 
tations  opératoires  sont  précises.  Les  2  mètres  d'intestin  grêle 
engagés  dans  l' arrière- cavité  des  épiploons  étaient  vides,  de  colora¬ 
tion  normale,  et  vinrent  facilement  sous  l’effet  d’une  simple  trac¬ 
tion  jusqu’au  point  où  elles  pénétraient  dans  la  masse  épiploïque. 
Ce  nest  ça' après  libération  complète  de  l'épiploon  que  je  vis  brus¬ 
quement  l’anse  efférente  se  remplir.  Cet  étranglement  haut  de 
l’anse  efférente  s’est  donc  constitué  progressivement  :  l’occlusion 
d’abord  incomplète  et  chronique,  caractérisée  par  des  vomisse¬ 
ments  quotidiens  qui  apparurent  quatre  mois  après  l’intervention, 
se  termina  par  un  épisode  aigu. 

On  songe  au  cas  de  M.  Rouvillois  (1)  dans  lequel  M.  Lardennois 
découvrit  les  anastomoses  enfouies  dans  un  large  foyer  d’épi- 
ploïte,  qui  les  étranglait. 

3°  Quand  l’engagement  de  2  mètres  de  grêle  s’est-il  produit  ? 
S’est-il  constitué  lentement  ?  S’est-il  fait  accidentellement  et 
rapidement  en  quelques  heures  ou  quelques  jours?  En  l’absence 
de  tout  examen  radioscopique,  depuis  l’opération,  il  paraît  difficile 
de  prendre  position.  En  tous  cas,  il  nous  paraît  n’avoir  joué  aucun 
rôle  dans  l’occlusion  qui  s’est  produite;  il  était  vide,  de  couleur 
normale,  non  congestionné  et  ne  présenlait  aucune  trace  de  com¬ 
pression  ou  d’étranglement.  Il  s’agissait  d’ailleurs  d’un  syndrome 
d’occlusion  haute.  Certes,  si  le  malade  avait  échappé  à  cet  acci¬ 
dent,  il  aurait  certainement  eu,  tôt  ou  tard,  une  occlusion  basse . 

(1)  Séance  du  2  février  1921. 


SÉANCE  DU  2  MAI 


667 


Si  l’on  a  pu  discuter  le  rôle  du  décollement  colo- épiploïque 
dans  un  cas  d’occlusion  post-opératoire  de  M.  Lagoutte,  rapporté 
ici  même  (1),  il  est  hors  de  doute  que,  dans  l’observation  de 
Rouvillois-Lardennois  et  dans  la  mienne,  l'épiploon  décollé  fut 
la  cause  de  l'étranglement. 

Sans  doute  serait-il  utile  de  «reposer  »  l’épiploon  après  décol¬ 
lement,  et  le  fixer  par  quelques  points  de  suture. 

Ces  deux  observations  montrent  en  outre  la  réelle  importance 
du  temps  opératoire  de  la  fixation  du  cône  stomacal  au  méso.  . 


Présentations  de  malades. 

Ostéomyélite  de  l’extrémité  inférieure  du  fémur 
traitée  et  guérie  par  la  médication  antistaphylococciqve 
et  une  ponction  avec  aspiration  de  l'abcès  profond, 

par  M.  TUFF1ER. 

Un  enfant  de  neuf  ans  est  envoyé  dans  mon  service  le  12  jan¬ 
vier  1923  par  un  de  mes  anciens  élèves  avec  le  diagnostic  ostéo¬ 
myélite  du  fémur  ayant  débuté  l’avant-veille  et  4  opérer  d’urgence. 

Je  trouve  en  effet  un  malade  avec  40°  1/10,  la  langue  un  peu 
sèche,  la  moitié  inférieure  de  la  cuisse  tendue,  en  un  point  très 
douloureuse,  correspondant  à  son  quart  inférieur,  le  genou  et  la 
jambe  étaient  indemnes. 

Pouvant  suivre  de  près  le  malade  pour  parer,  par  une  inter¬ 
vention,  aux  accidents  qui  pourraient  survenir,  je  pratiquai  de 
suite  une  injection  de  vaccin  staphylococcique  de  l’Institut  Pasteur  : 
1  cent,  cube,  correspondant  à  4  milliards  de  bacilles  de  staphy¬ 
locoques  dorés  et  1  milliard  1/2  de  blancs. 

La  température,  comme  vous  pouvez  le  voir,  reste  entre  39°  et 
39°o,  l’état  local  reste  le  même. 

Le  lendemain,  nouvelle  injection  de  staphylocoques  d’ostéo¬ 
myélite  de  l’Institut  Pasteur,  1/10  de  cent,  cube  correspondant 
à  S00  millions  de  staphylocoques  dorés  et  200  millions  de  staphy¬ 
locoques  blancs. 

Le  surlendemain  l’état  général  était  meilleur,  la  température 
n’était  plus  que  de  39°2  et  tombait  à  38°.  En  même  temps  la  tumé 
faction  de  la  partie  interne  de  la  cuisse  donnait  une  fluctuation 
profonde.  Le  17,  ponction  avec  l’appareil  de  Petit;  300  grammes 

(1)  Rapport  de  M.  Lapointe  à  la  Société  de  Chirurgie,  26  janvier  1921. 


C68 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


de  pus  sont  retirés,  1/2  cent,  cube  de  vaccin  est  injecté.  La  tem¬ 
pérature  tombe  à  37°5,  le  lendemain  à  38°S.  Le  19,  deux  jours  après, 
nouvelle  injection,  la  quatrième  par  conséquent,  et  la  tempé¬ 
rature  tombe  à  37°;  le 21,  oùunedernièrê  injectionde  1/2 cent,  cube 
est  faite,  la  tuméfaction  est  tombée  et  légèrement  douloureuse, 
l’état  général  est  très  bon,  et  le  malade  sort  le  24  janvier  pour 
rentrer  chez  lui.  Sur  le  conseil  de  mon  collègue  Grégoire,  j’ai  fait 
deux  injections  nouvelles  dans  ce  mois. 

Le  pus  a  été  examiné  à  l’Institut  Pasteur,  il  contient  sur  les 
'frottis  du  staphylocoque  qui  par  culture  est  identifié  staphylo¬ 
coque  doré  pur. 

Je  vous  présente  aujourd’hui  ce  malade  qui  est  resté  complè¬ 
tement  guéri  et  n’a  jamais  eu  l’ombre  d’un  accident  quelconque; 
il  marche,  il  court,  il  saute,. et  cela  depuis  plus  d’un  mois. 

L’examen  radiographique  ne  montre  pas  de  lésion  bien  appa¬ 
rente  au  niveau  du  foyer  d’ostéomyélite. 

Je  vous  rapporte  aujourd’hui  ce  malade  qui  est  venu  me  voir 
ce  matin,  et  c’est  vraiment  là  un  fait  qui  plaide  pour  la  vaccination. 

M.  Broca.  —  Sur  la  radiographie  on  ne  voit  rien.  Le  diagnostic 
reste  donc  douteux,  car  je  connais  (j’en  ai  commis  une  avant-hier) 
les  erreurs  de  diagnostic  constitant  à  confondre  une  ostéomyélite 
et  une  lymphangite  profonde. 

M.  Raymond  Grégoire.  —  Je  n’apprendrai  rien  à  irion  maître 
M.  Broca  en  disant  que  dans  les  premiers  jours  d’une  ostéomyélite 
aiguë,  on  ne  trouve  aucune  modification  de  l’os  à  la  radiographie. 
Mais  si  l’on  refait  une  plaque  à  un  mois  de  là,  alors  apparaissent 
nettement  les  dislocations  trabéculaires,  trace  de  la  lésion  pro¬ 
fonde  du  tissu  osseux.  Il  n’est  donc  pas  surprenant  que  sur  la 
radiographie  de  M.  Tuffier,  on  ne  voie  rien  puisque  la  plaque  a 
été  faite  au  début  de  l’affection. 

M.  Broca.  —  Je  sais  parfaitement  que  la  radiographie  immé¬ 
diate  ne  montre  jamais  de  lésions  :  mais  il  faudrait  nous  apporter 
la  radiographie  tardive,  seule  probante,  et  c’est  précisément  ce  que 
je  demande,  car,  malgré  l’opinion  de  Tuffier,  les  lymphangites 
suppurées  ne  sont  pas  rares. 

M.  Tuffier.  —  Bien  qu’il  ne  soi t  pas  démontré  qu’une  ostéomyélite 
ainsi  traitée  ne  soit  pas  susceptible  de  guérir  sans  grandes  lésions 
d’ostéite,  je  vais  faire  faire  une  nouvelle  radiographie  du  fémur  de 
ce  malade. 

Je  liens  à  dire,  d’autre  part,  qu’une  lymphangite  profonde  uni¬ 
quement  à  staphylocoques  dorés  me  paraît  une  rareté,  et  que  la 


SÉANCE  DU  2  MAI 


valeur  clinique  existe,  puisque  vous  faites  tous  dans  l’immense 
majorité  des  cas,  avec  raison,  le  diagnostic  d’ostéomyélite,  sans 
radiographie. 


Ankylosé  lemporo-maxillaire . 

Guérison  par  l’intervention  suivie  de  la  dilatation  permanente, 
par  MM.  P.  HALLOPEAU  et  A.  DARC1SSAC. 

La  petite  malade  que  nous  vous  présentons  a  quatorze  ans.  Son 
ankylosé  remonte  à  l’âge  de  six  ans  et  semble  bien  avoir  été  consé¬ 
cutive  à  une  arthrite  blennorragique,  l’enfant  ayant  eu  une  vulvite 
gonococcique  à  cette  époque.  Malgré  tous  les  soins  des  parents 
qui  cherchèrent  toujours  à  lutter  contre  l’ankylose,  la  conslriction 
permanente  se  produisit  au  point  que  l’écart  entre  les  incisives  ne 
dépassa  plus  6  à  8  millimètres.  Cet  état  resta  longtemps  station¬ 
naire.  À  l’âge  de  huit  ans,  en  1917  l’enfant  fut  traitée  par  la  mobi¬ 
lisation  combinée  au  massage  et  aux  douches  d’air  chaud.  Malgré 
des  efforts  qui  durèrent  quatre  ans  le  résultat  fut  nul  ;  parfois  on 
arrivait  à  obtenir  un  écart  de  20  millimètres,  puis  la  constriction 
se  reproduisait  aussi  serrée  qu’auparavant.  Un  essai  sous  chloro¬ 
forme  n’aboutit  qu’à  ébranler  les  dents.  D’autre  part  une  interven¬ 
tion  chirurgicale  avait  été  déconseillée  par  plusieurs  consultants. 

Les  parents  nous  la  confièrent  cependant  pour  une  opération 
que  nous  leur  avions  déclaré  pouvoir  être  utile^ 

A  l’examen,  le  19  mars  on  constatait  d’abord  une  asymétrie 
faciale  due  au  raccourcissement  de  la  branche  montante  gauche 
non  développée  et  un  peu  de  retrait  du  menton.  La  branche 
gauche  est  d’un  travers  de  doigt  moins  haute  que  la  droite.  Le 
menton  est  un  peu  dévié  à  gauche. 

L’ouverture  de  la  bouche  est  très  limitée  ;  l’écartement  n’est  que 
de  5  millimètres  environ,  car  l’enfant  a  cessé  depuis  quelques 
jours  ses  exercices;  l’abaissement  se  fait  avec  un  peu  de  déviation 
vers  la  gauche;  il  en  est  de  même  lorsque  l’enfant  essaie  d’avancer 
la  mâchoire;  enfin  les  mouvements  de  latéralité  sont  presque 
impossibles. 

La  palpation  montre  que  quelques  mouvements  se  font  dans 
l’articulation  droite  ;  qu’à  gauche  ils  sont  presque  nuis.  Le  doigt 
ne  peut  pénétrer  dans  la  bouche  pour  l’exploration.  On  porte  le 
diagnostic  d’ankylose  fibreuse  incomplète  de  l’articulation  tem- 
poro-maxillaire  gauche,  avec  atrophie  secondaire  du  maxillaire. 

Le  29  mars,  intervention  par  P.  Hallopeau,  en  présence  du 
Dr  Darcissac.  Après  incision  coudée,  le  condyle  temporal  est 


€70 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRUKGIE 


découvert.  Un  ciseau  introduit  horizontalement  pénètre  entre  lui 
et  le  condyle  maxillaire  atrophié.  Par  des  pesées  on  abaisse  pro¬ 
gressivement  ce  dernier  qui  est  dégagé  en  avant.  On  arrive  pro¬ 
gressivement  par  destruction  des  adhérences  à  créer  un  espacé 
de  5  millimètres  de  hauteur.  Une  partie  de  la  face  antérieure  du 
condyle  est  réséquée,  sur  2  millimètres  d’épaisseur.  Un  lambeau 
quadrangulaire  taillé  dans  l’aponévrose  du  temporal  est  glissé  de 
manière  à  coiffer  le  condyle.  Ligature  de  la  temporale.  Suture. 
Les  mouvements  obtenus  dès  l’intervention  paraissent  très  satis¬ 
faisants. 

Le  jour  même  on  commence  la  dilatation  qui  èst  poursuivie 
jour  et  nuit.  M.  Darcissac,  au  bout  de  douze  jours,  applique  son 
appareil.  Les  progrès  sont  dès  lors  journaliers. 

L’enfant  en  ouvrant  la  bouche  sans  effort  arrive  à  un  écartement 
de  35  millimètres  et  même  de  40  si  elle  cherche  à  faire  mieux. 
C’est  donc  une  très  large  ouverture,  dépassant  la  moyenne.  Les 
mouvements  de  latéralité  sont  parfaits.  L’articulation  dentaire  est 
très  régulière,  grâce  à  ce  que  le  condyle  a  été  conservé.  En  somme, 
à  part  le  raccourcissement  de  la  branche  montante,  l’enfant  ne 
parait  jamais  avoir  eu  de  constriction.  L’intervention  avec  inter¬ 
position  aponévrotique  y  est  pour  quelque  chose,  mais  ce  résultat 
ne  s’est  maintenu  et  amélioré  que  par  l’appareil  de  Darcissac  dont 
l’application  devra  être  prolongée  plusieurs  mois  encore. 

Pour  ce  qui  concerne  le  temps  chirurgical  du  traitement,  il  faut 
insister  un  peu  sur  un  point  de  technique.  Toute  la  hauteur  du 
condyle  a  été  conservée,  car  cela  est  fort  important  pour  l’articulé 
dentaire  ;  important  au  point  que  Gernez  et  Douay  ont  conseillé  de 
réséquer  le  second  condyle  si  le  premier  est  sacrifié.  Or,  tout 
raccourcissement  d’une  branche  montante  déjà  trop  courte  est  à 
éviter.  Mais  il  a  été  réséqué  un  peu  de  sa  face  antérieure.  Ainsi 
s’est  trouvé  considérablement  facilité  le  mouvement  de  bascule  en 
avant  qui:  se  produit  dans  l’ouverture  de  la  bouche.  Nous  croyons 
que  cette  résection  est  très  utile;  et  c’est  pour  en  recouvrir  la 
tranche  osseuse  que  l’interposition  aponévrotique  doit  être  faite. 

L’intervention  n’a  pas  été  très  difficile.  Les  parents  delà  malade 
sont  d’autant  plus  satisfaits  de  son  excellent  résultat  qu’on  la  leur 
avait  souvent  déconseillée.  Un  de  nos  maîtres  vénérés  avait  déclaré 
que  s’il  s’agissait  de  sa  fille,  il  ne  l’opérerait  pas.  Il  semble  que 
ce  soit  une  condamnation  trop  sévère  d’une  opération  certaine¬ 
ment  délicate,  mais  qui  peut  être  d’un  grand  avantage.  Nous 
comptons  du  reste  vous  présenter  à  nouveau  celte  enfant  dans 
quelques  mois  pour  vérifier  le  maintien  de  sa  guérison. 


SÉANCE  DU  2 


Ostéotomie  oblique  suivie  d'extension  en  flexion  et  abduction 
pour  fracture  sous-trochantérienne  du  fémur  vicieusement  consolidée, 
par  M.  PAUL  MATHIEU. 

Je  vous  présente  une  jeune  enfant  de  neuf  ans  que  j’ai  reçue  le 
29  janvier  dernier  dans  mon  service  de  l’hôpital  Bretonneau  pour 


Fig.  1. 


une  fracture  sous-trochantérienne  de  la  cuisse  droite  datant  de  plus 
d’un  mois.  Cette  fracture,  mal  soignée  en  province  par  un  «  rebou¬ 
teux  »,  était  vicieusement  consolidée.  L’enfant  marchait  avec  une 
claudication  extrêmement  prononcée  qu’expliquçit  la  déformation 
en  crosse  à  convexité  antéro-externe  dont  vous  pouvez  apprécier 
l’importance  sur  la  radiographie  que  je  vous  présente. 

Pour  remédier  à  cette  infirmité,  j’ai  pratiqué  le  21  février  1923 


672 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


une  ostéotomie  sous-trochantérienne  oblique.  Pour  mettre  le 
fragment  inférieur  du  fémur  dans  le  prolongement  du  fragment 
supérieur,  il  fallait  placer  le  membre  inférieur  en  flexion  et 
abduction.  La  flexion  était  facilement  obtenue,  l’abduction  ne  fut 
possible  qu’après  résection  de  l’extrémité  effilée  de  fragment 


Fig.  2. 


inférieur.  Cette  résection  au  ciseau  transforma  l’ostéotomie 
oblique  linéaire  en  ostéotomie  cunéiforme  à  base  externe. 

Pour  maintenir  la  réduction,  j’ai  renoncé  à  l’ostéosynthèse,  à 
laquelle  l’on  pouvait  penser.  J’ai  profité  de  l’extrême  souplesse 
des  articulations  des  enfants  pour  utiliser  l’extension  continue  en 
flexion  et  abduction  très  marquées,  dans  un  appareil  à  suspension 
qui  permet  ces  extensions  complexes.  Je  vous  présente  la  jeune 
enfant  guérie  avec  un  résultat  qui  m’a  paru  tout  à  fait  satisfaisant 
au  point  de  vue  anatomique  et  fonctionnel. 


SÉANCE 


2  MA 


673 


Collection  hydro-aérienne  sous-temporale , 
par  MM.  PROUST,  HOUDARD  et  GUEULETTE. 

Nous  avons  l’honneur  de  soumettre  à  votre  examen  un  malade 
âgé  de  trente-quatre  ans,  qui  depuis  six  semaines  présente  des 
phénomènes  infectieux  atténués  ayant  abouti  à  l’ouverture  d’une 
fistule  purulente  au  niveau  du  bord  externe  de  la  gencive  infé¬ 
rieure  gauche  ;  au  cours  de  ces  accidents  s’est  développée  pro¬ 
gressivement  depuis  environ  trois  semaines  une  tuméfaction  de 
la  région  temporale  gauche,  tuméfaction  qui  a  décollé  le  plan 
superficiel,  fait  tomber  les  cheveux  et  qui  a  présenté  ces  jours 
derniers  une  consistance  gazeuse  avec  tympanisme  généralisé  ; 
elle  fournit  actuellement  à  la  palpation  et  à  la  percussion  un 
bruit  de  gargouillement  qui  nous  fait  penser  qu’il  s’agit  d’une 
collection  mi-liquide,  mi-gazeuse. 

Nous  avons  considéré  que  cliniquement  l’évolution  de  cette 
collection  était  assez  particulière  pour  mériter  de  vous  être 
présentée  avant  d’être  incisée. 


Election 

d’un  membre  titulaire. 

’  Votants  :  30.  —  Majorité  :  26. 

Ont  obtenu  : 

MM.  Küss.  . 

Sorrel  . 

Bulletin  blanc 

M.  le  Président.  —  M.  Küss  ayant  obtenu  la  majorité  des 
suffrages  exprimés  est  nommé  membre  titulaire  de  la  Société 
nationale  de  Chirurgie. 


Le  Secrétaire  annuel, 
M.  Ombrédanne. 

Paris.  —  J,.  Mar»îtheux,  imprimeur,  1,  rue 


32  voix. 
17  voix. 


SÉANCE  DU  9  MAI  1923 


Présidence  de  M.  Mauclaire. 


Procès-verbal. 


La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  mise 
aux  voix  et  adoptée. 


Correspondance. 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  périodiques  de  la  semaine. 

2°.  —  Des  lettres  de  MM.  Auvray,  Labey  et  Sauvé,  s’excusant  de 
ne  pouvoir  assister  à  là  séance. 

3°.  —  Une;lettre  deM.  Jacob,  en  mission  en  Rhénanie,  s’excu¬ 
sant  de  ne  pouvoir  assister  aux  séances  du  9  mai  au  6  juin. 

4°.  —  Une  lettre  de  notre  collègue  Küss,  remerciant  la  Société 
de  l’avoir  nommé  membre  titulaire. 


A  propos  de  la  correspondance. 

1°.  —  Deu^travaux  de  M.  Rouhier,  intitulés  :  1°  Trois  observa¬ 
tions  de  tétanos  déclaré  guéri  par  des  injections  massives  et  répétées 
de  sérum  antitétanique',  2°  Ulcère  de  la  grande  courbure  de 
l'estomac.  Résection  en  médaille.  Guérison. 

M.  Dujarier,  rapporteur. 

2°.  —  Un  travail  de  MM.  les  médecins-majors  Pigeon  et  Ber¬ 
nard  (d’Alger),  intitulé  :  Quatre  cas  d’arthrite  gonococcique  traités 
par  l'arthrotomie  suivie  de  fermeture  immédiate. 

M.  Rouvillois,  rapporteur. 

3°.  —  Un  travail  de  M.  le  Dr  Dantin  (d’Agen),  intitulé  :  Ulcère 

BULL.  BT  BÉM.  DB  LA  SOC.  DB  CHIB.,  1923.  —  N°  16.  50 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


gastrique  compliqué  de  biloculalion .  Gastro-entérostomie  sur  la 
poche  supérieure.  Résultats  éloignés. 

M.  Lapointe,  rapporteur. 

4°.  —  Un  travail  de  M.  le  Dr  Robert  Dupont,  intitulé  :  Kystes 
hydatiques  suppurés  multiples ,  traités  avec  succès  par  le  capitonnage . 

M.  Louis  Bazy,  rapporteur. 

M.  le  President  annonce  que  M.  Louis  de  Lotbinière  Harwood, 
doyen  de  la  Faculté  de  Montréal,  et  M.  Chalier  (de  Lyon), 
membres  correspondants  de  la  Société,  assistent  à  la  séance. 


A  propos  du  procès-verbal. 


A  propos  du  collo-vaccin  du  Dr  Grimberg. 


M.  Louis  Bazy.  —  Je  m’excuse  d’avoir  à  revenir  encore  une  fois 
sur  cette  question.  Je  serai  bref,  Si  j’ai  cru  devoir  insister  «  sur  le 
mode  de  préparation  et  les  propriétés  biologiques  »  du  produit  de 
M.  Grimberg,  ce  n’est  pas  que  je  néglige  le  côté  thérapeutique  et 
pratique.  Bien  au  contraire,  j’ai  cherché  à  situer  la  méthode  qui 
nous  a  été  proposée  par  MM.  Grimberg  et  Baudet  dans  le  cadre  de 
nos  connaissances  acquises,  de  manière  à  ce  que  nous  puissions, 
quand  nous  l’utiliserons,  tâcher  de  connaître  par  avance,  et  autant 
que  faire  se  peut,  ses  avantages  et  ses  inconvénients.  J’estime,  en 
effet,  qu’on  ne  saurait  s’entourer  de  trop  de  précautions,  lorsqu’on 
injecte  à  des  tuberculeux  des  extraits  de  bacilles  de  Koch.  J’ai 
donc  dit  que  le  collo-vaccin  de  M.  Grimberg  était  une  tuberculine, 
et  je  crois  que  mon  maître  Baudet  n’a  pas  été  loin  de  penser  que 
je  cherchais  une  querelle  de  mots.  Or,  qui  a  dénommé  tuberculine 
les  émulsions  bacillaires  du  genre  de  celle  de  M.  Grimberg,  sinon 
Robert  Koch  lui-mème  qui  a  trouvé  et  baptisé  la  tuberculine. 
C’est  en  1901  que  Koch  a  proposé  de  substituer  à  sa  tuberculine 
ancienne  une  préparation  nouvelle,  Neutuberkulin-Bazillen- 
Emulsion  ou  Tuberculine  B.  E.,  qui,  au  procédé  de  broyage  près, 
poursuit  exactement  le  même  but  qu’a  cherché  à  atteindre 
M.  Grimberg.  En  1913,  les  usines  de  Creil  représentant  la  marque 
allemande  Meisler  Lucius  et  Brüning,  à  Ilœchst-sur-le-Main,  ont 
demandé  la  franchise  douanière  pour  cette  tuberculine  B.  E.  qui 
était  préparée  de  la  façon  suivante  :  les  bacilles  parfaitement 


SÉANCE  DU  9  MAI 


677 


séchés,  pour  supprimer  les  exotoxines,  sont  soumis  pendant 
trois  ou  quatre  semaines  à  un  broyage  intense  et  continu.  Les 
bacilles  représentent  à  ce  moment  une  poudre  impalpable  qui  est 
porphyrisée  avec  une  solution  de  chlorure  de  sodium.  L’émulsion 
ainsi  obtenue  est  placée  dans  un  centrifugeur  à  grande  vitesse  et  le 
dépôt  examiné  pour  rechercher  les  bacilles  non  détruits.  L’échan¬ 
tillon  étant  reconnu  parfait,  on  malaxe  la  poudre  de  bacilles  broyés 
avec  un  peu  de  solution  chlorurée  sodique  et  cette  émulsion  est 
centrifugée  quelques  instants  sur  un  centrifugeur  à  faible  rotation, 
de  manière  que  les  bacilles  intacts,  s’il  en  persiste,  se  déposent, 
tandis  que  les  bacilles  broyés  restent  en  suspension.  Ce  n’est  qu’en 
cas  d’absence  de  dépôt  bacillaire  intact  qu’on  détermine  la  teneur 
de  l’émulsion  en  substance  bacillaire  broyée  et  qu’on  la  délaye  de 
telle  sorte  que,  comme  le  voulait  Koch,  elle  contienne  5  milli¬ 
grammes  de  poudre  bacillaire  par  centimètre  cube.  En  introdui¬ 
sant  cette  demande,  les  établissements  Meister  Lucius  et  Brüning 
mentionnaient  le  contrôle  officiel  fait  par  l’Institut  royal  de  théra¬ 
peutique  expérimentale  de  Francfort  et  qui  portait  sur  :  1°  l’exa¬ 
men  microscopique;  2°  l’examen  de  l’absence  de  germe;  3°  l’exa¬ 
men  de  la  toxicité  spécifique;  4°  l’examen  in  vitro  en  présence  du 
sérum  antituberculeux  fixant  le  complément  et  précipitant.  Ils  y 
joignaient  la  bibliographie  complète  de  la  question  qui  figure 
d’ailleurs  dans  Kraus  et  Levaditi  :  Handbuch  der  Technik  undMetho- 
d\kder  Immünitâtsforschung.  Le  produit  était  présenté  sous  le  nom 
de  Tuberculine  B.  E.  de  HœehsL 

Etant  données  les  analogies  frappantes  qu’il  offre  avec  le  collo- 
vaccin  de  M.  Grimbërg,  je  crois  que  je  n’ai  pas  commis  un  abus 
de  langage  en  désignant  celui-ci  comme  une  tuberculine.  Ce  mot 
n’a  d’ailleurs  rien  qui  puisse  contrarier  un  auteur,  et  je  l’ai  dit  à 
M.  Grimbërg  lui-même.  La  tubereuline  a  une  fâcheuse  réputation. 
Elle  la  mérite  dans  une  certaine  mesure.  Mais  il  ne  faut  pas  nier 
non  plus  ses  succès.  Il  n’y  a  aucun  intérêt  âne  pas  appeler  les 
choses  par  leur  nom,  et  mon  seul  but  a  été  que  ceux  qui  nous 
lisent  cherchent,  en  traitant  les  tuberculeux,  à  se  rendre  compte 
exactement  de  ce  qu’ils  font  et  qu’ils  essaient  de  tirer  de  la  tuber- 
cnlinothérapie,  ce  qu’elle  peut  donner  de  bon,  en  évitant  ce  qu’elle 
peut  provoquer  de  mauvais. 

M.  Raoul  Baudet.  —  Je  veux  bien  que  l’on  assimile  le  collo- 
vaecin  de  Grimbërg  à  une  tuberculine,  mais,  je  le  répète,  ce  collo  - 
vaccin  n’en  renferme  que  très  peu. 

D’après  Grimbërg,  j’ai  dit  déjà  la  proportion  qu’elle  contient  : 
1/5.000  environ  par  rapport  à  celle  de  l’Institut  Pasteur. 

Du  reste  ces  points-là  intéressent  plus  la  Société  de  biologie 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


que  la  nôtre  et  j’ai  voulu  surtout,  en  vous  présentant  les  résultats 
de  ces  injections  de  collo-vaccin,  insister  sur  l’innocuité  de  cette 
pseudo-tuberculine  et  sur  son  efficacité  dans  certains  cas  de 
tuberculose  externe. 


Ostéomyélite. 

M.  Tuffier.  —  Je  vous  présente  la  radiographie  des  deux 
fémurs  du  petit  malade  que  je  vous  ai  montré  à  la  dernière 
séance.  On  ne  voit  aucune  différence  marquée  entre  les  deux  os. 
Seul,  du  côté  malade,  le  cartilage  est  peut-être  un  peu  plus  épais 
que  du  côté  opposé. 


Au  sujet  de  l'hydi'onéphrose  par  coudure  de  V uretère 
sur  un  vaisseau  du  voisinage. 

M.  Alglave.  —  J'ai  l’honneur  de  verser  au  débat  qui  s'est 
élevé  sur  la  question  de  l’hydronéphrose  par  coudure  de  l’ure¬ 
tère  sur  les  vaisseaux,  à  disposition  d’ailleurs  si  variable,  qui 
passent  dans  son  voisinage  une  observation  à  laquelle  j’ai  fait 
allusion  ici  récemment  et  que  j’ai  recueillie  en  1906.  Intéressante 
par  plusieurs  côtés,  je  la  résumerai  en  vue  du  seul  point  qui  est 
à  retenir  et  pour  y  joindre  les  figures  qui  témoignent  de  la  dispo¬ 
sition  anatomique  rencontrée. 

Je  m’empresse  de  faire  remarquer  que  dans  ce  cas  les  vais¬ 
seaux  paraissaient  normaux  comme  disposition  et  qu’une  ptose 
rénale  du  3e  degré  était  ici  la  cause  première  de  l’uronéphrose 
apparue  par  coudure  de  l’uretère  sur  les  vaisseaux  utéro-ovariens 
et  leurs  divisions  pyéliques.  Et,  par  ptose  rénale  du  3e  degré,  j’en¬ 
tends  celle  où  le  pôle  inférieur  du  rein  est  tombé  dans  la  fosse 
iliaque  interne  pour  s’approcher  du  promontoire  et  souvent 
même  s’appuyer  sur  lui. 

Il  s’agissait  d’une  vieille  femme  venue  à  l’hôpital  pour  des  dou¬ 
leurs  abdominales  avec  vomissements  et  absence  de  matières  et 
de  gaz  depuis  plusieurs  jours  :  obstruction  intestinale  chez  une 
vieille  femme. 

L’exploration  du  ventre  décelait,  dans  la  fosse  iliaque  droite,  une 


SÉANCE  DO  9  MAI 


679 


tumeur  du  volume  de  deux  poings  d’adulte  rapprochés.  Mais, 
comme  la  malade  était  vieille  et  très  faible,  on  hésita  à  in¬ 
tervenir  avant  d’avoir  tenté  de  combattre  les  phénomènes  d’ob- 


R.  est  le  rein  droit,  c.  s.,  la  capsule  surrénale  abaissée  avec  le  rein. 

p.  p.,  poche  pyélique  formant  uronéphrose. 

x.  x,  est  la  direction  générale  de  l’axe  de  la  masse  formée  par  le  rein  et  la  poche 
qui  s’y  ajoute. 

P.  est  le  promontoire;  ép.  i .,  l’épine  iliaque  antéro-supérieure. 

On  remarquera  d’autre  part  la  disposition  de  Est.  (l’estomac),  de  lr«  p.  d.  (la  lr«  portion 
du  duodénum)  et  de  la  portion  descendante  ( p .  d.),  comme  de  ad.  d adhérences  qui  les 
recouvrent,  et  aussi  la  disposition  du  côlon. 


struction  intestinale  par  les  moyens  simples  usuels  et  il  sem¬ 
blait  qu’on  allait  y  réussir  quand,  après  quelques  jours,  elle 
succombait. 

Son  autopsie  faite  par  mes  soins  me  montrait  que  là  tumeur  qui 
avait  été  sentie  était  due  à  un  rein  ptosé  et  en  état  d’uro- 
néphrose.  La  poche  d’uronéphrose  s’était  formée  aux  dépens  du 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


bassinet  rénal  qui  était  distendu  et  aussi  des  grands  calices.  La 
figure  1  ci-dessous  montre  l’aspect  sous  lequel  la  lésion  se  pré¬ 
sentait  à  l’ouverture  de  l’abdomen. 

On  voit  que  le  pôle  inférieur  de  la  masse  rénale  déborde  large- 


Fio,  2.  —  Disposition  générale  dé  la  poche  d’uronéphrose  et  de  l'uretère 
par  rapport  aux  vaisseaux  utéro-ovariens. 

jR.  ost  le  rein;  p.  i.  r.  est  son  pôle  inférieur. 

u.  est  l’uretère  ;  v.  u.  o.  est  le  faisceau  formé  par  l’artère  et  la  veine  utéro-ova- 


ment  en  bas  le  détroit  supérieur,  cependant  que  le  pôle  supérieur 
déborde  en  haut  la  crête  iliaque. 

Une  dissection  attentive  de  ,1a  pièce  montre,  indépendamment 
des  particularités  intéressantes  à  noter  sur  le  duodénum  et  sur  le 


SÉANCE  Dl'  9  MAI 


côlon,  qu’une  coudure  de  l’uretère  s’est  produite  sur  les  vaisseaux 
utéro-ovariens  du  fait  de  la  ptose  rénale  (voy.  fîg.  2  et  fig.  3.) 

En  suivant  de  haut  en  bas  l’artère  et  la  veine  spermatiques  on 
les  voit  s’accoler  d’abord  au  côté  interne  de  la  poche  et  ensuite  à 
sa  face  postérieure  (voy.  fig.  2). 

Si  on  soulève  le  pôle  inférieur  de  la  poche  d.’uronépbrose,  on 


Fig.  3.  —  Disposition  de  la  coudure  de  l’uretère 
par  rapport  aux  vaisseaux  utéro-ovariens  et  à  leurs  divisions  pyéliques. 

u.  1,  origine  de  l’uretère. 

u.  2,  portion  inférieure  do  l’uretère. 

a.  s.,  artère  spermatique. 

».  s-,  veine  spermatique. 

a.  p.  et  0.  p.,  artère  et  veine  pyéliques. 

R.,  rein;  c.  s.,  capsule  surrénale. 
p.i.p.,  pôle  inférieur  de  la  poche  pyélique. 
a.  o.,  aorte;  ».  c.  i.,  veine-cave  inférieure. 

».  r„  veine  rénale  et  ».  p.,  veine  pyélique. 

voit  que  ces  deux  vaisseaux  viennent  passer  au  sommet  d’une 
coudure  queprésentè  l’uretère,  coudure  dont  ils  ontmanifestement 
occasionné  la  formation,  d’autant  qu’en  ce  point  l’artère  émet 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


d'ailleurs  une  division  pyélique  très  étroitement  appliquée  sur 
l’angle  de  la  cou.dure  (voy.  fîg.  3)  et  qu’à  la  droite  de  cette  petite 
artère  on  trouve  une  veine  satellite  non  moins  intimement  appli¬ 
quée  sur  le  coude  urétéral. 

En  tirant  sur  l’uretère  on  soulève  ces  deux  petits  vaisseaux  et 
on  constate  qu’en  réalité  l’artère  et  la  veine  utéro-ovariennes 
forment  avec  l’artère  et  la  veine  pyéliques  qui  s’en  détachent  un 
faisceau  vasculaire  sur  lequel  l’uretère  s’est  coudé  (voy.  fîg.  3), 

L’étude  de  la  disposition  de  l’uretère  en  le  suivant  de  bas  en  haut 
depuis  le  détroit  supérieur,  où  il  croise  les  vaisseaux  iliaques, 
jusqu’à  son  origine^  permet  de  voir  qu’il  remonte  sous  le 
bassinet  en  cheminant  librement  sous  le  péritoine  pariétal  posté¬ 
rieur  et  qu’il  atteint  la  poche  pyélique  à  la  hauteur  du  milieu  de 
la  face  postérieure  de  celle-ci. 

Au  niveau  du  point  où  il  prend  contact  avec  la  poche,  l’uretère 
est  coudé  brusquément  sur  lui-même,  et  un  angle  à  sinus  tourné 
en  bas  et  en  dehors  est  formé.  Au  sommet  de  cet  angle  on  trouve 
le  faisceau  vasculaire  dont  nous  avons  parlé. 

En  amont  de  ce  coude,  l’uretère  se  fusionne  avec  la  paroi  de  la 
poche  pyélique  se  dessinant  à  sa  surface  sous  l’aspect  d’un  cordon 
Llanchâtre  dont  le  léger  relief  sur  cette  paroi  est  senti  au  doigt. 

Ce  cordon  blanchâtre  formé  par  l’uretère  aboutit  au  voisinage 
du  pôle  inférieur  saillant  de  la  poche  d’uronéphrose. 

Celle-ci  contenait  310  grammes  de  liquide  louche  et  paraissait 
ancienne. 

On  trouvera  le  détail  de  l’observation  et  une  description  plus 
complète  de  la  pièce  anatomique  dans  le  Bulletin  de  la  Société 
anatomique  de  Paris  de  mai  1907,  p.  436,  cette  pièce  ayant  été 
présentée  et  soumise  à  l’examen  de  la  Société. 


Rapports. 

Hernie  obturatrice  étranglée 
coexistant  avec  une  hernie  crurale  réductible, 

par  M.  Gauthier  (de  Luxeuil). 

Rapport  de  M.  PIERRE  FREDET. 

La  hernie  obturatrice  est  une  hernie  rare  pour  laquelle  peu 
d’entre  nous  ont  eu  l’occasion  d’intervenir.  On  compte  ceux  qui 
ont  eu  l’heureuse  fortune  d’en  observer  plusieurs  cas  ;  quelques- 
uns  même  ne  la  connaissent  que  grâce  à  leurs  lectures.  L’obser- 


SÉANCE  DU  9  MAI 


683 


vation  de  M.  Gauthier  (de  Luxeuil)  mérite,  pai'  conséquent,  de 
retenir  notre  attention,  d'autant  quelle  est  intéressante  à  plus 
d’un  titre. 

Voici  les  faits  : 

Il  s’agit  d’une  femme  de  cinquaute-quatre  ans.  Cette  femme,  qui 
portait  une  hernie  crurale  droite,  est  prise  brusquement  de  violentes 
coliques.  La  hernie  crurale  est  un  peu  tendue  et  douloureuse,  mais  on 
la  réduit  facilement;  le  ventre  est  souple,  à  peine  sensible.  La  malade 
avait  évacué  des  gaz  la  nuit  précédente,  elle  ne  vomit  pas.  Tempéra¬ 
ture,  36°8  ;  pouls,  84. 

On  attribue  tout  naturellement  les  petits  accidents  à  un  engouement 
herniaire  et,  la  hernie  réduite,  on  présume  l’incident  réglé.  Il  n’en 
est  rien.  Quarante-huit  heures  plus  tard,  l’état  s'aggrave  :  le  ventre  est 
ballonné;  les  coliques  s’exacerbent;  plusieurs  vomissements  verdâtres 
se  produisent.  Le  médecin  traitant  prescrit  une  purgation  à  l’huile  de 
ricin  et  attend  les  événements.  Deux  jours  après,  les  signes  d’une 
occlusion  intestinale  sont  manifestes  :  aucune  émission  de  gaz, 
coliques  fréquentes  et  douloureuses,  ventre  très  tendu,  vomissements 
fécaloïdes.  Température,  37°2  ;  pouls,  130. 

C’est  à  ce  moment,  c’est-à-dire  quatre  jours  pleins  après  le  début 
des  accidents,  que  M.  Gauthier  voit  la  patiente  et  il  intervient  aussitôt. 

Afin  qu’aucun  doute  ne  subsiste  au  sujet  de  la  hernie  crurale,  qui  se 
reproduit  et  se  laisse  réduire  facilement,  il  commence  par  faire  une 
incision  parallèle  à  l’arcade  crurale  et  va  droit  au  sac.  Ce  sac  contient 
une  anse  grêle,  sans  trace  d’étranglement  ;  on  la  réduit  et  on  résèque 
le  sac, 

La  cause  de  l’occlusion  est  autre  part.  Pour  la  déceler,  M.  Gauthier 
exécute  immédiatement  une  laparotomie  médiane,  sous-ombilicale.  II 
trouve  une  anse  grêle  vide  et  une  anse  distendue,  qui  s’engagent  dans  un 
orifice  de  la  paroi,  situé  au-dessous  du  pubis  du  côté  droit  :  il  recon¬ 
naît  sans  peine  une  hernie  obturatrice  étranglée. 

Revenant  à  l’ir.cision  crurale,  il  sectionne  le  pectiné  à  son  insertion 
pubienne  et  découvre,  au-dessous  de  ce  muscle,  un  sac  herniaire  con¬ 
tenant  une  anse  étranglée,  parsemée  de  taches  grisâtres,  qui  semble 
ne  pouvoir  être  réintégrée  telle  quelle.  M.  Gauthier  débride  l’anneau 
constricteur  du  côté  externe,  attire  un  long  segment  intestinal  sain  et 
résèque  un  tronçon  de  15  centimètres.  Il  rétablit  la  continuité  des  deux 
bouts  par  anastomose  termino-terminale,  puis  refoule  l’intestin  dans 
le  ventre.  Le  sac  herniaire  est  extirpé,  mais  son  orifice  n’est  pas  fermé. 

La  branche  horizontale  du  pubis  apparaît  alors  complètement  isolée 
entre  les  deux  trajets  herniaires,  crural  et  obturateur.  Pour  boucher 
les  orifices  pariétaux,  M.  Gauthier  utilise  un  ingénieux  procédé.  Pre¬ 
nant  point  d’appui  sur  la  branche  pubienne  avec  des  anses  de  catgut,  il 
abaisse  d’une  part  vers  elle  l’arcade  crurale,  et  soulève  d’autre  part 
jusqu’à  son  contact  les  muscles  obturateurs  et  le  pectiné.  Cette  plastie 
réalisée  par  voie  crurale,  il  achève  de  fermer  le  trajet  obturateur  en 
suturant,  par  voie  abdominale,  le  collet  du  sac  herniaire. 


684 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Malgré  la  gravité  des  lésions,  le  retard  apporté  à  l'intervention,  l’âge 
de  la  malade,  la  complexité  de  l’acte  opératoire,  le  résultat  a  été  excel¬ 
lent.  Et  la  guérison,  au  sens  intégral  du  mot,  se  maintient  depuis 
treize  ans,  sans  troubles  fonctionnels,  sans  récidive  pour  la  hernie 
crurale  ou  la  hernie  ob'uratrice. 

Cette  observation  paraît  digne  de  quelques  commentaires. 

La  hernie  en  question  a  été  constatée,  comme  dans  la  plupart 
des  cas,  sur  une  femme  d’un  certain  âge,  et  siégeait  du  côté  droit. 
Elle  a  été  méconnue  pendant  une  longue  période,  et  ne  s’est 
révélée  que  par  une  complication. 

Le  diagnostic  n’a  pas  été  établi  avant  l’acte  opératoire.  A  vrai 
dire  la  hernie  crurale,  plus  ou  moins  engooée,  que  la  malade  pré¬ 
sentait  du  même  côté  que  la  hernie  obturatrice  pouvait  donner  le 
change.  On  a  signalé  des  cas  analogues.  Gelpke  de  Bâle  est  même' 
intervenu  chez  une  vieille  femme  qui  avait,  en  sus  de  sa  hernie 
obturatrice,  une  hernie  crurale  et  une  hernie  inguinale  de  chaque 
côté. 

Peut-être  le  diagnostic  eût-il  été  possible  si  l’on  avait  fait  un 
toucher  vaginal.  Mais  l’observation  est  muette  sur  une  exploration 
de  ce  genre,  probablement  omise  parce  qu’on  n’a  pas  songé  à  la 
hernie  obturatrice.  Aucun  signe  local  n’éveillait  l’attention  à  cet 
égard,  et  l’objectif  principal  était  de  traiter  sans  retard  une  occlu¬ 
sion  grave  et  déjà  ancienne. 

L’observation  ne  fournit,  non  plus,  aucun  renseignement  sur 
l’anatomie  de  la  hernie.  Je  me  garderai  bien  de  le  reprocher  à 
M.  Gauthier,  qui  avait  mieux  à  faire  que  de  chercher  les  rapports 
du  collet  avec  l’artère  ombilicale  et  ceux  du  sac  avec  le  nerf  obtu¬ 
rateur  et  les  vaisseaux.  Si  je  me  permets  d’exprimer  un  regret, 
c’est  que  j’ai  disséqué  jadis  une  pièce  de  hernie  obturatrice  et 
constaté  un  certain  nombre  de  faits  anatomiques  intéressants 
[Revue  de  Chirurgie,  4901),  que  j’aurais  plaisir  à  voir  confirmer 
par  d’autres  observateurs. 

Les  remarques  les  plus  utiles,  du  point  de  vue  pratique,  con¬ 
cernent  le  traitement. 

Les  ouvrages  classiques  préconisent,  pour  l’attaque  de  la  hernie 
obturatrice,  la  voie  crurale  ou  la  voie  abdominale. 

La  voie  crurale  était  seule  employée  des  anciens  chirurgiens, 
qui  appréhendaient  l’ouverture  du  ventre.  Elle  a  de  nombreux 
désavantages. 

Elle  exige  d’abord  un  diagnostic  précis,  assez  rarement  posé 
avant  l’intervention. 

Assurément,  lorsqu’on  sait  se  donner  du  jour  —  en  faisant  une 
incision  transversale  au  lieu  de  pratiquer  l’incision  longitudinale, 


SÉANCE  DU  9  MAI 


685 


classique  depuis  Trélat  —  ou  isole  commodément  le  sac;  mais 
on  est  mal  à  l’aise  pour  lever  un  étranglement  très  profond. 
Jaboulay,  Patel,  Àlberlin  n'ont  pu  y  réussir  et  ont  été  obligés 
d’achever  par  le  ventre  une  opération  commencée  dans  le  triangle 
de  Scarpa.  En  débridant,  un  peu  à  l’aveuglette,  l’anneau  constric¬ 
teur,  on  risque  de  blesser  des  organes  importants.  Même  après 
débridement,  la  voie  est  étroite  j>our  réséquer  l’intestin,  quand 
cela  est  nécessaire,  c’est-à-dire  pour  traiter  les  étranglements 
graves. 

Enfin,  la  cure  radicale  de  la  hernie  proprement  dite  est  aléatoire, 
car,  si  l’on  isole  facilement  le  sac,  on  ne  peut  le  réséquer  aussi 
haut  qu’il  faudrait,  et  on  ne  sait  trop  comment  boucher  le  trajet 
pariétal. 

La  voie  abdominale  répond  à  l’indication  qui  se  pose  habituelle¬ 
ment  :  reconnaître  la  cause  effective  .d’une  occlusion  indéter¬ 
minée. 

Par  cette  voie,  on  dégage,  en  général,  assez  facilement  l’intestin 
étranglé.  Cependant,  on  signale  des  insuccès.  Denucé  a  publié 
ici  même,  en  1902,  un  cas  où  il  lui  fut  impossible  de  libérer 
l’intestin.  Aussi,  dut-il  abandonner  la  voie  abdominale  pour  atta¬ 
quer  la  hernie  par  voie  crurale.  Plus  récemment,  un  chirurgien 
suisse,  Steinegger,  qui  avait  déjà  opéré  une  hernie  obturatrice  par 
voie  transpéritonéale,  fut  contraint,  dans  un  second  cas,  de  pro¬ 
céder  comme  Denucé. 

Par  voie  transpéritoneale,  on  obture  aisément  le  sac  à  son 
collet,  mais  on  arrive  difficilement  à  l’extraire  du  trajet  herniaire. 
On  n’a  pas  de  commodité  non  plus  pour  oblitérer  ce  trajet. 

En  un  mot,  chacune  des  deux  voies  crurale  et  abdominale, 
employée  isolément,  offre  des  inconvénients  qui  disparaissent 
lorsqu’on  utilise  simultanément  les  deux  voies,  en  commençant 
par  l’abdomen.  Les  opérations  de  ce  genre  exécutées  jusqu’à  ce 
jour  par  différents  chirurgiens  (Denucé,  Steinegger,  par  exemple) 
ont  été  faites  par  nécessité,  tandis  que  M.  Gauthier  semble  avoir 
utilisé  systématiquement  la  voie  combinée  abdomino-crurale  (1). 

A  mon  avis,  cette  technique  mérite  d’être  préconisée. 

Parla  cavité  abdominale,  on  vérifiera  tout  d’abord  le  diagnostic. 
On  pourra,  dans  certains  cas,  dégager  l’intestin  étranglé,  réséquer 
l’anse  malade,  s’il  le  faut,  tout  en  protégeant  suffisamment  le 
champ  opératoire.  On  pourra  fermer  l’orifice  péritonéal  du  sac 

(1)  Ebnôther  (de  Thoune)  a  employé,  de  propos  délibéré,  ta  voie  cruro- 
abdominale,  c’est-à-dire  en  commençant  par  l'incision  crurale. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


herniaire  et  se  contenter  d’une  cure  imparfaite  de  la  hernie  pro¬ 
prement  dite,  si  le  temps  presse. 

Mais  quand  le  dégagement  de  l’intestin  est  impossible  par 
l’abdomen,  on  procédera  sur-le-champ  à  l’incision  crurale.  Si  la 
cure  de  l’étranglement  a  pu  être  réalisée  par  voie  abdominale  et 
que  l'état  du  patient  permette  de  prolonger  l’opération,  on  utili¬ 
sera  encore  la  voie  crurale  pour  exécuter  une  véritable  cure  radi¬ 
cale  ’de  la  hernie.  On  parviendra  ainsi  à  isoler  complètement  le 
sac  et  à  le  réséquer  très  haut,  sinon  en  totalité.  Le  collet  sera 
fermé  ensuite  par  voie  abdominale,  comme  l’a  fait  M.  Gauthier. 

Dans  son  nas  particulier,  M.  Gauthier  semble  avoir  obtenu  une 
excellente  oblitération  du  trajet  herniaire,  en  suturant  les  obtura¬ 
teurs  et  le  pécliné  à  la  branche  pubienne.  La  manœuvre  a  été 
facilitée  par  la  dénudation  complète  de  la  branche  pubienne, 
puisqu’on  avait  traité  une  hernie  crurale  en  même  temps  qu’une 
hernie  obturatrice.  Mais  je  crois  qu’on  n’éprouverait  aucune  diffi¬ 
culté  à  passer  des  fils  au-dessus  de  la  branche  pubienne,  même 
si  elle  n’était  pas  complètement  mise  à  nu,  et  cela  sans  aucun 
danger  pour  la  veine  ilio-fémorale  que  l’on  voit  nettement  par 
l’abdomen.  Cette  manière  de  supprimer  le  canal  sous-pubien,  en 
soulevant  un  véritable  mur  constitué  par  les  obturateurs  et  le 
pectiné,  me  paraît  plus  simple  que  l’emploi  du  lambeau  ostéo- 
périoslique,  détaché  de  la  face  interne  du  pubis,  à  la  Bar- 
denheuer,  et  plus  efficace  que  la  languette  pectinale  de  Max 
Strater. 

En  un  mol,  la  communication  de  M.  Gauthier  (de  Luxeuil)  est 
mieux  qu’un  simple  exposé  de  succès  opératoire;  elle  suggère  une 
technique  pour  le  traitement  rationnel  de  la  hernie  obturatrice. 
Je  vous  propose  de  remercier  notre  confrère  ;  sa  communication 
ajoute  aux  litres  déjà  importants  qui  le  recommandent  à  vos 
suffrages. 


Anévrisme  de  l'artère  poplitée  développé  au  contact 
d’une  exostose  ostéogénique  de  l'extrémité  inférieure  du  fémur , 
par  M.  Ch.  Cla  vélin, 

Professeur  agrégé  au  Val-de-Giâce. 

Rapport  de  M.  J.-L.  ROUX-BERGER. 

M.  Clavelin,  professeur  agrégé  au  Val-de-Grâce,  nous  a  envoyé 
une  très  intéressante  observation  d’un  malade  atteint  d’un  ané¬ 
vrisme  de  l’artère  poplitée,  causé  par  une  exostose  du  fémur.  Il 


SÉANCE  DU  9  MAI 


687 


a  opéré  et  guéri  son  malade.  Voici  son  observation  qui  mérite,  à 
mon  avis,  d’être  rapportée  in  extenso  : 

Le  malade  que  nous  avons  l’honneur  de  vous  présenter,  le  cava¬ 
lier  R...,  travaillait  au  pansage,  dans  les  premiers  jours  de  juillet  1922, 
loisqu’il  ressentit  brusquement  une  vive  douleur  dans  la  région  du 
creux  poplité  gauche.  Il  continue  son  travail,  marchant  la  jambe  gauche 
légèrement  fléchie,  mais  au  bout  de  trois  heures  il  est  obligé  de  se 
coucher  :  il  constate  à  ce  moment  une  augmentation  de  volume  du 
tiers  inférieur  de  la  cuisse  gauche,  et  s’aperçoit  que  la  flexion  de  la 
jambe  sur  la  cuisse  diminue  l’intensité  de  la  douleur.  A  noterqu’avant 
cet  incident  le  malade  n’avait  jamais  ressenti  de  douleurs  et  n’avait 
jamais  eu  l’attention  attirée  sur  cette  région. 

Après  trois  semaines  d’hospitalisation  à  l’hôpital  de  sa  garnison  il 
est  évacué  sur  le  Val-de-Grâce.  où  il  arrive  un  mois  environ  après 
l’apparition  de  la  tuméfaciion. 

Le  malade,  sujet  vigoureux,  se  présente  la  jambe  fléchie  à  43°  sur  la 
cuisse.  La  partie  supérieure  du  losange  poplité  et  le  tiers  inférieur  de 
la  face  postérieure  de  la  cuisse  sont  comblés  par  une  volumineuse 
tuméfaction  sur  laquelle  on  remarque  un  réseau  veineux  superficiel 
légèrement  développé. 

La  palpation  montre  que  cette  tumeur  présente  deux  parties  :  une 
postéro-externe,  dure,  non  douloureuse,  adhérente  au  bord  externe  de 
la  face  postérieure  du  fémur  avec  laquelle  elle  semble  se  continuer; 
l’autre  postérieure  et  postéro-interne  est  molle,  indolore,  mobilisable 
sur  les  plans  profonds  :  elle  paraît  nettement  fluctuante  :  elle  n’est  ni 
pulsatile  ni  réductible,  et  ne  présente  ni  souffle  ni  thrill. 

La  tension  au  Pachon  prise  aux  deux  jambes  donne  à  droite  et  à 
gauche  le  même  maximum  16,  le  même  minimum  9,  et  le  même  indice 
oscillométrique  2  1/2.  Le  pouls  est  perceptible  à  la  tibiale  postérieure 
et  à  la  pédieuse  sans  modifications  par  rapport  au  côté  droit. 

Les  mouvements  actifs  de  la  jambe  sont  limités  à  100°  pour  la  flexion 
et  à  30°  pour  l’extension. 

L’articulation  du  genou  est  normale. 

Pas  de  troubles  de  la  sensibilité  :  légère  parésie  du  sciatique  poplité 
externe. 

Atrophie  de  la  cuisse  gauche  :  4  centimètres. 

Wassermann  négatif. 

La  radiographie  pratiquée  montre  une  volumineuse  exostose  ostéo- 
génique  de  l’extrémité  inférieure  du  fémur,  implantée  sur  la  lèvre 
externe  de  bifurcation  de  la  ligne  âpre,  elle  se  dirige  d’arrière  en  avant 
et  de  dedans  en  dehors  :  sa  base  très  large  projette  au  dedans  une 
sorte  d’éperon. 

Le  sujet  n’est  pas  porteur  d’autre  exostose  ostéogénique. 

En  présence  de  cette  tuméfaction  développée  au  contact  d’une 
exostose  ostéogénique,  il  fallait  songer  à  un  anévrisme,  mais  tous  les 
signes  classiques  étant  négatifs,  l’examen  au  Pachon  donnant  le  même 
résultat  à  la  jambe  saine  et  à  la  jambemalade,  je  crus  pouvoir  éliminer 


SOCIÉTÉ  DE 'CHIRURGIE 


l’anévrisme  et  me  trouver  en  présenee  d’une  bourse  séreuse  déve¬ 
loppée  au  contact  d’une  yolumineuse  exostose. 

L'intervention  est  pratiquée  le  10  août  1922,  sous  rachinéocaïne.  Inci¬ 
sion  postéro-externe  au  niveau  de  la  tumeur  osseuse  à  laquelle  on 
accède  facilement  après  avoir  récliné  le  biceps  en  dehors  :  l’exostose 
est  insérée  sur  la  lèvre  externe  de  la  bifurcation  de  la  ligne  âpre.  En 
dedans  d’elle  se  trouve  une  volumineuse  tuméfaction  dont  la  paroi  se 
rompt  presque  aussitôt  laissant  échapper  des  caillots.  On  vide  cette 
poche  entièrement  remplie  de  caillots  (son  volume  dépasse  la  dimension 
d’un  poing)  ;  et  l’on  voit  jaillir  de  la  profondeur  un  jet  de  sang  artériel. 
Hémostase  au  garrot. 

A  la  pince-gouge  on  abrase  l’exoslose  et  l’on  régularise  la  face  pos¬ 
térieure  du  fémur  et  l’on  aperçoit  alors  une  petite  déchirure  située  sur 
la  face  antéro-externe  de  l’artère  poplitée,  exactement  au-dessus  du 
groupe  des  articulaires. 

Extirpation  du  sac  et  de  la  portion  lésée  de  l’artère  entre  deux 
ligatures. 

Suture  en  deux  plans  sans  drainage. 

Les  suites  opératoires  ont  été  simples  : 

Cinq  heures  après  l’intervention,  les  orteils  gauches  sont  froids,  un 
peu  livides,  la  tension  au  Pachon  donne  une  ébauche  d’oscillation  entre 
7  et  6. 

Le  surlendemain,  le  pied  gauche  est  réchauffé,  les  ongles  sont  roses 
et  le  malade  n’a  pas  la  sensation  de  crampe  dans  le  mollet  qu’il  avait 
accusée  la  veille  :  les  oscillations  du  Pachon  sont- esquissées  à  8-7. 

La  tension  remonte  progressivement  et,  lorsque  le  malade  part  en 
convalescence  le  23  octobre,  l’examen  au  Pachon  donne  : 

A  droite  :  max.  :  18;  min.  :  8;  i.  o.  :  5; 

A  gauche  :  max.  :  11  ;  min.  :  6;  i.  o.  :  1. 

L'atrophie  de  la  cuisse  gauche  est  de  2  centimètres;  celle  du  mollet, 
t  centimètre. 

Pendant  sa  convalescence,  le  malade  a  repris  progressivement  une 
vie  active,  lui  permettant  de  faire  sans  grande  fatigue  4à  5  kilommètres. 
Les  seules  sensations  qu’il  accuse  sont  des  fourmillements  et  surtout 
de  l’engourdissement  de  la  jambe. 

Atrophie  de  la  jambe  gauche  :  1  centimètre.  Pas  d’atrophie  de  la 
cuisse.  La  tension  au  Pachon  donne  : 

A  droite  :  max.  :  16  ;  min.  :  9;  i.  o.  :  4/2; 

A  gauche  :  max.  :  H;  min.  :  4;  i.  o.  ;  1. 

Le  pouls  n’est  perçu  ni  à  la  pédieuse,  ni  à  la  tibiale  postérieure. 

M.  Glavelin  fait  suivre  cette  observation  de  quelques  réflexions. 
En  février  1921,  notre  collègue  Mathieu,  rapportant  une  observa¬ 
tion  comparable  de  R.  Monod,  a  fait  l’historique  et  tracé  le 
tableau  clinique  de  l’affection  dont  six  cas  ont  été  publiés. 

Si  parfois  le  diagnostic  d’anévrisme  a  pu  être  porté,  parce 
que  la  tumeur  présentait  un  souffle  ou  des  battements,  dans 


SÉANCE  DU  9  MAI 


d’autres  cas  le  diagnostic  a  été  égaré,  peut-être  par  l’absence  de 
ces  signes,  comme  dans  le  cas  que  nous  rapportons  :  lallure 
aiguë  a  fait  penser  à  un  abcès,  une  ostéomyélite  ;  dans  le  cas  qui 
nous  occupe  on  a  pensé  à  une  bourse  séreuse.  Il  est  vraisem¬ 
blable  que  c’est  au  maintien  de  la  perméabilité  artérielle  qu’il  faut 
attribuer  l’absence  des  signes  habituels  d’anévrisme. 

L’auteur  attire  l’attention  sur  les  signes  fournis  par  la  palpa¬ 
tion  :  chez  son  malade,  cinq  sepaaines  après  la  rupture  de 
l’artère,  on  dissociait  aisément  une  tuméfaction  dure  :  l’exostose, 
et  .une  tumeur  molle,  bien  limitée,  mobilisable  sur  les  plans  pro¬ 
fonds  :  l’anévrisme. 

En  ce  qui  concerne  la  thérapeutique  suivie,  il  nous  semble 
que  celle  qui  a  été  pratiquée  était  la  seule  possible  :  M.  Glavelin 
fait  observer  que  la  situation  de  laplaiesur  la  face  antéro-externe 
de  l’artère  rendait  sa  suture  difficile. 

Le  résultat  obtenu  est  très  bon.  La  persistance  d’une  pression 
abaissée,  d’un  indice  oscillométrique  faible,  l’absence  de  pouls 
à  la  pédieuse  et  à  la  tibiale  postérieure  ne  doivent  pas  nous  sur¬ 
prendre. 

Je  vous  propose  de  remercier  M.  Clavelin  de  l’envoi  de  son 
intéressante  observation. 


Luxation  récidivante  unilatérale  de  la  mâchoire  inférieure , 
consécutive  à  une  injection  d'alcool  pour  névralgie  du  trijumeau. 

Guérison  par  la  résection  du  ménisque , 

par  MM.  Y.  Combier  et  J.  Murakd  (du  Creusot). 

Rapport  de  M.  J.-L.  ROUX-BERGER. 

MM.  Combier  et  Murard  nous  ont  envoyé  l’observation  sui¬ 
vante  : 

Mme  Ch...,  quarante-deux  ans,  vient  nous  consulter  le  21  août  1922 
pour  une  névralgie  faciale  droite,  qui  dure  depuis  plus  d'un  an. 
Elle  a  présenté  déjà  une  première  atteinte  de  cette  affection  il  y  a 
dix-huit  ans,  et  aurait  guéri  après  trois  mois  de  traitements  divers. 
Depuis  un  an,  la  névralgie  a  reparu;  elle  siège  dans  la  joue  droite  et  le 
long  de  la  mâchoire  inférieure;  elle  s’accompagne  d’irradiations  dans 
les  dents  et  de  quelques  irradiations  dans  le  cou. 

A  l’examen,  l’étude  des  irradiations  accusées  par  la  malade  conduit 
à  penser  qu’il  s’agit  d’une  névralgie  du  nerf  maxillaire  inférieur. 
L’examen  minutieux  des  cavités  de  la  face  permet  d’affirmer  l’absence 


690 


SOCIÉTÉ  DK  CHIRURGIE 


d'une  lésion  de  . ces  cavités.  Un  seul  point  à  Signaler,  la  dentition  est 
affreuse.  Mais  il  n’y  a  pas  de  lésion  des  racines.  Aucun  (rouble  sensitif, 
objectivement. 

Par  ailleurs,  la  malade  n’a  aucun  stigmate  de  spécificité.  Elle  jouit 
aussi  d’une  bonne  santé  habituelle.  Elle  est  mariée,  elle  a  deux  enfants 
bien  portants.  Son  mari  a  de  la  neurasthénie  de  guerre  (?)  Elle  a  six 
frères  ou  sœurs  bien  poitants.  Son  père  est  mort  à  quatre-vingts  ans, 
sa  mèie  vivante  a  soixante-sept  ans. 

Comme,  depuis  un  an,  elle  a  subi  sans  succès  divers  traitements,  et 
qu’elle  souffre  beaucoup,  elle  désire  vivement  se  soumettre  à  la  radio¬ 
thérapie.  Elle  subit  quatre  séances,  à  la  suite  desquelles  elle  est  seule¬ 
ment  améliorée,  sans  être  guérie.  Cette  amélioration  se  maintient  deux 
mois,  puis  les  douleurs  augmentent  à  nouveau. 

Le  6  novembre  1922,  deux  injections  d’alcool.  L’une  est  faite  dans  le 
tronc  du  nerf  maxillaire  inférieur  au  trou  ovale,  suivant  la  technique 
décrite  dans  l’ouvrage  de  M.  Pauchet  :  injection  sous  le  rebord  infé¬ 
rieur  du  zygoma,  en  son  milieu.  L’autre  est  faite  dans  le  dentaire  infé¬ 
rieur  à  l’épine  de  Spix  :  technique  du  même  auteur. 

Ces  deux  injeclions  provoquent  uné  sédation  immédiate  de  la  dou¬ 
leur;  cependant,  comme  il  persiste  une  petite  douleur  légère  et  inter¬ 
mittente  dans  les  dents  de  la  mâchoire  inférieure,  on  fait  une  nouvelle 
injection  de  1  cent,  cube  d’alcool  dans  le  dentaire  inférieur  à  l’épine 
de  Spix  le  30  novembre. 

La  malade  est  revue  le  8  janvier  1923.  La  névralgie  est  complètement 
guérie,  mais  progressivement  depuis  fin  novembre  est  apparue  une 
luxation  à  répétition  de  l’articulation  temporo- maxillaire  droite. 
Actuellement,  à  chaque  mouvement  d’ouverture  de  la  bouche,  le  con- 
dyle  se  luxe  tn  avant  ;  il  reprend  sa  place  dès  que  la  malade  referme 
Ja  bouche.  En  [articulier,  dans  la  mastication,  chaque  mouvement  de 
la  mâchoire  s’accompagne  d’une  luxation  et  de  sa  réduction.  La  luxa¬ 
tion  est  en  cutre  douloureuse.  L’ouverture  de  la  bouche  s’accomplit  en 
deux  temps,  le  passage  du  premier  au  second  se  fait  par  un  ressaut 
brusque  et  douloureux,  que  luxe  le  condyle. 

On  cherche  à  provoquer  le  resserrement  dès  éléments  de  l’article  par 
l’injection  intra-aiticulaire  d’éther  iodé,  qui  ne  produit  aucun  résultat. 
Aussi  propose-t-on  la  résecticndu  ménisque  qui  est  acceptée  par  la 
malade. 

Intervention  le  23  janvier.  Incision  de  Farabeuf.  L’ouverture  de  la 
bouche,  en  luxant  le  condyle,  permet  une  découverte  plus  facile  de 
l’articulation  qui  est  ouverte.  On  expose  encore  mieux  celleœi  en 
taillant  à  la  gouge  et  au  maillet  une  petite  encoche  arrondie  sur  le 
bord  inférieur  de  l’arcade  zygomatique.  On  peut  ainsi  bien  voir  le 
ménisque,  qui  est  saisi  solidement,  désii  séré  à  la  rugine,  et  extirpé  en 
entier.  Suture  de  la  peau  sans  drainage. 

Aucun  essai  d’é,cartement  n’est  pratiqué.  La  malade  est  invitée  à 
faire  elle- même  des  mouvements  d’ouverture  de  la  bouche.  Ceux-ci  se 
font  sans  douleurs  à  partir  du  cinquième  jour,  puis  augmentent  pro¬ 
gressivement  et  rapidement. 


SÉANCE  DU  9  MAI 


La  malade  a  été  revue  un  mois  et  demi  après  l’opération.  L’ouver¬ 
ture  de  la  bouche  est  normale,  la  guérison  est  parfaite  ;  la  cicatrice  est 
insignifiante,  à  peine  visible.  La  névralgie  reste  bien  guérie. 

Cette  observation  attire  l’attention  sur  deux'points  :  l 'étiologie 
de  la  luxation,  son  traitement.  Elle  a  suggéré  à  MM.  Combier  et 
Murard  quelques  réflexions. 

On  connaît  certaines  complications  possibles  des  injections 
d’alcool  :  paralysies  oculaires,  faciales,  kératites  ulcéreuses.  Mais 
comment  expliquer  cette  luxation  temporo-maxillaire? 

M.  Sicard,  interrogé  par  les  auteurs,  pense  que  l’alcool  a 
pénétré  dans  les  fibres  musculaires  du  ptérygoïdien  externe, 
d’ofi  rétraction  consécutive,  traction  sur  le  condyle,  et  désé¬ 
quilibre  des  forces  de  maintien  des  surfaces  articulaires.  Mais 
M.  Sicard  n’a  jamais  observé  cette  complication,  et  il  s’agit,  en 
somme,  d’une  hypothèse  pathogénique. 

Reste  le  point  de  vue  thérapeutique.  MM.  Comby  et  Murard  ont 
guéri  leur  malade  en  lui  enlevant  le  condyle  :  le  résultat  paraît 
avoir  été  excellent.  Semblable  succès  a  été  obtenu  par  M.  Gernez 
dans  un  cas  de  luxation  bilatérale  récidivante  ( Société  de  Chi¬ 
rurgie,  20  décembre  1922,  p.  1478).  A  la  même  séance  M.  Robineau 
a  rapporté  un  très  bon  résultat  obtenu,  sur  le  conseil  de  M.  Sicard, 
en  injectant  de  l’alcool  dans  les  muscles  péri-articulaires.  Ce 
dernier  procédé  demande  à  être  mieux  connp,  et  il  est  difficile 
de  faire  aujourd’hui  un  parallèle  utile  entre  les  deux  techniques. 

Je  vous  propose  de  remercier  MM.  Combier  et  Murard  de 
l’envoi  de  leur  très  intéressante  observation. 

M.  Robineau.  —  Je  désire  seulement  préciser  un  point  de 
détail  :  Sicard  a  proposé  de  remédier  à  la  luxation  récidivante  de 
la  mâchoire  par  une  injection  d’alcool  dans  le  muscle  masséter; 
le  résultat  est  la  rétraction  du  muscle  et  par  conséquent  un  état 
de  trismus  qui  s’oppose  à  tout  déplacement  du  condyle  ;  ce  trismus 
est  transitoire.  Chez  la  malade  que  j’ai  soignée  avec  Sicard,  le 
trismus  a  persisté  quelques  semaines  ;  pendant  ce  temps  l’articu¬ 
lation  a  dû  se  modifier  puisque  la  luxation  ne  s’est  pas  reproduite 
ultérieurement. 

M.  Ca.  Dujarier.  —  Un  mot  au  sujet  de  la  cure  chirurgicale  de 
la  luxation  récidivante  de  la  mâchoire.  J’ai  obtenu  deux  succès 
par  la  simple  meniscopexie.  Les  deux  cas  ont  été  opérés  en  1903 
et  1904,  dans  le  service  de  M.  Terrier  dont  j’étais  alors  le  chef 
de  clinique. 


i.,  1923. 


SOCIÉTÉ  1>E  CHIRURGIE 


Nouvelle  technique  de  la  gastrostomie, 

par  M.  le  Dr  Del  vaux  (de  Luxembourg). 

[Rapport  de  M.  ALBERT  M'OUCHET. 

M.  le  Dr  Delvaux  (de  Luxembourg)  nous  a  adressé  il  y  a  quelques 
mois  sous  ce  titre  la  description  d’un  procédé  opératoire  qui 
combine  les  avantages  de  l’incision  médiane  à  ceux  de  l'incision 
latérale  à  travers  le  muscle  grand  droit  du  côté  gauche. 

M.  Delvaux,  qui  paraît  avoir  utilisé  surtout  dans  sa  pratique 
chirurgicale  la  technique  classique  de  Terrier  et  Gosset  par  la 
gaine  du  grand  droit,  adresse  quelques  reproches  à  ce  procédé  : 
jour  insuffisant  sur  l'estomac,  difficulté  de  trouver  ce  viscère  qui 
est  souvent  très  rétracté,  Tisque  d’attirer  la  partie  de  sa  paroi 
antérieure  qui  se  présente,  alors  qu’elle  peut  se  trouver  trop 
éloignée  du  cardia.  Enfin,  dit  M.  Delvaux,  «  le  plus  grand  défaut 
de  l’incision  latérale  à  travers  le  muscle  droit,  c’est  que  cette 
incision  guérit  presque  toujours  par  seconde  intention.  Les  fils  de 
suture  sont  pour  ainsi  dire  constamment  infectés  parle  contenu 
stomacal  qui  se  déverse  au  dehors  et  il  arrive  très  souvent  que 
chez  les  sujets  cachectisés,  sans  résistance,  auxquels  on  doit 
pratiquer  la  gastrostomie,  la  plaie  opératoire  se  désunit  et  met  un 
temps  fort  long  à  se  cicatriser  ». 

Pour  éviter  ces  inconvénients,  M.  Delvaux  procède  comme  suit  : 

1°  Incision  médiane  au-dessus  de  l’ombilic.  Cette  incision 
n’intéresse  d’abord  que  la  peau; 

2°  La  peau  est  détachée,  du  côté  gauche,  de- l’aponévrose  de 
recouvrement  du  muscle  droit; 

'3°  Ouverture  médiane  de  l’abdomen  sur  une  longueur  d'environ 
15  centimètres; 

S’orienter  sur  la  situation  de  l’estomac,  ce  qui  est  facile 
avec  l’incision  médiane  ; 

5°  On  fixe  par  un  fil  de  soie  ou  de  catgut  la  partie  de  l'estomac 
où  l’on  veut  pratiquer  la  fistule.  Cette  place  doit  naturellement  se 
trouver  à  la  partie  antérieure  de  l’estomac,  non  loin  du  cardia,  et 
doit  être  assez  mobile  pour  pouvoir  être  soulevée  suffisamment; 

6°  On  perfore  alors  le  muscle  droit  du  côté  gauche,  non  loin  de 
son  bord  externe,  et  le  péritoine  au  moyen  d’un  bistouri  ou  de 
ciseaux  fermés,  et  on  élargit  l’ouverture  ainsi  faite  juste  assez  pour 
pouvoir  y  faire  passer  le  petit  doigt; 

7°  L’estomac  est  attiré  à  travers  l’ouverture  ainsi  'faite,  au 
moyen  du  fil  par  lequel  on  avait  fixé  auparavant  la  paroi  stomacale  ; 


séance  du  9  mai 


693 


8°  Suture  en  couronne  au  catgut  de  Ï&  séreuse  de  l’estomac  âu 
fascia  du  muscle  droit  ; 

9°  Perforation  de  la  peau  au  moyen  dü  biistoüri,  pour  y  faire 
passer  la  point®  du  cône  de  l’estomac  attiré  à  travers  le  muscle; 

1Q°  Fixation  en  couronne  de  la  séreuse  de  l'estomac  à  la  peau; 

li°  Fermeture  très  exacte  de  l'incision  médiane  ; 

12“  Ouverture  de  la  muqueuse  de  l'estomac  ; 

13°.  Introduction  d’une  sonde  molle  à  travers  l’oüvèrture 
pratiquée  dans  l’estomac. 

Le  procédé  est,  comme  on  le  voit,  simple  et  rapide,  plus  rapide 
que  ne  l’indique  la  description.  L’incision  médiane  permet  uttè 
orientation  facile.  D'autre  part,  en  plaçant  là  fistule  gastrique  à 
côté  de  l’incision  médiane,  mais  à  une  distance  de  8  à  10  centi¬ 
mètres,  M.  Delvaux  évite  l’infection  de  Cette  incision.  Par¬ 
dessus  tout,  il  évite  l’infection  et  la  déhiscence  de  l’incision 
latérale,  en  remplaçant  celte  incision  latérale  par  la  simple  bou¬ 
tonnière  décrite  ci  dessuS,  et  celte  boutonnière  conserve  tous  les 
avantages  de  la  sphinctërisation  reconnue  par  ceux  qui  ont  pra¬ 
tiqué  la  technique  de  Terrier  et  Gosset. 

Si  plus  tard  l’ouverture  de  là  fistule  devenait  trop  grande  et  si 
le  contenu  de  l’estomac  se  déversait  au  dehors  par  cette  fistule, 
M.  Delvauk  conseille  de  retirer  pour  quelques  jours  la  sonde,  jus¬ 
qu’à  ce  que  la  lumière  de  la  fistule  qui  a  tendance  â  se  fermer 
rapidement  se  soit  rétrécie  à  tel  point  qu’elle  laisse  tout  juste  la 
place  pour  le  passage  de  la  sonde. 

Des  esprits  chagrins  se  demanderont  peut-être  s’il  était  utile 
d’ajouter  ün  procédé  opératoire  à  tous  ceux  qui  ont  été  imaginés 
pour  la  gastrostomie.  Je  ne  suis  pas  de  leur  avis;  quand  une 
technique  a  fait  ses  preuves  entre  les  mains  d’un  aussi  bon  chi¬ 
rurgien  que  le  Dr  DelvaUx,  il  faut  l'accueillir  avec  intérêt  et 
l’essayer  quand  l’occasion  se  présente. 

Mais  je  dois  reconnaître  que  la  gastrostomie  est  une  des  rares 
opérations  où  la  multiplicité  des  procédés  n’eAcltit  pas  leur  qua¬ 
lité  et  où  la  plupart  des  chirurgiens  ont  lëür  siège  fait.  Les  uns 
pratiquent  toujours  le  «  Fontan  »,  les  autres,  le  «  ’SoüligOnx  »  ; 
tous  ont  des  succès  par  les  divers  procédés. 

Je  vous  propose  de  remercier  M.  Delvaux  de  nous  avoir  pïê*- 
senté  la  technique  à  laquelle  il  donne  définitivement  la  préférence. 

M.  A.  Lacointe.  —  Je  ne  crois  pas  que  le  procédé  que  Mouchet 
vient  dé  nous  rapporter  au  nom  de  M.  Delvatix  Soit  fiduveau,  du 
moins  dans  son  idée  directrice. 

Il  y  à  des  années  que  je  procède  d’une  façon  tout  à  fait  analogüe, 
qui,  du  reste,  u’est  pas  de  mon  invention.  Incisioft  de  quelques 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


centimètres  sur  la  ligne  blanche,  pour  repérer  la  paroi  gastrique 
en  bon  lieu,  le  plus  loin  possible  du  pylore;  ponction  de  la  peau 
et  du  feuillet  antérieur  de  la  gaine  du  grand  droit,  juste  assez 
pour  introduire  une  pince,  effondrer  le  feuillet  postérieur  de  la 
gaine  et  le'  péritoine,  aller  saisir  un  cône  gastrique  au  point 
repéré  par  l’incision  médiane  et  l’amener,  à  frottement,  à  travers 
la  paroi,  comme  on  fait  des  ligaments  ronds  dans  l’hystéropexie. 

Je  termine  alors  par  la  fixation  du  cône  ainsi  attiré  à  l’aponé¬ 
vrose  et  à  la  peau.  Une  ouverture  aussi  petite  que  possible,  pour 
une  sonde  n°  15  qui  reste  quelques  jours  en  place,  et  pas  de  suture 
muco-cutanée.  Avec  cette  technique,  qui  ressemble  sur  beaucoup 
de  points,  je  le  répète,  à  celle  qui  vient  de  nous  être  exposée, 
j’obtiens  très  régulièrement  la  continence,  cette  qualité  dont  la 
recherche  a  préoccupé  tant  d’inventeurs. 

M.  Gosset.  —  On  vient  de  parler  du  procédé  de  gastrostomie 
«  Terrier  et  Gosset  ».  Pour  ma  part,  je  ne  l’emploie  jamais,  je  fais 
toujours  le  Witzel, -j’adresse  à  tous  les  procédés  qui  comptent  sur 
la  paroi  abdominale  pour  le  maintien  de  la  continence  un  grand 
reproche  :  plusieurs  de  ces  malades  opérés  de  gastrostomie  ont 
une  paroi  très  mince  et,  si  elle  ne  l’est  pas  au  moment  où  on  les 
opère,  la  gastrostomie  la  distend  après  plusieurs  mois,  et  le  rôle 
de  la  musculature  abdominale  est  bien  aléatoire. 

M.  Proust.  —  J’emploie  toujours  pour  la  gastrostomie  le  pro¬ 
cédé  de  Witzel.  Je  fais  l’ouverture  de  l’estomac  aussi  haute  que 
possible  ;  je  prolonge  le  canal  séreux  aussi  bas  que  possible  en 
me  rapprochant  de  la  grande  courbure,  que  je  vais  fixer  à  l’in¬ 
cision  de  la  paroi. 

M.  Gernez.  —  Je  crois  que  le  procédé  qui  vient  d’être  décrit  est 
figuré  avec  des  dessins  très  bien  faits  dans  la  Technique  de 
Doyen. 

Un  ennui  du  Witzel  que  je  désire  signaler  :  un  de  mes  malades 
à  qui  j’avais  fait  un  Witzel  arracha  la  sonde  qui  cependant  avait 
été  fixée  ;  il  me  fut  extrêmement  difficile  de  la  remettre  en  place. 

Depuis  j’emploie  toujours  le  procédé  de  Souligôux  que  j’exécute 
en  suivant  à  la  lettre  les  indications  de  mon  maître.  Je  le  lrouve 
excellent. 

M.  Gosset.  —  Quant  à  cet  ^inconvénient  qu’on  a  reproché  au 
Witzel  :  la  sortie  possible  de  la  sonde  et  la  difficulté  pendant  les 
premières  quarante-huit  heures  de  la  réintégrer,  il  est  facile  d’y 
remédier  en  la  fixant,  comme  on  le  fait  pour  le  canal  hépatique  et 
l’estomac,  à  la  paroi  abdominale. 


SÉANCE  DU  9  MAI 


Trois  cas  d'invagination  intestinale  chez  l'enfant. 

Vidange  du  cæcum 

par  l'appendice  extériorisé  en  vue  de  combattre  la  stercorémie , 
l'iléus  paralytique  et  la  récidive  de  l'invagination, 

par  M.  Descarpentries  (de  Roubaix). 

Rapport  de  M.  ALBERT  MOUCHET. 

Très  frappé  par  la  mort  rapide  de  ses  deux  premiers  opérés  d’in¬ 
vagination  intestinale,  dont  je  vous  citerai  en  quelques  mois 
l’histoire  clinique,  M.  Descarpentries  imagina  chez  son  troisième 
opéré  d’avoir  recours  à  un  drainage  intestinal. 

Obs.  I.  —  F...  D...,  dix-huit  mois  (1919),  garçon  bien  développé,  sans  . 
antécédents  pathologiques,  m’est  amené  par  le  docteur  L...,  ancien 
interne  des  hôpitaux,  avec  le  diagnostic  d’invagination  intestinale.  Les 
vomissements  ont  commencé  la  veille  dans  la  soirée,  accompagnés  de 
violentes  coliques  ;  les  parents  ne  se  sont  inquiétés  que  le  matin  en 
voyant  une  selle  sanglante  et  demandèrent  l’avis  du  docteur.  11  est 
11  heures  du  matin,  l’opération  a  lieu  immédiatement.  Anesthésie  aux 
vapeurs  chaudes  d’éther,  laparotomie  médiane,  invagination  de  l’iléon 
dans  le  côlon  ;  la  tête  atteint  le  milieu  du  côlon  transverse.  On  désin- 
vagine  sans  grandes  difficultés.  Fermeture  de  là  paroi  au  catgut  sur  le 
péritoine  et  les  muscles,  au  fil  de  lin  sur  l’aponévrose  et  la  peau.  Les 
vomissements  cessent,  l’enfant  se  réveille,  les  coliques  se  sont  apaisées, 
mais  le  faciès  est  mauvais,  le  pouls  très  rapide  ;  l’enfant  meurt  dans  la 
soirée  avec  des  phénomènes  de  stercorémie. 

Obs.  II.  —  J...  D...,  vingt-deux  mois,  garçon  très  développé,  sans  tare 
pathologique,  m’est  amené  par  le  même  confrère  (1921);  il  a  été  pris 
de  coliques  violentes  avec  vomissements  à  10  heures  tandis  qu’il  jouait 
avec  son  frère  aîné.  Mon  confrère  le  vit  à  midi  et  annonça  à  la  famille 
la  gravité  du  cas;  il  demanda  à  être  prévenu  de  toute  urgence  si  l’en¬ 
fant  avait  une  selle  glaireuse  sanguinolente,  de  façon  à  pouvoir  le  faire 
opérer  tout  de  suite,  seul  moyen  de  le  sauver.  La  selle  survint  à 
14  heures  30,  l'enfant  était  à  la  clinique  à  15  heures.  On  lui  fit  un  lave¬ 
ment  baryté,  qui,  sous  l’écran,  remonta  jusqu’au  milieu  du  côlon  trans¬ 
verse:  les  préparatifs  de  l’opération  étaient  terminés,  elle  fut  pratiquée 
à  16  heures  :  anesthésie  aux  vapeurs  chaudes  d’éther;  laparotomie 
médiane;  invagination  iléo-coliqueÿ  la  tête  arrive  au  milieu  du  côlon 
transverse,  la  désinvagination  fut  difficile  :  on  -fixe  par  deux  points 
l’iléon  à  la  paroi  pariétale.  Fermeture  de  l’abdomen  comme  précé¬ 
demment.  L’enfant  se  réveille,  plus  de  douleurs,  plus  de  vomissements, 
le  faciès  reste  mauvais  et  le  pouls  rapide  :  huile  camphrée,  champagne 
chaud,  sérum  glucosé  en  lavement  au  goutte  à  goutte  de  Murphy  ;  rien 
n’y  fit,  l’enfant  mourut  dans  la  nuit.  .  > . 


696  SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Obs.  III.  —  .1...  L...,  dix-sept  mois,  janvier  1922,  garçon  bien  déve¬ 
loppé,  saps  antécédents  pathologique»,  m’est  amené  par  le  Dr  V...,  qui 
par  hasard  a  assisté  à  l'intervention  précédente.  L’enfant,  en  jouant, 
fut  pris  de  coliques  violentes,,  de  crises  d’apnée  et  de  vomissements, 
vers  8  heures.  Le  confrère  l’a  vu  à,  14  heures;  U  veuait  d’avoir  une  selle 
glaireuse  sanguinolente.  L’enfant  est  amené  à  la  clinique  à  16  heures: 
un  lavement  baryté  suivi  sous  l'écran  radioscopique  remonte  jusqu’au 
côlon  transverse;  l’intervention  est  pratiquée  à  17  heures. 

Anesthésie  aux  vapeurs  chaudes  d’éthe'r;  laparotomie  médiane; 
invagination  iléo-colique,  la  tête  remonte  jusqu’à  l’angle  splénique.  La 
désinvagination  se  fit  lentement  sans  grosses  difficultés. 

C'est  chez  cet  opéré  que  l’idée  vient  à  M.  Descarpentries  de 
pratiquer  un  drainage  intestinal.  Je  lui  laisse  la  parole. 

«  De  prime  abord,  dit  ce  chirurgien,  je  pensais  faire  une  fistule,  sur 
le  grêle  ou  un  anus  temporaire.  Pièces  en  mains,  cela  me  parut  diffi¬ 
cile  sinon  impossible.  L’idée  me  vint  d’extérioriser  l’appendice  qui,  au 
demeurant,  était  très  long. 

«  Je  fis  une  incision  de  un  centimètre  au  point  dé  Mac  Durney, 
j’enfonçai  une  pince  de  Kocher  fermée  à  travers  le  reste  de  la  paroi 
y  compris  le  péritoine  ;  j’ouvris  la  pince  pour  obtenir  l’agrandissement 
de  la  brèche  et,  saisissant  l’appendice,  je  l’amenai  au  dehors. 

«  Le  méso,  lié  par  un  catgut,  fut  sectionné  et  rentré  dans 
l’abdomen. 

«  Fermeture  de  la  paroi  abdominale  comme  précédemment  :  quatre 
points  au  crin  fixèrent  l’appendice,  ou  mieux  le  cul-de-sac  caec'al  à  la 
peau,  et  j’ouviis  l’intestin  par  une  incision  latérale,  au  thermo.  Un. 
bout  de  sonde  de  Nélaton  n°  22  fut  introduit  dans  la  lumière  intesti¬ 
nale,  il.  en  sortit  des  gaz  d’odeur  extrêmement  putride.  L’appendice  et 
la  sonde  qu’ii  contenait  fut  entouré  d’un  manchon  serré  de  gaae  iodo- 
fortnée. 

«  Pansement  renouvelé  tontes  les  heures,  huile  camphrée-,  sérum 
gluço,sé  en  lavement  au  goutte  à  goutte  de  Murphy- 

«•  Dès  son  réveil  l’enfant  est  totalement  transformé:  il  rit.  et  déclare 
avoir  faim;  ce  fut,  une  yéritahlo  résurrection  presque  comparable  à 
celle  que  l’on  voit,  après  certaines  trachéotomies. 

«  La  guérison  se  fit  rapide  comme  s’il  se  fût  agi  d’une  hernie.. 
L’appendice  fut  sectionné  le  quinzième  jour,  les  parois  çæcales  fermées 
par  suture  au.  gros  fil  de  lin  et  la  brèche  de  la  paroi  par  un  crin  sons 
anesthésie  au  chlorure  d’éthyle.  Le  ventre  ne  fut  jamais  ni  tendu  ni 
ballonné  et  l’eufant  n’eut  aucune  envie  de  pousser;  l'éviscération  ne 
fut  jamais  à  craindre.  ». 

Sans,  vouloir  reprendre  cette  question  d.e  l’invagination  iatesr 
tinale  déjà  suffisamment  traitée  ici  depuis  quelques  mois,  je 
crois  bon  cependant  de  souligner  les  conclusions  que  M.  Descar- 
pen  tries  apporte  à  ses  observations  ; 


SÉANCE  DU  9  MAI 


697 


1°  D’abord  la  fréquence  de  l’invagination  :  elle  est  beaucoup 
plus  grande  que  ne  le  croit  la  majorité  des  médecins  ;  le  diagnostic 
en  est  aisé,  il  suffit  d’y  penser;  l’opération  sauverait  un  certain 
nombre  d’enfants.  «  Je  reçois,  dit  M.  Descarpenties,  les  cas 
chirurgicaux,  surtout  les  cas  urgents,  d'une  bonne  centaine  de 
confrères;  une  population  de  80.000  âmes  dépend  administrati¬ 
vement  de  mon  service  hospitalier.  Or,  j’ai  été  pendant  douze  ans 
sans  voir  un  cas  d’invagination  intestinale  :  depuis  trois  ans,  un 
jeune  confrère  en  trouve  deux  cas  dans  une  clientèle  extra-urbaine 
de  4.000  âmes.  Un  confrère  de  la  ville  en  trouve  un  cas  en  un  an 
après  avoir  assisté  à  une  de  ces  interventions.  Il  y  a  là  une  consta¬ 
tation  qui  se  passe  de  commentaires.  » 

2°  En  ce  qui  concerne  le  diagnostic,  M.  Descarpentries  croit 
utile  un  examen  radioscopique  avec  lavement  baryté  «  à  la 
condition  essentielle  qu’il  ne  fasse  pas  perdre  un  temps  extrême¬ 
ment  précieux  ».  Je  ne  puis  que  souscrire  à  cette  sage  réserve  et 
je  crois  que,  dans  la  pratique,  cet  examen  un  peu  long  ne  vaut 
pas  le  toucher  rectal'  ramenant  des  mucosités  sanguinolentes  que 
M.  Descarpentries  avoue  n’avoir  jamais  pratiqué  ou  fait  pratiquer, 
maïs  qd’îl  se  propose  de  pratiquer  désormais. 

3°  Reste  la  donnée  thérapeutique  intéressante  que  M.  Descar¬ 
pentries  a  réalisée  en  établissant  l'a  vidange  du  cæcum  à  l’aide  de 
l’extériorisation  de  l’appendice  et'  du  drainage  intra-appendrcu- 
laire.  Cette  appendicostomie,  dont  Segond  entretenait  notre  Société 
il  y  a  près  de  vingt  ans,  a  si  vite  amélioré  l’état  du  petit  opéré  de 
M.  Descarpentries,  que  ce  dernier  n’hésite  pas  à  lui  attribuer  le 
succès  obtenu.  C’est  possible.  Cette  opération  complémentaire 
permet  d’éliminer  immédiatement  les  produits  intestinaux 
toxiques,  de  combattre  les  effets  de  l’iléus  paralytique,  d’éviter  la 
récidive  de  l’invagination  :  «  En  vidant  l’intestin  de  ses  gaz,  dit 
M.  Descarpentries,  elle  facilite  la  fermeture  de  la  paroi  et  l’évis- 
cération  post  opératoire  est  bien  moins  à  redouter.  »  Sur  ce 
dernier  point,  je  crois  qu’il  y  a  lieu  de  faire  quelques  réserves, 
étant  donné  ce  que  nous  savons  tous  des  causes  de  l’éviscération 
post-opératoire  chez  les  opérés  d’invagination. 

Les  autres  avantages  du  drainage  intestinal  ne1  sont  certaine¬ 
ment  pas  contestables;  il  me  semble  seulement  qu’avant  d’assi¬ 
gner  un  rôle  de  premier  plan  à  ce  complément  opératoire,  il 
convient  d’attendre  un  plus  grand  nombre  de  faits. 

Ces  réserves  énoncées,  je  n’en  suis  que  plus  à  l’aise  pour  vous 
proposer  de  remercier  M.  Descarpentries  de  ses  intéressantes 
observations  et  de  les  publier  dans  nos  Bulletins. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Communications. 

Su r  la  fermeture  des  sections  terminales  de  l'intestin, 
par  M.  CUNÉO. 

Le  rapport  que  nous  a  lu  M.  ükinczyc  dans  la  séance  du  12  mars 
m’a  engagé  à  vous  soumettre  quelques  remarques  sur  la  tech¬ 
nique  de  la  fermeture  des  sections  terminales  de  l’intestin. 

Dans  le  cas  dont  M.  Okinczyc  nous  a  rapporté  l’examen  anato¬ 
mique,  il  s’agissait  du  jéjuno-iléon.  Cependant,  ce  n’est  pas  sur 
la  fermeture  de  ce  segment  de  l’intestin  que  je  désire  attirer  voire 
attention.  La  suture  des  sections  dujéjuno-iléon,  comme  d’ailleurs 
celle  des  sections  gastriques,  est,  en  effet,  relativement  facile.  On 
peut  notamment  utiliser,  dans  ces  cas,  l’excellent  procédé  que 
constitue  la  suture  isolée  des  différentes  tuniques  et  d’ailleurs, 
quel  que  soit  le  procédé  employé,  les  résultats  sont  toujours 
excellents.  Il  n’en  est  pas  de  même  lorsque  nous  avons  affaire  au 
duodénum  ou  au  gros  intestin,  auxquels  on  ne  saurait  notamment 
appliquer  le  procédé  précédent. 

Les  autres  modes  de  fermeture  sont  d’ailleurs  nombreux,  ce  qui 
est  plutôt  regrettable,  car  cela  nous  montre  qu'aucun  procédé  ne 
s’impose. 

M.  Okinczyc  a  utilisé  la  technique  la  plus  couramment  employée  : 
surjet  total  d’occlusion  et  surjet  séro-séreux  d’enfouissement.  La 
suture  en  bourse  est  également  d’un  usage  fréquent.  La  fermeture 
par  enroulement  ne  me  parait  pas  avoir,  du  moins  en  France* 
beaucoup  de  partisans.  Je  citerai  encore  la  suture  par  plicature, 
peut-être  moins  Remployée  encore,  et  pour  laquelle  j’ai  quelque 
sympathie,  sans  doute  parce  que  je  l’ai,  sinon  inventée,  du  moins 
perfectionnée  (1). 

Mais  avant  de  discuter  la  valeur  de  ces  différents  procédés,  je 
dois  dire  un  mot  de  deux  points  de  technique,  applicables  à 
chacun  d’eux  :  je  veux  parler  de  l’écrasement  et  de  la  suture  totale 
ou  suture  d’occlusion. 

En  ce  qui  concerne  l 'écrasement,  il  a,  je  le  crois,  des  adeptes 
de  plus  en  plus  nombreux.  L’ingénieuse  instrumentation  de 
M.  de  Martel  est  pour  beaucoup  dans  la  diffusion  de  ce  procédé. 
Les  avantages  de  l’écrasement  sont  trop  indiscutables  et  trop 
connus  pour  qu’il  soit  nécessaire  de  les  rappeler.  11  n’en  est  pas 

(1)  Le  procédé  que  j’emploie  est  une  modification  de  celui  décrit  par 
Krogius  dans  le  ZerUralblatt  für  Chirurgie  de  1907  (p.  1138;. 


SÉANCE  DU  9  MAI 


moins  vrai  que  l’écrasement  n’est  pas  indispensable,  et  il  m’arrive 
assez  souvent  de  ne  pas  m’en  servir.  J’évite  même  systématique¬ 
ment  d’y  avoir  recours  dans  la  fermeture  du  duodénum  au  cours 
de  la  gastrectomie,  lorsque  le  bout  duodénal  est  court  et  friable. 

L’utilité  d’une  double  suture  (suture  d’occlusion  et  suture 
d’enfouissement)  a  été  contestée  parM.  dè  Martel,  qui  se  contente 
de  cette  dernière.  La  superposition  des  deux  sutures  constituerait 
même,  d’après  lui,  un  danger,  en  créant  une  cavité  close,  suscep¬ 
tible  de  s’infecter  par  l’intermédiaire  de  la  suture  profonde  en 
contact  direct  avec  le  contenu  septique  de  l’intestin. 

11  est  certain  que  la  suture  d’occlusion  est  souvent  pratiquée 
dans  des  conditions  qui  peuvent  paraître  de  prime  abord  fâcheuses. 
C’est  ainsi  que  le  fil  circulaire,  enserraut  un  bout  intestinal  et  lais¬ 
sant  au-dessus  de  lui  une  collerette  de  muqueuse  plus  ou  moins 
étendue,  isole  une  surface  infectée,  qu’un  bref  attouchement  à  la 
teinture  d’iode  a  peu  de  chances  de  désinfecter.  Je  reconnais  que, 
dans  ce  cas,  qui  est  celui  de  la  suture  en  bourse,  je  préfère,  comme 
M.  de  Martel,  supprimer  ce  fil  d’occlusion  et  superposer  deux 
bourses  séro-séreuses.  Le  rôle  hémostatique  du  fil  total  est  d’ail¬ 
leurs  rendu  inutile  lorsqu’on  emploie  l’écrasement,  tout  particu¬ 
lièrement  indiqué  ici. 

Je  supprime  également  le  fil  profond  dans  la  suture  par  enrou¬ 
lement,  une  longue  pratique  m’ayant  démontré  que  cette  suppres¬ 
sion  ne  présentait  aucun  inconvénient,  l’enroulement  assurant 
l’étanchéité  de  la  suture. 

»  Dans  la  suture  en  bourse  et  dans  l’enroulement,  la  suture  séro- 
séreuse  est  donc  suffisante  pour  assurer,  dès  le  début,  ce  que 
j’appellerai  l’occlusion  mécanique  du  bout  intestinal. 

Il  ne  me  paraît  plus  en  être  de  même  lorsque  la  fermeture  de 
ce  bout  est  effectuée  à  l’aide  du  surjet.  J’estime  en  effet  qu’il  est 
possible  qu’un  surjet  séro-séreux,  même  exécuté  avec  la  plus 
grande  correction,  n’assure  pas  à  lui  seul  une  occlusion  complète 
de  l’intestin  dans  les  premières  heures  qui  suivent  l’intervention. 
J’ai  en  effet  constaté  que,  soit  en  raison  de  la  friabilité  des  tissus 
qui  se  laissent  couper,  soit  à  cause  de  la  diminution  de  volume 
de  l’intestin,  il  se  produit  parfois  un  relâchement  du  surjet,  suffi¬ 
sant  pour  permettre  la  filtration  du  contenu  intestinal, 

G  est  en  raison  de  cette  constatation  que,  toutes  les  fois  que  j’ai 
recours  à  la  fermeture  par  surjet,  je  crois  utile  de  pratiquer  un 
surjet  total  pour  assurer  l’occlusion.  Or  cette  manière  de  faire 
ne  m’a  jamais  donné  le  moindre  ennui,  et  je  n’ai  jamais  vu  l’in¬ 
fection  delà  cavité  intermédiaire  au  surjet  total  et  au  surjet  séro- 
séreux. 

Je  prends,  il  est  vrai,  la  précaution  d’exécuter  le  surjet  total  de 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


700 


façoBi  à  ce  qu’il  constitue  un  surjet  en-fouisseur.  J’utilise  à  ee-t 
effet  Le  surjet  de  Sehmieden,  légèrement  œod iâé .  Celte  modi.ika- 
tien,  qui  me  paraît  d’ailleurs  nécessaire,  consiste  simplement  à 
arrêter  le  fil  à  chaque  point.  Irai-je  maintenant  jusqu’à  prétendre 
que  cette  disposition  du  surjet  total  est  une  précaution  indispen¬ 
sable  ?  Assurément,  non. 

Revenons  maintenant  aux  indications  des  différents  procédés 
cités  plus  haut. 

Il  n’est  pas  douteux  que  la  suture  en  bourse  apparaît,  de  prime 
abord,  comme  la  méthode  idéale  en  raison  de  la  simplicité  et  de 
la  rapidité  de  son  exécution.  Mais  cette  simplicité  et  celte  rapi¬ 
dité  sont-elles  toujours  réelles?  Peut-être  dans  les  cas  faciles, 
lorsqu'on  peut  manœuvrer  sur  un  bout  intestinal  bien  dégagé, 
ayant  une  surface  extérieure  bien  nette  et  une  longueur  suffi¬ 
sante.  Mais  ce  ne  sont  pas  ces  ea-s-là  que- j’ai  voulu  envisager.  Or 
faire  une  bonne  fermeture  en  bourse  d’un  duodénum  court  et 
profondément  situé-  ou  d’un  gros  intestin,,  surchargé  de  franges 
graisseuses  qu’il' n’est  pas  toujours  simple-  de  réséquer,  ne  m’a 
jamais  paru  très  aisé,  même  en  employant  l’ingénieux  tourne¬ 
main  indiqué  par  de  Martel.  En  fait,  dans  ces  cas  difficiles,  je 
n’utilise  qu’exceptionnellement  la  fermeture  en  bourse. 

Le  procédé  de  l’enrouleme-nt  me  paraît  très  séduisant.  Je  l’ai 
employé  un  grand  nombre  de  fois,  pour  le  gros  intestin,  et  tou¬ 
jours  avec  succès.  Son  exécution,  dans  ce  cas,  présente,  il  est  vrai, 
quelques  particularités  dont  la  description  ne  pe.-ut  trouver  place 
ici.  Ce  procédé  est  malheureusement  inapplicable  au  duodénum» 
eu  raison  de  la  brièveté  habituelle  de  celui-ci. 

Reste  la  fermeture  par  Les  deux  surjets  superposés.  Excellente- 
lorsque  le  surjet  séro -séreux  mérite  intégralement  ce  nom,  elle 
devient  aléatoire  lorsque  le  revêtement  péritonéal  fait  défaut  sur 
une  partie  plus  ou  moins  étendue  de  la  surface  intestinale.  • 

C’est  ici  qu’intervient  le  procédé  de  la  plicature  que-  ji’ai.  signalé 
plus,  haut.  Ferme ttez-moi  d’en  rappeler  brièvement  la  technique. 

Après  avoir-  fermé  l’inlestin  par  un  premier  surjet  fatal  à  la 
Sehmieden  avec  arrêt  à  chaque  point,  je  replie  l’intestin  sur  lui- 
même  de  façon  que  chaque  moitié  de  la  surface,  dépourvue  de 
séreuse,  s’applique  sur  l’autre  moitié.  Attirant  alors  vers  la  sur¬ 
face  séreuse  le  sommet  de  l’angle  constitué  par  cette  plicature, 
j’enfouis,  celle-ci  par  un  surjet  séro-séreux,  exécuté  dans  un  pian 
perpendiculaire  à  celui  du  surjet  total. 

C’est  ce:  procédé  qui  m’a  donné  Les  meilleurs;  résultats  pour 
fermer  le  duodénum.  Depuis  que  je  L’emploie,  ensuivant  la  tech¬ 
nique  que  je  viens  de  décrire,  il  ne  m’a  jamais  donné  le  moindre 
mécompte.  A  ceux  qui-  connaissent  les  aléa-s  que-  comporte  dans 


SÉANCE  DU  9 


701 


toute  gastrectomie  la  fermeture  du  duodénum,  cette  constance 
des  résultats  ne  saurait  paraître  négligeable. 

Bien  que  ces  quelques  remarques  sur  un  petit  point  de  technique 
de  la  chirurgie  intestinale  n’aient  qu’un  intérêt  restreint,  elles 
m’ont  cependant  paru  dignes  de  retenir  quelques,  instants  votre 
attention. 


Epithélioma  de  l'épididyme, 
par  MM.  A.  LAPOINTE-et  A.  CAIN. 

Nous  avons  eu  l’occasion,  tout  à  fait  exceptionnelle,  d’opérer 
une  petite  tumeur  de  la  queue  de  l’épididyme  dont  l’examen 
histologique  révéla  la  nature  épithéliomateuse. 

L’intérêt  de  cette  observation  tenant  avant  tout  dans  l’examen 
des  coupes  de  la  tumeur,  nous  passerons  rapidement  sur  la  partie 
clinique. 

Il  s’agit  d’un  malade  de  soixante-six  ans  souffrant,  depuis 
deux  ans,  du  testicule  gauche.  Les  douleurs  avaient  pour  siège 
une  tuméfaction  de  la  queue  de  l’épididyme,  grosse  comme  un 
noyau  de  cerise,  légèrement  bosselée,  mais  parfaitement  circon¬ 
scrite.  La  consistance  était  celle  d’un  kyste  à  parois  épaisses  et 
très  tendu.  La  partie  sus-jacente  du  corps  de  l’épididyme  était 
légèrement  épaissie.  Rien  au  testicule  ni  dans  la  vaginale.  Très 
légère  hydrocèle  du  côté  droit. 

Cette  lésion  fut  prise  pour  le  reliquat  d’une  épididymite  blennor¬ 
ragique  survenue  à  l’âge  de  vingt-quatre  ans. 

Le  malade  déclarant  que  ses  douleurs  étaient  intolérables, 
l’épididymectomie  fut  pratiquée  le  R  juillet  1922. 

Contre  toute  attente,  l’examen  montra  qu’il  ne  s’agissait  pas 
d’une  lésion  inflammatoire,  mais  bien  d’un  néoplasme,  et  il  parut 
prudent  de  pratiquer  secondairement  la  castration. 

La  tumeur  est  constituée  par  des  amas  cellulaires,  de  forme  et  de 
disposition  irrégulières,  au  milieu  du  tissu  conjonctif. (Qg.  1).. 

Celui-ci  est  à  peine  modifié  ;.  il  est,  par  endroits,,  le  siège  d’une  légère 
infiltration  lympho-plasmatique  ;  les  vaisseaux  sont  peu  abondants  et 
de  structure  normale.  Aucune  trace  d’inflammation  ancienne. 

Les  cellules  néoplasiques,,  franchement  atypiques,  forment  des 
masses  denses,  arrondies  ou  allongées,  à  contours  sinueux  ou  ramifiés, 
rendant  impossible  toute  description.  Leur  protoplasma,  granuleux  et 
à  contour  mal  délimité,  renferme  un  noyau  volumineux  et  très  chro¬ 
matique.  Les  karyokinèses  sont  nombreuses  ainsi  que  les  noyaux 
géants. 

En  certains  points,  les  cellules  s’allongent  et  donnent  l’apparence 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


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SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


704 


d'un  sarcome  fuso-cellulaire,  mais  les  boyaux  ne  sout  pas  vascularisés  ; 
on  ne  voit  aucun  capillaire  embryonnaire,  contrairement  à  ce  qui 
existe  dans  les  sarcomes  (fig.  2). 

En  d’autres  points  (fig.  3),  les  cellules  de  la  périphérie  des  nodules 
en  contact  avec  la  charpente  conjonctive  prennent  une  forme  prisma¬ 
tique  et  se  rangent  en  séries  régulières.  Par  cet  aspect,  comme  aussi 
par  la  structure  «  plasmodiale  »  des  amas  néoplasiques,  dont  les 
noyaux,  très  abondants,  sont  semés  dans  une  masse  protoplasmique  à 
divisions  imprécises,  la  tumeur  offre  de  grandes  analogies  avec  les 
épithéliomas  baso-cellulaires. 

Les  cellules  elles-mêmes  restent  atypiques.  Il  n’existe  pas  d’ébauches 
canaliculaires  et  nulle  part  les  cellules  ne  prennent  le  type  cylindrique, 
encore  moins  celui  des  cellules  hautes  et  étroites  de  l’épithélium  cilié 
de  l’épididyme. 

Le  contraste  entre  les  cellules  néoplasiques  et  celles  de  la  couche 
superficielle  de  l’épithélium  épididymaire  est  surtout  frappant  sur  les 
coupes  qui  intéressent  la  périphérie  du  noyau,  au  voisinage  des  parties 
intactes  de  l’épididyme.  Nous  n’avons  pu  saisir  aucune  forme  de  tran¬ 
sition  entre  les  cellules  cylindriques  de  l’épithélium  normal  et  oelles 
des  amas  néoformés. 

Les  zones  de  nécrose  sont  rares,  bien  que  la  tumeur  soit  peu  vascu¬ 
laire.  Nous  n’ayons  pu  découvrir  qu’un  foyer  nécrotique  et  hémorra¬ 
gique.  Il  débute  par  des  petites  lacunes  qui  dissocient  les  cellules  et 
les  réduisent  à  une  mince  bordure  ;  il  aboutit  à  une  masse  amorphe 
contenant  des  cellules  néoplasiques  isolées  et  plus  ou  moins  dégénérées. 

Les  coupes  de  l  épididyme,  en  amont  de  la  tumeur  (fig.  4),  ont  un 
aspect  aréolaire,  par  suite  de  la  distension  irrégulière  du  canal.  La 
lumière  est  obstruée  par  places  d’un  exsudât  amorphe  et  granuleux. 
Mais  l’épithélium  et  la  charpente  conjonctive  ont  leur  structure  normale. 

Quant  au  testicule,  nous  n’avons  trouvé  aucune  trace  d’envahisse¬ 
ment,  ni  dans  le  parenchyme  ni  dans  l’albuginée. 

Il  s’agit  donc  d’un  néoplasm’e  nettement  localisé  à  la  queue  de  l’épidi¬ 
dyme  et  sa  nature  épithéliale  ne  paraît  pas  douteuse.  En  effet,  l’absence 
de  vaisseaux  embryonnaires,  l’intégrité  de  la  charpente  conjonctive  au 
contact  des  éléments  néoplasiques,  ne  permettent  pas  de  s’arrêter  à 
l’idée  d’un  sarcome. 

Il  semble,  en  outre,  qu’en  raison  de  la  morphologie  des  cellules,  de 
l’aspect  plasmodial  de  certains  amas,  l’origine  aux  dépens  des  cellules 
de  la  couche  cylindrique  ciliée  superficielle  doit  être  rejetée  et  qu’il 
est  permis  d’admettre  qu’il  s’agit  d’un  épithélioma  développé  aux 
dépens  de  la  couche  profonde  où  basale,  formée,  sur  l’épididyme 
normal,  d’une  série  discontinue  de  cellules  coniques  et  irrégulières,  à 
gros  noyaux  souvent  en  mitose. 

Nos  traités  classiques  ne  font  aucune  mention  des  tumeurs  pri¬ 
mitives  de  l’épididyme,  et  il  n’existe  dans  la  littérature  qu’un 
tout  petit  nombre  d’observations,  dont^  la  plupart  sont  d’ailleurs 
classées  sous  une  rubrique  histologique  discutable. 


SÉANCE  DU  9  MAI 


705 


Il  en  est  ainsi  des  deux  cas  de  «  léiomyomes  »  de  l’épididyme 
publiés  jadis  par  Héricourt  (il),  ainsique  de  six  observations  de 
Kocher  et  Langbaus  (2),  de  Krompecher  (3),  de  Kolster  (4),  de 
Grossmann  (5),  étiquetées  sarcome  ou  eadothéliome. 

Elles  datent  toutes  d’une  époque  oh  l'interprétation  histogéné- 
tique  des  tumeurs,  de  celles  du  testicule  en  particulier,  était  fort 
imprécise. 

A  ces  huit  observations  anciennes,  s’ajoutent  trois  cas  plus 
récents,  où  comme  dans  le  nôtre  l’examen  microscopique  a  nette¬ 
ment  identifié  la  nature  épithéliotnateuse  de  la  tumeur. 

Ce  sont  les  cas  de  Wrôbel  (0),  de  Rowlands  etNichoîson  (7),  de 
Sakaguchi  (8),  qui  tous  trois  récidivèrent  et  se  généralisèrent 
après  l’Intervention.  Jusqu’alors  notre  malade  est  en  bon  état, 
mais  l’opération  date  à  peine  d’un  an. 

Voilà  tout  ce  que  nous  avons  trouvé  sur  les  tumeurs  primitives 
de  l’épididyme,  dont  l’ëpithéliome  représente  vraisemblablement 
le  type  habituel. 

M.  Pierre  Bazy.  — .Aux  onze  cas  de  M.  Lapointe,  je  peux  en 
ajouter  un  douzième  que  j’ai  publié  ici  même  (Bull,  et  Mém.  de  la 
Société  de  Chirurgie ,  1892, p.  488  et  1893,  p.  48 fr).  Il  s’agissait  d’un 
cancer  primitif  de  l’épididyme  et  je  dois  dire  que  ces  faits  parais¬ 
saient  assez  connus  pour  que  Jalaguier  ait  pu  me  dire  que  ces 
caneers  de  l’épididyme  étaient  particulièrement  graves,  parce 
qu’ils  récidivent  facilement,  et  ce  pronostic  s'est  malheureusement 
vérifié  pour  mon  malade. 

M.  A.  Lapointe.  —  Je  donne  acte,  très  volontiers,  à  mon  maître 
M.  Pierre  Bazy  des  documents  dont  il  m’indique  la  référence. 
J’avoue,  à  ma  confusion,  que  mes  recherches  dans  nus  Bulletins 
ne  sont  pas  remontées  aussi  loin.  M’empêche  que  la  casuistique 
reste  tout  à  fait  peu  fournie. 

Quant  à  la  gravité  de  ces  épithéliomes,  elle  est  certaine.  Les 
trois  cas  que  j’ai  cités  ont  tous  récidivé  rapidement  comme  ceux 
dont  parle  M.  Bazy,  et  je  ne  pense  pas  que  l’avenir  de  mon  opéré, 
malgré  le  tout  petit  volume  de  sa  tumeur,  soit  absolument  garanti. 

(1)  Héricourt.  Revue  de  médecine,  t.  V,  p.  54,  1895. 

(2)  Kocher  et  Langhaus.  Krankheiten  der  moeniicheo  Geschlechts  organen. 
Deutsch.  Chirurgie,  1887. 

(3)  Krompecher.  Endotheliom  der  Hodens.  Virch.  Archiv,  t.  CLI,  1898. 

(4)  Kolster.  Virch.  Archiv.,  t.  CLV,  1899. 

(5)  Grossmann.  Inaug.  Dissert.,  Münich,-1900. 

(6)  Wrôbel.  Inaug.  Diisert.,  Breslau,  1902. 

(1)  Rowlands  et  Nicholson.  Lancet,  1909, -p.  304. 

(8)  Sakaguchi.  Frankfurter  Zeitschrift  fur  Pathologie,  t.  XV,  1914. 


706 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Fibrome  pur  d'origine  costale  et  à  déoeloppement  intrathoracique. 

Ablation  par  voie  transpleurale 
et  pneumothorax  total.  Guérison, 

par  M.  PIERRE  DU  VAL. 

L’observation  que  j’ai  l’honneur  de  présenter  à  la  Société  me 
paraît  intéressante  par  sa  rareté  et  par  l’opération  qui  a  été  prati¬ 
quée.  La  malade  a  été  examinée  par  le  Professeur  Chauffard,  qui 
me  l’a  adressée  à  fin  d’intervention  chirurgicale. 

Mme  P...  F...,  vingt-huit  ans,  a  commencé  à  tousserdans  l’hiver  1916, 
toux  sèche,  quinteuse,  avec  fièvre  et  altération  notable  de  l’état  général  : 
elle  est  obligée  de  prendre  quatre  mois  de  repos.  Depuis  cette  date, 
chaque  hiver,  elle  tousse  mais  sans  aucune  expectoration,  sans  aucune 
hémoptysie. 

Le  seul  signe  accompagnant  la  toux  est  une  sensation  de  gêne  de 
tiraillement  dans  l’hémithorax  droit;  à  plusieurs  reprises,  il  s’ajoute 
des  douleurs  dans  la  région  claviculaire  avec  irradiations  dans  le  bras 
droit. 

Successivement  le  diagnostic  est  posé  de  tuberculose  pulmonaire  au 
début,  de  pleurésie.  Une  ponction  est  même  pratiquée  sans  résultat. 

La  malade  entre  dans  le  service  du  professeur  Chauffard. 

L’examen  thoracique  fait  constater  que,  dans  le  tiers  supérieur  du 
poumon  droit,  l’intensité  respiratoire,  la  sonorité  et  les  vibrations  sont 
très  fortement  diminuées,  mais  non  complètement  abolies  ;  il  n’y  a 
pas  de  bruits  anormaux. 

L’examen  radiologique  a  été  pratiqué  par  M.  Ronneaux.  Celui-ci  constate 
que  le  tiers  supérieur  de  l’hémithorax  droit  est  occupé  par  une  énorme 
tumeur  opaque  aux  rayons.  Celle-ci  de  face  occupe  toute  la  largeur 
de  l’hémithorax;  en  hauteur,  elle  s’étend  du  sommet  même  du  pou¬ 
mon  à  la  ligne  transversale  passant  par  le  pédicule  bronchique.  De 
profil,  la  tumeur  s’étend  de  la  paroi  postérieure  à  la  paroi  antérieure; 
on  peut  donc  dire  que  la  lumeur  occupe  en  entier  le  tiers  supérieur 
de  l’hémithorax  droit,  il  semble  même  qu’elle  déborde  quelque  peu  la 
ligne  médiane  à  gauche.  L’opacité  de  la  tumeur  est  uniforme;  le  con¬ 
tour  en  est  arrondi,  très  régulier. 

Les  réactions  biologiques  sont  examinées. 

Parvu-Weinberg  :  négative. 

Examen  du  sang.  —  Pourcentage  leucocytaire  : 

Polynucléaires. 

Mononucléaires 

Lymphocytes  . 

Eosinophiles.  . 

Globules  rouges. 

Globules  blancs. 


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14  — 

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12.000 


SÉANCE  DU  9  MAI 


707 


M.  Chauffard  porte  le  diagnostic  de  kyste  hydatique  du  poumon 
droit  et  me  l'adresse  à  fin  d’intervention  dans  mou  service  de-  Vaugirard. 

Je  dois  avouer  q,u’ après  examen  je  n’acceptai  pas  le  diagnostic 
de  kyste  hydatique;  l’éosinophilie  est  une  réaction  générale  qui 
n’a  aucune  valeur  spéciale  en  faveur  de  l’échinaecocose.  L’image 
radiologique  n’était  pas  celle  d’un  kyste:  hydatique,  beaucoup  trop 
foncée,  les  kystes  que  j’ai  vus  étaient  beaucoup  plus  transparenls, 
surtout  le  contour  n’était  pas  régulièrement  arrondi  comme  dans 
l'hydatide  pulmonaire. 

Enfin  les  deux  cas  que  j’avais  précédemment  vus  et  opérés  m’ont . 
incité  à  porter  lé  diagnostic,  non  moins  erroné,  de  tératome  du 
médiastin  postérieur  à  développement  inlra-lhoracique  droit. 

Opération,  le  &  novembre  1:9*212. 

Je  m’étais  assuré  par  l’examen  radioscopique  que  je  pouvais  aborder 
la  tumeur  par  voie  postérieure  inter soapulo-vertébrale. 

Anesthésie,  à  l’êthen. 

Incision  sur  la  4e  côte  parallèle  à  son  axe,,  résection  de-,  cette  côte 
depuis  son  angle  sur  15  centimètres  d'e  long. 

La  plèvre  pariétale- n’adhère  pas  à  la  tumeur  sous-jacente.’ 

Incision  de  la,  y  lèvre.  Pneumothorax  total  progressif.  Une  énorme 
tumeur  rosée  apparaît  et  je  me  rends  vite  compte  qu’elle  n’est  pas 
pulmonaire  :  le  lobe  supérieur  du  poumon  est  aplati  en  avant  et  libre. 
Pose  de  l’écarteur,,  section  de  la  3e  côte  pour  agrandir  l’ouverture 
thoracique  qui  arrive  Savoir  l'a-  centimètres  de  côté  environ. 

Le  poumon  est  refoulé  en  bas  et  eu  avant  par  des  champs  humides 
•et  chauds  tassés  entièrement  dans  lia  cage  thoracique  pour  ne  pas 
diminuer  l’ouverture-  thoracique. 

La  main  fait  le  tour  de  la.  tumeur  et  se.  rqnd  compte  qu’elle  est  libre 
-en  arrière,  en  dehors,  en  avant,  mais  non  en  dedans  et  en  arrière.  La 
tumeur  provient  de  la  région  vei-tébro-Gostale,  elle  s’est  développée 
dans  le  thorax  en  refoulant  le-  poumon  et  en  repoussant  la  plèvre 
médiastino-pariétale- 

J’incise  Le  feuillet  pleural  qui  lac  recouvre.  Je  peux  faire  aussi  une  libé¬ 
ration  sous-pleurale  de  la  tumeur.  Je  me  rends  compte  qq'elle  est  for¬ 
tement  ailachée  aux  cols  des  côtes  3  et  2.  Par  voie  postérieure  je 
rugine  fortement  le  col  de  ces  côtes  etje  puis  d’un  bloc  enlever  celte 
tumeur  considérable. 

Reconstitution  de  la  plèvre  médiastino-pariétale,  fermeture  du 
-horax.  Aspiration  de  l'air  mica-pleural.  Mais  l’examen  ràdio-copique 
mmédiat  me  permet  de  me  rendre  compte  que  je  ne  puis  aspirer  la 
totalité  de  l’air  in  Ira- pie  lirai  et  que,  si  le-  lobes  moyens  et  inférieurs 
reviennent  vile  au  contact  de  la  paroi  thoracique,  le  lobe  supérieur  ne 
se  dilate  qu’à  moitié;  il  reste  donc  un  pneumothorax  partiel 

Durant  l’opération  aucun  trouble  de  la  respiration  ou  die  la  circula¬ 
tion.  Tension-  artérielle  constante  :  1  T/5-7.  A  fa  fin  die-  Fafié  ration,  res¬ 
piration  :  20;  pouls  :  90. 


i.„  19*33- 


1.  —  Radiographi 


(Ronneaux) 


SÉANCE  DU  9  MAI 


709 


Suites  opératoires  :  hémothorax  enkysté  supérieur. 

Ponctions  répétées.  L’épanchement  stéi  ile  donne  au  bout  de  quelques 
jours  une  culture  pure  de  pseudo-diphtériques. 

Le  13  janvier,  il  reste  encore  une  petite  lame  de  liquide  enkysté,  h 
hauteur  du  foyer  opératoire. 

Le  13  mars,  l’hémolhorax  droit  est  normal  à  l’examen  radiologique, 
la  malade  est  en  paifait  état. 

Examen  de  la  pièce  macroscopique.  —  Tumeur  grosse  comme  une  tête 
■de  nouveau-né  : 

A  la  coupe.  —  Fibrome  œdématié. 

Histologie  (Dr  François  Moulier).  — Fibrome  pur  sans  aucune  dégéné¬ 
rescence,  collagène  très  développé. 

Il  s’agit  donc  d’un  fibrome  pur  développé  aux  dépens  du  périoste  de 
la  face  antérieure  des  2°  et  3“  côtes  entre  la  tète  et  l’angle  costaux. 

Cette  observation  m’a  paru  digne  de  vous  être  communiquée  à 
cause  de  sa  rareté  tout  d’abord,  car,  si  le  fibrome  pur  d’origine 
costale  est  rare,  une  tumeur  costale  ayant  pris  un  développement 
thoracique  au  point  d’occuper  en  totalité  le  tiers  supérieur  d’un 
hémithorax  est  exceptionnelle.  C’est  de  plus  une  belle  application 
delà  chirurgie  intra-pleurale  en  pneumothorax  total  sans  appareil 
à  «  pression  différente  ». 

L’ouverture  thoracique  a  été  très  grande,  dépassant  largement 
les  dimensions  données  par  Graham  comme  limite  compatible 
avec  l’existence  chez  un  homme  de  capacité  vitale  moyenne 
(51  cent,  carrés  5), 


Présentations  de  malades. 

Ostéotomie  cunéiforme  pour  ankylosé  du  genou, 
par  M.  CADENAT. 

Je  vous  présente  la  malade  dont  l’observation  est  détaillée  dans 
le  Journal  de  Chirurgie  (1).  Il  s’agissait,  je  vous  le  rappelle,  d’un 
genu  valgum  et  recurvatum  secondaire  à  une  ostéomyélite  du 
tibia.  Je  dus,  pour  éviter  de  trav>  rser  l’ancien  foyer,  faire  porter 
la  résection  sur  le  fémur,  et,  pour  atténuer  la  déformation  en 
baïonnette  qui  est  la  conséquence  inévitable  d’une  résection  à 
distance  de  l’angulation,  je  pratiquai  des  coupes  très  obliques  :  le 
tibia  put  ainsi  glisser  en  bas  et  en  avant  tout  en  conservant  un 
large  contact  avec  le  fémur.  En  appliquant  les  principes  que  je 
vous  ai  exposés  et  en  me  servant  du  goniomètre  que  j’ai  eu  l’hon- 

(1)  Journal  de  Chirurgie,  mars  1923,  t.  XXI,  n°  3,  p.  287. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


71'0 


neur  de  vous  présenter,  j’ai  pu  obtenir  un  résultat  satisfaisant, 
puisque  la  rectitude  est  parfaite  dans  tous  les  sens.  Je  crois  qu’en 
faisant  les  coupes  au  jugé  on  se  serait  exposé  à  de  graves  erreurs. 

Je  le  crois  d’autant  plus  que,  dans  mes  premiers  essais,  ce  ne 
fut  pas  toujours  sans  surprise  que  je  constatai  la  direction  que 
m’indiquait  l’appareil.  Cette  surprise  devenait  même  de  l’inquié-. 
tude  lorsqu’il  s’agissait  de  malades  que  voulurent  bien  me  confier 
plusieurs  de  mes  collègues.  Et  pourtant  c’est  toujours  l’appareil 
qui  eut  raison  :  toujours  les  coupes  fuirent  exactes. 

Je  ferai  cependant  quelques  réserves.  Pour  qu’on  puisse  parler 
de  précision  mathématique,  il  faut  que  l’angle  de  déviation  puisse 
être  mesuré  lui-même  mathématiquement;  il  faut  donc  qu’il  y  ait 
une  ankylosé  osseuse,  rendant  impossible  tout,  mouvement  dans 
l’articulation.  Lorsque  l’ankylose  n’est  pas  absolue.,  il  est  néces¬ 
saire,  lorsqu’on  prend  les  radiographies,  de  mettre  la  jambe  en 
flexion  ou  extension  forcée  et  de  donner  au  membre,  au  moment 
de  l’intervention,  une  position  identique. 

Lorsque  la  flexion  du  genou  n’estpas  d’origine  articulaire,  mais 
est  maintenue  par  une  rétraction  des  fléchisseurs,  comme  je  J’ai 
observé  chez  un  malade  de  M.  Mouchet,  il  ne  s’agit  plus  de  résec¬ 
tion  cunéiforme  proprement  dite.  En  effet.,  l’arLiculation  étant 
libre,  dès  que  le  fémur  a  été  sectionné,,  il  devient  possible  de 
mettre  le  fragment  fémoral  eu  extension  sur  le  tibia.  Il  suffit  donc 
de  faire  deux  coupes  parallèles,  comme  pour  la  résection-type  du 
genou  (1).  Mais  l’écueil  consiste  à  ne  pas  faire  une' résection  suffi¬ 
samment  large  :  la  bride  des  fléchisseurs  forme  une  corde  qui 
empêche  de  mettre  la  jambe  dans  le  prolongement  de  la  cuisse.  Il 
suffit  d’être  averti  de  ce  danger  pour  l’éviter  au  moment  de  la 
coupe  tibiale  que  l’on  taillera  suffisamment  bas.  Il  serait  même 
possible  de  mesurer  sur  un  calque  radiograpbiqne  l’étendue  de  la 
résection  en  considérant  celle-ci  >no:n  plus  comme  une  résection 
cunéiforme  dont  le  sommet  affleure  le  bord  postérieur  de  l’image 
du  squelette.,  mais  eomme  une  résection  osseuse  trapézoïdale,  le 
sommet  du  coin  étant  reporté  dans  le  creux  poplité  au  niveau  de 
la  carde  des  'fléchisseurs,  ou  même  en  arrière  d’elle. 

M.  Ch.  Dujarieu.  —  M.'Gadenat  a  bien  voulu  venir  dans  mon 
service.  J’ai  appliqué  son  appareil  pour  une  résection  orthopé¬ 
dique  du  genou.  Bien  que  l’ankylose  ait  été  incomplète,  l’angle 
mesuré  sur  la  radiographie  était  bon  et  les  sections  ont  éité 
congruentes. 

(1)  Paris  médical,  28  avril  1923,  13“  année,  n»  17,  p.  373. 


SÉANCE  ira  9 


711 


Ostéomyélite  du  fémur  avec  a'bcès 
guérie  sans  intervention  et  sans  vaccination , 

•par  M.  'P.  HALLOPEAU. 

Dans  la  dernière  séance,  je  vous  ai  parié  'd’une  'ostéomyélite  du 
fémur  guérie  par  les  -moyens  les  plus  simples  :  en  voici  1-obser- 
vatwn  et  la  radiographie  à  laquelle  M.  ©reca  attache  justement 
une  si  grande  importance. 

Une  fillette  de  douze  ans  entre  à  Trousseau  le '27  (février  dernier 
pour  -une  douleur  avec  gonflement  4e  la  cuisse  droite  dans  son 
tiers  inférieur.  La  'douleur  s’est  installée  progressivement,  sans 
début  brusque.  La  température  oscille  autour  de  38°.  A.  'l’examen, 
la  cuisse  est  gonflée  depuis  te  genou  jusqu'à  la  paille  moyenne  -et 
ta  face  externe  en  est  .ronge  sur  la  même  hauteur.  La  palpation 'est 
douloureuse  de  ce  côté,  presque  pas  à  la  face  interne.  On  découvre 
un  empâtement  profond  occupant  la  moitié  inférieure  de  la  cuisse, 
envahissant  en  arrière  le  creux  poplité.  'Celui-ci  est  aussi  sensible 
et  l’extension 'complète  4e  la  jambe  est  impossible.  On  ne  'découvre 
encore  aucune  collection. 

lies  phénomènes  généraux  paraissant  peu  -importants  ‘ét 
l’infection  assez  limitée,  on  se  contente  d’un  traitement  lexpecftatrf, 
c’est-à-dire  le  repos  au  lit  avec  grand  pansement  humide. 

■Pendant  tes  jours  suivants,  la  température  descend  rapidement 
à  la  normale,  mats  une  -petite  collection,  du  volume  à  peu  près 
d’une  noix,  apparaît  à  la  face  externe,  dans  la  région  sus-cond-y- 
lienne.  Une  ponction  est -faite  qui  n’évacue  que  quelques  gouttes 
de  pus  dans  lequel  on  trouve  du  Staphylocoque -doré,  à  l’examen 
direct  comme  dans  la  culture  en  bouillon.  Le  même  traitement  eét 
continué  et  progressivement -on  voit  disparaître  et  se  résorber  ce 
qui  restait  du  petit  aibeês,  la  douleur  ét  l'empâtement  diminuer, 
la  ja-mbe  retrouver  tous  ses  mouvements. 

La  radiographie  faite  le  '24  avril  montre  un  épaississement -du 
fémur  allongé,  fusiforme,  sur  tout  le  pourtour  de  l’os,  plus 
marqué  en  dedans. 'C’est  une  périostose  des  plus  nettes.  En  déhors 
cet  épaississement  présente  au  centre  une  irrégularité,  'comme 
une  rupture  de  la  couche  osseuse.  C’est  évidemment  la  trace  du 
point  où  s’est  ouverte  la  collection  suppurëe  sous-périostique. 

Ces  phlegmons  sous-périos tiques  purs  sont  bien  connus  et  aussi 
leur  évolution  bénigne.  ï'ts  présentent  actuellement  un  regain 
d'actualité,  -caT  c'est  sans  doute  à  eux  que  la  vaccination  anti- 
sta-phytococéique  doit  la  plupart  de  ses  succès,  ©a  voit  qu’ils 
peuvent  guérir  quélquefois  sans  incision,  sans  évacuation...  et 
même  sans  vaccination. 


.712 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Pseudarthrose  de  la  jambe  droite.  Greffe  par  glissement. 

Guérispn , 

par  M.  P.  HALLOPEAU. 

La  malade  que  j’ai  l’honneur  de  vous  présenter  a  été  victime,  le 
3  juillet  1922,  d’un  accident  de  chemin  de  fer  qui  détermina  chez 
«lie,  outre  des  contusions  multiples,  une  fracture  des  deux  os  de 
la  jambe  gauche  à  la  partie  moyenne. 

Dès  le  lendemain  soir  était  appliqué  un  appareil  de  Delbet  avec 
lequel  la  malade  commença  à  marcher  au  bout  de  vingt-quatre 
-heures,  tout  en  souffrant  beaucoup.  On  peut  constater,  sur  la 
radiographie  faite  alors,  que  la  réduction  était  bonne  mais  qu’il 
existait  un  fragment  intermédiaire,  cunéiforme.  Au  bout  de  huit 
jours  le  dégonflement  nécessite  un  second  appareil,  avec  lequel  la 
-marche  reste  aussi  pénible. 

Le  17  juillet,  troisième  appareil  de  marche.  La  radiographie 
^permet  de  constater  un  certain  déplacement  dû  certainement  au 
.glissement  du  fragment  intermédiaire  qui  semble  avoir  été  énucléé 
par  la  pression.  Aussi,  le  21,  fait-on  une  tentative  de  réduction 
-  sous  écran,  sans  que  la  malade  soit  endormie,  et  un  nouvel  appa¬ 
reil  est  appliqué. 

Le  29  juillet,  la  malade,  qui  dans  l’intervalle  est  rentrée  chez 
-elle,  est  radiographiée.  On  constate  que  le  déplacement  existe 
encore.  Elle  continue  cependant  à  marcher,  la  marche  étant  un 
.peu  moins  douloureuse. 

Le  5  septembre,  on  enlève  le  plâtre.  Il  n’y  a  pas  de-  consoli¬ 
dation  ;  on  la  laisse  trois  semaines  au  lit,  puis  elle  est  autorisée  à 
marcher,  ce  qui  reste  difficile. 

Elle  vient  me  trouver  le  17  octobre.  Le  retard  de  consolidation 
•est  manifeste;  la  radiographie  le  certifie.  J’autorise  la  marche 
avec  deux  cannes,  sans  appuyer,  tout  en  prescrivant  les  massages 
et  les  douches  d’air  chaud  pour  deux  mois. 

Le  15  décembre,  nouvelle  radio  par  Mahar  qui  ne  montre 
aucun  changement  :  la  ligne  claire  transversale  que  l’on  voyait  en 
octobre  a  persisté  et  prouve  qu’il  existe  une  organisation  de  la 
pseudarthrose.  La  marche  est  restée  douloureuse. 

Les  lésions  telles  que  les  décèlent  l’examen  et  la  radiographie 
-sont  les  suivantes  :  pseudarthrose  de  la  jambe  à  mobilité  limitée; 
-douleur  lorsqu’on  cherche  cette  mobilité  ;  raccourcissement  de 
1  centimètre  ;  déviation  en  dedans  et  en  avant,  c’est-à-dire  en  varum 
et  recurvatum  du  tiers  inférieur  de  la  jambe  ;  chevauchement  des 
fragments  du  péroné;  déplacement  du  fragment  tibial  inférieur 
en  dehors  et  en  arrière  par  rapport  au  fragment  supérieur  ;  tra- 


SÉANCE  DU  9  MAI 


713' 


-vail  de  consolidation  périphérique  ;  espace  clair  entre  les  frag¬ 
ments. 

L’intervention  décidée  est  pratiquée  le  23  décembre  sous  anes¬ 
thésie  générale,  avec  l’aide  du  Dr  Madier. 

Incision  sur-la  face  interne  du  tibia  longue  de  12  centimètres- 
environ.  Isolement  de  l’os  à  la  rugine  décollant  le  périoste.  D’un 
coup  de  ciseau  on  fend  une  couche  osseuse  épaisse  de  1  à  2  mil¬ 
limètres  et  aussitôt  on  tombe  sur  le  foyer  de  pseudarthrose  ; 
les  fragments  se  séparent  complètement;  leur  surface  est  inégale 
mais  lisse  et  paraît  définitivement  organisée.  On  les  avive  au' 
ciseau  et  à  la  pince-gouge.  Puis  sur  la  face  interne  du  fragment 
supérieur  je  taille  une  clavette  osseuse  intéressant  le  canal 
médullaire,  longue  de  5  à  6  centimètres,  large  de  15  millimètres  à 
sa  partie  supérieure,  mais  qui  va  en  bas  en  se  rétrécissant  très 
légèrement,  si  bien  que  dans  son  ensemble  elle  est  un  peu  trapé¬ 
zoïdale.  Sur  le  fragment  inférieur  est  taillée  au  ciseau  une  gout¬ 
tière  de  réception  de  3  centimètres  de  long  et  dont  la  largeur  est 
calculée  pour  recevoir  de  justesse  le  transplant.  De  cette  manière,, 
lorsque  celui-ci  a  été  mis  en  place,  à  cheval  sur  les  deux  frag¬ 
ments,  il  ne  pénètre  que  difficilement  dans  la  gouttière  préparée, 
aussi  bien  dans  le  fragment  supérieur  que  dans  le  fragment  infé¬ 
rieur.  Il  faut  le  faire  pénétrer  de  force,  avec  le  maillet.  Grâce  à  cet 
artifice  aucun  moyen  de  contention  n’est  nécessaire  en  bas.  En 
haut,  pour  assurer  le  maintien,  je  passe  toutefois  un  crin  autour 
du  tibia  et  du  ,transplant.  Suture  du  périoste  et  de  la  peau  au  fil 
de  lin.  Appareil  plâtré. 

La  radio  faite  quelques  jours  plus  tard  montre  que  le  déplace¬ 
ment  a  été  en  grande  partie  réduit  et  surtout  que  le  fragment 
inférieur  a  été  remis  dans  l’axe.  La  malade  est  laissée  au  lit  jus¬ 
qu’au  1er  mars.  Un  second  appareil  de  Delbet  fait  ce  jour-là  permet 
de  commencer  aussitôt  la  marche  avec  une  canne.  La  malade  ne 
souffre  plus.  La  radio  montre  encore  une  zone  claire  mais  qui 
tend  à  s’effacer. 

Le  27  avril,  le  plâtre  est  enlevé.  La  malade  marche  sans  douleur. 
Une  dernière  radio  ne  laisse  plus  voir  de  zone  claire.  Le  trans¬ 
plant  est  complètement  soudé.  On  peut  considérer  la  pseudarthrose 
comme  guérie. 

Je  ne  veux  pas  insister  sur  le  bon  résultat  obtenu  chez  cette 
malade  par  une  méthode  bien  connue.  Mais  je  veux  souligner  le 
petit  artifice  de  taille  qui  permet  de  fixer  le  transplant  osseux  et 
d’immobiliser  les  fragments  sans  introduire  de  corps  étranger 
dans  la  fracture.  Au  lieu  de  détacher  du  tibia  un  segment  de 
cylindre  à  bords  parallèles,  ce  segment  va  en  se  rétrécissant  très 
légèrement  vers  sa  partie  inférieure  ;  sa  surface  est  donc  un  peu 


714 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


trapézoïdale.  Dans'  le'  fragment  inférieur  qui  va  le  recevoir  on 
creuse  une  gouttière  qui  va  aussi  en  rétrécissant  un  peu  vers  le 
bas.  On,  conçoit  que  1er  transplant  osseux  ne  pénétrera  qu’avec 
peine  ;  et  effectivement  il  faut  frapper  solidement  avec  le  maillet  ; 
mais  ainsi  il  va.  se  coincer..  Il  se  coincera  de  la  même  manière 
dans  le  fragment  supérieur  puisque  la  gouttière  déterminée  par  la 
taille:  est  plus  étroite  en  bas,  qu’en  haut.  Il  va  sans  dire:  que  ce  ne 
sont,  là  que  des.  nuances  qu’il  faut  un  rétrécissement  presque 
insensible  à  la  partie  inférieure.  Mais  avec  quelqiues  précautions 
on,  y  arrive,  et  même.' sans  scie-  électriqjuei  puisque  la  malade  ici 
présente,  a  été  opérée  avec  un  maillet  et  un  ciseau.  De  cette 
manière  les  deux  fragments-  sont  en  quelque:  sorte  clavetés  et 
restent  immobilisés.-  sans  qu’il,  soit  utile  de  laisser  de  corps 
étranger.  Il  serait  cependant,  imprudent,  de  ne  pas  appliquer 
ensuite  un,  appareil  plâtré. 


Présentation  de  radiographie. 

Fracture  bimalîé'olairc  avec  issue  de  P  extrémité  inférieure  dit  tibia 
à  travers  les ■  téguments.  Tissage  de  l'a  mdttéole  interne , 

pan  Mx.  GUIlMBEÉLOT. 

M.  Alglave,  rapporteur. 


lie  Secrétaire  annuel, 
M'.  Ombreda.nne. 


SÉANCE  DU  16  MAI  1923 

_  4M 

Présidence  de  M.  Mauclaire 


Procès-verbal. 

La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  mise 
aux  voix  et  adoptée. 


Correspondance. 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  périodiques  de  la  semaine. 
2°.  —  Une  lettre  de  M.  Axglave,  demandant  un  congé  pendant 
la  durée  du  concours  d'agrégation. 

3°.  —  Uae  lettre  de  M\I.  Micron  et  Sauvé,  s’excusant  de  ne 
pouvoir  assister  à  la  séance. 


A  propos  de  la  correspondance. 

Un  travail  de  M.  Duvergey,  intitulé  :  2  236  rachianesthésies. 

M.  Riche,  rapporteur. 

M.  le  Président  annonce  que  MM.  Sencert,  Leriche  et  Chauvel, 
membres  correspondants,  assistent  à  la  séance. 


A  propos  du  procès-verbal. 

A  propos  du  tournevis  porte-vis  à  échappement  automatique. 

M.  Â.UVRAY.  —  Depuis  le  rapport  que  j’ai  fait  il  y  a  quinze  jours 
sur  l'instrument  présenté  sous  ce  titre  par  M.  Masmonteil, 
j’ai  reçu  une  réclamation  de  M.  Hertz,  chirurgien^  de  l’hôpital 
Rothschild,  concernant  la  priorité  de  l’instrument. 

BULL.  ET  MÉ V.  DE  LA  SOC.  DS  CHIR.,  1923.  —  N»  17.  53 


716 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


M.  Heïlz  m’a  exposé  que  l’instrument  que  je  vous  présente, 
qui  réalise  le  tournevis,  la  pince  porte-vis  et  l'échappement  auto¬ 
matique,  ayait  été  commandé  par  lui  sur  la  demande  de  M.  Tuffier 
à  la  maison  Collin  en  1914;  il  ajoute  modestement  que  la 
maison^ojdina^simplement  réalisé  un  instrument  qu’on  rencontre 
dans  teCommerce  et  sur  lequel  l’échappement  automatique  existe. 

Cepewdant  M.  Hertz  a  fait  adapter  à  l’instrument  une  poussette 
qui  perdit jie  refouler  plus  commodément  qu’avec  l’instrument 
du  commeçce,les  deux  branches  du  porte-vis  pour  saisir  la  vis. 
L’adaptation  àla  chirurgie  de  l’instrument  du  commerce  a  donc 
été  réalisée  dès  1914  par  M.  Hertz. 


Rapports. 

Le  cloisonnement  du  vagin 
comme  traitement  des  prolapsus  génitaux. 

Huit  observations , 

par  MM.  V.  Combier  et  J.  Murard  (du  Creusot). 

Rapport  de  M.  CHIFOLIAU. 

Le  mémoire  de  MM.  Combier  et  Murard  est  basé  sur  l’étude  de 
huit  observations  de  malades  qu’ils  ont  opérées  entre  1912  et 
1922.  Leurs  observations  sont  résumées  en  un  tableau  synoptique. 

Quelques  points  sont  à  souligner  dans  leur  technique  opératoire, 
d’ailleurs  classique.  Ils  insistent  sur  l’étendue  à  donner  aux 
deux  surfaces  à  aviver,  en  hauteur  et  en  largeur.  En  hauteur  cette 
étendue  doit  occuper  presque  toute  la  hauteur  des  parois  vagi¬ 
nales,  à  partir  d’une  ligne  commençant  juste  au-dessous  4e  l’ori¬ 
fice  externe  du  col.  Pour  bien  repérer  cette  ligne,  ils  commencent 
par  saisir  le  col  avec  une  pince  de  Museux,  et  le  refoulent  aussi 
haut  que  possihle.  Le  maintenant  refoulé  d’une  main,  de  l'autre 
main  ils  repèrent  avec  des  pinces  sur  chaque  face  du  vagin  les 
deux  pbints  correspondants  aux  deux  extrémités  de  la  ligne  d’in¬ 
cision  transversale  supérieure.  Ces  points  doivent  s’adapter  très 
symétriquement  sur  chaque  paroi.  On  procède  ensuite  delà  même 
façon  pour  la  limite  inférieure  de  la  zone  d’avivement. 

En  largeur,  cette  zone  doit  occuper  presque  toute  la  paroi  vagi¬ 
nale,  ne  laissant  de  chaque  côté  qu’une  petite  bande  de  muqueuse. 

Il  ne  suffit  pas  de  suturer  l’une  à  l’autre,  par  leurs  bords,  les 
deux  surfaces  avivées,  mais  il  faut  réaliser  un  affrontement  exact 


SÉANCE  DU  fl.6  M4I 


717 


et  total,  sans  espace  mort.  C’est  pourquoi  il  faut  placer  des  points 
non  seulement  sur  les  bords,  mais  sur  les  faces,  par  échelons 
successifs. 

Coipbier  et  Murafd  pe  font  pas  la  suture  des  releveurs,  à  la  fin 
de  l’opération,  comme  fa  proposé  Cotte. 

IJs  considèrent  compte  un  point  essentiel  de  pouvoir  exécuter 
l’opération  sous  anesthésie  locale.  On  peut  obtenir  une  insensi¬ 
bilité  suffisante  avec  des  doses  d’anesthésique  infimes.  _____ 

Pour  Copabier  et  Murard,  les  indications  opératoires  sont  très 
simples.  Il  doit  s’agir  de  femmes  ayapt  dépassé  l’âge  de  la  méno¬ 
pause  et  chez  qui  toute  fonction  vaginale  peut  être  abolie  sans 
inconvénient. Leurs  huit  opérées  avaient:  deux,  soixante-cinq  ans; 
une,  soixante-huit  ans;  une,  soixante-treize  ans;  une,  soixante- 
quinze  ans;  une,  soixante-seize  aps;  une  était  très  âgée;  une  avait 
seulement  quarante-segfans.  Il  s’agissait,  disent  les  auteurs,  d’une 
veuv£^_ 

L’indication  tirée  de  l’âge  est  évidemment  très  importante.  La 
fermeture  du  vagin  n’est  autorisée  que  chez  les  femmes  âgées. 
Encore  faut-il  que  celles-ci  soient  bien  averties  des  conséquences 
de  l’opération.  Sinon  le  chirurgien  s’exposerait  à  des  récrimina¬ 
tions  et  même  à  des  poursuites  de  la  part  des  malades.  C’est 
parce  que  les  opérations  de  colpectomie,  de  colpo-hystérectomie 
privept  les  patientes  de  leur  sexe,  qu’elles  sont  si  mal  acceptées  par 
les  malades,  malgré  leur  efficacité,  et,  en  somme,  rarement  prati¬ 
quées  par  les  chirurgiens. 

Les  malades  âgées  sont  aussi,  en  général,  rebelles  à  la  chirurgie. 
Nous  les  voyons  seulepient  dans  les  consultations  pour  l’assistance 
aux  vieillards  et,  quand  elles  se  soumettent  à  notre  examen,  c’est 
pour  obtenir  un  secours  en  argent. 

Personnellement  je  n’ai  jamais  eu  l’occasion  de  traiter  un  pro¬ 
lapsus  génital  chez  fine  femme  de  soixante-seize  ans. 

Le  point  le  plus  important  du  travail  de  MM.  Mprard  et  Combie.r, 
c’est  qu’ils  ont  pu  retrouver  d’anciennes  opérées  et  étudier  le 
résultat  anatomique  obtenu. 

En  se  reportant  â  leur  tableau,  on  note  que,  sur  quatre  malades 
opérées  en  1912,  une  malade  est  morte  au  bout  de  cinq  ans,  ayec 
un  bon  résultat;  une  malade  n’a  pas  été  revue.  Les  quatre  autres 
malades  ont  été  opérées  :  trois  en  1921  eit  une  en  1922. 

Au  total,  deux  malades  opérées  depuis  plus  de  dix  ans  ont  un 
bon  résultat. 

Voici  les  constatations  de  MM.  Murard  et  Combler  : 

Dans  la  position  couchée ,  la  vulve  est  oblitérée  par  un  rideau  de 
muqueuse  qui  reste  en  grande  partie  .caché  entre  les  grandes 


718 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


lèvres.  En  écartant  celles-ci,  on  aperçoit  de  chaque  côté  l’orifice 
du  couloir  latéral,  au  fond  d’un  petit  entonnoir.  Cet  orifice  admet 
seulement  une  pince  de  Kocher  fermée. 

La  colonne  de  soutien  vaginale  est  souple,  peu  fibreuse,  ainsi 
qu’on  peut  s’en  rendre  compte  à  l’aide  de  deux  doigts  placés  l’un 
à  la  vulve,  l’autre  dans  le  rectum.  Bien  que  l’accolement  ne  soit 
pas  rigide  et  subisse  une  impulsion  à  la  toux,  il  joue  néanmoins 
un  rôle  de  soutien  très  suffisant.  Il  n’y  a  pas  de  hernie  vulvaire 
dans  la  position  couchée.  Lors  des  secousses  de  toux,  l’impulsion 
fait  déplisser  légèrement  la  paroi  antérieure,  la  paroi  postérieure 
est  mieux  maintenue. 

L’utérus  est  perçu  à  sa  place  normale. 

Dans  la  position  debout ,  la  muqueuse  vaginale  fait  une  légère 
saillie  entre  les  grandes  lèvres.  La  toux  ne  détermine  qu’un  peu 
de  chute  de  la  paroi  antérieure. 

La  miction  s’exécute  normalement.  Il  n’y  a  pas  de  résidu  vésical 
après  la  miction. 

En  somme,  le  résultat  anatomique  et  fonctionnel  est  très  satis¬ 
faisant. 

Les  observations  de  Combier  et  Murard  rappellent  l’attention 
des  chirurgiens  sur  l’opération  de  Lefort.  Cotte  et  Creyssel  dans 
leur  article  du  Journal  de  Chirurgie,  août  1922,  h  la  fin  de  l'histo¬ 
rique  de  l’opération  de  Lefort  écrivent  :  «  II  est  certain  que  la 
majorité  des  auteurs  français  et  étrangers  ignorent,  au  moins  en 
pratique,  l’opération  de  Lefort.  Bien  peu  l’emploient.  Certains  la 
condamnent  sévèrement.  » 

Ils  ont  opéré,  à  Lyon,  dans  le  service  du  professeur  Auguste  Pol- 
losson,  douze  malades  âgées,  par  une  technique  qui  se  rapproche 
beaucoup  de  celle  de  Combier  et  Murard  et  se  déclarent  très  satis¬ 
faits  du  résultat. 

En  totalisant  les  deux  statistiques  de  Cotte  et  Creyssel,  de 
Combier  et  Murard,  on  trouve  vingt  observations  de  cloisonnement 
vaginal.  Ces  vingt  observations,  pour  la  plupart  réeentes,  sont- 
elles  suffisantes  pour  apprécier  à  nouveau  une  méthode  con¬ 
damnée  par  M.Richelot  et  M.  Routier?  J’aimerais  mieux  vingt  bons 
résultats  permanents  au  bout  de  dix  ans. 

MM.  Murard  et  Combier  en  apportent  deux  sur  huit  observations. 

Je  n’ai  jamais  pratiqué  l’opération  de  Lefort,  pas  plus  que  la 
colpectomie  de  Muller, remise  en  honneur  par  mon  ami  Savariaud. 

Aux  membres  de  la  Société  qui  ont  une  longue  et  ancienne  pra¬ 
tique  de  l’opération  de  Lefort  de  nous  dire  ce  qu’ils  en  pensent. 

D’après'  la  pratique  de  Cotte  et  Creyssel,  de  Combier  et  de 
Murard,  il  résulte  qu’on  a  eu  tort  d'abandonner  l’opération  de 
Neugebauer-Lefort.  A  condition  d’élargir  les  surfaces  avivées, 


SÉANCE  DU  16  MAI 


719 


elle  peut  donner,  à  peu  de  frais,  la  cure  permanente  du  prolapsus 
génital.  Elle  présente  sur  la  colpectomie  de  Muller  l’avantage 
d’assurer  la  vidange  des  sécrétions  du  col. 

Elle  peut  être  pratiquée  sous  anesthésie  locale.  Elle  est  beaucoup 
moins  grave  que  la  colpo-hystérectcmié  qui  récessite  l’anesthésie 
générale  et  a  donné  10  p.  100  de  mortalité. 

L’opération  de  Lefort,  élargie,  se  recommande  donc  par  sa 
bénignité  et  son  efficacité  chez  les  veilles  femmes,  et  je  me  pro¬ 
pose  à  l’occasion  de  suivre  l’exemple  et  la  technique  de  MM.  Murard 
et  Combier. 

En  terminant,  je  vous  propose  de  remercier  MM.  Ccmbier  et 
Murard  de  rous  avoir  adressé  leur  travail  et  les  résultats  de  leur 
pratique. 


Récidive  de  calculs  biliaires  après  cholécystostomie 
faite  dix-huit  ans  auparavant , 

par  M.  le  Dr  Sourdat. 

Rapport  de  M.  A.  GOSSET. 

Notre  collègue,  le  Dr  Sourdat,  chirurgien  à  Amiens,  m’a  envoyé 
l’observation  suivante,  pour  confirmer  la  thèse  que  j’ai  récem¬ 
ment  plaidée  ici,  avec  observation  à  l’appui,  de  la  récidive  de 
calculs  biliaires  après  cholécystostomie. 

Voici  l’observation  très  courte,  mais  très  instructive,  du 
Dr  Sourdat : 

Mlle  L...,  quarante  et  un  ans,  m’tst  présentée  pour  crises  de  cholé¬ 
cystite  vraisemblablement  calculeuse. 

Le  père,  qui  est  médecin,  a  souffert  de  «  coliques  hépatiques  ». 

La  ma'ade  a  commencé  à  souffrir  en  janvier  1902;  elle  a  été  opérée 
vers  celte  époque  par  Terrier;  des  calculs  auraient  été  retirés  de  la 
vésicule. 

En  1918,  crises  douloureuses  qualifiées  d’appendiculaires.  Consti¬ 
pation  chronique  invétérée.  En  mars  1921,  les  crises  douloureuses 
prennent  plus  nettement  le  caractère  cholécystique  [:  irradiations  à 
l’épaule  droite,  à  la  région  dorsale;  les  crises  deviennent  de  plus  en 
plus  fréquentes;  jamais  d’ictère,  mais  présence  de  pigments  daDs 
l’urine  et  dans  le  sang. 

Quand  je  vois  la  malade,  je  localise  nettement  la  douleur  à  la  région 
sous-hépatique;  il  n’y  a  pas  de  fièvre,  pas  d’ictère;  la  région  iléo- 
cæcale  est  sensible,  ainsi  que  le  côlon  iliaque  gauche  sans  point  net 
prédominant.  Une  certaine  sensibilité  dans  la  région  du  bassinet  droit 


720 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


conduit  à  pratiquer  titt  câthëtérlsthe  urétéral  et  urtepyélogr&phiej  ët  Un 
constate  que  le  rein  est  un  pèü  abaissé,  le  bassinet  contiènt  B  Cent, 
cubes  et  l’uretère  décrit  une  courbe  à  grand  rayon  pour  accéder  au 
bassinet. 

Je  confirme  néanmoins  le  diagnostic  de  cholécystite  calculeuse  avec 
peut-être  appendicite  chronique.  La  radiographie  de  la  vésicule  reste 
négative. 

Le  11  novembre  1921,  sous  anesthésie  à  l’éther,  avec  ^assistance  du 
Dr  de  Butler,  ihcisidn  transversale  droite;  décollement  de  quelques 
àdhéi'êncfes  dé  1’ahciëtliiè  cicatrice  (vérticale  àü  milieu  dti  grand  droit), 
péritoine  pariétal  et  au  côlon;  puis  libération  d’adhérences  qui  unissent 
le  transverse  au  fond  de  la  vésicule.  Celle-ci  déborde  le  foie  de  2  centi¬ 
mètres  environ  j  elle  est  petite  et  bourrée  de  calculs.  Elle  est  libérée  du 
fond  vers  le  col  par  dissection  et  décollement  à  la  compresse  et  résé¬ 
quée  après  ligature  du  canal  cystique. 

Un  débridemènt  vertical  est  branché  sur  l’incision  pour  explorer  le 
caecum  et  l’appendice;  le  cæcum  est  bleu,  libre  d’adhérences,  ainsi 
que  la  dernière  anse  iléale;  l’appendice  est  libre  et  long,  tortillé  autour 
de  son  ittêèo;  il  éSt  rëséqiié  fet  enfoui. 

On  constate  la  présence  d'adhérences  assez  lâches  entre  la  petite 
courbure,  le  pylore  et  le  duodénum,  d’une  part,  la  face  inférieure  du 
foie  et  la  région  cystiqiiê,  d’âütrè  part,  mais  il  n’y  a  ni  cicatrice  ni 
épaississement  sur  le  pylore  ni  le  duodénum. 

Un  drain  et  une  mèche  dans  la  loge  cystique  au  contact  du  moignon 
et  suture  de  la  paroi  au  catgut  et  au  fil  de  lin. 

Suites  opératoires  simples. 

Je  ne  puis  que  remercier  en  votre  hom  le  Dr  Sourdat  d’avoir 
bien  voulu  nous  envoyer  son  intéressante  observation  et  vous 
demander  de  la  publier  dans  nos  Bulletins. 


Trois  observations  de  plaies  thoracà-abdoiniŸialës, 
par  MM.  les  médécinS-ttlâjors  de  l,è  classe 
F.  Comte  et  M.  Perron. 

Rapport  de  M.  H.  ROUVILLQIS. 

MM.  F.  Comte  et  M.  Ferron  médecins-majors  de  lre  classe  de 
l’armée,  nous  ont  envoyé  trois  observations  de  plaies  thoraco- 
abdominaleSi  opérées  par  eux;  et  sur  lesquelles  vous  m’avez 
chargé  de  faire  un  rapport. 

Voici  d’abord  leurs  Observations  : 


Obs.  I  (Ferron).  —  K...,  vingt  ét  un  ans,  légionnaire',  est  transporté 
&  l'hôpltâl  Louis;  à  Mekttès,  dans  la  nuit  dü  3  au  4  juillet  1920; 


SÉANCE  DU  16  MAI 


721 


vingt  minutes  après  qu’il  s’est  tiré,  à  bout  portant,  à  la  base  du  thorax 
à  gauche,  un  coup  de  fusil  modèle  1886. 

Plaie  d’entrée,  en  avant,  dans  le  6«  espace  intercostal  gauche,  par 
laquelle  fait  issue  une  frange  épiploïque.  Orifice  de  sortie  lombaire,  à 
la  hauteur  de  la  12'  vertèbre  dorsale,  avec  hémorragie  assez  abondante. 
Le  projectile  dans  son  trajet  a  évidemment  intéressé  la  base  du  thorax 
et  l’étage  supérieur  de  l'abdomen.  Au  cours  de  l’examen  du  blessé 
quelques  débris  alimentaires  sortent  par  la  plaie  antérieure  et  la 
hernie  épiploïque  tend  à  rentrer  dans  la  cavité  thoracique  ;  une  pince 
rapidement  posée  en  empêche  la  réduction  totale.  Pas  de  contracture 
des  parois  abdominales  ;  pas  de  matité  des  flancs  ;  zone  douloureuse  à 
la  pression  du  rebord  costal  gauche  ;  ni  hémoptysie,  ni  vomissements 
de  sang.  Pouls  à  MO,  encore  bien  frappé. 

Intervention  immédiate,  malgré  la  gravité  de  la  blessure  qui  ne  laisse 
que  peu  d'espoir  dans  le  succès  de  l’entreprise. 

Sous  anesthésie  légère  et  prudente  au  chloroforme,  ligature  et 
résection  de  la  frange  épiploïque  herniée,  puis,  thoraco-phréno-laparo- 
tomie  gauche.  Incision  verticale  suivant  le  bord  externe  du  grand  droit, 
du  niveau  de  l’ombilic  au  6e  espace  intercostal  ;  l’ouverture  de  la 
cavité  péritonéale  montre  une  hémorragie  abondante  qui  provient  de 
la  loge  splénique.  L’incision  est  alors  prolongée  en  haut  suivant  le 
6°  espace  intercostal  jusqu’au  delà  de  la  ligne  axillaire  antérieure. 
Section  des  7e  et  8e  cartilages  costaux  et  désinsertion  du  diaphragme 
des  arcs  costaux,  ce  qui  permet  de  voir  une  plaie  du  diaphragme 
donnant  passage  dans  le  thorax  à  l’angle  colique  et  à  l’estomac  dont 
le  contenu  se  déverse  dans  la  plèvre. 

La  rate  est  complètement  éclatée  :  splénectomie  rapide. 

Exploration  du  rein  dont  la  loge  est  vidée  d’un  abondant  hématome. 
À  ce  moment  la  respiration  s’arrête  et  le  blessé  meurt  peu  après. 

L’autopsie  a  permis  de  préciser  les  autres  lésions  produites  par  le 
projectile  et  seulement  aperçues  au  cours  de  l’intervention.  Par  la 
plaie  diaphragmatique,  longue  de  9  centimètres,  ont  pénétré  dans  la 
plèvre  gauche,  l’angle  colique  gauche,  l’estomac  éclaté  et  vidé  dans  la 
plèvre,  le  grand  épiploon  presque  entier. 

Le  rein  dans  son  quart  supérieur  est  réduit  en  bouillie  et  plonge 
dans  un  volumineux  hématome. 

Au  delà,  la  balle  a  broyé  le  psoas,  la  12e  côte  et  les  muscles  des 
gouttières  vertébrales. 

Obs.  II  (Comte),  t —  H...,  canonnier  entre  à  l’hôpital  militaire  de 
Constantine  le  18  octobre  1920,  au  petit  jour.  Il  a  été  ramassé  par  la 
police  sur  une  place  de  la  ville,  baignant  dans  son  sang,  un  long  et 
large  couteau  arabe  planté  dans  le  6e  espace  intercostal  gauche. 

Abondante  hémorragie  par  la  plaie  thoracique  ;  dyspnée  intense, 
pouls  entre  130  et  140;  ventre  très  ballonné,  extrêmement  douloureux, 
en  défense  ;  tympanisme  généralisé. 

Intervention  immédiate  (avec  l’aide  du  médecin-major  de  lro  classe 
Notin). 


722 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


■  Laparotomie  sus-ombilicale  et  examen  méthodique  des  viscères  de 
l’étage  supérieur.  Rien  d’anormal,  sauf  une  ceitaine  quantité  de  sang 
dans  le  péritoine.  Estomac  plein,  tiès  ballonné,  presque  en  dilatation 
aiguë. 

L’incision  est  alors  infléchie  dans  le  6e  espace,  siège  de  la  blessure, 
sur  une  étendue  de  12  centimètres  environ;  section  du  rebord  cartila¬ 
gineux  et  du  diaphragme.  On  constate  une  plaie  du  diaphragme  de 
3  centimètres  environ,  sans  hernie  viscérale,  à  bords  nets,  produite 
par  le  couteau.  Évacuation  d’un  hémothorax  de  moyenne  importance 
Suture  diaphragmatique  et  cartilagineuse.  Fermeture  sans  drainage 

Suites  d’abord  normales,  puis  oscillations  entre  38°-39°. 

Le  13  novembre  1920  :  incision  suivant  la  cicatrice  opératoire  thora 
cique  ;  les  6e  et  7e  côtes,  trouvées  légèrement  lésées  à  l’intervention, 
unies  par  un  pont  osseux  néo-formé,  sont  réséquées  pour  donner  issue 
à  une  notable  quantité  de  pus.  Drainage.  Suites  normales. 

Sortie  par  guérison  le  2  février  1921. 

Obs.  III  (Comte  et  Ferron).  ' —  F...  (Denise),  vingt-deux  ans,  reçoit 
en  sortant  de  table,  le  8  mars  1921,  à  midi  30,  dans  la  poitrine  un  coup 
de  revolver  tiré  à  courte  distance.  Deux  heures  après  elle  entre  à 
l’hôpital  Louis,  à  Meknès. 

Orifice  d’entrée,  à  la  base  de  l’hémithorax  gauche,  à  l’union  delà 
ligne  axillaire  postérieure  et  de  la  tO6  côte.  Pas  d’orifice  de  soitie, 
mais  au-dessous  du  sein  droit  existe  une  zone  ecchymotique,  qui 
semble  être  le  point  où  s’est  arrêté  le  projectile;  pas  de  vomisse¬ 
ments  ;  pas  d’hémoptysies;  pas  de  signe  d’épanchement  pleural  ou  de 
lésion  pulmonaire.  La  malade  est  très  déprimée,  dyspnéique,  mais  a 
un  pouls  bien  frappé,  quoique  assez  rapide  (100-104);  elle  se  pla:nt 
d’une  douleur  violente  dans  la  région  inférieure  de  l’abdomen  avec 
maximum  dans  la  zone  médiane,  sans  matité  à  la  percussion,  mais 
avec  défense  à  la  palpation. 

Intervention  immédiate.  Anesthésie  chloroformique.  Extraction  du 
projectile,  balle  de  revolver  modèle  1892,  dans  les  insertions  supérieures 
du  grand  droit  de  l’abdomen,  contre  le  bord  inférieur  du  carlilagt  de 
la  6e  côte.  Résection  des  tissus  contus,  suture  primitive  sans  drai¬ 
nage. 

Débridement  de  l’orifice  d’entrée  le  long  de  l’espace  intercostal 
toilette  du  trajet,  puis  résection  de  la  10e  côte,  dont  le  bord  supérieur 
est  fracturé.  La  plèvre  est  déchirée  au  niveau  du  bord  inférieur  de  la 
9*  côte  qui  est  réséquée  afin  d’avoir  une  large  vue  sur  le  diaphragme. 
Celui-ci  présente  une  plaie  longue  de  1  centimètre  environ,  ne  do  nnant 
issue  à  aucun  liquide  provenant  de  l’abdcmen.  Suture  de  la  plaie 
diaphragmatique.  La  plèvre,  ne  contenant  pas  de  sang  ou  trace  d’e'pan- 
chement  quelconque,  est  refermée  sans  drainage. 

L’opération  terminée,  au  moment  où  finit. le  pansement,  vomisse¬ 
ment  copieux,  alimentaire,  sans  trace  de  sang. 

La  malade  se  plaint  pendant  trois  jours  de  la  douleur  abdominale 
inférieure  signalée  dès  le  début.  Elle  se  rétablit  assez  rapidement, 


SÉANCE  DU  16  MAI 


7:23 


malgré  la  production  au  5e  jour  d’un  léger  épanche  ment  pleurai  résorbé 
au  bout  d’une  semaine. 

Elle  sort  le  30  mars  en  bon  état  de  santé. 

Telles  sont  les  observations  de  MM.  Comte  et  Ferron. 

Je  n’ai  pas  l’intention  d’étudier  à  leur  propos  la  meilleure  voie 
d’accès  pour  le  traitement  des  plaies  thoraco-abdominales.  Cette 
question  a  fait  l’objet,  depuis  la  guerre,  de  nombreuses  commu¬ 
nications  qui  sont  encore  trop  présentes  à  votre  esprit  pour  que 
je  les  rappelle  ici.  Je  serai  d’autant  plus  bref  à  ce  sujet  que  ces 
indicalions  découlent  tout  naturellement  de  la  lecture  des  trois 
observations  précédentes,  puisque,  dans  chacune  d’elles,  une 
technique  différente  a  été  adoptée.  Dans  la  première,  en  effet,  la 
lésion  a  été  abordée  par  la  thoraco-phréno-laparotomie  d'emblée  ; 
dans  la  deuxième,  parla  laparotomie  simple  d’abord,  complétée 
ensuite,  après  examen  des  lésions,  par  la  phrèno-thoracotomie; 
dans  la  troisième,  par  la  thoracotomie  simple. 

Dans  l’observation  I,  la  symptomatologie  donnant  des  signes 
de  certitude  de  la  coexistence  des  lésions  thoraciques  et  abdomi¬ 
nales,  l’opérateur  a  cru  devoir  faire  d'emblée  la  thoraco-phréno- 
laparotomie  en  allant  de  l’abdomen  au  diaphragme  et  au  thorax. 
Sa  conduite  a  été  logique  :  si  le  succès  n’a  pas  couronné  ses  efforts, 
c’est  qu’il  s’agissait  vraiment  d’un  cas  désespéré,  comme  l’inter¬ 
vention  et  l’autopsie  l’ont  démontré. 

Dans  l’observation  II,  les  signes  abdominaux  dominentla  scène  : 
l’opérateur,  à  juste  titre,  a  utilisé  la  voie  abdominale  en  faisant 
une  laparotomie  sus-ombilicale  simple.  Ce  n’est  qu’après  avoir 
constaté  l’intégrité  des  organes  abdominaux  qu’il  a  complété  son 
intervention  par  une  phréno-thoracotomie  qui  lui  a  permis  de 
constater  la  lésion  du  diaphragme  et  de  la  suturer  après  avoir 
évacué  un  hémothorax  notable. 

Dans  l’observation  III,  le  trajet  du  projectile  rendait  évidente 
la  traversée  thoracique,  mais  les  douleurs  abdominales  accusées 
par  la  malade  rendaient  la  lésion  d’un  viscère  abdominal  pos¬ 
sible.  MM.  Comte  et  Ferron  ont  choisi  la  voie  transpleurale  en 
réséquant  deux  côtes  dont  l’une  avait  été  fracturée  par  le  projec¬ 
tile.  Remarquons  en  passant  que  la  résection  de  celte  dernière 
aurait  largement  suffi,  de  l’avis  même  des  auteurs,  pour  donner 
tout  le  jour  nécessaire  avec  un  écarteur  de  Tuffier.  A  la  faveur  de 
cette  voie,  les  opérateurs  ont  pu  suturer  facilementle  diaphragme, 
mais  je  crote  devoir  faire  remarquer  qu’il  eût  été  prudent,  avant 
de  faire  cette  suture,  d’agrandir  l’orifice  diaphragmatique  et  d’ex¬ 
plorer  au  travers  de  ce  dernier  les  organes  abdominaux  qui  pou¬ 
vaient  être  lésés,  et  notamment  l’estomac  et  le  foie. 


724 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Il  est  possible  que  la  constatation  d’une  lésion  superficielle  du 
foie  leur  aurait  donné  l’explication  des  douleurs  abdominales 
basses  présentées  par  la  malade  et  qui  étaient  dues  vraisembla¬ 
blement  à  la  présence  d’un  peu  de  sang  collecté  dans  l’étage 
inférieur  de  l’abdomen. 

Quoi  qu’il  en  soit, les  auteurs  ont  fait  preuve  de  décision  opéra¬ 
toire  et  d’éeléctisme  raisonné  dans  le  choix  de  la  voie  d’accès. 
Ils  ont  adopté,  dans  les  trois  cas,  une  sage  formule  à  laquelle  je 
ne  puis  que  souscrire. 

Je  vous  propose,  en  terminant,  de  remercier  MM. Comte  et  Ferron 
de  leur  intéressant  travail  et  d’insérer  leurs  observations  dans 
nos  Bulletins. 


I.  Ostéomyélite  chronique  d'un  vaste  foxjer  de  fracture  du 
fémur  gauche.  Auto^vaccinalion.  Large  évidement. 

Greffe  épiploïque  de  la  cavité.  Cicatrisation  per  primam, 

par  MM.  Bernard  Desplats,  Wilmoth  et  Peyre. 

II.  Obturation  d'une  cavité  'd'ostéomyélite  ancienne 
par  greffe  musculaire , 
par  M.  Alexandre  Croisier  (de  Blois). 

Rapport  de  M.  RAYMOND  GRÉGOIRE. 

Vous  m’avez  chargé  d’un  rapport  sur  les  deux  observations 
suivantes  : 

Obs.  I  (Bernard  Desplats,  Wilmoth,  E.  Peyre).  —  Malade  opéré  dans 
le  service  de  M.  le  professeur  Gosset  (clinique  privée). 

G...,  trente-quatre  ans,  le  22  août  1914.  Fracture  du  fémur  gauche 
par  balle  avec  effets  explosifs. 

Le  blessé  est  fait  prisonnier  et  évacué  sur  l’Allemagne,  où  il  arrive 
le  2  septembre  1914.  lre  opération  :  débridement  et  esquillotomie. 

Abondante  suppuration  et  température  élevée  et  permanente. 

De  septembre  1914  à  janvier  1915  :  huit  interventions  successives, 
toutes  faites  sous  anesthésie  générale.  Le  blessé  a  peu  de  renseigne¬ 
ments  sur  les  interventions  qui  ont  été  faites  à  cette  époque. 

A  partir  d’avril  1915,  disparition  presque  complète  de  la  fièvre,  mais 
persistance  de  plusieurs  fistules  avec  suppuration  intermittente. 

Consolidation  lente  avec  raccourcissement  et  raideur  du  genou. 

En  juillet  1915,  poussée  aiguë  et  lymphangite  du  membre  inférieur. 

Le  blessé  commence  à  marcher  en  août  1915,  et  a  conservé  deux 
fistules  persistantes. 


SÉANCE  DÜ  16  MAI 


725 


Ërt  novembre  1918  :  10»  opération,  grattage  du  foyer.  Après  l’inter¬ 
vention  40°  et  érysipèle  s’étendant  à  tout  le  membre  et  provoquant  Un 
abcès  dé  là  fdcè  dorsale  du  pied. 

En  mai  1916  :  ràccoufcissémènt  de  7  cent.  1/2. 

Ankylosé  du  genou. 

Fracture  du  fémur  consolidée  avec  ostéomyélite  chronique  et  deux 
fistules. 

En  octobre  1916  :  110  opéfdtidn  sous  anesthésie  générale,  grattage, 
fièvre  39°  pendant  quatre  jOtirs,  Suppuration. 

Rapatrié  comme  grand  blèssé  en  juillet  1917. 

En  mars  1918  :  12e  opération  sous  anesthésie  générale,  grattage. 

En  juillet  1918  :  fermeture  des  deux  fistules. 

Réformé  en  jüitt  1919  avec  60  p.  100. 

De  juillet  1918  à  octobre  1922,  aucun  incident. 

En  octobre  1922,  à  la  suite  de  fatigue  et  de  grippe  légère,  gros  abcès 
de  la  face  interne  de  la  cüisse  gauche  fusant  dans  la  région  des  adduc¬ 
teurs,  avec  température  à  40°S.  Le  blessé  présente  tous  les  signes  d’une 
fracture  du  tiers  moyen-tiers  inférieur  du  fémur  gàUche,  par  projectile 
de  guerre,  vicieusement  consolidé,  avec  ostéomyélite  chronique  du  cal 
et  des  parties  osseuses  sus-  et  sous-jacentes,  avec  attkylosè  du  genou,  et 
incurvation  en  varus  du  membre  inférieur  au-desSoüs  du  foyer  de 
fracture.  Nombreuses  Cicatrices  opératoires. 

D’urgence,  vü  la  température,  lès  sueurs,  le  mauvais  état  général,  on 
fait  le  26  octobre  1922,  sous  anesthésie  raChidiénne,  une  longue  inci¬ 
sion  latérale  interne  qui  permet  l’évacuation  d’un  vaste  abcès,  ayant 
stliVi  les  adducteurs  et  ayant  décollé  le  fémur  sur  sa  face  interne  et 
antérieure  sür  une  longueur  d’ehviroù  18  centimètres. 

Lé  pus  évacué  est  particulièrement | fétide;  en  trois  jours  la 
température  est  normale.  On  fait  alors  une  radiographie,  qui 
montre  :  _ 

Une  déformation  très  importante  du  fémur,  consécutive  à  l’ascension 
du  fragment  inférieur,  le  Cal  est  volumineux  avec  décàllage,  et  la 
radiographie  révèle  l’existence  de  plusieurs  cavités  séqüestrales  depuis 
le  condyle  externe  jusqu’au  tiers  moyen  du  fémur. 

On  propôse  alors  au  blessé  de  faire  une  intervention  radicale, 
c’est-à-dire  de  faire  un  vaste  évidement,  mais  ne  tenter  Celui-ci,  Vu 
l’anci'ènheté  de  la  lésion  et  les  accidents  graves  qui  ont  accompagné 
un  grand  nombre  des  interventions  faites  précédemment,  que  lorsque 
l’on  aura  fait  une  auto-vaccination. 

Le  10  novembre  1 922,  prélèvement  à  la  pipette  dans  Un  conduit  fistu¬ 
lisé  profond  jusqu’au  fémur; 

Exarnth  bactériolàgiqne  :  M.  le  ü*  Péyre. 

Pus  à  réaction  polynucléée  où  se  rencontrent  quelques  mononu¬ 
cléaires  à  protoplasme  étalé,  à  gros  noyaux  vacuolaires. 

Pas  de  germe  à  l’examen  direct,  mais  la  culture  donne  un  ptotéus 
morphologiquement  banal  et  un  germe  du  genre  pyocyanique^  les  deux 
éléments  microbiens  ne  peuvent  s’isoler  et  ne  sont  donc  pas  étudiés 
séparément  quant  à  leurs  propriétés  culturelles. 


726 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Le  cobaye,  inoculé  par  injection  sous-cutanée  de  ces  germes  associés 
et  vivants,  meurt  en  trois  jours. 

Un  vaccin  bivalent  est  préparé,  l’atténuation  microbienne  étant 
obtenue  après  trois  chauffes  de  trente  minutes  à  60°  (suspension  de 
t  milliard  au  centimètre  cube). 

La’ vaccination  est  faite  : 

1°  Injection  de  1/4  de  centimètre  le  16  novembre  1923  :  37,8; 

2°  Injection  de  1  centimètre  le  18  novembre  1923  :  38,2; 

3°  Injection  de  t  centimètre  le  20  novembre  1923  ;  38,5; 

4°  Injection  de  1  centimètre  le  23  novembre  1923  :  pas  de  réaction. 

On  fait  ainsi  dix  injections. 

Au  cours  du  traitement,  tarissement  de  la  suppuration  et  fermeture 
spontanée  de  la  plaie  opératoire;  le  malade  est  absolument  apyrétique 
l  a  compression  forte  à  la  bande  d’Esmarck  du  foyer  d’ostéomyélite  ne 
détermine  aucune  réaction. 

Le  12  décembre  (1922,  anesthésie  rachidienne,  longue  incision  de 
25  centimètres  sur  la  face  externe  de  la  cuisse  gauche.  Découverte  du 
fémur,  protection  très  soigneuse  de  la  plaié. 

Trépanation  jusqu’à  la  cavité  médullaire  du  fémur,  depuis  le  condyle 
externe  jusqu’au  tiers  moyen-tiers  supérieur;  on  perce  six  trous  avec 
la  frgise  de  Doyen  et  on  réunit  au  ciseau  ces  orifices  de  trépanation, 
on  a  ain.-i  un  très  grand  jrur  sur  le  centre  du  foyer,  on  enlève  quatre 
séquestres  déchiquetés  et  typiques  contenus  dans  les  cavités  remplies 
de  fongosités  etxi’un  liquide  séro-purulent  ;  on  prélève  quelques  gouttes 
de  ce  liquide,  et,  en  outre,  des  débris  osseux  et  médullaires.  La  paroi 
externe  du  fémur  étant  enlevée,  les  cavités  séquestrales  ouvertes  et  les 
séquestres  extirpés,  on  se  trouve  en  présence  d’une  vaste  cavité  dont 
on  curette  soigneusement  la  paroi,  et  qui  correspond  à  la  cavité  médul': 
laire  transformée  du  fait  de  la  consolidation  vicieuse. 

On  comble  cette  cavité  avec  de  la  gaze  stérile  et  on  ferme  complète¬ 
ment  la  plaie  opératoire. 

Suites  opératoires.  —  Aucune  réaction  ni  locale  ni  générale,  la  tempé¬ 
rature  ne  dépasse  pas  37°6  le  soir. 

L’examen  direct  et  la  culture  du  liquide  séro-purulent  des  débris 
osseux  et  médullaires  recueillis  au  cours  de  l’opération  montrent  la 
stérilité  intégrale  de  ces  éléments. 

Le  19  décembre  1922  on  a  pu  se  procurer,  dans  la  matinée,  un 
épiploon  frais  réséqué  chez  un  malade  opéré  pour  appendicite  chro¬ 
nique. 

L’épiploon  est  conservé  pendant  un  quart  d’heure  entre  deux  couches 
épaisses  de  gaze  imprégnées  de  sérum  physiologique  à  38°. 

Sous  anesthésie  au  chlorure  d’éthyle  on  ouvre  l’incision  de  la  face 
externe  de  la  cuisse,  on  enlève  la  mèche  et  on  introduit,  dans  la  cavité 
d’évidement,  l’épiploon;  on  le  maintient  par  quelques  points  passés 
dans  le  vaste  externe,  puis  on  suture  soigneusement  la  peau. 

Suites  opératoires  sans  incident. 

Pas  de  réaction  locale  ni  générale. 

Fils  de  suture  enlevés  le  treizième  jour,  cicatrice  parfaite  le  31  dé- 


SÉANCE  DU  16  MAI 


727 


cembre  1922,  vingt  jours  après  l’évidement,  treize  jours  après  la  greffe. 

Le  blessé  quitte  la  clinique  le  1*7  janvier. 

La  cicatrice  est  correcte,  les  téguments  sont  de  coloration  normale. 

La  ligne  de  suture  tend  à  se  déprimer,  toute  la  zone  cutanée  sus- 
jacente  à  la  cavité  comblée  pari  épiploon  est  uniformément  résistante  • 

Le  blessé,  revu  le  15  février,  est  en  parfait  état  local  et  général. 

Obs.  II  (Alexandre  Croisier,  Blois).  —  Fem  ne  R  ..,  de  Romorantin 
(Loir-et-Cher),  (rente-deux  ans.  Ostéomyélite  du  tiers  moyen  du  fémur 
gauche,  durant  déjà  depuis  six  mois,  et  consécutive  à  une  infection 
post  abortum,  ce  qui  expliquerait  peut-être  l’âge  tardif  d’apparition 
des  accidents. 

A  été  soignée  par  divers  médecins  de  son  pays  :  incisions  cutanées, 
drainages  superficiels,  sans  intervention  osseuse,  le  dernier  médecin 
qui  l’a  vue,  Dr  M...,  a  diagnostiqué  uue  ostéomyélite  et  me  l’a  adressée. 

A  l’examen  :  femme  très  amaigrie,  très  cachectisée  par  une  suppu¬ 
ration  de  longue  durée;  tiers  moyen  delà  cuisse  œdématié,  plusieurs 
lislules  suppurant  abondamment  et  par  lesquelles  ,'un  stylet  introduit 
va  au  contact  du  fémur. 

Opération  le  22  avril  1920.  —  Longue  incision  face  externe  cuisse 
gauche,  peau  et  vaste  externe.  Découverte  du  fémur  sur  un  long  espace. 
Fémur  laisse  très  facilement  pénétrer  une  curette  à  sa  face  antérieure 
et  je  ramène  des  séquestres  presque  annulaires,  longs,  volumineux, 
épais  avec  lesquels,  mis  bout  à  bout,  on  pourrait  presque  reconstituer 
le  tiers  moyen  de  l’Os  en  entier.  Une  fois  le  nettoyage  terminé,  tout  le 
tiers  moyen  de  l’os  est  largement  évidé,  avec  très  large  perte  de  sub¬ 
stance. 

Je  comble  la  perte  de  substance  avec  un  lambeau  taillé  dans  la  face 
profonde  du  quadriceps,  et  laissé  adhérent  à  la  masse  musculaire  par 
son  extrémité  supérieure,  lambeau  large  de  4  cenlimètres  environ, 
épais  de  2,  long  de  10.  Ce  lambeau  est  simplement  déposé  dans  la  cavité 
osseuse  à  laquelle  il  s’adapte  très  bien.  La  malade  étant  souffrante 
depuis  longtemps,  infectée  profondément,  très  amaigrie,  je  n’ai  affaire 
qu’à  un  muscle  très  pâle,  atrophié. 

Drainage  avec  un  paquet  de  12  em  15  crins  de  Florence,  à  l’extrémité 
inférieure  delà  plaie  osseuse.  Suture  musculaire,  suture  cutanée  com¬ 
plète,  sauf  tout  à  fait  en  bas  où  sort  le  paquet  de  crins. 

Température  élevée  les  trois  premiers  jours  :  39°  et  40°  avec  bon  état 
général.  Je  ne  touche  pas  au  pansement  et  tout  rentre  dans  l’ordre. 
Pansement  au  bout  de'  cinq  jours  :  très  peu  de  pus.  Deuxième  panse¬ 
ment  huit  jours  plus  tard  :  pus  très  abondant,  sortant  par  une  des 
anciennes  incisions  antérieures  à  mon  opération,  et  aussi  par  le  drai¬ 
nage  aux  crins. 

Au  bout  de- huit  autr.es  jours,  troisième  pansement  :  beaucoup  moins 
de  pus. 

L’état  général  de  la  malade  s’étant  considérablement  amélioré,  et 
l’état  local  ne  donnant  plus  lieu  à  aucune  crainte  ni  à  aucun  panse¬ 
ment  compliqué,  la  malade  rentre  chez  elle.  Transport  en  auto. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Je  reçois  une  lettre  du  confrère  qui  m’avait  adressé  la  malade  et  a 
depuis  sa  rentrée  assuré  la  surveillance  des  suites  opépatoirts,  et  fait 
régulièrement  les  pansements.  Voici  la  marche  de  la  maladie  depuis 
ce  moment  :  notable  écoulement  de  pus  et  réaction  inflammatpire 
aussitôt  après  la  rentrée  de*la  malade  chez  elle,  puis  accalmie  défini¬ 
tive.  La  suppuration  n’a  plus  reparu.  Les  crias  ont  été  enlevés  un  par 
un,  progressivement.  Héliothérapie  quand  le  temps  s’y  est  prêté  en 
juin,  et  au  26  juin  la  cicatrisation  est  complète. 

•  La  malade  se  lève  et  marche  en  dehors  de  chez  elle  an  29  juin. 

Par  conséquent,  la  guérison  a  été  obtenue  en  si*  semaines,  laps  de 
temps  indiqué  comme  normal  pour  le  procédé  employé, 

Ces  deux  observations  peuvent  se  résumer  en  peu  de  mots. 
Dans  l’un  comme  dans  l’autre  cas,  le  fémur  gauche  a  été 
atteint,  pour  des  raisons  différentes,  d’une  suppuration  chro¬ 
nique  avec  cavités  et  séquestres.  Après  avoir  trépané  l’os  et 
nettoyé  la  cavité  séquestrale,  les  auteurs  tentent  l’obturafion 
de  la  cavité.  MM.  Desplats,  Wilmoth  et  Peyre  se  servirent  d’épi¬ 
ploon  fraîchement  réséqué  ;  M.  A.  Croisier  d’un  lambeau  mus¬ 
culaire  pédicule.  Dans  l’un  comme  dans  l’autre  cas,  l’obturation 
réussit. 

Ces  deux  observations  posent  à  nouveau  devant  vous  la  ques¬ 
tion  toujours  controversée  de  la  meilleure  méthode  d’oblitération 
des  cavités  osseuses. 

Je  vous  demande  d’ajouter  à  ces  faits  deux  autres  qui  me  sont 
personnels.  Ils  serviront  à  appuyer  les  conclusions  de  ce  rapport, 
parce  que  j’ai  suivi  une  technique  identique. 

Obs.  III.  —  P...,  dix-sept  ans,  a  été  atteint,  it  y  a  neuf  mois,  d’une 
ostéomyélite  aiguë  grave,  à  foyers  multiples.  Actuellement,  il  persiste 
un  foyer  de  suppuration  au  niveau  de  l’extrémité  inférieure  du  fémur 
droit.  L’os  est  volumineux,  la  radiographie  révèle  des  géodes  et  des 
séquestres  centraux.  Deux  fistules,  l’une  externe,  l’autre  interne,  don¬ 
nent  abondamment.  Etat  général  assez  précaire.  Vaccination  antista- 
phylococcique  deux  jours  avant. 

Intervention  le  8  décembre  1922.  —  L’os  est  aborné  par  sa  face 
interne,  parce  que,  malgré  le  danger  de  l’artère  fémorale,  c’est  de  ce 
côté  que  la  cavité  ëst  le  plus  prèsde  la  surface.  Trépanation  du  fémur 
sur  une  dizaine  de  centimètres.  On  retire  de  la  cavité  trois  gros 
séquestres  irréguliers. 

Après  curettage  et  nettoyage  de  .cette  cavité,  un  iambeau  musculaire 
est  taillé  aux  dépens  du  vaste  interne.  Mais  si  long  qu’on  le  prenne,  il 
est  encore  trop  court  pour  pénétrer  jusqu’au  fond  de  la  tranchée 
fémorale  qui  s’évacue  dans  le  cpodyle  interne.  Il  reste  une  petite 
partie  de  la  cavité  qui  n’est  pas  comblée. 

Suture  par-dessus  ce  lambeau  des  parties  molles  avoisinantes. 


SÉANCE  DU  16  MAI 


72£ 


Suture  de  la  peau.  Un  faisceau  de  crin  est  laissé  dans  le  bas  de  l'inci¬ 
sion,  comme  moyen  de  drainage. 

Réunion  sans  incident.  Ecoulement  purulent  assez  abondant  par  la 
fistule  externe  et  le  long  des  crins.  Peu  à  peu  l’écoulement  diminue, 
les  crins  sont  retirés,  et  au  début  de  février  la  cicatrisation  est  com¬ 
plète.  La  fistule  externe  s’est  fermée  spontanément. 

Obs.  IV.  —  D...,  dix-neuf  ans,  a  été  atteint,  il  y  a  un  an,  d’une 
ostéomyélite  aiguë  grave  de  l’extrémité  inférieure  du  fémur  gauche 
avec  arthrite  suppurée.  Trépanation  du  tiers  inférieur  du  fémur  par  la 
face  externe.  Incision  de  décharge  sur  la  face  interne. 

Actuellement,  il  persiste  deux  fistules  au  niveau  de  chaque  incision. 
Le  stylet  arrive  sur  un  fémur  dénudé.  La  radiographie  montre  une 
forte  hyperostose  encerclant  un  énorme  séquestre  de  15  centimètres  de 
long  en  apparence.  Vaccination  préalable. 

Intervention  le  2  février  1923.  —  Le  fémur  est  abordé  par  sa  face 
externe  et  trépané.  On  retire  un  séquestre  central,  considérable,  de 
17  centimètres  de  long.  Curettage  de  la  cavité.  Un  vaste  lambeau  du 
vaste  externe  est  taillé  et  enfoui  dans  la  cavité.  Les  parties  molles  sont 
réunies  au-dessus.  Faisceau  de  crin  comme  drainage. 

Réunion  per  primam.  —  Le  17  février,  le  jeune  homme,  entièrement 
cicatrisé,  pouvait  retourner  dans  son  pays. 

Je  crois  que  l’expérience  a  donné  l’exacte  valeur  des  obturations 
au  moyen  de  pâtes  ou  de  corps  inertes.  À  part  quelques  faits 
heureux,  ces  substances  sont  expulsées  par  les  tissus,  et  on  doit 
considérer  qu’elles  agissent  plutôt  comme  pansements  occlusifs 
au-dessous  desquels  se  comble  lentement  la  cavité  osseuse.  Je  ne 
m’y  arrêterai  donc  pas. 

Il  en  est  tout  autrement  des  greffes  de  tissus  vivanls.  Celles-ci 
peuvent  être  libres  ou  pédiculées. 

Dans  l’immense  majorité  des  cas,  ces  greffes  libres  ont  été 
faites  de  graisse  prélevée  sur  le  sujet  même  ou  parfois  sur  un 
malade  opéré  précédemment.  Il  est  certain  que  par  cette  méthode 
le  succès  est  beaucoup  plus  fréquent  qu’avec  les  eorps  inertes. 
L’observation  que  nous-apportent  MM.  Desplats,  Wilmoth  çt  Peyre 
en  est  un  beau  succès.  Encore  est-il  loin  d’être  habituel, 

Ce  tissu  greffé  vivant  ne  tardera  pas  à  mourir.  11  faudra,  pour 
qu’il  soit  toléré,  que  les  cellules  migratrices  venues  des  parois  de 
la  cavité  le  pénètrent,  le  réhabitent.  Or,  ces  cavités  sont  toujours 
infectées;  des  exsudats  purulents  vont  s’y  faire  et  séparer  la 
greffe  des  parois  de  la  cavité.  Elle  se  sphacélera  et  sera  bientôt 
éliminée.  C’est  ce  qui  arrive  le  plus  souvent. 

Lorsque  la  greffe  est  pédiculée  et  de  ç.e  fait  nourrie,  elle  ne 
sera  pas  éliminée.  Même  si  des  exsudats  purulents  l’isolent  des 


SOCIÉTÉ  DK  CHIRURGIE 


parois  de  la  cavité  osseuse,  elle  continuera  à  vivre,  voire  à  bour¬ 
geonner,  et  ce  bourgeonnement  venant  au  devant  de  celui  des 
parois  finira  par  combler  le  vide  et  amener  la  guérison. 

Plus  la-greffe  sera  entièrement  au  contact  des  parois  de  la  cavité, 
plus  rapide  sera  la  guérison.  C’est  certainement  parce  qu’elle  ne 
remplit  pas  cette  condition  primordiale  que  la  greffe  d’os  n’est 
que  très  lentement  efficace. 

De  fait,  quand  on  effondre  l’une  des  berges  de  l’excavation 
osseuse,  il  est  bien  exceptionnel  que  celle-ci  soit  conformée  d’une 
façon  telle  qu’elle  comble  entièrement  le  déficit.  L'intervalle  doit 
se  remplir  par  bourgeonnement,  ce  qui  est  toujours  long. 

Les  greffes  pédiculées  de  graisse  sont  rarement  possibles. 

Les  greffes  pédiculées  de  muscles  sont,  au  contraire,  utilisables 
dans  l’immense  majorité  des  cas.  Nous  avons  publié  dans  le 
Journal  de  Chirurgie  de  février  1920  la  technique  qui  nous  paraît 
la  meilleure. 

En  1910,  le  professeur  Kirmisson,  qui  rapportait  devant  l’Aca¬ 
démie  de  Médecine  les  observations  de  Nélaton,  disait  que  ces 
greffes  pouvaient  réussir  même  avec  une  asepsie  imparfaite  de  la 
cavité  osseuse.  Ceci  est  incontestable;  je  pense  même  que  l’on  peut 
dire,  sans  crainte  de  se  tromper,  qu’on  opère  toujours  en  terrain 
plus  ou  moins  infecté.  M.  A.  Croisier  opéra  en  pleine  septicité  et 
cependant,  malgré  des  accidents  thermiques  importants,  sa  malade 
guérit  parfaitement. 

La  longue  expérience  de  la  guerre  ne  nous  a-t-elle  pas  appris 
que  l’on  peut  suturer  secondairement  une  plaie  alors  même 
qu’elle  contient  encore  des  microbes?  Avec  le  temps,  il  s’établit  à 
la  surface  des  plaies  une  sorte  d’équilibre  entre  la  virulence  du 
microbe  et  la  puissance  défensive  de  l'organisme.  Symbiose  ou 
immunité  locale,  peu  importe,  le  microbe  est  devenu  inoffensif. 

Cependant,  il  faudra  peu  de  chose  pour  rompre  cet  équilibre. 
Les  manœuvres  opératoires  ont  une  action  des  plus  nettes.  A  la 
suite  de  l’intervention,  la  température  monte  presque  toujours 
à  39°  ou  40°.  Une  réaction  locale  d’intensité  variable  accompagne 
ces  phénomènes  généraux  et  l’on  se  demande  avec  anxiété  si  l’on 
ne  va  pas  être  forcé  de  tout  désunir. 

M.  Desplàts  connaissait  bien  ce  danger  et  le  redoutait  à  juste 
titre,  car  à  chaque  intervention,  fût-ce  un  simple. grattage,  son 
malade  faisait  des  poussées  infectieuses,  dont  certaines  inquié¬ 
tantes. 

On  pouvait  se  demander,  comme  lui,  comme  je  le  fis  moi-même, 
s’il  n’y  aurait  pas  intérêt  à  atténuer  ou  peut-être  à  supprimer 
cette  réaction  en  augmentant  la  résistance  des  tissus  envers  le 
microbe,  c’est-à-dire  en  pratiquant  une  vaccination. 


SÉANCE  DU  16  MAI 


731 


M.  Desplats  semble  considérer  le  vaccin  comme  un  bactéricide 
et,  en  cela,  il  commet  l’erreur  commune  à  beaucoup  de  chirur¬ 
giens.  Les  vaccins,  pas  plus  que  les  sérums,  ne  sont  des  antisep¬ 
tiques.  Ils  ne  détruisent  pas  les  microbes;  ce  sont  les  leucocytes 
qui  s’en  chargeront.  Ils  suppriment  ou  atténuent  les  accidents 
que  cause  leur  présence.  On  peut  être  immunisé  et  rester  porteur 
de  germes.  Il  est  même  probable  qu’il  faut  être  porteur  de  germes 
pour  être  immunisé. 

Quoi  qu’il  en  soit,  M.  Desplats  a  été  parfaitement  inspiré,  Car, 
bien  qu’il  ait  employé  une  greffe  libre,  son  malade  .guérit  per 
primam  et  sans  réaction. 

Malgré  ce  brillant  succès,  je  ne  mettrai  pas  en  balance  l’obslu- 
ration  par  greffe  libre  et  l’obturation  par  greffe  pédiculée 
musculaire. 

La  vaccination  préalable  n’est  certainement  pas  indispensable 
à  la  réussite  de  l’obturation  par  greffe  d’une  cavité  osseuse.  Elle 
est  cependant  un  adjuvant  précieux,  car  elle  atténue  ou  supprime 
les  réveils  d’infection  possibles. 

La  greffe  musculaire,  comme  moyen  d’obturation,  donne  des 
résultats  auxquels  aucun  autre  procédé  ne  saurait  prétendre. -Le 
succès  est  à  peu  de  chose  près  constant.  Sur  41  cas  que  j’ai 
réunis,  j’ai  trouvé  2  échecs;  Nélaton  (1):  2  cas,  2  succès; 
Huguier  (2)  :  1  cas,  1  succès  ;  Lefebvre  (3)  :  23  cas,  22  succès  et 
1  échec  ;  Raymond  Grégoire  (4)  :  5  cas,  5  succès  ;  Zuccari  (5)  : 
9  cas,  8  succès  ;  Croisier  :  1  cas,  1  succès. 

Cette  énumération  est  le  meilleur  plaidoyer  en  faveur  de  la 
greffe  pédiculée  musculaire. 

Je  vous  propose  de  remercier  MM.  Desplats,  Wilmoth,  Peyre  et 
Croisier  de  nous  avoir  adressé  ces  observations  qui  apportent 
une  contribution  intéressante  au  problème  si  complexe  des  obtu¬ 
rations  osseuses. 

(1)  Nélaton.  Bulletin  de  l'Académie  de  médecine,  22  mars  1910. 

(2)  Huguier.  Bull,  et  Uém.  de  la  Société  de  Chirurgie,  27  mai  1910,  p.  546. 

(3)  Lefebvre.  Revue  de  Chirurgie,  janvier  et  février  1919,  p.  140. 

(4)  Raymond  Grégoire.  Journal  de  Chirurgie,  n°'  1  et  2,  1920,  p.  593. 

(5)  Zuccari  Federigo.  Giornaledi  medicina  miliiare,  décembre  1920,  p.  739. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Parotidite  à  répétition  avec  rétention,  chronique  de  la  saline  ; 
opération  de  Lenche 

(i arrachement  du  boni  central  du  nerf  auriculo-temporaiy, . 
par  M.  Georges  Leclerc  (de  Dijon). 

Rapport  de  M.  J.  OKIMCZYC. 

M.  Leclerc  (de  Dijon)  noos  a  adressé  rinMressante  observation 
que  voici  : 

Homme  de  quarante  ans,  présente  depuis  l’enfance  ce  phénomène 
singulier  :  à  chaque  instant,  dans  la  région  du  prolongement  antérieur 
de  la  parotide,  se  produit  une  tuméfaction  légère  s’accompagnant  d’une, 
certaine  gêne  et  d’un  afflux  de  salive  qui  fait  baver  le  malade.  Il  appuie 
alors  légèrement  avec  la  main  sur  cette  tuméfaction  ;  la  salive  arrive  à 
flot  dans  la  bouche  et  la  tuméfaclion  disparaît.  Ce  phénomène  se  repro¬ 
duit  dix  à  vingt  fois  par  heure  et  le  malade  vide  sa  tumeur  d’un  geste 
machinal  et  sans. même  s’en  apercevoir.  Après  les  repas,  ce  symptôme 
diminue  de  fréquence.  • 

Depuis  quatre  mois  est  survenu  un  fait  nouveau  :  à  trois  reprises  il 
s’est  produit  un  gonflement  beaucoup  plus  considérable  avec  élévation 
de  la  température  et  difficulté  pour'  ouvrir  la  bouche  et  pour  manger. 
Cette  affection  a  été  prise  pour  les  oreillons  ;  chaque  fois  la  résolution 
a  été  spontanée  et  toujours  de  la  même  manière  :  du  pus  s’écoulait 
dans  la  bouche  par  le  canal  de  Sténon;  la  guérison  se  produisait  alors 
en  une  huitaine  de  jours. 

A  l’examen  on  trouve  dans  la  région  du  prolongement  antérieur  de 
la  parotide  gauche,  en  avant  et  un  peu  au-dessus  du  tragus,' une  petite 
tuméfaction  à  contours  flous,  variable  d’un  moment  à  l’autre.  A  l’examen 
de  la  bouche  on  voit  Porifiee-  du  Canal  de  Sténon,  un  peu  rouge  et 
aissant  sourdre  une  goutte  de  salive.  Si  àce>  moment  le  malade  appuie 
sur  sa  tuméfaction,  un  jet  important  de  salive  s’écoule  par  l’orifice.  La 
palpation  ne  révèle  pas  de  calcul  salivaire.  La  radiographie  ue  montre 
rien  d’anormal. 

Le  27  avril  1918,  intervention.  Anesthésie  générale  à  l’éther,  puis  an 
chloroforme,  donné  à  la  sonde.  Cathétérisme  du  Sténon  avec  un  stylet, 
puis  une  bougie  fine.  Celle-ci  pénètre  très  loin,  mais  on  ne  sent  aucun 
corps  étranger.  On  pratique  alors  l’arrachement  du  nerf  auriculo- 
temporal  :  une  incision  pratiquée  contre  le  tragus  et  le  condyle  du  maxil¬ 
laire  découvre  derrière  les  vaisseaux  temporaux  superficiels  le  nerf 
auriculo-temporal  dont  le  bout. central  est  poursuivi  en  bas,  puis 
arraché. 

Suites  opératoires  :  aseptiques.  Dès  l’opération  les  symptômes  accusés 
par  le  malade  du  côté  de  la  salive  ont  complètement  disparu. 

Le  9  mai  1918,  les  symptômes  n’ont  pas  reparu. 

Le  19  août  1918,  on  reçoit  des  nouvelles  du  malade.  Il  n’ebt  plus  gêné 


SÉANCE  DU  16  MAt 


par  la  salive  la  nuit,  il  n’est  plus  obligé  d’appuyer  sur  la  joue  pour  faire 
écouler  la  salive  dans  la  bouche.  Il  y  a  eu  encore  un  petit  incident 
inflammatoire  semblable  aux  précédents,  mais  beaucoup  moins  impor¬ 
tant  et  sans  élévation  de  température.  La  peau  de  la  région  temporale 
qui  était  insensible  après  l’opération  a  retrouvé  sa  sensibilité. 

Le  15  septembre  1922,  le  malade  écrit  i  «  Ce  qui  fut  ma  maladie  est 
devenu  une  chose  h  peu  près  insignifiante.  Je  n’appuie  pour  ainsi  dire 
plus  sur  la  joue  pour  faire  couler  la  salive  ;  par  les  temps  très  froids  je 
ressens  seulement  de  temps  en  temps  une  légère  douleur  qui  me  gêne 
un  peu  pour  ouvrir  la  bouche.  Je  n’ai  plus  en  d’abcès.  « 

En  présence  de  ce  curieux  malade  quel  diagnostic  fallait-il  faire? 

On  peut  éliminer  celui  de  calcul  salivaire,  puisqu’aucun  calcul 
n'a  été  reconnu  à  aucun  moment  de  l'affection  et  que,  d'ailleurs,  le 
cathétérisme  du  canal  de  Sténon  pouvait  être  fait  sur  une  grande 
longueur. 

Il  ne  s’agit  pas  non  plus  d’une  inflammation  chronique  du 
Sténon,  d’une  siaiodochite  qui  aurait  amené  un  certain  degré  de 
sténose  du  canal;  tout  au  moins  l’histoire  du  malade  montre  nette¬ 
ment  que  l’infection  a  été  tardive  -et  que  depuis  l’enfance  la  salive 
se  vidait  mal  sans  qu’il  y  ait  eu  aucun  incident  aigu  du  côté  de  la 
glande  ou  du  côté  du  canal. 

M.  Leclerc  a  pensé,  tout  d’abord,  qu  i!  s’agissait  d’une  sténose 
congénitale  du  canal  de  Sténon,  [et  c’est  sous  ce  titre  qu'il  avait 
étiqueté  tout  d’abord  son  observation  ;  mais  cette  hypothèse  est 
sans  aucune  preuve  et  se  trouve  même  conlrouvée  par  ce  fait 
qu’un  stylet  et  même  une  bougie  fine  pouvaient  être  Introduits 
dans  le  canal  et  y  pénétraient  facilement  et  très  profondément  ; 
le  canal  était  donc  plutôt  dilaté.  Il  est  bon  de  rapprocher  cette 
observation,  comme  le  fait  M.  Leclerc,  de  celle  que  Lericbe  com¬ 
muniqua  en  janvier  1922  à  la  Société  de  Chirurgie  de  Lyon. 

Il  s’agit  d’un  homme-âgé  de  trente-sept  ans;  il  entra  dans  un  hôpi¬ 
tal  auxiliaire  de  petite  ville  le  4  janvier  1919  pour  un  gonflement  paro¬ 
tidien  fébrile  qui  fut  considéré  comme  étant  le  fait  des  oreillons.  Le 
diagnosticne  parut  pas  douteux.  Guéri  ep  10  jours,  il  rechuta  fe  14  février, 
et  c’est  alors  qu’il  entra  à  l’hôpital  Desgenettes  avec  un  gonflement 
des  deux  parotides  aussi  marqué,  disait-il,  que  lors  de  sa  première 
atteinte,  mais  sans  température,  alors  que  la  première  avait  été  fébrile 
(3805;. 

Cette  manifestation  bilatérale  persista  plus  de  quinze  jours  sans 
troubles  sécrétoires,  sans  température,  sans  douleur. 

On  entreprit  des  massages  quotidiens  sans  succès. 

Bientôt,  M.  A.  Lacassagne,  dans  le  service  duquel'  était  le  malade, 
s’aperçut  que  les  parotides  gonflaient  de  plus  en  plus,  mais  qu’elles 
diminuaient  après  les  repas. 


734 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


L’expression  manuelle  dans  l’intervalle  de  ceux-ci  faisait  diminuer 
la  tuméfaction  sans  la  faire  disparaître;  elle  recommençait  aussitôt 
après. 

Au  moment  des  repas  il  s'écoulait  une  grande  quantité  de  salive 
claire.  Il  n’y  avait  pas  d’inflammation  des  canaux  de  Sténon  ,  les  ori¬ 
fices  étaient  nets,  sans  obstacle,  sans  calcul. 

Connaissant  le  gonflement  intermittent  avec  ptore  de  la  sous-maxil¬ 
laire  signalé  dans  la  lithiase,  je  cherchai  vainementla  lithiase  paroti¬ 
dienne.  Ne  sachant  quel  diagnostic  exact  porter,  je  conseillai  au 
malade  de  temporiser,  espérant  une  amélioration  avec  le  temps. 

En  juillet,  il  fut  revu;  les  phénomènes  étaient  aussi  nets. 

En  décembre  1921,  c’est-à-dire  deux  ans  après  le  début,  le  malade 
vint  me  trouver  parce  que  la  tuméfaction  augmentait  toujours.  Et  de 
fait  le  gonflement  parotidien  était  considérable,  donnant  un  véritable 
aspect  de  poire  à  la  tête  du  sujet.  La  palpation  ne  vidait  plus  les 
parotides,  et  déplus  celles-ci  étaienlsonores  ;  il  y  avait  doDc  non  seule- 
meutrétention  salivaire,  mais  aussi- distension  aérique.  Je  n’arrivai  pas 
à  cathétériser  le  canal  de  Sténon  dont  l’orifice  était  cependant  net  et 
sans  inflammation. 

M.  Badolle,  auquel  je  demandai  d’essayer  d’injecter  du  collargol  et  de 
faire  une  parotidoradiographie,  n’y  parvint  pas. 

Je  renvoyai  le  malade  chez  lui  ;  mais  il  me  revintbieutôt,  me  deman¬ 
dant  de  le  débarrasser  à  tout  prix. 

Craignant  que  l’infection  n’envaliît  ces  canaux  dilatés  et  en  réten¬ 
tion  je  me  décidai  à  intervenir.  Mais  je  me  trouvais  devant  un  problème 
nouveau  pour  moi  et  auquel  je  ne  sache  pas  que  l’on  ait  donné  une 
solution. 

La  pneumatocèle  du  canal  de  Sténon  et  de  la  parotide  ressemblait 
beaucoup  à  ce  que  j’observais;  mais,  dans  cette  maladie  mal  connue, 
les  ressources  thérapeutiques  sont  miaces;  je  le  savais,  en  ayantautre- 
fois  publié  un  Cas  dans  la  thèse  de  Barrai  en  1909. 

Deux  opérations  étaient  possibles,  toutes  deux  aboutissant  à  l’atro¬ 
phie  parotidienne:  la  ligature  du  canal  de  Sténon  et  l’énervation  bila¬ 
térale  par  arrachement  des  deux  nerfs  auriculo-temporal. 

C’est  à  cette  dernière  opération  que  je  me  décidai. 

Le  14  janvier  je  la  fis  dans  le  service  de  M.  Bérard.  Ce  fut  assez  diffi¬ 
cile.  A  droite, le  nerf  etlesvaAseaux  temporaux  étaient  anormalement 
divisés  en  plusieurs  rameaux  au  niveau  du  col  du  condyle,  et  l’arra¬ 
chement  du  bout  central  qui  porte  les  rameaux  parotidiens  ne  fut  pas 
pleinement  satisfaisant.  A  gauche,  bien  que  le  nerf  fût  anormalement 
bifurqué,  je  pus  faire  un  arrachement  plus  satisfahant.  Toutefois,  je 
ne  fus  pas  sans  arrière-pensée  sur  le  résultat. 

A  ma  grande  satisfaction  il  a  été  excellent. 

A  gauche,  l’affaissement  parotidien  est  déjà  très  marqué,  réduit  des 
deux  tiers  ;  à  droite,  il  l’est  moins,  mais  il  est  très  net.  J’espère  donc 
que  d  ins  quelques  semaines  d’ici  ce  malade  sera  guéri. 

Et  Leriche  ajoute  cette  note  : 

«  Le  malade  a  été  revu  par  nous  complètement  guéri  du  côté 
gauche,  presque  complètement'guéri  à  droite.  » 


SÉANCE  DU  16  MAI 


735 


Les  deux  observations  ont  beaucoup  de  points  de  ressemblance, 
et  pour  en  expliquer  la  pathogénie  M.  Leclerc  ne  croit  pas  pou¬ 
voir  invoquer  les  oreillons,  mais  plutôt  une  dystrophie  des  tissus 
élastiques  et  musculaires  des  conduits  excréteurs  de  la  parotide. 

Cette  dystrophie,  comme  le  fait  remarquer  Leriche,  est  peut-être 
à  l’origine  de  la  pneumatocèle  parotidienne  que  l’on  observe  chez 
les  souffleurs  de  verre  dans  la  proportion  de  6  à  10  p.  100. 

L’énervation  de  la  glande  semble,  dansées  deux  observations, 
avoir  été  efficace.  Leriche ravaitdéjàrecommandéedans  les  fistules 
du  canal  de  Sténon  et  de  la  parotide,  dans  la  sialorrhée  des  aéro- 
phages,  et  du  cancer  de  l’œsophage.  Elle  trouve  do'nc  dans  cette 
nouvelle  affection  parotidienne  une  indication  de  plus,  que  nous 
pouvons  retenir. 

iij^Je  vous  prie  de  remercier  M.  Leclerc  de  nous  avoir  adressé  son 
intéressant  travail  et  de  le  publier  dans  nos  Bulletins. 


Communications. 

A  propos  d’un  cas  d'hypernéphrome  métastatique , 
par  MM  L.  SENCERT  et  P.  MASSON  (de  Strasbourg). 

Sera  publiée  dans  le  prochain  Bulletin. 


De  la  septicité 

des  parois  gastriques  et  des  lymphatiques  périgastriques 
dans  certains  ulcères  chroniques  gastro-duodénaux. 
Importance  de  cette  notion 
au  point  de  vue  des  suites  opératoires 
et  des  indications  thérapeutiques, 

par  MM.  PIERRE  DUVAL,  J.-CH.  ROUX  et  FRANÇOIS  MOÜTIER. 

Sera  publiée  dans  le  prochain  Bulletin 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Présentation  de  malade. 

Fistule  stercorale  consécutive  à  une  appendicectomie. 

Opération  extra-péritonéale.  Guérison, 

par  M.  CH.  LENORMAN’T. 

Le  malade  que  je  vous  présente  est  un  garçon  de  seize  ans,  qui'fut 
opéré,  le  20  décembre  1922,  au  troisième  jour  d’une  crise  aiguë 
d’appendicite,  avec  une  température  de  38°  8.  Je  n’ai  pu  avoir  de 
renseignement  précis  sur  les  constatations  faites  au  cours  de 
l’opération  et  sur  les  suites  immédiates  de  celle-ci.  Je  sais  seule¬ 
ment  que  la  plaie  suppura  abondamment  et  qu’au  bout  d’un  mois 
une  fistule  stercorale  s’établit. 

Lorsque  le  malade  entra  dans  mon  service,  le  20  février  1923, 
cette  fistule  existait  depuis  un  mois  environ.  C’était  un  anus  cæcal 
plutôt  qu’une  simple  fistule,  car  dans  le  fond  de  la  plaie  opéra¬ 
toire,  restée  largement  béante  et  suppurante,  on  reconnaissait  faci- 
lementle  cæcum,  avec  une  perforation  grande  comme  une  pièce  de 
50  centimes,  qui  donnait  passage  à  des  matières  liquides  en  abon¬ 
dance.  Toutes  les  matières  cependant  ne  passaient  pas  par  la 
fistule  et  une  petite  partie  continuait  à  s’évacuer  par  les  voies 
naturelles.  Par  ailleurs,  l’état  général  du  malade  était  loin  d’être 
brillant  :  pâle,  d’une  maigreur  squelettique,  il  avait  une  assez 
vaste  escarre  sacrée  et  présentait  encore,  de  temps  à  autre, 
quelques  poussées  fébriles. 

Aussi,  avant  d’en  venir  à  une  opération  intra-péritonéale  qui, 
en  raison  de  la  faiblesse  du  malade  et  de  la  souillure  incessante 
de  la  paroi  abdominale,  me  semblait  grosse  de  risques,  je  voulais 
tenter  de  fermer  cette  fistule  par  des  opérations  extra-périto¬ 
néales,  certainement  moins  sûres  dans  leur  résultat,  mais  aussi 
moins  dangereuses. 

Une  première  opération  fut  faite  le  3  mars.  Sans  aucune  anes¬ 
thésie,  j’avivai  aux  ciseaux  les  bords  de  l’orifice  intestinal,  bien 
visible  dans  le  fond  de  la  plaie;  cet  avivement  fut  assez  difficile  et 
resta  certainement  incompleL  Puis,  je  faufilai  en  bourse  un  fil  de 
lin  autour  de  l’orifice  et  je  le  serrai  ;  par-dessus,  je  fis  un  petit  surjet 
de  recouvrement,  ne  prenant  que  les  couchies  superficielles,,  séro- 
musculeuses,  de  l’intestin.  La  plaie  pariétale  fut  laissée  complète¬ 
ment  ouverte. 

Le  résultat  de  cette  tentative  parut  d’abord  nul  :  au  bout  de  qua¬ 
rante-huit  heures,  les  matières  recommençaient  à  passer  et  bientôt 
les  fils  de  la  suture  intestinale  s’éliminèrent.  Ce  n’était  pas  pour- 


SÉANCE  DU  16 


737 


tant  un  échec  complet.  Peu  à  peu  l’importance  de  l’écoulement 
stercoral  diminua,  la  plaie  se  nettoya  et  la  cicatrisation  fit  d’assez 
rapides  progrès  pour  que,  vers  le  milieu  d’avril,  au  lieu  d’un  anus 
cæcal  au  fond  d’une  cavité  suppurante,  on  fût  en  présence  d’une 
fistule  labiée,  assez  étroite.  En  même  temps,  l’état  général  s’était 
grandement  amélioré. 

Pour  achever  la  fermeture  de  cette  fistule,  j’ai  eu  recours  au 
procédé  du  dédoublement  avec  cerclage  de  l’orifice,  que  j’ai  préco¬ 
nisé  ici,  il  y  a  une  dizaine  d’années.  Cette  deuxième  opération  fut 
exécutée  le  23  avril,  sous  anesthésie  chloroformique.  J’isolai 
soigneusement,  sur  le  pourtour  de  l’orifice,  la  peau  de  la  muqueuse 
intestinale,  décollant  la  peau  sur  une  largeur  de  15  millimètres 
environ;  je.  fis  un  surjet  de  catgut  fin  sur  la  muqueuse  ;  je  cerclai 
la  fistule  au  moyen  d’un  catgut  chromé  passé  dans  l’épaisseur  de 
la  couche  musculoaponévrotique-et  je  suturai  la  peau  au  crin  de 
Florence. 

Cette  fois,  le  succès  fut  complet.  Le  troisième  jour,  il  est  vrai, 
le  malade  ayant  mangé  une  orange,  on  retrouva  un  pépin  dans  le 
pansement;  mais  cet  incident  n’empêcha  pas  la  cicatrisation  de 
se  faire,  et  aujourd’hui  la  fistule  est  fermée  depuis  quinze  jours. 

Je  sais  bien  qu’on  aurait  pu  obtenir  un  succès  plus  brillant  et 
plus  rapide  par  une  opération  intra-péritonéale  —  libération  et 
suture,  ou  résection  —  mais  je  doute  fort  que  le  malade  eût  sup¬ 
porté  sans  dommage  une  telle  intervention. 


Présentation  d’appareil. 

Attelle  métallique  interchangeable 
•pour  le  traitement  des  fractures  du  membre  supérieur 
en  chirurgie  de  guerre , 

par  M.  H.  ROUVILLOIS.  ' 

Sera  publié  dans  le  prochain  Bulletin. 


Le  Secrétaire  annuel , 
M.  OïlBRÉDANNE. 

Paris.  —  T„  Marrtheux,  imprimeur,  1,  rue  Cassette. 


SÉANCE  DU  23  MAI  1923 


Présidence  de  M.  Mauclaire. 


Procès-verbal. 


/fc  *  V* 

P? 


La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  mise 
aux  voix  et  adoptée. 


Correspondance. 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Lçs  journaux  et  publications  périodiques  de  la  semaine. 
2°.  —  Des  lettres  de  MM.  Cadknat,  Cauchoix  et  Sauvé,  s’excusant 
de  ne  pouvoir  assister  à  la  séance. 


A  propos  de  la  correspondance. 

Un  travail  de  M.  Marais  (de  Caen),  intitulé  :  Tumeur  'primitive 
de  la  dois ortre cto-vaginale  ( myome ),  ablation  de  la  tumeur  par  voie 
abdominale.  Guérison. 

M.  Savariaud,  rapporteur.  • 


M.  le  Président  annonce  que  MM.  Chauvel  (de  Quimper)  et 
Hardpüin  (de  Rennes),  membres  correspondants,  assistent  à  la 
séance. 


A  propos  du  procès-verbal. 

Le  cloisonnement  du  vagin 
comme  traitement  des  prolapsus  génitaux. 

M.  Germez.  —  Chifoliau  nous  a  demandé  d’apporter,  ici,  les 
résultats  de  nos  opérations  pour  prolapsus  génital  (type  Lefort 
élargie). 

Je  l’ai  pratiquée  deux  fois  chez  des  femmes  de  soixante-sept  et 

BULL.  BT  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CHIR.,  1923.  —  N°  18.  55 


740 


SOCIÉTÉ  UE  CHIRURGIE 


soixante-neuf  ans,  venues  me  consulter  parce  que,  obligées  de 
retravailler,  elles  ne  le  pouvaient  par  suite  de  leur  infirmité  ;  pré¬ 
venues  des  conséquences  de  l’intervention,  elles  l’avaient  acceptée. 

Voici  les  avantages  que  j’ai  reconnus  à  cette  opération  ; 

1°  Innocuité  absolue  à  l’anesthésie  locale  ; 

2°’  Simplicité  opératoire;  l'affrontement  par  des  fils  en  bourse, 
serras,  comme  nous  l’a  montré  Savariaud  dans  les  colpectomies, 
est  des  plus  faciles  et  empêche  tout  espace  mort; 

3°  Rééditât  éloigné,  datant  d’un  an,  excellent. 

Chez  ces  deux  femmes  l’utérus  sénile  était  atrophié, quasiment, 
sans  sécrétions  cervicales. 

Je  souscris  complètement  aux  conclusions  de  Murard  et  Com- 
bier,  et  j’ajoute  aux  indications  qu’ils  posent  celle  d’un  utérus 
atrophié,  sec  pourrait-on  dire. 

Je  me  suis  trouvé,  en  effet,  il  y  a  six  mois,  en  face  d’un  cas  de 
conscience  assez  difficile  à  résoudre: 

Femme,  soixante-six  ans,  veuve,  ne  pouvant  plus  travailler,  avec 
prolapsus  total,  utérus  de  volume  normal,  hors  de  la  vulve,  mais 
gros  col  ulcéré,  à  sécrétion  glaireuse  abondante;  l’état  général 
n’était  guère  brillant,  et  la  pauvre  femme,  emphysémateuse,  avait 
un  cœur  parfois  défaillant! 

Quelle  conduite  fallait-il  tenir?  Je  lui  fis,  dans  un  premier 
temps*  à  l’anesthésie  locale,  une  hystérectomie  vaginale.  Les 
suites  en  furent  d’une  bénignité  et  d’une  simplicité  vraiment 
curieuses;  trois  semaines  après,  une  plastie  périnéale  vint  par¬ 
faire  le  résultat. 

Je  cite  cette  observation  ;  j’ignore  s’il  y  a,  aujourd’hui,  beaucoup 
de  faits  semblables,  et,  peut-être,  pareille  conduite  pourrait-elle 
être  suivie  avec  bénéfice  dans  de  semblables  circonstances. 


Traitement  des  fistules  stercorales  muco-culanëes. 

M.  Tuffier.  —  Le  malade  que  nous  a  présenté  M.  Lenormant 
dans  la  dernière  séance  et  qu’il  avait  guéri  par  un  simple  dédou¬ 
blement  du  muco -cutané  m’engage  à  vous  communiquer  le  fait 
suivant  : 

J’ai  opéré,  en  1916,  un  malade  porteur  d’une  fistule  stercorale 
muco-cutanée  consécutive  à  une  opération  d’appendicite  prati¬ 
quée  sur  ma  demande  par  mes  collègues  Jalaguier  et  Brun  en  1903. 
Le  malade  avait  été  moribond  pendant  plusieurs  semaines  par 
gangrène  du  petit  bassin,  la  convalescence  avait  duré  des  mois. 
Quand  il  fut  rétabli,  la  fistule  était  très  petite,  donnant  très  peu, 


SÉANCE  DO  23  MAI 


741 


et  ni  Jalaguier,  dî  moi  n’étions  tentés  d’y  loucher,  trop  heureux  de 
voir  le  malade  encore  vivant.  En  1914,  il  partit  dans  l’auxiliaire 
d’artillerie.  En  septembre  1916,  à  la  suite  d’efforts,  il  présenta  un 
accident  très  curieux,  ce  fut  une  hernie  de  la  paroi  postérieure 
de  l’intestin  à  travers  l’orifice  de  la  fistule.  Les  médecins  du 
front,  fort  effrayés,  m’envoyèrent  le  malade  qu’ils  savaient  me 
toucher  de  très  près.  11  entre  à  l’hôpital  auxiliaire  73.  La  gravité 
du  cas,  l’état  général  mauvais,  m’engagèrent  à  pratiquer  l’opé¬ 
ration  la  plus  rapide  et  la  plus  inoffensive  tout  en  restant  effi¬ 
cace.  J’ai  pratiqué  bien  des  opérations  de  fistules  par  extériorisa¬ 
tion  de  l’intestin,  résection  du  trajet  et  suture  en  étage  de  l’intestin 
et  de  la  paroi  ;  dans  le  cas  présent,  au  contraire,  je  séparai  simple¬ 
ment  la  muqueuse  de  la  peau  assez  loin’  pour  avoir  deux  lam¬ 
beaux  bien  mobiles,  l’un  cutané,  l’autre  intestinal,  sans  pénétrer 
dans  le  péritoine.  Suture  de  la  paroi  intestinale  au  catgut  00,  et 
très  exactement  sans  pénétrer  dans  la  muqueuse,  fermeture  de 
la  paroi  au  crin.  Quand  j’enlevai  les  fils  au  cinquième  jour,  certai¬ 
nement  il  avait  dû  filtrer  quelques  gaz  ou  quelques  matières 
intestinales,  l’odeur  du  pansement  l’attestait,  au  grand  désespoir 
du  malade.  Au  second  pansement  tout  était  terminé.  Ce  jeune 
homme  opéré  depuis  sept  ans  n’a  ni  hernie,  ni  accidents  quel¬ 
conques  :  il  est  en  parfaite  santé  et  se  livre  à  tous  les  sports.  Je 
crois  que  dans  ces  cas  particulièrement  graves,  la  méthode  la 
plus  simple  et  la  plus  inoffensive  peut  devenir  parfaitement 
efficace. 


Rapports. 

Calcul  biliaire  ayant  déterminé  une  occlusion  intestinale  aiguë, 
par  M.  Capette, 

Chirurgien  des  Hôpitaux. 

Rapport  de  M.  SAVARIAUD. 

Dans  la  séance  du  10  janvier  dernier,  M.  Capette  nous  a  pré¬ 
senté  un  volumineux  calcul  biliaire  ayant  déterminé  une  occlusion 
intestinale;  il  a  joint  une  courte  observation  désirant  simplemei  t 
ajouter  un  cas  nouveau  à  ceux  relatés  lors  de  la  discussion  qui , 
ici,  en  mai  1921,  suivit  le  rapport  de  M.  Robineau,  â  propos  d’un 
cas  du  Dr  Petit,  de  Niort. 

Je  me  bornerai  à  énumérer  les  quelques  particularités  de  l’obser¬ 
vation  en  question;  il  s’agissait  d’un  homme,  le  fait  est  relative- 
vement  rare,  âgé  de  soixante-deux  ans,  sans  aucun  passé  hépato- 


742 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


biliaire,  malgré  ce  calcul  volumineux,  véritable  moule  de  vésicule 
biliaire,  du  poids  de  25  grammes  à  l’état  sec.  Comme  symptôme 
unique  pendant  cinq  jours,  un  hoquet  continu  et  violent,  étiqueté 
hoquet  épidémique  et  rebelle  à  tous  les  antispasmodiques.  Ce  fut 
ensuite  un  syndrome  d’occlusion  intestinale  incomplète,  avec  des 
crises  de  ballonnement,  mais  sans  vomissements  et  sans  arrêt  des 
matières  et  des  gaz. 

L’opération  eut  lieu  le  neuvième  jour  :  calcul  à  un  mètre  de 
l’angle  duodéno  jéjunal,  extrait  par  entérotomie  ainsi  qu’une 
cuvette  de  liquide  fécal;  le  malade  résista  sept  jours  et  finalement 
s’éteignit,  malgré  le  réveil  de  la  contractilité  intestinale. 

Je  crois  inutile  d’ouvrir  une  discussion  sur  les  cas  d’iléus 
biliaire,  mais  cela  n’empêche  pas  d’accumuler  les  documents  ni  de 
signaler  les  particularités  qui  peuvent  être  relevées  dans  les 
observations  de  ce  genre  et  c’est  à  ce  titre  que  doit  être  retenue 
l’observation  de  M.  Capetle. 


Sigmoidite  chronique  prise  pour  une  tumeur  annexielle. 
Résection  et  suture  termino-terminale.  Hystérectomie.  Guérison , 

par  M.  le  Dr  L.  Moreau  (d’Avignon). 

Rapport  de  M.  SAVARIAUD1. 

Notre  confrère  M.  le  Dr  Moreau  (d’Avignon)  nous  a  adressé  une 
observation  des  plus  intéressantes  au  triple  point  de  vue  anato¬ 
mique,  clinique  et  opératoire. 

Au  point  de  vue  anatomique,  M.  Moreau  a  eu  affaire  à  une  sténose 
hypertrophique  de  l'anse  oméga.  D’après  le  dessin  qu’il  nous  a. fourni  de 
la  pièce,  il  est  facile  de  se  rendre  compte  que  le  rétrécissement  était 
de  forme  cylindrique,  que  les  parois  mesuraient  plusieurs  centimètres 
d’épaisseur  et  que  sur  une  longueur  de  3  à  4  centimètres  ta  lumière 
intestinale  était  presque  filiforme.  Il  n’y  avait  aucune  ulcération  sur 
la  muqueuse. 

Au  point  de  vue  microscopique  (Drs  Ranque  et  Sénez),  la  muqueuse 
est  normale.  En  revanche,  la  musculeuse  est  considérablement  hyper¬ 
trophiée  et  sclérosée,  avec  infiltration  de  polynucléaires  et  de  lympho¬ 
cytes,  sans  aucun  caractère  de  tuberculose. 

En  même  temps  que  cette  pièce  des  plus  curieuses,  coexistaient 
un  utérus  et  des  annexes  chroniquement  enflammés.  Les  trompes 
étaient  dilatées,  et  renfermaient  un  liquide  purulent. 

.  Au  point  de  vue  clinique,  on  aurait  pu  croire  qu’un  rétrécissement 
aussi  serré  de  l’intestin  aurait  occasionné  des  signes  d’occlusion  chro- 


SÉANCE  DU  23  MAI 


743 


nique,  voire  même  d’occlusion  aiguë.  Il  n’en  fut  rien,  les  symptômes 
étaient  ceux  d’une  péri-métro-salpingite  banale  avec  température  élevée 
(40°  pendant  quelques  jours)  et  pouls  rapide.  Au  toucher,  la  masse 
intestinale  bombée  dans  le  Douglas  donnait  l’impression  d’une  salpingo- 
ovarite  vulgaire. 

En  présence  de  ces  symptômes,  notre  confrère  envisagea  tout 
d’abord  la  colpotomie,  qui  en  l’espèce  eût  été  déplorable,  il  le  dit 
lui-même;  puis,  fort  heureusement,  il  fit  une  laparotomie.  Celle-ci  fut 
faile  sous  rachianesthésie  à  la  scurocaïne  (0  gr.  10)  le  30  octobre  1921. 

L’utérus  et  les  annexes  sont  libérés 
péniblement  et  lentement  des  anses  in¬ 
testinales  qui  leur  adhèrent  et  qui  les 
masquent.  L’utérus  est  fendu  sur  la  ligne 
médiane  jusqu’à  l’isthme  et  les  annexes 
enlevées.  Dans  le  Douglas,  on  voit  alors 
bomber  une  tumeur  dure,  le  doigt  en¬ 
foncé  dans  le  rectum  permet  de  recon¬ 
naître  la  tumeur  que  l’on  sentait  avant 
l’opération.  On  arrive  à  la  situer  dans 
l’intestin  lui-même  et  on  en  a  bientôt 
la  preuve  lorsque,  au  cours  de  la  dissec¬ 
tion,  la  paroi  friable  se  déchire  et  que, 
de  la  perforation,  on  voit  sourdre  des 
matières  fécales.  La  restauration  d’un 
intestin  aussi  altéré  paraissan  impos¬ 
sible,  M.  Moreau  prend  le  parti  de  le 
réséquer  sur  une  longueur  de  10  centi¬ 
mètres.  Suture  circulaire  totale  des  deux 
bouts  au  catgut  :  en  un  seul  plan  total, 
le  plan  séro-séreüx  étant  rendu  impos¬ 
sible  pat>  suite  de  la  minceur  et  de  la 
friabilité  du  bout  inférieur.  Une  perfo¬ 
ration  du  bout  inférieur  du  diamètre 
d’une  pièce  de  deux  francs  est  aveuglée. 

Au  moment  de  terminer,  notre  con¬ 
frère  découvre  une  ulcération,  lie  de  vin,  plus  large  qu*une  pièce  de 
deux  francs,  faisant  saillie  en  surface,  sorte  de  champignon  induré 
qui  infiltre  toute  la  circonférence  d’une  anse  grêle  en  la  rétrécissant  ' 
Hésitant,  cela  se  comprend,  devant  une  nouvelle  résection,  le  Dr  Moreau 
se  contente  d’enfouir  sous  un  point  en  bourse  cette  ulcération  peu 
rassurante,  qu’il  recouvre  encore  d’un  lambeau  épiploïque. 

Après  avoir  péritonisé  avec  soin  le  bassin,  notre  confrère,  peu  con¬ 
fiant,  cela  se  conçoit,  dans  sa  suture  termino-terminale  du  gros  intestin, 
a  le  soin  de  passer  en  arrière  d’elle  un  lube  de  caoutchouc  qui  la 
coude,  mais  qui  l’attire  au  contact  de  la  paroi  où  il  la  üxe  par  quelques 
catguts  au  péritoine  pariétal. 

Les  suites  de  cette  opération  un  peu  rudimentaire  furent  assez  mou¬ 
vementées,  mais  beaucoup  plus  heureuses  en  somme  qu’on  n’était  en 


744  SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


droit  de  l’espérer.  Le  quatrième  jour  les  gaz  sortent  par  la  plaie.  Le 
lendemain,  on  enlève  le  tube  qui  coudait  l’intestin  et  on  le  remplace 
par  une  mèche. 

Le  sixième  jour,  issue  assez  abondante  de  matières  fécales.  Le 
neuvième  jour,  un  lavement  revient  en  totalité  par  la  plaie.  On  a  bien¬ 
tôt  la  preuve  que  la  désunion  des  deux  bouts  est  totale  et  que  le  bout 
supérieur  se  Vide  dans  le  bassin  d’où  les  matières  sont  finalement 
expulsées.  Fort  heureusement,  la  plaie  se  ferme  peu  à  peu,  l’anus  total 
n’est  plus  bientôt  qu’une  fistule,  une  partie  des  matières  reprenant 
leur  cours  habituel.  Enfin,  au  bout  de  deux  mois,  c’est-à-dire  au  bout 
d’un  temps  extraordinairement  court,  la  fistule  se  ferme,  tandis  que  la 
malade  signale  l’issue  de  quelques  matières  par  le  vagin.  Toutefois,  au 
bout  de  quelques  jours,  ce  suintement  vaginal  disparaît  et  la  plaie 
abdominale  est  complètement  cicatrisée. 

Notre  confrère  a  revu  son  opérée  un  an  environ  après  son  opération. 
La  cicatrice  est  à  peine  visible,  la  malade  a  repris  12  kilogrammes. 
Elle  va  à  la  selle  sms  lavement  et  son  état  général  est  superbe. 

En  somme,  notre  confrère  a  eu  affaire  à  une  sténose  inflamma¬ 
toire  ou  rétrécissement  hypertrophique  de  l’S  iliaque.  Comme  dans 
le  cas  de  Lapointe  (1),  cette  sorte  de  boudin  fibreux  simulait  une 
salpingite  et  malgré  l’étroitesse  du  défilé  ne  déterminait  aucune 
gêne  apparente  de  la  circulation  intestinale.  Une  pareille  lésion 
n’était  justiciable  que  d’une  méthode,  l’exérèse  et  la  suture  intes¬ 
tinale.  Celle-ci,  en  raison  des  conditions  très  pénibles,  fut  faîle 
d’une  façon  rudimentaire,  mais  avec  la  précaution  très  heureuse 
d’extérioriser  la  suture.  Grâce  à  cette  précaution,  des  adhérences 
protectrices  eurent  le  temps  de  se  constituer  et,  lorsque  la  désu¬ 
nion  prévue  se  produisit,  il  n’eD  résulta  qu’une  péritonite  locale. 
Ce  qu’il  y  a  de  plus  remarquable  dans  cette  opération,  c’est  que 
malgré  une  désunion  totale,  dont  notre  confrère  eut  la  preuve-, 
il  se  fit  une  réunion  secondaire  des  deux  bouts,  sans  rétrécisse¬ 
ment  consécutif  et  après  une  fistulisation  tout  à  fait  passagère. 

Je  termine  en  vous  proposant  de  remercier  notre'  confrère 
d’Avignon  et  de  conserver  son  mémoire  dans  nos  archivés. 

M.  Arrou.  —  Comme  M.  Moreau,  j’ai  réséqué  un  segment  bas 
situé  du  gros  intestin,  qu’une  suture  à  un  seul  plan  réussit  à  fer¬ 
mer.  Impossible  de  faire  un  second  plan  pour  cause  d’excessive 
minceur  de  la  paroi  intestinale,  et  aussi  par  difficulté  extrême  à 
agir  dans  la  profondeur.  Mais,  bien  plus  que  M.  Moreau,  j’ai 
drainé  le  foyer  suturé,  avec  deux  ou  trois  drains,  je  ne  sais  plus 
aujourd’hui  le  nombre,  car  cela  date  de  plusieurs  années.  La 
fistule  ne  larda  guère  à  se  produire  ;  mais  elle  se  ferma  sponta¬ 
nément  par  la  suite. 

(1)  Lapointe.  Bull,  et  Mém.  de  la  Sociélé  de  Chirurgie ,  25  octobre  1922. 


SÉANCE  DU  23  MAI 


745 


J’entends  dire  qu’un  lavement  est  revenu  tout  entier  par  la 
fistule  de  la  malade  de  M.  Moreau  ;  voilà  qui  n’esl  pas  fait  pour 
étonner.  Mais  pourquoi  donner  un  lavement?  Il  vaut  mieux  lais¬ 
ser  les  choses  tranquilles,  très  tranquilles,  et  ne  les  «  agiter  »,  si 
j’ose  dire,  ni  par  des  altouchements  quelconques,  ni  par  des  lave¬ 
ments.  Cela  doit  guérir  à  l’absolu  repos. 

M.  Savahiaud.  —  Je  crois  que  si  M.,  Moreau  avait  pu  faire  deux 
rangées  de  sutures  il  les  eût  faites  et  j’espère  qu’il  aurait  guéri  sa 
malade.  S’il  n’a  fait  qu’un  rang  de  sutures,  c’est  qu’il  n’a  pas  pu 
en  faire  davantage.  Je  vous  rappelle  qu’en  plus  de  sa  sténose 
hypertrophique  sa  malade  avait  une  perforation  du  bout  inférieur 
et  une  ulcération  de  l’intestin  grêle.  Notre  confrère  a  fait  ce  qu'il 
a  pu;  il  a  guéri  sa  malade  avec  des  moyens  de  fortune  et  à  ce 
titre,  me  semble-t-il,  il  mérite  nos  félicitations. 


Dissection  d'une  pièce  de  luxation  subtotale 
du  carpe  rétro-lunaire, 

par  M.  Ferrari, 

Chirurgien  des  hôpitaux  d’Alger,  - 
et  M.  Vergoz, 

Prosecteur  à  Alger. 

Rapport  de  M.  ALBERT  MOUCHET. 

MM.  Ferrari  et  Vergoz  (d’Alger)  nous  ont  adressé  récemment 
une  pièce  de  luxation  subtotale  du  carpe  rétro-lunaire,  accom¬ 
pagnée  de  radiographies  et  de  dessins,  sur  laquelle  j’ai  été  chargé 
de  vous  faire  un  rapport. 

Celte  pièce  provient  d’un  cavalier  qui,  dans  une  chute  de  cheval, 
fut  atteint  de  contusions  multiples,  de  la  lésiqn  traumatique  du 
carpe  gauche  qui  fait  lé  sujet  de  ce  rapport  et  d’un  écrasement  du 
thorax  auquel  il  succomba  rapidement.  MM.  Ferrari  et  Vergoz 
avaient  diagnostiqué  la  luxation  carpienne  avant  la  mort  du  blessé. 

Les  lésions,  mises  en  évidence  par  la  dissection  du  carpe,  pré¬ 
sentent  un  réel  intérêt,  comme  vous  allez  le  voir,  et  elles  méritent 
de  nous  arrêter  quelques  instants.  MM.  Ferrari  et  Vergoz  les  ont 
minutieusement  notées. 

Le  semi-lunaire  est  chassé  en  avant  et  à  demi  dressé  sur  sa  corne 
postérieure  (fig.  1),  il  dirige  son  grand  axe  en  bas  et  en  arrière,  de 


746 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


telle  sorte  que  sa  face  inférieure  concave  regarde  en  avant.  La  capsule 
est  rompue;  déchirée  longitudinalement,  elle  flotte  dans  le  canal 
carpien.  La  corne  postérieure  est  libre,  elle  a  ramené  avec  elle  le  frein 
postérieur  radio-lunaire  qu’on  distingue  très  bien  sur  la  pièce;  la 
corne  antérieure,  au  contraire,  tient  toujours  au  bord  radial  anté¬ 
rieur;  projetée  en  avant,  elle  a  fortement  tendu  le  ligament  radio- 
lunaire  antérieur  qui  se  montre  sous  la  forme  d’un  cordon  blanc  et 
nacré  sur  le  versant  externe  de  l’osselet. 

Le  scaphoïde  n’est  ni  fracturé,  ni  déplacé  :  il  s’est  tout  simplement 
luxé  en  arrière  avec  la  tête  du  grand  os  et  le  pyramidal;  en  effet,  il  a 
gardé  ses  rapports  intimes  avec  le  trapèze  et  le  trapézoïde  et,  en  le 
soulevant,  on  constate  que  la  crête  antéro-postérieure  de  la  surface 
articulaire  du  pied  scaphoïdien  est  bien  en  présence  de  l’interligne 
trapézo-trapézoïdien  ;  d’autre  part,  le  scaphoïde,  coiffe  normalement  la 
tête  du  grand  os.  Ce  scaphoïde  s’est  luxé  en  arrière  avec  le  carpe 
derrière  le  lunaire,  «  il  a  quitté  son  alvéole  radio-lunaire  «  (Jeanne  et 
Mouchet),  et  présente  dans  toute  son  étendue  sa  surface  articulaire 
radiale  ;  le  radius  a  filé  en  avant.  Avec  le  carpe,  le  scaphoïde  a  subi 
un  mouvement  d’ascension  de  telle  sorte  qu'une  bonne  partie  de  son 
extrémité  supérieure  se  trouve  sur  la  face  postérieure  du  radius. 

Comme  l’osselet  a  conservé  ses  rapports  classiques,  d’une  part,  avec 
le  trapèze  et  le  trapézoïde  ;  d’autre  part,  avec  le  grand  os,  la  mise  à  nu 
de  sa  surface  articulaire  radiale  ne  peut  être  due  qu’à  une  luxation 
radio-scaphoïdienne  ;  toute  la  violence  a  porté  sur  la  colonne  externe 
du  carpe,  et  si  ni  le  radius,  ni  le  scaphoïde  n’ont  cédé, ïl  s’est  fait  une 
dislocation  de  cette  cplonne  osseuse  :  au -télescopage,  les  différents 
chaînons  ont  résisté,  mais  ils  ont  glissé  les  uns  sur  les  autres. 

L’extrémité  inférieure  du  radius  a  subi  un  mouvement  de  rotation 
d’arrière  en  avant  et  de  dehors  en  dedans;  il  a  fallu,  pour  que  se 
produise  la  luxation  radio-carpienne,  qu’au  mouvement  de  flexion  se 
joigne  un  mouvement  de  torsion. 

Coincé  par  le  trapèze  et  le  trapézoïde  et  profitant  de  Ja  torsion 
radiale  sur  l’axe  antéro-postérieur  du  carpe,  le  scaphoïde  a  brusque¬ 
ment  quitté  la  cupule  radiale  pour  filer  en  arrière,  échappant  par 
cette  luxation  à  sa  fracture  classique,  et  c'est  son  pied  qui  se  trouve 
maintenant  pris  entre  le  pilon  radial  en  haut  et  l’appareil  trapézo- 
trapézoïdien  en  bas  (flg.  2). 

Si  l’on  regarde  les  faits  d’un  peu  plus  près,  il  semble  qu’une  sub¬ 
luxation  se  soit  produite  entre  le  trapèze  et  le  premier  métacarpien, 
et  l’on  peut  supposer  que  le  mouvement  de  torsion  du  radius  s’est 
propagé  dans  la  colonne  externe,  entraînant  ainsi  le  trapèze  qui  a 
quitté  en  partie  la  surface  articulaire  du  premier  métacarpien  dénudée 
dans  son  tiers  externe. 

Nous  avons  donc  affaire,  eu  résumé,  à  une  dislocation  de  toute  la 
colonne  externe  du  carpe  sans  fracture  ;  deux  chaînons  ont  glissé  en 
avant,  le  chaînon  radial  et  le  chaînon  trapèze  ;  deux  sont  restés  en 
arrière  :  le  scaphoïde  et  le  premier  métacarpien  (flg.  2).  Le  grand  os 
n’a  pas  bougé,  certes  il  se  trouve  sur  un  plan  postérieur  par  rapport  à 


SÉANCE  DU  23  MAI 


747 


l’appareil  radio-lunaire,  mais  c’est  bien  ce  dernier  qui  l’a  abandonné  ; 
la  surface  articulaire  de  la  tête  du  grand  os  est  dénudée,  flanquée  à 
droite  du  scaphoïde,  à  gauche  du  pyramidal  ;  elle  laisse  entre  elle 
et  le  squelette  antibrachial  une  fossette  qui  est  la  niche  déshabitée  du 
lunaire. 

Le  pyramidal  fait  saillie  en  arrière  avec  le  scaphoïde  et  le  grand  os. 

En  ce  qui  concerne  les  parties  molles,  MM.  Ferrari  et  Vergoz  n’ont 


Fib.  1  et  2. 


rien  noté  du  côté  des  tendons  et  des  neifs,  mais  ils  ont  recueilli  des 
détails  précieux  sur  la  capsule  articulaire  et  les  ligaments. 

En  avant,  c’est  la  capsule  déchirée  sur  toute  sa  hauteur,  en  arrière, 
les  ligaments  rompus  et  arrachés  :  la  fronde  ligamenteuse  de  la  pre¬ 
mière  rangée,  autrement  dit,  le  ligament  sçapho-pyramidal  a  arraché 
son  insertion  externe;  son  extrémité,  en  effet,  est  effilochée,  et  le 
scaphoïde  présente  une  fracture  parcellaire  signature  de  cet  arrache¬ 
ment  ligamentaire. 

Même  lésion  au  niveau  du  pyramidal  se  rapportant  à  l’attache  inter¬ 
osseuse,  unissant  cet  os  au  lunaire. 

Si  on  fait  bâiller  l’interligne  articulaire  en  inclinant  l’avant-bras  du 
côté  cubital,  on  note  un  autre  détail  intéressant;  la  conservation  du 
faisceau,  transverse  du  ligament  antérieur  de  1  articulation  radio- 


748 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


carpienne.  Le  faisceau  oblique  radio-cubital  a  été  rompu  :  on  voit  une 
de  ses  extrémités  flotter  librement  dans  l'interligne  articulaire  ;  le 
faisceau  transverse,  au  contraire,  est  resté  intact,  le  semi-lunaire 
s’étant  véritablement  énucléé  entre  lui  et  le  radius,  le  ligament  est 
maintenant  tendu  comme  une  corde  rigide,  et  bride  la  convexité  de 
l'osselet,  expliquant  pourquoi  il  est  parfois  absolument  impossible  de 
réduire  par  des  manœuvres  externes  la  luxation  du  lunaire. 

L’observation  de  MM.  Ferrari  et  Vergoz  m’a  paru  d’autant  plus 
intéressante  qu’elle  est  une  des  rares  autopsies  de  lésions  trau¬ 
matiques  récentes  du  poignet  qui  aient  pu  être  pratiquées.  Elle 
vient  confirmer  les  données  expérimentales  qu’après  Destot  et 
M.  Pierre  Delbet  nous  avons  cherché,  Jeanne  et  moi,  à  mettre  en 
valeur  dans  notre  rapport  au  Congrès  de  Chirurgie  de  4919  ;  elle 
légitime  enfin  la  dénomination  que  nous  avons  proposée  de 
«  luxation  subtotale  du  carpe  rétro-lunaire  ». 

Je  vous  propose  donc,  Messieurs,  de  remercier  MM.  Ferrari 
et  Yergoz  de  nous  avoir  communiqué  leur  très  intéressante 
observation  et  de  publier  celle-ci  intégralement  dans  nos  Bulletins. 

M.  Paul  Mathieu.  —  L’examen  de  la  pièce  présentée  par  M.  Mou- 
chet  est  très  intéressant. 

Je  crois  qu’il  faut  insister  sur  la  persistance  du  faisceau  trans¬ 
verse  du  ligamentantérieurradio-carpien  derrière  le  semi-lunaire. 
Il  constituait  peut-être  une  cause  d’irréductibilité  dans  ce  cas. 


Communications. 

A  propos  d’un  cas  d'hypernéphrome  métastatique , 
par  MM.  L.  SENCERT  et  P.  MASSON  (de  Strasbourg). 

On  sait  combien  sont  fréquentes  les  métastases,  surtout  les 
métastases  osseuses,  au  cours  de  l’évolution  des  hypernéphromes. 
On  connaît  même  quelques  cas  dans  lesquels  la  métastase  osseuse 
constitua  le  symptôme  essentiel.  Albrecht  avait,  il  y  a  longtemps 
déjà,  attiré  l’attention  sur  ce  point  et,  dans  quatre  des  vingt-sept 
cas  d’hypernéphromes  qui  constituent  sa  statistique,  la  métastase 
osseuse  avait  été  le  premier  symptôme.  Thierry  (de  Munich),  qui  a 
récemment  publié  vingt  et  un  cas  d’hypernéphromes,  opérés  par 
lui  de  1903  à  1921,  dit  que  dans  plusieurs  de  ces  cas  la  métastase 
osseuse  fut  également  le  premier  symptôme  de  la  tumeur.  Il  y  a 


SÉANCE  1)U  23  MAI 


749 


quelques  années,  Walther  rapportait  ici  même  un  cas,  opéré  par 
Girou  (d’Aurillac,)  d’hypernéphrone  métastatique  del’olécrâne.  Et 
cependant  ce  sont  là  encore  des  faits  rares  et  assez  mal  connus. 
Les  problèmes  qu’ils  peuvent  poser  au  chirurgien  sont  multiples 
et  difficiles  à  résoudre,  ainsi  qu’en  témoigne  l’observation 
suivante,  que  nous  croyons 
utile  de  rapporter  en  détail  : 

Le  28  novembre  1922  se  pré¬ 
sentait,  à  là  Clinique  chirurgi¬ 
cale  A.,  M.  R...,  de  Metz,  en¬ 
voyé  par  son  médecin  pour  une 
tumeur  haut  située  de  la  cuisse 
gauche. 

M.  R...  nous  raconta  qu’il 
avait  joui  d’une  excellente  santé 
jusqu’il  y  a  trois  mois  environ. 

A  ce  moment,  il  commença  à 
ressentir  à  la  fin  de  la  journée 
une  certaine  fatigue  dans  le 
membre  inférieur  gauche.  Bien¬ 
tôt  apparurent  des  douleurs  au 
niveau  de  la  racine  de  la  cuisse, 
douleurs  affectant  le  type  né¬ 
vralgique  et  se  propageant  dans 
toute  la  hauteur  de  la  cuisse  et 
de  la  jambe.  Ces  symptômes, 
douleurs  et  fatigue,  allèrent  en 
s’accentuant  jusqu’aujourd’hui 
sans  présenter  la  moindre  ré¬ 
mission.  Depuis  quelques  se¬ 
maines  le  malade  souffre  beau¬ 
coup  la  nuit  et  ne  dort  plus. 

C’est  dans  ces  conditions  qu’il 
se  présente  à  l’hôpital. 

Examiné  debout,  le  malade 
ne  présente  pas  grand  symp¬ 
tôme;  il  marche  avec  une  lé¬ 
gère  boiterie,  mais  peut  s’appuyer  fortement  sur  le  membre  inférieur 
gauche. 

Examiné  couché,  il  présente  au  niveau  de  la  racine  de  la  cuisse 
gauche  une  tuméfaction  volumineuse  qui  double  presque  le  périmètre 
de  la  cuisse  à  l’union  de  son  tiers  supérieur  avec  son  tiers  moyen. 
Cette  tuméfaction  est  diffuse;  on  ne  peut  en  préciser  les  limites,  ni  vers 
le  haut,  ni  vers  le  bas.  Elle  est  généralement  dure,  un  peu  ramollie 
dans  sa  partie  externe,  au-dessous  de  la  région  trochantérienne.  La 
peau  est  mobile  sur  la  tumeur  et  ne  présente  pas  trace  d’infiltration. 
Il  existe  sous  la  peau  une  circulation  collatérale  très  marquée.  Dans 


750 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


l’aine,  dans  la  fosse  iliaque  externe,  dans  la  région  fessière,  rien 
d’anormal.  La  radiographie  faite  immédiatement  (flg.  1)  montre  des 
altérations  osseuses  importantes.  Immédiatement  au-dessous  du  massif 
trochantérien,  la  diaphyse  fémorale  est  comme  usée  sur  une  longueur 
de  15  à  .18  centimètres.  La  couche  compacte  externe  a  disparu,  et  des 
parties  profondes  de  l’os  partent  des  travées  qui  gagnent  les  parties 
molles  dans  toute  l’étendue  de  la  tumeur. 

Cet  aspect  radiographique  du  fémur,  les  constatations  cliniques 
résumées  ci-dessus,  la  marche  et  l’évolution  de  la  maladie  ne 
laissaient  aucun  doute  sur  le  diagnostic.  Il  s’agissait  évidemment 
d'une  tumeur  maligne  à  point  de  départ  osseux. 

Un  tel  diagnostic  commande  une  intervention  radicale  immédiate. 

Il  n’y  avait  donc  qu’à  proposer  au  malade  l’amputation  haute  de  la 
cuisse,  ou  mieux  la  désarticulation  de  la  hanche.  Pourtant,  nous 
rappelant  les  cas  de  tumeurs  osseuses  à  apparence  radiologique 
analogue  et  pour  lesquelles  l’expérience  nous  a  appris  qu’un  traitement 
conservateur  peut  suffire,  nous  avons  décidé  de  faire  avant  tout  une 
incision  exploratrice  sur  la  tumeur  et  d’en  prélever  un  petit  fragment' 
aux  fins  d’examen  microscopique. 

Le  29  novembre,  à  l’anesthésie  locale,  nous  faisons  à  la  face  externe 
de  la  cuisse,  immédiatement  au-dessous  du  trochanter,  une  incision 
de  10  centimètres  de  longueur,  nous  conduisant  droit  sur  la  tumeur. 
Celle-ci  présente  une  coque  osseuse  mince  et  ramollie,  se  laissant 
inciser  au  bistouri.  A  peine  cette  coque  est-elle  incisée  qu’une  hémor¬ 
ragie  importante  se  produit  aux  dépens  du  tissu  tumoral.  Nous  pré¬ 
levons  rapidement  un  fragment  de  tumeur  à  l’intérieur  de  la  coque  et 
nous  tamponnons  la  cavité.  Fermeture  des  parties  molles  au  ûl  de  lin. 
L’examen  microscopique  de  la  biopsie  a  donné  le  résultat  suivant  : 

Biopsie.  —  Les  minuscules  fragments  prélevés  sont  de  structure  fort 
diverse. 

Les  uns  comportent  des  travées  osseuses  anastomosées,  séparées 
par  de  larges  lacunes  médullaires,  les  unes  remplies  par  une  trame 
conjonctive  fort  lâche,  les  autres  par  du  tissu  de  granulation  où 
dominent  les  cellules  rondes.  Les  travées  osseuses  elles- mêmes  sont, 
suivant  les  points,  bordées  par  une  rangée  d’ostéoblastes,  ou  directe¬ 
ment  par  la  moelle  ou  par  des  myéloplaxes.  Elles  sont  inégalement 
calcifiées  et  leurs  cellules  profondes,  parfois  vaguement  arrondies, 
chondroïdes.  Somme  toute,  ces  fragments  osseux  répondent  à  un  pro¬ 
cessus  d'ostéite  productive  ici,  raréfiante  là. 

Les  autres  sont  de  constitution  toute  différente  ;  cordons  de  largeur 
variable,  formés  de  grandes  cellules  claires  à  protoplasme  invisible  où 
réduit  à  une  trame  lâche  et  imprécise.  La  membrane  est  par  contre 
bien  dessinée.  Le  noyau  occupe  en  général  la  région  moyenne  de 
chaque  élément. 

Suivant  les  points,  ces  cordons  sont  massifs  ou  creusés  de  lacunes  de 
désintégration  axiale,  bordés  directement  par  l’endothélium  de  capil¬ 
laires  moulés  sur  eux  ou  séparés  de  ceux-ci  par  une  gaine  collagène 
assez  épaisse.  Dans  ce  dernier  cas,  les  cellules  les  plus  voisines  du 


SÉANCE  DÜ  23  MAI 


751 


Fis.  2. 

diagnostic  d’épithéliome  rénal  à  cellules  claires ,  type  Grawitz  (fig.  2). 

La  fréquente  localisation  osseuse  de  métastases  de  ce  genre,  alors 
que  la  tumeur  rénale  n’a  pas  encore  manifesté  son  existence,  est  assez 
connue  pour  que  ce  diagnostic  puisse  être  accepté.  Nous  crûmes  pour¬ 
tant  devoir  faire  quelques  Réserves.  On  a  décrit  des  tumeurs  primitives 
des  os,  qualifiées  d'endothéliomes  (télangiectasie  angin ,  endothéliome  de 
Ewing )  qui  ont  une  stucture  très  comparable  à  celle  des  tumeurs  de 
Grawitz.  Ces  tumeurs  sont  fort  rares  sans  doute,  encore  insuffisamment 
étudiées,  mais  rien  n’autorise  à  les  nier  a  priori.  Nous  considérâmes 
donc  la  tumeur  de  Grawitz  métastatique  comme  presque  certaine, 
l’endothéliome  comme  possible,  mais  très  douteux. 


vaisseau  ont  tendance  à  s’allonger  perpendiculairement  à  lui  et  à 
prendre  une  disposition  périthéliale. 

Sur  les  fragments  prélevés,  de  trop  faibles  dimensions  pour  permettre 
l’emploi  de  techniques  variées  et  incompatibles,  la  recherche  des 
graisses  et  du  glycogène  ne  put  être  faite.  Néanmoins  les  caractères 
des  tissus  examinés  sont  assez  nets  pour  que  l’on  puisse  poser  le 


752 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Nous  voici  donc  en  présence  d’une  tumeur  maligne  du  fémur,  très 
probablement  métastase  d’une  tumeur  rénale  que  rien  n’a  décelée 
jusqu’ici. 

Nous  avons  beau  chercher  dans  le  passé  de  notre  malade,  nous  ne 
trouvons  aucun  trouble  de  la  fonction  rénale  ;  pas  la  moindre  héma¬ 
turie,  pas  la  moindre  douleur.  Nous  avons  beau  palper  les  régions 
lombaires,  droite  et  gauche,  nous  n’y  percevons  pas  la  moindre 
augmentation  de  volume  de  l’un  ou  l’autre  rein.  Nous  avons  beau 


Fig.  3. 

radiographier  le  tronc  du  malade  ;  nous  ne  percevons  absolument  rien 
d’anormal  dans  les  échancrures  costo-vertébrales. 

Les  urines  sont  de  quantité  et  de  qualité  normales  :  t.500  grammes 
dans  les  vingt-quatre  heures;  taux  d’urée,  d’acide  urique,  de  chlorures 
et  de  phosphates  normaux.  La  cystoscopie  et  le  cathétérisme  des  deux 
uretères  montre  une  urine  identique  dans  les  deux  reins  qui  fonction¬ 
nent,  l’un  et  l’autre,  également  bien. 

L’état  général  du  malade  est  cependant  un  peu  inquiétant  ;  le  cœur 
bat  à  92,  la  tension  artérielle  est  élevée  :  maxima  22,  minima  11.  Le 
malade  souffre  beaucoup  de  sa  cuisse. 

Le  problème  chirurgical  n’était  pas  facile  à  résoudre.  Fallait-il  en 
l’absence  de  tout  symptôme  urinaire  et  simplement  d’après  l’examen 


SÉANCE  DU  23 


753 


de  la  biopsie,  admettre  l’existence  d’une  tumeur  rénale  métastatique 
et  renoncer  à  l’ablation  de  la  métastase?  Fallait-il  admettre  l’existence 
d’un  endothéliome  primitif  du  fémur  et  pratiquer  la  désarticulation  de 
la  hanche  ? 

Nous  finîmes,  après  de  nombreuses  et  longues  discussions,  par 
admettre  le  .  diagnostic  d’hypernéphrome  métastatique,  et  cependant 
nous  décidâmes  de  pratiquer  l’ablation  du  membre. 

Nous  savions  en  effet  que  l’hypernéphrome  encore  bien  encapsulé 


a  une  évolution  locale  parfois  très  lente,  que  ses  métastases  l’empor¬ 
tent  sur  lui  en  gravité  locale  et  que  si  l’on  a  la  chance,  une  fois  la 
métastase  enlevée,  d’avoir  une  indication  positive  sur  le  rein  atteint, 
l’ablation  de  la  tumeur  principale  après  sa  métastase  n’est  pas  une 
chose  impossible.  Nous  décidâmes  donc  l’opération. 

Elle  fut  pratiquée  le  6  décembre  1922  sous  anesthésie  rachidienne, 
après  ligature  préalable  des  vaisseaux  fémoraux  dans  le  triangle  de 
Scarpa. 

Le  membre  amputé,  on  vit  que  la  tumeur,  du  volume  de  deux  poings, 
était  développée  aux  dépens  de  la  paroi  autéro-externe  du  fémur,  dont 
la  corticale  avait  disparu  (flg.  3). 


754 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


L’examen  histologique  a  donné  les  résultats  suivants  : 

La  tumeur  est  séparée  du  muscle  par  une  capsule  fibreuse  épaisse, 
dans  les  couches  externes  de  laquelle  on  trouve  des  fibres  musculaires 
en  dégénérescence. 

Le  tissu  tumoral  lui-même  a  les  mêmes  caractères  généraux  que  dans 
là  biopsie.  Les  coupes  montrent  en  outre  sa  structure  lobulée,  chaque 
lobule  comprenant  un  amas  de  cordons  à  cellules  claires,  limité 
extérieurement  par  une  lame  conjonctive  en  continuité  avec  la  capsule. 
Les  lobules  sont  nets,  surtout  en  bordure  de  la  tumeur.  Leur  accrois¬ 
sement  tend  à  amincir  et  à  effacer  progressivement  leurs  cloisons  en 
profondeur.  En  outre  les  lobules  périphériques  sont  toujours  entourés 
par  une  lame  épaisse  de  tissu  de  granulation  où  lymphocytes  et  polynu¬ 
cléaires  s’entassent  au  contact  des  éléments  néoplasiques.  Ceux-ci 
poussent  des  traînées  envahissantes  en  plein  tissu  inflammatoire. 

Les  rapports  du  tissu  néoplasique  avec  l’os  n’ont  pu  être  étudiés, 
l’hémorragie  interstitielle  consécutive  à  la  biopsie  ayant  bouleversé 
toute  la  région  profonde  de  la  tumeur. 

Les  suites  de  l’opération  parurent  d’abord  devoir  être  simples.  A  midi, 
l’opéré  se  sentait  bien  et  parlait  sans  difficulté.  Le  pouls  était  bon  et 
rien  ne  faisait  prévoirie  moindre  accident.  Or,  à  cinq  heures  du  soir,  le 
malade  fut  pris  d’une  syncope  suivie  d’un  affaiblissement  progressif 
que  rien  n’arrêta.  Naturellement  on  ouvrit  le  pansement  tout  de  suite, 
craignant  une  hémorragie.  La  plaie  était  sèche  et  il  n’y  avait  pas  le 
moindre  hématome. 

On  multiplia  les  injections  d’huile  camphrée,  de  strychnine,  d’adré¬ 
naline,  etc.,  sans  réussir  à  relever  l’action  du  cœur.  Rien  n’y  fit. 
L’opéré  s’affaiblit  de  plus  en  plus  et  succomba  le  jour  même,  à  1 0  heures 
du  soir. 

Nous  demandâmes,  sinon  à  pratiquer  une  autopsie  complète  que 
la  famille  du  défunt  refusait,  à  prélever  les  deux  reins,  ce  qui  fut  fait. 

A  première  vue,  les  deux  reins  sont  d’apparence  identique;  cepen¬ 
dant,  le  pôle  supérieur  du  rein  gauche  montre  une  petite  saillie  qui 
n’existe  pas  sur  le  rein  droit.  Au  niveau  de  ce  point,  la  consistance  du 
rein  est  plus  molle  que  dans  le  voisinage,  mais  la  capsule  est  intacte. 

Le  rein  fendu  suivant  sa  longueur,  on  voit  que  presque  tout  le 
pôle  supérieur  est  occupé  par  une  tumeur  de  coloration  jaune,  dont 
le  centre  présente  une  cavité  de  désintégration  grosse  comme  une,  noi¬ 
sette.  Cette  tumeur  est  de  consistance  très  molle,  presque  fluide.  Elle 
est  très  vascularisée.  Cependant,  elle  est  partout  entourée  par  une 
capsule  propre,  doublée  d’une  couche  de  parenchymë  rénal  refoulé  et 
épaissi.  Sa  partie  inférieure  reste  à  bonne  distance  du  bassinet  (fig.  4). 

L’examen  microscopique  de  cette  tumeur  a  donné  les  résultats  sui- 

Tumeur  de  la  région  corticale  du  pôle  supérieur  du  rein  gauche,  bien 
limitée,  offrant  tous  les  caractères  macroscopiques  d’une  tumeur  de 
Grawrtz.  Au  microscope,  on  trouva,  à  côté  des  régions  hypeméphroïdes 
identiques  à  celles  de  la  métastase  fémorale,  d’autres  régions  où  les 
cellules,  acidophiles,  ordonnées  en  cordons  ou  en  tubes,  glanduliformes, 


SÉANCE  DU  23  MAI 


755 


établissaient  l’origine  rénale  et  non  cortico-surrénalienne  du  néo¬ 
plasme. 

Nous  ne  voulons  pas  à  l’occasion  de  ce  fait  reprendre  toute 
l’histoire  des  hypernéphromes.  Elle  a  été  très  bien  étudiée  dans 
ces  dernières  années  aussi  bien  en  France  qu’à  l’étranger.  Nous 
livrons  simplement  celte  observation,  soigneusement  étudiée,  à 
la  méditation  des  chirurgiens  appelés  à  traiter  des  tumeurs 
malignes  des  os.  Elle  leur  rappellera  que  ces  tumeurs  des  os  sont, 
peut-être  encore  plus  souvent  qu’on  ne  le  croit,  des  métastases 
de  tumeurs  viscérales,  et  que  l’absence  de  tout  symptôme  clini¬ 
quement  appréciable  d’une  tumeur  viscérale  n’est  pas  une  raison 
suffisante  pour  en  rejeter  l’existence.  Elle  leur  posera  aussi  le 
problème  difficile  à  résoudre  des  indications  opératoires  en  pré¬ 
sence  d’une  tumeur  osseuse,  métastase  d’une  tumeur  viscérale 
latente  jusque-là. 

Nous  terminerons  en  rappelant  une  fois  encore  les  bénéfices 
immenses  que  l’union  intime  du  chirurgien  et  de  l’histologiste 
peut  procurer,  aussi  bien  à  la  pratique  chirurgicale  journalière 
qu’à  la  progression  de  nos  connaissances  générales.  Il  y  a  quelques 
mois,  à  l’occasion  de  la  présentation  ici  même  de  deux  cas  de 
kystes  osseux  par  l’un  de  nous,  une  petite  discussion  fut  ouverte 
sur  les  rapports  entre  l’anatomie  pathologique  microscopique  et 
la  clinique.  Après  avoir  montré  le  désaccord  apparent  qui  existait, 
dans  ces  deux  cas,  entre  les  renseignements  fournis  par  l’expé¬ 
rience  clinique  et  les  données  de  l’examen  histologique,  j’avais 
conclu  que  ces  apparentes  divergences  appelaient  de  nouvelles 
recherches  et  que  la  lumière  complète  ne  se  ferait  que  grâce  à 
l’intime  collaboration  du  chirurgien  et  de  l’histologiste.  L’obser¬ 
vation  que  nous  vous  apportons  aujourd’hui  est  une  évidente 
démonstration  de  la  nécessité  de  cette  collaboration.  Sans  la  très 
grande  confiance  du  chirurgien  dans  l’histologie,  on  n’eût  pas 
dans  ce  cas  fait  de  biopsie,  et  on  eût  opéré  sans  savoir  qu’on  était 
en  présence  d’une  métastase  de  tumeur  rénale.  D’autre  part,  sans 
la  connaissance  qu’avait  l’histologiste  de  la  lente  évolution  cli¬ 
nique  de  certains  hypernéphromes  dont  la  métastase  devient 
dominante,  il  n’eût  pas  conseillé  l’ablation  d'une  tumeur  osseuse 
métastatique.  Par  l’intime  collaboration  des  deux  disciplines,  le 
problème  chirurgical  a  pu  être  étudié  dans  tous  ses  détails. 
L’œuvre  commune  a  été  plus  rigoureusement  scientifique. 

M.  Auvbay.  —  Le  cas  que  vient  de  nous  exposer  mon  ami  Sen- 
cert  me  rappelle  un  cas  absolument  analogue  dont  je  vous  ai  déjà 
parlé  ici.  Je  vais  le  rappeler  en  quelques  mots.  Il  s’agit  d’un 

BULL.  BT  MÉM.  DE  LA  SOC.  DK  CHIP..,  1123.  S6 


756 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


homme  observé  par  moi,  il  y  a  bien  des  années,  dans  le  service  de 
la  Charité  pour  une  tumeur  de  l’extrémité  inférieure  du  fémur 
droit.  Cette  tumeur,  animée  de  battements,  fut  étiquetée  tumeur 
maligne  et  l’amputation  pratiquée.  Nulle  part,  je  n’avais  trouvé 
ailleurs  de  tumeur  susceptible  de  me  faire  penser  que  la  tumeur 
osseuse  était  secondaire.  La  pièce  fut  examinée  par  le  professeur 
Cornil  qui  pensa  qu’on  était  en  présence  d’un  angiome  des  os.  Mais 
René  Marie,  qui  à  ce  moment  travaillait  dans  le  laboratoire  de 
Cornil,  ayant  examiné  les  coupes  histologiques  de  celte  pièce,  ne 
partagea  pas  l’opinion  de  son  maître  et  crut  y  trouver  les  carac¬ 
tères  d’une  tumeur  métastatique  d’origine  surrénale.  La  suite  a 
montré  que  Marie  avait  raison.  En  effet,  lorsqu’il  fut  guéri  de 
son  amputation,  le  malade  quitta  mon  service  pour  passer  dans 
le  service  de  vieillards,  dirigé  à  ce  moment  par  Marie.  Au 
moment  où  il  a  quitté  mon  service,  il  présentait  déjà  une  réci¬ 
dive  en  un  point  symétrique  du  fémur  gauche,  c’est-à-dire  au 
niveau  de  son  extrémité  inférieure,  et  là  il  existait  comme  à 
droite  une  tumeur  animée  de  battements.  Le  malade  ne  tarda 
pas  à  se  cachectiser  et  à  succomber.  A  l’autopsie,  Marie  constata 
l’existenee  d’une  tumeur  surrénale,  cè  qui  corroborait  d’une  façon 
absolue  l’hypothèse  qu’il  avait  émise  au  moment  de  l’examen 
histologique. 

Mon  cas  est  donc  superposable  à  celui  que  vient  de  nous  pré¬ 
senter  M.  Sencert,  avec  cette  différence  toutefois  que  la  tumeur, 
au  lieu  de  partir  du  rein,  partait  chez  notre  malade  de  la  capsule 
surrénale. 


De  la  septicité 

des  parois  gastriques  et  des  lymphatiques  périgastriques 
dans  certains  ulcères  chroniques  gastro-duodénaux . 

Importance  de  cette  notion 
au  point  de  vue  des  suites  opératoires 
et  des  indications  thérapeutiques , 

par  MM.  PIERRE  DUVAL,  J.-CH.  ROUX  et  FRANÇOIS  MOUT1ER. 

Au  cours  de  1922,  quatre  de  nos  malades,  chez  qui  nous  avons 
pratiqué,  par  des  procédés  divers,  l’ablation  d’ulcères  gastro- 
duodénaux,  sont  morts  d’infection  locale  ou  générale  post-opéra¬ 
toire.  L’élude  de  ces  cas  nous  a  permis  de  faire  certaines  consta¬ 
tations  intéressantes  parce  qu’elles  conduisent  peut-être  à  des 
notions  nouvelles  en  ce  qui  concerne  les  indications  opératoires. 

Voici,  tout  d’abord,  les  faits. 


SÉANCE  DU  23  MAI 


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0BS.  I.  —  Col...  (Pierre),  âgé  de  quarante-sept  ans,  entre  à  l’hôpital 
pour  des  douleurs  épigastriques;  il  souffre  de  l’estomac  depuis  deux 
jours. 'C’étaient  d’abord  des  crises  espacées  de  plusieurs  mois,  caracté¬ 
risées  par  des  douleurs  à  horaire  tardif,  sans  vomissements  ni  liéma- 
témèses.  Les  crises  se  rapprochent  et  s’intensiflent  depuis  1920  et 


Fig.  1  (Obs.  11).  —  Coupe  de  Fulcère.  Figure  montrant  les  hyperplasies  lym¬ 
phoïdes  avec  néoforoiations  folliculaires  ;  gastrite  interstitielle  banale  ; 
œdème  tout  à  fait  remarquable  de  la  sous-muqueuse  et  même  de  la  zone 
la  plus  interne  de  la  musculeuse.  C’est  dans  ce  tissu  œdématié  qui  forme 
la  grande  plage  claire  de  la  moitié  gauche  du  dessin  que  se  trouvent  les 
cocci  représentés  figure  3. 


deviennent  subintrantes,  violentes  surtout  dans  la  seconde  moitié  de 
la  nuit.  Ces  douleurs  épigastriques,  sans  irradiations  dorsales,  calmées 
par  l’absorption  d’aliments,  s’accompagnent  de  vomissements  abon¬ 
dants,  clairs,  extrêmement  acides,  principalement  nocturnes,  et  attei¬ 
gnant  parfois  la  valeur  de  2  litres. 

L’examen  montre  un  ventre  souple,  avec  une  douleur  évidente  à  la 


758 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


région  pyloro-duodénale.  La  radioscopie  met  en  évidence  une  dilata¬ 
tion  en  cuvette  du  foni  gastrique  avec  redressement  de  la  région 
pylorique  et  retour  fréquent  de  la  drogue  dans  Pestnmac  :  on  n’observe 
jamais  de  passage  fianc  dans  le  bulbe. 

L'opération,  est  pratiquée  le  24  mai  1922;  elle  consiste  en  une  résec¬ 
tion  du  pylore  et  de  la  première  portion;  il  existe  un  ulcus  juxla-pylo- 
rique  (Billrolh).  On  ne  trouve  point  d’adénopathie.  L’état,  satisfaisant 
au  lendemain  de  l’opération,  s’aggrave  au  troisième  jour  et  la  mort 
survient  le  quatrième  par  péritonite  diffuse. 

A  l’autopsie,  on  constate  qu’aucune  suture  n’avait  lâché:  il  existait 
même  un  minimum  inflammatoire  au  niveau  de  la  ligne  de  résection  ; 
en  revanche,  le  foie  baignait  dans  le  pus.  Il  existait  une  grosse  collec¬ 
tion  sous-phrénique  de  300  cent,  cubes  entre  le  diaphragme,  le  foie, 
l’estomac.  Ce  foyer  s’était  ouvert  dans  la  grande  cavité  en  haut,  vers 
le  cardia;  une  péritonite  diffuse,  encore  peu  intense,  accusait  le  second 
temps  de  ce  processus. 

L 'étude  de  La  pièce  opératoire  mit  en  évidence  sur  la  seconde  portion  du 
duodénum  un  petit  ulcus  de  la  face  postérieure  de  6  à  8  millimètres 
de  diamètre,  cratériforme,  en  entonnoir  renversé  de  3  millimètres  de 
profondeur.  Il  s’agissait  nettement  d’un  ulcère  calleux  ;  la  hauteur  des 
bords  de  la  lésion,  en  marge  de  la  perte  de  substance  centrale,  dépas¬ 
sait,  au  demeurant,  1  centimètre.  Les  tractus  adhérentiels  périduodé- 
naux  présentaient,  avec  une  vascularisation  intense,  un  aspect  très 
inflammatoire.  —  Histologiquement,  cet  état  inflammatoire  aigu  est  des 
plus  évidents.  En  effet,  sur  un  fond  d’ulcus  calleux  classique  avec 
hyperplasie  glandulaire  périphérique,  lésions  scléreuses  remarquables 
des  vaisseaux,  des  nerfs  et  même  des  ganglions  interstitiels,  sclérose 
intense  et  fort  étendue,  qu’explique  l’ancienneté  de  la  lésion,  on  note 
une  infiltration  plasmatique,  ici  aiguë,  là  subaiguë.  Les  zones  de  tissu 
conjonctif  lâche  sont  œdématiées  ;  les  vaisseaux  sont  gorgés  de  poly¬ 
nucléaires.  Il  semble  même  y  avoir  en  quelques  endroits  de  véritables 
thromboses  inflammatoires  de  lymphatiques  paravasculaires. 

-  Un  examen  approfondi,  à  de  très  forts  grossissements  (1.000  à 
1.S00  diamètres),  permet  de  déceler  une  infection  tout  à  fait  remar¬ 
quable  des  tissus.  Une  chaînette  de  streptocoques  se  rencontre  au 
milieu  d’un  vaisseau;  des  bacilles  et  quelques  cocci  parsèment  le 
tissu  lâche  sous-péritonéal.  Mais  l’infection  est  particulièrement 
remarquable  dans  le  chorion  sous-muqueux.  Là,  à  quelques  milli¬ 
mètres  de  la  marge  même  de  l’ulcus,  on  remarque  dans  quelques  petits 
vaisseaux  et  surtout  dans  les  lacunes  interstitielles  de  la  sous-muqueuse 
des  amas  microbiens  d’une  visibilité  délicate,  donnant  à  de  faibles 
grossissements  l’impression  de  simples  précipités  de  colorants.  Il  y  a  là 
de  véritables  zooglées  où  se  trouvent  au  moins  3  ou  4  espèces  de 
bictéries  ou  cocci  :  streptocoques  aux  chaînettes  typiques,  cocci, 
coccobacilles  en  navettes  et  bactéries  présentant  un  aspect  sporulé 
sur  les  microphotographies. 

Aucun  ensemencement,  des  tissus  duodénauxne  fut  malheureusement 
pratiqué. 


SÉANCE  DU  23  MAI 


Obs.  II.  —  Le  nommé  Corn...  (Paul),  âgé  de  quarante-sept  ans,  a  pré- 


Fio.  2  (Obs.  1).  —  Coupe  de  l'ulcère.  Gastrite  interstitielle  aiguë  avec  infil¬ 
tration  lymphoïde  prononcée;  nombreux  mastocytes  (éléments  noirs)  dans 
la  sous-muqueuse  qui  est  extrêmement  hypertrophiée.  En  a  dans  une 
lacune  lymphatique  un  amas  microbien  surtout  riche  en  streptocoque, 
représenté  en  cartouche  à  un  plus  fort  grossissement  et  dans  la  figure  5 
à  1.000  diamètres. 

senté  en  juin  1920  des  accidents  paroxystiques  siégeant  à  l’hypo- 
condre  droit,  qualifiés  en  leur  temps  de  coliques  hépatiques.  Une 


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SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


première  intervention  fut  pratiquée  à  Liège  le  7  mai  1921  par  le 
professeur  Willems  :  on  avait  posé  le  diagnostic  de  cholécystite.  Cepen¬ 
dant,  les  voies  biliaires  furent  trouvées  intactes,  et  seule  fut  reconnue 
une  induration  de  la  tête  du  pancréas. 

Le  malade  se  trouve  amélioré  pendant  les  quatre  mois  qui  suivirent 
cette  intervention,  puis  se  reprit  à  souffrir.  Il  présentait  des  douleurs 
tardives  et  des  vomissements  d’abord  alimentaires,  puis  hyperacides,  de 
trois  à  quatre  heures  après  le  repas.  Diverses  radioscopies  (Friedel, 
Béclère)  montrèrent  des  signes  indiscutables  de  sténose  duodénale. 

L’intervention  eut  lieu  le  11  octobre  1922.  Il  existait  des  adhérences 
diffuses'de'  la  vésicule  biliaire  et  du  foie  à  la  région  duodéno-pylorique. 
La  résection  de  la  première  et  de  la  deuxième  portion  du  duodénum 
fut  difficile  et  l’on  reconnut  à’ia  section,  après  libération  de  la  gastro- 
duodénale  et  du  pancréas,  l’existence  d’un  diverticule  inextirpable  que 
l’on  cautérisa.  Ce  diverticule  siégeait  à  la  face  postérieure  de  la 
deuxième  portion,  au  devant  du  bord  pancréatique.  Biilroth.  Mauvaise 
fermeture  à  b  plans  du  duodénum. 

Les  suites  opératoires  furent  d’abord  satisfaisantes,  mais  des  acci¬ 
dents  infectieux  d’allure  septicémique,  sans  aucune  localisation  abdo¬ 
minale,  se  prononcèrent  peu  à  peu  et  enlevèrent  le  malade  douze  jours 
après  l’intervention. 

A  l'ouvertuie  du  thorax,  s’observent  une  congestion  intense  des  deux 
poumons,  une  diffluence  prononcée  d’un  cœur,  mou,  feuille  morte, 
rempli  d’un  sang  non  coagulé.  Le  cerveau  est  un  peu  distendu  par  un 
liquide  céphalo- rachidien  clair;  l’arachnoïde  semble  légèrement  opaline. 
Il  n’y  a  pas  de  péritonite  généralisée;  seulement,  immédiatement  à  la 
pointe  supérieure  de  la  tranche  de  résection  gastrique,  ily  a  un  ganglion 
du  volume  d’uu  noyau  de  cerise  complètement  ramolli.  Les  tissus 
du  petit  épiploon  sont  œdématiés,  nettement  enflammés;  même  aspect 
au-dessus  du  pancréas.  On  trouve  en  outre,  au-dessus  de  la  tête  de  ce 
dernier,  un  lambeau  de  tissu  conjonctif  du  volume  approximatif  d’un 
noyau  de  cerise,  qui  est  sphacélé,  en  étoupe. 

La  pièce  opératoire  est  représentée  par  un  entonnoir  pyloro-duodé- 
nal  de  8  centimèlres  de  long.  Il  y  a  3  ulcus,  2  symétriques  sur  le 
pylore,  sans  qu’il  soit  possible  de  leur  accorder  une  prédominance  gas¬ 
trique  ou  duodénale,  et  d’un  troisième  franchement  duodénal,  cica¬ 
trisé,  accompagné  d’un  diverticule  intéressé  par  la  tranche  de  section 
distale. 

L’ulcus  de  la  face  antérieure  a  8  ou  9  millimètres  d’un  diamètre  irré¬ 
gulier;  celui  de  la  face  postérieure  2  à  4  millimètres.  Mais  ces  ulcus  sont 
reliés  par  un  grand  fer  à  cheval  de  gastro-duodénite  hypertrophique  et 
congestive.  Leurs  bords  sont  tomenteux  et  violacés,  leurs  fonds  pres¬ 
que  hémorragiques.  Il  n’y  a  pas  d’inflammation  ganglionnaire  visible. 

Au  microscope,  ce  sont  les  lésions  classiques  de  l’ulcus,  chronique, 
calleux,  en  évolution  ;  mais  d’ulcus  en  état  de  poussée  inflammatoire 
aiguë  avec  engorgements  lymphatiques  à  distance  de  l’ulcération.  Il 
existe  en  oufre  un  œdème  interstitiel  de  la  sous- muqueuse  et  de  la 
sous-séreuse  des  plus  remarquables,  déterminant  sur  les  coupes  des 


SÉANCE  DU  23  MAI 


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zones  claires  parcourues  seulement  de  minces  fibrilles  conjonctives 
avec  çà  et  là,  en  marge  de  ces  plages,  quelques  îlots  de  poly- 
nu  cléaires.  On  rencontre  dans  ces  lacunes  du  chorion,  et  plus 
discrètement  encore  dans  la  sous-séreuse,  quelques  cocci,  non  groupés 
en  chaînette,  semble-t-il.  Ces  éléments  microbiens  sont  rares  et  diffi¬ 
cilement  colorables. 

Il  n'a  pas  été  pratiqué  d’ensemencements  avec  des  fragments  de  la 
pièce  excisée.  L’hémoculture  pratiquée  du  vivant  avait  été  négative,  la 
culture  du  sang  prélevé  aseptiquement  sur  le  cœur  du  cadavre  a  donné 
coli  et  perfringens.  Le  tartre  dentaire,  ensemencé  avant  la  mort,  donna 


Fig.  3.  —  Grossissement  1.300.  Zooglée  dans  un  espace  lymphatique 
de  la  sous -muqueuse.  Possibilité  de  streptoccoque  (Fig.  1,  obs.  II). 

des  cultures  abondantes  d’un  streptocoque  à  longues  chaînettes,  non 
hémolytique.' 

Obs.  III. —  Gazé  pendant  la  guerre,  Philip...  (Georges),  âgé  de  trente- 
trois  ans,  présente  depuis  son  trauma  des  douleurs  tardives  surve¬ 
nant  de  4  à  5  heures  après  le  repas,  douleurs  périodiques,  calmées 
par  les  alcalins.  On  constate  à  la  radio  un  retard  très  marqué  de  l’éva¬ 
cuation  et  une  dilatation  assez  accentuée  de  l’antre.  —  L 'opération, 
pratiquée  le  7  février  1923,  permet  de  réséquer  un  ulcus  du  tiers 
moyen  de  la  petite  courbure;  l’estomac  est  suturé  parallèlement  à  la 
petite  courbure,  une  gastro-entérostomie  postérieure  est  pratiquée. 

Les  suites  opératoires  sont  rapidement  inquiétantes  :  aucun  accident 
abdominal,  mais  des  accidents  graves  de  broncho-pneumonie  puru¬ 
lente.  Le  malade  succombe  quinze  jours  après  l’intervention  ;  un 
phlegmon  de  la  cuisse  ayant  hâté  l’exitus. 


762 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


L’autopsie,  pratiquée  en  plein  hiver,  ne  montre  aucune  lésion  péri¬ 
tonéale.  Le  foie  et  les  reins  sont  pâles,  mous;  l’estomac  est  normal 
intus  et  extra,  mais  absolument  pourri.  Du  côté  du  thorax,  le  cœur  est 
intact;  les  poumons  présentent  une  broncho:pneumonie  pseudo-lobaire 
des  deux  bases  avec  un  abcès  sphacélé  à  contenu  putride,  du  volume 
d’une  mandarine  à  la  base  droite.  Il  existe  encore  de  ce  côté  un  épan¬ 
chement  pleural,  putride,  d’un  litre  environ. 

La  pièce  réséquée  a  2  cent.  5  de  diamètre  ;  elle  présente  en  son  centre 
un  ulcus  de  3  millimètres  environ  de  largeur  et  de  profondeur  ana- 


Fio.  4.  —  Grossissement  1.500.  Bactéries  dans  les  tissus  sous-péritonéaux 
très  œdématiés  (obs.  II). 


logue.  L’ulcus  présente  une  infiltration  interstitielle  aiguë  avec  réaction 
vasculaire  prononcée.  Le  fond  de  l’ulcus  est  extrêmement  épais,  sclé¬ 
reux  ;  le  tissu  musculaire  y  est  complètement  détruit.  Les  bords  pré¬ 
sentent,  à  grande  distance,  une  forte  infiltration  à  plasmocytes  et  à 
mastocytes;  il  existe  de  nombreux  polynucléaires  au  niveau  du  fond.  A 
distance  de  l’ulcus,  gastrite  interstitielle  mixte  avec  artérite  et  névrite. 
La  réaction  lymphoïde  est  très  développée  avec  lymphangite  sous- 
péritonéale. 

On  n’a  pu  discerner  de  microbes  sur  les  coupes.  Eu  revanche,  l’ense¬ 
mencement  de  fragments  des  tissus  ulcérés,  et  péri-ulcéreux  a  donné 
les  résultats  suivants  :  fond  de  l’ulcus,  muqueuse  des  bords  et  muscu¬ 
leuse  :  néant;  sous-muqueuse  (à  2  millimètres  de  la  paroi  de  l’ulcus); 
cultures  anaérobies  :  néant;  cultures  aérobies  :  nombreux  strepto- 


SÉANCE  DU  23  MAI 


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coques  et  pseudo-diphtériques;  quelques  diplobacilles;  Gram  positif. 

La  culture  du  pus  retiré  du  phlegmon. donne  du  streptocoque  pur.  Ce 
streptocoque  et  le  streptocoque  obtenu  par  la  culture  de  l’ulcus  pré¬ 
sentent  des  caractères  culturaux  identiques.  11  s’agit  d’une  forme 
non  hémolytique,  non  viridans,  sans  action  sur  le  petit-lait,  coagulant 
le  lait,  ne  faisant  point  fermenter  la  manuile,  faisant  fermenter  légè¬ 
rement  le  lactose,  davantage  le  saccharose  (coagulation  avec  camé- 
léonage  en  milieu  de  Barsiékov),  fermentant  et  précipitant  le  milieu 
glucosé. 

Obs.  IV.  —  Baud...  (Fernand),  âgé  de  trente-neuf  ans,  fait  prison- 


Fio.  5.  —  Grossissement  1.000.' Zooglée  microbienne  dans  un  espace  lym¬ 
phatique  de  la  sous-muqueuse;  streptocoque  nettement  visible  (fig.  2, 
obs.  I). 

nier  en  septembre  1914,  souffre  cruellement  de  la  faim.  I.es  douleurs 
d’estomac  débutent  en  1916,  après  une  tentative  d’évasion  :  douleurs 
épigastriques  vives,  survenant  de  une  heure  et  demie  à  deux  heures 
après  le  repas,  parfois  calmées  par  un  vomissement  assez  abondant, 
surtout  aqueux.  Le  malade  maigrit  de  16  kilogrammes,  mais  s’améliore 
par  un  traitement  bismuthé. 

Rapatrié  en  décembre  1918,  Baud...  voit  reparaître  brusquement 
douleurs  et  vomissements;  ces  accidents,  d’abord  espacés,  deviennent 
quotidiens,  sans  qu’aucune  étiologie  ancienne  ou  récente  ne  puisse  en 
expliquer  l’évolution.  Le  malade  nie,  en  effet,  toute  syphilis,  tout 
éthylisme  ;  il  n’existe  aucun  passé  infectieux  du  foie  ou  de  l’intestin. 

Le  tableau  clinique  est  celui  d’un  ulcus  classique  avec  sténose 
pylorique  :  douleurs  tardives  calmées  par  l’ingestion  des  aliments  et 


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SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


les  vomissements,  tension  épigastrique  douloureuse,  retentissement 
dorsal  des  algies,  leur  accroissement  par  le  décubitus  latéral  droit, 
amaigrissement  txtrême  et  conlinu,  constipation  opiniâtre,  oligurie. 
Un  point  doulouieux,  extrêmement  net,  répond  à  une  tuméfaction 
arrondie,  peu  mobile,  facilement  perceptible  au  niveau  de  la  région 
pylorique. 

L 'opération  est  pratiquée  le  19  janvier  1922  par  le  Dr  Basset.  Elle 
consiste  en  une  gastro-entérostomie  postérieure  transmésocolique 
après  décollement  colo-épiploïque.  On  reconnaît  une  trèsvgrosse  cica¬ 
trice  étoilée  à  la  face  antérieure  du  pylore.  Toule  la  région  pylorique 
est  d’ailleurs  occupée  par  un  bloc  scléreux  du  volume  d’une  très 
grosse  noix,  bloc  qui  paraît  intéresser  une  assez  grande  partie  de  la 
première  partie  du  duodénum. 

Le  malade  est  venu  six  mois  plus  tard,  en  juillet.  11  a  été  très  amé¬ 
lioré  après  la  gastro-entérostomie  et  a  engraissé  de  7  kilogrammes. 
Mais  les  douleurs  viennent  de  le  reprendre;  les  vomissements  ont 
reparu,  bien  que  moins  acides.  On  note  une  tension  gastrique  inter¬ 
mittente.  Une  amélioration  de  quelques  mois  est  encore  obtenue  parle 
régime  lacté  et  la  magnésie;  mais  les  douleurs  reprennent  et  s’accen¬ 
tuent  <n  novembre,  l’amaigrissement  s’accuse. 

L'ne  seconde  opération  est  donc  pratiquée  le  29  novembre  1922.  On 
trouve  un  ulcère  gastrique  de  la  lèvre  postérieure  de  la  gastro-enté¬ 
rostomie;  il  existe  de  gros  ganglions  mésentériques,  une  infiltration 
inflammatoire  étendue  du  méso-côlon  transverse.  On  résèque  la  gastro- 
entérostomie  par  le  jéjunum  :  résection  en  masse  du  vestibule,  de  la 
gastro  et  de  l’ulcère  du  pylore  (Péan).  Suture  bout  à  bout  du  jéjunum 
(plans  profonds  au  catgul).  L’opération  dure  une  heure.  Il  se  prononce 
rapidement  une  élévation  thermique  inquiétante,  et  le  malade  suc¬ 
combe  vingt-quatre  heures  après  l’intervention  avec  40°5. 

L'autopsie  n’appoite  aucune  donnée  précise.  Il  n’existe  ni  hémorragie 
ni  lâchage  de  sutures;  aucun  exsudât  inflammatoire  n’est  décelable  sur 
le  péritoine,  le  foie  et  le  rein  sont  très  congestionnés.  Le  cœur  est  moUj 
rempli  d’un  sang  poisseux,  non  coagulé;  on  note  une  vive  congestion 
des  deux  bases,  sans  lésion  en  foyer. 

Sur  la  pièce  réséquée  se  pouvait  constater  la  congestion  très  vive  d’une 
muqueuse  gastrique  hyperplasiée,  à  plis  cérébriformes.  Il  existe  une 
sténose  pylorique  absolue  ;  l'orifice,  ou  plutôt  le  pertuis  représentant 
le  pylore,  est  même  difficile  à  trouver. 

Sur  la  face  muqueuse  de  l’anneau  scléreux  pyloro  duodénal  s’obser¬ 
vent,  après  incision,  deux  petites  dépressions  en  cuvette,  de  10  milli¬ 
mètres  de  diamètre  :  l’une  plate,  répond  à  un  ulcus  cicatrisé;  l’autre, 
déplissable,  en  doigt  de  gant,  est  un  diverticule  présténosant  ty¬ 
pique. 

La  marge  de  la  gastro-entérostomie  est  gonflée  de  façon  anormale  ; 
sa  lèvre  postérieure  présente  un  ulcus  peplique  de  8  millimètres  de 
diamètre,  à  fond  aminci,  adhérent  au  pancréas. 

Au  microscope,  l’estomac  présente  la  série  de  tous  les  types  de 
gastrite  possibles  :  chronique,  subaiguë,  aiguë.  Il  y  a  tout  partieuliè- 


SÉANCE  DU  23 


765 


cernent  une  inflammation  aiguë  de  la  muscularis  mucosæ .  Cette  inflam- 
-m  uion  est  plus  prononcée  encore  au  niveau  de  la  gastro-entérostomie. 
La  marge  tout  entière  présente  une  infiltration  plasmatique  et  hémor¬ 
ragique  avec  tendance  à  l’ulcération. 

Quant  à  l’ulcus  septique  ou  jéjunal  proprement  dit,  c’est  une  ulcé¬ 
ration  subaiguë  à  fond  hémorragique  et  réaction  leucocytaire.  On  y 
observe  un  œdème  remarquable  du  tissu  conjonctif.  Les  ganglions 
adjacentsprésententune  suractivité  fonctionnelle  évidente.  En  revanche, 
de  l’ulcus  duodénal,  il  n’est  plus  qu’une  cicatrice  scléreuse  avec  une 
légère  fissure  dans  la  muqueuse. 

Les  ensemencements  de  fragments  excisés  ont  donné  lés  résultats 
suivants  :  l’ulcus  duodénal  est  absolument  stérile,  i’ulcus  jéjunal  a 
donné  du  streptocoque  et  du  staphylocoque;  un  ganglion  adjacent  à  la 
; gastro-entérostomie  du  staphylocoque.  Le  streptocoque  isolé  appar¬ 
tenait  à  un  type  non  hémolysant.  L’état  de  l’ulcus  n’a  point  permis  une 
séparation  suffisamment  nette  des  différents  plans  des  tissus  pour  que 
l’on  ait  pu  tenter  d’ensemencer  isolément,  avec  certitude,  muqueuse, 
sous-muqueuse  ou  sous-péritonéale. 

En  résumé  :  -4  morts  par  infection. 

Dans  le  premier  cas,  mort  au  quatrième  jour.  Abcès  sous- 
phrénique  ouvert  dans  le  grand  péritoine,  sutures  gastriques 
intactes.  L’examen  histologique  montre  que  l’ulcère  gastrique 
calleux  est  en  pleine  inflammation  aiguë  et  permet  de  constater  la 
présence  de  streptocoques  et  de  diplo -bacilles  dans  la  sous- 
muqueuse  et  le  tissu  sous-péritonéal. 

Dans  le  second  cas,  mort  le  douzième  jour  :  infection  nécro- 
tique  du  petit  épiploon  et  de  la  graisse  pré-pancréatique,  sutures 
gastriques  intactes.  L’examen  histologique  montre  que  l’ulcère 
calleux  est  en  pleine  poussée  inflammatoire  aiguë;  il  y  a  des  cocci 
-dans  la  sous-muqueuse. 

Dans  le  troisième  cas,  mort  le  quinzième  jour  ;  broncho-pneu¬ 
monie  pseudo-lobaire  avec  abcès  sphacélique  du  poumon  droit, 
pleurésie  purulente;  abcès  de  la  cuisse  à  streptocoque,  état  parfait 
du  foyer  opératoire.  L’examen  histologique  montre  l’ulcère  calleux 
en  inflammation  aiguë.  On  ne  voit  pas  de  germes  sur  les  coupes. 
Mais  la  culture  de  l’ulcère  donne  :  fond  de  l’ulcère  stérile,  sous- 
muqueuse  :  streptocoque  etdiplo-bacillesGram  +.  La  comparaison 
du  streptocoque  gastrique  et  du  streptocoque  de  l’abcès  crural 
montre  leur  similitude  absolue. 

Dans  le  quatrième  cas,  mort  le  jour  même  d’infection  suraiguë 
(4Q°5),  l’examen  histologique  montre  une  inflammation  aiguë  de 
l’ulcère  septique-jéjunal,  l’ensemencement  de  l’ulcère  donne  strep¬ 
tocoque  et  staphylocoque,  celui  du  ganglion  du  staphylocoque. 
L’ancien  ulcus  duodénal  qui  n’est  plus  qu’une  cicatrice  scléreuse 
est  amicrobien. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRUKG IE 


Ces  4  cas  sont  donc  des  ulcères  septiques  de  l’estomac  et  cette 
septicité  aiguë  de  l’affection  gastrique  a  déterminé  dans  les  4  cas 
une  infection  locale  ou  générale  mortelle. 

Cette  notion  de  septicité,  en  particulier  streptococcique,  des 
ulcères  gastriques  n’est  pas  nouvelle  et  Rosenow dans  son  second 
travail  ( Collecled,  papers  of  the  Mayo  clinic ,  t.  VII,  1913,  p.  58)  l’a 
depuis  longtemps  signalée.  Rosenow  a  ensemencé  aussi  les  gan¬ 
glions  et  les  a  trouvés  microbiens.  Comme  dans  nos  cas  les  germes 
trouvés  ont  été  divers  ;  le  streptocoque  s’est  montré  le  plus  fré¬ 
quent. 

Dans  d’autres  cas,  les  ulcères  examinés  par  nous  ont  été  trouvés 
stériles,  et  notre  observation  IV  montre  chez  le  même  malade  un 
ulcère  septique  microbien  streptococcique  et  un  ulcère  pylorique 
scléreux  amicrobien. 

Rosenow  et  tous  ceux  qui,  après  lui,  ont  étudié  la  question  sous 
ce  jour  se  sont  attachés  aux  déductions  que  ces  résultats  compor¬ 
taient  quant  à  l’étiologie  même  des  ulcères  gastriques. 

Ce  n’est  pas  sous  ce  point  de  vue  que  nous  voulons  envisager 
nos  résultats  :  il  nous  semble  que  cette  donnée  de  la  septicité 
de  certains  ulcères  gastriques  doit  permettre  des  déductions  au 
point  de  vue  des  indications  opératoires.  Dans  certains  ulcères 
la  paroi  gastrique,  couche  sous-muqueuse,  couche  sous-périto- 
néale,est  microbienne,  les  ganglions^sont  microbiens;  il  est  vrai¬ 
semblable  que  les  lymphatiques  à  distance  sont  chargés  de 
germes  surtout  en  cas  d’adhérences;  dans  d’autres  ulcères,  la 
paroi  gastrique  est  amicrobienne,  la  lésion  pariétale  est  aseptique. 

Dans  le  premier  cas,  l’acte  opératoire  direct  sur  l’ulcère  se  passe 
en  tissu  gastrique  microbien  et  streptococcique;  dans  le  second, 
en  tissu  amicrobien  ;  on  conçoit  les  dangers  de  l’acte  opératoire 
dans  le  premier  cas,  et  son  innocuité  dans  le  second. 

Tout  d’abord,  c’est  à  cette  septicité  des  parois  gastriques  qu’il 
faut,  à  notre  avis,  dans  certains  cas,  attribuer  les  désunions  des 
sutures  gastriques  et  duodénales. 

Nous  ne  parlons  pas  de  la  présence  de  germes  le  plus  souvent 
non  pathogènes  à  la  surface  de  la  muqueuse  et  qui  ne  s’opposent 
pas  à  la  parfaite  réunion  de  la  suture,  mais  de  streptocoques 
virulents  dans  la  paroi  gastrique  et  notamment  dans  la  sous- 
muqueuse. 

Tout  chirurgien  a  observé  que  cette  désunion  des  sutures  se 
produit  parfois  dans  des  cas  où  les  sutures  avaient  été  très  régu¬ 
lièrement  faites,  où  le  résultat  avait  été  très  satisfaisant,  alors  que 
la  désunion  ne  se  produit  pas  dans  des  cas  où  la  suture  ne  don¬ 
nait  pas  une  entière  sécurité  ou  même  paraissait  franchement 
insuffisante. 


SÉANCE  DU  23  MAI 


767 


Et  ces  échecs  observés  même  dans  des  cas  où  la  suture 
muqueuse  avait  été  faite  avec  les  points  les  plus  compliqués,  avec 
les  points  qui  paraissent  le  mieux  retourner  la  muqueuse  vers  la 
cavité,  où  l’écrasement  semblait  avoir  donné  toute  sécurité,  ces 
échecs  ne  tiennent-ils  pas  parfois  à  ce  que  la  suture  a  été  faite  en 
tissus  microbiens? 

D’un  autre  côté,  les  sutures  ont  pu  être  pratiquées  en  tissu 
gastrique  non  infecté  à  distance  d’un  ulcère  microbien;  mais  les 
manœuvres  opératoires  se  sont  passées  en  terrain  périgastrique 
infecté. 

A.i.nsi  dans  nos  observations  I  et  II  aucune  désunion  des  sutures 
n’a  été  constatée  à  l’autopsie,  mais  on  a  relevé  une  infection 
périgastrique  localisée. 

Enfin,  comme  dans  notre  observation  III,  les  manœuvres  opé¬ 
ratoires  ont  pu  provoquer  une  dissémination  générale  de  l'infec¬ 
tion  de  l’ulcus,  une  septico-pyohémie,  alors  que  le  foyer  opéra¬ 
toire  était  en  parfait  état. 

Et  sans  vouloir  soulever  la  discussion  sur  l’origine  des  compli¬ 
cations  pulmonaires  si  fréquentes  en  chirurgie  gastrique,  ne 
peut-on  admettre  qu’elles  sont  dues  à  des  embolies  microbiennes 
p  irties  du  foyer  opératoire  même,  au  cours  des  manœuvres,  bien 
plus  qu’à  l’action  exclusive  de  l’anesthésie  par  inhalation,  puisque 
dans  les  anesthésies  rachidiennes,  locales,  régionales,  troncu- 
laires,  elles  s’inscrivent  encore  avec  un  nombre  impressionnant 
de  cas. 

Les  faits  rapportés  soulignent  encore,  en  l’expliquant  sans 
doute  dans  une  certaine  limite,  l’opposition  entre  la  fréquence 
des  complications  septiques  post-opératrices  dans  l’ulcus  (infecté 
interstitiellement)  et  leur  rareté  après  les  interventions  pour 
cancer  gastrique,  qui  serait  seulement  saprophytéen  surface  par 
des  parasites  sans  septicité. 

En  résumé,  la  désunion  des  sutures  gastriques  nous  semble  due 
dans  certains  cas  à  la  septicité  même  des  tissus  gastriques  suturés, 
l’infection  localisée  du  foyer  opératoire  autour  des  sutures 
gastriques  parfaites  faites  en  tissus  sains  dépend  de  l’état  sep¬ 
tique  du  système  lymphatique  périgastrique,  la  septicémie  est 
une  dissémination  par  les  manœuvres  opératoires  des  germes 
contenus  dans  les  parois  de  l’ulcère  ou  dans  les  tissus  péri- 
gastriques. 

Si  ces  idées  sont  justes,  et  nous  n’avons  pas  besoin  de  dire 
qu’elles  exigent  le  contrôle,  étant  donné  le  petit  nombre  de  cas 
sur  lesquels  elles  reposent,  la  notion  de  septicité  de  l’ulcère 
gastro-duodénal  est  une  notion  capitale  pour  le  pronostic  opéra- 


768 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


toire.  Elle  ne  l’est  pas  moins  au  point  de  vue  des  indications- 
opératoires. 

Et  ceci  est  la  grosse  question  que  nous  désirons  envisager. 

Est-il  possible  de  distinguer  les  ulcères  septiques  des  ulcères 
amicrobiens  ? 

Eosenow  a  fait  remarquer  que  ces  ulcères  microbiens  étaient, 
dans  la  majorité  des  cas,  des  ulcères  jeunes. 

Sans  parler  des  ulcérations  aiguës  (de  dix  jours,  trois  semaines) 
qui  doivent  être  complètement  mises  à  part,  il  signale  des  cas 
d’ulcères  où  l’examen  fut  fait  de  six  mois  à  un,  trois,  quatre  ans 
après  le  début  des  symptômes,  mais  il  signale  des  cas  où  l’ulcère 
fut  trouvé  septique  dix,  onze,  douze,  quinze  ans  après  le  début 
des  symptômes  gastriques  et,  dans  nos  cas,  c’est  plusieurs  années 
(obs.  II  et  III)  et  même  vingt-trois  ans  (obs.  I)  le  début  des  acci¬ 
dents  gastriques  (1)  que  nous  trouvons  les  ulcères  microbiens. 
L’âge  de  l’ulcère  est  donc  indifférent  en  ce  qui  concerne  la  pos¬ 
sibilité  de  sa  septicité. 

ftosenow  signale  encore  que  les  ulcères  qu’il  a  trouvés  micro¬ 
biens  avaient  présenté  des  crises  récentes  et  rapprochées. 

Nos  quatre  malades  avaient  été  opérés  en  pleine  crise  de  dou¬ 
leurs.  L’intervention  était  rendue  nécessaire  chez  trois  d'entre 
eux  (obs.  L  II  et  III),  car  le  traitement  médical  restait  sans  action, 
et  l’état  s’aggravait  rapidement.  Ils  présentaient  les  crises  clas¬ 
siques  de  l’ulcère  gastrique  mais  très  rapprochées  les  unes  des 
autres.  La  cause  de  la  crise  est  loin  d’être  connue.  Albert  Mathieu 
avait  présenté  le  rôle  de  l’infection  dans  l’apparition  de  ces  crises- 
périodiques.  «  Il  nous  semble  démontré,  écrivait- il  en  1913,  que 
la  combinaison  de  l’inflammation  lymphangitique  interstitielle  et 
de  l’autodigestion  explique  très  bien  l’évolution  extensive  de 
l’ulcus.  La  progression,  l’arrêt  de  l’ulcération  et  sa  cicatrisation 
peuvent  donc  être  influencés  dans  une  large  mesure  par  les  infec¬ 
tions  secondaires  susceptibles  de  s’installer  sur  les  bords  et  sur  le 
fond  de  la  perte  de  substance  (2).  » 

Nos  observations  prouvent  peut-être  le  rôle  de  l’infection  des¬ 
parois  de  l’ulcus  dans  la  production  des  crises  paroxystiques. 
Sans  rien  pouvoir  affirmer  encore,  il  est  permis  de  penser  que  les 
crises  douloureuses,  particulièrement  intenses  et  rebelles  au 

(1)  Notre  observation  IV,  concernant  un  ulcère  septique  récent,  doit  être 
mise  à  part.  Mai*  dans  les  trois  autres  cas,  et  à  des  degrés  divers,  il  s’agis¬ 
sait  d’ulcus  calleux  classiques,  à  parois  très  épaisses,  à  sclérose  intense,  avec 
les  lésions  typiques  de  la  sous-muqueuse,  des  artères  et  des  nerfs. 

(2)  Traité  médico-  chirurgical  des  maladies  de  l’estomac  et  de  V œsophage , 
p.  502.  Masson,  éditeur,  Paris,  1913. 


SÉANCE  DU  23  MAI 


traitement  médical,  traduisent  les  poussées  infectieuses  dans  les 
parois  de  l’ulcère  et  les  lymphangites  gastriques. 

L’examen  de  la  température  de  nos  malades  ne  nous  a  donné 
aucun  renseignement.  La  fièvre,  peu  élevée,  existe  parfois  au  cours 
de  l’ulcus.  Nos  quatre  malades  ont  tous  présenté  une  température 
normale  dans  les  jours  qui  ont  précédé  l’opération. 

Nous  avons  recherché  si  l’examen  du  sang  donnait  quelques 
indications. 

Le  nombre  des  leucocytes  n’est  pas  modifié  dans  l’ulcus  non 
compliqué. 

Sur  neuf  cas  d’ulcère  simple,  Hayem  et  Lion  ont  trouvé  six  fois 
un  nombre  normal,  trois  fois  des  nombres  variant  de  3.000  à 
12.000,  suivant  les  périodes  de  la  maladie. 

Nous  avons  pratiqué  l’examen  dans  dix  cas  d’ulcère  enlevé 
chirurgicalement. 

Nous  avons  trouvé  des  chiffres  variant  de  4.400  à  21.600.  Dans 
nos  quatre  cas  d’ulcus  septique,  la  leucocÿtose  était  de  4.400, 
12.400,  13.600,  21.600. 

Mais  nous  ne  pouvons  dire  si  les  autres  cas  à  leucocÿtose  plus 
élevée  que  la  normale  étaient  des  ulcus  microbiens. 

Il  semble  donc  que  l’examen  clinique  permette  jusqu’à  un  cer¬ 
tain  point  de  prévoir  l’état  septique  des  ulcères,  mais  que  de  nou¬ 
velles  recherches  sont  nécessaires  pour  permettre  d’utiliser  les 
variations  du  taux  leucocytaire  pour  la  précision  de  cette  sep¬ 
ticité. 

L’examen  direct  des  lésions  ne  nous  a  pas  paru  permettre  de 
distinguer  les  ulcères  septiques  des  lésions  amicrobiennes. 

Nous  avions  pensé  que  la  coloration  rouge  du  péritoine,  les 
adhérences  infiltrées  d’œdème,  l’œdème  sous-péritonéal  de  la 
lésion  gastrique  indiquaient  l’état  microbien  des  tissus  gastriques  ; 
dans  deux  cas  où  ces  caractères  se  présentaient,  nous  avons 
cultivé  un  fragment  de  péritoine  ;  il  était  stérile  en  tous  milieux.  Il 
paraît  toutefois  que  de  ce  côté  de  nouvelles  et  nombreuses  obser¬ 
vations  soient  nécessaires. 

L’aspect  histologique  mis  à  part,  la  constatation  directe  des 
éléments  microbiens  ne  saurait  davantage  permettre  de  conclure  à 
la  septicité  des  lésions. 

Il  faudrait  tout  au  moins,  à  ce  point  de  vue  encore,  de  nouvelles 
recherches  pour  préciser  le  rapport  entre  la  constatation  micro¬ 
scopique  de  poussées  inflammatoires  et  l’infection  pariétale  :  cocei 
ou  bacilles  semblent  d’ailleurs  s’observer  le  plus  volontiers  en  des 
régions  tissulaires  où  leur  présence  ne  paraît  déterminer  aucun 
processus  réactionnel,  l’œdème  excepté. 


770 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


De  la  notion  de  septicité  de  certains  ulcères  gastro-duodénaux 
découle-t-il  des  indications  opératoires  spéciales  ? 

Il  importerait  tout  d’abord  de  savoir  si  cette  septicité  est 
permanente  ou  temporaire  et,  dans  ce  cas,  quelle  peut  être  sa 
durée?  Autant  de  problèmes  dont  il  faudrait  chercher  la  solu¬ 
tion. 

Mais  prenant  le  cas  concret  d’un  ulcère  soupçonné  ou  reconnu 
en  période  de  septicité, -quelle  conduite  tenir? 

La  meilleure  conduite  ne  serait-elle  pas  d’attendre  le  refroi¬ 
dissement  pour  intervenir,  ou,  si  l’on  a  la  main  forcée  par  l’allure 
des  symptômes,  de  ne  jamais  faire  de  traitement  direct  de  cet 
ulcère  et  de  ne  recourir  qu’au  traitement  indirect,  la  gastro- 
entérostomie? 

Lorsque  le  malade  est  en  période  de  crise  une  longue  préparation 
à  l’opération  est  peut-être  nécessaire  par  le  repos  au  lit,  le  régime 
très  sévère,  la  glace  sur  le  ventre. 

Peut-être  conviendrait-il  de  n’opérer  que  lorsque  le  chiffre  des 
globules  blancs  serait  redevenu  normal? 

Peut-être  aussi  conviendrait-il  d’activer  la  résistance  de 
l’organisme  à  l’infection  par  une  sérothérapie  ou  une  aulovac- 
cination  préventives?  Nous  employons  cette  thérapeutique  depuis 
quelque  temps,  sans  pouvoir  encore  juger  des  résultats.  Lambret 
le  fait  en  vue  d’éviter  les  complications  pulmonaires  et  en  est 
satisfait.  Grégoire  lave  l’estomac  à  l’avance  avec  de  l’eau  iodée 
pour  le  désinfecter. 

Holler  de  Vienne  (l)a  entrepris  la  cure  des  ulcères  par  l’injec¬ 
tion  de  corps  protéiques  et,  loin  d’agir  sur  le  vague  comme  il  le 
pense,  peut-être  n’a-t-il  produit  qu’un  choc  utile  dans  la  défense 
contre  l’infection? 

Diverses  méthodes  de  thérapeutique  colloïdoclasique,  les  injec¬ 
tions  de  lait  par  exemple,  pourraient  sans  doute  être  utilisées 
préventivement  pour  activer  la  résistance  organique  aux  agents 
septiques. 

Toutes  ces  pratiques  semblent  très  logiques.  Que  si  enfin  on  est 
forcé  à  l’acte  opératoire,  peut-être  est-il  indiqué  de  ne  recourir 
qu’à  la  gastro-entérostomie' et  de  ne  pas  se  livrer  à  une  action 
directe  sur  l’ulcère  septique  (ablation  par  un  procédé  quelconque), 
remettant  celle-ci  à  un  second  temps  plus  ou  moins  éloigné,  sui¬ 
vant  la  pratique  qui  semble  rallier  d’assez  nombreux  suffrages  en 
Amérique. 

En  résumé,  il  nous  semble  que  la  notion  de  septicité  des  ulcères 

(l)  Holler.  Proteinkorpertherapie  des  ulcüsventriculi  und  duodeni.  Archiven 
fUr  Verdauungskrankheiten,  Bd  XXIX,  février  1922. 


SÉANCE  DU  23  MAI 


771 


gardo-duodénaux,  non  pas  la  septicité  originelle,  mais  la  septicité 
au  cours  de  leur  évolution,  qu’elle  soit  primitive  ou  secondaire, 
peu  importe,  est  une  notion  capitale  tant  au  point  de  vue  des 
suites  opératoires  que  des  indications  thérapeutiques. 

Cette  question,  nous  semble-t-il,  n’a  pas  jusqu’ici  préoccupé  les 
chirurgiens.  L’ulcère  gastrique  est  tenu  pour  une  lésion  très 
spéciale,  trophique,  mixte,  qui  n’est  pas,  au  point  de  vue  théra¬ 
peutique,  envisagée  comme  une  ulcération  pouvant  être  septique. 

Cette  septicité  existe  dans  certains  cas,  elle  est  due  en  particu¬ 
lier  au  streptocoque. 

De  cette  septicité  dépendent  à  notre  avis  certains  mauvais 
résultats  opératoires. 

La  septicité  des  lisgus  gastriques  suturés  cause,  dans  certains 
cas,  la  désunion  des  sutures  parfaitement  exécutées.  La  septicité 
des  tissus  périgastriques,  alors  que  les  tissus  gastriques  sont  ami- 
crobiens,  explique  ces  faits  d’abcès  périgastriques  développés 
autour  ou  à  côté  de  sutures  gastriques  en  état  parfait  comme  dans 
nos  ‘observations. 

La  septicité  de  l’ulcère  même  ou  des  tissus  périgastriques  et  la 
dissémination  de  l'infection  dans  le  système  circulatoire  par  les 
manœuvres  opératoires  même  explique  ces  cas  de  septicémie  post¬ 
opératoire  avec  un  foyer  opératoire  parfait  :  septicémie  vraie, 
septicopyohémies,  complications  pulmonaires  si  fréquentes. 

Il  n’est  pas  de  chirurgien,  quelque  peu  expérimenté  en  chi¬ 
rurgie  gastrique,  qui  n’ait  constaté  avec  un  douloureux  étonne¬ 
ment  que  les  opérations  les  plus  simples,  les  plus  facilement,  les 
plus  rapidement,  les  plus  correctement  exécutées  en  cas  d’ulcère 
gastrique,  ont  parfois  un  résultat  fatal,  alors  que  d’autres  opéra¬ 
tions  difficiles  ne  donnant  aucune  satisfaction  à  l’opérateur,  sont 
suivies  de  guérison  inattendue. 

La  raison  de  ces  faits  n’est-elle  pas  l’état  septique  ou  amiero- 
bien  de  l’ulcère  gastrique  et  des  tissus  périgastriques? 

Si  ces  idées  sont  justes,  dans  certains  cas,  la  septicité  de 
l’ulcère  est  la  cause  des  échecs  observés  bien  plus  que  l’in¬ 
suffisance  de  la  technique  opératoire.  Elle  explique  l’échec 
inattendu  venant  interrompre  une  longue  série  de  succès  dans 
des  cas  similaires  opérés  par  le  même  chirurgien  avec  la  même- 
technique. 

Enfin  la  notion  de  septicité  de  certains  ulcères  gastro-duodénaux 
est  capitale  au  point  de  vue  des  indications  opératoires,  de 
l’opportunité  de  l’intervention,  de  la  préparation  du  malade,  du 
choix  même  de  l’opération,  traitement  direct  ou  indirect  de 
l’ulcère. 

L’ulcère  gastro-duodénal  est  parfois  un  ulcère  septique,  les 

BPLL.  BT  MÉM.  DK  LA  SOC.  DE  OHIR.,  1923.  57 


parois  de  l’ estomac,  les  tissus  périgaslriques,  le  système  lympha¬ 
tique  contiennent  -des  germes  et  en  particulier  du  streptocoque. 

Les  indications  opératoires  doivent  tenir  compte  de  cette 
septicité  possible. 

M.  Sayariaud  .  —  La  communication  de  notre  collègue  et  ami 
Pierre  Duval  fait  le  plus  grand  honneur  à  son  courage  et  à  sa 
loyauté  scientifique  puisqu’il  n’hésite  pas,  dans  Tintérêt  de  la 
science,  à  venir  étaler  devant  nous  ses  Tevers,  ce  qui  est  toujours 
plus  instructif  que  d’énumérer  ses  succès.  Pour  ma  part,  j’adopte 
pleinement  ses  idées  sur  la  septicité  des  ulcères  chroniques  et  je 
crois  qu’on  a  beaucoup  trop  exagéré  la  prétendue  asepsie  de 
Tuions,  qu’on  oppose  volontiers  h  la  septicité  du  cancer.  Je  crois 
qu’il  en  est  des  ulcères  de  l’estomac  comme  des  ulcères  de 
jambe;  les  uns  et  les  autres  peuvent  être  aseptiques  ou  plus  ou 
moins  infectés.  Seulement,  tandis  que  pour  l’ulcère  de  jambe  il 
est  relativement  facile  de  s’en  rendre  compte  rien  qu’à  l'aspect 
de  la  plaie  et  de  ses  sécrétions,  pour  l’ulcère  d’estomac  nous 
n’avons  aucun  moyen  semblable. 

Nous  sommes  obligés  d’interroger  la  température,  ce  qui  est 
facile,  ou  la  leucocytose,  ce  qui  l’est  un  peu  moins.  Heureusement 
que  nous  avons  dans  la  clinique  un  moyen  de  nous  méfier  d’une 
virulence  particulière  de  l’ulcère,  lorsque  nous  assistons  à  une 
recrudescence  de  douleurs.  Je  crois  volontiers  comme  Duval  que 
les  crises  douloureuses  qui  s’observent  au  cours  de  l’ulcère 
répondent  parfois  à  des  phénomènes  inflammatoires  qui  doivent 
nous  mettre  en  méfiance  contre  une  virulence  plus  grande  et  nous 
engager  à  différer  les  opérations  ou  à  les  choisir  le  moins  grave 
possible.  ■ 

En  disant  cela,  j’ai  présente  à  la  mémoire  l’histoire  d’une  malade 
qui  a  succombé  à  une  opération  que  j’avais  choisie  exprès  aussi 
simple  que  possible,  ce  qui  m’a  beaucoup  affecté  parce  que  la 
patiente  était  surveillante  de  nuit  dans  mon  service  et  que  je  la 
connaissais  bien.  Cette  femme,  qui.  présentait  depuis  une  ving¬ 
taine  d’années  des  signes  d’ulcère,  avait  dû  prendre  le  lit  au  cours 
d’une  crise  extrêmemént  violente.  'Elle  avait  des  signes  de  péri¬ 
tonite  qui  cédèrent  au  Tepos  et  à  la  glace.  Et  malgré  son 
appréhension,  pour  éviter  le  retour  de  pareille  crise,  elle  consentit 
à  se  laisser  opérer. 

Je  trouvai  un  estomac  en  sablier  avec  ulcus  de  la  paroi  posté¬ 
rieure.  Voulant  réduire  le  traumatisme  au  minimum,  au  lieu  de 
lui  faire  uue  résection  annulaire  je  lui  fis  une  gastroplastie  et, 
comme  à  travers  l’incision  de  la  zone  rétrécie  j’apercevais  l’ulcus 
de  la  paroi  postérieure,  je  la  traitai  par  la  cautérisation  suivant 


SÉANCE  DM  23  MAI 


77.3 


la  méthode  de  Bal'four,  ce  qui  eut  pour  eiffiet  de  compléter  la  per¬ 
foration.  fie  terminai  par  des  sutures  soignées  et  je  drainai  même 
par  précaution. 

J'avais  fait  somme  tonte  une  opération  simple,  et  j’étais  en  droit 
d’escompter  un  succès.  Aussi  quelle  ne  fat  pas  ma  désillusion 
lorsqu’au  bout  de  vingt -quatre  heures  je  vis  survenir  des  phéno¬ 
mènes  de  septicémie  et  de  toxémie  qui  ne  tardèrent  pas  .à  empor¬ 
ter  la  malade.  Y  avait-j'l, comme  dans  les  cas  de  Bavai,  étanchéité 
des  sutures?  Je  ne  puis  le  dire  parce  que  l’autopsie  me  fut  refusée, 
mais  après  avoir  écouté  ce  que  vient  de  ruons  -dire  noire  collègue, 
j’ai  l’impression  que  ma  malade  est  morte  de .sireptacoccie  aiguë 
sans  péritonite. 

La  conclusion  thérapeutique  de  ces  états  n’est  pas  malheureu¬ 
sement  très  claire.  Faut-il  différer  les  opérations?  On  ne  le  peut 
pas  indéfiniment. 

Les  injections  préventives  de  vaccin  donneront  peut-être  des 
résultats  dans  l’avenir,  mais  pour  l’instant  n’en  donnent  guère. 
Il  est  toutefois  un  moyen  qui  est  inoffiensif  et  que  l’on  a  le  devoir 
d’essayer  :  ce  sont  les  lavages  préopératoires  de  l’estomac  à  l’eau 
iodée  suivant  la  méthode  de  Grégoire. 

RL  OEiNceie.  —  Eu  écoutant  ta  communication  de  M.  D uval  je 
suis  très  tenté  de  souligner  l’assimilation  que  rom  peut  établir 
entreles  résultats  de  certaines  opérations  gastriques  et  ceux  bien 
eonnus  des  opérations  pratiquées  sur  le  reste  du  tube  digestif  et 
particulièrement  sur  le  gros  intestin. 

Il  est  bien  entendu  que  nous  établissons  une  échelle  de  gravité 
dans  ces  opérations,  liée  selon  nous  à  la  septicité  pins  on  moins 
grande  de  ces  cavités  viscérales.  Nous  savons  que  la  cavité  gas¬ 
trique  est  relativement  peu  septique,  d’où  la  bénignité  habituelle 
des  opérations  pratiquées  sur  cet  organe  ;  il  n’en  est  pas  moins 
vrai. qu’il  y  a  malgré  tout  des  .micro-organismes  dans  d’estomac. 
Ces  micro-organismes,  nous  les  verrons  pulluler  sous  les  influences 
habituélles  qui  sont  la  stase  et  la  stagnation  du  contenu.  Cette 
stase  n’est  pas  toujours  seulement  le  fait  d’une  sténose,  mais 
aussi  d'un  spasme  plus  ou  moins  permanent  et  lié  à  fi  rr  dation 
causée  par  un  ulcère. 

D’où  la  nécessité  dans  ces  cas  od  l’infection  parait  .probable,  de 
ne  pas  se  laisser  entraîner  à  des  opération®  radioaies  d’emblée,  et 
de  se  limiter  comme  en  chirurgie  du  gros  intestin  à  des  opérations 
de  dérivation  préalable,  en  l’espèce  la  gastro-entérostonoie. 

J’y  ai  toujours  recours  quand,  au  cours  .d’opérations  sur 
restomac,  je  me  trouve  en  présence  de  parois  gastriques  œdéma¬ 
tiées,  ce  que  nous  rencontrons  assez  souvent;  dans  ces  cas,  les 


774 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


manipulations  sont  difficiles,  les  sutures  délicates,  l’écrasement 
est  dangereux,  et  les  résections  encore  plus.  La  gastro-entéro¬ 
stomie  de  dérivation  préalable  est  destinée  à  mettre  l’estomac  au 
repos,  à  faire  cesser  la  stase  et  à  assurer  par  ce  moyen  la  désin¬ 
fection  des  parois  gastriques. 

En  un  mot,  nous  trouvons  en  chirurgie  gastrique,  une  applica¬ 
tion  à  faire  des  règles  générales  qui  nous  guident  en  chirurgie 
intestinale  et  en  particulier  dans  la  chirurgie  du  gros  intestin, 

M.  Louis  Bazy.  —  La  communication  de.  mon  maître,  M.  Pierre 
Duval, -soulève  une  infinité  de  points  intéressants.  Je  n’en  veux 
retenir  qu’un  seul.  C’est  la  réalité  de  septicémies  évoluant  après 
une  opération  sur  l’estomac,  avec  une  rapidité  foudroyante  et 
sans  qu’on  puisse  trouver  la  preuve  de  l’infection  au  niveau  du 
foyer  opératoire.  J’ai  opéré,  il  y  a  quelque  temps,  dans  le  service 
de  mon  maître,  M.  Lapointe,  une  malade  qui  présentait  un  ulcère 
de  la  petite  courbure  avec  sténose  médio-gastrique.  J’ai  fait  une 
résection  annulaire  de  l’estomac  avec  suture  bout  à  bout.  L’opé¬ 
ration  avait  été  très  satisfaisante.  Néanmoins,  la  malade  mourut 
très  rapidement  avec  tous  les  symptômes  d’une  septicémie. 
L’autopsie  de  l’abdomen  ne  révélait  aucune  lésion  inflammatoire  : 
aucun  épanchement  dans  le  péritoine,  pas  de  fausses  membranes. 
Les  Sutures  étaient  étanches  et  la  cicatrisation  déjà  fort  avancée. 
Néanmoins,  j’ai  pu  faire  la  preuve  de  la  septicémie,  en  procédant 
comme  le  font  les  vétérinaires.  J’ai  prélevé  un  petit  os  et,  l’ayant 
sectionné  aseptiquement,  j’ai  ensemencé  la  moelle  osseuse  qui  a 
donné  une  culture  pure  de  streptocoques.  Je  signale  ce  petit  pro¬ 
cédé  qui  peut  parfois  donner  la  clé  de  certains  accidents  post¬ 
opératoires. 


Quatre  observations  de  ligature  de  la  carotide  'primitive , 
par  M.  le  D1'  P.  HARDOUIN  (de  Rennes),  membre  correspondant. 

J’ai  l’honneur  de  présenter  à  la  Société  de  Chirurgie 
quatre  observations  de  ligature  de  la  carotide  primitive. 

Ces  interventions  ont  été  pratiquées  pour  des  lésions  tout  à  fait 
différentes,  mais  elles  ont  présenté,  au  point  de  vue  clinique, 
des  particularités  très  intéressantes,  qu’il  nous  a  paru  utile  de 
rapporter. 

La  première  ligature  a  été  faite  pour  anévrisme  de  l’ophtal¬ 
mique  ;  la  seconde  pour  un  anévrisme  traumatique  de  la  carotide 
interne;  la  troisième  pour  une  hémorragie  de  la  carotide  primitive 


SÉANCE  DU  23  MAI 


775 


au  niveau  de  la  bifurcation  ;  la  quatrième  enfin  pour  hémorragie 
artérielle  venant  de  la  profondeur,  dans  la  région  sous-maxillaire, 
consécutive  à  une  ulcération  cancéreuse. 

Voici  d’abord  ces  quatre  observations  : 

Obs.  I.  —  C...  (Alex.),  âgé  de  soixanfe-deux  ans,  entre  à  l’Hôtel-Dieu 
de  Rennes  le  6  janvier  1912  pour  un  exophtalmos  pulsatile,  du  côté 
gauche.  Il  est  examiné  par  le  regretté  professeur  Assicot,  qui  porte  le 
diagnostic  d’anévrisme  de  l’artère  ophtalmique  et  nous  demande  notre 
avis  au  point  de  vue  chirurgical.  La  lésion  présentait  tocs  les  signes 
cliniques  de  l’anévrisme  :  bruit  de  souffle  caractéristique,  surtout 
intense  à  l’auscultation  de  la  région  frontale,  avec  exophtalmie  pro¬ 
noncée  du  globe  oculaire.  Le  malade  est  très  gêné  par  cette  sorte  de 
bruit  de  rouet  qu’il  ressent  dans  le  crâne  et  qui  ne  lui  laisse  aucun 
instant  de  repos  et  il  demande  vivement  à  être  débarrassé,  d’un  mal 
devenu  pour  lui  une  véritable  obsession. 

D’accord  avec  le  professeur  Assicot,  nous  proposons  une  ligature  de 
la  carotide  primitive  gauche. 

L’opération  a  lieu  le  2  février.  Anesthésie  à  l’éiher.  Découverte  rapide 
de  la  carotide  primitive.  Je  passe  en  arrière  du  vaisseau  bien  isolé  au 
catgut  n°  2,  que  je  serre,  d’abord  lentement,  puis  je  serre  à  fond.  A  ce 
moment  précis,  le  malade  cesse  de  respirer.  Je  couvre  alors  la  plaie 
avec  une  compresse  stérile,  pendant  que  les  aides  pratiquent  la  respi¬ 
ration  artificielle.  Au  bout  de  une  demi-minute  environ,  la  respiration 
spontanée  ne  se  manifestant  pas,  je  coupe  mon  til  à  ligature.  Je  con¬ 
state  immédiatement  la  reprise  des  battements  de  l’artère  en  amont. 
Quelques  instants  encore  de  respiration  artificielle  et  le  malade  com¬ 
mençait  spontanément  ses  respirations. 

Je  me  décidai  alors  à  glisser  à  nouveau  autour  de  la  carotide  un  fil 
dont  les  deux  bouts  ressortaient  par  la  plaie  incomplètement  suturée, 
en  me  promettant  de  pratiquer  tous  les  jours  un  peu  de  torsion  des 
deux  chefs,  pour  obtenir  lentement  la  diminution  de  calibre,  puis 
l’oblitération  complète  des  vaisseaux. 

Le  pansement  terminé,  et  sur  la  table  même  d’opération,  un  des  aides 
a  l’idée  d’ausculter  avec  son  stéthoscope  le  front  du  blessé.  Grande  sur¬ 
prise,  le  bruit  du  souffle  a  complètement  disparu,  fait  vérifié  immédiate¬ 
ment  par  le  Dr  Assicot  et  par  moi.  Le  malade  est  reporté  dans  son  lit. 

Le  bruit  du  souffle  n’a  jamais  reparu.  Dès  le  lendemain  le  malade  se 
réjouissait  vivement  du  résultat  obtenu  et  du  repos  éprouvé  à  la  suite 
de  la  disparition  de  son  obsession. 

Au  bout  de  quarante-huit  heures,  premier  pansement,  au  cours 
duquel  j’enlève  le  fil  à  ligature  désormais  inutile.  La  guérison  de  la 
petite  plaie  du  cou  s’est  faite  sans  incident. 

Pendant  quelques  jours  le  malade  a  éprouvé  dans  la  région  profonde 
de  l’orbite  comme  une  sensation  de  tension  assez  gênante.  Il  semblait 
même  à  la  vue  que  l’exophtalmie  eût  tendance  à  augmenter.  Puis  au 
bout  d’une  quinzaine  on  notait  au  contraire  une  diminution  sensible 
de  la  tuméraction. 


SOCIÉTÉ  DK  GUl-RURGIE 


Sorti  guéri  de  l'Hôtel-Dietik  3L  mars,  G...  (Alex.)  a  été  revu  six  mois 
après  par  le  professeur  Assàcol.  Son  état  se  maintenait  excellent.. 

Obs.  II.  —  D...  (Amédée),  16e  chasseurs  à  pied,  a  été  blessé  le 
30  octobre  1914  par  une  balle  de  fusil.  Le  billet  d’origine  porte  :  Plaie 
par  balle,  entrée  du  côté  droit  du  cou,  sur  les  bords  du  muscle  sterno- 
cléido-mastoïdien,  à  deux  travers  de  doigt  au-dessous  de  l’angle  du 
maxillaire  inférieur.  Sortie  du  côté  gauche  du  cou  sur  une  ligne  ver¬ 
ticale  tirée  de  l’apophyse  masfoïde  et  à  trois  travers  de  doigt  de  Ceïle-cf. 

D...  entre  dans  mon  service,  hôpital  complémentaire  n°  1  à  Rennes, 
le  1er  février  1915.  Il  nous  racoute  l’histoire  suivante  : 

Aussitôt  touché  par  le  projectile  le  blessé  tombe  à  terre  sans  perdre 
connaissance.  Il  constate  presque  immédiatement  que  son  bras  et  sa 
jambe  gauches  sont  paralysés.  Il  croit  en  outre  avoir  perdu  beaucoup 
de  sang. 

Actuellement,  15  février  :  Au  niveau  du  cou,  à  droite,  il  existe  à  un 
travers  de  doigt  au-dessous  du  bord  inférieur  de  la  mâchoire  et  un  peu 
en  avant  du  muscle  sterno-cléido-mastoïdien  une  tuméfaction  de 
forme  un  peu  allongée  à  son  extrémité  inférieure,  bien  arrondie  dans 
tout  le  reste  de  son  étendue  et  grosse  comme  un  marron.  "A.  son 
niveau,  la  peau  est  de  coloration  normale  et  visiblement  soulevée  par 
des  battements.  A  la  palpation,  la  tumeur  est  molle,  dépressible, 
animée  de  battements  synchrones  à  la  systole  cardiaque,  et  douée  de 
mouvements  d’expansion  légère.  Les  battements  diminuent  considéra¬ 
blement  avec  la  compression  de  la  carotide  primitive. 

L’auscultation  révèle  un  souffle  doux,  intermittent,  caractéristique. 
Pas  de  dilatation  veineuse  apréciable  dans  le  voisinage.  ■ 

Rien  d'important  à  signaler  du  côté  de  la  face,  dont  l’aspect'  est  à  peu 
près  normal,  sauf  une  très  légère  déviation  de  la  commissure  labiale 
du  côté  droit. 

Le  membre  inférieur  gauche  est  en  partie  paralysé  et  Se  maintient 
en  demi-flexion  et  en  pronation.  Ebauche  de  mouvements  de'  flexion 
des  doigts  et  du  poignet,  mais  aucun  mouvement  d’extension.  Léger 
mouvement  de  flexion  du  coude  d’ailleurs  très  limité.  Quelques  mou¬ 
vements  d’élévation  du  bras.  A'myotrophie  importante. 

Au  membre  inférieur  gauche  :  paralysie  du  sciatique  poplité  externe  ; 
le  malade  marche  en  fauchant.  Réflexe1  rotutien  exagéré  à  gauche. 
Ebauche  de  trépidation  épileptoïde;  signe  de  Babinski  positif. 

Une  radiographie  de  la  colonne  cervicale  montre  que  celle-ci  est 
intacte  et  n’a  pas  été  touchée  parle  projectile. 

Le  P9  février  extirpation  du  sac  ariévrismaf.  Incision  verticale'  k  la 
région  antérieure  du  sterno-clérodo-mastoïdien.  Ligature  de  la  carotide 
primitive  et  dégagement  du  sac.  Ligature  au-dessus  du  sac  d’une 
grosse  artère  adhérant  latéralement  à  l’anévrisme  et  d’une  petite 
artère  émanant  directement  du  sac. 

Guérison  opératoire  sans  complication^,  mais  malgré  un  traitement 
électrique  prolongé,  le  18  juin  1915  on  ne  pouvait  noter  aucune 
amélioration  apparente  de  l'hémiplégie. 


SÉANCE  DO  23.  MAI 


777 


La  pièce  que  bous  présentons  à.  l’examen  de  la  Société  de 
Chirurgie  paraît  devoir  être  interprétée  comme  étant  le  résultat 
de  La  section  complète,  de  la  carotide  externe  au  niveau  de  la 
bifurcation,  l’anévrisme  ainsi  créé  communiquant  avec  la  caro¬ 
tide  interne  et  la  comprimant. 

0ns.  III.  —  Jeune  homme  de.  vingt-cinq  ans„  syphilitique  opéré  à 
l’Hôtel-Dieu  de  Rennes  pour  ganglions  tuberculeux  supputés  du  cou  du 
côté  droit.  Suture  partielle  de  la  plaie  après  extirpation.  Un  drain  est 
laissé  à  la  partie  déclive.  Ce  drain,  mainteuu  trop  longtemps  en  place, 
ulcère  les  gros  vaisseaux  du  cou  et  provoque  une  hémorragie  abon¬ 
dante  au  milieu  de  la  nuit. 

L’interne  de  garde  appelé  enlève  vivement  le  pansement,  fait  sauter 
quelques  fils  à  suture  et  comprime  directement  le  vaisseau  saignant 
avec  le  doigt.  J’arrive  une  demi-heure  plus  tard.  Ligature  de  la  caro¬ 
tide  primitive  qui  arrête  en  grande  partie  l’hémorragie  et  permet  de 
voir  l’orifice  ulcéré  immédiatement  au-dessous  de  la  bifurcation  vagcu- 
laire.  Une  deuxième  ligature  comprime  plus  ou  moins,  complètement 
l’origine  des  deux  carotides  interne  et  externe. 

Le  malade,  très  pâle  des  suites  de  sa  violente  hémorragie,  se  remet 
peu  à  peu  sous  l’influence  du  sérum  artificiel  et  de  l'huile  camphrée. 
Malheureusement  deux  heures  plus  tardai!  est  pris  d’une  syncope  sans 
nouvelle  hémorragie  et  succombe  brusquement. 

Obs.  IV  (Publiée  in  thèse  de  de  Fourmestraux).  Eu  voici  un 
résumé  : 

N...,  âgé  de  soixante-deux  ans,  opéré  un  an  auparavant  pour  un 
cancer  de  la  langue,  présente  du  côté  gauche  du  cou,  au-dessous  de 
l’angle  droit  de  la  mâchoire,  un  ganglion  néoplasique  qui  a.  peu  à  peu 
envahi  la  région  avoisinante. 

Ce  ganglion  adhère  à  la  peau  qu’il  ne  tarde  pas  à  ulcérer  et, 
six  semaines  plus  tard,  le  malade  présente  une  hémorragie,  brusque, 
violente,  en  jet,  venant  de  la  profondeur  et  qui  traverse  le  pansement. 

Un  tamponnement  ne  permet  d’arrêter  l’écoulement'  du  sang  que 
d’une  façon  toute  passagère. 

Ligature  de  fa  carotide  primitive.  Cessation:  de  l'hémorragie.  Pas 
d’incidents.  Le  malade  guérit  opératoirement,  mais  succombe  deux  mois 
pLus  tard  aux,  progrès  de  la  cachexie  cancéreuse. 

Ces  quatre  observations  de  ligature  de  la  carotide  primitive 
présentent,  dans  leur  diversité  un  assez,  grand  intérêt  clinique. 
Au  point  de  vue  de  la  morbidité  d’abord.  Deux  fois  chez,  nos 
malades  nous  avons  eu  à  enregistrer  des  accidents. 

Dans  notre  observation  I,  l’arrêt  de  la  respiration  a  coïncidé 
avec,  la  ligature  de  L’artère  ;  dans  l’observation  III,  la  mort 
hrusque  du  malade,  deux  heures  environ  après  la  ligature, 
semble  bien  en  rapport  avec  une  embolie  que  les  auteurs  ont 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


signalée  fréquente.  Enfin,  dans  notre  observation  II,  si  la  liga¬ 
ture  s’est  faite  sans  incidents,  il  ne  faut  pas  oublier  que  le  blessé 
était  hémiplégique  depuis  sa  blessure.  Nous  .n’avons  donc  eu  en 
somme  que  notre  observation  IV  où  la  ligature  de  la  carotide 
primitive  se  soit  passée  sans  incidents. 

C’est  là  une  statistique  particulièrement  chargée,  malgré  que 
nous  n’ayons  eu  à  déplorer  qu'un  cas  de  mort. 

Les  auteurs,  il  est  vrai,  diffèrent  encore  sur  la  gravité  à  attri¬ 
buer  à  la  ligature  de  la  carotide  primitive.  Certains  la  considèrent 
comme  une  intervention  bénigne  depuis  la  période  antiseptique. 
Nous  voyons  par  exemple  Zeller  (1911)  rapportant  une  statistique 
de  Settler  et  Keller,  noter  4  décès  sur  76  cas  de  ligature  de 
la  carotide  primitive  pour  exophtalmos  pulsatile.  Encore  les 
32  derniers  cas  datant  de  l’époque  antiseptique  avaient  donné 
32  succès. 

Delore  (1919),  à  propos  d’une  communication  de  Patel  à  la 
Société  de  Chirurgie  de  Lyon,  déclare  qu’il  a  eu  souvent  l’occasion 
de  lier  la  carotide.  Des  accidents  nombreux  ont  été  observés  chez 
des  vieillards,  jamais  au-dessous  de  quarante  ans. 

Enfin  un  grand  nombre  de  chirurgiens  :  Weiss,  André,  Rou- 
villois,  Guibal,  Alamartine,  Legueu,  Boudet,  Mauclaire,  Morestin, 
Dufourmentel,  etc.,  ont  eu  l’occasion  de  faire  cette  ligature  sans 
accidents. 

Par  contre,  d’autres  chirurgiens  sont  plus  réservés  dans  le 
pronostic. 

De  Fourmestraux,  dans  son  excellente  thèse,  montre  que  la 
gravité  de  l’intervention  est  en  raison  de  l’affection  qui  la 
nécessite.  Il  indique  une  mortalité  de  54  p.  100  dans  la  ligature 
pour  plaie  ;  7  p.  100  dans  l’exophtalmos  pulsatile  et  13,5  p.  100 
dans  les  anévrismes.  Presque  tous  les  cas  de  morts  out  été  consé¬ 
cutifs  à  des  accidents  cérébraux  et  en  particulier  à  des  phéno¬ 
mènes  d’hémiplégie. 

Marquis,  pendant  la  guerre,  a  signalé  un  nombre  important  de 
cas  mortels. 

Le  Denlu  (1921),  dans  une  statistique  de  150  cas  de  liga¬ 
ture  d’une  seule  carotide  primilivé  faite  pour  le  traitement  de 
l’exophtalmos  pulsatile,  a  relevé  une  mortalité  de  10  p.  100. 

Enfin  certains  auteurs,  plus  rares  il  est  vrai,  considèrent  cette 
opération  comme  très  redoutable.  Gilson  Hermann  (1914),  par 
exemple,  indique  une  mortalité  de  6  cas  sur  7  dans  des  interven¬ 
tions  pour  anévrismes  artério-veineux  de  la  carotide  interne  avec 
la  jugulaire,  moins  à  cause  des  difficultés  opératoires,  parfois 
cependant  très  grandes,  que  par  suite  de  la  ligature  de  la  carotide 
primitive. 


SÉANCE  DU  23  MAI 


',79 


Nous  ne  voulons  pas  insister  davantage,  mais  nous  avons  tenu 
à  indiquer  ces  divergences  pour  montrer  l’intérêt  qu’il  y  a  à 
publier  les  résultats  obtenus  dans  ces  interventions. 

Le  fait  extrêmement  curieux  que  nous  avons  noté  dans  notre 
observation  I  est  la  disparition  absolue  des  signes  d’anévrisme 
de  l’ophtalmique,  succédant  àune  ligaturede  la  carotide  primitive, 
qui  n’a  pas  excédé  en  tout  une  demi-minute.  Nous  n’avons  pas 
trouvé  de  fait  analogue  dans  la  littérature  médicale,  et,  tout  en 
nous  réjouissant  du  résultat  obtenu  par  hasard, nous  ne  songeons 
pas  à  proposer  cette  ligature  temporaire  comme  moyen  habituel 
de  traitement. 

Enfin,  l’observation  II  nous  offre,  elle  aussi,  une  particularilé 
très  intéressante,  car  il  paraît  bien  ici  que  la  déchirure  de  l’artère 
ait  poité  sur  la  carotide  externe  au  niveau  de  sa  bifurcation  de  la 
carotide  primitive.  La  carotide  externe  paraît  bonne. 

Il  y  a  lieu  ici  de  se  demander  par  quel  mécanisme  s’estproduile 
l’hémiplégie  presque  immédiate  observée  chez  le  blessé.  Peut-être 
y  a-t-il  eu  une  embolie?  Peut-être,  aussi,  l’hématome  primitif  pro¬ 
duit  par  le  Iraumatisme  a-t-il  comprimé  la  carotide  interne  et 
entraîné  ainsi  les  accidents  cérébraux  observés? 

Là  encore  nous  n’avons  pas  trouvé  de  cas  semblable  dans  les 
observations  que  nous  avons  dépouillées,  et  il  s’agit  évidemment 
d’un  cas  tout  à  fait  exceptionnel. 

M.  Savariaud.  —  J’ai  publié  dans  les  Bulletins  de  la  Société  de. 
Chirurgie  de  1916  (page  2427)  l’histoire  d’un  blessé  qui,  à  la  suite 
d’une  plaie  sèche  de  la  carotide  primitive  gauche,  présenta  une 
hémiplégie  immédiate.  Ce  blessé  me  fut  présenté  à  l’hôpital  mili¬ 
taire  de  Verdun  pour  des  blessures  multiples  très  graves.  Comme 
il  présentait  une  hémiplégie  non  douteuse  et  une  petite  cicatrice 
du  cou,  je  fus  amené  à  me  demander  s’il  existait  une  relation 
entre  la  plaie  en  question  et  les  symptômes  présentés  par  ce 
malade.  Je,  fus  amené  par  mon  examen  à  conclure  à  une  section 
complète  de  la  carotide,  rétraclion  et  oblitération  des  deux  bouts 
et  hémiplégie  consécutive. 

Ce  malade,  qui  présentait  un  volumineux  pneumothorax  sup¬ 
puré  ayant  succombé  à  ses  blessures,  je  pus  faire  une  dissection 
très  minutieuse  et  un  dessin  très  précis  de  la  carotide  et  de  ses 
branches.  Conformément  à  mes  prévisions  la  carotide  avait  été 
complètement  sectionnée.  Je  fus  frappé  par  l’exiguïté  de  ses  bran¬ 
ches  collatérales  et  terminales  et  je  me  demandai  s’il  s’agissait 
d’une  atrophie  consécutive  à  la  section  artérielle  ou  s’il  s'agissait 
d’une  disposition  congénitale. 

Je  conclus  à  cette  dernière  et  cette  hypothèse  me  permit  d’expli- 


CHIRURGIE 


quer  que  par  suite  de  l’exiguïté  des  collatérales  la  circulation 


Fig.  1.  —  La  figure  représente  la  Carotide  primitive  fendue  à  sa  paxtie 
inférieure  et  au  niveau  du  carrefour  carotidien. 

Thyr.,  artère  thyroïdienne  supérieure  non  oblitérée  naissant  de  la  terminaison  de  la 
carotide  primitive. 

Ci,  carotide  interne  extrêmement  grêle  et  non  oblitérée.  Il  est  probable!  que,  pendant 
la  vie  le  sang  circulait  en  mince  filet  de  la  thyroïdienne  vers  la  carotide  interne  et  de  là 
au  cerveau.  CC,  trajet  du  projectile. 

Pis.  2.  —  Schéma  montrant  fa  coupe  longitudinale-  des  carotides  avec 
l’oblitération  fibreuse  00,  qui  divise  en  deux  le  caülot. 

cérébrale  n’ait  pu  se  rétablir.^Un  dessin  d’après  nature  delà  earo*- 
tide  et  de  ses  branches  a  été  publié  dans,  nos  Bulletins,  (Voir  fig.) 


SÉANCE,  DU  23, 


Les  vaisseaux  lymphatiques  du. jéjunum  et  de  h' iléon', 
et  leurs  qany  lions, 

par  MM.  PIERRE  DESCOMPS  et  D...  TURNÉSCO'. 

Nos  recherches,,  pratiquées  à  l’Amphithéâtre  des  Hôpitaux,  ont 
porté  sur  38  sujets  nouveau-nés  pris  en  série  et  sur  10  sujets 
adultes  dont  quelques-uns  furent  choisis  en  raison  de  l’faypertrô- 
phie  de  leur  système  ganglionnaire.  Elles  sont  le  complément  du 
travail  sur  les  lymphatiques  du  gros  intestin  que  nous  vous  avons, 
présenté  le  6  décembre  1922  (1). 

Il  serait  superflu  de  revenir  sur  les  caractères  généraux  concer¬ 
nant  l’ensemble  de  l’appareil  lymphe- ganglionnaire  de  l’intestin 
exposés  dans  notre  première  communication  ;  ces  considérations 
s’appliquent  intégralement  au  jéjunum  et  à  l’iléon. 

Nous  distinguons  nettement  le  jéjunum  de  l’iléon.  En  voici  la 
raison.  L’axe  vasculaire  de  la  grande  anse  ombilicale  différencie,  au 
point  de  vue  des  vaisseaux  tant  lymphatiques  que  sanguins,  deux 
territoires.  Le  premier  de  ces  deux  territoires  est  antéro-supérieur, 
pré-vitellin  ;  il  est  si  tué  en  amont  du  diverticule  extra-embryonnaire 
de  l'anse  ombilicale,  dont  le  diverticule  de  Meckel  est  Le  reliquat 
inconstant:  c’est  le  territoire  proximal.  Le  second  territoire  est 
postéro-inférieur,, post-vitellin;  il  est  situé  en  aval  du  diverticule  : 
c’est  le  territoire  distal.  La  torsion  de  l’anse  ombilicale,  avec  les 
accolements  consécutifs,  modifie  l’orientation  des  segments  intes¬ 
tinaux  qui  la  constituent  et  celle  des  vaisseaux  qui  leur  corres¬ 
pondent  dans  les-divers  secteurs  du  méso;  mais,  comme  on  peut 
logiquement  le  prévoir,  la  disposition  primitive  des  vaisseaux 
reste  constante,  après  comme  avant  la  torsion  et  les  accolements, 
pour  chaque  segment  intestinal.  La  démonstration  en  a  été  faite, 
pour  les  vaisseaux  sanguins.  II  en  est  de  même  pour  les  vaisseaux 
lymphatiques.  Les  lymphatiques  du  jéjunum,  intestin  dérivé  du 
segment  proximal  de  l’anse,  ont  une  disposition  et  une  conver¬ 
gence  spéciales,  différentes  de  la  disposition  et  de  la  convergence 
que,  présentent  les  lymphatiques  de  l’iléon,  intestin  dérivé  du  seg¬ 
ment  distal  de  l’anse  comme  le  côlon  droit  elle  côlon  transversal. 
Toutefois,  aux  confins  de  leurs  territoires  adjacents,  les  deux 
systèmes  lympho-ganglionnaires  de  l’anse  ombilicale  commu¬ 
niquent  entre  eux  largement  et  sans  discontinuité,  comme  ils 
communiquent  largement  et  sans  discontinuité,  aux  limites 
extrêmes  de  leurs  territoires  respectifs,  avec  les  systèmes  voisins 

(.1)  Bull,  et  Mém.  de  la  Société  de  Chirurgie,  1.922,  p.  1345.  à  1363. 


782 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


des  segments  adjacents  du  tube  digestif.  Ainsi  les  vaisseaux  four¬ 
nissent  les  éléments  d’une  distinction  précise  entre  deux  segments 
intestinaux  grêles,  dont  le  premier  peut  être  appelé  jéjunum  et  le 
second  iléon.  Dans  un  mémoire  (sous  presse),  l’un  de  no'us  mon¬ 
trera  qu'il  est  particulièrement  avantageux,  pour  la  clarté  de  la 
nomenclature  etdu langage  anatomo-chirurgical,de  donner  exclu¬ 
sivement  le  nom  de  jéjunum  au  segment  proximal  et  de  réserver 
le  nom  d’iléon  au  segment  distal  ;  c’est  une  notion  ancienne 
(Huschke)  qu’il  nous  a  paru  opportun  de  remettre  en  lumière. 
Même  en  conservant  la  nomenclature  usuelle,  qui  ne  sépare  pas 
nettement  le  jéjunum  de  l’iléon,  il  resterait  nécessaire,  au  point 
de  vue  de  la  vascularisation,  de  distinguer  formellement,  comme 
nous  l’avions  fait  jusqu’ici,  et  encore  dans  notre  première  commu¬ 
nication,  le  segment  terminal,  sous  le  nom  d’iléon  terminal;  nous 
adopterons  désormais  la  nomenclature  plus  simple  dont  nous 
venons  d’indiquer  les  termes.  Ainsi  donc,  pour  les  vaisseaux  lym¬ 
phatiques  et  leurs  ganglions,  nous  allons  successivement  et  isolé¬ 
ment  étudier  le  courant  de  l’iléon  et  le  courant  du  jéjunuiïi. 

1.  Le  courant  de  l 'iléon  a  été  décrit  à  propos  du  confluent  des 
côlons  droits  dont  il  est  un  des  affluents  ( Loc .  cit.,  p.  1359).  Nous 
voulons  rappeler  combien  la  circulation  lymphatique  de  l’iléon 
est  médiocre  et  réduite,  combien  peu  nombreux  et  peu  importants 
sont  les  ganglions  intercalés  sur  son  trajet,  combien  est  pauvre 
en  vaisseaux  —  tant  lymphatiques  que  sanguins  —  le  secteur 
terminal  du  mésentère  qui  porte  l’iléon,  intestin  qui,  par  sa  vas¬ 
cularisation,  présente  tous  les  caractères  des  segments  coliques 
situés  en  aval,  type  vasculaire  distal  post-vitellin,  très  différent 
du  type  proximal  pré-vitellin  dont  les  caractères  sont  exactement 
opposables.  La  présence  dans  la  muqueuse  iléaie  des  follicules 
lymphatiques  agminés  les  plus  importants  par  leur  masse,  s’ac¬ 
corde  mal,  en  apparence,  avec  la  pauvreté  relative  du  réseau  des 
vaisseaux  efférents  correspondants,  il  est  logique  de  penser  que 
la  zone  jéjunale,  en  particulier  la  zone  jéjunale  moyenne,  où  la 
richesse  des  réseaux  efférents  est  considérable  et  au  niveau  de 
laquelle  la  muqueuse  présente  de  très  nombreux  follicules  isolés, 
est  en  réalité  celle  dont  le  système  lymphatique  est  le  plus  dense 
et  prend  la  valeur  maxima.  Rappelons  encore  que  le  confluent 
primaire  dans  lequel  aboutit  le  courant  iléal,  confluent  des  côlons 
droits,  présente  des  voies  efférentes  qui  rejoignent  le  grand  con¬ 
fluent  portai  rétro  pancréatique  par  un  trajet  distinct  de  celui  que 
nous  signalerons  pour  les  voies  efférentes  du  confluent  jéjunal.  De 
sorte  que  les  deux  courants  sont  séparés  à  tous  les  niveaux,  sauf 
la  réserve,  déjà  formulée,  concernant  les  confins  de  leurs  terri- 


SÉANCE  DU  23  MAI 


783 


toires.  De  ce  rattachement  de  l’iléon  au  système  vasculaire  du 
côlon  droit  et  du  côlon  transverse,  on  peut  déduire 'la  nécessité 
d’uüe  étendue  considérable  de  l’exérèse  intestinale  etlympho-gan- 


Fig.  1.  —  Les  deux  courants  lymphatiques  de  l'iléon  et  du-  jéjunum,  a)  Le 
courant  de  l’iléon,  qui  rejoint  le  confluent  primaire,  confluent  des  côlons 
droits  et,  au  delà,  par  l’intermédiaire  des  efférents  de  ce  confluent,  le  grand 
confluent  portai  rétro-pancréatique,  que  rejoignent  aussi  les  efférents  du 
confluent  du  côlon  transversal,  b)  Le  courant  du  jéjunum  représenté  par  les 
efférents  de  son  confluent  primaire  —  confluent  mésentérique  —  rejoignant 
aussi  le  grand  confluent  portai  rétro-pancréatique. 

glionnaire  dans  les  tumeurs  malignes  de  l’iléon,  si  du  moins  on 
veut  mettre  en  accord  la  technique  d’exérèse,  dans  les  tumeurs 
malignes  de  l’intestin,  avec  la  délimitation  des  territoires  lympha¬ 
tiques  telle  que  nous  l’apercevons  désormais. 


7S4 


SOCIÉTÉ  DE  CfllBttRfGIE 


H.  Ijs  courant  du  jéjunum  doit  être  envisagé,  conformément  au 
plan  d exposition  adopté  antérieurement,  d’abord  au  niveau  de 
ses  collecteurs  d’origine,  puis  au  niveau  du  confluent  primaire 
qu’après  plusieurs  réductions  ils  vont  rejoindre,  enfin  au  niveau 
des  voies  efférentes  de  ce  confluent  qui  gagnent  le  grand  confluent 
portai  rétro-pancréatique.  Aux  divers  étages  de  ces  vaisseaux 
lymphatiques,  seront  indiqués  les  ganglions  intercalés  sur  leur 
trajet. 

Les  collecteurs  d’origine  sont,  au  niveau  du  jéjunum,  compa¬ 
rables,  d’une  manière  générale,  à  ceux  qui  ont  été  décrits  au  niveau 
de  l’iléon  (i&c.  cil..,  p.  1347  et  1359);  en  particulier,  ils  présentent 
sur  leur  trajet  des  nodules  épi-  et  para-entériques  visibles  après 
injection.  Ils  forment  aussi  dans  le  mésentère,  à  faible  distance 
du  bord  hilaire  du  jéjunum,  par  leurs  riches  anastomoses,  une 
arcade  marginale  continue,  satellite  de  l’arcade  vasculaire  margi¬ 
nale  et  plus  exactement  satellite  de  la  première  arcade  veineuse. 
Les  collecteurs  semblent  se  jeter,  sous  des  incidences  variables,  en 
général  à  angle  droit,  dans  celte  arcade  marginale,  première  zone 
de  concentration  lymphatique.  En  certains  points,  leur  confluence 
est  particulièrement  dense;  ainsi  se  dessinent  des  points  de  con¬ 
fluence  élective,  irrégulièrement  disposés,  et  qu’on  trouve  espacés 
■d’à  peu  près  1  centimètre  chez  le  nouveau-né  et  3  centimètres 
chez  l’adulte.  Au  moins  quatre  fois  plus  nombreux  que  les  vais¬ 
seaux  sanguins,  les  collecteurs  lymphatiques  se  placent,  sur  l'in¬ 
testin,  au  contact  de  .ceux-ci  ou  dans  leurs  intervalles;  arrivés  au 
bord  hilaire,  ils  pénètrent  dans  le  mésentère  et  y  décrivent  des 
sinuosités  élégantes,  à  spires  peu  élevées  mais  très  serrées,  d’as¬ 
pect  très  caractéristique.  Ce  pelotonnement  des  vaisseaux  lym¬ 
phatiques  se  manifeste  dans  beaucoup  de  régions,  mais  rarement 
comme  au  niveau  de  la  marge  du  mésentère,  où  les  sinuosités 
décrites  par  les  vaisseaux  lymphatiques  sont  sans  doute  le  résultat 
de  leur  mode  d’adaptation  —  par  déplissement  et  plissement 
alternés  —  aux  mouvements  intrinsèques  d’expansion  et  de 
retrait,  soit  longitudinaux  soit  transversaux,  de  l’intestin,  mou¬ 
vements  auxquels  les  vaisseaux  sanguins  s’adaptent  par  un  autre 
mécanisme,  celui  de  l'élasticité  de  leurs  parais.  Parmi  les  collec¬ 
teurs  d'origine,  dl  est  impossible  de  distinguer  les  -chylifères1;  tout 
porte  à  croire  que  les  chylifères  ne  son  t  pas  des  vaisseaux  lym¬ 
phatiques  spéciaux,  et  ,en  particulier  la  constatation  suivante  que 
nous  avons  pu  noter  plusieurs  fois  :  les  vaisseaux  chylifères  blanc- 
laiteux,  observés  à  l’état  d'injection  -physiologique,  ont  -absolu¬ 
ment  le  même  aspect  que  les  -vaisseaux  lymphatiques  expérimen¬ 
talement  injectés  par  l’intermédiaire  des  réseaux  pariétaux. 

Dans  les  points  de  concentration  des  collecteurs  d’origine,  au 


SÉANCE  Dü  23  MAI  788 


niveau  de  l’arcade  marginale,  apparaissent,  des  ganglions  de  petit 
calibre.  C’est  le  premier  relais  ganglionnaire,  celui  des  ganglions 
périphériques  (loc.  vit.,  p.  1331).  Ces  ganglions  sont  en  général 
les  plus  petits  de  tous  ceux  que  l’on  rencontre  dans  le  mésentère; 
il  est  rare  que  chaque  point  de  concentration  n’en  présente  pas 
au  moins  un  dans  sa  trame. 

Mais  voici  un  fait  d’importance  capitale.  Tous  les  collecteurs 
issus  du  jéjunum  ne  s’arrêtent  pas,  soit  dans  le  courant  marginal, 
soit  dans  les  ganglions  périphériques  intercalés  sur  le  trajet  de  ce 
courant.  Certains  de  ces  collecteurs,  sinueux  à  leur  origine  comme 
les  précédents,  mais  plus  loin  rectilignes,  franchissent  l’arcade 
marginale  et  le  ganglion  périphérique,  puis,  après  s’être  ou  non 
anastomosés  avec  eux,  vont  directement  rejoindre,  plus  loin  dans 
le  mésentère,  une  seconde  zone  déconcentration,  le  second  relais 
lympho-gangiionnaire.  Moins  nombreux  que  les  collecteurs  pri¬ 
maires  courts,  ees  collecteurs  primaires  longs  sont  cependant 
constants  à  tous  les  niveaux.  Dans  les  résections  pour  tumeurs 
malignes,  il  sera  donc  toujours  nécessaire  de  réséquer  très  loin 
le  mésentère  et  même,  si  on  veut  dépasser  seulement  le  premier 
relais  ganglionnaire,  ce  qui  est  évidemment  le  minimum,  d’at¬ 
teindre  la  denxième/  zone  de  concentration,  que  nous  allons 
décrire. 

Une  deuxième  zone  de  concentration  du  eourant  lymphatique  se 
trouve  dans  le  mésentère,  dessinant  une  ligne  festonnée  irrégu¬ 
lière  mais  continue,  à  peu  près  à  mi-hauteur  de  celui-ci,  toutefois 
un  peu  plus  près,  en  général,  du  bord  intestinal  que  du  bord 
pariétal.  Elle  répond  à  la  dernière  arcade  veineuse.  Les  vais¬ 
seaux  que  lui  envoie  la  première  zone  de  concentration  et 
les  collecteurs  intestinaux  longs  qui  la  rejoignent  directement 
franchissent  donc,  les  uns  et  les  autres,  la  moitié  périphérique  du 
mésentère,  celle  où  se  dessine  le  réseau  des  arcades  vasculaires 
sanguines  —  tant  artérielles  que  veineuses  —  dont  les  mailles 
sont  plus  ou  moins  nombreuses  et  plus  ou  moins  serrées.  Certains 
de  ces  vaisseaux  lymphatiques  sont,  dans  ce  territoire  du  mésen¬ 
tère,  satellites  des  vaisseaux  sanguins;  on  peut  les  voir  suivre  les 
arcades  veineuses  en  s’adossant  à  leurs  piliers.  Mais  d’autres, 
parmi  ces  vaisseaux  lymphatiques,  à  peine  moins  nombreux  que 
les  précédents,  coupent  les  espaces  limités  par  les  arcades 
veineuses  et  en  restent  isolés.  C’est  que,  d’une  part,  les  vaisseaux 
lymphatiques  sont  toujours  beaucoup  plus  nombreux  que  les 
vaisseaux  sanguins,  à  toutes  les  étapes  de  leur  ramescence  on  de 
leur  réduction  concentrique  ;  c’est  que,  d’autre  part,  les  vaisseaux 
lymphatiques  sont’  toujours  plus  richement  anastomosés  par  des 
voies  de  dérivation  collatérales.  Ces  vaisseaux  lymphatiques 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


isolés  dans  les  mailles  du  réseau  vasculaire  sont  fins,  rectilignes, 
blanchâtres,  même  en  dehors  de  la  digestion,  durant  laquelle  ils 
deviennent  laiteux;  sur  les  sujets  expérimentalement  injectés  ils 
se  détachent  très  nettement  ;  chez  l'adulte  ils  sont  visibles  à  l’œil 
nu  mais  seulement  quand  le  mésentère  est  peu  infiltré  de  graisse. 
On  peut  se  demander,  en.  étudiant  de  près  certaines  planches 
représentant  les  nerfs  du  mésentère,  si  ces  lymphatiques  n’ont 
pas  pu  être  pris  pour  des  nerfs  ;  ces  derniers,  pour  la  plupart 
groupés  autour  des  artères,  nous  ont  paru  moins  nombreux  et  de 
plus  fin  calibre.  Il  est  vrai  que,  dans  l’abdomen  comme  d’ailleurs 
dans  d’autres  régions,  certains  auteurs  nous  paraissent  avoir 
sensiblement  exagéré  la  richesse  des  réseaux  nerveux  et  leur 
calibre.  Quoi  qu’il  en  soit,  nous  signalons  ce  fait  et  formulons 
cètte  réserve  pour  éviter,  sur  le  vivant,  des  erreurs  d’interpréta- 
tioD  possibles.  Des  points  de  confluence  élective,  rendez-vous  de 
nombreux  vaisseaux,  existent  au  niveau  de  cette  deuxième  zone 
de  concentration,  comme  il  en  existait  dans  la  première  zone  ;  le 
plan  général  reste  donc  constant. 

Au  niveau  des  points  de  confluence  se  trouvent,  de  façon  à  peu 
près  constante,  des  ganglions,  deuxième  relais  ganglionnaire, 
celui  des  ganglions  intermédiaires  (loc.  cit.,  p.  1351).  Plus  volu¬ 
mineux  que  ceux  du  premier  relais,  plus  volumineux  même  que 
ceux  qu’on  rencontrera  dans  la  racine  du  mésentère,  ee  sont  les 
plus  volumineux  de  tous  les  ganglions  de  ce  système  jéjuno- 
mésentérique.  De  plus  ils  sont  souvent  soudés  entre  eux,  formant 
des  amas  multilobés  qui  recouvrent  plus  ou  moins  les  dernières 
arcades  veineuses  au  niveau  de  leurs  sinus  de  division,  dans 
lesquels  ils  sont  logés  et  fixés.  Mais  ces  centres  de  confluence 
lympho-ganglionnaire  de  second  relais  sont  .  beaucoup  moins 
nombreux  que  ceux  que  nous  avons  signalés  au  niveau  du 
premier  relais;  on  peut  dire,  qu’à  environ  de  huit  à  dix  centres  de 
premier  échelon  répond  un  centre  de  deuxième  échelon.  Ces 
chiffres  donnent  l’ordre  de  grandeur  dans  lequel  se  réalise  la  con¬ 
centration  des  voies  lymphatiques;  ils  permettent  de  prendre  une 
idée  générale  de  l’échelle  de  réduction  de  l’éventail  lymphatique, 
dans  cette  unité  qu’on  appelle  l’anse  jéjunale  et  son  méso. 
L’appareil  lympho-ganglionnaire  de  l’anse  jéjunale  et  de  son 
méso  dessine  donc  une  figure  rayonnée  en  éventail.  Lorsqu’on  le 
voit,  injecté  par  le  chyle  ou  expérimentalement  ooloré,  et  qu’on 
compare  cet  aspect  à  celui  des  placards  étoilés  observés  dans  la 
mésentérite  chronique  rétractile,  on  ne  peut  pas  ne  pas  établir 
entre  les  deux  une  étroite  corrélation,  et  ne  pas  voir  dans  la 
mésentérite  chronique  rétractile  une  lymphangite  scléro-cica- 
tricielle. 


SÉAME 


Il  23  MAI 


787 


Se  pose  ici  une  question,  à  laquelle  nous  croyons  devoir  accor¬ 
der  une  certaine  importance.  Que  faut-il  entendre  exactement  par 
«  anse  »'  jéjunale?  C’est  un  terme  que  l'on  rencontre  à  tous  les 
détours  de  l’anatomie  et  de  la  chirurgie  de  l’intestin;  il  seiait 


Fig.  2.  —  L’anse  jéjunale.  Son  système  veineux.  Sun  système  lymphatique 
a )  Les  zones  de  convergence  des  vaisseaux  iymphatiquis  :  zone  marginale, 
zone  intermédiaire  à  mi-hauteur  du  mésentère.  Au  delà,  zone  de  conver¬ 
gence-mésentérique  et  confluent  primaire  méscntétique  commun  à  tout  le 
jéjunum,  b)  Les  trois  étages  correspondants  de  ganglions  :  périphériques, 
intermédiaires,  centraux. 


nécessaire  que  le  chirurgien  en  eût  une  notion  précise.  Il  est 
difficile  de  définir  l’anse,  parce  qu’il  est  impossible  d’en  fixer  les 
limites  avec  rigueur  en  se  basant  sur  la  morphologie  du  tube 
intestinal.  On  considère,  conventionnellement,  comme  anses  du 
jéjunum,  la  série  des  sinuosités  à  courbures  variées,  dont  on 
constate  l’existence  au  moment  où  on  explore  l’intestin.  Sur  le 

BULL.  ET  MÊB.  DE  LA  SOC.  DE  CBIR.,  1923.  58 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


cadavre,  Fiâtes  tin  grêle  paraît  relativement  figé  dans  la  position 
où  le  hasard  l’a  surpris  et  immobilisé;  il  donne,  jusqu’à  un  cer¬ 
tain  point,  au  moment  où  on  ouvre  le  ventre,  l’illusion  d’une 
forme  fixée  ;  vient-on,  à  tenter  de  repérer  cette  forme,  on  s’aper¬ 
çoit  bientôt  qu’on  n’aboutit  qu’à  des  conclusions  très  imprécises. 
Sur  le  vivant,  les  mouvements  de  l’intestin  grêle  sont  incessants 
et  la  morphologie  des  anses,  telle  qu’on  la  surprend  au  moment 
où  on  pratique  une  laparotomie,  varie  sous  nos  yeux;  elle  est 
différente  de  celle  qui  existait  un  moment  avant,  différente  aussi 
de  celle  qui  existera  un  moment  après:  elle  est  insaisissable. 
Comment  donc  fixer  cette  morphologie  protéiforme?  Et  que  vaut 
la  notion  courante  d’anse  jéjunale  basée  sur  la  seule  morphologie 
de  l’intestin  ?  Nous  pensons  qu’à  moins  de  l’éluder  il  faut  aborder 
sous  une  autre  incidence  le  problème  de  la  segmentation  anatomo- 
chirurgicale  de  cet  intestin. 

On  peut  concevoir  une  unité  de  segmentation,  non  plus  artifi¬ 
cielle  mais  réelle,  sinon  rigoureuse  du  moins  apportant  une 
approximation  pratiquement  suffisante  :  c’est  en  prenant  pour 
point  de  départ,  non  point  la  morphologie  capricieuse  et  décevante 
du  tube  intestinal,  mais  la  disposition  des  vaisseaux,  et  plus  préci¬ 
sément  celle  des  veines,  dans  le  mésentère.  Les  veines  limitent  en 
effet  dans  le  mésentère,,  des  territoires  qui  permettent  d’arriver  à 
la  délimitation  d’un  segment  jéjunal  correspondant,  dès  lors  défini, 
et  qu’on  peut  appeler  une  anse  jéjunale.  Ainsi  au  lieu  de  partir  de 
la  notion  d’anse,  on  y  aboutit  après  exploration  du  système  veineux 
qui  en  fournit  les  limites.  Voici  comment.  Chaque  gros  collecteur 
veineux  affluent  direct  de  la  veine  grande  mésentérique  se  forme 
au  niveau  de  la  dernière  arcade  veineuse,  à  peu  près  à  mi-hauteur 
du  mésentère.  Or,  chacun  de  ces  gros  collecteurs  veineux  enserre 
entre  ses  deux  piliers  d’origine  un  territoire  mésentérique,  trian¬ 
gulaire  isocèle,  dont  il  est  le  sommet  et  dont  la  base  intestinale 
représente  une  unité  définie;  c’est  ce  segment  jéjunal  que  l’on  peut 
appeler  une  anse.  Cette  nomenclature  est  conforme  à  l’usage  et  en 
accord  avec  les  apparences,  qui  présentent  en  effet  sousune  forme 
incurvée  en  anse  les  segments  de  l’intestin  jéjunal.  Cher  un  adulte 
ils  ont  une  longueur  variable,  allant  de  40  à  60  centimètres,  avec 
une  moyenne  de  50.  Ainsi  la  disposition  des  vaisseaux  reste,  à  tous 
les  moments  à  tous  les  niveaux  et  à  tous  les  degrés,  la  base  de  la 
segmentation  du  tube  digestif. 

Si  on  pouvait  s’étonner  que  les  artères  ne  fournissent  pas  les 
éléments  de  la  segmentation  au  moins  aussi  bien  que  les,  veines,, 
nous  ferions  remarquer  que  les,  gros  troncs  artériels  collatéraux  de 
l’artère  grande  mésentérique  sebifurquent  aussi  dans,  le  mésentère 
vers  la  partie  moyenne,,  donc  au  point  de  convergence  des  veines, 


SÉAOTCE  DM  23  MAI 


789 


et  que  par  conséquent  les  artères  rentrent  aussi  dans  la  formule 
indiquée.  Mais  les  troncs  artériels  sont  plus  nombreux  que  les 
troncs  veineux,  ils  sont  trop  nombreux  même  pour  être  repérés 
isolés  et  dénombrés;  d’autre  part,  leur  nombre  est  sujet  à  des  va¬ 
riations  de  trop  grande  étendue  pour  fournir  une  base  d'appré¬ 
ciation  stable  de  la  segmentation  du  mésentère  pour  la  détermi¬ 
nation  de  l’anse.  Les  veines  n’ont  pas  ces  inconvénients  et  elles 
ont  le  grand  avantage  d’être  dans  le  mésentère  faciles  à  repérer, 
sur  la  face  droite,  qui  normalement  est  la  plus  directement  acces¬ 
sible  des  deux  faces  du  mésentère. 

Transposant  dans  le  domaine  des  lymphatiques,  satellites  des 
veines,  la  notion  de  territoire  de  l’anse  jéjunale,  nous  pouvons 
dire  qu’au  territoire  veineux  triangulaire  que  nous  avons  indiqué, 
répond  un  territoire  lymphatique  exactement  superposable.  Il 
reconnaît  pour  base  les  huit  ou  dix  centres  de  confluence  du 
premier  relais  adjacents  au  bord  intestinal,  et  pour  sommet  le  centre 
unique  de  confluence  du  deuxième  relais.  Cette  considération 
permet  de  préciser  l’étendue  que  doit  présenter  la  résection  de 
l’intestin  et  du  mésentère  dans  les  tumeurs  malignes;  elle  semble 
devoir  à  sa  base  dépasser  les  limites  de  l'anse  intéressée  ;  son 
sommet  doit  atteindre  et  même  dépasser  le  milieu  de  la  hauteur 
du  mésentère,  c’est-à-dire  le  niveau  du  deuxième  relais,  d’abord 
parce  que  ce  relais  reçoit  des  collecteurs  directs,  ensuite  parce 
qu’il  totalise  le  territoire  lymphatique  de  l’anse  et  qu’il  est  relati¬ 
vement  indépendant. 

La  réduction  du  réseau  lymphatique  va  s’achever  au  niveau 
d’une  troisième  zone  de  concentration  qui,  à  cet  échelon,  résume 
la  circulation  lymphatique  de  la  totalité  du  jéjunum.  C’est  le 
sommet  du  réseau  éventaillé  mésentérique  qui,  étalé  dans  les- 
festons  du  bord  intestinal,  se  concentre  dans  le  bord  pariétal.  Les 
vaisseaux  lymphatiques  qui  drainent  la  deuxième  zone  de  concen¬ 
tration,  sont  de  moins  en  moins  nombreux,  de  plus  en  plus  volu¬ 
mineux,  de  plus  en  plus  rectilignes.  On  les  voit,  se  disposant  par 
groupes  de  quatre  ou  de  six,  autour  de  chaque  gros  tronc  veineux 
affluent  direct  de  la  veine  grande  mésentérique,  parcourir  ainsi  la 
moitié  proximale  du  mésentère  ou  un  peu  plus  de  cette  moitié. 
Quelques-uns,  mais  assez  rares,  se  tiennent  à‘  distance  des  troncs 
veineux.  Ils  arrivent  ainsi  les  uns  et  les  autres  au  contact  du  bord 
gauche  de  la  veine  grande  mésentérique. 

Le  confluent  jéjunal,  qu’on  peut  appeler  eneore confluent  mésen¬ 
térique,  normalement  —  c’est-à-dire  sauf  anomalie  d’accolement 
du  mésentère  —  répond  au  segment  du  tronc  des  vaisseaux 
mésentériques  inclus  dans  la  partie  moyenne  du  bord  pariétal. 
Quand  il  ne  répond  pas  exactement  au  bord  du  mésentère,  il  peut 


790 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


être  rejeté  vers  la  droite,  avec  la  veine,  sous  le  péritoine  pariétal, 
ou  bien,  au  contraire,  rester  intramésenlérique  mais  toujours  très 
près  du  bord  pariétal  du  mésentère.  Oblong,  à  grand  axe  vertical, 
il  mesure  chez  le  nouveau-né  environ  de  25  à  30  millimètres  de 
longueur  sur  2  à  .4  millimètres  de  largeur.  Ses  variations  de 
longueur  se  font  aux  dépens  de  son  pôle  supérieur,  qui  atteint  le 
bord  inférieur  de  la  troisième  portion  du  duodénum,  ou  empiète 
sur  sa  face  antérieure;  toutefois  ces  rapports  avec  le  duodénum 
peuvent  être  indiqués  en  fonction  des  variations  du  duodénum 
lui-même,  qui  descend  plus  ou  moins  bas  sur  la  face  antérieure  et 
droite  de  la  colonne  vertébrale. 

Dans  la  trame  réticulée  à  mailles  serrées  qui  constitue  ce  confluent 
lymphatique,  se  logent  des  ganglions,  ganglions  de  troisième  éche¬ 
lon  ou  ganglions  centraux  ( loc .  cil.,  p.  1351),  parfois  soudés  en  une 
masse  unique  multilobée, parfois  répartis  en  deux  ou  trois  îlots  irré¬ 
guliers  et  inégaux  plus  ou  moins  distincts.  Suivant  leur  nombre  et 
leur  volume,  ces  ganglions  affectent  avec  la  veine  grande  mésenté¬ 
rique  des  rapports  variables.  Peu  nombreux  et  peu  volumineux,  ils 
prennent  à  peine  le-  contact  avec  le  bord  gauche  de  la  veine;  au 
degré  suivant,  ils  la  recouvrent  ou  bien  forment  une  double  rangée 
qui  encadre  le  vaisseau  et  par  fois  les  deux  vaisseaux  artère  et  veine; 
très  nombreux  et  très  volumineux,  leur  masse  compacte  cache  com¬ 
plètement  veine  et  artère  en  leur  constituant  une  sorte  de  tunnel. 
Ainsi,  dans  le  mésentère  comme  dans  les  mésos  flottants  des  côlons, 
on  retrouve  trois  échelons  de  réduction  du  réseau  éventaillé  des 
lymphatiques  et  trois  séries  correspondantes  de  ganglions.  La 
richesse  de  ce  réseau  ganglionnaire  est,  d’autre  part,  comme  celle 
du  réseau  sanguin,  directement  proportionnelle  à  la  hauteur  du 
méso  et  par  conséquent  à  l’amplitude  de  ses  déplacements. 

Pour  l’ensemble  du  mésentère  et  de  ses,  trois  échelons  de  gan¬ 
glions,  on  a  coutume  de  dire  que  les  ganglions  sont  d’autant  moins 
nombreux  et  d’autant  plus  volumineux  qu’on  se  rapproche  davan¬ 
tage  du  bord  pariétal.  Celte  appréciation  générale  est  exacte,  mais 
elle  doit  être  complétée  et  amendée.  D’abord  en  raison  de  ce  fait  :  que 
les  ganglions  sont  disposés  non  pas  sans  ordre  mais  par  échelons. 
D’autre  part  en  raison  de  cet  autre  fait  :  qu’à  mesure  que  se 
réalise  la  convergence  des  voies  lymphatiques,  les  ganglions  se 
groupent  volontiers  en  îlots  pluriganglionnaires,  logés  dans  les 
sinus  de  division  des  canaux  veineux,  qu’ils  sont  donc  plus  nom¬ 
breux  et  moins  volumineux  qu’on  ne  pourrait  le  penser  après  un 
examen  superficiel.  Enfin  il  faut  tenir  compte  d’un  troisième  fait: 
c’est  que  les  ganglions  sont  très  nombreux  dans  la  partie  moyenne 
!  du  mésentère,  beaucoup  moins  nombreux  dans  sa  partie  supé¬ 
rieure,  et  encore  moins  nombreux  dans  sa  partie  inférieure.  Nous 


SÉANCE  DU  23  MAI 


791 


rappelons  que,  dans  le  segment  iléal,  ils  sont  très  peu  nombreux 
et  font  partie  d’un  système  de  convergence  tout  différent.  Le 
nombre  total  des  ganglions  du  mésentère  oscille  entre  45  et  180; 
comme  moyenne,  le  chiffre  de  100  est  en  général  un  peu  dépassé. 

Les  voies  efférentes  du  confluent  mésentérique  forment  un  très 
important  courant  ascendant,  le  courant  mésentérique,  qui  émerge 
de  son  pôle  supérieur  sous  forme  de  huit  à  dix  très  gros  collecteurs, 
visibles  facilement  à  l’œil  nu,  même  chez  le  nouveau-né,  sans 
injection  physiologique  ou  expérimentale  et  d’aillesurs  admirable¬ 
ment  injectés  tant  par  le  chyle  que  par  la  solution  colorée.  Ces 
gros  collecteurs  rampent  sous  le  péritoine,  groupés  autour  du 
segment  terminal  de  la  veine  grande  mésentérique;  ils  croisent 
avec  elle,  un  peu  à  droite  de  la  ligne  médiane,  la  troisième  por¬ 
tion  du  duodénum,  avant  de  disparaître  avec  elle  derrière  le  corps 
du  pancréas.  Rappelons  que  le  confluent  des  côlons  droits,  par 
où  se  draine  l’iléon,  présente  ses  voies  efférentes  complètement 
distinctes,  déjetées  vers  la  droite,  et  satellites  de  la  veine  iléo - 
cæco-appendiculo- colique. 

Sur  la  ligne  médiane,  devant  la  troisième  portion  du  duodénum, 
les  nerfs  entourent  le  tronc  artériel  ;  ce  paquet  est  adjacent  au  bloc 
veineux  et  lymphatique  situé  immédiatement  à  sa  droite.  Tous  ces 
organes  sont  logés  dans  un  sillon,  creusé  sur  le  duodénum,  en 
réalité  rendu  plus  apparent  par  la  dilatation  duodénale  immédiate¬ 
ment  antécédente.  Ce  paquet  vasculo-nerveux  comprime  en  effet  le 
duodénum  contre  l’aorte  et  la  colonne  vertébrale;  parfois  un  feu¬ 
trage  assez  dense,  d’apparence  scléro-cicatricielle,  entoure  les  gros 
vaisseaux  et  comprime  le  duodénum  ;  on  ne  peut  pas  ne  pas  penser 
alors  à  un  reliquat  de  lymphangite  et  il  convient  de  ne  pas  mécon¬ 
naître  cette  cause  possible  d’obstruction  ou  d’occlusion  duodénale. 

Le  courant  mésentérique  va  contribuer  à  former  le  confluent 
gastro-colo-entérique,  ou  confluent  intestinal  droit,  portion  droite 
du  grand  confluent  lymphatique  para-portal  rétro-pancréatique 
( loc .  cit.,  p.  1362). 


Présentations  de  malades. 

Fracture  de  l'humérus  vicieusement  consolidée. 
Enchevillement.  Bon  résultat  anatomique  et  fonctionnel, 

par  M.  DENIKER. 


M.  Pierre  Descomps,  rapporteur. 


792 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Ostéite. syphilitique  du  crâne , 
par  M.  CH.  LEN-ORMA.NT. 

La  nécrose  syphilitique  des  os  du  crâne  est  devenue  rare 
aujourd’hui,  car  nous  savons  mieux  soigner  la  vérole  et  nous 
blanchissons  les  syphilitiques  avant  l’apparition  des  grands  acci¬ 
dents  tertiairej.  Les  cas,  tels  que  celui  que  voici,  où  la  nécrose  a 
frappé  presque  la  moitié  du  crâne,  sont  des  exceptions. 

La  malade  que  je  vous  présentent  que  je  suis  depuis  trois  ans, 
ne  peut  préciser  exactement  le  début  de  son  affection,  mais  en  1908 
elle  a  présenté  des  accidents  secondaires  typiques.  Fait  à  noter, 
dès  cette  époque,  elle  aurait  constaté  l’existenee  de  deux  petites 
bosses  dures  et  indolentes  dans  la  région  frontale.  En  1912,  elle  a 
eu  une  arthropathie  du  genou  gauche.  Pendant  toute  cette  période 
elle  a  été  soignée  très  irrégulièrement. 

L’affection  actuelle  a  débuté  en  1918.  A  ee  moment,  les  deux 
gommes  frontales  ont  grossi,  se  sont  ulcérées  et  fistulisées.  En 
juin  1920,  une  nouvelle  gomme  est  apparue,  au-dessus  des  deux 
premières,  vers  le  vertex,  et  s’est  également  ouverte  et  fistu¬ 
lisée. 

La  photographie  ci-contre  (fig.  lj  montre  l’état  de  cette  femme 
lorsqu’elle  m’aété  confiée  par  mon  collègue -M.  Iludelo,  aprèsavoir 
été  soumise  dans  son  service  à  un  traitement  mercuriel  intensif, 
qui  n’avait  donné  aucun  résultat. 

Dans  la  région  fronto-pariétale gauche,  une  ulcération  grande 
comme  une  pièce  de  5  francs,  —  au-dessus  de  l’arcade  sour¬ 
cilière  droite,  et  séparée  de  la  précédente  par  une  bande  de  peau 
amincie  et  décollée,  une  seconde  ulcération  grande  comme  une 
pièce  de  2  francs,  —  enfin,  vers, le  sommet  du  crâne  et  près  de  la 
ligne  médiane,  une  troisième  ulcération,  plus  petite.  Toutes  ont  un 
contour  polycyclique,  des  bords  épais,  taillés  à  pic,  rougeâtres  ; 
toutes  ont  pour  fond  l’os  nécrosé,  noir,  irrégulier,  résistant  sous 
le  stylet.  Une  suppuration  abondante  et  fétide  s’écoule  par  les 
ulcérations  ;  toute  la  peau  de  la  région  frontale  est  décollée. 

Le  12  novembre  1920,  après  débridement  de  la  peau,  j’extirpai 
sans  peine  un  vaste  séquestre  de  forme  irrégulièrement  triangu¬ 
laire,  mesurant  10  centimètres  sur  7  et  présentant  l’aspect  typique 
de  l’os  «-vermoulu  »  des  syphilitiques;  ce  séquestre  correspondait 
à  la  table  externe  et  au  diploé  et,  au-dessous  de  lui,  la  table 
interne  était  indemne. 

A  la  suite  de  cette  intervention,  la  suppuration  diminua  et  perdit 
sa  fétidité;  la  table  interne  mise  à  nu  se  couvrit  de  bourgeons 


SÉANCE  DC  23  MAI 


7*93 


vivaces,,  la  cicatrisation  commença  à  progresser  à  partir  delà 
région  des  arcades  sourcilières.  Mais,  au  côté  opposé,  vers  la 
région  pariétale,  l’ostéite  continuait  à  évoluer  et  de  nouveaux 
foyers  de  nécrose  apparaissaient. 

L’année  suivante,  en  mai  1921,  j’essayai  de  m’attaquer  à 
nouveau  à  une  zone  de  la  région  pariétale  où  l'os  apparaissait 
blanc  mat,  sec,  manifestement  mortifié,  mais  sans  qu’il  y  eût 
encore  de  limitation  de  séquestre.  Avec  le  ciseau  et  le  maillet,  je 


Fig.  t. 

fis  sauter  tous  les  tissus  paraissant  envahis  ;  au-dessous,  je 
trouvai  une  nappe  d’infiltration  gommeuse  que  je  curettai  et 
quelques  petits  séquestres  libres  que  j’enlevai.  En  un  point  la 
table  interne  était  perforée  et  la  curette  pénétra  jusqu’à  la 
dure-mère. 

Le  résultat  de  cette  intervention  fut  à  peu  près  nul  :  la  suppu¬ 
ration  resta  aussi  abondante,  l’ostéite  continuaàprogresser,  malgré 
un  nouveau  curettage  fait  quelques  semaines  plus  tard. 

La  malade  fit  alors  un  long  séjour  à  la  campagne,  qui  améliora 
beaucoup  son  état  général,  jusque-là  très  médiocre.  Peu  à  peu  la 
zone  nécrosée  de  la  région  pariétale  gauche  se  limita  et,  le 


794 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


24  mai  1922,  dans  une  quatrième  et  dernière  intervention,  je  n’eus 
qu’à  cueillir  un  grand  séquestre  mobile,  déchiqueté  et  vermoulu, 
de  forme  irrégulièrement  rectangulaire,  qui  mesurait  11  centimètres 
dans  le  sens  vertical  et  4  à  6  dans  le  sens  transversal. 

Dès  lors  la  cicatrisation  se  fit  régulièrement,  la  suppuration  se 
tarit,  aucun  foyer  nouveau  d’ostéite  ne  se  manifesta.  Sauf  quelques 
petites  exulcérations  superficielles,  toute  la  perte  de  substance, 
des  arcades  sourcilières  au  sommet  du  crâne,  est  m-aintenant 


Fig.  2. 


recouverte  par  une  cicatrice  lisse,  adhérente,  suffisamment 
épaisse  et  solide  (fig.  2);  au-dessous  d’elle,  la  table  interne  a 
reconstitué  une  paroi  osseuse  continue  et  résistante.  De  la  vaste 
nécrose  qu’a  présentée  la  malade,  il  ne  reste  qu’une  dépression 
profonde,  exagérée  encore  par  la  saillie  des  arcades  sourcilières 
qui  la  bordent  en  bas. 

De  cette  observation  je  ne  veux  retenir  qu’un  point  d’ordre  pra¬ 
tique.  De  telles  nécroses  osseuses,  qui  sont  toujours  infectées 
secondairement  à  partir  du  moment  où  il  y  a  des  ulcérations  et 
des  fistules,  et  qui,  par  conséquent,  sont  rebelles  au  traitement 


SÉANCE  DU  23  MAI 


795 


antisÿphilitique,  relèvent  évidemment  de  la  chirurgie.  Mais  ilfaut 
savoir  attendre  pour  intervenir  la  limitation  du  séquestre  et  faire 
l’opération  la  plus  simple  et  la  plus  facile;  à  vouloir  agir  plus  tôt 
et  plus  largement,  on  risque  de  faire  trop  ou  pas  assez  et  d’ino¬ 
culer  des  portions  osseuses  encore  saines.  L’insuccès  de  ma 
deuxième  intervention  en  est  la  preuve.  Les  anciens  chirurgiens, 
qui  voyaient  plus  que  nous  de  semblables  nécroses,  l’avaient  dit 
et  leur  conseil  reste  bon  à  suivre.  La  guérison  sera  lente  —  j’ai 
mis  trois  ans  à  l’obtenir  chez  ma  malade  —  mais  elle  sera  plus 
certaine. 

M.  Pierre  Sebileau.  —  Je  partage  sans  réserves  l’opinion  de 
Lenormant  :  il  n’y  a  aucun  intérêt  à  pratiquer  hâtivement  l’inter¬ 
vention  chirurgicale  sur  ces  foyers  de  nécrose  syphilitique  du 
crâne  qui  frappent  très  souvent  la  région  fronto-pariélale,  mais 
qu’on  voit  aussi  se  développer  quelquefois  sur  la  région  occipitale. 
Souvent  même,  on  ne  fait  que  retarder  la  guérison  en  opérant 
avant  la  formation  complète  des  séquestres;  je  Liens  pour  certain 
qu’en  agissant  ainsi  on  provoque  l’extension  de  l’ostéite  à  des 
segments  d’os  que  le  processus  aurait  ménagés  si  on  n’avait  pas 
favorisé  la  propagation  de  l’infection  par  l’ouverture  des  vaisseaux 
diploétiques. 

Comme  l’a  observé  Lenormant  sur  son  patient,  il  est  habituel 
de  voir  l’ostéite  nécrosante  se  cantonner  sur  la  table  externe  de 
l’os  qui  s’élimine  ordinairement  seule,  sous  la  forme  d’un 
séquestre  à  bords  dentelés  quelquefois  très  large,  laissant  sous 
elle  une  corticale  interne  qui  protège  la  dure-mère.  Celle  règle 
n’est  cependant  pas  absolue. 

Il  faut  savoir  que  ces  ostéites  syphilitiques  du  crâne,  qui  se 
sont  aujourd’hui  très  raréfiées  depuis  que  la  syphilis  est  mieux 
recherchée,  mieux  dépistée  et  mieux  traitée,  ont  souvent  une 
évolution  très  lente;  c’est  par  mois  qu’il  faut  compter  leur  durée. 
Elles  se  présentent,  quelquefois,  sous  une  zone  de  téguments 
détruits,  sous  la  forme  d’un  séquestre  sec,  gris  blanchâtre,  qui  ne 
détermine  autour  de  lui  qu’une  suppuration  insignifiante  et  qui 
peut  mettre,  à  se  détacher,  un  temps  très  long.  Ces  escarres  sèches 
des  os,  ces  séquestres  à  séparation  tardive  se  voient,  du  reste, 
ailleurs  que  sur  les  os  plats  du  crâne  et  sans  doute  aussi  sur  d’autres 
sujets  que  des  sujets  syphilitiques.  Une  de  mes  opérées,  qui,  pour 
une  tumeur  récidivée  de  la  parotide,  s’est  soumise  à  une  curie¬ 
thérapie  intense,  porte  depuis  trois  ans,  au  fond  d’un  large  puits 
qu’a  produit,  sur  la  face,  l’élimination  des  parties  molles  de  la 
région  parotidienne,  un  séquestre  non  encore  libéré  formé  par  le 
col  du  condyle,  une  partie  du  condyle  lui-même  et  une  partie  de 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


l’apophyse  coronoïde.  Même  dans  le  milieu  humide  de  la  bouche, 
ce  qui  est  plus  surprenant,  on  voit  quelquefois  se  former  de  ces 
escarres  osseuses  sèches  qui,  pendant  des  mois,  restent  attachées 
à  la  portion  saine  de  l’os,  ne  déterminant  aucune  suppuration  et 
ne  marquant,  pendant  longtemps,  aucune  tendance  à  s’éliminer. 
Il  en  est  même  qui,  tardivement,  finissent  par  se  recouvrir  de 
bourgeons  charnus. 

M.  Lenormant.  —  J’ai  présenté,  parce  que  ce  cas  m’a  paru 
remarquable  par  l’étendue  des  lésions,  une  observation  d’ostéite 
syphilitique  du  crâne.  La  discussion  s’est  engagée  sur  les  brûlures 
du  crâne  par  l’électricité  et  voici  que  M.  Thiéry  vous  parle  du 
scalp.  Je  n’ai  aucune  expérience  des  brûlures  du  crâne  et  je  crois 
qu’il  n’y  a  aucun  rapport  à  établir  entre  l’action  d'un  agent 
physique  qui  cesse  avec  son  application  et  les  nécroses  d’ordre 
septique,  comme  oeil  es  de  la  syphilis,  qui  sont  la  conséquence 
d’un  processus  infectieux  â  évolution  progressivs.  C’est  pour  ces 
dernières  que  j’eslimequ’il  vaut  mieux  attendre  la  limitation  de  la 
nécrose  et  la  mobilisation  du  séquestre,  parce  que  les  interven¬ 
tions  précoces  risquent,  ou  d’être  excessives,  ou  d’être  insuf¬ 
fisantes. 

M.  Pierre  Sebileau.  —  J’ai  observé  des  brûlures  du  crâne  par 
court-circuit.  La  formation  des  séquestres,  dans  ces  destructions 
extemporanées  brutales  d’une  épaisseur  plus  ou  moins  grande  de 
la  calotte  crânienne,  n’est  pas  comparable  à  la  formation  du 
séquestre  qui  termine  les  ostéites  relevant  de  la  pathologie  indi¬ 
viduelle.  C’est  très  rapidement  qu’on  voit,  dans  ces  cas  de  galvano¬ 
cautérisation  accidentelle  massive,  le  mort  se  séparer  du  vif  ;  il  y 
a  alors  tout  intérêt,  pour  éviter  l’infection  secondaire  du  voisi¬ 
nage,  à  pratiquer  l’exérèse  de  tout  ce  qui  a  été  frappé  de  mort 
par  l’agent  physique.  . 

M.  Auvray.  —  Avec  les  orateurs  qui  ont  pris  la  parole  avant 
moi,  je  suis  d’avis  que  la  meilleure  conduite  à  tenir  est  d’attendre, 
avant  d’intervenir,  la  limitation  de  l’escarre  osseuse.  On  a  dit 
dans  la  discussion  que  la  table  interne. de  l’os  était  le  plus  sou¬ 
vent  respectée  dans  la  syphilis  du  crâne  ;  ceci  est  vrai  ;  cependant 
il  y  a  des  exceptions,  et  j’en  ai  vu  une  très  intéressante  récem¬ 
ment  avec  mon  collègue  Eochon-Duvignaud.  H  s’agissait  d’un 
malade  qui  présentait  une  ulcération  fistuleuse  dans  la  région 
moyenne  du  frontal,  d’origine  syphilitique,  la  suite  La  prouvé.  La 
table  interne  était  si  bien  perforée  que,  lorsqu’on  introduisait 
un  explorateur  en  gomme  dans  la  fistule,  on  l’enfonçait  dans  un 
trajet  profond  de  6  à  8  centimètres,  et  qui  donnait  l’impres- 


SÉANCE  DU  23  MAI 


797 


sion  d’aller,  étant  donnée  sa  direction,  jusque  dans  le  lobe 
frontal.  J'opérai  ce  malade,  je  réséquai  largement  l’os  et  je  pus 
constater  qu’il  s’agissait  d’un  trajet  situé  en  avant  de  la  dure- 
mère  qui  était  décollée  à  une  grande  profondeur.  Le  trajet,  en 
effet,  allait  jusqu’à  i’ethmoïde.  L’introduction  d’un  explorateur 
dans  ce  trajet  n’était  pas  sans  danger,  car  la  dure-mère  qui  le 
limitait  était  très  mince. 

M.  Pierre  Sebileau.  —  M.  Mouchet  n’a  pas  compris  ma  pensée, 
ce  qui  prouve  que  je  me  suis  mal  expliqué.  Quand  je  dis  que 
le  «  mort  ne  tarde  pas  à  se  séparer  du  vif  »,  je  ne  veux  pas 
exprimer  par  là  que  les  séquestres  s’éliminent  rapidement  ;  je 
veux  simplement  exposer  que  la  portion  d’os  qui  est  frappée  de 
mort  se  distingue  très  rapidement  de  celle  qui  est  appelée  à  conti¬ 
nuer  de  vivre  et  qu’il  s’établit  très  vite  entre  l’une  et  l’autre,  par 
des  caractères  qui  tombent  sous  nos  sens,  une  séparation  clinique 
qui  nous  permet  à  nous,  chirurgiens,  de  faire  une  exérèse  préven¬ 
tive  totale,  atteignant  certainement  la  limite  de  la  nécrose,  ce  qui 
n’est  pas  le  cas  lorsqu’il  s’agit  de  ces  lésions  syphilitiques  dont 
on  ne  mesure  au  juste  le  territoire  qu’à  partir  du  jour  où  les 
séquestres  se  sont  spontanément  Hbérés. 

M.  Mauclaire.  —  Dans  les  cas  de  nécrose  syphilitique,  il  y  a 
des  accidents  aigus  qui  peuvent  nécessiter  une  intervention  pré¬ 
coce.  En  1897,  j’ai  observé  une  nécrose  syphilitique  qui  était 
compliquée  d’un  énorme  abcès  entre  l’os  et  la  dure-mère,  abcès 
provoqué  par  le  séquestre.  L’observation  a  été  publiée  dans  la 
thèse  de  mon  élève  Wallet  (Paris,  1897). 

Dans  les  cas  de  nécrose  du  crâne  par  électrocution  par  chute  de 
câble,  j’ai  vu  un  malade  chez  lequel  c’est  au  bout  de  six  mois  qu’un 
séquestre  de  la  suture  sagittale  fut  éliminé.  Il  était  ovalaire,  il 
avait  7  centimètres  de  longueur  et  3  centimètres  de  largeur  à  sa 
partie  moyenne.  J’ai  comblé  cette  perte  de  substance  par  la 
cranioplastie  suivant  la  technique  de  Kœnig-Muller.  Le  résultat  a 
été  excellent. 

M.  Paul  Thiéry.  —  Je  suis  très  heureux  d’entendre  mon  ami 
Sebileau  rectifier  ou  plutôt  développer  ce  qu’il  nous  avait  dit  ; 
j’ai  observé  4  cas  de  nécrose  par  électrocution  des  os  plats,  et 
aussi  .spongieux,  du  crâne  et  j’ai  pu  constater  que  si  on  pouvait 
relativement  discerner  avec  facilité  quelles  étaient  les  surfaces 
saines  et  les  surfaces  nécrosées,  celles-ci  ne  tendaient  à  s’éliminer 
qu’avec  une  lenteur  désespérante,  analogie  très  nette  avec  l’élimi¬ 
nation  des  nécroses  spécifiques. 

Quant  à  la  réparation  de  ces  plaies,  il  y  a  lieu  de  distinguer 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


entre  le  squelette  et  les  parties  molles;  une  fois  le  séquestre 
éliminé  l’os  se  répare  assez  bien,  jamais  très  rapidement.  En  ce 
qui  concerne  les  parties  molles  du  cuir  chevelu,  la  réparation  est 
au  contraire  extrêmement  lente  ;  après  une  période  d’activité  qui 
fait  espérer  une  cicatrisation  rapide,  la  plaie,  véritable  ulcère 
trophique,  devient  atone  et  il  faut  plus  de  temps  pour  parfaire  la 
cicatrisation  d’un  reliquat  de  plaie  des  dimensions  d’une  pièce  de 
2  francs  que  pour  obtenir  la  guérison  d'une  large  surface  circum- 
jacente  à  cette  ulcération  persistante.  C’est  ce  qu’on-  observe 
communément  dans  les  scalps  totaux  ou  graves  et  j’ai  l’occa¬ 
sion  d’en  observer  plusieurs  dont  l’un  date  de  quatre  ans  au 
moins,  alors  que  la  guérison,  qui  paraît  toujours  imminente, 
est  reculée  de  mois  en  mois  depuis  plusieurs  années. 


Présentations  de  radiographies. 

Point  d' ossification  du  sommet  de  la  malléole  tibiale, 
par  M.  ALBERT  MOUCHET. 

C’est  à  titre  de  curiosité  queje  vous  présente  ces  radiographies 
provenant  d’un  jeune  garçon  de  douze  ans  que  j’ai  eu  l’occasion 
de  soigner  l’an  passé  dans  mon  service. 

La  malléole  tibiale  de  la  jambe  droite  présentait  un  noyau  d’os¬ 
sification  distinct  pour  son  sommet.  Sur  une  première  radio¬ 
graphie,  vous  voyez  ce  noyau  sous  la  forme  d’une  tache  arrondie 
de  la  dimension  d’une  grosse  tête  d’épingle,  bien  séparée  du  reste 
de  la  malléole  (fig.  1).  Six  mois  plus  tard,  la  radiographié  montre 
le  nodule  très  élargi  et  presque  soudé  à  la  malléole  dont  il  reste 
distinct  par  une  mince  ligne  cartilagineuse  claire  simulant  un 
trait  de  fracture  (fig.  2). 

Actuellement,  c’est-à-dire  six  mois  après  cette  dernière  radio¬ 
graphie,  le  sommet  de  la  malléole  tibiale  paraît  soudé  complète¬ 
ment  à  l’os  (1). 

Il  pourrait  donc  y  avoir  un  point  d’ossification  spécial  pour  le 
sommet  de  la  malléole  tibiale,  point  apparaissant  vers  l’âge  de 
onze  ans  et  se  Soudan  t  au  reste  de  la  malléole  à  l’âge  de  treize  ans  ; 
cette  disposition  doit  être  exceptionnelle. 

(1)  U  est  probable  que  l’anomalie  était  bilatérale,  mais,  l’an  passé,  le  cou¬ 
de-pied  gauche  n'a  pas  été  radiographié.  Actuellement,  il  a  le  même  aspect 
radiographique  que  le  droit. 


SÉANCE  DU  23  MAI 


799 


Je  n’ai  pas  vu  signalé  dans  les  Traités  ou  les  Allas  d’Anatomie 
de  point  d’ossification  spécial  pour  le  sommet  de  la  malléole 


libiale;  voilà  pourquoi  j’ai  cru  bon  de  vous  présenter  cette  ano¬ 
malie  (1). 


De  Vutilité  de  l'injection  de  lipiodol 
dans  le  traitement  des  fistules  broncho-cutanées, 

par  M.  TUFF1ER. 

Voici  la  radiographie,-  d’un  malade  opéré  il  y  a  quatre  ans  d’une 
pleurésie  purulente  et  qui  portait  une  fistule  broncho-cutanée, 
pour  laquelle  il  me  demanda  d’intervenir.  Après  avoir  par  résec¬ 
tion  supprimé  presque  toute  la  région  fistuleuse,  il  resta  un  très 
petit  orifice;  je  demandai  à  MM.  Sergent  et  Cotlenol  de  l’examiner 
et  voici  la  radiographie  qu’a  donnée  l’injection  de  lipiodol. 

Le  20  mars  1923,  le  malade  étant  couché  sur  le  côté  gauche, 
une  injection  de  lipiodol  est  pratiquée  dans  le  trajet  de  la  fistule 
située  sur  la  paroi  antéro  latérale  droite  du  thorax  ;  10  cent,  cubes 
environ  sont  injectés  sans  difficulté,  déterminant  immédiatement 
des  quintes  de  toux  et  amenant  un  goût  d’iode  dans  la  bouche. 
Un  examen  radioscopique  est  ensuite  pratiqué,  et  la  radiogra¬ 
phie  est  prise  la  plaque  en  arrière,  position  dans  laquelle  l’image 
de  l’injection  est  le  plus  nette  (Coltenot).  [Un  schéma  paraîtra 
dans  le  prochain  numéro.] 

On  voit  l’ hémithorax  droit  traversé  à  sa  base  par  le  trajet  fîstu- 

(1)  Béclard,  cité  par  Rambaud  et  Renault  ( Origine  et  Développement  des  os, 
1864,  p.  232),  a  vu  une  fois  un  point  spécial  pour  la  malléole  tibiale. 


800 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


leux  dont  les  parois  seules  sont  rendues  opaques,  trajet  oblique 
en  dedans  et  en  haut.  Contre  le  bord  droit  de  l’ombre  cardiaque 
ce  trajet  présente  une  petite  dilatation  complètement  remplie  de 
lipiodol  d’où  partent  quelques  arborescences.  Le  trajet  se  perd 
ensuite  dans  l’ombre  médiane.  C’est  cette  cavité  qui  est  bien  cause 
de  l’échec. 

Dans  l’hémithorax  gauche  le  lipiodol  a  injecté  tout  le  lobe  infé¬ 
rieur  gauche  dont  on  voit  se  dessiner  les  ramifications  bronchiques. 

Dans  l’examen  radioscopique  oblique  on  voit  le  lipiodol  se 
projeter  dans  l’espace  médian,  mais  il  n’a  pas  été  possible  de  pré¬ 
ciser  si  le  trajet  fistuleux  se  continue  par  le  médlastin  postérieûr 
jusque  dans  le  poumon  gauche,  ou  si  le  lipiodol  n’a  pas  simple¬ 
ment  coulé  par  la  fistule  dans  la  bronche  droite  jusqu’à  la  bifur¬ 
cation  trachéale  pour  de  là  redescendre  dans  les  bronches  gauches. 
Cette  seconde  hypothèse  est  d’ailleurs  la  plus  vraisemblable. 
Pour  la  vérifier  d’une  façon  certaine  il  serait  hon  de  faire  un  jour 
un  nouvel  examen  radioscopique  en  suivant  sur  l’écran  la  pro¬ 
gression  du  lipiodol  le  long  du  trajet. 

On  comprend  combien  est  utile  pour  la  thérapeutique  un  ren¬ 
seignement  de  cette  importance  pour  la  résection  du  trajet,  et  la 
recherche  des  causes  de  permanence  de  la  fistule;  je  crois  que 
cette  méthode  nous  rendra  les  plus  grands  services  en  nous 
montrant,  comme  je  l’ai  vu  dans  plusieurs  cas,  tout  l’arbre 
bronchique. 


Présentation  d’appareil. 

Attelle  métallique  interchangeable  du  Service  de  Santé 
pour  le  traitement  des  fractures 
du  membre  supérieur  en  chirurgie  de  guerre, 
par  M.  H.  ROCVILLOIS.. 

Je  vous  ai  présenté  Pan  dernier  (séance  du  4  avril  1922)  et  fout 
récemment  (séance  du  25  avril  1923)  la  série  complète  des  appa¬ 
reils  destinés  aux  formations  sanitaires  de  Pavant,  qui  ont  été 
adoptés  par  le  Service  de  Santé,  pour  le  premier  transport  des 
blessés  atteints  de  fractures  des  membres  inférieurs,  les  seules 
qui,  dans  la  pratique,  nécessitent  l’emploi  d’appareils  spéciaux. 

Je  rappelle  que  ces  appareils,  destinés  à  être  appliqués  par  un 
personnel  parfois  inexpérimenté,  ont  pour  caractéristiques  d’être 
simples,  robustes,  légers,  interchangeables  et  d’application  facile 
et  rapide.  Je  rappelle  que  le  nombre  de  leurs  modèles  est  restreint, 
ce  qui  facilite  la  standarisation  du  transport  qui  est  imposée  par 
les  nécessités  de  la  guerre. 


SÉANCE,  DU  23,  MAI 


De  plus  en  plus  convaincu  de  l’utilité  d’une  liaison  étroite  entre 
les  Services  de,  Santé  civil  et  militaire,  qui  doivent  rester  indisso¬ 
lublement  unis  dans  leurs  efforts,  je  désire  soumettre  maintenant 
à  votre  appréciation,  parmi  les  appareils  de  traitement,  ceux  qui 
sont  plus  spécialement  applicables  aux  fractures  par  projectiles  et 
qui  ont  été  adoptés  récemment  par  le  Service  de  Santé. 

A  l’inverse  des  appareils  de  transport  qui  doivent  être  standa¬ 
rds,  les  appareils  de  traitement,  doivent  être  très  variables  dans 
leurs  principes  et-dans  leurs  formes,  pour  répondre  aux  nécessités 
de  chaque  cas  particulier.  Les  premiers  répondent  à  des  indi¬ 
cations  générales  qui  peuvent  être  remplies,  à  la  rigueur,  par  des 
appareils  omnibus:  les  seconds  ont  des  indications  particulières 
auxquelles  doivent  correspondre  des  appareils  plus  ou  moins 
différenciés,  pour  le  choix  desquels  la  plus  large  initiative  doit 
être  laissée  aux  chirurgiens. 

11  faut  bien  admettre  cependant  que  les  formations  chirurgicales 
de.  la  zone  de  l’avant  des  armées,  si  bien  dotées  soient-elles,  ne 
peuvent  posséder  tous  les  appareils  destinés  au  traitement  des 
fractures  de  tontes  les  variétés  et  que  cette  dotation  complète  ne 
p  «ut  être  l'apanage  que  des  formations  de  l’arrière  ou  de  l’intérieur. 

C’est  pourquoi  le  Service  de  Santé  s’efforce  de  doter  les  forma¬ 
tions  chirurgicales  de  l’avant  d’appareils  de  traitement  permet¬ 
tant  de  faire  face,  au  moins  au  début,  c’est-à-dire  pendant  ta 
période  post-opératoire  immédiate,  aux  nécessités  imposées  par 
les  cas  particuliers. 

Dans,  cet  ordre  d’idées,  je  vous  présente  aujourd’hui  ur.  appa¬ 
reil  destiné  au  traitement  des  fractures  exposées  du  membre 
supérieur. 

Nous  connaissons  tous,  en  effet,  les  difficultés  de  l’appareillage 
du  membre  supérieur  dans  certaines  fractures  exposées,  surtout 
lorsqu’elles  sont  haut  situées,  et.  qu’elles  siègent  en  même  temps 
sur  l’humérus  et  sur  l’avant-bras.  Il  nous  a  donc  semblé  qu’une 
place  devait  être  réservée  à  un  appareil  permettant  de  réaliser  en, 
même  temps  : 

1°  L’extension  continue  etla  suspension  du  bras  et  de  F  avant-bras; 

2°  L’ahduction  du  bras,  si  précieuse  dans  les  fractures  du  tiers 
supérieur  de,  l’humérus; 

3“  La  surveillance  constante  des:  foyers  de- fracture  dans  les  cas 
où  la  suture  des  parties  molles  n’ayant  pu  être  faite,  il  est  néces¬ 
saire  de  procéder  à  des  pansements  fréquents  ou  à  l’irrigation 
continue. 

Chargée  d’expérimenter  les  différents  appareils  utilisés  dans  c,e 
but,  et  de  les  adapter,  le  cas  échéant,. aux  circonstances  de  guerre, 
la  Commission  des  appareils  à  fractures  du  Comité  technique,  de- 


802 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Santé  a  fait  réaliser  paT  les  Ateliers  généraux  du  Service  de 
Santé  un  appareil  unique,  interchangeable,  simple  et  robuste 
•qui  répond  à  ces  exigences. 

Comme  vous  le  voyez,  il  est  dérivé,  dans  son  principe,  de 
l’attelle  coudée  de  Robert  Jones,  qui  n’est  elle-même  qu’un 
Thomas  coudé  du  membre  supérieur  et  est  destinée  au  bras  et  à 
l’avant-bras.  • 


Il  est  dérivé  également,  en  ce  qui  concerne  sa  partie  humérale, 


Fig.  1.  —  Attelle  métallique  interchangeable  du  Service  de  Santé 
pour  membre  supérieur. 


1°  A  gauche,  l’attelle  proprement  dits. 

2°  A  droite,  la  pièce  amovible  destinée  à  l’abduction 

des  excellents  appareils  de  Ferrier,  de  Leclercq  et  de  Pécharmant 
destinés  à  l’humérus  et  qui  vous  ont  déjà  été  présentés  pendant 
la  guerre. 

,  Une  combinaison  et  une  série  d’améliorations  de  détail  de  ces 
différents  appareils  ont  permis  d’arriver  à  établir  celui  que  je 
vous  présente  aujourd’hui  et  qui  est  en  quelque  sorte  la  synthèse 
des  efforts  successifs  des  auteurs  précédents. 

Je  profite  de  l’occasion  qui  m’est  offerte  pour  remercier  ici 
MM.  Ferrier  et  Leclercq  de  leur  précieuse  collaboration  au  cours 
de  la  confection  de  cet  appareil. 

Comme  vous  le  voyez,  sa  partie  humérale  est  constituée  par 
deux  tiges  placées  en  avant  et  en  arrière  du  bras,  comme  dans  le 


SÉANCE  DU  23  MAI 


803 


Fig.  2.  —  L’appareil  muni  de  son  dispositif  d’abduction. 

la  traction  une  direction  variable,  différente  selon  les  cas.  L’avant- 
bras  peut  être  placé  indistinctement  selon  les  besoins  en  pronation 
ou  en  supination.  Le  bras  et  l’avant-bras  sont  soutenus  païr  des 
bandes  formant  hamac.  Nous  ajouterons  enfin  qu’une  pièce  sup¬ 
plémentaire  prenant  point  d’appui  au-dessus  des  crêtes  iliaques  et 
pouvant  s’articuler  avec  deux  goujons  ménagés  sur  les  deux  tiges 
brachiales  permet  d’obtenir  au  besoin  tous  les  degrés  d’abduction 
désirables,  comme  dans  le  Ferrier. 

Enfin,  pour  compléter  cet  appareil,  nous  avons  fait  confec¬ 
tionner  un  gantelet  interchangeable  en  toile,  pouvant  se  lacer 
facilement  autour  du  poignet  et  destiné  à  faciliter  l’extension  de 
l’avant-bras  sur  la  partie  terminale  du  segment  anti-brachial. 

Je  tiens  à  insister  sur  ce  fait  que  cet  appareil,  qui  n’est,  je  le 

BULL.  ET  >1ÉM.  DE  LA  SOC,  DE  CHIR.,  1923.  59 


Ferrier  et  le  Pécharmant.  Sa  partie  anti-brachiale,  empruntée  au 
Robert  Jones,  est  formée  par  deux  tiges  situées  l’une  en  dedans, 
l’autre  en  dehors  de  l’avant-bras  ;  elles  ont  été  raccordées  à  la 
partie  humérale  par  un  procédé  simple  qui  nous  a  été  suggéré  par 
Ferrier.  L’arc  axillaire  est  mobile  et  muni  de  crochets  destinés  à 
la  fixation  de  l’appareil  au-dessus  de  l’épaule  et  autour  du  thorax, 
au  moyen  de  bandes,  comme  dans  le  Leclercq.  L’extension  est 
facilitée  grâce  à  deux  encoches  que  nous  avons  ménagées  sur  la 
tige  inférieure  qui  réunit  la  branche  brachiale  postérieure  avec  la 
partie  anti-brachiale.  Ces  deux  encoches  permettent  de  donner  à 


804 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


répète,  que  la  synthèse  d’appareils  connus,  n’a  pas  la  prétention 
de  sè  substituer,  dans  la  pratique  courante  du  temps  de  paix, 
aux  appareils  déjà  existants,  pour  le  traitement  des  fracturesc 
fermées  de  l’humérus  ou  de  l’avant-bras.  Son  utilisation  dans  ces 
cas  me  semble  devoir  être  exceptionnelle,  et  pourrait  même  le 
rendre  passible  du  reproche  d’être  quelque  peu  encombrant  dans 
les  cas  de  fracture  isolée  de  l’humérus  ou  de  l’avant-bras. 

Je  crois,  par  contre,  que  dans  les  fractures  exposées  par  pro¬ 
jectiles  de  guerre  de  l’humérus  et  de  l’avant-bras,  soit  isolées, 
soit  combinées,  il  est  susceptible  de  rendre  des  services  comme 
appareil  de  traitement  post-opératoire  immédiat,  en  raison  de  la 
rapidité  et  de  la  simplicité  de  son  application,  en  même  temps  que 
des  indications  multiples  auxquelles  il  répond.  Ces  différentes 
qualités  semblent  le  désigner  tout  naturellement  pour  avoir  sa 
place  marquée  dans  les  formations  chirurgicales  de  l’avant,  et 
notamment  dans  les  auto-chirs,  où  il  est  toujours  désirable  de  dis¬ 
poser  d’appareils  simples  et  d’application  facile. 

Les  réserves  ci-dessus  étant  faites,  cet  appareil  pourrait  rendre 
les  mêmes  services  dans  certaines  fractures  du  temps  de  paix  qui, 
par  leurs  lésions,  rappellent  celles  par  projectiles  de  guerre  et, 
notamment,  dans  les  fractures  exposées  du  membre  supérieur 
justiciables  d’extension  continue  et  de  suspension,  avec  ou  sans 
abduction,  qui  ont  besoin  d’être  surveillées  avec  soin  dans  les 
premiers  jours  qui  suivent  l’intervention  chirurgicale,  en  atten¬ 
dant  la  mise  en  place  d’appareils  définitifs. 

M.  Roux-Berger.  —  J’ai  utilisé  l’appareil  que  vient  de  présenter 
M.  Rouvillois  dans  un  cas  de  fracture  du  col  chirurgical  de 
l’humérus  réduite  par  la  méthode  sanglante.  Le  bras  a  été  main¬ 
tenu  en  abduction  de  façon  parfaite.  C’est  un  appareil  simple, 
facile  à  appliquer  et  très  bien  toléré. 

M.  Hallopeau.  —  Je  suis  très  heureux  de  revoir  ainsi  amélioré 
et  rendu  interchangeable  l’excellent  appareil  de  Ferrier  que  j’ai 
eu  l’honneur  de  vous  présenter  déjà  en  1918  et  qui  m’a  rendu 
à  ce  moment-là  les  plus  grands  services  dans  le  traitement  des 
fractures  ouvertes  du  bras.  On  ne  saurait  trop  recommander  son 
emploi. 


Le  Secrétaire  annuel, 
Mi  Ombrédanne. 


SÉANCE  DU  30  MAI  192 


3 


Présidence  de  M.  Mauclaire. 


Procès-verbal. 


Ib  lÿfÉ 


La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  mise 
aux  voix  ét  adoptée. 


Correspondance. 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  périodiques  de  la  semaine. 

2°.  —  M.  le  Dr  Roffo,  directeur  de  l’institut  de  Médecine  expéri¬ 
mentale  à  Buenos  Aires,  écrit  à  notre  Société  :  «  Nous  serions 
heureux  de  voir  s  établir  un  échange  suivi  de  correspondance 
mutuelle,  sur  les  travaux  scientifiques  réalisés  dans  nos  Instituts 
respectifs  et  je  serai  très  heureux  de  recevoir  toutes  les  communi 
cations  que  vous  voudrez  bien  m’adresser  ». 

3°.  —  Des  lettres  de  MM.  Rouvillois,  Toupet  et  -Kuss,  s’excusant 
de  ne  pouvoir  assister  à  la  séance. 

4°.  —  Un  travail  de  MM.  Combier  et  Murard  (du  Creusot),  inti¬ 
tulé  :  Anus  iliaque  gauche  par  le  procédé  de  Lambret. 

M.  Okïnczyc,  rapporteur. 


A  propos  du  procès-verbal. 

Ostéomyélite  de  l'humérus  gauche  traitée  par  auto-vaccin. 

M.  Tuffier.  —  Au  nom  de  M.  Raymond  Petit  et  au  mien  je 
vous  présente  deux  radiographies  montrant,  avec  une  netteté  par¬ 
faite,  l’humérus  au  moment  de  l’attaque  d’ostéomyélite  traitée 
par  la  seule  vaccination,  et  ce  même  humérus  deux  mois  et  demi 
après.  Vous  voyez  que  les  lésions  d’ostéomyélite  y  sont  indiscu¬ 
tables.  On  peut  m’objecter  que  le  malade  atteint  deux  fois 
d’ostéomyélite  suppurée  aurait  guéri  sans  vaccin.  A  cela  je  n’ai 
rien  à  répondre. 

Cet  homme  de  trente-trois  ans  a  été  opéré,  le  15  novembre  1922, 

BDU.  BT  WKM.  DK  LA  SOC.  DE  CHIR.,  1923.  —  N»  19.  60 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


.  806 


d'une  ostéomyélite  de  l’humérus  droit,  et  le  14  décembre  d’une 
ostéomyélite  du  tibia  droit  avec  séquestres.  Trépanation,  suppura¬ 
tion,  staphylocoque  pur  et  tétragène.  Un  vaccin  est  préparé  et  à 
la  dose  de  un  milliard  par  cent.  cube.  10  injections  progressives 
de  1/4  à  1  cent,  cube  à  partir  du  20  décembre.  Guérison. 

'  Le  191nars  1923,  ostéomyélite  de  l’humérus  gauche  phlegmo- 
nçu se  grave.  Injection  auto-vaccin;  dès  la  seconde  injection  l’état 
phlgfjffjoneux  diminue,  la  température  tombe  à  38°,  10  injections 
sont  pratiquées;  le  16  avril,  le  malade  est  guéri  et  le  4  mai  la 
radiographie  que  je  vous  présente  montre  des  lésions  très  nettes 
d’ostéomyélite;  le- bras  est  en  parfait  état. 

M.  Louis  Bazy.  —  Si  l’on  veut  comprendre  pourquoi  certaines 
ostéomyélites  guérissent  seules,  et  que  d’autres  sont  améliorées 
par  la  vaccination,  il  faut  se  rappeler  le  principe  même  sur  lequel 
repose  la  vaccinothérapie  et  qui  est  qu'une  infection  locale  ne  con- 
fère\aucune  immunité  générale.  Enproposant  la  vaccination,  Wright 
pensait  qu’on  faisait  collaborer  l’organisme  tout  entier  à  la  lutte 
contre  une  infection  restée  localisée.  Mais  l’ostéomyélite  peut  ne 
pas  rester  une  maladie  localisée,  et,  si  elle  se  généralise  dans  une 
certaine  limite ,  l’organisme  subit  une  auto-vaccination  qui  est  la 
meilleure  puisqu’elle  se  fait  avec  le  germe  même  de  l’infection  et 
avec  un  germe  vivant.  Aûnsi,  dans  un  cas,  l’organisme  se  vaccine 
lui-même,  tandis  que  dans  l’autre,  maladie  restée  locale,  et  inca¬ 
pable  par  conséquent  de  fournir  une  immunité  générale,  on 
cherche  à  obtenir  celle-ci  par  la  vaccination. 

M.  Ombréoanne.  —  Je  viens  d’observer  un  enfant  qui  présenta 
un  foyer  d’ostéomyélite  franche  aiguë  au  bulbe  supérieur  du  tibia 
avec  grosse  collection  purulente.  Je  l’ouvris  séance  tenante  et  l’état 
général  s’améliora  notablement.  Trois  semaines  après,  il  fît  une 
nouvelle  poussée  au  niveau  du  bulbe  inférieur  du  fémur  du  côté 
opposé.  Je  n’intervins  pas  et  me  contentai  de  le  traiter  par  des 
pansements  à  l’eau  alcoolisée.  Les  accidents  s’arrêtèrent  et  n’évo¬ 
luèrent  pas  davantage.  Une  radiographie  ultérieure  donna  la 
preuve  indiscutable  de  la  lésion  d’ostéomyélite  au  niveau  du 
fémur;  malgré  l’existence  indiscutable  de  ce  second  foyer  d’ostéo¬ 
myélite,  la  guérison  par  résolution  est  donc  survenue  sans  la 
moindre  vaccination. 

M.  Louis  Bazy.  —  Je' considère  que  l’observation  de  M.  Ombré- 
danne  n’infirme  nullement  ce  que  je  viens  de  dire  et,  t  s’il  veut 
bien  me  le  permettre,  voici  comment  j’interprète  les  événements 
qu’il  nous  a  décrits.  La  première  infection,  étant  restée  locale , 


SÉANCE  DD  30  MAI 


807 


n’avait  produit  aucune  immunité  générale ,  à  preuve  qu’une  autre 
localisation  survint  sur  un  autre  os.  Mais  cette  dernière,  ayant  à 
nouveau  sollicité  les  défenses  organiques,  guérit  plus  simplement. 

M.  Veau  rappelle  une  observation  personnelle  où  la  mort  sur¬ 
vint  malgré  la  vaccination. 

M.  Louis  Bazy.  —  Je  ne  pense  pas  encore  que  le  cas  que  vient  de 
nous  rapporter  M.  Veau  constitue  une  objection  contre  la  vacci¬ 
nation.  U  n’est  pas  douteux  que  certains  malades  n’échafaudent 
aucun  système  défensif  contre  l’infection.  Il  est  certain  que  ces 
sujets,  qui  sont  en  état  d'anergie,  ne  tireront  aucun  parti  d’une 
vaccination,  qui  ajoutera  un  effort  supplémentaire  à  tous  ceux 
qu’ils  se  sont  déjà  montrés  incapables  d’accomplir.  Si  je  me  permets 
de  tâcher  d’expliquer  les  échecs  ou  les  insuccès  de  la  vaccino- 
thérapie,  c’est  que  je  pense  qu’il  ne  faut  pas  la  considérer  comme 
une  méthode  purement  empirique.  La  vacci  no  thérapie  repose  sur 
un  certain  nombre  de  lois  biologiques  qu’il  est  important  de  con¬ 
naître,  si  on  veut  utiliser  les  vaccins  à  bon  escient. 

M.  Hallopeau.  —  Je  suis  un  peu  surpris  d’entendre  ici  parler 
de  lois  et  de  certitudes  scientifiques.  Il  me  paraît  difficile  d’ad¬ 
mettre  que  la  vaccination  présente  ce  caractère.  Les  observations 
que  l’on  nous  apporte  ont  toujours  formé  un  tel  mélange  d’empi¬ 
risme  avec  les  méthodes  de  laboratoire  qu’on  ne  peut  les  consi¬ 
dérer  comme  se  rapportant  à  des  faits  matériellement  démontrés. 

C’est  le  premier  élément  du  raisonnement  que  de  ne  pas 
considérer  qu’un  fait  qui  en  suit  un  autre  en  résulte;  on  a  apporté 
des  ostéomyélites  qui  avaient  guéri  après  vaccination,  sans  inter¬ 
vention;  mais  on  en  a  produit  d’autres  qui  avaient  guéri  de  même 
sans  cette  vaccination  et  dans  les  mêmes  conditions.  Si  la  cause 
prétendue  est  supprimée  et  que  le  secondpbénomène  se  produise, 
on  ne  peut  le  considérer  comme  un  effet.  C’est  tout  simplement 
ce  que  l’on  fait  en  attribuant  à  la  vaccination  la  guérison  de  toutes 
les  ostéomyélites  qui  guérissent  sans  incision.  Peut-être  la  vacci¬ 
nation  y  aide-t-elle,  mais  nous  n’en  avons  encore  aucune  preuve 
scientifique. 

M.  Okinczyc.  —  Je  ne  comptais  pas  prendre  la  parole  aujour¬ 
d’hui,  n’ayant  pas  encore  en  mains  tous  les  éléments  d’une 
observation  d’ostéomyélite  de  la  hanche  que  j’ai  observée  et  traitée 
par  la  vaccination.  Je  m’engage  d’ailleurs  à  apporter  ici  l’obser¬ 
vation  détaillée,  la  feuille  de  température,  et  les  radiographies 
contemporaines  et  tardives  de  cette  hanche. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Il  s’agissait  d’un  jeune  homme  de  vingt  et  un  ans,  qui,  vers  l’âge 
de  quatorze  ans,  avait  présenté  du  même  côté  tous  les  signes  d'une 
trochantérite  aiguë  qui  avait  guéri  spontanément;  mais  il  avait 
cette  fois  présenté  tous  les  signes  d’une  ostéomyélite  aiguë  de  la 
hanche  droite  qui  pouvaient  être  considérés  comme  le  réveil  de 
l’ostéomyélite  ancienne.  Au.  moment  où  je  l’observais  en  con¬ 
sultation,  le  début  remontait  à  six  semaines,  je  trouvais  un 
malade  dans  un  état  grave,  amaigri,  blafard,  couché  sur  un  mate¬ 
las  d’eau,  ne  supportant  pas  même  qu’on  marchât  dans  sa 
chambre  ;  'la  température  oscillait  entre  38°  et  38°7  ;  le  pouls  était 
à  120  ;  le  malade  ne  dormait  plus,  ne  mangeait  plus  et  on 
pouvait  considérer  son  état  comme  grave,  puisque  l’infection 
locale  évidente  avait  dépassé  la  limite  de  la  hanche  et  nous 
étions  en  présence  d’une  véritable  septicémie. 

Avant  d’en  arriver  à  un  traitement  chirurgical  toujours  grave  à 
la  hanche  et  qui,  dans  les  circonstances  présentes,  prenait  du  fait 
de  l’état  général  du  malade  une  gravité  plus  grande  encore,  j’ai 
conseillé,  sans  grand  espoir,  la  vaccination.  Il  fut  fait  12  injections 
de  vaccin  antifuronculeux  de  l’Institut  Pasteur.  Dès  la  première 
injection,  le  pouls  et  la  température  tendaient  à  la  normale;  et 
dès  cette  première  injection  la  guérison  s’affirmait  et  suivait  un 
cours  régulier  rapide  et  ininterrompu.  Je  viens  de  revoir  ce  ma¬ 
lade  plusieurs  mois  après  sa  guérison.  Il  est  ankylosé  sans  doute, 
puisqu’il  a  eu  une  arthrite  aiguë;  mais  il  marche  sans  douleur  et 
sans  fatigue,  il  a  engraissé  au  point  d’être  méconnaissable;  il  a 
repris  une  vie  active  et  normale,  conduisant  son  automobile. 

Je  suis  bien  obligé  de  constater  que  les  premières  manifesta¬ 
tions  d’une  guérison  qui  s’est  confirmée  et  maintenue  ont  daté, 
dans  l’évolution  d’une  ostéomyélite'  grave  et  qui  s’aggravait  de 
jour  en  jour  par  extension  septicémique,  du  jour  de  la  première 
injection  de  vaccin.  Il  y  a  là  mieux  qu’une  coïncidence,  et  malgré 
le  scepticisme  avec  lequel  j’avais  conseillé  cette  thérapeutique  je 
conviens  très  volontiers  que  le  résultat  obtenu  est  supérieur  et 
plus  simple  que  celui  que  m’aurait  donné  ici  un  traitement 
chirurgical. 

M.  Paul  Mathieu.  —  Il  est  difficile  d’établir  la  part  de  la  vac¬ 
cination  antistaphylococcique  dans  certains  faits  de  guérison 
d’ostéomyélite  aiguë.  Voici,  bien  observé  par  moi  dans  iqon 
service  de  Bretonneau,  un  cas  où  le  rôle  de  la  vaccination  peut 
être  interprété  comme  au  moins  favorable. 

Un  enfant  de  douze  ans  avait  été  opéré  pour  ostéomyélite  aiguë 
de  l’extrémité  inférieure  du  tibia  droit.  La  trépanation  très  large 
avait  des  suites  normales.  Une  première  série  d’injections  antista- 


SÉANCE  DU  30  MAI 


phylococciques  (stock-vaccin)  avait  eu  lieu.  L’enfant  fut  environ 
un  mois-après  repris  d’accidents  aigus  avec  douleurs  vives  dans 
la  hanche  droite.  Le  diagnostic  d’arthrite  aiguë  de  la  hanche  par 
ostéomyélite  de  l’extrémité  supérieure  du  fémur  fut  confirmé  par 
l’existence  de  pus  à  staphylocoques  retiré  par  ponction  au  niveau 
de  l’articulation  de  la  hanche.  La  radiographie  précoce  ne  mon¬ 
trait  rien  au  niveau  du  fémur.  La  résection  de  la  hanche  est  une 
opération  peu  engageante.  L’enfant  fut  sur  mes  indications  traité 
par  l’extension  continue  et  la  vaccination  antistaphylococcique. 
La  guérison  survint  progressivement.  La  hanche  sans  intervention 
cessa  d’être  tuméfiée  et  douloureuse.  Actuellement  elle  est  anky¬ 
losée.  La  radiographie  faite  hier  montre  des  lésions  d'ostéomyélite 
chronique  avec  hyperosloses. 

M.  Tuffier.  —  Je  crois  que  nous  pourrons  tirer  quelques  con¬ 
clusions  de  cet  échange  de  vues  :  il  existe  des  ostéomyélites  même 
en  apparence  sévères  qui  peuvent  guérir  spontanément  :  je 
l’ai  comme  tant  d’autres  montré  et  enseigné  pendant  vingt  ans. 
—  Il  existe  des  formes  extrêmement  graves  septicémiques  qui 
résistent  et  à  la  vaccination  et  à  la  chirurgie  :  c’est  encore  un  fait 
avéré,  banal,  certain.  Entre  ces  deux  extrêmes  un  grand  nombre 
de  formes  de  gravité  variable  guérissent  par  la  chirurgie  et, 
nous  l’espérons,  par  la  vaccination.  Les  résultats  fournis  par  la 
vaccination  sont,  au  point  de  vue  de  la  simplicité  du  traitement  et 
de  la  valeur  fonctionnelle  des  membres,  supérieurs  à  ceux  de  la 
cure  opératoire;  elle  peut  précéder  ou  accompagner  l’opération  et 
peut-être  la  remplacer  dans  des  cas  que  l’avenir  permettra  de 
préciser. 

On  pourra  toujours  nous  dire  qu’un  malade  vacciné  aurait  guéri 
seul;  c’est  un  argument  qui  me  paraît  sans  réplique.  Mais  si  vous 
voulez  bien  considérer  que  cette  vaccination  est  sans  danger 
si  la  surveillance  du  malade  nous  est  un  garant  qu’elle  ne  fait  pas 
perdre  un  temps  précieux  pour  l’efficacité  du  traitement  opératoire. 

Aussi  ai-je  eu  soin  de  vous  dire  et,  je  répète,  que  le  malade  doit 
être  suivi  de  très  près  pendant  toute  cette  temporisation,  de  façon 
à  ne  pas  laisser  passer  le  moment  où  une  intervention  serait 
nécessaire  et  efficace.  Ces  réserves  faites,  je  ne  vois  pas  quelle 
objection  on  peut  faire  à  la  poursuite  des  recherches  sur  l’effica¬ 
cité  de  la  vaccination. 

M.  Hallopeau.  —  Je  demande  à  ajouter  un  mot.  Comme  vous 
tous,  je  vaccine  toujours  dans  l’ostéomyélite,  sans  compter  beau¬ 
coup  sur  cette  méthode.  Mais  ce  sur  quoi  il  faut  attirer  l’attention, 
c’est  sur  la  nécessité  absolue  delà  surveillance  chirurgicale  atten¬ 
tive  dès  le  début.  M.  Tuffier  vient  de  le  redire,  Grégoire  y  avait 


810 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


insisté  dès  le  premier  jour  ;  mais  on  tend  un  peu  à  l’oublier  et  cela 
peut  constituer  un  danger  grave.  On  ne  publie  jamais  que  des  cas 
d’ostéomyélite  dits  guéris  par  la  vaccination  et  l’on  ne  parle  jamais 
des  autres,  qui  constituent  l’immense  majorité.  Et  dans  le  public 
médical  beaucoup  de  médecins  qui  ne  l’ont  pas  encore  essayée 
croient  que  la  vaccination  guérit  toujours  l’ostéomyélite. 

L’an  dernier,  à  la  Société  de  Pédiatrie,  un  de  nos  collègues 
apportait  l’observation  suivante  :  un  enfant  de  quinze  ans  atteint 
d’ostéomyélite  du  fémur  est  vu  par  un  médecin  qui  conseille  de 
faire  pendant  quinze  jours  des  vaccinations  renouvelées  tous  les 
deux  jours  et  d’appeler  le  chirurgien  au  bout  de  cette  période  si 
la  guérison  n'est  pas  survenue.  Le  chirurgien,  appelé  le  quinzième 
jour,  a  ouvert  in  extremis  une  arthrite  suppurée  du  genou  et  l’en¬ 
fant  est  mort  quelques  heures  plus  tard.  11  est  à  craindre  que  ce 
cas  né  reste  pas  isolé  si  l’on  perd  de  vue  la  recommandation 
primordiale  de  mettre  toute  ostéomyélite  sous  une  surveillance 
chirurgicale.  Et  il  faut  répéter  que  les  malades  atteints  d’ostéo¬ 
myélite  peuvent  être  soignés  par  la  vaccination,  mais  que  celle-ci 
ne  doit  jamais  retarder  d’une  heure  l’intervention  chirurgicale 
éventuelle,  sinon  la  vaccination  dans  l’ostéomyélite  risquerait  de 
faire  plus  de  mal  que  de  bien. 

M.  Tuffier.  —  Nous  sommes  décidément  d’un  avis  unanime  sur 
l’emploi  de  la  vaccination,  et  sur  la  nécessité  de  surveiller  le 
malade^ pendant  son  emploi.  Les  faits  ultérieurs  en  préciseront  les 
indications. 


A  propos  de  l'opération  de  Le  Fort  pour  prolapsus  génital , 

M.  Savariaud.  —  Je  désire  dire  quelques  mots  au  sujet  de  l’opé¬ 
ration  de  Le  Port  pour  prolapsus.  Je  m’excuse  de  prendre  un  peu 
tard  la  parole,  mais  je  voulais  revoir  auparavant  l’unique  malade 
que  j’aie  opérée  par  ce  procédé.  Le  résultat  est,  je  le  dis  tout  de  suite, 
excellent,  et  bien  que  l’opération  ne  date  que  de  cinq  mois,  j’ai 
l’impression  que  la  guérision  est  définitive.  II  s’agissait  d’une 
vieille  femme,  peu  solide,  à  laquelle  je  désirais  faire  l’opération  la 
plus  bénigne  possible.  Le  prolapsus  était  partiel,  mais  ulcéré; 
je  lui  fis  un  Le  Fort  amélioré,  ayant  bien  soin  de  faire  porter  l’avi¬ 
vement  aussi  bas  que  possible,  c’est-à-dire  à  1  centimètre  de 
l’urètre  en  avant,  et  au  niveau  de  la  fourchette  en  arrière.  L’opé¬ 
ration  faite  à  la  rachi  fut  extrêmement  simple;  une  fois  l’avive¬ 
ment  effectué,  je  me  contentai  de  réunir  les  surfaces  avivées 
bord  à  bord  par  des  points  isolés  au  catgut,  sans  m’occuper  de 
l’espace  mort  intermédiaire.  L’opération  fut  admirablement  sup¬ 
portée  et  les  suites  aussi  simples  que  possible.  Actuellement,  bien 


SÉANCE  DU  30  MAI 


811 


que  je  n’aie  pas  fait  de  péri  néoplastie,  la  vulve  a  un  aspect 
infantile,  et  la  région  ne  bombe  même  pas  pendant  l’effort. 

Je  crois  qu’il  est  très  utile,  sinon  indispensable,  pour  avoir  de  la 
solidité,  de  supprimer  complètement  la  cavité  vaginale  (à  part  les 
deux  petits  conduits  latéraux)  et  de  faire  partir  l’avivement  le 
plus  bas  possible.  Ainsi  comprise,  l’opération  de  Le  Fort  donne 
sensiblement  le  même  résullat  que  l’opération  de  Müller  que  j’ai 
été  le  premier  à  acclimater  en  France,  et  que  j’avais  considérée 
jusqu’ici  comme  le  procédé  de  choix  dans  les  prolapsus  génitaux 
invétérés  des  vieilles  femmes. 

L’une  et  l’autre  opération  aboutissent  à  la  suppression  du  con¬ 
duit  vaginal,  et  c’est  ce  qui  rend  dans  les  deux  cas  la  récidive 
impossible,  quand  l’une  et  l’autre  sont  largement  exécutées. 

La  récidive  ne  me  paraît  possible  que  si  on  a  voulu  conserver 
la  fonction,  en  faisant  un  des  conduits  latéraux  trop  large  dans 
le  Le  Fort,  ou  une  colpectomie  parcimonieuse  afin  de  conserver 
un  vagin  rudimentaire  dans  le  Müller.  Encore,  n’ai-je  pas  encore 
observé  cette  récidive.  Comparée  au  point  de  vue  de  la  gravité,  je 
crois  l’opération  de  Le  Fort  plus  bénigne.  Non  pas  que  j’aie 
observé  des  accidents  dans  le  Müller,  mais  dans  un  certain  nombre 
de  cas,  que  ce  fût  l’effet  de  la  rachianesthésie  ou  pour  une  autre 
raison,  j’ai  observé  un  certain  choc  opératoire,  vite  dissipé,  il  est 
vrai,  je  m’empresse  de  le  dire.  La  possibilité  de  se  contenter  de 
l’anesthésie  locale  avec  le  Le  Fort  doit  le  faire  préférer  lorsque 
l’état  général  est  très  médiocre  et  la  patiente  très  âgée. 

On  peut  se  demander,  dans  ces  conditions,  comment  il  se  fait 
qu’une  opération  aussi  simple  que  le  Le  Fort  ait  été  à  peu  près 
complètement  abandonnée  dans  son  pays  d’origine. 

C’est  que  Le  Fort  demandait  trop  à  son  opération.  Il  avait  la 
prétention  de  l’appliquer  à  tous  les  cas,  même  aux  jeunes  femmes, 
et  naturellement  il  fallait  pour  cela  se  contenter  d’un  cloisonne¬ 
ment  aussi  étroit  que  possible,  de  manière  à  permettre  à  la  fors 
le  coït  et  l’accouchement.  A  vouloir  ainsi  trop  étendre  les  indica¬ 
tions  de  son  opération  si  ingénieuse,  Le  Fort  nuisit  à  sa  cause. 
Qui  veut  trop  prouver,  dït-OD,  ne  prouve  rien. 

De  plus,  à  l’époque  de  Le  Fort,  la  gravité  des  opérations  était 
encore  très  grande.  On  ne  pouvait  l’amoindrir  qu’à  la  condition 
de  faire  des  opérations  aussi  minimes  que  possible.  Aussi 
Le  Fort  recommandait-il  de  ne  donner  à  l’avivement  que  des 
dimensions  restreintes  et  de  n’exciser  que  la  couche  superficielle 
de  la  muqueuse.  Il  ne  faut  pas  oublier  qu’à  cette  époque  la  crainte 
du  péritoine  était  le  commencement  de  la  sagesse  et  que  Tillaux 
ayant  blessé  la  grande  séreuse  au  cours  d’une  opération  avait 
perdu  son  opérée. 


812 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Les  recommandations  de  Le  Fort  n’étaient  donc  pas  superflues 
à  son  époque.  De  là  une  pratique  mesquine  aboutissant  à  la  con¬ 
stitution  d’une  bride  muqueuse  inférieure  à  sa  tâche,  se  laissant 
distendre  à  la  longue  et  permettant  à  la  récidive  de  se  produire. 

11  a  suffi  d’augmenter  l’étendue  des  avivements,  de  substituer  le 
catgut  résorbable  aux  fils  d’argent  que  préconisait  Le  Fort  et  de 
restreindre  les  indications  aux  vieilles  femmes  dont,  on  peut 
impunément  supprimer  le  vagin  pour  faire  du  Le  Fort  amélioré 
une  opération  à  la  fois  simple,  bénigne  et  radicale,  pouvant 
supporter  victorieusementla  comparaison  avec  d’autres  opérations 
beaucoup  plus  graves  pour  lesquelles  où  l’avait  inconsidérément 
abandonnée. 


Rapports. 

L'emploi  de  greffons  ostéo-périostés 
dans  le  traitement  des  osléo-arthriies  tuberculeuses 
.  du  genou  chez  l'enfant, 

par  M.  le  Dr  Carlos  Robertson  Lavalle  (de  Buenos  Aires), 
Professeur  agrégé. 

Rapport  de  M.  AUVRAY. 

Le  Dr  Robertson  Lavalle,  professeur  agrégé  à  l’Université  de 
Buenos  Aires,  qui  assistait  il  y  a  quelques  semaines  à  nos  séances, 
a  déposé  sur  le  bureau  de  la  Société  un  travail  original  sur  le  trai¬ 
tement  des  ostéo-arthrites  tuberculeuses  du  genou  par  l’emploi  de 
greffons  ostéo-périostés  dont  je  vais  vous  donner  lecture. 

La  méthode  qu’il  préconise  ici  repose  sur  les  idées  suivantes: 
la  prédilection  de  la  tuberculose  pour  les  épiphyses  lui  a  paru  être 
essentiellement  conditionnée  par  la  pauvreté  du  système  circula¬ 
toire  de  celte  région.  Il  a  cherché  en  conséquence  à  activer  le 
développement  de  la  circulation  épiphysaire,  afin  de  créer  un  ter¬ 
rain  aussi  défavorable  que  possible  à  l’évolution  de  la  tuber¬ 
culose. 

Dans  ce  but,  il  place  une  double  série  de  greffons  :  les  uns  intra- 
osseux  pénétrant  jusqu’à  l’épiphyse,  en  traversant  le  cartilage  de 
conjugaison,  les  autres  sous-cutanés,  en  rapport  avec  les  extré¬ 
mités  externes  des  précédents  et  jouant  essentiellement  pour  eux 
le  rôle  de  vecteurs  des  matériaux  nutritifs  (voir  figure). 

«  Afin  de  mettre  la  méthode  que  je  préconise  le  plus  possible  à 
l'abri  de  la  critique,  je  n’ai  voulu  l’expérimenter  que  sur  des 
malades  déjà  traités  depuis  longtemps  avec  peu  ou  pas  de  succès, 


SÉANCE  DU  30  MAI 


813 


par  les  différentes  méthodes  classiques  :  repos,  injections  modifi¬ 
catrices,  héliothérapie,  etc. 

«  Je  place  mes  greffes  sous  forme  soit  d’une  seule  longue  baguette 
osseuse,  soit  de  petits  fragments  mis  bout  à  bout.  Les  points 
extrêmes  sont  en  rapport  avec  l’os.  L’ensemble  de  chaque  greffon 
s’étend  ainsi,  en  pont,  de  la  partie  inférieure  de  la  diaphyse  fémo¬ 
rale  à  la  partie  su¬ 
périeure  de  la  dia¬ 
physe  tibiale.  Lo¬ 
gées  dans  le  tissu 
cellulaire  sous-cu¬ 
tané  ,  ces  greffes 
restent  éloignées 
desépiphyses.  Elles 
mesurent  10  à  15 
centimètres  de  lon¬ 
gueur  suivant  la 
taille.de  l’enfant. 

«  Ainsi  placé,  le 
greffon  se  déve¬ 
loppe  en  longueur 
et  en  largeur.  Au¬ 
tour  de  lui  le  tissu 
cellulaire  est  le 
siège  d’une  réac¬ 
tion  très  marquée  : 
de  véritables  li¬ 
pomes  peuvent  s’y 
développer.  Aux 
dépens  du  périoste 
transplanté,  se  dé¬ 
veloppe  un  véri¬ 
table  étui  épais  et 
solide  qui  engaine 
le  greffon  dans  sa  totalité,  et  se  continue  au  niveau  de  ses1  deux 
extrémités  avec  le  périoste  des  deux  diaphyses,  lequel  participe 
également  à  ce  processus.  Lorsque,  au  bout  de  six  mois,  on  enlève 
les  greffons,  il  faut  les  séparer  de  l’os  à  la  cisaille,  car  ils  sont 
fusionnés  avec  les  greffes  placées  dans  l’épaisseur  du  bloc  dia- 
physo-épiphysaire,  de  façon  à  former  un  tout  continu. 

«Ce  résultat  s’est  montré  constant  dans  mes  20  cas  ;  il  s’agissait 
chez  tous  ces  malades  de  formes  caséeuses  ou  fongueuses  de 
tumeurs  blanches  du  genou.  Je  n’ai  opéré  en  effet  que  sur  cette 
articulation,  sauf  dans  un  cas  de  coxalgie,  où  la  même  technique 


814 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


m’a  donné  un  résultat  analogue  au  point  de  vue  de  la  vitalité  et  de 
lacroissance  des  greffons.  J’avais  placé, dans  ce  cas,  un  large  gref¬ 
fon  sous-cutané  en  continuité  avec  deux  greffons  intra-osseux 
placés,  l’un  dans  Fépaisseur  du  col,  l’autre  dans  l’os  iliaque  près 
de  l’arrière- fond  de  la  cavité  cotyloïde. 

«Dans  ses  intéressantes  expériences,  L.- G.  Regard  prend  un 
cylindre  d’os  vivant,  le  remplit  de  cristaux  de  bleu  de  méthylène  et 
leferme  àses  deux  extrémités  avec  de  la  paraffine.  Ainsi  obturé, ce 
fragment  d’os  est  greffé  et,  dès  les  premières  heures  qui  suivent 
l’intervention,  le  bleu  s’élimine  par  les  urines,  ce  qui  indique  un 
rétablissement  rapide  de  la  circulation  du  greffon  par  les  bour¬ 
geons  charnus  du  lit  de  la  greffe  qui  pénètrent  à  travers  les 
canaux  haversiens.  Si  l’on  pratique  la  même  expérience  avec  un 
transplant  d’os  mort,  cette  absorption  du  bleu  de  méthylène  ne  se 
produit  plus. 

«  Le  succès  de  ma  technique  est  fonction  des  quelques  principes 
suivants  : 

«  1°  Emploi  d’auto-greffes  ostéo-périostées  ; 

«  2°  Asepsie  des  plus  rigoureuses; 

«  3°  Préparation  très  soigneuse  du  lit  de  la  greffe.  Hémostase 
minutieuse  destinée  à  éviter  la  formation  de  caillots  entre  le  lit  et 
le  greffon,  ces  caillots  pouvant  faire  obstacle  à  la  progression  des 
néo-capillaires  pénétrant  la  greffe  ; 

«  4°  Transplantation  rapide.  Ne  prélever  la  greffe  que  juste  au 
moment  de  la  placer,  c’est-à-dire  après  préparation  complète  de 
son  lit  ;  ^ 

«  5°  Disposer  le  périoste  de  l’os  récepteur,  au  point  d’implan¬ 
tation  du  greffon,  de  manière  à  ce  qu’il  enveloppe  complètement 
ce  dernier  au  fur  et  à  mesure  de  sa  croissance  ; 

«  6°  Implanter  le  greffon  en  allant  jusqu’au  tissu  spongieux  des 
os  récepteurs  ; 

«  7°  Aucun  corps  étranger  ne  doit  toucher  la  greffe  ; 

«  8°  Immobiliser  soigneusement  la  région  opérée. 

«  Pour  le  prélèvement  des  greffons,  pris  sur  la  crête  tibiale,  je 
préfère  la  cisaille  à  la  scie.  Cet  instrument  en  effet  traumatise 
beaucoup  moins  les  couches  superficielles,  ne  développe  pas  de 
chaleur,  et  n’expose  pas  â  la  projection  de  poussière  osseuse  qui 
risque  de  boucher  les  petits  canaux  de  Havers  et  d’empêcher  leur 
pépétration  par  les  capillaires. 

«  Comprenant  le  périoste,  la  corticale  osseuse  et  quelques  élé¬ 
ments  spongieux,  mes  greffons  se  trouvent  dans  les  meilleures 
conditions  pour  être  pénétrés  par  les  néo-vaisseaux,  principale¬ 
ment  par  leur  face  médullaire. 

«  Avant  de  perforer  les  diaphyses  réceptrices  des  greffons,  il 


SÉANCE  I)U  30  MAI 


815 


faut  avoir  soin  d’inciser  le  périoste  en  croix,  au  niveau  du  futur 
orifice  de  pénétration,  et  de  bien  disséquer  les  quatre  petits  lam¬ 
beaux  ainsi  formés.  Grâce  à  leur  élasticité,  ils  retomberont  sur  la 
greffe  mise  en  place,  l’envelopperont,  se  fusionneront  progressi¬ 
vement  au  périoste  du  greffon,  et  finiront  par  envelopper  complè¬ 
tement  celui-ci. 

«  Nous  croyons  que  le  périoste  a  un  rôle  très  important  pour  la 
vitalité  de  la  greffe;  car,  si  l’ostéogenèse  est  fonction  de  l’os  lui- 
même,  l’absence  du  périoste  empêche  néanmoins  la  survie  du  gref¬ 
fon  de  se  prolonger  au  delà  de  deux  mois,  comme  l’a  bien  montré 
Regard. 

«  A  mon  avis,  le  périoste  a  un  rôle  à  la  fois  «  limitateur  et  direc¬ 
teur  ».  Par  la  résistance  considérable  de  sa  couche  externe,  il 
empêche  la  dispersion  au  hasard  des  éléments  néoformés.  Par  sa 
couche  profonde  il  se  laisse  pénétrer  facilement  par  ces  néoforma¬ 
tions  osseuses,  ainsi  que  beaucoup  d’expérimentateurs  le  sou¬ 
tiennent.  Enfin  il  envoie  également  des  vaisseaux,  comme  le 
montre  la  microphotographie  d’une  de  mes  coupes.  » 

Technique  employée  pour  le  genou.  —  «  Intervention  après 
quinze  jours  de  repos  en  extension  continue.  Bande  d’Esmarch  à 
la  cuisse.  Incisions  para-rotuliennes  de  8  à  10  centimètres  de 
longueur,  à  deux  ou  trois  travers  de  doigt  des  bords  rotuliens.  Ces 
incisions  n’intéressent  que  la  peau  et  le  tissu  cellulaire  sous- 
cutané  sauf  à  leurs  extrémités  où,  par  dissociation  musculaire, 
on  arrive  jusqu’au  périoste  des  diaphyses  tibiale  et  fémorale  à  un 
travers  de  doigt  environ  du  cartilage  de  conjugaison. 

«  Après  avoir  incisé  et  décollé  le  périoste  au  point  où  l’on  veut 
implanter  le  greffon, on  ouvre  une  petite  brèche  dans  la. corticale, 
puis  à  l’aide  d’un  ciseau  étroit,  on  fait  un  tunnel  allant  oblique¬ 
ment  vers  l’épiphyse,-  s’arrêtant  un  peu  avant  te  cartilage  articu¬ 
laire,  aprèsavoir  traversé  le  cartilage  de  conjugaison.  Au  nombre 
de  deux  pour  chaqueos,  ces  tunnels  sont  symétriquement  creusés 
à  droite  et  à  gauche.  On  tamponne  fortement  à  la  gaze  ces 
quatre  trajets,  ainsi  que  le  lit  des  deux  incisions  latérales,  afin 
d’assurer  une  bonne  hémostase. 

«  On  prélève  alors  le  greffon  sur  le  tibia  opposé  et  on  le  dédouble 
longitudinalement,  afin  de  constituer  les  deux  grands  tuteurs 
latéraux.  On  prélève  ensuite  et  on  place  dans  chacun  des 
quatre  tunnels  osseux  un  petit  jgreffon  dont  l’extrémité  externe 
est  mise  le  plus  possible  au  contact  du  tuteur  latéral  correspon- 
pant. 

«  Elles 'peuvent  être  constituées  par  une  seule  pièce;  cela  n’a 
aucune  importance  pourvu  que  les  fragments  soient  bien  bout  à 


816 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


bout  et  au  contact.  Ils  se  resouderont.  Quelques  points  de  catgut 
fixent  le  ou  les  greffons  sous  cutanés  dans  leur  lit  respectif. 

«  A.u  cours  de  toutes  ces  manœuvres,  tenir  compte  des  règles 
générales  formulées  plus  haut. 

«  Il  y  a  dans  toute  greffe  deux  stades  importants  à  considérer  : 
1°  le  moment  de  la  pénétration  par  les  bourgeons  charnus  qui  lui 
apportent  sa  vascularisation;  les  tissus,  dont  la  vitalité  ou  la 
résistance  sont  insuffisantes  pour  «  tenir  »  jusque-là,  se  résorbent 
ou  s’enkystent;  2°  le  moment  de  l’individualisation  où  il  est 
nécessaire  d’éviter  la  dispersion  des  éléments  néoformés.  C’est 
ici  qu’intervient  le  périoste  pour  l’os,  la  capsule  propré  pour  les 
glandes. 

«  Je  choisis  comme  lit  du  greffon  le  tissu  cellulaire  sous-cutané, 
à  cause  de  sa  riche  vascularisation  et  de  sa  composition  cellu¬ 
laire,  si  favorable  au  développement  des  bourgeons  charnus.  Le 
rôle  du  segment  intra-osseux  de  la  greffe  sera  en  effet  d’autant 
plus  actif  que  le  greffon  sous-cutané  avec  lequel  il  se  continue 
sera  nourri  et  plus  solide.  Cette  portion  intra-osseuse  pourra  ainsi 
conserver  son  individualité  sans  être  résorbée  par  l’os  circon- 
voisin  et  sans  risquer  de  voir  son  segment  épiphysaire  isolé  par 
une  réparation  trop  complète  du  cartilage  de  conjugaison,  au 
point  où  le  greffon  le  traverse,  ce  qui  se  produirait  avec  un  trans¬ 
plant  grêle  et  mal  nourri. 

«  Dans  'mes  observations,  l’accroissement  progressif  des  gref¬ 
fons  est  sensible  de  jour  en  jour.  J’enlève  le  segment  sous-cutané 
au  bout  de  six  mois,  considérant  qu’à  ce  moment  son  rôle  est 
terminé  et  que  sa  présence  pourrait  désormais  entraver  la  capa¬ 
cité  fonctionnelle  du  genou.  » 

Mécanisme  d'action  de  la  greffe.  —  «  On  peut  supposer  que 
l’action  des  greffes  est  la  suivante  : 

«  1°  La  greffe  occupe  la  diaphyse  et  l’épiphyse,  sans  aller  jusqu’à 
l’articulation.  Elle  traverse  le  cartilage  de  conjugaison  et,  comme 
ses  canalicules  de  Havers  sont  rapidement  et  abondamment 
pénétrés  par  des  capillaires,  on  peut  en  déduire  qu’elle  joue  un 
rôle  dans  l’activation  de  la  circulation  artérielle  et  la  diminution 
de  la  stase  veineuse. 

«  2°  Une  action  trophique  de  présence,  par  laquelle  elle  provoque 
autour  d’elle  un  processus  d’ostéite,  d’autant  plus  intense  qu’il 
existe  un  état  inflammatoire  dans  les  épiphyses  tuberculeuses. 
Cette  condensation  du  tissu  osseux  entraîne  une  diminution  de 
calibre  des  alvéoles  et  un  étranglement  des  racines  des  fongosités 
qui  s’y  implantent  largement.  Celles-ci  par  suite  ne  peuvent  donc 
que  s’atrophier.  » 


SÉANCE  DU  30  MAI 


817 


Mais  il  faut  bien  reconnaître  que  nous  sommes  ici  dans  le 
domaine  des  hypothèses.  Aucun  des  opérés  de  M.  Lavalle  n’a 
succombé,  heureusement,  dans  les  mois  qui  ont  suivi  l’opération  ; 
M.  Lavalle  n’a  donc  à  sa  disposition  aucune  pièce  anatomique 
recueillie  chez  des  sujets  opérés  qui  vienne  confirmer  sa  manière 
de  voir;  il  n’a  pas  davantage  de  pièce  expérimentale;  ce  serait  là 
cependant  un  point  très  important  à  élucider. 

Traitement  post-opératoire.  —  «  Pendant  que  les  greffes  se  con¬ 
solident  (ce  qui  demande  un  mois)  je  maintiens  l’extension  et  la 
contre-extension  de  l’articulation  malade,  que  j'ai  installées  une 
quinzaine  de  jours  avant  l’intervention,  afin  de  ne  pas  opérer  une 
lésion  en  pleine  activité. 

«  Au  cours  du  deuxième  mois,  le  malade  se  lève  avec  un  simple 
pansement  immobilisant  légèrement  le  genou  et  que  l’on  peut 
d’ailleurs  supprimer  assez  rapidement  dans  les  semaines  qui 
suivent.  On  autorise  la  marche  avec  appui  sur  le  membre  malade  et 
l’on  permet  à  l’enfant  de  profiter  des  jeux  de  son  âge  pendant  les 
quatre  ou  cinq  mois  suivants.  Il  y  a,  je  crois,  tout  avantage,  pour 
que  les  greffes  remplissent  leur  rôle,  à  ce  que  la  jambe  travaille 
et  que  l’enfant  mène  une  vie  normale,  sans  régime,  sans  hélio¬ 
thérapie,  sans  aucune  thérapeutique  autre  que  l’absorption  de 
sels  de  chaux  et  la  nourriture  abondante. 

«  Pendant  ce  temps,  les  greffes  se  développent  et  passent  en 
six  mois  des  dimensions  d’un  cure-dent  à  celles  d’une  petite  côte. 
J’ai  suivi  radiographiquement  l’évolution  de  l’ostéite  raréfiante 
peu  typique  d’ailleurs,  vu  la  faiblesse  de  l’incrustation  calcaire. 

«  Lorsque  je  constate  l’absence  de  la  sensation  des  fongosités 
et  que  le  palper  n’éveille  plus  de  douleurs  articulaires,  je  retire 
les  tuteurs  latéraux  sous-cutanés  (en  général  au  bout  de  cinq 
à  six  mois). 

«  Dix  ou  douze  jours  plus  tard,  le  malade  est  confié  à  une 
masseuse  pour  mobilisation  de  la  jointure.  Celle-ci  possède 
d’ailleurs,  dans  les  derniers  mois  du  traitement,  un  degré  de 
mobilité  déjà  assez  marqué  du  fait  de  la  diminution  de  la  con¬ 
tracture  musculaire  et  du  fait  également  que  les  greffons  latéraux 
para-articulaires,  présentent  une  certaine  malléabilité.  » 

Résultats.  —  «  Au  cours  de  cette  intervention,  on  peut  craindre 
de  [mobiliser  et  d’envoyer  coloniser  à  distance  des  bacilles  de 
Koch.  Les  expériences  de  Calmette,  Mâssol,  Berton  et  d’autres 
ont  montré  que  la  présence  du  bacille  de  Koch  en  un  point  quel¬ 
conque  de  l’organisme  ne  suffit  pas  pour  en  permettre  l’essaimage 
et  que  par  conséquent  la  loi  de  Conheim,  exacte  pour  les  injec- 


818 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


tioDS  massives  expérimentales,  est  presque  toujours,  dans  la 
pratique,  en  défaut. 

D’autre  part,  rien  ne  permet  de  penser  que  le  greffon  servira 
de  vecteur  vers  la  périphérie  aux  bacilles  venus  du  foyer  malade. 
11  est  plus  logique  de  croire  qu’il  les  détruira,  grâce  à  sa  riche 
vascularisation,  les  bacilles  se  trouvant  alors  dans  des  conditions 
locales  défavorables  au  maximum  pour  leur  vitalité. 

De  fait,  dans  aucun  de  nos  20  cas  opérés,  nous  n’avons  observé 
de  réaction  locale  ou  à  distance.  Au  contraire,  nous  avons  vu 
qu’il  se  fait  un  abondant  développement  de  tissu  adipeux  qu’à  un 
examen  rapide  on  pourrait  confondre  avec  des  fongosités,  ainsi 
que  nous  l’avons  observé.  Mais  une  palpation  plus  attentive 
montre  bien  que  ces  formations  ont  un  siège  extra-articulaire. 
Au  moment  de  la  réincision  pour  enlever  les  tuteurs,  au  cin¬ 
quième  ou  sixième  mois,  nous  avons  toujours  trouvé  les  tissus 
sains  et  vascularisés.  Nous  pensons  que  les  formations  lipo- 
mateuses  observées  chez  nos  malades  doivent  être  interprétées 
comme  une  excitation  des  fibroblastes  du  tissu  conjonctif,  qui  se 
charge  de  graisse  par  suite  du  grand  afflux  circulatoire  qui  se 
produit. 

«  Croire  que  la  petite  perforation  du  cartilage  de  conjugaison 
puisse  troubler  ce  dernier  dans  sa  fonction  et  entraver  la  crois¬ 
sance  osseuse,  c’est  n’avoir  aucune  pratique  des  résections 
atypiques,  au  cours  desquelles  on  résèque  souvent  une  petite 
portion  de  ce  cartilage,  sans  aucun  trouble  fonctionnel  ultérieur. 

«  Une  perforation  de  1/2  centimètre  au  plus  de  chaque  côté,  alors 
que  la  superficie  totale  du  cartilage  est  de  20  à  30  cent,  carrés 
pour  le  fémur  ou  le  tibia,  ne  peut  entraîner  que  des  perturbations 
sans  conséquence.  Pour  notre  part,  nous  la  croyons  totalement 
sans  influence  sur  l'ossification. 

«  Je  n’ai  jamais,  chez  aucun  de  mes  malades,  observé  la  moindre 
déviation  à  laquelle  on  puisse  attribuer  cette  cause.  Les  défor¬ 
mations  signalées  portaient  toujours  sur  des  sujets  atteints 
depuis  plusieurs  années  d’osléite-arthrite  bacillaire,  présentant 
de  l’hypertrophie  de  Volkmann  très  accentuée  avec  subluxation 
due  à  l’inégalité  des  condyles  fémoraux  ou  des  plateaux  du  tibia, 
par  suite  des  progrès  de  la  carie  osseuse.  Mais  dans  tous  les  cas 
où,  au  moment  de  l'opération,  il  existait  une  différence  entre  les 
saillies  symétriques,  celle-ci  ne  s’est  jamais  accentuée  ultérieure¬ 
ment,  même  après  cinq  années.  Nos  observations  le  prouvent.  Il 
suffit  de  comparer  entre  eux  les  cas  nos  VI  et  IV,  par  exemple. 
Dans  le  premier  il  n’existait  ni  hypertrophie  de  Volkmann,  ni 
carie  avancée.  Dans  le  second,  ces  lésions  étaient,  au  contraire, 
très  accentuées.  Depuis  l’intervention  elles  n’ont  pas  progressé. 


SÉANCK  BU  30  MAI 


On  ne  peut,  en  effet,  demander  à  la  méthode  de  faire  régresser 
l’hypertrophie,  ni  de  rétablir  les  parties  détruites.  Elle  ne  peut 
faire  plus  qu’arrêter  le  processus  destructif,  et  permettre' à  la 
lésion  de  se  cicatriser. 

«  Les  cicatrices  des  parties  molles  interarticulaires  obscur¬ 
cissent  un  peu  la  radiographie. 

«  Dans  les  cas  où  la  rotule  présente  des  lésions  avancées,  il  est 
nécessaire  d’en  pratiquer  l’exérèse,  car  notre  méthode  ne  peut 
avoir  aucune  action  sur  la  tuberculose  de  cet  os.  Mais  cette  inter¬ 
vention  complémentaire  ne  doit  se  faire  qu’après  avoir  déjà 
obtenu  une  notable  amélioration  des  lésions  du  genou. 

«  Chez  tous  mes  malades,  la  mise  en  place  des  greffons  a  été 
suivie  d’une  remarquable  euphorie  avec  amélioration  de  l’état 
général,  reprise  de  l’appétit,  recoloration  des  muqueuses,  dispa 
rition  de  la  leinte  jaunâtre  du  visage,  de  la  cachexie  tuberculeuse, 
apparition  d’un  sommeil  réparateur.  J’attribue  cette  amélioration 
au  rétablissement  rapide  d’une  circulation  active  avec  diminution 
de  la  stase  veineuse  épiphysaire,  et  augmentation  de  la  circu¬ 
lation  artérielle,  toutes  conditions  défavorables  à  révolution  de  la 
tuberculose,  et,  par  conséquent  à  la  formation  de  toxines  dans 
l’organisme.  » 

Conclusions.  —  «  En  résumé,  chez  les  20  malades  opérés  par 
notre  méthode,  nous  n’avons  enregistré  aucun  échec. 

«  Dans  tous  les  cas,  la  vitalité  des  greffons  a  été  parfaite,  leur 
croissance  progressive  et  constante.  Ils  ont,  en  un  mot,  rempli  au 
maximum  le  rôle  que  nous  cherchions  à  leur  faire  jouer. 

«  Les  résultats,  dont  certains  se  maintiennent  depuis  déjà 
cinq  ans,  ont  toujours  été  entièrement  satisfaisants  quelle  que 
soit  la  forme  anatomique  de  l’ostéo-arthrite  à  laquelle  nous  avons 
eu  affaire  :  forme  fongueuse,  caséeuse  ou  fistulisée  avec  infection 
secondaire. 

«  Dans  tous  les  cas  nos  malades  ont  conservé  une  mobilité 
relative  de  leur  articulation  qui,  dans  les  meilleurs  cas,  a  pu 
même  arriver  à  une  restauration  fonctionnelle  pratiquement 
complète.  » 

.  Je  n’ai  de  la  méthode  thérapeutique  que  je  viens  de  vous 
exposer  aucune  expérience  personnelle.  J’ai  déjà  dit  qu’aucune 
pièce  anatomique,  qu’aucun  examen  histologique  n’avait  permis, 
jusqu’ici,  de  contrôler  l’opinion  de  M.  Lavalle  sur  le  rôle  que 
notre  confrère  attribue  aux  greffons  introduits  dans  les  épiphyses 
du  fémur  et  du  tibia.  Mais  force  nous  est,  en  dehors  de  ce  point 
de  vue  scientifique  spécial,  de  considérer  les  résultats  obtenus 


820 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


par  le  procédé  des  greffes  ostéo-périostiques,  tels  que  nous  les  a 
communiqués  l’auteur,  et  nous  venons  de  voir  qu’ils  paraissent 
être  satisfaisants.  Mon  ami  J.-L.  Faure,  pendant  son  récentvoyage 
à  Buenos  Aires,  a  eu  l’occasion  de  voir  des  enfants  opérés  par 
M.  Lavalle  qui  lui  ont  paru  bien  guéris  et  avec  de  la  mobilité  des 
jointures  opérées.  Du  reste,  les  photographies  que  je  viens  de 
faire  passer  sous  vos  yeux,  et  dont  quelques-unes  concernent  des 
malades  opérés  depuis  plusieurs  années,  montrent  qu’il  existe 
non  seulement  des  guérisons  persistantes,  mais  des  guérisons 
avec  mouvements  très  étendus  dans  certains  cas.  Un  jeune  garçon, 
resté  guéri  depuis  vingt-huit  mois,  plie  la  jambe  à  angle  droit  ; 
une  fillette  est  restée  guérie  depuis  cinq  ans  et  plie  la  jambe 
presque  à  angle  droit,  etc...  Bien  entendu  nous  sommes  en  pré¬ 
sence  d’une  méthode  de  traitement  très  nouvelle  que  l’avenir  seul 
nous  permettra  de  juger  quand  des  opérations  plus  nombreuses 
auront  été  réunies. 

Je  vous  demande,  Messieurs,  de  remercier  M.  Lavalle  d’avoir 
adressé  à  la  Société  de  Chirurgie  ce  travail,  et  de  vous  souvenir 
de  son  nom  lorsque  vous  aurez  à  faire  choix  de  candidats  au  titre 
de  membre  correspondant  étranger  de  notre  Société. 

J’ajoute  à  mon  rapport  toutes  les  observations  qui  m’ont  été 
remises  par  M.  Lavalle. 

Obs.  I.  —  P.  Pullada,  cinq  ans,  Argentin,  7  juillet  1917.  Arthrite 
bacillaire,  genou  gauche. 

Antécédents  héréditaires.  —  Parents  vivants  et  bien  portanls. 

Antécédents  personnels.  —  lia  toujours  été  bien  portant. 

Maladie  actuelle.  —  Depuis  plus  d’une  année,  il  est  atteint  d’une 
claudication  de  la  jambe  gauche.  Ayant  des  douleurs  et  le  genou  étant 
gonflé,  on  le  transporta  à  différents  hôpitaux  où  on  lui  mit  des  plâtres. 

Etat  actuel. — 8  août  1917.  Enfant  bien  développé,  pannicule  normal, 
peau  brune,  couleur  palide  des  mucoses. 

A  l’inspection  des  membres  inférieurs,  nous  notons  que  la  jambe 
gauche  est  fléchie  d’un  angle  environ  170°  et  le  genou  gauche  augmenté 
de  volume  et  défoncé.  Les  mouvements  de  flexion  et  d’extension, 
actifs  comme  passifs,  sont  diminués,  faisant  une  ouverture  d’environ 
50»  à  170». 

Dimensions.  —  Circonférence  au  niveau  des  condyles  fémoraux, 
genou  droit  (sain)  :  21  cent.  1/2  ;  genou  malade  :  23  cent.  1/2.  Circonfé¬ 
rence  au-dessus  des  condyles  fémoraux,  genou  droit  :  19  cent.  1/2; 
genou  malade  :  21  cent.  1/2.  Girconférence  au  niveau  de  l’insertion 
du  ligament  rotulien,  genou  sain  :  18  centimètres  ;  genou  malade  : 
19  cent.  1/2. 

Palpation.  —  A  la  palpation  nous  notons  que  le  genou  malade  est 
plus  chaud  que  le  sain.  La  palpation  est  douloureuse  aux  deux  condyles 


SÉANCE  DU  30  A 


821 


fémoraux  qui  sont  augmentés  de  volume  ;  les  interlignes  articulaires 
sont  un  peu  effacés.  La  mobilité  de  la  rotule  est  très  diminuée. 
La  partie  supérieure  du  tibia  est  aussi  augmentée  de  volume.  On  note 
un  léger  empâtement  et  une  sensation  de  fausse  fluctuation  dans  la 
région  malade.  La  mobilité  de  la  peau  est  normale. 

Réflexes.  —  Plantaire,  patellaire,  scrotal  et  abdominal  existent. 

Poumons.  —  Normaux.  Bases  mobiles  au  niveau  de  la  11e  vertèbre 
dorsale. 

Cœur.  —  La  pointe  ne  se  voit  pas  et  se  sent  dans  le  5°  espace  ligne 
mamillaire. 

Limites.  —  Bord  supérieur  de  la  3e  côte,  lignes  mamillaites,  bord 
gauche  sternal.  Bruits  normaux.  Rythme  normal. 

Pouls.  —  Egal,  régulier,  moyen,  bradycardique. 

Foie.  —  Bord  supérieur  de  la  6e  côte,  rebord  sur  la  ligne  mamillaire. 

Raie.  —  Non  palpable. 

Abdomen.  —  Plat,  mou,  non  douloureux;  on  ne  sent  rien  d’anormal. 

Langue.  —  Rosée,  légèrement  saburrale. 

Conjonctives.  —  Rosées. 

Pupilles.  —  Rondes,  ouverture  médiane;  réagissant  bien  à  la  lumière 
et  à  l’accommodation. 

Traitement.  —  Extension  continue,  2  grammes  quotidiens  de  pom¬ 
made  mercurielle;  sels  de  chaux. 

Opération  le  1er  août  1917.  —  Greffes  osseuses.  Réunion  par  première 
intention.  On  continue  avec  l’extension. 

1er  février  1918.  —  On  ne  sent  plus  de  fongosités,  ni  douleur  sur  les 
condyles,  on  enlève. les  greffes  latérales;  9  réunions,  par  première 
intention.  Bandage  simple. 

20  février.  —  Le  petit  malade  est  remis  à  sa  famille.  Il  marche  saDS 
douleur,  en  boitant  légèrement.  On  ordonne  des  massages  sur  la 
jambe. 

Etat  actuel  (1919).  —  4  novembre.  Aspect  globuleux;  il  n’y  a  pas  de 
saillie  au-dessus  de  la  rotule  (cul-de-sac  sous-lricipital). 

Palpation.  —  Rotule,  genou  bien  appliqué  sans  choc  rotulien.  Arti¬ 
culation  non  douloureuse.  On  ne  trouve  pas  de  points  sensibles. 

Jambe  placée  sur  le  plan  de  la  table  avec  un  angle  de  170°.  Flexion 
jusqu’à  110°.  Marche  avec  difficulté,  mais  non  douloureuse. 

27  janvier  1921.  —  Articulation  libre,  rotule  bien  appliquée  sans  sen¬ 
sation  de  fluctuation.  Pas  de  choc  rotulien.  Pas  de  points  douloureux. 
Mouvements  de  flexions  augmentés  à  95°,  extension  170°.  Bon  étal 
général. 

Cet  enfant  mène  une  vie  active  depuis  août  1918. 

Septembre  1922.  —  Bon  état  général  et  local.  Pas  de  modifications 
dans  l’amplitude  des  mouvements. 

Obs.  II.  —  D.  Romero,  sept  ans,  Argentin,  6  septembre  1917.  Ostéo- 
arthrite  tuberculeuse,  genou  gauche. 

Antécédents  héréditaires.  —  Père  vivant,  bien  portant.  Mère  aussi. 
6  frères.  S  sont  bien  portants.  Un  a  des  ganglions  bacillaires  dont  on  a 

BULL.  ET  NÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CHIR.,  1923.  61 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


extrait  du  pus.  Actuellement,  on  lui  fait  des  applications  de  rayons  X; 
un  autre  frère  mourut. 

Antécédents  personnels.  —  A  l’âge  de  deux  ans,  rougeole  dont  il 
guérit  bien. 

Maladie  actuelle.  —  Dans  les  premiers  jours  de  février,  on  nota  que 
le  genou  gauche  enfla  et  gêna  la  marche.  On  ne  pouvait  le  plier  et  les 
mouvements  étaient  un  peu  douloureux.  Un  médecin  consulté  conseilla 
bains  de  soleil,  abondante  alimentation  et  bains  d’eau  salée. 

On  fit  des  applications  de  rayons  X.  Le  genou  désenfla  un  peu  après 
chaque  application,  mais  il  revint  au  même  état.  On  continua  les  appli¬ 
cations  durant  mars,  avril,  mai,  juin,  juillet,  août  :  en  un  total  de 
dix  applications.  En  septembre,  voyant  qu’il  ne  s’améliorait  pas,  il  vint 
à  l’hôpital  dans  ce  service. 

Il  a  des  sueurs  pendant  la  nuit;  son  appétit  a  été  bon  en  général  et  il 
a  toujours  bien  dormi. 

État  actuel.  ■—  Genou  gauche  augmenté  de  volume,  spécialement  du 
côté  du  condyle  interne  du  fémur  ;  circonférence  32  centimètres  côté 
malade  ;  28  centimètres  côté  sain.  Mouvements  de  flexion  diminués. 
Si  l’on  veut  augmenter  ces  mouvements,  il  souffre. 

Mouvements  d'extension  aussi  diminués  et  douloureux.  Le  genoü  tend 
à  prendre  la  position  de  plus  grande  capacité. 

A  la  pression  existent  des  points  douloureux  situés  sur  le  fémur, 
extrémité  inférieure  interne  2  centimètres  au-dessus  de  la  ligne  inter- 
articulaire  du  genou.  Tibia  douloureux  au  niveau  du  tubercule  anté¬ 
rieur  et  en  tout  le  contour  du  niveau  du  cartilage  d’accroissement. 

Il  y  auuê  déformation  du  genou,  car  sur  les  côtés  de  la  rotule 
n’existe  pas  la  dépression  caractéristique.  Au  contraire,  il  y  a  un  relief 
marqué. 

Il  y  a  une  sensation  de  fongosités  à  l’intérieur  de  l’articulation. 

Muscles.  —  Ceux  de  la  jambe  et  de  la  cuisse  gauche  sont  quelque  peu 
atrophiés. 

On  fait  l’épreuve  de  la  tuberculine  qui  donne  un  résultat  franche-: 
ment  positif. 

Légère  ascension  de  la  température  tous  les  soirs. 

En  outre,  il  y  a  un  état  d’asthénie  très  accentué.  Cœur  et. poumons 
normaux. 

Traitement.  —  On  fait  les  frictions  mercurielles  de  2  grammes.  Deux 
injections  d’extrait  de  rate.  Extension.  Sels  de  chaux.  Pas  de  modifi¬ 
cation. 

Opération.  —  S’effectua  le  8  octobre  1917.  Réunion  par  première 
intention.  On  continue  avec  l’extension. 

Extractions  des  greffes.  —  2  mai  1918.  Sort  de  la  clinique  le  20  mai. 
On  observe  une  élévation,  sur  les  côtés  du  genou  par  épaississement 
du  tissu  cellulaire  sous-cutané.  Coloration  normale;  pas  de  réseau 
veineux.  Cuisse  atrophiée;  position  sur  le  plan  de  la  table  un  angle  de 
150°;  flexion  100°.  Palpation  :  rotule  mobile,  culs-de-sac  libres.  Pas  de. 
sensation  douloureuse  à  la  palpation.  La  marche  est  indolore.  Excel¬ 
lent  état  général  de  la  nutrition. 


SÉANCE  DU  30  MAI 


823 


État  actuel.  —  24  janvier  1922. 


Gauche  malade  : 

Circonférence  de  la  cuisse  :  en  haut.  ...  37  centimètres: 

Au  milieu . 31  — 

A  la  partie  inférieure . ’ . 24  — 

Circonférence  au  niveau  de  la  rotule  ...  26  cent.  1/2 
Circonférence  de  la  jambe  :  en  haut ....  22  — 

Au  milieu . 21  centimètres. 

En  bas . 16  — 

Droite  saine  : 

Circonférence  de  la  cuisse  :  en  haut.  ...  37  centimètres. 

Au  milieu . 34  — 

En  bas . 24  — 

Circonférence  au  niveau  de  la  rotule.  ...  26  — 

Circonférence  de  la  jambe  :  en  haut.  ...  2t  cent.  1/2 

Au  milieu.  . . 23  centimètres. 

En  bas .  16  — 


Flexion  à  90°,  doul'oureüse  à  la  rotule;  exteusion  à  170°,  indolore. 
Reliefs  très  marqués  des  condyles  internes  et  du  plateau  tibial.  Culs- 
de-sac  normaux.  Peau  normale.  Atrophie  musculaire.  Pas  de  gan¬ 
glions.  Position  du  pied  en  vâlgus.  Rotule  immobile  latéralement,  suit 
la  jambe  dans  ses  mouvements.  Bon  état  de  nutrition.  Bon  appétit  et 
remue  régulièrement  son  centre. 

Obs.  III.  —  A.  Chaicovsky,  huit  ans,  Russe,  3  janvier  1918.  Ostéo- 
a>  thrite  tuberculeuse  du  genou  droit. 

Antécédents  héréditaires.  —  Père  vivant,  bien  portant.  Mère  mourut 
de  tuberculose  il  y  a  trois  ans.  Deux  frères  bien  portants. 

Antécédents  personnels.  —  Né  à  terme  et  accouchement  normal,  a  été 
bien  portant  jusqu’à  l’âge  de  quatre  ans,  date  à  laquelle  commença  la 
maladie  actuelle.. 

Maladie  actuelle.  —  Il  y  a-  quatre  ans,  pendant  ses  jeux,  il  fit  une 
chute,  se  cognant  legenou  droit. Comme  celui-ci  eDfla,  il  fut  transporté  à 
un  hôpital  les  jours  suivants.  Après  quelque  temps,  on  plâtra  la  jambe 
en  renouvelant  le  plâtre  à  différentes  reprises,  à  deux  hôpitaux.  On 
conseilla  au  père  de  l’emmener  à  la  campagne  et,  suivant  le  conseil,  il 
lui  a  fait  faire  de  l’héliothérapie  pendant  un  an  et  demi.  Depuis  son 
retour  jusqu’à  maintenant,  l’enfant  est  resté  sans  traitement  et  entra 
dans  le  service,  dans  L’état  suivant. 

État  actuel.  —  Enfant  bien  développé,  bon  squelette,  léger  pannicule 
adipeux,  peau  blanche. 

A  l’inspection  de  ses  membres  inférieurs  on  note  que  la  jambe  droite 
est  légèrement  fléchie  en  un  angle  de  170°  environ.  Le  genou  du  même 
côté  est  augmenté  de  volume  et  présente  un  réseau  veineux  très 
accentué. 

A  la  palpation  du  membre  inférieur  droit  on  remarque  :  sensation 
de  fongosités  à  la  partie  antérieure  du  genou,  des  deux  côtés  du  liga- 


824 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


ment  rotulien  ;  points  osseux  douloureux  au  niveau  de  la  partie  infé¬ 
rieure  du  condyle  fémoral  externe  et  partie  externe  et  supérieure  du 
tibia.  Épaississement  des  condyles  fémoraux. 

La  peau  est  mobile  dans  toute  l’étendue  de  l’articulation  avec  Calot 
positif.  11  y  a  une  atrophie  marquée  musculaire  de  la  cuisse  et  de  la 
jambe.  En  fléchissant  la  jambe  sur  la  cuisse,  on  perçoit  une  sensation 
de  crépitation  articulaire.  Les  mouvements  des  articulations  fémorales 
et  du  cou-de-pied  sont  normaux;  dans  celles  du  genou,  la  flexion  pro¬ 
noncée  de  la  jambe  sur  la  cuisse  est  douloureuse  et  ne  dépasse  pas 
un  angle  de  45°,  l’extension  est  incomplète,  s’arrêtant  à  170°.  La  mobi¬ 
lité  de  la  rotule  est  diminuée. 


Genou  droit  malade  : 

Circonférence  au-dessus  des  condyles  fémoraux .  . 
Circonférence  au  niveau  des  condyles  fémoraux .  . 
Circonférence  au-dessous  des  condyles  fémoraux.  . 

Genou  gauche  sain  : 

Circonférence  au-dessus  des  condyles  fémoraux  .  . 
Circonférence  au  niveau  des  condyles  fémoraux.  . 
Circonférence  au-dessous  des  condyles  fémoraux  . 


32  centimètres. 
25  cent.  1/2' 

20  centimètres. 


21  centimètres. 
23  cent.  1/2 
20  centimètres. 


Réflexes  :  plantaire,  patellaire,  scrotal  ét  abdominal  existent.  A  l’exa¬ 
men  sémiotique  général,  on  ne  constate  rien  d’anormal,  hors  de  la 
lésion  articulaire. 

On  fait  le  diagnostic-  d’ostéo-arthrite  bacillaire  du  genou  droit  et  on 
fait  de  l’extension  continue  pour  faire  reposer  l’articulation  et  vaincre 
la  rigidité  musculaire  et  articulaire. 

18  féorier.  —  Opération  sous  chloroforme  :  cicatrice  par  première 
intention.  Extension  continue.  Relèvement  rapide  de  l’état  général. 

15  juin.  —  Pas  de  sensation  douloureuse  à  la  palpation,  ni  de  fon¬ 
gosités. 

14  septembre.  —  On  relire  les  greffes  et  l’extension.  Il  reste  au  lit  avec 
bandage  simple. 

4  novembre.  —  Aspect  plat  normal  du  genou  sur  un  côté  de  la  rotule 
et  au-dessus.  Sur  le  tendon  rotulien,  légère  élévation.  Pas  de  réseau 
veineux;  coloration  normale.  Atrophie  musculaire  de  la  cuisse.  Ampli¬ 
tude  des  mouvements  :  normale  dans  les  deux  jambes.  A  la  palpation 
tout  est  norma',  sans  douleurs  ;  craquement  articulaire  dans  les  mouve¬ 
ments  passifs  et  actifs.  Force  conservée.  Marche  avec  légère  claudica¬ 
tion.  La  malade  est  remis  à  sa  famille.  On  le  voit  tous  les  trois  mois, 
toujours  bien  portant. 

Janvier  1922.  —  A  mené  une  vie  active  l’année  1918  sans  aucun  incon¬ 
vénient.  Pas  de  douleur,  articule  sans  bruits  dans  l’articulation,  ni 
dans  les  parties  osseuses.  Amplitude  de  mouvements,  normale. 


Obs.  IV.  —  Guillaume  Guerra,  trois  ans,  Argentin,  4  janvier  1919. 
Arthrite  tuberculeuse  du  genou  droit.  Abcès  froid,  articulaire.  Radio¬ 
graphie,  2  septembre  1919. 


SÉANCE  DU  30  MAI 


823 


Antécédents  héréditaires.  —  La  mère  mourut  de  tuberculose  pulmo¬ 
naire.  Deux  frères  moururent  de  la  même  affection  ;  un  de  cinq  ans, 
l’autre  de  vingt  mois.  Pas  de  frères  vivants.  La  mère  n’eut  pas  d’avor¬ 
tements. 

Antécédents  personnels.  —  Antérieurement  à  celte  maladie,  l’enfant 
était  saiD. 

Maladie  actuelle.  —  Il  y  a  huit  mois  que  le  père  remarqua  que  le 
genou  de  l’enfant  présentait  une  tuméfaction  et  que  presque  [en  même 
temps  l’enfant  commençaità  boiter,  durantla  marche,  du  membre  infé¬ 
rieur  de  ce  côté,  L’enfant  ne  se  plaignait  pas  de  douleurs  ;  il  maDgeait 
et  dormait  toujours  bien.  Comme'  l’état  de  l’enfant  ne  s’était  pas  amé¬ 
lioré,  il  vint  dans  le  service,  où  à  la  consultation  externe  on  le  traite 
avec  des  bandages. 

Etat  actuel,  16  mai  1919.  —  Enfant  bien  développé.^  Pannicule  adipeux 
normal.  Muqueuses  pâles,  peau  blanche.  Crâne  régulièrement  conformé. 
Pupil'es  égales,  réagissant  normalement.  Dents  très  bien  plantées  et 
en  parfait  état  de  conservation.  Cou  cylindrique.  On  palpe  des  ganglions. 

Thorax.  —  Bien  constitué,  hypersonorité.  Bases  mobiles.  Pas  de 
bruits  surajoutés  dans  le  côté  gauche,  frottements  pleuraux. 

Cœur.  —  Limites  normales.  Pas  de  bruits  pathologiques. 

Abdomen.  —  Globuleux,  indolore. 

Rate  et  foie.  —  Limites  normales. 

Membres  [supérieurs  normaux.  —  Membres  inférieurs  légèrement 
augmentés  du  côté  sain  (gauche).  La  jambe  droite,  apparemment 
allongée,  se  trouve  placée  en  légère  flexion.  Dans  la  région  inguinale 
existe  une  polyadénite.  Muscles  de  la  cuisse  droite  atrophiés.  Genou 
droit  déformé  augmenté  de  volume.  Plus  globuleuse  que  la  saine.  Peau 
non  modifiée  ;  pas  de  chaleur  locale.  La  palpation  n’est  pas  doulou¬ 
reuse.  En  comprimant  fortement  on  observe  des  points  douloureux  à 
l’extrémité  interne  du  tibia  et  aux  deux  condyles  fémoraux.  La  syno¬ 
viale  se  trouve  distendue.  Pas  de  choc  rotulien.  La  palpation  des  culs- 
de-sac  synoviaux  donne  une  sensation  spéciale  d’empâtement  et  de 
fausse  fluctuation. 

Cuti-réaction  franchement  positive. 

Traitement.  On  l’a  traité  avec  plâtre  depuis  le  10  janvier  1919,  en 
même  temps  que  héliothérapie  et  traitement  général  de  recalcification. 
9  juillet  1919.  Chloroforme.  Opération  de  greffes.  Extension  continue; 
28  octobre  1919.  On  constate  une  atrophie  des  muscles  de  la  jambe  bien 
marquée.  L’articulation  est  augmentée  de  volume,  non  douloureuse  ;  les 
greffes  se  sentent  très  grossies,  on  ne  note  pas  de  liquide,  mais  les  culs- 
de-sac  sont  occupés  par  une  substance  ferme,  paraissant  de  tissu 
adipèux.  On  conseille  des  sels  de  chaux  et  sirop  iodo-tannique.  Le 
malade  est  levé  tout  le  jour. 

20  mars  1920.  —  Excellent  état  général.  Coloration  des  muqueuses, 
rouge.  Suffisance  de  pannicule  adipeux.  On  n’observe  pas  de  liquide 
interarticulaire,  surtout  marquée  à  la  partie  inféiieure  gauche  de  la 
rotule;  tiges  osseuses  grosses' de  la  taille  d’une  côte;  mobilité  spontanée 
non  douloureuse  depuis  l’extension  complète  à  la  flexion  eu  angle 


826 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


droit.  A  la  pression,  les  condyles  fémoraux  sont  peu  douloureux.  Tibia 
complètement  indolore. 

.  7  février.  --  On  retire  les.  greffes  en  faisant  deux  incisions  longitudi¬ 
nales  sur  les  côtés  de  la  rotule.  Les  greffes  se  trouvent  très  grossies. 

16  février.  —  On  retire  les  points.  Le  20  février,  le  malade  se  lève. 
On  ne  constate  pas  de  liquide  interarticulaire.  Culs-de-sac  libres.  Mobi¬ 
lité  d’extension  ou  de  flexion  90°.  Boite  en  marchant.  Bon  état  général. 

1er  mars  1920.  —  On  lui  donne  son  exeat  pour  reprendre  une  vie 
active,  sans  aucun  régime. 


6  janvier  1922. 

DROITE  MALADE 

Au  point  correspondant.  48  centimètres 

—  —  29  — 

—  19  cent.  1/2 

—  —  18  cçnt.  t  /2 

—  —  21  centimètres. 

•  -  19  •  — 

—  17'  .  — 

—  —  13  .  — 

Enfant  très  bien  nourri.  A  l’examén  somatique  général,  on  ne  con¬ 
state  rien  d’anormal,  hors  de  la  lésion  articulaire.  Jouit  d’un  excellent 
appétit  et  sans  constipation. 

Membre  en  position  vicieuse  par  . la  subluxation  qui  existait  dès  le 
début  de  l’entrée  à  l’hôpital.  Cela  nécessitera  une  ostéotomie. 

Obs.  V.  —  Charlotte  Simone,  treize  ans,  Argentine,  17  mai  1919. 
Arthrite  bacillaire. 

Opérations.  —  Greffes  osseuses.  Réunion  par  première  intention. 
Radiographie,  9  septembre  1919. 

Antécédents  héréditaires.  —  Parents  vivants  et  sains,  neuf  frères 
bien  portants.  ■ 

Antécédents  personnels.  —  Ne  se  souvient  pas  avoir  été  malade  à  part 
quelques  rhumes. 

Maladie  actuelle.  —  Il  y  a  approximativement  six  ans  qu’elle  fit  une 
'chute  à  la  suite  de  laquelle  elle  s’aperçut  dans  les  mois  suivants  que 
son  genou  augmentait  de  volume  et  la  douleur  s’exacerbait  par  les 
fatigues  de  la  marche  et  par  la  compression. 

Entrée  à  un  hôpital  d’enfants  où  elle  resta  pendant  un  an  et  trois 
mois;  on  la  traita  par  des  injections  dans  le  genou.  Repos  et  héliothé¬ 
rapie.  La  malade  dit  qu’elle  ne  fut  améliorée  en  rien. 

Etat  actuel,  16  mai  1919.  —  Peu  de  pannicule  adipeux.  Muqueuses 
pâles;  crâne  normal.  Pupilles  égales  et  réagissant  bien.  Bouche: 
dents  bien  implantées,  mal  conservées.  Langue  humide;  Cou  dégagé, 
cylindrique.  On  sent  quelques  petits  ganglions  à  la  palpation.  On 
n’observe  pas  de  battements. 

Thorax.  Poumons.  —  V  +  —  R  -f  S'  —  dans  les  deux  sommets. 
Expiration  prolongée.  On  n’entend  pas  de  bruits  surajoutés. 


.  GAUCHE  SAINE 

Longueur.  .  .  53  cent.  1/2 

Circonférence.  28  centimètres. 
Circonférence.  26"  — 

Circonférence.  19  cent.  1/2 
Circonférence.  21  centimètres. 
Circonférence.  19  — 

Circonférence.  19  — 

Circonférence.  14  — 


SÉANCE  DU  30  MAI 


827 


Cœur  normal. 

Abdomen  plat,  dépressibie,  indolent.  On  ne  palpe  ni  pâte,  ni  foie. 

Réflexes  normaux. 

Membres  supérieurs.  —  On  ne  palpe  pas  de  ganglions  axillaires. 
Reste  normal. 

Membres  inférieurs., —  La  jambe  droite  se  trouve  en  extension.  Les 
mouvements  dans  l’articulation  du  genou  sont  très  limités.  Il  y  a  une 
atrophie  musculaire  de  la  cuisse.  Genou  globuleux  augmenté  de 
volume,  complètement  indolore,  sauf  à  de  très  fortes  pressions  la 
malade  accuse  un  point  douloureux  dans  le  plateau  tibial  interne.  La 
synoviale  se  trouve  énormément  distendue:  Pas  de  choc  rotulien.  La 
palpation  donne  la  sensation  de  fongosités  qui  se  dénotent  par  une 
fausse  fluctuation. 

Wassermann  négatif.  Cuti-réaction  à  la  tuberculine  positive. 

Traitement  opératoire.  —  On  intervient  le  2  juillet  1919  selon 
là  technique  habituelle.  Réunion  par^  première  intention:  A  la 
fin  de  décembre  1919,  on  procède  à  l’extraction  des  tuteurs  laté- 

L’état  de  la  malade  ne  peut  pas  être  meilleur.  Locàlement  a  disparu 
du  genou  toute  sensation  de  fausse  fluctuation.  On  commence  la 
mobilisation  et  la  malade  péut  sortir  à  la  fin  de  janvier  1920,  avec 
l’ordre  de  revenir  à  la  consultation  externe,  pour  massages. 

Etat  actuel,  24  janvier  1922.  —  Enfant,  bien  développée.  Bon  sque¬ 
lette  et  bonne  musculature.  Bon  pannicule.  Rien  d’anormal  à  l’examen 
général.  Cette  enfant  continuait  une  vie  active  propre  à  son  âge 
depuis  mars  1920. 

Membre  gauche  :  Aspect,  très  peu  d’atrophie  des  muscles  de  la  cuisse 
et  de  la  jambe.  Cicatrices  des  12e  longitudinales  de  chaque  côté  externe 
et  interne  du  genou  gauche.  Genou  déformé.  Peau  lisse.  Pas  de  réseau 
veineux.  Palpation  :  pas  de  ganglions,  pas  de  CalôT.  Peu  d’atrophie 
musculaire  de  la  cuisse  et  de  la  jambe.  Rotule  déplaçable  et  appliquée 
au  fémur.  A  la  palpation,  articulation  indolore  et' libre.  Extension 
normale,  flexion  limitée  à  90°. 

'  Obs.  VI.  —  Donato  Capobianco,  neuf  ans,  Argentin,  6  mai  1920. 
Ostéo -arthrite  tuberculeuse,  genou  gauche. 

Traitement.  —  Opération  ;  greffes  osseuses. 

Antécédents  héréditaires.  —  Parents  vivants  et  .  bien  portants. 
Quatre  frères  sains  aussi. 

Antécédents  personnels.  —  Mahdie  actuelle  :  à  la  suite  d’un  coup,  il 
ne  pouvait  plus  marcher,  il  avait  une  sensation  de  faiblesse  dans  la 
jambe.  Après  huit  mois  de  divers  traitements  et  repos  la  famille 
décida  de  l’amener  à  ce  service. 

Enfant  en  bon  état  de  nutrition  ;  on  ne  sent  pas  de  ganglions. 

Thorax.  —  Diamètres  normaux;  respiration  costo-abdominale  à 
prédominance  costale. 

i  Poumons.  —  Percussion,  palpation,  respiration,  normales. 

Cœur.  —  La  pointe  ne  se  voit,  ni  ne  se  sent.  Se  limite  à  un  travers 


828 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


de  doigt  en  dedans  du  mamelon  et  dans  le  4e  espace  sur  la  ligne 
médiastinale  ;  3°  côte. 

Abdomen.  —  Mou,  non  douloureux,  dépressible. 

Foie.  —  Bord  supérieur  à  la  5e  côte  ;  rebord  costal. 

Rate.  —  Ne  se  palpe,  ni  ne  se  percute. 

Bouche.  —  Dents  en  bon  état.  Langue  propre.  Pupilles  réagissant 
bien  à  la  lumière  et  à  l’accommodation.  Egales. 

Genou  gauche  : 

Au  niveau  de  la  rotule 

Au  niveau  de  la  rotule 
Genou  droit  : 

Au  niveau  de  la  rotule . 27  centimètres. 

Au  niveau  de  la  rotule . 27  — 

La  flexion  naturelle  du  genou  gauche  n’est  pas  douloureuse,  mais 
elle  l’est  légèrement  à  la  force. 

A  l’examen,  on  note  une  atrophie  de  la  cuisse.  Un  pli  de  tissu  grais¬ 
seux  sous-cutané  est  plus  dur  et  légèrement  plus  gros  que  celui  du 
côté  sain. 

Genou.  —  Il  y  a  une  distension  du  tout  et  surtout  du  cul-de-sac 
antérieur.  On  observe  une  sensalion  de  fongosités.  Pas  de  choc  rotu- 
Üen.  Les  uniques  points  douloureux  qui  s’observent  actuellement  sont 
à  la  face  interne  de  l’épiphyse  tibiale,  sur  le  condyle  externe  du 
fémur. 

Wassermann  négatif:  Cuti-réaction  positive. 

Traitement  mercuriel  d’épreuve. 

Héliothérapie,  repos,  sels  de  chaux;  comme  il  n’y  a  pas  d’améliora¬ 
tion,  traitement  sanglant. 

15  juillet  1920.  —  Chloroforme.  Opération  de  greffes.  Réunion  par 
première  intention.  Évolution  normale  avec  grande  amélioration  rapide, 
générale  et  locale. 

20  septembre  1920.  —  Se  lève  et  continue  avec  les  sels  de  chaux. 

8  mai  1921.  —  Disparition  totale  des  fongosités  et  douleur.  A  toujours 
marché  depuis  qu’il  est  sorti  et  a  mené  la  vie  normale  du  collège, 
sans  plus  grands  ennuis  locaux  que  ceux  de  ne  fléchir  que  peu  son 
genou  malade.  Opération,  chloroforme.  On  enlève  la  cicatrice  cutanée 
des  deux  côtés;  on  enlève  les  tuteurs  latéraux  qui  sont  très  forts  et 
développés  à  la  taille  des  deux  petits  côtés  ;  on  suture  la  peau  avec 
crin.  On  lui  donne  son  exeat  quinze  jours  après. 

2  août  1921.  —  Retourne  à  cette  date  et,  examinant  son  genou,  on 
trouve  de  la  taille  normale  sans  distension  des  culs-de-sac;  il  n’y  a 
pas  de  douleur,  ni  spontanée,  ni  provoquée  en  aucun  point. 

L’enfant  joue,  court  et  remue  son  genou  normalement. 

Juillet  1922.  —  L’état  normal  continue. 

Obs.  VII.  —  Gherman  Rebecca,  six  ans,  Russe,  26  août  1920.  Ostéo- 
arthrite  tuberculeuse  fistulisée  et  infectée  secondairement.  Genou 
droit. 


27  centimètres. 


SÉANCE  DU  30  MAI 


829 


Traitement  opératoire.  Greffes  osseuses. 

Antécédents  héréditaires.  —  Parents  vivants  et  bien  portanls.  Fille 
unique.  Pas  d’avortements. 

Antécédents  personnels.  —  Il  y  a  deux  ans  approximativement,  com¬ 
mença  à  se  faire  traiter  à  l’hôpital  dfs  Enfants,  avec  injections  modi¬ 
ficatrices  et  bandages.  Entre  dans  le  service  pour  amputation  de  la 
cuisse. 

Maladie  actuelle  :  31  août  1920.  Enfant  cachectique.  Squelette  faible, 
bien  musclé,  excessif  pannicule  adipeux.  On  sent  des  ganglions  ingui¬ 
naux  petits.  A  l’examen  sémiotique  :  sujet  normal. 

Membre  inférieur  gauche  :  Aspect  normal. 

Membre  inférieur  droit  :  Cuisse  atrophiée;  genou  déformé  avec  dispa¬ 
rition  des  reliefs  normaux  ;  présente  deux  fistules  sur  le  côté  antéro- 
interne,  l’une  dessus  et  l’autre  dessous  l’interligne  articulaire  qui 
donnent  sortie  à  une  grande  quantité  de  pus  tuberculeux  infecté  ; 
jambe  atrophiée,- pied  en  équinisme  et  rotation  interne. 

Membre  inférieur  gauche  : 

Jeu  normal  des  articulations,  longueur  .  . 

Circonférence  à  la  moitié  de  la  cuisse  .  . 

Circonférence  au-dessus  des  condyles  .  .  . 

Circonférence  à  la  moitié  de  la  jambe.  .  . 

Membre  inférieur  droit  : 

Ankylosé  du  genou,  rigidité  -de  l’articulation 
du  cou-de-pied.  Longueur . 

Circonférence  à  la  moitié  de  la  cuisse  .  .  . 

Circonférence  au-dessus  des  condyles  .  .  . 

Circonférence  à  la  moitié  de  la  jambe  .  . 

Membre  inférieur  gauche  :  Pli  cutatfé  normal,  au-dessus  du  genou. 

Membre  inférieur  droit  :  Pli  cutané  très  grossi. 

25  août.  —  On  fait  une  cuti-réaction  positive. 

28  août.  —  Wassermann  négatif. 

2  décembre  1920.  —  Dans  uue  opération,  on  extrait  d’un  des  orifices 
fistuleux  un  séquestre  osseux  de  8  à  10  millimètres  (1). 

18  mai  1921.  —  Opération  des  greffes,  devant  le  professeur  Léotta  de 
Roma.  Essayant  de  s’éloigner  latéralement  de  la  rotule  le  plus  possible, 
puisque  les  fistules  sont  presque  sur  le  bord.  A  la  suite  de  l’opération, 
l’état  général  s’améliore  rapidement.  Les  fistules  coulent  de  moins  en 
moins,  maison  ne  peut  pas  éviter  qu’un  des  points  de  suture  s'infecte 
et  la  greffe,  quoique  découverte,  ne  souffrit  pas  et  la  blessure,  en  ce 
seul  point  ne  ferma  pas  par  première  intention.  Les  fistules  se 
fermèrent  dans  le  mois  suivant  à  l’opération  sans  aucun  traitement 
local. 

20  novembre  1921.  —  Anesthésie  au  chloroforme.  On  extirpe  le  tissu 
cellulaire,  et  la  peau  de  la  cicatrice.  On  enlève  les  tuteurs  latéraux. 
Excellent  état  général  et  local  sans  douleurs  ni  sensation  de  fongosités. 


45  centimètres. 


45  centimètres. 


(1)  Repos.  Héliothérapie.  Traitement  mercuriel. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Sortie  et  mène  une  vie  active  sans  aucun  régime;  boile  assez  en 
marchant. 

Etat  actuel  (24  janvier  1922).  —  Aspect  :  membre  inférieur  droit, 
apparemment  plus  long  de  quelque  2  centimètres  que  le  gauche,  mais 
les  épines  iliaques  ne  se  trouvent  pas  au  même  niveau,  la  droite  est 
de  quelque  2  centimètres  plus  descendue  que  la  gauche. 

On  remarque  une  atrophie  musculaire  de  la  cuisse  et  de  la  jambe. 
Le  membre  repose  sur  la  table  par  le  talon  seulement,  car  la  cuisse 
forme  avec  la  jambe  un  angle  de  170°.  Peau,  depuis  la  moitié  inférieure 
de  la  cuisse  jusqu’au  cou-de-pied,  fortement  pigmentée. 

Au  niveau  du  genou,  on  observe  deux  cicatrices  opératoires  de 
quelque  12  centimètres  de  long,  situées  longitudinalement  à  la  face 
externe  et  interne  et  les  cicatrices  laissées:  par  deux  fistules,  une  au1 
cul-de-sac  supérieur  et  interne  et  l’autre  dans  le  côté  inférieur  et 
interne.  Le  genou  est  déformé;  les  culs-dë-sac  globuleux  et  le  condyle 
fémoral  interne-  agrandi. 

Palpation.  —  Pas  de  ganglions,  pas  de  Calot  ;  atrophie  musculaire, 
mouvements  du  cou-de-pied  normaux.  Genou  ankylosé  à  170°,  quand 
on  essaie  de  diminuer  ladite  flexion,  la  malade  n’acciise  aucune 
douleur,  mais  quand  on  essaie  de  l’augmenter,  elle  dit  sentir  une 
douleur  dans  la  jambe.  Rotule  fixe;  culs-de-sac  :  les  internes  sont 
occupés  par  les  cicatrices  décrites,  qui  se  fixent  à  l’os,  les  externes 
donnent  la  sensation  d’être  occupés  par  la  graisse.  Le  condyle  fémoral 
interne  est  augmenté.  On  ne  trouve  aucun  point  douloureux. 

Pas  de  réseau  veiueui.  ' 

Marche.  La  marche  sè  fait  en  boitant  et  avec  le  genou  en  ankylosé 
fibreuse  et  légèrement  fléchie. 

Mesures  : 

GAUCHE  SAINE  ;  DROITE  MALADE  I 

Longueur . 38  cent.  1/2.  ‘  Longueur . 37  centimètres. 

50=C.I.  A. S.  4  MI.  34  centimètres.  Longueur . 34  cent,  f/2 

Si— C:l.  A. S.  à  ME.  27  cent.  1/2-  51=E1.  A.S.  à  MI.  26  centimètres. 

26 -centimètres.  51=E.l.  A.S.  à  ME.  26  — 

23  —  22  cent.  1/2 

25  —  22  centimètres. 

17  —  15  — 

Les  différences  de  longueur  s’interprètent  non  par  l’allongement, 
mais  sont  dues  à  la  convexité  vers  le  dedans  que  fait  le  genou  malade. 

Enfant  bien  développée  et  très  bien  nourrie.  On  palpe  des  ganglions. 
On  ne  note  à  l'examen  sémiotique  rien  d’anormal,  hors  de  la  lésion 
articulaire. 

Octobre  1922.  —  A  mené  durant  tout  ce  temps  une  vie  active  avec  un 
état  générai  aussi  bon  que  possible  et  bon  état  localement.  Elle  se 
plaint  depuis  quelques  jours  de  douleurs  en.  son  genou  droit  et  Une 
des  fistules  s’est  à  nouveau  ouverte  après  avoir  été  fermée  pendant  tin 
an  et  demi.  Le  trajet  fistuleux  va  vers  la  rotule.  Radiographiquement, 
on  voit  la  rotule  très  intéressée  par  le  processus  tuberculeux  et  très 


SÉANCE  DU  30  MAI 


831 


décalcifiée.  On  la  reprend  pour  la  traiter  et  comme  la  rotule  ne  béné¬ 
ficie  pas  des  greffes,  il  conviendra,  dans  les  cas  où  elle  est  intéressée,, 
de  la  réséquer  une  fois  que  les  greffes  auront  diminué  la  lésion  arti¬ 
culaire  dépendant  du  fémur  et  du  tibia. 

Obs.  VIII.  —  Abelardo.  Rodriguez,  sept  ans,  Argentin,  21  sep¬ 
tembre  1920.  Arthrite  tuberculeuse  du  genou  gauche. 

Antécédents  héréditaires.  —  Parents  vivants  et  bien  portants. 

Antécédents  personnels.  —  Refroidissement,  coqueluche  il  y  a  un 
mois.  Dans  ses  premières  années  on  ne  trouve  rien  d’important.  Peu 
d’appétit,  dort  bien. 

Maladie  actuelle.  —  Sans  avoir  rien  observé  d’antérieur,  il  y  a  un  an, 
souffrit  d’un  coup  dans  le  genou  gauche,  pendant  qu’il  courait;  en  peu 
de  jours,  son  genou  commença  à  augmenter  de  volume  jusqu’à  acquérir 
en  trois  mois  les  dimensions  actuelles. 

Etat  actuel,  28  septembre  1920.  —  Enfant  en  bon  état  général.  Bon 
squelette,  bonne  musculature,  normal  pannicule  adipeux.  On  palpa 
des  ganglions  inguinaux;  pupilles  réagissant  bien. 

A  l’examen  sémiotique  général  :  poumons  :  base  en  10e.  vertèbre  dor¬ 
sale.  Résonance  de  la  voix  normale.  Respiration  :  on  entend  des  sibi¬ 
lances  dans  toute  l’étendue  des  deux  poumons. 

Coeur.  —  Aire  cardiaque  normale,  bruits  normaux. 

Abdomen.  —  Mou,  dépressible,  non  douloureux.  Sonorité  normale 
à  la  percussion. 

Foie.  —  Bord  supérieur  5e  côte,  rebord  costal. 

Rate.  —  Ne  se  sent  pas  à  la  palpation. 


Membre  inférieur  gauche  : 

Longueur . ■.  .  52  centimètres. 

Circonférence  au  milieu  de  la  cuisse  ...  27  — 

Circonférence  au-dessus  de  la  rotule  ...  24  cent.  1/2 
Circonférence  au  niveau  de  l’articulation  .  26  centimètres. 
Circonférence  au-dessous  de  l’articulation  .22  — 

Circonférence  à  la  partie  moyenne  de  la  . 
jambe  . . 29  — 

Membre  inférieur  droit  : 

Longueur . 51  cent.  1/2 

Circonférence  au  milieu  de  la  cuisse  .  .  .  30  centimètres. 
Circonférence  au-dessus  de  la  rotule.  .  .  .  24  cent.  1/2 
Circonférence  au  niveau  de  l’articulation  .  25  centimètres. 

Circonférence  au-dessous  de  l’articulation.  22  — 

Circonférence  à  la  partie  moyenne  de  la 
jambe . 21  — 


Mobilité  et  aspect  normal  du  membre  droit.  A  l’inspection  du 
membre  inférieur  gauche,  visible  atrophie  de  la  cuisse  et  distension 
des  cals.-de-sac  latéraux  de  la  rotule.  A  la  palpation  empâtement;  on 
trouve  la  mobilité  relative  de  la  rotule  et  la  flexion  est  limitée  jusqu’à 


832 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


l’angle  droit.  Signe  de  Calot  positif.  Traitement  préparatoire  pour 
greffes.  Frictions  mercurielles  après  les  sels  de  chaux  et  extension 
continue. 

6  mai  1921.  —  Opération.  Greffes  osseuses.  Réunion  par  première 
intention. 

24  septembre  1921.  —  Sort  de  l'hôpital,  le  poids  ayant  augmenté  et 
en  excellent  état  général. 

b  octobre  1921.  —  On  enlève,  les  greffes  ostéopériostiques  et  on 
constate  la  disparition  de  la  douleur  et  des  fongosités. 

21  octobre  1921.  —  Traitement  par  massages. 

Etat  actuel,  24  janvier  1922.  Membre  gauche.  —  Atrophie  musculaire 
de  la  cuisse  et  de  la  jambe.  Cicatrices  longitudinales  de  12  centimètres 
des  côtés  interne  et  externe  du  genou.  Genou  globuleux. 

Palpation.  —  Atrophie  musculaire  :  pas  de  Calot. 

Genou.  —  Pas  de  choc  rotulien.  La  rotule  se  déplace  latéralement 
avec  peu  de  difficulté.  On  ne  rencontre  pas  de  point  douloureux  à  la 
pression.  L’extension  de  la  jambe  sur  la  cuisse  se  fait  bien,  mais  la 
flexion  reste  limitée  à  un  angle  de  100°. 


Circonférence .  29  — 


GAUCHE  MALADE 


Au  point  correspondant.  56  centimètres. 


Circonférence.  21  cent.  1/2 
Circonférence.  21  centimètres. 
Circonférence.  16  — 


Enfant  a  un  bon  développement  squelettique.  Peu  de  musculature  et 
peu  de  pannicule  adipeux.  Dents  mal  conservées.  Appétit  variable;  un 
peu  constipé.  A  l’examen  clinique  on  ne  constate  rien  de  pathologique. 

Marche.  —  Boite  légèrement  du  membre  inférieur. 

Obs.  IX.  —  Louis  Perez,  cinq  ans,  Argentin,  9  avril  1921.  Ostéo- 
arthrite  tuberculeuse  du  genou  droit. 

Antécédents  personnels  et  héréditaires.  —  Sans  importance. 

Etat  actuel.  —  Il  y  a  trois  mois,  il  se  donna  un  coup  dans  le  genou 
droit.  Peu  à  peu  ladite  articulation  boite  et  se  déforme,  raison  pour 
laquelle  se  décide  à  consulter,  12  avril  1921  :  enfant  bien  développé,  en 
bon  état  de  nutrition.  On  palpe  lès  ganglions  sous-maxillaires.  A 
l’examen  somatique  général  on  ne  cons'ate  rien  d’anormal  hors  de  la 
lésion  articulaire. 

Membre  inférieur  gauche.  —  Aspect  musclé  et  mobilité  articulaire 
normale. 

Membre  inférieur  droit.  —  Aspect  :  atrophie  musculaire  marquée  de 
la  cuisse  et  de  la  jambe.  Membre  en  extension  incomplète  se  reposant 
dans  le  plan  du  lit,  seulement  par  les  points  extrêmes  :  articulation 
du  genou  déformé,  avec  culs-de-sac  très  globuleux. 


SÉANCE  DO  30  MAI 


833 


Palpation.  —  Confirme  l’atrophie  musculaire;  on  ne  palpe  pas  les 
ganglions.  Au  niveau  du  genou,  on  constate  que  la  distension  des 
culs-de-sac  est  due  à  des  fongosités  et  on  trouve  un  point  douloureux 
à  la  pression  du  condyle  tibial  externe  et  à  la  pression  des  culs-de- 
sac.  Flexion  de  la  jambe  sur  la  cuisse  limitée  à  140°.  Mesure  des  deux 
membres. 


Droit  : 

E.I.A.S.  à  malléole  T.l .  49  centimètres. 

Circonférence  de  la  cuisse . 2Î  — 

Circonférence  du  genou . 24  — 

Circonférence  de  la  jambe . 47  cent,  4/2 

Gauche  : 

E.I.A.S  à  malléole  T.l .  49  centimètres. 

Circonférence  de  la  cuisse . 23  — 

Circonférence  du  genou . 2t  cent.  4/2 

Circonférence  de  la  jambe. . 48  centimètres. 


On  le  met  dans  l’extension  continue.  Voir  radiographies  du  27  avril 
1921.  Anesthésie  générale.  On  place  les  greffes  des  deux  côtés  du  genou, 
extrayant  les  greffes  du  bord  antérieur  du  tibia. 

On  place  le  membre  en  extension  continue. 

5  octobre  192t.  —  On  extrait  les  greffes  ostéo-périostiques  et  oo 
ordonne  massages  et  mobilisation  parce  qu’il  n’a  pas  de  douleurs  ni 
de  fongosités  au  genou. 

10  octobre  4921.  —  Comme  il  présente  une  subluxation  du  genou  on 
le  réduit  sous  anesthésie  et  on  place  un  bandage  pour  la  contenir. 
Opération  du  phimosis. 

Etat  actuel,  17  janvier  1922.  —  Enfant  bien  développé  et  nourri.  Il 
n’apparaît  rien  d'anormal  à  l’examen  clinique  des  appareils. 

Membres  inférieurs.  —  Il  y  a  une  claudication  du  membre  inférieur 
droit.  Il  dit  n’éprouver  aucune  douleur. 

Aspect.  —  Membre  avec  musculature  atrophiée.  Palpation  :  on  ne 
palpe  pas  les  ganglions;  on  confirme  l’atrophie  musculaire. 

Pas  d’infiltration  du  tissu  cellulaire  et  de  la  peau.  Le  sac  ne  donne 
pas  de  sensation  anormale. 

La  pression  ne  provoque  pas  de  douleur.  Flexion  jusqu’à  90°. 


26  centimètres. 
22  — 

21  — 

17  cent.  1/2 
17  centimètres. 
12  cent.  1/2 


Au  point  correspondant  :  26  cent.  1/4 

—  —  24  centimètres. 

—  —  20  — 

—  —  19  — 

—  19  — 

—  —  13  — 


Obs.  X.  —  Alfred  Sembum,  cinq  ans,  Argentin,  19  avril  1922. 
Arthrite  tuberculeuse  du  genou  gauche. 


834 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Antécédents  héréditaires.  —  Parents  vivants  et  bien  portants.  La  mère 
n’a  pas  eu  d’avortements  et  a  eu  trois  enfants  sains  et  normaux. 

Antécédents  personnels.  —  Depuis  un  an  et  demi  le  genou  gauche 
boite  et  est  déformé  ;  pour  cela,  il  fut  transporté  à  l’hôpital  des  Enfants- 
Malades;  on  le  traite  avec  repos  et  héliothérapie  sans  résultat. 

Etat  actuel,  19  avril  1922.  —  Enfant  de  développement  et  organisme 
normaux,  sauf  les  muqueuses  labiales  pâles. 

Membre  inférieur  gauche.  —  Cuisse  avec  atrophie  musculaire  et  pan- 
nicule  adipeux  épais.  Genou  en  forme  globuleuse,  les  saillies  osseuses 
effacées,  avec  le  cul-de-sac  et  les  ailes  de  la  rotule  distendués.  On  palpe 
des  fongosités  dans  tous  ces  endroits.  Sensation  douloureuse  généra¬ 
lisée  sans  point  douloureux  plus  marqué.  La  température  est  la  même 
que  celle  du  côté  opposé. 

Contracture  musculaire  très  accentuée.  Dans  la  région  inguinale  des 
deux  côtés  on  palpe  de  nombreux  ganglions  avec  prédominance  au  côté 
gauche. 

Wassermann  négatif. 

Cuti-réaction  à  la  tuberculine  positive. 

19  avril.  —  Traitement  en  extension  de  la  jambe  avec  légers  poids. 
Sels  de  chaux.  Il  y  a  un  an,  on  lui  fit  un  traitement  de  frictions  mer¬ 
curielles  d’épreuve  sans  résultat. 

Opération  de  greffes  avec  anesthésie  au  chloroforme  le  24  avril. 
Réunion  par  première  intention.  L’état  général  se  relève  avec  colora¬ 
tion  rouge  des  muqueuses  et  appétit. 

25  mai.  —  Est  remis  à  sa  famille  avec  l’ordre  de  le  laisser  marcher 
et  jouer  comme  tous  les  enfants  de  son  âge. 

27  septembre.  —  On  lui  retire  les  greffes  tuteurs  latéraux  après  avoir 
vérifié  l’absence  de  fongosités  et  de  douleur  articulaire. 

1 4  novembre.  —  On  lui  donne  son  exeat  avec  l’ordre  de  le  ramener  à 
la  consultation  externe  pour  faire  des  massages  afin  de  rendre  plus 
simple  la  mobilité  articulaire. 

M.  Ombrédanne.  —  La  communication  de  M.  Lavalle  est  certai¬ 
nement  troublante. 

J’ai  peu  à  peu  acquis  la  conviction  que  c’est  l’anémie  locale, 
artificiellement  provoquée,  qui  donnait  les  meilleurs  résultats 
en  matière  de  tuberculose  ostéo-arliculaire  :  ainsi  agissent  la 
compression  ouatée,  l’élévation  du  membre;  et  j’ai  vu  par  contre 
la  congestion  provoquée, la  méthode  de  Bier  par  exemple,  donner 
des  résultats  franchement  mauvais. 

D’autre  part,  l’affirmation  qu’on  peut  impunément  chez  un 
enfant  réséquer  une  partie  notable  d’un  cartilage  de  conjugaison, 
me  fait  craindre  un  retour  à  l’époque  où  furent  largement  exé¬ 
cutées  des  résections  articulaires  pour  tuberculose;  et  nous  avons 
vu  les  désastres  qui  en  sont  résultés  :  il  est  vrai  que  M.  Lavalle  ne 
pratique  dans  le  cartilage  conjugal  que  de  petits  orifices. 

Je  me  demande  si  le  rabattement  périostique  n’agit  pas  en  pro- 


SÉANCE  DU  30  MAI 


835 


voquant  une  sorte  d’arthrodèse  périphérique  :  Albee,  puis  Nové- 
Josseraud  ont,  dans  le  même  but,  bloqué  directement  les  tumeurs 
blanches  par  enchevillement. 

En  outre  M.  Lavalle  conseille  le  massage  et  la  mobilisation 
de  l’articulation  tuberculeuse,  ce  qui  encore  n’est  pas  sans  sur¬ 
prendre,  la  mobilisation  des  articulations  tuberculeuses  m’ayant 
toujours  jusqu’ici  paru  devoir  être  déconseillée. 

M.  Raymond  Grégoire.  —  Les  observations  que  nous  soumet 
M.  R.  Lavalle  sont  tout  à  fait  remarquables  et  je  n’aurai  garde  de 
critiquer  ni  la  technique,  ni  les  résultats.  Je  ne  désire  envisager 
qu’un  point  de  vue,  tout  à  fait  théorique,  qui  est  celui  de  la  con¬ 
ception  même  de  l’opération  de  M.  R.  Lavalle. 

Si  j’ai  bien  compris  le  rapporteur,  l’implantation  de  greffons 
osseux  dans  les  épiphyses  en  voie  de  tuberculisation  aurait  pour 
but  de  produire  une  hypervascularisation  de  ces  épiphyses, 
l’insuffisance  de  la  circulation  artérielle  étant  une  cause  prédispo¬ 
sante  à  la  germination  du  bacille  de  Koch. 

Les  recherches  que  j’ai  faites  dans  mon  laboratoire  avec  mon 
élève  Carrière  (X/Fe  Réunion  de  l'Association  des  Anatomistes , 
21  mars  1921,  p.  179)  me  permettent  de  penser,  au  contraire,  que 
la  circulation  artérielle  des  épiphyses  est  d’une  grande  abondance 
et  que  lè  nom  de  bulbe  vasculaire  que  l’on  donne  souvent  à  cette 
région  est  parfaitement  justifié. 

L’étude  de  la  circulation  artérielle  intra-osseuse  est  grande¬ 
ment  facilitée  par  la  radiographie.  Mais  il  faut,  pour  réussir 
l’injection  des  artères  des  os  par  une  substance  opaque,  une 
grande  patience  et  une  grande  persévérance.  Nous  avons  fait 
dos  recherches  sur  des  enfants  et  des  nouveau-nés  et  nous  nous 
en  sommes  tenus  à  l’étude  du  fémur  et  du  tibia. 

On  constate  que,  sur  les  deux  faces  du  cartilage  diaphyso-épi- 
physaire,  arrivent  des  artérioles  en  grand  nombre. 

L’artère  nourricière  de  l’os  envoie  une  branche  vers  chacune 
des  extrémités.  Ce  rameau  se  divise  et  sé  termine  en  un  pinceau 
de  branchioles  qui  n’arrivent  cependant  pas  jusqu’au  contact  du 
cartilage  de  conjugaison.  Les  artères  périostales  de  l’épiphyse 
en  nombre  infini  envoient  dans  l’épaisseur  de  l’os  et  sur  les 
deux  faces  du  cartilage  d’accroissement  une  véritable  pluie  de 
très  fines  artérioles.  Il  me  semble  difficile  de  parler  de  la  pauvreté 
vasculaire  du  bulbe  de  l’os.  S’il  se  tuberculise,  là  n’est  pas  la 
raison. 

Ce  que  je  viens  de  dire  ne  change  en  rien  les  résultats  de 
M.  R.  Lavalle.  Tout  au  plus  faudrait-t-il  chercher  une  autre  expli- 
-cation. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


M.  Albert  MoucuEr.'  —  J’ai  trouvé  très  intéressante  l’idée 
dont  s’inspire  M.  Robertson  Lavalle  sans  vouloir  en  discuter  le 
bien-fondé  et  je  l’ai  prié  d’opérer  par  son  procédé  un  des  petits 
malades  de  mon  service,  atteint  d’une  tuberculose  du  genou  à 
forme  synoviale,  sans  altération  osseuse  visibleà  la  radiographie. 

L’opération  m’est  apparue  facile,  malgré  son  apparente  com¬ 
plexité,  et  fort  élégante.  Elle  a  été  exécutée  très  rapidement  par 
M.  Robertson  Lavalle. 

Peut-être  le  cas  n’était-il  pas  favorable?  Après  une  période  de 
cinq  semaines  où  le  genou,  soumis  à  l’extension  continue,  ne 
présentait  aucune  complication  locale,  l’épanchement  intra-arti- 
culaire  s’accrut,  la  cicatrice  se  rompit  et  une  ulcération  térébrante 
apparut  par  laquelle  sortit  du  liquide  intra-articulaire  séreux, 
mêlé  de  grumeaux  caséeux. 

Je  le  répète,  il  s’agissait  sans  doute  d’une  forme  grave  de 
tuberculose,  puisque  depuis  quelques  jours  l’enfant  présente  des 
symptômes  méningés. 

M.  A.  Lapointe.  —  Je  trouve  un  peu  étonnante  la  conception 
qui  est  à  la  base  de  la  thérapeutique  tout  à  fait  nouvelle  dont  il 
vient  d’être  question.  Elle  me  paraît  contraire  à  tout  ce  que  je 
croyais  savoir  sur  le  rôle  de  la  circulation  dans  l’apparition  des 
ostéites  au  voisinage  des  cartilages  de  conjugaison. 

N’est-ce  pas  l’activité  particulière  de  la  circulation  aussi  bien 
dans  l’épiphyse  que  dans  la  zone  juxta-épiphysaire  de  la  diaphyse 
qu’il  est  classique  d’invoquer  pour  la  localisation  des  infections 
hématogènes,  à  bacille  de  Koch  -aussi  bien  qu’à  staphylocoque  ? 

Cette  notion  classique  est  d’accord  avec  ce  que  vient  de  nous 
exposer  Grégoire,  au  point  de  vue  anatomique. 

Qn  peut  donc  s’étonner  d’entendre  incriminer  l’anémie  Telative 
du  tissu  spongieux  comme  un  facteur  évolutif  des  ostéites  tuber¬ 
culeuses. 

D’autre  part,  qu’il  me  soit  permis  de  remarquer  qu’aucune 
expérimentation  ne  paraît  avoir  été  faite  pour  étayer  cette  hypo¬ 
thèse  de  l’hypervascularisation  par  implantation  et  apposition 
latérale  des  greffons. 

Quoi  qu’il  en  soit,  on  ne  peut  juger  une  méthode  que  sur  des 
faits  nombreux  et  suivis  pendant  longtemps. 

En  les  attendant,  voici  le  cas  de  Mouchet  qui  m’impressionne  : 
si  par  hasard  un  des  greffons,  ou  l’instrument  qui  lui  fait  son  lit, 
a  traversé  un  foyer  d’ostéite,  il  est  possible  qu’il  en  résulte  une 
diffusion  d’un  foyer  limité. 

M.  Roux-Berger.  —  M.  Laval  nous  apporte  une  méthode 
nouvelle  et  des  faits.  Il  est  d’importance  secondaire  que  les' 


SÉANCE  DU  30  MAI 


837 


hypothèses  qui  sont  à  l’origine  de  la  méthode  soient  fausses  ou 
exactes.  Il  est  également  sans  intérétd’insister  sur  la  discordance 
qui  existe  entre  une  telle  thérapeutique  des  tuberculoses  ostéo¬ 
articulaires  et  les  idées  qui  dirigent  à  l’heure  actuelle,  che/.  nous, 
le  traitement  de  ces  lésions.  Seuls  les  résultats  thérapeutiques 
relatés  avec  détail  emporteront  ma  conviction,  et  si  ces  observa¬ 
tions  sont  favorables,  toutes  les  critiques  théoriques  devront 
tomber.  M.  Mouehet  nous  a  rapporlé  une  observation  malheu¬ 
reuse  ;  c’est  un  fait  important  qui  doit  compter.  Mais  cette 
seule  observation  —  qui  montre  certains  dangers  de  la  méthode  — 
est  tout  à  fait  insuffisante  pour  la  condamner  définitivement. 

M.  Mauclaire.  —  Dans  les  observations  rapportées,  y  a-t-il  eu 
ultérieurement  un  raccourcissement  des  os  du  fait  de  la  traversée 
du  cartilage  conjugal  par  les  greffons?  J’ai  eu  l’occasion. de  faire 
traverser  le  cartilage  conjugal  par  des  tiges  d’ivoire,  or  il  s’est 
produit  ultérieurement  un  raccourcissement. 

M.  Auvray.  —  Je  partage  l'avis  de  M.  Roux-Berger;  quand  on 
a  à  juger  une  méthode  nouvelle,  il  faut  se  garder  de  porter  un 
jugement  trop  hâtif;  j’ai  terminé  mon  rapport  en  faisant  les 
réserves  nécessaires:  «  Nous  sommes  en  présence  d’une  méthode 
de  traitement  nouvelle  que  l’avenir  seul  nous  permettra  de  juger 
quand  des  observations  nombreuses  auront  été  réunies.  » 

J’ai  fait  également  des  réserves  sur  le  mode  d’action  des  gref¬ 
fons,  invoqué  par  M.  Lavalle  ;  rien  ne  prouve,  en  l’absence  de 
pièces  anatomiques  et  histologiques,  que  les  greffons  agissent  en 
augmentant  la  vascularisation  des  épiphyses  et  que  les  malades 
guérissent  parce  que  la  circulation  osseuse  devient  plus  active. 
L’important  du  reste  c’est  qu’ils  guérissent  et  nous  pouvons  le 
croire  d’après  les  observations  rapportées  par  M.  Lavalle. 

Je  ne  crois  pas  qu’il  faille  beaucoup  se  préoccuper  de  la  perfo¬ 
ration  du  cartilage  de  croissance,  faite  au  cours  de  l’opération 
pour  le  passage  du  greffon.  Elle  n’intéresse,  en  effet,  qu’une  bien 
minime  portion  de  la  surface  de  ce  cartilage  et  ne  doit  pas  avoir 
une.bien  grande  influence  sur  le  développement  du  membre. 

Ombrédanne  disait  que  les  greffons  pouvaient  agir  en  provo¬ 
quant  une  sorte  d’arthrodèse  péri-articulaire  et  le  blocage  de 
l’articulation.  Mais,  au  contraire,  M.  Lavalle  enlève  les  greffons 
péri-articulaires  au  bout  de  cinq  à  six  mois,  parce  que,  à  ce 
moment,  il  redoute  que  ces  greffons  n’agissent  en  provoquant 
l’ankylose. 


838 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Présentations  de  malades. 

Division  -palatine , 
par  M.  VICTOR  VEAU. 

J’ai  l’honneur  de  vous  présenter  un  enfant  que  j’ai  opéré  de 
division  palatine.  Il  n’est  intéressant  que  par  son  élocution. 

M.  le  président  veut  bien  lui  permettre  de  vous  raconter  lui- 
même  son  histoire  : 

Je  m'appelle  Roger  Sumereau,  j'ai  treize  ans.  Je  suis  né  dans  un 
village  de  l'Yonne ,  avec  une  division  palatine.  J'étais  absolument 
incompréhensible.  Comme  je  passe  pour  un  garçon  intelligent ,  mon 
instituteur  m'a  adressé  à  M.  Duhamel ,  dentiste  à  Toncy,  pensant 
qu'il  me  poserait  un  palais  artificiel.  Mais  M.  Duhamel  m'a  envoyé 
à  Paris. 

J'aiétéopéréà.l'hôpitaldesEnfants-Assistés,le  1  i  novembre  1921 . 
Je  suis  le  premier  enfant  à  qui  a  été  faite  une  suture  métallique 
des  muscles  du  voile. 

J'ai  été  opéré  une  seconde  fois  le  1 2  décembre ,  parce  que  le  fil 
n’avait  pas  été  assez  serré,  il  existait  un  trou  au  centre  du  palais. 

J'ai  quitté  l'hôpital  le  23  décembre.  Un  mois  plus  tard  MmaRuppe 
m'a  donné  des  leçons  pour  mieux  parler.  J'en  at  pris  26. 

Le  1 7  avril,  je  suis  rentré  dans  mon  village  de  l 'Yonne,  où  per¬ 
sonne  ne  s'est  occupé  de  moi. 

En  m'entendant  parler  aujourd'hui ,  on  ne  se  douterait  pas  que 
j'étais  absolument  inintelligible  il  y  a  quatorze  mois. 

Vos  applaudissements  vont  à  la  gentillesse  de  cet  enfant,  et  je 
vous  en  exprime  tous  ses  remerciements. 

G’est  un  très  bon  résultat,  comme  je  n’en  ai  jamais  vu  (par  le 
procédé  de  Trélat)  chez  les  enfants  opérés,  après  qu’ils  ont  com¬ 
mencé  à  mal  parler. 

Peut-être  me  dira-t-on  que  mon  opéré  parle  bien  parce  que  j’ai 
su  faire  son  éducation. 

Si  une  éducation  de  25  leçons  devait  suffire  à  faire  parler  con¬ 
venablement  (je  ne  dis  pas  normalement)  un  opéré  quelconque,  ce 
serait  un  effort  si  minime  que  tous  les  opérés  parleraient  bien. 

Mon  opéré  a  une  élocution  normale,  après  une  éducation  insi¬ 
gnifiante  parce  que  il  a  un  voile  long  et  mobile.  Si  les  opérés 
suivant  le  procédé  de  Trélat  parlent  mal,  s’ils  ont  souvent  besoin 
d’une  éducation  de  plusieurs  années,  c’est  parce  qu’ils  ont  un 
voile  court  et  peu  mobile. 


SÉANCE  DU  30  MAI 


839 


Les  résultats  phonétiques  de  la  staphylorraphie  sont  en  rapport 
avec  les  qualités  anatomiques  du  voile  (longueur,  mobilité)  beau¬ 
coup  plus  qu’avec  l’effort  de  rééducation  imposé  à  l’opéré. 

Observation.  —  Roger  S...,  douze  ans,  très  bien  portant,  pas  de  divi¬ 
sion  palatine  ni  bec-de-lièvre  dans  la  famille.  Le  père  a  eu  neuf  enfants 
de  deux  lits. 

Entré  à  l’Hôpital  des  Enfants- Assistés  le  17  octobre  1921.  La  fente  pala¬ 
tine  s’arrête  au  niveau  de  la  dernière  molaire,  mais  il  est  facile  de 
constater  que  le  sommet  de  cette  fente  en  forme  d’U  est  formé  par  de 
la  muqueuse  très  mince  transparente.  — La  gorge  est  nettoyée  journel¬ 
lement,  il  n’y  a  pas  de  végétation,  les  amygdales  sont  peu  hypertro¬ 
phiées.  On  n’y  a  pas  touché. 

Opération  le  11  novembre  1921. 

J’avais  comme  objectif  : 

а)  Ne  pas  décoller  la  muqueuse  palatine  pour  éviter  sa  sclérose 
cicatricielle. 

б)  Ne  couper  aucun  muscle,  lutter  contre  leur  contraction,  par  une 
ligature  en  masse  du  voile  avec  un  fil  d’argent. 

1°  La  muqueuse  médiane  au  sommet  de  la  division  était  manifeste¬ 
ment  inutilisable,  j’ai  fait  une  section  médiane  au  bistouri,  l’instru¬ 
ment  sent  et  dépasse  le  bord  postérieur  de  la  fente  osseuse. 

Avec  le  bistouri  de  Trélat,  j’amorce  ladésinsertion  de  l’aponévrose  le 
long  du  bord  postérieur  du  palatin,  mais  je  ne  peux  pas  aller  loin  de 
chaque  côté. 

2°  Incision  derrière  la  dernière  molaire  prolongeant  fa  direction  de 
l’arcadé  dentaire,  en  dehors  du  crochet  de  l’apophyse  ptérygoïde.  Je 
voulais  respecter  le  péristaphylin  externe  (j’étais  très  ignorant  de  la 
constitution  anatomique  de  la  région). 

J’ai  très  mal  isolé  le  bord  postérieur  du  palatin  parce  que  je  n’avais 
pas  la  rugine  adaptée.  Mais  j”ai  décollé  facilement  la  totalité  du  voile 
de  la  face  interne  de  l'aile  interne  de  l'apophyse  ptérygoïde. 

3°  Section  de  dédoublement  du  bord  interne  du  voile,  mais  j’ai  pro¬ 
bablement  eu  le  tort  de  faire  cette  section  trop  timidement. 

1  4°  Ligature  des  muscles  du  voile  comme  je  l’ai  représenté  dans  le 
Journal  de  Chirurgie  (août  1922). 

5°  Suture  de  la  muqueuse  buccale. 

Les  suites  opératoires  furent  satisfaisantes,  la  température  atteignit 
une  seule  fois  39°. 

Mais  il  se  produit  uu  trou  à  la  partie  moyenne  du  voile. 

Le  fil  d’argent  est  enlevé,  vers  le  dixième  jour. 

Malgré  la  cautérisation,  le  trou  persiste  ;  il  était  manifeste  qu’il  ne 
pouvait  se  fermer  seul  parce  qu’il  était  situé  au  centre  du  voile.  La 
contraction  des  muscles  l’élargissait.  Je  me  décide  à  une  nouvelle 
intervention.  Je  crois  que  mon  échec  partiel  était  dû  à  l’insuffisance  de 
striction  du  fil  métallique  et  à  l’insuffisance  de  la  seclion  de  dédouble¬ 
ment  du  voile. 

il  décembre.  —  Nouvelle  intervention.  J’ai  réséqué  une  tranche  de 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


840 


muqueuses  sur  le  bord  de  l'orifice,  j’avais  alors  une  couclie  musculaire 
épaisse.  La  muqueuse  nasale  était  résistante;  j’y  ai  mis  deux  points. 
Suture  métallique  des  muscles  du  voile  comme  précédemment.  11  n’a 
été  fait  aucune  manœuvre  sur  le  voile  lui-même  ni  sur  la  voôte 

L’enfant  a  quitté  l'hôpital  treize  jours  après  l’opération.  Il  y  a  un 
orifice  à  la  partie  antéiieure  de  la  fente. 

L’éducation  phonétique  de  cet  enfant  a  été  poursuivie  par  Mm®  Louis 
Ruppe  avec  un  très  grand  dévouement. 

Du  25  janvier  au  17  avril  l’enfant  a  piis  26  leçons  (1). 

Mon  interne  Ch.  Ruppe  m’a  remis  l’observation  phonétique  que  je 
transcris  : 

«  Au  moment  de  l’opération  le  malade  présente  une  très  mauvaise 
élocution  et  est  franchement  inintelligible.  Les  fautes  de  prononciation 
sont  nombreuses  :  B  P  sont  prononcés  ME;  DT  sont  prononcés  NE; 

«  Au  lieu  de  V  on  entendait  VNE.  Enfin  lorsque  l’enfant  prononce 
S  Z  CH  J,  il  fait  entendre  en  même  temps  que  le  son  un  souffle  à  timbre 
creux  comparable  à  celui  que  l’on  fait  en  soufflant  dans  le  goulot 
d’une  bouteille.  En  outre  le  timbre  de  la  voix  est  très  sourd. 

«  Les  progrès  phonétiques  de  l’enfant  ont  été  très  rapide?.  A  la  fin  de 
janvier  il  avait  récupéré  une  partie  des  sons.  Pour  donner  B  P  au  lieu 
de  ME  il  donnait  BME,  PME.  S  Z'GHE  J  sont  encore  très  soufflés. 

«  A  la  fin  de  .février  l’amélioration  est  considérable,  le  timbre  reste 
encore  très  sourd.  Les  sifflantes  sont  moins  soufflées. 

«  En  mai  1923,  son  élocution  est  absolument  normale;  on  ne  croirait 
pas  qu’il  a  une  division  du  voile.  »> 

Le  résultat  anatomique  est  excellent,  le  voile  est  d’une  belle  mobilité. 
Lorsqu’il  se  contracte  il  forme  un  dôme  très  élevé.  Les  piliers  posté¬ 
rieurs  sont  très  étoffés,  en  se  contractant  ils  constituent  un  double 
rideau  qui  diminue  considérablement  dans  le  sens  transversal  l'espace 
qui  n’est  pas  comblé  par  le  voile.  Celui-ci  reste  après  de  7  milimètres 
de  la  paroi  pharyngée  postérieure. 


Cancer  du  rectum. 

Essai  d'anus  artificiel  par  le  procédé  de  Lambret 
suivi  d' extirpation  du  rectum , 
par  MM.  PROUST  et  IIOUDARD. 

Nous  avons  l’honneur  de  vous  présenter  un  malade  à  qui  nous 
avons  pratiqué,  l’extirpation  de  la  totalité  du  rectum  pour  néo¬ 
plasme  au  mois  de  novembre  1922.  La  raison  de  notre  présentation 

(1)  Louis  Ruppe  et  Charles  Ruppe  :  Éiucation  phonétique  des  enfants 
a' teints  de  division  palatine.  Archivesde  médecine  des  enfants ,  janvier 
1 023,  p.  1. 


SÉANCE  DU  30  MAI  v  841 


est  que  nous  désirons  attirer  l’attention  sur  les  difficultés  qu’il  peut 
y  avoir  à  pratiquer  l’opération  si  recommandable  de  Lambret 
lorsque  le  malade  est  gras.  Cet  homme,  âgé  de  cinquante-six  ans, 
nous  avait  été  adressé  pour  néoplasme  du  rectum.  La  biopsie  était 
positive  et,  désireux  de  pratiquer  l’extirpation  complète,  l’un  de  ' 
nous  lui  avait  fait  un  anus  suivant  la  méthode  de  Lambret.  Mais 
la  paroi  était  très  adipeuse,  l’S  iliaque  également,  et  la  constitution 
du  petit  appendice  péri  intestinal  fut  difficile;  les  lambeaux  se 
sphacélèrent  et  en  définitive  le  résultat  cherché  ne  fut  pas  obtenu. 
Après  l’intervention  totale  qui  se  passa  dans  de  bonnes  conditions 
et  qui  fut  suivie  d'un  excellent  résultat,  nous  avons  tâché  au 
moyen  d’une  autoplastie  de  soulever  un  peu  l’orifice  intestinal, 
mais  le  résultat  permet  tout  au  plus  d’appliquer  très  commodé¬ 
ment  un  appareil  prothétique. 

M.  Georges  Lardennois.  —  J’ai  exécuté  jusqu’à  présent  une 
quinzaine  de  colostomies  iliaques  avec  l’artifice  autoplastique 
indiqué  par  Lambret.  Après  avoir,  dans  mes  premières  tenta¬ 
tives,  éprouvé  de  petites  déceptions,  je  me  suis  familiarisé  avec 
une  technique  qui  me  permet  d’obtenir  des  résultats  régulière¬ 
ment  satisfaisants. 

Il  faut  utiliser  un  lambeau  très  large,  paraissant  démesurément 
large. 

Je  le  taille  descendant  en  bas  et  en  dedans  à  charnière  supiéro- 
externe.  Il  comprend  la  peau  et  la  graisse  sous-jacente.  Comme 
mesure  de  largeur  pour  ce  lambeau,  je  prends  ordinairement  la 
longueur  d’une  pince  de  Kocher;  plutôt  plus  que  moins. 

Le  méso-côlon  iliaque  est  fendu  verticalement,  parallèlement 
à  l’axe  des  vaisseaux.  Cette  brèche  permet,  d’engainer  la  moitié  . 
supérieure  du  côlon  extériorisé  dans  son  enveloppe  cutanée. 

Mon  ami  Proust  a  eu  raison  de  signaler  que  la  réussite  du  pro¬ 
cédé  de  Lambret  est  plus  malaisé  chez  les  sujets  gras.  Cependant 
j’estime  que  ce  n’est  pas  une  raison  suffisante  pour  leur  retirer 
le  bénéfice  indéniable  de  cet  artifice  technique. 

Il  faut,  en  pareil  cas,  prendre  deux  précautions  :  1°  enlever  les  ' 
franges  graisseuses  du  côlon  extériorisé;  2° réséquer  toute  l’épais¬ 
seur  du  tissu  cellulo-adipeux  sous  le  lambeau. 

On  facilite  ainsi  son  enroulement  autour  de  l’intestin  et  on  rend 
plus  rapide  son  adhérence.  De  plus,  on  supprime  un  danger 
d’infection  en  enlevant  un  tissu  particulièrement  fragile  et  peu 
résistant  vis-à-vis  des  germes  dü  contenu  intestinal. 

Moyennant  ces  précautions,  le  procédé  que  nous  devons  à 
M.  Lambret  donne  ordinairement  chez  les  sujets  gras  des  résultats 
aussi  satisfaisants  que  chez  les  autres. 


SOCIETE  DE  CHIRURGIE 


M.  Lenormant.  —  Je  demanderai  à  mon  ami  Lardennois,  puis¬ 
qu'il  a  une  expérience  étendue  du  procédé  de  Lambret,  quels  ont 
été  les  résultats  au  point  de  vue  de  la  continence  de  l’anus  et  de 
la  nécessité  d’un  appareillage?  En  effet,  mon  assistant  Moure  a 
pratiqué  un  certain  nombre  de  fois  l’opération  de  Lambret  dans 
mon  service.  Le  résultat  morphologique  a  été  parfait  et  tous  les 
malades  ont  une  trompe  bien  conditionnée;  mais  chez  aucun 
d’entre  eux  il  n’a  suffi  d’encapuchonner  eette  trompe  avec  un 
agglutinatif  pour  obtenir  la  continence,  comme  nous  l’avait  dit 
Lambret,  et  tous  ont  été  obligés  de  porter  un  sac  en  caoutchouc 
qui,  d’ailleurs,  s’adapte  beaucoup  mieux  chez  eux  que  chez  les 
sujets  porteurs  d’un  anus  iliaque  ordinaire. 

M.  Tuffier.  —  On  ne  saurait  trop  citer  des  faits  probants  de 
la  supériorité  de  l’anus  contre  nature,  par  le  procédé  de  Lambret. 
Pour  ma  part,  j’ai  opéré  ainsi,  entre  autres,  un  de  nos  confrères, 
au  commencement  de  cet  hiver.  Cancer  de  la  partie  supérieure 
du  rectum.  Résection  large,,  anus  contre  nature  cutisé  suivant  la 
technique  de  l’auteur.  Le  résultat  est  très  bon,  bien  supérieur  à 
ceux  que  nous  obtenions  autrefois.  Ge  médecin  a  repris  ses 
occupations,  la  bandelette  de  leucoplaste  compressive  est  quelque¬ 
fois  insuffisante,  et  par  précaution  il  porte  un  appareil. 

M.  Michon.  —  Je  suis  très  heureux  d’être  éclairé  par  la  grande 
expérience  de  M.  Lardennois,  car,  ayant  appliqué  le  procédé  de 
Lambret  chez  deux  malades  gras,  j’avais  eu  très  grande  peine 
à  envelopper  l’intestin  de  la  peau.  J’étais  gêné  par  l’épaisseur  de 
la  couche  sous-cutanée  graisseuse,  gêné  par  le  volume  de  l’intestin 
volumineux  du  fait  de  l’épaisseur  du  méso-côlon  et  des  appen¬ 
dices.  J’ai  constaté  à  la  suite  delà  suppuration  dans  un  cas  et  un 
peu  de  sphacèle  de  la  peau  dans  l'autre  ;  et  j’étaisdécidé  à  renoncer 
au  procédé  chez  les  malades  gras. 

M.  Georges  Lardennois.  —  Pour  répondre  à  la  question  que 
me  pose  mon  ami  Lenormant,  je  dirai  que  le  procédé  de  conten¬ 
tion  peut  se  simplifier  au  fur  et  à  mesure  qu’on  s’éloigne  du 
moment  où  l’intervention  a  été  pratiquée. 

Dans  les  premiers  mois,  surtout  lorsqu’on  est  intervenu  sur  un 
sujet  en  état  d’occlusion,  il  est  impossible  de  serrer  l’intestin  avec 
une  bandelette  quelconque  pour  obtenir  la  continence.  L’intestin 
est  encore  épaissi,  sensible,  à  réactions  irrégulières.  L’opéré  ne 
supporte  pas  d’avoir  son  moignon  colique  étranglé  dans  une  liga¬ 
ture.  Au  de  sortir  de  la  maison  de  santé,  il  est  plus  logique  de 
lui  faire  confectionner  un  appareil. 


SÉANCE  DU  30  MAI 


843 


C’est  plus  tard,  lorsque  le  côlon  est  apaisé,  lorsqu’il  est  devenu 
régulier  dans  son  fonctionnement,  au  point  que  les  porteurs  d’anus 
iliaques  ordinaires  sont  eux-mêmes  peu  incommodés,  c’est  à  ce 
moment-là,  après  trois  ou  quatre  mois,  qu’on  peut  obtenir  la  sécu¬ 
rité  de  continence  aux  liquides  et  aux  gaz  par  la  bandelette  de 
leucoplaste  enroulée  autour  du  pseudo-pénis  iliaque. 

M.  Okinczyc.  —  Je  suis  précisément  chargé  d’un  rapport  sur 
une  observation  de  MM.  Combier  et  Murard  ayant  trait  à  l’établis¬ 
sement  d’un  anus  iliaque  suivant  le  procédé  de  Lambret.  Je  comp¬ 
tais  à  cette  occasion  vous  présenter  un  de  mes  malades  traité  parle 
même  procédé  ;  j’avais  eu  à  la  suite  de  mon  intervention  un  spha- 
cèle  partiel  du  lambeau  cutané  ;  mais  somme  toute  le  résultat  défi¬ 
nitif  est  encore  très  suffisant.  Le  malade,  pour  obtenir  l’occlusion 
de  son  anus,  se  contente  d’écraser  au  moyen  d’une  ceinture  cet 
appendice  intestinal  sur  sa  paroi  abdominale,  ce  qu’il  peut  faire 
facilement  grâce  à  l’extériorisation  du  bout  intestinal  et  à  la  mobi¬ 
lité  de  cet  appendice. 

M.  Proust.- — Comme  je  l’ai  dit,  la  raison  de  cette  présentation 
était  de  signaler  les  difficultés  que  nous  avons  eues.  Je  suis  très 
heureux  d’avoir  ainsi  fourni  à  mon  ami  Lardennois  l’occasion  de 
préciser  sa  technique  de  «  dégraissage  »  qui,  je  crois,  dans  notre 
cas  eût  été  absolument  indiquée. 


Présentation  de  radiographies. 

Fracture  isolée  de  la  'petite  apophyse  du  calcanéum, 
par  M.  ALBERT  MOUCHET. 

Le  jeune  M...  (Raymond),  âgé  de  sept  ans,  m’est  envoyé  le 
4  mars  1922  par  mon  collègue  et  ami  le  Dr  Veau  pour  une  lésion 
traumatique  du  pied  droit  survenue  dans  les  circonstances 
suivantes  : 

Le  2  mars,  l’enfant  a  glissé  du  trottoir  sur  lequel  il  se  trouvait 
et  son  pied  droit  a  été  serré  entre  le  trottoir  et  la  roue  d’une 
voiture  qui  passait  ;  la  malléole  interne  était  appuyée  sur  le  bord 
du  trottoir  et  la  roue  a  passé  sur  le  dos  du  pied. 

L’enfant  a  ressenti  une  vive  douleur  et  son  pied  a  enflé  assez 
rapidement. 

Quand  nous  le  voyonsdeux  jours  après  l’accident,  nous  consta. 


844 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


tons  un  gonflement  notable  du  pied,  surtout  sur  la  facè  dorsale  et 
sur  les  bords.  Une-ecchymose  assez  large  commence  à  apparaître 
au-dessous  de  la  malléole  tibiale,  s’étendant  en  avant  jusqu’au 
voisinage  du  gros  orteil.  Coloration  ecchymotique  aussi  des  tégu¬ 
ments  de  la  face  dorsale  du  pied. 

Douleurs  à  la  palpation  des  téguments  du  bord  interne  du  pied 
au-dessous  de  la  malléole  tibiale. et  un  peu  en  avant  d’elle. 

Les  malléoles  paraissent  intactes  ainsi  que  la  région  métatar¬ 
sienne.  Les  mouvements  du  pied  sont  normaux,  mais  gênés  un 
peu  par  le  gonflement. 

La  radiographie  de  profil  pratiquée  avec  le  bord  interne  du 
pied  appliqué  sur  la  plaque  permet  seule  de  constater  une  frac¬ 
ture  de  la  petite  apophyse  du  calcanéum. 

Lorsque  c’est  le  bord  externe  du  pied  qui  est  appliqué  sur  la 
plaque,  le  trait  de  fracture  n’est  pas  visible. 

L’enfant  est  traité  par  le  repos  au  lit,  la  balnéation  chaude  et 
le  pansement  ouaté. 

L’amélioration  est  rapide  et  dès  le  24  mars,  le  gonflement  a 
presque  entièrement  disparu.  Tous  les  mouvements  du  pied  sur 
la  jambe  s’accomplissent  aisément. 

Une  radiographie  nouvelle,  faite  le  24  mars  1922,  montre  que 
la  fracture  est  en  voie  de  guérison;  un  cal  osseux  est  en  train  de 
combler  la  fissure,  étboite  d’ailleurs,  qui  existait  entre  l’apophyse 
calcanéenne  et  le  corps  de  l’os. 

Voilà  un  type  de  fracture  isolée  du  sustentaculum  lali.  Celte 
variété  de  fracture,  très  rare  en  elle-même,  l’est  particulièrement 
chez  l’enfant. 

Le  fragment  ne  présentait  aucun  déplacement.  La  guérison  se 
fit  simplement  par  le  repos;  le  résultat  fonctionnel  fut  excellent. 


Le  Secrétaire  annuel, 
M  Ombrédanne. 


SÉANCE  DU  6  JUIN  1923 


Présidence  de  M.  Mauclaire. 


Procès-verbal. 


La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  mise 
aux  voix  et  adoptée. 


Correspondance. 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  périodiques  de  la  semaine. 
2°.  —  Un®  lettre  de  M.  Pierre  Duval,  demandant  un  congé 
pendant  la  durée  du  concours  des  hôpitaux  (médecine). 

3°.. —  Une  lettre  de  M.  Proust,  s’excusant  de  ne  pouvoir 
assister  à  la  séance. 


A  propos  de  la  correspondance. 

1°.  —  Une  observation  de  M.  Alberto  Farani  (de  Rio  de 
Janeiro),  intitulée  :  Sur  une  disposition  inexplicable  du  péritoine. 
M’.  Grégoire,  rapporteur. 

2°.  —  Une  observation  de  M.  Hartglass,  intitulée  :  La  voie 
rétroveineuse  pour  la.  ligature  de  la  carotide  externe. 

M.  Baudet,  rapporteur. 

M.  Okinczyc  dépose  sur  le  bureau  un  livre  intitulé  :  Cancer  de 
l'intestin,  dont  il  fait  hommage  à  la  Société. 


A  propos  du  procès-verbal. 

Le  cerclage  vaginal 

dans  le  traitement  des  prolapsus  génitaux  des  femmes  âgées. 

M.  J.  de  Fourmestraux  (de  Chartres),  correspondant  national. 
—  Comme  suite  au  rapport  de  Chifoliau  sur  le  cloisonnement  du 
vagin  dans  le  traitement  des  prolapsus  génitaux,  il  m’a  paru 

RDM..  FT  "F  LA  SOC.  "F  CHIR.,  1923.  —  N°  20.  .  63 


846 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


intéressant  de  communiquer  le  procédé  que  depuis  longtemps 
j’emploie  dans  le  traitement  des  prolapsus  de  la  femme  âgée  : 
Cerclage  du  vagin  avec  fil  d’argent  laissé  à  demeure. 

.  J’,aHrai té  ainsi  14  malades  avec  des  résultats  divers  mais  inté¬ 
ressants  $ans  l’ensemble. 

La  technique  en  est  extrêmement  simple.  Partant  d’une  des 
parois  latérales  du  vagin  à  3  centimètres  environ  de  la  vulve,  un 
fii-d’grgeat  de  calibre  moyen  est  faufilé  avec  une  aiguille  courbe, 
en  haut  entre  la  paroi  vésico-vaginale,  en  bas  entre  la  paroi 
recto-vaginale,  et  fermé  en  bourse  au  niveau  de  son  point  d’intro¬ 
duction.  Un  canal  vulvaire  admettant  un  petit  drain  est  ménagé 
pour  permettre  l’écoulement  de's  sécrétions  utéro-vaginales,  cela 
est  surtout  important  quand  le  col  est  ulcéré. 

C’est  en  somme  un  pessaire,  mais  un  pessaire  qui,  métallique 
et  sous-muqueux,  n’a  aucun  des  inconvénients  de  cet  horrible 
instrument. 

C’est'un  cerclage,  dont  la  technique  est  la  même  que  celle  d’un 
cerclage  osseux,  mais  qui  est  surtout  analogue  à  celle,  sans  élé¬ 
gance  mais  utile,  qu’est  le  cerclage  de  Thiersch  dans  le  prolapsus 
du  rectum.  C’est  du  reste  en  partant  de  ce  dernier  procédé,  que 
j’avais  vu  appliquer  par  Lenormant  avec  un  résultat  heureux  il 
y  a  bientôt  vingt  ans,  que  j’eus  l’idée  quelques  semaines  après  de 
demander  à  mon  maître  Picqué  d’employer  une  technique  sem¬ 
blable  dans  les  prolapsus  génitaux  des  femmes  âgées.  Il  me 
confia  une  malade  de  son  service  des  asiles,  démente  de  soixante- 
trois  ans,  gâteuse,  qui  présentait  un  prolapsus  recto-  et  vésico- 
vaginal  considérable  avec  un  col  qui  faisait  issue  à  la  vulve.  Dans 
ce  cas  bien  mauvais  le  résultat  fut  excellent  et  la  malade  mourut 
deux  ans  après  sans  que  son  fil  se  fût  éliminé. 

Depuis  lors  j’ai  eu  l’occasion  de  pratiquer  14  cerclages  pour 
prolapsus  toujours  dans  les  mêmes  conditions,  malades  en  dehors 
de  la  période  génitale,  portant  des  pessaires  sans  résultat  tan¬ 
gible,  ou  ayant  subi  des  interventions  antérieures. 

Mon  opérée  la  plus  âgée  avait  soixante  et  onze  ans,  la-plus  jeune 
cinquantè  et  un  ans. 

J’ai  eu  l’occasion  de  revoir  10  de  ces  Opérées.  Dans  8  cas  le  fil 
d’argent  a  été  parfaitement  toléré,  et  les  malades  satisfaites  du 
résultat. 

J’ai  pu  revoir  la  semaine  dernière  une  femme  de  soixante-dix- 
neuf  ans,  opérée  il  y  a  neuf  ans,  à  l’hôpital  de  Rambouillet,  et 
chez  laquelle  le  résultat  s’est  maintenu  excellent. 

J’ai  en  revanche,  dans  4  cas,  été  obligé  d’enlever  le  fil  qui  au 
bout  de  quelques  semaines  avait  ulcéré  la  muqueuse  et  faisait 
saillie  dans  le  vagin. 


SÉANCE  DU  6  JUIN 


847 


Je  n’ai  pas  la  prétention  de  croire  que  cette  technique  marque 
une  date  très  importante  dans  l’histoire  du  traitement  des  pro¬ 
lapsus  génitaux.  Je  n’ai  pas  trouvé  à  ce  sujet  d’indications  biblio¬ 
graphiques  précises,  mais  je  ne  revendique  aucune  propriété. 

Ce  n’est  pas  un  procédé  élégant  :  c’est  la  mise  en  place  d’un 
pessaire  sous-muqueux,  et  qui  semble  devoir  remplir  les  mêmes 
indications  que  le  cerclage  de  Thiersch  que  l’on  emploie  quand  on 
ne  peut  pas  faire  autrement. 

Il  est  très  évident  que,  chez  la  femme  jeune,  il  faudra  employer 
une  toute  autre  méthode,  mais  chez  la  femme  âgée  c’est  ufa  pro¬ 
cédé  qui  semble  devoir  être  conservé.' 

En  dehors  de  toute  autre  considération,  c’est  une  technique 
qui  ne  demande  que  quelques  minutes  d’anesthésie  et  permet 
même  l’emploi  de  l’anesthésie  locale,  ce  qui  a  une  valeur  très 
précise  chez  des  gens  âgés  et  dont  l’état  général  est  souvent 
médiocre. 


Rapports. 

Kystes  hydatiques  suppurés  multiples 
traités  avec  succès  par  le  capitonnage, 

par  M.  le  Dr  Robert  Dupont. 
Rapport  de  M.  LOUIS  BAZY. 


Mon  ami  le  Dr  Robert  Dupont  nous  a  adressé  l’observation 
suivante  : 

Mm°  R...,  vingt-huit  ans,  entre  à  l’hôpital  de  Mantes  le  20  mars  1923, 
pour  une  tumeur  de  l’hypocondre  droit,  tumeur  apparue  sournoisement 
et  ayant  évolué  sans  déterminer  d’autres  accidents  qu’une  légère 
gêne  accompagnée  de  «  pincements  »  passagers. 

Cette  femme  n’a  jamais,  été  malade.  Née  à  Florac,  elle  est  à  Mantes 
depuis  deux  ans,  où  elle  travaille  dans  une'fllature. 

Elle  n’a  jamais  eu  de  chien  auprès  d’elle,  ni  dans  son  entourage. 

Elle  n’a  jamais  eu  d’éruption  urticarienne  et  n’a  jamais  ressenti  de 
douleurs  dans  l’épaule  ou  le  bras. 

Elle  a  un  enfant  âgé  de  vingt  et  un  mois.  L’accouchement  a  été 
normal.  C’est  depuis  cet  accouchement  que  la  tumeur  est  apparue. 

Le  seul  symptôme  fonctionnel  accusé  est  une  constipation  tenace 
qui  n’existait  pas  avant  l’apparition  de  la  tumeur. 

Cette  femme  est  de  chétive  apparence.  Elle  est  pâle  et  ses  muqueuses 
décolorées  indiquent  un  état  d’anémie  assez  prononcé,  impression 


848 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


toute  clinique  d’ailleurs,  car  les  moyens  m’ont  manqué  pour  faire 
procéder  à  un  examen  du  sang. 

Cœur  et  poumons  sains,  pouls  régulier  un  peu  rapide,  battant  à  90°. 

A  l’examen  du  ventre  on  est  .frappé  par  une  voussure  siégeant  dans 
l’hypocondre  et  le  flanc  droits. 

A  la  palpation  cette  masse  est  irrégulière  et  formée  de  plusieurs 
lobes.  Elle  tient  au  foie,  dont  on  peut  suivre  le  bord  antérieur.  Elle 
est  située  au-dessous  de  lui.  Elle  est  mamelonnée  et  très  dure.  Elle  a  le 
contact  lombaire.  Elle  s’étend  en  bas  jusqu’à  une  ligne  passant  par 
l’ombilic  et  transversalement  jusqu’à  la  ligne  médiane  qu'elle  dépasse 
même  légèrement.  Elle  est  indolore  à  la  palpation.  Cette  masse  semble 
bien  dépendre  du  foie  même;  on  ne  constate  aucun  signe  biliaire, 
intestinal  ou  rénal  pouvant  aiguiller  le  diagnostic  dans  une  autre 
direction. 

Le  diagnostic  de  kyste  hydatique  a  été  porté  par  le  Dr  Moutet  qui 
a  vu  le  premier  la  malade.  Nous  ne  pouvons  que  le  confirmer  en 
faisant  toutefois  des  réserves  sur  la  possibilité  d’un  néoplasme.  Nous 
n’avons  pas  fait  faire  de  radiographie  :  celle-ci  ne  nous  aurait  pas 
donné  d’indications  utiles,  le  diagnostic  de  l’organe  malade  étant 
formel  et  l’indication  opératoire  très  nette. 

Opération  le  27  mars  1923,  sous  anesthésie  générale  à  l’éther  (appareil 
d’Ombrédanne)  et  avec  l’aide  des  D"  Moutet  et  Dinnematin.  Pose  d’un 
coussin  dorso-lombaire.  Incision  vertico-transversale. 

Dès  l’ouverlure  du  ventre  on  tombe  sur  une  tumeur  siégeant  sur  la 
face  inférieure  du  lobe  droit,  affleurant  au  bord  antérieur  et  repoussant 
la  vésicule  biliaire  qui  est  étirée,  non  dilatée  et  siège  sur  sa  face 
interne.  Cette  tumeur  est  blanc  grisâtre,  bosselée,  rénite.nte  :  elle  a 
l’aspect  d’un  sarcome.  La  ponction  donne  issue  à  un  liquide  clair 
«  eau  de  roche  ».  Le  liquide  est  évacué,  puis  remplacé  par  du  formol 
à  t/100.  On  attend  dix  minutes  et  l’on  incise  le  kyste  d’où  sortent  de 
nombreuses  hydatides.  La  poche  est  facilement  enlevée.  Ce  kyste  vidé 
et  nettoyé,  on  aperçoit  bombant  dans  son  fond  un  deuxième  kyste. 

On  le  ponctionne,  mais  on  n’obtient  que  quelques  gouttes  d’un 
liquide  puriforme.  Après  formolage  on  l’incise  et  l’on  évacue  une 
grande  quantité  de  vésicules  mortes  baignant  dans  une  masse  jaunâtre. 
La  poche,  déjà  à  moitié  détachée,  est  enlevée  facilement.  La  cavité 
nettoyée  est  passée  au  formol.  Un  troisième  kyste  est  visible  en  arrière 
et  un  peu  en  dedans  du  précédent.  Sa  paroi  a  été  ouverte  au  cours  des 
manœuvres  précédentes  et  .un  peu  de  liquide  puriforme  s’échappe  par 
le  petit  orifice  ainsi  créé.  Ce  kyste  ouvert  contient  lui  aussi  des  vési¬ 
cules  flétries  au  milieu  d’un  magma  semi-liquide.  Sa  poche  est  déjà  à 
moitié  détachée  ;  on  le  traite  comme  le  second  kyste. 

Ces  kystes  évacués,  il  reste  une  grande  cavité  d’environ  15  centi¬ 
mètres  de  profondeur  et  large  de  7  ou  8.  Cette  cavité  est  capitonnée  à 
l’aide  d’anses  de  catgut  n°  3,  mais,  étant  donnée  la  profondeur,  la 
manœuvre  est  difficile.  Cette  manœuvre  est  d’autant  plus  difficile  que 
l’aiguille  fait  saigner  le  tissu  dans  lequel  elle  plonge.  Le  sang  cesse 
d’ailleurs  de  couler  dès  que  le  fil  est.  serré. 


SÉANCE  DU  6  JUIN 


On  s’approche  peu  à  peu  de  la  surface  du  foie  et  ce  qui  reste  de 
poche  non  inclue  dans  l’organe  est  réséqué,  puis  un  surjet  assure 
l’occlusion  complète  de  la  cavité.  Un  peu  de  sang  s’écoulant  au  niveau 
de  la  ligne  de  suture,  on  applique  sur  celle-ci  une  greffe  d’épiploon 
libre  que  l’on  fixe  à  l’aide  de  quelques  points  de  suture.  L’hémorragie 
s’arrête  complètement. 

Il  existe  sur  le  lobe  gauche  un  quatrième  kyste  du  volume  d’un  œuf 
de  poule,  celui-ci  n’a  pas  l’aspect  des  précédents.  Il  est  verdâtre  et 
très  fluctuant.  On  le  ponctionne,  mais  là  encore  on  n’obtient  qu’un  peu 
de  liquidé  puriforme  très  épais;  après  formolage  on  l’incise  et  l’on 
évacue  plusieurs  vésicules  flétries  baignant  dans  un  magma  jaune  ver¬ 
dâtre.  Évacuation,  puis  capitonnage  très  facile.  La  ligne  de  suture  est 
recouverte  par  un  lambeau  d’épiploon  détaché,  qui  arrête  de  suite  le 
léger  suintement  de  sang  existant  au  niveau  dp  la  ligne  de  suture. 

L’opération  s’est  passée  pour  ainsi  dire  complètement  hors  du 
ventre;  le  foie,  grâce  à  la  position  très  cambrée  où  a  été  placée  la 
malade,  a  pû  être  dès  le  début  extériorisé. 

La  paroi  est  refermée  en  trois  plans.  Un  drain  est  placé  sous  le  foie 
au  contact  de  la  suture  des  premiers  kystes,  il  sort  par  l’angle  externe 
de  la  plaie.  Ce  drain  est  placé  par  crainte  d’un  suintement  sanguin  au 
niveau  des  premiers  kystes  ;  or,  enlevé  au  bout  de  vingt- quatre  heures, 
le  drain  n’a  pas  «  donné  ».  La  greffe  épiploïque  semble  donc  avoir 
parfaitement  rempli  son  rôle-hémostatique. 

Suites  opératoires  parfaites,  maximum  de  température  38°5  le  soir 
de  l’opération. 

Levée  le  dixième  jour;  part  le  quinzième. 

A  noter  que  la  constipation  a  disparu  de  suite  après  l’opération. 

Telle  est  l’observation  très  complète  de  mon  ami  Robert  Dupont. 
Elle  évoque  à  nouveau  une  question  qui  a  été  déjà  très  ample¬ 
ment  traitée  à  cette  tribune  par  le  professeur  Lecène,  par  Hallo¬ 
peau  et,  tout  récemment  encore,  par  Brun  (1)  qui,  ajoutant  aux 
quatre  observations  précédemment  rapportées  par  M.  Lecène 
11  nouveaux  cas,  profitait  de  l’occasion  pour  faire  une  étude  très 
complète  du  traitement  des  kystes  hydatiques  suppurés  par  la 
fermeture  sans  drainage.  On  pourrait,  il  est  vrai,  à  propos  de 
l’observation  de  mon  ami  Robert  Dupont,  objecter  de  nouveau, 
comme  le  fil  M.  Lecène,  que  le  terme  de  kyste  suppuré  ne  répond 
peut-être  pas  tout  à  fait  à  la  réalité,  puisque  la  preuve  de  l’infec¬ 
tion  virulente  n’a  pas  été  fournie  et  qu’en  somme  il  s’agissait 
d’un  de  ces  kystes  à  contenu  puriforme,  d’une  de  ces  suppurations 
froides,  pour  lesquelles  nous  savons  depuis  longtemps  (Quénu  et 
Cauchoix)  qu’il  est  légitime  d’utiliser  la  méthode  de  réduction 
sans  drainage.  Dupont  pense  que  la  chose  vaut  cependant  la  peine 

(1)  Brun  et  Lauriol.  Bull,  et  Mém.  de  la  Société  de  Chirurgie ,  10  janvier 
1923,  p.  35. 


SOCIÉTÉ  DE^CHIRURGIE  ' 


d’être  d’autant  plus  relevée  que  cette  opinion,  que  nous  avons  pris 
l’habitude  de  considérer  en  France  comme  classique,  est  loin  d’être 
accréditée  à  l’étranger  et,  notamment,  dans  certains  pays  comme 
l’Argentine,  où  les  opérations  pour  kystes  hydatiques  sont  pour¬ 
tant  extrêmement  courantes. 

Voici,  en  effet,  ce  que  l’on  peut  lire  dans  une  très  bonne  revue 
de  mon  excellent  ami  Michel  Deniker  (1)  sur  la  thérapeutique  chi¬ 
rurgicale  du  kyste  hydatique  d’après  les  travaux  du  IIe  Con¬ 
grès  argentin  de  Médecine  :  «  C’est  d’ailleurs  un  fait  digne  de 
remarque,  sur  lequel  on  ne  saurait  trop  attirer  l’attention,  que  la 
tendance  qui  se  manifeste  actuellement  aussi  bien  en  Argentine 
qu’en  Uruguay  et,  en  général,  dans  tous  les  pays  où  l’échinococ¬ 
cose  règne  sur  une  grande  échelle  :  au  fur  et  à  mesure  qu’ils 
acquièrent  une  expérience  plus  grande,  nos  confrères  semblent 
revenir  aux  techniques  moins  brillantes ,  mais  plus  sûres,  du  passé. 
Déjà  d’ailleurs,  il  y  a  une  vingtaine  d’années,  Vegas  et  Cranwell 
avaient,  comme  on  le  sait,  fait  machine  en  arrière,  et  redonné  la 
prépondérance  à  la  marsupialisation,  méthode  «  plus  lente,. mais 
infiniment  plus  sûre  ».  De  même,  au  Congrès  international  de 
Bruxelles,  en  1908,  Ribeira  y  Sanz  comptait  62  marsupialisations 
sur  78  cas  opérés.  » 

Plus  loin,  on  lit  encore  dans  le  travail  de  Deniker  :  «Inutile 
d’insister  sur  les  kystes  suppurés,  les  vieilles  poches  à  parois  cal¬ 
cifiées,  les  tumeurs  de  gros  volume  et  d’accès  difficile  :  la  marsu¬ 
pialisation  est  ici  admise  par  tout  le  monde.  Mais  les  chirurgiens 
argentins  paraissent  être  tout  aussi  formels  en  ce  qui  concerne  les 
kystes  à  liquide  légèrement  trouble,  ipême  si  l’infection  n’est  pas 
cliniquement  nette,  même  s'il  n'y  a  aucun  mouvement  fébrile.  » 

En  présence  de  divergences  de  vues  aussi  profondes,  on  ne  peut 
que  souhaiter  que  la  discussion  amorcée  par  le  rapport  de  mon 
maître  M.  Lecène  reste  ouverte,  et  l’observation  de  mon  ami 
Robert  Dupont  vient  très  opportunément  la  raviver.  Puisque  la 
Société  de  Chirurgie  a  l’agréable  privilège  de  compter,  en  Répu¬ 
blique  Argentine,  des  amis  dont  la  France  a  pu  éprouver  pendant 
la  guerre  le  dévouement  et  la  fidélité,  nous  espérons  qu’ils  vou¬ 
dront  bien  user  de  leur  titre  de  membres  correspondants  pour 
nous  faire  profiter  de  leur  grande  expérience. 

Est-il  possible  d’ailleurs  que,  comme  le  suggère  Robert  Dupont, 
cette  méthode  de  traitement  idéal  des  kystes  suppurés  puisse  être 
applicable  dans  tous  les  cas,  grâée  à  une  vaccination  préventive 
diminuant  ou.  neutralisant  la  virulence  des  microbes?  Il  se 

(t)  Michel  Deniker.  Journal  de  Chiruryie,  t.  XXI,  n»  2,  février  1923, 
p.  170. 


SÉANCE  DU  6  JUIN 


851 


peut.  Mais  on  peut  remarquer  à  nouveau  que  la  plupart  des  cas 
de  kystes  dits  suppurés  sont  parfaitement  aseptiques.  Comment, 
d’autre  part,  s'ils  sont  porteurs  de  germes,  le  savoir  par  avance, 
et  connaître  surtout  par  quels  germes  ils  sont  infectés?  La  vacci¬ 
nation  préparatoire  ne  pourrait  se  concevoir,  dans  ces  conditions, 
qu’au  moyen  de  stock-vaccins  très  polyvalents,  s’adressant  aux 
microbes  qu’une  expérience  prolongée  aurait  montrés  comme  étant 
les  facteurs  habituels  de  la  suppuration  des  kystes  hydatiques. 

Robert  Dupont  se  montre  également  très  partisan  «  du  capiton¬ 
nage  des  kystes  à  la  Delbet  »,  qui  est  considéré  par  les  Argentins 
comme  inutile  et  dangereux.  Il  est  cependant  obligé  d’avouer  que 
c’est  une  opération  qui  est  très  difficile  à  bien  exécuter,  et  qu’il 
est  nécessaire  de  la  mener  à  bien  jusqu’au  bout,  une  fois  qu'on  l’a 
entreprise.  On  ne  peut  s’empêcher  d’être  de  l’avis  des  chirurgiens 
argentins  si,  par  ailleurs,  on  se  reporte  à  l’expérience  de  Brun  qui, 
sur  15  cas,  s’est  contenté  de  la  simple  réduction  sans  drainage  et 
a  obtenu  13  fois  une  guérison  rapide. 

Il  convient  enfin  de  signaler  l’usage  que  Robert  Dupont  a  fait 
de  la  greffe  épiploïque  pour  parfaire  l’hémostase  et  renforcer  la 
ligne  de  sutures.  C’est  une  pratique  extrêmement  intéressante  et 
utile  à  connaître  et  qui,  d’ailleurs,  a  déjà  été  utilisée,  dans  le  cas 
spécial  de  kyste  hydatique,  par  deux  Argentins,  Delfor  del  Valle 
(fils)  et  C.  Bidart  Malbran  (1).  Elle  ne  doit  d’ailleurs  s’appliquer,  à 
mon  avis,  que  dans  les  cas  où  il  n’est  pas  possible,  en  raison  de  Ja 
situation  du  ou  des  kystes,  d’adosser  la  ligne  de  sutures  à  la  paroi 
abdominale.  Quand  ce  dernier  procédé  pourra  être  mis  en  œuvre, 
c’est  à  lui^qu’il  convient,  je  crois,  de  donner  la  préférence.  Il 
constitue  une  sorte  d’assurance  contre  les  risques  d’hémorragies 
ou  de  cholerragies  intra-kystiques  qu’une  ponction  (Dujarier, 
Brun)  suffit  parfois  à  faire  disparaître  et  prépare  la  marsupialisa¬ 
tion,  si  celle-ci  devient  ultérieurement  nécessaire. 


Ulcère  gastrique  compliqué  de  bilvculation. 
Gastro-entérostomie  sur  la  partie  supérieure.  Résultats  éloignés , 
par  M.  Dantin  (d’Agen). 

Rapport  de  M.  A.  LAPOINTE. 

L’intérêt  de  cette  observation  réside  dans  la  bonne  qualité  des 
résultats,  vérifiés  à  longue  échéance,  à  la  suite  d’une  simple 

(1)  Delfor  del  Valle  (fils)  et  C.  Bidart  Malbran.  3  cas  de  résection  cunéiforme 
du  foie  pour  kyste  hydatique.  Hevista  del  circulo  Medico  Argentino,  1921, 
t.  XX,  n°  228,  p.  814-885,  in  Journal  de  Chirurgie,  1922,  t.  XIX,  n°  4,  p.  417. 


852 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRUHCilE 


‘'gastro-entérostomie,  dans  un  cas  d’ulcus  floride  médio-gastrique 
avec  biloculation. 

En  juillet  1918,  je  suis  appelé  auprès  d’une  dame  de  trente-sept  ans, 
qui  souffre  de  l’estomac  depuis  une  dizaine  d’années. 

Depuis  deux  ans,  les  douleurs  se  sont  accentuées  ;  des  vomisse¬ 
ments  sont  apparus,  survenant  deux  heures  environ  après  les  repas  et 
contenant  des  aliments  ingérés  la  veille  ou  l’avant- veille.  Au  début, 
ces  vomissements  calmaient  les  douleurs  qui  sont  maintenant  à  peu 
près  permanentes. 

Mélæna  fréquent,  mais  jamais  d’hématémèse  nettement  constatée. 

:  Constipation  opiniâtre. 

Par  crainte  de  la  souffrance,  la  malade  en  est  arrivée  à  ne  prendre, 
pendant  des  jours  entiers,  que  quelques  infusions  chaudes.  L’amai¬ 
grissement  et  l’affaiblissement  sont  impressionnants. 

A  l’examen  nous  constatons  simplement,  avec  une  grosse  dilatation 
gastrique,  une  vive  douleur  dans  la  région  pylorique.  Toute  explora¬ 
tion  radiologique  ou  autre  est  refusée. 

Laparotomie  sus-ombilicale,  sous  chloroforme. 

L’ëstomac  est  distendu  et  étranglé  à  sa  partie  moyenne  par  un 
épaississement  large  de  deux  doigts,  blanchâtre,  induré.  Cette  zone 
rétrécie  adhère  intimement  au  pancréas. 

Il  y  a  une  grosse  poche  pylorique  et  une  petite  poche  cardiaque,  du 
volume  d’une  orange,  cachée  sous  la  coupole  diaphragmatique. 

Vu  le  mauvais  état  général  de  la  malade,  je  m’en  liens  à  une  gastro- 
entérostomie  postérieure,  au-dessus  de  la  stricture.  Ce  fut  difficile, 
par  suite  de  la  situation  élevée  de  la  poche  cardiaque. 

Le  soir  du  deuxième  jour,  l’état  de  l’opérée,  jusqu’alors  satisfaisant, 
devient  inquiétant  :  ballonnement  du  ventre,  pouls  à  120,  température 
à  38°.  Dans  la  nuit,  évacuation  par  l’anus  d’une  pleine  cuvette  de 
sang  noir. 

Pendant  huit  jours,  il  y  a  deux  selles  quotidiennes  et  abondantes  de 
sang  digéré,  puis  tout  s’arrange  et  la  malade  quitte  la  maison  de  santé 
le  quinzième  jour,  en  bonne  voie  de  convalescence. 

Nous  venons  de  revoir  notre  opérée  que  nous  avions  perdue  de  vue 
depuis  plus  de  quatre  ans  et  demi. 

Elle  a  retrouvé  son  embonpoint  d’autrefois,  ne  souffre  plus  et  ne  suit 
aucun  régime.  Cependant,  il  y  eut  une  sérieuse  alerte,  deux  ans  après 
la  gastro-entérostomie.  De  violentes  douleurs  étaient  reparues,  accom¬ 
pagnées  de  vomissements.  La  santé  s’est  rétablie  après  deux  mois  de 
traitement  médical  et  n’a  plus  jamais  été  troublée. 

Au  palper,  on  ne  trouve  rien,  à  part  une  légère  éventration  de  la 
partie  inférieure  de  la  cicatrice.  L’écran  montre  que  la  poche  cardiaque 
se  vide  immédiatement  dans  le  grêle  ;  rien  ne  passe  dans  la  poche 
pylorique  qu’on  ne  voit  pas.  L’image  est  la  même  que  celle  que  donne 
une  large  gastro-pylorectomie. 

Ôn  conviendra  que,  dans  ce  cas  particulier,  une  gastrectomie 


SÉANCE  DU  6  JUIN 


853 


n’avait  rien  de  tentant  et  que  M.  Dantin  a  prudemment  agi  en  se 
contentant  du  traitement  indirect. 

Il  a  fait  une  gastro-entérostomie.  Il  vaut  mieux,  en  effet, 
aboucher  la  poche  cardiaque  dans  le  jéjunum  que  dans  la  poche 
pylorique,  surtout  lorsque  l’ulcus  sténosant  est  encore  un  ulcus 
floride  et  qu’on  envisage  la  possibilité  d’une  gastrectomie  ulté¬ 
rieure. 

La  malade  a  pu  se  passer  de  cette  opération  secondaire  et  c’est 
ce  qui  a  engagé  M.  Dantin  à  nous  adresser  son  observation,  qui 
est  un  bel  exemple  de  guérison,  de  guérison  tout  au  moins 
fonctionnelle,  d’un  ulcus  calleux  médio-gastrique,  en  pleine 
évolution,  par  une  simple  gastro-entérostomie. 

Assurément,  les  faits  de  ce  genre,  qui  sont  loin  d’être  la  règle, 
ne  peuvent  fournir  un  argument  irréductible  en  faveur  du  traite¬ 
ment  indirect.  S’il  est  permis  d’hésiter,  d’une  façon  générale,  sur 
le  meilleur  traitement  chirurgical  de  l’ulcus  et  si  des  hommes 
d’expérience  croient  encore  à  la  gastro-entérostomie,  il  semble 
bien  qu’on  doive  tomber  d’accord  sur  ce  point  :  pour  les  ulcus 
calleux,  saignants  et  térébrants,  l’opération  qui  supprime  la 
lésion  est  intiniment  supérieure,  au  point  de  vue  curatif,  à  celle 
qui  la  laisse  en  place. 

On  peut  dire  que  l’opérée  de  M.  Dantin  l’a  échappé  belle  ;  son 
ulcus  a  saigné  si  abondamment  dans  les  jours  qui  ont  suivi  l’opéra¬ 
tion  que  la  mort  a  paru  imminente  et  ce  cas,  qui  est  en  définitive 
un  beau  succès  à  l’actif  de  la  gastro-entérostomie,  en  montre 
aussi  le  point  faible. 

Les  exemples  abondent  de  son  insuffisance  dans  ces  gros  ulcus 
calleux  et  je  puis,  au  cas  heureux  de  M.  Dantin,  opposer  un  cas 
malheureux  de  ma  propre  pratique  : 

Mme  V...,  quarante-trois  ans,  soignée  par  mon  collègue  de  Saint- 
Antoine,  M.  A.  Goyon,  souffre  de  l’estomac  depuis  de  longues  années. 
A  partir  de  juillet  1920,  vomissements  marc  de  café,  presque  quotidiens. 
L’alimentation  est  très  réduite  et  l’amaigrissement  considérable. 

A  l’exameir  radioscopique  (Dr  Desternes),  on  constate  une  bilocu- 
lation  permanente,  avec  fixation  de  la  petite  courbure  et  niche. 

Opération  le  23  septembre  1920,  sous  anesthésie  régionale,  après 
scopolamine-morphine. 

Au-dessus  du  milieu  de  la  petite  courbure,  gros  ulcus  en  selle, 
adhérent  largement  au  lobe  gauche  du  foie  et  au  pancréas. 

L’état  général  de  la  malade  me  paraît  s’opposer  à  une  gastrectomie 
difficile  et  je  me  contente  d’une  gastro-entérostomie  postérieure. 

Suites  normales.  La  malade  ne  souffre  plus,-  ne  vomit  plus.  Elle 
renonce  bientôt  au  régime  spécial  qui  lui  avait  été  prescrit  et  mange 
de  tout. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Je  n’ai  pu  revoir  cette  malade  qui  avait  quitté  Paris,  et  s’était 
soustraite  à  toute  surveillance  médicale.  J’ai  appris  que  quatre  mois 
après  la  gastro-entérostomie  elle  avait  été  prise  subitement  d’héma- 
témèse  et  était  morte  en  quarante-huit  heures. 

De  toute  évidence,  dans  cette  forme  d’ulcus,  la  gastrectomie  est, 
en  principe,  le  vrai  traitement,  Malheureusement,  les  choses  sont 
ainsi  faites,  que  c’est  lorsqu’elle  serait  le  plus  désirable  qu’elle 
offre  aussi  le  plus  de  gravité. 

Pour  un  petit  ulcus  à  bords  souples,  sur  un  estomac  mobile, 
l’opération  dite  radicale  n’offre  guère  plus  de  danger  qu’une 
simple  gastro-entérostomie.  Vaut-elle  mieux  au  point  de  vue 
curatif  ?  C’est  possible,  mais  beaucoup  moins  certain,  à  mon  avis, 
que  pour  les  gros  ulcus  calleux  déversés  sur  les  organes  voisins. 

Or,  dans  ces  conditions-là  —  tous  les  chirurgiens  de  bonne  foi 
en  conviendront  —  une  gastrectomie  n’est  jamais  une  petite 
affaire  et  il  est  excessif  de  faire  passer  pour  des  retardataires  ou 
des  maladroits  ceux  qui,  comme  le  dit  sans  réticence  M.  Dantin, 
«  préfèrent  guérir  un  malade  en  deux  fois,  que  de  risquer  de  le 
tuer  en  une  seule  ». 

L’opération  en  deux  temps  est,  en  effet,  un  expédient  recom¬ 
mandable  dans  ces  cas  difficiles,  et  parfois  il  arrive  que  le  bénéfice 
fourni  par  le  premier  temps  soit  tel,  que  l’utilité  du  second 
puisse  devenir  discutable. 

C’est  ce  que  montre  l’intéressante  observation  que  je  viens  de 
commenter  et  qui  mérite,  me  semble-t-il,  d’être  rapportée  dans 
nos  Bulletins. 


Question  à  l’ordre  du  jour. 

Sur  l'anesthésie  épidurale, 
par  M.  PIERRE  MOCQUOT. 

L’anesthésie  épidurale  obtenue  par  injection  d’une  solution 
anesthésique  dans  le  canal  sacré,  selon  la  méthode  imaginée  par 
Cathelin  (1),  n’est  guère  employée  parmi  nous.  Pourtant  ce  procédé 
d’anesthésie  régionale  est  susceptible  de  rendre  de  grands  services 
et  mériterait  d’être  mieux  connu. 

Cathelin,  dans  ses  premiers  essais  en  1901,  n’avait  pu  obtenir  une 

(1)  Cathelin.  Les  injections  épidurales  par  ponction  du  canal  sacré.  Thèse 
Paris,  1901-1902. 


SÉANCE  DU  6  JUIN 


8SB 


anesthésie  suffisante  et  il  avait  pensé  que  les  épaisses  gaines 
durales  qui  entourent  les  nerfs  sacrés  empêchent  l’action  de 
l’anesthésique  :  mais  il  employait  la  cocaïne  eL  ne  pouvait  dépas¬ 
ser  la  dose  de  8  centigrammes. 

L’apparition  des  anesthésiques  synthétiques  a  permis  de 
reprendre  les  essais  de  Gathelin.  En  Allemagne,  Stôckel  (1)  réussit 
à  obtenir  une  anesthésie  suffisante  chez  des  femmes  au  cours  du 
travail,  mais  c’est  surtout  Laewen  (2)  qui  en  1910  détermina  les 
solutions  et  les  doses  à  employer,  fixa  la  technique  et  indiqua  les 
ressources  de  l’anesthésie  épidurale. 

La  méthode  avait  pris  en  Allemagne  dans  les  années  d’avant- 
guerre  une  grande  extension,  mais  tandis  que  les  uns,  à  la  suite 
de  Laewen,  se  contentaient  d’obtenir,  par  les  injections  épidurales, 
l’anesthésie  du  périnée,  de  l’anus  et  des  organes  génitaux  externes, 
ce  qu’ils  appelaient  «  l'anesthésie  extra- durale  basse  »,  les  autres, 
comme  Schlimpert  et  Schneider  (3),  essayaient  d’étendre  leur 
domaine  et  d’obtenir  «  des  anesthésies  extra-durales  hautes  » 
permettant  les  interventions  abdominales. 

Ils  y  parvenaient  en  employant  des  doses  considérables  de 
novocaïne  jusqu’à  1  gramme  et  en  faisant  absorber  aux  malades 
avant  l’opération  des  doses  répétées  d’hypnotiques  (véronal, 
scopolamine,  morphine,  panlopon).  Il  est  bon  d’avoir  ces  faits 
présents  à  l’esprit  quand  on  parle  des  accidents  de  l’anesthésie 
épidurale. 

Les  Allemands  ont  publié  sur  ce  sujet  quantité  de  mémoires  et 
de  statistiques  et  aujourd’hui  la  méthode  est  aussi  utilisée  en 
Amérique.  Chez  nous  Cathelin  a  repris  le  procédé  qu’il  avait 
imaginé,  et  avec  les  nouvelles  techniques  a  obtenu  des  succès. 
Pauehet  le  mentionne  dans  la  seconde  édition  de  son  livre  sur 
Y  Anesthésie  régionale. 

Je  voudrais  vous  exposer  les  résultats  que  j’ai  obtenus  depuis 
quelques  mois,  avec  l’aide  de  mes  internes  MM.  Bonnet  et  Viollet, 
dans  la  clinique  de  mon  maître  M.  le  professeur  Pierre  Deibet. 

Nous  avons  employé  l’anesthésie  épidurale  chez  44  malades. 

Sur  les  44  cas,  il  y  a  eu  38  anesthésies  parfaites,  ayant  permis 
des  interventions  diverses  dans  d’excellentes  conditions. 

Il  y  a  eu  3  échecs  complets,  toujours  dus  à  ce  que  l’aiguille 
n’avait  pas  pénétré  dans  le  canal  sacré. 


(1)  Stôckel.  Sur  l’anesthésie  sacrée.  Centralbl.J.  Gynækologie,  1909,  n°  1. 

(2)  Laewen.  Sur  l’anesthésie  extra-durale.  Deutsche  Zeistsch.  f.  Chir.,  1911, 
t.  CVHI,  p.  1. 

(3)  Schlimpert  et  Schneider.  L’anesthésie  sacrée  en  gynécologie  et  en 
obstétrique.  Münchener  med.  Wochensc.,  8  décembre  1910,  n°  49,  p.  2361. 


856 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Trois  fois  l’anesthésie  a  été  insuffisante  ;  voici  dans  quelles 
conditions  : 

Une  fois,  une  première  injection  à  dose  un  peu  faible  ne  donne 
pas  d’anesthésie,  probablement  parce  qu’elle  a  été  poussée  en 
dehors  du  canal  sacré  ;  on  refait  une  nouvelle  injection  à  dose 
moindre,  mais  l’anesthésie  n’est  pas  suffisante  :  il  faut  donner  de 
l’éther. 

Chez  une  autre  malade,  pour  une  colpotomie,  l’anesthésie  fut 
insuffisante.  On  dut  donner  un  peu  d’éther;  peut-être  n’avais-je 
pas  assez  attendu. 

Enfin  le  troisième  échec  incomplet  se  rapporte  à  un  essai  :  chez 
une  femme  grasse,  en  assez  médiocre  état,  atteinte  de  fibrome  et 
de  salpingite,  je  voulais  tenter  l’hystérectomie  en  joignant  à 
l’anesthésie  épidurale  une  anesthésie  locale  de  la  paroi,  mais  je 
fus  obligé  de  faire  donner  du  chloroforme. 

J’ajoute  tout  de  suite  que  je  n’ai  eu  aucun  ennui  ni  pendant,  ni 
après  l’anesthésie;  mes  malades  n’ont  jamais  présenté  le  moindre 
accident  et  les  suites  ont  été  ce  qu’elles  sont  après  une  anesthésie 
locale  ou  régionale. 

Pendant  l’anesthésie,  les  patients  ont  toujours  présenté  un 
calme  absolu  et  ne  se  sont  jamais  plaints  du  moindre  malaise.  J'ai 
pratiqué,  il  y  a  quelques  jours,  sous  anesthésie  épidurale,  l’opé¬ 
ration  du  phimosis  sur  un  enfant  de  sept  ans  :  mon  petit  malade 
est  resté  tout  à  fait  tranquille  et  n’a  pas  accusé  la  moindre  sensa¬ 
tion  désagréable. 

Après  l’anesthésie,  je  n’ai  noté  aucun  incident.  Une  seule  malade, 
à  la  fin  de  l’opération,  a  eu  un  peu  d’excitation;  elle  s’est  mise  à 
parler,  à  rire;  cela  a  duré  quelques  minutes. 

J’estime  donc  que  la  méthode  n’est  pas  dangereuse  et  il  convient 
d’étudier  de  près  les  accidents  qui  ont  été  signalés. 

Chevassu  et  Rathery  (1),  parlant  de  l’anesthésie  épidurale  dans 
leur  rapport  à  l’Association  française  d’Urologie,  disent  :  «  Les 
échecs  sont  nombreux,  les  accidents  également.  Pâleur,  céphalée, 
vomissements,  sont  des  phénomènes  fréquemment  observés.  » 

C’est  à  ce  sujet  qu’il  faut  se  souvenir  de  la  distinction  entre 
l’anesthésie  extra-durale  basse  (technique  de  Laeyven)  et  l’anes¬ 
thésie  extra-durale  haute  (technique  de  Schlimpert  et  Schneider). 
Ceux-ci  ne  se  contentent  pas  d’utiliser  des  doses  considérables  de 
novocaïne,  0  gr.  80  et  1  grammevde  mettre  le  malade  en  position 
déclive  pour  favoriser  la  diffusion  de  la  solution  dans  le  canal 
rachidien.  Ils  opèrent  sur  des  malades  qui  ont  absorbé  la  veille 

(1)  Chevassu  et  Rathery.  L’anesthésie  chez  les  urinaires.  Congrès  de  l’Asso¬ 
ciation  française  d'Urologie,  Strasbourg,  octobre  1921. 


SÉANCE  DU  6  JUIN 


857 


de  l'opération  1  gramme  de  véronal;  le  matin  de  l’opération 
1  gramme  de  véronal;  deux  heures  avant  l’opération,  0  gr.  01  de 
morphine  et  0  gr.  0003  de  scopolamine  et,  une  heure  avant  l’opé¬ 
ration,  la  même  dose  de  scopolamine-morphine.  Qu’après  pareille 
accumulation  de  toxiques  on  observe  quelques  malaises,  il  n’y  a 
pas  à  s’en  étonner.  Pour  ma  part,  je  n’ai  pas  utilisé  et  je  ne  me 
sens  nullement  tenté  d’essayer  ce  mode  d’anesthésie. 

Mais,  il  y  a  plus  :  on  a  signalé  en  Allemagne  10  morts  sur 
4.200  cas; dont  3.450  où  l’on  a  employé  la  novocaïne.  Zweifel  (1), 
qui  a  fait  l’étude  de  ces  faits,  en  rejette  7  dans  lesquels  la  mort  ne 
peut  pas  être  attribuée  au  mode  d’anesthésie. 

Restent. 3  cas  où  la  mort  est  survenue  très  vite  après  l’injection. 
—  quelques  secondes,  —  sept  minutes,  —  dix  minutes. 

Deux  fois,  le  cul-de-sac  durai  avait  été  blessé;  la  piqûre  fut 
reconnue  une  fois  au  moment  de  l’injection  ;  une  autre  fois  à 
l’autopsie.  On  conçoit  que  pareil  accident  puisse  entraîner  la 
mort  puisque  la  dose  de  novocaïne  injectée  a  été  de  80  et  même 
de  90  centigrammes. 

Dans  le  troisième  cas,  Zweifel  estime  que  la  mort  peut  être  due  à 
l’anesthésie,  mais  l’état  du  patient  était  déjà  très  grave.  On  a  utilisé 
une  dose  de  80  centigrammes  de  novocaïne,  sans  compter  les 
hypnotiques. 

Ainsi  d’une  part  la  mort  est  survenue  dans  des  cas  où  la  dose 
de  novocaïne  injectée  est  considérable.  Je  dis  tout  de  suite  qu’il 
est  inutile  et  dangereux  d’injecter  de  pareilles  quantités. 

D’autre  part,  deux  fois,  il  y  a  eu  blessure  du  cul-de-sac  durai 
et  l’injection  a  passé  au  moins  en  partie  dans  l’espace  sous- 
arachnoïdien. 

J’ajoute  que,  utilisant  au  début  pour  l’injection  épidurale  des 
aiguilles  à  ponction  lombaire,  il  m’est  arrivé  deux  fois  de  blesser 
le  cul-de-sàc  durai  et  de  voir  couler  quelques  gouttes  de  liquide 
céphalo-rachidien.  J’ai  retiré  mon  aiguille  de  2  ou  3  centimètres 
et  j’ai  pratiqué  tout  de  même  l’injection,  sans  inconvénient.  Mais 
en  pratiquant  l’injection  d’une  façon  correcte,  on  ne  doit  pas 
blesser  le  cul-de-sac  durai. 

Ce  n’est  pas  le  lieu  d’exposer  la  technique  de  l’injection  épidu¬ 
rale,  si  bien  précisée  par  Cathelin  ;  mais  je  dois. vous  indiquer  les 
quelques  remarques  faites  au  cours  de  nos  essais. 

Quelle  position  donner  au  patient?  Cathelin  avait  adopté  le 
décubitus  latéral,  les  genoux  ramenés  contre  la  poitrine.  J’ai  fait 
un  certain  nombre  d’injections  épidurales  dans  cette  position  qui 

(1)  Zweifel.  Les  cas  de  mort  dans  t’anesthésie  sacrée.  Centralbl.  f.  Gynæ- 
cnlogie ,  1920,  n°  6,  p.  140. 


858 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


est  commode  pour  les  malades,  mais  ce  n’est  pas  la  meilleure 
pour  l’opérateur.  Certainement  la  ponction  du  canal  sacré  est 
plus  difficile  dans  cette  attitude  et,  lorsque  le  sujet  est  un  peu  adi¬ 
peux,  les  repères  sont  difficiles  à  percevoir.  En  outre,  une  certaine 
gêne  résulte  de  ce  fait  que  l'hiatus  sacré  est  dans  cette  attitude 
au-dessus  de  la  ligne  qui  prolonge  le  sillon  interfessier,  ainsi  que 
l’a  fait  remarquer  Cathelin. 

Laewen  a  adopté  la  position  assise,  le  corps  penché  en  avant. 
Le  patient  reste  assis  pendant  quelques  minutes  après  l’injection 
pour  que  la  solution  anesthésique  ne  diffuse  pas  en  hauteur  dans 
le  canal  rachidien. 

Je  trouve  que  la  position  genu-pectoraJe  est  celle  qui  donne  le 
plus  de  facilité  pour  la  ponction  du  canal  sacré.  Elle  permet  de 
mieux  sentir  les  cornes  du  sacrum  et  la  dépressibilité  de  la  mem¬ 
brane  qui  obture  l’hiatus  sacré;  elle  permet  de  profiter  du  repère 
donné  par  la  ligne  médiane. 

La  ponction  est  pratiquée  avec  une  aiguille  de  6  à  7  centimètres, 
rigide;  il  n’est  pas  nécessaire  de  l’enfoncer  profondément  dans  le 
canal  sacré  :  3  à  4  centimètres  suffisent.  Au  début,  avec  des 
aiguilles  à  ponction  lombaire,  j’ai  blessé  deux  fois  le  cul-de-sac 
durai  :  dans  un  des  cas,  il  y  avait  deux  arcs  postérieurs  divisés  au 
lieu  d’un  :  ainsi  le  cul-de-sac  était  très  accessible;  dans  l’autre,  il 
n’y  avait  pas  d’anomalie  osseuse  appréciable. 

Cet  accident  ne  m’est  plus  arrivé  depuis  que  je  me  défie  des 
anomalies  de  l’hiatus  et  que  je  n’enfonce  pas  mon  aiguille  à  plus 
de  5  centimètres  dans  le  canal  sacré. 

Dans  les  deux  cas,  j’ai  été  averti  par  l’écoulement  de  quelques 
gouttes  de  liquide  céphalo-rachidien,  j’ai  retiré  l’aiguille  et  j’ai 
pratiqué  l’injection  sans  incident.  Mais  la  blessure  du  cul-de-sac 
durai,  si  elle  était  suivie  de  la  pénétration  d’une  partie  seulement 
delà  dose  dans  l’espace  sous-arachnoïdien,  pourrait  donner  lieu 
à  des  accidents  graves. 

Il  faut  bien  ajouter  qu’il  n’est  pas  toujours  facile  de  faire  péné¬ 
trer  l’aiguille  dans  le  canal  sacré.  Sans  doute  l’habitude  donne 
une  plus  grande  sûreté.  On  arrive  à  sentir  avec  la  pointe  de 
l’aiguille  le  point  faible  de  l’hiatus.  Mais  cependant,  chez 
les  sujets  gras,  les  repères  deviennent  impossibles  à  percevoir 
et  le  succès  si  aléatoire  qu’il  est  peut-être  plus  sage  de  ne  pas 
essayer. 

J’arrive  à  l’étude  de  la  solution  anesthésique  :  j’ai  employé, 
selon  les  indications  de  Laewen  et  Gros,  une  solution  de  novo- 
caïne  à  2  p.  100  associée  au  bicarbonate  de  soude  et  préparée 
extemporanément.  Laewen  et  Gros  ont  montré  que  l’adjonction 
de  bicarbonate  de  soude  favorise  l’action  de  l’anesthésique. 


SÉANCK  DU  6  JUIN 


Nous  ulilisons  des  paquets  ainsi  composés  : 


Novocaïne . 0  gr.  60 

Bicarbonate'  de  soude . 0  gr.  15 

Chlorure  de  sodium . 0  gr.  10 


On  fait  bouillir  dans  une  capsule  30  cent,  cubes  d’eau  distillée. 
Au  moment  de  l’ébullition,  on  y  jette  le  contenu  du  paquet,  on 
laisse  bouillir  quelques  secondes  et  on  arrête,  une  ébullition  pro¬ 
longée  décomposant  la  novocaïne.  Dans  la  solution  refroidie,  on 
ajoute  VI  à  VIII  gouttes  d’adrénaline  à  1  p.  1.000  au  moment  de 
l’injection. 

Il  faut  injecter  15  à  20  cent,  cubes  de  cette  solution,  c’est-à-dire 
30  à  40  centigrammes  de  novocaïne.  Lorsque  l’aiguille  est  en 
bonne  place,  l’injection  pénètre  avec  une  grande  facilité. 

Chez  un  enfant  de  sept  ans,  j’ai  utilisé  une  solution  à  1,5  p.  100 
et  j’ai  injecté  20  centigrammes  de  novocaïne. 

Aussitôt  l’injection  faite,  on  place  les  malades  en  position  opé¬ 
ratoire  ou  dans  le  décubitus.  Il  ne  m’a  pas  semblé  nécessaire  de 
les  maintenir  assis,  mais  il  ne  faut  pas  les  placer  en  position 
déclive.  Une  fois,  voulant  vérifier  si  la  position  déclive  donnait 
une  anesthésie  plus  étendue,  j’ai  constaté  qu’en  effet  le  terri¬ 
toire  anesthésié  s’étendait  jusqu’au  voisinage  de  l’ombilic.  Mais 
l’anesthésie  avait  été  plus  longue  à  s’établir  et  elle  était  moins 
complète. 

L’anesthésie  est  obtenue  très  vite  :  en  cinq  minutes,  elle  est  en 
général  complète.  Mais  la  préparation  extemporanée  paraît  avoir 
une  certaine  importance.  Je  me  suis  servi  une  fois  de  solution  de 
novocaïne  en  ampoules  :  l’anesthésie  a  été  obtenue,  mais  plus 
lentement. 

J’ai  employé  aussi  l’anacaïne  à  la  dose  de  50  centigrammes  : 
au  bout  de  deux  heures,  l’anesthésie  était  complète  et  a  duré 
deux  jours. 

L’injection  épidurale  donne  l’anesthésie  du  périnée,  des  organes 
génitaux  externes  et  de  l’anus.  Sur  les  membres  inférieurs,  il  y  a 
une  bande  d’anesthésie  sur  la  face  postéro-interne  de  la  cuisse, 
descendant  quelquefois  sur  la  jambe  jusqu’aux  malléoles  et  dont 
la  largeur  varie  un  peu.  En  haut,  la  zone  anesthésiée  remonte 
jusqu’au  bord  supérieur  du  pubis.  C’est,  en  somme,  une  large 
anesthésie  en  selle  due  à  l’imprégnation  des  nerfs  de  la  queue  de 
cheval. 

Cette  anesthésie  permet  toutes  les  interventions  de  l’anus.  Elle 
donne  même  une  très  grande  aisance  grâce  au  relâchement 
complet  du  sphincter.  L’opération  de  Whitehead  se  fait  avec  une 
remarquable  facilité.  J’ai  pu  récemment  pratiquer  l’ablation  d’un 


860 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


rétrécissement  du  rectumà  travers  le  sphincter  et  abaisser  le 
bout  supérieur  sans  difficulté. 

Chez  la  femme,  on  peut  exécuter  toutes  interventions  sur  la 
vulve,  le  vagin  et  le  périnée.  Je  fais  ainsi  toutes  les  colpopéri- 
néorraphies.  On  peut  pratiquer  également  des  interventions  sur 
le  col  :  la  dilatation  du  col  n’est  pas  douloureuse,  mais  le  corps 
utérin  n’est  pas  anesthésié. 

Chez  l’homme,  on  obtient  l’anesthésie  du  scrotum,  de  la  verge 
et  du  périnée,  mais  la  sensibilité  testiculaire  persiste.  Cependant, 
j’ai  pu  enlever  sous  anesthésie  épidurale  un  kyste  de  l’épididyme 
en  ajoutant  simplement  l’injection  de  2  cent,  cubes  de  solution 
dans  le  cordon. 

Il  me  paraît  inutile  et  dangereux  de  chercher  à  étendre  le 
domaine  de  l'anesthésie  épidurale  en  employant  de  plus  fortes 
doses,  en  usant  de  la  position  déclive,  en  gorgeant  les  malades 
d’hypnotiques. 

Que  si,  au  contraire,  on  se  borne  aux  doses  raisonnables  de 
30  à  40  centigrammes  de  novocaïne,  si  l’on  ne  cherche  que  l’anes¬ 
thésie  basse,  l’injection  épidurale  est  une  méthode  d’anesthésie 
régionale  très  précieuse,  parce  que  très  sûre  et  très  inoffensive; 
c’est  pourquoi  j’ai  jugé  utile  de  vous  soumettre  les  résultats  que 
j’en  ai  obtenus.  , 

M.  Savariaud.  —  Je  voudrais  demander  à  notre  collègue 
Mocquot  quel  avantage  il  trouve  à  la  méthode  qu’il  vient  de  nous 
décrire  sur  la  rachianesthésie  basse  faite  avec  des  doses  minimes 
d’anesthésique,  opération  extrêmement  facile  et,  je  crois,  absolu¬ 
ment  sans  danger,  et  qui  a  l’avantage  d’offrir  un  champ  d’anes¬ 
thésie  moins  restreint. 

M.  Pierre  Mocquot.  —  L’injection  dans  l’espace  sous- arach¬ 
noïdien  comporte  à  mes  yeux,  malgré  tout,  un  pronostic  plus 
sérieux  que  l’anesthésie  épidurale,  qui  est  comparable  à  une 
anesthésie  régionale  ordinaire. 


Communication. 

Pancréas  accessoire, 

par  MM.  GOSSET,  GEORGES  LOEWY  et  IVAN  BERTRAND. 

Nous,  avons  eu  l’occasion  d’observer,  il  y  a  quelques  semaines, 
un  cas  de  pancréas  accessoire  double,  sur  l’estomac  et  sur  le 
duodénum.  Nous  avons  enlevé  ces  deux  glandes  aberrantes,  dont 


SÉANCE  DU  6  JUIN 


861 


la  présence  expliquait  peut-être  certains  troubles  présentés  par 
notre  malade,  et  nous  croyons  intéressant  de  donner  cette  obser¬ 
vation,  en  la  faisant  suivre  de  quelques  courtes  réflexions. 

Voici  l’observation  : 

Observation.  —  G...  (malade  envoyé  par  M.  le  Dr  Gutmann,  attaché 
médical  de  la  clinique). 

Homme  de  cinquante-sept  ans,  qui  a  eu  uu  très  bon  état  gastrique 
jusque  vers  l’âge  de  quarante-quatre  ans;  depuis  1911,  il  a  présenté  de 
temps  en  temps  des  troubles  dyspeptiques  sous  forme  d’embarras 
gastrique  léger,  inappétence,  digestions  lentes.  Au  moment  de  la 
guerre.,  pendant  la  période  1914-1916,  il  a  éprouvé  des  douleurs  autour 


Fig.  1.  —  Schéma  montrant  la  situation  des  deux  pancréas  accessoires. 

de  l’ombilic,  sans  siège  précis,  trois  à  quatre  heures  après  les  repas,  et 
a  été  soulagé  par  les  alcalins  et  par  la  belladone. 

Au  mois  d’août  1922,  il  a  été  repris  de  douleurs  ombilicales  et  sus- 
ombilicales,  irradiant  en  ceinture,  survenant  parfois  le  matin  à  jeun, 
mais  surtout  après  les  repas,  soit  immédiatement,  soit  trois  à  quatre 
heures  plus  tard.  Ces  douleurs  avaient  le  caractère  de  brûlures  .et 
étaient  calmées  par  les  alcalins  et  la  prise  d’aliments.  Elles  duraient 
jusqu’au  repas  suivant.  Il  est  arrivé  fréquemment  au  malade  de  souffrir 
et  .d'avoir  faim  et  d’être  soulagé  par  un  peu  d’alimentation.  Parfois  une 
doiuleur  épigastrique  le  réveillait  la  nuit,  vers  2  heures  du  matin. 

A  intervalles  très  irréguliers,  se  saut  produits  .des  vomissements  assez 
abondants  d’aliments,  mais  ne  présentant  pas  les  caractères  de  la 
slase.  Ce  malade  n’a  eu  ni  hématémèse,  ni  mélæna.  Il  est  habituelle¬ 
ment  constipé  et  ses  matières  sont  un  peu  grasses.  L’appétit  est  con¬ 
servé,  ,il  n’a  pas  de  dégoût  électif,;  pourtant  il  a  maigri  de  k  kilogrammes 
d'août  1922  à  février  1923. 

BULL.  ET  MÉB.  DE  LA  SOC.  DE  CHIR.,  1923.  64 


862 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Il  est  entré  dans  le  service  de  M.  Enriquez,  à  la  Pitié,  en  février  1923. 
A  ce  moment,  il  avait  des  douleurs  à  peu  près  continuelles  dans  la 
région  épigastrique,  sans  irradiations,  sous  forme  de  tiraillements  et  de 
crampes. 

Examiné  au  moment  de  l’admission,  il  ne  présente  pas  de  signes  ' 


Fig.  2.  —  Fragment  gastrique. 

On  aperçoit  le  noyau  pancréatique  aberrant  P  dans  la  sons-muqueuse.  La  musculeuse 
et  la  séreuse  n'ont  pu  être  figurées  sur  le  dessin;  mg ,  muqueuse  gastrique;  fc,  folli- 
.  cule  clos  et  infiltration  lymphoïde  diffuse;  mm,  muscularis  mucosæ  ;  P,  acini  pan¬ 
créatiques  aberrants;  cP,  canal  excréteur  principal. 

bien  nets,  pas  de  défense  musculaire  dans  la  région  épigastrique,  ni 
dans  la  région  vésiculaire.  La  palpation  réveille  seulementune  douleur 
légère  à  deux  travers  de  doigt  au-dessus  de  l’ombilic,  à  droite  de  la 
ligne  médiane.  En  outre,  on  constate  une  sensibilité  de  la  fosse  iliaque 
droite.  Le  foie  et  la  rate  sont  normaux,  les  réflexes  rotuliens  sont 
conservés,  pas  de  signe  d’Argyll. 

Le  22  mars  1923,  la  sensibilité  à  deux  travers  de  doigt  au-dessus  et  à 
droite  de  l’ombilic  persiste.  On  constate  le  9  avril,  par  un  tubage  à 
jeun,  l’existence  d’une  légère  stas-.  Le  suc  gastrique,  analysé  après 


SÉANCE  DU  6  JUIN 


863 


repas  d’épreuve,  révèle  une  acidité  chlorhydrique  libre  de  1,05;  une 
acidité  combinée  de  1,14;  une  acidité  totale  de  2,10.  Acide  lactique 
absent.  Réaction  de  Meyer  légèrement  positive. 

L’examen  radiographique  a  été  fait  par  le  Dr  Gutmaun  grâce  à  la 
milhode  des  radiographies  en  série  :  le  bulbe  duidénal  n’est  pas  rempli 


Fio.  3.  —  Fragment  duodénal. 

ÿB,  glandes  de  Brunner;  /c,  folli.-ules  clos;  mm,  muscularis  mucosæ;  v,  villosité; 

P,  acini  pancréatiq  ips  aberrants. 

ou  mal  rempli  sur  tous  les  films;  la  troisième  portion^'du^duodénum 
parait  fortement  dilatée;  on  ne  voi'  pas  de  calculs. 

Cholestérine  du  sang,  1  gr.30  pour  1.000.  Urée  sanguine,  0gr/27^pour 
1.0 J0.  Globules  rouges,  4.350.000.  Globules  bltncs,  8.000.  Coagulabilité, 
8'  à  20°.  Wassermann  négatif.  Urines  normales,  ni  sucre,  ni  albumine. 

11  y  a  quinze  ans,  ce  malade  aurait  eu  une  crise  douloureuse  de  la 
région  épigastrique  droite,  diagnostiquée  colique  hépatique  :  début 
à  2  heures  de  l’après-midi,  par  une  douleur  brusque  de  la  région 
épigastrinue,  puis  généralisée  à  tout  le  ventre,  avec  maximum  à  Loin- 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


bilic,  sans  irradiations  caractéristiques,  accompagnées  de  vomisse¬ 
ments  biliaires  et  suivies  de  subictère.  Il  a  consulté  à  LaeDnec,  et 
aurait  été  soigné  vingt-deux  jours  pour  des  crises  nerveuses.  En  1911., 
il  a  été  hospitalisé  à  la  Salpêtrière  et  Iraité  par  l'hydrothérapie. 

Un  peu  d’étbylisme. 

Diagnostic  :  Lésion  duodénale  ou  périduodénale,  possibilité  d’ulcus. 

.  Opération  le  11  avril  1923  (Professeur  Gosset.  Aides  :  Drs  Loewy  et 
Huet).  Anesthésie  à  l’éther,  30°.  Diagnostic  opératoire  :  adénomes  de 
l’estomac  et  du  duodénum.  Nature  de  l’intervention  :  gastrotomie  et 
duodénotomie. 

Laparotomie  médiane  sus-ombilicale.  On  explore,  on  voit  un  estomac 
d’aspect  normal  ;  on  sent  à  trois  travers  de  doigt  en  dedans  du  pylore 
(5  centimètres),  près  de  la  grande  courbure,  un  petit  noyau  du  volume 
d’un  petit  pois,  mobile  sous  la  séro-musculeuse,et  qui  donne  l’impres¬ 
sion  d’un  adénome  sous-muqueux  (fig.  1).  D’autre  part,  il  existe  du 
côté  duodénal,  à  trois  travers  de  doigt  de  la  veine  pylorique,  à  la  jonc¬ 
tion  de  la  première  et  de  la  deuxième  portion  du  duodénum,  sur  le  bord 
inférieur,  une  petite,  formation  sous-séreuse,  d’aspect  lobulé,  jaunâtre, 
mesurant  5  millimètres  de  diamètre,  ne  faisant  qu’une  saillie  légère 
au-dessus  de  la  surface  intestinale,  et  mobilisable  seulement  avec  la 
paroi.  Ablation  de  l'adénome  gastrique  par  une  incision  transversale, 
parallèle  à  la  grande  courbure,  que  l’on  suture  verticalement,  au  catgut 
américain  vingt  jours,  puis  à  la  soie.  La  muqueuse  gastrique  ne  présente 
pas  d’ulcérations  au  niveau  de  la  tumeur.  Du  côté  duodénal,  incision 
transversale;  on  cherche  à  enlever  l’adénome  sous-séreux  sans  ouvrir  la 
muqueuse,  mais  il  est  fusionné  avec  les  tuniques  de  l’intestin,  et  on 
l’excise  comme  un  ulcère.  On  ferme  comme  pour  une  perforation 
d’ulcère,  avec  quatre  petits  fils  de  soie,  sans  rétrécir  le  calibre.  Gué¬ 
rison  opératoire  sans  incidents. 

Depuis  l’opération,  amélioration  notable.  L’opéré  se  sent  mieux,  il 
souffre  toutefois  légèrement  dans  la  région  épigastrique  d’une  douleur 
superficielle,  gêne  légère  après  les  repas,  qui  tend  à  disparaître.  Les 
digestions  sont  encore  lentes.  Du  2  au  30  mai,  il  a  repris  400  grammes 

Examen  radioscopique  de  M.  Ledoux-Lebard,  4  juin  :  L’examen 
radioscopique  de  l’estomac  -ne  permet  de  déceler  aucune  image 
anormale  en  aucun  point.  Le  duodénum  est  bien  visible  et  ne 
présente  pas  davantage  d’anomalies.  Il  est  impossible  de  se  rendre 
compte  à  l’écran  que  le  malade  a  été  opéré.  La  sensibilité  à  la  palpa¬ 
tion  est  à  peu  ptès  nulle  dans  lg  région  dont  se  plaint  le  malade,  qui 
dit  éprouver  des  douleurs  superficielles.  L’évacuation  gastrique  se  fait 
dans  les  délais  normaux. 

Examen  anatomique.  —  Les  deux  petites  tumeurs  prélevées  mesu¬ 
rent  6  mm.  X  5  X  5;  elles  sont  toutes  deux  revêtues  de  muqueuse 
saine,  de  coloration  et  d’apparence  normales.  Dans  l’ignorance  de  la 
nature  des  tumeurs,  on  n’a  pas  recherché  immédiatement  la  présence 
d’orifices  excréteurs. 

Les  deux  fragments  ont  été,  après  orientation,  fixés  au  Bouin,  inclus 
dans  la  paraffine  et  coupés  perpendiculairement  à  la  muqueuse. 


SÉANCE  DU  6  JUIN 


On  est  immédiatement  frappé  par  la  présence,  au  niveau  de  la  sous- 
muqueuse  des  deux  fragments,  de  deux  volumineux  amas  fortement 
basophiles  de  structure  glandulaire,  avec  canaux  excréteurs.  L’en¬ 
semble  constitue  des  îlots  pancréatiques  aberrants  (flg.  2  et  3). 

Chaque  acinus  glandulaire  reproduit  la  structure  des  éléments  pan¬ 
créatiques  normaux.  Les  cellules  glandulaires,  centrées  autour  d’une 
lumière  très  réduite,  reposent  sur  une  membrane  basale  conjonctive, 
la  base  de  la  cellule  contient  un  protoplasme  sombre;  la  partie  de  la 


i,  lumière  d’un  acinus;  ce,  canal  excréteur;  ca,  cellule  centro-acineuse. 

cellule  immédiatement  au  contact  de  la  lumière  centrale  contient  de 
volumineuses  goutles  à  contour  clair  correspondant  à  des  produits 
de  sécrétion  (fig.  4).  Chaque  cellule  glandulaire  est  pourvue  d’un 
volumineux  nucléole  entouré  d’un  fin  réseau  chromatinien . 

Les  aeini  renferment  dans  leur  portion  centrale  des  éléments  centro- 
acineux  caractéristiques,  mais  cela  d’une  manière  fort  irrégulière, 
selon  le  niveau  de  la  coupe. 

Dans  l’intervalle  des  acini  glandulaires,  on  observe  de  nombreux 
canaux  excréteurs  avec  un  épithélium  cubique  ou  cylindrique,  selon 
le  calibre  du  canal  envisagé.  La  portion  axiale  des  éléments  excréteurs 
comporte  un  revêtement  strié.  Les  conduits  excréteurs  sont  d’un  calibre 


866 


SOCIÉTÉ 


CHIRURGIE 


tfèsvariable.  II  nous  a  été  impossible,  sur  les  diverses  coupes  pratiquées, 
de  reconnaître  le  point  d’abouchement  des  canaux  excréteurs  au  ni\  eau 
de  la  muqueuse  gastrique  ou  duodénale.  Un  de  ces  canaux,  très  volu¬ 
mineux,  peut  être  considéré  comme  le  canal  principal  de  l’îlot  (fig.  5). 


cP,  canal  excréteur  principal  ;  ca,  canal  excréteur  accessoire  ;  P,  acinus  pancréatique. 

Les  'grains  de  segrégation,  la  basophilie  des  éléments  acineux  per¬ 
mettent  d’affirmer  l’activité  des  divers  éléments  glandulaires. 

Les  Ilots  endoiriniens  de  Langerhans  sont  plus  rares  que  normalement, 
ils  n’ont  généralement  pas  la  structure  syncitiale  habituelle,  mais  con¬ 
servent  une  disposition  acineuse;  les  cloisons  intercellulaires  sont 
encore  visibles.  Leur  protoplasma,  clair,  est  dépourvu  de  toute  baso¬ 
philie.  Leur  topographie  est  essentiellement  périvascu'aire  (fig.  6). 


SÉANCE  DU  6  JUIN 


867 


L 'îlot  pancréatique  duodénal  est  séparé  de  la  muqueuse  par  la  muscu- 
laris  muccsæ,  sur  laquelle  reposent  des  glandfsde  Brunner.  La  muqueuse 
duodénale  ne  présente  d’ailleurs  aucune  altération  notable  (f)g'  3). 

Au  niveau  de  l’estomac,  au  contraire  (fig.  2),  la  muqueuse  est  nette¬ 
ment  modifiée.  Les  centres  lymphoïdes  sont  plus  abondants  qu’à  l’état 
normal,  et  surtout  le  chorion  muqueux  est  complètement  infiltré 
d’éléments  conjonctifs  fins  et  mobiles  très  variés.  Les  capillaires  du 
chorion,  immédiatement  sous-jacents  au  plan  muqueux  superficiel,  sont 


Fig.  6.  —  Ilot  endocrine  périvasculaire. 
L,  îlot  endocrine;  v,  vaisseau. 


extrêmement  dilatés.  Mais  il  n’existe  nulle  part  d’ulcération  gastrique. 

La  musculeuse  n’est  pss  dissociée  par  les  îlots  pancréatiques  qui  se 
limitent  exactement  à  la  sous-muqueüse. 

L.’examen  anatomique,  en  révélant  des  acini  pancréatiques  typiques, 
des  canaux  sécréteurs  et  excréteurs,  des  îlots  de  Langeihans,  permet 
d’affirmer  qu’il  s’agit  bien  de  deux  pancréas  accessoires  :  l’un  au 
niveau  de  l’estomac,  l’autre  au  niveau  du  duodénum.  Us  lépondent 
exactement  à  la  définition  d’Opie  :  masse  de  tissu  pancréatique  com¬ 
plètement  séjarée  du  pancréas  et  pourvue  d’un  canal  propre.  La  pré¬ 
sence  des  grains  de  fument  et  leur  situation  à  l’intérieur  des  cellules 
montrent,  d’autre  paît,  que  ces  glandes  pancréatiques  aberrantes  sont 
physiologiquement  actives. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


L’existence  des  pancréas  surnuméraires,  enlevés  opératoire  - 
ment,  est  une  chose  rare.  D’après  lés  recherches  que  nous  avons 
faites,  et  qui  ne  sont  sans  doute  pas  complètes,  nous  n’avons  pu 
trouver  que  13  cas  opérés  :  cas  de  Mayo  Robson,  1903  (1);  cas  de 
Thelemann,  1906  (2);  Heinrich,  1907  (3);  P.  Reynier  et  Masson, 
1909  (4)  ;  Gibson,  1912  (5);  Cawardine  et  Short,.  1913  [2.  cas]  (6  et  7)  ; 
Griep,  1920  (8);  Deaver  et  Reimann,  1921  (9);  Ritter,  1921(1.0); 
Maurice  Letulle  et  Louis  Vinay,  1921  (il);  Kazda,  1922  (12); 
Cohen,  1922  (13).  En  ou  Ire,  il  existe  plusieurs  observations 
d’opérations  pour  invagination  d’un  diverticule  de  l’intestin 
grêle,  renfermant  un  pancréas  aberrant  [Brunner,  1899  (14); 
Kirmisson  et  Bize,  1904  (15);  Grisel  et  Bize,  1904  (16);  Àlbrecht 
et  Arzt,  1910  (17);  Thomson,  1912  (18);  Benjamin,  1918  (19)]. 
(Ces  dernières  observations  ne  présentent  pas  ici  un  intérêt 
spécial.) 

Au  contraire,  les  pancréas  surnuméraires,  trouvés  au  cours 
d’autopsies,  ne  constituent  pas  une  chose  rare,  puisque  Opie, 
en  1910,  mentionne,  dans  son  Traité  sur  le  pancréas  (20),  qu’il- a 
observé  10  cas  sur  1.800  autopsies  pratiquées  au  Johns  Hopkins 
Hospital.  Letulle  les  a  lui-même  constatés  dans  une  proportion 
plus  élevée,  puisqu’il  compte  3  p.  100  de  pancréas  surnumé¬ 
raires  (1900).  Des  chiffres  analogues  sont  communiqués  par 
M.  R.  Mouchet  (1910)  :  5  pancréas  aberrants  sur  200  autopsies,  et 
par  Krémer  (1913)  :  6  sur  467  autopsies,  recherches  faites  par  ces 
deux  auteurs  à  l’Institut  d’Anatomie  pathologique  de  Liège. 

Voici  ce  qu’a  diit  Letulle  dans  sa  communication  à  la  Société  de 
Biologie,  le  10  mars  1900  (21)  : 

«  De  toutes  les  malformations  effectuées  au  niveau  du  duo¬ 
dénum,  l’existence  d’un  pancréas  surnuméraire  est  assurément  la 
plus  commune.  A  Traverse  des  rates  et  surrénales  surnuméraires 
souvent  multiples, le  pancréas  surnuméraire  est  toujours  solitaire. 
Dans  la  plupart  des  faits,. à  un  premier  examen,  il  est  pris  soit 
pour  une  tumeur,  soit  même  pour  un  abcès  tuberculeux  du  duo¬ 
dénum.  . . 

«  La  masse  glandulaire  aberrante  présente  des  caractères 
parfois  si  précis,  que  l’erreur  est  facilement  évitable.  D’ordinaire, 
il  S’agit  d’une  masse  aplatie,  peu  saillante,  logée  sur  l'a  face 
antérieure  du  duodénum,  plus  ou  moins  loin  de  ïa  région  pylo- 
rique,  et  recouverte  par  le  péritoine  viscéral.  Au-dessous  d'e  ce 
dernier,  les  lobules  glandulaires  dessinent  autant  de  petites  saillies 
blanches  et  fermes,  en  tout  comparables,  déjà  àTœilnu,  aux  grains 
glandulaires  du  pancréas.  La  petite  tumeur  ainsi  constituée,,  est 
arrondie  de  manière  assez  régulière,  de  la  largeur  d’une  pièce 
de  1,  2  ou  5  francs,  légèrement  bombée,  sorte  de  disque  d’une 


SÉANCE  DE  6>  JC  IN 


869 


consistance  homogène,  beaucoup  plus  grande  que  celle  des  autres 
parties  du  duodénum.  Sur  la  coupe,  on  reconnaît  sans  peine,  _ 
avant  tout  examen  microscopique,  l’envahissement  total  des 
eoucheS'  constitutives  de  l’intestin,,  par  le  tiissu  glandulaire.  La 
surface  de  la  muqueuse  duodénaie  a  une  apparence  normale. 
L’orifice  du  canal  excréteur  de  la  glande  est  d’ordinaire  invisible 
à  l’ceil  nu..  » 

«  D’autres  fois,  ta  glande  accessoire  est  à  l’instar  du  vrai  pan¬ 
créas,  en  entier  extra-duodénal,  et  ne  tient  que  par  une  de  ses 
extrémités  à  la  surface  de  L'intestin,  qu’elle  ne  pénètre  que  par 
un  fin  canal  excréteur.  » 

Deux  cas  de  Letulle  sont  delà  variété  sous-muqueuse  :  intéres¬ 
sante,  dit-il,  parce  qu’on  la  considéra  comme  un  adénome  de  la 
muqueuse  duodénaie,  sinon  même  comme  un  cancer  au  début,  fis 
forment  une  petite  tumeur  sessile  de  lia  grosseur  d’un  petit  noyau 
de  cerise  recouverte  de  muqueuse  et  mobile  avec  elle  sur  les 
autres  couches  du  canal  intestinal. 

Il  faut  noter  l’absence  constante,  dit  Letulle,  des  îlots  de  Lan¬ 
gerhans,  dont  le  réseau  vasculaire  et  les  cellules  épithélioïdes 
claires  insérées  sur  les  parois  des  capillaires  sanguins,  sont  peut- 
être  l'élément  le  plus  caractéristique  du  pancréas.  Aucun  lobule, 
sur  aucune  des  coupes  de  Letulle,  ne  contenait  trace  d’un  îlot  de 
Langerhans, 

Dans  5  cas,  La;  glande  aberrante  se  trouvait  à  gauche  du  côté 
concave  du  duodénum,  tantôt  à  la  surface,  tantôt  à  la  profondeur 
de  l'intestin,  et  Letulle  l’explique  par  la  persistance  du  bourgeon 
pancréatique  ventral  gauche.  Dans  la  sixième  observation  de 
Letulle,  la  caroncule  minor  du  canal  de  Santorini  faisait,  à  la 
surface  de  l’intestin,  une  saillie  notable  surélevée  elle-même  par 
une  masse  glandulaire  verticale,  longue  de  2  cent.  5,  large  de 
1  centimètre  à'  peine,  à  lobules  absolument  distincts  des  lobules 
de  la  tête  du  pancréas;  Letulle  les  considère  comme  un  dévelop¬ 
pement  autochtone  du  bourgeon  pancréatique  dorsal. 

Dans  cette  si  ihtéressante  communication  de  Letulle,  nous 
voyons  que  dans  tous  ses  cas  le  pancréas  surnuméraire  siégeait  sur 
le  duodénum,  et  il  n’a  pas  de  cas  de  pancréas  gastrique.  Il  pense 
que  la  tumeur  est  toujours  solitaire.  Dans  notre  cas,  nous  avions  à 
la  fois  une  tumeur  gastrique  et  une  tumeur  duodénaie.  Enfin  il 
répète  dans  cette  communication  que  les  îlots  de  Langerhans 
manquent  d’une  façon  constante.  Dans  notre  cas,  les  îlots  de 
Langerhans  sont  très  nets. 

Les  pancréas  accessoires  siègent  habituellement  dans  la  portion 
du  tube  gastro-intestinal  comprise  entre  le  cardia  et  l’abouche¬ 
ment  sur  l’iléon  du  diverticule  omphaLo-mésenlérique. 


870 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Dans  les  63  cas  du  travail  de  Ritter  (10),  21  ont  été  observés 
dans  les  parois  de  l’estomac,  6  dans  le  duodénum,  25  dans  le 
jéjunum,  10  cas  dans  l’iléon. 

Au  point  de  vue  histologique,  le  pancréas  aberrant  se  trouve 
situé  le  plus  souvent  dans  la  sous-muqueuse,  très  souvent  la 
glande  dissocie  la  musculeuse  qui  l’entoure  à  la  façon  d’une  coque. 
Sa  structure  est  celle  du  tissu  pancréatique  type.  Il  existe  en 
général  un  canal  excréteur  principal,  reconnaissable  à  ses  dimen¬ 
sions,  que  l’on  a  pu  suivre  dans  quelques  cas  jusqu’à  la  muqueuse, 
où  il  s’ouvre  par  un  orifice,  sorte  de  caroncule  minor  qui  a  pu  être 
sondée. 

Fréquemment  il  existe  une  hypertrophie  du  tissu  conjonctif  péri 
etinterlobulaire.indiced’une  inflammation  chronique  interstitielle 
(Warthin,  Letulle  et  Vinay). 

L’origine  embryologique  de  ces  formations  pancréatiques  aber¬ 
rantes  ne  nous  arrêtera  pas  longtemps.  Il  est  généralement  admis 
aujourd’hui  que  le  pancréas  se  développe  aux  dépens  de  trois 
ébauches,  et  que  le  manque  d’union  de  l’une  de  ces  trois  portions 
et  son  développement  indépendant  est  l’origine  des  pancréas 
accessoires.  Mais  il  est  possible  également,  suivant  l’opinion 
d’Opie,  qu’à  une  période  initiale  du  développement,  un  rameau 
latéral  du  canal  pancréatique  s’engage  dans  les  couches  de  la 
paroi  intestinale,  et  par  suite  de  la  croissance  longitudinale  de 
l’intestin  soit  porté  à  une  distance  variable  de  l’origine  du  pan¬ 
créas.  Un  nouveau  canal  se  formerait  alors  dans  le  petit  îlot  pan¬ 
créatique,  isolé  de  la  même  façon  que  se  régénère,  après  section ,  le 
canal  pancréatique. 

On  peut  se  demander,  au  point  de  vue  chirurgical,  quelle  est 
l’importance  des  pancréas  accessoires,  s’ils  sont  la  cause  des 
troubles  présentés  par  les  malades,  et,  s’ils  sont  constatés  fortui¬ 
tement  au  cours  des  opérations  abdominales  quelle  doit  être  la 
conduite  à  suivre? 

Les  observations  cliniques  de  pancréas  accessoires  sont  très 
rares. 

Reynier  et  Masson  (4)  ont  publié  en  1909  un  cas  très  intéressant, 
car  c’est  un  cas  obtenu  par  opération.  Il  s’agissait  d’un  homme  de 
trente-sept  ans,  présentant  tous  les  signes  d’un  cancer  pylorique  débu¬ 
tant  :  dilatation,  slase,  hypoacidilé,  amaigrissement.  A  l’opératioD,  on 
trouva  au  niveau  du  pylore  une  tumeur  du  volume  d’un  gros  pois, 
sans  ganglions  voisins.  Pylorectomie  et  G.  E.  Guérison.  Disparition  des 
troubles  stomacaux.  L’examen  histologique  révéla  un  adénome  déve¬ 
loppé  aux  dépens  d’un  pancréas  aberrant. 

Le  malade  de  Ritter  (10),  homme  de  vingt-sept  ans,  présentait, 
depuis  l’âge  de  quinze  ans,  des  crises  douloureuses  abdominales  avec 


SÉANCE  DU  6  JUIN  871 


vomissements,  dont  le  diagnostic  était  ulcère  pylorique  probable.  On 
constata  à  l’intervention  sur  le  duodénum,  à  2  centimètres  du  pylore, 
une  tumeur  très  adhérente,  grosse  comme  un  haricot.  Excision  et 
G.  E.  complémentaire  par  prudence.  Six  mois  après  l’opération,'  le 
malade  avait  augmenté  de  10  livres  et  ne  souffrait  plus.  Examen  micro¬ 
scopique  :  fragment  aberrant  du  pancréas. 

Kazda  (12)  rapporte  le  cas  d’un  homme  de  trente-cinq  ans,  opéré 
en  1921,  qui  souffrait  depuis  1918  de  doul-urs  à  gauche  de  l’épigastre, 
une  demi-heure  après  Iss  repas,  calmées  par  Us  vomissements.  Amai- 
grissemei.t  de  15  kilogrammes  en  deux  mois.  Estomac  dilaté  à  l’inter¬ 
vention,  petit  ulcère  calleux  au  niveau  de  la  petite  courbure  pénétrant 
le  pancréas.  G.  E.  P.  à  10  centimètres  de  l’angle  duodéno-jéjun  •!  ; 
petite  tumeur  que  l’on  prend  pour  un  lipome  sous-séreux  et  qu’on 
extirpe.  Guérison.  Disparition  des  douleurs.  Reprise  rapide  d’embon¬ 
point.  La  coexistence  d’un  P.  A.  avec  un  ulcère  de  la  petite  courbure 
ne  permet  pas  d’utiliser  cette  observation  pour  la  description  clinique 
des  P.  A. 

L’observation  récente  de  Maurice  Letulle  et  Louis  Vinay  (11) 
rappelle  celle  de  Reynier  et  Masson  : 

.  Femme  de  trente-deux  ans,  qui  souffre  depuis  quatre  ans  de  dou¬ 
leurs  gastriques  tardives  après  les  repas,  intolérables  depuis  un  mois. 
Pesanteur  continuelle.  Amaigrissement  de  5  kilogrammes  en  un  mois. 
Douleurs  à  la  palpation  de  l’épigastre.  Aux  rayons,  évacuation  gastrique 
lente.  On  trouve  à  l’opération  l’estomac  légèrement  dilaté,  et  sur  la  face 
antérieure  du  pylore,  à  1  cent.  1/2  de  la  ligne  pylurique,  une  petite 
tumeur  saillante,  du  volume  d’une  noisette  que  l’on  excise.  Suture  sans 
G.  E.  Guérison  opératoire.  Les  suites  éloignées  ne  sont  pas  connues. 

L’observation  rapportée  par  Cohen  (13)  est  un  exemple  analogue  de 
pancréas  accessoire  ayant  déterminé  des  troubles  à  caractère  d’ulcère 
pylorique,  douleur  épigastrique,  une  heure,  une  heure  et  demie  après 
les  repas,  ou  indépendante  des  repas,  irradiant  à  gauche  et  dans  le 
dos,  sous  forme  de  brûlure,  soulagée  par  les  alcalins,  vomissements, 
sensibilité  de  l’épigastre.  Aux  rayons,  image  lacunaire  de  la  région 
pylorique,  duodénum  dilaté,  péristaltisme  exagéré.  On  diagnostique: 
ulcère  pylorique.  On  trouva,  au  pylore  une  tumeur  du  volume  d’une 
noix,  déterminant  un  rétrécissement  considérable  du  canal,  et  aucune 
autre  lésion.  Pylorectomie,  G.  E.  P.  Guérison  maintenue  après  trois  ans. 
L’examen  histologique  révéla  un  pancréas  accessoire  et  un  fait  des 
plus  intéressants,  la  muqueuse  recouvrant  le  nodule  était  ulcérée  dans 
ses  couches  superficielles  :  les  formations  glandulaires  faisaient  défaut  et 
étaient  remplacées  par  des  lymphocytes. 

Deaver  (9),  chez  un  homme  de  cinquante-six  ans,  opéré  pour  des 
symptômes  douloureux  de  l’hypocondre  droit,  trouva  un  nodule  de  la 
paroi  du  duodénum  qu’il  excisa.  Il  existait  une  ulcération  aiguë  et 
chronique  s’étendant  à  la  sous-muqueuse.  Le  malade,  diabétique, 
mourut  le  sixième  jour.  L’examen  histologique  décela  un  pancréas 
aberrant  sans  îlots  de  Langerhans. 


872 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Dans  cette  première  série  de  faits,  la  glande  aberrante  a  déter¬ 
miné  des  phénomènes  mécaniques  qui  ont  fait  penser  à  l’existence 
d’une  sténose  du  pylore. 

Les  symptômes  ne  sont  généralement  pas  aussi  nets. 

Les  observations  suivantes  de  Griep  et  de  Gibson  mentionnent 
des  troubles  gastriques,  sans  caractères  particuliers  : 

Dans  l’observation  de  Griep  (8),  il  existe  une  histoire  de  douleur  gas¬ 
trique  depuis  plusieurs  années  :  pesanteur  continuelle,  crises  doulou¬ 
reuses  violentes,  sans  rapport  avec  jes  repas,  accompagnées  d’éructa¬ 
tions,  mais  sans  vomissements.  L’acide  chlorhydrique  libre  manque 
dans  le  suc  gastrique.  Aux  rayons  X,  on  constate  une  incisure  spasmo¬ 
dique  de  la  grande  courbure  et  une  zone  'douloureuse  résistante  au- 
dessus  et  à  gauche  de  l’ombilic.  A  l’opération,  on  trouve  le  pylore 
induré,  peu  perméable,  et  l’on  fait  une  pyloroplastie.  Mais  en  outre,  à 
l’endroit  de  l’incisure  constatée  à  la  radioscopie,  il  existe  vers  le 
milieu  de  la  grande  courbure  une  petite  tumeur  d’environ  2  centi¬ 
mètres  sur  2,  faisant  saillie,  sous  la  muqueuse,  et  pourvue  d’un  petit 
canal  d’où  s’écoule  à  la  pression  un  peu  de  mucus.  Excision  :  pancréas 
accessoire.  La  musculature  gastrique  voisine  était  très  hypertrophiée. 

Gibson  (5)  rapporte  le  cas  d’une  femme  de  vingt-cinq  ans,  qüi 
souffre  de  la  région  épigastrique  depuis  deux  ans,  avec  des  vomisse¬ 
ments  et  unehématémèse.  L’hypocondre  droit  est  légèrement  sensible. 
On  croit  à  des  coliques  hépatiques.  Sur  la  paroi  antérieure  de  l’estomac, 
à  2  cent,  b  du  pylore,  on  trouve  une  petite'tumeur  circonscrite,  légère¬ 
ment  élevée,  de  la  dimension  d’une  pièce  de  0  fr.  bO,  qu’on  excise. 
Guérison  pendant  quelques  mois,  puis  retour  des  troubles  gastriques. 
Examen  microscopique  :  pancréas  accessoire. 

La  malade  de  Heinrich  (3)  est  opérée  pour  ulcère  de  la  petite  cour¬ 
bure  avec  symptômes  de  sténose  pylorique.  On  trouve  en  outre  sur  le 
jéjunum,  à  30  centimètres  de  l’angle  duodéno-jéjunal  sur  la  convexité 
de  l’intestin,  à  l’opposé  du  bord  mésentérique,  un  pancréas  accessoire 
de  la  grosseur  d’une  noix,  faisant  saillie  à  la  surface,  recouvert  par 
la  séreuse,  faisant  corps  avec  la  paroi  intestinale,  sans  rétrécir  la 
lumière. 

Dans  le  cas  de  Thelemann  (2),  la  constatation  d’un  pancréas  aberrant 
a  été  accidentelle.  A  l’opération  d’une  femme  de  soixante-quatre  ans, 
présentant  les  symptômes  d’une  occlusion  chronique  du  cholédoque, 
on  trouve  un  calcul  obstruant  ce  conduit,  et  en  outre,  sur  la  paroi 
antérieure  du  pylore,  une  tumeur  formée  de  tissu  pancréatique  type. 

Constatation  accidentelle  également  chez  un  des  opérés  de  Cawar- 
dine  et  Short  (7). 

Dans  une  autre  série  de  faits,  le  P.  A.  se  révèle  par  des  compli¬ 
cations  dues  à  l’inflammation  ou  à  la  dégénérescence  de  la  glande. 

Cawardine  et  Short  (6)  mentionnent  le  cas  d’une  pancréatite  aiguë 
d’un  P.  A.  Jeune  fille  de  douze  ans,  présentant  des  symptômes  d’occln- 


SÉANCE  DU  6  TUES 


873 


sien,  vomissements,  sans  douleurs  intenses,  une  selle  légèrement  san¬ 
glante.  L’abdomen  est  normal.  Légère  sensibilité  épigastrique.  On 
diagnostique  :  obstruction  intestinale  haute.  Opération  :  Estomac 
dilaté,  pancréas  normal.  Les  quinze  premiers  centimètres  du  jéjunum 
sont  rouge  vif,  et  la  paroi  est  épaissie  de  plus  d’un  demi-pouce.  A  4  cen¬ 
timètres  de  l’angle  duodéno-jéjunal,  un  lobule  blanchâtre  fait  saillie 
sous  la  séreuse.  Excision  de  la  petite  tumeur.  La  paroi  jéjunale  est  si 
épaissie,  qu’après  suture,  la  lumière  se  trouve  rétrécie,  et  l’on  fait  une 
G.  E.  P.  Mort  cinquante  heures  après.  Le  nodule  excisé  est  un  P.  A.  en 
nécrose  aiguë.  Les  canaux  sont  nettement  visibles  ;  la  plupart  des 
noyaux  sont  troubles  ou  ont  disparu.  Pour  Cawardine  et  Short,  la 
pancréatite  aiguë  a  déterminé  une  inflammation  aiguë  de  la  couche 
musculaire  environnante  du  jéjunum,  au  point  de  produire  l’ohstrucr 
tion. 

Une  observation  de  Mayo  Robson  (d)  concerne  une  pancréatite  chro¬ 
nique  interstitielle  d’un  P.  A..,  constatée  accidentellement,  chez  une 
femme  d’âge  moyen,  qui  souffrait  d’ictère  chronique  par  rétention, 
et  qui  présentait  une  cirrhose  chronique' de  la  tête  du  pancréas. 

Dans  certains  cas,  le  P.  A.  peut  déterminer  la  formation  de 
diverticules  intestinaux. 

Quelques  malades  furent  opérés  pour  invagination  intestinale 
provoquée  par  des  diverticules  renfermant  un  pancréas  acces¬ 
soire.  En  voici  quelques  observations  : 

Brumner  (14)  :  Enfant  de  quatre  ans  et  demi,  opéré  pour  ooelusion 
intestinale,  invagination  de  l’intestin  grêle  à  travers  la  valvule  de 
Bauhin,  avec,  aü  sommet,  petit  nodule  glandulaire,  muni  d’un  pédi¬ 
cule  :  diverticule  intestinal  ayant  subi  un  retournement  complet,  situé 
à  37  centimètres  au-dessus  de  la  valvule  de  Bauhin.  On  constate  au 
sommet,  la  présence  d’un  pancréas  accessoire. 

Kirmisson  et  Bize  (18)  ;  Grisel  et  Bize  (16)  :  Enfants  de  trois  ans  et  six 
ans,  opérés  pour  invagination  intestinale,  par  diverticule  invaginé 
secondairement,  renfermant  dans  sa  couche  musculaire  du  tissu 
pancréatique. 

Albrecht  et  Arzt  (17)  :  Jeune  homme  de  quinze  ans,  opéré  pour  occlu¬ 
sion  intestinale  aiguë.  On  trouve  une  bride,  reste  du  canal  omphalo- 
mésentérique,  qui  étrangle  deux  anses  intestinales  et  se  dirige  d’un 
point  de  l’abdomen,  qui  n’a  pu  être  vérifié,  vers  un  diverticule  de  l’in¬ 
testin  grêle.  Le  diverticule  excisé  contient  du  tissu  glandulaire  pancréa¬ 
tique  typique. 

Thomson  ,[ in  Gibson]  (18)  :  Homme  de  trente-trois  ans,  opéré  en 
péritonite  aiguë,  à  18  pouces  de  la  valvule  iléo-cæcale,  diverticule  en 
doigt  de  gant  qu’on  excise.  Guérison.  A  l’extrémité  distale  du  diver¬ 
ticule,  petite  formation  bien  définie  de  tissu  pancréatique  avec  lobules 
et  canaux. 

Benjamin  (19)  :  Homme  de  trente-neuf  ans,  présentant  à  l'opération 
nne  invagination  de  la  portion  supérieure  du  jéjunum,  produite  par 


874 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


une  petite  tumeur  en  chou-fleur,  dont  le  pédicule  est  implanté  sur  la 
muqueuse  à  peu  de  distance  de  l’angle  duodéno-jéjunal.  Adénome  d’un 
pancréas  accessoire. 

Il  paraît  difficile  de  tracer  un  tableau  clinique  qui  corresponde 
à  la  présence,  le  long  du  tractus  gastro-intestinal,  des  pancréas 
accessoires.  Si  dans  quelques  cas  l'existence  de  la  glande  aber¬ 
rante,  au  niveau  du  pylore,  s’est  traduite  par  des  troubles  méca¬ 
niques  qui  ont  pu  faire  penser  à  une  sténose  ulcéreuse,  dans  la 
plupart  des  observations  les  symptômes  sont  incomplets.  Les 
auteurs  qui  se  sont  efforcés  de  donner  une  description  clinique 
ont  insisté  surtout  sur  les  douleurs  épigastriques,  dont  il  est 
difficile  de  donner  une  pathogénie. 

Ritter  (10)  propose  trois  hypothèses  : 

1°  Le  P.  A.  développé  pendant  la  vie  embryonnaire  reste  sans 
symptômes  pendant  des  années,  puis  entre  en  croissance  et  déter¬ 
mine  alors  des  troubles.  Ritter  apporte  en  faveur  de  cette  pre¬ 
mière  supposition  son  cas  personnel,  dont  les  troubles  sonl  apparus 
au  moment  de  la  puberté. 

2°  Il  se  fait  au  niveau  du  P.  A.  des  contractions  musculaires 
intenses  dans  le  but  de  l’expulser.  On  constate  chez  le  malade  de 
Griep  une  hypertrophie  de  la  musculeuse. 

3°  La  glande  accessoire  augmente  de  volume  au  moment  de  la 
sécrétion,  détermine  des  contractions  de  la  paroi  voisine  et  des 
crises  douloureuses.  Il  est  indéniable  que  le  P.  A.  fonctionne 
physiologiquement,  car  dans  la  majorité  des  cas  on  a  trouvé  des 
granulations  cellulaires  et  des  canaux  évacualeurs.  Mais  l’indé¬ 
pendance  des  crises  d’avec  les  repas  reste  obscure. 

Un  symptôme  que  nous  signalons  et  qui  était  très  net  chez  notre 
malade  est  l 'amaigrissement. 

Le  chapitre  le  plus  intéressant  des  P.  A.  est,  à  cause  de  leur 
situation  dans  l’estomac  et  dans  le  duodénum,  leur  rapport  avec 
les  ulcères  et  avec  le  cancer.  Les  formations  pancréatiques  aber¬ 
rantes  sont  à  rapprocher  à  ce  point  de  vue  des  glandes  de  Brunner, 
anormalement  situées,  et  des  îlots  intestinaux  hétérotopiques 
étudiés  par  MM.  Gosset  et  Masson  au  niveau  de  l’estomac  ( Presse 
médicale ,  16  mars  1912,  n°  22)  et  sur  lesquels  M.  le  Dr  Ramond  a 
insisté  ‘dernièrement  (Soc.  méd.  des  Hôp.,  23  février  1923).  Nous 
avons  déjà  fait  remarquer,  en  1912,  que  ces  formations  peuvent 
présenter  une  résistance  insuffisante  à  un  suc  gastrique  hyper- 
peptique,  et  dans  certaines  conditions  se  laisser  digérer  en  partie. 
D’autre  part.  Socca  et  Bensaude  pensent  que  le  polyadénome 
brunnérien  de  l’estomac  est  une  localisation  aberrante  congéni- 


|  SÉANCE  DU  6  JUIN 


875 


taie  de  glandes  de  Brunner  ( Archives  de  médecine  expérimentale , 
t.  XII,  ’p.  589). 

ün  est  autorisé  à  penser,  du  fait  que  les  glandes  pancréatiques 
aberrantes  sont  physiologiquement  actives,  qu’une  ulcération  de 
la  muqueuse  gastrique  ou  intestinale  peut  être  déterminée  par  le 
suc  pancréatique  sécrété  par  le  pancréas  accessoire. 

Les  observations  relatées  plus  haut  de  Cohen,  et  de  Deaver,  où 
une  ulcération  fut  constatée  sur  la  muqueuse  recouvrant  le  nodule 
pancréatique,  indiquent  des  rapports  possibles  entre  le  pancréas 
accessoire  et  l’ulcère.  Ces  rapports  restent  toutefois  très  problé- 
maliques..Nous  avons  constaté  récemment  la  présence  d’un  îlot 
de  tissu  pancréatique  dans  les  couches  profondes  de  la  paroi 
•gastrique,  au-dessous  d’un  ulcère  cancérisé,  et  nous  nous  propo¬ 
sons  de  revenir  sur  cette  observation  prochainement.  Dans  un 
troisième  cas,  nous  avons,  au  cours  d’une  gastro-entérostomie, 
observé  deux  pancréas  accessoires  sur  la  première  portion  du 
jéjunum. 

Les  modifications  de  la  muqueuse  gastrique  au  niveau  du  petit 
nodule  pancréatique  excisé  dans  l’observation  que  nous  publions 
aujourd'hui  sont  un  fait  en  faveur  d’une  influence  de  voisinage. 

Les  rapports  avec  l’adénome  et  le  cancer  sont  enfin  à  considérer. 
La  transformation  adénomateuse  de  la  glande  pancréatique  aber¬ 
rante  a  été  signalée  par  Thorel  [Virchow' s  Archiv,  1903),  Opie, 
Cohen  (  Virschow's  Archiv ,  1899),  Régnier  et  Masson,  Benjamin. 

Il  n’existe  que  deux  cas  de  transformation  maligne.  Pfôrringer 
(in  Rilter)  a  attribué  l’origine  d’un  cancer  pylorique  à  un  P.  A., 
bien  qu’il  n’ait  pu  trouver  d’image  de  transition  glandulaire  dans 
le  tissu  de  la  tumeur.  Le  seul  cas  prouvé  est  celui  de  Branham 
(Maryland  Med.  J.,  1908,  t.  LI),  qui  fait  une  pylorectomie  pour 
tumeur;  le  professeur  Welch  diagnostique  à  l’examen  microsco¬ 
pique  un  adénome  malin  du  pylore  développé  aux  dépens  d’un 
tissu  pancréatique  aberrant. 

Cés  transformations  adénomateuses  et  malignes  des  P.  A.  sont 
à  rapprocher  des  dégénérescences  analogues  qui  s’effectuent  au 
niveau  des  glandes  de  Brunner  aberrantes,  dont  Socca  et  Ben- 
saude,  Audistère  ont  signalé  des  exemples. 

Conclusions  :  Les  observations  cliniques  complètes  de  P.  A., 
avec  constatations  opératoires  et  suites  éloignées,  ne  sont  pas 
suffisantes  pour  permettre  de  décrire  une  symptomatologie  spé¬ 
ciale  à  ces  formations.  Si  la  glande  aberrante  détermine  des  phé¬ 
nomènes  mécaniques  de  sténose  ou  des  accidents  inflammatoires, 
la  question  de  son  ablation  ne  fait  aucun  doute.  Si  le  P.  A.  n’a  été 
la  cause  d’aucun  trouble  et  que  sa  constatation  soit  accidentelle 
au  cours  d’une  intervention  abdominale,  l’ablation  est  discutable. 


876 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


La  présence  de  ces  tumeurs  au  voisinage  d’une  muqueuse,  baignée 
de  suc  gastrique  actif  (estomac  et  bulbe  duodénal),  peut  jouer  un 
rôle  dans  la  formation  d’une  ulcération.  C’est  pourquoi  il  ÿ  a 
grand  intérêt  à  publier  les  cas  constatés  cm  cours  des  opérations. 


BIBLIOGRAPHIE 


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p.  100  106  ;  3  figures. 

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11.  Maurice  Letulie  et  iLouis  Vinay..  iBwtt.  et  Mém.  Soc.  Anal,  de  Paris, 
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16.  Grisel  ert  Bize  m  Bize,  p.  154. 

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19.  Benjamin.  Annals  of  Surgery,  t.  LVII,  1918,  p,  293-298. 

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p.  243. 

Letulie.  Comptes  rendus  de  la  Soc .  de  Biologie,  10  mars  19Q0,  -p.  233. 


M.  T.  de  Martel.  —  J’ai  eu  l’occasion  de  découvrir,  au  cours 
d’une  intervention,  un  pancréas  accessoire  qui  siégeait  sur  la 
première  anse  jéjunale,  tout  près  de  l’angle  duodéno-jéjunal.  Je 
l’ai  enlevé,  ne  sachant  ce  que  c’était.  Depuis,  j’en  ai  rencontré 
deux  autres <que  je  n’ai  pas  enlevés. 


SÉANCE  DE  6  JUIN 


877 


Présentations  de  malades. 

Pseudarthrose  du  col  du  fémur. 
Vissage  avec  une  vis  d'os  tué  armée. 
Résultat  au  bout  de  deux  ans, 

par  M.  ANTOINE  BASSET. 


L’histoire  de  l’opérée  que  je  vous  présente  est  la  suivante  : 

Cette  femme,  alors  âgée  de  quarante-cinq  ans,  se  fit  au  début  de 
juillet  1920  une  fracture  transcervicale  du  col  du  fémur  droit  dans  des 
conditions,  d’ailleurs,  absolument  classiques  (chute  sur  le  côté  dr oit, 
en  glissant  dans  la  rue). 

Ramenée  chez  elle,  elle  fut  soignée  pour  une  «  luxation  »  de  la 
hanche.  Pour  être  beaucoup  moins  fréquente  que  la  confusion  clas¬ 
sique  avec  la  contusion  de  la  hanche,  qui  est  l’erreur  de  beaucoup  le 
plus  souvent  commise,  cette  confusion  avec  la  luxation  ne  m’est  pas 
inconnue.  Je  l’ai  déjà  rencontrée  plusieurs  fois.  On  ne  fit,  d’ailleurs, 
aucune  tentative  de  réduction  de  cette  soi-disant  luxation. 

On  se  borna  à  faire  du  massage,  et  au  bout  de  six  semaines  la 
malade  commença  à  marcher  avec  des  béquilles.  Même  avec  l’aide  de 
celles-ci  elle  marchait  très  mal,  boitait  fortement  et  souffrait  beaucoup. 

En  octobre  1920,  elle  séjourna  quelques  jours  à  l’hôpital  Saint-Antoine. 
Une  radiographie  montra,  pour  la  première  fois,  qu’il  s’agissait  d’une 
fracture  du  col,  mais  on  aurait  dit  à  la  malade  qu’il  n’y  avait  rien 
d’autre  à  faire  que  du  massage.  Elle  quitta  donc  bientôt  l’hôpital  pour 
rentrer  chez  elle. 

Cependant  comme  elle  ne  constatait  aucun  progrès,  aucun  amélio¬ 
ration  dans  son  état,  elle  revint  à  la  consultation  de  Saint-Antoine  où 
je  la  vis  en  mai  1921. 

Je  la  fis  entrer  à  Lariboisière  dans  le  service  de  mon  maître,  le  pro¬ 
fesseur  Pierre  Duval,  où  je  l’opérai  le  8  juin  1921. 

Intervention  par  la  technique  classique  de  mon  maître,  le  professeur 
Pierre  Delbet.  Le  seul  point  que  je  veuille  signaler  ici,  mais  il  est 
capital,  est  le  suivant  :  le  vissage  fut  fait  avec  une  grosse  vis  d'os  tué 
de  chez  Leclerc  (os  de  bœuf)  armée  en  son  centre  d'une  tiye  d'acier. 
Suites  normales.  Traitement  post- opératoire  habituel  par  le  massage, 
la  mobilisation  d’abord  passive,  puis  active,  la  marche  avec  une  chaise, 
puis  avec  deux,  et  ensuite  une  canne,  les  exercices  d’accroupissement. 

Mon  opérée  quitta  l’hôpital  le  1er  septembre  1921,  marchant  d’ail- 


878 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


leurs  encore  très  mal,  quoique  la  coaptation  fût  bonne  et  la  vis  en 
bonne  place,  ainsi  qu’en  témoigne  la  radiographie. 

Le  16  septembre  1921,  quand  je  revis  la  malade,  les  progrès  n’étaient 
pas  encore  très  marqués.  Avec  une  canne,  la  marche  était  assez  bonne, 
mais  sans  canne  la  boiterie  était  encore  accentuée. 

Il  y  a  là,  avec  l’excellence  du  résultat  actuel,  un  contraste  frap¬ 
pant  sur  lequel  je  voudrais  m’arrêter  un  instant. 

Il  est,  chez  les  opérés  de  pseudarthrose  un  peu  ancienne  du  col 
du  fémur,  une  constatation  que  nous  avons  souvent  faite  avec 
M.  Delbet,  et  qu’il  importe  de  mettre  en  évidence.  C’est  le  long¬ 
temps  nécessaire  pour  obtenir  le  maximum  de  l’amélioration 
fonctionnelle.  Très  souvent  plusieurs  mois,  parfois  près  dé  un  an 
après  l’opération,  ces  malades  qui  circulent  depuis  déjà  long¬ 
temps,  et  parfois  avec  une  seule  canne,  marchent  encore  assez 
mal.  Ils  traînent  leur  membre  inférieur,  né  s’appuient  presque 
pas  sur  lui,  boitent,  et  retombent  tout  de  suite  sur  le  membre 
sain.  Cela  tient,  je  crois,  à  deux  causes  :  1°  leur  vieille  impotence 
a  entraîné  une  grosse  atrophie  musculaire  ;  2°  ces  malades,  désha¬ 
bitués  delà  marche,  sont  timorés  et  craintifs.  Hantés  par  la  crainte 
que  leur  hanche  ne  soit  pas  assez  solide  pour  les  porter,  et 
d’ailleurs  souffrant  encore  un  peu  quand  ils  marchent,  ils  n’osent 
pas,  malgré  les  encouragements  qu’on  leur  donne,  s’appuyer 
franchement  sur  leur  membre  opéré.  Il  faut  des  mois,  souvent, 
pour  qu’ils  refassent  des  muscles  et  pour  qu’ils  se  débarrassent 
de  cette  crainte  inhibitrice.  Puis  quand  la  confiance  leur  revient, 
tout  change,  et  l’on  est,  à  partir  de  ce  moment,  quand  on  n’a  pas 
la  grande  habitude  de  ces  malades-là,  aussi  étonné  de  la  rapidité 
de  leurs  progrès  qu’on  était,  dans  les  premiers  mois,  fâcheuse¬ 
ment  impressionné  par  leur  lenteur. 

Le  résnltat  actuel  est  remarquablement  bon. 

Mon  opérée  porte  à  droite  une  talonnette  d’environ  2  centimètres  de 
haut  qui  compense  le  léger  raccourcissement  qu’elle  a  naturellement 
conservé.  Grâce  à  cela,  la  marche  est,  sans  canne,  sans  aucun  appui, 
presque  parfaite.  Il  faut  faire  très  attention  pour  voir  que  cette  femme 
a  eu  une  fracture  du  col  du  côté  droit.  On  peut  dire  qu’elle  ne  boite 
pas.  Elle  ne  souffre  plus.  Elle  s’assied  et  s’accroupît  facilement,  monte 
et  descend  un  escalier  sans  difficulté,  et  peut  très  bien,  levant  le  pied 
gauche,  se  tenir  debout  sur  son  membre  inférieur  droit.  L’attitude  du 
pied  est  bonne,  et  non  seulement  il  n’y  a  plus  de  rotation  externe 
pathologique,  mais  par  comparaison  avec  le  pied  gauche  il  y  aurait 
plutôt  un  peu  d’hypercorrection. 


L’examen  des  radiographies. est  toutà  fait  intéressant.  Sur  celles 


SÉANCE  DU  6  JUIN 


quej’ai  fait  faire  enjuin  1921  (fig.  1),  soit  près  de  douze  mois  après 
la  fracture,  on  constate  ceci.  La  tête,  non  décalcifiée,  n’est  pas  au 
contact  direct  du  massif  trochantérien  et  l’absence  de  consolida¬ 
tion  est  très  nettement  visible.  Le  fragment  inférieur  en  forle 
rotation  interne,  ainsi  qu’en  témoigne  la  grosse  saillie  du  petit 
trochanter,  est  fortement  remonté;  le  sommet  du  grand  trochanter 
est  à  la  hauteur  du  toit  du  cotyle.  Le  fragment  céphalique  du  col 
est  très  court,  le  segment  trochantérien  a  presque  disparu.  Sur  la 
radiographie  de  profil,  la  pseudarthrose  se  voit  aussi  très  bien. 

Les  deux  clichés  post-opératoires  montrent  que  la  réduction  et 
la  coaptation  sont  bonnes  (fig.  2j.  Le  fragment  diaphysaire  est 
nettement  moins  remonté.  De  face  et  de  profil,  la  vis  est  en  très 
bonne  place. 

Un  cliché  de  face,  pris  un  mois  et  demi  après  l'opération,  montre 
peu  de  changements.  Il  y  a  cependant  un  début,  encore  très  dis¬ 
cret,  de  résorption  de  la  vis.  On  s’en  rend  compte  en  regardant' 
attentivement  les  bords  de  l’ombre  de  celle-ci. 

Sur  le  cliché  fait  trois  mois  après  l’intervention  (fig.  3),  le  travail 
de  résorption  de  l’os  tué  est  déjà  considérable.  Néanmoins  la  pseud¬ 
arthrose  est  encore  très  visible  et  l’espace  qui  sépare  les  deux 
fragments  apparaît  encore  nettement  au-dessus  de  la  vis. 

L’aspect  est  tout  à  fait  différent  sur  la  radiographie  faite  hier, 
deux  ans  après  l’opération  (fig.  4). 

Le  cal  osseux  est  évident  sur  toute  la  hauteur  du  col,  qui  est 
reconstitué.  Au  centre  de  celui-ci,  on  ne  voit  plus  du  tout  la  vis 
d’os  mort.  Ce  que  l’on  voit  à  sa  place,  c’est  autour  de  la  tige 
d’acier  un  long  couloir  clair,  à  bords  irréguliers,  qui  représente 
en  quelque  sorte  le  moule  en  creux  de  la  vis,  la  cavité  qu’elle 
occupait  primitivement.  On  ne  voit  plus  de  la  vis  que  la  tète,  qui 
fait  saillie  hors  du  grand  trochanter.  Encore  est-elle  en  partie 
rongée,  et  beaucoup  plus  transparente  qu’au  début.  Mais  toute  la 
partie  intra-osseuse  de  la  vis  a  disparu. 

Les  deux  faits  importants  mis  en  évidence  par  cette  dernière  et 
récente  radiographie  sont  : 

D’une  part,  l’existence  d’un  cal  osseux; 

D’autre  part,  la  disparition  de  la  cheville  d’os  tué. 

Depuis  combien  de  temps  la  cheville  d’os  tué  a-t-elle  complète¬ 
ment  disparu?  Faute  de  radiographies  faites  en  série  tous  les 
mois  ou  tous  les  deux  mois,  depuis  un  an  et  demi,  il  est  impossible 
d’élucider  ce  point  intéressant. 

Mais  en  tous  cas  le  fait  en  lui-même  de  la  disparition  complète 
(sur  la  radiographie)  de  la  cheville  osseuse  dans  tout  son  segment 
intra-osseux  contraste  avec  la  conservation  relative  du  segment 
extra-osseux  encore  bien  visible  (quoique  raréfié  et  rongé)  à  la 


SOCIETE  DE  CHIRURGIE 


face  externe  du  grand  trochanter.  Il  contraste  aussi  très  forte¬ 
ment  avec  ce  que,  comme  M.  Delbet,  j'ai  toujours  vu  se  passer 
pour  les  auto-greffons  péroniers.  J’ai  en  effet  écrit,  et  à  plusieurs 
reprises  figuré  dans  mon  livre  sur  les  Fractures  du  col,  que  chez 
des  opérés  de  pseudarthrose,  porteurs  d’un  auto-greffon  péronier, 
nous  avons  vu  celui-ci  rester  parfaitement  visible  sur  des  radio¬ 
graphies  faites  seize  mois,  deux  ans,  trois  ans  et  quatre  mois,  et 
jusqu’à  cinq  ans  après  l’opération. 

La  question  de  l’évolution  des  divers  greffons  d’os  frais  ou  d’os 
tué  est  certes  très  intéressante.  Elle  a  déjà  été  traitée  ici  même 
par  M.  Cunéo,  par  Leriche  et  Policard,  par  Regard.  Mais  c’est 
une  très  grosse  question  que  je  ne  veux  et  ne  peux  pas 
reprendre  aujourd’hui  à  propos  d’une  simple  présentation  de 
malade. 

Je  dirai  seulement  ceci.  La  disparition  complète  de  la  cheville 
d’os  tué  cadre  avec  ce  que  j’ai  déjà  vu.  J’ai  en  effet  publié  ailleurs 
{Journal  de  Chirurgie,  t.  XVII)  deux  observations  de  pseud- 
arlhroses  opérées  par  moi  par  enchevillement  avec  une  vis  d'os 
tué  pareille  à  celle  du  cas  présent  (quoique  non  armée).  Or,  la  ra¬ 
diographie  post-opératoire  montre  dans  un  cas,  quatre  mois  après 
l’opération,  une  résorption  presque  complète  des  deux  segments 
intra-trochantérien  et  intra-capital  de  la  vis  d’os,  alors  que  le 
segment  intermédiaire,  qui  forme  pont  entre  les  deux  fragments, 
est  intact.  Dans  un  autre  cas,  au  bout  de  deux  mois  et  demi,  le 
début  de  la  résorption  est  déjà  bien  visible. 

D’autre  part,  dans  la  séance  du  8  décembre  1920,  Leriche  et 
Policard  estimaient  qu’il  y  avait  lieu  de  faire  des  réserves  théo¬ 
riques  sur  l’emploi  de  la  vis  armée,  car,  disaient-ils,  «  il  pourrait 
très  bien  arriver  que  l’absorption  se  produise  sans  que  la  consoli¬ 
dation  se  fasse  et  que  finalement  on  se  trouve  en  présence  d’une 
simple  prothèse  métallique  dans  un  tunnel  trop  large  ».  Quoique 
n’ayant  la  valeur  que  d’un  simple  fait,  mon  observation  actuelle 
prouve  que  la  vis  d’oslué  armée  est  capable  d’amener  la  consoli¬ 
dation  osseuse  d’une  pseudarthrose  du  col.  Comme  nous  savons 
par  ailleurs  que  la  fracture  des  greffons  n’est  pas  rare,  qu’elle  a 
môme  été  souvent  constatée  dans  les  cas  de  vis  d’os  tué,  on  peut 
supposer,  et  pour  ma  part  je  serais  assez  disposé  à  le  croire,  que 
l’adjonction  d’une  tige  d’acier  au  centre  de  la  vis  a  peut-être  évité 
la  fracture  de  celle-ci,  bien  que  je  n’aie  pas,  comme  le  suggéraient 
Leriche  et  Policard,  attendu  pour  faire  lever  la  malade  sans  appa¬ 
reil  de  contention,  que  l’absorption  ait  été  terminée  et  la  pseud¬ 
arthrose  consolidée.  Il  semblerait  donc  que  l’adjonction  d’une  tige 
d’acier  au  centre  des  vis  d’os  tué  soit,  comme  le  pense  Heitz-Boyer, 
une  amélioration  importante  et  une  adjonction  presque  indispen- 


SÉANCE  DU  6  JUIN 


883 


sable  lorsqu’on  emploie  de  pareilles  vis  dans  le  traitement  des 
pseudarthroses  du  col  du  fémur. 

Il  resterait  enfin  à  se  demander  :  1°  quelle  part  revient  dans 
l'édification  du  cal  osseux  à  la  présence  de  la  vis  d’os  tué  et  à  sa 
résorption  progressive.  En  principe,  cette  part  me  paraît  certaine 
et  probablement  considérable,  mais,  ne  voulant  pas  me  lancer 
dans  une  discussion  théorique,  c’est  tout  ce  que  je  puis  en  dire 
actuellement;  2°  ce  qui  va  se  passer  dans  l’avenir  et  si  la  présence 
de  la  tige  d’acier  dans  le  col,  à  l’intérieur  de  ce  qui,  sur  la  radio¬ 
graphie,  paraît  être  une  cavité  laissée  par  la  disparition  de  l’os 
tué,  ne  risque  pas  de  provoquer,  comme  on  l’a  prétendu  pour  les 
corps  étrangers  métalliques  intra-osseux  en  général,  une  résorp¬ 
tion  progressive  du  col  qui  en  compromettrait  gravement  la  soli¬ 
dité  et  risquerait  même  de  favoriser  une  nouvelle  fracture.  Seul 
l’avenir  répondra.  Je  surveillerai  cette  malade  et  surtout  je  lui 
demanderai  de  se  soumettre  périodiquement  à  des  examens  radio¬ 
graphiques  pour  pouvoir  lui  enlever  sa  tige  d’acier  en  temps  utile 
si  la  résorption  osseuse  augmentait.  Si  je  suis  obligé  d’en  arriver 
là,  nous  en  tirerons  un  enseignement  précieux.  La  présence  de  la 
tige  d’acier,  excellente  et  peut-être  indispensable  pour  éviter  la 
fracture  de  la  vis  pendant  les  premiers  mois  qui  suivent  l’opéra¬ 
tion  et  jusqu’à  la  consolidation  osseuse  de  la  pseudarthrose, 
deviendrait  nuisible  et  dangereuse  ensuite  lorsque  l’os  tué  aurait 
disparu.  Il  faudrait  alors  en  faire  systématiquement  l’ablation. 


Curiethérapie , 
par  M.  DE  NABTAS. 

1°  Néoplasme  ulcéré  de  la  langue  traité  par  curiethérapie  avec 
retour  ad  integrum  maintenu  depuis  onze  mois  ; 

2°  Néoplasme  ulcéré  de  la  langue  un  mois  après  le  traitement 
curiethérapique  :  aucune  radiumdermite  ; 

3°  Néoplasme  spino-cellulaire  de  la  région  parotidienne  à  index 
caryokinétique  faible  guéri  par  une  application  curiethérapique 
de  trente-six  jours. 


884 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Genou  à  ressort. 

Extirpation  du  ménisque  en  luxation  intermittente.  Guéiison, 
par  M.  P.  HALLOPEAU. 


La  fillette  que  je  vous  présente,  âgée  de  douze  ans,  m’a  éfé 
amenée  à  Trousseau,  le  lOavril  dernier,  pour  troubles  de  la  marche. 
Ceux-ci  consistaient  en  un  ressaut  douloureux  se  produisant 
dans  le  genou  droit  à  chaque  mouvepient  d’extension  et  de  flexion. 

L’enfant  avait  fait  une  chute  pendant  la  guerre,  avec  torsion  du 
genou;  mais  il  y  avait  seulement  trois  mois  que  les  troubles 
étaient  apparus.  La  douleur  était  forte,  surtout  dans  le  mouve¬ 
ment  d’extension,  si  bien  que  la  malade  gardait  le  genou  demi- 
fléchi.  En  marchant,  la  claudication  était  manifestent  du  reste 
l’enfant  marchait  peu,  le  ressaut  se  produisant  à  chaque  pas. 

A  l’examen,  le  genou  ne  paraît  pas  augmenté  de  volume  ;  il  y  a 
cependant  un  léger  épanchement  avec  choc  rotulien.  Le  cul-de-sac 
supérieur  n’est  pas  épaissi  ;  la  masse  graisseuse  sous-rotulienne 
l’est  un  peu.  Il  n’y  a  pas  de  mouvements  de  latéralité.  L’exten¬ 
sion  se  fait  complètement,  la  flexion  presque  complètement.  Mais 
en  arrivant  à  l’angle  droit,  dans  un  sens  comme  dans  l’autre,  on 
a  l’impression  d’un  ressaut,  comme  si  le  tibia  franchissait  un 
obstacle.  Le  ressaut  est  plus  marqué  dans  la  flexion.  Il  est  dou¬ 
loureux  dans  chaque  sens.  Le  quadriceps  est  un  peu  atrophié. 
L’autre  jambe  est  normale. 

La  radiographie  ne  donne  aucun  renseignement.  La  diagnostic 
étant  celui  de  luxation  du  ménisque  externe,  j’interviens  le 
18  avril,  sous  anesthésie  générale.  Après  incision  externe  un  peu 
oblique  de  haut  en  bas,  et  d’arrière  en  avant,  pour  ménager  les 
fibres  aponévrotiques,  la  synoviale  est  largement  ouverte.  Elle 
est  rouge  et  comme  enflammée  sur  toute  sa  surface.  On  peut  alors 
voir  très  aisément  le  mécanisme  du  ressaut  qui  se  fait  sous  les 
yeux.  Il  est  dû  à  la  partie  postérieure  du  ménisque  externe, 
détachée  de  ses  insertions  et  venant  s’interposer  entre  le  condyle 
et  le  plateau  tibial.  Au  moment  où  la  flexion  atteint  l’angle  droit, 
on  voit  le  condyle  fémoral  sauter  par-dessus  la  partie  postérieure 
du  ménisque  qui  passe  entièrement  en  avant  de  lui.  C’est  donc 
une  luxation  intermittente  se  produisant  à  chaque  flexion  et'qui 
se  produisait  à  chaque  pas.  Il  fallut  réséquer  toute  la  moitié  pos¬ 
térieure  du  ménisque  pour  faire  disparaître  le  phénomène;  car 


SÉANCE  DU  6  JUIN 


885 


une  résection  partielle  se  montra  insuffisante.  Suture  par  plans. 

La  mobilisation  est  commencée  au  bout  de  quarante-huit  heures, 
car  une  mobilisation  hâtive  m’a  toujours  paru  nuisible. 

L’enfant,  assez  craintive,  mit  quelque  temps  à  se  décider  à 
marcher.  A  sa  sortie,  le  13  mai,  elle  marchait  bien  et  sans  souf¬ 
frir.  Ce  résultat  s’est  maintenu  ;  aujourd’hui  l’enfant  marche  sans 
boiter  et  le  genou  ne  présente  pas  de  mouvements  de  latéralité. 


Présentation  de  radiographie. 

Suture  de  la  rotule  au  fil  d'argent. 

Rupture  et  migration  de  fragments  dans  le  creux  poplité, 

par  M.  PL.  MAUCLA1KE. 


Voici  la  radiographie  d’un  malade  qui  a  eu  une  fracture  de  la 
rotule  suturée  il  y  a  vingt  ans  par  Lucas-Championnière.  Je  viens 
de  le  soigner  dans  mon  service  pour  un  kyste  du  creux  poplité 
du  côté  opposé  à  la  fracture. 

La  radiographie  montre  que  la  partie  intra-articulaire  du  fil  est 
disparue.  La  face  postérieure  articulaire  de  la  rotule  est  irrégu¬ 
lière.  La  partie  antérieure  et  le  nœud  du  fil  sont  en  place. 

Sur  une  radiographie  de  profil,  on  voit  dans  le  creux  poplité 
un  premier  fragment  tout  contre  la  face  antérieure  de  la  capsule 
à  sa  face  antérieure.  Au-dessous,  tout  contre  la  face  postérieure 
du  tibia,  on  voit  trois  autres  petits  fragments.  Ce  qui  est  particu¬ 
lier,  c’est  que  le  fonctionnement  du  genou  est  absolument  normal 
et  non  douloureux.  11  n’a  jamais  été  douloureux  pendant  la 
migration  du  fil. 

Je  crois  pouvoir  déduire  de  ce  fait  que  le  cerclage  vaut  mieux 
que  la  suture  osseuse  avec  fil,  intra-articulaire  par  sa  partie  posté¬ 
rieure. 

M.  Lenormant  relate  des  cas  de  rupture  de  fils  d'argent  employés 
pour  d’autres  cerclages. 

M.  Savariaud.  —  Je  demanderai  à  notre  collègue  Lenormant 
si,  malgré  l’accident  dont  il  parle,  ses  opérés  sont  restés  guéris. 

M.  Lenormant  répond  affirmativement. 


886 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRHRG1E 


M.  Mauglaire.  —  J’ai  montré  la  radiographie  à  cause  de  la 
migration  si  éloignée  des  fragments  du  fil  d’argent  et  cela  sans 
troubles  fonctionnels,  ce  qui  est  bien  étonnant.  Quant  au  traite¬ 
ment  des  fractures  des  rotules,  dans  les  cas  simples,  je  fais  le 
cerclage  avec  un  gros  catgut  chromé. 


Le  Secrétaire  annuel, 
M.  Gmbrédanne. 


SÉANCE  DU  13  JUIN  1923 


Présidence  de  M.  Mauclaire. 


Procès-verbal. 


La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  mise 
aux  voix  et  adopt  ée. 


Correspondance. 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  périodiques  de  la  semaine. 
2°.  —  Une  lettre  de  M.  Dujarier  s’excusant  de  ne  pouvoir 
assister  à  la  séance. 


A  propos  de  la  correspondance. 

Un  travail  de  M.  Cotte  (de  Lyon),  membre  correspondant, 
ayant  trait  au  Traitement  du  prolapsus  chez  les  femmes  âgées, 
question  à  l’ordre  du  jour. 


M.  le  Président  annonce  que  M.  Guillaume-Louis  (de  Tours), 
membre  correspondant,  assiste  à  la  séance. 


A  propos  du  procès-verbal. 

A  propos  du  mémoire  de  \1M.  Gosset,  G.  Loewj  et  Ivan  Bertrand 
sur  les  pancréas  aberrants. 

M.  À.  Caucboix.  —  Dans  leur  mémoire  sur  les  pancréas  aber¬ 
rants,  M.  Gosset  et  ses  collaborateurs  ont  fait  allusion  aux  inflam¬ 
mations  dont  peuvent  être  le  siège  ces  glandes  pancréatiques 

BULL.  BT  MÉM.  DB  LA  SOC.  DB  CHIR.,  1923.  — ^N°  21.  66 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


accessoires.  Je  désire  apporter  ici,  à  ce  propos,  l’observation  qui 
va  suivre  :  les  conclusions  à  en  tirer  m’avaient,  jusqu’à  mainte¬ 
nant,-,  paru  assez  obscures;  elles  me  semblent  être  plus  nettes 
après  la  lecture  du  travail  de  M.  Gosset,  il  est  toutefois  possible 
que  vpus  ne  le  considériez  pas  comme  au-dessus  de  toute  critique. 

En  septembre  dernier,  alors  que  je  remplaçais  mon  maître 
M.  Savariauid  dans  son  service  de  l'hôpital  Beaujon,  un  malade 
me  fut  adressé  de  la  clinique  du  professeur  Achard  avec  le 
diagnostic  eh’ulcère  de  la  petite  courbure  de  l’estomac. 

U  s'agissait  d'un  Japonais  de  trente-quatre  ans,  an  passé  gastrique 
très  chargé,  extrêmement  émacié  et  même  cachectique.  Je  l’opérai 
le  14  septembre  1922  et,  l’abdomen  ouvert,  je  constatai  l’existence,  le 
long  de  la  petite  courbure,  d’une  épaisse  callosité  dont  le  maximum 
siégeait  à  la  hauteur  de  l’antre  pylorique,  mais  qui  remontait 
jusqu’à  une  courte  distance  du  cardia.  Le  malade  me  parut  trop 
affaibli  pour  supporter  une  gastrectomie'  qui  devait  être  nécessai¬ 
rement  très  étendue  et  je  jugeai  prudent  de  me  contenter  d'une 
'  gastro-entérostomie. 

En  relevant  le  côlon  traosverse  pour  exécuter  celle-ci,  je  perçus  dans 
le  ligament  gastro-colique,  immédiatement  à  droite  de  la  ligne 
médiane,  une  tuméfaction  anormale,  de  consistance  dure,  s’étendant 
verticalement  de  l’estomac  au  côlon  transversè  et  latéralement  sur 
une  largeur  de  3  centimètres  environ.  Aucun  ganglion  n’était  visible 
ni  palpable  le  long  de  la  grande-courbure.  L’extirpation  de  cette  masse 
dure  me  sembla  opportune  ;  elle  fut  loin  d’être  facile  ;  quoique  n’adhé¬ 
rant  pas  à  la  profondeur,  ses  limites  latérales  étaient  assez  peu  nettes, 
elle  était  côtoyée  par  des  gros  vaisseaux  épiploïques  et  coliques  :  la 
séparation  d’avec  le  côlon  transverse  fut  relativement  aisée,  mais  du 
côté  de  l’estomac  la  fusion  était  si  intime,  que  la  musculeuse,  puis  la 
muqueuse,  furent  intéressées  et  la  cavité  gastrique  ouverte  suivant  une 
fente  irrégulière,  parallèle  à  la  grande  courbure.  Cette  brèche  fut 
fermée  en  deux  plans,  l’épiploon  gastro-colique  fut  reconstitué  et  je 
terminai  l’opération  par  une  gastro-entérostomie  postérieure  à  bouche 
large,  faite  sur  la  ligne  médiane,  immédiatement  à  gauche  de  la  zone 
d’adhérence  de  la  tumeur  à  l’estomac. 

Le  malade  quitta  l’hôpital  Te' '7  octobre  1922;  à  l’écran  radiosco¬ 
pique,  le  fonctionnement  de  l’anastomose  gastro-jéjunale  paraissait 
être  normal.  L’examen  histologique  de  la  pièce  enlevée  dans  le  liga¬ 
ment  gastro-colique  n’y  montra  que  l’existence  de  tissu  inflamma¬ 
toire,  amas  diffus  de  cellules  rondes,  plus  des  altérations  vasculaires 
si  accentuées  que  l’hypothèse  de  syphilome  juxta-gastrique  fut  envi¬ 
sagée  :  la  recherche  de  la  réaction  de  Bordet-Wassermann  et  l’étude 
des  antécédents,  qui  furent  négatifs,  ne  permirent  pas  de  confirmer 
cette  opinion. 

Le  21  novembre  suivant,  le  malade  revient,  les  troubles  digestifs  se 
sont  beaucoup  atténués  pendant  les  trois  semaines  consécutives  à  la 


SÉANCE  DO  13 


sortie  de  l’hôpital;  le  malade  avait  augmenté  de  poids,  mais  depuis  le 
début  de  novembre  les  vomissements  reparurent  de  plus  en  plus 
fréquents,  avec  amaigrissement  très  rapide.  A  l’examen,  on  percevait 
en  arrière  de  la  cicatrice  médiane  de  l’incision  opératoire  une  sen¬ 
sation  de  plastron  inflammatoire,  extrêmement  douloureux  à  la 
pression.  La  température  était  normale  et  à  l’examen  radioscopique 
la  pâte  barytée  tend  à  s’engager  dans  la  bouche  gastro-jêjunale,  puis 
reflue  immédiatement;  une  petite  quantité  seulement  franchit  le 
pylore,  le  reste  demeure  dans  l’estomac  d’où  il  sera  expulsé  par  les 
vomissements. 

Je  me  proposais  de  rechercher  par  une  deuxième  opération  la  cause 
de  la  sténose  de  la  bouche  gastro-jéjunale,  quand,  après  quelques 
jours,  la  température  descendit  au-dessous  de  la  normale  et  le  malade 
succomba  le  28  novembre  1923. 

A  l’autopsie,  on  découvrit  sur  la  face  antérieure  de  l’estomac  des 
petites  taches  blanches  circulaires  caractéristiques  de  la  nécrose 
graisseuse  pancréatique  :  ces  taches,  de  plus  en  plus  confluentes  à 
mesure  qu’on  se  rapprochait  de  la  grande  courbure,  étaient  aussi 
disséminées  sur  le  grand  épiploon  ;  enfin,  le  ligament  gastro-colique 
était  complètement  infiltré  par  une  coulée  blanche,  cireuse,  qui  se  pro¬ 
longeait  à  gauche  autour  de  l’anastomose  gastro-intestinale  comprimant 
celle-ci  et  l’origine  de  l’anse  efférente  et  réduisant  l’orifice  aux  dimen¬ 
sions  d’une  plume  d’oie.  Les  muqueuses  gastrique  et  intestinale  se 
continuaient  sans  aucune  perte  de  substance,  le  duodénum  et  l’anse 
jéjunale  en  amont  de  l’anastomose  étaient  très  dilatés.  Après  section 
du  cardia  et  du  petit  épiploon,  l’estomac  est  rabattu  en  bas,  il  n’existe 
aucune  adhérence  anormale  de  sa  paroi  postérieure  avec  le  pancréas  : 
celui-ci,  soigneusement  exploré,  ne  montre  aucune  altération  macro¬ 
scopique,  eu  particulier  aucune  lésion  de  stéatonécrose  analogue  à 
celle  qui  existait  le  long  de  la  grande  courbure. 

De  par  ces  constatations  nécropsiques,  le  diagnostic  de  nécrose 
graisseuse  d’origine  pancréatique  ne  semble  pas  pouvoir  être 
mis  en  doute.  Cette  découverte  ne  cadre  guère  avec  l’intégrité 
de  la  glande  principale,  aussi  directement  constatée  ;  une 
lésion  du  pancréas,  produite  lors  de  l’opération,  n’aurait  été  pos¬ 
sible  que  dans  deux  occasions  :  lors  de  la  séparation  d’un  ulcère 
térébrant  de  la  face  postérieure  de  l’estomac  adhérant  au  pancréas, 
mais  cette  face  postérieure  était  demeurée  libre;  d’autre  part,  la 
tumeur  inflammatoire  située  le  long  de  la  grande  courbure  de 
l’estomac  ne  s’infiltrait  pas  dans  la  profondeur,  et  il  ne  paraît  pas 
possible  que  le  pancréas  ait  été  lésé  lors  de  son  exérèse. 

Après  la  lecture  du  travail  de  Al.  Gosset,  je  me  demande  si  la 
tumeur  développée  dans  le  ligament  gastro-colique,  si  adhérente 
à  l’estomac  que,  en  l’enlevant,  la  cavité  de  celui-ci  fut  ouverte,  ne 
représentait  pas  une  glande  pancréatique  aberrante  au  stade 
d’inflammation  chronique.  Coexistant  avec  un  volumineux  ulcère 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


de  la  petite  courbure,  elle  ne  jouait,  sans  doute,  aucun  rôle 
dans  la  genèse  des  accidents  présentés  par  le  malade  avant 
l'opération.  Mais  l’ablation  difficile,  et  sans  doute  incomplète,  de 
cette  masse  inflammatoire  a  dû  en  modifier  l’évolution  ;  l’inflam¬ 
mation  lente,  chronique,  torpide,  est  devenue  une  nécrose  grais¬ 
seuse  qui,  diffusant  de  proche  en  proche,  a  finalement  déterminé 
l’obstruction  de  l’anastomose  gastro-jéjunale. 


Pancréas  accessoire. 

M.  J.-L.  Roux-Berger.  —  J’ai  observé  un  cas  de  pancréas 
accessoire  dans  les  circonstances  suivantes  : 

Observation  (résumée).  —  L.  A...,  quarante-huit  ans,  est  opéré  avec 
le  diagnostic  d’ulcère  pyloro-duodénal.  Opération  le  18  décembre  1922, 
à  l’hôpital  Lariboisière,  service  du  Dr  Wiart.  Je  trouve  un  estomac 
petit;  antre  pylorique  et  première  portion  du  duodénum  très  rouges; 
toute  la  face  postérieure  de  l’antre  adhère  intimement  au  méso-côton 
transverse.  Pas  de  zone  nettement  indurée  :  mais  sur  la  face 
antérieure  de  la  première  portion  du  duodénum,  tout  près  de 
l’angle,  existe  une  petite  tumeur,  du  volume  d’une  cerise  environ, 
gris  rosée,  assez  dure,  et  bien  fixée  sur  la  paroi  du  duodénum.  Malgré 
l’aspect  très  particulier  de  cette  formation,  je  pense  qu’il  pourrait 
s’agir  d’un  nodule  cancéreux  et  je  coupe  le  duodénum  au  delà, 
c’est-à-dire  très  loin. 

Fermeture  du  duodénum  difficile  et  peu  satisfaisante  ;  trois  plans 
avec  épiplooplastie.  Implantation  gastro-jéjunale,  après  rétrécissement 
partiel  de  la  section  gastrique. 

Suites  immédiates  très  bonnes.  Mais  au  dixième  jour  s’est  constituée 
une  fistule  duodénale,  et  apparaissent  des  vomissements. 

Radioscopie  —  Stase  gastrique  par  insuffisance  de  la  bouche  gastro- 
jéjunale  trop  étroite.  Opération  (8  février  1923).  Libération  de  la  gra-de 
courbure  (adhérences)  et  large  gastro-jéjunostomie  pré-colique,  placée 
sur  la  grande  courbure  au  point  le  plus  réclive.  Suites  très  satisfai¬ 
santes.  Arrêt  des  vomissements,  diminution  de  l’écoulement  duodénal. 
En  mai  1923,1a  fistule  parait  définitivement  fermée;  fonction  gas¬ 
trique  et  état  général  très  bons. 

Examen  histologique  (D*  Joly).  —  1°  Petite  tumeur  ovoïde  de  la  face 
antérieure  du  duodénum. 

La  coupe  montre  une  muqueuse  intestinale  avec  épithélium  cylin¬ 
drique  et  glandes  en  tubes.  L’aspect  paraît  normal,  mais  le  tissu 
interstitiel  est  peut-être  un  peu  plus  infiltré  de  lymphocytes.  Dans  la 
sous-muqueuse,  on  trouve  des  lobules  de  glandes  acineuses  muqueuses 
qui  correspondent  aux  glandes  de  Brunner.  En  certains  points,  ces 
glandes,  très  développées,  s’avancent  dans  la  muqueuse,  au  contact  des 
glandes  en  tubes,  la  muscularis  disparaissant  en  ces  poinls.  Celte 


SÉANCE  DU  13  JUIN 


891 


disposition  est,  du  reste,  normale.  Plus  profondément,  au  milieu  de 
faisceaux  musculaires  lisses,  on  aperçoit  la  coupe  de  canaux  excré¬ 
teurs,  revêtus  d’une  couche  unique  de  cellules  cylindriques.  Enfin, 
tout  à  fait  dans  la  profondeur,  au  niveau  des  couches  musculaires,  et 
en  partie  compris  dans  leur  épaisseur,  on  constate  l’existence  de 
lobules  de  glandes  acineuses  séteuses  ayant  la  structure  du  pancréas. 
L’aspect  et  la  dimension  des  acini,  la  structure  de  leurs  cellules  à 
protoplasma  sombre,  opaque  et  granuleux,  la  présence  de  cellules 
centro  acineuses  ne  permettent  aucune  confusion.  On  distingue  deux 
lobules  principaux  de  cette  glande. 

La  présence  de  lobules  pancréatiques  dans  l’épaisseur  des  parois 
du  duodénum  est  une  disposition  presque  constante.  Dans  la  pièce 
examinée,  jusqu’à  quel  point  la  situation  en  apparence  paradoxale  de 
ces  lobules  peut-elle  être  considérée  comme  anormale?  C’est  ce  que 
l’examen  histologique,  fait  sur  une  pièce  de  dimensions  restreintes, 
ne  permet  pas  de  préciser. 

2°  Paroi  de  l'antre  pylorique  épaissi  et  rouge. 

La  coupe  montre  une  muqueuse  pylorique  facile  à  reconnaître  à.  ses 
glandes.  A  l’une  des  extrémités  du  fragment,  la  muqueuse  parait- 
complète.  Elle  montre  son  épithélium,  ses  glandes  tubulées  très 
allongées.  On  y  trouve  seulement  une  infiltration  interstitielle  un  peu 
accusée  et  un  développement  un  peu  exagéré  de  ses  folllicules  lym¬ 
phoïdes  qui  sont  nombreux  et  assez  gros.  A  l’autre  extrémité  du 
fragment,  la  muqueuse  est  infiltrée  de  sang.  On  y  trouve  aussi  des 
cellules  plasmatiques,  quelques  polynucléaires.  Les  follicules  sont 
hyperplasiés.  En  ce  point,  les  glandes  sont  atrophiées  et  l’épithélium 
superficiel  a  disparu  en  plusieurs  endroits.  La  muqueuse  paraît  à  ce 
niveau  atteinte  d’une  inflammation  chronique  avec  suffusions  san¬ 
guines.  Elle  repose  sur  une  sous-muqueuse  épaissie  et  sclérosée  qui  la 
sépare  de  la  tunique  musculaire. 


Rapports. 

Occlusion  intestinale  par  rétrécissement  du  jéjuno-iléon 
consécutif  à  un  étranglement  herniaire. 

Résection  intestinale.  Guérison, 

par  M.  le  Dr  Gruget  (de-  Laval). 

Rapport  de  M.  PIERRE  DESCOMPS. 

Une  femme  de  cinquante  et  un  ans,  Mme  L  ..,  entre  à  l’HÔtel-Dieu  de 
Laval,  salle  Sainte -Marthe,  le  16  novembre  1921,  au  matin.  Depuis 
plusieurs  années,  'elle  portait  une  petite  hernie  crurale  marronée,  à 
droite  ;  cette  hernie  s’est  étranglée  depuis  le  14  novembre  au  soir. 


892  SOCIÉTÉ  DE  CBI'BiUR&IE 


Opération  sous  anesthésie  rachidienne.  L’anse  grêle  étranglée  est 
ronge,  mais  non  suspecte,,  le  mésentère  paraît  sain  et  sans  suffusion 
sanguine;  cette  anse  est  réduite  et  la  paroi  fermée.  Suites  très  simples. 

Dix-sept  jours  après  l’opération,  cette  femme  qui  a  repris  ses 
habitudes  de  vie  présente  un  soir  un  syndrome  abdominal  :  douleurs* 
nausées,  température  à  37°8.  Des  compresses,  chaudes  sur  l’abdomen 
font  rétrocéder  les  accidents. 

Quelques  jours  plus,  tard,  réapparition  des  mêmes  accidents*  cette 
fois  plus  accentués  ;  fortes  douleurs  dans  la  zone  périambilicale  et  La 
fosse  iliaque  droite,  vomissements,  gêne  dans  l’expulsion  des  matières 
et  des  gaz:,  météorisme,  pas  de  mélaena.  Température  à  38°3.  Repos  au 
lit,  diète,  glace  sur  le  ventre.  Nouvelle  rétrocession  des  accidents., 

Le  2  janvier  1922,  six  semaines  par  conséquent  après,  l'opération, 
nouvelle  crise,  mais  encore  plus  accentuée  :  douleurs  violentes, 
obstruction  intestinale,  météorisme  avec,  tympanisme  généralisé  à  tout 
l’abdomen,  vomissements  bilieux.  Surveillance  incessante.  L’occlusion 
cependant  s’accentue  et  le  &  janvier  semble  complète;  le  pouls  est 
à  HO  ;  les  vomissements  bilieux  se  répèlent. 

Le  b  janvier  1922,  cinquante-trois  jours  après  la  première  opération, 
laparotomie  médiane  sous-ombilicale  exploratrice,  avec  l’aide  du 
D1  L.etort,  sous  anesthésia  générale  au  chloroforme.  L’intestin  grêle 
est  très  dilaté  ;  une  de  ses  anses,  pas  très  éloignée  de  la  valvule  iléo- 
cæcale,  est  comme  fixée  à  la  fosse  iliaque  droite  à  laquelle  elle  adhère 
et  au  niveau  de  laquelle  elle  se  soude  ;  dans,  l’angle  de  la  portion 
coudée  l’épiploon  est  adhérent.  L’épiploon  est  sectionné  entre  deux 
ligatures,;  puis  l’adhérence  très  forte  de  l’anse  à  la  fosse  iliaque  libérée 
aux  ciseaux  et  au  bistouri  ;  l’anse  qui  adhère  par  son  bord  libre,  dia¬ 
métralement  opposé  au  bord  mésentérique,  se  déchire  au  niveau  de 
cette  adhérence;  mais,  libérée,  elle  est  isolée  et  extériorisée.  On 
constate  alors  qu’à  l’opposé  de  la  zone  perforée,  c’est-à-dire  sur  toute 
la  demi-circonférence  du  grêle  répondant  au  bord  mésentérique,  existe 
un  rétrécissement  avec  infiltration  et  épaississement  des  parois, 
rétraction  du  mésentère,  qui  est  aussi  légèrement  infiltré.  Résection 
intestinale  sur  environ  8  centimètres  en.  parties  saines.  Résection  du 
mésentère  en  coin.  Anastomose  terraîno-terminale.  Fermeture  de  la 
brèche  mésentérique.  Suture  de  la  paroi  sans  drainage. 

Suites  opératoires  simples,  durant  lesquelles,  survint  cependant,  au 
quinzième  jour,  une  poussée  d’emphysème,  avec  fièvre,  toux,  conges¬ 
tion  de  la  base  droite,  pendant  tr.oàs  jours.,  Actuellement,  l’opérée. se 
porte- très  bien. 

L’examen  de  l’anse  réséquée,  laquelle  mesure  8  centimètres,  a 
montré  sur  le  bord  libre  de  l’intestin  la  déchirure  de  6  millimètres 
produite  par  ,1e  décollement  opératoire  ;  la  rétraction  existant  au  pôle 
opposé  mésentérique  incurve  l’anse  en  forme  de  Y  et  cette  incurvation 
persiste,  marquant,  la  rétraction  complète  et.  serrée  des  tuniques  intes¬ 
tinales  à  ce  niveau  et- leur  infiltration,  ainsi  que  l’infiltrai  ion  du  mésen¬ 
tère  an  ras  de  l’intestin.  En  isolant  les  vaisseaux  à  ce  niveau  on  voit 
qu’ils  sont  gros,  durs,  oblitérés  à  la  coupe.  L’intastin  laisse  passer 


SÉANCE 


13  JUIN 


une  tige  de  toiis  du  diamètre  d’un  crayon,  ordinaire,  encore  que  la 
partie  déchirée  laisse  supposer  que,  l’intestin  en  place,  la  sténose  était 
plus  serrée.  En  ouvrant  l’anse  vers  le  bord  libre,  on  constate  qu’au 
niveau  du  bord  mésentérique  l’intestin  présente  une  saillie  ou 
éperon,  de  sorte  qu’il  est  impossible  d’étaler  la  pièce  à  plat;  mais, 
l’intestin  étant  ouvert,  on  peut  constater  nettement  que  la  sténose 
cicatricielle  n’existe  qu’au  niveau  delà  demi-circonférence  répondant 
au  bord  mésentérique,  tandis  que  vers  le  bord  opposé,  qui  a  été  perforé 
pendant  le  décollement',  l’intestin  reste  plus  souple  et  est  le  siège  d’une 
sclérose  à  peine  marquée. 

L’examen  histologique  n’a  pas  été  pratiqué. 

Les  rétrécissements  de  l’intestin  grêle  consécutifs  aux  étrangle¬ 
ments  herniaires  sont  bien  connus;  sans  citer  des  mémoires 
devenus  aujourd’hui  classiques,  je  rappellerai  seulement  votre 
discussion  de  1905  à  l’occasion  d'un  rapport  de  M.  Lejars. 

La  précocité  des  accidents  de  sténose,  après  l’étranglement  et  la 
kélotomie,  ne  saurait  nous  surprendre;  dans  un  cas  de  Champion- 
mère,  les  accidents  se  sont  manifestés  au  bout  d’une  semaine.  Il 
est  acquis  que  le  foyer  de  sclérose  cicatricielle  siénosante,  qui  se 
forme  au  niveau  de  la  zone  intestinale,  contuse  par  le  fait  du 
collet  de  l’étranglement,  tant  dans  les  tuniques  intestinales  que 
dans  le  mésentère  adjacent  et  les  vaisseaux  marginaux,  peut  se 
développer  avec  une  grande  rapidité  et,  par  conséquent,  provo¬ 
quer  dans  de  très  courts  délais  des  accidents  d’occlusion. 

M.  Gruget  ne  pouvait,  semble-t-il,  dans  ce  cas,  faire  autre  chose 
que  ce  qu’il  a  fait,  à  savoir  l’entérectomie;  il  a  pu  trouver  de 
l’intestin  sain  ,  assez  près  du  foyer  de  sténose,  puisque  sa  résec¬ 
tion,  très  courte,  n'a  porté  que  sur  8  centimètres. 

Le  rétablissement  de  la  continuité  intestinale  a  été  réalisé  bout 
à  bout  par  entérorraphie  circulaire.  C’est  un  procédé  classique, 
d’ exécution  simple  et  rapide  ;  dans  le  eas  présent  il  a,  une  fois  de 
plus, fait  sespreuves.  Cependant  l'anastomose  latéro-latérale,  après 
fermeture  en  bourse  des  deux  bouts  écrasés  et  liés,  non  moins 
classique,  est  d’exécution  tout  aussi  simple  et.  rapide;  pour  ma 
part,  je  la  préfère  à  la  précédente.  Les  arguments  en  sa  faveur 
ont  déjà  été  donnés;  je  les  rappelle  sans  insister  :  établissement 
d’une  bouche  aussi  large  qu’on  le  désire,  mettant  plus  sûrement 
à  l’abri  des  sténoses  secondaires  qu’on  a  pu  observer  après  l’enté- 
rorraphie  circulaire  ;  meilleur  appui  donné  aux  sutures  par  les 
fibres  longitudinales  très  denses  vers  le  bord  libre  de  l’intestin  ; 
absence  de  points  de  suture  au  niveau  du  bord  mésentérique  de 
l’intestin,  c’est-à-dire  dans;  une  zone  amincie,  dépourvue  de  péri¬ 
toine,  et  dépourvue  par  places  de  fibres  longitudinales,  où  les  points 
de  suture  sont  mai  appuyés,  et,  de  plus,  font  courir  le  risque  de 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


supprimer  des  vaisseaux  marginaux  essentiels  pour  la  vitalité  des 
segments  intestinaux  extrêmes. 

Je  vous  propose,  Messieurs,  de  remercier  M.  Gruget  de  nous 
avoir  adressé  celte  observation. 


Occlusion  intestinale  par  rétrécissement  du  jéjuno-iléon 
provoqué  par  un  épithèlioma  annulaire; 
perforation  et  abcès  mésentérique.  Résection  intestinale.  Guérison, 

par  M.  le  Dr  Gruget  (de  Laval), 

[Rapport  de  M.  PIERRE  DESCOMPS. 

Eugénie  B...,  âgée  de  soixante-huit  ans,  entre  le  S  mai  1922  à.l’Hôtel- 
Dieu  de  Laval.  Sur  les  instances  réitérées  de  son  médecin,  elle  s’y 
décide.  Le  début  des  accidents,  qui  témoignent  d’une  occlusion  intes¬ 
tinale,  remonte  à  quatre  jours.  Sans  aucun  antécédent  pathologique 
particulier,  ni  éloigné,  ni  proche,  elle  a  seulement  remarqué  dans  ses 
selles,  par  deux  fois  depuis  quelques  années,  des  ascarides,  mais  elle 
'  n’a  jamais  eu  ni  douleurs,  ni  constipation,  ni  mélœna.  En  pleine  santé, 
celte  robuste  campagnarde  est  prise,  le  2  mai,  des  accidents  actuels, 
accidents  types  d’occlusion  intestinale  aiguë.  L’arrêt  des  matières  et 
des  gaz  est  complet,  avec  douleurs  intenses,  vomissements,  ballonne¬ 
ment  du  ventre  ;  cependant  l’état  général  est  assez  bon  :  tempéra¬ 
ture  37°7,  pouls  à  110,  bien  frappé,  diurèse  suffisante,  bon  faciès.  Le 
ballonnement  abdominal,  accompagné  de  tympanisme,  est  plus 
marqué  dans  la  zone  ombilicale  et  périombilicale,  au  niveau  de 
laquelle  les  anses  distendues  se  dessinent  sous  la  paroi  mince  et 
maigre.  On  sent  sous  la  main  les  anses  se  contracter  à  certains 
moments,  et  ces  crises  de  contraction  intermittentes  avec  reptation 
ondulatoire  des  anses,  syndrome  de  Kœnig  caractérisant  les  occlusions 
du  grêle,  s’accompagnent  de  vives  douleurs;  mais  il  n’y  a  pas  de 
bruits  de  glouglou  en  raison  même  de  l’occlusion.  Pas  de  zone  plus 
dure  à  la  palpation.  Pas  de  liquide  dans  les  flancs.  Les  orifices 
herniaires  sont  libres.  Le  toucher  vaginal  et  le  toucher  rectal  ne 
révèlent  rien  de  particulier. 

Opération  d’urgence,  sous  anesthésie  râchidiei.ne.  Laparotomie 
médiane  sous-ombilicale.  Intestin  grêle  rouge  et  distendu  ;  deux  anses 
sont  accolées  en  canon  de  fusil  et  recouvertes  de  placards  pseudo¬ 
membraneux  purulents.  Elles  paraissent  siéger  sur  l’iléon.  Décolle¬ 
ment,  puis  extériorisation  dans  des  compresses  imprégnées  de  sérum 
chaud  ;  la  libération  est  facile,  mais  près  du  bord  mésentérique  on 
arrive  sur  une  collection  de  pus  épais,  semblant  sortir  par  un  petit 
pertuis  de  l’épaisseur  du  mésentère  ;  le  décollement  conduit  sur  un 


SÉANCE  DU  13  JUIN 


893 


abcès  du  volume  d’un  œuf  de  poule,  qui  est  nettoyé  à  l’éther.  Au  droit 
du  pertuis  mésentérique,  on  découvre,  sur  l’anse  décollée,  un  pertuis 
d’où  s’échappe  du  liquide  intestinal,  cette  perforation  ayant  à  peu  près 
le  volume  d’un  grain  de  blé.  L’autre  anse,  libérée  de  ses  fausses  mem¬ 
branes  et  nettoyée  à  l’éther,  est  saine.  En  palpant  avec  plus  d'attention 
la  première  anse  découverte,  celle  qui  est  le  siège  de  la  perforation, 
on  trouve,  au  voisinage  de  la  perforation,  une  zone  épaissie  indurée 
circulaire,  sans  que  la  forme  extérieure  de  l’anse  à  ce  niveau  soit 
modifiée  en  aucune  manière.  Dans  le  mésentère,  au  droit  de  cette 
tumeur,  on  découvre  un  ganglion.  Résection  de  l’anse  malade  et  d’un 
coin  mésentérique,  ganglion  compris.  Hémostase  mésentérique.  Suture 
termino-terminale  de  l’intestin.  Fermeture  de  la  brèche  mésentérique. 
Toilette  de  la  région  au  sérum,  puis  à  l’éther.  Nettoyage  du  Douglas 
à  l’éther  et  drainage  du  Douglas.  Fermeture  de  la  paroi  en  un  plan 
à  points  séparés. 

Suites  opératoires  simples;  le  drain  est  enlevé  au  troisième  jour. 
Gaz  et  selles  expulsés  spontanément  dès  le  troisième  jour.  Légère 
désunion  de  la  paroi  au  moment  de  l’enlèvement  des  fils,  au  dixième 
jour.  L’opérée  se  lève  au  vingt-deuxième  jour  et  quitte  l’hôpilal  en 
excellent  état  le  14  juin. 

L’examen  de  l’anse  réséquée,  anse  qui  mesure  11  centimètres, 
montre  que  la  tumeur,  qui  n’avait  en  rien  modifié  l’aspect  extérieur  de 
l’intestin,  est  circulaire,  du  volume  d’un  petit  œuf  de  pigeon,  régulière 
et  d’une  dureté  ligneuse;  elle  est  lisse,  ses  limites  sont  très  nettes.  La 
perforation  siège  près  de  l’un  de  ses  bords,  qui  paraît  être  le  bord 
supérieur  sus-jacent  à  la  tumeur,  car  l’intestin  est  plus  dilaté  et  plus 
rouge  à  ce  niveau  ;  elle  est  située  sur  l’une  des  faces,  à  peu  près  à 
égale  distance  du  bord  libre  et  du  bord  mésentérique.  La  coupe  de 
l’intestin  montre  que  la  tumeur  est  triangulaire  à  base  pariétale  ;  la 
sténose  laisse  passer  à  peu  près  un  crayon. 

L’intestin  ouvert,  on  reconnaît  distinctement  la  face  supérieure, 
dont  la  muqueuse  est  plus  rouge  et,  à  ce  niveau,  on  trouve  un  ascaride 
lombricoïde  vivant  qui  a  dû  être  l’agent  de  l’occlusion  complète  de 
l’intestin. 

L’examen  histologique  révèle  un  épithélioma  cylindrique  typique  de 
l'intestin  grêle,  ayant  emahi  toute  la  paroi  intestinale  et  s’étant  pré¬ 
senté,  au  point  de  vue  anatomo-clinique,  sous  sa  forme  habituelle  de 
petite  tumeur  annulaire  sténosante. 


L’épithélioma  du  jéjuno-iléon  est  assez  rare,  pour  qu’on  soit  en 
droit  de  relever  avec  soin  et  de  commenter  tous  les  faits  qu’on  peut 
rencontrer,  et  qu’un  examen  histologique  a  permis  de  distinguer 
nettement  des  foyers  de  sténose  d’origine  inflammatoire.  Venot  et 
Parcelier,  en  1913,  en  ont  rassemblé  seulement  cinquante  obser¬ 
vations,  auxquelles  on  peut  ajouter,  en  y  comprenant  celle-ci, 
1  observations  publiées  depuis  cette  époque.  | 

Dans  ce  cas,  sur  tous  les  autres  points  très  classique,  que  nous 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


présente  M.  Gruget,  deux  faits  assez  particuliers  peuvent  être 
retenus.  C’est,  d’une  part,  le  mécanisme  assez  curieux  de  l’occlu- 
sion  aiguë,  révélatrice  d'n  foyer  néoplasique  ;  cette  occlusion,  pré¬ 
parée  par  le  néoplasme  circulaire,  semi-sèénosant,  fut  complétée 
sans  aucun  doute  et  bâtée  par  le  lombric  retrouvé  dans  le  bout 
supérieur.  C’est,  d’autre  part,  non  point  le  fait  de  la  présence 
d’adhérences  du  foyer  néoplasique  à  une  anse  grêle  voisine,  fait 
que  l’on  retrouve  ainsi  que  l’adhérence  aux  parois  abdominales 
dans  une  dizaine  d’-observations,  soit  environ  une  fois  sur  cinq, 
mais  bien  le  fait  —  celui-ci  exceptionnel  —  d’une  perforation  sié¬ 
geant  en  amont  de  l’obstacle,  perforation  ayant  provoqué  la  for¬ 
mation  d’nn  abcès  stercoral  entre  les  deux  anses  accolées  par  leurs 
faces  et  par  leurs  mésos. 

M.  Gruget  a  réséqué,  suturé  bout  à  bout,  et  refermé  sur  simple 
drainage.  Il  a  été  Certainement  favorisé  parles  circonstances,  tant 
au  point  de  vue  de  l’état  général  que  de  l’état  focal. 

De  façon  presque  constante,  l’état  général'  est  très  médïocré, 
quand  les  malades,  porteurs  d’un  épilhélioma  du  jéjuno-iléon,,  se 
présentent  en  état,  d’occlusion.  Et  on  peut  ajouter  que  ces  cas 
défavorables  sont  très  fréquents  puisque,  presque  une  fois  sur 
deux,  l’occlusion  est,  l’accidemt  et  presque  le  symptôme  révélateur 
de  la  sténose  par  épitfoélioma.  En  sorte  qu’on  doit  souvent  se 
borner  à  pratiquer,  à  ce  moment,  une  dérivation,  en  l’espèce  u-ne 
dérivation  interne  par  anastomose  puisqu’il  s’agit  du  grêle;  fa 
résection  du  néoplasme  est  remise  à  un  temps  opératoire  ultérieur, 
exécuté  à  froid.  Peut-être,  dans  le  cas  présent,  la  persistance  d’un 
bon  état  général,  même  après  quatre  jours  d’attente,  est-elle  due 
dans  une.  certaine:  mesure  au  mécanisme  particulier  de  l’occlu¬ 
sion,,  dans  lequel  le  lombric  jouait  un  rôle,  et  dans  lequel,  par  con¬ 
séquent,  le  néoplasme  n’étant  pas  arrivé  jusqu’au,  terme  habituel 
de  son  évolution  —  la  sténose  —  avait  respecté  l’état  général',, 
resté,  nous  dit  l’auteur,  relativement  favorable. 

Un  état  local  non  moins  favorable,  mais  que1  nous  pouvons  il  est 
vrai  moins  exactement  apprécier  par  la  seule  lecture  de  Fohser- 
valion,  a  inspiré  la  tactique  du  chirurgien.  Malgré  les  adhé¬ 
rences,  malgré  l’abcès  stercoral,  malgré  la  perforation  intestinale, 
l’état  du  péritoine  et  de  l’intestin,  dans  le  foyer  et  à  son  voisinage, 
ont  inspiré  assez  de  confiance  à  l’auteur  pour  que  celui-ci  se  soit 
décidé  à  suivre1  une  tactique,  exceptionnelle1  dans  un  cas  com¬ 
pliqué,  et  qui  est  celle-là  même  qu’il  aurai  t  suivie,  si  la  malade  ne 
s’était  pas  présentée  en  ëlat  d’occlusion,  si  le  foyer  avait  été  libre, 
et  si  l’on  avait  opéré  à  froid.  H  faut  donc  croire  que  la  collection 
purulente  était  bien  limitée,  que  l’exérèse  dfe  ce  foyer  infecté 
pouvait  être  comprise  dans  l’exérèse' du  néoplasme  et  de  son  coin 


SÉANCE  DE  13  JEI» 


89? 


mésentérique,  et  que  la  réaction  inflammatoire  ne  s’était  pas  pro¬ 
pagée  aux  parties  voisines.  Bien  plus  :  la  résection  n’a  porté  que 
sur  11  centimètres  d’intestin,  ce  qui  est  peu,  et  laisse  donc  prévoir 
qu'il  n’y  avait  pas,  en  amont  de  1’obsta.cle,  sans  doute  en  raison 
du  mécanisme  particulier  de  l’occlusion,  cet  état  habituel  d’épais¬ 
sissement  inflammatoire  des  parois  intestinales,  qui,  s’il  n’oblige 
pas  à  se  décider  pour  la  tactique  prudente  de  l’opération  en  deux 
temps,  impose  tout  au  moins  des  résections  étendues,  afin  de  ne 
rapprocher  que  des  segments  intestinaux  indiscutablement  sains. 
Il  n’est  pas  enfin  jusqu’au  mode  de  restauration  de  la  continuité 
intestinale,  la  suture  bout  à  bout  termino-terminale,  qui  ne 
démontre  la  confiance  que  l’auteur  avait  dans  l’état  du  péritoine 
et  dé  l’intestin;  s’il  avait  eu  des  doutes  il  aurait  probablement 
préféré  une  anastomose  latéro-latérale,  plus  large  et  mieux 
appuyée.  Un.  drainage  de  soixante-douze  heures  du  cul-de-sac  de 
Douglas  a  été  la  seule  concession  que  l’opérateur  ait  cru  devoir 
faire. 

L’événement  a  donné  raison  à  M.  Gruget  puisque  sa  malade  a 
guéri.  Mais,  justice  rendue  à  sa  technique  soignée,  mieux  vaut 
évidemment  signaler  la  rareté  des  conditions  favorables  qui  se 
sont  trouvées  ici  réunies,  et  qui,  dans  les  cas  dece  genre,  paraissent 
être  exceptionnelles.  Il  ne  faut  pas  oublier,  sur  la  base  de  la 
statistique  précitée,  que  si  l’on  perdjmoins  d’une  malade,  sur  cinq 
quand  on  résèque  à  froid  l’épithélioma  du  jéjuno-iléon,  la  pro¬ 
portion  est  presque  retournée  quand  on  [opère  en  état  d’occlu¬ 
sion. 

La  résection  lympho-ganglionnaire  a  été  étendue  jusqu’au 
niveau  du  ganglion,  perçu  par  la  palpation  dans  1e.  mésentère. 
J’ai  dit,  ici  même  récemment,  à  propos  des  lymphatiques  et  gan¬ 
glions  intestinaux,  que  la  résection  cunéiforme  du  mésentère 
dans  les  cas  de  néoplasme  du  jéjunum  doit  toujours  dépasser  le 
plan  de  la  mi-hauteur  du  mésentère,  afin  de  déborder  le  niveau 
du  premier  relais  ganglionnaire.  Un  bon  repère  opératoire  est  le 
niveau  de  la  dernière  grande  arcade  veineuse  visible  sur- la  face 
droite  du  mésentère,  quand  on  peut  l’apercevoir  et  la  repérer;  ce 
qui  est  d’ailleurs  la  règle.  Il  y  aurait  sans  doute  intérêt  à  faire 
porter  parfois  l’adénectomie  jusqu’au  deuxième  relais,  c’est-à-dire 
jusqu’aux  ganglions  qui  sont  situés  dans  la  racine  du  mésentère; 
cette  exérèse  a  été  tentée  dans  un  cas  rapporté  par  Yenot  et 
Parcelier  j  mais  l’infiltration  ne.  remonte  pas,,,  en  général,  jusqu’à 
cet  étage  ;  et  d’ailleurs,  si  elle  y  remonte  etsi  ce  groupe  est  infiltré, 
on  peut  se  demander'  si  des  manœuvres  de  décollement  au  niveau 
des  gros  troncs  mésentériques  ne  présentent  pas,  en  particulier 
pour  la  veine,  des  dangers  immédiats,  supérieurs  au  bénéfice 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


secondaire,  dans  ce  cas  assez  problématique,  d’une  exérèse  élargie 
jusqu’à  ce  niveau. 

Je  vous  propose,  Messieurs,  de  remercier  M.  Gruget  de  nous 
avoir  envojé  cette  observation  intéressante  et  de  la  publier  dans 
nos  Bulletins. 


Anus  iliaque  gauche  par  le  procédé  de  Lambret, 
par  MM.  Combier  et  Murard  (du  Creusot). 
Rapport  de  M.  J.  OKtNGZYC. 


Vous  m’avez  chargé  d’un  rapport  sur  un  travail  de  MM.  Combier 
et  Murard  ayant  trait  à  l’application  du  procédé  de  Lambret  à 
l’établissement  d’un  anus  iliaque  gauche  définitif. 

Cette  question  est  presque  à  l’ordre  du  jour,  puisque,  dans  une 
de  nos  dernières  séances,  la  discussion  s’ouvrait  à  nouveau  sur  ce 
sujet  à  l’occasion  de  la  présentation  d’un  malade  de  M.  Proust. 

MM.  Combier  et  Murard  n’avaient  pas  été  très  séduits  par  les 
procédés  à  tunnels  cutanés  et  qui  nécessitent  l'emploi  d’appareils 
métalliques  compresseurs.  Ils  préfèrent  le  procédé  de  Lambret 
avec  la  modification  apportée  par  M.  Hayem  et  qui  nous  a  été 
exposée  ici  le  14  mars  dernier  par  M.  Dujarier. 

Ils  l’ont  appliqué  avec  succès  chez  un  malade  atteint  de  cancer 
inopérable  du  rectum. 

Voici  cette  observation  : 

M...,  soixante-cinq  ans,  nous  est  adressé  pour  un  néoplasme  très 
étendu  du  rectum,  situé  au  niveau  de  la  partie  moyenne  de  l’ampoule. 
Par  son  volume,  par  son  degré  de  fixité,  l’infiltration  très  étendue  de 
la  prostate  et  des  parties  voisines,  le  néoplasme  est  absolument  inopé¬ 
rable.  Nous  décidons  donc  de  faire,  à  titre  palliatif,  un  anus  iliaque 
gauche  définitif. 

Le  7  avril  1923,  anus  iliaque  gauche  par  le  procédé  de  M.  Lambret. 
Le  lambeau  cutané  est  taillé  suivant  la  technique  de  M.  Hayem  (Bulletin 
du  14  mars,  p.  414).  L’anse  sigmoïde  est  assez  courte,  mais  néanmoins 
on  peut  sectionner  l’intestin  et  libérer  l’extrémité  supérieure  sur  une 
longueur  suffisante,  à  l’aide  de  quelques  légèi  es  entailles  dans  le  méso¬ 
côlon.  La  section  est  faite  après  écrasement,  on  lie  et  on  enfouit 
en  bourse  les  deux  bouts.  Les  chefs  du  surjet  d’enfouissement  sont 
gardés  comme  tracteurs.  Le  bout  supérieur  est  passé  à  tra^rs  une 
boutonnière  musculaire  faite  dans  l’épaisseur  des  muscles  larges  de 
l’abdomen,  et  fixé  à  la  boutonnière  péritonéale  par  deux  fils.  Puis  il 


SÉANCE  DU  13  JUIN 


est  habillé  très  aisément  par  le  lambeau  cutané.  Le  bout  inférieur 
est  fixé  à  l’angle  interne  de  la  plaie  sus-inguinale. 

Suites  simples.  Le  bout  supérieur  est  maintenu  fermé  durant  qua¬ 
rante-huit  heures  par  la  suture  circulaire  d’enfouissement.  Le  malade 
n’ayant  pas  éprouvé  de  grosses  coliques,  la  fermeture  a  pu  être  main¬ 
tenue  sans  inconvénients.  Après  deux  jours,  on  ouvre  à  l’aide  de  la 
pointe  du  thermocautère.  Les  matières  ne  commencent  à  s’écouler  que 
le  cinquième  jour.  On  note  un  léger  gonflement  du  manchon  cutané, 
qui  disparaît  très  rapidement  avec  des  pansements  humides.  Aucune 
trace  d’infection  sur  le  reste  de  la  suture.  Pas  de  sphacèle.  Réunion 
par  première  intention  sur  tous  les  points.  Ablation  des  fils  dans  le 
délai  habituel. 

Le  malade  se  lève  au  quatorzième  jour  et  quitte  la  clinique  au  dix- 
huitième.  L’occlusion  de  l’anus  est  réalisé  de  la  façon  suivante.  Un 
capuchon  de  toile,  épousant  la  forme  de  la  pseudo-verge  intestinale, 
l’emboîte  assez  exactement.  Le  capuchon  porte  à  sa  base,  de  chaque 
côté,  une  bande  cousue  qui  embrasse  la  ceinture  et  dont  les  deux  chefs 
se  nouent  sur  les  reins.  Le  capuchon  est  ainsi  bien  maintenu  en  place,  la 
pseudo-verge  étant  située  à  peu  près  au  niveau  de  la  taille.  D’autre  part, 
le  manchon  obture  l’intestin  par  l’intermédiaire  d’une  bande  de  toile 
qu'on  roule  serrée  autour  de  lui.  Le  port  de  ce  petit  appareil  très 
simple  ne  provoque  aucun  désagrément,  le  malade  se  sent  très  bien. 
L’appareil  est  enlevé  deux  fois  par  jour  et  remplacé  par  un  autre 
appareil  propre.  Le  résultat  obtenu  est  de  tous  points  satisfaisants.  Il 
se  poursuit  aux  dernières  nouvelles  (15  mai). 

Il  semble  donc  bien  que  la  modification  apportée  par  M.  Ilayem 
à  la  taille  du  lambeau  mette  à  l’abri  du  sphacèle  de  celui-ci,  ce 
que  plusieurs  chirurgiens  ont  eu  à  déplorer. 

MM.  Combier  et  Murard,  posant  les  indications  et  les  conlre- 
ndications  de  cette  opération,  réservent  son  application  aux 
sujets  maigres.  Mon  ami  Lardennois  estime  à  juste  titre  que 
l’embonpoint  n’est  pas  une  raison  suffisante  pour  «  retirer  aux 
malades  qui  en  sont  affligés  le  bénéfice  indéniable  de  cet  artifice 
technique  ».  11  nous  a  montré  en  effet  que  le  dégraissage  du 
lambeau  facilite  son  enroulement,  son  adhérence,  et  supprime  le 
danger  d’infection  toujours  plus  grand  dans  ce  tissu  cellulo- 
graisseux  peu  résistant  aux  germes  venus  de  l’intestin. 

MM.  Combier  et  Murard  rejettent  le  procédé  de  Lambret  chez 
les  malades  intoxiqués,  à  reins  déficients,  à  cœur  instable,  et 
plus  encore  chez  les  malades  en  état  de  subocclusion. 

C’est  l’évidence  même,  et  je  ne  crois  pas  d’ailleurs  que  ni 
M.  Lambret,  ni  personne  ici,  ait  jamais  songé  à  utiliser  ce  pro¬ 
cédé,  comme  intervention  de  nécessité,  ou  d’urgence,  chez  des 
malades  où  la  dérivation  simple,  rapide,  est  une  question  vitale 
et  doit  être  obtenue  avec  le  moindre  traumatisme. 


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SOCIÉTÉ  DE  CU1KÜRGIE 


J’avoae  même  que  j’irais  plus  loin  encore  dans  les  restrictions, 
et  que  je  ne  suis  pas  tenté  d’appliquer  le  procédé  de  Lambret  à 
des  malades  atteints,  comme  celui  de  MM.  Combier  et  Murard, 
d’un  cancer  inopérable  du  rectum.  Les  sur  vies  après  ces  operations 
palliatives  sont  courtes  et  ne  valent  pas  une  complication  de 
technique,  si  bénigne  soit-elle.  Mais  il  est  un  autre  argument  qui 
a,  je  crois,  plus  de  valeur  :  c’est  qu’il  n’est  pas  indifférent  de 
fermer  l’intestin  au-dessus  d’un  cancer  inopérable.  Lés  sécrétions 
muqueuses,  glaireuses,  purulentes,  ne  trouvant  plus  leur  voie  à 
travers  une  sténose  serrée,  peuvent  provoquer  des  accidents 
inflammatoires  qui  compliquent  l’évolution  du  néoplasme  ;  une 
voie  de  dérivation  en  amont  du  néoplasme  assure  mieux  le  drai¬ 
nage  d’une  tumeur  infectée  et  permet  la  désinfection  au  moyen 
de  lavages.  Pour  toutes  ces  raisons  le  procédé  de  Lambret  ne  me 
semble  pas  indiqué  dans  les  caneers  inopérables  du  rectum  et  je 
lui  préfère  l’anus  artificiel  latéral,  par  le  procédé  d’Hartmann  par 
exemple. 

Par  contre,  toutes  les  fois  qu’on  établit  un  anus  iliaque  défi¬ 
nitif,  après  ablation  d’une  tumeur  recto-sigmoïde,  soit  par  le 
procédé  de  Hartmann-Mummery,  soit  par  amputation  abdomino- 
périnéale,  alors  qu’on  est  en  droit  d’escompter  une  survie  pro¬ 
longée,  le  procédé  de  Lambret  ne  présente  que  des  avantages. 
Cependant  il  est  bon  de  ne  pas  prolonger  encore  une  opération 
déjà  longue  et  de  ne  faire  la  plastie  culaaée  de  l’anus  que  dans 
les  jours  qui  suivent  l’opération  principale,  quand  tout  danger 
paraît  écarté. 

C’est  ce  que  j’ai  fait  chez  le  malade  auquel  j’ai  fait  allusion 
dans  une  précédente  séance;  j’avais  eu  soin  d’extérioriser  une 
longueur  suffisante  d’intestin,  et  la  plastie  cutanée  put  être 
exécutée  avec  Ala  pins  grande  facilité  à  l’anesthésie  locale, 
quelques  jours  après  l’amputation  abdomino.-périnéale. 

Cette  simple  réserve  faite  sur  les  indications  du  procédé  de 
Lambret,  à  propos  de  l’observation  de  MM.  Combier  et  Murard, 
je  vous  prie  de  remercier  leurs  auteurs  de  leur  intéressante 
communication. 


SÉANCE  DU  13  JUIN 


Décapitation  de  l'humérus 
avec  luxation  iniru-mracoïdienne  de  la  diaphyse. 
Engrènemeni  partiel  après  appliotsution  d'un  appareil  de  Del  bel. 

Réduction  sanglante  avec  vissage  temporaire, 
restauration  fonctionnelle  complète  en  un  mois, 

par  M.  le  Dr  Brisset. 

Rapport  de  M.  P.  HALLOPEAU. 

Le  Dr  Brisset,  de  Saïnt-Lô,  nous  envoie  sous  ce  titre  la  courte 
observation  qui  sui  t  : 

Observation.  —  Les  trois  radiographies  à  elles  seules  résument 
l'intervention. 

Il  s’agit  d’un  jeune  homme  de  dix-nenf  ans  qui  dans  une  chute  de 
bicyclette  sur  l’épaule  se  décapite  l’humérus  gauche. 

L’examen  clinique  et  la  radiographie  montrèrent  l’ascension  du 
fragment  diaphysaire  vers  l’aisselle. 

Avant  de  tenter  une  réduction  sous  anesthésie,  ou  une  réduction 
sanglante,  j’essayai  pendant  deux  jours  de  l’extension  au  moyen  d’un 
appareil  Delbet. 

La  seconde  radiographie  montre  sous  cette  application  un  commen¬ 
cement  d’engrènernent  sans  plus. 

l'intervins  alors  sous  anesthésie,  essayant  d’abord  une  réduction 
non  sanglante  impossible  et  intervenant  aussitôt  après  sur  le  loyer  par 
l’incision  delto-pe-ctorale  classique. 

J’obtins  assez  facilement  la  réduction  du  fragment  diaphysaire  ;  par 
contre  très  difficilement  la  coaptation  avec  la  tête  que  je  ne  pouvais 
maintenir..  C’est  alors  que  pour  arriver  à  la  contenir  je  plaçai  une 
longue  vis  de  Lambotte  très  obliquement,  entrant  par  la  partie  basse 
de  la  coulisse  bicipitale  et  pénétrant  la  tête  jusque  sous  son  carti- 
lage. 

Au  bout  d’une  dizaine  de  jours  j’enlevai  la  vis,  au  bout  d’un  mois  la 
restauration  fonctionnelle  était  complète. 

Cette  intervention  a  été  pratiquée  à  la  campagne  avec  une 
installation  de  fortune. 

Je  ferai  tout  d’abord  une  grosse  réserve  sur  le  titre  de  l'obser¬ 
vation  :  i'1  ne  s’agit  pas  là  d’une  décapitation  de  l’humérus,  mais 
d’une  fracture  du  col  chirurgical  à  la  partie  supérieure. 

Ceci  dit,  et  comme  le  remarque  très  justement  Brisset,  l’examen 
des  radiographies  montre  les  différentes  phases  de  son  obser¬ 
vation. 

Bans  cette  fracture,  à  trait  presque  horizontal,  le  chevau¬ 
chement  étaitaccentué  puisque  le  fragment  diaphysaire  remontai 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


à  2  bons  centimètres  au-dessus  de  son  niveau,  étant  passé  entiè¬ 
rement  en  dedans  du  fragment  supérieur. 

Le  second  cliché  montre  l’échec  du  traitement  par  l’appareil  de 
Delbet.  Brisset  parle  ici  d’un  commencement  d’engrènement  sans 
plus.  J’avoue  ne  rien  voir  de  tel  sur  l’épreuve;  mais  simplement 
une  réduction  partielle  du  placement  en  haut  du  fragment 
inférieur  ;  il  ne  chevauche  plus  que  d’un  centimètre.  Mais  il  est 
toujours  complètement  en  dedans  de  la  tête;  et  cela  n’est  pas  très 
surprenant;  il  n’est  pas  d’appareil  ni  de  manœuvres  externes  qui 
puissent  réduire  un  tel  déplacement;  non  pas  qu’on  ne  puisse 
exercer  une  traction  suffisante,  ni  qu’il  y  ait  de  grosses  interpo¬ 
sitions  fibreuses  ou  musculaires.  Ce  qui  s’y  oppose,  c’est  la 
mobilité  du  fragment  supérieur  sur  lequel  il  est  absolument 
impossible  d’exercer  aucune  contre-extension;  si  bien  que  la 
traction  l’entraînera  en  môme  temps  que  le  fragment  inférieur 
sans  rien  remettre  en  place. 

Il  me  paraît  bien  certain  que  pour  ces  fractures,  si  l’on  veut 
obtenir  une  réduction  convenable,  la  méthode  sanglante  est  la. 
seule  indiquée. 

Enfin  sur  le  troisième  cliché  nous  voyons  une  réduction  parfaite 
maintenue  par  une  vis  .de  Lambotte.  Brisset  déclare  que  la 
contention  sans  elle  était  impossible  et  ici  encore  il  faut 
approuver  sa  conduite. 

J’ai  eu  l’occasion  d’intervenir  12  fois  pour  des  fractures  du  col 
chirurgical  de  l’humérus  de  l’adulte  ou  de  l’adolescent  et  j’ai 
pu  vérifier  en  réunissant  leurs  observations  que  dans  10  cas  il 
‘s’agissait  de  fractures  transversales  ou  à  peu  près  transversales; 
que  leur  siège  se  trouvait  7  fois  à  la  partie  toute  supérieure  du 
col  chirurgical,  4  fois  à  la  partie  moyenne,  1  fois  à  la  partie 
inférieure.  Le  siège  très  élevé  de  ces  fractures  lès  renda.itdonc 
irréductibles  par  manœuvres  externes.  Et  la  bascule  était  parfois 
-  très  prononcée  :  6  fois  il  est  noté  que  les  traits  de  fracture  forment 
entre  eux  un  angle  presque  droit.  Dans  les  autres  cas  c’est  surtout 
le  chevauchement  irréductible  qui  a  été  l’indication  de  l’inter¬ 
vention  ;  dans  2  cas  ce  chevauchement  dépassait  4  centimètres;  il 
êstsignalé  quechezun  des  malades  le  fragment  inférieur  rémontait 
au  niveau  de  l’acromion. 

La  bascule  du  fragment  supérieur,  l’angulation  des  fragments 
entre  eux  n’est  souvent  pas  visible  sur  une  radiographie  unique; 
et  comme  certains  se  .  contentent  de .  la.  radiographie  de  face, 
beaucoup  d’angulations  très  marquées  peuvent  passer  inaperçues  ; 
de  même  on  a  pu  nous  montrer  des  fractures  traitées  par  des 
appareils  externes  qui  avaient  l’air  très  bien  réduites  sur  un 
cliché  pris  dans  ce  seul  sens.  Chez  mes  six  malades,  5  fois  le  cliché 


SÉANCE  DU  13  JUIN 


903 


de  face  ne  laissait  voir  aucun  déplacement,  alors  que  sur  le  profil 
on  découvrait  la  bascule  très  considérable  qui  approchait  ou 
atteignait  l’angle  droit. 

L’intervention  dans  ces  fractures  comporte  deux  temps  :  la 
réduction,  la  contention. 

La  réduction  à  ciel  ouvert  ne  présente  pas  de  très  grosses  diffi¬ 
cultés.  Une  incision  antérieure,  traversant  le  deltoïde,  passant  en 
dehors  du  biceps,  permet  d’aborder  le  foyer  de  fracture,  de  le 
nettoyer,  de  supprimer  parfois  une  interposition  fibreuse,  enfin 
de  remettre  exactement  bout  à  bout  les  deux  fragments.  La  seule 
difficulté,  et  Brisset  l’a  éprouvée,  c’est  de  donner  au  court  fragment 
supérieur  une  orientation  convenable;  on  peut  y  arriver  avec  une 
simple  rugine  ;  on  peut  encore  prendre  un  davier.  Une  fois.la  tête 
bien  en  place,  la  réduction  de  la  fracture  se  fait  sans  qu’une  grosse 
traction  soit  nécessaire. 

La  question  delà  contention  est  plusintéressante.  Jene  crois  pas 
qu’il  soit  toujours  nécessaire  de  la  pratiquer  au  moyen  [d’un  corps 
étranger  à  demeure.  Les  fragments  sont  parfois  assez  irréguliers 
pour  s’engrener  de  telle  manière  qu’ils  conservent  la  position  de 
réduction  grâce  à  la  simple  tonicité  musculaire;  et  chez  5  malades 
je  m’en  suis  tenu  là  au  cours  de  l’intervention,  J’ai  terminé  toute¬ 
fois  en  immobilisant  le  bras  soit  dans  une  simple  écharpe  et  un 
bandage  (2  cas),  soit  dans  un  appareil  plâtré  (3  cas).  Chez  ces 
5  malades,,  j’ai  obtenu  un  très  bon  résultat  final,  en  ce  sens  que  la 
consolidation  a  été  obtenue  en  parfaite  réduction  ;  mais  chez  l’un 
d’eux  il  a  fallu  refaire  à  deux  reprises  l’appareil  plâtré  en  portant 
le  bras  en  extrême  adduction.  Il  faut  dire  qu’il  [s’agissait  d’une 
fracture  à  la  partie  moyenne  du  col  chirurgical  et  que  le  fragment 
supérieur  avait  une  très  forte  tendance  à  la  bascule.  C’est  donc  un 
inconvénient  assez  sérieux  ;  l’appareil  n’est  pas  très  facile  à  faire 
ét  il  a  aussi  le  défaut  de  ne  pas  permettre  une  mobilisation  précoce. 

Chez  les  7  autres  malades,  j’ai  fait  l’ostéosynthèse.  5  ont  été 
vissés  comme  le  malade  de  Brisset.  C’est  un  procédé  très  simple 
et  très  pratique.  Brisset  a  enfoncé  sa  vis  au  niveau  de  la  gouttière 
bicipitale;  je  la  fais  pénétrer  plus  en  dehors  car  je  crois  inutile  de 
placer  un  obstacle  sur  le  passage  d’un  tendon,  même  temporaire¬ 
ment.  J’ai  employé  deux  fois  la  vis  de  Lambotte  ;  les  trois  dernières 
fois,  j’ai  pris  de  simples  vis  à  bois  qui  sont  infiniment  plus  solides. 

Dans  1  cas,  au  début,  j’avais  mis  une  agrafe;  c’est  moins  facile 
à  appliquer  qu’une  vis  et  fixe  moins  bien  les  fragments. 

Enfin,  pour  une  fracture  à  grandes  dentelures  de  la  partie  infé¬ 
rieure  du  col  chirurgical,  j’ai  fait  un  cerclage  avec  résultat  parfait. 
Mais  ce  procédé  n’est  pas  applicable  plus  haut  à  cause  des  larges 
tendons  du  grand  dorsal  et  du  grand  pectoral. 

BULL.  ET  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CHJB.,  1923.  67 


904 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


(Le  grand  avantage  de  l’ostéosynthèse  est  de  supprimer  tout 
autre  appareil  qu’une  simple  écharpe  et  de  permettre  urne  mobili¬ 
sation  très  rapide.  Un  de  mes  derniers  opérés,  au  bout  'de  .trois 
semadmes,  pouvait  déjà  lever  le  bras  au-  dessus  de  la  tête.  Le  corps 
étranger  est  assez  bien  toléré  pour  q.u’auoun  malade  m’.alit  eu 
F  occasion  de  le  faire  enlever.  Enfin  je  n’ai  pas  remarqué  pour 
■cette  variété  de  facture  le  retard  de  consolidation  que  l’on  observe 
souvent  à  >ki  suite  de  la  réduction  sanglante..  Ici,  au  contraire.,  la 
consolidation,  vérifiée  à  la  radiographie,  se  fait  dans  les  -délais 
normaux. 

Pour  conclure,  le  traitement  sanglant  est  indiqué  dans  la  plu¬ 
part  des  fractures  du  col  chirurgical  avec  bascule  du  fragment 
supérieur  ou  chevauchement  irréductible;  la  réel  ne  lion  sera 
maintenue  par  vissage.  C'est  la  conduite  qu’a  tenue  Brisset  auquel 
je  vous  propose  d'adresser  nos  remerciements* 

M.  Cernez.  —  Comme  l’a  dit  Hallopeau,,  il  est  parfois  difficile  de 
réduire  à  ciel  ouvert,  le  'fragment  supérieur  étant  très  mobile. 
■Pour  le  réduire  et  le  fixer,  au  lieu  de  la  rugine  et  du  davier,  je 
me  sers  du  tiw- f'o ntl -ordinal re  qui  m’a  permis  doux  fois  de  réduire 
sans  prothèse  «métallique. 

J’aii  maintenu  la  réduction  en  abduction  et  j’ai  placé  lé  bras  à 
, angle  droit  avec  ua  appareil  plâtré  thoraco^brachial  qui  est  assez 
difficile  à  faire,  «mais  qui  est  bien  supporté. 

M.  Rroca.  —  M..  Hallopeau  me  pense- t-il  pas  qu’il  y  a  décolle¬ 
ment  épiphysaire  et  mon  fracture?  C’en  est  l’aspect  radiographique 
typique,  en  cupule,  à  dix-neuf  ans.  C’est  d’ailleurs  un  argument 
en  faveur  de  ta  réduction  sanglante,  car  ces  décollements  sont 
très  souvent  rebelles  aux  manœuvres  externes.  Mais,  dans  les  cas 
de  ce  genre,  «non  expérience  est  qu’il  est  inutile  de  maintenir  la 
réduction  pair  un  coups  étranger. 

M.  Hallopeau.  — ■Qu’il  s’agisse  d’un  décollement  épiphysaire, 
je  m’excuse  de  ne  l’avoir  pas  remarqué;  l’âge  de  dix-neuf  «uns 
aurait  dû  attirer  mon  attention.  Mais,  comme  on  l’a  dit,  cela  ne 
change  rien  au  traitement. 

Si  m’emploie  l’ostéosynthèse,  je  d’an  dit,  c’est  que  sur  les 
5  malades  auxquels  je  n’en  avais  pas  fait  j’ai  observé  2  fois  un 
déplacement  secondaire;  il  s’agissait  de  malades  d’un,e  douzaine 
d’années  auxquels  je  ne  pouvais  appliquer  l'appareil  de  , Ferri, er; 
j’ai  dû  refaire  2  fois  un  appareil  plâtré,  avec  une  certaine  diffi¬ 
culté;  c’est  pourquoi  je  mets  maintenant  une  vis. 


M,.  Tuffier  une  demande  :si  Ja  fonction  redevient  parfaite.  Assu¬ 
rément.  M«s<deux  .derniers  opérés,  âgés  .d’.u.ne  quinzaine  d’années, 
chez  lesquels  .j’ai  mis  une  vis  .et  une  simple  écharpe,  ont  com¬ 
mencé  4  remuer  d'eux-mêmes  le  bras  au  bout  de  huit  jours.  Au 
bout  de  trois  .semaines,  ils  .levaient  le  bras  au-dessus  de  .la  .bêle  ; 
au  bout  de  six  semaines,  on  n’observait  plus  .aucune  gêne  des 
monivemenils. 

M.  Broc  a.  —  M,.  Hallopeau  me  pense-t-il  pas  .que  la  nécessité  de 
perforer  le  cartilage  .conjugal  a,  dans  .le  nas  spécial  des  .décolle¬ 
ments  épipbysaires,  quelques  inconvénients. 

M.  Hallopeau.  —  Je  ne  crois  pas  que  la  présence  du  cartilage 
de  ©ooDijugaisan  soit  une  contre-indication  .au  vissage.  Première¬ 
ment,  l’.arrêt  d’accroissement  par  le  vissage  n’est  pas  absolument 
.démontré.  Deuxièmement,  sur  un  malade  .de  quinze  à  vingt  ans, 
l’aærêt  d'accroissement,  fût-di de  .1  centimètre,  serait  sans  impor¬ 
tance. 

Un  arrêt  d’accroissement  local  ne  saurait  même  entraîner  une 
.déviation  .latérale  si  la  v.is  passe  bien  au  centre.  Enfin,  y  eût-il 
même  une  petite  déviation,  elle  serait  insignifiante  relativement 
à  celle  qui  existerait  si  la  réduction  .n’avait  pas  été  faite. 

iM.  Albert  Mouchet..  —  Je  .crois,  comme  mon  maître  M.  A,ug. 
:Broca,  que  l’observation  de  M.  Brisset  concerne  un  cas  typique  de 
décollement  épiphysaire;  c’est  également  l’impression  de  nos 
voisins  Louis  Bazy,  Pierre  Fredet  et  Chevrier  en  regardant  la 
radiographie. 

E-nce  qui  concerne  le  traitement,  je  crois  q.u’on  peut  souvent 
.se  dispenser  dereoourir.au  vissage  ou  à  l’agrafage  et  se  contenter 
delà  réduction  sanglante.  J’ai 'obtenu  .ainsi  .d’excellents, résultats. 

M.  Roux-Berger,  —  Dans  une  fracture  semblable,  il  faut,  à 
mon  avis,  pratiquer  une  réduction  sanglante.  Ua  réduction  par 
les  autres  moyens  échoue  généralement.  Quant  à  la  contention  de 
cette  réduction,  elle  peut  être  obtenue,  dans  certains  cas  du  moins, 
par  l’altitude  à  angle  droit.  Chez  une  de  mes  malades,  j’ai  maintenu 
très  facilement  cette  attitude  pendant  quinze  jours,  avec  l’appa¬ 
reil  que  M.  le  Dr  Rouvillois  nous  a  présenté  à  une  des  dernières 
séances. 

M.  Basset.  — J’ai  eu  l’occasion  d’opérer,  il  y  a  six  mois  environ, 
un  garçon  d’une  dizaine  d’années  qui  s’était  fait  en  tombant 
un  décollement  épiphysaire,  avec  petite  fracture  de  l’extrémité 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


supérieure  de  l’humérus  gauche.  Le  déplacement  était  important 
(fragment inférieur  en  dedans  du  supérieur,  dans  l’aisselle).  Sous 
anesthésie  générale,  il  m’a  été  impossible  d’obtenir  la  moindre 
réduction,  J’ai  donc  opéré  ce  garçon  quarante-huit  heures  après 
cette  tentative  de  réduction  et  quatre  jours  après  son  accident. 
J’ai  fait  une  reposition  sanglante  simple  sans  aucune  ostéosyn¬ 
thèse,  et  j’ai  eu  là  chance  que  la  réduction  se  maintînt.  Aucun 
appareil  de  contention  post-opératoire  autre  qu’un  simple  panse¬ 
ment  un  peu  serré  maintenait  le  bras  collé  au  tronc.  Le  résultat 
anatomique  et  fonctionnel  a  été  excellent,  on  peut  dire  parfait,  et 
je  l’ai  encore  vérifié,  il  y  a  peu  de  jours,  après  l’avoir  antérieure¬ 
ment  constaté  par  la  radiographie. 

M.  Tuffier.  —  Après  les  ostéosynthèses  ou  les  réductions  san¬ 
glantes  pour  fractures  du  col  chirurgical  chez  l’adulte,  je  n’ai  pas 
vu  la  reslilulio  ad  integrum ,  et  je  crois  que  le  «  résultat  fonctionnel 
excellent  »  laisse  encore  incomplets  la  rotation  en  dehors  et 
l’abduction  avec  rotation  dans  les  mêmes  conditions. 

M.  Ombrédanne.  —  Je  me  sers  volontiers,  pour  maintenir  le 
bras  en  abduction,  de  l’appareil  très  simple  de  Soutter,  lame  de 
tôle  plaquée  au  côté  du  thorax,  puis  coudée  à  angle  droit  en 
dehors;  cette  seconde  portion  soutient  le  bras;  enfin  coudée 
une  seconde  fois  à  angle  droit  en  haut,  la  main  s’accrochant  à 
l’extrémité  de  l’appareil.  Ce  dispositif  est  très  simple  et  fort 
efficace. 

M.  Louis  Bazy.  —  Je  crois  que  l’appareil  dont  nous  parle 
M.  Ombrédanne  a  été  employé  sur  une  large  échelle  par  tous  les 
chirurgiens  du  front.  Nous  nous  en  servions  couramment  dans 
l’Auto-chir.  n°  1  de  mon  maître  Proust.  Nous  le  fabriquions  d’ail¬ 
leurs  avec  la  gouttière  en  aluminium  pour  cuisse  que  nous  mode¬ 
lions  en  conséquence  et  que  nous  appliquions  exactement  comme 
nous  le  montre  M.  Ombrédanne. 


SÉANCE  DU  13  JUIN 


907 


Questions  à  l’ordre  du  jour. 

1°  Prolapsus  génital  chez  les  femmes  âgées. 

A  propos  de  l'opération  de  Le  Fort 
dans  le  traitement  du  prolapsus  des  femmes  âgées , 

par  M.  COTTE  (de  Lyon),  membre  correspondant. 

Le  rapport  récent  de  mon  ami  Chifoliau  sur  le  cloisonnement 
du  vagin,  les  communications  de  Gernez  et  de  Savariaud  m’ont 
incité  à  rechercher  les  résultats  éloignés  obtenus  chez  les  malades 
auxquelles  j’ai  fait  l’opération  de  Le  Fort. 

Depuis  deux  ans  que  j’ai  l'honneur  de  suppléer  mon  miître  le 
professeur  Auguste  Pollosson,  j’ai  pratiqué  seize  fois  cette  opéra¬ 
tion  :  neuf  malades  sont  opérées  depuis  plus  d'un  an;  sept  depuis 
un  an  seulement:  si  j’en  fais  état  ici,  c’est  seulement  pour  dire 
que,  malgré  leur  âge,  souvent  avancé  (de  soixante  à  soixante- 
quinze  ans),  toutes  ont  guéri  sans  aucun  incident. 

Au  point  de  vue  clinique,  dans  la  moitié  des  cas  environ,  il 
s’agissait  de  prolapsus  complet  avec  éversion  vaginale  ;  dans  les 
autres  cas,  il  y  avait  seulement  une  cystocèle  plus  ou  moins 
accusée  avec  colpocèle  postérieure  et  béance  de  la  vulve,  sans  que 
l’utérus  abaissé  ne  sorte  du  vagin.  Chez  quelques  malades  qui 
avaient  longtemps  porté  un  pessaire,  il  y  avait  de  la  vaginite  ou 
des  ulcérations  de  compression  qui  nécessitèrent  un  traitement 
préopératoire  assez  prolongé;  chez  d’autres,  le  prolapsus  n’était 
plus  maintenu  par  aucun  pessaire.  D’une  façon  générale,  toutes 
ces  malades  étaient  impotentes  ou  infirmes  et,  ne  pouvant  plus 
travailler,  ellps  venaient  demander  qu’on  améliore  leur  triste 
sort.  Deux  avaient  soixante  ans;  cinq  de  soixante  etun  à  soixante- 
trois  ans;  trois,  soixante-six  ans;  une,  soixante-neuf  ans;  cinq 
de  soixante-douze  à  soixante  quinze  ans.  On  voit,  par  là,  que  l'âge 
avancé  des  malades  n’a  jamais  été  pour  moi  une  contre-indication 
à  l’intervention  ;  par  contre,  j’ai  toujours  réservé  l’opération  de 
Le  Fort  à  des  femmes  réellement  séniles,  et  je  ne  partage  pas  la 
conduite  de  Combier  et  Murard  qui  ont  opéré  ainsi  une  femme  de 
quarante-sept  ans,  bien  qu’elle  fût  veuve  ! 

Je  passe  sur  les  détails  de  la  technique  que  j’ai  suivie  et  que 
j’ai  décrite  avec  Creyssel  dans  le  Journal  de  Chirurgie  (octobre 
1922).  J’ajoute  seulement,  puisque  c’est  un  point  qui  est  discuté 
par  Combier  et  Murard,  qu’après  avoir  fait  seulement  un  large 
cloisonnement  du  vagin,  j’ai  pris  l’habitude,  par  mesure  de 


SOCIÉTÉ  HE  CHIRURGIE 


précaution,  de  compléter  l'intervention  par  une  périnéorraphie. 
Lorsqu’on  examine,  eu  effet,  dés  malades  traitée»  par  l’opération 
de  Le  Fort  on  voit  que  la  colonne  de  soutien  vaginale  ainsi 
réalisée  est  souple-,,  peu  résistant®  et  swb.it  une-  impulsion  à  la 
toux  qui  porte  surtout  sur  la  paroi  antérieure  et  qui  tend  à  repro¬ 
duire  la  cystocèie-,  car  les:  parois  vaginale»,  accolées  ne  sont  sou¬ 
tenues  par  rien,  et  je  comprend»  très-  bien  qui’ après  l’opération 
de  Le  Fort  type,  où  l’avivement  était  réduit  en  hauteur  et  en  lar¬ 
geur,  quelques  chirurgiens  aient  pu  voir  cette-  cloison  céder  peu  à 
peu  et  le  prolapsus  se  reproduire.  Sans  doute,  avec  l’avivement 
large1,  tel  qu’EParümann  le  décrivait  déjà  dans  sa  Gyné'cohgie  opé¬ 
ratoire  et  tel  que  nous  le  pratiquons,  la  chose  n’est  plu»  guère  à) 
redouter';  mai»  néanmoins  pourquoi  ne  pas  traiter  en  même 
temps  la  béance  vulvaire?'  Le  cloisonnement  achevé-,  il  suffit  dte 
dédoubler ,  la  cloison-  recto-vaginale  sur  2  à;  3  centimètres  de 
profondeur  seulement.  Avec  une  aiguillé- courbe  de- Doyen,  on  va- 
accrocher-  de-  chaque  côté1  les  raïeveurs  sur  lesquels  on  met  dfeu<x 
à  trois  points  de  suture.  A  ce  moment,  la  limite  inférieure  dw 
cloisonnement  qui  se  trouvait  à  la  vu-lve- se -trouve  reportée  à-  trois; 
centimètres  environ  h  l'intérieur  du  vagin  par-  suite  de  la  recons¬ 
titution  de  la-  commissure  postérieure  et  de  l’éperon  périnéal. 
Le-  résultat  obtenu  n-’ëu-  est  que-  plus  parfait.  Au  point  de-  vue 
anatomique,  la  vessie  se  trouve  maintenue  non-  plus  seulement 
par- son  accrochage  au  rectum  mai»  encore  par  la  restauration  du 
périnée  ;•{&•  béa-nce  de  la  vulve  a  disparu-;  le-  vagin  même  se  trouve 
reconstitué  ainsi  sur  une  hauteur  de-  H  $  centimètres  ;•  à  la 
partie- profonde  de  ce  diverticule- font  suite  deux  petits  conduits 
latéraux  dans  lesquels  on-  peut  souvent  engager  la  pulpe  de- 
1  indèx,  mais  dont  lé-  diamètrese- réduit  ensuite-pour  ne  plus  laisser 
passer  qu’une  sondé  urêtrale  :  une  in-jé-etion-  poussée-  par  l’un-  de 
ces  vagins  latéraux  revient  assez'  facilement  par  le  eô'té  opposé. 
Quant  aux  résultats  éloignés,  dans  l’enquête- à  laquelle  nous  nous 
sommes  livré,  nous  n’a-vons  pas  trouvé  une  seule  note  discordante. 

Notre  première  malade,  opérée  en  juin  1921,  nous  a- écrit  récem¬ 
ment  qu’elle-  n-’avait  plus  ressenti  jamais  aucun  ma-lafee.  Une 
autre  femme-  de  soixante-eniz-e  ans,  opérée  §  la  même  époque, 
déclare  quelle  est  très  satisfaite-  de  l'opération.;  une  a-utre  septua¬ 
génaire',  opérée  au-  mors  dé  juilètt  19211,  a  repris  ses  occupations 
et  son  travail;  deux  autres  opérées  en  décembre  1921  se  décla¬ 
rent!  très  contentes  d’ avoir,  pu,  grâce  à  l’opération,  retrouver-leuTS 
forces  et  faire  leur  travail.  Toutes-  le»  autres,  enfin-,  opérées,  il 
est  vrai,  depuis,  moins  de  dix-huit  mois,. se-  félicitent  du  résultat 
obtenu.  La  durée’ dii  séjour  à  l’hôprtai  pour  toutes  ces  malades  a 
varié  entre  dix-huit  et  trente  jours. 


SKANCE  DU  13  lElS 


9®W 


Sans  doute,  avec  le  recul  de  quelques  années,  ces  observations 
auraient  encore  uneplus  grande  valeur.  Je  crois  cependant  que, 
telles  qu’elles  sont,  elles  méritent  dè  retenir  l’attention  et  per¬ 
mettent  de  nôus  faire  une  idée  très  nette  sur  la  valeur  du  cloison¬ 
nement  du  vagin  et  sur  la  place  qu’il  doit  avoir  aujourd’hui  dans 
le  traitement  des  prolapsus. 

Lorsque  j’ai  présenté  à  la  Société  de  Chirurgie  de  Lyon  des 
femmes  âgées  opérées  suivant  les  procédés  de  Le  Fort  ou  de 
Millier,  on  m’a  objecté  qu’avec  la-  col'porraphie  antérieure,  la 
pérméorraphie_et  Fhystéropexie.  on  avait  la  possibilité  de  traiter 
tous  les  prolapsus.  T^esont  là,  en  effet,  des  interventions  excel¬ 
lentes  dont  je  ne  nie  pas  l’efficacité  et  qui,  employées  seules  on 
associées,  permettent  souvent  d’assurer  la  guérison  radicale- d’un 
prolapsus  génital;  pour  ma  part-,  j”y  ai  eu  recours  très  souvent, 
mais  on  reconnaîtra  bien  cependant  que  chez  des  femmes  âgées 
la  triple  opération  est  une  intervention  beaucoup  plus  longue 
et  plus  shockante  que  ne  l’est  le  cloisonnement  du  vagin,  même 
avec  une  pérînéorraphie-  complémentaire.  La  première  nécessite 
un  temps  vaginal  et  un  temps  abdominal,  tandis  que  Ja  seconde 
se  fait  tout  entière  par  ie  vagin  la-  comparaison  n’est  pas  pos¬ 
sible,  et  pour  ma  part  je  ne  vois  guère  à  opposer  au  Le  Fort  que 
la'  colpectomie  totale  avec  hystérectomie.  Savariaud.  Desmare-ts 
semblent  préférer  cette  dernière  intervention  et  je  reconnais 
qu’elle  est  d’autant  plus  séduisante  qu’on  a  toujours  un  peu  la 
crainte  que,  derrière  le  cloisonnement-  à  la  manière  de  Le  Fort, 
l’utérus  ne  devienne  un  jour-  ou  l’autre  le  point  de  départ  d’un 
processus  pathologique.  Mais,  en  fait,  il  s’agit  là  d’une  éventualité 
tellement  rare  quand  on  le  réserve  à1  des  malades  qui  ont  dépassé 
la  soixantaine,  qu’on  se  demande  si  elle  vaut  les  risques,  même 
minimes,  de  l’hystérectomie  préventive  et  de  la  colpectomie  totale 
qui  s’accompagne,  malgré  tout,  d’un  suintement  hémorragique 
toujours  plus  important  que  l’opération  de  Le  Foct.  Personnelle¬ 
ment  je  n’ai  fait  qu’une  fois  l’opération  de-  Miüller  dans  un  cas.  de 
prolapsus  irréductible  avec  infection  des  paramètres  ;  la  malade  a, 
du  reste,  fort  bien  guéri,  mais  la  cicatrisation  a  été  fort  longue  à 
obtenir,  l'accotement  des  deux  parois  vaginales  ayant  mis  long¬ 
temps  à  se  faire.  Pour  cette  deuxième  raison,  je  crois  donc  que, 
lorsque  rien  n’impose  l’hystérectomie,  l’opération  de  Le  Fort,  plus 
simple,  plus  facile  et. moins  traumatisante,  est  l’opération  de  choix 
dans  Le  prolapsus  des  vieilles  femmes,  dont  elle  assure  très  rapi¬ 
dement  la  guérison. 


910. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


2°  Curiethérapie  du  cancer. 

Trois  observations  de  malades  soumis  à  la  curiethérapie , 
par  M.  de  Nabias. 

Rapport  de  M.  R.  PROUST. 

M.  de  Nabias  nous  a  présenté  trois  intéressantes  observations  de 
malades  sur  lesquelles  vous  m’avez  chargé  de' vous  faire  un  rapport. 

Le  premier  cas  est  celui  d’un  néoplasme  ulcéré  de  la  langue 
chez  un  homme  âgé  de  cinquante  ans,  dont  la  guérison  s’est 
maintenue  depuis  onze  mois. 

Le  deuxième  est  un  cas  de  néoplasme  de  la  langue  presque  en 
cours  de  traitement  :  en  fait,  son  traitement  est  terminé  depuis  à 
peine  un  mois. 

Le  troisième  est  un  néoplasme  spino-cellulaire  de  la  région 
parotidienne. 

L’intérêt  de  ces  trois  observations  est  que  leur  analyse  renforce 
la  thèse  dont  nous  avons  parlé  ici  déjà  et  dont  M.  de  Nabias  est 
un  des  protagonistes,  à  savoir  que  l’application  très  prolongée  et 
très  filtrée  permet  d’une  part  de  mettre  en  évidence  des  radio- 
sensibilités  plus  marquées;  qu’avec  les  applications  courtes  et 
qu’ensuite  avec  la  méthode  de  prolongation  de  l’application  et  une 
dose  journalière  bien  calculée,  ainsi  qu’une  filtration  appropriée, 
on  peut  arriver  à  donner  des  doses  considérables  sans  aucune 
réaction  fâcheuse  et  même  sans  apparence  de  radiumdermite  dans 
des  régions  où  se  trouvent  pourtant  des  muqueuses  aussi  sensibles 
que  la  muqueuse  linguale  ou  la  muqueuse  buccale. 

Voici  d’abord  les  deux  premières  observations  d’épithélioma  de 
la  langue  : 

Obs.  I.  —  M.  L...  (Pierre),  cinquante  ans,  wattmann.  Néoplasme 
ulcéré  du  burd  droit  de  la  langue  en  son  tiers  moyen.  Adénopathie 
sous-maxillaire  et  carotidienne  droite  formée  de  petits  ganglions  mobiles 
Un  ganglion  carotidien  mobile  gauche  rétro-angulo-maxillaire. 

Début  clinique  en  juillet  1921  par  une  petite  ulcération  de  la  partie 
moyenne  du  bord  droit  de  la  langue  siégeant  en  regard- d’un  chicot 
deutaire  (avant-dernière  molaire  droite). 

Bon  état  général.  Appétit  conservé.  Quelques  élancements  douloureux 
au  niveau  de  la  lésion  avec  irradiation  dans  l’oreille  droite. 

Etat  actuel  (b  juillet  1922).  —  Première  ulcération  présentant  le  dia¬ 
mètre  d’une  pièce  de  50  centimes  siégeant  à  l’union  du  tiers  moyen 
du  bord  droit  de  la  langue  avec  le  tiers  postérieur. 

Le  fond  est  tapissé  d’un  enduit  blanchâtre  semblable  à  celui  d’une 
leucoplasie. 

Les  bords  irréguliers  sont  légèrement  en  relief. 


SÉANCE  DU  13  JUIN 


911 


Deuxième  ulcération  présentant  le  diamètre  d’un  grain  de  mil  située 
à  5  millimètres  en  arrière  de  la  précédente. 

L’ensemble  de  ces  lésions  est  mobile  sur  le  plancher  buccal  qui  est  souple. 

Adénopathies.  —  A  droite  :  un  ganglion  sous-maxillaire  droit  du 
volume  d’une  noisette,  mobile.  Un  ganglion  carotidien  de  même  volume 
au  croisement  de  l’omo-hyoïdien. 

A  gauche  :  un  ganglion  sous-angulo-maxillaire  comme  un  pois.  Un 
ganglion  sus-claviculaire  gauche. 

Biopsie  (le  Dr  Forestier  a  fait  l’examen  biologique).  Epilhélioma  spino- 
cellulaire  avec  petits  globes  cornés  développés  en  masse.  Nombreuses 
karyokinèses. 

Temps  chirurgical.  —  Premier  temps.  Côté  de  la  lésion  (Dr  de  Nabias). 
Exérèse  ganglionnaire  aisée  et  ligature  de  la  carotide  externe  et  de  la 
linguale. 

Deuxième  temps.  Côté  opposé  à  la  lésion  (Dr  Maurer).  Ligature  de  la 
carotide  externe  et  de  la  linguale. 

Temps  curiethérapique.  —  Le  2  août  1922.  Pose  de  trois  aiguilles  de 
5  mgr.  Rae  dans  le  tiers  moyen  du  bord  droit  de  la  langue. 

Le  11  août  1922.  Ablation.  Dose:  15  milligrammes.  Durée  :  210  heures 
—  9  jours  mois  3  heures  (aiguilles  tombées  le  4  à  8  heures  du  matin, 
reposées  le  même  joura  15  h.  20). 

Quantité  :  3.150  m.  g.  h.,  23  M.  C.  D.  60. 

Suites.  —  Le  20  septembre  1922.  Radiodermite  du  palais  et  du  voile. 

Le  4  octobre  1922.  Traces  de  radiumdermite,  salive  encore. 

Le  17  novembre  1922.  Deux  mois  après,  signes  cliniques  de  guérison. 

Actuellement,  onze  mois  après  :  signes  cliniques  maintenus. 

Obs.  II.  —  M.  V...,  soixante-seize  ans,  artiste  dramatique.  Néoplasme 
ulcéré  de  la  moitié  gauche  et  postérieure  de  la  langue.  Adénopathie 
sous-maxillaire  et  carotidienne  bilatérale. 

Début  clinique  en  octobre  1922  par  une  légère  gêne  pour  la  parole  et 
pour  la  déglutition,  localisée  par  le  malale  à  la  partie  postérieure  et 
gauche  de  la  langue. 

Depuis  décembre  1922,  douleur  dans  le  maxillaire  inférieur  irraliée 
à  l’oreille  et  à  la  moitié  du  crâne  du  côté  gauche. 

Salivation  légère.  Amaigrissement.  Etat  général  précaire. 

Etat  actuel  (12  janvier  1923).  Exulcération  siégeant  au  niveau  de  la 
face  dorsale  de  la  langue,  présentant  le  diamètre  d’une  pièce  de  2  francs 
(27  millimètres  de  diamètre). 

Bord  en  relief.  Fond  occupé  par  des  bourgeons  rouges  revêtus  par 
place  d’un  enduit  sphacélique. 

Plancher  buccal.  Souple  à  droite  (glandessous-maxillaires  volumi¬ 
neuses  des  deux  côtés).  Induré  à  gauche. 

Adénopathies.  —  A  gauche  :  Ganglion  comme  une  noisette  dans  la 
région  sous-maxillaire  gauche,  ganglion  comme  une  noisette  de  la 
région  carotidienne  gauche  au  croisement  de  l’omo-hyoïdien. 

A  droite  :  Trois  petits  ganglions  comme  des  pois  dans  la  loge  sous- 
maxillaire.  Rien  dans  la  région  carotidienne. 


912 


SOCIÉTÉ.  DE  CHIRURGIE 


Biopsie  (12  janvier  1923>).  —  Epithéliama  malpighien  indiffiéceasié, 
architecture  en  larges  lobules,  cellules,  d’aspect  embryonnaire  à  c®n- 
touns:  arrondis,  à  prolongements  stellaires  ;  aspect  gigauto-celluiaire  ; 
mitoses  très  nombreuses  ;  le'  stroma  n’est  pas  visible. 

Pas  de  temps  chirurgical. 

Temps  curiethérapique.  —  Langue  :  Inclusion  sous  anesthésie  géné>- 
rale  de  cinq  tubes  de  2  mgr.  Rae  à  raison  die  : 

Trois  tubes  dorsaux  en  couronne  ;  deux  tubes  sous  la  lésion. 

Ganglions  :  Quatre:  tubes  de  2  mgr.  Rae,  loge  sous-maxillaire  gauche. 
Trois;  tubes  de  2  mgr.  Rae,  loge  sous-maxillaire  droite. 

17  avril  Ablation.  Dose  :  langue  :  ld  mgr.  Rae;  ganglions  8>  mgr. 
à  gauche,  6  mgr.  à  droite.  Durée  :  dis  jours  :  240-  heures. 

Quantité.  —  Langue  :  2.40Ô  m.g.  h.,  ISM. G.  D. 

Ganglions  :  A  gauche,  1.920  m.g.  h.  :  14  M.  C.D.  40 
A  droite,  1.440  m.g. h.  :  14  M.  C.  D.  40 
43  M.C.D.  40 

Suites  simples. 

Revu  le  28  avril  1923.  Pas  de  radiedermite. 

12 jmn  1923,  excellent  état  local,  douleurs  disparues,  sauf  céphalées. 

L’histoire  de  ces  deux  malades  est  intéressante  à  différents 
points  de  vue  : 

1°  en  ce  qui  concerne  la  qualité  de.  la  guérison. 

Le  premier,  guéri  depuis  près  de  wn  a»,  a  une  véritable  restilulio 
ad  integrum,  avec  souplesse  complète  de  la  région  et  mobilité 
entière  de  la  langue;  il  a  été  traité  neuf  jours. 

Le  deuxième  avait  un  énorme  néoplasme  ulcéré  de  la  moitié 
postérieure  gauche  de  la  langue  :  vous  l’avez  vu,  deux  mois  après 
la  fin  de  son  traitement;  sa  lésion  a  considérablement  rétrocédé; 
l’ulcération  est  guérie;  le  noyau  profond  a  diminué  des  2/5. 

Il  n’a  eu  aucune  radiumdermîte,  car  il  avait  des  tubes  bien 
filtrés,  et  ceci,  bien  qu’il  ait  eu  une  application  de  dix  jours. 

2.°  En  ce  qui  concerne  le  calcul  de  la  durée  du  traitement,  il  doit 
reposer  sur  une  base  scientifique  solide..  C’est  pourquoi  je  tiens  à 
répéter  toute  l’importance  que  j’attache  à  l’étude  de  l'activité 
karyokinétique  de  la  tumeur  à-  traiter. 

-  M.  de  Nabias  et  son  collègue  M.  Forestier  ont  montré  dans 
une  communication  faite  à  la  Société  de  Biologie  le2Q  janvier  1923 
que,  si  dans  une  coupe  histologique  on  pratiquait  au  moyen  d’ocu¬ 
laire  quadrillé  la  numération  des  cellules  néoplasiques  au  repos  et 
la  numération  des  cellules  néoplasiques  en  division,  on  obtenait, 
en  faisant  le  rapport  de  ces  deux  chiffres,  ce  qu’ils  ont  appelé 
l’index  d’activité  karvokinétique  de  la  tumeur. 

En  faisant  des  biopsies  en  série,  ils  se  sont  rendu  compte  que, 
pour  des  tumeurs  présentant  une  mitose  pour  50'  cellules,  une 
irradiation  de  six  jours  était  suffisante;  pour  une  tumeur  pré- 


SÉANCE  DU  13  JUIN 


913' 


sentant  une  mitose  sur  100,  quinze  jours  étaient  nécessaires  et 
ainsi  de  suite,  quelle  que  soit  ïa  forme  histologique. 

Dans  le  cas  de  V.. .  l'index  était  de  1/80,  et  ils  l’ont  irradié  dix  jours. 

Pour  vous  donner  un  exemple  de  l’importance  de  cet  index, 
M.  de  Nabias  a  présenté  une  troisième  malade,  M®0  B...,  âgée 
de  soixante-neuf  ans,  qui,  comme  vous  l’avez  vuyasubi  une  appli¬ 
cation  de  radium  de  trente-six  jours  et  a  parfaitement  guéri  sans 
la  moindre  réaction  locale  de  brûlure  et  présente  une  cicatrice 
particulièrement  souple. 

Yoici  son  observation-  r 

Mme  B...,  soixante-neuf  ans,  ménagère.  EpüMLLoma-  spino-celWair.e 
de  la  région  prétragienne  droite. 

Début  clinique  en  1917  par  une  petite  ulcération  survenue  sponta¬ 
nément  sur  la  face  externe  de  la  joue  droite,  en  avant  du  C.  A.  E. 

Sensation  de  prurit  au  niveau  de  la  Tésion. 

'  Hémorragies  fréquentes. 

Pas  de  douleur  irradiée  dans  la  tête,  d'ans  F’oreilïè  ou  dans  la  région 
facMte. 

Etat  actml  (8  décembre  1922).. 

Exulaération  oivalaire  à  grand  axe  vertical  lnng  de  4  centimètres,  à 
petit  axe  horizontal  long  de  2  centimètres. 

Pas  de  ganglions  perceptibles. 

Excellent  état  général.  Appétit,  conservée 

Biopsie. 

Epithélioma  malpighièn  en  voie  de  différenciation  selon  le  type,  des 
muqueuses;  cellules  polyédriques  et  stellaires,  rares  kératinisations. 

Peu  de  mytose  :  i  :  1/ 150. 

Aucun  stroma  organisé  autre  que  du  tissu  granuleux.  Abondante  ptose. 

Curiethérapie  (91  février  1923). 

Pose-  à  plat  d'un  tube  de  2  mgr  Rae. 

Filtre  :  2  miJlim.  PI  ::  1  mML.  G.  N, 

Durée  :  36-  jours,  864  heures-.. 

Quantité  :  128  m..  g.  h.:.  12  M,.  G..  D.  97. 

Suites. 

Revue  le  20  avril  1923  :  guérie.. 

Je  considère  que  ces  observations  viennent  par  conséquent  à 
l’appui  de  la  thèse  de  l’application  prolongée- et  les  deux  derniers 
cas- vous  montrent  que  cefle-ei  est  parfaitement  supportée. 

Je  crois  done  que  nous  devons  conclure  avec  M.  de  Nabias  que 
la  durée  doit  être  proportionnée  à  l’index  ka-ryokinétique  de  la 
tumeur  à  traiter,  qu’avec  un  bon  filtrage  on  doit  obtenir  une 
cicatrice  souple  et  que  dans  de  telles  conditions  on  évite  les 
brûlures,  malgré  les-  applications  très  longues,  si  le  filtrage,  d’une 
part,  et  le  débit  journalier,  d’autre  part,  ont  été,  ainsi  que  la 
répartition  des  tubes,  bien  calculés. 


914 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Communication. 

Création  d'un  rétrécissement  complet  de  l'intestin 
pour  exclusion  unilatérale  ou  bilatérale 
par  ma  méthode  d’écrasement, 

par  M.  SOULIGOUX. 

La  communication  que.  je  vous  fais  aujourd'hui  est  une  sorte  de 
réédition  de  celle  que  j’avais  faite  en  1906,  M.Chaput,  qui  avait  été 
chargé  du  rapport,  ne  l’ayant  pas  fait. 

Le  travail  que  j’avais  exposé  en  1906  avait  été  entrepris  à  la 
suite  d’un  rapport  de  M.  Lejars  sur  un  cas  de  rétrécissement  de 
l’intestin  consécutif  à  une  hernie" étranglée  (Société  de  Chirurgie, 
8  mars  1905). 

En  opérant  ce  malade,  atteint  d’obstruction  intestinale  chro¬ 
nique  et  subaiguë  portant  sur  le  grêle,  j’avais  constaté  que  le  bout 
afférent  très  dilaté  mesurait  un  diamètre  triple  de  celui  de  l’in¬ 
testin  normal  et  se  continuait  par  un  segment  rétréci  au  niveau 
duquel  on  ne  pouvait  faire  passer  les  liquides  qu’avec  beaucoup 
de  difficultés.  Au-dessous  de  ce'  rétrécissement,  l’intestin,  très 
diminué  dans  son  calibre, -décrivait  une  courbe  d’environ  20  centi¬ 
mètres,  et  venait  ensuite  se  fixer  au  niveau  du  point  rétréci,  puis 
continuait  libre  d’adhérences  son  trajet.  Je  fis  à  ce  malade  une 
entéro-anastomose  à  distance  suffisante  du  segment  rétréci.  Le 
malade  guérit  sans  incidents. 

Dans  la  communication  écrite  que  j’avais  remise  à  M.  Lejars, 
je  disais  que  le  mécanisme  de  la  production  de  ce  rétrécissement 
était  facile  à  établir  et  devait  être  compris  de  la  façon  suivante  : 
l’anse  étant  fortement  serrée  au  niveau  de  l’agent  d’étranglement 
(anneau  ou  collet  du  sac),  il  s’est  produit  aux  lieux  de  striction  un 
travail  de  nécrose  portant  sur  la  musculaire  et  la  muqueuse,  et 
comme  conséquence  un  rétrécissement.  En  somme  je  pensais  que 
la  striction  par  l’agent  d’étranglement  avait  déterminé  spontané¬ 
ment  ce  que  je  produisais  par  l’écrasement,  c’est-à-dire  que,  la 
muqueuse  et  la  musculaire  étant  détruites,  le  péritoine  restait 
intact.  Secondairement,  la  cicatrisation  se  faisant  sous  le  péritoine 
amenait  un  rétrécissement. 

Je  résolus  de  vérifier  mon  hypothèse  expérimentalement,  et,  avec 
l’aide  de  mon  interne  David,  je  fis  sur  plusieurs  chiens  l’opération 
suivante  :  «  mon  but  était  de  réaliser  une  exclusion  unilatérale  du 
gros  intestin  sans  sectionner  l’iléon  en  faisant  une  iléo-sigmoï¬ 
dostomie  ». 


SÉANCE  DU  13  -JUIN 


915 


Voici  la  technique  très  simple  de  cette  opération  :  j’écrasai 
l’iléon  à  quelques  centimètres  du  cæcum,  sur  une  étendue  de 
4  centimètres  environ.  La  paroi  intestinale,  en  ce  point,  était 
réduite  au  péritoine  intact,  comme  l’avait  démontré  mes  expé¬ 
riences  de  1895  et  les  observations  de  gastro-entérostomie  que 
j’avais  publiées  à  la  Société  de  Chirurgie  en  1896,  puis  au  Congrès 
de  Chirurgie  de  la  même  année.  Je  passai  un  fil  de  grosse  soie  au 
ras  du  mésentère  de  la  partie  intestinale  écrasée  et  le  serrai 
modérément  de  façon  à  obtenir  un  accolement  du  péritoine 
intestinal  mais  non  une  striction  serrée  qui  aurait  pu  le 
couper.  Un  surjet  circulaire  entoura  toute  la  surface  écrasée,  soie 
comprise.  Ainsi  étaitréalisé  un  rétrécissement  de  l’intestin  qui  du 
fait  de  la  cicatrisation  sous-p'éritonéale  allait  devenir,  si  j’ose 
m’exprimer  ainsi,  organique.  L’opération  était  complétée  par 
une  iléo-sigmoïdostomie.  Toutes  les  opérations  expérimentales 
m’avaient  donné-  un  résultat  parfait.  Sur  toutes  les  pièces  que 
j'avais  présentées  à  la  Société,  le  rétrécissement  fut  complet;  ce 
n’était  pas  un  simple  rétrécissement,  mais  plutôt  un  bloc  fibreux 
interrompant  toute  communication  avec  la  partie  de  l’iléon  située 
au-dessous. 

M.  Chaput,  chargé  du  rapport,  ne  le  fit  pas;  mais  M.  Bazy.quema 
communication  avait  beaucoup  intéressé,  se  décida  à  appliquer 
mon  procédé  pour  guérir  un  anus  cæcal  qu’il  avait  pratiqué  dans 
un  cas  d’occlusion  incomplète  due  à  un  rétrécissement  colique  sus- 
hépatique  causé  par  des  adhérences  et  des  indurations. 

Donc,  le  1er  avril,  M.  Bazy  fait  l’opération  telle  que  je  l’avais 
décrite.  Résultat  :  l’anus  cæcal  a  été  tari  pendant  trois  semaines, 
puis  a  laissé  écouler  des  matières,  sans  que  les  selles  par  l’anus 
aient  disparu,  et  M.  Bazy  conclut  que  c’est  un  succès  à  l’actif 
du  traitement  des  rétrécissements  du  côlon  par  l’iléo-sigmoïdo¬ 
stomie,  mais  échec  de  l’exclusion  unilatérale  par  le  procédé  de 
M.  Souligoux. 

Il  est  impossible  de  conclure  autrement,  étant  donné,  à  cette 
époque,  l’état  de  nos  connaissances  sur  la  circulation  des  matières 
fécales  dans  le  gros  intestin.  L’on  pensait  qu’il  n’y  avait  pas  d’anti¬ 
péristaltisme,  et  que  les  matières  parties  du  cæcum  cheminaient, 
sans  y  revenir  jamais,  jusqu’au  rectum  et  à  l’anus  pour  être 
expulsées.  En  réalité,  il  y  a  toujours  du  péristaltisme  et,antipéris- 
taltisme  dans  le  gros  intestin,  et  M.  Bazy  avait  tort  de  conclure 
comme  il  l’a  fait,  car,  si  les  matières  ont  repassé  par  le  cæcum,  ce 
n’est  pas  parce  que  le  rétrécissement  cherché  ne  s’est  pas  produit, 
mais  bien  parce  qu’elles  sont  remontées  par  les  côlons  descendant 
transverse  et  ascendant,  jusqu’à  l’anus  contre  nature  par  où  elles 
se  sont  écoulées  en  partie. 


916 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


L’observation  suivante  prouve  la  chose  d’une  façon  parfaite  : 

J'avais  reçu  pendant  la  guerre  une  jeune  fille  atteinte  d’un  .anus 
cæcal  consécutif  à  une  opération  d’appendicite.  Le  1,9  juin  1917,  je 
tentai  la  fermeture  de  cet  anus,  mais  sans  succès.  Comme  il  persistait 
en  plus  une  masse  dans  la  fosse  iliaque,  je  diagnostiquai  une  tubercü- 
lose  cæcale,  et  me  décidai  ct  l’apërer  le  20  -octobre  1917.  Le  plan  opéra¬ 
toire  -était:  enlever  le  cæcum  si  possible,  sinon  Taire  une  exclusion 
unilatérale. 

La  laparotomie  médiane  montre  (que  toute  la  portion  cæcalle  de  l’in¬ 
testin  est  très  .adhérente  et  présente  des  granulations  bacillaires.  Je 
me  décide  pour  riléo-sigmoïdostomie  .av.ec  .exclusion  unilatérale,  i  Pour 
exécuter  celle-ci,  j,e  .coupe  l’iléon,  et  ferme  .par  .deux  plans  de  sutures 
les  deux  orifices  intestinaux,  et  fait  ensuite  l’anastomose  Jatéro-laté- 
rale  (iléo-sigmoïdienne).  La  malade  guérit  sans  incident,  l’anus  cæcal 
cessa  de  fonctionner,  mais  vingt  jours  après  les  matières  reparurent 
à  l’orifice  cæcal.  C’était  un  échec  de  l’exclusion  unilatérale  et  la  preuve 
évidentè  du  reflux  dans  toute  l’étendue  du  gros  intestin.  Cette  jeune 
fille  a  succombé  depuis  Ma  généralisation  tuberculeuse,  dans  le  service, 
je  croîs,  de  M.  Potberat. 

Jevous  ai  déjà  démontré  la  réalité  du  reflux,  en  vous  présentant 
un  malad©  auquel  j’avais  enlevé,  dix-s  ept  ou  dix-huit  ans  aupara¬ 
vant,  tout  le  côlon  -droit,  et  «ne  partie  du  transveree  pour  un 
cancer  d,e d’iamgle  hépatique,  ®t  chez  qui  j’ovwls  terminé  l’opération 
par  une  iléo-sigmoïdostomie.  ‘Or  la  radiographie  montrait  'que  le 
bismuth  ingéré  par  la  bouche  refluait  dans  le  côlon  descendan  t  et 
ce  qui  restait  du  transverse.  Voici  une  observation  nouvelle  qui 
démontre  bien  la  réalité  dm  rétrécissement  produit  par  l’écra¬ 
sement  et  le  (reflux  dans  tout  Je  -côten  -après  iléo-sigmoïdostomie. 

Observation.  —  Kétnécmement  de  l’ang.k  ««ligue  droit,  d'mrigme  pro¬ 
bablement  néoplasique .  .üubocclusion.  .Exclusion  unilatérale  par  iléo -  * 
sigmoïdostomie  suivant  ma  technique  d'écrasement. . 

Il  .s’agit  .d’une  femme  -de  soixante  et  onze  ans,  entrée  à  l’hôpital 
.Reaujon,  en  mars  J  922,  qui  depuis  quatre  mois  se  plaignait  d’.une 
constipation  opiniâtre,  allant  en  s'accentuant  de jour  en  joua’.  Elle  res¬ 
tait  plusieurs  jours  sans  aller  à  la  selle,  puis  survenaient  des  débâcles 
et  même  de  la  diarrhée  contenant  .des  glaires  et  du  sang.  Treize  jours 
avant  son  entrée,  son  état  s’était  aggravé  brusquement,  sa  consi ipatiôn 
était  devenue  plus  opiniâtre.  Lorsque  je  la  vis,  elle  était  amaigrie  ;  son 
ventre  légèrement  ballonné  laissait  voir -des  contractions  intestinales  et 
on  entendait  très  manifestement  des  borborygmes.  Par  le  palper,  on 
.‘sautait  à  droite  une  masse  volumineuse  au-dessous  du  foie.  La  malade 
rendant  des  gaz -et  de  , ballonnement  étant  modéré,  je  fais  une  laparo¬ 
tomie  médiane. qui  montre  .une  agglomération  d’anses  grêles  adhérantes 
à  l’épiploon  et  à  la  paroi  et  à  droite  la  masse  dure  et  compacte  que 


SÉANCE  DU  13  JUJi 


917 


nous  avons  sentie  par  le  palper.  Toute  extirpation  était  impossible  et 
je  nae  décide  à  lui  faire,  après  avoir  isolé  la  termiuaison  de  l’iléon,  à 
une  exclusion  unilatérale  du  gros  intestin.  J’employai  la.  technique 
décrite  plus  haut.  . 

Rapidement  sa  circulation  intestinale  se  rétablit,  et  son  état  général 
s’améliore.  Dès  octobre  1922,  sa  santé  est  florissante,  elle  a  bon 
appétit,  a  repris  du  poids  et  elle  va  à  la  selle  normalement. 

Nous  avons  examiné  la  marche  des  matières  dans  son  'côlon  dès 
juillet  1922.  Il  s’agissait  :  1°  de  savoir  si  le  rétrécissement  produit  par 
l’écrasement  et  la  ligature  persistait;  2°  comment  se  faisait  la  circula¬ 
tion  des  matières  dans  le  côlon. 

Le  10.  juillet  .19.22,  c’est-à-dire  quatre  mois -après  P  opération,  l’en  fait 
prendre  à  la  malade  50  grammes  de  bismuth  en  suspension  dans 
200  .grammes  d’eau.  Quatre  heures  après,  l’examen  radioscopique 
montre  que  l’estomac  est  vide.  Le  bismuth  est  dans  la  portion  ïléale 
du  grêle,  dans  l’ampoule  rectale  et  commence  à  refluer  dans  .le 
descendant  jusqu’à  l’angle  splénique  qui  contient  des  gaz.  On  voit 
même  le  transverse  qui  s’amorce  par  réflexe.  11  n’y  a  rien  dans  le 
cæcum  ni  dans  le  côlon  ascendant. 

Examen  six  heures  après  Ifi’ngestion  de  bismuth. 

Le  transverse  est  entièrement  rempli  ainsi  que  l’ascendant  et  le 
<c;ecium.  Le  bismuth  reflue  donc  dans  tout  le  côlon.  L’estomac  com¬ 
mence  à  se  vider  à  nouveau  et  on  voit  toujours  du  bismuth  dans  la 
terminaison  de  l’iléon. 

Examen  dix  heures  après  d’ingestion  de  bismuth. 

L’estomac  est  vide,  tout  le  bismuth  est  dans  le  côlon. 

Le  cæcum,  l’ascendant  et  le  transverse  sont  remplis  jusqu’à  l’angle 
splénique. 

L’ampoule  rectale  et  le  descendant  sont  visibles,  maïs  ils  semblent 
être  séparés  du  côté  du  côlon  par  un  espace  vide  de  bismuth. 

Nouvel  examen  dix  jours  après.  La  malade  n’a  pas  repris  de-  bismuth. 
Sans  aucune  absorption  nouvelle,  on  obtient  la  radiographie  qui 
montre  que  le  cæcum,  le  côlon  ascendant  et  .transverse  sont  tapissés 
de  bismuth.  Le  côlon  descendant,  l’S  iliaque  et  le  rectum  ne  sont  plus 
ou  presque  plus  apparents. 

Trois  mois  après,  9  octobre  1922,  sans  nouvelle  absorption  de  bis¬ 
muth,  on  obtient  la  radiographie  suivante  :  le  cæcum;  le  côlon  ascen¬ 
dant  et  le  transverse  conservent  des  traces  de  bismuth. 

Conclusion  de  cet  examen  radiologique  : 

Le  bismuth  ne  passe  pas  de  l’iléon  dans  le  cæcum,  mais  suit  le 
trajet  iléon,  anse  sigmoïde,  et  reflue  rapidement  dans  le  descen¬ 
dant,  le  transverse  et  le  cæcum,  où  il  séjourne  et  d’où  il  n’est  que 
difficilement  et  très  lentement  évacué. 

J’ai  fait  ,à  nouveau  -examiner  la  circulation  .intestinale  de  celte 
femme  le  23  mai  1.923,  soit  plus  d’un  an  après  l’opération. 

Voici  ce  qui  a  été. constaté  :  1°  cinq  heures  après  le  repas  bis- 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


muthé,  les  anses  grêles  sont  encore  tapissées  de  bismuth,  mais 
l’ampoule  rectale  est  déjà  remplie;  2°  après  9  heures,  il  n’y  a  plus 
de  bismuth  dans  les  anses  grêles,  le  côlon  ascendant  commence 
à  se  remplir  ainsi  que  le  rectum,  à  la  vingt-huitième  heure,  après 
une  évacuation  par  l’anus,  le  côlon  ascendant  ést  rempli  ainsi 
qu’une  partie  du  transverse.  A  la  cinquante-deuxième  heure, après 
une  nouvelle  évacuation  anale,  il  reste  des  traces  de  bismuth  dans 
l’ampoule  rectale,  le  côlon  pelvien  et  ascendant. 

Dans  aucune  de  ces  radiographies,  on  ne  trouve  trace  de  bis¬ 
muth  dans  le  cæcum,  le  côlon  ascendant. 

J’ai  donc  raison  de  penser  et  de  dire  que  le  rétrécissement  que 
je  voulais  produire,  par  mon  procédé,  a  été  réalisé. 

De  ces  dernières  radiographies  il  résulte  aussi  que  le  reflux  ne 
s’est  pas  étendu  au  côlon  ascendant,  ce  qui  tient  sans  doute  à 
l’évolution  de  la  lésion.  En  effet,  par  le  palper,  on  sent  que  la 
tumeur  a  diminué  de  volume,  mais  qu’elle  s’est  étalée  dans  le 
ventre.  Je  pense  que  la  tumeur  primitive  était  composée  de  deux 
éléments  :  1°  un  élément  néoplasique  qui  a  rétréci  de  plus  en 
plus  le  calibre  intestinal;  2°  un  élément  inflammatoire  qui,  du 
fait  de  la  mise  au  repos  de  tout  le  côlon  ascendant  par  l’exclusion 
unilatérale,  a  disparu. 

De  ces  différentes  observations  et  des  constatations  radiogra¬ 
phiques  que  j’ai  faites,  je  pense  que  l’on  peut  conclure  :  1°  qu’il 
existe  constamment  après  l’exclusion  unilatérale  et  l’anastomose 
iléo-sigmoïdienne  un  reflux  constant  qui  ramène  le  contenu  intes¬ 
tinal  dans  les  côlons  descendant,  transverse  et  ascendant,  ce  qui 
explique  que  M.  Bazyel  moi- même  n’avons  pu  déterminer  l’obli¬ 
tération  d’un  anus  cæcal;  2°  que  ma  méthode  d’écrasement 
appliquée  à  la  création  d’un  rétrécissement  intestinal  m’a  donné 
un  plein  succès  chez  l’homme  comme  elle  me  l’avait  déjà  donné 
chez  le  chien  et  que  j’ai  pu  réaliser  très  simplement  l’exclusion 
unilatérale  sans  sectionner  l’intestin. 


Présentations  de  malades. 

Symphyse  du  péricarde.  Opération  de  Brauer, 
par  M.  GOSSET. 

Je  vous  présente  un  malade  que  j’ai  opéré  pour  symphysè  du 
p  éricarde  et  son  amélioration  est  telle  que  j’ai  cru  intéressant  de 
prier  mon  opéré  de  venir  ici.  Voici  son  observation  : 

Ce  malade  m’a  été  adressé  de  la  Pitié  par  mon  ami  M.  le  professeur 


SÉANCE  DU  13  JUIN 


Vaquez.  II  a  eu,  à  trois  reprises,  en  1910,  1913,  1917,  des  crises  de  rhu¬ 
matisme  articulaire  aigu.  En  1913,  on  avait  déjà  reconnu  une  lésion 
du  cœur,  sans  troubles  subjectifs.  En  1917,  apparaît  la  dyspnée  d’effort. 
En  1920,  les  troubles  subjectifs  s’accentuent.  La  dyspnée  d’effort  est 
plus  marquée.  Le  malade  souffre  de  douleurs  dans  la  région  hépatique 
et  né  peut  pliis  travailler.  Il  entre  à  l’hôpital  le  16  novembre  1920; 
on  constate  que  le  cœur  est  touché  par  une  pancardite  :  double  lésion 
mitrale,  myocardite,  symphyse  péricardique. 

Après  un  traitement  (repos,  digitale)  il  quitte  l'hôpital,  se  sentant 
amélioré.  11  revient  en  mars  1921,  reste  trois  mois,  sort  amélioré. 
Peu  de  temps  après,  les  troubles  reviennent,  et  le  malade  reste 
pendant  plus  d’uu  an  au  repos  absolu.  En  février  1923,  en  raison  de 
-l’asthénie,  de  la  dypsnée  d’effort,  des  douleurs  dans  la  région  hépatique, 
il  entre  de  nouveau  à  la  Pitié. 

A  l’inspection  du  cœur,  retrait  systolique  pluricostal,  mouvement  de 
roulis  de -la  région,  qui  se  déprime  sur  un  espace  de  plusieurs  côtes 
pendant  la  systole.  L’inspection  montre  l’existence  du  profil  paradoxal 
de  Wenckelach,  et  en  arrière  du  signe  de  Broadbent.  A  la  palpation: 
fixité  relative  de  la  pointe.  Frémissement  cataire  diastolique  localisé  à 
la  pointe.  A  l’auscultation,  souffle  systolique  de  la  pointe.  Dédoublement 

du  deuxième  bruit  à  la  base,  double  lésion  mitrale.  _ _ 

fà Tension  artérielle:  9, 5-6, S;  pouls:  80. 

Le  foie  est  gros,*  déborde  de  deux  travers  de  doigt  le  rebord  (costal. 

A  l’examen  aux  rayons  X  :  augmentation  de  volume  global  du  cœur, 
fixité  de  la  pointe.  Profil  de  Wenckelach. 

Urée  :  0  gr.  27  p.  1.000.  Urines  normales. 

Opération  :  25  mai  1923.  —  Opérateur  :  Professeur  Gosset.  Aides  : 
Petit-Dutaillis  et  Huet.  —  Anesthésie  régionale,  novocaïne-adrénaline  : 
22  minutes. 

On  met  à  nu  les  3e,  4“,  5e  côtes  par  un  volet  à  charnière  externe; 
on  résèque  ces  côtes  avec  leur  cartilage,  sur  une  longueur  res¬ 
pective  de  5  centimètres,  6  centimètres,  7  cent.  1/2,  en  enlevant  le 
périoste  en  avant,  en  le  laissant  en  arrière.  Fermeture  sans  drainage. 

Deuis  l’intervention,  l’état  général  est  excellent,  il  n’y  a  pas  de  gênep 
opératoire  manifeste.  Notre  opéré  peut  marcher,  se  promener  ;  il  a  été 
examiné,  le  4  juin,  par  M.  Jacoël,  chef  de  clinique  de  M.  le  professeur 
Vaquez  :  le  pouls  est  à  70-78,  légèrement  irrégulier  (très  probablement 
arythmie  complète  quand  même).  Peut-être  existe-t-il  de  temps  en 
temps  quelques  rares  extra-systoles. 

A  l’examen  du  cœur,  on  constate  un  frémissement  cataire  comme 
avant  l’intervention,  et  le  retrait  du  champ  opératoire  pluricostal. 

A  l’auscultation  :  persistance  de  la  double  lésion  mitrale,  souffle 
systolique  des  plus  nets.  Un  roulement  diastolique  est  perçu  surtout  à 
la  limite  (de  la  paroi  costale  et  du  champ  opératoire.  Pas  de  dédou¬ 
blement  à  la  base. 

La  tension  artérielle  mesurée  par  les  méthodes  de  Vaquez  et  de 
Riva-Rocci  est  de  12  1/2-8.  Le  foie  déborde  légèrement,  un  peu  diminué 
de  volume. 


i,,  1923. 


920 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Le  signe  de  Broadbent,  qui  indique  des  adhérences  péricardiques 
postérieures,  persiste. 

Il  sera  intéressant  de  connaître  le  résultat  éloigné  de  cette 
opération,  et  de  le  comparer  aux  excellents  résultats  obtenus  par 
Gallavardin  et  Leriche  (in  Thèse  Giguet,  Lyon,  novembre  1913), 
Leriche  (Soc.  méd.  des  Hôp.  de  Lyon ,  27  janvier  1914),  Dela- 
genière  (Archivas  prov.  de  chirurgie ,  t.  XXII,  juin  1913)  et  Tuffier 
(Congrès  de  Chirurgie,  juillet  1920). 

M.  Hallopeau.  —  Je  n’ai  pas  fait  l’opération  de  Brauer  ;  mais 
deux  fois  celle  de  Delorme,  la  seconde  fois,  tout  dernièrement.  Il 
s’agissait  d’un  enfant  atteint  d’ostéomyélite  qui  faisait  de  la 
symphyse  aiguë  du  péricarde  avec  gros  foie,  30  respirations  et 
140  pulsations.  Après  la  péricardotomie,  j’ai  libéré  toute  la  face 
antérieure  du  cœur.  Les  battements  que  l’on  ne  voyait  pas  aupa¬ 
ravant  sont  devenus  aussitôt  manifestes.  Très  vite,  l’état  s’est 
amélioré,  le  foie  est  redevenu  normal;  les  bruits  du  (cœur,  très 
sourds  avant  l’intervention,  ont  toujours  été  nets  depuis.  Enfin, 
au  bout  de  deux  mois  actuellement,  cet  enfant  reste  en  parfait 
état,  sans  aucun  trouble  caçdiaque,  et  je  le  présenterai  prochai¬ 
nement  à  la  Société  de  Pédiatrie  où  son  observation  sera  publiée. 

M.  Gernez.  —  Il  y  a  deux  ans,  j’ai  opéré  dans  les  mêmes  con¬ 
ditions  un  jeune  garçon  de  quinze  ans  (asystolie  par  symphyse 
péricardique  et  thorax  en  carène)  qui  m’avait  été  adressé  par 
notre  collègue  Josué. 

J’ai  réséqué  le  plastron  chondro-costal  largement,  quatre  côtes 
sur  7  centimètres  à  l’anesthésie  locale.  L’intervention  est  des  plus 
simples.  Le  résultat  immédiat  a  été  excellent,  et  j’ai  revu  le 
malade  cette  année.  Il  faut  avoir  soin  de  protéger  ultérieurement, 
par  une  plaque  métallique,  la  région  précordiale,  car  il  faut 
éviter  tout  choc  à  cet  endroit  (même  minime). 

Ultérieurement,  la  brèche  se  rétrécit  par  suite  de  l’élasticité  des 
côtes  et  le  résultat  primitif  est  par  la  suite  moins  complet. 

M.  Tuffier.  —  J’ai  eu  l’occasion  d’opérer  plusieurs  malades  pour 
symphyse  cardiaque  et  je  crois  en  avoir  rapporté  quelques  ca«. 

Dans  ces  deux  communications  il  s’agit  de  faits  différents  : 
résection  costale  pour  symphyse,  résection  costale  pour  adhé¬ 
rences,  médiastino'péricardique  ou  cardiolyse  extra-péricardique, 
et  enfin  cardiolyse  inlra-péricardiqve\  la  résection  costale,  pour 
symphyse  cardiaque  avec  hypertrophie  du  cœur,  opération  que 
Brauer  m’a  enseignée  dans  mon  service  il  y  a  quelque  douze  ans, 
et  aujourd’hui  classée,  m’a  donné  de  bons  résultats,  soit  tempo¬ 
raires,  soit  définitifs,  ou  du  moins  à  très  longue  échéance.  Dans 


SÉANCE  DU  13  JUIN 


921 


un  cas  cependant  opéré  depuis  environ  huit  ans,  des  douleurs 
étaient  survenues  de  nouveau,  et  j’ai  dû  réséquer  les  5e  et  6e  eûtes 
qui  étaient  bien  les  causes  du  mal,  car  les  résultats  après  plu¬ 
sieurs  mois  étaient  parfaits. 

Différents  sont  les  faits  de  M.  Hallopeau;  il  s’agit  d’opérations 
intra-péricardiques,  de  cardiolyse  intra-péricadiques,  de  libéra¬ 
tion  d’adhérences,  opération  de  Delique.  Je  n’ài  jamais  pu  exé¬ 
cuter  cette  manoeuvre,  cela  pour  deux  raisons  :  la  première,  c’est 
qu’on  m’a  donné  comme  symphyse  cardiaque  des  lésions  qui  n’en 
étaient  pas,  qui  étaient  sans  symphyse;  la  seconde,  c’est  que  dans 
des  cas  de  symphyse  vraie  où  j'ai  voulu  ouvrir  le  péricarde,  il 
était  inséparable  du  cœur.  La  plaie  a  saigné,  je  me  suis  bien  gardé 
de  contiiluer.  Les  faits  qu’on  vient  de  rapporter  sont  encoura¬ 
geants  pour  cette  dernière  méthode,  bien  que  dans  le  second  cas 
il  s’agisse  d’une  péricardite  récente,  mais  c’est  évidemment  dans  les 
faits  de  bride  inlra-péricardique  que  cette  opération  est  efficace. 


Phrénospasme, 
par  M.  LARDENNOIS. 

Cette  présentation  sera  publiée  dans  le  prochain  Bulletin. 


Présentation  d’instrument. 

Nouveau  drain  capillaire  en  caoutchouc, 
par  M.  HANTCHER  (de  Constantinople). 

M.  Hartmann,  rapporteur. 


Présentations  de  pièces. 

Invagination  subaiguë  du  grêle  par  tumeur  inflammatoire. 
Résection  large.  Anastomose  latéro-latérale.  Guérison, 
par  M.  DESPLAS. 

M.  Gosset,  rapporteur. 

Kyste  dermoide  de  l’ovaire  gauche, 
par  M.  E.  POTHERAT. 

Je  vous  présente,  Messieurs,  une  tumeur  que  j’ai  extraite  ce 
matin  même  de  l’abdomen  d’une  jeune  femme  de  vingt-six  ans  de 


922 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


l’hôpital  de  Notre-Dame  de  Bon-Secours.  Accouchée,  il  y  a 
deux  ans,  d’une  grossesse  gémellaire  heureuse  elle  souffrait  du 
ventre  depuis  cette  époque.  Très  vives  d’abord  les  douleurs  s’étaient 
atténuées  sans  cesser  tout  à  fait.  Je  dois  dire  qu’au  point  de  vue 
fonctionnel  l’appareil  génito-urinaire  ou  intestinal  ne  présentait 
rien.de  particulier;  mais  au  toucher  on  sentait  à  la  partie  supé¬ 
rieure  du  petit  bassin  une  tumeur  régulière,  tendue,  sensible,, 
rénitente  d’une  manière  uniforme. 

La  laparotomie  m’a  montré  une  tumeur  bilobée  dont  le  volume 
représenterait  assez  bien  deux  oranges  accolées  et  fondues  à  la 
surface  du  contact.  Cette  tumeur  répondait  à  la  partie  supérieure 
et  droite  du  petit  bassin,  entourée  d’adhérences  antérieures  et 
postérieures  assez  résistantes,  certainement  anciennes,  que  j’ai 
pu  détacher  en  suivant  la  périphérie  de  la  tumeur.  La  tumeur 
libérée  était  appendue  à  un  long  pédicule,  deux  fois  tordu  sur  lui- 
même  dans  le  sens  opposé  aux  aiguilles  de  la  montre;  ce  pédi¬ 
cule  venait  des  annexes  gauches.  Détordu,  le  pédicule  portait  la 
trompe  sur  son  flanc  externe,  la  tumeur  occupait  la  position  de 
l’ovaire. 

Bref,  il  s’agissait  d’un  kyste  dermoïde  ancien,,  biloculaire  par 
épaississement  localisé  de  sa  paroi,  à  contenu  caractéristique  : 
liquide,  matière  sébacée,  abondant  paquet  de  cheveux  châtains 
comme  ceux  de  la  malade,  ayant  poussé  sur  une  base  charnue. 

Tout  cela  est  banal  ;  je  n’insiste  pas.  Ce  que  je  veux  signaler, 
c’est  que  l’ovaire  étail  étalé  à  la  surface  [du  kyste  très  aminci, 
et  que  j’ai  pu  trouver  un  plan  de  clivage.  Ce  fait  vient  donc  à 
l’appui  de  l’opinion  que  j’ai  eu  l’occasion  de  vous  exposer  ici  à 
plusieurs  reprises,  à  savoir  que  les  kystes  dermoides  de  l'ovaire 
sont  en  réalité  juxta-ovariens,  en  sorte  qu’à  l’occasion  on  pourrait 
extraire  ces  kystes  sans  ovariectomie;  et  que  l’ovulation  et  la 
conception  s’expliquent  avec  l’existence  de  kystes  dermoïdes 
bilatéraux. 


ERRATUM 

Dans  la  présentation  de  malade  faite  à  la  séance  du  6  juin,  par  M.  A.  Basset, 
les  figures  2  et  3,  pages  880  et  881,  ont  été  mal  placées  :  la  figure  2  devait 
être  |a  figure  3  et  vice  versa. 


Le  Secrétaire  annuel, 
M.  Ombrédanne. 


SÉANCE  DU  2.0  JUIN  I  923 


Présidence  de  M.  Mauclaire. 


Procès-verbal. 


La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  mise 
aux  voix  et  adoptéé. 


Correspondance. 

La  correspondance  cbmprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  périodiques  de  la  semaine. 
2°:  —  Une  lettre  de  M.  Chevrier,  s’excusant  de  ne  pouvoir 
assister  à  la  séance. 

3°.  —  Une  lettre  de  M.  Savariaud,  demandant  un  congé  de 
quinze  jours. 


A.  propos  de  la  correspondance. 

1°.  Un  travail  de  M.  le  Dr  Bu verge y  (de  Bordeaux),  intitulé  : 
L'emploi  de  l'essence  de  goménol  dans  l'asepsie  du  champ  opératoire. 
M.  Fredet,  rapporteur. 

2°.  —  Un  travail  de  M.  le  Dr  BiLLOt  (de  Cherbourg),  intitulé  : 
Empalement  trans-recto-vésical  avec  éclatement  de  la  vessie. 

Aï.  Michon,  rapporteur. 

3°.  Beux  travaux  de  M.  le  B1'  Guillemin  (de  Nancy),  intitulés  : 
1°  Quelques  types  de  traumatisme  du  poignet  et  2°  Sur  une  variété 
de  fractures  de  Maisonneuve. 

M.  MoucnEr,  rapporteur. 

4°.  —  Un  mémoire  de  M.  A.  Richard,  prosecteur  à  la  Faculté, 
ayant  pour  titre  :  A  blation  d'une  tumeur  par anêphr étique.  Guérison. 
Al.  LécènE,  rapporteur. 

o°.  —  Un  mémoire  de  M.  J.  Hertz,  chirurgien1  de  l'hôpital 
Rothschild,  ayant  pour  titre  :  Tumeur  volumineuse  dlu  ritésocôlon 
irttnsverse  [sympat honte).  Ablation.  Guérison. 

AI.  LEcènë,  rapporteur. 


i.,  1923.  —  N°  22. 


924 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


6°.  —  Un  mémoire  de  M.  François,  chirurgien  de  l’hôpital  de 
Versailles,  ayant  pour  titre  :  Tuberculose  de  la  rate  à  forme 
d'abcès  froid.  Splénectomie.  Guérison. 

M.  Lécène,  rapporteur. 

M.  Lejars  offre  à  la  Société  de  chirurgie  son  livre  sur  Y  Explo¬ 
ration  clinique  et  le  diagnostic  chirurgical. 

?M  J .  -  L .  :  F  a  ure  offre  à  la  Société,  au  nom  de  M.  le  Dr  A.  Siredey 
et  au  siçj}.  la  troisième  édition  de  leur  Traité  de  gynécologie 
médicQïfliirurgicale . 


M.  le  Président  annonce  que  MM.Frôlich  (de Nancy),  de  Four- 
mestraux  (de  Chartres),  Lambret  (de  Lille),  membres  correspon¬ 
dants,  assistent  à  la  séance. 


Questions  à  l’ordre  du  jour. 

1°  Écrasement  en  chirurgie  intestinale, 
par  M.  GOSSET. 

Mon  ami  Souligoux  faisait  allusion,  dans  sa  dernière  commu¬ 
nication,  à  ses  expériences,  déjà  anciennes,  puisqu’elles  datent 
de  1894,  sur  l’écrasement  en  chirurgie  gastro-intestinale.  Il  me 
permettra,  à  moi  qui  ai  été  mêlé  d’une  façon  très  modeste  à  ses 
recherches,  puisque  j’ai  été  son  aide  dans  la  plupart  des  opérations 
qu’il  fit  à  cette  époque  sur  les  animaux  et  sur  l’homme,  de  rappe¬ 
ler  le  très  grand  rôle  qu’il  a  joué,  rôle  qui  n’est  pas,  d’une  façon 
générale,  aussi  reconnu  qu’il  le  mérite.  C’est  peut-être  un  peu  la 
faute  de  Souligoux  qui  n’a  que  très  peu  publié  sur  ce  sujet. 

C’est  en  1894,  si  mes  souvenirs  sont  exacts,  que  Souligoux 
commença  ses  recherches  sur  la  chirurgie  gastro-intestinale  en 
général  et  sur  l’écrasement  en  particulier.  C’est  sur  ce  point 
spécial  de  l’écrasement  en  chirurgie  gastro-intestinale  que  je 
voudrais  surtout  insister.  Au  début,  n’ayant  pas  de  pince  spéciale 
pour  écraser  les  tuniques  intestinales,  Souligoux  se  contentait  de 
prendre  les  tissus  dans  un  simple  étau  de  serrurerie,  étau  métal¬ 
lique  qu’il  était  facile  de  stériliser.  Lorsqu’il  eut  constaté  les  résul¬ 
tats  de  l’écrasement  et  l’intérêt  capital  de  son  emploi  dans  la 
chirurgie  gastrique  et  intestinale,  il  fît  construire  par  Collin  sa 
pince  écrasante  (1895). 

Souligoux  avait  bien  vu,  dès  cette  époque,  que  l’écrasement 
agit  sur  la  musculeuse  et  sur  la  muqueuse,  mais  que  la  séreuse 


SÉANCE  DU  20  JUIN 


925 


reste  intacte.  Dans  les  premières  gastro-entérostomies  qu’il  pra¬ 
tiqua  sur  le  chien,  par  son  procédé  de  suture  sans  ouverture  des 
cavités  gastriques  et  intestinales,  il  se  contentait  d’écraser  l’esto¬ 
mac,  d’écraser  l’iixtestin  et  de  faire  entre  les  deux  zones  d’écra¬ 
sement  un  surjet  à  la  soie  fine.  Et  il  avait  remarqué  tellement 
bien  la  résistance  de  la  séreuse  que,  craignant  de  ne  pas  la  voir 
se  détacher  dans  les  jours  suivants  pour  réaliser  la  communi¬ 
cation  gastro-intestinale  recherchée,  il  eut  soin  ensuite  d’ajouter 
à  l’écrasement  un  attouchement  de  la  surface  séreuse  avec  un 
corps  caustique,  la  potasse,  par  exemple.  Et  je  me  rappelle  que 
Souligoux,  moi  l’aidant,  fit  ainsi  une  série  d’opéralions  sur  le  chien 
dans  le  laboratoire  du  professeur  Richet,  à  la  Faculté  de  Médecine  ; 
bien  des  chirurgiens,  à  cette  époque  (1894),  vinrent  assister  à  ces 
opérations,  et  Péan  lui-même  fut  particulièrement  intéressé  par 
cette  méthode. 

Souligoux  ne  se  contentait  pas  de  faire  de  l’expérimentation  ; 
il  opéra,  dès  1894,  par  son  procédé,  plusieurs  malades,  et  j’ai 
encore  très  présente  à  l’esprit  une  opération  qu’il  fit  à  Beaujon 
dans  le  service  que  dirigeait  M.  Lejars.  Il  s’agissait  d’une  sténose 
presque  complète  du  pylore,  avec  grande  distension,  et  je  verrai 
toujours  —  et  Souligoux  se  rappellera  —  cet  énorme  estomac, 
rempli  par  plusieurs  litres  de  liquide,  sur  la  face  antérieure 
duquel  il  pratiqua  l’écrasement.  Cette  énorme  poche  gastrique 
n’était  plus  fermée,  au  niveau  de  la  partie  écrasée,  que  par  la 
séreuse  qui  avait  résisté  et  que  soulevait  le  liquide  sous-jacent  ! 
L’opération  fut  simple  et  la  malade  guérit. 

On  peut  discuter,  maintenant ,  sur  la  valeur  de  ce  procédé  de 
gastro-entérostomie,  mais,  ce  qui  est  juste,  c’est  de  noter  la  voie 
ouverte  par  Souligoux,  voie  qui  a  été  particulièrement  féconde. 
On  a  ensuite  fait  de  nouveaux  modèles  d’écraseur,  on  a  fait  des 
angiotribes,  mais  c’est  Souligoux  qui  a  imaginé  le  premier 
modèle  de  pince  écrasante. 

C’est  pour  mieux  attirer  l’attention  sur  le  rôle  joué  par  Souligoux 
que  j’ai  voulu  vous  rappeler  ces  vieux  souvenirs  de  chirurgie. 


2°  Technique  de  la  gastiîostomie, 
par  M.  L.  DEKONTAINE,  correspondant  national. 

A  la  séance  du  9  mai  dernier  M.  Albert  Mouchet  a  fait  un 
rapport  sur  une  technique  de  la  gastrostomie  de  M.  le  Dr  Delvaux 
(de  Luxembourg).  Cette  technique  est  tellement  identique  à  celle 
qui  est  indiquée  dans  ma  communication  du  31  octobre  1917 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


( Bulletin ,  t.  XLIII,  n°  33,  p.  1982  et  1983)  que  je  suis  surpris  de 
n’en  trouver  aucune  mention  dans  le  rapport  de  M.  À.  Mouchet  : 

Incision  médiane  sus-ombilicale  ayant  pour  but  de  choisir  aussi 
près  que  possible  du  cardia  le  point  gastrique  sur  iequebpourra 
porter  la  stomie.  Perforation  du  muscle  droit  du  côté  gauche  après 
ponction  au  bistouri  de  sa  gaine  aponévrotique  antérieure,  puis 
perforation  du  muscle  et  effondrement  du  péritoine  par  une 
pince  fermée;  dans  ma  communication,  au  moyen  des  ciseaux 
fermés,  ou  du  bistouri  dans  la  description  que  M.  Mouchet  donne 
de  la  technique  du  Dr  Delvaux. 

La  seule  différence  est  qu’au  lieu  d’inciser  la  peau  pour 
ponctionner  l’aponévrose  du  droit,  M.  Delvaux  décolle  d’abord  la 
peau  pour  traverser  le  muscle  droit  et  ne  la  perce  qu’au  thermo¬ 
cautère,  puis  attire  l’estomac  par  un  fil  de  soie  ou  de  catgut,  tandis 
que  j’utilise  pour  cela  la  pince  qui  a  dissocié  les  fibres  du  droit  et 
effondré  le  péritoine. 

La  caractéristique  du  procédé  qui  fit  l’objet  de  ma  communi¬ 
cation  du  31  octobre  1917  est  bien  plus  le  choix  du  point  gastrique 
sur  lequel  la  stomie  sera  établie,  grâce  à  l’incision  médiane  sus- 
ombilicale,  que  la  traversée  du  muscle.  Les  détails  de  fixation  et 
d’ouverture  de  l’estomac  restent  au  choix  de  l’opérateur. 

J’ignore  si  je  suis  réellement  le  premier  promoteur  de  l’incision 
médiane  d’exploration  pour  déterminer  le  point  de  l’estomac  qui 
est  le  plus  propice  pour  établir  la  stomie  en  un  autre  point  de  la 
paroi  abdominale,  mais  il  me  paraît  certain  : 

l"  Que  la  technique  du  D1'  Delvaux  coïncide  singulièrement 
avec  la  mienne  sur  laquelle  elle  semble  calquée  ; 

2°  Que  les  avantages  que  lui  reconnaît  M.  A.  Mouchet  ne  sau¬ 
raient  être  déniés  à  celle  que  j’ai  publiée,  ici  même,  il  y  a  bientôt 
six  ans,  et  qui  depuis  est  appliquée  à  la  clinique  chirurgicale  du 
Creusotpar  MM.  Combier  et  Murard. 


Sur  la  vaccination  préventive  des  complications  pulmonaires 
dans  les  opérations  sur  l'estomac , 

par  M.  O.  LAMBRET  (de  Lille),  correspondant  national. 

Je  saisis  l’occasion  qui  m’est  offerte  par  la  communication  de 
MM.  Du  val,  Roux  et  Moutier  pour  vous  parler  de  nouveau  de  la 
vaccination  préventive  de  complications  pulmonaires  dans  les 
opérations  sur  l’estomac. 

Ma  communication  d’aujourd’hui  porte  sur  toutes  les  observa- 


SÉANCE  DU  20  JUIN 


927 


tions  d’affections  non  cancéreuses  de  l’estomac  opérées  dans  mon 
service  et  dans  la  clinique  de  l’Hôpital  Saint-Sauveur  de  Lille 
depuis  ma  première  communication  sur  ce  sujet  en  juin  1921. 

A  cette  époque,  avec  une  série  de  19  cas,  je  décrivais  une 
méthode  qui  visait  à  l’immunisation  préopératoire  par  des 
vaccins  préparés  par  le  Dr  Grysez  à  l'Institut  Pasteur  de  Lille.  J’ai 
continué  à  me  servir  de  ces  vaccins  au  nombre  de  deux  :  l’un 
constitué  par  le  bucillus  pylori  et  l’autre  par  L'entérocoque  ;  ces 
deux  microbes  ont  été  employés  parce  qu’ils  avaient  été  trouvés, 
le  premier  dans  le  poumon  une  heure  après  la  mort  d’un  malade, 
le  second  dans  les  crachats  de  beaucoup  d’opérés,  et  aussi  à  la 
surface  de  la  muqueuse  de  l’estomac  et  du  jéjunum  à  la  suite  de 
nombreux  prélèvements  faits  en  cours  d’opération . 

Les  malades  sont  préalablement  soumis  à  l’épreuve  de  l’intra- 
dermo-réaction  faite  avec  une  goutte  d’une  solution  renfermant 
500  millions  de  germes  au  centimètre  cube.  Ils  sont  vaccinés  si 
cette  réaction  est  positive  par  injections  successives  pratiquées 
tous  les  deux  jours  de  vaccins  à  doses  croissantes  :  50  millions, 
500  millions,  .1  milliard  et  deux  fois  3  ou  4  milliards  de  microbes 
tués-  Gela  demande  dix  jours. 

Ges  injections  ne  sont  pas  douloureuses  et  sont  complètement 
inoffensives. 

Depuis  ma  communication  de  juin  1921,  il  m’a  été  donné 
d’opérer  80  estomacs  non  cancéreux.  Toutes  ces  opérations  ont 
été  pratiquées  par  moi-même  avec  les  mêmes  assistants. 

Sauf  trois  d’entre  elles,  toutes  ont  été  faites  à  l’anesthésie 
locale  par  infiltration  die  la  paroi  abdominale,  à  laquelle  j’adjoi¬ 
gnais  l’infiltration  du  péritoine  postérieur  le  long  des  courbures 
quand  il  y  avait  lieu  de  réséquer  l’ulcère..  Cette  anesthésie  locale 
a  été,  chez  presque  tous,  préparée  par  une  injection  de  morphine 
avec  un  quart  de  milligramme  de  scopolamine. 

Ces  80  cas  comprennent  55  ablations  d’ulcères  (pylorectomies 
ou  résections)  suivies  de  gastro-entérostomies  et  25  gastro-entéros¬ 
tomies  dont  20  avec  exclusion  du  pylore. 

Ils  se  décomposent  en  deux  séries.  La  première  porte  sur 
61  malades  qui  ont  été  soumis  à  l’intradermo^réaction  et  ont  été 
vaccinés  quand  il  y  avait  lieu  de  le  faire.  Dans  la  seconde,  les 
19  malades  restants  ont  été  opérés  d’emblée  sans  recherches  Hi 
vaccinations  préalables. 

Je  n’apporte  pas  aujourd’hui  les  détails  des  observations.  On 
les  trouvera  bientôt  dans  la  thèse  que  prépare  un  de  mes  élèves. 
Je  veux  seulement  vous  donner  les  résultats. 

Les  61  malades  de  la  première  série  qui  comprennent  44  abla¬ 
tions  d’ulcères  ont  guéri  sans  exception.  Chez  nombre  d’entre 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


eux,  nous  avons  vu  survenir  des  petits  accidents  pulmonaires; 
ces  accidents  qui  apparaissaient  dans  les  trois  premiers  jours  se 
traduisaient  par  une  élévation  de  température,  quelques  râles, 
un  peu  d’oppression  et  d’abattement;  ils  furent  toujours  particu¬ 
lièrement  fugaces  et  ne  durèrent  pas  plus  de  trois  jours.  Dans  les 
crachats  qui  n'apparurent  que  dans  la  moitié  des  cas,  on  trouva 
généralement  de  l’entérocoque,  rarement  du  coli-bacille  ou  du 
pneumocoque. 

Au  cours  de  cette  série,  la  régularité  des  résultats  avait  inspiré 
à  mon  service  et  à  moi-même  une  confiance  absolue  et  nous 
n’étions  pas  loin,  en  dépit  de  ce  que  nous  savions,  d’attribuer  à 
l’anesthésie  locale  la  plus  grande  part  dans  l’innocuité  opératoire. 

C’est  alors  que  je  décidai  vers  le  mois  d’octobre  dernier  de 
faire  en  quelque  sorte  la  contre-épreuve  et  j’annomçai  à  mes 
assistants  qu’on  cessait  les  vaccinations  ;  c’est  ici  que  se  place  la 
seconde  série  de  19  cas. 

Or,  il  est  arrivé  que  deux  malades  de  cette  série  succombèrent 
à  des  complications  pulmonaires.  Le  premier  était  un  homme  de 
soixante-deux  ans,  scléreux  et  hypertendu,  qui  mourut  en 
quinze  jours  d’une  pneumonie  à  allures  cycliques.  Je  ne  fus  pas 
autrement  ému.  Mais  le  deuxième  cas  concernait  une  femme  de 
trente  ans,  affaiblie,  j_e  le  veux  bien,  par  un  long  passé  gastrique, 
qui  n’en  succomba  pas  moins  trois  jours  après  l’opération  d’une 
pneumonie  double  massive.- 

Depuis,  j’ai  repris  les  vaccinations  et  je  n’ai  plus  observé  /le 
complications  pulmonaires  sérieuses. 

Donc  voici  80  cas  opérés  exactement  dans  les  mêmes  conditions. 
La  seule  différence  qui  existe  entre  eux  porte  sur  la  vaccination 
des  uns  et  la  non-vaccinajion  des  autres.  Les  61  malades  vaccinés 
ont  tous  guéri.  Les  19  non  vaccinés  ont  donné  deux  décès. 

Doit-on  conclure  devant  ces  résultats  à  l’efficacité  de  la  vacci¬ 
nation  préventive  ou  tout  simplement  se  dire  que  j’ai  rencontré 
une  série  particulièrement  heureuse  pour  la  première,  particuliè¬ 
rement  malheureuse  pour  la  seconde  ?  Mes  élèves,  sans  doute 
parce  qu’ils  sont  plus  jeunes,  n’hésitent  pas  à  se  prononcer  pour 
la  première  opinion.  Je  veux  avoir  la  sagesse  d’être  moins  caté¬ 
gorique  ;  mais  sans  aucune  espèce  de  parti  pris  je  me  sens  néan¬ 
moins  plus  d’autorité  pour  dire  que  mes  chiffres  commencent  à 
devenir,  sinon  impressionnants,  du  moins  dignes  de  retenir  votre 
attention.  C’est  pourquoi,  je  suis  très  heureux  de  voir  M.  D.  Duval 
entrer  dans  la  voie  des  vaccinations  préventives,  nous  verrons  si 
ses  résultats  confirment  les  miens. 

J’en  arrive  maintenant  aux  microbes  décelés  dans  les  parois 
gastriques  par  M.  Moutier  et  qui  sont  des  streptocoques  tout 


SÉANCE  DU  20  JUIN 


929 


comme  ceux  trouvés  par  Rosenov  (1)  chez  l’homme  et  chez  les 
animaux.  A  Lille,  celui  que  nous  trouvons  le  plus  fréquemment, 
non  pas  dans  la  paroi  de  l’estomac  nous  ne  l’y  avons  pas  cherché, 
mais  à  la  surface  de  la  muqueuse  et  dans  les  crachats,  a  été  iden¬ 
tifié,  ai-je  dit,  par  M.  Grysez  comme  étant  un  entérocoque.  Or, 
M.  Grysez  pense  que  le  streptocoque  décrit  par  les  auteurs  précé¬ 
dents  et  l’entérocoque  en  question  pourraient  bien  être  un  seul  et 
même  microbe,  car  le  microbe  qu’il  qualifie  d’entérocoque  appar¬ 
tient  en  réalité  au  groupe  strepto-entéro-pneumocoque  dont  les 
individus  sont  difficilement  différenciables. 

Ceci  m’amène  à  vous  parler  d’une  publication  parue  au  mois 
de  juillet  de  l’année  dernière  dans  le  Bruxelles  Médical  (2).  Les 
auteurs  de  cette  publication,  MM.  Cerf  et  Pauly  (de  Luxembourg), 
ont  eu  également  l’idée  de  vacciner  préventivement  leurs  futurs 
opérés  d’estomac  et  ils  leur  ont  injecté  la  veille  de  l’opération 
20  centimètres  cubes  de  sérum  antipneumococcique.  En  six  mois 
leur  expérience  porta  sur  30  cas  et  «  ils  n’eurent  pas  à  déplorer 
une  seule  infection  aiguë  pneumococcique  grave,  alors  qu’aupara- 
vant  cette  complication  survenait  environ  une  fois  sur  six  cas 
avec  issue  parfois  mortelle  ».  Or,  en  ce  qui  concerne  ce  sérum 
antipneumococcique,  j’ai  entendu  un  pastorien  éminent  professer 
qu’il  est  plus  actif  contre  le  streptocoque  que  le  sérum  antistrep¬ 
tococcique  lui-même.  MM.  Cerf  et  Pauly,  par  leur  façon  de  faire, 
apportent  à  l'organisme  du  malade  la  seule  dose  d’anticorps  con- 
tenuedans  les  20  centimètres  cubes  desérum  ;  ils  ne  peuvent  donc 
en  principe  obtenir  qu’une  immunité  relative  et  temporaire.  C'est 
pourquoi,  théoriquement,  je  préfère  avoir  recours  à  la  vaccination. 

P.  Etuval  se  garde  de  vouloir  soulever  une  discussion  sur 
l’origine  des  complications  pulmonaires  si  fréquentes  en  chirurgie 
gastrique.  Pourtant  il  émet  l'hypothèse  de  la  possibilité  d’embolies 
microbiennes  parties  du  foyer  opératoire.  Je  crois  qu’il  a  raison. 
L’infection  du  poumon  par  voie  lymphatique,  les  microbes  étant 
déversés  dans  la  sous-clavière,  de  là  dans  le  cœur  droit  et  les 
poumons,  est  admise  même  avec  une  muqueuse  gastro  intestinale 
saine.  Elle  a  été  démontrée  par  Calmette  pour  la  tuberculose  par 
ingestion,  et  il  est  reconnu  aujourd’hui  que  très  facilement  les 
microbes  (le  tous  genres' sont  susceptibles,  eux  aussi,  de  traverser 
la  muqueuse  saine.  A  plus  forte  raison  si  cette  muqueuse  est 
malade  ou  détruite,  ou  si  tout  ou  partie  de  l’estomac  se  trouve 
paralysé  et  inhibé,  comme  cela  s’observe  après  les  sections  qui  se 
pratiquent  au  cours  des  interventions  sur  cet  organe. 

(1)  Rosenov.  Journal  of  infection  di.eases.  Chicago,  1916. 

(2)  Bruxelles  Médical,  16  juillet  1922. 


SOCIÉTÉ  DK  CHIRURGIE 


Nous  ne  devons,  d’autre  part,  pas  perdre  de  vue  que  le  poumon 
et  l'estomac  sont  innervés  par  un  nerf  commun)  ;  du  fait  que  ce 
nerf  peut  se  trouver  inhibé  dans  sa  branche  gastrique,  il  peut 
très  bien  résulter  que  le  poumon  soit  mis  en  état  de  moindre 
résistance  momentanée  par  la  branche  pneumo.  Sans  nier 
l'influence  accessoire  de  l’anesthésie  générale»,  c’est  évidemment 
dans  cet  ordre  d’idées  qu’il  faut  chercher  les  raisons  des  compli¬ 
cations  pulmonaires. 

Pratiquement,  il  nous  est  bien  difficile  de  dépister  avant,  avec 
nos  moyens  actuels,  les  cas  dans  lesquels  il  doit  y  avoir  des 
germes  à  la  surface  et  à  l’intérieur  des  parois  de  l’estomac. 
D’ailleurs,  ceux  qui  sont  à  la  surface  sont  loin  d’être  toujours 
virulents;  de  même  la  grande  majorité  des  ulcères  est  aseptique 
ou  à  peu  près,  la  preuve  en  est  dans  le  fait  que,  non  seulement 
leur  ensemencement  reste  stérile,  mais  qu’on  peut  abandonner 
impunément  dans  le  ventre,  sans  drainage,  ce  que  j’appelle  le 
fond  de  cuvette  des  grands  ulcères  extériorisés  ,de  l’estomac  ; 
j’admets  qu’on  les  gratte,  qu’on  les  touche  à  l’éther,  mais  la 
désinfection,  ainsi  réalisée,  reste  approximative.  La  désinfection 
par  les  lavages  préalables  à  l’eau  iodée,  que  je  pratique  systéma¬ 
tiquement  suivant  le  conseil  de  Grégoire,  est  certainement  efficace, 
mais  elle  doit  quand  même  laisser,  quand  il  yen  a,  des  germes  à 
la  surface  de  la  muqueuse.  Aussi,  à  cause  de  ceux-ci  et  de  ceux 
qui  peuvent  être  intrapariétaux,  j’en  reviens  à  la  nécessité  de 
chercher  à  augmenter  la  résistance  des  malades  par  l’immunisa¬ 
tion  préalable. 

Le  malheur  est  qu’ici  nous  sommes  encore  dans  l’inconnu; 
nous  manquons  de  base  scientifique  sérieuse.  Pourquoi,  me  direz- 
vous,  ces  doses  que  vous  utilisez,  et  non  pas.d’autres  ?  Pourquoi 
attendre  dix  jours  une  immunisation  que  vous  ne  pouvez  pas 
démontrer?  Etes-vous  sûr  seulement  que  les  vaccins  soient  spéci¬ 
fiques,  et  s’ils  agissent  leur  action  n’est-elle  pas  due  à  leurs 
protéines? 

En  réponse  à  ces  questions,  je  ne  puis  qu’aligner  mes  résultats 
opératoires  qui  autorisent  à  penser  qu’il  y  a  tout  de  même 
quelque  chose  dans  la  méthode.  En  outre,  au  peint  de  vue  de  la 
possibilité  de  la  démonstration  de  l’immunisation,  je  suis  en 
mesure,  pour  le  moment,  d’affirmer  un  fait  :  après  vaccination, 
des  malades  qui  réagissaient  positivement  avant  à  l’intraderma- 
réaction,  réagissent  négativement.  Ce  résultat  n’est  pas  toujours 
obtenu  à  la  première  série  de  piqûres,  les  doses  nécessaires 
varient  avec  les  individus,  mais  le  fait  est  patent.  Nos  expériences 
qui  l’établissent  seront  publiées  dans  la  thèse  dont  je  parlais  tout 
à  l’heure.  Si  nous  finissons  par  aboutir  à  un  résultat  pratique,  les 


SÉANCE  DU  20  JUIN 


931 


conséquences  pourront  être  intéressantes,  non  seulement  au  point 
de  vue  opératoire,  mais  au  point  de  la  thérapeutique  médicale  ex 
même  de  la  prophylaxie.  Rosenov  (1),  dans  son  dernier  travail,  ne 
prétend-il  pas  que  le  streptocoque,  qu’il  dit  être  la  cause  première 
des  ulcères,  serait  un  streptocoque,  spécialisé  et  différent  de  ceux 
qui  causent  les  autres  localisations  infectieuses  ;  si  cela  était 
reconnu  exact,  songez  aux  perspectives  thérapeutiques  qu’on 
peut  envisager. 

Mais  je  ne  veux  pas  m’aventurer  dans  le  domaine  de  l’hypo¬ 
thèse.  Je  vous  ai  apporté  aujourd’hui  les  résultats  de  ma  pratique 
intégrale  de  ces  deux  dernières  années  ;  ceux  que  j’ai  obtenus 
chez  les  malades  vaccinés,  je  ne  les  avais  jamais  obtenus  aupara¬ 
vant,  et  je  ne  les  ai  pas  obtenus  chez  les  non-vaccinés.  Je  suis  donc 
décidé  à  continuer  les  vaccinations  et  à  recueillir  de  nouveaux 
faits,  certain,  d’autre  part,  de  l’innocuité  complète  de  la  méthode. 


Communications. 

Essais  de  greffes  séreuses  après  l'ablation  des  membranes 
dans  la  péricolite  membraneuse 
et  dans  la  périsigmoïdite  membraneuse , 

par  M.  PL.  MAUCLA1KE. 

Depuis  quelques  années  j’ai  observé  un  assez  grand  nombre  de 
péricolites  membraneuses.  En  agrandissant  l’incision  de  la  paroi 
abdominale,  je  recherche  toujours  cette  lésion  quand  je  trouve 
que  l’appendice  incriminé  ne  présente  aucune  altération  appa¬ 
rente. 

J’ai  trouvé  ainsi  très  souvent  la  péricolite  membraneuse  chez 
des  sujets  opérés  déjà  pour  appendicite  et  continuant  à  souffrir, 
ce  qui  n’est  pas  rare.  Souvent  aussi  chez  ces  malades  réopérés 
j’ai  trouvé  des  adhérences  épiploïques  post-opératoires. 

J’ai  observé  tous  les  degrés  de  péricolite,  depuis  le  simple  voile 
membraneux  vasculaire  jusqu’aux  multiples  bandes  fibreuses 
assez  résistantes.  Ces  bandes  ont  des  formes  et  des  directions 
variables.  Tantôt  elles  sont  transversales,  pariéto-coliques  ou 
parié  to-colo-cæcales.  Tantôt' elles  sont  verticales,  descendantes, 
pariéto  ou  vésiculo-coliques  ou  vésiculo-colo-cæcales.  Tantôt  elles 
sont  obliques  en  bas  et  en  dehors,  épiploo-transverso-eoliques, 

(1)  Rosenov.  Journal  af  infection  diseuses.  Chicago,  mai  1923. 


déforme  l’estomac  en  l’attirant  à  droite,  comme  cela  se  voit  à  la 
radioscopie. 


Voici  un  cas  dans  lequel  les  membranes  partaient  du  péritoine 
pariétal  externe  et  venaient  s’étaler  sur  tout  le  cæcum  et  la  moitié 
inférieure  du  côlon  ascendant  (fîg.  1).  En  juin  1913,  j’ai  présenté 
ici  un  cas  de  voile  membraneux  sous-cæcal,  englobant  le  cæcum 
et  l’appendice. 

En  présence  de  ces  bandes  fibreuses,  je  me  suis  tout  d’abord 


933 

contenté  de  réséquer  les  membranes.  Mais  elles  se  reproduisent 
ebles  douleurs  persistent. 

J’ai  fait  ensuite  l’ablation  des  membranes  et  la  colopexie  en 


SÉANCE  Dl  20  JUIN 


Fig.  2.  —  Péricolite  membranéuse.  Rétrécissement  spasmodique  rétrograde 
sur  la  fin  du  grêle  sans  aucune  membrane  à  ce  niveau. 

équerre  du  côlon  ascendant  et  de  l’angle  colique;  Je  crois  insuffi¬ 
santes  les  cæcopexies,  les  cæcocolopexies  de  Klose,  Waugh  (1). 
Donati  (2)  fait  la  colopexie  angulaire  par  la  voie  lombaire.  Il  fixe 
en  même  temps  le  rein. 

Enfin,  depuis  deux  mois,  j’ai  tenté  la  greffe  séreuse,  complé¬ 
mentaire  de  l’ablation  des  membranes  et  de  la  colopexie. 

(1)  Waugh.  Brilish  Journ.  of  Surgery,  1920. 

(2)  Donati.  Archivio  di  chirurgia  iluliaiu),  1920. 


934 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Je  me  sers  des  fragments  de  séreuse  animale  préparés  par 
M.  Lemeland-Leclerc  avec  du  péritoine  pariétal  de  mouton  et  sté¬ 
rilisés  dans  l’alcool;  c’est  donc  une  greffe  morte  hétéroplastique. 

J’enveloppe  séparément  le  côlon  ascendant,  puis  le  côlon  trans¬ 
verse,  et  je  fais  la  colopexie  latérale  ou  en  équerre  pour  bien 
écarter  le  côlon  ascendant  du  côlon  transverse.  Il  faut  arrondir  cet 
angle  si  aigu,  ce  pic  que  les  matières,  fécales  gravissent  et  fran¬ 
chissent  si  difficilement  quand  le  malade  est  debout. 

Je  mets  aussi  une  greffe  sur  le  méso-côlon  pour  éviter  la  méso¬ 
colite  rétractile. 

Je  pense  que  l’on  pourrait  aussi  utiliser  des  fragments  d’amnios 
de  la  femme,  prélevés  sur  lès  membranes  après  l’opération  césa¬ 
rienne.  Ce  seraient  des  greffes  mortes  homoplastiques,  en  prin¬ 
cipe  préférables  aux  greffes  hétéroplastiques.  Je  les  ai  d’ailleurs 
utilisées  expérimentalement  chez  le  lapin  en  les  conservant 
quelque  temps  à  la  glacière.  Je  donnerai  plus  tard  les  résultats 
histologiques.  D’une  manière  générale, les  greffes  séreuses  réussis¬ 
sent  bien  (1). 

Evidemment,  ces  greffes  séreuses  ne  sont  pas  applicables 
pour  les  cas  dans  lesquels  le  côlon  ascendant  est  très  déformé, 
raccourci  en  accordéon,  rétréci  par  des  bandes  transversales  et 
par  la  rétraction  des  bandes  longitudinales  du  côlon  ascendant. 

Dans  ces  cas,  il  faut  évidemment  faire  la  dérivation  ou  la  colec¬ 
tomie. 

Chez  des  lapins,  j’ai  fait  quelques  essais  de  greffe  expéri¬ 
mentale  des  fragments  de  péritoine  pariétal  de  mouton  et 
d’amnios  humain.  Le  péritoine  pariétal  du  mouton  se  greffe  très 
bien  sans  laisser  aucune  trace.  Je  crois  que  la  greffe  d’amnios  pour 
éviter  les  adhérences  péritonéales  a  été  tentée  par  Lyman  (‘2). 

Déjà  bien  des  techniques  ont  été  suivies  pour  éviter  la  reproduc¬ 
tion  des  adhérences  après  l’ablation  des  membranes  péricoliques. 

Connel  détache  les  membranes  à  leur  extrémité  interne,  puis,  les 
faisant  pivoter  sur  leur  insertion  externe,  il  fixe  la  membrane  au 
péritoine  pariétal  antéro-latéral.  Cela  écarte  le  côlon  ascendant 
du  côlon  transverse  (3). 

Taddei  (4)  fait  une  résection.  ovalaire  transversale  des  mem¬ 
branes  et  il  suture  la  plaie  suivant  un  axe  vertical. 


(t)  Mauclaire.  Les  greffes  chirurgicales.  Paris,  1922. 

(2)  Lyman.  Colorado  med.  Joam.,  1913. 

(3)  Voir  Lefèvre.  Stase  intestinale  chronique  et  son  traitement.  Thèse 
Toulouse,  1918-1919. 

(4)  Taddei  in  Nassetti.  Archivio  di  chirurgia  italiano,  décembre  1921  et 
Donati,  Archivio  di  chirurgia  italiano ,  1920. 


SÉANCE  DU  20  JUIN 


935 


Mayo  après  résection  des  membranes  arrose  la  plaie  avec  de  la 
vaseline  stérilisée. 

Hamant  utilise  de  l’huile  camphrée.  Bien  d’autres  substances 
ont  été  essayées  dans  ce  but  [Luccarelli  et  Calvi  (1)]. 

Dans  un  cas  dont  je  vous  présente  la  radiographie,  j’ai  versé  sur 
la  région- cruentée  de  l’huile  de  vaseline  stérilisée.  Les  membranes 
étaient  très  abondantes  sur  l’angle  colique  droit.  Quant  au  pré¬ 
tendu  foyer  de  membranes  sur  la  terminaison  du  grêle  et  sur  le 
cæcum  il  n’y  en  avait  aucune  trace  ni  aucun  rétrécissement.  11 
s’agit  probablement  d’un  spasme  rétrograde  de  la  fin  du  grêle 
(%•  2). 

La  radiographie  peut  donc  parfois  nous  induire  en  erreur.  Lé 
fait,  est  à  retenir. 

Dans  un  cas,  R.  Lefort  (2),  après  ablation  des  membranes,  accola 
l’épiploon  entre  le  côlon  ascendant  et  le  côlon  transverse.  Je  ne 
crois  pas  que  ce  soit  là  une  bonne  technique.  Il  vaut  mieux 
réséquer  tout  l’épiploon,  tant  il  prédispose  aux  adhérences. 

M.  Pierre  Duval  a  fait  des  greffes  épiploïques  libres,  greffes  séro- 
graisseuses,  et  il  y  a  un  an  il  nous  a  dit  ici  qu’il  en  était  très  satisfait. 
Je  crois  les  greffes  séreuses  pures  préférables. 

J’ai  utilisé  également  ces  greffes  de  péritoine  pariétal  hétéro¬ 
plastiques  dans  un  cas  de  périsigmoïdite  membraneuse. 

On  sait  combien  celle-ci  est  fréquente  surtout  chez  la  femme, 
avec  ou  sans  salpingite  gauche  concomitante.  J’ai  appliqué  la 
greffe  et,  sur  l’S  iliaque  et  sur  le  péritoine  dénudé.  La  simple 
exérèse  que  j’avais  déjà  pratiquée  plusieurs  fois  est  ici  aussi  insuf¬ 
fisante.  Il  faut  en  outre  faire  une  fixation  postérieure  de  l’S  iliaque. 

Enfin  j’ai  utilisé  les  mêmes  greffes  séreuses  hétéroplastiques 
mortes  dans  un  cas  de  perforation  de  l’intestin  grêle. 

Ces  greffes  séreuses  pourraient  aussi  être  pratiquées  dans  les 
cas  d’adhérences  périduodénales,  lésion  assez  fréquente  (Fœrs- 
ter,  Jean),  ou  d’adhérences  au  niveau  de  l’angle  colique  gauche, 
ou  après  l’ablation  de  la  membrane  de  Lane. 

En  somme,  je  crois  que  ces  greffes  séreuses  peuvent  rendre  des  • 
services  dans  tous  les  cas  sus-indiqués,  c’est  pourquoi  j’ai  tenu  à 
publier  mes  essais. 

(1)  Luccarelli  et  Calvi.  Il  Morgogni.  janvier  1923. 

(2)  R  Lefort  in  thèse  Malehranke.  Lille,  1911. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Tumeur  du  foie.  Résection.  Guérison , 
par  M.  S1LHOL. 

Cette  communication  paraîtra  dans  un  prochain  Bulletin. 


Fracture  de  la  rotule  traitée  par  la  suture , 
la  mobilisation  et  la  marche  précoce , 
par  M.  H.  GA.UDIER  (de  Lille),  correspondant  national. 

Cette  nouvelle  observation  est  encore  un  exemple  de  plus  des 
résultats  brillants  obtenus  après  la  suture  de  la  fracture  de  la 
rotule  par  la  meilleure  des  mobilisations  qui  soit  :  la  marche  le 
lendemain  de  l’intervention;  j’ai,  il  y  a  quelques  mois,  attiré 
l’attention  de  la  Société  de  Chirurgie  sur  cette  pratique  qui  a 
rallié  la  majorité  des  suffrages  ;  ce  nouveau  cas  vient  à  l’appui  de 
mes  dires  : 

Peitczack  (Gaspard),  Polonais,  entre,  le^l"  juin  1923,  dans  mon 
service  de  l’hôpital  dç  la  Charité,  à  Lille,  pour  une  fracture  de  la 
rotule  droite  survenue  à  la  suite  d'une  glissade,  dans  l’après- 
midi.  La  radiographie  montre  une  fracture  transversale  qui  par¬ 
tage  la  rotule  en  deux  fragments  inégaux,  le  supérieur  étant  deux 
fois  plus  volumineux  que  l’inférieur;  il  existe  un  écartement 
notable  des  fragments  et  le  genou  est  distendu  par  une  volu¬ 
mineuse  hémarthrose  avec  ecchymose  au  niveau  du  ligament 
rotulien. 

Intervention  le  2  juin,  arthrotomie  large  qui  permet  de  vider 
et  d’explorer  complètement  l’articulation;  celle-ci  ne  subit  le 
contact  d’aucun  liquide  :  éther  ou  sérum  ;  la  suture  des  frag¬ 
ments  est  faite  au  crin  de  Florence  et  de  la  capsule  au  fil  de  lin  ; 
pas  de  drainage,  suture  cutanée  au  fil  de  lin.  Pansement  mince  ; 
le  genou  est  maintenu  fléchi  complètement  par  quelques  tours  de 
bande,  pas  de  gouttière. 

Le  3  juin,  le  patient  se  lève  et,  s’appuyant  sur  une  canne,  fait 
le  tour  de  la  salle  en  ayant  soin  de  lever  la  jambe  droite  et  de 
fléchir  le  genou  à  chaque  pas  au  delà  de  l’angle  droit.  Il  se  repose 
au  lit,  changeant  de  position  toutes  les  heures,  la  jambe  droite 
ou  fléchie. 

Le  lendemain,  il  commence,  en  plus  des  exercices  de’marche,  à 
monter  et  descendre  les  escaliers;  la  durée  des  exercices  aug¬ 
mente  chaque  jour. 


SÉANCE  DU  20  JUIN 


937 


Le  9  juin,  les  fils  sont  enlevés;  le  malade  ne  se  couche  plus 
dans  la  journée  qu’une  heure  ou  deux;  le  12,  il  quitte  l’hôpital 
fléchissant  la  jambe  presque  normalement,  en  tout  cas  dépassant 
beaucoup  l’angle  droit,  il  ne  souffre  pas,  il  ne  fatigue  pas  ;  il  part 
pour  reprendre  son  dur  métier  de  mineur,  à  Lens.  Il  n’a  jamais 
été  massé  ni  mobilisé  manuellement. 

Quelle  différence  avec  les  anciennes  pratiques,  que  de  temps 
gagné  et  que  de  douleurs  épargnées  ! 


Présentations  de  malades. 

Phrénospasme  chronique  lié  à  un  ulcus  gastrique  juxla-cardiaque. 

Dysphagie  chronique  grave  avec  dilatation  de  l'œsophage. 

Échec  de  dilatations  répétées. 

Gastrostomie.  Persistance  des  troubles. 

Découverte  opératoire  par  voie  thoracique  j 
de  la  traversée  phrénique  de  l'œsophage. 

Dêbridement  de  l'orifice  diaphragmatique. 

Guérison  de  la  dysphagie , 

par  MM.  GEORGES  LARDENNOIS  et  JEAN  BRAINE. 

Cet  homme  de  trente-trois  ans  a  souffert  pendant  huit  ans 
d’une  dysphagie  grave,  à  titre  œsophagien  inférieur.  Après  échec 
de  longs  essais  de  traitements  que  je  vais  vous  relater,  il  n’a  été 
guéri  que  par  une  opération  portant  directement  sur  les  piliers 
du  diaphragme. 

Voici  le  résumé  de  son  observation  : 

Le  22  août  1914,  il  est  blessé  et  fait  prisonnier.  Sa  blessure  n’a  pas 
de  rapport  anatomique  avec  les  accidents  qui  vont  nous  intéresser. 

Dès  les  premiers  mois  de  sa  captivité  en  Allemagne,  il  commence  à 
éprouver  : 

1°  Des  douleurs  épigastriques  réveillées  par  l’ingestion  des  aliments, 
et  survenant  très  précocement  dans  le  premier  quart  d’heure  après  le 
début  du  repas  ; 

2°  Une  dysphagie  progressive. 

Il  est  à  peu  près  obligé  de  renoncer  à  toute  alimentation  solide.  Il 
a  des  régurgitations  fréquentes;  sa  santé  s’altère. 

Rentré  en  France,  il  voit  son  état  empirer.  Même  la  déglutition  des 
aliments  deconsistai.ee  molle  lui  est  pénible.  A  noter  que  cette  dysphagie 
sévère  est  assez  capricieuse,  laissant  parfois  quelques  jours  de  répit  pour 
reparaître  ensuite.  Après  un  long  traitement  à  Montpellier,  par  des 


938 


SOCIÉTÉ  DE  CÏÙftÛRGIE 


dilatations  répétées,  le  tubage  semi-permanent,  les  antispasmodiques, 
il  subit  en  mai  1921  une  gastrostomie  pratiquée,  nous  dit-il,  par  le 
professeur  Forgue,  L’œsophagoscopie  avait  donné  le  renseignement 
suivant  consigné  sur  une  fiche  que  m’a  remis  le  malade.  «  On-  voit 
au-dessus  du  cardia  une  vaste  poche  remplie  de  liquide,  les  bords  du 


Fio.  1  (sujet  vu  de  face)  :  montre  la  cicatrice  oblique  de  gastrostomie  et  la 
cicatrice  verticale  médiane  pour  la  libération  de  l’estomac  et  la  gastro- 
entérostomie.  , 

cardia  sont  œdémateux,  boursouflés,  légèrement  hypertrophiés,  il 
s'âgit  sans  doute  d’une  sténose  du  cardia.  On  pourrait  penser  à  un  néo 
siégeant  sur  le  versant  gastrique  du  cardia,  hypothèse  peu  probable.  » 
Pendant  trois  mois  et  demi,  il  est  nourri  exclusivement  au  moyen  de  la 
sonde  gastrique;  durant  ce  temps,  on  répète  les  dilatations!  Peu  àpeu, 
lassé,  le  malade  reprend  l’usage  de  ses  voies  digestivesnaturelles,  et,  dix 
mois  après  sa  création,  l’orifice  de  gastrostomie  s’oblitère  spontanément. 

La  dysphagie  subsiste,  avec  les  douleurs,  les  régurgitations,  le  déclin 
des  forces. 


SÉANCE  DU  20  JUIN 


939 


Il  m’est  à  cette  époque  adressé  par  mon  ami,  M.  le  Dr  Banmel.  Il 
présente  à  ce  moment  un  syndrome  complexe  caractérisé  par  : 

1°  Une  dysphagie  du  type  œsophagien  inféiieur  avec  régurgitations 
fréquentes; 

2°  Des  douleurs  de  dyspepsie  gastrique  avec  spasme  pylorique; 


Fig.  2  (sujet  vu  de  dos)  :  montre  la  cicatrice  de  l’intervention  pour  découverte, 
par  le  procédé  de  Grégoire,  de  l’orifice  œsophagien  du  diaphragme. 


3°  Un  mauvais  état  général. 

L’examen  radiologique  confirme  : 

1°  L’arrêt  œsophagien; 

2°  La  déformation  de  l’estomac  et  le  spasme  pylorique. 

Logiquement,  il  est  indiqué  d’améliorer  d’abord  le  fonctionnement 
de  l’estomac.  Le  29  novembre  1922,  je  pratique  une  laparotomie  mé¬ 
diane  sus-ombilicale.  Je  trouve  l’estomac  adhérent  à  la  paroi  dans  la 
zone  de  l’ancienne  gastrostomie.  Il  est  déformé  par  des  adhérences,  et 
aussi  par  une  forte  cicatrice  antérieure.  J’excise  cetle  cicatrice.  Par  la 
brèche  ainsi  créée,  j’explore  la  cavité  gastrique.  Je  trouve  sur  la  partie 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


toute  supérieure  de  lia  petite  courbure,  juste  au-dessous  du  cardia,  un 
ulcère  à  bords  durs,  d’un  diamètre  un  peu  supérieur  à  celui  d’une 
pièce  de  50  centimes.  Cet  ulcère  est  minutieusement  exploré.  Du  fait 
de  sa  situation  il  paraît  matériellement  impossible  d’en  faire  1,’exérèse 
avec  sécurité.  Le  doigt  entrant  par  le  cardia  vers  l’œsophage  éprouve 
peu  de  résistance,  c’est  plus  haut  que  semble  siéger  l’obstacle.  L’esto¬ 
mac  est  fermé,  et  en  raison  du  pylorospasme  et  des  troubles  dyspep¬ 
tiques  une  gastro-entérostomie  postérieure  juxta-pyloniqjue  est  exé¬ 
cutée. 

Reste  à,  soigner  la  dysphagie. 

Pour  en  déterminer  le  siège  exact,  j’envoie  te  malade  à  mon  ami 
M.Dufourmentel,  dans  le  service  de  M.  le  professeur  Sebileau,  pour  exa¬ 
men  complet.  Le  compte  rendu  est  celui-ci  : 

«  Spasme  au  niveau  du  défilé  diaphragmatique,  celui-ci  d’une' netteté 
parfaite.,  L'  s  parois  œsophagiennes,  épaisses,  congestionnées,  mais*  sans 
ulcération,  dessinent  de  véritables  colonnes  séparées  par  dessillons 
assez  profonds.  Une  sonde  de  gomme  effilée  le  franchit  sans  pein^, 
mais  il  a  été  impossible  d’y  faire  pénétrer  le  gastroscope  de  Dufour- 
mentel  qui;  pourtant  aurait  pu  donner  des  renseignements  intéres¬ 
sants.  » 

Après  de  nouvelles  tentatives  de  dilatation,  de  tubage  œsophagien  à 
demeure,  après  emploi  de  doses  importantes  de  belladone  et  d’atropine 
et  échec  de  lous*  ces  moyens,  je  me  rends  compte  que  seule  une  inter¬ 
vention  sur  l’orifice  diaphragmatique  contracturé  enserrant  l’œsophage 
peut  donner  la  guérison  que  réclame  le  malade. 

J’ai  la  bonne  fortune  d’avoir  comme  interne  M.  Braine,  élève  de  mon 
ami  Grégoire,  et  qui  a  aidé  notre  collègue  dans  ses  interventions  de 
découverte  de  la  partie  inférieure  de  l’œsophage  par  voie  thora- 

M.  Braine  a  fait  sur  l’anatomie  de  cette  région  un  fort  intéressant  et 
fort  important  travail. 

L’intervention  est  exécutée  le  10  mars*  1923;  M.  Braine  tient  le  bis¬ 
touri  et  j\e  suis  son:  assistant. 

La  région  d»  la  traversée  diaphragmatique  de  l’œsophage  ayant  été 
largement  exposée  par  la  voie  d’accès  thoracique  conseillée  par  Gré¬ 
goire,  le  pilier  gauche  est  incisé  et  l’orifice  œsophagien  largement 
débridé.. 

Le  résultat  que  vous  pouvez  constater,  obtenu,  trois  mois  après 
l’opération,  est  vraiment  très  satisfaisant.  Le  sujet  n’accuse  plus 
de  douleurs  dysphagiques;  il  mange  l'ordinaire  un  peu  rustique 
de  l’hôpital  sans  aucune  gêne.  Il  a  engraissé  déjà  de  10  kilo¬ 
grammes  depuis  l’intervention. 

M.  Dufourmentel  a  pratiqué,  voici  quinze  jours,  un  examen 
œsophagoscopique.  Il  constate  que  l’œsophage  n’a  plus  l’aspect 
froncé  avec  colonnes  et  sillons  la  muqueuse  n’est  plus  conges¬ 
tionnée,  le  passage  est  libre.  A  la  partie  postérieure  du  conduit, 


SÉANCE  DU  20  JUIN 


941 


M.  Dufourmenlel  signale  comme  une  barre  rigide  qui. n’obstrue 
nullement  la  lumière  du  canal,  et  qui  doit  correspondre  au  pilier 
autrefois  contracturé  et  maintenant  sectionné. 

Si  ce  malade  avait  habité  Paris,  j’aurais  attendu  beaucoup  plus 
longtemps  avant  de  vous  le  présenter.  Mais  il  demande  à  revoir 
ses  montagnes  des  Pyrénées,  et,  comme  il  ne  sait  ni  lire,  ni 
écrire,  je  risque  fort  de  n’avoir  point  de  ses  nouvelles. 

Telle  qu’elle  ôst,  cette  observation  m’a  paru  pouvoir  vous  inté¬ 
resser.  Elle  montre,  de  façon  aussi  complète  et  précise  que  pos¬ 
sible,  l’existence  d’un  spasme  chronique  et  rebelle,  intéressant  la 
partie  basse  de  l’œsophage,  spasme  sous  la  dépendance  d’un 
ulcère  sous-cardiaque.  Ce  spasme  ne  siégeait  pas  au  niveau  du 
cardia,  mais,  comme  l’a  montré  Dufourmenlel,  au  niveau  des 
piliers  du  diaphragme.  L'ulcère  gastrique  entretenait  le  phréno- 
spasme  et  la  dilatation  de  l’œsophage  comme  une  fissure  anale 
entretient  un  spasme  douloureux  du  sphincter  ou  du  releveur. 

C’est  seulement  le  débridement  direct  de  l’orifice  diaphragma¬ 
tique,  après  thoraeoitomie,  par  le  procédé  de  Grégoire,  qui  a 
permis  de  mettre  fin  à  la  dysphagie  douloureuse  subie  par  cet 
homme  depuis  plus  de  huit  ans,  dysphagie  si  grave  qu’une 
gastrostomie  avait  été  jugée  nécessaire. 


Tumeur  de  la  rate.,  Splénectomie , 

par  M.  J.  DE  FOURMESTRAUX  (de  Chartres),  correspondant  national. 

Cet  homme  est  un  ancien  paludéen  qui  fit  des  crises  graves  en 
Orient  au  cours  de  la  campagne  de  1917.  Complètement  guéri  en 
apparence  depuis  son  retour  en  France.  En  1919,  ganglion 
inguinal  enlevé  sans  difficulté,  malheureusement  pas  d’examen 
histologique. 

En  1922,,  il  me  montre  une  rate  déjà  de  volume  très  anormal.  Je 
fais  faire  un  examen  du  sang  (Ay.naud)  qui  montre  simplement 
une  légère  diminution  d!u  nombre  des  globules  rouges.  Quelques 
mois  après,  rate  énorme.  J’émets-  l’hypothèse  de  la  possibilité 
d’une  intervention,  et  ne  revois  plus  le  malade  auquel  onze  séances 
de  radiothérapie  sont  faites.  Le  seul  résultat  tangible  de  ce  traite¬ 
ment  fut  une  augmentation  considérable  du  volume  de  là  tumeur. 

Après  un  séjour  dans  les  services  de  Carnot  et  de  Weil  (ce  der¬ 
nier  conseille  di’une  façon  formelle  une  inlervenlionj,  cet  homme 
revient  me  trouver  en  février  1923,  je  constate  alors  la  présence 
d’une  rate  énorme  étendue  du  diaphragme  à  la  crête  iliaque  et 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


dont  le  bord  antérieur  bosselé  déborde  largement  la  ligne  médiane. 

L’examen  du  sang  pratiqué  à  nouveau  par  Aynaud  et  E.-Weil 
est  absolument  négatif  et  ne  donne  aucune  précision  clinique. 

L’examen  radiologique  fait  par  un  radiologue  compélent  fait 
prévoir  des  difficultés  opératoires  du  fait  de  l’adhérence  probable 
du  pôle  supérieur  de  la  tumeur  au  diaphragme. 

En  réalité  l’intervention  fut  très  simple,  grâce  au  jour  considé¬ 
rable  que  donne  l’incision  transversale.  11  est  intéressant  de  con¬ 
stater  la  solidité  de  la  paroi  après  celte  incision  en  apparence  si 
mutilante.  Il  a  repris  et  fait  sans  difficulté  son  dur  métier  d’ouvrier 
de  fonderie. 

Incision  suffisante  et  transversale,  ligature  primitive  du  pédi¬ 
cule,  rendent  en  général  la  chirurgie  de  la  loge  splénique  facile. 

C’est  cette  incision  transversale  que  j’ai  utilisée  au  cours  de 
quatre  splénectomies  que  j’avais  pratiquées  antérieurement. 

Cet  homme  présente  aujourd’hui  un  aspect  excellent. 

La  rate  enlevée  pesait  4  kilogrammes  800. 

L’examen  histologique,  qui  tout  d’abord  avait  fait  songer  à 
l’hypothèse  d’une  maladie  de  Hodgkin,  permet  plutôt  de  conclure 
à  l’existence  d’un  sarcome  secondaire. 

Voici  la  note  que  je  dois  à  l’obligeance  de  P.  E.-Weil. 

Rate  examinée.  —  Aspect  macroscopique  :  Irrégulièrement  bosselée, 
masses  saillantes  arrondies  du  volume  d’une  orange.  La  capsule  est 
épaisse  par  stries  donnant  l’impression  d’une  rate  ficelée. 

Aspect  de  tumeur  secondaire  à  noyaux  disséminés  plutôt  que  rate 
leucémique. 

.  Examen  histologique  :  Au  microscope  on  ne  trouve  trace  nulle  part 
de  la'  structure  normale  de  l’organe,  et  l’on  ne  peut  affirmer  que  la 
tumeur  s’est  développée  dans  la  rate.  La  capsule  est  volumineuse, 
épaissie,  formée  par  du  (issu  conjonctif  adulte  d’où  partent  des  bandes 
de  travées  fibreuses  qui  forment  des  loges  plus  ou  moins  importantes 
dans  lesquelles  la  tumeur  s’est  développée. 

a)  Bandes  fibreuses ■  Les  vaisseaux  artériels  et  veineux  ne  se  retrou¬ 
vent  que  dans  les  bandes  scléreuses,  mais  les  corpuscules  de  Malpighi 
ont  disparu  étouffés.  Les  bandes  scléreuses  sont  en  général  constituées 
par  des  capillaires  pressés  remplis  de  sang  ou  parfois  vides  de  cellules 
hématiques,  qui  doivent  représenter  les  restes  de  la  pulpe  splénique. 
Dans  beaucoup  de  points  il  y  a,  dans  les  bandes  de  sclérose,  des  îlots 
hémorragiques  ou  des  reliquats  d’hémorragies,  représentés  par  des 
îlots  pigmentaires. 

b)  Ilôts  cellulaires.  Dans  l’intérieur  des  bandes  fibreuses  on  trouve 
des  nodules  plus  ou  moins  volumineux  constitués  par  des  cellules 
lympho-conjonctives  assez  uniformes  d’aspect.  Ces  cellules  sont  consti¬ 
tuées  par  un  noyau  clair  arrondi  ou  ovalaire  avec  une  trace  de  proto- 
plasma  peu  colorable,  leur  volume  est  celui  d’un  moyen  mononucléaire. 


SÉANCE  DU  20  JUIN  943 


Chaque  cellule  est  individuellement  encerclée  par  du  liSsu  conjonctif, 
formant  mailles,  discret  par  places,  marqué  en  d’autres.  Ce  tissu  con¬ 
jonctif  se  relie  au  tissu  des  bandes  scléreuses.  Les  capillaires  sont 
rares,  lesvaisseaux  importants  exceptionnels.  I.atumeurestuniquement 
formée  par  cette  cellule  lymphe-conjonctive;  cependant,  par  places,  il 
existe  des  grandes  cellules  à  noyaux  multiples  ou  bourgeonnants  ana¬ 
logues  aux  cellules  de  Sternberg  de  la  lympho-granulomatose,  ces 
cellules  se  trouvent  aussi  dans  les  logettes  fibreuses.  Elles  sont 
d’ailleurs  assez  rares. 

En  résumé ,  il  semble  bien  qu’il  s’agisse  d’un  sarcome  de  la  rate, 
sarcome  secondaire.  _ 


Nécrose  de  la  totalité  de  la  mâchoire  inférieure  et  élimination 
par  la  peau, 
par  M.  PIERRE  SEBILEAU. 

En  mon  nom  et  au  nom  du  Dr  L.  Dufourmentel,  je  vous  présente 
un  maladè  qui,  à  la  suite  d’un  ostéo-phlegmon  'périmandibulaire 
d’origine  dentaire,  a  éliminé  par  une  large  perte  de  substance  des 
parties  molles  des  deux  régions  sous-maxillaires  la  totalité  de 
la  mâchoire  inférieure  (le  manuscrit  sera  publié  dans  un  des  pro¬ 
chains  numéros  des  Bulletins  de  la  Société). 

M.  A.  Lapointe.  —  En  dehors  de  l’histoire  clinique  tout  à  fait 
extraordinaire  de  ce  malade,  je  trouve  que  le  résultat  qu’il  a 
obtenu  spontanément  est  remarquable.  Laditformité  est  vraiment 
peu  prononcée,  surtout  de  face.  Il  y  a  quelques  années,  j’ai  dû, 
pour  une  nécrose  après  obturation  dentaire,  pratiquer,  par  étapes 
successives,  l’ablation  complète  de  la  mandibule,  chez  un  sujet  à 
peu  près  du  même  âge  que  celui-ci.  Au  point  de  vue  fonctionnel, 
aussi  bien  qu'au  point  de  vue  esthétique,  ce  résultat  était  loin 
d’être  aussi  satisfaisant  que  celui  que  nous  constatons. 


Contusion  épigastrique,  lésion  pancréatique, 
par  M.  SAUVÉ. 

Je  vous  présente  un  homme  de  trente-neuf  ans  que  j’ai  opéré 
le  3  avril  dernier,  deux  heures  et  demie  après  l’accident,  pour  une 
contusion  appuyée  de  la  région  sus-mésocolique. 

A  la  laparotomie,  je  constatai  une  hémorragie  considérable  de 
l’étage  sus-mésocolique.  L’intégrité  de  la  rate,  dé  l’estomac,  du 
foie  et  du  diaphragme  (celle-ci  malgré  la  fracture  des  trois  der¬ 
nières  côtes)  sembla  absolue  ;  par  contre,  la  tête  du  pancréas  était 


944 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


broyée.  Quatre  points  au  catgut  en  V  permirent  une  reconstitu¬ 
tion  convenable.  L’hémostase  fut  parachevée  par  un  petit  tam¬ 
ponnement  avec  trois  mèches. 

Les  suites  opératoires  furent  très  simples;  mais  il  persiste  une 
fistule  sécrétant  un  liquide  séreux  ressemblant  tout  à  fait  à  du 
suc  pancréatique.  Bien  que  les  analyses  pratiquées  par  le  phar¬ 
macien  du  service  aient  été  négatives  à  ce  dernier  point  de  vue, 
je  pense  qu’il  s’agit  effectivement  d’une  fistule  pancréatique. 

M.  Pierre  Mocquot.  —  Dans  les  fistules  pancréatiques  consécu¬ 
tives  aux  contusions  du  pancréas,  il  faut  distinguer  deux  variétés, 
suivant  qu’il  y  a  eu  rupture  ou  non  du  canal  de  Wirsung.  C’est 
un  fait  remarquable  que  nous  avons  vérifié,  mon  ami  Costantini 
et  moi-même,  que,  dans  les  ruptures  du  pancréas,  particulière¬ 
ment  dans  celles  plus  fréquentes  du  col  et  du  corps,  le  canal  de 
Wirsung  est  l’organe  qui  se  rompt  en  dernier  lieu  :  il  résiste  plus 
que  le  tissu  pancréatique  et  que  les  vaisseaux  spléniques.  Quand 
le  canal  de  Wirsung  n’est  pas  rompu,  la  fistule  est  produite  par 
de  petits  canaux  pancréatiques  et  guérit  assez  facilement,  soit 
spontanément,  soit  par  le  régime  antidiabétique.  Il  n’en  est  pas 
de  même  après  la  rupture  du  canal  de  Wirsung,  qui  donne  d’ail¬ 
leurs  souvent  des  complications  immédiates  de  pancréatite.  Dans 
ces  cas,  il  faut  d’emblée,  pour  éviter  les  accidents,  soit,  ce  qui  est 
difficile,  extirper  la  portion  gauche  du  pancréas,  soit  mieux  pra¬ 
tiquer  la  ligature  des  deux  bouts  du  canal  de  Wirsung  rompu. 

M.  Savariaud.  — Je  voulais  rappeler  un  fait  semblable  à  celui 
que  vient  de  rapporter  notre  collègue  Basset.  Ce  cas  ayant  été 
publié  il  y  a  une  vingtaine  d’années  dans  nos  Bulletins,  je  me 
contente  de  l’exposer  en  quelques  mots.  Il  s’agissait  non  d’un 
traumatisme  récent,  mais  d’un  pseudo-kyste  traumatique  du 
pancréas,  que  je  traitai  par  l’incision  et  le  drainage.  A  la  suite  de 
l’opération,  il  se  fit  une  fistule  pancréatique.  Grâce  à  un  régime 
antidiabétique,  que  lui  prescrivit  mon  maître  M.  Reynier,  il  guérit 
rapidement  de  sa  fistule. 

M.  Pierre  Descomps.  —  J’ai  vu  autrefois,  dans  le  service  de 
mon  maître,  M.  Walther,  un  cas  d’écrasement  de  la  tête  du  pan¬ 
créas.  Il  s’agissait  d’un  jeune  garçon  qui  venait  d’être  renversé 
par  une  voiture;  une  roue  était  passée  sur  la  région  épigastrique. 
La  tête  du  pancréas  était  réduite  en  bouillie;  on  apercevait  le 
confluent  veineux  portai  et,  plus  en  arrière,  le  double  confluent 
veineux  réno-cave.  Tous  les  organes  étaient  comme  disséqués. 
On  apercevait,  nettement  isolés,  le  cholédoque  et  le  canal  de  Wir- 


SÉANCE  DU  20  JUIN 


945 


sung  intact.  L’opéré  a  guéri  rapidement  sans  fistule  pancréatique, 
sans  doute  en  raison  de  l’intégrité  du  canal  de  Wirsung. 

M.  Sauvé  remercie  ses  collègues  de  leurs  observations  et  de 
leurs  avis  ;  il  estime  que,  dans  son  cas,  le  canal  de  Wirsung  n’a 
pas  été  blessé.  11  n’a  pu  mettre  au  régime  diabétique  son  opéré, 
car  il  a  été  accidenté  lui-même  et  n’a  pu  le  suivre  que  depuis 
quelques  jours.  11  espère  qu’effectivement  le  régime  fermera  la 
fistule  qui  sécrète  beaucoup  moins  depuis  quelques  jours. 


Présentations  d’instruments. 

Tableau  noir  mobile  pouvant  être  utilisé  dans  une  salle 
de  malade  ou  à  la  salle  d'opération, 
par  M.  H.  G  AU  DIE  R  (de  Lille),  correspondant  national. 

On  sait  l’importance,  au  lit  du  malade  ou  à  la  salle  d'opéra¬ 
tion,  de  la  démonstration  par 
le  dessin  venant  s’ajouter  à 
l’examen  clinique  ou  à  la  des¬ 
cription  d’un  procédé  opéra¬ 
toire. 

L’illustration  d’un  cas  ajoute 
une  valeur  éducative  considé¬ 
rable  à  une  énumération  plus 
ou  moins  sèche  de  symptômes, 
et  le  chirurgien  qui  dessine, 
qui  sait  schématiser  au  ta¬ 
bleau,  ajoute  évidemment  à 
sesqualitésd’instructeur  celles 
si  importantes  de  démonstra¬ 
teur  pratique. 

Dans  beaucoup  de  services, 
ôn  en  était,  on  est  encore  ré¬ 
duit  au  tableau  noir  fixé  au 
mur  de  la  salle  d’opération, 
gardien  de  poussières,  éloigné 
du  chirurgien,  ou  appliqué  sur 
un  pied,  lourd  et  peu  mobile, 
faisant  un  contraste  pénible 
avec  le  mobilier  de  la  salle 
d’opération  ;  dans  les  salles  de 
malades,  rien  n’existe,  et  nous  avons  vu  et  nous  voyons  encore  le 


946  SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


chirurgien  dessinant  sur  son  tablier  blanc  quand  ce  n’est  pas  sur 
le  drap  du  lit  du  malade  et  ses  dessins  sont  d’une  petitesse  telle 
qu’ils  peuvent  à  peine  être  vus  ; 

J’ai  demandé  à  la  maison  Adnet  de  me  réaliser  un  tableau 
noir  léger,  mobile,  propre,  qui  ne  dépare  pas  une-salle  d’opé¬ 
ration  et  qui  puisse  suivre  le  médecin  dans  sa  visite  au  lit  du 
malade. 

Sa  réalisation  a  été  parfaite,  comme  celte  photographie  et  les 
services  qu’il  me  rend  journellement  peuvent  le  démontrer. 

D’un  poids  de  5  kilogrammes,  en  tubes  métalliques,  verni  blanc, 
il  présente  les  dimensions  suivantes  :  hauteur  totale  :  lm80  ;  lar¬ 
geur,  87  centimètres  ;  hauteur  du  tableau  (très  mince  et  résistant 
en  carton  noirci),  65  centimètres.  Monté  sur  roues  il  est  très 
mobile;  il  présente  latéralement  un  récipient  pour  les  craies  et 
la  serviette;  il  est  lavable,  étant  entièrement  métallique  sauf  le 
tableau. 

Il  peut  pendant  une  intervention  être  approché  de  l’opérateur 
et  celui-ci,  utilisant  des  craies  stérilisées  montées  sur  tubes 
métalliques,  peut  au  cours  d’une  intervention,  par  un  dessin 
rapide,  signaler  à  l’attention  des  auditeurs  un  point  particu¬ 
lièrement  intéressant  et  qui  aurait  pu  leur  échapper  en  suivant 
l’opération. 

Ce  sont  de  tels  avantages  qui  m’ont  décidé  à  soumettre  à  la 
Société  la  description  de  ce  meuble  annexe  qui  me  rend  de  grands 
services. 


Appareil  à  ostéosynthèse  temporaire, 
par  M.  TUFF1ER. 

Je  vous  présente  un  ligateur  construit  sur  les  indications  de 
mon  élève  et  ami  M.  le  DrDonnet,  professeur  à  l’Ecole  de  Limoges, 
par  M.  Simal  et  destiné  à  l’ostéosynthèse  des  fractures  obliques. 

Nous  possédons  déjà,  dans  les  lames  «le  Parham,  un  excellent 
moyen  de  fixation,  mais,  comme  tous  ses  congénères,  il  a  le 
défaut  de  laisser  le  ruban  indéfiniment  dans  la  plaie. 

Pour  obvier  à  cet  inconvénient,  M.  Donnet  a  fait  construire  un 
ligateur  qui,  après  une  dizaine  de  jours,  peut  être  supprimé  ainsi 
que  les  fils  qui  maintiennent  les  fragments.  Il  a  l’inconvénient 
de  maintenir  pendant  ces  dix  jours  la  tige  du  ligateur  dans  la 
plaie  opératoire,  néanmoins  son  ingéniosité  en  fait  un  instrument 
digne  de  vous  être  présenté  et  recommandé  puisqu’il  vient  au 


SÉANCE  DU  20  JUIN 


947 


devant  de  nos  désirs  actuels  de  ne  laisser  aucun  corps  étranger 
dans  l’os. 


Présentation  de  pièce. 

Calcul  du  cholédoque  développé  autour  d'un  corps  étranger , 
par  M.  RAYMOND  GRÉGOIRE. 

Le  calcul  que  je  vous  présente  a  été  retiré  de  la  portion  sus- 
pancréatique  de  l’hépato-cholédoque  d’une  femme.  Je  ne  crois 
pas  qu’on  ait  encore  eu  l’occasion  de  si¬ 
gnaler  une  pièce  aussi  surprenante. 

Ce  calcul  est,  comme  vous  le  voyez,  tra¬ 
versé  d’une  extrémité  à  l’autre  par  une 
brindille  trifurquée  à  son  extrémité.  Le  cal¬ 
cul  l’entoure  comme  un  calcul  vésical  entoure 
l’épingle  à  cheveux  introduite  dans  la 
vessie. 

Qu’il  se  soit  déposé  des  concrétions  de 
sels  biliaires  autour  d’un  corps  étranger, 
il  n’y  a  rien  là  de  bien  surprenant.  Mais 
comment  ce  corps  étranger  a-t-il  pénétré 
dans  le  segment  sus-pancréatique  de  la 
voie  biliaire  principale  ?  Voilà  qui  est  assez 
remarquable.  Il  n’y  a  pas  d’autre  voie  que 
l’orifice  de  l’ampoule  de  Vater.  Il  faut  donc 
admettre  qu’avec  une  malencontreuse  pré¬ 
cision  ce  petit  bout  de  bois  a  enfilé,  au 
moment  propice  de  son  ouverture,  le  mi¬ 
nuscule  orifice  de  la  caroncule,  puis  est 
remonté  jusque  dans  le  cholédoque. 

La  rareté  d’un  corps  étranger  au  centre  d’un  calcul  biliaire  m’a 
engagé  à  vous  montrer  cette  pièce. 


SOCIÉTÉ  DK  CHIRURGIE 


Présentations  de  radiographies. 

Examen  radiologique  du  grêle 
trois  ans  et  demi  après  une  colectomie  totale , 

par  M.  PIERRE  DE  VAL. 

Je  vous  présente  l’examen  radiologique  d’une  malade  chez  qui 
j’ai  dû  pratiquer,  en  novembre  1919,  une  colectomie  totale. 

Cette  femme  présentait  une  énorme  dilatation  de  l’angle  splé¬ 
nique  qui,  en  plus  de  troubles  de  constipation  provoquait  par 
réplétion  et  stagnation  gazeuse  l’ascension  du  diaphragme  gauche 
jusqu’à  hauteur  de  la  4e  céte  et  des  crises  insupportables  d’é¬ 
touffement. 

Actuellement  elle  est'  infiniment  améliorée,  son  intestin  fonc¬ 
tionne  régulièrement  sans  diarrhée,  elle  ne  présente  aucun  signe 
de  sténose  de  la  bouche  iléo-si gmoïdien n e . 

Sous  la  paroi  abdominale  on  constate  des  anses  grêles  dilatées 
et  serpentines,  avec  clapotement. 

L’examen  radiologique  montre  un  segment  recto-sigmoïdien  très 
dilaté,  et,  une  longue  série  d’anses  grêles  très  augmentées  de 
volume. 

Il  n’y  a  aucun  signe  clinique  ou  radiologique  de  sténose  vraie 
du  grêle. 

C’est  à  notre  avis  un  cas  de  suppléance  poussée  à  l’extrême  des 
côlons  par  le  grêle,  de  dilatation  fonctionnelle  du  grêle  pour 
remplacer  les  réservoirs  coliques. 

M.  Alglave.  —  Ce  que  je  vais  dire  vient  à  l’appui  de  la  eomuu- 
nication  de  notre  collègue  Duval  au  sujet  des  suites  de  la  résection 
totale  ou  subtotale  du  gros  intestin,  c’est-à-dire  de  celle  qui 
laisse  le  rectum  et  parfois  un  segment  plus  ou  moins  étendu  de 
l’S  iliaque. 

J’ai  fait  de  1904  à  1907  des  recherches  expérimentales  sur  les 
conséquences  anatomiques  et  physiologiques  de  l’exclusion  et  de 
la  résection  sub  totale  s  du  gros  intestin. 

J’ai  déjà  eu  l’occasion  de  faire  ici  allusion  à  ce  travail  dont  j’ai 
publié  les  résultats  dans  la  Revue  de  Gynécologie  et  de  Chirurgie 
abdominale  de  1907  en  même  temps  que  je  présentais  les  pièces 
-opératoires  à  la  Société  anatomique  de  Paris.  Des  figures  et  des 
photographies  sont  jointes  à  mon  travail.  A  l’occasion  de  la 
communication  de  M.  Duval,  je  reviens  sur  les  faits  que  j’ai 
observés  en  raison  de  toute  l’importance  de  la  question  dont 


949 


notre  collègue  nous  entretient  et  de  la  controverse  qui  persiste  à 
son  sujet. 

Mes  recherches  ont  porté  surtout  sur  le  chien  qui  a  un  gros 
intestin  relativement  peu  développé  en  tant  que  carnivore  et  sur 
le  porc  où  ce  même  organe  offre  un  développement  beaucoup  plus 
grand,  l’animal  étant  omnivore. 

En  ce  qui  concerne  les  conséquences  anatomiques,  j’ai  vu  que  la 
résection  subtotale  du  gros  intestin,  comme  d’ailleurs  l’exclusion, 
de  même  étendue,  avaient  pour  résultat  la  dilatation  parfois  consi¬ 
dérable  de  la  portion  de  cet  intestin  située  au  niveau  et  au-dessous 
de  l'anastomose  faite  pour  rétablir  lacontinuité;  cette  même 
dilatation  s’opérait  aussi  sur  l’anse  grêle  en  amont  du  point 
anastomosé,  et  d’autant  plus  que  l’anastomose  était  plus  bas 
placée  ;  par  exemple  sur  le  reetum  lui-même. 

En  d’autres  termes  j’ai  vu,  d’une  part,  que  l’augmentation  de 
capacité  du  gros  intestin  est  telle,  que  la  portion  conservée  à  la 
fonction  tend  à  remplacer,  dans  une  certaine  mesure,  celle  qui  a 
été  perdue  du  fait  de  l’opération,  et  d’autre  part  que  la  partie  du 
grêle  qui  est  située  au-dessus  du  point  anastomosé  peut,  elle-même, 
se  dilater  sur  une  plus  ou  moins  grande  étendue  et  jusqu’à  en 
arriver  à  contenir  des  matières  solides,  comme  le  gros  intestin  lui- 
même,  quand  celui-ci  se  trouve  être  réduit  à  un  tout  petit  segment. 

J’ai  remarqué  également  que  la  paroi  musculaire  des  portions 
du  grêle  et  du  gros  intestin,  où  la  dilatation  s’est  établie,  subis¬ 
sait  une  hypertrophie  manifeste,  hypertrophie  qui  m’a  paru 
s’étendre  au  sphincter  anal  strié  lui-même. 

Ces  modifications  de  capacité"  et  de  musculature  apparaissent 
comme  des  processus  compensateurs  qui  auraient  en  particulier 
pour  effet  de  parer  progressivement  à  la  diarrhée  incoercible  qui 
s’installe  aussitôt  après  l’opération  de  résection  ou  d’exclusion 
subtotales,  diarrhée  qui  persiste  souvent  pendant  plusieurs 
semaines  ou  davantage. 

Elles  semblent  aussi  traduire  l’effort  de  récupération  que  fait 
l’organisme  pour  retrouver,  au  moins  en  partie,  le  segment  perdu. 

L’observation  chez  le  chien  et  chez  le  porc  m’a  d’ailleurs  montré 
que,  malgré  cette  récupération  partielle  par  dilatation  des  portions 
conservées,  la  santé  de  l’animal  s’altère  plus  ou  moins  profondé¬ 
ment  avec  le  temps. 

Le  jeune  porc,  dont  la  vitalité  est  normalement  très  grande, 
dépérit  beaucoup,  et  rapidement,  par  la  perte  de  son  gros  intestin 
dont  le  développement  est  assez  grand.  Malgré  l’alimentation 
abondante  qu’il  continue  à  ingérer  il  ne  grossit  pas,  ou  à  peine,  et 
sur  trois  sujets  soumis  à  l’expérience  la  mort  est  survenue  en 
quatre  à  six  mois. 


950 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Chez  le  chien,  dont  le  gros  inlestin  est  d’une  capacité  relative¬ 
ment  très  restreinte,  au  moins  par  rapport  à  celle  de  l’homme,  la 
résection  subtotale  est  beaucoup  mieux  supportée  que  chez  le 
porc,  mais  néanmoins  sur  cinq  sujets  opérés  j’ai  vu  la  santé  géné¬ 
rale  s’altérer  progressivement  jusqu’à  être  devenue  précaire  après 
deux  ans. 

De  ce  que  j’avais  observé  sur  ces  deux  espèces  animales  j’avais 
été  amené  à  penser,  contrairement  à  l’opinion  de  Metchnikoff  dont 
j’élais  instruit  quand  j’avais  commencé  mes  expériences,  que  le 
gros  inlestin  est  un  organe  très  utile  que  le  chirurgien  doit  toujours 
s'efforcer  de  conserver,  dans  toute  la  mesure  où  le  lui  permettent 
les  lésions  pour  lesquelles  il  intervient. 

Peut-on  d’ailleurs  douter  de  la  nécessité  de  conserver  toujours 
au  moins  une  portion  assez  étendue  de  ce  viscère,  avec  son 
sphincter  terminal,  quand  on  voit  avec  quelle  rapidité  la  mort 
survient  à  l’occasion  d’un  anus  placé  sur  la  terminaison  du  grêle 
et  que  tout  passage  de  matières  par  le  gros  intestin  est  suspendu. 

Et  je  voudrais  seulement,  à  ce  propos,  rappeler  une  observa¬ 
tion  que  j’ai  recueillie  sur  un  jeune  enfant,  en  1899,  comme  aussi 
le  résultat  d’expériences  faites  en  vue  de  m’expliquer  ce  que  j’avais 
vu  sur  ce  petit  sujet. 

Cet  enfant  était  âgé  d’un  jour  quand  on  l’avait  amené  dans  le 
service  de  mon  maître  Brun  pour  des  signes  d’occlusion  intes¬ 
tinale  apparus  quinze  heures  après  la  naissance.  Tout  examen 
anal  et  viscéral  fait,  le  Dr  Albarran,  chirurgien  de  garde,  avait 
pratiqué  un  anus  sur  la  terminaison  du  grêle,  immédiatement  au- 
dessus  du  cæcum,  parce  que  celui-ci  était  affaissé  alors  que  le 
grêle  était  distendu. 

Dès  le  lendemain,  l’enfant  s’alimentait  parfaitement  bien  et 
avec  appétit.  Malgré  cela  et  bien  qu’il  ait  encore  absorbé  du  lait  le 
vingt  et  unième  jour,  il  succombait  le  vingt-deuxième  dans  un  état 
de  dénutrition  profonde.  A  l’autopsie  nous  lui  trouvions  un  intestin 
normalement  conformé,  mais  avec  une  imperforation  iléo  cæcale. 

Devant  ce  fait  l’idée  venait  à  l’esprit  que  la  mort  devait  être 
due  à  la  privation  fonctionnelle  absolue  d’un  gros  intestin. 

En  serait-il  de  même  chez  un  animal  soumis  à  l’expérience? 

Effectivement,  si  sur  des  chiens  jeunes  et  vigoureux  ou  sur  de 
jeunes  porcs  on  crée  un  anus  sur  la  terminaison  du  grêle,  avec 
suppression  de  tout  passage  de  matières  vers  le  gros  intestin, 
on  voit  ces  animaux  s’alimenter  jusqu’aux  approches  de  la  mort, 
mais  celle-ci  survient  à  brève  échéance. 

Chez  le  chien  je  l’ai  vue  survenir  en  huit  à  dix  jours  sur  trois 
sujets  et  chez  le  porc  le  sujet  mis  en  expérience  est  mort  le 
trentième  jour  avec  une  perte  de  poids  considérable. 


SÉANCE  DU  20  Jl’IN 


951 


Pour  conclura,  je  crois  que,  malgré  la  distance  qui  peut  séparer 
l’homme  des  animaux  au  point  de  vue  de  la  physiologie  du  gros 
intestin,  il  n’en  est  pas  moins  utile  de  se  souvenir  de  ce  qu’on 
observe  chez  ceux-ci,  quand  il  y  a  une  détermination  opératoire  à 
prendre  pour  le  gros  intestin  de  celui-là. 

L’exclusion  et  la  résection  totales  ou  subtolales pourraient  bien, 
chez  l'homme  comme  chez  les  animaux,  ne  pas  être,  avec  le  temps, 
sans  inconvénients  sérieux  d’ordre  anatomique  et  physiolo¬ 
gique. 

M.  Raymond  Grégoire.  —  Je  ne  retiendrai  de  la  présentation  de 
Pierre  Duval  que  sa  dernière  phrase  :  «  La  colectomie  totale  est 
une  opération  que  je  pratiquerai  de  moins  en  moins.  »  Au  point  de 
vue  anatomique  le  résultat  est  contestable,  puisqu’à  une  distension 
coliqu’e  on  substitue  une  distension  iléale.  Mais  en  outre,  au  point 
de  vue  fonctionnel,  la  suppléance  dont  parle  mon  ami  Pierre  Duval 
peut  être  poussée  à  ce  point  que  les  accidents  se  reproduisent 
identiquement  les  mêmes. 

Une  femme  d’une  cinquantaine  d’années  avait  été  opérée  en 
province  pour  constipation  chronique.  On  lui  fit  d’abord  une 
anastomose  transverso-descendante;  la  constipation  persista.  On 
lui  fit  alors  une  anastomose  typhlo  sigmoïdienne  ;  la  constipation 
persista.  On  lui  fit  enfin  un  anus  cæcal  avec  lavages  de  haut  en 
bas;  la  constipation  persista  et  l’anus  se  ferma  spontanément. 
C’est  à  ce  moment  que  je  la  vis  et,  sur  la  foi  des  auteurs,  poussé 
aussi  par  l’entourage,  je  me  décidai  à  pratiquer  une  colectomie 
totale. 

On  peut  dire  qu’après  cette  opération  la  suppléance  fut  à  peu 
près  immédiate.  Pendant  un  mois  seulement  cette  malade  eut  une 
selle  régulièrement  quotidienne,  mais  peu  à  peu  la  constipation 
se  reproduisit  aussi  tenacequ’auparavant.  Je  l’ai  revue  toutrécem- 
ment  parce  qu’il  y  avait  dix-sept  jours  qu’elle  n’avait  pas  été  à  la 
selle  et  l’on  voyait  sous  la  paroi  abdominale  les  sinuosités  du  grêle 
distendu.  Or,  j’avais  fait  dans  ce  cas  une  implantation  termino- 
terminale  de  l’iléon  dans  le  rectum. 

Je  pense  aujourd’hui,  comme  Pierre  Duval,  que  la  colectomie 
totale  donne  un  résultat  anatomique  contestable  et  parfois  tout  au 
moins  un  résultat  fonctionnel  inattendu- 

M.  Okinczyc.  —  Je  me  suis  montré,  ici,  assez  hostile  aux  indi¬ 
cations  de  la  colectomie  totale  dans  la  stase  intestinale  chronique. 
Cependant,  une  fois,  j’ai  cru  devoir  pratiquer  cette  intervention 
dans  un  cas  où  les  symptômes  généraux  liés  à  l’intoxication 
paraissaient  ne  devoir  céder  qu’à  la  suppression  du  sac  colique, 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


où  se  faisaient  les  rétentions  et  les  fermentations  :  cette  malade 
était  en  état  d’insuffisance  rénale,  et  martyrisée  par  un  rhuma¬ 
tisme  infectieux  chronique  intéressant  les  articulations  du  cou-de- 
pied  et  du  genou,  des  coudes,  des  poignets  et  des  doigts. 

J’avais  abouché  par  suture  termino-termiaale  l’intestin  grêle 
dans  la  moitié  terminale  du  côlon  pelvien.  Le  résultat  a  été  abso¬ 
lument  nul  :  non  seulement  la  malade  n’a  jamais  présenté  de 
diarrhée,  mais  la  constipation,  si  elle  n’était  pas  combattue  par 
les  moyens  habituels,  serait  exactement  la  même  qu’antérieure- 
ment  :  l’insuffisance  rénale  s’est  aggravée  ;  le  rhumatisme  a  per¬ 
sisté  et  s’est  étendu  à  des  articulations  nouvelles.  Cette  observa¬ 
tion  n’est  donc  pas  encore  celle  qui  me  fera  modifier  mon  opinion 
sur  l’exceptionnelle  indication  de  la  colectomie  totale  dans  la  stase 
intestinale  chronique. 


Ostéochondrites  déformantes  juvéniles, 
par  M.  FROELICHV 


Je  vous  présente  des  radiographies  d’ostéochondrite  déformante 
juvénile  bilatérale  prises  à  quinze  ans  de  distance  chez  le  même 


sujet,  à.  l’âge  de  onze  ans  et  à  l’âge  de  vingt-six  ans  —  l’une  au 
stade  initial  de  la  lésion  avec  disparition  et  fragmentation  du 
noyau  osseux  de  la  tête  fémorale,  l’autre  au  stade  terminal  de 
séparation  osseuse  et  de  déformation  de  la  tête  fémorale.  D’un 
côté,  l’aspect  général  de  la  difformité  est.  celui,  d’une  c.oza  vara  des 


SÉANCE  DU  20  JUIN 


9,1 3' 


adolescents  irrégulière  (en  tête  de  girafe),  de  l’autre  côlé,  l’aspect 
est  celui  en  tampon  de  wagon.  Les  cavités  cotyloïdes  tout  à  fait 
normales  au  stade  initial  sont  déformées  au  stade  terminal. 

Il  s’agit  d’un  garçon,  ce  qui  est  le  cas  dans  plus  de  la  moitié  des 
observations. 

La  cause  en  est  un  trouble  de  l’ossification  de  la  tète  fémorale, 


en  rapport  avec  l’activité  du  cartilage  articulaire,  sous  la  dépen¬ 
dance  d’une  cause  traumatique  ou  infectieuse  non  encore  déter¬ 
minée  d’une  façon  certaine. 

Cette  affection  a  de  grandes  analogies  avec  la  coxa  vara  des 
adolescents,  qui  est  aussi  une  maladie  du'  cartilage  épiphysaire 
et  de  l’ossification.  Histologiquement,  les  deux  affections  sont 
identiques. 


Le  Secrétaire  annuel , 
M.  Ombrédanne. 


SÉANCE  DU  27  JUIN  1923 


Présidence  de  M.  Mauclaire. 


Procès-verbal. 


£ 


La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  séan^BC^Èrmise 
aux  voix  et  adoptée. 


Correspondance. 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  périodiques  de  la  semaine. 

2°.  —  Une  lettre  de  M.  le  Dr  R.  Proust,  s’excusant  de  ne  pou¬ 
voir  assister  à  la  séance. 

3°.  —  Une  lettre  de  M.  Okinczyc,  demandant  un  congé  jusqu’aux 
vacances. 

4°.  —  Une  lettre  de  M.  le  Dr  Cadenat,  demandant  un  congé 
jusqu’au  1er  janvier  1924. 


A  propos  de  la  correspondance. 

1°.  —  Un  mémoire  de  M.  ,Canessa  (de  Montevideo),  intitulé: 
Sur  le  pied  bot  valgus  équin  congénital. 

M.  Mouchet,  rapporteur. 

2°.  —  Un  mémoire  de  M.  Sikova  (de  Tulle),  (intitulé  :  Ferme¬ 
ture  d'un  anus  artificiel  par  cerclage. 

M.  Lecène,  rapporteur. 

3°.  —  Un  travail  de  M.  leDr  d’ÂUTEFAGE  (de  Roubaix),  intitulé  : 
Ulcère  perforé  de  la  petite  courbure.  Excision.  Suture.  Gastrc- 
entérostomie.  Guérison. 

M.  Baudet,  rapporteur. 


s.,  1923.  —  Nj>  23. 


956 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Rapports. 

Tumeur  paranéphrétique  droite  volumineuse 
déterminant  des  accidents  d'occlusion  intestinale. 

'Opération.  Guérison, 

par  M.  le  Dr  André  Richard, 

Prosecteur  à  la  Faculté. 

Rapport  de  M.  P.  LECÈNE. 

Le  D1'  A.  Richard  nous  a  envoyé  une  intéressante  observation 
de  tumeur  paranéphrétique  sur  laquelle  vous  m’avez  chargé  de 
faire  un  rapport. 

Voici  tout  d’abord  le  compte  rendu  de  l’observation  : 

Observation.  —  M™8  B...,  soixante-deux  ans.  La  malade  est  vue,  le 
vendredi  20  octobre  1922,  par  un  médecin  qui  constate  qu’elle  est  en 
état  d’occlusion  intestinale  complète  depuis  le  mardi  précédent.  Il 
l’envoie  donc  à  l’hôpital  Lariboisière  où  nous  la  voyons  avec  notre 
maître  le  professeur  Gunéo,  le  samedi  21  octobre  1922,  le  matin. 

Antécédents  sans  grand  intérêt  :  la  malade,  qui  a  eu  quatre  enfants,  dit 
jouir  d’une  bonne  santé  habituelle.  Depuis  quelques  mois  elle  s’est 
aperçue  d’une  augmentation  de  volume  de  l’abdomen  avec  pesanteur 
dans  l’hypocondre  et' le  ilanc  droits,  en  même  temps  que  son  appétit 
diminuait  et  qu’elle  maigrissait.  Constipée  depuis  quelques  semaines, 
elle  affirme  n’avoir  rendu  ni  matières  ni  gaz  depuis  cinq  jours. 

Depuis  ce  moment  elle  a  eu  de  fréquentes  nausées,  mais  n’a  vomi 
qu’une  fois,  ayant  ingéré  quelques  gorgées  de  liquide.  Teint  pâle, 
jaunâtre,  muqueuses  décolorées.  Température  normale,  pouls  à  90-100, 
asthénie  considérable. 

A  l’examen,  on  constate  une  voussure  de  la  moitié  droite  de  l’abdomen 
commençant  immédiatement  au-dessous  du  rebord  costal,  s’étendant 
jusqu’à  mi-chemin  entre  l’ombilic  et  la  crête  iliaque  droite,  ne  dépas¬ 
sant  pas,  dans  sa  plus  grande  largeur,  la  ligne  médiane. 

Au  palper,  la.  tumeur  est  légèrement  mobile  transversalement,  très 
dure,  le  contact  lombaire  est  difficilement  perçu.  La  tumeur  est  male 
à  la  percussion.  Pas  de  circulation  collatérale.  Pas  de  météorisme 
abdominal. 

Aucun  signe  du  côté  des  appareils  génital  et  urinaire.  La  tumeur 
nrest  pas  en  rapport  avec  l’utérus  par  Te  toucher  vaginal. 

Par  suite  de  circonstances  indépendantes  de  notre  volonté,  il  ne 
nous  est  pas  possible  de  pratiquer  d’examen  radioscopique  ou  radio¬ 
graphique.  Le  lendemain,  l’occlusion  persistant  complète  malgré  lave¬ 
ments,  administration  d’atropine  par  voie  sous-cutanée,  profitant  du 
maintien,  d’un  état  général  assez  satisfaisant,  nous  nous  décidons,  sur 
le  conseil  de  notre  maître  Cunéo,  à  intervenir. 


SÉANCE  DU  27  JUIN 


957 


Diagnostic.  —  Tumeur  abdominale  de  nature  indéterminée,  avec 
réserves  pour  une  tumeur  colique  droite.  Notre  intention  est  de  pra¬ 
tiquer,  après  vérification  des  lésions,  une  anastomose  intestinale  ou 
une  dérivation  des  matières. 

Intervention,  23  octobre  1922.  Rachianesthésie  à  la  11e  dorsale  par 
12  centigrammes  de  novocaïne  adrénalisée,- après  ablation  de  2  c.  c.  1/2 
de  liquide  céphalo-rachidien  et  sans  barbottage. 

Incision  médiane  para-ombilicale  droite  qui  montre  une  saillie  volu¬ 
mineuse  droite,  distendant  le  ligament  gastro-colique,  repoussant  en 
haut  et  à  gauche  l’estomac,  en  bas  les  côlons  transverse  et  droit.  Nous 
branchons,  sur  l’extrémité  supérieure  de  notre  incision,  une  incision 
horizontale  qui  nous  permet,  après  écartement,  de  voir  toute  l’étendue 
de  la  tuméfaction.  Incision  du  ligament  gastro-colique,  près  du  péri¬ 
toine  pariétal  postérieur.  On  décolle  au  doigt  une  énorme  tumeur, 
presque  grosse  comme  une  tête  d’adulte,  atteignant  en  bas  la  crête 
iliaque,  remontant  derrière  le  foie  en 'haut,  comprimant  duodénum  et 
grêle  en  dedans. 

Après  avoir  libéré  et  repoussé  en  dedans  les  vaisseaux  coliques  et  la 
spermatique  droite,  on  voit  le  pédicule  rénal  qui  se  perd  dans  le  bord 
interne  de  la  tumeur,  l’uretère  en  sort  quelques  centimètres  plus  bas.  Il 
est  impossible  dans  cette  masse  dure,  bosselée  par  place,  de  reconnaître  le 
rein.  Le  pédicule  rénal  est  lié  par  trois  fils,  l’uretère  sectionné  plus  bas 
que  la  crête  iliaque,  un  drain  et  quatre  mèches  sont  placés  dans  la 
fosse  lombaire.  Suture  de  la  paroi  en  deux  plans,  les  mèches  et  le  drain 
sortant  par  la  partie  supérieure  de  l’incision  verticale- 

Choc  opératoire  minime,  pas  de  vomissements,  pouls  à  HO  le  soir  de 
l’intervention,  sérum  glucosé,  huile  camphrée. 

La  malade  urine  dès  l’après-midi,  rend  des  gaz  le  lendemain,  suites 
simples,  ablation  des  mèches  le  huitième  jour.  Reprise  rapide  de  l’ali¬ 
mentation.  La  malade  se  lève  au  quinzième  jour.  Nous  l’avons  revue 
fréquemment  depuis,  en  excellent  état,  et  avons  reçu  de  ses  nouvelles 
le  20  février  dernier  :  après  une  phase  de  constipation,  ses  fonctions 
intestinales  sont  actuellement  normales  et  elle  n’a  aucun  trouble. 

La  pièce  enlevée  est  du  volume  d’une  tête  d’adulte,  fendue  srur  son 
bord  externe,  elle  se  montre,  très  grossièrement  lobée,  formée  de 
masses  blanc  jaunâtre,  dures,  ayant  l’apparence  macroscopique  du 
fibro-lipome.  Le  rein,  très  nettement  diminué  de  volume,  est  complè¬ 
tement  perdu  dans  l’épaisseur  de  la  tumeur  paranéphrétique;  il  est 
situé  au  niveau  du  tiers  inférieur  de  la  masse. 

Au  microscope,  la  tumeur  se  montre  formée  de  masses  fibro- 
lipomateuses;  le  tissu  conjonctif  est  en  active  prolifération  et  présente 
de  nombreuses  caryocinèses  atypiques  et  des  noyaux  monstrueux. 

C’est  l’aspect  d’un  flbro-lipo-sarcome.  Des  coupes  pratiquées  sur  le 
rein  montrent  que  cet  organe  présente  des  lésions  de  néphrite  chro¬ 
nique  nettes,  avec  sclérose  glomérulaire  et  endovascularite  diffuse. 

L’observation  de  M.  Richard  est  intéressante  surtout  à  cause  de 
la  complication  d’occlusion  intestinale,  très  rare  dans  l’évolution 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


de  ces  tumeurs  paranéphrétiques.  Le  néoplasme  lui-même  est 
absolument  caractéristique  ;  c’est  un  exemple  tout  à  fait  typique 
de  la  forme  la  plus  habituellement  rencontrée  de  tumeur  solide 
p  iranéphrélique,  de  nature  fibro-lipo-sarcomateuse.  Il  est  évident 
qu’ici  toute  conservation  du  rein  était  impossible,  cet  organe  se 
trouvant  noyé  dans  la  masse  néoplasique  et  présentant  cet  épar¬ 
pillement  des  vaisseaux  du  pédicule  qui  rend  pour  ainsi  dire 
la  néphrectomie  inévitable;  celle-ci  se  trouve  souvent  réalisée 
avant  même  que  l’opérateur  ait  pu  bien  se  rendre  compte  de  la 
place  exacte  de  l'organe  rénal  lui-même.  Les  accidents  d’occlu¬ 
sion,  qui  commandaient  une  intervention  d'urgence ,  ont  empêché 
de  pratiquer  les  différents  examens  qui  auraient  probablement 
permis  de  se  rendre  compte  du  siège  rétro-péritonéal  de  la  tumeur 
(lavement  baryté  colique  avec  radioscopie  ou  radiographie,  ou 
simplement  insufflation  colique  avec  percussion  soignée);  de 
même,  on  n’eut  pas  le  temps  de  faire  le  cathétérisme  des  uretères, 
toujours  très  recommandable  en  cas  de  tumeur  cliniquement 
supposée  paranéphrétique. 

Le  pronostic  à  longue  échéance  reste  dans  ces  cas  le  point  noir; 
en  effet,  les  observations  publiées  montrent  la .  très  grande 
fréquence  des  récidives ;  dans  le  rapport  que  j’ai  fait  sur  ces 
tumeurs  au  Congrès  de  Chirurgie  (1919),  rapport  basé  sur  une 
centaine  d’observations,  la  récidive  était  la  règle  et  seules 
quelques  rares  malades  opérés  étaient  encore  en  vie  trois  ou 
quatre  ans  après  l’opération. 

La  récidive  se  fuit  in  situ  (souvent  au  bout  de  plusieurs  années), 
et  même  il  est  probable  que  c’est  plutôt  à  une  continuation  de 
l’évolution  néoplasique  qu’à  une  vraie  récidive  que  l’on  a  affaire 
dans  ces  cas  :  la  tumeur  est  mal  limitée  et  il  est  bien  facile  de 
comprendre  qu’on  puisse  laisser  au  niveau  de  la  pl  lie  opératoire 
quelques  lobules  de  la  tumeur  qui  continuent  à  évoluer  plus  ou 
moins  rapidement. 

11  est  donc  bien  à  craindre  qu’une  récidive  ne  se  produise  chez 
la  malade  du  Dr  Richard.  Il  a  néanmoins  très  bien  fait  de  l’opérer 
puisqu’il  existait  des  accidents  d’occlusion  intestinale,  qui  ont 
cessé  immédiatement  après  l'ablation  de  la  tumeur. 

En  terminant,  je  vous  propose  de  remercier  M.  Richard  de  nous 
avoir  communiqué  cette  intéressante  observation  et  de  le  féliciter 
du  bon  résultat  immédiat  qu’il  a  su  obtenir  dans  un  cas  difficile. 

M.  Souliuoux.  —  A  l’appui  de  ce  que  vient  de  dire  M.  Lecène 
au  sujet  de  la  malignité  de  ces  lipomes  périrénaux,  je  rappellerai 
l’observation  que  j’ai  rapportée  à  la  Société  de  Chirurgie  alors  que 


SÉANCE  DU  27  JUIN 


j’étais  l’assistant  de  M.  Peyrot.  J’enlevai  à  un  homme  un  énorme 
paranéphrome  qui  remplissait  tout  le  côté  droit  de  l’abdomen. 
L’opération  fut  simple  ;  ayant  trouvé  un  plan  de  clivage  j’enlevai 
le  plus  facilement  possible  celte  énorme  tumeur  qui  était  enlouréè 
de  masses  lipomateuses  que  je  laissai.  Lecène  connaît  bien  ce  cas 
qu’il  a  examiné.  Or,  quelque  temps  après,  deux  ans  environ,  ce 
malade  revint  présentant  d’énormes  masses  dans  l’hypocondre 
droit.  Je  le  réopérai  et  lui  enlevai  de  volumineuses  lipomatoses; 
celles-ci  se  reproduisirent  quelque  temps  après  et  le  malade 
succomba  au  bout  de  deux  ans. 

Cela  confirme  ce  que  vient  de  dire  M.  Lecène  sur  la  malignité 
de  ces  masses  lipomateuses. 


Tuberculose  de  la  rate  à  forme  d'abcès  froid.  Splénectomie. 

Guét  ison, 

X  par  M,  le  Dr  René  François, 

Chirurgien  de  l’Hôpital  civil  de  Versailles. 

Rapport  de  M.  P.  LECÈNE. 

Le  Dr  R.  François  nous  a  envoyé  une  intéressante  observation 
de  tuberculose  de  la  rate,  opérée  et  guérie. 

Voici  tout  d’abord  l’observation  de  la  malade  : 

Observation.  —  Hat...  (Odette),  âgée  de  quatorze  ans  et  demi.  Entrée 
à  l’hôpital  de  Versailles  le  13  octobre  1921. 

Antécédents.  —  Père  et  mère  bien  portants. 

Comme  antécédents  personnels,  on  note,  dans  le  très  jeune  âge,  une 
coqueluche.  Il  y  a  trois  ans,  une  rougeole  qui  a  évolué  normalement. 
L’année  dernière,  une  bronchite,  affection  à  laquelle  l’enfant  ne  semble 
pas,  d'après  les  renseignements  qu’elle  fournit,  être  sujette. 

Maladie  actuelle.  —  Il  y  a  trois  mois,  la  malade  consulte  un  médecin, 
à  cause  de  troubles  légers,  s’accompagnaut  d’un  certain  état  anémique 
(pâleur,  conjonctives  décolorées,  dysménorrhée).  Elle  est  traitée  pour 
paludisme,  sur  la  constatation  d’une  matité  splénique  assez  considé¬ 
rable.  La  température  ne  semble  pas,  d’après  ses  indications,  s’être 
élevée  au-dessus  de  38°.  Aucun  accès  passager  d’hyperthermie  n’a  été 
noté.  Entre  temps,  une  légère  pleurésie  sèche  du  côté  gauche  s’est 
manifestée  qui,  cliniquement,  n!a  laissé  aucune  trace. 

Depuis  cette  époque,  la  jeune  malade  a  constalé  qu’une  voussure 
était  apparue,  siégeant  dans  la  région  inférieure  et  latérale  gauche  du 
thorax,  correspondant  à  la  topographie  splénique.  Cette  localisation  a 
disparu. 


SOCIÉTÉ  DE  CDIB0RG1E 


Actuellement  une  tumeur  s’est  dévevoppée,  de  façon  absolument 
indolore,  dans  t'kypoeondre  gauche  qu’elle  fait  bomber. 

La  palpation  la  délimite  nettement  :  son  rebord  interne  descend  des 
fausses  côtes  gauches  vers  l’ombilic,  en  empiétant  légèrement  sur  la 
ligne  médiane.  A  un  travers  de  doigt  au-dessus  de  l'ombilic,  il  s'incline 
à  gauche  et  descend  obliquement  en  bas  et  en  dehors  pour  finalement 
se  confondre  avec  la  masse  lombaire.  D’un  relief  égal,  lisse  et  tendue, 
la  tumeur  présente  une  consistance  rénitente. 

La  percussion  permet  de  la  délimiter  nettement  en  dedans  et  en  bas. 
On  la  voit  ainsi  séparée,  en  dedans,  de  la  matité  hépatique,  par  une 
bande  sonore,  et  se  confondre  en  haut  et  en  dehors  avec  la  matité  splé¬ 
nique.  L'a  malade  prétend  ressentir,  à  la  percussion,  une  sensation  de 
flot,  mais  cette  sensation  semble  plutôt  répondre  à  une  dilatation  gas¬ 
trique  avec  stase  alimentaire,  car  elle  est  surtout  manifeste  après  les 
pepas.  . 

Enfin,  la  tumeur  donne  très  nettement  le  contact  lombaire. 

Appareil  digestif.  —  Rien  de  très  particulier  :  la  malade  conserve  bon 
appétit  et  ne  se  plaint  d’aucune  gêne  spéciale.  Les  digestions,  qui 
semblent  longues,  ne  sont  nullement  pénibles.  Aucune  constipation. 

Appareil  respiratoire  normal.  —  Il  ne  subsiste  aucune  trace  de  la 
pleurésie. 

Appareil  circulatoire.  —  Cœur  bien  frappé,  tout  à  fait  normal  ;  pouls 
à  77;  température  constamment  à  37°. 

Appareil  urinaire.  —  Aucun  trouble  de  la  sécrétion  urinaire.  Urines 
limpides,  ne  contenant  ni  sucre  ni  albumine.  On  ne  réveille  aucune 
douleur  à  la  palpation  des  reins. 

Appareil  génital.  —  Jeune  fille  normalement  développée.  Réglée  à 
quatorze  ans,  de  façon,  dit- elle,  assez  douloureuse.  A  signaler  qu’elle 
n’a  vu  ses  règles  que  deux  fois.  Depuis  sa  maladie,  c’est-à-dire  environ 
trois  mois,  les  règles  ont  cessé. 

Système  nerveux  normal.  —  Réflexes  patellaires,  achilléens,  plantaires, 
normaux.  La  sensibilité  est  parfaite. 

Examens  de  laboratoire.  Radiographie.  —  Région  rénale  gauche  :  pas 
de  calcul  apparent. 

Radioscopie.  —  On  note  : 

a)  Une  très  forte  aérophagie,  avec  bruit  de  Ilot  (clapotement),  per¬ 
ceptible  à  distance; 

b)  Une  masse  opaque,  située  dans  l’hypocondre  gauche  et  s’estompant 
vers  le  flanc.  Elle  paraît  séparée  de  l’ombre  hépatique  par  la  très  vive 
clarté  de  la  poche  à  air  gastrique.  Le  foie  est  petit  et  sensiblement 
remonté; 

c)  Il  ne  semble  pas  que  la  masse  perçue  au  palper  soit  d’origine 
hépatique,  mais  splénique  ou  juxta-splénique  ; 

d)  Du  côté  du  thérax,  on  note  de  légères  adhérences  costo-diaphrag¬ 
matiques  gauches,  par  réaction  de  la  plèvre  (pleurite  sèche). 

Éosinophilie.  —  Négative. 

Réaction  de  Weinberg.  —  Négative. 

Cuti-Réaction  à  la  tuberculose.  —  Faiblement  positive. 


SÉANCE  DU  27  JUIN 


961 


Cystoscopie.  —  Pour  éliminer  toute  possibilité  d’hydronéphrose  congé¬ 
nitale,  un  •  cathétérisme  est  pratiqué  qui  montre  une  perméabilité 
complète  sans  aucune  rétention. 

Opération  le  1S  décembre  1921.  —  Anesthésie  à  l’éther.  7 

Incision  transversale  allant  de  l'extrémité  de  la  10e  côte  à  la  ligne 
médiane.  La  malade  étant  placée  sur  un  billet  placé  dans  la  région 
lombaire,  l’incision  donne  Am  jour  très  suffisant  qui  permet  de  recon¬ 
naître  qu’il  s’agit  d’une  tumeur  kystique  de  la  rate. 

Sur  la  tumeur,  l’épiploon  largement  étalé  présente  des  adhérences 
faciles  à  libérer  après  quelques  ligatures. 

La  main  est  alors  introduite  et  après  avoir  libéré  les  adhérences 
postérieures  et  supérieures,  également  lâches,  parvient  à  faire  le  tour 
complet  de  la  tumeur.  Il  se  produit  un  suintement  hémorragique  assez 
important,  mais  peu  inquiétant. 

A  ce  moment,  on  cherche  à  énucléer  la  tumeur,  mais  on  n’y  parvient 
pas  :  nous  sommes  bridé  par  la  paroi  abdominale.  Nous  branchons 
alors  une  incision  médiane  verticale  sur  l’incision  primitive,  ce  qui 
nous  permet,  de  relever  tout  le,  quadrant  supérieur  gauche  de  la  paroi 
abdominale  jusqu’au  rebord  costal. 

Spontanément  alors,  dans  un  efforbde  la  malade,  la  tumeur  s’accouche 
d’e+le-même  et  nous  vient  daus  la  main.  On  constate  qu’elle  comprend 
une  poche  kystique  de  la  grosseur  d’une  tête  d’enfant  de  deux  ans,  de 
couleur  blanchâtre,  sur  laquelle  s’étale  la  rate  augmentée  de  volume 
pt.  aplatie.  Kyste  et  rate  sont  intimement  fusionnés  et  il  ne  faut  pas 
songer  à  tes  séparer.  La  splénectomie  est  la  seule  opération  pos¬ 
sible. 

Elle  se  fait  facilement,  le  pédicule  splénique  étant  long  et  mince.  La 
ligature  s’en  fait  dans  de  bonnes  conditions  et  le  pédicule  est  enfoui 
sous  un  bourrelet  épiploïque. 

Après  détersion  de  la  cavité  laissée  par  l’ablation  de  la  tumeur,  un 
gros  drain  est  laissé  dans  le  fond  et  sort  par  l’angle  gauche  de  la  plaie. 

La  paroi  est  refaite  en  trois  plans. 

Les  suites  furent  tout  à  fait  normales,  pas  de  fièvre,  aucune  réaction 
locale  ou  générale.  Le  drain  est  enlevé  le  troisième  jour  et  la  malade 
sort  de  l’hôpital  quinze  jours  après  son  opération. 

La  malade  a  été  revue  guérie  et  très  bien  portante  en  mai  1923,  soit 
dix-huit  mois  après  l’opération. 

Examen  de  la  pièce.  Macroscopiquement.  —  La  pièce  présente  assez 
bien  l’aspect  d’une  grosse  brioche  dont  la  partie  supérieure  était  repré¬ 
sentée  par  la  rate  aplatie  et  étalée,  notablement  augmentée  de  volume 
dans  son  ensemble. 

La  partie  inférieure  était  constituée  par  une  poche  blanchâtre  du 
volume  d'une  grosse  tête  de  fœtus.  Cette  poche  fut  ponctionnée  à  travers 
la  rate  et  il  en  sortit  un  liquide  ayant  absolument  l’aspect  de  pus 
tuberculeux. 

Microscopiquement.  —  On  trouve,  à  l’examen  de  la  paroi  de  cet  abcès 
froid  splénique,  une  zone  de  substance  caséeuse,  finement  granuleuse, 
avec  des  fragments  de  noyaux  cellulaires. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Cette  zone  est  séparée  du  tissu  splénique  par  un  tissu  conjonctif  qui 
forme  une  paroi  au  kyste. 

La  nature  tuberculeuse  de  la  lésion  est  signée  par  la  présence,  dans 
le  tissu  splénique,  à  proiimité  du  centre  caséeux,  de  nombreuses 
cellules  épithélioïdes  et  de  quelques  cellules  géantes  typiques  (rares 
d’ailleurs).  Dans  les  régions  plus  éloignées  de  la  lésion,  on  noie,  çà  et 
là,  l’existence  de  petits  infarctus  dans  le  parenchyme  splénique. 

A  l’immersion,  on  reconnaît  quelques  bacilis  de  Koch. 

L’abcès  contenait  environ  trois  quarts  de  litre  de  pus. 

L’observation  du  Dr  François  est  tout  à  fait  probante  ;  il  s’agit 
là,  incontestablement,  d’une  tuberculose  de  la  rate,  ayant  évolué 
sous  la  forme  d’un  volumineux  abcès  froid.  La  splénectomie  a 
donné  un  très  bon  résultat  immédiat  et  éloigné,  puisque  la  malade, 
opérée  déjà  depuis  dix-huit  mois,  reste  bien  guérie. 

Il  s’agit  là  d’un  fait  rare  :  on  sait,  en  effet,  que  la  tuberculose 
localisée  à  la  rate,  c’est-à-dire  la  forme  chirurgicale  de  la  tuber¬ 
culose  splénique,  est  en  somme  exceptionnelle  et  que  le  nombre 
des  observations  publiées  est  encore  restreint.  Au  contraire,  les 
lésions  tuberculeuses  de  la  rate  sont  très  fréquemment  rencpn- 
trées  à  l’autopsie  des  malades  qui  succombent  à  la  tuberculose 
pulmonaire  ;  c’est  une  notion  classique  depuis  les  travaux  de 
Laënnec  et  de  Cruveilhier. 

C’est  seulement  en  1898  que  Quénu  et  Baudet  attirèrent  l’atten¬ 
tion  des  chirurgiens  sur  une  forme  de  tuberculose  localisée  à  la 
rate  et  susceptible  d’être  l’objet  d’un  traitement  chirurgical 
[Revue  de  Gynécologie  et  de  Chirurgie  abdominale ,  avril  1898).  La 
malade  de  Quénu  et  Baudet  fut  opérée  :  on  crut  d’abord  à  un  kyste 
hydatique  de  la  rate,  mais  l’examen  ultérieur  montra  qu’il  s’agis¬ 
sait  bien  de  tuberculose  ;  l’inoculation  au  cobaye  de  fragments  de 
la  tumeur  splénique  fut,  en  effet,  positive.  Ajoutons  que,  dans  ce 
cas,  la  splénectomie  avait  été  jugée  impossible  du  fait  des  adhé¬ 
rences  et  que  l’on  s’était  contenté  d’évacuer  la  collection  splé¬ 
nique  et  de  marsupialiser.  Depuis  lors,  la  tuberculose  localisée  à 
la  rate  a  été  très  étudiée  par  les  médecins  (Rendu  et  Widal,  Mou¬ 
tard-Martin  et  Lefas,  Achard  et  Castaigne,  Aubertin,  Bezançon, 
Jeanselme  et  Weil).  C’est  aujourd’hui  un  type,  anatamo-clinique 
bien  individualisé.  Par  contre  le  nombre  des  opérations  de  splé¬ 
nectomie  pratiquées  pour  tuberculose  localisée  à  la  rate  est  encore 
restreint  ;  il  n’en  existe  guère  qu’une  vingtaine  d’observations 
publiées;  elles  ont  été  réunies  récemment  par  Magnac  dans  sa 
thèse  inaugurale  (1923). 

La  splénectomie  pour  tuberculose  localisée  à  la  rate  paraît  être 
une  bonne  opération,  susceptible  de  donner  des  guérisons  solides, 
à  longue  échéance  :  une  malade  spléiiectomisée  par  Grillo  ( Gazette 


SÉANCE  DU  27  JUIN 


963 


Médicale  de  Turin,  septembre  1901)  fut  revue  guérie  plusieurs 
années  après  l’opération,  ayant  eu  une  grossesse  normale,  après 
la  splénectomie  ;  de  même  une  malade  opérée  par  Carie  ( Bulletin 
de  l'Académie  de  Médecine  de  Turin  (1901)  resta  guérie  pendant 
plusieurs  années  et  put  mener  à  bien  deux  grossesses  après  la 
splénectomie.  La  mortalité  opératoire  a  été,  dans  les  cas  de  splé¬ 
nectomie  pour  tuberculose  de  la  rate,  de  23  p.  100  environ  d’après 
les  relevés  de  Magnac;  mais  il  est  bien  évident  que  ce  chiffre  n'a 
qu'une  valeur  très  relative,  car  plusieurs  observations  sont  déjà 
anciennes  et  remontent  à  une  époque  où  la  technique  de  la  splé¬ 
nectomie  était  encore  souvent  très  imparfaite.  Aujourd’hui,  les 
risques  d’une  splénectomie  pour  tuberculose  de  la  rate  son  t  minimes 
et,  étant  donnés  les  succès  opératoires,  vérifiés  à  longue  échéance; 
après  cette  opération,  elle  devrait  être  plus  souvent  pratiquée. 

Au  point  de  vue  technique,  je  signalerai  que  le  Dr  François  a 
eu  recours  à  une  incision  horizontale  gauche,  à  la  hauteur  de  la 
10e  côte  :  il  fut  obligé  d’inciser  ensuite  verticalement,  car  il 
n’avait  pas  assez  de  jourpour  bien  libérer  la  rate.  Je  remarquerai, 
à  ce  propos,  que  l’incision  horizontale  à  la  hauteur  de  la  10e  côte 
ne  me  paraît  pas  en  effet  être  très  bonne  dans  le  cas  de  splénec¬ 
tomie  pour  rate  volumineuse  ou  adhérente.  La  rate  est  un  organe 
thoraco-abdominal,  toujours  plus  ou  moins  cachée  sous  le  gril 
chondro-costal;  aussi  importe-t-il  d’ouvrir  largement  la  loge 
anatomique  cachée  sous  ce  rebord  pour  bien  extérioriser  une 
raie  adhérente  et  avoir  sur  son  pédicule  un  accès  direct.  Jé 
préfère  de  beaucoup,  pour  ma  part,  une  grande  incision  oblique 
qui  part  du  rebord  chondro-costal,  à  la  hauteur  de  la  9e  côte, 
encoche  même  le  rebord  cartilagineux  et  descend  obliquement 
jusqu’à  l’ombilic,  en  traversant  si  cela  est  nécessaire  la  ligne 
blanche.  Tous  les  plans  de  la  paroi  abdominale  sont  coupés,  en 
particulier  le  muscle  grand  droit  du  côté  gauche  ;  dès  que  cette 
grande  incision  est  faite,  la  région  de  l’hypocondre  (la  région 
lombaireétant  naturellement  soulevée  fortement  par  un  billot)  est 
pour  ainsi  dire  ouverte  comme  un  livre.  La  splénectomie  devient 
alors,  dans  tous  les  cas,  une  opération  facile  et  l'hémostase  est 
très  sûre.  Cette  incision  a  le  grand  avantage  d’être  parallèle  aux 
filets  des  nerfs  intercostaux  qui  se  rendent  au  muscle  grand  droit 
et  permet  de  les  ménager,  par  conséquent,  avec  une  très  grande 
facilité.  Au  contraire,  les  grandes  incisions  obliques  parallèles  au 
rebord  chondro-costal,  qui  donnent  aussi  un  jour  satisfaisant  sur 
les  organes  contenus  dans  l’hypocondre  gauche,  ont  l’inconvé¬ 
nient  grave  de  sectionner  plusieurs  nerfs  intercostaux  et  d’exposer 
ainsi  aux  hernies  ventrales  consécutives  par  amyotrophie  du 
grand  droit. 


964 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Le  diagnostic  clinique  de  tuberculose  localisée  à  la  rate  est  fort 
difficile  :  it  n’y  a  pas  de  signes  caractéristiques  de  la  lésion  ;  c’est 
une  splénomégalie,  sans  altération  sérieuse  ni  du  nombre  des 
leucocytes,  ni  de  la  formule  leucocytaire.  La  possibilité  de  rencon¬ 
trer  en  pratique,  plus  souvent  peut-être  qu’on  ne  le  pense,  une 
tuberculose  localisée  à  la  rate,  dans  ces  cas  de  splénomégalie  ne 
s’accompagnant  pas  d’altérations  sanguines  séreuses,  doit  être 
une  raison  de  plus  d'intervenir  dans  ces  cas,  au  lieu  de  perdre  son 
temps  à  d’illusoires  radiothérapies. 

En  terminant,  je  vous  propose  de  remercier  M.  le  Dr  François 
de  nous  avoir  adressé  cette  intéressante  observation. 


M.  Raoul  Baudet.  —  Je  suis  absolument  de  l’avis  de  M.  Lecène. 
Quand  la  rate  est  haute  et  attachée  à  la  coupole  diaphrag¬ 
matique,  qu’elle  ne  présente  aucune  mobilité,  il  est  très 
difficile  de  l’atteindre  par  les  incisions  verticales  et  même  hori¬ 
zontales  de  l’abdomen.  En  pareil  cas,  je  me  suis  servi  du  procédé, 
dit  de  résection  temporaire  du  rebord  thoracique  gauche.  Il 
permet  de  relever  le  couvercle  que  forment  les  dernières  côtes  et 
de  découvrir  l’étage  supérieur  de  l’hypocondre  et  la  coupole 
diaphragmatique.  On  voit  alors  'parfaitement  bien  la  queue  du 
pancréas,  le  grand  cul-de-sac  de  l’estomac,  la  terminaison  de 
l’œsophage,  la  face  inférieure  du  diaphragme.  Et  surtout,'  on 
détache  à  ciel  ouvert  la  rate  adhérente  et  on  lie  aisément  les 
vaisseaux  qui  abordent  son  pôle  supérieur. 


Anévrisme  traumatique  diffus  de  l'artère  cubitale 
et  syndrome  de  rétraction  ischémique  de  Volkmann, 

par  MM.  Desplas  et  E.  Baudouin. 

Rapport  de  M.  P.  LECÈNE. 


Notre  collègue  des  hôpitaux  M.  Desplas  et  M.  Baudouin  nous 
ont  adressé  une  intéressante  observation  de  syndrome  de  rétrac¬ 
tion  ischémique  des  muscles  fléchisseurs  des  doigts,  survenu  en 
même  temps  qu’un  anévrisme  traumatique  diffus  de  l’artère 
cubitale,  chez  un  homme  adulte. 


SÉANCE  DD  27  JDI  N  965 


Voici  tout  d’abord  l’observation  qui  mérite  d’être  relatée  en 
détails. 

Observation.  —  F...,  cinquante-sept  ans,  menuisier,  le  15  sep¬ 
tembre  1920  :  blessure  de  l’avant-bras  gauche  occasionnée  vers  1  heure 
de  l’après-midi  par  un  ciseau  à  bois  tombé  d’une  hauteur  de  lm20  envi¬ 
ron.  L’avant-bras  en  pronation  reposait  par  sa  face  antérieure  sur 
l’établi  ;  la  pointe  de  l’instrument  traversa  les  vêtements  et  pénétra  au 
niveau  du  tiers  supérieur  externe  de  l’avant-bras,  dans  la  région  radio- 
cubitale,  puis,  basculant  par  son  propre  poids,  tomba  à  terre.  Une' 
hémorragie  «  en  petit  jet  »  suivit  immédiatement  la  blessure.  Un  pan¬ 
sement  fut  aussitôt  improvisé  avec  une  serviette  éponge  qui  ne  larda 
pas  à  être  traversée  par  le  sang  trois  quarts  d’heure  après;  le  blessé  fut 
amené  à  la  consultation  d’un  hôpital  voisin  ;  l’hémorragie  continuait, 
mais  en  nappe.  La  plaie  fut  iodée.  Un  nouveau  pansement  compressif 
très  serré  fut  placé,  du  poignet  jusqu’au  coude.  L’hémorragie  s’arrêta. 
Quelques  heures  après,  le  blessé  se  plaignit  d’avoir  l’avant-bras  trop 
serré,  il  éprouvait  un  engourdissement  progressif  des  doigts.  Les  dou¬ 
leurs  devinrent  telles  que,  vers  11  heures  dusoir  (donc  huit  à  dix  heures 
après  l’application  du  pansement  compressif),  le  blessé,  n’y  tenant  plus, 
fit  enlever  le  bandage.  A  ce  moment,  dit-il,  les  limites,  du  pansement 
étaient  comme  imprimées  dans  la  peau,  tant  il  avait  été  serré.  Le  sou¬ 
lagement  fut  immédiat;  mais  le  blessé  se  rappelle  que  le  lendemain  il 
avait  encore  les  doigts  tout  à  fait  engourdis  ;  la  main  était  «  comme 
morte  ii.  De  plus,  les  doigts  étaient  fléchis  dans  la  paume  et  leur  exten¬ 
sion  volontaire  impossible  ;  le  blessé  était  obligé  de  remuer  son  pouce 
gauche  avec  sa  main  droite.  Pas  d’œdème  de  la  main  gauche.  Les 
mouvements  du  poignet  étaient  normaux.  Le  blessé  fut  gardé  dans  le 
service  par  crainte  d’une  blessure  nerveuse  ou  de  gangrène  possible  ; 
mais  il  sortit  après  la  visite,  le  lendemain,  étant  convenu  qu’il  revien¬ 
drait  chaque  jour  pour  être  pansé.  Comme  il  avait  conservé  le  souvenir 
de  son  premier  pansement,  il  recommandait  chaque  fois  à  celui  qui  le 
faisait  de  ne  pas  trop  le  serrer  ! 

Du  troisième  au  cinquième  jour,  apparurent  de  l’œdème  de  la  main 
et  des  doigts  et  une  vaste  ecchymose,  d’abord  de  coloration  rouge  tout 
le  long  de  la  partie  cubitale  de  l’avant-bras,  s’étendant  du  poignet  à  la 
gouttière  bicipitale  sur  laquelle  elle  empiétait.  Vers  le  huitième  jour, 
le  blessé  remarqua  que  la  partie  interne  de  l’avant-bras  surtout  dans  le 
tiers  supérieur  devenait  le  siège  d’un  gonflement  marqué  et  de  sensa¬ 
tions  douloureuses,  très  intenses,  qui  De  cédèrent  qu’aux  hypnotiques 
généraux.  Les  doigts  demeuraient  toujours  «  comme  morts  ».  Leur 
attitude  et  l’impotence  fonctionnelle  se  précisèrent  davantage  ;  trois  ou 
quatre  semaines  après  l’accident,  ils  étaient  devenus  très  raides,  le 
blessé  ne  pouvait  même  plus  étendre  les  doigts  de  la  main  gauche  avec 
la  main  droite.  Il  est  vu  par  nous  le  23  octobre  1920,  soit  trente-huit 
jours  après  l’accident  initial  : 

1°  L’avant-bras  est  maintenu  dans  une  écharpe  et  complètement 
immobilisé  dans  l’attitude  suivante  :  en  flexion  à  angle  droit  sur  le 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


bras  et  en  pronation.  Main  en  légère  flexion,  déjetée  sur  le  bord  radial. 
Doigts  en  flexion  dans  tous  leurs  segments,  l’ongle  venaut  se  loger  dans 
la  paume,  l’auriculaire  sous  l’annulaire,  celui-ci  glissant  sous  le  médius. 
Le  pouce,  en  légère  flexion  dans  ses  différents  segment*,  s’appuie  sur 
l'index. 

2°  Restes  de  l’ecchymose  :  à  la  partie  interne  du  poignet  et  à  la 
partie  inférieure  et  interne  du  bras  ; 

3°  Cicatrice  linéaire  de  la  blessure  située  à  8  cenlimètres  du  sommet 
de  l’olécrâne,  à  3  centimètres  en  dedans  de  la  crête  cubitale,  dans  la 
région  inter-radio-cubitale  ;  longue  de  1  centimètre  ;  adhérente  dans 
la  profondeur  ; 

4°  Dans  la  région  cubitale,  saillie  des  téguments  avec  maximum  ati 
niveau  de  la  cicatrice,  du  volume  d’un  œuf.  Toute  l’étendue  de  cette 
saillie  est  le  siège  des  battements  visibles  à  la  palpation,  synchrones 
au  pouls  radial,  principalement  marqués  au  centre,  s’affaiblissant 
insensiblement  à  la  périphérie,  avec  expansion  nette  au  niveau  de  la 
gouttière  bicipitale.  Un  souffle  systolique  est  perçu  au  niveau  de  la 
tuméfaction.  Il  s’agit  donc  certainement  d 'un  anévrisme  diffus  trau¬ 
matique.  Le  pouls  radial  est  affaibli  ;  mais  reste  synchrone  à.  celui  du 
côté  opposé.  Tension  artérielle  au  Pachon  :  18-9  avec  4  maximum 
oscillatoire  à  droite  ;  12-8  avec  2  1/2  maximum  oscillatoire  à  gauche. 
Il  est  à  noter  qu’autour  de  la  cicatrice  il  existe  une  zone  rougeâtre,  la 
peau  paraissant  plus  mince  à  cet  endroit.  Le  reste  des  téguments  est 
de  coloration  normale. 

Il  n’existe  pas  de  limite  nette  entre  la  poche  anévrismale  et  la  zone 
environnante;  mais,  au  fur  à  mesure  que  le  doigt  arrive  sur  celle-ci 
on  est  frappé  d’une  rigidité  extrême  et  permanente  des  muscles  sous- 
jacents  qui  sont  durs  comme  du  bois.  Les  groupes  musculaires  des 
régions  antérieures  et  postéro-internes  de  l’avant-bras  sont  contracturés, 
dessinés  sous  la  peau  et  paraissent,  par  rétraction,  tirer  les  doigts  en 
flexion.  Toute  tentative  pour  redresser  les  doigts  est  immédiatement 
arrêtée  par  une  raideur  articulaire  et  tendineuse  invincible,  et  par  une 
douleur  extrêmement  vive. 

Les  mouvements  actifs  des  doigts,  du  poigne*,  sont  absolument  nuis. 
La  flexion  du  pouce  est  seulement  esquissée.  La  flexion  et  l’extension 
du  coude  sont  normales.  La  supination  et  la  pronation  de  l’avaut-bras 
sont  impossibles.  Réflexe  radial  aboli. 

Sensibilité.  —  a)  Subjective  :  Douleurs  spontanées  le  long  de  la  face 
interne  de  l’avant-bras  avec  irradiation  vers  le  bras  et  même  vers  le 
thorax.  D’autre  part,  le  malade  a  toujours  la  sensation  de  main  morte. 
Parfois  picotements  sur  le  dos  de  la  main  et  à  l’extrémité  du  médius. 
Pas  de  douleur  provoquée  sur  le  trajet  des  troncs  nerveux.  La  pression 
musculaire  est  douloureuse  et  nous  avons  vu  que  tout  mouvement  pro¬ 
voquait  des  souffrances  atroces  au  niveau  des  articulations  et  des 
muscles. 

b)  Objective  :  Légère  hypoesthésie  superficielle  au  niveau  de  l’extré¬ 
mité  de  l’index  et  du  médius. 

Troubles  trophiques.  —  Léger  œdème  du  médius,  de  l’index  et  du  dos 


SÉANCE  DU  27  JUIN 


967 


de  la  main  avec  desquamation  épidermique.  Hypothermie  sensible  à  la 
main  de  l’observateur,  au  niveau  de  la  main  et  des  doigts. 

Examen  électrique.  —  Diminution  de  l’excitabilité  faradique  et  gal¬ 
vanique  assez  marquée  sans  R.  D; 

Nous  avons  présenté  ce  blessé  à  M.  Souques  à  la  Salpêtrière. 
Le  diagnostic  est  celui  de  rétraction  ischémique  des  muscles  fléchis¬ 
seurs  de  l'avant-bras  gauche  avec  anévrisme  artériel  d'origine  trau¬ 
matique. 

En  raison  de  la  possibilité  d’une  rupture  de  cet  anévrisme,  rupture 
probable  par  suite  de  l’amincissement  de  la  peau  ;  plus  que  dans  l’espoir 
de  remédier  à  la  myosclérose  installée  depuis  déjà  longtemps,  une 
opération  est  décidée  le  29  octobre  1920. 

Résultats  de  l'intervention  faite  par  M.  Desplas,  dans  le  service  de 
M.  le  professeur  Gosset. 

1°  Découverte  de  l’artère  humérale,  (Il  de  sûreté  ; 

2°  Longue  incision  cubitale  :  on  remarque  la  tension  des  muscles  de 
la  couche  superficielle,  fléchisseur  superficiel  et  cubital  antérieur.  Ces 
muscles  sont  bleutés,  noirâtres.  Séparation  du  cubital  antérieur  et  du 
fléchisseur  superficiel  :  gros  caillot,  battant,  noirâtre,  développé  en 
avant  du  fléchisseur  profond,  le  caillot  correspond  à  une  plaie  de 
l’artère  cubitale  au  point  d’origine  de  l’artère  interosseuse  postérieure. 
L’hématome  a  disséqué  la  face  antérieure  de  l’articulation  du  coude  et 
s’est  insinué  vers  la  loge  postérieure  en  passant  au  devant  du  ligament 
inlerosseux  ou  suivant  le  trajet  de  l’artère  interosseuse.  Il  s’agit  donc 
d’un  anévrisme  diffus  traumatique. 

Ligature  de  l’artère  cubitale  au-dessus  et  au-dessous  (le  la  plaie  : 
suites  post -opératoires  normales. 

10  novembre  1920.  —  Légère  amélioration  des  troubles  sensitifs  : 
diminution  des  douleurs.  D’aulre  part,  le  blessé  déclare  sentir  main¬ 
tenant  la  main  et  les  doigts  qui  sont  le  siège  de  picotements  (surtout 
le  pouce  et  l’index),  exaspérés  par  la  pression  et  empêchant  la  recherche 
du  réflexe  radial.  Disparition  de  l’hypoesthésie  signalée  ;  l’œdème 
persiste. 

Par  contre  :  aucun  changement  dans  la  dureté  des  muscles  fléchis¬ 
seurs  des  doigts,  leur  impotence  reste  aussi  complète  et  aussi  doulou- 

20  juin  1921  (huit  mois  après  l’accident).  —  L’attitude  de  l’avant- 
bras  et  des  doigts  n’est  pas  changée,  les  doigts  fléchis  en  contracture 
viennent  toujours  se  placer  dans  le  creux  de  la  main.  Seul  le  pouce  a  subi 
une  légère  modification  ;  il  peut  être  étendu.  L’œdème  a  disparu,  mais 
il  y  a  une  atrophie  en  masse  de  l’avant-bras  et  de  la  main  ;  de  ce  fait, 
les  groupes  musculaires  forment  une  saillie  encore  plus  nette  que  pré¬ 
cédemment.  Refroidissement  et  cyanose  des  doigts  (le  malade  porte 
constamment  un  gant  de  laine)  ;  hyperkératose.  Les  poils  et  les  ongles 
sont  normaux.  La  mobilité  s’est  modifiée  d’une  façon  insignifiante  : 
légère  flexion  du  poignet  possible  et  ébauche  de  mouvements  de  laté¬ 
ralités  Aux  doigts  :  ébauche  de  flexion  de  la  lre  phalange.  Mais  les  mou¬ 
vements  provoqués  sont  aussi  douloureux  et  aussi  limités  qu’auparavant. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


La  rigidité  musculaire  est  exactement  la  même.  Les  picotements  per¬ 
sistent  avec  synesthésalgie  au  niveau  des  doigts,  le  long  du  bord 
cubital,  ftètlexe  radial  :  toujours  aboli.  Tension  artérielle  :  à  droite, 
23  11  avec  maximum  oscillatoire:  4  (aux  environs  de  18}.  A  gauche, 
20-9  avec  maximum  oscillatoire  :  1  aux  environs  de  1S.  (Notons  qu’il 
s'agissait  d’,un  hypertendu,  ancien  syphilitique.) 

Octobre  1921.  —  Aucune  modification. 

En  décembre  1922,  vingt-sept  mois  après  l'accident,  aucune  modification 
de  la  contracture. 

Il  est  donc  bien  certain  que  le  blessé  observé  par  MM.  Desplas- 
et  Baudouin  a  présenté  à  la  fois  un  anévrisme  traumatique  diffus 
de  la  cubitale  et  une  rétraction  invincible  des  muscles  fléchisseurs 
des  doigts,  correspondant  au  syndrome  dit  de  Volkmann.  On  sait 
que,  dans  l’immense  majorité  des  cas,  ce  sont  des  enfants  qui  sont 
atteints  de  cette  redoutable  lésion  dont  Jean  Berger  a  fait  en  1912, 
dans  sa  thèse  inaugurale,  une  très  bonne'  étude.  D’après  cet 
auteur  qui  avait  rassemblé  123  cas  de  cette  affection  (qui  est  en 
somme  plutôt  rare),  il  n’existait  que  quatre  observations  concer¬ 
nant  des  adultes  (Albert,  Niessen,  Keferstein,  Dudgeon).  Du  fait  de 
sa  rareté,  l’observation  de  MM.  Desplas  et  Baudouin  est  donc  déjà 
très  intéressante. 

De  plus,  il  me  semble  qu’elle  peut  être  l’objet  de  quelques 
réflexions  pathogéniques  et  thérapeutiques.  On  peut,  en  effet,  se 
demander,  tout  d’abord,  quel  a  été  dans  ce  cas  le  rôle  respectif  de 
la  compression  excessive  exercée  par  le  pansement,  évidemment  trop 
serré,  et  celui  de  l'anévrisme  traumatique  diffus  de  l'artère  cubitale 
dans  la  production  de  la  rétraction  musculaire  définitive. 

U  est  incontestable  que  le  premier  pansement  fait  à  l’hôpital 
était  beaucoup  trop  serré  :  il  dut  être  enlevé  au  milieu  de  la  nuit, 
par  suite  des  douleurs  intolérables  qu’il  provoquait.  Il  est  bien 
probabieque  ce  pansement,  qui  resta  appliqué  pendant  au  moins 
neuf  heures,  a  pu  jouer  un  rôle  important  dans  la  production  de 
la  lésion  des  muscles  fléchisseurs  des  doigts.  On  sait  que  chez  les 
enfants,  pour  la  plupartatteints  de  fractures  du  membre  supérieur, 
qui  présentent  ensuite  des  rétractions  musculaires,  du  type  décrit 
par  Volkmann,  on  retrouve,  pour  ainsi  dire  constamment,  dans  les 
antécédents  une  constriction  excessive  par  un  appareil  plâtré  mal 
appliqué.  Ce  fait  n'est  pas  contestable,  et  sa  valeur  étiologique 
doit  par  conséquent  être  prise  en  considération  sérieuse  dans  le 
cas  actuel. 

Mais  on  peutaussi  se  demander  si  l’anévrisme  diffus  traumatique 
de  l’artère  cubitale,  qui  infiltra  progressivement  les  masses  mus¬ 
culaires  antérieures  de  l’avant-bras,  n’a  pas,  lui  aussi,  un  rôle  très 
important  dans  la  production  des  lésions  musculaires.  Bien  que  ce 


SÉANCE  OC  27  JUIN 


969 


ne  soit  pas  l’avis  de  MM.  Desplas  et  Baudouin,  je  le  crois  cepen¬ 
dant  très  volontiers.  En  effet,  la  pathogénie  du  syndrome  de  Volk- 
mann  est  encore,  et  à  bon  droit,  très  discutée.  La  simple  constric- 
tion  du  membre  supérieur  par  un  pansement  trop  serré  ne  suffit 
pas  ici,  à  mon  avis,  à  tout  expliquer  :  n’oublions  pas  que  le  syn¬ 
drome  de  rétraction  musculaire  de  Volkmann  est  en  somme  très 
rare  si  on  le  compare  au  nombre  considérable  des  fractures  du 
membre  supérieur  ou  des  traumatismes  variés  que  l’on  traite 
chaque  jour  par  des  pansements  constricteurs  ou  des  appareils 
plâtrés  plus  ou  moins  bien  appliqués.  Il  est  donc  infiniment  pro¬ 
bable  qu’ii!  y  a  autre  chose  que  la  constriclion  simple  qui  doit  entrer 
en  jeu  pour  produire  les  lésions  musculaires. 

Des  lésions  du  sympathique  et  des  nerfs  vasomoteurs,  par 
conséquent,  ne  joueraient-elles  pas  un  rôle  important  dans  lapro- 
duction  de  ces  lésions?  Je  pense  que  l'on  est  pleinement  autorisé  à 
l’admettre.  Un  auteur  italien,  Troeello,  a  fait  récemment  ( Annali 
di  medicina  navale  et  coloniale,  mai-juin  1919,  p.  415)  une  inté¬ 
ressante  étude  critique  de  la  pathogénie  de  la  lésion  décrite  par 
Volkmann.  Troeello  considère  justement  comme  primordial,  dans 
ces  cas,  le  rôle  du  sympathique;  il  pense  que  des  altérations  déS1 
filets  périartériels  doivent  être  invoquées  dans  la  pathogénie  des 
accidents  de  rétraction  musculaire  ischémique  qu’il  interprète 
comme  des  lésions  d’ordre  trophique  dans  lesquelles  les  troubles 
vasomoteurs  jouent  naturellement  un  rôle  essentiel.  De  même 
Denucé,  au  Congrès  d’orthopédie  de  1920,  a  insisté  sur  le  rôle  des 
troubles  trophiques  sympathiques  dans  la  production  des  lésions 
de  rétraction  ischémique. 

Il  y  a  plus  d’une  analogie  entre  les  cas  de  rétraction  isché¬ 
mique  musculaire  de  Volkmann  et  ces  griffes  cubitales  post-trau¬ 
matiques  (mises  à  part,  naturellement,  les  lésions  du  tronc 
même  du  nerf  cubital)  dont  nous  avons  vu  de  nombreux  cas 
pendant  la  guerre  et  qui  ont  été  bien  étudiées  par  Claude  et 
Dumas;  or,  il  paraît  bien  établi  que  ce  sont  justement  des  lésions 
des  nerfs  vasomoteurs  qui  expliquent  le  mieux  ces  contractures 
musculaires,  souvent  si  rebelles,  consécutives  aux  traumatismes 
des  parties  molles  de  V avant-bras,  sans  blessure  des  gros  troncs 
nerveux  eux-mêmes. 

Si  l’on  admet  l’interprétation  proposée  par  Troeello  et  Denucé, 
il  est  certain  que  la  rétraction  ischémique  des  muscles  fléchisseurs 
des  doigts,  signalée  dans  l’observation  de  Desplas  et  Baudouin, 
s’explique  très  bien. 

La  lésion  de  l’artère  cubitale  à  la  partie  supérieure  de  l’avant- 
bras  et  l’anévrisme  diffus  traumatique  qui  en  résulta,  l 'infiltration 
progressive  et  rapide  des  muscles  et  des  gaines  vasculaires  de 


970 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


l’avanl-bras,  la  compression  directe  des  nerfs  cubital  et  médian, 
tout,  dans  ce  cas,  était  réuni  pour  produire  le  syndrome  de 
Volkmann;  je  pense  qu’il  ne  faut  pas  négliger  non  plus  la  com¬ 
pression  excessive  exercée  par  le  premier  pansement,  qui  resta 
appliquée  neuf  heures  et  fut  évidemment  très  fâcheux'.  N’oublions 
pas  non  plus  que  le  malade,  âgé  de  cinquante-sept  ans,  était  un 
ancien  syphilitique  et  que,  de  ce  fait,  son  système  artériel  pouvait 
présenter  une  fragilité  spéciale. 

En  somme,  j’estime  que  dans  l’observation  actuelle  il  serait 
excessif  de  vouloir  imputer  à  la  seule  constriction,  quelque  exa¬ 
gérée  qu’elle  ait  pü  être,  la  production  du  syndrome  de  rétraction 
musculaire  ischémique.  11  me  semble  plusqueprobable  que  la  com¬ 
pression  directe  des  troncs  nerveux  et  des  gaines  vasculaires  par  le 
sang  épanché  dans  l’avant-bras  a  dû,  elle  aussi,  jouer  un  rôle  très 
important. 

Mais  ce  ne  sont  là  que  des  réflexions  pathogéniques,  qui  certes 
ont  leur  intérêt;  mais  la  question  essentielle,  celle  du  traitement 
prophylactique  ou  curatif,  reste  entière. 

L’opération  de  l’anévrisme  diffus,  qui  fut  faite  par  M.  Desplas 
environ  six  semaines  après  l’accident,  a  été  sans  aucune  action  sur 
les  accidents  de  rétraction  musculaire.  On  ne  saurait  s’en  étonner; 
un  sait  en  effet  que  dans  ces  cas  les  altérations  définitives  et  irré¬ 
parables  des  muscles  striés  se  font  très  vite  :  dégénérescence 
cireuse  d’abord,  puis  sclérose  cicatricielle  dépendant  des  muscles, 
cause  évidente  de  la  rétraction.  Une  fois  l’anévrisme  diffus  opéré, 
on  aurait  peut-être  pu  penser  à  essayer  de  traiter  la  rétraction 
musculaire  ischémique.  Si  M.  Desplas  ne  l’a  pas  fait,  c’est,  évi¬ 
demment,  qu’il  a  eu  ses  raisons  :  peut-être,  le  blessé  n’a-t-il  pas 
accepté  une  nouvelle  opération,  de  résultat  assez  incertain, 
allongement  tendineux  ou  résection  osseuse  raccourcissant  le 
squelette. 

En  tout  cas,  je  crois  que,  dans  le  cas  rapporté  par  M.  Desplas,  la 
faute  grave  qui  a  été  commise,  ce  fut  de  ne  pas  intervenir  de  suite, 
lorsque  le  blessé  fut  amené  à  l'hôpital.  En  présence  d’une  plaie  des 
membres  qui  a  provoqué  une  hémorragie  notable,  en  jet,  et  qui 
siège  sur  le  trajet  anatomique  d’une  artère,  la  règle  absolue  doit 
être  d'intervenir  de  suite,  par  une  large  incision  permettant 
d’explorer  les  vaisseaux  qui  peuvent  avoir  été  blessés:  cela  semble 
tellement  évident,  qu’on  est  presque  étonné  d’avoir  à  le  redire, 
surtout  après  l’expérience  de  la  guerre.  Je  suis  persuadé  que  si, 
aulieu  d’appliquer  un  illusoireet  dangereux  pansement  compressif, 
on  avait  fait  de  suite  le  trailement  rationnel  de  cette  plaie  pro¬ 
fonde  de  l’avant-bras  et  si  l’on  avait  lié  les  deux  bouts  de  l’artère 
blessée  dans  la  plaie,  on  aurait  très  probablement  évité  au  blessé 


SÉANCE  DU  27  JUIN 


971 


les  accidents  graves  qu’il  a  présentés,  et  qui  ont  occasionné  chez 
lui  une  mutilation  définitive,  ou  du  moins  très  difficilement 
curable.  Naturellement,  ees  reproches  ne  visent  en  rien  M.  Desplas 
qui  ne  vit  le  blessé  que  six  semaines  après  l’accident. 

En  terminant,  je  vous  propose  de  remercier  MM.  Desplas  et 
Baudouin  de  nous  avoir  adressé  leur  observation  qui  est  très 
intéressante  et  mérite  de  figurer  en  bonne  place  dans  nos  Bul¬ 
letins.  , 

M.  Victor  Veau.  —  Le  hasard  m’a  fait  observer  de.  nombreux 
cas  de  maladie  de  Volkmann.  J’en  ai  opéré  trois. 

Lecène  se  demande  si  dans  l’observation  de  Desplas  l’ané-  ,  ^ , 
vrisme  n'a  pas  joué  un  rôle.  C’est  possible.  J’ai  vu  un  cas  chez  uro  ^ 
hémophyle.  Nous  admettons  tous  que  le  rôle  capital  doit  ^  v  ,  $ 
accordé  à  la  compression.  Tous  les  cas  que  j’ai  vus  avaient  |a£ë' 
provoqués  par  un  appareil  plâtré  pour  fracture  de  l’avanl-braiji  7 

Dans  mon  service,  devant  les  élèves  je  m’élève  véhémentemjen^KX^  MJ 
devant  l’ignorance  et  l’incurie  des  médecins  dont  la  néglig£S^j(M?|t  "y 
produit  l’infirmité  grave  qu’est  la  maladie  de  Volkmann.  Je  suis 
très  attristé  de  constater  que  de  pareilles  erreurs  puissent  se 
produire  à  Paris,  dans  un  milieu  hospitalier.  Je  n’oserai  plus 
reprocher  à  un  pauvre  petit  médecin  de  campagne  une  faute  qu’un 
interne  est  capable  de  commettre  dans  son  service. 

Mon  ami  Lecène  nous  a  dit.  que  c’est  là  une  infirmité  peut-être 
définitive.  Je  suis  un  peu  plus  optimiste,  car  j’ai  obtenu  de  très 
bons  résultats  par  la  résection  diaphysaire. 

Mon  premier  opéré  remonte  à  plus  de  dix  ans,  c’est  lui  qui  a  fait 
l’occasion  de  la  thèse  de  notre  collègue  Jean  Berger.  Quand  j’;  i 
vu  mon  malade  je  ne  connaissais  pas  la  maladie  de  Volkmann. 

J’ai  commencé  par  libérer  les  nerfs.  Il  y  a  eu  amélioration  des 
troubles  trophiques,  mais  aucune  modification  de  l’attitude  des 
doigts.  Je  suis  intervenu  alors  pour  raccourcir  le  squelette.  J’ai 
fait  une  résection  diaphysaire  du  radius  et  du  cubitus,  je  comptais 
sur  la  tension  des  muscles  pour  rapprocher  les  tranches  de  sec¬ 
tions.  Ce  fut  en  vain  ;  l’os  s’est  reformé  aussi  long.  Je  suis  inter¬ 
venu  une  troisième  fois  et  cette  fois  j’ai  suturé  les  os  raccourcis. 

Le  résultat  fut  très  bon.  Je  rechercherai  mon  opéié. 

Ma  troisième  opération  dale  de  quinze  jours.  C’est  une  histoire 
bien  navrante,  car  mon  malade  est  mort  de  tétanos  suraigu. 

Un  enfant  assisté  de  treize  ans  est  soigné  avec  succès  en  méde¬ 
cine  depuis  plusieurs  mois  pour  arthrite  hémophylique.  Avant  de 
le  renvoyer  dans  son  agence  on  me  le  montre,  parce  qu’il  présen¬ 
tait  au  niveau  des  doigts  une  déformation  qui  ne  répondait  pas 

BULL:  ET  HEM.  HE  LA  SOC.  DE  CHIE.,  1923.  72 


972 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRUB6IÉ 


aux  types  classés.  C'était  une  maladie  de  Volkmann  typique.  Six 
ans  auparavant  l’enfant  avait  eu  une  fracture  de  l’avant-bras 
traitée  par  un  appareil  plâtré  trop  serré. 

Avant  d’intervenir,  sur  les  conseils  du  D1  May,  médecin  des 
hôpitaux,  nous  avons  préparé  l’enfant  :  peptone,  hémostyl. 

Je  suis  intervenu  comme  chez  mes  précédents  malades,,  l’hémor¬ 
ragie  fut  minime,  tout,  alla  bien  pendant  trois  jours.  Mais  le  qua¬ 
trième  jour  mon  opéré  a  saigné  et  il  a  saigné  beaucoup,  ça  se  pas¬ 
sait  l’après-midi.  Mes  internes,  M11' Hermelin  et  M.  Jousseaume, 
justement  effrayés,  appelèrent  à  leur  secours  leur  collègue  de 
médecine  M.  Grenier,  qui  connaissait  le  malade,  puisqu’il  l’avait 
guéri  de  son  arthrite  hémophyliçue. 

Dans  fa  journée  et  la  nuit  toutes  les  ressources  thérapeutiques 
‘.furent  mises  en  œuvre  :  émétine,  ergotine,  peptone,  anthéma, 
hémostyl,  sérum  gélafiné  (20  cent,  cubes  en  injection}. 

Le  lendemain  (quatrième  jour)  je  vis  l’enfant  qui  continuait  à 
saigner. 'Sur  le  conseil  de  May  on  a  répété  les  injections  d’anthéma  ; 
ÎLen  a  été  injecté  en  tout  210  cent,  cubes.  Rien  n’y  fil. 

,v  *Le  sixième  jour,  l’enfant  était  moribond.  Ou  fit  la  transfusion 
suivant  la  technique  de  Jeanbrau.  Une  assistée  a  donné  de  son 
sang,  les  garçons  avaient  tous  refusé,  l'interne  de  M.  Marfan, 
M.  Grenier,  en  a  donné  aussi.  Le  traitement  fit  merveille. 

Le  septième  jour,  l’hémorragie  était  arrêtée,  la  température 
remonte  de  36*' à  37*5. 

Le  huitième  jour,  l’opéré  est  en  bonne  voie  de  guérison.  La 
plaie  avait  très  bon  aspect,  il  n’y  avait  pas  d’hématome  profond, 
l’hémorragie  s’était  faite  entre  les  points  de  suture  qui  n’ont  pas 
été  enlevés. 

Le  treizième  jour,  on  me  dit,  le  matin,  que  l’enfant  a. souffert 
pendant  la  nuit.  Je  n’y  attache  pas  d’importance,  la  température 
est  à  37*4. 

A  2  heures,  les  symptômes  de  tétanos  se  précisent  et  à  7  heures 
l’enfant  était  mort. 

J’avais  l’intention  de  vous  rapporter  cette  observation  comme 
un  exemple  de  tétanos  causé  par  sérum  gélatine.  Mon  ami  Loiseau , 
chargé  du  service  du  sérum  antitétanique,  a  inoculé  deux  autres 
ampoules  préparées  en  même  temps  que  celle  qui  m’a  servi.  Le 
résultat  a  été  négatif.  On  m’a  dit,  à  l’Institut  PasteuE,  que  mon 
observation  n’avait  pas  une  valeur  suffisante,  car  il  y  a  de.  nom¬ 
breuses  causes  de  contamination  autres  que  le  sérum  gélatine. 

C’est  là  un  accident  qni  n’a  rien  à  voir  avec  la  maladie  de 
Volkmann. 

Du  rapport  de  Lecëne,  je  retiens  le  très  gros  danger  de  la  com¬ 
pression  de  l’avant-bras.  Mais  je  voudrais  que  vous  soyiez  con- 


vaincus  des;  modificiaiEi'oM  heureuses  que  l’intervention  apporte 
au  pronostic  grave  de  la  maladie  de  Volkmann. 

M.  OHBBÊDâNfjE. —  J’ai  eu  l'occasion  de  traiter; cette  année  une 
paralysie  ischémique  du  type  Volkmamn. 

L'enfant,  habitant  les  colonies,,  avait  présenté  urne  fracture  sous  - 
périostée  des  os  de  l’avant- bras;  il  fut  traité  par  l’application  de 
deux  planchettes  formant  attelles;  cet  appareil  paraît  avoir  été 
trop  serré,  car  la  main  se  tuméfia  rapidement  Le  lendemain  la 
paralysie  était  constituée. 

Indépendamment  des  troubles  moteurs  ordinaires  des  doigts, 
possibilité  de  leur  extension  quand  le1  poignet  était  fortement 
fléchi,  impossibilité  quand  le  poignet  était  étendu,  l’enfant  pré¬ 
sentait  des  troubles  trophiques  des  doigts,  peau  mince  et  rouge, 
disparition  des  ongles  au  niveau  de  la  lunule. 

Soupçonnant  l’origine  sympathique'  <iœ-  ces  troubles  trophiques, 
je  commençai  l’intervention  par  une  sympathectomie  pair  dénu¬ 
dation  die  l’artère  humérale  au  pli  du  coude. 

Puis  j’exécutai  une  double  résection  du  cubitus  et  du  radius  au 
tiers  inférieur  de  leur  diaphyse. 

Mais  avant  d’exécuter  ees  résections  je  plaçai,  comme  d’ordi¬ 
naire,  un  dispositif  d’ostéosynthèse  temporaire  au  moyen  de  lon¬ 
gues  vis  enfoncées  perpendiculairement  dans  les  os,  et  con¬ 
nectées  par  la  plaque  de  Chalier. 

C’est  entre  le^  vis  déjà  placées  que  j'ai  exécuté  mes  résections. 
J’ai  pu  alors  me  rendre  compte  du  décalage  qui  accompagne 
constamment  les  fractures  complètes  des  deux  os  de- l’avant-bras, 
en  voyant,  sitèt  mes  résections  achevées,  une  de  mes  vis  tourner 
de  45®  environ  sur  la  direction  de  sa  voisine. 

Mais,  mes  vis  étant  placées  à  l’avance,  en  assujettissant  leurs 
têtes  dans  la  plaque  de  connexion,  ce  décalage  fut,  bien  entendu, 
automatiquement  corrigé. 

L’enfant  est  rentré  dans  son  pays,  au  beat  de  deux  mois  environ . 

A  ce  moment  les  troubles  trophiques  étaient  à  peu  près  com¬ 
plètement  cicatrisés. 

D’autre  part  l’enfant  avait  retrouvé  ses  mouvements  volontaires 
actifs  de  l’extension  et  de  la  flexion  de  ses  doigts  avec  une  ampli¬ 
tude  telle*  que  je  l’ai  considéré  comme  complètement  guéri. 

M.  Albert  Mkmjcbiet.  —  Loin  de  moi  la  pensée  de-  dénier  l’impor¬ 
tance  de  la  eonsitrictio®  dans  la  production  du  syndrome  de 
Volkm&nn,  mais,  à  notre  époque  de  revendications  excessives 
et  injustifiées  des  blessés  vis-à-vis  des  chirurgiens,  il  est  peut- 
être  ban  de  savoir  qu’une  contusion  violente,  résultant  du  brau- 


974 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


matisme  peut  produire  le  syndrome,  de  Volkmann  tout  comme  la 
compression  exagérée  par  un  appareil  ou  par  un  lien .  Une  observa¬ 
tion  de  Reinbold  (de  Lausanne)  relative  à  un  adulte  dont  l’avant- 
bras  fut  violemment  contusionné  par  un  tampon  de  wagon  est 
assez  démonstrative  à  cet  égard. 

Le  rôle  du  grand  sympathique  dans  la  pathogénie  du  syndrome 
de  Volkmann  a  été  très  bien  mis  en  lumière  par  Denucé  (de  Bor¬ 
deaux)  dans  son  rapport  au  Congrès  d’orthopédie  de  1920. 

En  ce  qui  concerne  le  traitement  du  syndrome  de  Volkmann, 
je  ne  suis  pas  très  enthousiaste  partisan  des  opérations  —  qu’elles 
s’adressent  aux  tendons  ou  qu’elles  s’adressent  au  squelette.  Je 
crois  que  leurs  résultats  ne  sont  pas  en  général  brillants  ni 
durables.  La  libération  des  nerfs  lorsqu’ils  sont  vraiment  étran¬ 
glés  par  une  gangue  scléreuse  peut  se  trouver  indiquée;  elle  a 
donné  quelquefois  des  améliorations. 

Mais  le  mieux  est,  quand  on  le  peut,  de  traiter  précocement  le 
syndrome  de  Volkmann  par  l’air  chaud,  les  bains  chauds,  et  sur¬ 
tout  les  tractions  élastiques.  Ce  dernier  procédé  est  particulière¬ 
ment  efficace. 

M.  Broca.  —  Je  suis  à  peu  près  aussi  pessimiste  que  Lecène,  et 
les  résultats  des  opérations  m’ont  toujours  paru  médiocres. 
D’abord,  je  pense  comme  Veau  que  les  libérations  nerveuses  (par 
lesquelles  j’ai  commencé  il  y  a  quelque  trente  ans)  ne  servent  à 
rien  ;  d’autre  part  les  ténoplasties  m’ont  toujours  paru  trop  com¬ 
plexes,  pour  que  j’en  aie  fait,  étant  donné  que  les  résultats  sont 
fort  aléatoires,  d’après  ce  que  j’ai  vu  dans  quelques  cas.  Une  fois, 
il  y  a  quelque  dix  ans,  j’ai  fait  la  résection  de  3  centimètres  envi¬ 
ron  de  diaphyse,  sans  suture  osseuse  il  est  vrai,  et  le  résultat  a  été 
nul.  Aussi  ai-je  maintenant  l’habitude  de  m’en  tenir  aux  appa¬ 
reils  à  traction  élastique  continue  et  progressive;  et  en  cinq  à 
six  mois  on  obtient  non  pas  la  guérison  complète,  mais  une  amé¬ 
lioration  fonctionnelle  considérable.  Cela  étant,  je  crois  bien  que, 
chez  un  hémophile,  j’aurais  encore  plus  penché  vers  l’abstention, 
malgré  l’exemple  de  Veau;  et  la  fin  de  cette  observation  justifie, 
je  crois,  ma  réserve. 

M.  Tuffier.  —  Je  n’ai  qu’une  faible  expérience  de  la  rétraction 
de  Volkmann,  je  n’en  ai  vu  que  trois  cas,  mais  l’un  d’eux  m’a 
particulièrement  frappé.  C’est  celui  d’un  enfant  qui  m’a  été 
amené  des  environs  de  Paris  à  Beaujon  et  qui  après  fracture  de 
l’avant-bras  et  compression  probablement  exagérée  présentait  la 
rétraction  classique. 

Après  avoir  en  vain  un  peu  tout  essayé,  j’ai  fini  par  une  résec- 


SÉANCE  ïü  27  JUIN 


97  S 


tion  diaphysaire  des  deux  os.  Ce  petit  malade  n’a  pas  été  guéri 
comme  celui  dont  on  vient  de  nous  parler,  mais  son  amélioration 
a  été  considérable,  et  en  somme  c’est  la  seule  thérapeutique  qui 
m'aie  en  partie  réussi. 

Je  m’empresse  d’ajouter  que  la  mère  de  cet  enfant  l’a  soigné 
avec  la  plus  grande  attention  et  que  la  mobilisation  ultérieure 
a  été  poursuivie  patiemment  et  intelligemment.  Ce  traitement 
post-opératoire  à  joué  un  grand  rôle  dans  le  résultat  thérapeu¬ 
tique. 

M.  Auvhay.  —  Je  tiens  à  rappeler  l’observation  dont  j’ai  parlé 
ici  il  y  a  quelques  mois.  Chez  un  blessé  de  mon  service  qui  pré¬ 
sentait  une  vaste  perte  de  substance  de  ,1a  peau  au  niveau  de 
l’avant-bras,  un  interne  de  garde  avait,  au  moment  de  l’arrivée 
du  blessé,  tenté  la  réunion  complète  de  la  plaie.  11  était  parvenu 
à  mettre  au  contact  les  bords  de  la  plaie,  mais  au  prix  d’une 
traction  énorme  exercée  par  les  fils  de  suture.  Il  en  était  résulté 
une  constriction  serrée  de  l’avant-bras.  Cette  constriclion  a  été 
maintenue  pendant  toute  une  nuit.  Au  moment  de  ma  visite  le 
lendemain  [matin,  je  trouve  le  blessé  souffrant  beaucoup  et  la 
main  tuméfiée;  je  m’empresse  de  faire  sauter  les  fils  de  suture. 
Mais  il  était  déjà  trop  tard  et  le  blessé  a  présenté  des  accidents 
de  rétraction  ischémique  de  Volkmann  qui  persistaient  encore 
malgré  le  traitement  mécanothérapique  et  les  massages  prati¬ 
qués,  au  moment  où  il  a  quitté  le  service.  Il  n’y  avait  aucune 
lésion  profonde  de  l’avant-bras  et  la  striction  de  la  peau  a  suffi 
pour  provoquer  les  accidents. 

M.  Hallopeau.  —  J’apporterai  dans  la  prochaine  séance  une 
observation  de  Leclerc  de  Dijon  qui  a  obtenu  sans  opération,  par 
le  massage  et  l’extension  continue,  un  très  bon  résultat.  Je  me 
permets  de  rappeler  aussi  que  dans  le  rapport  que  j’ai  fait  il  y  a 
quelques  mois  je  vous  montrais  le  très  bon  résultat  obtenu  par 
mon  assistant  Gasne  par  la  résection  diaphysaire.  Le  seul  incon¬ 
vénient  de  celle-ci,  c’est  que  la  croissance  des  os  continuant,  les 
muscles  ne  s’allongeant  pas,  la  rétraction  tend  à  se  reproduire  et 
qu’on  peut  se  demander  si  une  nouvelle  résection  ne  deviendrait 
pas  nécessaire. 

Quant  à  l’hypothèse  de  Lecène  touchant  le  rôle  de  l’anévrisme 
diffus,  il  est  extrêmement  douteux  ;  on  ne  connaît  pas  de  rétraction 
ischémique  due  à  cette  seule  lésion;  on  en  connaît  beaucoup 
dus  à  la  compression  pure;  pourquoi  faire  intervenir  la  lésion 
artérielle? 

L’hypothèse  de  la  lésion  sympathique  ne  repose  sur  aucun 


976 


SOCIÉTÉ  DE  CÜIBL'RGilE 


fait  démontré  ;  le  muscle  est  frappé  d’emblée,  et  fait  de  la  nécrose 
aseptique;  il  est  bien  difficile  d’admettre  lune  action  des  filets 
sympathiques  q;ui  agirait  moins  vite  et  à  un  autre  niveau  anato¬ 
mique;  et  il  faut  se  rappeler  que  l’artère  reste  intacte  dans  la  plu¬ 
part  des  cas.  Enfin  les  rétractions  musculaires  des  blessés,  surve¬ 
nant  tardivement  après  •quelques  longues  suppurations,  ne  peuvent 
guère  être  rapprochées  delà  maladie  de  Volkmann. 

M.  A.  Lai-ointe.-  —  Je  voudrais  d’abord  poser  à  mon  ami 
Lecène,  et  à  mes  collègues,  une  question,  simplement  pour  mon 
instruction  personnelle,  car  je  crois  bien  n’avoir  rencontré  qu’un 
seuil  cas  de  .oe  syndrome  singulier  connu  sous  le  nom  de  rétrac¬ 
tion  ischémique. 

On  n’entend  habituellement  parler  que  de  sa  localisation  au  mi¬ 
lieu  de  l'avant-bras.  Cette  particularité  est  surprenante  et  j’ avoue 
ne  pas  voir  les  raisons  susceptibles  de  l’expliquer. 

En  ce  qui  concerne  la  palhogénie  des  lésions  rétractiles  muscu¬ 
laires,  je  me  demande  si  on  ne  cherche  pas  des  interprétations 
un  peu  trop  complexes,  en  évoquant  tantôt  l’ischémie  générale  du 
membre,  tantôt  des  lésions  nerveuses,  Est-oe  que,  quand  une 
masse  musculaire  aussi  importante  que  celle  de  l’avant-bras  est 
soumise  à  une  compression  énergique  et  prolongée,  cela  ne  suffit 
pas  A  produire  des  lésions  directes  de  la  fibre  musculaire,  des 
phénomènes  de  myosite  traumatique,  capables  d’aboutir  à  la 
rétraction? 

C’est  en  somme  ce  que  pense  Lecème  quand  il  invoque  le  rôle 
de  l’infiltration  hémorragique  d’un  hématome  diffus. 

N’y  a-t-il  pas  là  un  processus  voisin  de  celui  qui,  dans  certains 
cas,  va  jusqu’à  ta  myosite  ossifiante? 

M.  Eiepre Môoquot.  —  J’ai  observé  un  cas  de  rétraction  isché¬ 
mique  des  muscles  fléchisseurs  chez  une  femme  qui  avait  subi  la 
ligature  die  l’artère  axillaire,  au  cours  d’un  curage  de  l’aisselle 
pour  cancer  du  sein.  L’observation  a  été  -citée  ici  à  propos  des 
résultats  éloignés  des  ligatures  artérielles. 

M.  Madcuire.  —  Pendant  la  guerre  j’ai  présenté  ici  un  blessé 
présentant  le  syndrome  de  Volkmann  consécutivement  à  l’appli¬ 
cation  d’un  ga-rrot  élastique  placé  sur  l’avant-bras  pour  une  plaie 
de  la  main;  ce  garrot  était  resté  en  place  quarante-deux  heures. 
La  rétraction  des  fléchisseurs  était  typique.  J’ai  fait  la  ténotomie 
de  tous  les  tendons,  fléchisseur  superficiel  et  iflécàiseemr  profond, 
dans  la  gouttière  du  carpe;  ténotomie  très  oblique  pour  allonger 
les  tendons  de  3  à  4  centimètres.  L’opération  fut  assez  délicate. 


SÉANCE  DU  27  JUIN 


977 


L’amélioration  fut  très  marquée;  elle  ne  fut  pas  totale  parce  que 
le  blessé  n’a  pas  mobilisé  ses  doigts  suffisamment. 

J’ai  observé  un  cas  de  maladie  de  Volkmann  portant  sur  les 
muscles  fléchisseurs  du  pied,  à  la  suite  d’une  compression  invrai¬ 
semblable  du  genou  pour  une  hydarthrose. 

J’ai  vu  récemment  un  cas  typique  chez  un  enfant  après  un 
appareil  plâtré  placé  pour  une  fracture  des  deux  os  de  l’avant-bras. 
Les  lyonnais  ayant  dit  beaucoup  de  bien  des  appareils  à  traction 
élastique,  j’ai  recommandé  tout  d’abord  cette  variété  de  traitement. 


Sympathome  volumineux  du  mésocôlon  transverse . 

Extirpation  avec  résection  du  côlon  transverse.  Guérison , 
par  11.  J.  Hertz. 

Chirurgien  de  l’hôpital  de  Rothschild . 

Rapport  de  LECÈNE. 

Le  Br  Hertz  nous  a  adressé  une  intéressante  observation  de 
tumeur  du  mésoeôlon  trausverse  '  qu’il  a  eu  l’occasion  d’opérer 
récemment  et  qui  appartient  à  un  type  anatomique  très  rare;  il 
s’agissait  en  efl'et  d’une  tumeur  formée  aux  dépens  du  sympa¬ 
thique,  d’un  sympathome. 

Voici  d’abord  la  relation  de  l’observation  qui  mérite  d’être 
rapportée  in  .extenso  : 

Observation.  —  Mme  G...  D...  (Eva),  âgée  de  cinquante  ans,  femme  de 
chambre  (malade  envoyée  par  le  Dr  Kahn),  entre  dans  le  service  pour 
une  considérable  augmentation  du  volume  de  l’abdomen. 

La  malade  présente  quelques  troubles  depuis  un  an.  Avant  eette 
époque  nous  ne  retrouvons  aucun  antécédent  pathologique. 

Il  y  a  uii  an,  la  malade  commence  à  éprouver  des  phénomènes  de 
fatigue  générale.  Alors  qu’elle  allait  normalement  à  la  selle,  elle  com¬ 
mence  progressivement  à  avoir  des  difficultés  de  ce  côté.  Depuis 
six  mois,  elle  est  très  constipée,  et  les  derniers  temps  est  obligée  de 
prendre  régulièrement  laxatifs  et  lavages  intestinaux. 

Egalement  dans  les  six  derniers  mois,  elle  a  présenté  â  cinq  ou  six 
reprises  des  crises  ümloureuses,  sans  caractères  particuliers,  survenant 
à  intervalles  irréguliers,  durant  peu  de  temps. 

Les  selles  sont  de  consistance  et  de  couleur  normales.  Jamais  de 
sang. 

Les  deux  dernières  crises  douloureuses  se  sont  accompagnées  de 
vomissements  biliaires.  Enfin  la  toute  dernière  crise  s'est  terminée,  il  y 
a  trois  semaines,  par  une  grande  débâcle  diarrhéique,  et  depuis  la 
diarrhée  continue  avec  intermittences. 


SOCIÉTÉ  DE  CUIRURU1E 


Depuis  six  mois  la  malade  s’aperçoit  que  son  ventre  augmente  de 
volume,  d’une  façon  rapide  et  continue.  Un  peu  de  gêne  à  la  miction; 
urine  souvent;  émissions  involontaires  à  la  toux.- 

En  même  temps,  elle  commence  à  maigrir,  et,  à  mesure  que  son 
ventre  grossit,  sa  peau  se  flétrit,  sa  graisse  disparait,  elle  n'a  plus  effec* 
tivement  que  «  la  peau  sur  les  os  »,  et  elle  est  dans  un  grand  état  de 
faiblesse. 

En  l’examinant,  nous  constatons  : 

Que  l’abdomen  est  volumineux,  ressemble  à  un  vent  e  de  femme 
enceinte  à  terme,  avec  gro-sesse  «  haut  placée  ».  La  malade  étant 
debout,  la  proéminence  est  rétro -ombilicale. 

Couchée,  on  constate  la  régularité  appareute  à  l’inspection  de  cette 
masse,  le  ventre  semble  régulièrement  arrondi.  Peu  de  circulation 
collatérale  abdominale. 

A  la  palpation,  on  sent  une  masse  énorme  qui  remplit  l’aire  centrale 
de  l’abdomen,  les  flancs,  l’épigastre,  les  fosses  iliaques,  et  s’arrête  en 
bas  de  la  partie  supérieure  de  l’hypogastre,  où  la  main  peut  légère¬ 
ment  déprimer  la  paroi. 

La  périphérie  en  est  régulièrement  arrondie  ;  mais  elle  présente  des 
lobulations  fermes  et  arrondies  également.  Unje  de  ces  lobulations 
existe  au  niveau  de  l’épigastre,  une  au  niveau  du  pôle  inférieur  de  la 
masse,  et  à  gauche  de  la  ligne  médiane.  Enfin  une  troisième,  grosse 
comme  une  mandarine,  est  perceptible  sur  le  bord  gauche  de  la  tumeur, 
dans  la  fosse  iliaque  gauche. 

Cette  masse  est  tendue,  présente  une  légère  rénitencê,  semble  plus 
résistante,  plus  ferme  dans  sa  partie  supérieure  que  dans  l’inférieure. 
Son  grand  axe  est  transversal;  son  petit  axe  dans  le  plan  médian  du 
corps. 

Elle  est  uniformément  mate;  encadrée  par  une  bande  de  sonorité  au 
niveau  de  l’épigastre,  du  flanc  gauche  et  de  la  fosse  iliaque  gauche. 

Aucune  modification  de  cette  matité  dans  les  changements  de  posi¬ 
tion. 

Cette  tumeur  est  très  peu  mobile  :  presque  pas  transversalement, 
légèrement  de  haut  en  bas. 

Le  toucher  vaginal  montre  : 

Le  col,  petit,  dur,  orifice  en  fente  transversale, non  déchiié,  est  collé 
contre  la  paroi  postérieure  du  vagin  et  regarde  en  bas  et  en  arrière. 

Le  corps  est  de  volume  normal  en  antéflexion  normale,  peu  mobile. 

Les  culs-de-sac  latéraux  montrent  une  masse  arrondie  pas  très 
volumineuse  qu’on  sent  du  côté  gauche. 

Une  masse  volumineuse  attenante  à  l’utérus  à  droite,  grosse  comme 
le  poing  au  minimum. 

Si  l’on  met  la  malade  en  position  de  Trendelenburg,  la  masse  abdo¬ 
minale  s’élève  un  peu,  et  semble  attirer  l’utérus. 

Dosage  de  l’urée  sanguine . 0  gr.  35  par  litre., 

Coagul  ition  du  sang . 12  minutes. 

Rélractilité  normale  du  caillot. 


SÉANCE  DU  27  JUIN 


Urines  : 

Albumine . 0 

Acétone . Traces. 

Acide  diacétique . 0 

Urée . 0  gr.  25  par  litre. 

Tension  artérielle  Vaquez . 12-8 

Diagnostic  posé  :  kyste  de  l’ovaire.  Possibilité  de  kyste  du  mésen¬ 
tère  (?). 

Opération  le  2b  avril  1923.  —  Anesthésie  (Dr  Scali)  au  mélange  de 
Schleich.  Laparolomie  médiane  sous  ombilicale  qu’on  agrandira  jusqu’à 
trois  travers  de  doigt  au-dessus  de  l'ombilic. 

On  voit  alors  une  énorme  masse  grosse  comme  une  à  deux  têtes 
d’adulte  qu’on  extériorise  un  peu.  Elle  est  couverte  par  le  grand 
épiploon  qui  est  fixé  dans  le  pelvis  à  une  deuxième  masse  grise  et  jau¬ 
nâtre.  Section  du  grand  épiploon  au-dessus  de  cette  masse  pelvienne 
entre  des  pincés. 

On  voit  alors  le  grand  épiploon  libre  appendu  à  l’équateur  antérieur 
d’une  grosse  masse  à  capsule  blanchâtre,  bleue  par  places,  rosée  en 
d’autres.  Au-dessous  de  cette  insertion  épiploïque,  on  voit  le  côlon 
transverse  accolé  à  la  tumeur,  aplati  sur  elle  comme  un  ceinturon,  sur 
au  moins  30  à  40  centimètres. 

Au-dessus  de  l’insertion  épiploïque,  l’eslomac  repose  sur  la  tumeur 
et  lui  adhère. 

Le  grand  épiploon  est  relevé. 

Décollement  colo-épiploïque.  Il  ne  peut  être  poussé  à  plus  de  6  ou 
8  centimètres.  On  voit  que  la  tumeur  est  dans  le  mésocôlon  fransverse. 
On  incise  en  arrière  du  côlon  transverse  le  feuillet  supérieur  de  ce 
méso,  on  commence  à  décoller  le  côlon  et  à  le  refouler  en  bas.  Les  gros 
vaisseaux  coliques,  dont  certains  ont  jusqu’à  un  centimètre  de  calibre, 
sont  incrustés  dans  la  tumeur,  indécollables  de  sa  capsule.  On  les  voit 
se  déchirer  au  cours  de  ces  manœuvres.  Pinces  hémostatiques. 

Devant  celte  difficulté  et  le  danger  d’une  hémorragie  avec  de  sem¬ 
blables  troncs  vasculaires,  on  préfère  lier  délibérément  ces  vaisseaux 
contre  la  tumeur,  aussi  loin  que  possible  du  côlon.  Une  énorme  brèche 
est  ainsi  faite  dans  le  mésocôlon  transverse,  le  segment  dévascularisé 
a  environ  20  à  25  centimètres. 

La  tumeur,  qui  semble  pleine,  laisse  alors  plus  facilement  décoller 
son  pôle  inférieur.  Ce  plan  de  clivage  devient  meilleur  à  mesure  qu’on 
remonte  en  haut  et  en  arrière.  La  masse  bascule  vers  le  haut  de  plus 
en  plus. 

On  la  décolle  enfin  de  l’estomac  en  dernier.  Quelques  vaisseaux 
saignent  sur  la  grande  courbure.  Ligatures.  Fermeture  de  la  vaste 
brèche  mésocolique  par  quatre  points  de  catgut  en  U. 

Ablation  de  la  masse  pelvienne  grosse  comme  une  tête  de  fœtus  à 
terme  collée  sur  le  péritoine  ilio-pelvien  droit,  au-dessus  des  annexes, 
sans  connexion  avec  elles.  Annexes  normales  des  deux  côtés.  Décolle- 


980 


SOCIÉTÉ  IÆ  CHIRUEGUi 


ment  ai  é  des  anses  grêles  adhérentes  à  cette  masse.  Pas  de  pédicule; 
adhérences  mollasses,  enveloppe  de  fausses  membranes  jaunâtres. 

Enfin,  ablation  d’une  masse  grosse  comme  une  pomme,  sot  Je  flanc 
droit  du  mésorectum,  agglutinant  au  rectum  deux  anses  grêles.  Décol¬ 
lement  aisé,  pas  de  pédicule. 

Drain  dans  le  Douglas.  Sérum  chaud  dans  le  ventre.  Essorage. 

Le  côlon  transverse,  maintenant  violacé,  est  extériorisé.  On  fixe  au 
péritoine  pariétal  ce  côlon  replié  et  accolé  en  canon  de  fusil,  en  l’amar¬ 
rant  A  2  ou  3  centimètres  de  la  portion  dévascularisée,  là  où  l’intestin 
est  bien  rose,  à  celte  distance  de  part  et  d’autre  de  la  brèche  méso- 
colique  suturée.  Fix.ation  .au  milieu  de  la  plaie  par  quatre  points  en  U  au 
catgut;  25  centimètres  sont  ainsi  extériorisés. 

Paroi  aux  fils  d’argent,  quelques  orins  cutanés. 

La  tumeur  principale  et  les  deux  tumeurs  fixes  pelviennes  pèsent 
5  MLogr.  200  .grammes. 

La  grosse  masse  et  la  moyenne  sont  nettement  encapsulées.. 

Capsule  fibreuse  blanche  nacrée  —  par  places,  couleur  bleutée  —  eu 
coupe,  aspect  encéphaloïde.  Les  points  bleutés  correspondent  à  du 
sang. 

La  plus  petite  n’a  pas  cette  capsule  blanchâtre,  elle  a  l’aspect  d’un 
ganglion,  rosée  en  surface  et  à  la  coupe. 

Le  mésocôlon  transverse  contenait  quelques  ganglions  lymphatiques 
hypertrophiés. 

Gros  choc  opératoire;  pouls  exl reniement  petit. 

Sérum  intraveineux  sur  la  table,  à  la  fin  de  l’intervention,  500  cent, 
cubes.  Huile  camphrée.  Spartéine. 

Sér.um  glucosé  rectal  continu. 

Suites  opératoires .  —  Rien  à  signaler  le  26  avril. 

Le  27  avril,  colon  extériorisé  noir.sphacélique.  Section  au  thermo. 
Ablation  du  drain  du  Douglas. 

Le  28  avril,  première  selle  abondante  par  l’anus  transverse;  elles 
seront  abondantes,  quotidiennes,  spontanées  désormais. 

Le  1er  et  le  4  mai.  On  enlève  aux  ciseaux  ce  qui  reste  dès  deux  bouts 
extériorisés  où  le  sphacèle' s’est  étendu.  Au  ras  de  la  paroi,  les  deux 
segments  sont  roses. 

A  partir  de  cette  date,  l’anus  se  déprime,  et  il  semble  avoir  tendance 
à  sé  rétrécir.  On  introduit  le  .cinquième  doigt  dans  chaque  bout  afférent 
et  efférent,  il  passe  aisément,  on  sent  un  éperon  assez  épais. 

A  partir  du  4  mai,  la  malade  a  pris  un  aspect  normal.  Engraisse 
notablement  Selle  pâteuse  quotidienne. 

Ablation  des  fils  et  crins  le  5  mai  .(dix  jours).. 

A  signaler  que  :  le  27  avril  au  soir,  quarante-huit  heures  après 
l’opération,  on  lui  donne  à  8  heures  un  cachet  de  véronal  de  0,50,  elle 
ne  dort  pas  jusqu’au  matin  ;  mais  alors  .s’endort  et  .d’uu  sommeil  pro¬ 
fond  qui  dure  le  28,  le  29,  le  .30  avril.  On  constate  un  vrai  état  .coma¬ 
teux,  pupilles  punctiformes,  stentor,  relâchement  complet,  sans  para¬ 
lysie  des  quatre  membres,  sensibilité  conservée.  Elle 'en  est  sortie  un 
instant  le  29,  a  .dit  quelques  mots  indistincts,  a  bu  .et  s’est  rendormie. 


SÉANCE  BU  27  JUIN 


981 


Cet  état  cesse  aussi  brusquement  qu'il  a  commencé  et  elle -prend  son 
journal  ! 

•On  l’a  garée  d’eau  de  Vittel,,  et  on  .a  pratiqué  pendant  ices  soixante- 
douze  heures  .des  injections  de  sérum  sons-cutané  et  des  instillations 
g  lue  osée  s  rectales,  contenant  de  l’urotropiue  et  de  la  spartéine. 

L’anus  transrerse  se  rétrécit  progressivement. 

Le  vingt-deuxième  jour  après  l’opération,  on  introduit  un  drain, 
par  cet  anus,  de  telle  sorte  que  chacune  de  sps  extrémités  est  placée 
respectivement  dans  le  bout  afférent  et  dans  J 'efférent  du  fcransverse. 

A  partir  4e  ce  jour,  lavement  quotidien  qui  ramène  des  matières. 

Le  2  juin,  pose  d'un  entérotome  sur  l’éperon.  Chute  de  l’entérotome  le 
8  juin. 

Fermeture  progressive  et  rapide  de  l’anus,  selle  quotidienne  par  les 
voies  naturelles  à  partir  de  cette  date. 

Examen  anatomo-patholooique  (Drs  Lelièvre,  chef  de  laboratoire  à  la 
Faculté  et  Corail,  professeur  agrégé  à  la  Faculté  de  Nancy). 

Description  hadrqscopique.  —  A.  Tumeur  mésocolique  de  forme  .ovoïde, 
un  peu  aplatie  sur  ses  faces  supérieure  et  inférieure. 

Dimensions.:  25  centimètres  de  longueur;  20 centimètres  de  largeur 
à  son  plus  grand  diamètre,  15  centimètres  4  son  plus  petit;  9  cent.  1/2 
d’épaisseur. 

Consistance  variable  selon  les  points  :  tantôt  ferme,  tantôt  gélati¬ 
neuse,  presque  fluctuante  en  d’autres. 

Aspect  sur  une  section  pratiquée  suivant  le  grand  axe.  —  Tumeur 
compacte,  sans  cavités  kystiques  ou  géodes,  d’aspect  bigarré.  Péri¬ 
phérie  d’apparence  vaguement  lobuiée,  par  la  présence  de  nodules 
sous-capsulaires  Mancbâtres  ou  blanc  rosé,  du  volume  d’une  man¬ 
darine  à  un  petit  œuf  de  poule,  simulant  du  tissu  ganglionnaire.  Entre 
ces  nodules,  bandes  rosées  ou  Tougeâtres.  Le  centre  de  la  tumeur  offre 
un  aspect  marbré  avec  de  larges  bandes  ou  des  lacunes  franchement 
hémorragiques  et  de  vastes  nappes  de  dégénérescence  ou  de  sphacèle. 

Les  nodules  superficiels  sont  excessivement  friables,  se  dilacèrent 
sous  le.  scalpel  :  le  centre  de  la  tumeur  a  la  consistance  d’une  pulpe 
splénique  macérée;  de  nombreuses  zones  sont  en  ramollissement 
complet.  Toute  la  tumeur  est  riche  en  suc,  pulpeuse. 

Pas  trace  de  lissu  fibreux,  sauf  à  la  périphérie,  au  niveau  de  la  capsule. 
Cette  dernière,  peu  épaisse  relativement  aux  dimensions  de  la  tumeur, 
est  résistante  et  recouverte  d’adhérences  :  l’épiploon  s’insère  sur  sa 
grosse  extrémité  (voir  fig.  1).  Sa  surface  est  bosselée  par  le  dévelop¬ 
pement  des  nodules  périphériques  signalés  plus  haut  ;  et  on  y  perçoit 
trois  petites  tumeurs,  comparables  à  de  gros  ganglions,  l’une  sessile, 
les  deux  autres  pëdiculées,  presque  en  voie  de  libération,  et  qui  expli¬ 
quent  la  formation  et  la  chute  des  deux  tumeurs  libres,  iliaque  et 
pelvienne. 

B.  Tumeur  iliaque.  — Plus  petite,  du  volume  d’une  tête  de  fœtus  à 
terme,  sans  pédicule,  exclusivement  retenue  par  des  adhérences  molles. 

Dimensions  :  9,5  X  9,5  X  1°  cent.,  de  forme  presque  régulièrement 
sphérique  avec  une  seule  grosse  bosselure  à  un  pôle. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRl'RGIE 


Consistance  plus  ferme  que  la  tumeur  mésocolique,  bien  que  la 
capsule  se  laisse  en  quelques  points  déprimer  sous  le  doigt. 

Sur  une  coupe  totale  passant  par  son  grand  axe,  cette  tumeur  pré¬ 
sente  le  même  aspect  compact  que  la  pièce  précédente  :  sous  la  capsule, 
assez  épaisse,  revêtue  d'adhérences  mollasses,  on  trouve  une  croûte  de 
tissu  blanc  rosé,'  mat,  de  1  à  3  centimètres  d’épaisseur,  tout  le  reste  de 
la  masse  ayant  une  teinte  grise,  un  aspect  sphacélé  avec  des  placards 
hémorragiques  (fig.  2  et  3). 

C.  Tumeur  pelvienne,  li  plus  petite,  du  volume  d’une  pomme. 

Dimensions  :  4  X  7  X  4  t/2  cent.  Forme  ovoïde,  surface  lisse,  sauf 


Fig.  1. 


au  niveau  des  adhérences  molles,  de  coloraiion  blanc  rosé,  de  consis¬ 
tance  assez  ferme.  Capsule  mince,  facilement  clivable. 

Sur  une  coupe  transversale,  aspect  compact  et  homogène  :  pas  de 
zones  hémorragiques,  ni  d’îlots  de  sphacèle.  tiessemble  singulièrement 
à  du  tissu  ganglionnaire. 

Examen  histologique.  —  (Fragments  prélevés  en  divers  points  des 
trois  tumeurs.  Coloration  à  l’hémalun-éosine,  safran  :  Heidenhain- 
Lichlgrün  ;  hématoxyline  phosphotungstique  de  Mallory). 

Les  trois  tumeurs  présentent  le  même  type  strictural. 

Elles  sont  contenues  dans  une  capsule  assez  épai-se,  formée  de 
faisceaux  collagènes  avec  cellules  fixes  interposées,  n’envoyant  pas  de 
tractus  ou  travées  à  l’intérieur  de  la  masse  néoplasique. 

A  sa  périphérie,  le  tissu  tumoral  est  compact  :  les  éléments  néopla¬ 
siques  sont  tassés  les  uns  contre  les  autres,  sans  aucune  ordinalion  : 


SÉANCE  DU  27  JUIN 


983 


ce  n’est  qu’à  quelque  distance  de  la  capsule  que  les  cellules  tumorales 
prennent  la  disposition  caractéristique  que  nous  décrirons  plus  loin. 
Signalons  que  les  tumeurs  mésocolique  et  iliaque  qui,  macroscoji- 


Fig.  2. 


quement,  étaient  farcies  de  lacunes  hémorragiques  et  nécrotiques  ou 
sphacélées,  présentent  à  l’examen  microscopique  de  très  nombreuses 


Fig.  3. 


zones  de  dégénérescence,  des  nodules  hémorragiques,  des  placards  de 
ramollissement  œdématèux,  phénomènes  qui  t  e  se  retrouvent  pas  sur 
les  préparations  de  la  tumeur  pelvienne. 

Description  microscopique.  —  Les  lumeurs  sont  formées  de  cordons 


984 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


cellulaires  irréguliers,,  plus  ou  moins  longs,  et  d’amais  cellulaires,  en 
colleretles,.  plus  ou  moins  volumineux  disséminés  dans,  un  tissu 
d'aspect  lâche  œdématié  ou  infiltré-  d’hématies  ou  encore  parsemé  de 
débris  nécrotiques  (Voir  flg.  4,  5,  6,  7  et  8). 

Dans  ce  tissu,  qui  ne  présente  pas  trace  de  collagène,  sont  semées 
des  cellules  tumorales  éparpillées  ou  parfois  alignées  en  (lie,  quelque¬ 
fois  en  continuité  avec  les  éléments  des  cordons  ou  des  amas  cellu¬ 
laires  dont  elles  offrent  d’ailleurs  tous  les  caractères, 

A.  Cordkms.  —  Ces  cordons  cellulaires,  plus  ou  moins  nombreux 


F'rs.  4.  —  Aspect  *  pérîlMM  »  des  éléments  néoplasiques 
(faibte  grossissement  :  5B/1), 


selou  les  fragments  examinés,  sont  centrés  ■par  un  capillaire ;  ils  sont 
caractérisés  essentiellement  par  la’ disposition  périvasculaire  de.  leurs 
éléments  qui,  tassés  sur  trois  ou  quatre  assises,  restent  indépendants 
les  uns  des  autres  et  ne  sont  pas  accolés  comme  dans  les  tumeurs 
épithéliales  (fig.  4  et  5). 

Les  capillaires  centraux  sont  normaux;  leur  endothélium  est  mince; 
la  bande  cytoplasmique,  difficile  à  distinguer  et  semée  de  noyaux 
allongés  parallèlement  au  capillaire,  est  directement  en  rapport  avec 
les  cellules  tumorales.  Rarement  on  aperçoit,  en  dehors  de  l’endo- 
IhiLium,  un  mince  liséré  collagène  sur  lequel  s’implante  le  pâte  interne 
des  cellules  néoplasiques. 

Ces  dernières,  bien  qu’appartenant  au  même  type»  revêtent  dies 
formes  assez  variées  :  d’une  façon,  générale,  elles  sont  allongées,  leur 


SÉANCE  DU  27  JUIN 


grand  axe  perpendiculaire  au  vaisseau,  formant  une  rosette  périthé- 
liale  :  mais  cette  disposition  radiée  est  principalement  marquée  par 
l’orientation  et  la  stratification  des  noyaux.  Disposées  sur  plusieurs 
rangs,  fort  rapprochées  les  unes  des  autres,  leur  cytoplasma  a  des 
limites  imprécises  :  tantôt  elles  sont  ovoïdes,  parfois  fusiformes;  tantôt 
leur  contour  est' irrégulier,  déchiqueté  et  émettant  de  courts  prolon¬ 
gements  dont  les  anastomoses  pourraient  en  imposer  par  un  réseau 
conjonctif,  s’ils  étaient  colorables  par  les  réactifs  du  collagène. 


Fig.  5.  —  Disposition  autour  d'un  capillaire  sanguin 
des  éléments  néoplasiques  (fort  grossissement  :  350/1). 


Leur  cytoplasma  est  très  colorable,  homogène  ou  finement  grenu, 
parfois  semé  de  petites  vacuoles. 

Quant  aux  noyaux,  ils  sont  ovoïdes  ou  allongés,  parfois  globuleux, 
souvent  pauvres  d’encoches  ou  d’incisures  (noyaux  cloisonnés,  fissurés, 
crénelés...),  possèdent  un  très  gros  nucléole  et  quelques  fins  grains 
chromatiniens  disposés  aux  nœuds  d’un  réseau  ténu  (fig.  8). 

B.  Amas  cellulaires  en  collerette.  —  Les  amas  cellulaires  essaimés 
entre  les  cordons  périthéliaux  ont  un  aspect  quelque  peu  différent. 
Certains  correspondent  à  la  section  transversale  ou  oblique  de  cordons 
périthéliaux  et  sont  centrés  par  un  capillaire  entouré  d’un  manchon 
cellulaire  plus  ou  moins  épais.  - 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Eig.  6.  —  Aspect  en  «  rosette  »  des  éléments  néoplasiques 
(grossissement  moyen  :  120/1). 


Fio.  7.  —  Vue  à  un  plus  fort  grossissement  (450/1) 
des  éléments  néoplasiques  déposés  en  rosette  autour  d’un  centre 
à  structure  mal  définie. 


SÉANCE  DU  27 


D’autres,  et  ce  sont  les  plus  intéressants,  offrent  une  autre  structure. 
Leurs  éléments  constituants  affectent  la  même  morphologie  cellulaire 
et  nucléaire  et  la  même  disposition  radiée  autour  d’un  centre,  mais  ce 
centre  en  constitue  la  caractéristique  ;  disposition  en  «  rosette  »  (figure  6). 

Il  est  dépourvu  d’éléments  cellulaires;  tout  au  plus  peut-on  voir, 
comme  sur  la  figure  7,  une  cellule  tumorale  empiétant  sur  la  périphérie 
de  ce  centre.  Il  apparaît  clair,  occupé  par  un  réticulum  lâche,  acido- 
phile,  qui  ne  donne  aucune  des  réactions  du  collagène  (safran,  Mal-' 


^5 


©  0 


Fia.  8.  —  Cellules  multinucléées  de  la  tumeur  v 
(600/1). 


lory),  ni  de  la  névroglie  :  sur  deux  ou  trois  amas  en  collerette,  la  struc¬ 
ture  de  leur  centre  était  assez  nettement  fibrillaire.  Parfois,  enfin,  ce 
centre  est  très  réduit  ou  même  comblé  par  le  rapprochement  des  pôles 
internes  des  éléments  néoplasiques. 

Le  plus  souvent,  il  revêt  une  apparence  réticulée  et  les  mailles  de 
ce  réseau  sont  occupées  par  de  petits  corpuscules  plus  ou  moins  régu¬ 
lièrement  arrondis  ou  déformés  par  compression  réciproque  qui  nous 
paraissent  être  des  hématies  hémolysées. 

Tout  autour  de  ces  centres,  se  disposent  en  collerette,  sur  deux  ou 
trois  assises,  les  cellules  tumorales  en  tout  semblables  à  celles  qui 
engainent  les  capillaires. 

En  général,  ces  amas  cellulaires  qui  présentent  absolument  l’aspect 
des  capsules  sympathogoniques  sont  petits;  quelques-uns  cependant  sont 

BULL.  ET  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  Ça».,  1923.  73 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


plus  développés  et  peuvent,  par  leur  tassement  et  leur  confluence, 
arriver  à  former  des  cordons  néoplasiques  d’une  identification  plus 
difficile. 

L’observation  du  Dr  Hertz  est,  comme  on  peut  le  voir,  très 
complète  et  accompagnée  d’un  examen  anatomo-pathologique 
minutieux  qui  ne  me  laissera  pas  grand’chose  à  ajouter.  J’ai  eu, 
du  reste,  l’occasion  d’examiner  moi-même  les  préparations  de 
celte  tumeur,  et  je  pense  qu’il  n’y  a  pas  de  doute  sur  le  diagnostic 
histologique  :  il  s’agit  bien  là  d’une  tumeur  maligne,  développée 
très  vraisemblablement  aux  dépens  de  cellules  du  sympathique 
embryonnaire,  c’est-à-dire  d’un  sympathome  ou  sympathoblas- 
tome. 

Ce  sont  là  des  tumeurs  très  rares  :  en  1907,  je  décrivis,  avec 
mon  ami  Lapointe,  une  de  ces  tumeurs  développée  au  niveau  de 
la  capsule  surrénale  qu’il  avait  enlevée  et  dont  il  m’avait  confié 
l’examen;  j’avais  alors  pensé  qu’il  s’agissait  dans  ce  cas  d’un 
«  gliome  »  ;  mais  des  nouvelles  études  m’ont  permis  de  rapprocher 
notre  cas  des  sympathomes  décrits  par  Wiesel  et  de  mieux  en 
mieux  connus  depuis  quinze  ans. 

Ce  sont  des  tumeurs  très  malignes,  généralement  même  inopé¬ 
rables  à  cause  des  relations  intimes  qu’elles  contractent  avec  les 
gros  troncs  vasculaires  de  l'abdomen  (aorte,  tronc  cœliaque, 
artères  mésentériques). 

La  plupart  des  observations  publiées  l’ont  été  surtout  au  point 
de  vue  anatomo-pathologique  ;  un  grand  nombre  de  ces  tumeurs, 
chose  intéressante,  ont  été  trouvées  chez  des  nouveau-nés  ou  de 
jeunes  enfants;  chirurgicalement,  je  crois  que  le  cas  de  Herlz  est 
l’un  des  premiers  (sinon  le  premier)  où  une  opération  utile  et 
complète  ait  pu  être  menée  à  bien.  Naturellement,  il  faudra 
attendre  de  longs  mois  encore  pour  savoir  quelle  sera  la  valeur 
réelle  du  résultat  opératoire;  car  ces  tumeurs,  je  le  répète,  sont 
très  malignes  et  il  est  bien  à  craindre  qu’une  récidive  ne  se  pro¬ 
duise  à  plus  ou  moins  longue  échéance  chez  la  malade  de  Hertz. 

Comme  la  tumeur  principale  pénétrait  profondément  dans  le 
mésocôlon  transverse  et  que  le  sacrifice  des  vaisseaux  coliques 
moyens  avait  été  nécessaire  pour  pouvoir  enlever  la  tumeur, 
Hertz  fit  une  extériorisation  du  côlon  transverse,  en  partie  dévi¬ 
talisé;  une  résection  secondaire  du  côlon,  qui  se  sphacéla  au  bout 
de  quelques  jours,  provoqua  la  formation  d’un  anus  contre  nature 
sur  le  transverse,  anus  que  guérit  facilement  une  application 
d’entérotome. 

Je  ne  puis  qu’approuver  la  conduite  de  Hertz  dans  ce  cas; 
à  mon  avis,  il  a  très  bien  fait  de  ne  pas  compliquer  et  aggraver 


SÉANCE  DU  27  JUIN 


989 


encore  une  opération,  qui  avait  été  difficile  et  choquante,  par  une 
résection  du  côlon  Iransverse  avec  entérorraphie  immédiate.  Le 
succès  opératoire  qu’il  a  obtenu  est  d’ailleurs  la  meilleure  justifi¬ 
cation  de  la  technique  qu’il  a  cru  bon  d’employer  dans  son  cas. 

Je  n’ajouterai  qu’un  mot  au"  sujet  de  la  structure  de  ces  curieuses 
et  rares  tumeurs.  Comme  l’ont  montré  Wiesel  (1903),  puis  Alezais 
et  Peyron  (1912;,  ces  néoplasmes  se  développent  très  vraisembla¬ 
blement  aux  dépens  d’éléments  du  sympathique  embryonnaire  : 
on  sait  que  l’ébauche  primordiale  du  ganglion  sympathique, 
comme  celle  du  futur  ganglion  spinal,  est  formée  d’abord  de 
neurocytes  :  ceux-ci  se  transforment  bientôt  en  sympalhogonies , 
éléments  constitués  par  un  noyau  foncé  presque  complètement 
nu.  On  reconnaît  justement  très  bien  ces  éléments  dans  les  pré¬ 
parations  du  cas  rapporté  par  Hertz.  Les  amas  de  cellules  à  type 
«  sympalhogonies»  sont  souvent  groupés  autour  des  vaisseaux 
(disposition  dite  périthélialè,  très  nette,  figure  4),  ou  bien  disposés 
en  «  rosette  »  (voir  figure  6).  Celte  disposition  en  rosette  est 
même  l’un  des  éléments  les  plus  caractéristiques  qui  permette  de 
reconnaître  ces  tumeurs  malignes.  Inutile  de  dire  qu’avant  les 
travaux  récents  (qui  ne  remontent  guère  à  plus  de  vingt  ans)  ces 
tumeurs  étaient  classées  naturellement  dans  le  groupe  chaotique 
des  «  sarcomes  ».  A  mesure  que  nous  connaissons  mieux  la  struc¬ 
ture  des  tumeurs  malignes,  on  voit  se  restreindre  de  plus  en  plus 
la  classé  confuse  des  sarcomes.  Malheureusement  ces  distinctions 
histologiques  subtiles,  fort  intéressantes  au  point  de  vue  scienti¬ 
fique,  n’ont  provisoirement  qu’un  assez  mince  intérêt  chirurgical. 

Ce  sont  des  tumeurs  malignes  et  d’autant  plus  malignes  qu’elles 
ont  une  structure  plus  embryonnaire  :  pratiquement,  nous  n’en 
savons  pas  davantage.  Ces  tumeurs  à  sympalhogonies  sont-elles 
radiosensibles?  C’est  possible  et  même  assez  probable,  d’après 
leur  structure;  mais  le  nombre  des  observations  publiées  est 
encore  bien  trop  restreint  pour  que  l’on  puisse  le  savoir  avec 
quelque  précision.  Tout  de  même,  je  crois  que  si  la  malade  de 
Hertz  (comme  c’est  malheureusement  bien  probable)  présentait 
des  signes  de  récidivé,  il  serait  très  indiqué  de  la  soumettre  à  un 
traitement  par  les  rayons  X  très  pénétrants. 

En  terminant,  je  vous  propose  de  remercier  M.  Herlz  de  nous 
avoir  envoyé  sa  remarquable  observation  et  de  le  féliciter  du 
beau  résultat  opératoire  qu’il  a  su  obtenir  dans  un  cas  difficile. 


990 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Communications . 

Deux  cas  de  taille  duodénale  pour  extraire 
des  épingles  de  nourrice  chez  de  très  jeunes  enfants , 

par  M.  L.  OMBUÉDANNE. 

Dans  une  même  semaine,  je  viens  d’avoir  à  intervenir  deux  fois 
pour  extraire  du  duodénum  des  épingles  de  nourrice  qui  élaient 
arrêtées  à  ce  niveau.  Ces  deux  enfants  ont  d’ailleurs  parfaitement 
guéri. 

Voici  ces  deux  observations  : 

Obs.  I.  —  Henriette  L...,  vingt-deux  mois,  avale,  le  8  juin,  une 
épingle  de  nourrice  ouverte  :  son  geste  a  été  vu.  La  mère  engage  son 
doigt  dans  la  gorge  de  l’enfant,  mais  il  semble  qu’elle  n’ait  réussi  qu’à 
accentuer  l’engagement. 

Le  jour  même,  l’enfant  accuse  quelques  coliques.  Elle  est  amenée  à 
l’hôpital  le  10  au  matin,  deux  jours  après  la  pénétration. 

Le  li,  à  6  heures  du  matin,  survient  un  vomissement  bilieux. 

Radiographie  le  11  juin.  —  On  voit  l’épingle  ouverte,  située  à  gauche 
du  rachis,  charnière  à  droite,  pointe  en  bas.  On  pense  que  l’épingle  doit 
être  dans  la  portion  terminale  du  duodénum  transverse. 

L’état  général  est  bon  ;  pas  de  ballonnement  du  ventre.  L’enfant  s’ali¬ 
mente  ;  le  vomissement  ne  se  renouvelle  pas. 

Radiographie  du  12  juin.  —  L’épingle  est  remontée,  et  a  tourné.  Sa 
charnière  se  projette  sous  la  12'  côte  gauche,  sa  pointe  sur  la  11“  côte, 
ainsi  que  son  cache-pointe.  Je  pense  que  l’épingle  est  arrivée  à  l’angle 
duodéno-jéjunal,  qu’elle  aborde  la  pointe  la  première,  en  position  défa¬ 
vorable  par  conséquent  (fig.  1). 

J’ai  l'impression  que  le  faciès  de  l’enfant  n’est  pas  très  bon;  la  pré¬ 
sentation  me  paraissant  nettement  défavorable,  je  me  décide  à  inter¬ 
venir  en  fin  de  matinée. 

Laparotomie  transversale  sus-ombilicale.  Par  acquit  de  conscience, 
j’explore  rapidement  l’estomac  :  il  ne  contient  pas  de  corps  étranger. 
Je  relève  avec  soin  le  côlon  transverse  que  j’étale  :  à  ce  moment,  les 
aides  et  moi-même  voyons  nettement  la  pointe  de  l’épingle  sortir  sur-  . 
2  cent.  1/2  environ  à  travers  la  paroi  intestinale  (fig.  2). 

Je  saisis  fortement  cette  pointe  dans  une  pince  américaine  et  je 
regarde  exactement  où  nous  sommes  :  la  pointe  s’est  dégagée  au  niveau 
de  l’angle  duodéno-jéjunal,  le  corps  de  l’épingle  est  encore  dans  le 
duodénum. 

Je  lire  sur  la  pointe,  et  j’incise  l’intestin  sur  le  demi-centimètre 
nécessaire  au  dégagement  du  couvre-pointe.  Je  suture  en  deux  plans 
au  fil  de  lin. 

Fermeture  sans  drainage,  en  un  plan,  au  fil  métallique,  avec  les  pré- 


SÉANCE  DU  27  JUIN 


991 


Fig.  1. 

Après  quelques  incidents,  vomissements  noirâtres  en  particulier,  qui 


semblent  avoir  été  arrêtés  par  une  injection  d’atropine,  l’état  général 
se  relève.  Le  15,  elle  peut  être  considérée  comme  hors  de  danger.  La 
convalescence  dès  lors  se  fait  rapidement  et  sans  complications. 


992 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Obs.  II.  — Voici  d’abord  la  note  qu’ont  rédigée  à  son  sujet  le 
Dr  François,  chirurgien  de  l’hôpital  de  Versailles  et  le  DrHadengue , 
radiologiste. 

Le  jeune  B..,  (sept  mois),  a  avalé  son  épingle,  barrette  de  bavoir,  à  la 
fin  de  l’après-midi  du  lundi  4  juin. 

En  mon  absence,  le  Dr  B...,  son  père,  l’emmène  d’urgence  à  l’hôpital 
et  constate,  environ  une  heure  après,  la  présence  du  corps  étranger  dans 
l’estomac. 

L’épingle  est  grande  ouverte  et  placée  obliquement. 

Le  mardi  matin  5  juin,  nous  voyons  l’enfant  et  constatons  encore  la 


Fig.  3. 

présence  du  corps  étranger  dans  l'estomac,  dans  la  région  prépylo- 
rique.  Le  soir  du  même  jour,  vers  6  h.  1/2,  le  corps  étranger,  pointe  en 
arrière,  paraît  s’engager  dans  le  duodénum. 

A  partir  du  mercredi  matin  6  juin  jusqu’au  jour  de  l’opération,  le 
14  juin,  le  corps  étranger  occupe  la  position  suivante,  invariée  pen¬ 
dant  tout  ce  laps  de  temps. 

Cette  position  figurée  sur  la  radiographie  ci-jointe  est  la  suivante  (fig.  3): 

L’épingle  double  est  grande  ouverte  ;  elle  est  obliquement  placée  de 
haut  en  bas  et  de  droite  à  gauche,  sa  pointe  supérieure  se  projetant  sur 
le  milieu  de  la  12e  côte  droite,  son  milieu  ou  charnière  se  projetant  sur 
la  face  latérale  droite  de  la  III*  lombaire,  la  médaille  de  la  barrette  se 
projetant  sur  la  IVe  lombaire  et  l’extrémité  tout  inférieure  atteignant 
la  partie  inféro-latérale  gauche  du  corps  delà  Ve  lombaire. 

De  profil,  répingte  apparaît  verticalement  placée  et  occupe  une 


SÉANCE  DU  27  JUIN 


situation  abdominale  profonde  immédiatement  au  devant  de  La 
colonne  lombaire. 

La  position  de  l’estomac  ayant,  été  facilement  délimitée  par  une 
simple  bouillie  farineuse  à  laquelle  nous  avons  ajouté  quelques 
grammes  de  carbonate  de  bismuth,,  et  ayant  pu,  d’autre  part,  suivre 
bi-quotidiennement  l’évolution  du  corps  étranger,  nous  avons  pensé 
pouvoir  le  localiser  au  niveau  de  la  2e  portion  du  duonénum. 

Remarque.  —  Les  examens  radioscopiques  (sauf  le  premier)  ont  été 
pratiqués  avec  une  très  grande  rapidité  (quarante-cinq  secondes  en 
moyenne)  pour  éviter  toute  réaction  cutanée  due  à  la  répétition  des 
examens . 

Le  10  juin,  le  Dr  François  me  demande  mon  avis  :  aucun  symp¬ 
tôme  alarmant  ne  s’est  produit,  mais  la  broche  est  en  position 
inchangée  depuis  six  jours. 

Je  conseille  encore  d’attendre  un  peu,  d’essayer  de  faire  manger  à 
l’enfant  des  queues  d’asperges  et  des  côtes  de  céleri,  alimentation 
qui  m’a  déjà  semblé  assez  efficace  dans  des  cas  analogues,  en 
faisant  passer  dans  l’intestin  des  résidus  enchevêtrés  :  mais  cette 
fois-ci  l’échec  est  complet.  Le  nourrisson,  élevé  au  sein,. n’a  pour¬ 
tant  été  nullement  incommodé  par  cette  alimentation  inattendue. 

Entre  temps,  j’avais  demandé  au  Dr  Hadengue  la  radiographie 
que  je  vous  présente. 

Je  me  décide  à  intervenir  le  jeudi  14  juin  à  4  heures,  dix  jours 
après  la  pénération  de  la  broche  qui  est  immobile  depuis  huit  jours. 
Maison  de  santé  de  Versailles.  Anesthésie  à  l’éther.  M’assistent 
les  Drs  François  et  Jean  Besnard,  le  Dr  Hadengue  (de  Versailles). 

Laparotomie  transversale  sus-ombilicale.  J’explore  l’estomac, 
où  je  ne  trouve  rien.  Je  relève  et  j’étale  le  côlon  transverse.  Je  vois 
le  duodénum  trams  verse  et  l’angle  djuodéno-jéjunal,  qui  sont 
vides.  Alors,  seulement,  je  sens  le  corps  étranger  dans  la  partie 
recouverte  du  duodénum,  au  niveau  de  son  second  coude.  Je  le 
saisis,  mais  je  m’aperçois  que  la  pointe  de  la  broche  menace  la 
portion  ascendante  (fig.  4)  très  près  du  pédicule  hépatique.  Je 
suis  très  gêné. 

Je.  cherche'  à  faire  avancer  la  broche  dans  le  duodénum  trans¬ 
verse  pour  la  dégager  à  ce  niveau  :  impossible,  la  pointe  menace 
de  faire  des  dégâts. 

Je  cherche  alors  à  faire  remonter  celte  pointe  vers  le  pylore  et 
l’estomac  :  je' ne  puis  non  plus  y  parvenir. 

Alors,. choisissant  un  point  bien  avasculaire  sur  mon  duodénum 
ascendant,  je  fais  sortir  la  pointe  à  travers  la  paroi,  et  je  la  saisis 
solidement  :  tout  ce  que  j’ai  pu  faire  est  d’écarter  cette  pointe  de 
un  demi- centimètre  du  pédicule.  Mais  le  reste:  de  l'opération  est 
facile.  J’incise  longitudinalement  sur  un  centimètre: dans  la  direc- 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


lion  du  pylore  pour  permettre  à  la  charnière  et  à  la  médaille  de 
se  dégager. 

Je  ferme  avec  un  surjet  de  fil  de  lin.  Je  double  avec  une  bonne 
couverture  d’épiploon. 

Fermeture  sans  drainage.  Suture  de  la  paroi  en  un  plan  au  fil 
de  métal.  Pansement  sanglé  sous  une  bande  de  tissu  agglutinalif. 

Les  suites  sont  extrêmement  simples,  sans  un  vomissement. 

^a  température  n’a  pas  dépassé  39°,  sans  cesse  ramenée  par 
les  grands  lavements  froids  si  utiles  en  pareil  cas.  Quatre  jours 
plus  tard,  l’enfant  avait  repris  son  régime  alimentaire  normal. 


Les  nouvelles  que  j’ai  reçues  depuis  continuent  à  être  excel¬ 
lentes,  et  l’enfant  peut  être  considéré  comme  guéri. 

De  ces  deux  observations,  je  ne  tirerai  aucune  conclusion 
concernant  le  calcul  des  probabilités  de  l’expulsion  spontanée 
d’une  épingle  qui  vient  de  s’arrêter,  ouverte,  dans  le  duodénum. 

Par  contre,  j’ai  été  très  impressionné,  dans  ma  première  obser¬ 
vation,  de  trouver  la  pointe  de  l’épingle  en  plein  péritoine,  sans 
avoir  au  préalable  observé  de  signes  cliniques  de  réaction  péri¬ 
tonéale. 

On  me  dira  peut-être  que  c’est  moi  qui  ai  pu  déterminer  cette 
perforation  au  cours  de  l’opération,  quand,  relevant  le  côlon  trans¬ 
verse,  j’ai  tendu  ainsi  l’angle  duodéno-jéjunal.  Je  ne  le  pense  pas, 
car  je  n’avais  fait  aucune  exploration  à  l’aveugle,  et  j’avais  relevé 
le  côlon  avec  la  plus  extrême  douceur. 

Si,  comme  je  le  crois,  cette  perforation  s’était  faite  spontanément, 


SÉANCE  DU  27  JUIN 


993 


il  me  paraît  évident  que  mon  intervention  a  été  fort  opportune,  et 
que  des  accidents  graves  n’auraient  pas  tardé  à  apparaître;  d’où 
il  résulterait  qu’une  excessive  temporisation  en  pareil  cas  neserait 
pas  sans  inconvénients. 

En  second  lieu,  je  ferai  remarquer  les  situations  qu'occupent, 
sur  les  radiographies,  ces  deux  corps  étrangers  du  duodénum 
(fig.  1  et  3). 

La  pointe  de  l’épingle  se  projette  sur  la  11°  côte  gauche  dans 
l’observation  I  ;  la  couvre-pointe  se  projette  sur  le  côté  de  la 
5e  lombaire  dans  l’observation  II;  c’est  bien  haut  dans  le  premier 
cas:  c’est  bien  bas  dans  le  second;  ces  fails  me  paraissent  ins¬ 
tructifs;  ils  s’expliquent  en  partie  par  le  fait  que  l’image  du  corps 
étranger  projetée  sur  la  paroi  postérieure  se  trouve  agrandie. 

Je  ferai  remarquer  aussi  la  différence  qui  existe  entre  les  radio¬ 
graphies  et  les  croquis  opératoires  que  je  vous  présente  (fig.  2  et  4). 
Ces  croquis  ont  été  établis  par  moi,  immédiatement  après  les 
interventions;  je  les  ai  copiés  sur  mes  registres.  Ils  sont  ld  sché¬ 
matisation  de  mes  constatations  opératoires,  de  ce  que  mes  aides 
et  moi  avons  vu  et  senti  au  cours  de  l’intervention.  La  différence 
en  question  ne  peut  donc  s’expliquer  que  par  une  mobilité  assez 
grande  du  duodénum  qui  se  laisse  facilement  Réformer  au  cours 
des  manœuvres  opératoires. 

J’attirerai  encore  l’attention  sur  deux  points  : 

1°  La  très  grande  commodité  de  l’incision  de  Gosset,  de  l’incision 
transversale  sus-ombilicale,  pour  accéder  au  duodénum  chez  le 
nourrisson. 

2°  Le  grand  avantage  qu’il  y  a,  pour  procéder  à  l’extraction  de 
ces  épingles  ouvertes,  à  les  faire  traverser  d’abord  la  paroi  intes¬ 
tinale  par  leur  pointe,  à  les  saisir  à  ce  moment  directement  et 
solidement,  puis  à  terminer  l’extraction,  ce  qui  peut  alors  se  faire 
par  une  incision  extrêmement  minime.  C’est,  transposée  au  duo¬ 
dénum,  une  notion  classique  pour  l’extraction  des  épingles 
engagées  dans  l’urètre. 

Je  n’ai  eu  aucun  mérite  à  procéder  ainsi  dans  le  premier  cas, 
puisque  je  me  suis  trouvé  en  face  d’un  duodénum  déjà  perforé. 

Mais  je  l’ai  fait  de  parii  pris  dans  le  second  cas,  et  m’en  suis  fort 
bien  trouvé.  Car  je  n’ai  pas  oublié  les  difficultés  que  j’avais  eues 
en  sortant  une  épingle  ouverte  de  l’estomac  d’un  enfant  de 
seize  jours  :  j’avais  d’abord  ouvert  l’estomac  et  j’étais  ensuite  allé 
chercher  l’épingle;  pendant  l’extraction,  j’avais  à  chaque  instant 
l’impression  que  le  moindre  mouvement  de  l’opéré  amènerait  la 
paroi  gastrique  à  s’embrocher  sur  la  pointe  de  l’épingle. 

Le  fait  ne  s’est  pas  produit  heureusement,  et  l’enfant  a  guéri  : 
je  vous  ai  déjà  rapporté  cette  observation.  Mais,  aujourd’hui,  je 


SOCIÉTÉ  DE  CHIHURG1E 


commencerais  par  faire  sortir  la  poinle  dans  une  zone  avasculaire, 
et  je  terminerais  comme  je  vous  l'ai  dit. 

Quoi  qu’il  en  soit,  les  tailles  duodénales chez  le  nourrisson  sont 
assez  rares  pour  que  ces  deux  observations  m’aient  semblé  mériter 
de  vous  être  signalées. 

M.  Victor  Veau.  —  Les  cas  très  intéressants  de  mon  ami 
Ombrédanne  m’impressionnent.  Jusqu’à  présent,  j’ai  peut-être  été 
trop  craintif  pour  intervenir.  Je  serai  moins  réservé  à  l’avenir. 


Sur  l'anesthésie  épidurale , 
par  M.  M.  DAMBRIN,  correspondant  national. 

Dans  une  des  dernières  séances,  M.  Mocquot  a  donné  les  résul¬ 
tats  de  son  expérience  sur  l’anesthésie  épidurale;  nous  avons  cru 
utile  d’apporter  notre  témoignage  au  bénéfice  de  cette  méthode. 

Nous  avons  commencé  nos  essais  en  octobre  dernier  et  réalisé 
depuis  49  anesthésies  épidurales  dans  notre  service  ou  notre 
clientèle;  9  observations,  sur  ce  nombre,  nous  ont  été  commu¬ 
niquées  par  le  Df  Daléas,  aide  de  clinique,  qui  a  utilisé  notre 
technique. 

Comme  tous  ceux  qui  se  sont  occupés  de  cette  question,  nous 
avons  deux  parrains  :  Calhelin  et  Laewen.  Au  premier  nous  avons 
emprunté  la  technique  delà  ponction  en  décubitus  latéral  gauche. 
La  latéralisation  du  pli  fessier  dans  cette  position  ne  nous  a  pas 
longtemps  gênés.  La  flexion  exagérée  des  cuisses  et  des  jambes 
«  les  genoux  au  menton  »  met  bien  en  évidence  la  région  et  les 
repères  osseux. 

A  Laewen,  nous  avons  pris  la  solution  anesthésique,  en  modi¬ 
fiant  dans  le  détail  sa  préparation.  On  sait  que  Fon  ne  peut 
conserver  en  solution  alcaline  la  novocaïne  active.  Pour  éviter  la 
préparation  extemporanée  de  la  solution  par  ébullition,  nous  avons 
fait  préparer  les  ampoules  : 

f  Bicarbonate  de  soude .  0  gr.  15 

N“  1  ]  Chlorure  de  sodium .  0  gr.  10 

(  Eau  distibée . 20  cent,  cubes. 

f  Novocaïne  (scurocaïoe) ....  0  gr.  60 

)  Adrénaline  (scurénaline)  ...  0  gr.  00035  (VIL  à  VIII  gouttes  de 

N°  2  )  sol.  d'adrénaline  criet.  àlp.l.jOOO). 

[  Eau  distillée .  10  cent,  cubes. 

Au  moment  de  l’injection,  on  réalise,  par  simple  mélange-  du 
contenu  des  deux  ampoules,  la  solution  utilisée  par  les  auteurs , 
français  et  américains.  Ce  procédé  nous  a  paru  plus  simple. 


L’anesthésie  apparaît  au  bout  de  dix  à  quinze  minutes  et  dure, 
en  moyenne,  une  heure. 

On  peut  accélérer  l’action  en  supprimant  l’adrénaline  de  la  solu¬ 
tion;  le  début  de  l’anesthésie  est  alors  plus  précoce  (cinq  à  dix 
minutes),  mais  sa  durée  est  plus  courte  (trente  à  quarante  minutes). 

Au  contraire,  en  augmentant  la  quantité  d’adrénaline  jusqu'à 
XV  gouttes,  l’anesthésie  peut  durer  jusqu’à  une  heure  trente, 
mais  son  début  est  plus  tardif  (vingt  minutes,  en  moyenne). 

L’emploi  des  solutions  préparées  à  l’avance  et  stérilisées  par 
thyndallisation  donne  une  anesthésie  dont  le  début  est  peut-être 
légèrement  retardé,  mais  dont  la  durée  et  la  qualité  sont  satisfai¬ 
santes;  le  maniement  des  ampoules  est  moins  délicat  que  celui 
des  paquets  de  Laewen. 

Nous  avons  eu  quatre  échecs,  surtout  au  début  (deux  fois  l’injec¬ 
tion  fut  faite  hors  du  canal  sacré  ;  une  fois  nous  avions  essayé  une 
solution  non  bicarbonatée;  la  quatrième  fois  nous  étions  en  pré¬ 
sence  d'une  malade  d’un  nervosisme  tel  qu’il  a  été  impossible  de 
la  faire  taire  de  son  entrée  à  sa  sortie  de  la  salle  d’opérations). 
Nous  n’avons  jamais  observé  d'accident,  même  léger.  Cinq  fois 
nosopérés  se  plaignirent  un  peu,  mais  il  ne  fallut  pas  recourir  à  un 
autre  mode  d'anesthésie.  Dans  40  cas  le  résultat  fut  satisfaisant. 

Les  zones  que  nous  avons  réussi  à  atteindre  sont  les  mêmes 
que  celles  indiquées  parM.  Mocquot,  car  nous  injectons  les  mêmes 
doses:  13  à  20  cent,  cubes  de  solution  (c’est-à-dire  0  gr.  30  àOgr.  40 
de  novocaïne  en  solution  à  2  p.  100).  Nous  rejetons  également  les 
intoxications  méthodiques  (véronal,  scopolamine,  morphine)  usi¬ 
tées  en  Allemagne  pour  élargir  prématurément  le  cadre  d’une 
méthode  d’anesthésie  qui,  employée  judicieusement  pour  des 
interventions  déterminées  (anus, scrotum  et  verge,  périnée,  vulve, 
vagin  et  col  utérin),  est  d’une  bénignité  absolue  et  doit  être  un 
précieux  auxiliaire  pour  le  chirurgien. 


Présentations  de  malades. 

Deux  cas  de  compression 

du  plexus  brachial  par  hypertrophie  des  apophyses  transv  rses 
de  la  7e  vertèbre  cervicale.  Intervention  chirurgicale. 
Guérison, 

par  MM.  CB.  LENORMANI  et.  J.  SÉNÈQUE.. 

Les  accidents  de  compression  nerveuse  ou  vasculaire  causés 
par  l’existence  des  côtes  cervicales  sont  aujourd’hui  bien  connus 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


et  l’on  en  a  publié  un  nombre  important  d’observations.  L’atten¬ 
tion  a  été  moins  attirée  sur  les  compressions  du  plexus  brachial 
qui  résultent  d’une  modification  morphologique,  d’une  hyper- 


Kig.  t. 


trophie  pure  et  simple  des  apophyses  transverses  de  la  T  cervicale 
sans  existence  d’une  côte  cervicale  véritable  ;  les  faits  de  ce  genre 
ont  été  souvent  confondus  dans  le  groupe  des  côtes  cervicales. 
Cependant  Honeij,  en  Amérique,  etNeef,  en  Danemark,  ont  signalé 
un  certain  nombre  d’exemples  de  cette  anomalie,  qui  s’accompa¬ 
gnaient  de  phénomènes  de  compression  nerveuse,  et  l’un  de  nous 
a  eu  l’occasion  d’opérer  sept  malades  chez  lesquels  il  a  rencontré, 


SÉANCE  DU  27  JUIN 


comme  unique  lésion,  une 
hypertrophie  de  la  7“  apophyse 
transverse  cervicale. 

Nous  vous  présentons  les 
deux  plus  récentes  opérées. 

Leurs  observations  nous  pa¬ 
raissent  tout  à  fait  typiques  : 

La  première  est  une  jeune 
femme  de  vingt-trois  ans,  qui 
nous  a  été  envoyée  du  service 
de  M.  le  professeur  Pierre 
Marie.  Le  début  des  troubles 
est  chez  elle  très  ancien, 
puisque  c’est  en  1913  que  cette 
malade  a  commencé  à  souffrir 
de  la  région  scapulaire  gau¬ 
che  ;  ees  douleurs,  d’abord 
peu  accentuées,  passagères  et 
ne  survenant  qu’à  l’occasion  de  la  fatigue,  se  sont  accrues  peu  à 
peu  et  étendues,  de¬ 
puis  l’année  dernière, 
à  la  face  interne  du 
bras.  Elles  sont  actuel¬ 
lement  continues  et 
empêchent  tout  tra¬ 
vail.  A  l’examen  objec¬ 
tif  de  la  sensibilité,  on 
trouve  une  bande  d’hy- 
pôesthésie  à  la  face 
interne  de  l’avant-bras 
gauche. 

A  cès  troubles  sensi- 
■Pü  tifs  s’ajoutent,  depuis 
deux  ou  trois  mois, 
des  troubles  moteurs  : 
l’extension  des  trois 
derniers  doigts  de  la 
main  gauche  est  deve¬ 
nue  de  plus  en  plus 
limitée  et  il  y  a  actuel¬ 
lement  une  griffe  cubi¬ 
tale  typique.  A  droite, 
des  phénomènes  sem¬ 
blables,  mais  moins 


1000 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


accentués,  sont  survenus  récemment.  Il  n’y  a  pas  d’amyotrophie, 
sauf  peut-être  un  léger  aplatissement  de  l’éminence  hypothénar 
à  gauche;  mais  on  constate  des  deux  côtés  une  réaction  de 
dégénérescence  partielle  pour  les  muscles  interosseux  et  hypo- 
thénariens.  L’épreuve  du  dynamomètre  donne  25  à  droite  et 
16  à  gauche, 

Il  existe  un  léger  myosis  et  peut-être  une  légère  exophtalmie 
gauches. 

La  radiographie  (fig.  1)  montre  que  les  deux  apophyses  trans¬ 
verses  de  Cvn  sont  hypertrophiées:  à  droite,  l’apophyse  vient  au 
contact  de  la  transverse  de  D1;  à  gauche  —  où  pourtant  les 
troubles  de  compression  sont  plus  accentués  —  il  reste  entre  les 
deux  apophyses  un  étroit  espace  clair. 

La  malade  a  été  obérée  par  l'un  de  nous  (Sénèque),  le  2  juin  1923. 
A  gauche  d’abord,  puis  à  droite,  on  a  fait  l’incision  cutanée  de 
ligature  delà  sous-clavière,  lié  la  veine  jugulaire  externe  et  incisé 
l’aponévrose  ;  les  troncs  du  plexus  brachial  ayant  été  reconnus, 
on  s’est  guidé  sur  eux  pour  atteindre  les  apophyses  transverses 
et  l’oa  a  constaté  que  le  7°  nerf  cervical  était  coudé  sur  l'apophyse 
hypertrophiée  et  le  8e  coincé  entre  elle  et  la  lre  transverse  dorsale  ; 
après  avoir  détaché  aux  ciseaux  et  à  la  rugine  les  faisceaux  mus¬ 
culaires  recouvrant  l’apophyse,  on  a  réséqué  celle-ci  à  la  pince- 
gouge  ;  puis  les  muscles  et  les  téguments  ont  été  suturés,  en 
laissant  un  drainage  filiforme. 

Le  résultat  de  cette  intervention  a  été  très  remarquable  :  dès  le 
réveil,  la  malade  s’est  sentie  complètement  délivrée  de  ses 
douleurs  —  d’un  côté  comme  de  l’autre  — ,  la  greffe  cubitale  a 
complètement  disparu  et  l’extension  complète  des  doigts  est  rede¬ 
venue  possible. 

Un  nouvel  examen  neurologique,  pratiqué  le  23  juin  dans  le 
service  du  professeur  Marie,  montre  que  l’état  est  redevenu  abso¬ 
lument  normal  au  point  de  vue  sensitif,  moteur  et  réfleclif;  la 
pression  au  dynamomètre  atteint  maintenant  20  (au  lieu  de  16)  pour 
le  côté  gauche,  elle  est  toujours  de  25  à  droite;  la  réaction  de 
dégénérescence  partielle  a  complètement  disparu. 

La  radiographie  (fig.  2)  montre  que  la  résection  a  été  plus 
importante  sur  l’apophyse  gauche  que  sur  la  droite,  que  néan¬ 
moins  de  ce  côté  il  y  a  maintenant  un  espace  clair  entre  le  som¬ 
met  de  la  7e  transverse  cervicale  et  la  1™  transverse  dorsale. 

Notre  seconde  malade  est  une  femme  de  cinquante  ans.  Chez 
elle,  la  malformation  apophysaire  était  également  bilatérale,  mais 
il  n’y  avait  de  troubles  nerveux  que  d’un  seul  côté  et  c’est  de  ce 
seul  côté  que  nous  sommes  intervenus. 

Les  premiers  troubles  d’ordre  sensitif,  fourmillements  doulou- 


SÉANCE  DU  27 


1001 


reux  dans  les  deux  derniers  doigts  de  la  main  droite,  ont  débuté 
il  y  a  trois  ans.  Ils  ont  été  en  s’accentuant,  surtout  depuis  six  mois, 
et  il  s’y  ajoute  une  sensation  de  doigt  mort  dans  la  même  zone. 
Depuis  la  même  époque,  la  malade  a  nolé  quelques  troubles 
moteurs  :  diminution  de  force  de  la  main  droite  qui  ne  peut  plus 


Fig.  4. 

accomplir  aucun  effort -soutenu  et  laisse  parfois  tomber  les  objets 
qu’elle  tient,  —  apparition  d'une  légère  griffe  au  niveau  du  petit 
doigt.  La  main  droit  est  violacée,  plus  froide  que  la  gauche.  Il  n’y 
a  pas  de  modification  des  pupilles. 

A  l'examen  radiographique  (fig.  3),  on  note  une  hypertrophie 
des  deux  apophyses  transverses  de  la  7e  cervicale  ;  cette  hyper¬ 
trophie  est  plus  marquée  à  droite,  où  l’apophyse  se  prolonge  en 
bec  ;  mais  la  zone  claire  intermédiaire  à  la  7e  apophyse  cervicale 
et  à  la  lra  dorsale  apparaît  plus  étroite  à  gauche  qu’à  droite,  ce 


1002 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


qui  est  la  conséquence  d’une  scoliose  cervico-dorsale  à  concavité 
gauche. 

La  malade  a  été  opérée  le  1er  mai  1921}.  L'intervention  n'a  porté 
que  sur  le  côté  droit.  La  technique  a  été  exactement  la  même  que 
chez  notre  première  malade.  Un  a  reconnu  l’existence  d’adhé¬ 
rences  fibreuses  entre  le  sommet  de  l’apophyse  transverse  cer¬ 
vicale  et  le  col  de  la  lre  côte,  adhérences  qui  contribuaient  h 
étrangler  le  8"  nerf  cervical.  La  résection  de  ces  adhérences  et  do 
la  portion  exubérante  de  l'apophyse  (fig.  4)  a  complètement  libéré 
le  tronc  nerveux. 

Ici  encore,  l’intervention  a  été  suivie  d’un  succès  complet  et 
immédiat.  Dès  son  réveil,  la  nvilade  ne  ressentait  plus  aucun 
trouble,  toute  sensation  anormale  avait  disparu,  et  l’extension  du 
petit  doigt  était  complète.  Revue  le  26  juin,  cette  malade  ne  pré¬ 
sente  plus  la  moindre  gêne,  la  main  fonctionne  d’une  façon 
normale  et  a  récupéré  progressivement  ses  forces. 

M.  Albert  Modchet.  —  Les  faits  de  Lenormant  et  Sénèque  sont 
très  intéressants;  ils  me  paraissent  rentrer  dans  ces  cas  décrits 
par  Nové-Josserand  et  Fouilloud-Buyat  sous  le  nom  de  «  dorsali- 
sation  delà  7e  vertèbre  cervicale  ».  Fouilloud-Buyat  a  publié  sur 
ce  sujet  dans  la  Revue  d' Orthopédie  de  1922  un  mémoire  fort 
documenté. 

M.  Robineau.  — J’ai  op’éré  il  y  a  trois  semaines  une  jeune  malade 
atteinte  d'atrophie  de  l’éminence  thénar  attribuée  à  une  côte  cer¬ 
vicale.  En  réalité  il  s'agissait  d’un  développement  exagéré  du 
costiforme  de  la  7e  cervicale,  mais  non  pas  d’une  côte  indépen¬ 
dante  de  la  vertèbre.  Ce  cas  ressemble  donc  à  ceux  de  Lenormant. 

La  7"  racine  du  plexus  brachial  était  entourée  d’une  gaine 
fibreuse  épaisse,  fusionnée  avec  l'apophyse  transverse  hypertro¬ 
phiée.  Après  l’opération  les  phénomènes  douloureux  ont  disparu, 
mais  naturellement  l’atrophie  musculaire  persistait  quand  la  ma¬ 
lade  a  quitté  l’hôpital. 

M.  A.  Lapointe. —  La  présentation  de  Lenormant  m’a  d’autant 
plus  intéressé  qu’il  y  a  deux  mois  environ  j’ai  eu  l’occasion  d’opé¬ 
rer  une  malade  qui  ressemblait  beaucoup  à  la  sienne,  surtout  au 
point  de  vue  radiologique. 

Elle  avait  consulté  un  de  nos  collègues,  médecin  des  hôpitaux, 
pour  des  névralgies  de  type  radiculaire,  sans  amyotrophie  ni  para¬ 
lysie  motrice  du  membre  supérieur  droit. 

Notre  collègue,  qui  connaît  bien  les  travaux  récents  de  la  Salpê¬ 
trière,  m’apprend  qu’il  s’agit  d’une  côte  cervicale. 


SÉANCE  DU  27  JUIN 


1003 


J’avoue  que  je  ne  voyais  rien  de  plus  net,  en  fait  de  côte  supplé¬ 
mentaire,  que  sur  les  images  de  Lenormant.  On  insista  cependant 
pour  que  j’opère. 

Par  l’incision  de  la  sous-clavière,  je  mis  à  nu  le  plexus  brachial, 
les  dernières  apophyses  transverses,  la  lre  côte  —  le  dôme  pleural 
fut  même  légèrement  déchiré  —  et  je  ne  trouvai  absolument  rien 
à  réséquer. 

Ce  qu’il  y  a  de  plus  curieux  dans  l’histoire,  c’est  que  je  viens 
d’avoir  des  nouvelles  de  mon  opérée  et  qu’elle  ne  souffre  plusl 


Luxation  du  grand  os  en  arrière. 

Réduction  de.  Vos  luxé  par  manœuvres  externes. 

Bonne  restauration  fonctionnelle, 

par  M.  AUVllAY. 

Sur  les  radiographies  de  face  et  de  profil  que  je  vous  présente 
on  voit  nettement  l’existence  d’une  luxation  du  grand  os  dont  la 
tête  est  passée  en  arrière  de  la  première  rangée  des  os  du  carpe. 

Le  déplacement  en  arrière  est  très  marqué  et  la  tête  du  grand 
os  est  très  voisine  de  la  surface  articulaire  des  os  de  l’avant-bras. 
A  côté  de  la  tête  du  grand  os  déplacé  on  voit  un  fragment  du 
scaphoïde  fracturé  qui  a  été  entraîné  en  arrière  avec  le  grand  os. 

J’ai  vu  le  blessé  porteur  de  cette  lésion  quarante-huit  heures 
après  sa  blessure.  11  a  été  aussitôt  radiographié  et  la  réduction 
non  sanglante  a  été  tentée  trois  jours  et  demi  après  l’accident.  Je 
l’ai  faite  sous  anesthésie  générale  et  j'ai  appliqué  un  appareil 
plâtré  immobilisateur. 

Je  vous  soumets  les  radiographies  faites  après  cette  tentative  de 
réduction.  Elles  montrent  une  réduction  presque  complète  du 
grand  os.  Je  dis  presque  complète,  car  la  partie  postérieure  de 
la  tête  du  grand  os  déborde  encore  un,  peu  en  arrière  la  face  pos¬ 
térieure  des  os  de  la  première  rangée  du  carpe. 

Je  me  demandais  si  cette  réduction  seraitsuffisante,  l’os  n’ayant 
pas  absolument  repris  sa  position. 

Or,  le  résultat  que  vous  voyez  me  paraît  tout  à  fait  satisfaisant  ; 
le  blessé  peut  fléchir  complètement  ses  doigts  sur  la  paume  de  l.i 
main,  les  mouvements  des  doigts  ont  toute  leur  souplesse.  Les 
mouvements  du  poignet  sont  très  étendus,  ils  n’ont  cependant  pas 
encore  toute  leur  amplitude,  mais  nous  ne  sommes  qu’à  deux  mois 
après  l’accident  et  je  suis  convaincu  qu’avec  la  reprise  du  travail 

BULL.  ET  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CHIR.,  1923.  71 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


*004 


les  mou  vements  récupéreront  toute  leur  étendue.  Le  seul  phéno¬ 
mène  qui  persiste' encore,  mais  il  est  léger,  c’est  la  sensation  de 
fourmillements  dans  le  médius  et  la  moitié  externe  de  l’annulaire, 
qui  s’est  établie  a» moment  de  l’accident. 

Bans  tous:  les  cas  de  ce  genre  la  réduction:  non  sanglante  me 
semble  devoir  toujours  être  tentée  comme  premier  moyen  de  trai¬ 
tement;  c’est  une  manœuvre  à  faire  sous  anesthésie  générale  et  le 
plus  rapidement  possible  après  l’accident. 


Anus  iliaque , 
par  M.  AEGLAVE. 

Cette  présentation  paraîtra  dans  un  prochain  Bulletin. 


Présentation  de  pièce. 

Exostose  ostéogénique  du  crâne,. 
par  M.  E.  POTIfERAT. 


J’ai  l'honneur  de  vous  présenter  une  exostose  enlevée  par 'moi 
au  mois  de  mars  de  l’année  dernière  sur  le  crâne  d’une  jeune 
femme  de  vingt-neuf  ans. 

Cette  exostose  siégeait  sur  le  côté  droit  du  crâne  à  la  partie  infé¬ 
rieure  de  la  sature  temporo-pariétale,  soulevant  le  cuir  chevelu 
d’une  manière  très  apparente.  Convexe  et  mûriforme  àlasurface 
extérieure,  elle  paraissait  cliniquement  sessile  à  sa  base.  Aussi, 
quand  j’eus  dépouillé  la  surface  du  péricrâne  à  l’aide  de  Iarugine, 
j’attaquai  cette  base  au  burin.  Déjà  j’étais  très  avancé  dans  ce 
travail  quand  je  trouvai,  entre  cette  base  et  la  table  externe  du 
crâne,  une  scissure  dans  laquelle  je  pus  pénétrer  aisément,  puis, 
rencontrant  un  obstacle,  je  donnai  un  coup  de  ciseau  et  l’exostose 
se  détacha  en  entier  au-dessous  de  mon  entaille. 

Je  vis  alors  que  cette  base  d’apparence  sessile  présentait  en  réa¬ 
lité-  une  surface  ronde  de  8  à.  10  millimètres  de  diamètre  au  niveau 
de  laquelle  se  faisait  la  continuité  osseuse,  véritable  base  d’inser¬ 
tion,  et  en  avant  une  surface  lisse,  unie,  brillante  comme  l’écaille 


SÉANCE  DU  27  JUIN 


1005 


du  temporal  ou  la  table  interne,  de  3  centim.  sur  2  cent.  1  /2  de 
surface. 

L’ensemble  de  cette  exostose  a  le  volume  et  l’aspect,  quant  à  la 
forme,  d'une  châtaigne  ordinaire. 

Les  exostoses  du  crâne  ne  sont  pas  rares  dans  le  cours  de  la 
syphilis,  et  j’ai  eu  dans  mon  service  une  opérée  qui  portait  à  la 
région  temporale  droite  une  exostose  saillante  à  l’extérieur,  végé¬ 
tant  aussi  dans  l’orbite,  ce  qui  a  déterminé  de  l’exorbitisme.  Cette 
femme  était  une  syphilitique  congénitale. 

Dans  le  cas  présent,  rien  ne  permet  de  penser  que  cette  jeune 
femme  soit  affectée  de  syphilis;  l’exostose  rappelle  surtout,  par 
son  insertion  elle-même  et  le  lieu  où  elle  s’est  faite,  une  exostose 
congénitale.  Cette  jeune  femme  a  vu  la  tumeur  apparaître  dès  les 
premières  années,  puis  s’accroître  progressivement,  puis  cesser 
de  se  développer.  Elle  n’était  le  siège  d’aucune  douleur,  mais  la 
malade  ayant  dû,  un  jour  donné,  porter  un  serre-tête,  celui-ci, 
en  pressant  les  parties  molles  sur  la  saillie  osseuse,  éveilla  des 
douleurs  de  plus  en  plus  vives,  qui  ont  totalement  cessé  depuis 
l’intervention  qui  ne  donna  lieu  à  aucun  accident  et  guérit  sans 
incident. 

C’est  à  ce  titre  exceptionnel  que  j’ai  cru  devoir  vous  présenter 
cette  pièce  qui,  ainsi  envisagée,  est  une  réelle  curiosité. 

M.  Mauclaire.  —  En  1905,  j’ai  présenté  à  la  Société  anatomique 
un  cas  d’exostose  volumineuse  et  sessile  siégeant  à  l’union  du 
temporal,  du  pariétal  et  de  l’occipital.  Elle  était  très  éburnée  et 
l’ablation  fut  très  pénible. 


Présentation  de  radiographie. 

Kyste  osseux  développé  dans  le  col  du  fémur , 

[par  MM.  ROUVILLOIS  et  PLISSON. 

J’ai  l’honneur  de  vous  présenter,  au  nom  de  mon  collègue  et 
ami  Plisson,  et  au  mien,  une  radiographie  de  la  tête  du  fémur 
gauche  d’un  jeune  soldat,  sur  laquelle  on  constate  une  vaste  cavité, 
développée  sur  la  partie  moyenne  du  col  (voir  figure).  Cette  cavité 
semble  pouvoir  être  interprétée,  radiographiquement  tout  au 
moins,  comme  la  localisation  d’une  maladie  kystique  des  os  dans 
le  col  du  fémur;  cette  localisation  est,  je  crois,  assez  rare.  Les 
signes  radiographiques  sont,  du  reste,  les  seuls  symptômes  par  les¬ 
quels  s’est  révélée  cette  affection. 


1001) 


SOCIÉTÉ  DE  CH1BUP.GIE 


Le  malade,  jeune  soldat,  a  été  envoyé  en  observation  dans  le 
service  de  M.  Plisson  uniquement  parce  qu’il  se  plaignait  de 
ressentir  quelques  vagues  douleurs  et  un  peu  de  fatigue  au  cours 
de  la  station  debout  prolongée  ou  à  la  suite  yle  marches  un  peu 
longues.  Il  n’existe,  par  ailleurs,  aucun  signe  objectif,  anato¬ 
mique  ou  fonctionnel,  au  niveau  de  la  hanche  et  du  membre  infé¬ 
rieur  du  malade.  Ce  dernier  n’a  aucun  passé  pathologique  digne 


de  retenir  l'atention.  La  radiographie  du  reste  de  son  squelette 
n’a  montré  aucune  autre  localisation  de  l’affection.  La  cavité 
kystique  a  détruit  une  grande  partiedu  col  du  fémur  et  en  a  réduit 
considérablement  la  solidité  ;  il  semble  donc  que  ce  col  fémoral, 
devenu  fragile,  est  susceptible,  un  jour  ou  l’autre,  de  se  briser. 

L’intérêt  de  cette  observation  semble  porter  sur  le  traitement 
chirurgical  qu’il  conviendrait  d’appliquer  à  ce  malade  et  qui  à 
notre  avis  devrait  être  basé  sur  les  deux  considérations  suivantes  : 
la  guérison  du  kyste,  osseux  par  l'évidement,  et  la  consolidation 
préventive  du  col  en  vue  d’éviter  une  fracture  possible.  Ces  deux 


SÉANCE  DU  27  JUIN 


1007 


indications  pourraient  êtreremplies'en  pratiquant  chez  ce  malade 
un  évidement  du  col  fémoral  et  en  plaçant  dans  la  cavité  des 
greffes  ostéo-périostiques,  pour  la  combler.  C’est  cette  opération 
qu’aurait  pratiquée  M.  Plisson  s’il  ne  s’agissait  pas  d’un  jeune 
soldat  dont  la  situation  doit  être  réglée  dans  les  deux  mois  qui 
suivent  son  incorporation  et  qui,  pour  ne  pas  engager  les  deniers 
de  l’Etat,  est  justiciable  de  la  réforme. 

J'ai  cru  néanmoins  intéressant  de  vous  présenter  cette  belle 
radiographie  qui  constitue  un  nouveau  document  pour  servir  à 
l’étude  de  cette  lésion  si  curieuse  qu'est  l’ostéite  kystique. 

M.  Broca.  —  La  localisation  au  col  du  fémur  évidemment  est 
moins  fréquente  qu’en  haut  de  l’humérus,  mais  elle  n’est  pas 
exceptionnelle  ;  je  la  crois  au  second  rang  de  fréquence. 


Présentation  d’instrument. 

Ligateur  de  Donnet, 


présenté  dans  la  dernière  séance  par  M.  Tuffler. 


Le  Secrétaire  annuel, 
M.  Ombrédanne. 


Paris.  —  L.  Mab 


SÉANCE  DU  4  JUILLET  1923 


Présidence  de  M.  Mauclaire. 


Procès-verbal. 


La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  mise- 
aux  voix  et  adoptée. 


Correspondance. 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  périodiques  de  la  semaine. 
2°.  —  Des  lettres  de  MM.  Chevrier,  Hcitz-Boyer,  Sauvé, 
Mathieu  et  Toupet  s’excusant  de  ne  pouvoir  assister  à  la  séance. 


A  propos  de  la  correspondance. 

Un  travail  de  M.  Hertz,  chirurgien  de  l'hôpital  Rothschild,  inti¬ 
tulé  :  Anus  à  éperon  sur  le  côlon  ascendant ,  procédé  de  Du  Bouchet. 
M.  Roux-Berger,  rapporteur. 


M.  le  Président  annonce  que  M.  Témoin  (de  Bourges),  membre 
correspondant,  assiste  à  la  séance. 


A  propos  du  procès-verbal. 

A  propos  de  la  communication  de  M.  Ombrédanne. 

M.  Le  Dentu.  —  Le  Bulletin  de  la  dernière  séance  de  la  Société 
de  Chirurgie  contient  deux  observations  de  M.  Ombrédanùe  qui 
m’ont  beaucoup  intéressé.  Dans  la  première,  c’est  une  épingle  de 
nourrice,  ouverte,  dans  la  seconde  une  sorte  de  barrette,  qui  ont 
été  extraites  du- duodénum  de  deux  très  jeunes  enfants.  Notre  col¬ 
lègue  a  agi  sous  la  pression  de  certaines  indications  et  il  a  montré 
ainsi  qu’il  n’était  pas  un  interventionniste  systématique  dans  les 
cas  de  cette  sorte. 


23.  —  N»  24. 


1010 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Ces  faits  ont  évoqué  chez  moi  Un  souvenir  qui  remonte  à  une 
quinzaine  d’années.  Un  jeune  enfant  de  neuf  mois  qui  avait  avalé 
une  petite  épingle  de  nourrice,  ouverte,  me  fut  présenté  à  ma  con¬ 
sultation  par  la  mère  affolée  d’angoisse.  Comme  cet  enfant  avait 
de  la  fièvre,  je  pensai  tout  d’abord  que  Le  péritoine  commençait  à 
s'infecter  après  la  perforation  de  la  paroi  stomacale  par  la  pointe 
de  cette  épingle,  et  je  laissai  entrevoir  la  nécessité  de  l’extraction 
du  corps  étranger  après  une  gastrotomie.  Mais  l’enfant  avait,  à  ce 
moment,  de  l’érythème  des  (esses.  Il  s’agissait  de  savoir  si  la  fièvre 
^tait  due  à  cette  circonstance,  ou  si  réellement  un  début  d’infec¬ 
tion  péritonéale  était  en  cause. 

Une  consultation  avec  mon  collègue  M.  Hutinel  eut  lie.u  dès  le 
lendemain.  La  conclusion  en  fut  qu’il  s’agissait  sans  doute  d’une 
simple  coïncidence  et  qu’il  fallait  surseoir  à.  toute  intervention,  en 
surveillant  de  près  le  jeune  sujet.  La  fièvre  tomba  et  nous  fûmes 
tranquillisés.  Plusieurs  examens  radiographiques  permirent  de 
suivre  la  migration  du  corps  étranger  sur  toute  la  longueur  du 
tube  intestinal,  et  enfin,  sans  qu’à  aucun  moment  une  menace  de 
complications  se  fût  manifestée,  après  cinquante-deux  jours  d'at¬ 
tente,  l’expulsion  de  l’épingle  par  l’anus  eut  lieu.  Ne  voulant  pas 
entrer  dans  de  grands  développements  au  sujet  des  indications  et 
contre-indications-  de  l'intervention  eu  pareille  circonstance,  je 
dirai  simplement  qu’il  appartient  au  clinicien  de  régler  sa  conduite 
suivant  les  cas  et  les  éventualités  qu’ils  comportent. 

Il  y  a  un  point  de  la  première  observation  de  M.  Ombrédanne 
qui  m’a  particulièrement  frappé.  L’épingle  avait  sur  une  grande  par¬ 
tie  de  sa  longueur  perforé  la  paroi  duodénale  ;  elle  était  libre  dans 
la  cavité  péritonéale,  et  la  séreuse  ne  présentait  auqune  apparence 
de  réaction  inflammatoire.  Je  comprends  l’étonnement  de  notre 
collègue,  mais  je  ne  l’ai  partagé  que  dans  une  certaine  mesure, 
parce  que  dans  deux  cas  que  je  vous  demande  la  permission  de 
rappeler  succinctement  j’ai  constaté  cette  tolérance  inusitée  de 
la  séreuse  péritonéale  à  l’égard  de  corps  étrangers  qui  y  avaient 
pénétré  après  une  perforation  d’un  point  de  l’appareil  intestinal. 

Un  jour,  en  1877  ou  1878,  tandis  que  je  faisais  l’autopsie  d’un 
homme  qui  avait  succombé  à  je  ne  sais  plus  quelle  maladie,  je 
restai  stupéfait  en  apercevant  la  longue  pointe  d’un  fragment  d’os 
plat  qui,  à  travers  une  fente  de:  l’intestin  grêle,  hermétiquement 
appliquée  sur  lui,  faisait  en  dehors  de  l’intestin  une  saillie  de  prés 
de  3  centimètres.  Le; péritoine,,  autour  de  cette  pointe-,  était  abso¬ 
lument.  intact.  Dans  la  cavité  intestinale  restait  la. base,  large  de 
1  cent.  1/2  environ,,  de  ce  fragment  d’os  qui  avait  la  forme  d’un 
fer  de  lance  très  régulier,  et  une  longueur  totale  de  près  de  4  cen¬ 
timètres.  Un  bourrelet  inflammatoire  de  3  millimètres  de  large: 


SÉANCE  DU  4  JUILLET 


1011 


environ  faisait  à  ce  corps  étranger,  autour  de  l’orifice  de  sortie, 
une  sertissure  très  étroite.  La  pénétration  avait  dû  être  lente,  et 
la  séreuse  était  demeurée  jusque-là  réfractaire  à  toute  infection. 

Voici  un  antre  cas  plus  curieux  encore.  Dans  la  Revue  de  chi¬ 
rurgie  de  1889,  p,  318,  j’ai  rapporté  l’histoire  détaillée  è’an  jeune 
homme  qui,  étant  sans  doute  hanté  par  les  prouesses  dies  avaleurs 
de  sabre,  s’était  introduit  dans  le  pharynx  une  vieille  cuiller  à  pot 
en  bois,  le  cttilleïOn'  dirigé  vers  l’œsophage,.  L’extrémité  pointue 
de  l'a  tige,  terme  entre  ses  doigts,  lui  avait  échappé,  et  happée  par 
une  violente  contraction  la  cuiller  était  descendue  vers  l’estomac. 

Ceci  se  passait  le  12  novembre  1888  à  2  heures  de  l’après-midi. 
Le  lendemain  matin,  ce  jeune  Loin  me  était  couché  dans  mon 
service  à  l’hôpital  Saint-Louis.  Le  surlendemain  14,  donc  environ 
quarante-trois  heures  après  cette  malencontreuse  déglutition  invo¬ 
lontaire,  j’opérais  ce  jeune  homme.  Pour  diverses  raisons  il  m’avait 
semblé  inutile  d'agir  immédiatement  sans  perdre  une  minute. 

J’ouvre  FeStomac,  après  incision  dans  l’hypoeomdre  gauche.  La 
cuillerf’ ne  s’y  trouve  plus.  Je  referme  l’estomac  ét  la  paroi  abdo¬ 
minale.  J’incise  verticalement  la  région  sus-ombilicale,  là  oh 
mes  internes  Jonnesco  et  Leguen  avaient,  la  veille  au  matin, 
senti  passagèrement  l’extrémité  de  la  tige.  Derrière  l’épiploon 
un  peu1  épaissi  je  découvre  cette  extrémité.  J’exerce  sur  elle  une 
traction  et  j’amène  sans  peine  bors;  du  ventre  l’objet  que  voici 
sa  longueur  est  de  23- centimètres.  Le  cuilleron,  très  usé,  n’a  plus 
■guère  que  3  centimètres  de  diamètre. 

La  cuiller  était  placée  verticalement  derrière  la  paroi  abdomi¬ 
nale;  son  extrémité  inférieure,  appliquée  sur  la  vessie,  n’aurait 
pas  manqué  de  F  ulcérer  bientôt. 

Derrière  elle  s’échappe  une  cuillerée  à,  café  de  sérosité  un  peu 
louche.  Je  n’aperçois  pas  trace  de  fausses  membranes  ni  de  pus. 
Or,  à  supposer  que  la  cuiller  ait  mis  douze  ou  quinze  heures  à 
s’échapper  de  l’estomac,  on  peut  bien  affirmer  qu’elle  avait 
séjourné  plus  de  vingt-quatre  heures,  peut-être  trente  heures, 
partiellement  ou  tout  entière,  en  liberté  dans  la  séreuse,  et 
celle-ci  n’avait  réagi  ni  par  des  signes  Locaux,  ni  par  les  symp¬ 
tômes  généraux  caractéristiques  des  infections  péritonéale?.  Le 
seul  signe  local  constatable  avait  été  une  contracture  accentuée 
de  la  paroi  abdominale-  et  une  vive1  sensibilité  à  la  pression  sur  la 
ligne-  médiane  du  ventre. 

Le  péritoine-  avait  donc  montré  une  tolérance  tout  à-  fait  extra¬ 
ordinaire.  Comment  peu't-on  s’en  rendre  compte  ?  Ou  bien  le  suc 
gastrique  ou  d1’ autres  agents;  anti-microbiens  contenus  dans 
l’estomac  avaient  rapidement  aseptisé  l’instrument,  ou  bien  eelui- 
ci,  en  traversant  la  grande  courbure  de  l’estomae,  puis  l’espace 


1012 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


libre  existant  entre  les  deux  feuillets  du  péritoine  en  vue  des  rétrac¬ 
tions  et  développements  alternatifs  de  l’organe,  enfin  l’épiploon 
lui-même,  s’était  essuyé  vigoureusement  sur  toutes  les  couches 
de  tissus  entre  lesquelles  il  s’insinuait  en  forçant  le  passage,  et 
débarrassé  des  éléments  septiques  qu’il  portait  à  sa  surface. 

Quoi  qu’il  en  soit,  l’enseignement  qui  se  dégage  de  ce  fait  et  des 
deux  qui  précèdent  est  que,  par  des  moyens  demeurés  un  peu 
mystérieux,  le  péritoine  se  dérobe  parfois  aux  risques  d'infection 
les  plus  inévitables  a  priori,  étant  donné  ce  que  nous  savons  de 
la  susceptibilité  particulière  des  membranes  séreuses  en  général. 
Cette  réflexion  s’applique  aussi  bien  au  cas  observé  par  M.  Ombré- 
danne  qu’à  ceux  qui  me  sont  propres. 

Mon  opéré  guérit  rapidement,  sans  avoir  présenté  la  moindre 
complication,  bien  qu'il  eût  commis  l’imprudence,  pendant  la  nuit 
qui  avait  suivi  l’intervention,  de  se  lever  et  d’aller  boire  à  la 
fontaine  de  l’office.  J’ai  eu  de  ses  nouvelles  tout  récemment. 
Étant  allé  chercher  fortune  au  Canada,  il  était  rentré  en  France 
dès  le  début  de  la  guerre;  avant  de  retourner  au  Canada,  il 
m’écrivait  pour  me  dire  qu’il  lui  serait  agréable  de  me  revoir.  Sa 
santé  s’était  maintenue  excellente  depuis  1888. 

M.  Mauclaire.  —  Je  pourrai  compléter  la  série  de  mon  cher 
maître  en  lui  rappelant  le  cas  d’un  malade  auprès  duquel  il  m’avait 
envoyé  il  y  a  vingt  ans.  Il  s’agissait  d’un  homme  typhique  dont  on 
nettoyait  la  gorge  avec  un  tampon  enveloppé  autour  d’une  baleine 
de  corset  et  en  gomme  durcie.  Ce  malade  avala  brusquement  le 
tampon  et  la  baleine.  Etant  donné  l’état  grave  du  malade,  nous 
avons  préféré  attendre  un  peu.  Le  malade  ne  présenta  aucune  dou¬ 
leur.  11  n’élimina  rien  par  l’anus.  Il  est  évident  qu’il  di'géra  le 
corps  étranger.  Dans  son  quartier  on  l’appela  dès  lors  «  l’homme 
à  la  baleine  ». 


A  propos  de  la  maladie  de  Volkmann. 

M.  Ombrédanne.  —  Je  puis  compléter  l’observation  que  je  vous 
ai  résumée  de  mémoire  dans  la  dernière  séance. 

J’avais,  vous  ai-je  dit,  fait  une  sympathectomie  périartérielle 
de  l’humérale  et  une  résection  du  cubitus  et  du  radius,  après 
ostéosynthèse  temporaire,  pour  .rétraction  ischémique  de  Volk- 
mann.  L’opération  date  du  6  décembre  1922. 

A  la  dale  du  20  mai  1923,  le  Dr  Domergue  (de  Fort-de-France) 
écrivait  à  un  de  mes  assistants  : 

«  Au  sujet  de  la  petite  de  R...,  le  résultat  fonctionnel  de  l'opé- 


SÉANCE  DU  4  JUILLET 


1013 


ration  de  M.  Ombrédanne  semble  actuellement  excellent.  Les 
troubles  trophiques  ont  complètement  disparu  et  l’usage  des 
mouvements  de  la  main  et  des  doigts  est  normal.  » 

Je  n’en  conclus  rien  pour  l’avenir.  Mais  le  résultat  après  six 
mois  est  intéressant. 


Rapports. 

A  propos  de  la  maladie  de  Volkmann, 
par  M.  Leclerc. 

Rapport  de  M.  P.  HALLOPEAU. 

Dans  la  dernière  séance  je  vous  ai  .parlé  d’une  observation  de 
Leclerc,  de  Dijon,  où  un  bon  résultat  avait  été  obtenu  sans  rac¬ 
courcissement  osseux.  Voici  le  texte  de  dette  observation  : 

Observation,  —  Un  jeune  homme  de  dix-huit  ans,  bien  portant, 
s’enfonce  un  couteau  dans  l'avant-bras  gauche  le  16  juillet  1920;  la 
plaie  d’entrée  est  petite,  3ituée  à  quatre  travers  de  doigt  au-dessus  du 
poignet  et  à  deux  doigts  du  bord  interne  de  l’avant-bras;  l’instrument 
n’a  pas  dû  pénétrer  à  plus  de  2  ou  3  centimètres  de  profondeur. 

De  suite  après  la  blessure,  se  produisit  un  gonflement  très  doulou¬ 
reux  de  la  région  blessée,  puis  survint  une  forte  ecchymose.  Douleurs 
et  (ecchymose  disparaissent  au  bout  de  quelques  jours,  mais  le  gon¬ 
flement  persiste.  La  plaie  ne  suppura  pas,  ou  très  peu,  et  huit  jours 
après  l’accident  elle  était  cicatrisée. 

Trois  à  quatre  jours  après  l’accident,  le  blessé  s’était  aperçu  qu’il  ne 
pouvait  plus  étendre  les  doigts,  de  plus  il  ressentait  quelques  four¬ 
millements  dans  les  derniers  doigts.  Depuis  cette  époque,  la  diffi¬ 
culté  de  l’extension  des  doigts  s’est  accentuée  de  plus  en  plus,  et 
ceux-ci  se  sont  fléchis  de  plus  en  plu*. 

Je  vois  le  malade  le  25  août  1920. 

Examen.  —  La  main  et  les  doigts  présentent  deux  sortes  de  défor¬ 
mation  :  1°  une  griffe  cubitale  typique  avec  impossibilité  des  mouve¬ 
ments  de  latéralité  du  médius  et  anesthésie  au  toucher  du  bord  cubital 
de  la  main  et  de  tout  le  petit  doigt;  2°  une  déformation  typique  de 
Volkmann.  Lorsque  le  poignet  est  fléchi,  on  peut  étendre  passivement 
les  doigts;  si,  au  contraire,  le  poignet  est  relevé  en  extension,  les 
doigts  se  mettent  en  une  griffe  qui  s’accentue  avec  cette  extension  elle- 
même  :  cette  griffe  ne  peut  être  vaincue  par  aucun  effort  de  redresse¬ 
ment  de  la  part  du  malade  ni  du  médecin. 

Au  niveau  de  la  plaie,  il  existe  un  gonflement  rénitent  sans  batte¬ 
ment  ni  souffle  à  ce  niveau. 

L’artère  cubitale  n’est  pas  perceptible.  Pas  dé  troubles  trophiques 
des  doigts. 


1014 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Diagnostic,  —  Association  de  maladie  de  Volkmann  et  de  paralysie 
cubitale,  lésion  probable  du  paquet  vasculo-nerveux  cubital. 

Le  25  août  1920,  Intervention.  —  Anesthésie  générale  àl'éther.  Longue 
incision  sur  la  tuméfaction  et  sur  le  trajet  de  la  cubitale  dans  toute  la 
moitié  inférieure  de  l’avant-bras.  Incision  de  l’aponévrose  superficielle. 

On  ouvre  de  suite  et  on  vide  un  assez  gros  hématome  formé  de 
caillots  noirs  et  situé  entre  les  fléchisseurs  et  le  cubital  antérieur.  Cet 
hématome  estlimité  par  une  poche  épaisse  qui  masque  tous  les  muscles 
et  toutes  les  formations  anatomiques  voisines.  On  enlève  partiellement 
cette  poche  pour  reconnaître  les  muscles  et  leurs  interstices.  Les  uns 
et  les  autres  apparaissent  alors  complètement  infiltrés  de  sang,  ne  se 
décollent  pas  les  uns  des  autres  comme  à  l’ordinaire  et  ont  cette  rigi¬ 
dité  et  cette  friabilité  si  particulières  à.la  maladie  de  Volkmann. 

Le  médian  est  d’abord  aperçu;  il  présente  la  coloration  jaimâtre  et 
la  rigidité  au  palper  des  organes  voisins. 

Le  paquet  vasculo-nerveux  cubital  est  ensuite  repéré,  le  nerf  a 
l'aspect  du  médian,  mais  encore  exagéré;  il  est  pigmenté  en  jaune  par 
le  sang,  en  outre  il  est  englobé  dans  une  gangue  qui  le  rend  rigide  au 
palper  et  sans  limites  précises  à  la  vue. 

Ablation  de  cette  gangue  et  dénudation  du  nerf  qui  est  trouvé  intact. 
L’artère  est  modifiée  comme  le  nerf.  On  la  dénude  et  on  la  résèque 
sur  une  assez  grande  longueur,  sans  qu’on  ait  pu  voir  où  elle  avait  été 
lésée  par  le  traumatisme. 

,  On  termine  l’opération  en  entourant  le  nerf  cubital  avec  un  lambeau 
musculaire  pris  sur  les  muscles  voisins.  Fermeture  sans  drainage.  Suites 
aseptiques.  Mobilisation  rapide.  Dès  les  premiers  jours,  on  s’aperçoit  que 
la  paralysie  cubitale  a  considérablement  rétrocédé. 

Les  doigts,  d’autre  part,  s’étendent  de  mieux  en  mieux. 

Quatre  mois  après  on  a  des  nouvelles  du  blessé;  il  dit  être  guéri  et 
se  plaint  seulement  d’avoir  le  petit  doigt  légèrement  plié. 

.  Bien  que  M.  Leclerc  nous  ait  adressé  cette  observation  sous  le 
titre  de  paralysie  cubitale  associée  à  une  rétraction  musculaire  du 
type  de  Volkmann,  il  nous  semble  bien  difficile  d’admettre  inté¬ 
gralement  cette  dénomination.  Aucune  compression  exercée  sur 
le  membre  n’a  déterminé  le  syndrome  observé  qui  semble  avoir 
consisté  essentiellement  en  une  contracture  réflexe  de  certains 
fléchisseurs  des  doigts  en  même  temps  qu’il  y  avait  paralysie  des 
inter-osseux. 

Que  s’est-ii  passé  au  cours  de  l’intervention  :  un  hématome  a 
•  été  vidé,  les  nerfs  médian  et  cubital  libérés,  et  c’est  tout.  Les 
muscles  infiltrés  par  l'hématome  sont  apparus  friables  et  rigides  : 
mais  cela  peut-il  être  assimilé,  ainsi  que  le  fait  M.  Leclerc,  à  la 
rétraction  invincible  que  l’on  trouve  dans  la  maladie  de  Volkmann? 
Cela  me  paraît  bien  difficile  à  admettre,  surtout  en  voyant  que  dès 
les  premiers  jours  les  doigts  s’étendaient  de  mieux  en  mieux. 

Toutefois  ce  fait  prouve,  et  ceci  vient  à  l’appui  de  l’hypotihèse 


.SÉANCE  DU  4  JUILLET 


101! 


émise  par  Lecène,  qu’un  simple  hématome  peut  jouer  un  rôle 
dans  la  contracture  des  muscles  fléchisseurs;  ici  cette  contracture 
a  même  pu  être  considérée  comme  une  véritable  réfraction. 

Bien  que  n’étant  pas  d’accord  avec  M.  Leclerc  sur  le  diagnostic 
de  la  lésion,  je  pense  qu’on  ne  peut  que  louer  la  conduite  qu'il  a 
tenue  et  le  féliciter  du  bon  résultat  obtenu.  Il  ne  faudrait  pas 
croire  que  celui-ci  eût  été  le  même  dans  une  véritable  maladie  de 
Vôllcmann. 


Arrachement  total  du  cuir  chevelu;  scalp  complet. 

Greffes  d'Oüin'-Thiersch.  Guérison, 

par  M.  le  Dr  Pavlos  Peteidis  (d’Alexandrie).  - 
Rapport  de  M.  PIERRE  DESCOMPS. 

Voici  cette  observation,  résumée  : 

Obsibvaiion.  —  A™  G—,  jeune  femme  âgée  de  dix-neuf  ans,  entre 
le  12  septembre  1914  dans  le  sérvice  de  chirurgie  de  l'hôpital  «  Aghios 
Sophronios»,  de  la  communauté  hellénique  d’Alexandrie,  service  dirigé 
par  le  Dr  Aristide  Petridis  et  dont  le  Dr  Pavlos  Petridis  est  chirurgien 
assistant. 

La  malade  raconte  que,  neuf  heures  auparavant,  se  promenant  sur 
le  Nil,  dans  un  petit  bateau  à  vapeur,  elle  séchait,  après  un  bain,  sa 
chevelure  déliée.  S’étant  approchée  imprudemment  du  moteur,  ses 
cheveux  s’enroulèrent  autour  de  l’arhre  de  couche  en  mouvement; 
elle  fut  projetée  avec  violence- de  l’amtre  côté  du  moteur,  puis,  le  poids 
du  corps  faisant  résistance,  le  cuir  chevelu  fut  entièrement  arraché. 
La  calotte  tégument  aire  a  été  sommairement  lavée  et  appliquée  sur  la 
surface  cruentée  par  un  bandage  provisoire. 

On  enlève  celte  calotte  et  on  lave  avec  le  plus  grand  soin,  au  sérum 
physiologique  chaud,  puis  on  applique  un  pansement  stérilisé  à  la 
vaseline,  après  avoir  constaté  que  le  squelette  est  à  nu,  qu’il  y  a  un 
arrachement  total  des  téguments  du  crâne  qui  commence  au  niveau 
des  soureils  et  s’étend  jusqu’à  la  protubérance  occipitale  externe,  qu’il 
s'agit  donc  d’un  cas  de  scalp  total. 

Pendant  tout  le  mois  de  septembre,  de  graves  phénomènes  d’infec¬ 
tion  se  sont  déroulés,  avec  fièvre  oscillant  de  37“a  à  38°8  et  pouls  oscil¬ 
lant  de  90  à  120,  avec  suppuration  locale  abondante,  faciès  cyanotique, 
fortes  douleurs.  Ces  accidents  de  résorption  septique  persistent  en 
octobre  et  s’accompagnent  de  suppuration  du  pavillon  de  l’oreille 
droite.  L’amélioration  ne  se  dessine  qu’en  novembre,  donc  au  bout  de 
deux  mois;  mais,  en  novembre,  pendant  quelques  jours,  on  observe 
des  selles  dysentériformes. 

Pendant  la  période  qui  s’étend  de  décembre  1914  à  septembre  1915, 


SOCIÉTÉ  DS  CHIRURGIE 


1  amélioration  se  poursuit  lentement;  la  malade  a  quitté  le  service 
hospitalier  le  30  avril.  Des  douleurs  locales  persistent  au  niveau  du 
crâne  ;  de  même,  des  troubles  de  la  sensibilité,  à  la  douleur  et  à  la 


SÉANCE  DU  4  JUILLET 


1017 


ilôts  d’épidermisation.  Le  7  octobre,  on  pratique  une  opération  plas¬ 
tique  par  application  de  greffes  «  Ollier-Thiersch  »  prélevées  sur  la 
face  externe  de  la  cuisse  droite;  le  16  novembre,  seconde  application 
par  greffes  prélevées  sur  la  cuisse  gauche.  Ces  greffes  ont  réussi  en 
partie.  La  malade  quitte  l’hôpital  le  29  novembre,  très  notablement 
améliorée;  les  douleurs  et  les  troubles  nerveux  des  membres  inférieurs 
ont  disparu. 

Le  13  décembre  1916,  un  an  après  l’application  des  greffes,  par  consé¬ 
quent  deux  ans  après  l’accident,  la  malade  est  revue.  La  cicatrisation 
est  presque  achevée;  il  reste  comme  surfaces  non  épidermisées  :  une 
zone  arrondie  de  la  dimension  d’une  pièce  de  deux  francs  dans  la 
région  pariétale,  trois  zones  allongées  de  la  dimension  d’un  doigt  en 
longueur  et  en  largeur  dans  la  région  médiane  et  la  région  temporô- 
'pariétale  droite,  quatre  petites  zones  de  la  dimension  d’une  pièce  de  cin¬ 
quante  centimes  dans  les  régions  occipitales.  Cependant,  en  juillet,  elle 
a  reçu  un  choc  accidentel  sur  la  tête  et  il  en  est  résulté  une  plaie  delà 
dimension  d'une  pièce  dé  un  franc,  qui  a  été  cicatrisée  en  septembre. 
L’état  général  est  excellent.  La  malade  a  été  enceinte  et  a  accouché 
le  16  septembre  normalement  d’un  garçon  venu  à  terme;  elle  a  eu  en 
octobre  1916  une  crise  d’entérite  aiguë  dysentériforme,  et  la  diarrhée 
persiste  encore  ;  cette  crise  d’entérite  dysentériforme  a  eu  un  effet 
fâcheux  sur  les  surfaces  cruentées  de  la  tête  qui  à  ce  moment  ont 
sécrété  en  aboudance. 

Deux  ans  et  demi  plus  tard,  en  mai  1919,  la  malade  est  revue;  la 
cicatrisation  est  complète  depuis  trois  mois  et  parfaitement  consolidée. 
Nous  donnons,  dans  quatre  photographies,  le  résultat  définitif  constaté 
à  cette  date,  quatre  ans  et  demi  après  l’accident  (septembre  1914- 
mai  1919).  La  cicatrice  qui  recouvre  le  crâne  est  mince,  peu  résistante, 
et  il  y  a  des  déformations  bien  visibles  sur  la  vue  latérale  droite. 

Au  cours  de  la  séance  du  3  janvier  1912  de  la  Société  de  chi¬ 
rurgie,  la  question  de  l’arrachement  total  du  cuir  chevelu  a  été 
discutée,  à  l’occasion  d’un  rapport  de  Picqué.  En  janvier  1921, 
dans  le  Journal  de  Chirurgie ,  Lenormant,  auteur  d’un  mémoire 
très  complet  et  très  étudié,  a  pu  en  réunir  67  observations. 

Ce  traumatisme  était  autrefois  très  grave,  en  raison  de  ses 
complications  infectieuses  immédiates  ou  éloignées,  aujourd'hui 
mieux  évitées,  mieux  combattues,  moins  menaçantes,  et,  de  ce 
fait,  moins  régulièrement  signalées.  Il  garde  encore  cependant  un 
pronostic  sévère,  en  raison  de  ses  complications  secondaires, 
tenant  aux  difficultés  de  la  cicatrisation,  sur  un  terrain  particu¬ 
lièrement  infertile  parce  que  particulièrement  mal  irrigué.  L’obser¬ 
vation  de  M.  Petridis  en  est  une  nouvelle  preuve. 

L’application  de  greffes  autoplastiques,  par  transplant  dermo- 
épidermiqueàla  manière  d’Ollier-Thiersch,  améliore  dans  unelarge 
mesure  cette  dernière  incidence  du  pronostic,  comme  le  prouvent 
presque  toutes  les  observations  actuellement  publiées.  Cette  greffe 


1018 


SOCIÉTÉ  BE  CHIRURGIE 


doi.t  êlre  entreprise  très  précocement,  quelques  j  ours  si  possible  et 
au  plus  tard  quelques  semaines  après  le  traumatisme,  en  somme  dès 
que  l'état  inflammatoire  initial  du  foyer  traumatique  a  disparu, 
dès  que  la  plaie  est  recouverte  de  bourgeons,  dès  qu’on  peut 
opérer  à  froid,  et,  autant  que  possible,  sur  des  tissus  vivaces.  De 
plus,  la  greffe  doit  être  exécutée  suivant  la  technique  qu’a  bien 
précisée  M.  le  professeur  Delbet,  en  taillant  des  lambeaux  larges 
et  longs  recouvrant  totalement  la  surface  bourgeonnante,  non 
.  pas  seulement  adjacents  mais  imbriqués  par  leurs  bords.  De  plus, 
les  séances  opératoires,  quand  on  ne  peut  pas  greffer  en  une  seule 
séance  ou  qu’on  .a  subi  un  échec  partiel,  .doivent  être  aussi  rap¬ 
prochées  que  possible,  répétées  dès  que  l’état  des  surfaces  dénu¬ 
dées  est  devenu  satisfaisant  :  ceci  afin  d’éviter  d’abord  toute 
perte  de  temps  et  d’éviter  aussi  de  diminuer,  en  laissant  péricliter 
l’état  général,  les  chances  de  succès. 

La  greffe  dermo-épidermique  donne,  dans  ces  conditions,  des 
résultats  très  remarquables.  Tel  le  cas,  cité  par  Lenormant,  cas 
de  Gerok  et  Riegner,  qui,  opérant  précocement,  ont  pu  greffer  en 
une  seule  séance  dans  des  conditions  telles  que,  un  mois  après, 
la  malade  était  complètement  guérie.  Dans  d’autres  observations, 
la  réparation  a  été  obtenue  en  deux,  trois,  quatre  séances  et  en 
deux,  trois,  quatre,  six,  huit,  dix,  quinze  mois.  Les  résultats 
s’améliorent  en  même  temps  que  s’améliore  la  technique,  tant 
pour  la  rapidité  de  la  cicatrisation  que  pour  la  qualité  de  la 
cicatrice. 

Mais  il  ne  paraît  pas  indifférent  d’améliorer  parallèlement  les 
méthodes  de  pansement  ou,  plus  exactement,  de  thérapeutique  pré¬ 
opératoire  des  surfaces  bourgeonnantes.  La  pratique  de  guerre,  en 
élargissant  sur  ce  point  notre  expérience,  nous  a  inspiré  des  tech¬ 
niques  nouvelles  pour  le  traitementdes  larges  pertes  de  substance 
tégumentaires  laissant  après  elles  de  vastes  surfaces  bourgeon¬ 
nantes  atones.  Je  suis  persuadé  qu’aujourd’hui  beaucoup  d’entre 
nous  envisagent,  peut-être,  d’autres  indications  et  certainement 
d’autres  moyens  qu’il  y  a  dix  ans. 

1°  Au  début,  immédiatement  après  l’aecident,  quand  on  se 
trouve  en  présence  d’une  plaie  avivée  siégeant  au  centre  d’un 
vaste  foyer  traumatique  irrité  et  enflammé,  il  s’agit  —  mis  à  part 
les  cas  particuliers  d’infections  virulentes  qui  présentent  des 
indications  spéciales  —  de  mettre  lin  rapidement  à  des  accidents 
inflammatoires  et  infectieux  en  général  modérés,  et  de  poursuivre 
d’emblée  et  dans  les  jours  qui  suivent  la  désinfection  de  la  sur¬ 
face  cruentée.  Selon  les  tendances  individuelles,  les  moyens 
employés  sont  certes  un  peu  différents;  on  peut  en  dégager 
cependant  quelques  données  techniques  très  générales,  qui  peuvent 


SÉANCE  DU  4  JUILLET 


104  9 


être  mises  en  quelque  sor.te  en  facteurs  communs  :  l’importauee 
capitale  du  premier  nettoyage  mécanique,  immédiat  e.t  -minutieux, 
complété  parla  lavage  à  l'éther  de  la  surface  cruentée,  la  toi¬ 
lette  puis  le  badigeonnage  iodé  large  des  téguments  périphé¬ 
riques;  l’importance  égale  de  l’assèchement  parfait  de  la  plaie 
par  un  pansement  absorbant,  aspirant  en  permanence  tous  les 
exsudats,  donc  en  évitant  soigneusement  —  à  celte  période 
initiale  où  les  espaces  conjonctifs  sont  encore  ouverts  dans  une 
plaie  non  bourgeonnée  -  les  pansements  aqueux,  par  irrigation 
ou  imprégnation  copieuse,  générateurs  d’infiltration  profonde, 
d’œdème  et  de  macération  périphériques,  très  souvent,  par  cela 
même,  facteurs  d’infections  secondaires. 

2°  Au  second  stade  évolutif,  quand,  au  bout  de  quelques  jours, 
au  plus  de  quelques  semaines,  on  se  trouve  en  présence  d’une 
plaie  plus  ou  moins  bourgeonnante,  mais  tout  spécialement  d’une 
plaie  restant  atone  —  la  plaie  consécutive  à  1’arr.achement  du  cuir 
chevelu  en  offre  le  .type  le  plus  parfait  — ,  il  s’agit  de  réveiller 
l’activité  réparatrice  des  tissus,  surtout  si  on  veut  préparer  utile¬ 
ment  le  terrain  en  vue  d’une  application  prochaine  de  greffes.  Il 
s’agit  cependant,  et  en  même  temps,  de  ne  pas  perdre  le  terrain 
qui  a  pu  être  gagné,  en  évitant,  au  cours  des  pansements,  toute 
violence  d’ordre  physique  ou  chimique  qui  pourrait  compromettre 
les  résultats  fragiles  et  précaires,  mais  très  précieux,  déjà  acquis. 
Ces  deux  indications,  dans  une  certaine  mesure  contradictoires 
puisqu’il  faut  tout  à  la  fois  aviver  la  plaie  et  respecter  Le  travail 
de  cicatrisation  déjà  réalisé,  n.e  sont  pas  toujours  faciles  à  remplir  ; 
,e.t  peut-être  faut-il  voir  en  cela  la  raison  de  certains  échecs  partiels 
ou  de  certains  retards  dans  la  cicatrisation  des  plaies  à  fond  peu 
vivace. 

Si,  durant  cette  période,  U  septicité  du  milieu  persiste  ou  réap¬ 
paraît,  l’instillation  discontinue  et  discrète,  soit  d’éther,  soit  de 
mélanges  apportant  des  antiseptiques,  soit  produisant  sur  plaee  du 
chlore  à  l’état  naissant,  peut  avoir  des  indications,  mais  des  indi¬ 
cations  temporaires.  En  général,  le  problème  consiste  non  pas  à 
désinfecter  une  plaie  dans  laquelle  l'inflammation  est  .éteinte  — 
une  infection  atténuée  n’empêche  d’ailleurs  nullement  le  travail 
de  réparation  de  s’organiser  et  de  se  poursuivre,  — -  mais  de 
déclencher  une  action  d’ordre  avant  Lout  cytoplylactique,  activant 
le  travail  de  réparation  et  animant  les  tissus  torpides  de  la  plaie 
bourgeonnante,  surtout  avant  de  greiïer.  On  réalise  volontiers  cette 
indication  par  des  moyens  d’ordre  chimique  :  par  l’apport  dans  la 
plaie  d’oxygène  à  l’état  naissant,  par  des  sérums  isotoniques  ou 
non  isoton iques  contenant  des  sels  divers  de  sodium,  de  potassium, 
de  magnésium,  par  certains  métaux  colloïdaux,  par  des  sub- 


1020 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


stances  balsamiques,  etc.  Cette  action  favorisante  peut  encore  être 
réalisée  par  des  agents  physiques  :  la  chaleur,  la  lumière,  les 
rayons, ultra-violets,  et,  d’une  manière  plus  particulière,  parles 
rayons  solaires  dont  on  aperçoit  mieux  de  jour  en  jour  le  rôle 
capital, et  dont  j’ai,  pour  ma  part,  observé  des  résultats  admirables 
dans  les  plaies  atones.  Je  pourrais  y  ajouter  l’action  de  «  gels  » 
radio-actifs  au  thorium  et  à  l’uranium,  dont  j’ai  pu  récemment 
constater,  dans  quelques  expérimentations,  l'action  très  remarqua¬ 
ble;  les  propriétés  leucotactiques  du  mésothorium  etd’une  manière 
générale  des  corps  radio-actifs  sont  d’ailleurâ  déjà  bien  connues; 
ces  essais  seront  poursuivis. 

L’action  physique  qu’il  y  a  lieu  d’exercer  sur  les  surfaces  bour¬ 
geonnantes  atones  se  présente  sous  une  autre  forme;  celle-ci  va 
permettre  de  protéger  la  plaie  bourgeonnante  et  en  même  temps  de 
favoriser,  mécaniquement  en  quelque  sorte,  le  travail  spontané 
de  réparation  qui  précède  ou  complète  la  réparation  par  les 
greffes.  Loin  d’aviver  de  temps  en  temps,  par  une  application  de 
caustiques,  par  un  curettage,  par  un  grattage  discret,  les  surfaces 
atones,  manœuvres  qui  d’ailleurs  avant  la  greffe  dépassent  le  but 
en  raison  de  l’hémolymphorragie  qu’elles  provoquent,  il  semble 
plus  utile  de  protéger  au  contraire  ces  surfaces  contre  les  trauma¬ 
tismes  extérieurs  les  plus  minimes,  et  en  même  temps  cependant 
de  favoriser  le  travail  de  réparation,  recherchant  —  comme,  a-t-on 
dit,  le  jardinier  tondant  et  roulant  les  pelouses  —  un  écimage 
constant  des  bourgeons  exubérants,  un  état  continu  de  nivelle¬ 
ment  et  comme  de  modelage  de  leur  surface  en  même  temps  que 
d’étalement  régulier  de  leur  base  d’implantation.  Cette  indication 
est  remplie  par  l’emploi  de  sparadraps,  'de  toiles  souples,  de  gazes 
molles,  de  tulles  à  larges  mailles.  Elle  peut  encore  être  remplie 
par  l’application  d’emplâtres  adhésifs,  d’enduits  plastiques,  plus 
ou  moins  compacts,  ces  derniers  d’une  manière  générale  à  base 
de  paraffine,  se  modelant  en  carapaces  régulières  tout  au  moins 
en  revêtement  dense  permanent  sur  les  surfaces  bourgeonnantes. 
On  combine  utilement  cette  action  physique  d’ordre  purement 
mécanique  aux  actions  chimiques  ou  physiques  activantes  cyto- 
phylactiques  dont  il  a  été  parlé  plus  haut  ;  c’est  ce  que  réalisent, 
par  exemple,  les  tulles  au  baume  du  Pérou  ou  les  gels  radio¬ 
actifs.  Dans  les  résultats  favorables  obtenus,  il  devient,  du  reste, 
vraiment  difficile  de  faire  la  part  de  ce  qui  doit  être  attribué  à 
l’une  et  à  l’autre  action;  il  n’est  pas  illogique  de  supposer  que  le 
rôle  de  l’action  mécanique  est  prépondérant. 

Voici  un  point  que  je  crois  capital.  C’est  le  renouvellement  aussi 
rare  que  possible  des  pansements  quels  qu’ils  soient,  mises  à  part 
les  périodes  durant  lesquelles,  surtout  au  début  du  traitement, 


SÉANCE  DU  4  JUILLET 


1021 


quand  la  plaie  ne  manifeste  aucune  vitalité,  il  peut  être  reconnu 
opportun  de  pratiquer  des  séances  quotidiennes  d’héliothérapie 
ou  de  tout  autre  traitement  physicolhérapique  activant.  Le  panse¬ 
ment  rare  permet,  quand  l’activité  des  bourgeons  est  éveillée  et 
qu’on  en  peut  apercevoir  déjà  les  premiers  effets,  de  respecter  les 
résultats  acquis  du  travail  de  réparation,  en  particulier  de  ne  pas 
détruire,  par  de  petits  traumatismes  répétés  inopportuns  et  cepen¬ 
dant  inévitables  quand  on  panse,  ces  revêtements  fragiles  pellicu- 
laires  qui  apparaissent  dans  certains  cântons  privilégiés,  ces 
minces  lisérés  d’épidermisation  d’un  blanc  bleuté  qui  ourlent  les 
contours  toujours  plus  fertiles  des  territoires  granuleux  ou  bien 
se  disposent  capricieusement  en  petits  îlots  d’amorçage  dissé¬ 
minés  à  leur  surface. 

Je  vous  propose,  Messieurs,  de  remercier  M.  Pavlos  Petridis  de 
nous  avoir  communiqué  celte  observation  intéressante. 

M.  Lenormant.  —  Je  demanderai  à  M.  Descomps  si  la  malade  de 
M.  Petridis,  dont  la  cicatrisation  était  achevée  en  1919,  a  été  re¬ 
vue  depuis  cette  époque  et  quel  est  son  état  actuel.  Voici  pourquoi 
je  pose  cette  question.  Je  suis  depuis  plusieurs  années  deux  ma¬ 
lades  qui  ont  subi  un  scalp  total  et  qui  Ont  été  guéries  par  l’appli¬ 
cation  de  greffes  de  Ihiersch  ;  l’une  a  été  opérée  par  Moure, 
l’autre  par  moi-même  et  elle  a  été  présentée  ici.  Or,  chez  ces  deux 
femmes,  j’ai  vu  survenir  des  hyperostoses  du  crâne  qui  donnent 
l’aspect  irrégulièrement  bosselé  de  certains  crânes  syphilitiques  ; 
ces  bosselures  soulèvent  la  peau  cicatricielle  amincie  et  celle-ci  est 
le  siège  de  petites  ulcérations,  qui  se  succèdent  indéfiniment,  se 
cicatrisent  en  un  point  pour  reparaître  ailleurs,  de  telle  sorte  que, 
après  des  années,  les  malades  doivent  encore  être  pansées  réguliè¬ 
rement  et  ne  peuvent  porter  une  perruque  et  que,  en  fin  de 
compte,  la  guérison  n’est  pas  véritablement  complète.  Il  semble 
que  ces  crânes,  qui  ont  été  dénudés  et  recouverts  de  bourgeons 
charnus  infectés  pendant  très  longtemps,  continuent  à  faire  de  la 
périostite  réactionnelle.  Je  serais  heureux  de  savoir  si  d’autres  ont 
observé,  chez  les  anciennes  scalpées,  des  accidents  tardifs  sembla¬ 
bles  à  ceux  qui  m’ont  beaucoup  frappé  chez  mes  deux  malades. 

A.u  sujet  de  la  technique  des  greffes  d’Ollier-Thiersch,  je  dirai 
simplement  qu’à  Saint-Louis,  où  nous  en  faisons  beaucoup,  nous 
n’avivons  jamais  les  bourgeons  charnus  à  la  curette  avant  l’appli¬ 
cation  des  greffes. 

M.  Tuffier.  —  Il  existe  un  grand  nombre  d’agents  physiques 
susceptibles  de  modifier  les  tissus  atones  et,  au  premier  chef,  les 
rayons  solaires.  Voici  un  moyen  très  simple  que  j’ai  employé, 


1022 


SO'CTÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


il  y  a  quelque  quinze  ans  à  Beanjon,  quand  j’y  étudiais  en  série 
Faction  des  agents  physiques  sur  les  tissus. 

Autour'  dé  la  plaie  atome  on  place  un  bourrelet  de  caoutchouc 
ou  d’une  substance  quelconque  sur  laquelle  on  tend  comme  une 
peau  de  tambour  une  feuille  de  mica  ou  de  colophane  Imprégnée 
ou  badigeonnée  d'éosine.  Cette  substance  sous  la  seule  influence 
de  la  lumière  du  jour  émet  des  rayons  efficaces.  Ces  rayons  von  t 
même  jusqu’à  provoquer  sur  la  peau  un  érythème  analogue  au 
coup  d;e  soleil. 

J’ai  opéré  quelques  scalps  et  j’ai  toujours  vu  que  la  cicatrisa¬ 
tion  an  début  évolue  assez  bien,  mais  la  partie  centrale  reste 
désespérante;  dans  un  de  ees  cas  j’ai  taillé  à'  la  périphérie  de  la 
cicatrice  un  long  et  large  lambeau,  ayant  deux  pédicules,  anté¬ 
rieur  et  postérieur,  que  j’ai  ramenés  en  jugulaire  à  rebours  sur  le 
milieu  du  crâne  de  la  région  frontale,  médian  à  la  région  occipi¬ 
tale  médiane.  J’avais  ainsi  deux  scalps  beaucoup  moins  étendus, 
un  droit  et  un  gauche,  qui  ont  rapidement  guéri. 


Deux  cas  de  hernie  diaphragmatique,  d'origine  traumatique, 
de  l'estomac  et  du  côlon,, 

par  MM.  CoqsvorsrER  et  Goetz, 

Médecins  d'e  l'année. 

Rapport  de  M.  JAKOB'.. 

MM.  Courvoisier  et  Goetz  nous  ont  adressé  les  observations  de 
deux  cas  de  hernie  diaphragmatique  de  l’estomac  et  du  côlon 
consécutive  à  une  blessure  par  coup  de  eouteau  de  l’hypocondre 
gauche,  qu’ils  ont  opérés  et  guéris.  II  s’agit  de  deux  cas  presque 
identiques  au  point  de  vue  clinique,  cas  simples,  opérés  par  la 
voie  thoracique  et  n’ayant  pas  présenté,  à- l’intervention,  de  diffi¬ 
cultés  particulières.  Mais,  et  c’est  ce  qui  donne  son  intérêt  prin¬ 
cipal!  à  cette  présentation,  dans  un  des  deux  cas  la  récidive  s’est 
produite  et  a  nécessi  té  une  nouvelle  intervention,  tandis  que  dans 
le  deuxième  cas  le  chirurgien  a  modifié,  sur  un  point  particulier, 
sa  technique  et  a  obtenu  d'emblée  une  guérison  complète. 

“Voici  les  deux  observations  : 

Obs.  .1.  —  W...,  trente-trois  ans,  blessé  le  2  mars  1920  par  un  coup 
de  couteau  dans  le  8°  espace  intercostal  gauche,  sur  la  ligne  axillaire 
moyenne. 

A  été  traité  à1  l’hépital  de  Saïda  pendant  un  mois  sans  éprouver  de 
symptômes  gastriques. 


SÉANCE  D'ü  k  JUILLET 


1023 


Onze  jours  apTès  sa  sortie  de  l’hôpital,  se  déclarent  des  accidents 
cardiaques  :  palpitations;  crises  d’étouffement,  qui  nécessitent  une 
nouvelle  hospitalisation.  Pointes  de  feu  dans  la  région  précordial'e. 
Après  deux  mois  d’hôpital,  le1 20  juin  l'920',  fl  vient  en  convalescence1  à 
la  villa  d’Eckmükl  (Oran).  A  partir  d’août,  vomissements  qui  entraînent 
un  amaigrissement  progressif. 

Entré  à  l’hôpital  militaire  d’Oran  le  24  septembre  1920,  vomisse¬ 
ments  presque  constants,  après  les  repa,s.  Ils  se  calment  dans  la  posi¬ 
tion  couchée.  Douleurs  au  creux  épigastrique  et  dans  Fbémithorax 
gauche,  bruits  hydroaériques  dans  le  thorax,  à  gauche,  après  les  repas. 
Phénomènes  d’oppression;  battements  de  cœur.  L’auscuitatïon  ne 
montre  qu’une  diminution  du  murmure  vésiculaire  à  la  base'  gauche. 

Poids  :  42  kilogrammes;  tlailie  :  ï“68;. 

L’examen  radiologique,  pratiqué  le  28  septembre  1920,  fait  immé¬ 
diatement, porter  le  diagnostic  de  hernie  diaphragmatique  de  l’estomac. 

Les  constatations  sont  les  suivantes  :■ 

Opacité  du  tiers  inférieur  du  poumon  gauche,  qui  présente  la  même 
teinte  que  la  cavité  abdominaie. 

Le  sinus  costo-diaphragmatique  est  comblé  et  l’hémidiaphragme  ne 
peut  être’  discerné. 

Dans  l’hé  mi  thorax  gauche,  on  distingue  une  volumineuse  masse 
grisaille,  aux  contours  imprécis.  Son  pôle  supérieur  est  réuni  dans  une 
ombre  légère1  au  creux  axillaire. 

En  dehors  d’elle  et  au  niveau  de:  sa  partie  moyenne,  on  remarque 
une  zone  plus  foncée. 

L’inspiration  profonde  et  la  toux  ne  modifient  en  rien  cet1  aspect. 

Après  ingestion  de  lait  bismuthé  (300:  cent,  cubes)  le  liquide  opaque 
s’accumule  dans  la  masse  observée1  dans  Fh'émit’horax  gauche  et  refoule 
à  droite  Fombre  cardiaque,  dont  lit  pointe  lui  transmet  des  oscilla¬ 
tions  synchrones  aux  battements  du  cœur. 

Le  bismuth  occupe  incontestablement  l’estomac  qui  paraît  étranglé 
au  niveau  du  tiers  inférieur. 

La  partie1  supérieure  de  la  biloculation  ne  peut  être  mobilisée  par  la 
compression  de  la  paroi  abdominale.  La  poche  inférieure  se  remplit  de 
lait  opaque  quelques:  instants  après  Fingestion  du  repas. 

Par  la  pression,  le  contenu  de  la  peehe  inférieure  reflète1  très  diffici- 
lement  vers  la  supérieure-. 

Pas  de1  contractions  péristaltiques  visibles. 

Le  contrôle  radioscopique  de  l’évacuation  gastrique- ne  peut  être  fait, 
le  malade  ayant  vomi  peu  après  l'ingestion  du  repas. 

Afin  de  préciser1  s’il  existé  en  même  temps  qu’une  hernié  de  l’estomac 
une  hernie  d’une  portion  de  l’intestin,  le  malade  est  repris  le  4  octobre 
après  ingestion'  de  deux  prises  dé1  l:00  grammes  de  carbonate  de  bis¬ 
muth,  l’une  seize  heures,  l’autre  quelques  instants  avant  l’examen. 

0n  observe1  le-  même  aspect  général  que  le  28-  septembre.  Toujours 
pas  d’ondes  péristaltiques  perceptibles. 

Toutefois,  à  gauche  de  l’estomac,  au  niveau  de  la  poche  à  air,  on 
remarque  une  zone  opaque  de  la  grosseur  d’un  œuf  de  poule,  sur- 


1024 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


montée  d’une  plage  obscure,  d’aspect  grenu,  ayant  sensiblement  les 
mêmes  dimensions. 

Plusieurs  heures  après,  pas  de  modifications  de  l’image. 

Le  radio-diagnostic  suivant  est  donc  porté  :  hernie  diaphragmatique 
de  l’estomac  et  d’une  partie  du  côlon. 

Adhérences  de  la  partie  supérieure  de  l’estomac  au  poumon. 

Sténose  relativement  serrée  nu  niveau  de  la  solution  de  continuité 
du  diaphragme. 

Atonie  gastrique. 

L’opération  est  pratiquée  le  7  octobre  1920. 

Anesthésie  générale  au  mélange  de  Schleich,  donné  avec  l’appareil 
d’Ombrédanne. 

Résection  de  la  9e  côte,  de  la  ligne  axillaire  postérieure  jusqu’au 
cartilage  costal. 

Ouverture  de  la  plèvre. 

L’estomac  et  le  côlon  sont  enveloppés  par  un  sac  transparent,  sans 
adhérences  avec  le  diaphragme. 

Ils  sont  réintégrés  facilement  dans  l’abdomeD,  après  agrandissement 
de  l’orifice  herniaire. 

Ce  dernier,  Ovalaire,  à  grand  axe  transversal,  mesure  environ  quatre 
travers  de  doigt  sur  trois.  Excision  des  bords  de  la  brèche  du  dia¬ 
phragme  et  suture  par  un  surjet  au  catgut  n°  7. 

Le  poumon,  adhérent  à  la  paroi,  est  libéré  partiellement. 

Fermeture  de  la  paroi  et  drainage  pendant  vingt-quatre  heures. 

Suites  apyrétiques.  Plus  de  vomissements. 

Au  dixième  jour,  pendant  la  nuit,  douleur  thoracique  à  gauche,  qui 
fait  redouter  une  déhiscence  delà  suture  diaphragmalique. 

En  effet,  l’examen  radioscopique  montre  le  même  aspect  qu’avant 
l’intervention,  avec  un  léger  épanchement  thoracique,  qui  se  résorbe 
rapidement.  Mais  les  vomissemenls  ont  cessé  et  l’opéré  engraisse.  11 
se  déclare  satisfait. 

Sorti  le  21  novembre  1920,  pesant  52  kilogrammes.  Va  à  la  villa  de 
convalescence  d’Eckmüh),  d’où  il  vient  voirie  Dr  Courvoisier  de  temps 
en  temps. 

Nouvelle  admission  à  l’hôpital  le  27  avril  1921  pour  une  deuxième 
intervention,  qui  a  lieu  le  2  mai  1921. 

Excision  dè  la  cicatrice  do  la  première  opération. 

L’estomac,  le  côlon  et  une  anse  grêle,  avec  de  l’épiploon,  se  trouvent 
dans  la  cage  thoracique. 

La  face  antérieure  de  l’estomac  èst  adhérente  à  la  lèvre  antérieure 
de  la  brèche  diaphragmatique,  ce  qui  limite  l’ascension  du  viscère 
dans  le  thorax. 

Libération  des  adhérences  et  réintégration  des  organes  dans  l’ab¬ 
domen. 

Avivement  dfs  bords  du  diaphragme  qui  tiraillent  un  peu  en  prati¬ 
quant  la  suture. 

Pour  avoir  de  l’étoffe,  les  attaches  latérales  du  diaphragme  sont 
désinsérées  et  remontées  de  deux  travers  de  doigl. 


SÉANCE  DU  4  JUILLET 


1025 


Cette  fois,  le  diaphragme  est  suturé  à  points  séparés,  au  crin  de  Flo¬ 
rence  perdu. 

Le  diaphragme  est  fixé  à  la  cage  thoracique  par  des  crins  également. 

Suture  de  la  paroi  au  crin  pirdu.  Drainage  vingt-quatre  heures. 
Suites  normales,  sans  complication  autre  qu'un  léger  épanchement 
pleural  qui  s’est  résorbé  spontanément. 

A  la  sortie,  poids  :  57  kilogrammes. 

Après  guérison,  l’aspect  radioscopique  est  le  suivant  : 

Le  diaphragme  légèrement  remonté  forme  une  séparation  horizon¬ 
tale  entre  le  thorax  et  l’abdomen. 

Le  sinus  costo-diaphragmatique  est  comblé  et  le  tiers  inférieur  du 
poumon  gauche  présente  une  teinte  grise. 

L’estomac  présente  une  forme  normale. 

Il  peut  être  mobilisé  et  fonctionne  normalement. 

Obs.  II.  —  Mohammed  Bel-Abbès,  vingt-trois  ans.  Blessé  dans  une 
fête  arabe  en  janvier  1921  par  un  coup  de  couteau  dans  le  8e  espace 
intercostal  gauche  un  peu  en  avant  de  la  ligne  axillaire  moyenne. 

Traité  pendant  huit  jours  à  l’hôpital  de  Bou-Denib,  il  rejoint  sa 
compagnie,  ne  présentant  aucun  trouble  thoracique  ou  abdominal. 

Un  mois  après,  il  est  pris  de  douleurs  au  creux  épigastrique,  avec 
vomissements  presque  constants.  La  position  couchée  n’a  aucune 
influence  sur  eux. 

Pas  de  douleurs  thoraciques.  Amaigrissement  rapide. 

Poids  :  40  kilogrammes;  taille  :  lm68. 

Entre  à  l'hôpital  d’Oran  avec  le  diagnostic  de  néoplasme  du  pylore.- 

Avertis  par  le  cas  du  malade  précédent,  blessé  dans  des  circonstances 
analogues,  le  patient  est  radioscopé. 

Le  diagnostic  de  hernie  diaphragmatique  est  porté  aussitôt. 

Les  constatations  sont  les  suivantes  : 

L’estomac  occupe  la  partie  moyenne  de  f’hémithorax  gauche.  Le 
pôle  supérieur  de  l’organe  se  projette  à  quatre  travers  de  doigt  au- 
dessous  de  la  clavicule  et  refoule  le  poumon  dont  il  est  séparé  par  une 
bande  opaque  s’étendant  horizontalement  du  médiastin  à  la  région 
axillaire  (léger  épanchement  pleural). 

La  coupole  diaphragmatique  ne  peut  être  distinguée. 

La  mobilisation  de  l’estomac,  par  pression  de  la  paroi  abdominale, 
ne  peut  être  obtenue. 

Après  ingestion  de  lait  bismuthé,  le  malade  est  pris  de  vomisse¬ 
ments  et  l’examen  doit  être  interrompu. 

Opération  le  16  avril  1921,  en  présence  du  Dr  Abadie. 

Anesthésie  générale  au  mélange  de  Schleich  donné  à  l’appareil 
d’Ombrédanne. 

Résection  de  la  9e  côte  depuis  la  ligne  axillaire  postérieure  jusqu’à 
son  cartilage. 

L’estomac  et  le  côlon  adhèrent  au  bord  du  diaphragme. 

Ils  sont  libérés  assez  péniblement,  puis  réintégrés  dans  l’abdomen. 
Il  n’existe  pas  de  sac  herniaire. 


».,  1923. 


1026 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Avivement  des  bords  indurés  du  diaphragme,  dont  l’orifice  mesure 
environ  quatre  travers  de  doigt  sur  deux. 

Suture  du  diapragme  au  crin  de  Florence  perdu,  à  points  séparés. 

Libération  partielle  du  poumon  refoulé  au  sommet  de  la  cage  thora¬ 
cique. 

Les  adhérences  donnent  lieu  à  une  hémorragie  en  nappe,  qui  interdit 
de  pousser  davantage  cette  manœuvre. 

Fermeture  de  la  paroi,  avec  drainage  de  la  plèvre  pendant  vingt- 
quatre  heures. 

Suites  normales,  avec  petit  épanchement  pleural  spontanément 
résorbé. 

Plus  de  vomissement.  Engraissement  rapide,  60  kilogrammes  au 
moment  de  la  sortie. 

A  ce  moment,  l’aspect  radiologique  est  le  suivant  : 

Le  poumon  est  refoulé  dans  le  tiers  supérieur  de  la  cage  thoracique 
où  il  adhère. 

Le  diaphragme  cicatrisé  est  sensiblement  remonté  et  forme  une 
baude  opaque  qui  sépare  horizontalement  le  thorax  de  l’abdomen. 

L’estomac,  globuleux,  fonctionne  normalement. 

Les  deux  observations  de  MM.  Courvoisier  et  Goetz  posent  la 
question  de  la  récidive  des  hernies  diaphragmatiques  opérées. 
Cette  récidive  serait  chose  rare  si  l’on  s’en  rapporte  aux  observa¬ 
tions  —  et  elles  sont  nombreuses  à  l’heure  actuelle  —  publiées 
depuis  la  guerre.  Et  cependant,  dans  un  bon  nombre  de  ces  cas, 
on  trouve  réalisées  les  conditions  les  plus  favorables  à  la  récidive 
et  on  ne  peut  se  défendre  de  l’idée  que,  si  les  opérés  avaient  pu 
être  revus  longtemps  après  l'intervention,  les  bons  résultats 
constatés  n'auraient  peut-être  plus  été  retrouvés.  Quoi  qu’il  en 
soit  les  chirurgiens  lyonnais,  avec  Bérard,  Cotte,  Leriche,  la 
croient  beaucoup  plus  fréquente  qu’on  ne  le  dit  et  ils  en  rappor¬ 
tent  plusieurs  observations.  A  ce  point  de  vue,  les  hernies  consécu¬ 
tives  avec  blessures  par  éclats  d’obus  sont  beaucoup  plus  exposées 
à  la  récidive  que  les  hernies  consécutives  à  une  plaie  par  coup  de 
couteau,  en  raison  de  l’infection  et  de  la  destruction  parfois 
étendue  du  diaphragme  qui  si  souvent  les  compliquent.  Là 
comme,  partout,  l’infection  est,  en  effet,  une  puissante  cause  de 
récidive  par  la  désunion  des  sutures,  par  les  adhérences,  par  la 
sclérose  du  diaphragme  qu’elle  détermine. 

Dans  le  cas  de  MM.  Courvoisier  et  Goetz  il  s’agissait  d’une 
hernie  simple  par  coup  de  couteau  et  il  n’y  a  eu  aucune  infection 
ni  après  la  blessure,  ni  après  l’intervention  :  c’était  donc  un  cas 
des  plus  favorables.  Et  cependant  la  récidive  s’est  produite. 
Quelle  en  a  été  la  cause?  MM.  Courvoisier  et  Goetz  l’attribuent, 
avec  raison  semble-t-il,  à  l’emploi  du  catgut  —  fil  résorbable  — 
dans  la  fermeture  de  l’orifice  diaphragmatique.  Aussi  chez  leur 


SÉANCE  DU  -4  JUILLET 


1027 


second  malade,  qui,  je  le  répète,  présentait  des  lésions  entière¬ 
ment  comparables  à  celles  du  premier,  ils  ont  utilisé  un  matériel 
de  suture  non  résorbable  —  du  crin  de  Florence  —  et  la  guérison 
a  été  parfaite;  ils  ont  alors  opéré  de  nouveau  leur  premier  malade, 
mais  en  suturant,  cette  fois,  l’orifice  herniaire  avec  du  crin,  et  ont 
obtenu  une  guérison  définitive.  Ils  recommandent  donc,  et  je 
suis  entièrement  de  leur  avis,  de  n’utiliser  pour  la  suture  de  la 
brèche  diaphragmatique  que  du  fil  non  résorbable  et  ils  donnent 
la  préférence  au  crin  de  Florence,  conseillé  et  utilisé  depuis  long¬ 
temps  par  M.  Walther  :  le  crin  de  Florence,  en  effet,  est  bien  toléré 
par  les  tissus  dans  lesquels  il  s’enkyste  facilement,  et  il  résiste, 
fort  bien  aux  contractions  incessantes  du  diaphragme  qui  expo¬ 
sent  tout  particulièrement  la  suture  à  la  désunion.  Je  sais  bien 
que  même  avec  l’emploi  d’un  fil  résorbable  on  peut  obtenir  une 
cicatrice  solide  :  Patel,  l’an  dernier,  a  présenté  à  la  Société  de 
Chirurgie  de  Lyon  le  diaphragme  suturé  au  catgut  d’un  opéré 
qui  avait  succombé  près  d’un  an  après  l’intervention  à  une  tuber¬ 
culose  pulmonaire  et  dont  la  suture  avait  parfaitement  résisté. 
Il  n’en  est  pas  moins  vrai,  cependant,  que  l’emploi  d'un  fil  non 
résorbable,  et  en  particulier  du  crin  de  Florence,  donne  une 
garantie  plus  grande  contre  les  risques  de  désunion. 

Quelques  chirurgiens  allemands,  Bakes,  Perthes  et  Goetze,  ont 
fait  plus.  Pour  s’opposer  aux  tiraillements  de  la  suture  ils  ont 
supprimé  les  contractions  du  diaphragme  pendant  une  huitaine 
de  jours,  c’est-à-dire  pendant  le  temps  nécessaire  à  la  consolida¬ 
tion  de  la  suture,  en  paralysant  temporairement  le  tronc  du 
phrénique  au  cou  par  une  injection  de  novocaïne.  Dans  un  cas 
rapporté  par  Bakes,  les  manœuvres  opératoires  sur  le  diaphragme 
ont  été  considérablement  facilitées  et  il  n’y  a  pas  eu  de  récidive. 

11  y  a  là  un  perfectionnement  de  la  technique  qui  peut,  en 
certains  cas,  rendre  des  services  et  qui,  d’autre  part,  ne  paraît 
pas  présenter  d’inconvénients  sérieux. 

M.  Auvray.  —  Je  crois  qu’il  ne  faut  pas  seulement  incriminer 
dans  la  question  des  récidives  de  hernie  diaphragmatique  opérées 
la  septicité  et  la  nature  des  fils  (fils  résorbables).  Je  pense  qu’il 
faut  encore  tenir  compte  de  la  forme  de  la  plaie,  de  ses  dimen¬ 
sions,  des  tractions  qu’il  faut  exercer  sur  ses  bords  pour  les 
mettre  en  contact,  enfin,  et  par-dessus  tout,  de  l’avivement  des 
bords  de  la  plaie  diaphragmatique.  Il  faut  que  les  bords  de 
l’orifice,  qui  sont  généralement  très  fibreux,  soit  largement  avivés 
et  qu’on  mette  en  contact  des  zones  très  avivées.  Mais  il  est  bien 
entendu  que  pour  faire  les  sutures  il  est  bien  préférable  de  se 
servir  de  fils  non  résorbables. 


1028 


SOCIÉTÉ  DE  CHIKUR01E 


Perforation  intestinale  méconnue,  par  corps  étranger , 
suivie  du  développement  d’une  tumeur  inflammatoire  de  l'abdomeny 

par  M.  le  médecin-major  de  lrc  classe  Peloquin, 
de  l’hôpital  militaire  d'Oudjda. 

Rapport  de  M.  H.  R0UV1LL0IS. 

Sous  ce  titre,  le  médecin-major  de  1"  classe  Peloquin,  de 
l’hôpital  militaire  d’Oudjda,  nous  a  envoyé,  il  y  a  quelques  mois,, 
une  curieuse  observation  dontyoici  le  résumé  : 

Observation.  —  Mm*  M...,  cinquante  ans,  entre  à  l’hôpital  militaire 
d’Oudjda  le  2  septembre  1922. 

Mariée  depuis  trente  ans,  elle  a  eu  dix  enfants  dont  six  vivants.  A 
fait  deux  fausses  couches.  Suppression  des  règles  depuis  deux  ans,  sans 
troubles  de  la  ménopause. 

Pas  d’antécédents  héréditaires. 

Il  y  a  un  mois  environ,  M“e  M...  a  commencé  àprésenter  des  troubles 
généraux  :  perte  d’appétit,  asthénie  marquée,  sans  localisation  précise  ; 
puis  elle  a  constaté  dans  la  partie  gauche  de  l’abdomen  la  présence 
d’une  tumeur  indolente.  Elle  aurait  eu,  à  ce  moment,  un  peu  de  fièvre, 
sans  pouvoir  préciser.  La  malade  est  très  affirmative,  elle  n’a,  à  aucun 
moment,  souffert  de  l’abdomen;  c’est  le  développement  anormal  de 
son  ventre  qui  a  seul  attiré  son  attention. 

Elle  se  décida  à  consulter  un  médecin,  et  entre  à  l’hôpital  avec  le 
diagnostic  de  «  tumeur  de  l’abdomen  ». 

A  l’examen  clinique,  on  constate  l’existence  d’une  masse  indolore 
siégeant  à  la  partie  supérieure  de  la  fosse  iliaque  gauche.  Cette 
tumeur  est  arrondie,  dure,  adhérente  dans  tous  les  sens  aux  plans 
profonds.  Pas  de  modifications  dans  l’aspect  des  téguments,  pas  de 
réseau  veineux  sous-cutané.  La  sonorité  abdominale  est  intacte  à  son 
niveau.  Lorsqu’on  fait  contracter  les  muscles  de  la  paroi,  la  tumeur 
disparaît  complètement  sous  les  doigts,  et  l’on  peut  conclure  qu’elle 
n’adhère  nullement  à  cette  paroi.  Tout  le  reste  de  l’abdomen  est  parfai¬ 
tement  souple.  Pas  d’ascite,  pas  de  ganglions  perceptibles.  L’examen 
de  la  colonne  vertébrale  et  du  squelette  du  bassin  est  entièrement 
négatif. 

Le  toucher  vaginal  et  le  toucher  rectal  montrent  l’intégrité  de 
l’utérus  et  de  ses  annexes,  ainsi  que  du  rectum. 

Une  radioscopie  et  une  radiographie  praliquéés  ne  décèlent-  rien 
d’anormal.  L’examen  des  urines  est  négatif.  Excellent  élat  général, 
pas  de  fièvre,  pas  de  vomissements,  pas  de  diarrhée,  pas  d’amaigris¬ 
sement. 

Minutieusement  interrogée,  la  malade  ne  se  rappelle  pas  avoir  subi: 
de  traumatisme  de  l'abdomen. 

Wassermann  négatif. 


SÉANCE 


4  JUILLET 


La  nature  et  l’origine  de  la  tumeur  restent  donc  à  déterminer. 

Intervention  le  b  septembre,  sous  chloroforme,  avec  l’aide  du 
■médecin-major  Peradon. 

Laparotomie  médiane  sous-ombilicale.  L’utérùs  et  ses  annexes  sont 
sains.  On  trouve,  dans  la  fosse  iliaque  gauche,  une  masse  dure  et 
aplatie,  de  la  forme  d’un  galet,  d’un  volume  un  peu  supérieur  à  celui 
d’un  œuf  de  poule,  formée  par  un  amalgame  de  brides  péritonéales, 
d’épiploon  et  d’intestin. 

La  tumeur,  adhérente  au  péritoine  par  sa  face  postérieure,  est 
décollée  prudemment  de  la  fosse  iliaque,  puis  du  gros  intestin  d’une 
part,  et  du  petit  intestin  d’autre  part.  Pendant  cette  manœuvre,  la 
tumeur,  friable,  se  désagrège,  mettant  à  nu  des  cavités  contenant  une 
matière  ayant  l’apparence  de  pus  concrété. 

La  masse  enlevée,  on  constate  qu’elle  adhérait  intimement  à  la 
partie  supérieure  de  l’S  iliaque. 

Fâs  trace  d’hémorragie,. ni  de  suintement,  lavage  à  l’éther.  La  périto- 
misation  étant  impossible,  on  se  contente  de  mettre  deux  drains  en 
canon  de  fusil  au  niveau  de  la  surface  cruentée  et  de  xefermer  la  cavité 
abdominale. 

Suites  opératoires.  —  Absolument  normales. 

Pendant  quelques  jours,  léger  suintement.  Pas  de  suppuration.  Les 
drains  sont  enlevés  le  quatrième  jour  et  les  agrafes  le  septième  jour. 
Pas  de  trace  de  réaction  abdominale.  Pas  d’élévation  de  température. 
Actuellement  la  malade  est  en  parfait  état,  la  fosse  iliaque  a  repris  sa 
souplesse  normale.  La  cicatrice  est  bonne;  pas  d’éventration. 

La  malade  ne  souffre  pas  et  sort  guérie  le  5  octobre. 

Etude  anatomo-pathologique.  —  Macroscopiquement,  la  tumeur,  après 
son  extirpation,  présente  environ  le  volume  d’une  mandarine.  Elle  est 
■constituée  par  un  tissu  assez  dense,  blanc  jaunâtre,  paraissant  en 
certains  points  richement  vascularisé.  Au  niveau  du  point  qui  l’unis¬ 
sait  à  l’intestin,  on  trouve  une  cavité  dans  laquelle  on  découvre 
un  corps  étranger  long  de  3  centimètres,  de  2  millimètres  environ  de 
diamètre,  pointu  à  ses  deux  extrémités. 

L’examen  chimique  et  histologique  a  montré'  qu’il  s’agissait  d’un 
fragment  d’os. 

L’examen  histologique  (médecin-major  Vogelin)  de  plusieurs  frag¬ 
ments  de  la  tumeur  a  montré  l’existence  d’un  tissu  inflammatoire 
dense,  disposé  autour  du  tissu  graisseux  dont  les  travées  conjonctives 
sont  épaissies  et  infiltrées  de  cellules  rondes. 

La  structure  du  ce  tissu  est  variable  suivant  les  points  examinés. 
Tantôt  il  est  formé  par  un  tissu  conjonctif  à  fibres  peu  développées, 
A  cellules  nombreuses  avec  des  néo-capillaires  abondants,  tantôt,  au 
contraire,  il  présente  l’aspect  d’un  tissu  de  sclérose  à  fibres  connec¬ 
tives  épaisses  avec  de  rares  cellules  intermédiaires. 

D'une  manière  générale,  ces  éléments  de  réaction  scléreuse  enserrent 
des  points  où  les  cellules  inflammatoires  sont  nombreuses  et  revêtent 
même  parfois  l’aspect  d’un  véritable  petit  abcès. 

L’examen  à  un  fort  grossissement  montre  que  les  cellules  sont 


1030 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


constituées  surtout  par  de  grandes  cellules  uninucléées  à  type  macro¬ 
phagique. 

Les  polynucléaires  sont  en  proportion  bien  moindre  et  leur  noyau 
présente  fréquemment  l’aspect  picnotique.  Ils  sont  cependant  plus 
nombreux  au  niveau  des  petits  abcès  signalés  plus  haut.  Ces  derniers 
se  trouvent  toujours  au  voisinage  d'un  vaisseau  auquel  ils  sont  reliés 
par  une  traînée  de  leucocytes. 

On  rencontre  enfin,  au  niveau  des  vestiges  du  tissu  épiploïque, 
quelques  vaisseaux  à  paroi  épaissie  qui  ont  été  le  siège  d’un  processus 
de  thrombose  et  dont  la  lumière  est  complètement  obstruée. 

Aucune,  lésion  cancéreuse  ou  tuberculeuse  n’est  rencontrée  ;  en 
particulier,  il  n’existe  pas  de  cellules  géantes. 

Inoculation  au  cobaye,  négative. 

En  résumé,  il  s’agit  d’un  tissu  de  réaction  inflammatoire  qui  s’est 
vraisemblablement  développé  au  niveau  d’une  perforation  intestinale, 
n’ayant  pas  donné  lieu  à  une  péritonite  aiguë  grâce  au  très  petit  calibre 
de  l’objet  perforant  et  à  la  réaction  de  défense  qui  s’est  produite. 

L’histoire  de  cette  malade,  l’évolution  et  les  caractères  de  la 
lésion  pour  laquelle  elle  a  été  opérée,  nous  paraissent  dignes  de 
retenir  l’attention.  Les  termes  de  l’observation,  très  complète  et 
très  précise,  ne  laissent  aucun  doute  sur  le  diagnostic  :  il  s’agit 
d’une  tumeur  inflammatoire  de  l’abdomen,  développée  autour 
d’un  corps  étranger  osseux  avalé  par  mégarde,  et  qui  a  déterminé 
une  perforation  silencieuse  du  gros  intestin,  sans  accidents  péri¬ 
tonéaux  d’aucune  sorte,  sans  fistule  et  sans  douleur. 

Nous  ne  voulons  pas,  à  propos  de  ce  cas  isolé,  étudier  dans  son 
ensemble  la  question  des  tumeurs  inflammatoires  de  l’abdomen 
qui  a  déjà,  à  maintes  reprises,  attiré  l’attention  des  chirurgiens. 
Ces  tumeurs,  en  effet,  réserve  faite  de  la  tuberculose  et  de  la 
syphilis,  reconnaissent  des  causes  multiples  et  revêtent  les 
aspects  les  plus  divers.  Tantôt  il  s’agit  de  tumeurs  inflammatoires 
pseudo-néoplasiques,  ayant  pour  point  de  départ  l’appendice  ou 
la  vésicule  biliaire  ;  tantôt  il  s’agit  de  lésions  ayant  pour  point  de 
départ  la  vessie  ou  un  kyste  infecté  de  l’ouraque  ;  tantôt,  enfin,  le 
point  de  départ,  même  après  l’intervention,  ne  peut  être  déter¬ 
miné  avec  précision,  comme  un  cas  récent  de  Dupont  (1). 

Quel  que  soit  l’intérêt  de  ces  cas  complexes,  je  ne  m’occuperai 
ici  que  des  tumeurs  qui  reconnaissent  pour  cause  un  corps 
étranger  apporté  du  dehors. 

Les  corps  étrangers,  qui  sont  la  cause  la  plus  fréquente  de  ces 
tumeurs,  sont  les  fils  non  résorbés,  à  la  suite  d’opérations  de 
hernie  ayant  nécessité  une  résection  épiploïque.  Ces  faits  sont 

(1)  Dupont.  Un  cas  de  tumeur  inflammatoire  de  l’abdomen.  Journal  de 
Chirurgie ,  t.  XIX,  n°  5,  p.  469. 


SÉANCE  DU  4  JUILLET 


1031 


bien  connus,  et  sont,  d’ailleurs,  d’un  diagnostic  facile,  en  raison 
de  l’antécédent  opératoire  qui  n’échappe  pas  à  un  clinicien  averti. 

Les  faits  analogues  à  ceux  de  M.  Peloquin  ayant  trait  à  un 
corps  étranger  dégluti  ayant  traversé  secondairement  la  paroi 
intestinale  sont  plus  rares.  Ils  sont  intéressants  à  deux  points 
de  vue  : 

1°  La  perforation  inteslinalè  silencieuse  ; 

2°  Le  développement  de  la  tumeur  inflammatoire. 

Les  perforations  intestinales  silencieuses ,  par  corps  étrangers, 
sans  être  fréquentes,  ne  sont  pas  exceptionnelles.  Il  s’agit,  le  plus 
souvent,  d’aiguilles  dégluties  qui  ont  subi,  à  échéance  parfois 
lointaine,  les  migrations  les  plus  inattendues  sans  avoir  donné 
lieu  à  la  production  de  tumeurs  ou  d’accidents  notables.  Il  né 
faut,  d’ailleurs,  pas  trop  généraliser  leur  bénignité,  car  l’aiguille, 
dans  son  trajet,  peut  léser  un  organe  important  tel  que  la  veine 
cave  ou  l’uretère,  comme  dans  les  deux  observations  rapportées 
par  Poulet  (1),  et  entraîner  des  accidents  mortels. 

>  Si  le  corps  étranger,  tout  en  ayant  la  ténuité  d’une  aiguille  n’en 
a  pas  la  facilité  de  migration,  comme  c’est  le  cas  pour  un  fragment 
d’os,  la  traversée  des  tuniques  intestinales  peut  être  assez  lente 
pour  donner  le  temps  au  processus  de  défense  de  localiser  l’infec¬ 
tion  péritonéale  par  des  adhérences  et  par  du  tissu  de  réaction  qui 
aboutit  à  la  formation  d’une  tumeur  inflammatoire. 

Ces  cas  sont  rares  et  nécessitent,  pour  ne  pas  aboutir  à  la  péri¬ 
tonite  que  présenta  le  malade  de  Richet  dont  l’observation  a  été 
rapportée  par  Peyronnet  (2),  un  concours  heureux  de  circonstances 
qui  semblent  exceptionnelles  :  c’est  le  cas  de  la  malade  de 
M.  Peloquin. 

C’est  le  cas  aussi  d’un  malade  dont  nous  avons  trouvé  l’obser¬ 
vation  dans  un  travail  que  von  Richard  Morian  (3)  a  consacré  aux 
tumeurs  chroniques  et  inflammatoires  de  l’abdomen.  Il  s’agissait 
d’une  tumeur  de  l’épiploon,  adhérente  au  gros  intestin,  et  au 
centre  de  laquelle  se  trouvait  un  abcès  enkysté  ayant  eu  pour  point 
de  départ  une  petite  esquille  osseuse  pointue  et  en  voie  de  nécrose 
dont  la  déglutition  avait  été  méconnue.  La  perforation  intestinale 
n’avait  donné  lieu  à  aucun  symptôme. 

Ces  tumeurs  inflammatoires  de  l’abdomen  ayant  pour  point  de 
départ  un  corps  étranger  dégluti  semblent  surtout  fréquentes  au 
niveau  du  gros  intestin  dont  la  paroi  mince  et  les  diverticules,  qu’il 
présente  souvent,  semblent  plus  favorables  à  l’arrêt  d’un  corps 

(1)  Poulet.  Corps  étrangers  en  chirurgie ,  1879. 

(2)  Peyronnet.  Thèse  Paris,  1876. 

(3)  Von  Richard  Morian.  Deutsche  zeitschrift  fW  chirurgie,  1912,  t.  CXIV, 
p.  267. 


1032 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


étranger  et  à  la  perforation  des  tuniques  intestinales,  qu’à  l'intestin 
grêle  dont  les  parois  sont  plus  épaisses  et  plus  régulières.  Notons 
enfin  que  la  lésion  de  ce  dernier  entraîne  plus  souvent  qu’au  gros 
intestin  la  péritonite  aiguë  généralisée. 

Ces  tumeurs  sont  constituées  par  une  coque  souvent  épaisse  de 
tissu  conjonctif  au  milieu  de  laquelle  se  trouve  le,  corps  étranger 
siégeant  au  milieu  de  tissus  plus  ou  moins  infectés,  et  parfois  d’un 
véritable  abcès.  Elles  restent  habituellement  en  connexion  plus  ou 
moins  intime  avec  l’intestin  et  peuvent  présenter  avec  lui  des 
adhérences  assez  étroites  pour  en  rendre  l’ablation  malaisée. 

Abandonnées  à  elles-mêmes,  elles  semblent  avoir  tendance  à  se 
rapprocher  de  la  paroi  abdominale  et,  comme  le  fait  justement 
remarquer  Poulet,  quand  la  tumeur  est  devenuesuperficielle,  elle 
devient  franchement  phlegmoneuse.  C’est  par  ce  mécanisme  que 
s'éliminent  parfois  tardivement  les  corps  étrangers  méconnus. 

J)ans  le  cas  de  Morian,  cité  plus  haut,  la  tumeur  adhérait  telle¬ 
ment  à  la  paroi  abdominale  que  le  diagnostic  de  fibrome  de  la 
paroi  avait  été  posé.  La  coupe  de  la  tumeur  révèle  la  présence  d’un 
véritable  abcès  collecté. 

Il  ne  faut  pas  perdre  de  vue  également  que  ces  tumeurs  sont 
susceptibles,  dans  les  cas  moins  favorables,  d’entraîner  des  acci¬ 
dents  aigus  intra-péritonéaux  qui  peuvent  être  rapidement 
mortels. 

C’est  pourquoi,  malgré  les  incertitudes  d’un  diagnostic  toujours 
difficile  sinon  même  impossible,  il  est  prudent,  dès  que  le  dia¬ 
gnostic  a  été  fait,  de  ne  pas  trop  différer  l’intervention  chirurgicale  : 
c’est  la  meilleure  façon  d’éviter  les  complications  ci-dessus. 

L’opération  idéale,  quand  elle  estréalisable,  consiste  évidemment 
à  enlever  la  tumeur  d’un  bloc;  c’est  ce  qu’a  fait  M.  Peloquin,  et  il 
y  a  lieu  de  l’en  féliciter. 

Cette  opération  peut  être  quelque  peu  laborieuse,  mais,  si  l’on 
songe  aux  accidents  que  peuvent  déterminer,  les  lésions  aban¬ 
données  à  elles-mêmes  il  est* préférable  de  prévenir  ces  accidents 
par  une  intervention  précoce,  qui  a  des  chances  d’être  radicale, 
plutôt  que  d'être  acculé  aux  conditions  défavorables  d’une  inter¬ 
vention  tardive  dont  les  suites  sont  toujours  aléatoires. 

Je  vous  propose,  en  terminant,  de  remercier  M.  Peloquin  de  son 
intéressante  observation,  et  de  l’insérer  .dans  nos  Bulletins. 


SÉANCE  DU  4  JUILLET 


1033 


Communications. 

Tumeur  du  foie.  Résection.  Guérison.  Examens  histologiques , 
par  M.  JACQUES  S1LH0L  (de  Marseille),  correspondant  national. 

Il  est  classique  que  les  tumeurs  syphilitiques  du  foie  échappent 
-au  chirurgien. 

Les  circonstances  m’ont  amené  à  enlever  une  tumeur  pour 
laquelle  la  syphilis  pouvait  être  en  cause;  il  en  est  résulté  pour 
la  malade  un  bénéfice  immédiat  complet  et  cette  ablation  nous  a 
■valu  des  examens  biologiques  curieux. 

Observation  de  M.  le  Dr  Bourde,  interne  du  service. 

La  fille  À.  E...,  âgée  de  vingt-sept  ans,  femme  de  chambre,  entre  à 
THôtel-Dieu  le  18  avril  (923,  parce  que  depuis  sept  mois  elle  présente 
de  la  sensibilité  de  l’épigastre,  de  l’inappétence,  quelques  nausées, 
quelques  glaires  vomies  le  matin.  11  y  a  quatre  ou  cinq  mois,  elle 
•constate  une  grosseur  du  côté  de  l’estomac;  la  malade  sent  qu’elle 
maigrit,  mais  il  ne  lui  semble  pas  que  la  tumeur  ait  augmenté  de 
•volume  depuis  qu’elle  a  été  perçue.  Elle  est,  quoique  un  peu  maigre,  de 
ibonne  santé  habituelle,  jamais  malade,  sauf  une  pleurésie  sèche  il  y  a 
•quatre  ans,  elle  est  réglée  régulièrement,  ni  enfant,  ni  avortement, 
aucun  antécédent  spécifique.  Par  contre,  sa  sœur  est  morte  de  tuber¬ 
culose,  son  frère  de  méningite. 

Elle  présente  dans  l’hypocondre  gauche  une  tuméfaction  qui  soulève 
un  peu  les  téguments  entre  le  rebord  cartilagineux  et  l’ombilic.  Volu- 
mineusé  comme  une  grosse  orange,  elle  est  dans  sa  partie  accessible 
arrondie,  dure,  à  peu  près  régulière,  légèrement  mobilisable  dans  tous 
les  sens.  Elle  est  mate  et  donne  tout  à  fait  l’impression  de  se  continuer 
avec  le  lobe  gauche  du  foie.  La  tumeur  est  indolente,  mais  la  pression 
est  un  peu  sensible.  Aucune  irradiation  douloureuse.  La  rate  est 
palpable,  la  tumeur  est  indépendante  en  haut  et  en  avant  d’elle  sans 
contact  lombaire.  Le  bord  inférieur  du  foie  est  abaissé  d’un  travers  de 
doigt.  On  ne  trouve  rien  à  signaler  en  dehors  de  réflexes  rotuliens  un 
peu  vifs,  d’une  légère  submatilé  et  obscurité  respiratoire  du  sommet 
■droit.  Température  entre  37°  et  37°5. 

Pendant  une  observation  de  quelques  jours,  on  note  seulement 
quelques  troubles  indiqués  plus  haut  et  un  peu  de  prurit  généralisé. 

L 'examen  radioscopique  pratiqué  à  deux  reprises  montre  que  la 
■tumeur  estindépendante  de  l'estomac.  Celui-ci  est  atone,  descendant  à 
deux  travers  de  doigt  au-dessous  des  crêtes;  ni  encoche,  ni  image 
lacunaire,  transit  bismuthé  normal. 

Examen  d'urines. Pas  de  sucre,  1  gramme  d’albumine  par  litre, 
traces  de  pigments  biliaires,  présence  d’urobiline,  13  grammes  d’urée 
par  litre. 


1034 


SOCIÉTÉ  DK  CHIRURGIE 


Examen  du  sang  : 


Globules  rouges .  5.200.000 

—  blancs .  8.000 

Polynucléaires .  78 

Mononucléaires . 19 

Éosinophiles .  3 


Réaction  de  Bordet-Wassermann  :  nettement  positive. 

Réaction  de  Weinberg  :  positive,  témoin  négatif. 

Intradermo  réaction  :  positive. 

Nous  intervenons  le  3  mai  pour  une  tumeur  du  lobe  gauche  qui 
pourrait  être  un  kyste  hydatique. 

Intervention  le  3  mai.  —  Anesthésie  à  l’éther  (Aide  Dr  Borde).  Inci¬ 
sion  médiane  sus  ombilicale  ;  éviscération  du  lobe  gauche  du  foie  où 
siège  la  tumeur  faisant  saillie  à  lsuface  convexe  et  à  la  face  inférieure 
du  volume  d’une  grosse  orange,  arrondie  dans  l’ensemble  mais 
bosselée.  Des  bosselures  sont  plus  pâles,  plus  jaunes  que  d'aulres  : 
aucun  point  fluctuant,  la  dureté  et  l’indéformabilité  de  la  tumeur  sont 
manifestes  II  n’y  a  ni  ascite,  ni  adhérences.  Je  me  sens  incapable  de 
faire  un  diagnostic,  mais  comme  par  suite  du  développement  de  celte 
extrémité  hépatique  il  y  a  une  apparence  d^isthme  d’une  dizaine  de 
centimètres  et  comme  tout  le  reste  de  la  surface  hépalique  paraît 
absolument  normal,  que  le  palper  dans  toute  la  portion  accessible  est 
négatif,  l’ablation  me  paraît  indiquée. 

/  Elle  se  fait  simplement  :  un  fil  double  passé  au  centre  de  l’isthme  et 
uont  chaque  moitié  est  serrée  modérément  :  je  passe  également  des 
fils  perpendiculaires,  puis  je  fais  la  résection  en  excavant  en  deux  valves 
le  tissu  hépatique.  Ces  fils  sont  serrés  et  l’hémorragie  assez  importante 
pendant  quelques  secondes  est  arrêtée  immédiatement  :  je  vais 
chercher  l’épiploon,  j’en  enveloppe  ma  ligne  de  suture  et,  sans  le 
suturer  au  foie,  je  le  fixe  à  la  face  profonde  de  mon  incision  pour  qu’il 
ne  redescende  pas. 

Suites  opératoires  parfaitement  simples.  Pouls  à  75,  température 
normale  le  troisième  jour,  très  bon  état  général,  aucun  symptôme 
hépatique. 

Examen  d'urines  le  8  mai  :  traces  de  pigments  biliaires,  présence 
d’urobiline,  albumine  0  gr.  20  ;  souplesse  immédiate  très  grande  de 
tout  l’épigastre,  et  le  contenteihent  de  la  malade  fut  tel  qu’elle  sortit  à 
l’improviste  au  bout  de  quelques  jours  et  qu’il  fallut  la  retrouver  pour 
bien  préciser  cet  état  parfait. 

Cette  tumeur  était  assez  intrigante  :  si  bien  que  plusieurs  examens 
furent  faits  de  différents  côtés  à  mjin  insu,’et.lorsque  le  Laboratoire  me 
remit  une  note  brève  me  disant  :  «Tuberculose  avec  caséification  pro¬ 
gressive  et  très  étendue  :  à  la  périphérie  des  zones  caséifiées,  réaction 
lympho-conjonctive  et  cellules  géantas  »,  on  me  remit  d’autres  résultats 
parfaitement  concordants  et  on  répondit  à  mes  objections  que  si  l’on 
devait  discuter  la  tuberculose  avec  de  telles  lésions  histologiques 
on  devrait  toujours  la  discuter.  Pourtant  j’attirai  l’attention  de 
M.  le  Dr  Rouslacroix,  chef  de  laboratoire  des  cliniqu'es,  sur  le  Wasser- 


1036 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


mann  positif  (comme  le  Weinberg  d’ailleurs)  et  je  lui  inspirai  des 
doutes  qui  aboutirent  à  la  note  suivante  : 

«  Le  lobe  du  foie  qui  nous  a  été  soumis  montre  les  altérations  sui¬ 
vantes  :  dans  l’ensemble,  lésions  profondes  très  étendues,  qui  rendent 
la  structure  de  la  glande  à  peu  près  méconnaissable,  et  réparties  en 
deux  zones  nettement  délimitées:  1°  des  foyers  de  dégénérescence  à 
centre  caséeux,  à  périphérie  arporphe,  mais  la  texture  acidophile  plutôt 
fibrinoide,  cernée  par  une  couche  de  cellules  fixes  et  de  cellules  épithé¬ 
lioïdes;  quelques'  fragments  nucléaires  de  leucocytes,  centre  des  îlots  ; 
2°  une  zone  d’extension  des  lésions  constituée  parun  mélange  de  cellules 
fixes  orientées  en  faisceaux  fibroblastiques,  de  plasmocytes,  de  cellules 
lymphoïdes  au  sein  desquelles  on  voit  de  nombreuses  cellules  géantes  ;  le 
point  dé  départ  de  la  réaction  lympho-conjonctive  paraît  être  dans  les 
espaces  porte  qui  montrent  une  sclérose  nette  péricanaliculaire  et 
péricapîllaire  ;  en  revanche,  quelques  points  moins  atteints  permettent 
de  constater  la  résistance  de  la  partie  péri-sus- hépatique  des  lobules. 

«  Ces  lésions  offrent  donc  la  constitution  de  l’inflammation  subaiguë 
caséifiante  de  nature  tuberculeuse  ou  syphilitique  ;  d’autre  part,  la 
recherche  des  bacilles  de  Koch  et  des  spirochètes  par  les  méthodes 
appropriées  n’a  pas  donné  de  résultats.  On  sait  d’ailleurs  combien  la 
coloration  des  acides  résistants  est  difficile  dans  le  foie. 

«  Au  point  de  vue  histologique  pur  il  existe  en  faveur  de  la  syphilis 
scléro  gommeuse  les  présomptions  suivantes  : 

1°  L’acidophilie  bigarrée,  peu  homogène  des  parties  dégénérées,  la 
présence  de  débris  leucocytaires,  la  texture  vaguement  fibrinoide; 

«  2“  Dans  la  zone  d’extension  lésionnelle,  la  présence  d’assez  nom¬ 
breux  plasmocytes,  de  cellules  fixes  en  voie  d’organisation  scléreuse, 
l’existence  de  péricapillarite,  enfin  l’absence  autour  des  cellules 
géantes  d’une  couronne  lymphoïde  plus  ou  moins  étendue. 

«  Conclusion  :  variété  de  foie  scléro-gommeux.  » 

M.  Rouslacroix  m’a  indiqué  seulement  qu’il  ne  pouvait  s’agir  que  de 
présomptions. 

L’opérée  a  été  retrouvée  et  examinée  très  soigneusement  il  y  a 
quelques  jours  au  point  de  vue  tuberculose  et  syphilis: 

Submatité  des  deux  fosses  sus-épineuses,  pas  de  modification  de 
sonorité  en  avant.  Diminution  du  murmure  vésiculaire  et  expiration 
prolongée  au  sommet  droit;  au  sommet  gauche,  quelques  frottements 
pleuraux  discrets.  Rien  à  noter  en  avant.  Transsonance  plessimé- 
trique  un  peu  augmentée  à  gauche.  La  pleurite  de  la  base  droite  n’a 
pas  laissé  de  traces. 

Cicatrices  d'adénite  cervivale  sus-claviculaire  remontant  à  l’enfance. 

Aucun  incident  spécifique  n’est  relevé,  ni  céphalée,  ni  douleurs 
ostéocopes,  ni  roséole,  ni  avortement. 

Tuberculose  ou  syphilis?  Je  ne  sais,  et  vous  soumets  les  prépa¬ 
rations,  mais  en  tous  cas  excellents  résultats  d’une  intervention 
assez  simple. 


SÉANCE  DU  4  JUILLET 


1037 


Sur  l’éclairage  artificiel  dans  les  opérations  chirurgicales , 
par  M.  J.-L.  FAURE. 

PermeUez-moi  d’attirer  votre  attention  sur  une  question  qui, 
pour  n’être  pas  d’ordre  purement  chirurgical,  n'en  est  pas  moins 
d’une  importance  extrême  pour  tout  ce  qui  touche  à  l’exercice  de 
la  chirurgie. 

Je  veux  parler  de  l’éclairage  artificiel  du  champ  opératoire. 
Il  en  a  été  plusieurs  fois  question  dans  cette  enceinte.  Sebileau 
nous  a  entretenus  du  miroir  de  Clark.  D’autres  nous  ont  vanté  les 
avantages  de  l’éclairage  frontal  par  le  cyclope.  Les  uns  et  les 
autres  avaient  raison.  Moi-même,  je  me  suis  souvent  servi  de  ce 
dernier  appareil,  en  particulier  dans  des  interventions  vaginales, 
où  il  m’a  rendu  les  plus  grands  services. 

Mais  il  y  a  mieux,  et_le  moment  me  paraît  venu  de  dire  tout  le 
bien  que  je  pense  de  la  lampe  scialytique,  lampe  sans  ombre,  dont 
j’ai  maintenant  une  expérience  de  plus  d’une  année  et  qui,  je  ne 
crains  pas  de  le  dire,  réalise  la  perfection  de  l’éclairage  du  champ 
opératoire. 

Voilà  plusieurs  années  que  je  la  voyais  aux  expositions  annuelles 
du  Congrès  de  Chirurgie,  et,  cédant  à  la  difficulté  que  nous  avons 
tous  à  changer  nos  habitudes,  à  cette  funeste  routine  dont,  en 
quelque  mesure,  aucun  d’entre  nous  n’est  exempt,  je  remettais 
toujours  au  lendemain  l’occasion  de  m’en  servir  :  d’autant  plus 
que  j’avais  à  ma  disposition  une  salle  d’opérations  très  claire.  Mais 
le  moment  est  venu  où  j’ai  dû  en  faire  construire  une  nouvelle,  et 
où  j’ai  été  obligé  d’opérer  dans  un  amphithéâtre  assez  obscur. 
C’est  alors  que  j’ai  eu  recours  à  la  lampe  scialytique.  Si  je  ne  me 
trompe,  c’est  notre  collègue  de  Martel  qui  a  eu  l’honneur  de 
rompre  le  premier  avec  nos  vieilles  habitudes,  et  qui  a  inauguré 
la  première  dans  sa  salle  d’opérations,  où  j’ai  été  la  voir. 

J’en  ai  donc  installé  une  dans  mon  amphithéâtre,  où  j’opère 
rideaux  baissés,  dans  une  obscurité  presque  complète,  propice  au 
silence  des  assistants,  et  qui  fait  d’autant  mieux  ressortir  la  mer¬ 
veilleuse  clarté  du  champ  opératoire. 

Vous  connaissez  le  principe  de  cette  lampe  sans  ombre.  Une 
ampoulé  de  100  à  150  bougies  est  placée  au  centre  d’une  sorte  de 
large  cloche  surbaissée,  de  90  centimètres  environ  de  diamètre, 
dont  le  pourtour  circulaire  est  garni  d’une  quarantaine  de  miroirs 
inclinés  à  45°. 

L'ampoule  centrale  est  enfermée  dans  une  lentille  de  phare  qui 
réfracte  horizontalement  les  rayons  lumineux.  Ceux-ci  viennent  se 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


réfléchir  sur  les  miroirs  latéraux  et  sont  renvoyés  vers  le  foyer 
opératoire,  situé  à  1  mètre  environ  au-dessous  de  la  lampe.  La 
multiplicité  de  ces  rayons  réfléchis,  convergeant  vers  le  même 
point,  et  dont  quelques-uns  seulement  sont  interceptés  par  la  tête 
et  les  mains  de  l’opérateur  et  de  ses  aides,  fait  que  le  plus  grand 
nombre  d’entre  eux  tombent  toujours  sur  le  champ  opératoire, 
qui  est  ainsi  toujours  éclairé  sans  présenter  d'ombre  sensible  ou 
tout  au  moins  gênante. 

Bien  plus,  et  comme  ces  rayons  arrivent  obliquement,  ils 


éclairent,  dans  la  cavité  pelvienne,  les  parties  périphériques,  qui 
dans  les  conditions  ordinaires  sont  voilées  par  l’ombre  portée  par 
les  lèvres  de  la  plaie. 

Un  système  de  contrepoids  permet  de  mettre  la  lampe  à  la 
hauteur  voulue  et  de  l’incliner  en  tous  sens  jusqu’à  45°  environ, 
pour  que  la  lumière  se  projette  normalement  sur  les  malades  en 
position  déclive  ou  disposés  pour  les  opérations  périnéales. 

En  un  mot,  l’éclairage  est  parfait,  aussi  bien  pour  les  opérations 
communes  que  pour  celles  qui  ont  lieu  dans  les  cavités  profondes, 
comme  dans  la  chirurgie  pelvienne,  gastro-hépatique  ou  vaginale. 

La  chaleur  développée  par  cette  lampe  est  à  peu  près  nulle.  Elle 
ne  gêne  aucunement  le  chirurgien  et  ses  aides  et  est  sans  action 


SÉANCE  DU  4  JUILLET 


1039 


sur  les  tissus,  même  lorsqu’ils  sont  exposés  pendant  longtemps 
à  l’éclat  de  ses  rayons. 

Le  seul  inconvénient  de  celte  lampe,  si  lant  est  qu’elle  en  ait  un, 
est  peut-être  l’habitude  qu’on  prend  bien  vite  d’opérer  sous  une 


Fia.  2. 

belle  lumière,  et  la  gêne  qu’on  éprouve  lorsqu’on  est  obligé  de 
s'en  passer.  On  n’y  voit  plus,  du  moins  lorsqu’on  n’a  plus  les  yeux 
de  sa  jeunesse.  Pour  moi,  la  lumière  du  jour,  même  lorsqu’elle  est 
éclatante,  ne  me  suffit  pour  ainsi  dire  plus.  J’ai  fait  mettre  une 
lampe  dans  la  salle  d’opérations  de  la  clinique  où  j’opère,  où  le 
jour  est  cependant  bon,  et  dans  ma  nouvelle  salle  d’opérations  de 
l’hôpital  Broca,  qui  est  admirablement  éclairée.  La  lumière  de  la 
lampe  s’ajoute  ainsi  à  la  lumière  du  jour,  et  l’éclairage  n’en  est 
pas  moins  parfait. 


1040 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Ge  ne  sont  pas,  Messieurs,  les  seuls  avantages  de  celte  lampe 
merveilleuse.  Elle  me  paraît  destinée  à  apporter  une  véritable 
révolution  dans  la  construction  des  futures  salles  d’opérations,  et 
même  dans  certains  principes  qui  dominent  actuellement  l’archi¬ 
tecture  des  services  de  chirurgie. 

C'est  ainsi  que,  jusqu’à  présent,  dans  un  service  de  chirurgie, 
la  préoccupation  principale  était  premièrement  la  disposition  des 
installations  opératoires,  des  salles  de  stérilisation  et  surtout 
l’éclairage  de  la  salle  d’opérations,  qui  doit  être,  dans  notre 
hémisphère,  exposée  en  plein  nord,  pour  éviter  la  lumière  bru¬ 
tale  du  soleil,  avec  ses  taches  aveuglantes  et  les  zones  obscures 
de  ses  ombres  crues.  Elle  doit  être  vitrée  sur  sa. face  latérale  et 
sur  la  moitié  au  moins  de  sa  face  supérieure,  l’éclairage  à  la  fois 
latéral  et  vertical  étant  absolument  indispensable,  surtout  pour 
les  interventions  pelviennes  en  position  déclive. 

On  sait  combien  il  est  parfois  difficile  de  réaliser  cet  éclairage 
vertical,  pourtant  si  nécessaire.  Dans  certains  hôpitaux,  comme 
la  Nouvelle  Pitié,  on  a  adopté  la  solution  élégante  des  salles 
d’opérations  superposées,  en  retrait  les  unes  sur  les  autres, 
disposition  que  j’ai  vu  reproduite  à  l’hôpital  Piniero  de  Buenos 
Aires.  Bien  souvent,  on  a  adopté  la  solution  qui  consiste  à  mettre 
la  salle  d’opérations  sous  le  toit,  sous  le  ciel,  en  construisant 
à  grands  frais  un  ascenseur  pour  y  parvenir.  Je  n’ai  pas  besoin 
d’insister  sur  les  dépenses  qui  en  résultent,  non  plus  que  sur  les 
difficultés  et  les  frais  de  chauffage  de  ces  salles  à  parois  de  verre 
qui  présentent  de  grandes  surfaces  de  refroidissement. 

Avec  un  éclairage  aussi  parfait  que  celui  que  nous  donne  la 
lampe  sans  ombre,  dont  l’emploi  n’est  même  pas  subordonné 
à  l’existence  du  courant  électrique,  puisqu’il  existe  un  dispositif 
pour  le  gaz  ou  l’acétylène,  toutes  ces  condi  tions  deviennent  inutiles. 
On  peut  faire  une  salle  d’opérations  n’importe  où.  Orientation, 
éclairage  vertical  ou  même  latéral,  tout  devient  inutile,  et  les 
économies  que  l’on  pourra  faire  sur  les  constructions  des  verrières- 
et  des  ascenseurs  seront  employées  avec  avantage  dans  le  perfec¬ 
tionnement  des  appareils  de  stérilisation  et  de  l’outillage  instru¬ 
mental. 

J’ajoute  qu’il  s’agit  d’une  lampe  française,  inventée  et  construite- 
par  des  Français.  Elle  commence,  d’ailleurs,  à  être  connüe  à 
l’étranger  et  à  franchir  les  frontières.  Il  ne  faudrait  pas  que,, 
comme  il  arrive  trop  souvent,  nous  soyions  les  derniers  à  recon¬ 
naître  ce  qui  se  fait  de  bien  en  France. 


SÉANCE  DU  4  JUILLET 


1041 


Traitement  chirurgical  des  'péritonites  tuberculeuses , 
par  M.  TÉMOIN  (de  Bourges),  membre  correspondant. 

En  entendant  M.  Souligoux  vous  dire  les  bienfaits  de  l’hélio¬ 
thérapie,  j’ai  pensé  qu’il  m’était  permis  de  vous  rappeler  les 
résultats'  surprenants  que  donne  la  laparotomie  aidée  des  rayons 
solaires  dans  la  péritonite  tuberculeuse. 

Au  mois  d’ôctobre  1922,  je  faisais  sur  ce  sujet  une  communi¬ 
cation  à  l’Académie  de  médecine,  et  je  montrais  qu’en  opérant 
dans  certaines,conditions,  qui  n’avaient,  je  crois,  jamais  été  for¬ 
mulées,  on  obtenait  des  résultats  jusqu’alors  insoupçonnés.  Ma 
statistique  portait  alors  sur  plus  de  300  cas. 

Les  résultats  obtenus  par  la  laparotomie,  faits  le  plus  souvent 
en  désespoir  de  cause,  sont  connus;  mais  en  associant  la  laparo¬ 
tomie  et  l’héliothérapie,  les  guérisons  sont  presque  constantes  et 
sont  surtout  d’une  rapidité  qui  déconcerte. 

Aujourd’hui  je  vous  apporte  les  résultats  de  mes  24  dernières 
opérations,  qui  toutes,  sauf  une  (et  qui  ne  fut  pas  mortelle),  furent 
suivies  de  résultats  favorables. 

Ce  qu’il  est  intéressant  de  constater,  c’est  que  tous  les  cas,  si 
graves  soient-ils,  toutes  les  formes  sont  opérables.  Les  formes 
cliniques,  plus  apparentes  que  réelles,  n’ont  aucune  valeur  chi¬ 
rurgicale.  Que  la  péritonite  soit  localisée  ou  généralisée,  qu’elle 
revête  la  forme  ascite,  la  forme  fibro-caséeuse  ou  la  forme  fibro- 
adhésive,  elle  est  une,  et  ses  variantes  ne  sont  dues  qu’à  des  modes 
divers  de  réaction  péritonéale,  à  des  envahissements  plus  ou 
moins  étendus;  mais  la  lésion  est  une  :  l’envahissement  du  péri¬ 
toine  par  la  tuberculose  et  les  résultats  opératoires  ne  sont  nulle¬ 
ment  influencés  suivant  la  forme  clinique. 

Je  disais  la  fréquence  de  la  péritonite  tuberculeuse  aussi  bien  à 
la  ville  qu’à  la  campagne.  Elle  semble  souvent  primitive  chez  les 
enfants  et  les  adolescents,  et  c’est  dans  ces  cas  qu’elle  donne  à  peu 
près  toujours  des  résultats  excellents  ;  nous  avons  tous  vu  des 
malades  arrivés  à  la  dernière  période  de  la  cachexie  guérir 
comme  par  enchantement  et  contre  toute  attente. 

•  Mais,  parmi  mes  opérés,  certains  que  je  croyais  avoir  guéris 
n’étaient  pas  améliorés,  d’autres  qui  me  semblaient  dans  un  état 
désespéré  guérissaient,  et  je  ne  pouvais  comprendre  pourquoi  ces 
résultats  paradoxaux.  Le  hasard  me  fit  penser  que  le  soleil 
devait  jouer  un  rôle.  Une  de  mes  opérations,  pour  un  cas  in 
extremis,  s’était  faite  sous  un  soleil  ardent  dont  les  rayons  bai¬ 
gnaient  de  lumière  toute  la  cavité  abdominale,  et  la  guérison  se 

BULL.  ET  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CHIR.,  1923.  77 


1042 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


fit  avec  une  rapidité  telle  que  ce  fut  comme  une  résurrection. 

Je  pensai  que  les  rayons  solaires  étaient  responsables  de  cette 
guérison  rapide,  et  depuis  j’opérai  toujours  par  le  soleil. 

Il  faut  ouvrir  la  cavité  abdominale,  mais  cette  ouverture  n’est 
pas  toujours  facile.  S’il  n’y  a  aucune  adhérence  de  l’intestin  à  la 
paroi,  rien  de  plus  simple,  et  s’il  y  a  du  liquide  il  s’écoule  par 
l’incision,  qu’il  y  a  intérêt  à  faire  large;  les  lèvres  de  la  plaie  sont 
écartées,  et  les  rayons  pénètrent  dans  la  cavité  ;  tantôt  le  ventre 
est  plus  dur,  rempli  de  noyaux  de  gâteaux  accolés  à  la  paroi  elle- 
même,  souvent  très  épaisse.  On  pénètre  encore  facilement,  et  on 
constate  que  le  ventre,  dont  on  n’aperçoit  qu’une  faible  partie,  est 
cloisonné,  que  les  anses  sont  agglutinées  ou  réunies  par  des 
masses,  tantôt  dures  et  tantôt  ramollies.  Tantôt,  en  effet,  les  anses 
adhérentes  à  la  paroi  permettent,  difficilement,  de  pénétrer  dans 
la  cavité.  Il  #st  nécessaire  de  procéder  avec  prudence,  et  presque 
toujours  on  y  parvient  soit  par  la  sonde  cannelée,  soit  en  agran¬ 
dissant,  de  proche  en  proche,  l’incision  première. 

Quoi  qu’il  en  soit,  l’incision  faite,  la  cavité  ouverte,  la  béance  est 
maintenue  pendant  un  quart  d’heure  à  vingt  minutes,  afin  de  per¬ 
mettre  aux  rayons  de  frapper  le  plus  possible.  Les  résultats  sont 
le  plus  souvent  d’une  extrême  rapidité.  La  température  tombe  dès 
les  premiers  jours,  quelquefois  dès  le  lendemain,  souvent  sans  se 
relever.  L’état  général  se  transforme,  l’appétit  revient,  le  poids 
augmente,  et  en  quelques  semaines  la  guérison  semble  définitive. 
Souvent,  aussi,  la  température  remonte  pendant  quelques  jours, 
quatre  ou  cinq  jours  après  l’opération.  Cette  élévation  est  due,  je 
crois,  à  l’absorption  des  toxines;  car  tous  ces  tubercules,  tous  ces 
produits  caséeux  sont  absorbés.  Il  m’est  arrivé  d’ouvrir  à  nouveau, 
pour  des  motifs  divers,  la  cavité  quinze  à  vingt  jours  après,  et  de 
constater,  à  ma  grande  surprise,  qu’il  ne  restait  plus  rien  ;  par  un 
travail  d’une  extrême  rapidité  tout  avait  été  transformé,  tout  avait 
été  absorbé. 

Comment  expliquer  celte  action?  La  lumière  sur  les  rayons 
solaires  agissent-ils  directement  sur  le  tubercule?  Ce  n’est  pas 
probable,  puisque  dans  beaucoup  de  cas,  les  plus  graves,  et  qui 
ont  parfaitement  guéri,  une  très  faible  portion  de  la  cavité  a  été 
touchée  par  des  rayons.  Je  l’expliquerais  volontiers  par  une 
réaction  spéciale  du  péritoine  sous  l’influence  des  rayons  solaires, 
réaction  qui  augmente  sa  phagocytose. 

Cette  action  du  péritoine  ne  semble  pas  limitée  à  son  terri¬ 
toire,  et  c’est  là  un  des  côtés  intéressants  de  la  question.  Des 
malades  atteints  de  pleurésie,  de  lésions  pulmonaires  à  leur 
début,  en  ont  guéri  à  la  suite  du  traitement  avec  la  même  rapidité 
que  de  leur  péritonite.  Je  ne  vous  relaterai  qu’une  observation. 


SÉANCE  DU  -4  JUILLET 


1043 


Une  malade  âgée  de  vingt-deux  ans,  mariée,  atteinte  de  pleurésie, 
•de  lésions  du  sommet  avec  hémoptysies,  est  atteinte  ensuite  de 
péritonite  tuberculeuse.  La  température  depuis  deux  mois  oscille 
entre  39°  et  40°;  elle  se  cachectise  avec  rapidité,  ne  peut  rien 
absorber,  souffre  du  ventre  et  donne  enfin  les  plus  vives  inquié¬ 
tudes.  Je  la  vois  en  consultation,  je  propose  l’intervention  ;  elle 
est  acceptée  ;  la  veille  du  jour  choisi  elle  a  une  hémoptysie  qui 
met  ces  jours  en  danger,  je  n’ose  l’opérer,  elle  a  40°5  ;  deux  jours 
après,  malgré  les  crachements  de  sang,  la  gêne  respiratoire,  la 
■température,  la  laparotomie  est  faite.  Le  ventre  est  farci  de  tuber¬ 
cules.  Dès  le  lendemain,  la  température  est  à  38°.  Deux  jours 
après,  37°â  ;  elle  n’est  jamais  remontée  depuis.  La  guérison  était 
obtenue  en  moins  de  trois  semaines;  elle  a  repris  vingt  livres 
depuis,  c’était  en  mars;  elle  se  porte  très  bien. 

Devant  de  tels  faits,  il  nous  est  permis,  je  crois,  de  proclamer 
que  la  péritonite  tuberculeuse  est  du  domaine  chirurgical,  que 
l’opération  est  à  faire  dans  tous  les  cas,  qu’elle  est  d’ailleurs  inof¬ 
fensive,  et  que  l’intervention  aidée  de  l’héliothérapie  est  à  l’heure 
actuelle  le  traitement  de  choix. 

Et  pourtant,  comme  je  le  disais,  elle  est  déconseillée  dans  les 
Traités  de  médecine  les  plus  récents. 

Il  semble  aussi,  et  mes  observations  de  trente  années  me  per¬ 
mettent  de  le  dire,  que  les  sujets  atteints  de  péritonite  tubercu¬ 
leuse,  opérés  et  guéris,  semblent  réfractaires  à  la  tuberculose,  et 
que  bien  rares  sontceuxqui  plustardonteu  de  nouvelles  atteintes 
bacillaires. 

N’y  aurait-il  pas  là  le  secret  de  la  guérison  de  la  tuberculose  ? 

Puisque  par  cette  action  solaire  le  tubercule  est  détruit,  ne  peut- 
on  espérer  arriver  à  rendre  expérimentalement  des  animaux 
réfractaires  à  la  tuberculose  ? 

Provoquer  une  péritonite  tuberculeuse  chez  un  animal,  la  gué¬ 
rir  par  la  laparotomie,  pratiquer  de  nouvelles  inoculations  et 
savoir  s’il  est  réfractaire  :  n’est-ce  pas  dans  tous  les  cas  par  ce 
moyen  qu’il  sera  possible  défaire  des  prélèvements,  d’obtenir  des 
toxines  atténuées  et  de  parvenir  peut-être  à  la  réalisation  du  pro¬ 
blème?  Ce  ne  sont,  me  direz-vous,  que  des  rêves;  nous  pouvons 
les  formuler  ! 

M.  Le  Dentu.  —  Je  m’excuse  de  reprendre  la  parole,  mais  je 
ne  puis  laisser  passer,  sans  m’élever  contre  elle  avec  M.  Témoin, 
l’opinion  émise  par  M.  Sergent,  que  le  traitement  opératoire  des 
péritonites  tuberculeuses  doit  céder  le  pas  à  la  thérapeutique  pure¬ 
ment  médicale  qui  donnerait  de  bien  meilleurs  résultats.  Mon 
expérience  personnelle,  basée  sur  un  grand  nombre  d'opérations 


1044 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


de  ce  genre,  est  en  contradiction  formelle  avec  cette  affirmation. 
J’ai  traité  de  cette  façon  beaucoup  de  malades,  en  choisissant 
parmi  les  cas  qui  se  présentaient  à  moi  les  formes  ascitiques,  de 
préférence  aux  formes  sèches,  exsudatives  et  fibreuses,  mais 
sans  rejeter  systématiquement  ces  dernières,  etmes  interventions, 
outre  qu’elles  se  sont  montrées  très  bénignes,  ont  été  suivies  de 
nombreux  succès. 

M.  Témoin,  par  son  recours  à  l’action  des  rayons  solaires,  obtien¬ 
drait  des  résultats  encore  meilleurs  que  ceux  que  procure  l’an¬ 
cienne  méthode.  Soit,  mais  je  ne  crois  pas  qu’il  soit  nécessaire,  pour 
expliquer  le  mode  d’efficacité  de  l’héliothérapie,  de  faire  intervenir 
une  action  spécifique  des  rayons  solaires  sur  le  bacille  tuberculeux. 
Elle  réalise  peut-être  simplement,  à  un  degré  supérieur  d’effica¬ 
cité,  un  mode  d’excitation  de  l’activité  vasculaire  et  vitale  des  tissus 
imprégnés  des  éléments  tuberculeux,  pouvant  aboutir  à  une  régres¬ 
sion  plus  ou  moins  complète,  plus  ou  moins  rapide,  comme  le  font 
l'exposition  à  l’air  après  l’ouverture  du  ventre  et  l’évacuation  du 
liquide  ascitique,  suivies  de  légers  frottements,  de  manipulations 
prudentes  avec  des  compresses  aseptiques  ou  chargées  de  sub¬ 
stances  antiseptiques.  Si  mystérieuse  qu’elle  puisse  encore  sembler', 
cette  action  essentiellement  mécanique  ne  peut  pas  être  contestée. 
Les  faits  acquis  sont  trop  démonstratifs  pour  être  mis  en  doute. 

En  ce  qui  concerne  les  guérisons  de  tuberculoses  pulmonaires 
que  M.  Témoin  dit  avoir  vu  suivre  fréquemment  celles  des  péri¬ 
tonites  tuberculeuses,  je  ne  me  risquerais  pas  à  en  fournir  une 
explication.  Je  me  permettrai  seulement  de  rappeler  que,  chez 
certains  malades  atteints  à  la  fois  de  deux  tuberculoses  de  sièges 
très  différents,  on  voit  parfois,  'après  la  guérison  de  l’une  d’elles, 
la  seconde  guérir  spontanément,  sous  la  seule  influence  de  l’amé¬ 
lioration  de  l’état  général. 

Je  me  souviens  d’un  jeune  homme  —  le  fait  quoique  très  ancien 
m’a  assez  frappé  pour  que  je  m’en  souvienne  très  nettement  — 
d’un  malade,  dis-je,  qui  était  atteint  en  même  temps  d’une  arthrite 
fongueuse  tibio-tarsienne  et  d’une  grande  fistule  anale  compliquée 
de  décollement  et  qui  suppurait  abondamment.  Je  fis  une  résec¬ 
tion  tibio-tarsienne;  vers  1872,  cette  opération  était  encore  chose 
rare.  Celle-ci  eut,  bien  qu’un  peu  lentement,  un  succès  complet; 
et,  consécutivement,  je  fus  très  surpris  de  voir  la  fistule  anale 
s’améliorer,  puis  se  cicatriser  entièrement,  tout  à  fait  spontané¬ 
ment,  sans  l’aide  d’aucun  moyen  spécial. 

Les  tuberculoses  pulmonaires  secondaires  dont  la  guérison  a 
été  observée  par  M.  Témoin  ont-elles  simplement  bénéficié  de 
l’état  général  meilleur  créé  par  la  disparition  de  la  tuberculose 
péritonéale?  Je  pose  la  question  sans  prétendre  la  résoudre. 


SÉANCE  DU  4  JUILLET 


1045 


M.  Tuffier.  —  La  communication  de  mon  ami  Témoin  me  paraît 
d’une  importance  capitale.  Les  résultats  qu’il  a  obtenus  par  la 
jonction  de  deux  méthodes  reconnues  très  efficaces  contre  la  tuber¬ 
culose  péritonéale  souvent  très  fragile  sont  très  suggestifs.  Je  lui 
demande  seulement  si  les  tuberculoses  péritonéales  dans  ces  cas 
étaient  des  foyers  primitifs  ou  secondaires  à  une  autre  localisation 
tuberculeuse  cliniquement  appréciable  ? 

J’ai  toujours  remarqué  que  la  destruction  du  foyer  primitif 
d'une  tuberculose  était  infiniment  plus  efficace  que  l'attaque  d’une 
tuberculose  secondaire.  Les  faits  démonstratifs  sont  nombreux. 
Les  ganglions  de  l’aine  disparaissent  après  résection  du  genou; 
dans  les  observations  de  tuberculose  péritonéale  avec  lésion 
pleurale  secondaire,  le  foyer  pleural  a  disparu  quand  le  péritoine 
attaqué  a  guéri. 

M.  Albert  Moucuet.  —  M.  Tuffier  a  parlé  de  tuberculose 
péritonéale  primitive;  je  voudrais  savoir  ce  qu’on  entend  par 
tuberculose  primitive  du  péritoine? 


Présentations  de  malades. 

Fracture  oblique  du  col  chirurgical  de  l'humérus 
avec  saillie  sous  la  peau  du  fragment  inférieur.  Ostéosynthèse. 

Excellent  résultat , 
par  M.  CH.  DUJARIER. 

J’ai  opéré  ce  blessé,  qui  m’était  adressé  par  le  docteur  Bonnet 
de  l’hôpital  Saint-Michel,  le  3  novembre  1922.  La  radiographie 
rend  mal  compte  du  déplacement.  Le  fragment  inférieur  pointu 
avait  traversé  le  deltoïde  et  était  venu  faire  saillie  en  avant 
sous  la  peau.  Il  y  avait  une  interposition  musculaire  énorme.  J’ai 
fendu  le  deltoïde,  nettoyé  les  deux  surfaces  de  fracture  et  ai  pu 
ainsi  réduire  le  déplacement.  Je  l’ai  fixé  par  deux  vis  de  Lam- 
botte  et  vous  pouvez  voir  aujourd’hui  que  la  restitution  anato¬ 
mique  et  fonctionnelle  est  parfaite.  Aucune  limitation  des  mouve¬ 
ments.  Les  vis  sont  bien  tolérées. 


Deux  cas  de  fracture  grave  de  l’olécrâne 
guéris  par  l’ostéosynthèse  avec  bon  résultat  fonctionnel , 
par  M.  CH.  DUJARIER. 

Obs.  I.  —  M”'  B...,  entre  le  9  juin  à  l’hôpital  Boucicaut  àlasuite  d’un 
accident  d'automobile.  Elle  présente  une  plaie  contuse  de  la  face,  un 
grand  lambeau  contenant  le  muscle  temporal  tombe  sur  l’angle  de  la 


1046 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


mâchoire.  Il  existe  une  fracture  de  côte.  De  plus  on  note  un  gros- 
fracas  ouvert  du  coude  avec  fracture  de  l’olécrâne  et  luxation  des 
deux  os  de  l’avant-bras  en  avant.  Je  l’opère  deux  heures  après  l’acci¬ 
dent.  Je  commence  sans  anesthésie  à  nettoyer  la  plaie  de  la  région 
temporo-malaire;  le  muscle  est  suturé  ainsi  que  la  peau  sans  drainage. 
On  peut  alors  anesthésier  la  malade  avec  le  masque  d’Ombrédanne. 
On  agrandit  la  plaie  du  coude,  l’articulation  est  complètement  dislo¬ 
quée,  toul  l’appareil  ligamenteux  externe  est  rompu.  Un  gros  frag¬ 
ment  de  verre  est  extirpé  de  la  plaie.  On  réduit  la  luxation  et  on  visse 
l’olécràue.  Résection  des  muscles  rompus.  Fermeture  sans  drainage. 
Plusieurs  plaies  de  l'avant-bras,  contenant  des  débris  de  verre,  sont 
nettoyées  et  suturées.  Les  suites  ont  été  parfaites  et  je  vous  présente 
la  malade  en  excellent  état  avec  des  mouvements  du  coude  encore 
limités,  mais  satisfaisants.  Les  radiographies  nous  montrent,  que  la 
restauration  anatomique  est  parfaite. 

Obs.  II.  —  Un  gardien  de  la  paix  entre  à  Boucicaut  le  23  septembre 
1922  avec  un  gros  fracas  du  coude.  Il  existe  une  fracture  de  l’olécrâne 
avec  troisième  fragment  interne  volumineux.  De  plus,  fracture  du  col 
du  radius  sans  grand  déplacement. 

En  raison  des  lésions  cutanées,  je  n’opère  le  blessé  que  le  b  octobre. 

Une  première  vis  très  longue  fixe  le  fragment  olécranien  sur  la  dia- 
pliyse;  une  seconde  vis  remet  en  place  le  fragment  intermédiaire.  Les 
suites  ont  été  sans  incident.  J’ai  revu  le  blessé  le  Ier  juillet  dernier.  Le 
résultat  fonctionnel  est  excellent.  La  tlexion  est  presque  normale  i 
l'extension  est  limitée  de  20°.  Les  mouvements  de  rotation  sont  bons. 
Quelques  eraquements  articulaires.  Les  vis  sont  bien  tolérées.  Le 
blessé  a  repris  son  métier.  J’ai  hésité  chez  ce  malade  à  extirper  la  tête 
radiale.  Je  l’ai  laissée  en  place.  Nous  pouvons  voir  sur  les  radiographies 
récentes  que  si  la  consolidation  obtenue  est  incertaine  il  n’y  a  pas  trace 
de  raréfaction  osseuse. 


Deux  cas  de  fracture  sous-trochantérienne, 
par  M.  CH.  DUJARIEft. 

Obs.  I.  —  Je  vous  présente  les  radiographies  d’une  fracture  sous- 
trochantérienne  que  m’a  confiée  mon  ami  Chevrier.  L’accident  date  du 
3  juin:  je  l’ai  opéré  le  26  juin  à  Boucicaut.  La  réduction  a  été  assez, 
pénible  car  il  existait  un  fort  chevauchement  et  un  commencement 
d’ossification. 

Grâce  à  une  plaque  de  Shermann  modelée  sur  le  profil  externe  de- 
l’os,  j’ai  pu  fixer  les  os  en  position  idéale  comme  vous  pouvez  le  cons¬ 
tater  sur  la  radiographie.  Le  malade  n’a  pas  été  plâtré,  et  jusqu’ici  les- 
suites  opératoires  ont  été  parfaites. 

Obs.  II.  —  Je  vous  ai  déjà  montré  les  radiographies  de  cette  malade 
que  je  vous  présente  et  qui  est  âgée  de  quatre-vingts  ans.  Je  lui  ai 
opéré  une  fracture  sous-trochantérienne  très  oblique  du  fémur  et  j’ai 


SÉANCE  DU  4  JUILLET 


1047 


obtenu  une  excellente  réduction  avec  quadruple  cerclage.  Le  résultat 
est  parfait.  Pas  de  raccourcissement,  pas  d’atrophie,  pas  de  limitation 
des  mouvements.  C’est  une  véritable  restitutio  ad  inteyrum. 


Tumeur  pulsatile 

à  myéloplaxes  de  l’extrémité  inférieure  du  fémur , 
par  M.  H.  ROUVILLOIS. 

Le  malade  que  je  vous  présente  a  été  opéré  par  moi  pour  une 
tumeur  pulsatile  de  l’extrémité  inférieure  du  fémur  gauche  qui 
m’a  semblé  présenter  quelque  intérêt  au  point  de  vue  du  diagnos¬ 
tic,  du  pronostic  et  du  traitement. 

Il  s’agit  d’un  jeune  homme,  habituellement  bien  portant,  sans 
tare  héréditaire  ou  personnelle  d’aucune  sorte,  qui,  au  cours  de 
son  service  militaire,  l’année  dernière,  en  janvier  1922,  aurait 
reçu  sur  le  genou  gauche  un  coup  de  pied  de  cheval.  Le  trauma 
semble  avoir  été  assez  léger,  puisque,  le  soir  même,  l’intéressé 
pouvait  partir  en  permission.  C’est  au  cours  de  cette  dernière  qu’il 
a  commencé  à  souffrir  du  genou  et,  après  un  assez  long  séjour 
à  l’infirmerie  de  son  corps,  et  dans  sa  famille,  il  entre  dans  mon 
service  le  28  avril  1922. 

A  ce  moment,  je  note  une  tuméfaction  diffuse  de  la  face  externe 
du  genou  gauche.  Un  examen  attentif  montre  que  cette  tuméfac¬ 
tion  est  animée  de  légers  battements  et  douée  d’un  certain  degré 
d’expansion. 

La  palpation  ne  révèle  aucun  empâtement  synovial  ni  aucun 
choc  rotulien,  mais  elle  met  en  évidence  une  douleur  d’ailleurs 
peu  accusée  de  tout  le  condyle  externe.  Celui-ci  est  le  siège  d’une 
tuméfaction  légèrement  molle  qui,  en  bas,  s’arrête  à  l’interligne 
et  qui,  en  haut,  remonte  à  un  travers  de  doigt  au-dessus  du  bord 
supérieur  du  condyle.  Les  battements  visibles  au  premier  examen 
sont  nettement  perçus  à  la  main;  ils  sont  synchrones  au  pouls  et 
disparaissent  par  la  compression  de  la  fémorale  à  la  racine  de  la 
cuisse.  Pas  de  crépitation.  Pas  de  souffle. 

Creux  poplité  normal.  Aucune  modification  de  la  circulation 
du  membre.  Tension  artérielle  égale  des  deux  côtés.  Pas  de  déve¬ 
loppement  du  réseau  veineux  superficiel. 

Les  mouvements  de  flexion  du  genou  sont  limités.  Pas  de  mou¬ 
vements  de  tiroir  ni  de  latéralité.  Légère  atrophie  musculaire  de 
la  cuisse.  Pas  d’adénopathie  inguinale. 

État  général  excellent.  Wassermann  négatif. 


1048 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


L’examen  radiologique  révèle  une  destruction  complète  du 
condyle  externe  dont  il  ne  persiste  plus  qu’une  mince  coque  à  la 
partie  inféro-externe. 

Il  s’agissait,  à  n’en  pas  douter,  d’une  tumeur  osseuse  pulsatile, 
et  décidai  une  intervention. 

Je  me  proposai  de  faire  un  simple  évidement  de  la  tumeur,  de 

Ipn 

Fig.  1.  —  Avant  l’intervention. 


la  faire  examiner  histologiquement,  et  de  me  laisser  guider,  dans 
la  suite,  par  le  résultat  de  l’examen  anatomo-pathologique. 

Opéràtion  le  23  mai  1922.  —  Anesthésie  générale.  Lambeau 
cutané  à  convexité  inférieure,  Après  incision  de  l’aponévrose  et 
du  vaste  externe,  je  constate  que  le  condyle  externe  a  complète¬ 
ment  disparu,  à  l’exception  du  cartilage  articulaire  et  de  quelques 
minces  copeaux  représentant  les  vestiges  d’une  coque  osseuse.  La 
cavité  est  remplie  de  caillots  en  voie  d’organisation  après  l’éva¬ 
cuation  desquels  s’installe  une  hémorragie  en  nappe  très  abon- 


SÉANCE  DU  4  JUILLET 


1049 


dante  dont  l’hémostase  complète  ne  peut  être  réalisée  que  par  des 
tamponnements  prolongés  et  le  plombage  avec  la  masse  de 
Delbet.  Suture  hermétique  en  trois  plans.  Suites  opératoires  très 
simples. 

L’examen  anatomo-pathologique  a  été  pratiqué  par  mon  col¬ 
lègue  et  ami  Lecène,  qui  a  bien  voulu  me  remettre  la  note  suivante  : 


Fig.  2.  —  Un  an  après  l'intervention. 

«  Les  coupes  de  la  tumeur  montrent  la  structure  typique  de  la 
tumeur  à  myéloplaxes  d’Eugène  Nélaton.  Le  stroma,  faiblement 
fibrillaire  de  la  tumeur,  est  extrêmement  vasculaire,  formé 
surtout  de  capillaires  embryonnaires.  Ce  stroma  est  rempli 
de  très  nombreuses  cellules  géantes  multinucléées  présentant 
l’aspect  classique  des  myéloplaxes.  Certaines  de  ces  grandes 
cellules  contiennent  50  ou  60  noyaux.  Je  pense  qu’il  vaut  mieux 
parler  ici  de  «  tumeur  à  myéloplaxes  »  que  de  «  sarcome  à 
myéloplaxes  »,  ce  dernier  terme  ayant  l’inconvénient  d’évoquer 


1050 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


une  idée  de  malignité  que  ne  démontre  pas  du  tout  révolution 
clinique.  » 

L’idée  de  malignité  étant  écartée,  je  laissai  le  malade  au  lit 
pendant  plusieurs  mois,  dans  un  appareil  plâtré  pour  éviter  la 
déviation  du  genou,  et  n’autorisai  la  marche  sans  appareil  qu’au 
bout  de  quatre  mois.  Celle-ci  a  pu  être  reprise  sans  aucune  gêne 
ni  aucune  douleur. 

L’opération  remonte  aujourd’hui  à  plus  d’un  an.  Vous  pouvez 
constater  que  la  fonction  du  genou  est  excellente.  Le  malade 
marche  sans  boiterie.  Il  existe  bien  une  légère  déviation  du  genou 
en  valgum,  ainsi  que  quelques  mouvements  de  latéralité,  mais, 
dans  l’ensemble,  le  résultat  m’a  paru  si  bon  que  j’ai  jugé  inutile 
de  compléter  l’intervention  primitive  par  une  greffe  ostéo-périos- 
tique  comme  j'en  avais  eu  primitivement  l'intention. 

Les  détails  de  l’observation  du  malade  que  je  viens  de  vous 
présenter  m’éviteront  de  longs  commentaires. 

Le  diagnostic  clinique,  aidé  par  la  radiographie,  était  ici  évi¬ 
dent  :  il  s’agissait,  d’une  tumeur  pulsatile  ayant  détruit  la  presque 
totalité  du  condyle  externe  du  fémur.  Beaucoup  plus  important 
était  le  diagnostic  anatomo-pathologique  duquel  dépendaient  le 
pronostic  et  le  traitement  :  amputation  dans  le  cas  de  tumeur 
maligne  ;  traitement  conservateur  dans  le  cas  de  tumeur 
bénigne. 

Or,. l’examen  des  coupes  pratiqué  par  M.  Lecène,  avec  la  compé¬ 
tence  que  vous  lui  connaissez,  ne  laissait  aucun  doute  :  il  s’agis¬ 
sait  bien  d’une  tumeur  à  myéloplaxes,  typique,  n’éveillant  pas 
l’idée  de  malignité. 

C’est  pourquoi  l’évidement  du  condyle,  qui  avant  les  renseigne¬ 
ments  fournis  par  l’examen  anatomo  pathologique  pouvait  être 
considéré  comme  un  simple  traitement  d’attente,  est  devenu  le 
traitement  définitif. 

Il  est  intéressant  de  constater  que,  malgré  la  perte  de  substance 
osseuse  étendue  à  tout  le  condyle  externe,  la  statique  du  genou 
est  peu  altérée,  et  que  la  fonction  articulaire,  malgré  quelques 
mouvements  de  latéralité,  est  très  satisfaisante,  plus  d’un  an 
après  l’opération. 

L’examen  radioscopique  montre  que  la  coque  articulaire  du 
condyle  est  quelque  peu  remontée,  ce  qui  explique  le  léger 
valgum  présenté  par  le  malade,  mais  la  régénération  osseuse 
semble  suffisamment  nette  pour  rendre  inutile  toute  tentative  de 
greffe  osseuse. 

Je  m’étais  proposé,  en  effet,  de  pratiquer  éventuellement  chez 
ce  malade  une  greffe  ostéopérioslique  pour  combler  la  cavité  et 


SÉANCE  DU  4  JUILLET 


lObi 


assurer  au  fémur  une  meilleure  solidité.  Ces  greffes,  vous  le 
savez,  sont  simples  et  efficaces,  et  donnent  d’excellents  résultats 
dans  des  cas  analogues.  Je  vous  rappelle  à  ce  propos  que  j’ai  eu 
l’occasion  de  vous  en  montrer  un  chez  un  malade  atteint  d’ostéite 
kystique  du  tibia  que  je  vous  ai  présenté  le  22  novembre  dernier. 
Or,  dans  le  cas  présent,  le  résultat  de  l'évidement  simple  me 
paraît  assez  satisfaisant  pour  rendre  te  greffe  inutile. 

Je  note,  en  terminant,  que  la  masse  de  Delbet,  grâce  à  laquelle 
j’ai  pu  réaliser  le  plombage  hémostatique  de  la  cavité  opératoire, 
est  parfaitement  tolérée  depuis  l’intervention. 


R-stauration  en  quatre  temps  de  la  totalité  de  la  lèvre  inférieure 
et  de  la  peau  du  menton  pour  épithélioma 
par  le  procédé  de  Larger  amélioré  par.  Moreslin, 

par  M.  SAVARIAUD. 

Le  malade,  que  je  vous  présente  guéri,  est  intéressant  au  triple 
point  de  vue  clinique,  thérapeutique  et  opératoire. 

Au  point  de  vue  clinique:  très  longue  évolution  quia  commencé 
il  y  a  six  ou  sept  ans.  L’aspect  de  la  tumeur  au  moment  où  j’ai  vu 
le  blessé  ressemblait  si  peu  à  l’épithélioma  que  je  crus  pouvoir 
éliminer  cette  affection.  Notre  collègue  Brocq,  médecin  honoraire 
de  Saint-Louis,  dont  vous  connaissez  tous  la  compétence  en 
pareille  matière,  n’hésita  pas  à  affirmer  l’actinomycose,  avec  au 
niveau  de  la  commissure  droite  un  début  de  dégénérescence 
épithéliale.  L’aspect  de  la  tumeur  rappelait  celui  d’un  sol  raviné, 
par  des  gommes  à  demi  cicatrisées;  il  y  avait  des  points  fistu- 
leux,  des  cratères,  une  infiltration  de  toute  la  lèvre,  dont  le 
niveau  dépassait  celui  des  parties  voisines.  Enfin  du  côté  de  la 
commissure  droite  il  y  avait  une  plaque  ulcérée  indurée  saignant 
facilement,  dont  la  nature  épithéliale  n’était  pas  douteuse.  L’ali¬ 
mentation  était  rendue  très  difficile  par  la  rigidité  de  la  lèvre,  la 
salive  s’écoulait  presque  continuellement  et  la  sécrétion  de  l’ulcé¬ 
ration  était,  très  fétide. 

Au  point  de  vue  thérapeutique,  que  fallait-il  faire?  M.  Brocq, 
consulté,  déconseilla  le  traitement  d’épreuve  ou  tout  au  moins 
conseilla  de  l’essayer  que  pendant  peu  de  jours.  11  fallait  donc 
avoir  recours  au  bistouri  ou  au  radium.  Je  demandai  conseil  à 
quelques-uns  de  nos  collègues,  et  notamment  à  Roux-Berger  que  je 
tiens  à  remercier  de  sa  complaisance.  IL.  fit  faire  à  l’Institut  du 


1052 


SOCIÉTÉ  DE  CHIKURülE  ■ 


radium  l’examen  d’une  biopsie  qui  répondit  :  Epithélioma  épi¬ 
dermoïde.  Il  me  dit  que  le  radium  pourrait  détruire  la  tumeur, 
mais  que  cela  ne  dispenserait  pas  d'une  autoplastie.  Comme  le 
traitement  radiothérapique  ainsi  compris  aurait  allongé  la  durée 
du  traitement,  le  malade  ne  pouvant  rester  longtemps  à  Paris,  il 
fut  décidé  que  j’aurais  recours  au  bistouri,  et  cela  en  plusieurs 
temps  sur  le  conseil  de  notre  collègue  Moure. 

Le  premier  temps  eut  lieu  le  24  avril.  Je  fis  l’ablation  quadrila¬ 
tère,  trapézoïde,  de  la  totalité  de  la  lèvre,  y  compris  la  peau  du 
menton  et  la  commissure  droite,  avec  par  conséquent  un  peu  de 
la  lèvre  supérieure. 

Dans  ce  premier  temps  j’avais  fait  l’évidement  ganglionnaire 
suivant  le  procédé  de  Poirier. 

Le  premier  temps  fut  bien  supporté. 

L’examen  histologique  fait  à  l'Insli lut  du  radium  montra  que 
les  ganglions,  à  un  examen  superficiel  tout  au  moins,  ne  parais¬ 
saient  pas  dégénérés.  Dans  un  second  temps,  je  refis  la  moitié 
droite  de  la  lèvre  inférieure  par  le  procédé  de  Larger,  en  empié¬ 
tant  sur  la  peau  de  la  pommette  et  en  conservant  le  petit  lambeau 
muqueux  du  bord  inférieur  de  la  lèvre  supérieure  pour  en  ourler 
le  bord  correspondant  de  la  future  lèvre  supérieure,  suivant  le 
conseil  de  Morestin. 

Dans  le  troisième  temps,  je  refis  la  moitié  gauche  de  la  lèvre 
inférieure. 

Enfin  dans  un  quatrième  temps  j’ai  suturé  sur  la  ligne  médiane 
les  deux  moitiés  de  la  lèvre  reconstituée,  et  j’ai  prolongé  en 
dehors  de  la  fente  buccale,  cause  de  l’atrésie  de  la  bouche.  Le 
malade  est  actuellement  opéré  depuis  un  peu  plus  de  deux  mois. 

Je  crois  que  le  résultat  morphologique  ne  laisse  pas  beaucoup  à 
désirer.  La  fente  buccale  est  encore  un  peu  étroite,  les  commis¬ 
sures  sont  un  peu  trop  relevées  et  la  lèvre  reconstituée  présente 
une  encoche  et  un  sillon  vertical  un  peu  visibles.  Ce  dernier  défaut 
qui  tient  à  la  rétraction  secondaire  des  lambeaux  mériterait  une 
retouche  s’il  s’agissait  d’une  jolie  femme,  mais'notre  opéré,  qui  est 
un  brave  vigneron  de  la  Gironde,  a  d’autres  soucis  que  de  pareilles 
considérations.  Il  a  hâte  d’aller  rejoindre  ses  pieds  de  vigne. 

Pour  terminer,  je  veux  insister  sur  la  nécessité  qu’il  y  avait  à 
opérer  ce  cas  en  plusieurs  temps.  Je  suis  persuadé  que  par  suite 
de  l’extrême  fétidité  du  milieu  buccal,  et  du  rétrécissement  de 
l’orifice  buccal  qu’aurait  déterminé  l’opération  en  un  temps,  mon 
opéré  aurait  succombé  au  choc  et  aux  phénomènes  septiques. 


SÉANCE  DU  4  JUILLET 


1053 


Coxa  vara  traitée  par  l'ostéotomie  du  col,  le  vissage  du  col  du  fémur 
sous  l'écran  et  les  greffes  ostéo-périostiques. 
Réadaptation  morphologique  du  col  fémoral, 

par  M.  PL.  MAUCLAIRE. 

Cette  présentation  paraîtra  dans  un  prochain  Bulletin. 


Gros  anthrax  de  la  nuque  traité  par  sérothérapie 
au  sérum  polyvalent  de  Leclainche  et  Veillée.  Guérison  rapide, 

par  M.  ALGLAVE. 

A  l’occasion  des  communications  qui  nous  ont  été  faites,  il  y  a 
deux  ans,  sur  les  bienfaits  du  vaccin  polyvalent  de  Delbet  dans  le 
traitement  des  infections  aiguës,  et  en  particulier  de  l’anthrax, 
j’ai  eu  l’honneur  de  vous  faire  remarquer  que  j’avais  obtenu,  dans 
plusieurs  cas,  des  résultats  très  satisfaisants  autant  qu’inespérés 
par  l’emploi  du  sérum  polyvalent  de  Leclainche  et  Vallée. 

Les  circonstances  m'ont  permis  à  nouveau,  tout  récemment,  de 
recourir  à  ce  mode  de  traitement  sur  deux  malades  venus  dans 
mon  service,  à  quelquesjours  de  distance,  et  c’est  pour  confirmer 
ce  que  j’ai  dit  ici,  il  y  a  deux  ans,  que  je  vous  présente  l’un  d’eux 
aujourd’hui. 

L’un  et  l’autre  avaient  un  anthrax  de  la  nuque  dont  le  volume 
était  approximativement  celui  d’une  moitié  d’orange  et  dont 
l’aspect  était  assez  menaçant. 

Le  premier,  âgé  d’une  quarantaine  d’années,  a  été  guéri  en  dix 
à  douze  jours,  après  avoir  reçu  trois  injections  d e sérum  polyvalent 
faites  à  raison  de  10  cent,  cubes  par  jour  et  à  deux  jours  d’inter¬ 
valle. 

Le  second,  âgé  d’une  soixantaine  d’années,  est  celui  que  je 
vous  présente.  Il  est  venu,  il  y  a  quinze  jours,  très  déprimé  par 
son  anthrax.  Il  a  reçu  également  trois  injections  de  10  cent,  cubes 
chaque,  à  deux  jours  d’intervalle. 

Ces  doses  et  ces  intervalles  sont  purement  empiriques,  je  m’em¬ 
presse  de  le  dire.  C’est  l’expérience  qui  m’y  a  conduit. 

Aux  injections  ont  été  adjoints,  comme  chez  le  premier,  des 
pulvérisations  à  la  vapeur  d’eau  faites  avec  la  marmite  de  Cham- 
pionnière  et  des  pansements  humides  simples  ou  collargolés. 

Grâce  à  ce  traitement,  ces  anthrax,  qui  paraissaient  devoir 


1054 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


réclamer  plusieurs  semaines  de  traitement  et  peut-être  de  larges 
ouvertures,  se  sont  comme  effondrés  pour  se  vider  rapidement  de 
leurs  bourbillons,  cependant  qu’autour  d’eux  il  n'apparaissait 
aucun  de  ces  points  de  folliculite  secondaire  qu'on  voit  ordinai¬ 
rement. 

A  l’occasion  de  ces  deux  malades,  j’ai  cru  devoir  rappeler  votre 
attention  sur  cette  sérothérapie  qui  ne  donne  lieu  à  aucun  des 
incidents  qu’on  peut  voir  avec  la  vaccinotbérapie,  ni  à  aucune 
fièvre,  et  qui  m’a  paru  être  bienfaisante  au  moins  vis-à-vis  de 
l’anthrax. 


Présentation  d’instrument. 

Appareil  destiné  à  déterminer  la  perméabilité  des  trompes, 
sans  opération, 

par  M.  CÜRRIER. 

M.  Tuffier,  rapporteur. 


Présentations  de  pièces. 

Fibrome  utéiin  traité  par  la  radiothérapie. 

Coexistence  d'un  néoplasme  intra-utérin, 

par  M.  SOULIGOUX. 

■  La  pièce  que  je  vous  présente  provient  d’une  femme  qui,  pré¬ 
sentant  un  fibrome  utérin  avec  métrorragies,  fut  soignée  de 
décembre  1922  à  mars  1923  à  l’hôpital  Saint-Antoine.  Elle  subit 
treize  séances  de  rayons  X.  Après  une  légère  amélioration,  les 
douleurs  et  les  métrorragies  reparurent  et  elle  entra  dans  mon 
service  à  Beaujon.  L’examen  montrait  un  utérus  fibieux  peu 
volumineux  parsemé  de  noyaux  très  perceptibles.  Il  n’y  avait  pas 
de  doute.  Il  y  avait  un  fibrome,  mais  l’écoulement  était  non  seule¬ 
ment  sanguin,  mais  séro-purulent  et  ■horriblement  fétide. 

Je  pensai  qu’il  s’agissait  d’un  fibrome  sphacélé  intra-utérin  ou 
peut-être  d’un  cancer  du  corps.  J’opérai  cette  malade  qui  présen¬ 
tait  avant  l’opération  une  température  de  38°5.  J’enlevai  l’utérus 
en  entier  après  avoir  pris  la  précaution  de  fermer  le  col.  L’examen 


SÉANCE  DU  4  JUILLET 


1055 


■de  la  pièce  montre,  dans  l’intérieur  de  l’utérus,  une  masse  fibro¬ 
mateuse  faisant  saillie  sous  la  muqueuse  et  des  bourgeons  fongueux 
gangreneux.  L’examen  histologique,  fait  par  M.  Mauté,  démontre 
qu’il  s’agissait  à  la  fois  d’un  fibrome  et  d’un  cancer  utérin. 

De  cette  observation,  je  ne  veux  pas  établir  que  le  cancer  s’est 
développé  sous  l’influence  des  rayons  X,  mais  elle  me  semble 
bien  prouver  que  ceux-ci  n’ont  pas  amené  la  disparition  du 
fibrome  et  encore  moins  l’arrêt  de  l’évolution  du  néoplasme. 


Sarcome  kystique  appendu  à  la  grande  courbure  de  l'estomac 
par  M.  SOUUGOUX. 

Je  vous  présente  une  tumeur  kystique  dont  le  siège  fut  pour 
moi  une  surprise. 

A  l’examen  de  la  malade,  j’avais  trouvé,  dans  la  fosse  iliaque 
droite,  une  tumeur  fluctuante  par  places,  dure  par  d’autres.  Cette 
tumeur  était  mobile,  on  pouvait  la  déplacer  vers  le  haut,  mais 
moins  dans  le  sens  transversal.  Les  troubles,  datant  de.quatreans 
environ,  étaient  assez  vagues.  Douleurs  lombaires,  abdomi¬ 
nales,  etc.  Mais  jamais  cette  malade  n’avait  eu  de  troubles 
digestifs. 

J’opérai  cette  femme.  Le  ventre  ouvert,  je  vis  une  tumeur 
située  dans  le  bassin  et  le  petit  bassin,  du  volume  d’une  tête 
d’enfant  qui  me  confirma  dans  mon  diagnostic  :  kyste  de  l’ovaire 
multiloculaire  à  long  pédicule.  Or,  quelle  ne  fut  pas  ma  sur¬ 
prise  de  '  constater  que  cette  tumeur  était  développée  sur 
l’estomac.  Elle  siégeait  au  niveau  de  la  face  antérieure  de  la 
grande  courbure  de  l’estomac,  à  environ  cinq  travers  de  doigt  du 
pylore.  Le  pédicule  d’insertion  sur  l’estomac  avait  environ 
2  centimètres  et  l’on  voyait  une  zone  vasculaire  représentée  par 
de  gros  vaisseaux  allant  de  la  petite  courbure  à  la  tumeur.  Je 
liai  ces  vaisseaux  en  les  séparant  de  la  face  antérieure  de  l’estomac 
et  disséquai  le  pédicule,  ce  que  je  pus  faire  sans  ouvrir  l’estomac. 
L’opération  avait  été  très  simple,  gênée  un  peu  seulement  par 
quelques  adhérences  épiploïques. 

Examen  de  la  tumeur.  —  Celle-ci  était  un  volumineux  kyste  à 
contenu  liquide  légèrement  jaunâtre.  Sur  sa  paroi  existaient  des 
épaississements  analogues  à  ceux  d’un  kyste  multiloculaire. 

J’ai  examiné  les  ovaires  de  cette  femme.  C’étaient  des  ovaires 
très. petits,  en  régression  normale  étant  donné  l’âge  de  la  malade: 
soixante  ans. 


1036 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


L’examon  histologique,  fait  par  M.  Mauté,  a  montré  qu’il  s’agis¬ 
sait  d’un  sarcome  kystique  formé  de  cellules  rondes  réparties  au 
milieu  d’un  tissu  conjonctif  myxoïde  avec  des  zones  de  dégéné¬ 
rescences  nombreuses. 


Sarcome  ou  mieux  fibrogliome  de  l’estomac, 
par  M.  GOSSET. 

Je  vous  présente  un  nouveau  cas  de  sarcome  de  l’estomac  opéré 
par  moi. 

Mon  premier  cas  fut  publié  en  1912  dans  la  Presse  Médicale. 

Voici  l’observation  et  la  pièce  de  mon  second  cas  : 

M“eQ...,  cinquante  ans,  entrée  à  la  Maison  de  santé,  rue  Antoine- 
Chantin,  le  5  décembre  1922. 

Depuis  deux  ans,  la  malade  a  constaté,  dans  l’hypocondre  droit,  le 
développement  d’une  tumeur  qui  a  atteint  progressivement  le  volume 
actuel.  Elle  n’a  jamais  présenté,  àpart  un  état  nauséeux  assez  fréquent, 
de  troubles  gastriques  nets;  ni  douleurs,  ni  vomissements,  ni  amai¬ 
grissement;  jamais  d’accidents  hépatiques,  ni  douleurs  vésiculaires,  ni 
ictère,  ni  fièvre.  Elle  a.  eu  une  crise  d’urticaire. 

La  tumeur;  fait  saillie  dans  la  région  épigastrique  et  dans  l’hypocon- 
dre  droit.  Son  pôle  inférieur  est  à  deux  travers  de  doigt  au-dessous  de 
l’ombilic.  Son  bord  gauche  atteint  la  9°  côte,  son  bord  droit  la  10e  côte. 
Elle  est  arrondie,  ferme,  presque  dure,  avec  des  points  inégaux;  elle  est 
mobile  avec  les  mouvements  respiratoires;  elle  est  assez  mobile  trans¬ 
versalement  et  semble  se  déplacer  avec  les  mouvements  de  la  malade. 
Elle  est  male.  Sa  matité  se  continue,  sans  ligne  de  démarcation,  avec  le 
toiequi  est  nettement  abaissé,  la  matité  hépatique,  en  effet,  ne  commen¬ 
çant  que  dans  le  6°  espace  intercostal.  La  tumeur  plonge  sous  les  faus¬ 
ses  côtes  droites,  elle  est  séparée  des  fausses  côtes  gauches  par  une 
zone  de  sonorité  gastrique,  d’ailleurs  elle  est  encadrée  par  cette  zone 
de  sonorité  colique  et  gastrique.  Cette  tumeur  a  toujours  été  insen¬ 
sible;  cependant,  à  la  palpation,  on  trouve  au  niveau  des  noyaux  supé¬ 
rieurs  un  point  douloureux  très  net. 

La  malade  présente  un  teint  d’hépatique,  mais  pas  d’ictère.  On  ne 
constate  ni  ascite,  ni  circulation  collatérale,  ni  œdème  des  membres 
inférieurs.  Du  côté  du  poumon  droit,  on  trouve  une  lésion ,ancienne  du 
sommet,  avec  respiration  soufflante  et  retentissement  de  la  voix  (lésion 
cicatrisée). 

Wassermann  négatif.  Réaction  de  Weinberg  négative. 

Opération,  le  8  décembre  1922.  Opérateur  :  professeur  Gosset.  Ailles  r 
MM.  Desplas  et  Thalheimer.  Anesthésie  par  le  Dr  Boureau,  à  l’éther, 
d’une  durée  totale  de  trente  minutes. 

Laparotomie  médiane  sus-  et  sous-ombilicale.  On  voit  un  énorme 


SÉANCE  DU  4  JUILLET 


1057 


•sarcome  du  volume  de  deux  poings,  exogastrique,  au  milieu  des  rami¬ 
fications  du  pédicule  coronaire  stomachique.  On  libère  quelques  adhé¬ 
rences  de  l’épiploon,  qui  est  très  vasculaire,  avec  le  côlon  traverse,  et 
l’on  s’aperçoit  que  la  tumeur  s’implante  sur  la  petite  courbure.  Ou  est 
obligé  pour  enlever  la  tumeur  de  réséquer  une  toute  petite  partie  de 
la  muqueuse  gastrique,  que  l’on  referme  ensuite  par  deux  surjets,  sans 
rétrécir  l’estomac.  On  a  l’impression  que  la  circulation  gastrique  se 
rétablira  bien.  Fermeture  de  la  paroi  à  la  soie. 

Suites  opératoires  très  simples,  sans  incidents. 

Depuis  l’opéralion,  l’opérée  est  restée  en  parfait  état. 

Aspect  macroscopique  de  la  tumeur.  —  Masse  néoplasique  de  forme 
irrégulièrement  ovoïde,  implantée- sur  la  portion  moyenne  de  la  petite 
courbure,  pesant  727  grammes. 

Le  pédicule  d’implantation  est  très  étroit,  n’atteignant  que  3  centi¬ 
mètres  environ  de  diamètre. 

Les  dimensions  du  néoplasme  lui-même  sont  de  15  centimètres 
sur  12.  La  coloration  est  blanc  jaunâtre,  la  consistance  est  ferme. 

La  surface  superficiellé,  recouverte  d’un  mince  voile  épiploïque,  est 
tabulée;  des  sillons  secondaires  multiples  divisent  la  superficie  en  un 
grand  nombre  d’ilots,  l’ensemble  revêtant  un  aspect  de  cirrhose 
atrophique. 

L'examen  histologique  a  été  pratiqué  par  mon  chef  du  labo¬ 
ratoire  d’anatomie  pathologique,  le  D1'  Ivan  Bertrand,  qui  m’a 
remis  la  note  suivante  : 

Divers  fragments  ont  été  prélevés  au  niveau  de  différents  points  de 
ia  tumeur  et  dans  la  portion  contiguë  à  la  paroi  gastrique.  Nous  étu¬ 
dierons  successivement  les  connexions  entre  la  tumeur  et  la  paroi  gas¬ 
trique,  la  structure  même  de  la  tumeur,  enfin  ses  variations  selon  les 
points  observés. 

1°  Rapports  de  la  tumeur  et  de  la  paroi  gastrique. 

La  tumeur  s’est  développée  en-dehors  de  la  musculeuse,  par  consér 
quent  au-dessous  du  péritoine.  Elle  est  nettement  isolée  des  divers  plans 
musculaires  par  une  lame  de  connectif  lâche.  C’est  à  peine  si,  au  niveau 
du  point  le  plus  proche  de  la  muqueuse,  la  musculeuse  étirée  présente 
quelques  éraillures,  mais  sans  infiltration,  toujours  séparée  du 
néoplasme  par  une  lame  celluleuse  continue. 

La  celluleusé  delà  muquehse  a  une  structure  normale.  La  muqueuse 
elle-même  a  un  épithélium  de  revêtement  conservé  et  des  glandes  du 
type  fundique  riches  en  cellules  principales  et  en  cellules  bordantes. 

2°  Structure  histologique  de  la  tumeur. 

Au  premier  examen,  on  a  l’impression  d’une  tumeur  conjonctive 
jeune  avec  de  nombreux  éléments  cellulaires  d’aspect  fibroblastique, 
et  des  fibres  d’apparence  collagène,  enroulées  autour  d’axes  variés, 
sectionnées  en  tous  sens.  On  croirait  un  sarcome  ou  plus  exactement 
un  flbro-sarcome.  Mais  diverses  raisons  plaident  contre  la  nature  sar¬ 
comateuse  du  néoplasme.  Cette  tumeur  n’est  pas  du  type  embryon- 
BULL.  ET  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CHIR.,  1923.  78 


1058 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


naire;  les  vaisseaux  y  ont  une  paroi  nette,  endothéliale,  le  sang  ne- 
circule  jamais  au  contact  même  des  éléments  néoplasiques;  les  mons¬ 
truosités  nucléaires  y  sont  absentes;  les  mitoses  absolument  excep¬ 
tionnelles. 

Même  en  admettant  qu’on  ait  affaire  à  une  tumeur  conjonctive  plus 
évoluée,  proche  du  fibrome  ou  du  fibromyome,  on  ne  retrouve  pas  ici 
les  aspects  propres  à  ces  tumeurs;  les  fibres  pseudo-collagènes  sont 
d’une  régularité  et  d’une  finesse  admirable.  Ce  sont  de  véritables- 
fibrilles. 

Nous  avons  en  réalité  affaire  ici  à  un  fibrogliome  dont  la  structure 
est  identique  aux  tumeurs  des  nerfs  périphériques,  développées  aux 
dépens  des  appareils  de  Schwann.  Les  volutes  fibrillaires,  par  leur 
délicatesse,  leur  disposition  en  fuseau,  sont  du  même  type  que  celles 
des  tumeurs  nerveuses  périphériques. 

D’autres  arguments  viennent  encore  plaider  en  faveur  de  la  nature 
gliomateuse  de  cette  néoplasie.  Le  plus  important  de  ces  arguments 
est  constitué  par  la  disposition  en  palissade  des  noyaux.  Cette  disposition, 
en  palissade  est  pathognomonique  des  gliomes  périphériques,  comme 
l’a  bien  indiqué  Masson. 

Enfin  une  dégénérescence  discrète,  mais  très  diffuse,  vient  encore- 
ajouter  à  notre  néoplasie  une  caractéristique  spéciale.  C’est  une  dégé¬ 
nérescence  nucléo-protoplasmique,  microkystique,  produisant  une 
fonte  fibrillaire,  et  la  production  au  niveau  des  pôles  de  chaque  noyau, 
d’un  kyste  de  10  à  12  g  de  diamètre. 

Des  kystes  plus  volumineux  de  quelques  millimètres  de  diamètre  se 
rencontrent  encore  dans  la  néoplasie.  Dans  ces  kystes,  on  trouve  des 
débris  protoplasmiques,  un  exsudât  séreux;  quelques  zones  du  néo¬ 
plasme  subissent  une  transformation  myxoïde. 

En  résumé,  il  s’agit  ici  d’un  fibrogliome  développé  aux  dépens  de- 
l’appareil  de  Schwann  du  réseau  nerveux  sympathique  gastrique,, 
tumeur  sans  pouvoir  métastatique. 

Il  ne  s’agit  donc  pas  de  sarcome  de  l’estomac,  mais  de  gliome,  et' 
il  y  aurait  lieu,  en  présence  de  ces  constatations  anatomo¬ 
pathologiques,  de  reviser  certains  cas  publiés  de  sarcome  de 
l’estomac,  et  c’est  ce  que  je  me  propose  de  faire.  Le  malade  que 
j’ai  opéré  en  1911  vit  encore  sans  récidive  et  il  sera  intéressant 
de  reprendre  les  coupes  de  cette  première  tumeur,  à  la  lumière- 
des  faits  nouveaux. 


SÉANCE  DU  4  JUILLET 


1059 


Hi/stéro-colpeclomie  totale  pour  prolapsus , 
par  M.  SAVAR1AUD. 

J’ai  eu  plusieurs  fois  l’occasion  de  vous  dire  que  je  fais  très 
rarement  cette  opération  et  que  je  lui  préfère  même,  dans  les  cas 
de  prolapsus  énormes  et  irréductibles,  la  colpectomie  totale  sans 
hystérectomie  ou  opération  de  Millier. 

Si  donc  j’ai  rompu  avec  mes  habitudes,  c’est  parce  que  ce  pro¬ 
lapsus,  qui  existait  depuis  vingt  an«,  présentait  une  ulcération  de 
la  dimension  d’une  paume  de  main.  C'est  aussi  parce  que,  chargé 
comme  vous  le  savez  d’un  rapport  sur  le  traitement  du  prolapsus, 
je  tenais  à  refaire  cette  opération  pour  laquelle  je  craignais  d’avoir 
été  trop  sévère. 

C’est  parce  que  mon  jugement  reste  ce  qu’il  était,  que  je  tiens  à 
le  répéter  ici.  L’opération  a  été  facile,  comme  elle  l’est  le  plus 
souvent,  grâce  à  l’incision  première  du  cul-de-sac  postérieur  et  à 
la  précaution  de  décoller  la  vessie  de  haut  en  bas  comme  dans  une 
hystérectomie  abdominale.  Malgré  cela,  l’hémostase  de  la  base  du 
ligament  large  a  été  laborieuse  et  a  allongé  l’opération.  Enfin,  la 
fermeture  du  péritoine  par  un  cordon  de  bourse  est  moins  facile, 
par  suite  de  la  rétraction  des  ligaments  ronds  et  des  ligaments 
larges,  qu’elle  ne  le  paraît  d’après  les  figures  de  nos  traités.  J’ai 
suturé  l’incision  vaginale  en  fente  antéro-postérieure  en  laissant 
un  drain  allant  au  contact  du  péritoine. 

Fallait-il  aller  plus  loin?  Bien  que  l’opérée  ne  présentât  pas  le 
moindre  choc  (grâce  à  la  rachianesthésie)  comme  l’opération 
durait  depuis  plus  d’une  heure,  je  pensai  qu’il  valait  mieux 
remettre  la  reconstitution  du  périnée,  nécessaire  dans  ce  cas,  à 
une  séance  ultérieure. 

Comparée  à  l’opération  de  Millier,  l’hystéro-colpectomie  totale 
me  paraît  incontestablement  plus  compliquée  et  plus  grave,  et, 
comme  elle  ne  donne  pas  de  meilleurs  résultats,  elle  doit  lui  céder 
le  pas  toutes  les  fois  que  l’utérus  ou  les  annexes  ne  sont  pas  le 
siège  d’une  lésion  néoplasique  ou  inflammatoire. 


Le  Secrétaire  annuel, 
M.  Ombrédanne. 


SÉANCE  DU  Cl  JUILLET  1923 


Procès-verbal. 


La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  mise 
aux  voix  et  adoptée . 


Correspondance. 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  périodiques  de  la  semaine. 
2°.  —  Des  lettres  de  MM.  J. -L.  Faure,  Ombrédanne,  Roux- 
Berger,  Veau,  Michon,  Gauchoix,  qui  s’excusent  de  ne  pouvoir 
assister  à  la  séance. 


A  propos  de  la  correspondance. 

1°.  —  Envoi  d’un  travail  de  M.  Le  Roy  des  Barres,  intitulé  : 
L'association  de  la  caféine  et  de  la  slovaïne  en  rachianesthésie. 

M.  Riche,  rapporteur. 

2°.  —  Envoi  d’un  travail  de  M.  Radülescu,  sur  les  Résultats 
obtenus  par  la  laminectomie  simple  ou  plastique  ( greffon  costal) 
dans  six  cas  de  compression  médullaire. 

M.  Rouvillois,-  rapporteur. 

Dépôt  d'un  livre  intitulé  :  Chirurgie  vasculaire  conservatrice , 
par  M.  le  D1'  P.  Moure. 

M.  Le  Président  fait  voter  des  remerciements  à  l’auteur. 


M.  le  Président.  —  J’ai  le  regret  d’annoncer  la  mort  du  profes¬ 
seur  Jorn  Chiem,  professeur  à  l’Université  d’Edimbourg  et  memfre 
de  notre  Société  depuis  1889. 


BULL.  ST  MÉM.  DK 


1.,  1923.  -  N°  25. 


1062 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


A  propos  du  procès-verbal. 

Colectomie  totale. 

'■Pierre  Duval.  —  Dans  la  séance  du  20  juin  1923,  je  vous 
anf*éserité,‘des  radiographies  d'une  malade  opérée  de  colectomie 
totVlfe- Croîs  ans  auparavant.  On  constatait  une  très  importante 
dilatanWr1  du  grêle  que  j’ai  interprétée  comme  une  adaptation 
fonctionnelle  d’une  portion  du  grêle  aux  fonctions  coliques 
supprimées. 

Cette  malade  a  présenté  le  28  juin  1923  une  crise  aiguë  d'occlu¬ 
sion  intestinale,  j’ai  dô  la  réopérer.  L’occlusion  était  due  à  une 
bride  barrant  le  grêle  vers  la  moitié  de  sa  longueur. 

Or,  voici  lès  constatations  que  j'ai  pu  faire  sur  la  moitié  infé¬ 
rieure  du  grêle. 

En  dehors  de  la  bride  aucune  adhérence  dans  le  ventre.  L’anse 
terminale  du  grêle  est  dilatée,  au  point  qu’elle  a  le  calibre  du 
côlon  pelvien  conservé,  elle  en  a  l’aspect,  elle  est  épaisse,  les 
parois  sont  cartonnées;  seule,  une  bande  circulaire  de  péritonite 
chronique  blanchâtre  permet  de  localiser  la  suture  iléo-colique. 
Le  grêle  est  dilaté  sur  une  longue  étendue  en  aval  de  la  bride. 

La  dilatation  du  grêle  constatée  expérimentalement  par  Alglave 
chez  les  animaux  s’observe  donc,  semble- t-il,  dans  les  mêmes 
conditions  chez  l’homme  après  colectomie  totale. 

Je  m’empresse  de  reconnaître  toutefois  que  mon  observation, 
du  fait  de  celte  occlusion  aiguë  par  bride,  perd  de  sa  valeur. 
N’y  a- t-il  pas  eu  un  processus  de  péritonite  chronique  actuellement 
disparu,  qui  a  pu  contribuer  à  la  dilatation  du  grêle  ?  C’est  sur¬ 
tout  à  cause  de  cette  réserve  à  mon  avis  nécessaire  que  j’ai  cru 
devoir  vous  compléter  celle  observation. 


Le  traitement  de  la  tuberculose  péritonéale  par  la  laparotomie 
et  l'irradiation  solaire. 

M.  Pierre  Descomps.  —  La  communication  de  M.  Témoin  me 
fournit  l’occasion  de  vous  faire  part  de  ce  que  je  sais  moi-même 
des  effets  de  l’irradiation  solaire  dans  le  traitement  des  périto¬ 
nites  subaiguës  ou  chroniques,  tuberculeuses  ou  non  tubercu¬ 
leuses,  en  combinaison  ou  non  avec  la  laparotomie.  Les  faits  que 
je  vous  apporte,  sans  être  donc  exactement  superposables  aux 


SÉANCE  DU  11  JUILLET 


1063 


faits  très  particuliers  de  M.  Témoin,  sont  cependant  en  continuité 
avec  eux. 

Chacun  sait  aujourd’hui  le  parti  que  Ton  peut  tirer,  en  chirurgie, 
de  l’usage  des  agents  physiques,  de  l’emploi  de  la  méthode  des 
irradiations  en  général  et  de  la  méthode  des  irradiations  solaires 
en  particulier.  Le  temps  est  passé  où  la  thérapeutique  par  le  soleil, 
limitée  à  quelques  vagues  recettes  empiriques,  était  accueillie 
avec  des  sourires  sceptiques. 

Le  diagnostic  anatomique  de  péritonite  subaiguë  ou  chronique 
peut  être  difficile.  Sans  doute,  un  foyer  viscéro-péritonéal  suppuré 
patent  apporte  souvent  la  notion  d’une  localisation  indiscutable, 
commandant  tout  à  la  fois  le  diagnostic  et  le  traitement.  Mais  il 
est  parfois  difficile  d’affirmer  si,  derrière  la  séreuse  malade,  il  y  a 
ou  non  un  viscère  atteint.  J’incline  à  croire  que,  pour  le  péritoine 
comme  pour  toutes  les  séreuses,  les  lésions  primitives  sont  l’excep¬ 
tion,  et  que,  dans  les  formes  même  apparemment  primitives,  il 
existe  un  foyer  viscéral  sous-jacent.  Il  ne  faut  pas  de  bien  grosses 
lésions  de  l’ovaire,  pour  provoquer  le  développement  d’une  péri¬ 
tonite  exsudative  avec  épanchement  intrapéritoneal  ascitique.  Il 
ne  faut  pas  de  bien  grosses  lésions  intestinales,  dans  la  région 
iléo-cæco-appendiculaire  ou  dans  les  régions  angulo- coliques, 
pour  provoquer  le  développement  d’une  infiltration  lymphangi- 
tique  sous-péritonéale  au  niveau  des  pédicules  lymphatiques, 
accompagnée  de  péritonite  plastique  discrète.  Il  existe  des  formes 
plus  discrètes  encore  de  péritonite  chronique;  je  veux  parler  de 
la  sclérose  péritonéale  se  traduisant  par  un  simple  état  granité,  sa¬ 
bleux,  de  la  séreuse,  forme  que  j’ai  étudiée  histologiquement  en 
1904  avec  M.  Pettit,  du  Muséum,  dans  l’appendicite  chronique,  que 
mon  maître  M .  Walther  a  étudiée  avec  M.  Beaujard,  forme  que  Ton 
retrouve  dans  les  états  inflammatoires  chroniques  des  autres  zones 
de  l’abdomen,  autour  des  viscères  et  sur  les  feuillets  péritonéaux 
flottants  :  mésentère,  mésocôlon  transverse,  mésocôlon  sigmoïde, 
grand  épiploon.  Par  conséquent,  à  côté  des  périviscérites  scléro- 
adhésives,  il  existe  des  périviscérites  scléreuses  sans  adhérences, 
qui  sont  loin  d’ailleurs  d’être  atténuées  au  point  de  vue  des 
réactions  cliniques. 

Le  diagnostic  étiologique  n’appelle  pas  moins  de  réserves; 
chronicité  ne  signifie  nullement  tuberculose  et,  inversement,  l’étal 
aigu  ne  l’exclut  pas.  Les  infections  non  tuberculeuses,  d’origine 
muqueuse  et  propagées  par  voie  lymphangitique,  en  particulier 
celles  qui  ont  pour  point  de  départ  la  muqueuse  intestinale,  sont 
fréquentes,  comme  sont  fréquentes  aussi  les  infections  non  tuber¬ 
culeuses  d’origine  sanguine.  Parmi  ces  dernières,  la  syphilis  tient 
une  place  certainement  importante;  la  réaction  de  Bordet-Wasser- 


1064 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRUKGIE 


mann  en  fournit  la  preuve,  surtout  si  on  la  fait  précéder  d’injec¬ 
tions  sensibilisantes.  On  voit  la  syphilis  jouer  un  rôle  de  premier 
plan  dans  les  diverses  formes  de  péritonite,  en  particulier  dans  la 
sclérose  cicatricielle  rétractile  des  mésos  d’origine  lymphangitique, 
dans  la  sclérose  discrète  disséminée  d’origine  humorale,  et  sans  en 
exclure  les  formes  subaiguës  à  type  fébrile.  L’état  rouge  injecté  et 
friable  de  la  séreuse,  avec  sous-séreuse  infiltrée  d’une  graisse  pré¬ 
sentant  les  mêmes  caractères,  est  un  signe  anatomique,  opératoire, 
de  syphilis. 

La  médecine  tend  à  reprendre  en  ce  moment,-  sur  des  bases 
renouvelées,  l’histoire  des  péritonites  chroniques,  tuberculeuses 
ou  non;  la  chirurgie  devra  la  suivre  sur  ce  terrain,  si  tant  est 
qu’on  soit  en  droit  d’opposer  les  méthodes  opératoires  aux  autres 
méthodes  thérapeutiques,  y  compris  l’irradiat.ion  solaire. 

Non  seulement  les  péritonites  tuberculeuses,  mais  toutes  les 
péritonites,  subaiguës  ou  chroniques,  tuberculeuses  ou  non  tuber¬ 
culeuses, —  et  sans  en  excepter  les  cas  aigus  dont  a  parlé  M.Témoin 
—  sont  justiciables  d’une  thérapeutique,  où  la  chirurgie  opératoire 
peut  avoir  à  intercaler  ses  méthodes  et  où  la  physicothérapie  par 
l’irradiation  solaire  lient  une  place  désormais  importante. 

S’il  s'agit  d’un  foyer  viscéro-péritonéal  dans  lequel  les  lésions 
de  la  séreuse  ne  sont  qu’un  épiphénomène,  l’irradiation  solâire 
peut  ne  se  présenter  que  comme  un  complément,  soit  pré-opéra¬ 
toire,  soit  post-opératoire,  de  l’acte  chirurgical.  Je  l’ai  employée 
souvent  dans  ces  cas,  en  particulier  comme  agent  post  opératoire,  et 
j’ai  vu  fondre  littéralement  sous  mes  yeux,  en  quelques  semaines, 
presque  en  quelques  jours,  des  foyers  cicatriciels  résiduels  scléro- 
adhésifs,  consécutifs  à  des  opérations  suivies  de  drainage  sur 
l’appendice,  les  organes  génitaux,  l’intestin,  etc. 

Mais  il  s’agit  surtout  aujourd’hui  des  cas  de  péritonites  primi¬ 
tives,  ou  du  moins  apparemment  primitives,  ceux  dans  lesquels  la 
séreuse  tient  cliniquement  la  première  place  et  nous  fournit  uni¬ 
quement  ces  deux  signes  essentiels  :  la  douleur  et  la  résistance 
pâteuse  de  la  paroi  abdominale  à  la  palpation,  sans  aucune  déter¬ 
mination  viscérale  nette.  La  tactique  est  alors  un  peu  plus  com¬ 
plexe. 

Dans  un  premier  temps,  je  conseille,  dans  ces  cas,  l’irradiation 
solaire,  tout  en  poursuivant  éventuellement  l’éclaircissement  du 
diagnostic  étiologique.  Dans  un  grand  nombre  de  cas,  j’ai  vu  des 
malades,  d’abord  considérés  comme  atteints  de  péritonite  tubercu¬ 
leuse  en  vertu  de  la  présomption  habituelle  en  ces  circonstances, 
soumis,  soit  au  traitement  par  les  irradiations  solaires,  soit  à  ce 
traitement  complété  par  un  traitement  spécifique  en  cas  de 
syphilis,  guérir  en  quelques  semaines,  l’abdomen  devenant -libre, 


SÉANCE  DU  11  JUILLET 


1065 


indolore,  souple,  et  sans  que,  en  somme,  la  question  d’une  inter¬ 
vention  opératoire  se  soit  posée. 

Celte  question  se  pose  cependant,  mais  seulement  dans  un  se¬ 
cond  temps,  lorsque,  consécutivement  à  la  précédente  cure  solaire, 
aucune  amélioration  ne  s’est  produite,  et  que,  d’ailleurs,  anatomi¬ 
quement  et  étiologiquement,  le  diagnostic  reste  en  suspens.  Dans 
ces  cas,  une  laparotomie  exploratrice  conduit  parfois  sur  un  yiscère 
malade,  point  de  départ  des  accidents;  mais  habituellement  elle 
conduit  sur  un  ou  plusieurs  foyers  de  périviscérite,  dont  on  peut 
relever  les  limites  anatomiques,  mais  dont  il  reste  impossible  de 
découvrir  le  point  de  départ  dans  un  viscère  sous-jacent,  et  dont 
l’étiologie  demeure  aussi  le  plus  souvent  inconnue,  mis  à  part  les 
cas  où  l'on  découvre,  ou  bien  des  granulations  tuberculeuses,  ou 
bien  cet  aspect  particulier  de  la  séreuse,  que  je  signalais  tout  à 
l’heure  et  qui  crée,  à  mon  avis,  une  forte  présomption  de  syphilis. 
Trouve-t-on  un  organe  malade,  on  l’enlève.  C’est  souvent  le  cas  de 
l'appendice  et  de  l’épiploon;  ce  dernier, rétracté,  sclérosé,  induré, 
est  réséqué  au  ras  du  côlon.  Il  s’agit  d’autres  fois  d’un  ovaire,  ou  de 
la  vésicule  biliaire,  etc.  Trouve-t-on  seulement  des  adhérences  péri- 
biliaires, péri-duodénales, péricoliques,  etc.,  on  les  libère'.  Trouve- 
t-on  des  rétractions  scléro-cicatricielles  au  niveau  de»  éventails 
lymphatiques  dans  les  mésos,  par  exemple  sous  les  angles  coliques, 
on  les  sectionne  sous  ligatures.  Depuis  1905,  je  n’ai  cessé  de  prati¬ 
quer  de  façon,  courante  des  libérations  périviscérales  de  ce  genre; 
leur  nombre  s’élève  à  plusieurs  centaines.  Mais  voici,  pour  le  débat 
actuelle  seul  point  intéressant.  Au  début,  je  ne  faisais  pas  précéder 
et  suivre  ces  opérations  abdominales  d’irradiations  solaires  ;  depuis 
que  j’ai  adopté  cette  pratique,  les  résultats  ont  été  améliorés  dans 
une  énorme  proportion.  Et  l’irradiation  solaire  m’adonné  des  résul¬ 
tats  spécialement  intéressants,  lorsque  Texploration  abdominale 
n’avait  révélé  rien  autre  chose  que  de  la  sclérose  péritonéale  sans 
'adhérences.  Le  bénéfice  de  la  guérison  me  paraît  devoir  être  attri¬ 
bué,  dans  ces  cas,  peut-être  pour  une  part  à  la  simple  laparotomie, 
comme  dans  les  cas  classiques  de  tuberculose  péritonéale  traités 
par  la  laparotomie,  très  certainement  pour  une  plus  large  part  aux 
séances  d’irradiation  solaire  pré-  et  post-opératoire. 

Dans  un  troisième  temps,  en  effet,  je  fais  pratiquer  l’irradiation 
solaire  secondaire,  post-opératoire,  toutes  les  fois  que  les  malades 
de  ce  type  peuvent  y  être  soumis.  On  peut  l’obtenir  volontiers  dans 
la  clientèle  privée,  grâce  aux  établissements  spéciaux,  de  plus  en 
plus  nombreux,  organisés  en  vue  des  applications  de  l’irradiation 
solaire.  On  l’obtient  plus  difficilement  dans  les  milieux  hospita- 
lieis;  les  malades  d’hôpital  n’ont  pas  au  même  point  le  loisir  ou 
la  volonté  de  s'y  soumettre;  il  serait  en  tout  cas  opportun,  que 


1066 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


l'architecture  hospitalière  soit  invitée  à  prévoir  des  galeries  et 
terrasses,  aménagées  pour  l’installation  dans  chaque  hôpital  du 
«  solarium  »,  tel  qu’en  sont  dotés  beaucoup  d’hôpitaux  à  l’étranger. 
Sous  nos  latitudes,  où  le  rayonnement  solaire  est  inconstant,  il 
serait  toujours  possible  de  remplacer  quelquefois  l’irradiation  so¬ 
laire  par  l’irradiation  à  la  lumière  diffuse,  et  d’avoir  recours  com¬ 
plémentairement  à  des  sources  artificielles  de  rayonnement. 

Les  ouvrages  techniques  spéciaux  offrent  une  très  riche  docu¬ 
mentation  sur  la  technique  de  la  physicothérapie  par  les  radiations 
de  toutes  longueurs  d’onde;  je  crois  qu’il  est  indispensable  de 
suivre  de  près  les  indications  qu'ils  fournissent.  Permettez-moi 
d’en  signaler  deux. 

La  première  indication  concerne  l’accoutumance  progressive  du 
sujet  en  traitement;  des  séances  initiales  d’irradiation  courtes,  par¬ 
tielles,  modérées,  sont  nécessaires,  si  on  veut  éviter  des  accidents 
aigus  qui,'  chez  certains  sujets,  peuvent  devenir  redoutables.  Le 
«mal  des  rayons»  par  irradiation  solaire  brusque  et  massive  existe, 
et  il  se  traduit  par  un  ébranlement  organique,  qui  témoigne  d’un  vé¬ 
ritable  état  de  choc  sympathico-bulbaire  ;  c’est  ce  que  montrent 
l’état  du  -rythme  cardiaque,  l’état  du  rythme  respiratoire,  l’état 
de  la  régulation  thermique,  de  la  pression  artérielle,  de  la  vaso- 
motricité  et  des  sécrétions  glandulaires. 

La  seconde  indication  concerne  la  filtration  des  rayons  solaires, 
par  interposition  de  certains  écrans  amortisseurs  ou  sélecteurs 
de  certains  rayons,  écrans  ne  laissant  donc  passer  que  les  rayons 
utiles,  c’est-à-dire,  d’une  façon  générale,  les  rayons  de  courte 
longueur  d’onde,  ceux  de  la  partie  froide  du  spectre,  ceux  qu’on 
appelle  les  rayons  chimiques,  ceux  qui,  partant  du  bleu,  vont 
jusqu’au  violet  et,  au  delà  du  spectre,  dans  l’ultra-violet.  Les  effets 
à  certains  égards  nocifs  des  rayons  chimiques  eux-mêmes  doivent 
être,  d’autre  part,  prévus  et  être  atténués  par  certains  dispositifs. 

En  un  mot,  des  précautions  doivent  être  prises.  Et  je  me  per-  - 
mets  de  penser  que,  dans  la  méthode  toute  particulière  d’irradia¬ 
tion  opératoire  directe  unique  et  massive  de  la  cavité  péritonéale 
du  péritoine  et  des  viscères  qu’apporte  M.  Témoin,  il  y  aurait  lieu  de 
ne  pas  les  négliger.  J’emploierai  certainement,  le  cas  échéant,  cette 
-méthode,  comme  complément  des  méthodes  habituelles  d’irradia¬ 
tion  solaire  pré-  et  post-opératoires  que  j’ai  utilisées  jusqu’ici  et 
que  je  viens  de  vous  signaler.  Mais  je  ferai  au  préalable  des  séances 
progressives  graduées  et  de  rythme  réglé  d’irradiation  pré-opéra¬ 
toire  indirecte,  afin  de  préparer  le  malade  à  lagrande  séance  d’irra¬ 
diation  opératoire  directe  et  massive.  D’autre  part,  j’éliminerai  les 
rayons  des  parties  chaudes  du  spectre  par  l’intérposition  d’écrans 
colorés,  de  verre  fluorescent  jaune,  de  verre  d’urane,  etc.  Sans 


SÉANCE  BD  11  JUILLET 


1067 


doute  l’ utilisation  des  rayons  de  diverses  longueurs  d’onde  est  loin 
d’être  fixée  et  M.  Témoin  pourrait  m’objecter  que,  filtranlles  rayons 
thermiques,  j’enlèverai  peut-être  à  sa  technique,  qui  a  la  consé 
cration  de  l’expérience,  une  partie  de  ses  avantages.  Il  se  peut 
Et  c’est  ainsi  qu’en  radiumthérapie  nous  utilisons  trop  peu  les 
rayons  a  et  (5.  Rien  ne  nous  permet  d’affirmer  que  les  vibrations 
longues,  celles  de  la  partie  chaude  du  spectre,  ne  sont  pas  utiles  en 
radiothérapie  solaire.  Ma  remarque  se  bornera  donc,  sur  ce  point, 
à  suggérer  que  nous  ne  devons  pas  nous  éloigner  sans  précaution 
des  radiations  eubiotiques,  celles  auxquelles  l’organjsme  est 
spontanément  mieux  adapté. 

Il  y  a,  il  est  vrai,  une  contre-partie.  Et  je  vous  demande  de  la 
formuler  aussi.  Utilisant  les  rayons  chimiques,  il  convient  de  les 
utiliser  au  mieux.  Si  l’on  veut  obtenir  des  rayons  chimiques  une 
action  maxima,  il  esfimportant  d’éviter  toute  interposition  pou¬ 
vant  diminuer  leur  puissance.  Je  veux  parler  des  verres  revêtant 
les  parois  de  la  salle  d’opération,  ou  encore  des  impuretés  de  l’air 
ambiant,  poussières,  vapeurs  ou  fumées.  Les  radiations  de  courte 
longueur  d’onde  sont  rapidement  absorbées  par  ces  corps  étran¬ 
gers  et  par  l’air  lui-même  :  d’où  la  recommandation  de  pratiquer 
l’irradiation  solaire  aux  hautes  altitudes  et  tout  au  moins  dans  un 
air  pur. 

J’ai  pratiqué  surtout  l’irradiation-solaire  en  milieu  marin,  dans 
des  conditions  très  favorables  au  point  de  vue  de  la  pureté  de  l’air; 
je  me  demande  si  les  résultats  favorables  que  j’ai  obtenus  ne  sont 
pas  dus,  pour  une  part,  au  milieu  marin  sans  brumes,  sans  vent, 
sans  poussières,  où  j’étais  placé.  Mais  cette  question  du  milieu 
marin  est  une  autre  histoire. 

Le  mécanisme  suivant  lequel  agissent  les  radiations,  les  radia¬ 
tions  solaires  entre  autres,  est  un  problème  très  général  ;  c’est  celui 
qui  gouverne  toute  la  radiot  hérapie,  on  dirait  mieux  toute  ï«  actino- 
thérapie  »,  au  sens  large,  étymologique,  du  mot.  Nous  en  sommes, 
sur  ce  point,  réduits  à  des  hypothèses;  mais  il  n’est  pas  inutile  de 
les  formuler.  Longtemps  on  a  invoqué  l’action  antiseptique  des 
radiations,  ou  leur  action  favorisante  sur  la  phagocytose.  C’est  une 
explication,  mais  une  explication  partielle  et  que  chacun  recon¬ 
naît  être  insuffisante.  Les  radiations  semblent  agir  sur  l’orga¬ 
nisme,  par  des  phénomènes  physiques  de  l’ordre  de  ceux  que 
les  bio-physiciens  appellent  aujourd’hui  des  phénomènes  de 
choc.  De  sorte  que,  en  faisant  de  l’irradiation  en  général,  et  de 
l’irradiation  solaire  en  particulier,  on  fait  très  probablement  de  la 
thérapeutique  par  le  choc,  de  la  sismothérapie.  Cette  hypothèse 
présente  un  double  support.  Elle  pose  d’abord  un  problème  de 
mécanisme  physiologique  d’ordre  nerveux,  dans  lequel  le  sympa- 


1068 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Ihique  et  ses  centres  bulbaires  jouent  le  rôle  fondamental.  Elle 
pose  ensuite  un  problème  de  mécanisme  biologique  d'ordre 
humoral,  dans  lequel  les  modifications  de  l’état  colloïdal  des  tissus 
apparaissent  comme  prépondérantes.  Un  ébranlement  physique 
initial  déclenche  les  phénomènes,  par  un  choc  physique.  Un  ébran¬ 
lement  chimique,  consécutif  au  précédent,  assure  la  continuité 
automatique  des  phénomènes.  En  effet,  en  se  modifiant  sous  l’in¬ 
fluence  de  l’ébranlement  physique  initial,  les  tissus  libèrent  des 
protéines;  secondairement  ces  protéines  toxiques  sont  l'origine  de 
phénomènes  plus  ou  moins  accentués  d’autoprotéinothérapie,  qui 
déterminent  sans  discontinuité  et  automatiquement  des  modifica¬ 
tions  humorales  subintrantes. 

Si  ces  explications  restent  des  hypothèses,  elles  n’en  conduisent 
pas  moins  à  susciter  l’idée  d’un  contrôle  sévère  et  à  faire  penser 
qu’il  eslprudent,  dans  la  thérapeutique  d’irradiation  solaire  comme 
dans  toute  thérapeutique  d’irradiation,  de  ne  jamais  perdre  le 
contact  attentif  avec  l’observation  clinique,  c’est-à-dire  avec  des 
réactions  individuelles  dont  on  ne  peut  rigoureusement  prévoir  à 
l’avance  ni  le  degré,  ni  la  limite. 

M.  Mauclaire.  —  N’ayant  le  soleil  dans  ma  salle  d’opération 
que  dans  un  coin  de  celle-ci,  j’ai  fait  projeter  les  rayons  solaires 
dans  la  cavité  péritonéale  tuberculeuse  grâce  à  un  miroir.  Mais 
je  me  demande  si  avec  cette  technique  tous  les  rayons  solaires 
sont  réfléchis  dans  le  ventre. 

M.  R.  Baudet.  —  Les  récentes  communications  de  MM.  Témoin 
et  Descomps  doivent  nous  engager  à  apporter  les  résultats  que 
nous  avons  obtenus  en  traitant  chirurgicalement  les  péritonites 
tuberculeuses,  depuis  ces  dernières  années.  C’est  ce  que  je  me 
réserve  de  faire. 

Aujourd’hui,  je  me  permettrai  de  faire  remarquer  que  le  traite- 
ment  chirurgical  n’est  pas  tout  pour  obtenir  la  guérison  de  la 
péritonite  tuberculeuse.  Il  faut  faire  plus:  il  faut  un  traitement 
médical. 

En  effet,  les  opérés  qui  ont  pu  être  soignés  après  la  laparotomie 
que  je  leur  avais  faite,  soignés  médicalement,  longtemps,  au 
grand  air,  ont  tous  guéri.  C’est  ce  que  j’ai  observé  après  les  opé¬ 
rations  faites  en  clientèle.  Il  n’en  a  pas  été  de  même  des  opérés 
d’hôpital.  Plusieurs  d’entre  eux  sont  morts.  Et  ceux  qui  ont  guéri 
étaient  en  'situation  de  pouvoir  faire  les  frais  d’un  traitement 
médical,  longtemps  continué,  à  la  campagne. 

Il  faut  donc  après  l’opération  faire  un  traitement  médical.  Quel 
doit- il  être?  Qu’est-ce  que  l’héliothérapie  directe  en  péritoine 


SÉANCE  DU  11  JUILLET 


1069 


ouvert,  ou  quand  le  ventre  est  fermé,  peut  ajouter  au  traitement 
médical  ordinaire?  C’est  ce  que  nos  communications  et  discus¬ 
sions  ultérieures  apprendront. 

M.  A.  Lapointe.  —  Deux  mots  seulement  pour  faire  remarquer 
qu’entre  les  faits  communiqués  par  Témoin  et  ce  que  vient  de 
nous  exposer  Descomps,  il  n’y  a  guère  d’analogie. 

Témoin  n’a  fait  que  reprendre,  en  la  perfectionnant,  une 
conception  bien  vieille  dans  le  traitement  de  la  péritonite  tuber¬ 
culeuse.  Parmi  toutes'les  hypothèses  qu’on  a  faites  pour  expliquer 
l’action  curatrice  d’une  laparotomie,  tigure  depuis  au  moins 
cinquante  ans  l’action  de  la  lumière  ou  des  rayons  solaires.  C’est 
cela  que  cherche  à  utiliser  notre  collègue  Témoin,  quand,  après 
avoir  ouvert  un  péritoine  bacillaire,  il  fait  écarter  largement  les 
lèvres  de  la  paroi  abdominale,  pour  réaliser  en  quelque  sorte  une 
séance  plus  ou  moins  prolongée  de  radiothérapie  solaire  péné¬ 
trante.  De  cette  pratique  très  spéciale,  je  ne  connais  rien  que  ce 
qu’en  a  dit  M.  Témoin. 

Mais  ce  que  nous  a  dit  Descomps  n’a  rien  à  voir  avec  la  tech¬ 
nique  de  Témoin.  Descomps  parle  de  l’héliothérapie,  pré-  ou  post¬ 
opératoire  ;  comme  nous  en  faisons  tous,  avec  des  résultats  très 
souvent  satisfaisants.  Chacun  de  nous  pourrait  apporter  des  obser¬ 
vations  d’appendicite  tuberculeuse,  de  tuberculose  annexielle 
avec  péritonite  plus  ou  moins  étendue,  avec  infiltration  massive 
de  l’épiploon:  après  avoir  opéré  ces  malades,  on  les  envoie  à 
Cannes  ou  ailleurs,  parfois  par  acquit  de  conscience  et  on  est 
agréablement  surpris,  quelques  mois  plus  tard,  de  les  voir  revenir 
dans  un  état  florissant.  Mais  je  répète,  ceci  n’a  rien  à  voir  avec  la 
conception  et  la  technique  de  M.  Témoin. 


Communications. 

Perforations  aiguës  de  l'estomac  et  du  duodénum , 
par  M.  le  D'  CHARLES  L.  GIBSON  (de  New-York). 

J’ai  l’honneur  de  présenter  à  la  Société  les  résultats  des  76  opé¬ 
rations  consécutives  faites  dans  mon  service  au  «  New  York 
Hôpital  »  depuis  1913. 

Le  sujet  comporte  quatre  titres  : 

1°  Diagnostic; 


1070 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


2°  Date  de  la  perforation; 

3°  Traitement  opératoire  ; 

4°  Résultats  éloignés. 

I.  La  plus  grande  importance  doit  être  attribuée  au  diagnostic, 
sur  la  nécessité  de  faire  une  opération  d’urgence,  car  l'élément; 
temps  écoulé,  est  un  facteur  de  guérison  ou  de  mort.  Un  certain 
nombre  d’accidents  simulant  la  perforation  aiguë  pourraient 
facilement  être  différenciés  par  l’observation  du  malade  et 
des  recherches  détaillées.  Mais,  c’est  justement  le  temps,  cet 
élément  précieux;  qui  nous  manque,  et  il  faut  parfois  se  résigner 
à  commettre  des  erreurs  pour  sauver  le  malade.  Fort  heureuse¬ 
ment  la  grande  majorité  des  erreurs  ne  déterminent  pas  une  opé¬ 
ration  inutile,  car  c’est  ordinairement  un  syndrome  abdominal 
nécessitant  une  opération  d’urgence,  telle  l’appendicite.  Mais  il  y 
a  trois  états  pathologiques  dont  il  faut  se  méfier  :  la  pneumonie 
sans  signes  pulmonaires,  le  calcul  mobile  du  rein  et  la  crise 
gastrique  du  tabétique. 

Si  les  faits  exposés  par  un  malade  inintelligent  provoquent  une 
confusion,  ou  bien,  comme  cela  arrive  quelquefois,  si  le  maximum 
des  symptômes  est  placé  dans  le  haut  abdomen,  le  diagnostic 
d’un  ulcère  au  lieu  d’une  appendicite  existante  est  tout  naturel. 
Mais  si  on  pense  —  et  on  doit  y  penser  —  à  la  possibilité  de  cetle 
erreur,  l’incision  est  placée  de  façon  que  la  manœuvre  opératoire 
s’accommode  facilement  aux  nécessités  de  ces  deux  lésions. 

Le  diagnostic  erroné  d’une  appendicite  est  tout  naturel  dans  les 
cas  où  les  manifestations  précoces  ont  changé  et  où  nous  avons 
maintenant  la  péritonite  classique,  et  en  particulier  le  ballonne¬ 
ment  du  bas  abdomen  au  lieu  de  la  douleur  localisée  et  la  rétrac¬ 
tion  défensive  de  l’épigastre  du  stade  précoce. 

Pour  simplifier  le  sujet,  je  groupe  les  symptômes  des  perfora¬ 
tions  aiguës  de'  l’estomac  et  du  duodénum  comme  une  unité,  car 
réellement  il  y  a  peu  de  différence,  vu  que  la  grande  majorité 
des  perforations  est  juxta-pylorique. 

Comme  pour  le  diagnostic  de  toute  affeetion  abdominale,  on 
reconnaît  facilement  la  perforation  aiguë  pourvu  qu’on  y  pense. 

Le  médecin  qui  voit  peu  de  ces  cas  s’égare  parce  que  : 

a)  Quoique  la  plupart  des  malades  disent  qu’ils  ont  déjà  éprouvé 
des  troubles  digestifs,  certains  le  nient  catégoriquement; 

b)  Le  vomissement  habituel  suivant  la  douleur  aiguë  peut  être 
absent  et  le  vomissement  de  matières  sanguinolentes  est  toujours 
rare  ; 

c)  La  rétraction  précoce  de  l’épigastre  est  très  marquée,  for- 


SÉANCE  DU  il  JUILLET 


1071 


mantune  défense  toute  naturelle,  alors  le  médecin  pensant  aux 
suites  d’une  perforation  —  la  péritonite  —  rejette  la  perforation 
parce  que  le  signe  caractéristique  —  le  ballonnement  —  fait  défaut. 

Ce  ballonnement  lui  viendra  plus  tard,  trop  tard  pour  sauver  le 
malade  quand  l’inévitable  péritonite  sautera  aux  yeux. 

A  noter  que  la  culture  de  l’épanchement  abdominal  est  habi¬ 
tuellement  stérile  dans  les  premières  vingt-quatre  heures; 

d)  Douleur  dans  le  bas-ventre  et  la  fosse  iliaque  droite.  Avec 
une  périLonite  progressive,  l’épanchement  gravite  en  bas  et  parti¬ 
culièrement  le  long  de  la  gouttière  droite,  formant  un  foyer  puru¬ 
lent  et  la  douleur  maxima  est  constatée  à  ce  point,  simulant 
l’appendicite; 

e)  On  cherche  et  on  ne  trouve  pas  le  classique  signe  «  rempla¬ 
cement  de  la  matité  hépatique  »  par  un  son  tympanitique.  Ou,  et 
c’est  encore  plus  fâcheux,  on  croit  rencontrer  ce  signe  quand  il 
n’existe  pas. 

Personnellement,  je  crois  ce  signe  très  rare,  il  existe  plutôt 
dans  les  périodes  terminales  qui  permettent  une  grande  accumu¬ 
lation  d’air.  Il  est  surprenant,  dans  certains  cas  opérés  tôt,  de 
trouver  si  peu  d’air  reconnu  à  l’ouverture  du  péritoine,  quelque¬ 
fois  pas  du  tout. 

Je  n'ai  pas  reconnu  ce  remplacement  de  la  matité  même  quand 

existait  une  couche  d’air  reconnue  à  l’écran  ou  sur  la  radio¬ 
graphie; 

f)  Les  variations  thermométriques  au  début  aident  peu;  toute¬ 
fois,  une  forte  hausse  nous  mettra  en  garde  contre  la  pneumonie 
ou  la  typhoïde  ; 

g)  L’examen  du  sang  au  début  n’aide  pas  du  tout  et  on  perd 
beaucoup  de  temps  en  essayant  d’interpréter  des  examens  répétés. 
Toutefois  une  leucopénie  nous  signalera  peut-être  une  typhoïde. 

Le  diagnostic  se  fait  ordinairement  facilement  par  l’histoire 
typique  fournie  par  le  malade  et  l’examen  de  l’abdomen  avec 
ses  signes  classiques. 

Certaines  ressources  sont  à  notre  disposition  dans  un  service 
hospitalier  et  aussi  dans  le  procédé  opératoire  décrit  par  moi. 

Je  cite  un  cas  récent,  exemple  typique  du  maximum  diagnostic. 

Charles  M...,  vingt  huit  ans,  entré  le  29  mars  1923.  Troubles 
digestifs  sans  grande  sévérité  quinze  jours  plus  tôt.  Une  heure 
avant  son  entrée,  douleur  soudaine  à  l’épigastre  droit,  provo¬ 
quant  le  collapsus.  Quelques  minutes  après,  douleur  prononcée, 
mais  de  courte  durée,  à  la  nuque. 

Examen.  —  Malade  bien  développé,  souffre  affreusement  de 
douleurs  abdominales  et  est  un  peu  shocké. 


1072 


E  CHIRURGIE 


Le  haut  abdomen  est  rétracté  et  dur  «  comme  une  planche  »  ; 
malité  normale  du  foie,  particulièrement  au  dos,  persistante. 
Examen  à  l'écran.  —  Couche  d’air  très  nette  sous  le  dia¬ 


phragme  à  droite,  confirmée  par  plaque  radiographique. 

Opéralion.  —  Avant  l’anesthésie,  avale  un  peu  de  solution 
aqueuse  de  bleu  de  méthylène.  Le  péritoine  est  ouvert  sous  une 
couche  d’eau,  donnant  issue  à  des  bulles  de  gaz.  Il  y  a  un  fort  et 
typique  épanchement  coloré  bleu  avec  odeur  acide.  Perforation  : 
2  millimètres  de  diamètre  proche  du  pylore  du  côté  gastrique. 


SÉANCE  DU  11  JUILLET 


1073 


Bonne  guérison.  —  Sort  en  quatorze  jours.  Ces  détails  nous 
fournissent  tout  ce  qui  est  possible  pour  un  diagnostic  précis. 
1°  Le  malade  avait  déjà  souffert  de  l'estomac. 


2°  Début  suraigu  des  symptômes  avec  shock  et  conditions 
typiques  fournies  par  examen  de  l’abdomen. 

3°  La  douleur  secondaire  à  distance,  manifestation  ultra- 
typique,  ordinairement  sus- claviculaire  plutôt  à  gauche. 
Cette  douleur  suit  la  douleur  abdominale  à  peu  de  temps 
(un  quart  d’heure),  est  de  courte  durée  et  est  vile  oubliée  par 


1074 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


le  malade  Iracassé  par  la  persistante  angoisse  abdominale. 
4°  L’air  libre  dans  la  cavité  abdominale  révélé  par  l’écran. 

5°  La  présence  de  l’air  en  liberté  quand  le  péritoine  est  incisé 


Fig.  3. 


sous  une  nappe  d’eau,  preuve  absolue  d’une  perforation  du  tube 
digestif. 

Mais  une  perforation  peut  exister  même  si  ce  signe  est  absent. 
6°  La  contestation  de  la  matière  colorante  dans  la  cavité  péri¬ 
tonéale. 

Je  cite  aussi  un  cas  démontrant  un  raffinement  de  diagnostic. 


SÉANCE  DU  11  JUILLET 


1075 


J.  L...,  entré  le  16  avril  1923,  deux  heures  après  perforation, 
l’écran  révèle  une  transpoiition  des  viscères  et  l’incision  est  placée 
à  gauche  de  la  ligne  médiane;  l’opération  démontre  un  ulcère 
perforant  du  pylore  qui  se  trouve  sous  l’arcade  costale  gauche. 
Ce  cas  constitue  peut-être  un  fait  unique  d’un  tel  diagnostic  posé 
avant  l’opération. 

'  Pour  le  diagnostic  en  général,  d’habitude  on  ne’  peut  pas  mécon¬ 
naître  la  situation.  Le  malade  dit  qu’il  a  souffert  plus  ou  moins 
de  maux  d’estomac.  Il  éprouve  subitement  une  affreuse  et  déchi¬ 
rante  douleur  de  l'épigastre,  souvent  il  s'effondre  et  présente  du 
shock,  sueur  froide  et  une  grande  inquiétude.  L’abdomen,  surtout 
l’épigastre,  est  dur  comme  une  planche  et  concave.  Le  malade 
hurle  de  douleur,  réclame  des  soins.  Bientôt  le  malade  vomira, 
quelquefois  du  sang.  Quelques  minutes  après  ces  événements 
vient  celte  deuxième  et  absolument  caractéristique  douleur  déjà 
décrite  —  ou  dans  les  fosses  supra-claviculaires  —  le  dos  ou  la 
nuque.  Elle  dure  peu  de  temps  et  le  malade  l’oublie  une  fois  dis¬ 
parue.  Pour  cette  raison,  on  fait  assez  rarement  la  contestation 
de  la  seconde  douleur.  Interrogé,  le  malade  la  niera  peut-être, 
pour  s’en  souvenir  dans  le  bien-être  de  la  convalescence. 

Les  signes  classiques  et  la  sévérité  sont  quelquefois  modifiés 
par  la  dimension  de  la  perforation  et  la  quantité  des  matières 
lâchées  dans  le  péritoine,  et  parfois  le  trou  est  comblé  par  une 
adhérence  quelconque.  Règle  générale,  une  grosse  perforation 
donnant  beaucoup  de  matières  donne  le  maximum  de  symptômes, 
mais  j’ai  vu  la  plus  forte  souffrance  suivre  une  minuscule  perfo¬ 
ration  avec  presque  rien  s’échappant  de  l’ouverture. 


11.  Date  du  la  perforation. 

Le  tableau  démontre  d’une  façon  indiscutable  la  nécessité  d’une 
intervention  précoce.  Nous  préférons  opérer  ces  malades  dans  les 
deux  ou  trois  heures.  Toutefois  nos  résultats  prouvent  que  dans 
la  période  ne  dépassant  pas  dix-huit  heures,  il  y  aura  une  morta¬ 
lité  très  réduite  et,  comme  il  a  déjà  été  dit,  la  culture  abdominale 
est  très  rarement  positive,  Passé  dix-huit  heures,  les  conditions 
empirent  vite;  passé  vingt-quatre  heures,  deux  tiers  mourront. 


1076 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Naturellement  le  jeune  et  vigoureux  sujet  subit  mieux  la  maladie, 
l'anesthésie  et  l’opération,  et  notre  mortalité  comprend  largement 
les  sujets  âgés  et  débiles.  De  nos  59  cas  opérés,  dans  la  période 
de  dix-huit  heures,  nous  en  avons  perdu  4,  et  même  2  des  cas 
pourraient  être  éliminés. 

Premier  cas.  —  Un  sujet  âgé,  alcoolique,  très  shocké,  opéré 
seulement  après  forte  stimulation,  s’est  levé  la  nuit  suivante, 
il  boit  largement  et  meurt  subitement. 

Deuxième  cas.  —  Jeune  homme,  fait  une  bonne  convalescence, 
mais  arrive  un  empyème.  Deuxième  opération  vingt-trois  jours 
plus  tard,  meurt  de  faiblesse  trois  semaines  plus  tard.  L’autopsie 
ne  démontre  aucune  association  abdominale  avec  sa  pleurésie. 

III.  Opération. 

Avant  l'anesthésie,  ingestion  de  matière  colorante,  procédé 
qui  confirme  la  perforation  et  aide  à  sa  localisation.  L’incision, 
placée  à  droite  de  la  ligne  médiane,  tombera  de  suite  sur  le 
pylore,  voisinage  habituel  de  la  perforation.  Le  péritoine  est  saisi 
âvec  deux  pinces,  la  plaie  est  remplie  d’eau,  piqûre  du  péritoine 
entre  les  pinces  et  les  bulles  d’air  s’échappent  à  travers  l’eau.  Une 
bulle  suffit. 

Sachant  où  la  perforation  doit  se  trouver,  elle  est  vite  décou¬ 
verte.  On  la  ferme  par  le  procédé  indiqué.  Personnellement,  je 
n’ai  jamais  eu  de  difficultés  insurmontables,  d’ordinaire  un 
double  surjet  de  catgut  en  bourse  suffit.  Quelquefois  il  est  pru¬ 
dent  d’accoler  la  suture  à  une  surface  péritonéale  voisine.  Si 
jamais  je  trouvais  impossible  de  fermer  la  perforation  avec  sécu¬ 
rité,  je  ferai  une  résection  plutôt  que  de  hasarder  le  simple  drai¬ 
nage  recommandé  par  certains  auteurs. 

La  question  de  la  gastro-entérostomie.  —  Aux  États-Unis,  les 
communications  sur  les  ulcères  perforants  donnent  lieu  à  unes 
discussion  :  faire  ou  ne  pas  faire  une  gastro-entérostomie!  Je 
crois  qu'à  Paris  on  va  bien  plus  loin  et,  à  cette  Société,  on  a 
recommandé  des  procédés  plus  étendus.  Je  ne  me  range  pas  à 
cette  opinion,  car  je  crois  qu’une  étude  des  résultats  démontre 
que  le  principe  non  nocere  nous  fournit  un  grand  nombre  de 
malades  sauvés  et  guéris  de  leurs  troubles  antérieurs. 

'  Notre  statistique  indique  qu’un  certain  nombre  de  nos  malades 
doit  subir  une  seconde  opération.  De  8  malades,  5  ont  eu  une 
gastro-entérostomie,  2  la  pylorectomie,  i  suture  d’une  reperfo¬ 
ration.  L’ulcère  duodénal  juxta-pylorique  donne  le  plus  d’ennuis. 

Nous  croyons  qu’on  doit  exercer  un  bon  jugement  et  dans  les 
cas  où  des  troubles  sont  à  prévoir  on  peut  ou  on  doit  faire  la 


SÉANCE  DU  11  JUILLET 


1077 


gastro-entérostomie.  Mais  je  rejette  entièrement  la  gastro-enté¬ 
rostomie  comme  opération  de  routine,  spécialement  pour  les 
ulcères  gastriques.  Il  est  bien  mieux  de  faire  une  courte  opéra¬ 
tion,  avec  anesthésie  minima  et  laisser  à  l'avenir  ce  qui  sera 
nécessaire. 

En  suturant  l’ulcère  on  peut  souvent  éviter  une  sténose  opéra¬ 
toire  en  plaçant  les  sutures  de  façon  à  élargir  le  calibre,  principe 
Heincke-Mikulicz. 

Personnellement,  je  n’ai  fait  la  gastro-entérostomie  d’emblée 
qu’une  fois,  et  des  huit  opérations  secondaires,  tous  avaient  été 
.  opérés  la  première  fois  par  mes  assistants. 

La  gastro-entérostomie  n’est  pas  une  opération  absolument 
bénigne,  même  faite  par  les  meilleurs  chirurgiens  et  dans  les 
meilleures  conditions.  Par  exemple,  l’ulcère  gastro-jéjunal  se 
révèle  de  plus  en  plus  fréquemment. 

Il  a  été  souvent  démontré  qu’une  gastro-entérostomie  ne  donne 
pas  de  garantie  contre  la  reperforation. 

Le  drainage.  —  Un  drainage  n’est  pas  nécessaire  dans  les  cas 
précoces,  l’abdomen  est  stérile.  Pour  les  cas  négligés,  il  n’y  a  pas 
beaucoup  d’importance,  il  y  a  peu  de  drainage  libre  et  le  malade 
meurt  tout  de  même. 


IV.  Résultats  éloignés. 

L’élément  de  la  perforation  semble  être  une  phase  curative,  on 
le  voit  ailleurs  où  l’élimination  d’un  sphacèle  provoque  la  gué¬ 
rison.  La  perforation  opératoire,  l’opération  dite  de  Balfour,  est 
fondée  sur  ce  principe. 

Il  reste  donc  généralement  seulement  les  constrictions  cicatri¬ 
cielles  et  si  elles  n’entravent  pas  directement  le  pylore  elles  ne 
sont  pas  nuisibles. 

A  l’exception  des  huit  cas  cités,  les  malades  se  portent  bien, 
mieux  qu’avant,  sont  en  bonne  santé  et  sont  ravis  d’être  débar¬ 
rassés  de  leur  «  mauvais  estomac  ».  Nous  suivons  ces  malades 
avec  beaucoup  de  soin  et  nous  surveillons  leur  mode  de  vie. 

Nous  ne  nous  contentons  pas  de  les  laisser  sortir  soi-disant 
guéris;  nous  leur  donnons  une  formule  diététique  qu’ils  doivent 
suivre  longtemps  et  nous  les  menaçons  de  toutes  sortes  d’ennuis 
s’ils  ne  sont  pas  sages. 

Nous  les  faisons  revenir  régulièrement  à  la  clinique  gastrique, 
où  ils  reçoivent  les  soins  éclairés  et  dévoués  de  noire  collègue  le 
JDr  Holland,  le  meilleur  des  spécialistes. 

Je  crois  que  soigner  méticuleusement  ses  convalescents  est  le 
devoir  du  chirurgien  s’il  veut  s’assurer  de  bons  résultats. 

BULL.  ET  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CHIE.,  1P2!.  80 


1078 


SOCIÉTÉ  DE  CH1RUHGIE 


Pour  conclure,  quelques  observations  sur  ces  ulcères  gaslro- 
duodénaux. 

a)  La  femme,  seulement  5  cas,  4  gastriques,  est  peu  prédis¬ 
posée  à  la  perforation. 

b)  Pas  de  cas' de  moins  de  vingt  ans. 

c)  L’ulcère  duodénal  donne  de  plus  graves  symptômes  et  est  de 
plus  longue  durée. 

d)  La  mortalité  de  l’ulcère  gastrique  est  un  peu  supérieure. 

e)  Le  nombre  des  deux  ulcères  est  le  même  (38  chaque). 


Pancréas  accessoire.  Pylorectomie.  Métastase  cérébrale  et  mort , 

par  MM.  OUDARO,  membre  correspondant  national, 

G.  JEAN  et  SEGUY,  médecins  de  la  marine. 

La  très  intéressante  communication  de  M.  le  professeur  Gosset, 
G-  Loewy  et  ivan  Bertrand  sur  les  pancréas  accessoires  nous 
engage  à  présenter  à  la  Société  une  observation  personnelle 
récente.  Sans  doute  doit-elle  être  rapprochée  des  deux  cas  excep¬ 
tionnels  de  Pfôrringer  et  de  Braham  que  cite  M.  Gosset. 

Bien  que  nous  n’ayons  pu  en  établir  la  preuve  anatomique, 
l’histoire  de  ce  malade,  que  nous  avons  suivie  au  jour  le  jour  avec 
la  plus  minutieuse  attention,  nous  permet  de  penser  qu’il  est 
mort  d’une  métastase  cérébrale  de  la  tumeur  pylorique. 

L’extraordinaire  influence  de  la  pylorectomie  sur  l’état  général 
et  la  courbe  globulaire,  qui  se  manifesta  pendant  les  deux  pre¬ 
miers  mois  après  l’intervention,  sont  à  cet  égard  démonstratives. 

Observation.  —  M.  B...,  cinquante -deux  ans,  présente  depuis 
quelques  mois  de6  phénomènes  dyspeptiques  ;  à  plusieurs  reprises 
vomissements  survenant  tardivement,  sans  hématémèses  ;  débâcles 
diarrhéiques  fréquentes,  Entre  à  l’hôpital  maritime  Sainte-Anne,  le 
10  septembre  1922,  parce  que  ces  divers  troubles  se  sont  accentués  et 
s’accompagnent  d’une  anémie  très  prononcée. 

A  l’examen  de  l’abdomen,  on  sent  au  palper,  dans  la  région  sus- 
ombilicale,  à  droite,  une  masse  indurée  de  la  grosseur  d’une  noix,  assez 
mobile  sur  les  plans  profonds,  douloureux  à  la  pression;  signes  cliuiques 
de  stase  gastrique  ;. présence  de  sang  dans  le  liquide  de  lavage  gas¬ 
trique  à  la  réaction  de  Meyer  après  épreuve  de  Meunier.  Pas  de  sang 
dans  les  selles.  Foie  et  rate  paraissant  cliniquement  normaux. 

A  l’écran,  image  d’estomac  ptosé,  dilaté  ;  antre  un  peu  distendu  ; 
contractions  lentes,  assez  vite  épuisées.  Image  d’aspect  lacunaire  dans 
la  région  du  bulbe  duodénal  à  bords  frangés  ;  toute  la  première  portion 
est  d’ailleurs  déformée,  elle  est  située  dans  un  plan  presques  sagittal, 
et  l'angle  sous-hépatique  est  très  aigu  ;  la  traversée  duodénale  s’effectue 


SÉANCE  DU  11'  JUILLET 


1079 


cependant  sans  ralentissement  important,  et  l’estomac  est  vide  an  bout 
de  la  quatrième  heure. 

L’état  général  du  malade  est,  très  médiocre  ;  asthénie  marquée, 
vertiges.  Poids  :  51  kilogrammes.  Anémie  prononcée;  faciès  un  peu 
jaune  ;  l’examen  hématologique,  pratiqué  le  12  septembre,  nous  donne  : 


Globules  rouges .  1.900.000 

—  blancs .  19.000 

Hémoglobine .  73  p.  100 

Polynucléaires  . .  57 

Éosinophile .  0 

Mononucléaires . • . .  .  i 

Lymphocytes .  39 


Les  selles  ne  contiennent  pas  d’amibes  ;  présence  d’œufs  d’ascaris. 
Rien  à  signaler  par  ailleurs. 

Nous  portons  le  diagnostic  de  néoplasme  probable  de  la  région 


pyloro-duodénale  et  proposons  au  malade  une  intervention,  qui  est 
aussitôt  acceptée.  Traitement  préparatoire  de  l’ascaridiose. 

Le  20  septembre,  sous  anesthésie  rachidienne  et  régionale,  laparo¬ 
tomie  scypho-ombilicale.  Sur  le  versant  duodénal  du  pylore  empiétant 
largement  sur  les  faces  antérieure  et  inférieure  de  la  première  portioD, 
tumeur  du  volume  d’une  noix,  rose,  un  peu  nacrée  par  pointe,  mame¬ 
lonnée,  dure  au  palper,  fixée  au  tractus  digestif,  mobile  sur  les  plans 
profonds.  Sur  la  face  postéro-supérieure  de  Ja  première  portion, 
masse  arrondie,  dure,  grosse  comme  une  cerise,  qui  nous  parait  être 
un  ganglion. 

Le  diagnostic  .clinique  de  néoplasme  paraît  confirmé  par  ces  consta¬ 
tations  opératoires  ;  une  pylorectomie  est  décidée,  mais  l’état  général 
ne  permettant  pas  une  opération  de  longue  durée,  nous  décidons 
d’intervenir  en  deux  temps  ;  nous  pratiquons  donc  une  gastro-enté¬ 
rostomie  postérieure  trausmésocolique  au  fil,  à  anse  courte,  type 
Ricard- Chevrier.  Fermeture  de  la  paroi  en  un  plan  au  fil  de  bronze. 

Les  suites  opératoires  sont  dans  l’ensemble  peu  satisfaisantes  malgré 
la  reprise  de  l’alimentation,  on  n’assiste  pas  cependant  à  la  résurrec¬ 
tion  des  sténoses  du  pylore. 

L’état  général  s’aggrave  même  ;  anémie  plus  marquée  ;  douleurs 


SOCIÉTÉ 


CHIRURGIE 


très  vives  spontanées  dans  la  région  pylorique,  empêchant  tout  repos. 
Le  6  octobre,  le  poids  est  de  44  kilogr.  200  ;  la  formule  : 


Globules  rouges .  1.560.000 

—  blancs .  7.000 

Hémoglobiae . 60  p.  100 

Polynucléaires .  75 

Éosinophile .  1 

Mononucléaires  .- .  7 


Un  traitement  par  les  arsenicaux  et  l’hémoslyl  est  institué. 

La  pylorectomie  est  pratiquée  le  13  octobre. 

Anesthésie  rachidienne  et  régionale  combinées.  Incision  médiane 
jusqu’à  l’ombilic,  puis  transversale  à  travers  le  droit. 

Libération  de  quelques  adhérences  épiploïques,  qui  masquent  la 
région  pyloro-duodénale  ;  pas  de  modifications  de  la  tumeur  depuis  la 
première  intervention. 

La  pylorectomie  est  pratiquée,  en  allant  de  l’estomac  vers  le  duo¬ 
dénum  ;  l’estomac  est  sectionné  à  deux  travers  de  doigt  de  la  tumeur; 
on  est  obligé  de  sectionner  le  duodénum  très  loin  ;  on  enlève  en  bloc  le 
traclus  digestif  ;  la  tumeur,  facilement  séparée  du  pancréas,  et  la 
màsse  postéiieure  d’aspect  ganglionnaire  ;  fermeture  eu  deux  plans  de 
l'estomac  ;  fermeture  très  soigneuse  du  bout  duodénal  à  la  de  Martel, 
avec  solide  épiploplastie".  Réfection  de  la  gaine  du  droit  en  arrière  et 
en  avant  du  muscle,  et  fermeture  en  un  plan  au  fil  de  bronze  de 
l’incision  médiane. 

Pendant  la  nuit,  vomissements  qui  cèdent  rapidement  à  des  lavages 
de  l’estomac;  trois  jours  après  amélioration  nette,  selles  et  gaz. 

Les  douleurs  vives  dont  se  plaignait  le  malade  et  qui  ont  hâté  la 
décision  opératoire  ont  entièrement  disparu  ;  tout  vomissement  a  cessé. 
On  donne  du  képhir  et  on  recommence  une  série  d’injections  de 
cacodylate  de  soude.  L’examen  hématique  pratiqué  le  25  octobre  donne  : 


Lymphocytes .  17 

Globules  rouges .  1.700.000 

—  blancs.  .  .  i .  15.000 

Hémoglobine .  50  p.  100 

Polynucléaires . 74 

Éosinophile .  1 

Mononucléaires .  10 

Lymphocytes .  11 


Le  malade  se  lève  le  29;  l’alimeutation  légère  est  bien  supportée;  l’opéré 
accuse  une  sensation  d’euphorie  jamais  connue  depuis  plusieurs  mois. 
Le  16  novembre,  nouvel  examen  hémalologique  : 


Globules  rouges . .  2 . 300.000 

—  blancs  .  15.000 

Hémoglobine . 70  p.  100 

Polynucléaires .  78 

Éosinophile .  1 

Mononucléaires .  17 

Lymphocytes  .  " .  4 


SÉANCE  DU  11  JUILLET 


Quelques  jours  de  diarrhée,  jugulée  par  le  sous-nitrate  de  bismuth. 

Le  poids  a  augmenté  de  1  kilogr.  900. 

Lé  5  décembre,  examen  hématologique  : 

L’état  général,  en  même  temps  que  l’anémie,  s’améliore  nettement; 
les  troubles  digestifs  ont  cessé;  selles  pâteuses  ou  moulées;  gain  de 
poids  de  I  kilogr.  300. 

Le  2  janvier,  examen  radioscopique,  qui  montre  un  fonctionnement 
normal  de  la  bouche  gastro-jéjunale. 

Cette  amélioration  autorisait  tous  les  espoirs  et  la  sortie  de  l’hôpital 
était  envisagée  à  bref  délai  avec  reprise  du  service  dans  un  avenir 
peu  éloigné,  mais  l’asthénie  reparaît  très  prononcée  sans  signes 
cliniques  d’insuffisance  surrénale  ;  au  Pachon  :  Mx  =  10,  Mm  =6. 

Le  8  janvier,  la  formule  donne  : 


Globules  rouges .  3.900.000 

—  blancs  .  12.000 

Hémoglobine .  80  p.  100 

Polynucléaires .  74 

Éosinophile .  1 

Mononucléaires . .  .  15 

Lymphocytes . 10 


Le  16  janvier,  le  malade  attire  l’attention  sur  une  diminution  du  champ 
visuel  à  gauche.  A  l’ophtalmoscope,  on  constate  de  l’œdèrae  des  deux 
papilles  ;  papillite  par  stase  sans  hémorragie  ;  des  deux  côtés  parésie 
de  l’accommodation  et  diminution  à  gauche  du  réflexe  lumineux  de  la 
pupille  (examen  pratiqué  par  le  Dr  Viguier,  chef  du  service  ophtalmo¬ 
logique). 

L’amblyopie  évolue  rapidement,  devient  bilatérale;  on  a  nettement 
l’impression  de  papillites  consécutives  à  une  lésion  cérébrale.  Il  y  a 
un  peu  de  torpeur,  mais-pas  de  céphalée;  des  vomissements,  malgré 
le  fonctionnement  très  satisfaisant  de  là  bouche,  des  vertiges  ne  per¬ 
mettant  pas  au  malade  de  s’asseoir.  Un  examen  du  liquide  céphalo¬ 
rachidien  a  été  pratiqué  (1  leucocyte  par  millimètre  cube;  albu¬ 
mine,  0,10;  glucose,  0,45). 

L’anémie  progresse  toujours  (1.200.000  globules  rouges  le  23  janvier) 
malgré  tous  les  traitements  employés  ainsi  que  l’asthénie. 

Le  27  janvier,  le  mala  le,  sur  sa  demande,  est  ramené  par  sa  famille 
à  son  domicile;  nous  apprenons  sa  mort  le  2  février;  l’autopsie  n’a  pas 
été  pratiquée. 

Examen  anatomo-pathologique  (1).  —  Fixation  des  pièces  au  sublimé 
acétique.  —  1°  Prélèvement  de  la  paroi  intestinale;  2°  pièce  d’aspect 
ganglionnaire,  inclusion  à  la  paraffine,  coloration  topographique 
générale  à  l’hématéine-éosine. 

Pièce  1.  —  L’examen  au  faible  grossissement  suffit  pour  localiser  la 

(1)  Examen  pratiqué  par  M.  Séguy.  Ces  coupes  ont  été  examinées  égale¬ 
ment  par  M.  Leroux,  préparateur  à  la  Faculté  de  Médecine  de  Paris,  nous  le 
remercions  ici  très  vivement. 


1082 


SOCIÉTÉ  DE  CHlRimUIE 


région  intestinale.  La  présence  d'ans  la  sous-muquease  de  groupes 
externes  de  glandes  de  Brunner  est  un  indice  formel  du  duodénum. 

L’œil  est  tout  de  suite  frappé  par  une  anomalie  de  structure  siégeant 
dans  la  sous-muqueuse  et  au  milieu  de  la  tunique  musculaire!  Des 
formations  glandulaires  rappelant  des  acini  séreux  à  cellules  fortement 
colorées  occupent  anormalement  ces  régions  :  c’est  une  véritable 
hétérotopie. 

A  ce  grossissement  faible  un  examen  topographique  rapide  nous 
permet  de  reconnaître  que  : 

L’épithélium  intestinal  et  glandulaire  sont  bien  limités. 

Le  chorion  est  régulièrement  séparé  de  la  sous-muqueuse  par  la 
muscularis  mucosæ.  Sous  cette  bandelette,  quelques  groupes  de  gfand'es 
de  Brunner,  enfin  dans  la  sous-muqueuse  et  dans  la  tunique  muscu¬ 
laire  l’hétérotopie  glandulaire  signalée. 

A  l'objectif  7.  —  L’étude  analytique  de  la  coupe  montre  : 

L’épithélium  intestinal  unistratifié  non  proliférant  bien  limité  par  la 
basale,  donc  non  pénétrant.  Les  cellules  à  plateau  le  caractérisant  sont 
normales.  Les  noyaux  ovoïdes. 

Les  glandes  deLieberkuhn  nettement  limitées,  leurs  cellules  unislra- 
tifiées. 

Infiltration  leucocytaire  normale  du  chorion. 

La  muscularis  mucosæ  est  parfaitement  tracée  non  effondrée  établis¬ 
sant  une  frontière  respectée  entre  le  chorion  et  la  sous  muqueuse. 

Dans  cette  sous-muqueuse  et  appliqués  contre  fa  muscularis  mucosæ, 
sont  des  groupes  d’acini  intramusculaires,  des  glandes  de  Brunner 
parfaitement  reconnaissables  à  leurs  cellules  polyédriques  du  type 
muqueux  à  noyaux  ovoïde  et  basal. 

Jusqu’ici  tout  est  normal. 

En  s’éloignant  de  fa  muqueuse,  nous  trouvons  déjà  dans  Ta  sous- 
muqueuse  les  premières  formations  glandulaires  hétérotopiques,  nous 
les  revoyons  dans  la  couche  circulaire  dissociant  les  faisceaux  muscu¬ 
laires  et  de  ce  fait  rappelant  l”aspect  d’une  glande  séreuse  parcourue 
par  des  bandes  de  sclérose. 

Les  acini  sont  parfaitement  distincts,  de  fines  travées’  conjonctives 
les  réunissant  en  lobules. 

Les  cellules  régulièrement  ordonnées  par  rapport  à  une  lumière  cen- 
Irale  sont  pyramidales  à  sommets  tronqués,  le  noyau  est  médian. 

La  portion  rnfranucléaire  est  dense,  très  basophile,  la  zone  apicale 
plus  claire  montre  un  semis  de  granulations. 

Çà  et  là  entourés  par  du  tissu  conjonctif  se  trouvent  des  canaux 
à  épithélium  prismatique,  les  uns  à  lumière  libre,  les  autres  contenant 
une1  matière  amorphe  colloïde  nettement  acidophile. 

De  petits  îlots  circulaires,  mais  peu  nombreux,  nous  permettent  une 
spécification  certaine  de  la  glande. 

Ces  formations  d’aspect  plasmodial  multinucléées,  cordons  contournés 
anastomosés,  semble-t-il,  à  réaction  tinctoriale  différente  des.  aeini 
décrits,  limitant  dans  leurs  mailles  ou  entourant  des  capillaires,  sont 
en  tout  identifiables  aux  îlots  de  Langerhans. 


SÉANCE  DU  11  JÜILLET 


1083 


Nous  notons  cependant  deux  détails.  Leur  nombre  n’est  pas  pro¬ 
portionnel  à  la  surface  de  la  glande  (  1  par  millimètre  carré  normale¬ 
ment). 

Les  noyaux  paraissent  plus  riches  en  chromatine. 

Tous  ces  détails  nous  permettent  d’identifier  cette  glande  hétéro¬ 
topique  comme  étant  un  pancréas  total  (présence  de  la  glande  endo¬ 
crine  et  de  la  glande  exocrine). 

De  plus  logiquement  on  est  autorisé  à  conclure  que  c'est  un  pancréas 
accessoire,  une  vraie  glande  sécrétante  (morphologie  normale  des 
cellules  acineuses,  basophilie  de  la  région  infranucléaire  due  au  chon- 
driome,  semis  de  granules  plus  ou  moins  volumineux  dans  la  zone 
apicale,  à  rapprocher  des  grains  de  sécrétion).  Ce  qui  renforce  encore 
cette  opinion,  c’est  la  présence  de  canaux  excréteurs.  Pourquoi  des 
canaux  s’ils  n’ont  pas  de  fonctions,  et  comment  interpréter  la  sub¬ 
stance  coagulée  trouvée  dans  la  lumière  de  quelques-uns,  si  on  n’en 
fait  pas  un  liquide  de  sécrétion? 

Quant  à  la  glande  endocrine,  sa  fonction  peut  être  soutenue  du  fait 
de  la  présence  des  îlots  de  Langerhans  centrés  par  des  capillaires. 
Policard  a  signalé  comme  fréquente  fa  présence  dans  la  muqueuse 
duodénale  de  quelques  acini  du  type  séreux  pancréatique  disséminés 
çà  et  là.  Çe  n’est  évidemment  pas  notre  cas. 

Pièce  2‘.  — -  D’aspect  ganglionnaire,  n'est  autre,  à  la  coupe,  qu’un 
petit  pancréas  dont  la  description,  question  de  topographie  intestinale 
mise  à  part,  est  en  tout  superposable  à  la  précédente. 

Tout  anatomo-pathologiste  non  prévenu  en  ferait  un  pancréas 
normal,  réserve  faite  pour  le  petit  nombre  des  îlots  de  Langerhans.. 

De  l’examen  de  ces  coupes,  rien  au  point  de  vue  anatomo-patholû- 
gique  ne  permet  de  porter  un  autre  diagnostic  que  celui  de  pancréas 
accessoire. 

Ni  du  côté'  épithélial  ou  glandulaire,  ni  du  côté'  acini  pancréatiques, 
on  ne  peut  relever  un  caractère  de  malignité. 

Pas  de  différenciation  cellulaire,  pas  de  monstruosité  nuctéaire, 
absence  de  mitose,  pas  de  pénétration,  mais  simple  dissociation  de  fa 
sous-muqueuse  et  de  la  couche  musculaire  profonde  par  cette  glande 
hétérotopique. 

En  somme,  voici  un  tableau  clinique  impressionnant  :  troubles 
dyspeptiques  anciens,  inappétence,  vomissements  quotidiens, 
amaigrissement  et  anémie  considérables  (poids  SI  kilogrammes, 
globules  rouges  1.900.000,  teint  blafard  presque  jaune  paille), 
image  frangée  d’aspect  un  peu  lacunaire  au  niveau  du  pylore  cor¬ 
respondant  à  une  zone  très  douloureuse  à  la  pression.  Réaction  de 
Meyer  positive  dans  le  liquide  gastrique  (1). 

La  laparotomie  montre  une  tumeur  très  suspecte  de  la  région 
pylorique:  on  décide,  en  raison  du  mauvais  état  général,  d’opérer 
en  deux  lemps. 

(1)  Gade  et  Barbier.  Société  médicale  des  Hôpitaux  ttelyon,  1er  mai  1923. 


1081 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Or,  ceci  est  frappant  :  les  suites  de  la  gastro-entérostomie  sont 
défavorables  :  l’état  général  ne  cesse  de  s’aggraver,  malgré  la 
reprise  de  l’alimentation  :  le  nombre  des  globules  rouges  s’abaisse 
à  1.560.000. 

Le  quinzième  jour  après  l’intervention,  le  pouls  est  passé 
de  51  kilogrammes  à  44  kilogr.  2. 

Douleurs  spontanées  très  vives  dans  la  région  stomacale  surve¬ 
nant  par  crises,  empêchant  tout  repos.  Le  malade  réclame  lui- 
même  une  nouvelle  intervention  :  aussi  nous  hâtons-nous  de 
pratiquer  le  second  temps. 

Pylorectomie  trois  semaines  après  le  premier  temps. 

Autant  les  suites  de  la  gastro-entérostomie  avaient  été  inquié¬ 
tantes,  autant  celles  de  la  pylorectomie  sont  favorables. 

Tousles  malaises,  toutes  les  douleurs  ont  disparu  le  troisième  jour. 
Le  malade  se  lève  le  quinzième,  s’alimentant  alors  largement.  Le 
trente-troisième  jour,  le  taux  des  globules  rouges  s’est  élevé 
à  2.300.000  (hémoglobine  70  p.  100)  :  le  cinquantième  à  3.900.000 
(hémoglobine  80  p.  100).  Le  poids  qui  était  tombé  après  l’opéra¬ 
tion  à  41  kilogrammes  est  de  43  kilogr.  3. 

Mais  à  partir  de  ce  moment,  déclin  progressif  :  pourtant  le  fonc¬ 
tionnement  stomacal  est  excellent  (constatation  radioscopique). 

L’inappétence,  l'asthénie,  la  teinte  jaune  paille  reparaissent  et 
s’accentuent,  les  muqueuses  se  décolorent. 

En  raison  du  diagnostic  anatomo-pathologique,  nous  multi¬ 
plions  les  recherches,  pour  découvrir  la  cause  de  ce  fléchissement 
inquiétant,  sans  résultat. 

Deux  mois  après  l’intervention,  le  malade  commence  à  se 
plaindre  de  troubles  visuels.  Nous  ne  lardons  pas  à  constater  une 
papillile  double  symptomatique  d’une  lésion  cérébrale,  qui  aboutit 
presque  à  la  cécité,  s’accompagnant  de  vertiges,  de  régurgitations, 
mais  sans  céphalalgie. 

La  malade  s’éteint  à  son  domicile,  trois  mois  et  demi  après  la 
pylorectomie.  Pas  d’autopsie  possible. 

Toutes  choses  se  sont  passées  comme  s’il  s’était  agi  d’une  méta¬ 
stase  cérébrale  d’une  tumeur  maligne  de  l’estomac  et  on  évoque 
les  métastases  thyroïdiennes  du  goitre  dit  bénin,  que  Bérard  et 
Dunet  signalaient  il  y  a  peu  de  temps  pour  en  détruire  la  légende 
[Revue  de  Chirurgie,  1921). 

Comment  expliquer  l’amélioration  immédiate  et  considérable  de 
l'état  général  après  la  pylorectomie  (qui  a  fait  escompter  avec  une 
quasi-certitude  la  guérison),  si  l’on  n’admet  pas  sa  relation  avec' 
la  suppression  des  deux  tumeurs  ? 

Puis  une  métastase  de  ces  tumeurs  évolue  dans  le  cerveau,  ses 
premiers  signes  apparaissent  au  bout  de  deux  mois,  pour  aboutir  • 


SÉANCE  DU  11  JUILLET 


1083 


rapidement  à  un  état  d'anémie  et  de  cachexie  cancéreuses  typiques. 

Mais  les  constatations  anatomo-pathologiques  sont  en  contradic¬ 
tion  avec  cette  explication  ;  si  soigneux  qu’aitété  l’examen,  il  a  été 
impossible  de  trouver  en  aucun  point  des  coupes  le  moindre 
caractère  de  malignité. 

Donc,  ou  bien  il  y  avait  une  affection  intercurrente,  qu’il  nous 
a  été  impossible  de  dépister  et  qui  a  entraîné  la  mort  (hypothèse 
en  contradiction  avec  la  clinique),  ou  bien  certains  points  des 
tumeurs  (qui  n’ont  pas  été  complètement  débitées  en  séries) 
avaient  subi  la  dégénérescence  maligne  et  n’ont  pas  été  vus. 

Notre  cas  se  rangerait  alors  dans  la  catégorie  des  transforma¬ 
tions  malignes  des  pancréas  accessoires  signalées  par  M.  Gosset. 

C’est  celte  dernière  hypothèse  que  nous  retenons. 

Notre  observation  pourrait  être  rapprochée  de  deux  cas  récem¬ 
ment  communiqués  dans  une  Société  savante  de  tumeurs  gas¬ 
triques  répondant  macroscopiquement  et  microscopiquement  au 
type  d’adénome  glandulaire  bénin  et  qui  ont  été  suivis  de  généra¬ 
lisations  ganglionnaires  et  hépatiques  (1). 


Tumeur  cérébrale.  Accidents  brusques  à  la  suite 
d'une  ponction  lombaire.  Guérison  par  mise  en  position 
de  Trendelenburg.  Guérison  des  troubles  dus  à  la  tumeur 
par  la  radiothérapie  profonde , 

par  MM.  CHATELIN  et  T.  DE  MARTEL. 

Obssrvation.  — MmeX...,  tren’e-six  ans,femmed’un  médecin  colonial, 
père  et  mère  vivants,  quatre  frères  et  sœurs  en  parfaite  santé;  a  eu 
elle-même  trois  enfants  sains  et  vigoureux  ;  pas  de  fausse  couche. 

D’une  santé  remarquablement  bonne,  Mm<!  X...  n’a  fait  aucune  mala¬ 
die  grave  en  dehors  d’une  grippe  contractée  en  1918,  pendant  son 
dernier  séjour  colonial;  cette  atteinte  de  moyenne  intensité,  survenue 
au  cours  d’une  épidémie  paiticulièrement  meut  trière,  fut  caractérisée 
par  l’insidiosité  de  sa  marche,  par  la  lenteur  de  la  convalescence  et 
la  persistance,  pendant  plus  d’un  an,  d’un  état  subfébrile  avec  fatigue 
générale  et  troubles  gastriques. 

Rentrée  en  France,  M“«  X...  fait,  à  Vichy,  une  cure  pa'faitement 
supportée,  mais,  quelques  semaines  après  son  retour  chez  elle,  en  sep¬ 
tembre  1921,  elle  se  plaint  d’une  céphalée  presque  continue  avec  paroxysmes 
violents  qui  ne  tarde  pas  à  s'accompagner  de  vomissements.  La  persistance 
de  cet  état,  qu’une  modification  symptomatique  ne  réussit  pas  à  modi- 

(1)  Nous  avons  abandonné  la  réaction  de  Meyer  trop  sensible  et  employons 
maintenant  la  réaction  au  gaïac  et  la  réaction  au  pyramidon. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


fier,  détermine  le  mari  à  prendre  l’avis  d'un  maître  bordelais,  spécia¬ 
liste  des  maladies  nerveuses.  Celui-ci  estime  qu'il  s'agit  à:  la  fois  d'une 
réaction  consécutive  à  la  cure  thermale  et  d'une  fatigue  nerveuse  due  à  de 
longs  séjours  aux  colonies  ;  il  conseille  de  ne  pas  trop  «  écouter  la  malade  et 
de  la  distraire  ».  Sur  ces  entrefaites,  Mra»  X...  suit  son  mari  à  l’armée 
du  Rhin,  et  le  voyage,  le  changement,  paraissent  en  effet  modifier 
favorablement  son  état;  mais  ce  répit  n’est  que  de  courte  durée;  la 
céphalée  reparaît,  tenace  et  violente ;  les  vomissements  qui  jusqu'alors 
Raccompagnaient  d'efforts,  prennent  nettement  le  caractère  cérébral;  la 
malade  est  continuellement  somnolente,  elle  s'aperçoit  que  sa  vision  diminue 
sensiblement  et  a  quelques  obnubilations.  Un  premier  examen  du  fond  de 
lœil  estpratiqué  à  Mayence  (janvier  1922);  le  spécialiste  déclare  que  les 
deux  rétines  sont  normales;  il  constate  seulement  une  forte  hypermétropie 
et  prescrit  des  verres.  La  situation  ne  faisant  que  s’aggraver,  un  autre 
spécialiste  (allemand)  est  consulté  un  mois  plus  tard..  H  découvre  me 
«  papillite  »  bilatérale,  plus  accentuée  à  gauche  qu’à  droite  et  porte  un 
sombre  pronostic.  Départ  pour  Paris  (mars  1922),  où  le  diagnostic  du 
confrère  allemand  est  précisé  :  stase  papillaire  de  moyenne  intensité 
à  gauche,  début  à  droite.  L’examen  des  sinus,  pratiqué  à  cette  époque, 
ne  montre  rien  d’anormal.  Après  consultation  d’un  maître  parisien, 
une  ponction  lombaire  révèle  que  la  pression  céphalo-rachidienne  est  de  53  à 
l’appareil  de  Claude,  après  émission  de  9  cent,  cubes  nécessaires  pour 
l’analyse  qui  donne  les  résultats  suivants  :  albumine,  0,20;  sucre, 
normal;  cellules,  2  par  millimètre  cube  sur  lame;  sang,  quelques  glo¬ 
bules;,  quelques  lymphocytes;  réaction  du  sublimé,  négative  ;  réaction 
de  Bordet-  Wassermann,  négative. 

L’examen  du  sang,  pratiqué  antérieurement,  avait  également  donné 
un  Bordet- Wassermann  négatif.  Néanmoins,  et  malgré  l’absence  de 
tout  commémoratif  permettant  de  mettre  la  syphilis  en  cause,  le  trai¬ 
tement  spécifique  est  prescrit.  Il  est  entrepris  aussitôt  en  Rhénanie  où 
X...  est  retournée.  Mais  la  vision  diminue  si  rapidement,  la  cépha¬ 
lée  et  les  vomissements  ont  pris  une  telle  importance  que  la  malade 
est  ramenée  à  Parisavant  que  le  traitement  soit  terminé.  A  ce  moment, 
17  avril,  elle  présente  les  signes  suivants  :  céphalée  continue,  avec 
paroxysmes  nocturnes,  d’une  extrême  violence  et  plus  accentuée  à 
gauche  qu'à  droite.  Vomissements  en  fusée,  très  fréquents.  Nombreuses 
obnubilations.  Somnolence  continuelle,  indifférence  complète.  Trem¬ 
blements  du  membre  supérieur  droit  à  l’occasion  des  mouvements 
volontaires.  Ni  vertiges,  ni  titubation.  Réflexes  normaux;  dans  la  posi¬ 
tion  debout,  les  yeux  fermés,  pas  de  Romberg;  aucun  phénomène 
jacksonien;  l’automatisme  d'ensemble  est  normal,  ainsi  que  la  mimique 
faciale;  toutefois,  on  note  un  léger  abaissement  de  la  commissure 
labiale  droite  qui  laisse  parfois  refluer  les  liquides  lorsque  la  malade 
boit.  Hoquet  rebelle.  Salivation  très  abondante.  Anosmie  bilatérale  et 
diminution  notable  dans  la  perception  des  saveurs.  L’acuité  visuelle 
est  de  3/10  à  droite  et  presque  nulle  à  gauche  (perception  lumineuse). 

Une  crdniectomie  décompressive  s’impose;  elle  est  faite  le  22  avril  et 
consiste  en  un  large  volet  pariétal  à  gauche.  Ce  côté  est  choisi  en  raison 


SÉANCK  DU  U  JUÏLEM 


1087 


de  fa  focalisation  de  plus  en  plus  nette-  de  la  douleur  el  de- l'a  prédo¬ 
minance  de  la  stase  papillaire  k  gauche. 

Les  suites  qpératoires  sont  heureuses  et  l’état  de  la  malade  est  aussi 
satisfaisant  que  possible,  lorsque,  le  tev  mai,  à  la  suite  d’une  ponction 
lombaire  qui  dénonce  une  pression  de-  70  au  Claude,  la  situation  s'aggrave 
brusquement  ;  des  signes  bulbaires  apparaissent,  la  température  dépasse 40°, 
k  pouls  est  à  125,  et  Mmo  X...  tombe  clans  le  coma.  Il  s'agit  vraisemblablement 
de  phénomènes  compressifs  dits  au  coincement  des  amygdales  cérébelleuses 
dans  le  trou  occipital  par  aspiration  du  bulbe.  Le  dégager  par  une  trépa¬ 
nation  occipitale  apparaît  comme  une  chose  impraticable  devant  l’immi¬ 
nence  de  l’issue  fatale.  A  ce  moment,  c’est-à-dire  tout  à  fait  in  extremis , 
la  malade  est  placée  sur  une  table  d’opération,  en  position  renversée, 
la  tête  aussi  basse  que  possible;  au  bout  de  quelques  minutes,  elle 
reprend  conscience  de  ce  qui  l’environne,  ouvre  les  yeux  et  peut  même 
répondre  aux  questions  qui  loi  sont  posées.  Les  jours  suivants,  et  pen¬ 
dant  plusieurs  semaines,  elle  est  maintenue  en  position  déclive,  mais  elle 
reste  somnolente,  incontinente,  peut  à  peine  balbutier  quelques  paroles 
difficilement  intelligibles  et  parait  vouée  à  une  déchéance,  progressive  et 
irrémédiable.  La  déglutition  est  impossible,  l’alimentation  ne  peut  se 
faire  qu’à  la  sonde.  Toutefois,  l’intelligence  reste  intacte  et  la  mémoire 
conservée;  seul,  le  sens  affectif  est  totalement  aboli  :  Mmc  X...,  mère 
accomplie,  ne  parle  jamais  de  ses  enfants,  restés  en  Rhénanie.  On 
décide,  malgré  tout,  de  tenter  une  application  intensive  et  profonde  de 
rayons  X.  Une  première  séance  a  lieu  le  5  juin.  En  même  temps,  on  fait 
une  radiographie  du  crâne.  L'épreuve  stéréoscopique  montre  au-dessus  du 
rocher  gauche  me  tache  aux  contours  bien  limités.  Au  bout  de  cinq  jours, 
l'état  de  JUme  X...  s’est  extraordinairement  amélioré;  plus  éveillée,  elle 
peut  s’asseoir  sur  son  lit;  la  déglutition  devient  possible;  l’inconti¬ 
nence  prend  lin;  la  parole  est  plus  aisée.  Dès  lors,  les  progrès,  s’accen¬ 
tuent  rapidement.  D’antres  séanees  de  radiothérapie  ont  lieu  le  13  et 
le  16  juin.  Enfin,  Mme  X...  peut  se  lever  et  quitter  la  maison  de  santé  à 
la  fin  de  juin.  En  juillet  et  en  août,  nouvelles  séances  de  radiothérapie  ; 
à  ce  moment,  une  deuxième  radiographie  montre  que  la  tache  révélée 
parla  précédente  épreuve  a  disparu  ;  à  sa  place;  à  peine  peut- on  distin¬ 
guer  quelques  petites  ombres  éparses.  Deux  autres  séances  de  radiothé¬ 
rapie  ont  eu  Tieu  en  octobre  1922  et  en  janvier  I9E3. 

.  État  aetuel  :  disparition  à  peu  près  complète  de  tous  fes  signes  notés  plus- 
haut.  Seule,  me  légère  céphalée  superficielle  eh. intermittente  se  manifeste 
de  temps  en  temps  au  niveau  des  cicatrices  opératoires;  la  perception  des 
odeurs  reste  très  émoussée  ;  Mme  X...  a  recouvré,  avec  ua  excellent  état 
général,  son  entrain  et  sa  gaité  habituelle.  Sa  vision  est  encore  pré¬ 
caire  ;  mais  elle  s’améliore  d’une  façon  nette  et  progressive  au  point 
que  l'acuité  visuelle  est  devenue  51  / 10  à  droite  et  que  L’œil  gauche,  qui 
percevait  à  peine  la  sensation  lumineuse,  commence  à  distinguer  lès 
contours  des  objets.  Mme  X...  peut  tire,  écrire,  se  livrer  à  de  menues 
occupations  et  sortir  seule. 

Deux  séries  de  séances  d’ionisation  du  fond  de  Fœrl  ont  été  prati¬ 
quées  concurremment  avec  des  instillations  de  strychnine,  de  dionine 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


et  de  pilocarpine.  Enfin,  pour  combattre  une  tendance  à  l’adipose,  et 
particulièrement  un  épaississement  assez  marqué  de  la  face,  l’emploi 
de  thyroïde  se  poursuit  avec  succès. 

Cette  observation  nous  a  paru  remarquable  : 

1°  Par  les  accidents  bulbaires  dus  vraisemblablement  à  l’enga¬ 
gement  du  cervelet  dans  le  trou  occipital,  accidents  qui  ont  été 
conjurés  par  la  mise  prolongée  en  position  déclive  proposée  par 
mon  ami  le  Dr.Chatelin.  C’est,  à  ma  connaissance,  la  première  fois 
qu’on  use  de  cette  thérapeutique. 

2°  L’existence  d’une  tumeur  intracrânienne  visible  par  la  radio¬ 
graphie  stéréoscopique. 

3°  La  disparition  de  celle  tumeur  et  des  troubles  qu’elle  pro¬ 
voquait  par  la  radiothérapie  profonde. 

■4°  Par  l’amélioration  de  l’acuité  visuelle  après  le  traitement. 
En  général,  il  y  a  arrêt  de  la  baisse  de  l’acuité,  mais  peu  ou  pas 
d’amélioration. 

M.  Proust.  —  Dans  sa  très  intéressante  communication,  mon 
ami  de  Martel  cite  comme  une  rareté  la  disparition  d’une  tumeur 
cérébrale  sous  l’action  de  la  radiothérapie,  et  la  rétrocession  des 
troubles  visuels.  Ce  n’est  pas  une  rareté;  beaucoup  de  tumeurs 
cérébrales,  à  l’exception  de  celles  de  l’espèce  ponto-cérébelleuse, 
sont  très  radiosensibles  et  leur  disparition  sous  l’action  des 
rayons  X  et  la  rétrocession  des  troubles  visuels  sont  fréquentes. 

M.  Robineau.  —  Le  fait  signalé  par  M.  de  Martel  est  extrême¬ 
ment  intéressant;  je  pense  que,  s’il  a  pu  sauver  sa  malade,  c’est 
parce  qu’il  l’avait  antérieurement  trépanée  et  décomprimée  par 
en  haut;  l’engagement  des  amygdales  cérébelleuses  dans  le  trou 
occipital  a  sans  doute  été  partiel. 

Pareil  accident  est  bien  connu  après  ponction  lombaire  au 
cours  des  hypertensions  crâniennes.  J’en  ai  vu  deux  exemples 
chez  des  malades  que  j’allais  trépaner,  l’un  pour  méningite  sup- 
purée  après  fracture,  l’autre  pour  tumeur.  L’enclavement  céré¬ 
belleux  s’est  traduit  par  l’arrêt  définitif  de  la  respiration,  le 
cœur  continuant  à  fonctionner  régulièrement;  un  fait  analogue 
a  été  exposé  autrefois  ici  par  M.  Delbet.  La  respiration  artificielle 
a  entretenu  la  vie,  en  apparence,  pendant  cinq  heures,  mais  je 
n’ai  pas  jugé  utile  de  continuer  plus  longtemps.  Ces  deux  malades 
ont  été  mis  en  position  de  Trendelenburg  dès  le  début  des  acci¬ 
dents;  je  les  ai  trépanés  comme  j’ai  pu,  pour  décomprimer,  mais 
rien  n’a  pu  désenclaver  le  cgrvelet,  ainsi  que  l’a  démontré 
l’autopsie 


SÉANCE  DL  11  JUILLET 


Il  ne  faut  donc  peut-être  pas  trop  compter  sur  la  position  déclive 
pour  faire  disparaître  les  accidents  de  ce  genre,  au  moins  dans 
les  cas  très  aigus,  et  avant  la  trépanation. 


Quelle  est  l'incision  de  choix  pour  pratiquer  la  suture  antérieure 
des  releveursl 

par  M.  SAVARIAUD. 

Bien  que  la  cure  opératoire  de  la  cystocèle  passe  à  bon  droit  pour 
difficile,  —  à  telle  enseigne  qu’on  lui  oppose  un  peu  partout  à 
l’étranger  la  compliquée  opération  de  Schauta, —  on  a  rarement 
recours  dans  son  pays  d’origine  à  l’ingénieuse  opération  de  Delan- 
glade  :  je  veux  dire,  à  la  suture  antérieure  des  muscles  releveurs. 

La  raison  en  est  certainement  dans  la  difficulté  qu’on  éprouve  à 
trouver  d’abord,  à  rapprocher  ensuite  sans  les  rompre,  ces  mus¬ 
cles  qui  sont  normalement  écartés  de  plusieurs  centimètresà  l’état 
normal  et  plus  encore  à  l’état  pathologique. 

Ayant  pratiqué  ces  jours  derniers,  avec  la  plus  grande  facilité,  la 
suture  sous-vésicale  des  releveurs,  je  suis  amené  à  penser  que  la 
forme  et  les  dimensions  de  mes  incisions-devaient  y  être  pour  quel¬ 
que  chose,  car  c’était  la  première  fois  que  j’employais  cette  inci¬ 
sion  et  la  première  fois  aussi  que  je  jouissais  d’une  facilité  pareille. 
Les  deux  muscles  releveurs,  qui,  cependant,  d’après  l’examen  cli¬ 
nique,  nous  avaient  paru  peu  développés  (hypothétiques,  dit 
l’observation),  se  sont  révélés  magnifiques,  faciles  à  isoler  et 
faciles  à  rapprocher  l’un  de  l’autre,  à  tel  point  que  depuis  le  méat 
jusqu’au  col  utérin  j’ai  pu  constituer  à  l’urètre  et  à  la  vessie  un 
solide  plancher  musculaire. 

L’incision  dont  je  me  suis  servie  est  celle  que  Schaw  (1)  préco¬ 
nise  pour  l’opération  de  Schauta.  Elle  a  la  forme  d’un  T  renversé 
avec  branche  longitudinale  allant  du  méat  urinaire  au  cul-de-sac 
antérieur  et  branche  transversale  de  5  à  6  centimètres  en  avant 
du  col.  J’ai  suturé  les  deux  muscles  l’un  à  l’autre  par  six  catguts 
et  trois  crins  de  Florence. 

(1)  Schaw.  Résultats  de  «  l'interposition  »  dans  le  prolapsus  utérin.  Surg. 
Gyn.  a.  06s.,  Chicago,  3  mars  1922. 


1090 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Présentations  de  malades. 

Remplacement  de  la  presque  totalité  du  radius 
-  par  une  greffe  mixte. 

Examen  histologique  au  bout  de  six  mois. 

Guérison  de  la  pseudarthrose , 

par  M.  P.  HALLOPEAU. 

L’enfanL-âgé  de  dix  ans  aujourd’hui,  que  je  vais  vous  présenter 
dans  ui/instant,  a  fait  en  août  1021  une  ostéomyélite  du  radius 
droiLpour  laquelle  il  resta  à  Trousseau  pendant  trois  mois.  Vers 
la  tin  du  second  mois  la  presque  totalité  du  radius,  sous  forme 
d’un  long  séquestre,  s’était  éliminée.  En  juin  1922,  la  persistance 
/  d’une  petite  fistule  nécessite  un  grattage.  La  cicatrisation  est 
totale  en  octobre  et  l’enfant  est  de  nouveau  admis  à  l’bôpilal.  Il 
existe  une  cicatrice  rétractile  sur  Je  bord  externe  de  l’avant-bras. 
La  main  est  déviée  très  fortement  vers  ce  bord,  faisant  avec 
l’avant-bras  un  angle  de  50°.  La  tête  eubitâle  fait  une  forte  saillie 
sous  la  peau.  La  main  possède  la  plupart  de  ses  mouvements,  mais 
très  faibles  et  très  limités  ;  il  n’y  a  aucun  mouvement  de  supina¬ 
tion  ;  l’opposition  du  pouce  se  fait  très  mal  et  très  incomplète¬ 
ment. 

La  radiographie,  au  lûoctobre  (flg.  1),  montre  que  le  radius  ne 
s’est  pas  reconstitué  et  qu’il  existe  une  perte  de  substance  allant 
de  la  tubérosité  bicipitale  à  l’extrémité  inférieure  de  l’os  ;  celle-ci 
est  très  réduite  et  le  fragment  qui  la  représente  n’a  guère  que 
1  centimètre  de  haut;  le  cubitus  le  dépasse  de  près  de  2  centi¬ 
mètres. 

Le  19  octobre,  je  prélève  sur  le  péroné  un  fragment  dépériosté 
de  plus  de  10  centimètres  et  sur  le  tibia  un  long  copeau  ostéo- 
périostique.  Celui-ci  est  appliqué  au  fond  de  la  plaie  faite  sur  le 
bord  externe  de  l’avant-bras,  dans  le  lit  de  l’ancien  os  ;  puis  le 
péroné,  taillé  en  biseau  à  ses  deux  extrémités,  est  implanté  dans 
l’extrémité  inférieure  du  radius.  Vers  le  haut  on  ne  peut  que 
l’accoler,  au  fragment  supérieur  très  effilé  et  réduit.  Immobilisa¬ 
tion  dans  un  appareil  plâtré.  Réunion  sans  incidents. 

L’enfant,  revu  le  19  mars,  est  radiographié  à  nouveau.  Les  deux 
transplantations  ont  réussi  également.  Le  péroné  paraît  soudé  à 
ses  deux  extrémités  ;  le  copeau  tibial  a  constitué  une  bonne  lame 
osseuse. 

La  main  est  sensiblement  redressée.  Les  mouvements  se  font 


SÉANCE  DU  11  JUILLET 


r  lui 


bien  pins  facilement,  quoique  restant  limités,  surtout  pour  la  sup 
nation.  Gela  est  évidemment  dû  à  l’absence  du  court  supinalei 


s’insérant  sur  le  nouvel  os  ;  peut-être  aussi  à  ce  que  celui- 
remonte  trop  haut. 


1092 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Aussi,  le  29  mars,  j’enlève  environ  2  centimètres  de  la  portion 
du  transplant  qui  remonte  en  dehors  presque  au  niveau  du  coude. 
La  surface  de  section  osseuse  saigne  abondamment.  L’enfant  sort 


Fig.  2. 


le  7  avril.  Il  revient  quelques  jours  après,  et  pour  réduire  encore 
l’inclinaison  de  la  main  sur  le  bord  radial,  je  fais  le  18  avril 
une  résection  de  1  centimètre  du  cubitus  vers  son  quart  inférieur. 
La  main  est  immobilisée  à  nouveau  dans  un  plâtre. 

Actuellement  le  redressement  est  très  satisfaisant,  carie  cubitus 


SÉANCE  DU  11  JUILLET 


1093 


dépasse  à  peine  le  radius  et  l’axe  de  la  main  se  prolonge  sensible¬ 
ment  avec  celui  de  l’avant-bras. 

Sur  la  série  de  radios  on  peut  voir  que  la  facette  articulaire 
radiale  inférieure,  qui  faisait  en  octobre  1922  un  angle  de  50° 
avec  l’horizontale,  ne  faisait  plus  qu’un  angle  de  20°  en 
mars  1923  après  consolidation  de  la  greffe  et  de  10°  à  peine 
depuis  la  section  du  cubitus.  On  peut  voir  (fig.  2)  que  les  deux 
transplants,  fusionnés  presque  partout,  sont  tous  deux  soudés,  et 
par  leurs  deux  extrémités,  avec  les  extrémités  du  radius  primitif. 
On  remarque  aussi  que  la  décalcification  du  péroné  est  insensible. 
Fait  plus  curieux  :  l’extrémité  supérieure  du  transplant  péronier 
avait  dû  être  réséqüée,  parce  que  trop  longue,  et  l’avait  été  aussi 
complètement  que  possible  par  rapport  aux  tissus  voisins  ;  malgré 
cela  il  s’est  reproduit  une  épine  osseuse  deux  mois  plus  lard 
dans  le  prolongemént  du  transplant.  Il  n’est  donc  pas  douteux 
qu’il  ait  proliféré  en  ce  point. 

Voici  du  reste  l’examen  du  fragment  enlevé  en  mars,  six  mois 
après  la  transplantation,  et  que  m’a  communiqué  Herrenschmidt. 

«  Les  trabécules  osseux  subsistent  sans,  résorption  apparente. 
Ils  sont  farcis  de  rangées  d’ostéoblastes  vivants,  mais  on  n’y  voit 
que  de  très  rares  ostéoclastes.  Dans  l'épaisseur  des  trabécules,  les 
loges  osléoplastiques  sonken  partie  encore  habitées  par  des 
cellules  vivantes;  ces  dernières  se  trouvent  en  bordure  des  trabé¬ 
cules  dont  le  centre  est  déshabité.  Cela  s’explique  par  le  fait  que 
les  espaces  intertrabéculaires  sont  remplis  de  tissu  conjonctif  très 
léger  et  très  vasculaire  (mais  sans  éléments  de  moelle  osseuse), 
de  sorte  que  les  portions  des  trabécules,  les  plus  voisines  des 
espaces  intertrabéculaires  sont  seules  nourries  par  imbibition. 

«  En  somme  la  greffeest  partiellement  vivante;  d’autre  part,  elle 
estpartieHementmorte,maissansrésorption.Onpeutpenserqu’elle 
aurait  fini  par  constituer  un  corps  étranger  aseptique  permanent.  » 

La  greffe  a  en  effet  prouvé  sa  vitalité  en  proliférant.  D’autre 
part  la  guérison  d’une  pseudarthrose  grave,  le  redressement  d’une 
déviation  très  prononcée  de  la  main  m’ont  engagé  à  vous  présenter 
ce  malade  qui  est  le  quatrième  auquel  j’ai  appliqué  ce  procédé 
avec  le  même  succès. 


Ostéomyélite  aiguë  du  fémur.  Vaccination.  Fracture  spontanée. 
Guérison  et  consolidation, 
par  M.  RAYMOND  GRÉGOIRE. 

Je  vous  demande  la  permission  de  vous  présenter  cette  jeune 
femme  parce  qu’elle  est  intéressante  à  plus  d’un  point  de  vue. 

On  a  dit  souvent,  ici  même,  que  ces  lésions  inflammatoires  qui 

BULL.  ET  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CBIH.,  1923.  81 


guérissent  par  le  seul  vaccin  ne  sont  probablement  pas  des  lésions 
du  système  osseux,  mais  seulement  des  lymphangites  profondes. 

La  première  partie  de  l’observation  de  cette  jeune  femme  pour¬ 
rait  fort  bien  passer  pour  un  cas  de  ce  genre. 

Elle  a  dix-neuf  ans  et  entra  le  30  décembre  1922  dans  ie  service 
du  Dr  Sainton  pour  des  phénomènes  douloureux  au  niveau  de  la 
cuisse  droite,  accompagnés  d’un  état  infectieux  assez  grave. 
A  l’origine  de  cette  affection,  on  note  une  angine  survenue  dans 
les  premiers  jours  de  novembre.  Dès  la  fin  de  cette  angine,  la 
malade  commença  à  souffrir  de  sa  cuisse  droite,  mais  elle  conti¬ 
nuait  à  marcher.  Brusquement,  le  13  décembre,  la  cuisse  gonfle  et 
la  température,  qui  était  revenue  à  la  normale,  remonte  à  39°5.  Le 
30  décembre,  la  fièvre  atteint  40°4;  elle  entre  à  l'hôpital. 

A  ce  moment,  on  se  trouve  en  présence  d’une  malade  profon¬ 
dément  infectée  et  souffrant  beaucoup.  Son  membre  inférieur 
droit  est  en  flexion  et  rotation  externe.  Une  tuméfaction  rouge  et 
diffuse  occupe  loule  la  face  externe  de  la  cuisse.  A  la  palpation, 
rendue  très  difficile  à  cause  de  la  douleur,  on  sent  une  tuméfac¬ 
tion  occupant  le  tiers  moyen  de  la  cuisse.  On  ne  trouve  pas  de 
fluctuation  profonde.  Le  diagnostic  d’ostéomyélite  de  la  diaphyse 
fémorale  est  porté. 

Immédiatement,  on  injecte  1/4  de  cent,  cube  de  vaccin  de  Salim- 
beni.  La  fièvre  monte  à  39“5,  mais,  dès  le  soir,  la  douleur  est 
moins  vive  et  la  malade  peut,  pour  la  première  fois  depuis  deux 
semaines,  dormir  une  nuit  entière. 

Le  3  janvier,  l’amélioration  est  très  nette,  on  fait  une  injection 
de  1  cent,  cube  de  vaccin. 

Dans  la  suite,  la  température  tombe  progressivement,  la  tumé¬ 
faction  diminue.  La  malade  ne  souffre  plus.  On  continue  la  vacci¬ 
nation.  Elle  reçoit  encore  cinq  injections  de  1  cent,  cube  chacune. 

Le  19  janvier,  il  ne  persiste  plus  qu’une  légère  gêne  de  la 
marche  et  un  gonflement  de  la  cuisse. 

Voici  les  radiographies  prises  à  cette  époque.  Il  semble  réelle¬ 
ment  que  le  tissu  osseux  n’ait  nullement  participé  à  celte  grave 
inflammation  locale  et  il  pourrait  paraître  judicieux  de  conclure 
qu’il  s’est  agi  d’une  lymphangite  profonde  et  que  la  vaccination, 
qui  a  cependant  fait  disparaître  lès  lésions,  serait  restée  inefficace 
s’il  s’était  agi  d’une  ostéomyélite. 

Or,  à  quelques  jours  de  là,  cette  malade,  en  se  promenant,  fit 
brusquement  une  fracture  spontanée,  ce  qui  signait  d’une  manière 
incontestable  l’atteinte  grave  du  système  osseux. 

Cette  fracture  d’une  ostéomyélite  du  fémur  ne  s’accompagna 
d’aucun  réveil  d’infection  et  guérit  sans  complication  dans  les 
délais  habituels  à  ce  genre  de  fracture  quand  elle  est  traumatique. 


SÉANCE  DU  11  JUILLET 


1095 


Parmi  les  nombreuses  présentations  d’ostéomyélites  traitées  par 
le  vaccin,  j’ai  déjà  eu  l’occasion  de  vous  montrer  d’autres  cas 
semblables. 

Voici  la  radiographie  prise  après  consolidation.  On  y  voit  net¬ 
tement  la  fracture  et  le  cal  assez  volumineux  qui  s’est  fait  entre 
les  fragments.  Nous  pouvons  constater  que  cette  jeune  femme 
marche  sans  peine  et  qu’il  n’existe  au  niveau  de  sa  cuisse  qu’une 
augmentation  modérée  de  sa  diaphyse  fémorale. 

Je  pense  que  cet  exemple  est  de  nature  à  convaincre  les  adver¬ 
saires  les  plus  obstinés  de  la  méthode.  L’ostéomyélite  a  été  grave 
et  la  fièvre  élevée,  la  lésion  osseuse  a  été  profonde.  Cependant 
tout  a  guéri  par  la  vaccination. 


Tumeur  cérébrale , 
par  M.  T.  DE  MARTEL. 

Je  présente  deux  malades  que  j’ai  opérés  pour  tumeur  céré¬ 
brale  de  la  région  rolandique. 

Le  premier  de  ces  malades  avait  un  syndrome  d’hypertension 
très  marqué,  de  l’épilepsie  jacksonienne,  une  monoplégie  bra¬ 
chiale.  Je  lui  ai  enlevé  en  un  temps  un  gros  tubercule  cérébral 
(position  assise,  anesthésie  locale). 

Le  second  de  ces  malades  présentait  un  syndrome  d'hyperten¬ 
sion,  une  monoplégie  brachiale,  de  l’astéréognosie.  Je  l’ai  opéré  en 
deux  temps. 

Premier  temps,  sous  anesthésie  rectale  en  position  assise. 

Deuxième  temps,  intervention  sous  anesthésie  locale  en  position 
assise.  Je  lui  ai  enlevé  un  volumineux  fibro-sarcome  de  la  faux 
du  cerveau. 

Ces  deux  malades  vont  à  l’heure  actuelle  très  bien. 

L’avenir  du  second  est  beaucoup  meilleur  que  celui  du  premier. 


Un  cas  de  S'-aphoïdite  chronique, 
par  MM.  P.  MATHIEU  et  PERRIN. 

Nous  vous  présentons  les  radiographies  d’une  enfant  de 
cinq  ans  atteinte  de  cette  lésion  décrite  par  notre  collègue  Mouchel 
sous  le  nom  de  scaphoïdite  tarsienne. 

Elle  s’est  présentée  à  la  consultation  d’orthopédie  de  Bretonneau 
le  25  juin  dernier,  pour  pied  plat  valgus  gauche  douloureux,  avec 


1096  SOCIÉTÉ  DK  CHIRURGIE 


contracture,  et  douleurs  au  hord  interne  du  pied,  surtout  le  soir. 

Cet  état  existait  depuis  deux  mois  et  s’aggravait  progressive¬ 
ment.  11  existait  une  tuméfaction  douloureuse  du  bord  interne  du 
pied  dans  la  région  astragalo-scuphoïdienne. 

L’existence  de  douleurs  dans  un  pied  plat  de  la  première  enfance 
est  toujours  suspecte.  La  radiographie  nous  montra  du  côté 
gauche  :  un  scaphoïde  aplati,  aminci,  en  bouton  de  culotte,  dont 
l’image  opaque  semble  indiquer  la  condensation.  Le  scaphoïde  de 
l’autre  pied  est  normal.  Le  repos  a  fait  disparaître  les  douleurs. 

M.  Albert  Mouchet.  —  Je  regrette  de  ne  pas  pouvoir  examiner 
l’enfant  dont  mon  ami  Mathieu  vient  de  montrer  les  radiographies. 
Mais  puisque  cette  enfant  ne  s’est  pas  présentée  je  dois  avouer  qu’en 
ce  qui  concerne  les  radiographies  qui  constituent  l’élément  capital 
de  cette  affection  singulière,  la  scaphoïdite  tarsienne,  nous  ne 
sommes  pas  ici  en  présence  d’un  aspect  vraiment  caractéristique  : 
le  scaphoïde  est  un  peu  aplati,  il  est  légèrement  condensé,  il  a  des 
contours  irréguliers,  mais  il  n’a  point  cette  opacité  presque  métal¬ 
lique  qui  est  constante. 

Peut-être  sommes-nous  en  présence  d'un  degré  atténué  de 
scaphoïdite  tarsienne,  et  il  est  certain  que  le  scaphoïde  montré 
par  Mathieu  doit  être  atteint  de  lésions  de  croissance. 

Je  profite  de  l’occasion  pour  insister  à  nouveau  sur  la  nécessité 
qu’il  y  a  de  désigner  sous  le  nom  que  j’ai  proposé  «  scaphoïdite 
tarsienpe  des  jeunes  enfants  »  la  maladie  de  Kôhler  :  car  depuis 
quelques  années,  Alban  Kôhler.  (de  Wiesbadenjqui  avait  décrit  les 
altérations  si  curieuses  du  scaphoïde  en  1908,  a  décrit  une  alléra- 
ralion  non  moins  curieuse  de  la  deuxième  articulation  métatarso- 
phalangienne.  Alors  cela  ferait  une  deuxième  maladie  de  Kôhler, 
et  nous  ne  pourrions  plus  nous  y  reconnaître. 


Fracture  comminutive  de  l'extrémité  inférieure  du  fémur. 

Ostéosynthèse  par  voie  transrotulienne.  Bon  résultat  (1), 

par  M.  ALGLAVE. 

Il  s’agit  d’un  homme  jeune,  vingt-trois  ans,  qui  travaillait  dans 
les  tours  de  Notre-Dame,  et  qui,  le  20  février  1923,  St  une  chute 
d’une  hauteur,  de  20.  mètres  environ,  du  fait  de  la  rupture  de  la 
corde  par  laquelle  il  était  suspendu  dans  la  tour. 


(1)  Malade,  présenté  te.  6  jium.1'23. 


SÉANCE  DU  11  JUILI.I 


1097 


Dans  sa  chiite,  il  tombait  verticalement  sur  les  pieds.  C’est  un 
point  sur  lequel  il  est  très  affirmatif,  mais  il  déclare  avoir  perdu 
connaissance  aussitôt  après.  Ce  n’est  qüe  deux  heures  plus  tard, 
que,  transporté  à  l’Hôtel-Di eu  dans  notre  service,  il  retrouvait  ses 


Fie.  t. 

La  radiographie  de  face  montre  l’éclatement  de  l’extrémité  inférieure  du 
fémur.  On  voit  nettement  le  condyle  externe  c.  e.,  le  condyle  interne  c.  i., 
on  soupçonne  un  fragment  trochléaire  tr.  au-devant  duquel  se  trouve  la 
rotule  ro. 

sens.  A  ce  moment,  il  se  plaint  de  son  genou  droit  dont  le  gon¬ 
flement  avait  retenu  l’attention  à  son  arrivée. 

Il  y  a  là  un  très  volumineux  épancheméüt  sanguin  masquant 
une  fracture  articulaire  qü’on  reconnaît  bientôt  être  une  fracture 
de  l’épiphyse  du  fémur.  Il  y  a  d’ailleurs,  au-dessüS  de  la  rotule,  un 
soulèvement  de  la  peau  par  le  fragment  diaphysaire  de  l’os. 


1098 


SOCIÉTÉ 


Une  radiographie,  pratiquée  dès  que  l’étal  général  du  malade 
permet,  montre  une  fracture  comminutive  de  l’épiphyse  a' 
transport  assez  marqué  de  la  diaphyse  en  avant  et  en  bas,  vers 
peau,  à  Iravprs  le  quadriceps  crural  (Voy.  fig.  1  e1  2). 


La  radiographie  de  profil  montre  nettement  le  fragment  trochléaire  Ir.  e 
rotule  ro.  et  fait  pressentir  le  grand  déplacement  des  condyles  ç.  e.  et  c.i. 
remarque  que  la  diaphyse  fémorale  est  venue  se  placer  au-dessus  de  laro 
dans  un  mouvement  de  déplacement  en  bas  et  en  avant. 

Dans  ces  condi lions  une  intervention  est  décidée  el  elle  ai 
lieu  dès  que  l’état  général  du  malade  le  permettra. 

Elle  est  pratiquée  le  7  mars,  quinze  jours  après  l’accident,  ] 
M.  Alglave. 

La  fracture  est  abordée  par  la  voie  transrotulienne  en  suiv. 
l’incision  et  la  technique  antérieurement  décrite  par  M.  Alglave 
dans  laquelle  la  rotule  est  sedionnée  à  la  scie  de  Gigli,  à 


SÉANCE  DU  11  JUILLET 


1099 


Dès  que  l’épanchement  sanguin  et  les  caillots  intra-arliculaires 
sont  évacués  on  voit.que  l’épiphyse  est  divisée  en  trois  fragments  : 
un  pour  chaque  condyle  et  un  pour  la  Irochlée.  Il  s’agit  donc  de 
reconstituer  cette  épiphyse  en  lui  restituant  sa  forme  normale. 


Fio.  3. 


Radiographie  de  face  pratiquée  quarante  jours  après  l’intervention  au 
moment  où  le  malade  se  lève.  L’extrémité  inférieure  de  l'os  offre  un  contour 
assez  régulier. 

La  vis  1  est  celle  qui  a  rapproché  les  deux  condyles  l’un  de  l’autie. 

La  vis  2  et  la  vis  3  sont  celles  qui  ont  refixé  la  trochlée  sur  les  condyle?. 

Les  vis  4  et  5  sont  celles  qui  ont  refixé  l’épiphyse  reconstituée  à  la  dia- 
physe  fémorale. 

Pour  y  parvenir,  on  détache  d’abord  la  trochlée  qu’on  dépose 
dans  une  compresse  stérilisée.  Puis  on  rapproche  les  condyles 
l’un  de  l’autre  par  une  vis  de  Lambotte.  Quand  ils  sont  bien 
coaptés  on  rapporte  sur  eux  la  trochlée  par  une  vis  enfoncée  de 
chacun  des  condyles  vers  celte  trochlée  (Voy.  fig.  3). 


1100 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


A  ce  moment,  l’épiphyse  est  reconstituée  et  il  ne  s’agit  plus  que 
de  la  refixer  en  bonne  position  sur  la  diaphyse.  Une  longue 
vis  de  Lambotte  enfoncée  des  tubercules  condyliens  interne  et 


Fio.  4. 

Radiographie  de  profil  pratiquée  40  jours  après  l’intervention,  au  moment 
où  le  malade  se  lève.  On  remarquera  que  le  profil  de  l'épiphyse  reconstituée 
est  régulier  et  que  le  trait  de  section  de  la  rotule  ne  se  voit  plus  que  sous 
l’aspect  d'un  mince  trait.  La  consolidation  de  la  rotule  est  certaine  et  sa 
forme  est  rigoureusement’  conservée. 

externe  vers  la  diaphyse  réalise  une  fixation  satisfaisante  et  solide 
(Voy.  fi  g.  4). 

On  va  maintenant  terminer  l’opération  par  reconstitution  de  la 
rotule  et  des  parties  fibreuses  latéro-rotuliennes.  Elle  est  faite 
par  une  suture  pré  et  périrotulienne  au  crin  de  Florence  et  par 
suture  des  ailerons  rotuliens  au  fil  de  lin. 

L’opération  a  duré  une  heure  vingt  et,  le  pansement  de  protec- 


SÉANCE  OU  11  JUILLET 


1101 


tion  étant  fait,  le  membre  est  placé  datas  une  gouttière  métal¬ 
lique. 

Les  suites  opératoires  ont  été  des  plus  simples.  LA  température 
est  restée  sensiblement  normale  comme  en  témoigne  la  feuille 
que  voici  (Voy.  fi  g.  S). 

La  gouttière  de  soutien  a  été  enlevée  le  dix-huitième  jour  et  à 
partir  de  ce  moment,  le  malade  a  commencé  à  mobiliser  son  genou 
dans  son  lit  et  en  s’asseyant  sur  le  bord  de  son  lit. 

Il  s’est  levé  et  a  marché  le  quarantième  jour  (Voy.  fig.  6). 

Actuellement,  trois  mois  après  l’opération,  il  marche  pen¬ 
dant  deux  ou  trois  heures  de  suite  sans  caune,  comme  sans 
fatigue. 

Les  mouvements  articulaires  sont  encore  assez  limités,  mais 


Courbe  de  température  avant  êt  après  l’opération. 


ont  fait  des  progrès  sensibles  et  ils  en  feront  encore  beaucoup,  car 
il  n’y  a  pas  de  craquements  articulaires  et  la  radiographie  montre 
un  interligne  qui  ne  laisse  rien  à  désirer. 

La  même  radiographie  permet  de  constater  que  la  forme  de 
l’épiphyse  reconstituée  est  sensiblement  normale.  Il  n’y  a  pour 
ainsi  dire  pas  de  cal  et  surtout  peu  ou  pas  de  végétations  osseuses 
périphériques. 

Les  vis  sont  bien  tolérées,  nulle  raréfaction  osseuse  autour 
d’elles  (Voy.  fig.  3  et  4). 

Quant  à  la  rotule  elle  paraît  avoir  récupéré  son  intégrité  et  sa 
solidité.  C’est  à  peine  si  on  soupçonne  la  ligne  suivant  laquelle 
elle  a  été  sectionnée  (Voy.  fig.  4). 

Ce  résultat  est  donc  très  satisfaisant  et  il' nous  a  semblé  qu’il 
méritait  de  vous  être  présenté. 

Actuellement,  nous  nous  posons  seulement  la  question  de 


1102 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


savoir  si  nous  allons  laisser  en  place  les  vis  qui  ont  servi 
à  l’ostéosynthèse,  ou  si  nous  allons  les  retirer  à  la  faveur 
d’injections  locales  anesthésiques  de  novocaïne.  Nous  serions 


Fig.  6. 

Photographie  du  malade  debout  et  marchant  sans  soutien,  six  semaines 
après  l’interrention. 

assez  tenté  de  les  enlever  malgré  l’état local  vraiment  très  rassu¬ 
rant. 


Cancer  du  rectum  traité  par  radiumthérapie 
après  exclusion  du  segment  intestinal  malade. 

Elut  de  guérison  un  an  après  (1), 
par  M.  ALGLAVE. 

J’ai  l’honneur  de.  vous  présenter,  au  nom  du  Dr  Saleil  et  au 
mien,  une  malade  âgée  de  cinquante-neuf  ans,  qui  nous  a  été 

(1)  Malade  présentée  le  27  juin  192:1, 


SÉANCE  DU  11  JUILLET 


103 


adressée,  il  y  a  un  an,  par  deux  de  nos  collègues  des  hôpitaux, 
pour  un  cancer  du  rectum,  et  pour  que  nous  la  soumettions  au 
même  traitement  qu’une  malade  analogue  dont  nous  vous  avons 
parlé  ici  l’année  dernière. 

Les  premiers  signes  de  la  maladie  de  celle-ci  s’étaient  mani¬ 
festés  deux  mois  auparavant,  mais  déjà  elle  circonscrivait  la 


Une  incision  cutanée  en  forme  d’oméga  O  a  été  tracée  et  le  lambeau  qu’elle 
a  circonscrit  a  été  rabattu  en  dehors. 

Les  plans  musculo-aponévro tiques  qui  forment  la  paroi  abdominale  ont 
été  dissociés  pour  l’ouverture  du  péritoine. 

L’S  iliaque  est  saisie  par  son  bord  convexe  pour  être  extériorisée. 

lumière  du  rectum  et  elle  semblait  avoir  infiltré  ses  couches  con¬ 
stitutives. 

Une  biopsie  avec  examen  histologique  fait  par  les  soins  du 
professeur  Menetrier  montra  qu’il  s’agissait  d’un  épithélioma 
cylindrique. 

L’opération  d’exclusion  du  segment  recto-sigmoïdien  de  l’intestin 
ayant  été  pratiquée  par  le  Dr  AJglave  le  6  juillet  1923  suivant  une 
technique  un  peu.  différente  de  celle  dont  il  vous  a  été  parlé  l’an 
passé,  voici  ce  qui  la  concerne.  Elle  est  faite  en  deux  temps  : 


1104 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Premier  temps.  —  a)  Incision  cutanée  en  forme  d’oméga  dont 
la  partie  moyenne  séparera  tout  à  l’heure  deux  orifices  pratiqués 
sur  l’S  iliaque; 

b)  Dissociation  de  la  paroi  musculo-aponévrotique  antérieure 
de  l’abdomen  et  ouverture  du  péritoihe  (Voy.  fig.  1)-. 

c)  L’S  iliaque  est  attirée  et  extériorisée  à  la  faveur  dé  la  bou¬ 
tonnière  pariétale  ainsi  établie  (Voy.  fig.  2). 

d )  Une  ouverture  est  pratiquée  au  travers  du  méso  de  l’S  et 


L’S  iliaque  est  extériorisée  et  le  lambeau  cutané  a  été  passé  au  travers  de 
son  méso.  Elle  forme  «  pont  »  au-dessus  de  lui; 


la  partie  moyenne  de  l’oméga  cutané  est  engagée  par  cette  ouver¬ 
ture.  L’S  passe  désormais  à  la  façon  «  d’un  pont  »  par-dessus  ce 
lambeau  de  peau  remis  et  suturé  à  la  place  qu'il  occupait  (Voy. 
fig.  2). 

Le  deuxième  temps  est  pratiqué  quelques  jours  après  le  premier, 
cinq  à  six  jours,  quand  on  estime  que  l’S  est  devenue  bien  adhé¬ 
rente  autour  d’elle,  dans  sa  traversée  pariétale  et  que  déjà  les 
lèvres  de  l’incision  cutanée  sont  cicatrisées.  A  ce  moment,  bn 
sectionne  l’S  au  thermocautère,  à  ses  deux  bouts,  à  1  à  2  Centi¬ 
mètres  du  point  de  péhélration  de  ceüx-ci  dans  la  peau. 

Ainsi  se  trouvent  constitués  deux  orifices,  l’un  supérieur,  o.  s., 
correspondant  au  bout  supérieur  de  l’intestin,  l’atitre  inférieur, 


SÉANCE  DU  11  JUILLET 


1105 


correspondant  à  son  bout  inférieur  et  au  segment  rectal,  siège  du 
néoplasme  (Voy.  fig.  3). 

L’orifice  supérieur  o.  s.  va  tenir  lieu  d’anus  artificiel,  cepen¬ 
dant  que,  par  l’orifice  inférieur,  o.  i.,  des  lavages  quotidiens  de 
l’anse  malade  vont  être  pratiqués  de  haut  en  bas  et  associés  à 
d’autres  faits  de  bas  en  haut,  par  l’anus  naturel. 

Après  quelques-uns  de  ces  lavages,  le  segment  malade  devenu 


F».  ï. 

La  portion  (le  l’S  qui  formait  pont  au-dessus  dn  lambeau  cutané  a  été  sec¬ 
tionnée,  au  thermocautère,  à  ses  deux;  extrémités  quelques  jours  après 
l'extériorisation.  Deux  orifices  sont  constitués  :  l’un  o.  s.  correspond  au 
bout  supérieur  de  1S  et  tiendra  lieu  d’anus  artificiel,  l’autre  o.  i.  correspond 
au  bout  inférieur  de  FS  et  au  rectum  malade. 

propre  va  être  soumis  au  radium,  au  niveau  du  point  intéressé. 

Dans  ce  cas  particulier,  pour  le  traitement  par  le  radium,  le 
Dr  Saleil,  radiumthérapeute,  a  placé  au  centre  du  néoplasme,  à  la 
faveur  d’un  lube  d’aluminium,  une  dose  de  bromure  de  radium 
de  100  à  120  milligrammes.  L’émanation  étant  filtrée  par  une 
enveloppe  métallique  correspondant  à  une  épaisseur-  d’argent  de 
1  millimètre.  Cette  dose  a  été  maintenue  en  place  pendant  sept 
jours,  cependant  que  le  tube  d’aluminium  dans  lequel  elle  se 
trouvait  était  fixé  par  un  point  de  suture  placé  à  la  marge  anale. 


1106 


CHIRURGIE 


SOCIÉTÉ  DE 


Après  sept  jours,  le  tube  a  été  retiré  et  des  lavages  bi-quoti¬ 
diens  du  segment  malade,  de  haut  en  bas  et  de  bas  en  haut,  ont 
été  institués. 

Dans  les  semaines  qui  ont  guivi  cette  application  de  radium,  la 
malade  a  souffert  notablement  de  «  rectite  »  et  elle  a  éliminé  à 
plusieurs  reprises  des  fragments  de  tissus  sphacélés  de  mauvaise 
odeur,  en  même  temps  qu’elle  perdait  par  l’anus,  en  dehors  des 
lavages,  un  liquide  sanieux,  très  fétide.  L’élimination  de  ces 
membranes  sphacéliques  a  même  été  facilitée  à  un  moment  donné 
par  un  curettage  très  doux  pratiqué  avec  une  curette  mousse. 

Pendant  toute  la  période  où  cette  élimination  nécrotique  s’est 
poursuivie,  des  injections  calmantes  de  morphine  durent  être 
faites,  parfois  au  nombre  de  cinq  ou  six,  de  1  centigramme,  dans 
les  vingt-quatre  heures. 

Puis,  peu  à  peu,  tout  est  rentré  dans  l’ordre,  toute  élimination 
de  membranes  acessé,  tout  suintement  puriforme  par  l’anus  a  dis¬ 
paru,  en  même  temps  que  toute  épreinte  douloureuse.  Dès  le  mois 
de  février  dernier,  c’est-à-dire  six  mois  après  la  mise  en  vigueur  du 
traitement,  la  guérison  faisait  de  rapides  progrès,  et  actuelle¬ 
ment,  après  un  an,  elle  peut  être  considérée  comme  achevée. 

La  malade  ne  souffre  plus,  ne  perd  plus  par  le  rectum  qu’une 
petite  quantité  de  mucus,  résultat  de  la  sécrétion  normale  de 
l’anse  exclue,  et  l’examen  local  par  le  toucher,  comme  par  le 
spéculum,  permet  de  constater  qu’à  l’endroit  où  siégeait  le  néo¬ 
plasme  on  ne  trouve  plus  qu’une  cavité  des  dimensions  d’un  œuf 
de  poule,  circonscrite  par  une  membrane  souple  dans  tous  les 
points,  de  coloration  rosée,  d’aspect  parfaiteinent  sain. 

Au  pôlesupérieurdecettepetitepoche  débouche  lesegment  recto- 
sigmoïdien  d’apparence  également  saine  où  l’extrémité  de  l’index 
peut  être  engagée,  ainsi  qu’une.bougie  de  Hégar  de  gros  calibre. 

Remarquons  d’ailleurs  que  l’anus  établi  en  o.  s.  a  une  conti¬ 
nence  suffisante  pour  què  la  malade  puisse  aller  et  venir,  vaquer 
à  ses  occupations,  sans  être  incommodée  par  l’échappement 
inopportun  de  matières.  Souvent  même,  pour  obtenir  une  garde- 
robe,  elle  doit  la  provoquer  par  un  petit  lavement  qu’elle  s’admi¬ 
nistre  dans  le  bout  supérieur  de  son  intestin.  L’état  général  est 
lui-même  très  bon  et  il  nous  est  permis  d’espérer  que  si  la  gué¬ 
rison  se  maintient  pendant  quelques  mois  encore,  nous  pourrons 
envisager  le  rétablissement  de  la  continuité  de  l’intestin. 

Il  nous  suffirait  pour  cela  de  lever  le  pont  cutané  qui  sépare  les 
deux  orifices  intestinaux  abouchés  à  la  peau  et  d’introduire  dans 
chacun  d’eux  une  branche  d’un  entérotome  de  Dupuytren.  La 
figure  3  montre  combien  cette  manœuvre  serait  facile. 

Nous  ferons  connaître  ultérieurement  les  résultats  que  nous 


SÉANCE  DU  11  JUILLET 


1107 


avons  obtenus  avec  M.  Saleil,  par  ce  mode  de  traitement  qui 
porte  actuellement  sur  huit  cas,  dont  le  premier  remonte  à 
décembre  1920. 

Coxa  vara  traitée  par  V ostéotomie  du  col  fémoral ,  le  vissage 
du  col  du  fémur  sous  l'écran  et  les  greffes  ostéo-périusliques. 

Réadaptation  morphologique  du  col  fémoral , 
par  M.  PL.  MAUCLA1KE. 

Voici  un  jeune  adolescent  que  j’ai  eu  à  soigner  en  décembre  1921, 
à  l’âge  de  treize  ans,  pour  une  coxa  vara  rachitique.  Un  an  aupa- 


Fig.  1.  —  (  oxa  vara  (le  col  est  plus  détonné  que  ne  te  reprérente  la  6gure). 

ravant  il  aurait  fait  une  chute  qui  le  força  à  rester  au  lit  seule¬ 
ment  quelques  jours,  puis  il  reprit  la  marche,  mais  en  boitant 
notablement. 

Voici  la  radiographie  du  1er  décembre  1921.  Le  col  du  fémur  est 
affaissé  à  angle  droit.  Il  est  diminué  de  hauteur  eide  largeur  (fig.  1). 
Le  8  décembre  1921,  j’ai  fait  l’opération  suivante  :  ostéotomie  de 


1108 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


la  base  du  col  fémoral  et  fortes  tractions  sur  le  membre  inférieur 
pour  obtenir  l’allongement  du  membre  et  la  direction  normale  du 
col;  applications  de  greffes  ostéo-périostées  prises  au  tibia  et 
placées  en  avant  et  sur  le  bord  supérieur  du  col  du  fémur  et  à  la 
fois  intra  et  extra-articulaires.  Puis  sous  l’écran  je  fis  le  vissage  du 
col  du  fémur  avçc  une  vis  métallique. 

La  radiographie,  faite  deux  mois  après,  montre  que  je  n’ai  pas 


obtenu  de  redressement  du  col.  La  vis  métallique  suit  le  bord 
supérieur  du  col  (%.  2). 

Sa  tête  est  ressortie  d’un  bon  centimètre  en  dehors  de  la  sur¬ 
face  de  l'os. 

L’enfant  n’a  commencé  à  marcher  qu’au  bout  de  quatre 
mois. 

Voici  la  radiographie  aujourd’hui,  dix-huit  mois  après  l’opé¬ 
ration.  Du  fait  de  la  marche  le  col  fémoral  s’est  modifié. 
11  est  moins  à  angle  droit,  il  a  augmenté  en  hauteur  et  en 


SÉANCE  DU  11  JUILLET 


1109 


largeur  (fig.  3).  Je  crois  que  les  greffes  ostéo-périostiques  y  sont 
pour  quelque  chose. 

La  boiterie  est  insignifiante,  la  marche  est  beaucoup  plus  facile. 
La  flexion  et  l’extension  de  la  cuisse  sont  bonnes  et  non  doulou¬ 
reuses. 

Cette  adaptation  fonctionnelle  du  col  est  bien  curieuse. 
J'enlèverai  la  vis  dans  quelques  mois. 

J’ai  vu  que  cet  enchevillemenl  du  col  du  fémur  dans  la  coxavara 


Fig.  3.  —  Radiographie  dix-huit  mois  après  l’opération.  Réadaptation 
morphologique  du  col  fémoral  qui  est  augmenté  en  hauteur  et  en 

a  été  fait  récemment  avec  un  greffon  tibial  par  Bircher  (1)  avic 
de  bons  résultats. 

M.  PaulTuiéry.  —  Je  suis  très  heureux  d’entendre  MM.  Duja- 
rier  et  Fredet  dire  qu’ils  n’ont  pas  toujours  observé  de  très  bons 
résultats  du  vissage  du  col  du  fémur.  Tant  dans  les  cas  que  j’ai 
observés  en  coopération  que  dans  ceux  (en  très  petit  nombre) 
observés  dans  mon  service  je  n’ai  constaté  que  de  mauvais 

(1)  liircher.  ZenlralblaU  für  Chir.,  octobre  1922. 

BULL.  ET  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CHIK.,  1923.  82 


H10 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


résultats,  bien  inférieurs  à  mon  avis  à  ceux  que  nous  obtenions 
par  les  anciens  procédés  classiques  non  opératoires  de  fractures 
du  col  du  fémur. 


Luxations  récidivantes  de  l'épaule  traitées  par  la  capsulorraphie 
et  les  greffes  ostéo-périostiques 
à  la  partie  inférieure  et  à  la  partie  antérieure, 
à  cheval  sur  la  capsule  et  sur  le  rebord  glénoïdien, 

par  M.  PL.  MAUCLAIRE. 

Voici  deux  radiographies  de  luxations  récidivantes  de  l’épaule. 

Dans  le  premier  cas  il  s’agit  d’un  homme  de  trente  et  un  ans 
qui,  depuis  six  ans,  se  luxait  l’épaule  deux  fois  par  an. 

Voici  sa  radiographie  avant  l’opération.  Vous  y  voyez  la  défor¬ 
mation  en  encoche  et  en  hachette  signalée  par  MM.  Grégoire  et 
Louis  Bazy. 

Le  5  mai  dernier,  j'ai  fait  chez  lui  d’abord  la  capsulorraphie 
rétrécissante,  quoique  la  capsule  ne  paraissait  pas  très  distendue. 
Puis  j’ai  pris  sur  le  malade  des  greffes  ostéo-périostiques  tibiales 
et  je  les  ai  placées  à  cheval  sur  la  capsule  et  sur  la  partie  infé¬ 
rieure  de  la  glène. 

Le  malade  a  été  immobilisé  trois  semaines.  Actuellement,  il  a 
tous  ses  mouvements.  J’espère  que  la  guérison  sera  définitive.  Sur 
la  radiographie  faite  ces  jouVs-ci,  vous  voyez  les  greffes  ostéo- 
périostiques  formant  un  contrefort  à  la  partie  inférieure  de  la 
glène. 

Le  deuxième  malade  est  un  épileptique  qui  depuis  dix  ans  a  eu, 
dit-il,  cent  fois  une  luxation  de  l’épaule  droite.  Il  y  a  sept  ans,  en 
Pologne,  on  a  fait  une  capsulorraphie.  La  radiographie  montre  que 
la  tête  humérale.ne  présente  pas  d’encoche,  ni  de  déformation  en 
hachette,  mais  elle  est  un  peu  grosse.  Le  9  mai  dernier,  j’ai  fait 
chez  lui  une  nouvelle  capsulorraphie.  La  capsule  n’était  pas  très 
distendue. 

J’ai  fait  aussi  chez  lui  des  greffes  ostéo-périostiques  à  cheval 
sur  la  capsule  et  sur  le  rebord  glénoïdien  et  à  la  face  inférieure  et 
à  la  face  antérieure. 

La  glène  étant  agrandie  j’espère  que  la  luxation  ne  se  reproduira 
plus.  Gomme  dans  le  cas  précédent,  la  radiographie  montre  bien 
le  contrefort  formé  par  les  greffes. 

Je  rappelle  que  j’ai  présenté  ici,  l'an  dernier,  un  cas  de  luxation 
flottante  et  congénitale  de  la  hanche;  j’avais  fait  des  greffes  ostéo- 
périostiques  sur  l’os  iliaque  pour  faire  un  butoir  limitant  l’ascen- 


SÉANCE  DU  11  JUILLET 


1111 


sion  de  la  têle  fémorale.  Il  y  eut  une  amélioration  évidente  et  la 
disparition  du  ressaut  bruyant. 

Les  luxations  récidivantes  de  la  mâchoire  pourraient  aussi  être 
traitées  par  des  greffes  ostéo-périostiques  placées  en  butoir  à  la 
partie  antérieure  de  l’article. 

M.  Louis  Bazy.  —  Sur  les  radiographies  du  second  cas  que 
présente  M.  Mauclaire  on  trouve  parfaitement  la  déformation  que 
j’ai  décrite,  et,  en  particulier,  il  est  facile  de  constater  que  la  tète 
humérale,  au  lieu  d’être  placée  en  bout  par  rapport  à  la  diaphyse, 
est  déjetée  en  dedans,  supportée  par  un  véritable  col  huméral.  La 
tète  se  trouve  ainsi,  au  point  de  vue  mécanique,  réaliser  un  véritable 
mouvement  d'excentrique.  Elle  est  amenée  de  la  sorte  à  distendre  la 
capsule.  En  conséquence,  je  pense  que  la  laxidévité  capsulaire  est 
secondaire  à  la  déformation  de  la  tête  et  qu’elle  doit  se  reproduire 
après  la  capsulorraphie.  Cette  idée  que  j'avais  émise  théorique¬ 
ment  s’est  trouvée  confirmée  par  les  recherches  bibliographiques 
de  mon  ami  Alibert  qui  a  pu  constater  qu’à  longue  échéance  les 
résultats  de  la  capsulorraphie  ne  se  maintenaient  pas. 


Présentation  de  radiographies. 

Sur  un  point  de  la  technique  de  i ostéosynthèse 
pour  fracture  des  os  de  la  jambe, 

par  M.  ALÜLAVE. 

J’ai  eu  l’occasion,  dans  une  séance  antérieure,  de  vous  faire 
remarquer  qu'il  était  avantageux,  dans  l’ostéosynthèse  par  plaque 
métallique  qu’on  peut  faire  pour  fracture  des  os  de  la  jambe,  de 
placer  celte  plaque  dans  l’interstice  tibio-péronier,  c’est-à-dire 
au  côté  externe  du  tibia.  Elle  ne  peut  manquer  d’y  être  mieux 
tolérée  qu’à  son  côté  interne,  c’est-à-dire  sous  la  peau.  Et  je  vous 
ai  dit  que  pour  les  fractures  comprises  depuis  le  tiers  inférieur  de 
l’os  jusqu’à  son  tiers  supérieur,  les  manœuvres  sont  relativement 
faciles,  pour  donner  à  la  plaque  cette  position  favorable.  Actuelle¬ 
ment,  je  suture  beaucoup  de  fractures  de  jambe  et  j’interviens 
pour  ainsi  dire  toutes  les  fois  que  l’état  général  du  sujet  et  l’état 
local  des  tégumentslepermettent;  l’agent  d’ostéosynthèse  auquel 
je  donne  volontiers  la  préférence,  depuis  quelque  temps,  est  une 
plaque  métallique  étroite  et  plate,  à  rainures  sur  son  côté  libre  et 
percée  d’un  trou  à  chaque  extrémité  pour  recevoir  une  vis.  Les 


1112 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


vis  extrêmes  vont  fixer  la  plaque,  cependant  que  les  rainures  vont 
maintenir  en  bonne  place  les  rubans  métalliques  de  soutien  des 
fragments  osseux. 

Les  radiographies  que  je  fais  passer  sous  vos  yeux  montrent 
bien  ce  dispositif  fait  de  l'apport  de  divers  auteurs. 

Pour  aborder  la  fracture,  je  fais  une  incision  cutanée  recti¬ 
ligne,  au  côté  externe  de  la  crête  du  tibia,  suivant  l’interstice 
tibio-péronier,  et,  s’il  le  faut,  à  chaque  extrémité  de  cette  inci¬ 
sion,  j’en  ajoute  une  autre  transversale  ou  en  fourche  pour  me 
donner  du  jour.  Au  besoin,  au  cours  de  l’opération,  je  fais  mettre 
le  pied  en  flexion  sur  la  jambe,  pour  relâcher  les  muscles  de  l’in¬ 
terstice  tibio-péronier  qu'on  peut  alors  écarter  dans  une  large 
mesure  pour  faciliter  les  manœuvres  de  réduction  de  la  fracture 
et  d’ostéosynthèse. 


Présentation  d’instrument. 

Formolisateur , 

par  MM.  PROUST  et  DE  NABIAS. 

Nous  présentons  un  modèle  de  formolisateur  que  nous  avons 
fait  construire  par  la  maison  Drapier.  Il  est  constitué  par  un 
manche  contenant  un  réservoir  pour  pastilles  de  trioxy-  méthylène 
et  une  résistance  électrique  chauffante  et  peut  s’adapter  sur  les 
tubes  à  sondes  ou  boites  à  instruments. 


La  séance  est  levée. 

La  Société  se  réunit  en  Comité  secret. 

La  Société  entre  en  vacances.  La  prochaine  séance  aura  lieu  le 

17  octobre  1923. 


Le  Secrétaire  annuel, 
M.  Ombrédanne. 


SÉANCE  DU  17  OCTOBRE  1923 


Présidence  de  M.  Mauclaire. 


Procès-verbal. 


m 


La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  mise 
aux  voix  et  adoptée. 


Correspondance. 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  périodiques  arrivés  pendant 
les  vacances. 

2°.  —  Une  lettre  de  M.  Chevrier,  s’excusant  de  ne  pouvoir 
assister  à  la  séance. 

3°.  —  Une  ampliation  de  l’arrêté  du  Préfet  de  la  Seine  en  date 
du  22  août  1923  autorisant  la  Suciété  nationale  de  Chirurgie  à 
accepter  le  legs  fait  en  sa  faveur  par  Mmc  veuve  Chupin,  pour  la 
fondation  d’un  prix. 


A  propos  de  la  correspondance. 

1°.  —  Un  travail  de  MM.  jEANNENEYet  Matiiey-Cornet,  intitulé  : 
Considérations  sur  la  sympathectomie  pèri-fèmorale ,  agent  de  cica¬ 
trisation'  dans  les  ulcères  àe  jambe. 

M.  Lenormant,  rapporteur. 

2°.  —  Un  travail  de  M.  le  Dr  Chaton  (de  Besançon),  intitulé  : 
Absence  congénitale  du  vagin.  Opération  de  Baldwin-More. 

M.  A.  Scuwartz,  rapporteur. 

3°.  —  Un  travail  de  M.  le  D1'  Fournier  (de  Valenciennes),  inti¬ 
tulé  :  Kyste  branchial  avec  fistule  du  type  amygdaloïde. 

M.  Lecène,  rapporteur. 

4°.  —  Un  travail  de  M.  le  Dr  Hertz  (de  Paris),  intitulé  :  Grands 
kystes  séreux  du  rein;  néphrectomie  transpéritonéale.  Guérison. 

M.  Lecène,  rapporteur. 


s.,  1923.  —  N»  26. 


51114 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


5°.  —  Un  travail  de  MM.  Grimault  etDANTLO,  intitulé  :  77irom6o- 
phlébile  ,dile  par  effort  de  la  veine  axillaire.  Examen  anatomo- 
ipathologiqùt ^ 

M.  Lecèjnè,  rapporteur. 

t}°.  —  Un  ipémoire  pour  le  prix  Demarquay,  intitulé  :  L'ostéo¬ 
synthèse  dans  'les  fractures  compliquées.  Résultats  éloignés,  avec 
-ceîte  devise  :'«  Labor  improbus  omnia  vincit  ». 

7°.  —  UiTmémoire  envoyé,  pour  le  prix  Jules  Hennequin,  par 
M.  le  médecin-major  des  troupes  coloniales  Botreau  Roussel, 
■intitulé  :  Ostéites  pianiques  «  Goundou  ». 

8°.  —  Un  travail  de  M.  le  professeur  Gross  (de  Nancy),  intitulé  : 
La  Faculté  de  Médecine  de  Nancy  de  i  87 2  à  1914. 

M.  Hartmann.  —  J'ai  l’honneur  d’offrir  à  la  Société  de  Chi¬ 
rurgie  le  cinquième  vulume4e  mes  travaux  de  chirurgie.  Rédigé 
-avec  la  collaboration  de  plusieurs  de  mes  élèves,  Boppe,  Hau- 
lefeuille,  Petit-Dutaillis, Renaud,  Uhlrich  etVirenque,  cetouvrage 
•est  entièrement  CQnsacré  à  la  Chirurgie  des  voies  biliaires. 


M.  le  Président  annonce  que  MM.  Jonxesco  (de  Bucarest)  et 
Picqué  (de  Bordeaux)  assistent  à  la  séance. 


Rapport. 

Traitement  des  idcères  perforés  en  péritoine  libre. 

Rapport  de  M.  HARTMANN. 

Avant  de  résumer  devant  vous  lai  longue  discussion  qui  a  eu 
lieu  dans  notre  Société  sur  le  traitement  des  ulcères  perforés  de 
l'estomac  et  du  duodénum  en  péritoine  libre,  je  vous  demande  la 
permission  de  répondre  quelques  mots  à  notre  collègue  Pierre 
Duval  sur  deux  points  où.  il  m’a  pris  directement  à  partie. 

M.  Duval  m’a  reproché  d’avoir  parlé,  dans-  mes  observations,  de 
.-  péritonite  alors  que  je  n’avais  pas  fait  l'examen  bactériologique 

-  des  liquides  épanchés  dans  l’ahdomen.  La  vascularisation:  des 

-  anses  intestinales,  leur  distension,  la  présence  d’exsudats,  de 

-  liquides  divers,  même  depus,.  ne  constituent  pas  pour  lui  l’indice 
•  d’un  processus  inflammatoire  péritonéal.  A  l’en  croire,  on  n’a  pas 

le  droit  de  prononcer  le  mot  de  péritonite  tant  qu’on  n’a  pas  con- 


SÉANCE  DU  17  OCTOBRE 


1115 


staté  la  présence  d’agents  infectieux.  C’est  là  une  conception  nou¬ 
velle  de  la  péritonite,  très  personnelle  à  M.  Duval,  et  qui,  jusqu’à 
nouvel  ordre,  ne  sera  pas  acceptée  par  les  chirurgiens  qui  savent 
distinguer  les  deux  mots:  inflammation  et  infection.  Lesp’éritonites 
aiguës  aseptiques  sont  cependant  décrites  depuis  longtemps. 
Sc'hroder  (1),  se  fondant  uniquement  sur  les  causes  de  ces  péri¬ 
tonites  et  sur  leur  guérison  immédiate  après  la  suppression  de 
leurs  causes  en  avait,  dès  1886,  admis  l’existence.  Huit  ans  plus 
tard,  en  1894,  avec  mon  ami  Morax,  alors  attaché  à  l’Institut  Pas¬ 
teur,  j’ai  publié  une  série  d’observations  de  ces  péritonites  asep¬ 
tiques  et  montré  qu’elles  étaient  baclérioiogiquement  stériles  (2). 
Je  continuerai,  malgré  M.  Duval,  à  me  croire  autorisé  à  employer 
le  mot  péritonite  toutes  les  fois  que  je'  me  trouverai  en  présence 
du  eomplexus  symptomatique  de  celte  maladie  et  que  j’en  consta¬ 
terai  les  lésions  anatomo-pathologiques. 

Dans  une  autre  partie  de  sa  communication,  M.  Duval  écrit,  à 
propos  de  la  relation  des  quatre  cas  opérés  dans  mon  service  en 
1921  et  1922,  cas  que  j’avais  rapprochés  de  ceux  de  Mondor  :  «  La 
comparaison  de  séries  de  cas  aussi  petites  étonne  de  la  part  du 
statisticien  si  profondément  consciencieux  que  nous  admirons 
tous  en  lui  »,  et  quelques  lignes  plus  loin  :  «  Je  pourrais  m’amuser 
quelque  peu  et  lui  répondre  en  isolant  aussi  quelques  séries  de 
cas.  »  Je  suis  le  premier  à  reconnaître  que  les  quelques  observa¬ 
tions  que  j'avais  apportées,  èt  qui  représentaient  la  série  intégrale 
des  perforations  entrées  à  la  clinique  de  l'Hôtel-Dieu  en  1921  et 
1922,  ne  pouvaient  présenter  d’intérêt  que  rapprochées  des  cas 
observés  par  mes  collègues.  J’avais  demandé  en  terminant  que 
chacun  de  nous  voulût  bien  apporter  la  totalité  des  cas  observés 
dans  son  service  au  cours  de  ces  dernières  années,  mes  observa¬ 
tions  ne  devant  être  que  le  début  de  cette  statistique. 

Il  me  semblait  que  la  réunion  de  tous  les  cas  observés  par  les 
membres  de  notre  Société  constituerait  une  statistique  plus  inté¬ 
ressante  qu’une  vague  compilation  de  statistiques  étrangères, 
procédé  de  travail  qui,  comme  l’a  dit  notre  collègue  Lecène,  est 
peu  conforme  à  nos  habitudes,  nos  réunions  ayant  surtout  pour 
but  de  nous  communiquer  nos  observations  personnelles.  La 
mention  de  statistiques  étrangères,  incomplètement  analysées, 
telle  que  l’a  faite  Duval,  expose  à  des  erreurs.  Notre  collègue  n’y 
a  pas  échappé.  Il  a  rangé  dans  sa  statistique  générale  de  pyloro- 


(t)  Schrôder.  U  cher  die  allgemeiue  nicht  infectiOse  Peritonitts,  Ges.  f.  Geb. 
u.  Gyn.,  Berlin,  H  mai  1886,  in  Cenlralblall  f.  Gyn.,  Leipzig,  1886,  p.  379. 

(2)  Hartmann  et  Morax.  Note  sur  la  péritonite  aiguë  gé-iéralisée  aseptique. 
Annales  de  Gynecoloi/ie,  Paris,  mars  1894,  p.  193. 


1116 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


gastrectomies  pour  perforation  d'ulcère  en  péritoine  libre  des  obser¬ 
vations  telles  que  celles  de  Finslerer.  Or,  lorsqu’on  lit  le  texte 
de  celui-ci  (1),  voici  ce  qu’on  y  trouve  : 

Malade,  ayant  présenté  des  douleurs  violentes  à  l’épigastre  avec 
vomissements,  traité  dans  un  service  de  médecine  pendant  cinq  jours, 
puis  passé  en  chirurgie  avec  le  diagnostic  de  per  foration  gastrique  cou¬ 
verte. 

A  l’opéhition,  on  trouve  un  estomac  dilaté,  le  lobe  hépatique  gauche 
est  adhérent  à  la  petite  courbure  et  à  la  face  antérieure  de  l’estomac 
On  évacue  le  contenu  gastrique  par  ponction;  puis,  après  avoir  décollé 
le  foie  adhérent,  on  trouve,  juste  au  milieu  de  la  petite  courbure,  sur 
la  face  antérieure,  une  perforation  comme  une  lentille. 

Autre  observation  du  même  Finstérer,  également  rangée  par 
M.  Duval  dans  les  gastro-pylorectomies  pour  perforation  d’ulcère- 
en  péritoine  libre. 

Officier,  ayant  eu  des  symptômes  analogues  à  ceux  du  malade  précé¬ 
dent.  On  t’opère  dix-sept  jours  après  la  perforation  ;  on  trouve  de  même 
un  ulcère  perforé  recouvert  par  le  foie  adhérent. 

11  est  bien  évident  que  de  pareilles  observations  n’auraient  pas 
dû  figurer  dans  une  statistique  d’opérations  d’ulcères  perforés  en 
péritoine  libre;  j’ai  été,  de  même,  étonné  de  voir  M.  Duvat 
mentionner  comme  guérie  une  gastro-pylorectomie  faite  par 
Leriche.  Celui-ci,  dans  la  communication  à  laquelle  M.  Duval 
fait  allusion,  avait  relaté  l’histoire  d’un  malade  qui  avait  guéri  à 
la  suite  d’un  enfouissement  avec  gastro-entérostomie  et  qui  a 
succombé  sept  mois  plus  tardé  la  suite  d’une  gastro-pylorectomie- 
secondaire.  Comme  les  callosités  semblaient  s’être  développées- 
depuis  la  première  opération,  Leriche  écrit  simplement  que  s’il 
avait  fait  primitivement  la  pylorectomie  «  il  a  le  sentiment  que  son 
malade  serait  encore  en  vie  ».  Depuis  celte  époque,  M.  Leriche  a 
fait  une  pylorectomie  pour  ulcère  perforé,  la  seule  qu'il  ait  prati¬ 
quée.  Son  malade  est  mort.  Voici  l’observation  inédite,  telle  qu'il  a- 
bien  voulu  me  l’adresser  : 

Observation.  —  Homme,  quarante-cinq  ans,  ayant  depuis  trois  mois- 
des  tioubles  digestifs,  prend  le  16  mai  1922,  à  5  heures  du  matin,  une 
brusque  douleur  abdominale;  à  8  heures,  aspect  péritonéal,  pas  de- 
vomissement.,  ventre  dur  et  douloureux  en  haut,  pouls  à  100,  dyspnée. 
Examiné  à  11  heures.  Diagnostic  évident  de  perforation  d’ulcère. 

Opération  à  2  heures  de  l’après-midi  :  pus  lié  en  abondance;  énorme. 

(1)  Fii-sterer.  Wiener  /clin.  Woch.,  1918,  n°  24  (cité  d’après  Ulhrich). 


SÉANCE  DU  17  OCTOBRE 


1117 


masse  calleuse  de  la  région  pylorique  avec  très  petit  tiou  à  l'emporte- 
pièce;  enfouissement  absolument  impossible;  tout  déchire;  aaslro- 
pylorectomie  pénible  à  cause  des  adhérences  et  de  l’embonpoint.  Ana¬ 
stomose  postérieure  au  bouton. 

Suites  satisfaisantes  le  17  et  le  18;  le  soir  du  18,  agitation,  mauvaise 
nuit;  lavage  d’estomac  retirant  une  grande  quantité  de  liquide  noir; 
amélioration  énorme  consécutive  ;  le  20,  nouveau  lavage,  assez  bon  état, 
vents;  j’ai  l’impression  qu’il  va  guérir.  Mort  rapide  dans  la  nuit. 

Il  est  une  autre  critique  plus  importante  encore,  que  l’on  peut 
faire  aux  statistiques  de  notre  collègue,  celle  d’avoir  confondu, 
dans  un  même  bloc,  des  opérations  larges,  telles  que  des  gastro¬ 
pylorectomies,  et  de  petites  excisions  localisées  d’ulcères,  res¬ 
semblant  à  un  simple  avivement  des  bords  de  la  perforation. 

Lorsqu’on  lit  les  communications  de  M.  Du  val,  on  a  l’impres¬ 
sion  qu’il  met  en  opposition,  avec  le  traitement  classique,  les 
opérations  larges,  les  gaslro-pyloreclomies  segmentaires.  Le 
20  juin  1922,  il  nous  dit  :  «  Des  différents  travaux,  publiés  en 
France  et  à  l’étranger,  il  semble  résulter  clairement  que  la 

résection  de  l’ulcère  perforé  par  gastro-pylorectomie . (1)  ».  Le 

20  décembre  1922,  revenant  sur  la  question,  il  écrit  :  «  Une 
pylorectomie  est-elle  vraiment  une  opération  plus  shockante, 
plus  difficile,  plus  grave  qu’une  suture  avec  gastro-entérostomie 
complémentaire  (2)?  » 

En  fait,  les  statistiques  qu’il  nous  apporte  comprennent  un 
grand  nombre  d’excisions  limitées  d’ulcères. 

Sur  les  13  cas  de  la  clinique  de  Büdinger  (3),  rentrant  dans  la 
Statistique  faite  par  Duval,  on  trouve  7  résections  segmentaires 
et  6  excisions  limitées.  Dans  celle  de  la  clinique  d’Eiselsberg  (4), 
également  citée  par  Duval,  on  trouve  3  résections  segmentaires 
et  3  excisions  locales. 

Les  cas  de  Dehelly,  de  Basset,  de  Gatellier,  que  M.  Duval  a  fait 
figurer  dans  sa  statistique  générale,  correspondent  de  même  à 
de  simples  excisions.  Malgré  le  bruit  fait  autour  des  larges 
gastro-pylorectomies  segmentaires,  on  voit  que  la  statistique 
de  M.  Duval  contient  un  grand  nombre  de  petites  excisions 
•limitées  aux  bords  de  la  perforation. 

En  présence  d’un  malade,  notre  collègue  sait,  du  reste,  très 


<1)  Bail,  et  Mém.  de  la  Société  de  Chirurgie,  Paris,  1922,  t.  XLVill,  p.  856. 
*  (2)  Ibidem,  p.  1470. 

(3)  Prader  (Joseph).  Perforierte  Magen  und  Duodeoalgeschwüre.  Archiv  /. 
Idin.  Chir.,  Berlin,  1922,  t.  CXX,  p.  758. 

(4)  Schilnbauer  (Léopold).  S  al  z  sa  ires  Pepsin,  ein  physiologisches  Anti- 
septicum.  Arehio  f.  klin.  Chir.,  Berlin,  1922,  t.  CXX,  p.  124. 


1118 


SOCIÉTÉ  DK  CHIRURGIE 


bien  se  borner  à  ces  petites  interventions,  en  tous  points  compa¬ 
rables  à  la  pratique  généralement  suivie,  comme  le  montre  une 
observation  toute  récente  qu’il  m’a  aimablement  communiquée  : 

Observation.  —  Ulcère  perforé  de  la  face  antérieure  du  vestibule  pylo- 
rique.  Excision,  par  Pierre  Duval.  —  Homme  de  quarante  et  un  ans,, 
sans  passé  gastrique.  Début  des  accidents  remontant,  autant  que  l’on 
peut  en  juger,  à  quinze  heures.  Pas  de  début  net,  pas  de  douleur  en 
coup  de  poignard. 

Examen  le  4  janvier  1923  :  Ventre  ballonné,  sensibilité  diffuse  avec 
deux  points  très  douloureux,  fosse  iliaque  droite  et  creux  épigas¬ 
trique.  Pas  de  vomissements.  Pouls,  104  ;  température,  38°5.  Dia¬ 
gnostic  :  appendicite  ou  ulcère  perforé. 

Opéré  d'urgence.  Incision  iliaque  droite,  sérosité  louche  et  gélati¬ 
neuse  dans  tout  l’abdomen.  Appendice  intact.  Fermeture  sans  drainage. 

Laparotomie'  épigastrique.  Perforation  d’un  ulcère  vestibulaire  face 
antérieure,  perforation  eotnme  une  lentille.  L’induration  de  l’ulcère 
aux  bords  de  la  perforation  s'étend  sur  quelques  millimètres  seule¬ 
ment.  Excision  de  l'vdcère  aux  ciseaux  courbes  à  la  limite  des  tissus 
souples,  suture  à  trois  plans,  pas  de  drainage. 

Température  à  39°  pendant  cinq  jours.  Pouls  à  120.  Ventre  de  plus 
en  plus  ballonné.  Emission  de  gaz  au  troisième  jour.  Mort  de  péri¬ 
tonite  le  sixième  jour  au  soir  avec  40°  et  118  de  pouls. 

Examen  bactébiologiqoe  du  liquide  abdominal.  —  Aérobie  :  néga¬ 
tive  après  quatre  jours.  Anaérobie  :  streptocoques  en  chaînettes 
moyennes,  8  à  10  éléments.  En  repiquage  sur  gélose,  longues  chaî¬ 
nettes  de  streptocoques,  et  nombreux  bacilles  trapus,  courts,  Gram  + 
(entérocoques). 

Culture  de  l'ulcère  excisé.  —  Musculeuse  :  aérobie  et  anaérobie  néga¬ 
tives  après  quarante-huit  heures;  sous-muqueuse  :  aérobie  et  anaérobie 
négatives  après  quarante-huit  heures. 

Examen  anatomo-pathologique.  —  Ulcère  ancien  typique  avec  endar- 
térite  oblitérante.  A  la  surface  du  péritoine  on  trouve  des  germes 
nombreux  (streptocoques,  quelques  bactéries). 

Autopsie.  —  Péritonite  purulente  avec  gros  foyers  sous-hépatiques. 

À  notre  connaissance,  ni  M ..  Duval,  ni  aucun  de  ses  élèves  n'ont 
encore  eu  recours ,  en  présence  d’une  perforation  d’ulcère  en 
péritoine  libre,  à  ces  opérations  larges  de  gastro-pylorectomie  contre 
lesquelles  s’esl  si  vigoureusement  élevé  notre  collègue  Lecène. 

Nous  le  spécifions,  parce  que  la  lecture  un  peu  superficielle  des 
communications  de  M.  Duval  a  fait  croire  qu’il  pratiquait  cou¬ 
ramment  ces  opérations.  On  le  trouve  déjà  cité  à  l’étranger 
parmi  ceux  qui  ont  pratiqué  la  gastro-pylorectomie  dans  l’ulcère 
perforé  (1). 

fl)  Francesco  Niosi.  Suite  perforazioni;  libéré  d-elP  ulcéra  gaslriea  cod 
particolare  riguard'o-  alfa  terapia.  Annali  italiani  di  Chirurgia  Napoli, 
décembre  1922,  t.  t,  p.  866'. 


SÉANCE  DU  17  OCTOBRE 


1119 


Certes,  dans  les  deux  cas,  qu’on  fasse  une  simple  excision  de 
l’ulcère  ou  qu’on  fasse  une  gastrectomie  segmentaire,  on  pour¬ 
suit  le  même  but  :  la  suppression  de  la  lésion.  Mais,  au  point  de 
vue  de  la  technique  opératoire,  il  y  a,  entre  les  deux  opérations, 
une  différence  absolue.  L’excision,  suivie  de  suture,  se  rapproche 
beaucoup  plus  du  simple  enfouissement  que  de  la  gastrectomie; 
c’est  pratiquement  une  suture  précédée  d’avivement. 


Ces  quelques  remarques  faites,  je  vais  chercher  à  préciser  ce 
qui  se  dégage  des  faits  apportés  à  notre  tribune.  Je  les  ai  relevés 
à  partir  des  derniers  mois  de  1920.  En  octobre  s’était  terminée 
une  discussion  que  notre  collègue  Duval  avait  clôturée  en  rejetant 
la  gastro-entérostomie,  le  chirurgien  ne  devant  avoir  qu'une 
préoccupation,  «  celle  de  sauver  la  vie  au  malade  ».  Sa  conclu¬ 
sion  était  :  «  Il  faut  se  contenter  de  la  suture  de  l’ulcère  perforé.  » 

Comme  vous  l’avez  vu,  la  question  a  bien  évolué  en  deux  ans  ; 
notre  collègue  Duval,  dans  une  série  de  communications  et  do 
rapports,  non  seulement  n’a  plus  considéré  qu’une  courte  prolon¬ 
gation  de  l'acte  opératoire,  comme  une  gastro-entérostomie,  pou¬ 
vait  aggraver  l'état  des  malades,  mais  il  a  défendu  avec  talent, 
bien  que  d’une  manière  un  peu  théorique,  les  larges  résections 
segmentaires.  Nous  allons  voir  ce  qui  résulte  des  observations 
que  vous  avez  publiés.  Pensant  qu’il  est  important  de  discuter 
sur  un  nombre  de  faits  aussi  grand  que  possible,  j’ai  demandé  à 
nos  jeunes  collègues  chirurgiens  de  garde  de  vouloir  bien  mo 
communiquer  le  relevé  de  leurs  opérations  au  cours  de  ces  der¬ 
nières  années. 

A  l’exception  de  MM.  Jean  Derger  et  Desplats  qui  n’ont  pas 
compris  l’intérêt  d’une  statistique  intégrale  de  nos  hôpitaux, 
tous  ont  répondu  à  mon  appel,  je  les  remercie  de  leur  grande 
amabilité,  et  vous  demande  la  permission  de  résumer,  sous  forme- 
de  tableaux,  leurs  opérations. 

1.  —  Suture  ou  enfouissement  (33  cas.  13  morts). 


1.  Basset  ...  H.,  50  11-  heures.  Perforation  pylorique.  Su-  Guérison. 

tures.  Drain,  du  Douglas. 

2.  Basset  ...  F.,  62  Plus. jours.  Opérât,  in  extremis,  2  per-  Mort. 

forations  du  canal  py- 
loro-duodénal.  Suture 
d’une  perforation. 


il20 


SOCIÉTÉ  DE  CUIRURUiE 


3.  CaOENAT  .  .  . 

4.  Capette  .  .  . 

5.  Cauchoix  .  . 

6.  Deniker  .  .  . 

7.  Deniker  .  .  . 

8.  Denikir  .  .  . 

9.  Deniker  .  .  . 

40.  Deniker  .  .  . 

11.  Guimbellot  . 

12.  Guimbellot  . 


H.,  49  14  heures. 

H  ,  îi  6  heures. 
H.,  48  20  heures. 

II.,  46  24  heures. 

H  ,  39  30  heures. 

H.,  23  7  heures. 

F.,  30  5  heures. 

H.  ?  7  heures. 

H.,  35  4  heures. 

H.,  62  4  heures. 


13.  Guimbellot  . 

14.  Houdabd.  .  . 

15.  Houdard.  .  . 

16.  Küss  .... 

17.  ■  Mathieu  .  .  . 

18.  Mondor  .  .  . 


H.,  54  24  heures. 

H.,  30  8  heures. 

H.,  40  48  heures. 

H.,  39  6  h.  1/2 

H.,  40  24  heures. 
H.,  36  6  h.  1/2 


Perforation  lenticulaire  de 
l’antrepylorique.  Suture. 
Epiplooplastie.  Drain  py- 
lurique  et  dr.  sus-pubien. 

Perfor.  à  gauche  du  pylore. 
Suture.  Epiplooplastie. 
Pas  de  drain. 

Large  perfor.  d'un  ulcère  de 
l'angle  duodénal.  Epan¬ 
chement  séro-purulent. 
Suture  pénible,  renforcée 
par  l'accotement  du  fond 
de  la  vésicule. 

Perf.  d’un  ulcère  de  la  pe¬ 
tite  courbure  au  milieu 
d’un  tissu  lardacé,  fria¬ 
ble.  Enfouissement.  Epi¬ 
plooplastie.  Drain. 

Perfor.  lenticulaire  de  la  ré¬ 
gion  py torique.  Enfouis¬ 
sement.  Drain. 

Perf.  de  la  rég.pylor.  Sut.  à 
2  plans.  Pas  de  drainage. 

Perf.  punctiforme  d’un  ul¬ 
cère  de  la  pet.  courb.  Sut. 
Epiplooplast.  Drainage. 

Perf.  punctiforme  d’un  ul¬ 
cère  du  duodénum.  Sut. 
Epiplooplastie.  Drain. 

Perf.  de  la  rég.  pyl.  Gaz.  et 
liquide  grisâtre  dans  le 
ventre.  Suture.  Drain. 

Perf.  de  la  pet.  courb.  au 
centre  il’une  masse  in¬ 
durée  ;  quelq.  adhérences 
molles  du  foie;  au  mo¬ 
ment  de  leur  décollem. 
écoulem.  abond.  du  con¬ 
tenu  gastr.  Les  sutures 
coupent.  Epiplooplastie. 

Perfor.  pylorique  à  bords 
calleux,  liquide  louche 
dans  le  ventre.  Suture. 

Perfor.  du  duodénum.  En¬ 
fouissement.  Drainage. 

Perfor.  d'un  ulcère  calleux 
de  la  petite  courbure.  Su¬ 
ture.  Epiplooplastie. 

Perfor.  pièce  de  D  fr.  50  sur 
le  vers,  actér.  de  la  pet. 
courb.  Contenu  aliment, 
dans  le  ventre.  Enfouiss. 
Drain  sus-pubien. 

Peti'e  courbure,  péritonite 
purul.  Enfouissement. 

Perfor.  de  Vantre  pylor.  ; 
liquid.  louche  dans  le 
ventre.  Enfouissement. 
Drain  sous  hépatique. 


Mort  le  7' 
j.  (collic- 
tion  supp. 
iliaqnel. 
Guérison. 


Mort  le  4» 


M.^au  bout 


Mort  ^  en 


Guérison. 


Guérison. 


Guérison. 


Guéri’son. 


Mort  le  3e 
jour. 

Guérison. 

M.leîO'j.pé- 
ritoii  par 
insuffisance 

Guérison. 


Mort. 

Guérison. 


SÉANCE  DU 

17  OuTOBBti  1121 

nature  des  LÉSIONS  KÉSUiTAT 

— 

19.  Mondoh  .  .  . 

H.,  72 

13  heurt  s. 

Perfor.  py torique.  Enfouis-  Guérison, 
sement.  Pas  (Je  drainage. 

20.  Monod  (Rob.). 

H.,  40 

4  h.  1/2 

Perfor.  d'antre  pylorique.  Guérison. 
Suture.  Epipluoplaslie. 

2t.  Monod  (Rob.). 

H.,  57 

3  h.  1/2 

Perfur.  d’unulous  géant  de  ilort  Ie  jour 
la  petite  courbure,  feu-  probabiem. 

ture.  Drain.  liAtn.  int. 

22.  Moore.  .  .  . 

I).,  59 

5  heures. 

P.rfor.  d'un  ulcère  calleux  Guérison, 
de  la  pet.  courb.  Suture. 

23.  Okinczyc.  .  . 

H.,  40 

24  heures. 

Perforation  du  duodénum.  Guérison, 
Enfouissement.  Epiploo- 
plastie. 

2t.  Okinczyc.  .  . 

H.,  64 

4  jours. 

Perfor.  d’ulcère  pylorique  Cutr.-eatf.3j. 
aveu  péritonite  localisée  après  pour 

au  côté  droit.  Sului  e.  aceid.  de 

25.  Picot  .... 

H.,  50 

12  heures. 

Perforation  du  duodénum.  Guérison. 

26.  Picot  .... 

H.,  20 

22  h.  1/2 

Perfor.  du  duodénum.  Pé-  Mort  en 
ritonite.  Sut.  Tamponne-  2  jours. 

21. 'Picot  .... 

H.,  60 

52  heures. 

Perfor.  <'e  la  petite  cour-  Mort  sur 
bure.  Péritonite.  Suture.  latable. 

28.  PifcOT  .... 

H.,  55 

10  heures. 

Perfor.  comme  pièce  de  Guérison. 

0  fr.  50  sur  la  petite 
courbure.  Suture. 

29.  Roux-Bergeh. 

?  48 

10  jours. 

Perfor.  duodénale.  Suture.  Mort. 

30.  Tô.opet  .  .  . 

H.,  31 

33  heures. 

Perforation  du  duodénum.  Mort. 

31.  Toupet  .  .  . 

H.,  37 

10  heures. 

Perfor.  du  duodénum.  Su-  Guérison, 
ture.  Drain  sus-pubien. 

32.  Toupet.  .  .  . 

H.,  63 

28  heures. 

Perfor.  du  duodénum.  Su-  Guérison, 
ture.  Drain  sos-pubien. 

33.  Toupet  .  .  . 

H.,  48 

26  heures. 

Perfur.  du  duodén.  Oblit.  Guérison, 
avec  le  foie  et  la  véi.  bi¬ 
liaire.  Drain  sus  pubien. 

U. —  Suture 

après  excision  ou 

thermo-cautérisation  de  l’ulcère 

5  moits;. 

opérateur 

SENE 

NATU^DESI^IONS  RÉSULTAT 

i.  Basset  .  .  . 

H.,  44 

2  heures. 

Perfor. pylorique. Th-rmo-  Guérison, 
cautérisation.  Suture.  , 

2.  Basset  .  .  . 

H.,  34 

36  heures. 

Perfur.  petite  courbure.  Guérison. 
Thermo.  Suture. 

3.  Basset  .  .  . 

H.,  53 

12  heures. 

Perfor.  pylorique.  Thermo.  Guérison. 

4.  Basset  .  .  . 

H,  40 

9  heures 

Perfor.  d’un  ulcère  calleux  Guérison, 
de  la  petite  courbure. 

Thermo.  Suture. 

5.  Basset  .  .  . 

F.,  30 

.8  heures. 

Perfor.  pylorique.  Thermo.  Guérison- 
Suture.  D.ain  pelvien. 

6.  Basset  .  .  . 

il.,  33 

26  heures. 

Perforation  pylorique.  Ex-  Guérison, 
cision.  Suture. 

7.  Basset  .  . 

H.,  33 

7  heures. 

Perfor.  de  l'angle  duo-  Guérison. 
déliai.  Thermo.  Suture. 

Ü22 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


8.  Capette  .  .  . 

9.  Ciucuoix  .  . 

10.  Küss . 

H.  Martin  .  .  . 
12.  Martin  .  .  . 

1S.  Martin  .  .  . 

14.  Mart.n  .  .  . 

15.  Martin  .  .  . 

16.  Moure.  .  .  , 

17.  Moure.  .  .  . 

18.  Moure.  .  .  . 

19.  Moure.  .  .  . 


H.,  33  4  heures. 

H.,  33  10  heures. 
H.,  66  3  heures. 

II.,  48  30  heures. 
H.,  21  28  heures. 

H.,  60  7  heures. 

H.,  24  5  heures. 

H.,  32  9  h.  1/2 

H-,  49  34  heures. 

H.,  36  4  heures. 

F.,  29  13  heures. 

II.,  24  5  h.  1/2 


Perfor.  lenticulaire  du  ca-  Guérison. 
nalpylor .;  gazet  liq.dans 
abdomen. Sut.  Nettoyage 
à  l’éther.  Pas  de  drain. 

Perforation  à' antre  pylo-  Guérison. 
rique.  Excision.  Suture. 

Perfor.  de  pet.  court.; boüil-  Mort, 
lonsaleetdébrisalimenf. 
dans  le  ventre.  Thermo. 
Sut.Epiplooplast.  Drain. 

Perfor.  d'antre  pytorique.  Guérison 
Excision.  Suture.  Lavage 
éther.  Drain  sous-hépat. 

Perfor.  pylor.  Excis.  Sut.  Mort  3  j. 
Epiplooplastie.  Lavage  périton. 
éther.  Drain  sous-hépa¬ 
tique  et  dans  le  Douglas. 

Perf.  au  vois,  de  pet.  courb.  Mort  le  9e 
Excis.  Suture  difficile  à  j.  (périt, 

cause  de  friabilité.  Drain  après  fis- 

sous-hépatique.  tulegas 

Perfor. pytorique.  Excision.  GuSr.  (maigri 
Sut.  Epiplooplast.  Drain,  une  plileg- 
sous-hépat.  et  du  Dougl.  matin). 

Perf. de faceant. d'estomac.  Guérison. 
Excision.  Suture.  Lavage 
éther.  Drain  sous-hépat. 

Perfor.  du  duodénum;  pé-  Guérison, 
riton.  (streptocoques  et 
diplocoques).  Thermo. 
Enfouissement.  Ether. 

Perforation  du  duodénum.  Guérison. 
Excision.  Suture. 

Perfor.  du  duodénum.  Ex-  Mort  9  h. 
cinion.  Sut.  Opération  (collap- 
très  simple  sous  rachi-  sus), 
anesthésie. 

Perforation  du  duodénum'.  Guérison. 
Excision.  Sut.  Fixation 
de  la  vésicule  sur  la  sut. 


111.  —  Oblitération  de  la  perforation  et  gastro-entérostomie 
(20  cas,  8  morts). 


4.  Bazy  (L.)  .  . 


AGE  ÉCOULÉ 

H.,  48  9  heures. 

H.,  47  7  heures. 

F.,  65  13  heures. 

IL,  27  5  heures. 


NATURE  DES  LÉSIONS 
OPÉRATIONS 

Perf.  pytorique.  Thermo¬ 
cautérisation.  Suture. 
Gastro-entérostomie. 

Perfor.  de  la  part.  moy.  de 
la  face  ant.  de  l'estom. 
Excis.  Suture.  Gaslro- 
entérost.  Drain  pelvien. 

Large  perfor.  d'un  ulcère 
call.  de  la  petite  cour¬ 
bure.  Suture.  Gastro- 
entér.  Drain  du  Douglas. 

Perfor.  pylor.  Suture.  Gas- 
tro-eniér.  Pas  de  drain. 


Guérison. 


Mort. 


Mort. 


SÉANCE  DC  17  OCTOBRE 


1123 


OPÉRATEUR 


RÉSULTAT  ' 


S.  Bazy  (L.)  .  . 


6.  Cadenat  . 
1,  Cadenat  . 


8.  Cauchois  .  . 

9.  Cauchoix  .  . 

10.  Houtard.  .  . 

11.  Mathieu.  .  . 

12.  Moxdor  .  .  . 

13.  Mondor  .  .  . 

15.  Okinczyc  .  . 

16.  Okincztc  .  . 

17.  Okinczyc.  .  . 

18.  Roux-Berger. 

19.  Toupet  .  .  . 

20.  Toupet  .  .  . 


H.,  45 

II.,  23 

H.,  38 

II.,  31 
H.,  50 

H.,  39 
F.,  17 

H.,  31 
H.,  53 

H.,  35 
II.,  33 
H.,  57 


H.,  40 
H.,  23 


5  h.  1/2  Larg.perfor.  rfMorfp'n.trans- 
X  versa'e  à  ras  du  paner. 
Pus  dans  abdomen.  Sut. 
Epiploopl.  Gastro-enté- 
rost.  Drain. 

12  heures.  Perfor.  pylorique.  Suture. 

Gsslro-entérost.  Drain. 

5  heures.  Perl,  du  duodénum.  Sut. 

Gastro-entér.  Drain  sous- 
hép.  et  dans  fosse  iliaque. 


12  heures.  Perf.  d'un  ulcère  calleux  de 
pel.  courb.  \  liq.  félide 
dans  le  ventre.  Enfouis¬ 
sement.  Gastr.-entérost. 
3  heures.  Perfor.  de  duodénum.  Sut. 

Gastr.  ent.  Pas  de  drain. 
17  heures.  Perf.  (pièce  0  fr.  50)  d’un 
ulcère  prépylorique.  En- 
fouiss.  Gastr.-eutérost. 

20  heures.  Perf.  derég.  pylor .  ;  grosse 

masse  pylor.  adhérente. 
Suture.  Gastr.-entérost. 

5  heures.  Perfor.  d’un  ulc.  calleux  du 

pylore  Gaz.  et  liq.  brun, 
dans  le  ventre.  Enf.  Epipl. 
Gastr.-ent.  Pas  de  drain. 
3  heures.  Perf.  d’un  ulc.  calleux  du 
pylore.  Enf.  Gastroentér. 
36  heures.  Large  perf. d’ulrère  calleux 
du  pylore.  Enf.  Gastro- 
entérostomie. 

21  heures.  Perf.  d'ulcère  pylor.  Sut. 

Gastro-entér.  au  bouton. 
30  heures.  Perf.  dundénale.  Enfouis¬ 
sement.  Gastro-antér. 

30  heures.  Perf.  duodénale.  Enfouiss. 

Gastr. -entér.  au  bouton. 

6  heures.  Perfor.  duodénale.  Suture. 

Gastro-entérostomie. 

36  heures.  Perfor.  duodénale.  Suture 
difficile.  Gastro-entér. 

5  h.  1/2  Perfor.  duodénale.  Suture. 

Gastro-entérostomie. 


Guérison. 

»■  0*  Mj- 

Guérison- 

Guérison. 

Mort  (45 
heures). 

Mort  (le  4e 
jour). 

Guérison. 

Guérison. 

Mort. 

Guérison. 

Guérison. 

Guérison. 

Mort. 

Guérison. 


IV.  —  Résections  gastriques  segmentaires  (13  cas,  5  morts). 


OPÉRATEUR 


1.  Cadenat.  .  .  H.,  47  5  h.  1/2  Perf.  (pièce  de  1  fr. )  petite  Guérison. 

courb.  avec  indur.  étend. 

Gastr.-pyi.  Dr.  et  tampon. 

2.  Cadenat  .  .  .  H.,  50  16  heures.  Perf.  de  pet.  courb.  admet-  Mort. 

tant  2  doigts,  indur.  étend. 
Gastro-entérostomisé  2 
mois  aupar.  Gast.-pylor. 

3.  Cadenat  .  .  .  II.,  31  4  h.  3/4  Perfor.  juxta-pylorique  du  Guérison. 

duodénum.  Pylorectom. 


4124 


SOCIÉTÉ  DE  CHIKUHGIE 


RÉSULTAT 


i.  Capbtte  ...  11.,  29 

5.  Mathieu.  .  .  11.  ? 

6.  Mathieu.  .  .  F.  ? 

7.  Monod  (R.)  .  II.,  25 

8.  Moure.  .  .  .  11.,  33 


6  heures.  Perfor.  de  la  lre  portion  du 
plaque  imurèe.  Pylorec. 
8  heures.  Perf.  mimisc.de  la  face ant. 

dupyl.  Indur.  de  la  paît, 
post.  Pylorectomie  (11  y 
avait  en  arrière  un  ul¬ 
cère  calleux  avec  niche). 

1  heure.  Perfor.  d’ulc.  géant  de  la 

pet.  courb.  à  la  suite  d'un 
lav.  d'estoin.  Gastrectom. 

2  heures.  Perf.  de  pet.  courb.  qu'on 

ne  pentsulureren  raisin 
des  callosités.  Gistrecto- 
mieetgastr.-entérostom. 
5  heures.  Perf.  d'un  ulc.  call.  du  duo¬ 
dénum.  Pylorectom.  dif¬ 
ficile  à  cause  d’adh.  post. 
Gastro-entérost.  et  fer¬ 
meture  des  deux  bouts. 


9.  Sauvé  .  .  . 

10.  Sauvé  .  .  . 

1 1.  Sauvé  .  .  . 


II.,  27  10  heures. 
H.,  30  6  heures. 

H.,  33  12  heures. 


Perfor.  pylorique  (pièce  de 
1  franc).  Pylorectomie. 
Large  ulcère  perforé  pylo- 
rique.  Pylorectomie. 
Perforation  pylorique.  Py¬ 
lorectomie. 


12.  Sauvé  .  .  .  .  H.,  33  11  heures.  Perforation duodénale.  Py¬ 

lorectomie. 

13.  Sauvé  ....  H.,  29  5  heures.  Pertonlioaduodénale.  Py¬ 

lorectomie. 


Guérison. 

Guérison. 


Mort  le  9e. 
jour  de 

Guérison. 


Mort  le  3' 
jour. 


Guérison. 

Guérison. 

Mort  (6®  j. 

périton .  ) . 
Mort  (6e  j. 

embolie). 
G  lérison. 


Ces  85  observations,  rapprochées  des  115  apportées  à  notre 
tribune,  au  total  200  cas,  vont  nous  permettre  de  fixer  un  certain 
nombre  de  points,  en  dehors  même  de  la  question  du  traitement, 
objet  de  notre  discussion. 

Fréquence  relative  et  siège  des  perforations  ulcéreuses  de  l'esto¬ 
mac  et  du  duodénum.  —  Sur  187  cas,  dans  lesquels  le  siège 
de  la  perforation  est  indiqué,  nous  trouvons  116  perforations  de 
l’estomac,  71  perforations  du  duodénum.  En  fait,  le  nombre  des 
perforations  duodénales  est  plus  considérable  que  ne  l’indique 
notre  relevé.  Nous  avons  rangé  dans  les  perforations  de  l’estomac 
tous  les  faits  étiquetés,  perforation  pylorique,  perforation  de  la 
région  pyloro-duodénale.  Dans  les  opérations  qu’il  a  intérêt  à 
exécuter  avec  rapidité,  le  chirurgien  ne  perd  pas  de  temps  à  fixer 
avec  précision  le  siège  de  la  perforation  par  rapport  au  sphincter 
pylorique,  un  certain  nombre  de  perforations  de  la  portion 
duodénale  juxta-pylorique  sont  certainement  rangées  dans  les 
perforations  pyloriques. 

Lorsque  la  perforation  siège  sur  l’eslomac,  elle  occupe  le  plus 
souvent  la  région  pylorique;  nous  en  avons  trouvé  66  cas,  dont 
3  seulement  sur  la  face  postérieure  (Lecène,  Gatellier,  Sencert)  ; 


SÉANCE  DU  17  OCTOBRE 


1125 


vient  ensuite  la  région  de  la  petite  courbure  (42  cas,  dont  1  sur 
la  face  postérieure);  les  perforations  de  la  face  antérieure  du 
corps  de  l’estomac  n'ont  été  notées  que  dans  7  observations. 

Lorsque  la  perforation  siège  sur  le  duodénum  elle  se  trouve 
presque  constamment  sur  sa  première  portion,  face  antérieure. 
Sur  71  cas,  3  fois  seulement  elle  se  trouvait  au  niveau  de  l'angle 
de  la  première  et  de  la  deuxième  portion  (Basset,  Cauchoix, 
Kümmer),  3  fois  sur  la  deuxième  portion  (Delagenière,  Delbet, 
Hartmann),  1  fois  à  ras  du  pancréas  (Louis  Bazy). 

Sexe.  —  Sur  185  observations,  où  le  sexe  est  indiqué',  nous 
trouvons  173  hommes  et  IL  femmes  seulement.  La  différence  est 
encore  plus  grande  si  nous  envisageons  séparément  les  perfora¬ 
tions  du  duodénum  (68  hommes,  1  femme). 

Age.  —  Le  plus  grand  nombre  des  cas  a  été  observé  entre  30 
et  39  ans.  *Sur  173  cas,  où  l’âge  se  trouvait  indiqué,  nous 
trouvons  : 


15  à  19  ans . 9  cas. 

20  à  29  - .  35  — 

30  à  39  - . 57  - 

40  à  49  — . 36  — 

50  à  59  - .  25  - 

60  à  69  — .  S  — 

70  à  74  - .  3  — 

Anatomie  pathologique.  —  Je  n’ai  trouvé  dans  les  observations 
que  vous  avez  apportées  que  peu  d’examens  anatomo-patholo¬ 


giques  détaillés.  Il  semble  bien  que,  dans  quelques  cas,  on  se  soit 
certainement  trouvé  en  présence  d’ulcères  chroniques  perforés. 
Lecène  précise  dans  une  de  ses  observations,  que  toutes  les 
tuniques  de  l’estomac  étaient  sclérosées.  Mais,  en  regard  de  ce 
fait  on  en  trouve  d'autres  où  l’on  note  que  les  parois  de  l’ulcère 
étaient  constituées  par  un  amas  de  leucocytes  polynucléaires 
dans  des  tissus  dégénérés  et  nécrûtiques,  sans  la  moindre  sclérose 
autour  de  l’ulcère  (Mondor  et  Boppe).  Dans  plusieurs  cas, 
l’existence  d’un  processus  inflammatoire  aigu  sur  une  lésion 
chronique  est  nettement  établie.  Sur  un  ulcère  excisé  parGatellier, 
Moutier  constate  «  au  centre  d’un  ulcère  chronique  une  perfora¬ 
tion  entourée  d’une  réaction  inflammatoire  aiguë,  la  perforation 
équivalant  en  quelque  sorle  à  la  rupture  d’un  petit  abcès.  »  Sur 
une  pièce  de  gaslro-pylorectomie  faite  par  Robert  Monod,  l’exa¬ 
men  hislologique,  fait  par  de  Gennes,  permet  de  constater  qu’il 
s’agit  de  «  la  perforation  d’un  ulcère  chronique  calleux,  au  cours 
d’une  poussée  de  gastrite  aiguë  ».  L’importance  des  poussées 
inflammatoires  aiguës  au  cours  de  la  perforation  des  ulcères  se 
trouve  encore  établie  par  des  observations  cliniques,  telles  que 


"H  26 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


celle  de  Braine  où,  au  moment  de  l'intervention,  l'opérateur  avait 
cru  se  trouver  en  présence  de  la  perforation  d’un  vaste  ulcère 
calleux  et  où,  trois  mois  après,  réintervenant  pour  des  accidents 
de  sténose  consécutifs  à  l’enfouissement  de  l’ulcère,  il  constatait 
que  la  large  infiltration  gastrique,  notée  au  moment  de  la  première 
opération,  avait  totalement  disparu. 

Avant  d’en  terminer  avec  l’anatomie  pathologique  des  ulcères 
perforés,  je  dois  vous  rappeler  qu’au  cours  de  la  discussion  on  a 
apporté  à  cette  tribune  5  observations  de  perforation  de  cancers 
(Baudet,  Delagenière,  Miginiac,  Savariaud,  Tecqmenne).  À  ces 

5  cas,  je  puis  en  ajouter  un  sixième,  récemment  observé  dans 
mon  Service. 

Observation.  —  Cancer  perforé  de  l'estomac.  Excision.  Guérison  opéra¬ 
toire.  Mort  deux  mois  plus  tard.  —  Homme,  soixante-trois,  ans  entré  te 

6  avril'ï 923  dans  le  service  du  professeur  Hartmann.  Depuis  huit  mois 
il  a  de  temps  à  autre  quelques  douleurs  d’estomac;  ces  douleurs,  qui 
au  début  ne  survenaient  qu’une  à  deux  fois  par  semaine,  sont  deve¬ 
nues  quotidiennes  pendant  les  cinq  derniers  mois.  Elles  apparaissent 
trois  à  quatre  heures  après  les  repas,  occupent  la  région  épigastrique, 
quelquefois  la  région  ombilicale  et  s’accompagnant  de  nausées,  rare¬ 
ment  de  vomissements,  ceux-ci  verdâtres  et  amers  calment  immé¬ 
diatement  la  douleur.  Le  5  avril,  il  entre  dans  le  service  du 
docteur  Dalché.  A  22  heures,  étant  aux  water-closet,  il  est  pris  d’une 
douleur  abdominale  très  violente  et  d’un  vomissement  saDglani.  La 
douleur  occupe  la  moitié  droite  de  l’abdomen.  Le  lendemain  6  avril  on 
le  fait  passer  en  chirurgie. 

Malade  amaigri,  mauvais  faciès,  a  souffert  énormément  toute  la 
matinée.  Anxiété.  Itespirations  superficielles  et  rapides.  Le  ventre  est 
tendu,  ballonné,  non  dépressible,  contracturé.  La  palpation  n’est  pas 
très  douloureuse  (le  malade  a  eu  une  injection  de  morphine),  seul 
l’épigastre  est  sensible.  Sonorité  tympanique.  Pouls  bien  frappé  ; 
température  38°4. 

Opération  le  6  avril  à  1b  heures  par  MUe  Pommay.  A  l’ouver¬ 
ture  du  ventre,  il  s’échappe  des  gaz  et  il  s’écoule  un  peu  de  liquide- 
trouble.  Au  niveau  de  la  petite  oouibure,  on  voit  au  centre  d’un  ulcère  - 
calleux  une  perforation  de  la  grandeur  d  une  lentille.  Les  tissus  se 
déchirent  sous  les  points  de  suture,  on  résèque  la  masse  calleuse  ;  la 
brèche  large  comme  une  pièce  de  2francsest  refermée  par  deux  plans 
de  suture.  Gastro-entérostomie  postérieure.  Suture  de  la  paroi  à  un 
plan  avec  des  fils  de  bronze.  Un  drain  au  niveau  de  la  perforation  ; 
un  deuxième  draiu  est  introduit  par  une  boutonnière  sus-pubienne 
jusqu’au  fond  du  cul-de-sac  de  Douglas  d’où  sort  une  assez  grande 
quantité  de  liquide  séro-purulent. 

L 'examen  microscopique  fait  par  mon  collègue  Mençtrier  montre 
qu’il  ne  s’agissait  pas  d’un  ulcère,  mais  d’un  épithélioma  glandulaire 
gastrique  éncore  typique  et  infiltrant  la  couche  musculaire. 


SÉANCE  DU  17  OCTOBRE 


1127 


Suites  opératoires.  —  Le  11,  ablation  du  drain  épigastrique;  le 
10,  ablation  du  drain  sus-pubien.  Le  14,  une  anse  intestinale  'sort  par 
l’orifice  de  ce  drain  ;  lavage  de  l’anse  au  sérum,  réduction,  fermeture 
avec  un  petit  drain.  Guérison. 

Le  malade,  après  avoir  passé  quelques  jours  chez  lui,  rentre  à 
l’hôpital  le  25  inai  pour  des  douleurs  abdominales,  augmentant  pro¬ 
gressivement,  des  vomissements  et  une  constipation  intense.  On  arrive 
cependant  à  avoir  des  garde-robes  à  la  suite  de  lavements.  Peu  à 
peu  le  malade  qui  refuse  toute  alimentation,  se  cachectise  de  plus  en 
plus  et  meurt  le  1 1  juin  1923. 

Autopsie.  —  Il  existait  une  occlusion  incomplète  par  adhérences  à 
la  ejcatrice  sus-pubienne  d’une  anse  grêle,  située  à  20  centimètres  du 
cæcum.  Le  long  de  la  petite  courbure,  série  de  ganglions  gros  comme 
des  haricots.  Au  niveau  de  la  petite  courbure  et  du  pylore,  tumeur  du 
volume  d’une  noix  verte.  C’est  à  la  partie" supérieure  de  cette  masse 
sur  la  petite  courbure  que  se  trouve  la  cicatrice  de  l’opération  primi¬ 
tive.  L’estomac  ouvert,  on  constate  que  la  tumeur  infiltre  toutes  les 
tuniques  et  fait  saillie  dans  la  cavité  gastrique,  rétrécissant  la  lumière 
pylorique.  La  bouche  de  gastro-entérostomie,  située  à  6  ou  7  centi¬ 
mètres  du  pylore,  est  bien  perméable. 

Nous  n’avons  pas  fait  figurer  ces  6  cas  dans  notre  statistique 
d’ulcères  perforés.  Il  nous  a  néanmoins  paru  intéressant  de  les 
rappeler  ici;  ils  montrent  que  la  perforation  des  cancers  de 
l’estomac  en  péritoine  libre  n’est  pas  aussi  exceptionnelle  qu’on 
■pourrait  le  croire  à  la  lecture  de  nos  classiques  (1)  [6  cas 
sur  20S  perforations  spontanées  de  l’estomac,  soit  près  de 
3  p.  100;]. 

Septicité  du  liquide  épanché  dans  l'abdomen.  —  Le  premier  en 
France,  Lecène  a  montré  que  les  liquides  épanchés  dans  l’abdo¬ 
men  à  la  suite  d’une  perforation  d’ulcère  peuvent  être  stériles. 
Cette  stérilité  se  trouve  mentionnée  dans  une  observation  de 
Gatellier  datant  de  32  heures,  dans  cinq  d’Oudard  et  Jean  opérées 
à  la  4e,  à  la  12°,  à  la  20e,  à  la  22'  et  à  la  30e  heure,  dans  une  de 
Charrier  opéré  à  la  13e  heure. 

Par  contre,  dans  un  cas  de  Duval  datant  de  13  heures,  on  a 
trouvé  des  streptocoques  et  des  entérocoques,  dans  un  de  Basset 
datant  de  8  heures,  on  a  trouvé  des  staphylopneumodiplocoques 
et  de  courtes  chaînettes  de  diplocoques,  dans  un  de  Charrier 
datant  de^8  heures,  des  diplocoques,  dans  un  de  Moure  datant  de 
34  heures,  des  streptocoques  et  des  diplocoques. 

(1)  «  Dans  le  cancer  la  rupture  de  l’estomac  dans  le  péritoine,  entraînant  à 
sa  suite  une  péritonite  suraiguë,  est  des  plus  rares. .»  Hàyem  et  Lion.  Maladies 
de  l’estomac,  in  traité  de  Médecine,  Paris  1913,  p.  459.  Jaisson  n'en  réunit 
que  8  observations  dans  sa  thèse  (Jaisson.  Les  perforations  du  é’anc'ér  de 
l’estomac.  Thèse  de  Paris,  1911,  n»  46). 


H  28 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


■  Delbet  a  trouvé  dans  2  cas  un  liquide  aseptique  (4  heures  et 
demie,  36  heures)  deux  fois  des  streptocoques  et  des  entérocoques 
(48e  heure  et  60e  heure),  il  ne  dit  pas  s’il  s’agit  de  perforation 
de  l’estomac  ou  du  duodénum. 

Ces  divers  faits  montrent  que  l’infection  des  liquides  n’est  pas 
en  rapport  nécessaire  avec  le  temps  écoulé  depuis  la  perforation. 
Notre  collègue  Duval,  nous  rappelant  des  travaux  allemands 
récents,  pense  que  la  non-septicité  du  liquide  est  en  rapport  avec 
son  acidité,  les  expériences  de  Schônbauer  ayant  montré  l’action 
bactéricide  du  mélange  pepsine  et  acide  chlorhydrique.  Malheu¬ 
reusement  les  faits  apportés  à  notre  tribune  ne  permettent  pas  de 
trancher  la  question,  l'acidité  ou  la  non-acidité  du  liquide  n’ayant 
pas  été  recherchée  dans  les  cas  où  l’on  a  fait  des  cultures.  Celte 
recherche  de  l’acidité  des  liquides  épanchés  n’a  été  faite  que  par 
Kümmer  dans  5  cas;  2  fois  le  liquide  était  acide  (un  ulcère  pylo- 
rique  à  la  5e  heure,  un  ulcère  duodénal  au  quatrième  jour),  3  fois  il 
était  alcalin  ;  il  s’agissait  de  trois  perforations  du  duodénum  à  la 
49,  à  la  7'  et  à  la  10e  heure;  mais  Kümmer  n’a  pas  recherché  la 
présence  des  bactéries  dans  ses  5  observations. 

Gravité  relative  des  ulcères  perforés  de  l'estomac  et  des  ulcères 
perforés  du  duodénum.  —  Dans  ces  dernières  années,  plusieurs 
chirurgiens  allemands  ont  insisté  sur  la  gravité  plus  grande 
des  perforations  duodénales,  l’attribuant  à  ce  que  le  milieu 
acide  de  l’estomac  était  peu  favorable  aux  pullulations  micro¬ 
biennes.  Le  relevé  des  observations  que  vous  avez  apportées 
confirme  cette  opinion  bien  que  la  différence  ne  soit  pas 
grande.  Sur  416  perforations  de  l’estomac,  nous  trouvons 
36  morts,  31  p.  100;  sur  71  perforations  du  duodénum,  24  morts, 
33,8  p.  100. 

Traitement.  —  Sur  un  point,  il  y  a  eu  accord  unanime,  l'impor¬ 
tance  de  l'opération  précoce ,  dans  les  douze  premières  heures.  Les 
faits  que  vous  avez  apportés  le  montrent  d’une  manière  indiscu¬ 
table  et  si,  de  la  sixième  à  la  douzième  heure,  la  mortalité  a  été 
un  peu  moindre  que  dans  les  six  premières  heures,  nous  la 
voyons  s’élever  immédiatement  et  dans  des  propositions  très 
considérables  à  partir  de  la  douzième  heure  (1). 

Sur  189  observations  dans  lesquelles  le  nombre  d’heures  écou- 

(1)  Cette  diminution  de  la  mortalité  après  les  toutes  premières  heures  se 
retrouve  dans  d’autres  statistiques.  Dans  le  relevé  général  de  H.  Brûnner  : 
21  opérations  dans  les  trois  premières  heures  ont  donné  6  morts,  28,56  p.  100  ; 
68  opérations  dans  les  quatre  heures  suivantes,  19  morts,  16,1  p.  100 ;  puis  la 
mortalité  s’élève,  cela  tient  peut-être  à  ce  que  le  malade  est  sorti  du  choc 
initial  et  que  les  accidents  septiques  et  toxiques  n’ont  pas  encore  eu  le 
temps  d’évoluer. 


SÉANCE  DU  17  OCTOBRE 


1129 


lé'es  entre  la  perforation  et  l’opération  était  indiqué,  nous  trou- 

14  6  heures .  66  opérations  13  morts  19  p.  100 

7  à  12  . heures .  50  —  8  —  16  — 

13  à  24  heures  ......  38  —  21  —  55  — 

Au  delà  de  la  24»  heure  .  .  36  —  20  —  55,5  — 

Si  nous  supprimions  de  notre  statistique  générale  les  gastro¬ 
pylorectomies,  qui  grèvent  la  mortalité  des  opérations  dans  les,- 
douze  premières  heures,  nous  aurions  : 

De  1  heure  à  6  heures  ...  51  opérations  9  morts  17,6  p.  100 

De  la  7»  heure  à  la  12»  heure.  45  —  4  —  8,88  — 

La  mortalité  après  la  vingt-quatrième  heure  n’augmente  pas, 
ce  qui  tient  à  ce  que  les  cas  particulièrement  graves  ont  déjà 
succombé  et,  que  chez  un  certain  nombre  de  malades,  les  lésions 
avaient  déjà  tendance  à  se  localiser.  Le  malade  de  Delbpt,  opéré  à  la 
quarante-huitième  heure  et  guéri,  «  n’élait  pas  dans  un  état  grave  ; 
les  lésions  étaient  limitées  par  une  couenne  fibrineuse;  il  aurait 
peut-être  guéri  sans  intervention  avec  un  abcès  et  une  fistule 
duodénale  ».  Un  malade  d’Okinczyc,  également  guéri  après  une 
opération  faite  au  bout  de  quatre  jours,  «  présentait  une  perfora¬ 
tion  de  l’antre  pylorique  avec  péritonite  localisée  au  cété  droit»,  etc. 

Le  point  sur  lequel  a  porté  la  discussion  est  celui  qui  a  trait  au 
meilleur  mode  de  traitement.  A  cet  égard  les  avis  ont  été  très  par¬ 
tagés.  Notre  collègue  Duval  s’est  montré  le  défenseur  convaincu1 
de  l’excision  des  ulcères  et  même,  bien  qu’il  ne  les  ait  jamais 
pratiquées,  des  opérations  larges,  telles  que  la  gastro-pylorec^ 
tomie. 

Cette  dernière  opération  ne  semble  pas  avoir  conquis  de  nom¬ 
breux  adeptes  dans  notre  Société.  Lecène  l’a  combattue  avec 
vivacité.  Guibé,  Baudet,  de  Martel,  Gosset,  moi-même,  l'avons 
rejetée.  Delbet  considère  que  l’indication  est  de  fermer  l’orifice 
en  réduisant  le  traumatisme  au  minimum.  Pour  Bréchot,  l’inter¬ 
vention  minima  est  la  règle  la  plus  sûre;  il  admet  la  gastro-enté¬ 
rostomie  complémentaire  comme  opération  de  vidange,  lorsqu’elle 
semble  nécessaire;  pour  lui,  la  gastrectomie  reste  une  opération 
exceptionnelle  quand  tout  enfouissement  et  toute  suture  sont 
impossibles.  Louis  Bazy,  Baudet,  Gosset,  Guibé,  Lecène,  Okinczÿc, 
Sencert,  moi-même  pensons  que,  toutes  les  fois  que  l’état  du 
malade  le  permet,  il  y  a  avantage  à  adjoindre  à  l’oblitération  de 
la  perforation  une  gastro-entérostomie. 

A  peu  près  seul,  Cadenat  rejette  d’une  manière  absolue  la 
gastro-entérostomie  complémentaire.  Inférieure,  suivant  lui,  à  la 
résection  dans  les  premières  heures,  elle  aggrave  le  pronostic 

BULL.  ET  11ÉM.  DK  LA  SOC.  DE  CniR.,  1923.  84 


1130 


SOCIÉTÉ  DE  CUIHURGIE 


quand  le  malade  commence  à  être  intoxiqué  et  du  reste  est  inutile  : 
■<  un  canal  qui,  à  l'œil,  semble  presque  imperméable,  peut  très 
suffisamment  fonctionner,  surtout  quand  une  des  faces  a  conservé 
sa  souplesse  ».  Les  faits  montrent  que  cette  opinion  est  erronée. 
Okinczyc  a  dû  réintervenir  et  faire  une  gastro-entérostomie  pour 
sténose  trois  jours  après  l’enfouissement  de  l’ulcère;  Baudet, 
Duval,  Braine  ont  de  même  dû  recourir  à  la  gastro-entérostomie 
secondaire  pour  des  accidents  de  sténose  après  une  suture  de 
l'ulcère.  Dehelly,  qui,  d’une  manière  générale,  est  hostile  à  la 
gastro-entérostomie,  l’admet  si  les  sutures  ont  rétréci  le  conduit 
pyloro-duodénal. 

En  faveur  de  la  résection,  Duval  et  Delagenière  ont  émis  l’idée 
qu’on  réaliserait  ainsi  la  cure  radicale  de  la  maladie,  Cadenat, 
qu’on  s’assurait  la  possibilité  de  faire  des  sutures  correctes  en 
(issus  sains.  A  l’appui  de  son  opinion,  Duval  a  invoqué  l’autorité 
d’un  certain  nombre  de  chirurgiens  étrangers.  Il  ne  semble  pas 
cependant  que,  même  en  Allemagne,  pays  de  prédilection  de  la 
résection,  l’ablation  d’un  ulcère  soit  actuellement  considérée 
comme  un  procédé  de  cuie  radicale.  Eiselberg  compte  14  p.  100 
de  récidives,  nous  a  rappelé  Lecène.  Aussi  voit-on  aujourd’hui 
l’École  de  Vienne  abandonner  l’excision  des  ulcères  et  dire  que, 
pour  obtenir  des  guérisons,  il  faut  supprimer  la  sécrétion  chlor¬ 
hydrique,  suppression  qu’on  n’obtiendrait  qu’en  enlevant  la  tota¬ 
lité  de  l’antre  pylorique;  7  fois  sur  12  résections  n’ayant  pas  sup¬ 
primé  la  totalité  de  cet  antre,  Lorenz  et  Schur  notent  des  troubles 
plus  ou  moins  accusés.  Finsterer  va  même  loin  dans  cette  voie; 
en  présence  d'un  ulcère  duodénal  techniquement  difficile  à  enle¬ 
ver,  il  résèque  la  plus' grande  partie  de  l’estomac  en  laissant  le 
pylore,  de  manière  à  diminuer  la  sécrétion  chlorhydrique;  il 
compte  ainsi  obtenir  la  guérison  de  l’ulcère.  N’est-il  pas  plus 
simple  de  faire  une  gastro-entérostomie  qui,  en  permettant  l’ar¬ 
rivée  dans  l’estomac  d’un  peu  de  suc  intestinal,  mélangé  de  bile, 
alcalinise  le  milieu. 

Toute  la  question  de  la  soi-disant  cure  radicale  de  l’ulcère  reste 
encore  bien  obscure.  Aussi  Louis  Bazy  a-t-il  pu  nous  dire  qu’  <>  il 
n’existait  pas  encore  de  doctrine  bien  établie  sur  le  meilleur  trai¬ 
tement  à  appliquer  à  l’ulcère  non  compliqué,  à  plus  forte  raison 
par  conséquent  à  l’ulcère  perforé  ». 

Sur  le  second  point,  il  ne  semble  pas  que  la  suture  après  exci¬ 
sion  donne,  au  point  de  vue  de  l’occlusion  définitive  de  l’estomac, 
des  résultats  supérieurs  à  ceux  du  simple  enfouissement.  Sur  deux 
péritonites  par  insuffisance  dessutures,  notées  dans  nos  2t)0obser- 
valions,  une  est  survenue  après  une  excision  d’ulcère  (cas  de 
Martin  et  Déroché). 


SÉANCE  DU  17  OCTOBRE 


1131 


Ce  résumé  général  de  la  discussion  terminée,  voyons  ce  que 
montrent  les  200  faits  apportés  à  cette  tribune.  Laissant  de  côté 
lès  quelques  rares  cas  simplement  tamponnés  et  drainés,  nous 
arrivons  aux  résultats  suivants  :  En  bloc,  les  200  opérations 
ont  donné  60  morts,  30  pour  100. 

Si  nous  analysons  ces  opérations,  nous  constatons  ce  qui  suit  : 


Suture  ou  enfouissement. 


1  à  6  heures .  11  cas. 

7  à  12  heures .  13  — 

13  à  24  heures .  15  — 

Au  delà  de  2i  heures.  ...  16  — 


Excision  ou  thermo  cautérisation  et  sature. 


13  à  24  heures . 

Au  delà  de  24  heures  . 


Enfouissement  et  gastro-entérostomie. 


1  à  6  heures .  30  cas.  6  morts. 

7  à  12  heures .  15  —  1  - 

13  à  24  heures .  10  —  8  — 

Au  delà  de  24  heures  ...  10  —  2  — 


Gastro-pylorectomie.- 

t  à  6  heures .  16  cas.  4  morts. 

7  à  12  heures .  6  —  4  — 

13.4  24  heures .  1  —  1  — 

Au  delà  de  24  heures  ...  0  — 


Pour  les  opérations  pratiquées  dans  les  douze  premières  heures, 
nous  trouvons  donc,  en  bloc,  une  mortalité  de  18,73  p.  100,  mor¬ 
talité  qui  tombe  à  12,3  pour  le  simple  enfouissement,  monte  à 
15,3  pour  la  suture  avec  gastro-entérostomie,  à  18  pour  l’excision 
suivie  de  suture,  et  finalement  à  36,36  pour  la  gastro-pylorec¬ 
tomie. 

Comme  on  le  voit,  lorsqu’on  ne  se  borne  pas  à  relater  quelques 
séries  heureuses,  publiées  à  l’étranger,  lorsque  l’on  envisage  un 
gros  chiffre,  comme  celui  des  opérations  apportées  à  notre  tri¬ 
bune,  on;  voit  que  la  gastro-pylorectomie,  actuellement  tout  au 
moins,  est  beaucoup  plus  grave  que  le  simple  enfouissement  ou 
même  que  l’enfouissement  combiné  à  la  gastro-entérostomie. 

Les  faits  viennent-  donc  à  l'appui  de  l’opinion  soutenue  par  la 
majorité  d’entre  nous.  La  gastro-pylorectomie  n’est  pas  l’opération 
4e  choix  dans  le  traitement  des  ulcères  perforés  en  péritoine 


1132 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


libre.  La  discussion  actuelle  a  toutefois  établi  que  l'on  peut  mener 
à  bien  des  opérations  que  l’on  n’aurait  pas  osé  tenter  autrefois; 
aussi  notre  collègue  Duval,  qui  a  émis  des  opinions,  à  mon  avis, 
exagérées,  nous  a-t-il  rendu  service  en  nous  obligeant  à  discuter 
la  question  de  la  gastro-pylorectomie  dans  les  ulcères  perforés. 
Nous  savons  aujourd'hui  que  cette  opération,'  malgré  sa  gravité 
dans  les  cas  d’ulcères  perforés,  peut  être  pratiquée  avec  quelques 
chances  de  succès.  C’est  à  préciser  ces  indications  que  l’on  doit 
s’attacher  aujourd'hui.  Cadenat,  qui  a  perdu  un  de  ses  opérés 
pour  avoir  méconnu  un  ulcère  de  la  face  postérieure  du  duodénum 
situé  en  regard  de  celui  de  la  face  antérieure  qu’il  avait  suturé, 
voit  là  une  de  ses  indications.  Il  la  regarde  aussi  comme  indiquée 
dans  les  perforations  d’ulcères  géants  admettant  un  ou  deux  doigts 
et  entourés  d'une  large  zone  indurée.  C’est  une  opinion  analogue 
qu’a  émise  Grégoire.  Gosset  toutefois,  rappelant  que  les  ulcères 
calleux  de  la  petite  courbure  sont  souvent  adhérents  en  arrière, 
difficiles  à  enlever,  d’un  pronoslic  immédiat  grave,  même  en 
dehors  de  toute  perforation,  craint  que,  dans  de  pareils  cas,  la 
résection  soit  plus  grave  qu’une  fermeture  même  médiocrement 
réalisée.  Aussi  me  semble-t-il  impossible  de  poser  actuellement 
les  indications  de  la  pylorectomie. 

En  terminant,  je  m’excuse  d’avoir  retenu  si  longtemps  votre 
attention,  mais  en  relisant  tout  ce  que  vous  aviez  dit,  j’ai  trouvé  ' 
tant  de  documents  importants  que  j’ai  cru  devoir  rapprocher  les 
faits  épars  dans  nos  Bulletins  et  profiter  des  200  observations 
publiées  au  cours  de  la  discussion,  pour  fixer  un  certain  nombre 
de  points  qui  m’ont  paru  intéressants. 


Communications. 

La  rachianesthésie  à  la  stomïne-caféine , 

par  M,  le  professeur  THOMAS  JONNESCO  (de  Bucarest), 

Membre  correspondant  étranger. 

An  dernier  Congrès  français  de  Chirurgie  de  1922,  j’ai  fait 
connaître  mes  premiers  résultats  de  la  rachianesthésie  faite  avec 
une  solution  de  stovaïne-caféine.  Depuis  lors,  j’ai  continué  à 
employer  cette  solution  et  les  résultats  ont  été  des  meilleurs. 

Avant  de  montrer  ma  statistique,  je  veux  préciser  les  doses 
employées.  La  pratique  m’a  démontré  que  l’emploi  de  50  centi¬ 
grammes  de  caféine  pure  dans  les  injections  basses  (dorso-lom- 


SÉANCE  DU  17  OCTOBRE 


ma 


bâire  et  lombaire)  produisent  assez' souvent  un  accidënl,  sinon  pas 
grave,  tout  au  moins  désagréahie  :  la  rétention  plus  ou  moins  pro- 
longée  d’urine.  Pour  éviter  cet  accident,  j’ai  diminué  la  quantité 
de  caféine,  la  réduisant  à  20  ou  25  centigrammes,  grâce  à  quoi  la 
rétention  ne  s’est  plus' produite,  sauf  chez  les  opérés  sur  l’anus,, 
où  la  rétention  estfréquentè, quelle  que  soit  l’anesthésie  employée. 

Pour  les  injections  hautes  cervico-dorsales,  au  contraire,  la 
dose  de  50. centigrammes  de  caféine  pure  est  parfaitement  tolérée 
et  donne  des  résultats  excellents.  En  effet,  grâce  à  cette,  dosedei 
caféine,  j’ai  pu  employer  5  à  6'eerttigrammes  de  stovaïne  dans  les, 
opérations  sur  la  tête,  la  face  et  le  cOUy  Sans  produire  ni  angoisse, 
ni  alerte  bulbaire,  avec  le  cortège  symptomatique  bietnconnu. 
Je  ne  puis  expliquer  l’influence  de  la  caféine  sur  le  centre  vésical, 
mais,  le  fait  existant,  je  recours  à  deux  solutions  différentes,  sui¬ 
vant  le  point  du  rachis  où  je  pratique  la  ponction. 

Pour  les  ponctions  dorso-lombaires  ou  lombaires  j’emploie  des 
ampoules  de  1  cent,  cube  contenant  :  de  l’eau  distillée,  25  centi¬ 
grammes  de  caféine  pure,  35  centigrammes  de  benzoate  de  sonde 
et  une  quantité  de  stovaïne  variant  entre  4  et  8  centigrammes: 
maximum.  Comme  j’ai  déjà  dit,  la  quantité  de  stovaïne  varie  avec 
l’âge,  l’état  général  du  malade  et  la  durée  présumée  de  l’opération-. 

Pour  l'injection  haute  cervico-dorsale ,  j’emploie  des  ampoules 
de  2  eent.  cubes  contenant  de  l’eau  distillée,  50  centigrammes  de. 
caféine  pure,  70  centigrammes  de  benzqate  de  soude  et  une  quan¬ 
tité  de  stovaïne  variant  entre  4  et  6  centigrammes  maximum.  Ici: 
aussi,  l’âge  du  malade,  son  état  général  et  la  durée  de  l’opération 
déterminent  la  quantité  de  stovaïne  nécessaire. 

L’emploi  de  la  caféine  comme  adjuvant  destiné  à  supprimer 
l’effet  nocif  de  l’agent  anesthétique  sur  les  centres  nerveux  a  donné 
lieuà  quelques  travaux  dans  ces  tout  derniers  temps.  Les  opinions 
sont  très  variées.  Sans  m’étendre  sur  tous  les  arguments  apportés 
pour  ou  contre  la  méthode,  je  veux  signaler,  pour  les  réfuter,  cer¬ 
taines  affirmations  qui  me  paraissent  non  fondées. 

Ainsi,  René  Bloch  et  Hertz  (t)  prétendent  que  la  caféine  intra¬ 
rachidienne  provoque  une  excitation  générale  intense,  «  cette 
excitation,  disent-ils,  est  si  manifeste,  qm’elle  nous  a  longtemps 
fait  différer  l’emploi  de  la  caféine  intrarachidienne  préven¬ 
tive  ».  Je  dois  dire  que  mailgré  la  dose  de  caféine  beaucoup  plus, 
grande  que  celle  préconisée  par  ces  auteurs,  que  j’emploie  dans 
mes  anesthésies,  je  n’ai  jamais  observé  celle  excitation  générale 
intense.  Mes  malades,  par  celte  injection,  ont  été  mis  à  l’abri  de 


(1)  La  Presse  Médicale,  7  février  1923. 


1134 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


l’action  déprimante  de  l’anesthésique  sans  provoquer  les  mani¬ 
festations  dont  parlent  ces  auteurs. 

P.  Guibal  (1),  ayant  associé  la  novocaïne  à  la  caféine,  a  trouvé- 
que  cette  association  est  inefficace  et  dangereuse.  Inefficace  parce- 
qu'elle  est  incapable  de  prévenir  les  accidents  bulbaires,  avant 
eu  7  fois  des  accidents  sur  13  opérations;  dangereuse,  parce  qu’elle 
provoque  des  complications  inattendues  :  parésies,  anesthé¬ 
sies,  troubles  des  réservoirs,  escarres  aiguës  de  décubitus.  La 
dose  de  caféine  employée  par  cet  auteur  a  varié  entre  25  et  50 
centigrammes.  Mais  il  ajoute  que  presque  tous  cps  opérés  avaient 
été  soumis  avant  l’opération  à  la  digitalinisalion  pré-opératoire  et 
avaient  reçu  en  outre  50  centigrammes  de  caféine  sous  la  peau, 
trois  heures  avant  l’opération.  Et  il  conclut  (2)  «  que  la  question 
parait  jugée  :  l’injection  intrarachidienne  de  caféine  est  incapable 
de  prévenir  les  accidents  bulbaires  de  la  rachianesthésie  et  elle 
peut  entraîner  des  lésions  médullaires  profondes.  Inefficace  et 
dangereuse,  elle  doit  être  rejetée  ». 

Ma  pratique  prouve  surabondamment  que  les  affirmations  dé¬ 
mon  confrère  sont  absolument  exagérées,  car  jamais,  sauf  la 
rétention  d'urine  dont  je  viens  de  parler,  et  celle-là  transitoire, 
je  n’ai  observé  les  grands  méfaits  de  la  caféine  dont  parte  M.  Gui- 
bal.  J’arrête  ici  la  citation  des  critiques  de  la  méthode  pour 
signaler  un  chaud  plaidoyer  en  faveur  de  la  méthode  dû  à  Bernard 
Desplas  (3),  qui  a  pratiqué  70  anesthésies  rachidiennes  avec  le 
mélange  caféine-stovaïne  dans  les  proportions  de:  stovaïne  6  centi¬ 
grammes,  caféine  50  centigrammes  et  benzoate  de  soude  50  centi¬ 
grammes,  eau  distillée  suffisante  pour  une  ampoule  de2cent.  cubes. 
Et,  dit-il,  «  j’ai  toujours  constaté  les  mêmes  résultats  favorables, 
je  n’observe  plus  pendant  l’anesthésie  le  syndrome  :  angoisse, 
pâleurs,  sueurs,  vomissements.  Dans  quelques  cas  des  vomisse¬ 
ments  isolés,  mais  toujours  avec  coloration  normale  de  la  face, 
suppression  des  maux  de  tête  et  des  vomissements  post-opéra¬ 
toires.  Dans  quelques  cas,  la  durée  de  l’anesthésie  qui,  avec  la 
stovaïne,  atteint  et  dépasse  50  minutes,  est  un  peu  écourtée  ». 

Ma  pratique  est  d’accord  avec  les  résultats  de  mon  confrère 
Desplas,  et  je  ne  sais  si  ces  résultats  favorables  seraient  dus  à  ce- 
que  tous  les  deux  nous  employons  la  stovaïne  au  lieu  de  la  novo¬ 
caïne,  ce  qui  expliquerait  peut-être  les  mauvais  résultats  de 
M.  Guibal,  mais  je  peux  affirmer  que  la  caféine  associée  à  la  sto¬ 
vaïne  donne  des  résultats  excellents,  qui  ne  peuvent  pas  être 

(1)  La  Presse  Médicale,  4  juillet  1923. 

(2)  La  Presse  Médicale,  23  mai  1923. 

(1)  La  Presse  Médicale,  23  mai  1923. 


SÉANCE  DU  17  OCTOBRE 


1135 


comparés  àv<C  ceux  qu’on  obtient  par  l'emploi  de  la  stovaïne 
seule,  ni  même  avec  la  stovaïne  associée  à  la  strychnine. 

Quant  à  l'assertion  que  la  caféine  en  dose  relativement  massive 
diminuerait  le  pouvoir  anesthésique  de  la  stovaïne,  cïst  là  une 
affirmation  pure  théorique,  car  l’association  des  deux  agents  ne 
m’a  pas  conduit  à  une  augmentation  de  la  stovaïne  pour  les 
opérations  les  plus  longues  et  les  plus  difficiles. 

Ainsi,  avec  4  centigrammes  de  stovaïne  et  25  centigrammes  de 
caféine,  j’ai  pu  pratiquer  des  gastro-entérostomies,  des  exclusions 
du  pylore,  opérations  qui  demandent  une  tranquillité  réelle  et  une 
anesthésie  parfaite  pour  pouvoir  les  mener  à  bonne  fin.  Là  surtout 
où  l’association  de  la  stovaïne  et  de  la  caféine  donne  des  résultats 
merveilleux,  surprenants,  c’est  dans  la  rachianesthésie  haute  que 
mes  confrères,  malheureusement,  ne  pratiquent  jamais.  Grâce  à 
l’emploi  de  50  centigrammes  de  caféine  avec  de  la  stovaïne, 
injectées  au-dessous  de  la  proéminente,  j’ai  pu ,  avec  5  centigrammes 
de  stovaïne,  faire  des  opérations  très  délicates  et  relativement 
longues,  comme  la  résection  bilatérale  du  sympathique  cervico¬ 
thoracique  en  une  seule  séance  et  sans  la  moindre  alerte  bul¬ 
baire. 

De  même,  j’ai  pratiqué  des  hémi  crânieclonies  temporaires, 
de  longues  opérations  sur  la  bouche  et  sur  la  face,  sans  aucun 
inconvénient.  Je  suis  convaincu  que  si  mes  confrères,  abandon¬ 
nant  l’idée  a  priori  de  la  gravité  de  la  rachianesthésie  haute  à 
cause  de  la  peur  de  piquer  la  moelle  ou  d’envoyer  une  trop  grande 
quantité  d’anesthésique  directement  sur  le  bulbe,  se  décidaient  à 
pratiquer  une  seule  fois  l’anesthésie  haute  avec  la  solution  que 
je  viens  d'indiquer,  ils  seraient  étonnés  autant  de  sa  bénignité 
que  de  son  efficacité. 

Du  reste,  l’automne  dernier,  j’ai  eu  l’occasion  de  pratiquer  la 
résection  du  sympathique  cervico-thoracique  à  l’aide  de  cette 
solution,  en  présence  de  quelques  confrères  parisiens;  ils  ont  pu 
constater  le  mal-fondé  de  toutes  les  craintes  qui,  malheureusement, 
existent  encore  sur  cette  méthode  d’anesthésie.  Aux  auteurs  que 
j’ai  déjà  cités,  je  dois  ajouter  un  article  tout  récent  de  MM.  Oudard, 
Jean  et  Solnard,  paru  dans  le  Journal  de  Chirurgie  en  août  der¬ 
nier.  Ces  auteurs  prétendent  que  l’emploi  de,  la  caféine,  selon  la 
dernière  formule  de  Jonnesco,  leur  a  donné  des  anesthésies 
incomplètes,  d’autres  franchement  mauvaises,  sans  les  débar¬ 
rasser  pour  cela  des  céphalées  post  opératoires.  Ils  ont  observé  un 
cas  de  méningisme.  Ces  mauvais  résultats  ne  feraient  que  con¬ 
firmer  les  cons'atalions  d.’Alamartine  et  de  Cotte  (Société  de  Chi¬ 
rurgie  de  Lyon,  21  décembre  1922). 

Je  répondrai  à  ces  confrères,  comme  à  ceux  que  j’ai  déjà  cités. 


*1136 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


que  dans  mes  nombreuses  anesthésies  je  n’ai  jamais  constaté  lep 
méfaits  dont  ils  parlent.  J’ai  loujours  obtenu  des  anesthésies  com- 
■  plètes  etfranchementbonnes,  saris  céphalées  post- opératoires.  Ces 
•contradictions  entre  leurs  résultats  et  les  miens  sont  dues  peut- 
être  à  ce  que  mes  confrères  ont  eu  recours  à  la  novocaïne,  tandis 
•que  moi  je  n’emploie  que  la  stovaïne. 

Ma  statistique  pour  l’anesthésie  à  la  caféine-s  lovaïne  —  dans  les 
•doses  déjà  indiquées  —  compte,  depuis  le  1"  mars  1922  jusqu’au 
25  septembre  1923,  593  rachianesthésies,  dont  108haui.es  et  485 
■basses. 

J’ai  toujours  obtenu  des  anesthésies  parfaites,  sans  avoir  besoin 
d'augmenter  la  dose  de  stovaïne  que  j’employais  associée  à  la 
strychnine,  c’est-à-dire  4  à  8  centigrammes  pour  la  rachianes¬ 
thésie  basse,  tandis  que  pour  l’anesthésie  haute  j’ai  pu  employer, 
.grâce  à  la  caféine,  4  à  6  centigrammes  de  stovaïne,  ce  qui  m’a 
toujours  assuré  une  anesthésie  parfaite  et  durable.  Le  seul  inci¬ 
dent,  car  il  n’a  pas  la  valeur  d‘un  accident  sérieux,  a  été  la  réten^ 
lion  d’urine,  après  l’anesthésie  basse,  avec  50  centigrammes  de 
caféine  pure.  Cette  rétention,  je  l’ai  observée  dans  30  cas,  avec 
une  durée  variable  de  1  à  13  jours.  Une  seule  fois  la  rétention  a 
duré  86  jours. 

Depuis  que  j’ai  diminué  la  dose  de  caféine,  dans  la  rachianes¬ 
thésie  basse,  à  20-25  centigrammes  de  caféine  pure,  la  rétention 
•d’urine  ne  s’est  plus  produite,  sauf  dans  les  opérations  sur  l’anus 
■et  le  périnée,  où  elle  peut  encore  survenir. 

Pour  terminer,  je  vais  doBner  ma  statistique  entière  de  la 
Tachjanesthésie  généralisée  qui  se  compose  de  5.481  rachianes- 
thésies,  dont  1.218  hautes  et  4.263  basses,  sans  mortalité  ni  acci¬ 
dents  graves. 

M.  Dujarier.  —  Je  suis  un  partisan  de  l’anesthésie  rachi¬ 
dienne,  puisque  j’étais  élève  de  mon  maître  Tuffier,  en  1898, 
lorsqu’il  a  créé  l’anesthésie  lombaire,  et  que  je  l’ai  loujours 
utilisée  depuis. 

J’ai  successivement  utilisé  la  cocaïne,  la  s.loraane,  la  novo« 
caïne.  J’ai  essayé  d’adjoindrê  la  caféine  à  la  novocaïne,  et  après 
un  essai  de  six  mois  j’y  ai  renoncé  :  j’ai  trouvé,  en  effet,  que  les 
anesthésies  incomplètes  étaient  plus  fréquentes  probablement  à 
cause  de  la  viscosité  de  la  solution;  de  plus,  au  moment  de 
l’injection  du  mélange  novocaïne-caféine,  la  malade  accuse 
presque  toujours  une  douleur  vive  avec  mouvement  de  défense 
comme  si  le  liquide  injecté  irritait  les  racines. 

Je  suis  donc  revenu  à  -la  novocaïne  :  je  ne  dépasse  jamais 


SÉAJNCE  DU  17  OCTOBRE 


11.77 


10  à  12  centigrammes  de  novocaïne,  et  je  peux  ainsi  opérer  dans 
toute  la  zone  sous-ombilicale  et  même  dans  la  zone  sous-xyphoï¬ 
dienne. 

Je  n’ai  jamais  utilisé  la  rachianesthésie  haute,  mais  je  consi¬ 
dère  que  l'anesthésie  basse,  qui  m’a  donné  quelques  morts  chez 
des  cachectiques  et  des  grands  infectés,  est  une  excellente 
méthode  d’anesthésie,  et  qu’elle  donne  surtout  un  silence  abdo¬ 
minal  qu’on  n’obtient  par  aucune  autre  méthode. 

M.  Jonnesco.  —  Je  suis  étonné  des  mauvais  résultals  obtenus 
par  mon.  collègue.  Je  crois  que  cela  tient  à  ce  que  lui,  comme 
tous  ceux  qui  ont  condamné  l’association  caféine-anesthésique, 
employait  la  novocaïne,  et  non  pas  la  stovaïne.  Le  seul  qui 
ait  employé  ma  solution,  M.  Desplas,  a  publié  un  travail  où 

11  loue  la  solution  qui  lui  a  donné  d’excellents  résultats.  Pour 
moi,  la  novocaïne,  par  la  grande  quantité  qu’on  doit  employer 
pour  obtenir  l’anesthésie,  est  beaucoup  moins  excellente  que  la 
Stovaïne.  Ma  pratique  de  tant  d’années  le  prouve.  Je  crois  aussi 
que  si  mon  collègue  employait  la  même  solution.,  il  aurait  les 
mêmes  résultats,  très  satisfaisants,  qui  m’ont  fait  abandonner 
ma  solution  stovaïne-stryehnine  pour  employer  la  caféine. 


Ostéite  kyrtique  du  tarse ,  suite  de  localisation  gonococcique. 
Extirpation  ;  comblement  -incomplet  par  lambeau  musculaire  ; 
réunion  d'emblée, 

par  M.  J.  FIOLLE  (de  Marseille),  membre  correspondant  national. 

Cette  observation  me  paraît  comporter  deux  faits  assez  rares  : 

1°  L’apparition  rapide  d’une  forme  assez  peu  commune 
d’ostéite,  à  la  suite  d’une  manifestation  rhumatismale  gonococ¬ 
cique  ; 

2°  Une  réunion  par  première  intention,  malgré  l'insuffisance 
d’un  lambeau  musculaire,  trop  petit  pour  obturer  la  brèche 
osseuse. 


Mme  G..  ,  quarante-trois  ans,  quatre  enfants  et  un  avortement  il  y  a 
treize  ans.  Pas  d'antécédent  pathologique. 

Le  28  avril  1923,  très  brusquement,  et  sans  cause  apparente,  la 
malade  éprouve  des  douleurs  très  vives  au  niveau  et  au-dessous  du 
çau-de-pied  droit. 

.  Le  Dr  Félix,  médecin  de  la  malade,  interroge  le  mari,  et  apprend 


1138 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


que  ce  dernier  est  en  pleine  uréthrife  gonococcique  ;  il  porte,  en 
conséquence,  le  diagnostic  d’arthrite  gonococcique,  rendu  plus  pro¬ 
bable  encore  par  l'évolution  ultérieure  de  la  maladie. 

Les  douleurs,  pendant  les  jours  suivants,  ne  cessent  ni  jour,  ni  nuit. 
Elles  s’accompagnent  de  fièvie  (38°2  environ),  de  gonflement  du  cou- 
de-pied,  et  d’une  légère  rougeur.  Rien  ne  les  calme. 

On  fait  quinze  injections  de  vaccin,  sans  résultat  bien  précis. 

Le  9  juin,  c’est-à-dire  quarante  et  un  jours  après  le  début,  des 
radiographia s  montrent  (v.  les  épreuves  ci-jointes)  une  ostéite  évidente 
intéressant  les  cunéiformes,  l’extrémité  proximale  des  trois  méta¬ 
tarsiens  médians,  et  la  face  antérieure  du  scaphoïde. 

Le  18  juin,  je  pratique  une  ponction  à  ce  niveau.  L’aiguille  rencontre 
des  surfaces  rugueuses  d’os  malade.  Un  peu  de  liquide  sanglant  est 
ramené,  dont  l’analyse  donne  : 

Liquide  très  riche  en  sang  ; 

Très  peu  de  pus  :  lymphocytes  disséminés  ; 

Pas  de  germes  pathogènes  identifiés  (Lafond). 

Les  douleurs  et  le  gonflement  persistant,  je  décide  d’intervenir.  (Je 
croyais,  à  vrai  dire,  à  une  lésion  bacillaire  favorisée  ou  provoquée  par 
l’atteinte  gonococcique,  en  tous  cas  à  une  lésion  mixte.) 

Opération  le  21  juin  1923,  avec  l’aide  du  Dr  Félix. 

Incision  dorsale  du  tar-e.  Les  os  intéressés  sont  dénudés,  poreux, 
friables.  On  les  enlève  à  la  curette,  dans  toute  la  zone  lésée,  qui  cor¬ 
respond  bifn  à  celle  qu’indique  la  radio  de  face. 

Celte  ablation  lais-e  une  cavité  grande  comme  une  prune.  Je  taille 
un  lambeau  aussi  large  qu’il  m'est  possible  sur  la  pédieuse,  en  laissant 
un  pédicule.  Mais  ce  lambeau  comble  à  peine  la  moitié  de  la  cavité. 
Malgré  cet  ennui,  je  suture  complètement,  sur  un  drain  filiforme 
formé  de  quaire  crins. 

Ablation  du  faisceau  de  crms  trois  jours  plus  lard. 

Le  29  juin,  au  huitième  jour,  par  conséquent,  la  cicatrisation  est 
complète;  à  la  palpation  on  ne  sent  plus,  que  très  mal,  la  dépression 
osseuse.  Tous  les  mouvements  du  pied  et  de«  orteils  sont  conservés. 

Les  points  Je  suture  sont  enlevés  le  Ier  juillet,  et  la  malade  sort  de 
là  maison  de  santé  le  4  juillet,  complètement  guérie. 

L’analyse  des  fragments  (Ranque  et  Sénés)  a  donué  le  résultat 
suivant  : 

Os  érodé  et  en  partie  détruit  par  un  processus  de  vacuolisation  très 
avancé.  Les  lamelles  osseuses  qui  restent  sont  entourées  d'ostéoblastes  qui 
ne  paraissent  pas  pourtant  dégénérés. 

Cette  tumeur  ne  présente  ni  la  densité  des  cellules  conjonctives  fusi¬ 
formes,  ni  les  myéloplaxes  que  Ton  rencontre  dans  les  sarcomes.  Il  semble 
plutôt  s'agir  d'un  de  ces  processus  d'ostéite  raréfiante  que  Lecène  a  décrits 
sous  le  nom  d'osléite  kystique.  ( Journal  de  Chirurgie,  t.  VIII,  1912,  p.  606.) 

La  nature  gonococcique  de  cette  ostéite  n'esl,  certes,  pas 
prouvée.  Mais  il  n’en  reste  pas  moins  qu’elle  est  survenue  chez 
une  femme  qui  a  présenté  tous  les  signes  cliniques  d’un  rhuma- 


SÉANCE  DU  17  OCTOBRE 


113» 


tisme  gonococcique  :  début  brusque  sans  aucun  symptôme  anté¬ 
rieur,  douleurs  atroces,  pas  de  suppuration,  pas  de  figure  de 
bacillose  à  l’examen  direct,  enfin  et  surtout  coïncidence  des 
accidents  avec  l'infection  génitale  de  la  femme  et  du  mari. 

Ces  ostéites,  une  fois  opérées,  peuvent  guérir  avec  une  facilité 
presque  déconcertante.  J’avais  failli  laisser  la  -plaie  ouverte, 
faute  d’éléments  suffisants  pour  combler  la  cavité.  Mais  j’a 
refermé,  et  la  guérison  s'est  faite  en  huit  jours.  Il  y  a  là  une 
indication  intéressante  pour  l’utilisation  des  lambeaux  muscu¬ 
laires,  qui  peuvent  être  suffisants  même  lorsque  leur  volume 
apparaît  trop  réduit,  mais  à  condition,  peut-être,  qu’ils  soient 
pédfculés. 


Deux  cas  de  taille  duodénale 
\ pour  extraire  des  corps  étrangers  chez  des  enfants , 

par  M.  COVILLE  (d’Orléans),  membre  correspondant  national. 

Pour  faire  suite  aux  observations  publiées  par  M.  Ombrédanne 
.dans  la  séance  du  27  juin  dernier,  je  pense  qu’il  peut  être  inté¬ 
ressant  de  faire  part  à  la  Société  de  deux  cas  de  corps  étrangers 
du  duodénum,  que  j’ai  observés  ces  dernières  années.  Il  est  vrai 
qu’il  ne  s’agit  pas  de  nourrissons,  mais  d’enfants  âgés  respective¬ 
ment  de  huit  et  treize  ans.  Les  constatations  opératoires  que  j’ai 
pu  faire  confirment  du  reste  pleinement  l’opinion  exprimée  par 
M.  Ombrédanne. 

Obs.  I.  —  Le  jeune  Émile  N...,  âgé  de  huit  ans,  est  adressé  à  l’hôpital 
d’Orléans  en  janvier  1919.  Il  a  depuis  quelques  jours  avalé  un  clou  de 
6  centimètres  de  longueur  et  ne  l’a  pas  rendu  par  les  voies  naturelles. 
Il  souffre  d’ailleurs  de  temps  à  autre,  mais  d’une  façon  modérée,  dans 
la  région  ombilicale,  douleur  vague,  sans  localisation  précise,  et  qu’il 
est  impossible  de  provoquer.  Pas  de  vomissements.  Bon  état  général. 
Transporté  sous  l’écran  radioscopique,  on  constate  en  effet  l’existence 
d’une  ombre  très  nette  légèrement  oblique  de  droite  à  gauche,  croisant 
la  direction  de  la  colonne  lombaire,  ombre  à  peine  mobilisable  par  le 
palper  profond  de  l’abdomen.  Le  corps  étranger  étant  mousse,  l’état 
général  bon,  et  peu  de  jours  s’étant  écoulés  depuis  la  dégluiition,  je 
conseille  d’attendre  quelque  temps  et  de  nouirir  l’enfant  avec  des 
aliments  épais. 

Deux  jours  après,  sans  changement  dans  l’état  de  l’enfant,  je  fais 
refaire  une  radioscopie  qui  prouve  que  le  corps  étranger  est  resté  à  la 
même  place.  Même  épreuve  encore  le  17  janvier.  En  raison  de  la  fixité 
reconnue  du  corps  étranger,  fixité  qui  paraît  définitive,  je  me  décide 
à  opérer. 


1140 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


L'opération  a  lien  le  18  janvier  1919,sousanesthésie  chloroformique. 
Laparotomie  longitudinale  sus  et  sous-ombilicale.  Le  côlon  transverse 
est  relevé  et  la  palpation  profonde  permet  de  sentir  le  clou  verticale¬ 
ment  placé  sur  le  côté  droit  de  la  colonne,  mais  la  sensation  est  fugi¬ 
tive,  et  il  est  impossible  de  fixer  le  corps  étranger,  et  même  de  distin¬ 
guer  exactement  la  portion  d’intestin  qui  le  contient.  Celle-ci  ne  pou¬ 
vant  êlre  que  la  troisième  portion  du  duodénum,  j’incise  le  péritoine, 
au-dessous  du  mésocôlon  transverse,  afin  de  découvrir  cette  portion 
d’intestin  et  de  me  rapprocher  du  corps  étranger.  Celui-ci  échappe  à 
chaque  instant  au  doigt  qui  le  cherche  et  tente  de  fe  fixer.  Enfin,  je 
parviens,  par  un  mouvement  de  bascule,  à  faire  saillir  légèrement  la 
pointe  que  je  saisis  avec  une  pince  de  Ghaput  à  travers  les  tuniques  de 
l’intestin,  que  j’incise  au  voisinage  immédiat  sur  une  étendue  de 
quelques  millimètres,  ce  qui  me  permet  d’introduire  une  pince  de 
Kocher,  de  saisir  îe  clou  tout  près  de  sa  pointe,  et  de  l’extraire  sans 
autre  difficulté.  Fermeture  du  duodénum  par  deux  suijets  ainsi  que  de 
la  brèche  péritonéale.  Suture  complète  de  la  paroi  à  deux  plans. 

Le  25  janvier,  enlèvement  des  fils.  Guérison  per  primam.  L’enfanl,  qui 
a  été  réalimenlé  prudemment,  a  très  Lien  supporté  l’opération  et  peut 
être  considéré  comme  guéri. 

Il  a  malheureusement  succombé  quelques  jours  après  au  cours  d’une 
diphtérie  à  forme  broncho  pulmonaire  contractée  dans  le  service  la 
veille  même  du  jour  où  il  devait  sortir. 

Obs.  H.  —  L'enfant  Geneviève  T...,  treize  ans,  m’est  amenée  à  la 
consultation  des  enfant-,  le  29  mai  1921,  par  sa  mère.  Elle  a  avalé,  dit- 
elle,  une  épingle  et  souffre  daus  la  région  ombilicale.  Pas  de  vomisse¬ 
ments,  bon  état  général,  mais  l’enfant  refuse  de  manger  comme  de 
coutume  et  se  laisse  difficilement  palper  l’abdomen.  Pas  de  météo¬ 
risme.  Aucun  signe  de  complication  péritonéale.  Sous  l'écran,  on  dis¬ 
tingue  en  effet  une  longue  épingle  à  grosse  tête,  située  obliquement 
par  rapport  à  la  colonne  vertébrale. 

L’intervention  est  immédiatement  conseillée,  mais  la  mère  ne  se 
décide  pas  à  laisser  son  enfant  à  l’hôpital.  Elle  l’emmène,  promettant 
de  la  ramener  à  nouveau  si  l’état  de  l’enfant  persiste.  Effectivement,  le 
31  mai,  elle  revient.  L’état  général  de  l’enfant  ne  s’est  pas  modifié, 
mais  elle  souffre  davantage.  Replacée  sous  l’écran,  l’épingle  apparaît 
au  même  endroit.  L’opération  est  conseillée  avec  plus  d’insistance 
encore,  acceptée  et  ixécutée  séance  tenante  sous  anesthésie  chloro¬ 
formique. 

Laparotomie  sus  et  sous-ombilicale.  Pas  d’épanchement  péritonéal. 
En  relevant  l’épiploon  et  le  transverse,  on  découvre  une  zone  rouge, 
congestionnée,  dépolie,  au  centre  de  laquelle  émerge  l’épingle  libre  au. 
milieu  des  anses  grêles,  mais  arrêtée  par  la  tête  qui  est  restée  dans  la 
lumière  du  duodénum.  Section  économique  de  l’intestin  permettant 
seulement  l’issue  de  la  tête  par  un  effort  de  traction.  C’est  une  épingle 
longue  de  4  centimètres  à  grosse  tête  de  verre.  La  brèche  intestinale 
est  minuscule  et  est  facilement  oblitérée  par  une  suture  en  cordons  de 


SÉANCE  DU  17  OCTOBRE 


1141 


bourse  qu’on  enfouit  sous  la  séreuse.  Ether.  Fermeture  sans  drainage. 
Guérison  sans  incident. 

Dans  le  premier  cas  donc  l'indication  opératoire  découlait  de  la 
fixité  reconnue  du  corps  étranger  que  sa  longueur  excessive  avait 
empêché  de  franchir  l’angle  duodéno-jéjunal.  Les  difficultés  opé¬ 
ratoires  ont  été  très  sérieuses  à  cause  de  la  profondeur  où  il  fal¬ 
lait  agir',  et  de  la  presque  impossibilité  où  je  me  trouvais  de  bien 
sentir  et  de  bien  fixer  l’extrémité  métallique.  Je  me  suis  servi  du 
reste  de  l’artifice  proposé  par  M.  Ombrédanne,  avec  cette  variante 
que,  la  pointe  du  clou  étant  relativement  mousse,  je  n’ai  pas  pu 
m’en  servir  comme  agent  de  perforation,  mais  m’en  suis  servi 
pour  fixer  sur  elle  la  paroi  intestinale  et  l’inciser  économiquement. 

Le  second  cas,  au  contraire,  a  donné  lieu  à  une  opération 
extrêmement  facile,  puisque  l’épingle  est  immédiatement  apparue 
au  milieu  des  anses  intestinales.il  nous  donne  un  nouvel  exemple 
de  la  tolérance  du  péritoine  en  présence  des  corps  étrangers  et 
des  sécrétions  de  la  partie  haute  du  tube  digestif-Cependant  ici 
le  péritoine  n’était  pas  tout  à  fait  indemne,  comme  dans  le  cas 
rapporté  par  M.  Le  Dentu,  mais  il  présentait  un  minimum  de 
réaction. 

Il  n’est  pas  douteux  que  dans  ces  cas  de  déglutition  d’épingles 
ou  de  corps  étrangers  piquants  qup  l’écran  montre  immobiles 
l’indication  opératoire  soit  urgente.  Il  faut  aussi  ajouter  que  toute 
exploration  clinique  doit  être  faite  avec  prudence  et  discrétion, 
sous  peine  d’augmenter  les  dommages  en  mettant  en  contact  trop 
immédiat  les  anses  grêles  avec  une  pointe  libre  en  plein  péritoine. 


L'état  actuel  de  l'aviation  sanitaire, 
par  M.  ROBERT  PiCQUÉ  (de  Bordeaux),  correspondant  national, 

Je  développais  devant -vous,  durant  la  guerre,  l'organisation  el¬ 
le  fonctionnement  des  postes  chirurgicaux  avancés  comme  répon¬ 
dant  à  l’indication  formelle  de  porter  jusqu’aux  confins  du  champ 
de  bataille  le  secours  de  l’art  chirurgical  au  blessé  que  la  gravité 
des  lésions  empêche  d’éloigner  aussitôt  du  champ  de  la  lutte. 

En  période  de  stabilisation,  le  poste  chirurgical  avancé  (P.  C.Â.), 
c’est  le  poste  d'approche  de  la  guerre  de  siège  permettant,  avec 
toutes  les  ressources  de  la  thérapeutique  moderne,  l’accomplisse¬ 
ment  d’un  acte  opératoire  définitif  et  l’administraîion  des  soins 
ultérieurs  nécessaires. 


1142 


SOCIÉTÉ  DK  CHIRURGIE 


En  période  offensive,  c’est  le  poste  d’extrême  urgence  où  l’on 
jugule  par  une  ligature  extemporanée  une  hémorragie  troncu- 
laire  grave,  où  l’on  achève  une  amputation  traumatique,  où  l’on 
immobilise  un  grand  fracturé,  où  l’on  stimule  un  refroidi  :  c’est 
1  e  poste  antishock,  destiné  à  prévenir  les  complications  pouvant 
résulter  de  l’évacuation  forcée.  Il  rappelle  l'ambulance  volante  de 
Larrey. 

Dans  l’avenir,  son  rôle  sera  rempli  par  le  poste  central  dioision- 

Cé  fut  une  des  marques  du  génie  humanitaire  de  notre  race  de 
développer  incessamment,  durant  la  Grande  Guerre,  l’organisa¬ 
tion  du  secours  chirurgical  avancé. 

Malgré  tout,  en  temps  de  calmé,  l’immobilisation  du  Jilessé 
grave  près  des  lignes  n’est  qu’un  pis  aller  et,  en  période  active, 
son  pavage  au  poste  avancé  ne  lui  épargne  qu’en  partie  les  ' 
dangers  de  l’évacuation  lointaine  et  douloureuse. 

Or  voici  que  surgit  l’avion  pour  soustraire  le  blessé  au  calvaire 
de  la  route  cahoteuse. 

C’est  de  l’état  actuel  de  l’aviation  sanitaire  que  je  voudrais  vous 
entretenir  aujourd'hui,  en  soumettant  à  votre  discussion  les 
documents  que  je  dois  à  l’obligeance  du  médecin  principal  Uzac 
et  du  médecin-major  Vincent. 

Je  l’envisagerai  successivement  dans  les  résultats  qu’elle  a  déjà 
fournis  sur  les  théâtres  d’opérations  extérieurs,  puis  dans  les 
espoirs  qu’elle  offre  à  la  métropole. 

Les  opérations  qui  se  déroulent,  depuis  l’àrmistice,  sur  les 
théâtres  extérieurs  ont  conditionné  une  large  expansion,  encore 
insuffisamment  connue,  de  l’aviation  sanitaire. 

Après  que  Reymond  eût  prévu,  dès  1912,  que  «  l’avenir  pèr- 
mettrait  de  construire  des  avions  avec  lesquels  se  ferait  l’évacua¬ 
tion  des  blessés  »,  que  Chassaing,  en  1917,  eût  transporté  en 
vingt-cinq  minutes  deux  blessés  du  mouljn  de  Laffaux  à  l’ambu¬ 
lance  sise  60  kilomètres  à  l’arrière,  c’est  à  l’Armée  du  Levant  que 
se  dessina  pour  la  première  fois  avec  netteté  l’avenir  de  l’aviation 
sanitaire.  Eu  effet,  en  1920,  le  chef  d’escadron  Denain  évacue  par 
avion  82  blessés  bloqués  dans  le  poste  d’Aïntab  en  Cilicie  et,  en 
1921,  plus  de  150  blessés,  provenant  des  colonnes  opérant  sur 
l’Euphrate,  franchissent  en  moins  de  deux  heures  les  250  kilo¬ 
mètres  qui  les  séparent  d’Alep. 

Mais  c’est  au  Maroc  que  l’aviation  sanitaire  prend,  en  1921, 
1922  et  1923,  un  essor  remarquable. 

Dès  octobre  1921,  le  commandant  Pennes  et  le  médecin-major 
fipaulard,  de  la  subdivision  de  Meknès,  ramènent  par  six  avions 
groupés  en  escadrilles  18  blessés  graves,  franchissant  en  trente- 


1144 


SOClÉri  DE  CHIRURGIE 


inimités  tes  -80  kilomètres  qui  eussent  nécessité  plus  de 
(trois  jours  par  les  moyens  ordinaires. 

En  1922,  1.200  blessés,  tant  au  Maroc  qu’au  Levant,  avaient 
(déjà  été  évacués  par  avion. 

Mais  un  effort  encore  plus  grand  allait  être  demandé  à  l'avia¬ 
tion  sanitaire  pour  tes  opérations  qui  se  sont  déroulées  au  Maroc, 
«n  1923,  dans  la  région  du  moyen  Atlas,  sur  un  terrain  particu¬ 
lièrement  dur,  peu  accessible  aux  voitures  et  où  nos  troupes  ont 
jrenconlré  un  ennemi  qui,  opposant  une  résistance  acharnée,  leur 
&  causé  un  chiffre  élevé  de  pertes.  Vingt  avions,  plus  confortables 
idu  type  dit  «  Bréguet-limousine  »,  avaient  été  réunis.  Des 
terrains  d'atterrissage,  souvent  très  avancés,  avaient  été  amé¬ 
nagés  à  courte  distance  des  lignes,  tes  blessés  disposant,  pour  les 
atteindre,  de  mulets  avec  litières  et  cacolels,  dans  les  chemins 
inaccessibles  à  tout  autre  mode  de  transport  et  d’auto-chenilles 
Kegresse-Cilroën,  du  modèle  qui  a  fait  la  traversée  du  Sahara, 
dès  qu’une  ébauche  de  piste  était  utilisable.  Dans  les  terrains 
cahotiques,  tels  que  1e  sont  les  zones  longtemps  bombardées,  ou 
sur  les  sentiers  encore  mal  aménagés  par  nos  colonnes  de  péné¬ 
tration,  ces  auto-chenilles  semblent,  d’après  l’expérience  qui  en  a 
été  faite,  constituer  un  mode  de  transport  à  rendement  intéres¬ 
sant  et  apprécié  des  blessés. 

Grâce  à  ces  dispositions,  et  à  un  accord  intime  des  services  de 
l’Aviation  et  de  la  Santé,  en  la  personne  du  lieutenant-colonel 
Cheutin  etdu  médecin-major  Epaulard,  il  put  tous  tes  jours  être 
pratiqué.des  évacuations  par  avion  et  plusieurs  fois  des  transports 
de  chirurgiens. 

Plus  de  7BQ  blessés  relevés  à  proximité  des  lignes  ou  pris  à  la 
formation  chirurgicale  avancée  jointe  à  la  colonne  même,'  purent 
être  évacués  en  quelques  heures,  en  des  trajets  variant  de  80  à 
560  kilomètres  sur  tes  hôpitaux  de  Meknês,  Fez  et  Casablanca.  On 
put,  certains  jours,  constituer  de  véritables  convois  de  transport 
par  avions  ;  c’est  ainsi  que  72  blessés  purent  être  évacués,  par  ce 
moyen,  dans  1e  même  jour  et  51  Je  lendemain. 

Lorsqu’on  connaît,  ne  serait- ce  que  par  les  vues  photogra¬ 
phiques  qui  en  ont  été  données,  tes  difficultés  de  terrain  où 
opéraient  nos  troupes,  ce  n’est  pas  sans  appréhension  que  l’on 
essaye  de  s’imaginer  ce  qu’auraient  été  tes  évacuations,  si  on 
n’avait  pu  bénéficier  de  ce  mode  de  transport,  la  lenteur  et  tes 
difficultés  avec  lesquelles  elles  se  seraient  exécutées,  tes  souf¬ 
frances  qu’il  aurait  fallu  imposer  à  un  si  grand  nombre  de  blessés, 
je  retentissement  fâcheux  qui  en  aurait  résulté  pour  l’évolution 
de  leur  blessure.  On  peut  évaluer  à  un  tiers  peut-être  la  propor¬ 
tion  de  ceux  qui  n’auraient  pu  supporter  d’autre  moyen  d’évacua- 


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1146 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


tion;  chez  tous  les  évacués,  ce  transport,  idéalement  doux,  assu¬ 
rant,  dans  l’heure  qui  suit,  le  confort  et  les  ressources  d’hôpitaux 
permanents  chirurgicaux  bien  installés,  a  contribué,  pour  une 
grosse  part,  à  la  guérison  de  leurs  blessures  dans  des  conditions 
de  rapidité  inespérées. 

Peut-on  le  dire  sans  risquer  de  compromettre  le  cours  d’une 
longue  série  heureuse?  Pas  un  seul  accident  sérieux,  à  l’occasion 
de  transport  de  blessés,  n’est  encore  venu  marquer  l’emploi  de  ce 
mode  de  locomotion  qui  compte  pourtant,  à  ce  jour,  près  de 
2.000  évacués.  Plus  que  le  hasard,  le  choix  des  pilotes  et  le  senti¬ 
ment  de  prudence  que  leur  inspire  un  chargement  de  blessés 
expliquent  ces  résultats  et  justifient  la  confiance  que  nous  devons 
avoir  dans  ce  mode  d’évacualion,  tout  comme  les  blessés  des 
dernières  colonnes  y  voyaient  une  garantie  de  guérison  rapide. 

Les  appareils  utilisés  furent  d'abord  les  «  Bréguet  »  aménagés 
type  Chassaing,  permettant  de  transporter  dans  le  fuselage  d’un 
appareil  14  A2  deux  blessés  couchés. 

Mais  le  médecin  inspecteur  général  Toubert  et  le  général 
Dumesnil,  directeurs  du  Service  de  Santé  et  de  l'Aéronautique  au 
Ministère  de  la  Guerre,  prirent  la  haute  initiative  de  faire 
construire  pour  les  besoins  du  Service  de  Santé  un  type  d’avion 
sanitaire  :  ce  fut  la  «  limousine  Bréguet  ».  Il  en  existe  actuelle¬ 
ment  90  réparties  au  Levant,  au  Maroc,  en  Algérie  et  Tunisie  et 
déjà  aussi  en  France. 

La  cabine  est  celle  de  la  limousine  habituelle  des  voyageurs, 
s’ouvrant  d’un  côté  par  une  trappe  pour  l’entrée  des  blessés,  de 
l’autre  par  une  porte  pour  l’infirmier,  et  éclairée,  d’autre  part,  par 
des  hublots  et  des  fenêtres  dont  certaines,  mobiles,  permettent 
l’aération  en  cours  de  route. 

La  cabine  occupe  dans  le  fuselage  la  place  comprise  entre  le 
moteur  qui  la  chauffe  en  avant,  et  le  pilote  qui  de  l’arrière  a  vue 
sur  les  blessés. 

Mais,  surtout,  elle  réserve,  en  dehors  de  la  place  occupée  par  les 
deux  brancards  superposés,  un  strapontin  latéral  à  tribord  pour 
l’infirmier  ou  le  chirurgien  qui  peuvent  aller  de  la  tête  aux  pieds. 

Or,  cette  cabine,  proprement  ripolinée,  présente  d’autre  part  des 
couvertures  et  bouilloires  électriques,  un  obus  à  oxygène,  des 
bouteilles  thermos,  une  armoire  à  médicaments,  instruments  et 
pansements. 

Elle  estdoncun  véritable  agent  non  plus  seulement  d’évacuation, 
mais  encore  de  traitement. 

Par  elle  même,  en  effet,  elle  est  une  véritable  chambre  de  chauffe 
à  température  réglable,  et  le  Wédecin,  muni  de  tout  un  matériel 
d’urgence,  peut,  tout  en  accompagnant  les  blessés,  les  entourer  de 


SÉANCE  DU  17  OCTOBRE 


1147 


ses  soins,  oxygéner  un  asphyxique,  relever  l’état  général  d’un 
shoeké  par  des  injections  stimulantes,  refaire  un  pansement,  sur¬ 
veiller  un  garrot  el,  le  cas  échéant,  si  se  déchaînait  sur  une  plaie 
ouverte  une  effusion  sanguine  menaçante,  placer  une  pince  sur 
le  vaisseau  rompu.  Dès  lors,  l’évacuation ,  par  avion,  douce  et 


Fia.  3.  —  Intérieur  de  la  cabine  de  l’avion  sanitaire 
Bréguet-limonsine,  type  14  T  bis  1921. 

rapide,  est  au  suprême  degré  thérapeutique.  Après  le  passage  du 
blessé  au  poste  avancé,  l’avion  représente  le  poste  chirurgical 
continué. 

Son  intervention,  loin  de  renverser  la  formule  du  secours  chirur¬ 
gical  avancé,  vient  au  contraire  s’ajouter  à  elto  pour  réaliser,  dans 
une  deuxième  phase  du  progrès,  la  réduction  à  néant  des  méfaits 
de  l'évacuation. 

La  connaissance  de  si  remarquables  résultats  obtenus  par 


1148 


SOCIÉTÉ  DE  CUIRURG1E 

l’aviation  au  Levant  et  au  Maroc  devait  porter  à  la  diffusion  de 
son  emploi  dans  la  métropole.  Sinon,  l’on  maintiendrait,  en  dépit 
du  progrès,  ce  paradoxe,  tant  de  fois  confirmé  durant  la  Grande 
Guerre,  à  savoir  que  le  malade  ou  le  blessé  du  temps  de  paix,  tenu 
par  les  circonstances  éloigné  d’un  centre,  se  trouve  dans  des 
conditions  plus  défavorables  pour  la  guérison  que  le  blessé  de 
guerre  soigné  au  poste  chirurgical  avancé  ou  évacué  de  la  ligne 
par  avion. 

Or,  ces  conditions  d’éloignement  semblent  devoir  s’accroître  du 
fait  de  l’organisation  nouvelle  de  l’armée  et  de  la  répartition  des 
troupes. 

En  effet,  l’extension  des  périodes  d’instruction  dans  l'es  camps 
expose  des  masses  d’hommes  importantes  à  se  trouver  loin  du 
secours  chirurgical.  Et,  dans  notre  XVIIIe  région,  les  centres 
d'aviation  eux-même®,  tels  ceux  de  Cazaux  et  d’Hourtin,  peuvent 
se  trouver  à  70  kilomètres  de  nous.  Ailleurs  ce  sont  descentres 
régionaux  d’éducation  physique  (Royan)  ou  des  dépôts  de  conva¬ 
lescents  (Mirambeau)  isolés  de  tout  centre. 

D’autre  part,  les  garnisons  secondaires  elles-mêmes,  très  réduites 
en  effectifs,  sè  trouvent  de  ce  fait  pourvues  d’un  très  faible  nombre 
de  médecins,  parmi  lesquels  il  y  a  moins  de  chances  de  trouver 
un  chirurgien.  Il  sè  peut  donc  que  le  médecin  militaire  soit 
impuissant,  dans  un  cas  particulier,  à  faire  face  à  une  indication 
urgente,  soit  par  lui-même,  soit  avec  l’aide  de  ses  confrères 
civils. 

Il  résulte  forcément  de  ces  facteurs  une  méthode  nouvelle  de 
centralisation  de  tous  les  malades  ou  blessés  spéciaux  dans  un 
hôpital  régional  sis  au  chef-lieu.  Et  même,  au  régionalisme  fera 
bientôt  suite  l’interrégionalisme. 

Or,  si  le  malade  à  opérer  d^une  hernie  ou  à  soigner  d'une  névrite 
optique  trouve  son  avantage  à  celte  centralisation,  il  n’en  est  plus 
de  même  pour  le  malade  ou  le  blessé  grave. 

Le  malade  grave,  c’est  celui  dont  l’otite  moyenne  aiguë  vient  de 
se  compliquer  d’une  mastoïdite  à  ouvrir  sans  retard.  C’est  celui 
qui,  au  décours  d’une  pneumonie  grippale,  fait  un  épanchement 
purulent  de  la  plèvre;  le  diagnpstic,  l'expérience  le  montre,  en  est 
toujours  tardif;  et  nous  avons  vu  de  ces  malades  nous  parvenir 
anhélants,  en  vue  d'une  intervention  d’extrême  urgence,  après  un 
transport  de  80  kilomètres  par  voie  de  terre-. 

Les  blessés  graves,  ce  sont,  en  dehors  de  tous  les  cas  de  la  patho¬ 
logie  chirurgicale  courante,  les  victimesde  l’aviation,  qui  méritent 
à  tous  égards  une  attention  particulière. 

Dans  tous  ces  cas,  ou  bien  le  malade  est  adressé  au  chirurgien 
sans  que  celui-ci,  seul  juge,  ait  pu  poser  l’indication  opératoire, 


DU  17  OCTOBRE 


1150 


SOCIÉTÉ  DE  CH1KUKGIE 


et  il  en  résulte  alors  l’aggravation  d’un  transport  âpre,  long  et 
shockant. 

Ou  bien,  suivant  le  principe  sacré  de  la  saine  pratique,  le 
chirurgien  va  au  blessé  et  il  est  par  suite  contraint  de  pratiquer, 
en  milieu  inconnu  et  sous  des  conditions  variables,  une  interven¬ 
tion  dont  il  ne  pourra  assurer  les  suites. 

C’est  ainsi  que  nous  étions  appelé,  il  y  a  un  an,  à  Mont-de-Marsan 
auprès  d’un  commandant  gravement  menacé  parl’évolution  d’une 
gangrène  du  membre  inférieur.  Après  un  long  trajet  en  chemin 
de  fer,  nous  parvenions  à  la  nuit  tombante  au  chevet  du  malade 
pour  pratiquer  une  amputation  de  cuisse  dont  nous  n’avons 
jamais  su  les  suites  éloignées. 

Une  autre  fois,  c’est  au  centre  de  Cazaux  que  nous  étions  mandé 
auprès  de  deux  aviateurs  tombés  le  matin.  Prévenu  à  midi,  nous 
parvenions  vers  16  heures,  à  la  nuit  tombante,  auprès  de  deux 
blessés  attendant  sur  leurs  brancards  ensanglantés  la  décision  du 
chirurgien.  Les  jugeant  malgré  tout  transportables,  il  nous  resta 
à  les  ramener  par  la  route  cahoteuse  jusqu’à  l’hôpital  de  Talence 
où  ils  arrivèrent  à  22  heures. 

Ces  conditions  sont  défavorables  au  meilleur  sort  des  blessés. 
L’aviation  doit  y  porter  remède. 

Dès  lors  on  peut  concevoir  la  réalisation  du  programme  suivant  : 

D’une  part,  un  centre  d’aviation  comme  celui  de  Cazaux  est 
relié  par  avion  au  centre  chirurgical  :  e’est  fait.  Le  sanitaire  étant 
§ur  place,  la  rapidité  du  transport  permet  de  recevoir  le  blessé 
après  une  heure  sur  la  table  d’opérations  :  c’est  fait. 

Le  soldat  Marchant,  arrivé  à  nous  les  deux  cuisses  labourées  par 
une  pale  d’hélice,  a  dû  son  salut  à  l’avion  qui  a  permis,  une  heure 
et  demie  après  la  blessure,  l’amputation  de  la  cuisse  gauche  suivie 
de  la  transfusion  du  sang 

D’autre  part,  dans  les  garnisons  éloignées,  le  médecin  devrait 
pouvoir  faire  appel  simultanément  aux  centres  hospitalier  et 
d’aviation  qui,  bien  en  liaison,  lanceraient  aussitôt  un  sanitaire 
emportant  le  chirurgien.  Celui-ci,  muni  d'un  arsenal  de  son  choix, 
jugerait  sur  place  de  la  transportabilité  du  malade. 

Le  plus  souvent,  après  avoir  paré  le  blessé  pour  l’évacuation, 
il  opterait  pour  celle-ci  qui  lui  permettrait  d’opérer  et  de  suivre 
le  malade  dans  les  meilleures  conditions. 

De  même,  la  marine  française  a  aménagé  deux  hydravions 
sanitaires.  L’un  est  en  service  à  Berre,  l’autre  à  la  base  de 
Saint-Raphaël.  Ces  appareils  portent  à  l’hôpital  Saint-Mandrier  à 
Toulon  les  malades  exceptionnellement  graves  de  ces  camps 
d’aviation. 

Telles  sont  les  indications  auxquelles  doit  s’apprêter  à  faire  face> 


SÉANCE  DD  17  OCTOBRE 


1151 


dès  maintenant,  l’aviation  sanitaire  militaire  dans  la  métropole. 

Or,  ce  qui  vaut  pour  elle  peut  convenir  demain  aux  besoins  de 
la  population  civile.  Ici,  c’est  un  grand  chantier  de  construction 
maritime  ou  une  agglomération  usinière  éloignée  qui  veut  se  tenir 
en  mesure  de  parer  aux  conséquences  d’un  accident  imprévu  :  là, 
en  rase  campagne,  une  catastrophe  de  chemin  de  fer  appelle  un 
secours  d’urgence;  ailleurs,  ce  sera  un  particulier  surpris  par  une 
affection  grave  loin  de  sa  famille  et  désirant,  par  convenances 
personnelles,  rallier  son  foyer  (nous  avons  vu  L.  Picqué  partir 
de  Paris  pour  l’île  de  Ré  à  l’effet  de  ramener  dans  la  capitale  une 
jeune  fille  atteinte  d’appendicite  aiguë).  Combien  plus  simple 
pourrait  être  aujourd’hui  la  formule  d’évacuation. 

Ainsi,  en  1921,  un  membre  anglais  du  Conseil  suprême  se  faisait 
transporter  à  Londres  par  la  voie  des  airs,  afin  de  pouvoir,  le  cas 
échéant,  être  opéré  par  son  chirurgien  habituel. 

Un  officier  aviateur,  atteint  de  mal  de  Pott,  était  récemment 
transporté  par  avion  de  Nancy  à  Berck. 

La  superposition  des  buts  de  l’avialion  civile,  en  général,  et  de 
l’aviation  sanitaire  militaire,  en  particulier,  nous  paraît  donc  de 
nature  à  hâter  la  réalisation  des  desiderata  posés. 

Ils  impliquent,  en  effet,  la  mise  immédiate  à  l’étude  des  terrains 
d’atterrissage.  Ceux-ci  doivent  être  de  deux  ordres  : 

1°  Les  terrains  d,' atterrissage  permanents,  sis  autour  des  villes  et 
agglomérations  ; 

2°  Les  terrains  éventuels  jalonnant  les  voies  aériennes  en  vue  de 
parer  aux  pannes. 

Or,  les  terrains  militaires  permanents  et  les  ports  aérieùs  civils 
sont  encore  d’une  extrême  rareté. 

Les  terrains  éventuels  n’ont  jamais  été  étudiés.  C’est  au  hasard 
du  sort  que  l’avion  s’élance  sur  les  voies  aériennes. 

Il  faut  que  l’aviation  française,  après  le  remarquable  essor  de 
ses  perfectionnements  mécaniques  et  comme  hommage  à  la  maî¬ 
trise  de  ses  pilotes,  sorte  de  la  période  héroïque  qui  cause  encore 
trop  de  pertes  évitables. 

Dans  ce  but,  il  convient  de  pousser  à  fond  le  tracé  de  l’organisa¬ 
tion  des  voies  aériennes,  d’en  installer  les  ports  permanents, 
munis  d’un  parc  outillé  avec  une  équipe  de  garde  toujours  pré¬ 
sente...  comme  à  l’hôpital  ;  en  signaliser  les  stations  éventuelles 
et  diviser  la  France  en  secteurs  d’aviation. 

Ceci  fait,  il  faut  dresser  la  carte  aéro-terrestre,  c’est-à-dire,  hui¬ 
la  base  du  200.000e  coloriée,  fixer  la  situation  des  terrains  perma¬ 
nents  et  éventuels  et  décrire  chacun  d’eux  en  un  canevas  à  grande 
échelle  dont  la  série  se  déroulerait  en  cours  de  route,  sous  les 
yeux  du  pilote,  à  côté  de  la  carte  d’ensemble. 


1152 


SOCIÉTÉ  DE  CUIRURGIE 


Tels  sont  les  progrès  dont  l’aviation  sanitaire,  par  ses  besoins 
pour  l’inslant  d'apparence  exceptionnels,  peut  contribuer  à  hâter 
la  réalisation,  en  montrant  à  ceux  qui  décrient  l’aviation  qu’en 
dehors  de  ses  buts  militaires  commerciaux  elle  a  parfois  aussi 
des  visées  humanitaires. 

M.  Tukfier.  —  Je  me  permets  de  rappeler  à  M.  Picqué  que 
cette  question  de  l’aviation  sanitaire  est  déjà  ancienne.  C’est 
Chassaing  qui,  pendant  et  après  la  guerre,  s’en  fit  le  promoteur. 
J’ai  eu  l’occasion  d'en  voir  directement  les  modalités  et  l’effica¬ 
cité  dans  les  marches  du  Sahara,  et  j’ai  longuement  entretenu 
l’Académie  de  Médecine  dans  la  séance  du  18  Février  1919,  de  ce 
que  j’avais  vu  et  de  ce  que  nous  pouvions  espérer,  j’y  ai  vu,  à 
Bou  Denib,  des  blessés  du  Talilalet  qui  après  85  kilomètres  en 
avion,àl.000mètres,  dans  le  fuselage  d’un  Farman,  m’affirmaient 
à  l’atterrissage  qu’ils  n’avaient  éprouvé  aucune  sensation.  J’ai, 
depuis,  suivi  les  applications  de  cette  aviation  sanitaire  dans  les 
expériences  de  camps  d'aviation. 

Ma  conclusion  actuelle  est  que  son  utilité  réside  bien  plus  dans 
l’adduction  rapide  et  éloignée  du  malade  ou  du  blessé  vers  le 
centre  sanitaire  oh  il  sera  bien  soigné,  que  dans  le  transport  du 
matériel  et  du  chirurgien  au-devant  du  blessé  qui  ne  sera  qu’excep¬ 
tionnel. 

J’ai  opéré  ainsi  un  officier  ramené  ainsi  à  Bou  Denib,  avec  un 
éclat  d’obus  dans  la  poitrine,  qui  était  asphyxiant  et  que  j’ai  pu 
thoracotomiser  avec  succès,  que  mon  collègue  Roux-Berger  le 
guérit  et  il  est  devenu  un  de  nos  grands  chefs  africains. 


Présentations  de  malades. 

Luxation  congénitale  non  fixée  de  la  hanche  gauche. 

Constitution  par  greffe  d'un  toit  osseux.  Guérison, 

par  M.  CH.  DUJARIER. 

Le  malade  que  je  vous  présente  est  âgé  de  quinze  ans.  Il  est 
entré  à  Boucicaut  le  13  mai  1923.  On  notait  à  gauche  une  luxation 
congénitale  non  fixée.  Le  mouvement  de  tiroir  était  très  net. 

Le  31  mai,  je  l’ai  opéré.  Par  une  incision  traversant  les 
fessiers  au-dessus  du  grand  trochanter,  je  suis  tombé  sur  l’aile 
iliaque.  J’ai  taillé  à  ce  niveau  un  volet  osseux  que  j’ai  rabattu 
horizontalement.  Ce  fut  très  facile,  car  l’aile  iliaque  était  très 
mince,  1  à  2  millimètres  au  plus.  Puis,  par-dessus  le  volet 
osseux,  j’ai  appliqué  deux  greffes  ostéo-périostiques  taillées  sur 
le  tibia  et  qui  entouraient  la  tête  en  haut  et  en  arrière. 


SÉANCE  DU  17  OCTOBRE 


1153 


Bien  que  la  démarche  du  malade  ne  soit  pas  encore  brillante, 
il  peut  actuellement  marcher  sans  douleur  et  le  mouvement  de 
tiroir  a  disparu.  L’avenir  nous  montrera  si  le  butoir  osseux 
ainsi  constitué  remplira  de  mieux  en  mieux  son  but 

M.  Albert  Moucbet.  —  Il  y  a  deux  ans  déjà,  j’ai  vu  décrit  dans 
le  The  American  Journal  of  Orthopædic  Surgery,  par  un  chirur¬ 
gien  américain  dont  je  ne  me  rappelle  plus  le  nom,  un  procédé  de 
greffe  par  rabattement  d’un  volet  osseux  de  l’os  iliaque  au-des¬ 
sus  de  la  tête  fémorale,  procédé  destiné  à  fixer  cette  tête  luxée 
dans  le  cotyle.  Mais  je  dois  dire  que  le  chirurgien  en  question 
n’avait  pas  eu  recours  à  l’adjonction  —  très  heureuse,  je  crois  — 
de  greffes  ostéopériostiques  à  la  Delagenière. 

M.  Mauclaire.  —  J’ai  présenté  ici,  il  y  a  quelque  temps,  une 
malade  qui  avait  une  luxation  congénitale  avec  ascension  flot¬ 
tante  de  la  tête  fémorale  et  bruit  de  ressaut.  J’ai  fait,  chez  elle, 
des  greffes  ostéopériostiques  sur  l’os  iliaque  au  niveau  du  rebord 
cotyloïdien,  la  tête  fémorale  est  devenue  moins  flottante  et  le  bruit 
est  disparu.  Delagenière  avait  déjà  publié  un  cas  semblable. 


Guérison  spontanée  d'une  fistule  du  long  segment  iléo-colique 
isolé  par  exclusion  bilatérale , 

par  M.  WALTHER. 

Le  28  avril  1920,  je  vous  ai  déjà  présenté  cet  homme  (1),  et  au 
cours  d’une  discussion  sur  l’exclusion  bilatérale  j’ai  apporté  son 
observation  complète  (2). 

A  ce  moment,  il  portait  à  la  région  lombaire  droite  une  cicatrice 
qui  semblait  solide  et  dont  le  centre  résultait  de  l’oblitération 
spontanée  d’une  fistule  d’accès  dans  un  segment  iléo-colique, 
exclu,  depuis  plus  de  cinq  ans,  pour  une  plaie  par  balle. 

L’intérêt  le  plus  grand  d’une  pareille  observation  me  paraît  être 
dans  la  vérification  d’un  résultat  éloigné.  Gette  notion  est  d’im¬ 
portance  capitale  dans  l’étude  de  l’évolution  encore  mal  connue 
des  modifications  anatomiques  et  physiologiques  du  segment 
exclu.  C’est  pourquoi  j’ai  pensé  qu’il  était  utile  de  vous  faire 
constater  après  plus  de  trois  ans  l’état  de  cet  homme. 

La  cicatrice,  vous  levoyez,estparfaite,  et  jamais  ne  s'est  rouverte 

(1)  Bull,  et  Mém.  de  la  Société  de  Chirurgie,  1920,  p.  652. 

(2)  Bull,  et  Mém.  delà  Société  de  Chirurgie ,  1920,  p.  812,  séance  du  26  mai. 


1154 


SOCIÉTÉ  DE  CUIRURGIE 


depuis  la  fin  de  1919.  Les  réserves  que  j’exprimais,  en  vous  fai¬ 
sant  la  présentation  en  avril  1920,  sur  la  valeur  réelle  d’une  gué¬ 
rison  apparente  de  quatre  ou  cinq  mois  doivent  s’atténuer  chaque 
année  et  il  semble  bien  qu’aujourd’hui  on  puisse  compter  sur  une 
guérison  définitive,  et  cela  d’autant  plus  que  la  cicatrisation  s’est 
faite  par  étapes  progressivement  plus  longues.  Sans  vouloir 
reprendre  ici  les  détails  de  l’observation  qui  est  dans  nos  bulletins, 
je  crois  utile  de  résumer  très  rapidement  les  temps  principaux  de 
l’évolution  des  lésions. 

Blessure  par  balle  le  24  septembre  1914,  plaie  en  séton  avec 
large  déchirure  du  cæcum  ou  du  côlon  ascendant.  - 

Le  19  Octobre,  M.  Okinczyc  pratique  une  exclusion  bilatérale 
d’un  long  segment  iléo-colique. 

Le  28  février  1915,  il  est  obligé  de  faire  une  laparotomie  médiane 
pour  des  accidents  d’occlusion  provoqués  par  des  adhérences  très 
étendues  de  l’intestin. 

Le  27  juin  1916,  je  dois,  au  Val-de-Grâce,  faire  encore  unelapa- 
rotomie  pour  des  accidents  très  graves  d’occlusion.  Je’  dois  libérer 
très  péniblement  des  adhérences  qui  fusionnaient  tout  l’intestin 
grêle  en  un  énorme  bloc  soudé  à  la  paroi  abdominale. 

La  fistule  dusegment  exclu  restait  ouverte  à  la  région  lombaire  ; 
au  mois  de  février  1919  elle  se  ferme,  des  accidents  violents  de 
rétention  éclatent  brusquement.  Le  malade  entre  dans  mon  ser¬ 
vice  où,  le  26  février,  se  produit  une  évacuation  spontanée  de 
liquide  d’odeur  infecte,  mélangé  de  débris  sphacélés.  La  fistule 
maintenue  ouverte  par  un  drain  se  referme  peu  à  peu. complète¬ 
ment.  Mais  tous  les  mois,  puis  tous  les  deux  mois,  une  crise 
légère  de  courbature  plutôt  que  de  douleur  aboutit  après  trois  ou 
quatre  jours  à  la  formation  d’une  petite  collection  soulevant  le 
centre  de  la  cicatrice  qui  s’ouvre  rapidement,  laissant  échapper 
une  petite  quantité  de  liquide  clair,  d'apparence  muqueuse, et  cela 
jusqu’en  novembre  1919. 

Depuis  la  fin  de  1919,  depuis  près  de  quatre  ans,  la  cicatrice  n’a 
plus  jamais  cédé.  Jamais  le  malade  n’a  ressenti  de  douleur,  de 
courbature,  de  gêne. 

L’état  général,  comme  vous  en  pourrez  juger,  est  excellent.  Les 
troubles  digestifs,  qui  avaient  encore  persisté,  très  atténués,  tant 
que  la  fistule  se  rouvrait,  ont  complètement  disparu  depuis  la  fer¬ 
meture  définitive. 

A  la  palpation  on  sent  profondément,  dans  la  fosse  iliaque,  une 
petite  masse  aplatie,  souple,  indolente,  qui  semble  être  le  moignon 
du  segment  exclu. 


SÉANCE  D'U  17  OCTOBRE 


1155 


Tumeur  du  maxillaire  supérieur  gauche 
traité  par  un  appareil  moulé 
à  foyers  radio-actifs  multiples , 

par  MM.  PROUST  et  MALLET. 

L’affection  a  débuté  cliniquement  vers  juillet  1922.  Le  malade 
vit  apparaître  au  niveau  de  la  moitié  supérieure  de  la  joue  gauche 
une  tuméfaction  qu’il  prit  pour  une  fluxion  dea  taire  et  qui  pouvait 
avoir  le  volume  d’un  œuf.  Vers  le  l*r  octobre  1922,  il  va  chez 
son  dentiste  qui  lui  arrache  une  molaire  supérieure  gauche. 
Le  lavage  consécutif  à  la  sonde  fit  ressortir  par  le  nez  un  peu  de 
pus.  Sur  le  conseil  de  son  dentiste,  le  malade  va  consulter  à 
Lariboisière,  il  est  hospitalisé  le  16  octobre  1922  dans  le  service 
du  Pr  Sebileau. 

Au  cours  de  l’opération  qui  eut  lieu  le  18  octobre,  M.  Ghatellier 
se  rendit  compte  qu'il  s’agissait  d’une  néoplasie  du  maxillaire  à 
point  de  départ  au  niveau  de  la  paroi  antérieure  du  sinus  ;  il  tenta 
au  moyen  d’une  résection  atypique  l’exérèse  totale  de  la  masse 
néoplasique.  Le  patient  fut  adressé  après  l’intervention  à  M.  le 
Dr  Haret  pour  traitement  radiothérapique  qu’il  commença  le  25  oc¬ 
tobre;  on  fit  six  séances  d’une  heure  environ  en  l’espace  de  huit 
joars. 

En  février  1923  réapparut  une  tumeur  dans  la  même  région  qui 
augmenta  rapidement.  Le  25  avril,  le  malade  entrait  de  nouveau  à 
Lariboisière.  M.  le  Pr  Sebileau  diagnostiquait  un  épithélioma 
sinusal  inopérable. 

Le  patient  alla  voir  successivement  M.  le  Dr  Luc,  et  M.  le 
Dr  Baumgartner  qui  nous  l’a  adressé. 

E,lal  à  l'entrée.  —  Dans  l’épaisseur  de  la  joue  gauche,  masse  de 
consistance  assez  molle,  bilobêe,  présentant  un  segment  en  bas 
eten  avant  vers  lacommissure  ;  sesdimensions  sont  deficentimètres 
de  longueur  sur  4  centimètres  de  large.  Un  autre  segment  per¬ 
pendiculaire,  dirigé  en  haut  et  en  dedans, .se  dirige  vers  la  partie 
saillante  de  l’os  malaire,  sous  lequel  il  semble  adhérer  au  maxil¬ 
laire  supérieur;  la  pression  de  cette  masse  n’éveille  pas  de  douleur. 
Il  n’y  a  pas  d’adhérence  à  la  peau  ni  à  la  muqueuse  buccale. 
Cependant,  à  l’inspection,  la  muqueuse  de  la  joue  est  fixée  au 
pourtour  du  canal  de  Sténon. 

Extérieurement,  on  constate  au  niveau  de  la  moitié  supérieure 
de  la  joue  gauche,  jusqu’au-dessus  de  l’arcade  zygomatique,  une 
tuméfaction  de  la  grosseur  d’un  œuf  de  poule  dont  le  maximum 
de  saillie  répond  à  la  région  de  l’os  malaire.  La  pression  à  ce 


1156 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


niveau  est  très  douloureuse  eton  percevait  en  particulier,  au  niveau 
du  bord  orbitaire,  une  sensation  de  Crépitation. 

L’exploration  des  régions  ganglionnaires  permet  de  constater 
la  présence  de  ganglions  de  la  grosseur  d’une  noisette  dans  les 
régions  sous-maxillaire  gauche  et  sous-angulo-maxillaire. 

Traitement.  —  Prise  d’une  empreinte  au  plâtre  de  la  région 
maxillo- malaire  par  M.  le  Dr  Psaume.  Etablissement  sur  celte 
empreinte  d’un  appareil  moulé  en  cire  vierge,  destiné  à  s’appli¬ 
quer  exactement  surl’hémiface  gauche. 

On  répartit  également  sur  ce  support  épais  de  2  centimètres 
15  foyers  radio-actifs  de  2  millimètres  RA,  filtrés  par  une  équiva¬ 
lence  de  2  millimètres  de  platine  et  distants  les  uns  des  autres  de 
2  cm.  1/2.  Les  dimensions  de  la  surface  radiante  étaient  d’environ 
120  centimètres  carrés.  L’appareil  fut  appliqué  le  18  juin  à  l’aide 
de  sangles  de  caoutchouc  et  maintenu  en  place  jusqu’au  15  juillet. 
La  durée  de  l’application  fut  de  25  jours:  soit  18.000  MgH  ou  135, 
18  MCD. 

Au  cours  de  cette  application,  nous  avons  observé  le  2  juillet  la 
chute  des  poils  de  la  région  jugale  et  de  la  lèvre  supérieure.  Le 
12  juillet,  la  peau  présentait  un  fort  érythème.  La  saillie  extérieure 
de  la  région  malaire  s’était  affaissée  et  l’exophtalmie  avait  beau¬ 
coup  diminué,  la  tumeur  perçue  dans  l’épaisseur  de  la  joue  s’était 
réduite,  le  prolongement  inférieur  était  à  peine  reconnu,  le  pro¬ 
longement  supérieur  ne  faisait  plus  saillie  vers  l’os  malaire.  Le 
14  juillet,  la  peau  présentait  des  vésications  et  l’épiderme  se  déta¬ 
chait  par  place.  Le  16  juillet,  le  malade  sortait  de  l’hôpital  et  reve¬ 
nait  aux  pansements  pendant  une  douzaine  de  jours,  temps  néces¬ 
saire  à  la  réfection  complète  de  son  épiderme.  Le  10  août,  le 
patient  est  revu,  il  présente  tous  les  signes  de  la  guérison.  Le 
5  octobre,  il  revient  dans  le  service.  L’état  local  et  général  sont 
excellents. 

Cependant,  à  l’heure  actuelle,  le  malade,  qui  à  la  suite  du 
traitement  respirait  très  normalement  de  la  narine  gauche,  se 
plaint  à  nouveau  d’une  gêne  respiratoire  de  ce  côté. 

Nous  nous  proposons  de  compléter  le  traitement  par  une  nou¬ 
velle  application  au  niveau  des  régions  nasale  et  maxillaire 
gauche  antérieure. 

L’intérêt  de  cette  observation  est  de  montrer  qu’avec  une  dose 
faible  de  radium  appliquée  pendant  un  temps  très  prolongé,  mais 
avec  une  surface  radiante  étendue,  nous  avons  pu  faire  dispa¬ 
raître  une  tumeur  sinusale  relativement  profonde,  malgré  la  radio¬ 
résistance  que  la  radiothérapie  avait  pu  créer. 

Nous  constaterons  également  que  nous  avons  poursuivi  sans 
inconvénientl’application  jusqu’à  la  radio-épidermite.  D'une  façon 


SÉANCE  DU  17  OCTOBRE 


1157 


générale,  celle-ci  doit  être  obtenue,  pour  êlre  assuré  que  le  rayon¬ 
nement  donné  en  profondeur  a  atteint  la  dose  cancéricide. 

Cette  technique  des  appareils  moulés  de  surface,  jadis  essayée 
avecl’émanacion  en  réservoir  unique  (1),  rendra  possible,  croyons- 
nous,  le  traitement  par  le  radium  de  certains  cancers  résistant 
jusqu’ici  aux  rayons  X  pénétrants  et  aux  applications  curiethéra- 
piques  massives.  Nous  avons  avec  elles  le  triple  avantage  :  1°  d’une 
dose  profonde  importante  ;  2°  d’un  rayonnement  gamma  électif  ; 
3°  d’une  irradiation  prolongée.  Telle  que  Regaud  l’a  imaginée  et 
réglée,  en  particulier  pour  la  cure  des  adénopathies  cervicales,  elle 
a  donné  de  très  beaux  résultats. 

M.  Gernez.  —  Le  résultat  que  nous  apporte  Proust  peut  être 
considéré  actuellement  comme  parfait,  et  j’observe,  en  ce  moment, 
un  malade  absolument  superposable. 

Il  me  fut  adressé  pour  un  kyste  (?)  de  la  partie  interne  du 
rebord  orbitaire  inférieur  gauche. 

Je  diagnostiquai  une  tumeur  maligne  au  début,  et  je  fis  une 
large  résection  partielle  du  maxillaire  supérieur.  Récidive  rapide 
à  marche  quasi  aiguë.  Curiethérapie  avec  aiguilles,  rétrocession 
rapide  de  la  tumeur,  état  local  actuellement  parfait,  aucun  écou¬ 
lement  nasal.  Je  suis  avec  le  plus  grand  intérêt  ce  malade  jeune 
(quarante  ans)  ;  l’examen  histologique  a  été  pratiqué  par  le 
Dr  Chenot. 

Dans  ces  cas  de  tumeur  du  maxillaire  supérieur,  quand  on 
emploie  des  aiguilles  radifères,  il  m’a  paru  assez  diffrcile  de  bien 
protéger  l’œil,  et  bien  que  je  n’aie  pas  observé  d’accidents 
j’emploierai  dorénavant,  comme  le  conseille  notre  collègue  Proust, 
les  appareils  moulés  de  Regaud. 


Anhjlose  du  genou  presque  à  angle  droit. 
Résection  trapézoïdale , 
par  M.  PL.  MAUCLAIRE. 

Cette  présentation  paraîtra  dans  un  prochain  Bulletin. 


Pièce  de  prothèse  ( vis  d’os  tué  armée)  extraite  du  col  du  fémur 
deux  ans  et  quatre  mois  après  l'opération , 
par  M.  ANTOINE  BASSET. 

Celte  présentation  paraîtra  dans  un  prochain  Bulletin. 


(1)  Cf.  Mallet.  Progrès  médical ,  Il  juillet  1919. 


1158 


SOCIÉTÉ  DE  COIRCRGIE 


Double  salpingite  suppurée. 

Salpingectomie  double,  ablation  de  l’ovaire  gauche. 

Transposition  de  l'ovaire  droit  avec  son  pédicule  vasculaire 
dans  la  cavité  utérine. 

Etat  des  pièces  neuf  mois  après, 
par  M.  TUFFIER. 

Cette  pièce,  enlevée  neuf  mois  après  la  première  opération,  est 
une  démonstration  de  ce  que  je  vous  ai  dit  dans  la  séance  du 
10  octobre  1922  (Bull,  et  Mém.  de  la  Société  de  Chirurgie,  p.  1051) 
à  propos,  non  pas  des  greffes,  mais  des  transpositions  de  l’ovaire. 
Salpingeetomie  double,  ablation  de  l’ovaire  gauche  et  transpo¬ 
sition  de  l’ovaire  droit  le  17  janvier  1923.  Guérison.  Règles  régu¬ 
lières.  Signes  d’occlusion  intestinale  chronique  en  septembre,  soit 
huit  mois  après  —  occlusion  intestinale  qui  n’avait  rien  à  voir  avec 
la  greffe,  mais  était  due  à  une  adhérence  de  l’intestin  coudé  sur  le 
fond  de  l’utérus.  Hystérectomie  abdominale  le  12  octobre  (9e  mois). 
Guérison. 

Vous  voyez  l’utérus  ouvert  par  sa  face  antérieure,  vous  aper¬ 
cevez  dans  sa  cavité,  au  fond  et  à  droite,  la  surface  lisse  du  tiers 
de  l'ovaire  saillant  dans  la  cavité  utérine  et  parfaitement  con¬ 
formé.  La  muqueuse  utérine  est  en  état  normal. 

Sur  une  coupe  passant  par  la  face  latérale  droite  de  futérus, 
vous  voyez,  attenant  au  muscle  utérin,  ce  même  ovaire  avec  son 
pédicule  e‘t  contenant  un  petit  kyste  et  un  corps  jaune;  il  est  donc 
enclavé  par  sa  base  dans  le  muscle  utérin  et  en  continuité  avec 
son  pédicule.  Il  ne  paraît  pas  altéré. 

Tous  les  examens  histologiques  de  l’épithélium,  de  ta  muqueuse, 
ses  rapports  avec  l’ovaire,  les  examens  bactériologiques  et 
histologiques  de  l’ovaire  ont  été  faits  par  M.  Letulle,  et  je  vous  les 
publierai  ultérieurement. 


Présentation  de  radiographies. 

Etats  pathologiques  du  duodénum, 
par  M.  PIERRE  DU  VAL 

J’ai  l’honneur  de  vous  présenter  des  radiographies  prises  en 
série  avec  l’appareil  spécial  d’Henri  Béctère  et  ayant  trait  à  divers 
états  pathologiques  du  duodénum. 

M.  Gernez.  —  Je  demanderai  à  notre  collègue  Duval,  qui  a  une 
très  grande  expérience  des  examens  radiographiques  du  duo- 


SÉANCE  DU  17  OCTOBRE 


1159 


dénum,  quelques  explications  au  sujet  de  la  tache  laissée  par  la 
bouillie  au  niveau  de  l’ampoule  de  Vater  : 

1°  Il  m’a  toujours  paru  fort  délicat  d’interpréter  cette  tache  au 
niveau  de  la  2e  portion,  et  j’ai  demandé  plusieurs  radios  de  con¬ 
trôle  dans  les  cas  pour  lesquels  j’étais  consulté,  car  j’ai  vu  des 
médecins  spécialisés  dans  l’étude  de  la  pathologie  digestive 
affirmer  l’existence  d’un  ulcus  de  la  2e  portion  sur  vue  de  radio¬ 
graphie,  alors  que  l’inlervention  a  montré  qu’il  n’en  existait  pas 
et  que  c’était  la  niche  de  l’ampoule  de  Vater; 

2°  Les  Anglais  ont  prétendu,  nous  dit  Duval,  que  la  niche  de 
l’ampoule  de  Vater  constatée  à  la  radiographie  était  fonction  de 
lithiase  biliaire  :  il  a  fait  à  ce  sujet  de  prudentes  réserves  que  je 
crois  justifiées,  puisque,  dans  un  cas  que  j’ai  observé,  l’ampoule 
était  particulièrement  visible  alors  que  l’intervention  montra 
qu’ii  n’y  avait  aucune  trace  de  lithiase. 


ERRATUM 


La  communication  de  M.  DAMBRIN,  correspondant  national,  parue  dans 
le  Bulletin  du  3  juillet  1923,  p.  996,  devait  être  signée  DAMBRIN  et 
BERNARDBEIG,  prosecteur  à  la  Faculté  de  Toulouse. 


Le  Secrétaire  annuel, 
M.  Ombrédanne. 


SÉANCE  DU  24  OCTOBRE  1923 


Présidence  de  M.  Mauclaire. 


Procès-verbal. 


La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  mise 
aux  voix  et  adoptée. 


Correspondance. 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  périodiques  delà  semaine. 
2°.  —  Des  lettres  de  MM.  Grégoire  et  Savariaud,  s’excusant  de 
ne  pouvoir  assister  à  la  séance. 


A  propos  de  la  correspondance. 

1°.  —  Deux  observations  de  M.  le  Dr  Le  Jean,  médecin  de  la 
marine,  intitulées  :  Luxalion  habituelle  sus-slernale  de  la  clavicule 
traitée  par  l'ostéosynthèse  et  Fracture  du  coroné  et  de  l'olécrâne 
traitée  par  l'ostéosynthèse. 

M.  Mouchet,  rapporteur. 

2°.  —  Un  travail  de  M.  le  Dr  Frédéric  Bilger  (de  Strasbourg), 
intitulé  :  Traitement  de  la  blennorragie  urélr ale  par  la  vaccination, 
en  particulier  par  V auto-vaccination ,  pour  le  Prix  Marjolin-Duval. 

3°  Une  observation  de  M.  Costantini  (d’Alger),  intitulé  :  Absence 
congénitale  du  vagin,  opération  de  Baldwin. 

M.  Schwartz,  rapporteur. 

4°.  —  Un  travail  de  MM.  Combier  et  Murard  (du  Creusot), 
intitulé  :  Rupture  du  ménisque  interne  du  genou  à  signes  fiustes. 
Méniscectomie  partielle. 

M.  Okinczyo,  rapporteur. 


i.,  1923.  -  N°  27. 


du  vP 


1162 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


M.  le  professeur  Georges  Hayek  fait  hommage  à  la  Société  de 
son  ouvrage  intitulé  :  L'Hémaloblasle. 

M.  le  Dr  Gabriel  Bidou  offre  un  exemplaire  de  son  livre 
intitulé  :  Nouvelle  méthode  d’ appareillage  des  impotents. 

—  Des  remerciements  sont  volés  aux  donateurs. 


Rapports. 

La  voie,  rétro-jugulaire  dans  la  ligature  de  la  carotide  externe, 
par  M.  Hartglass, 

Interne  des  hôpitaux. 

Rapport  de  M.  RAOUL  BAUDET. 

11  est  de  règle,  en  médecine  opératoire,  au  moment  où  l’on  va 
découvrir  la  carotide  externe,  de  la  chercher  en  avant  et  en 
dedans  de  la  jugulaire  interne.  Ce  faisant,  on  trouve  alors  au 
devant  de  l’artère  plusieurs  grosses  veines  représentant  les 
affluents  et  le  tronc  thyro-linguo-pharyngo-facial.  Ces  veines 
gênent  fortement  l’opérateur  dans  certains  cas  et  à  mon  avis  c’est 
la  seule  difficulté  que  présente  cette  opération. 

Aux  obstacles  veineux  s’ajoutent  parfois  aussi  des  obstacles 
lymphatiques,  représentés  par  deux  ou  trois  ganglions  très 
gênants  quand  ils  sont  hypertrophiés. 

Ces  difficultés  avaienj.  frappé  mon  interne  M.  Harlglass  et  lui 
avaient  inspiré  l’idée  que  la  meilleure  façon  de  les  surmonter  ou 
de  les  tourner  était  de  renoncer  à  la  règle  classique  qui  commande 
de  chercher  l’artère  en  avant  de  la  veine  et  de  repousser  plutôt 
la  veine  en  avant  et  en  dedans  de  l’artère,  On  dégage  ainsi  la 
carotide  externe  du  lacis  veineux  qui  la  recouvre  et  aussi  des 
ganglions  anormalement  hypertrophiés  qui  la  masquent. 

Et  surtout,  on  étale  largement  devant  soi,  dans  toute  la  lon¬ 
gueur  de  la  plaie,  la  bifurcation  de  la  carotide  primitive,  la  carotide 
interne,  la  carotide  externe  et  ses  premières  branches  collatérales. 

Il  n’est  donc  plus  nécessaire,  en  procédant  ainsi,  de  chercher 
un  à  un  les  divers  repères  qui  doivent  rendre  infaillible  celte 
ligature,  c’est-à-dire  le  ventre  postérieur  du  digastrique,  le  nerf 
grand  hypoglosse,  la  grande  corne  de  l’hyoïde  et  les  branches 
thyroïdienne  inférieure  et  linguale. 

M.  Hartglass  a  appliqué  sur  le  vivant  son  procédé  opératoire 
qu’il  n’a'vait  jusqu’alors  étudié  que  sur  le  cadavre.  C’est  cette 
observation  qu’il  vous  a  présentée  dans  une  de  nos  séances  an  té- 


SÉANCE  DU  24  OCTOBRE 


rieures  et  sur  laquelle  vous  m’avez  chargé  de  faire  un  rapport 
Voici  d’abord  l’observation  de  M.  Hartglass. 

Obs.  I.  —  Dav...  (Auguste),  cinquante  et  un  ans,  marchand  ambu- 


Fig.  1.  —  Tracés  des  incisions. 

Incision  classique  ;  2,  Incision  de  M.  Descomps  ;  3,  Incision  pour  la  voie  rélro-veineu 


lant,  entre  à  l’hôpital  Bichat,  dans  le  service  de  mon  maître  M.  1< 
Dr  Baudet,  dans  la  nuit  du  8  au  9  mai  1923  pour  un  cancer  inopérable 
du  larynx  déjà  trachéotomisé.  Hémorragies  répétées  de  plus  en  plus 
abondantes,  évacuées  par  la  bouche. 


Art.  th 


1166 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Le  9  mai  à  midi,  une  grosse  hémorragie  met  sa  vie  en  danger  immé¬ 
diat.  On  décide  de  procéder  à  la  ligature  des  carotides  externes. 

Anesthésie  :  chloroforme. 

Côté  droit  (opérateur  :  Hartglass;  aide  :  Fruchaud,  internes  du  service). 
Adénopathie  très  marquée  de  toute  la  région  carotidienne  supérieure,  de 
la  région  sous-maxillaire.  Cette  adénopathie  s’étend  en  arrière  sous  le 
sterno-mastoïdien  auquel  elle  adhère  et  dont  le  bord  antérieur  n’est  plus 
perceptible  au-dessus  d’uüe  ligne  passant  par  la  grande  corne  de  l’os 
hyoïde. 

Incision  sur  la  face  externe  du  muscle  sterno-mastoïdien,  tout  près 
de  son  bord  antérieur  en  arrière.  L’incision  relativement  basse 
commence  en  haut  un  peu  au-dessous  du  niveau  du  bord  inférieur  du 
maxillaire  inférieur  et  descend  en  bas  presque  jusqu’à  hauteur  du 
bord  inférieur  du  cartilage  thyroïde. 

On  dégage  le  bord  antérieur  du  musclé  sterno-mastoïdien  et  après 
un  décollement  léger  de  sa  face  postérieure  on  le  récline  fortement  en 
arrière.  On  aperçoit  alors  la  coloration  bleuâtre  de  la  veine  jugulaire 
interne  dans  la  partie  inférieure  de  la  plaie.  C’est  là  qu’on  commence  à 
dégager  son  bord  postéro-externe,  en  effondrant  le  feuillet  postérieur 
de  la  gaine  du  sterno-mastoïdien.  On  la  dégage  méthodiquement  de 
bas  en  haut,  de  la  partie  où  elle  est  directement  accolée  au  muscle  et 
visible  vers  la  partie  haute  où  elle  est  plus  profonde  et  séparée  du 
muscle  par  les  ganglions.  Ce  dégagement  est  rendu  un  peu  plus  diffi¬ 
cile  en  un  point,  par  un  ganglion  appendu  au  bord  postéro-externe  de 
la  veine  par  un  petit  pédicule  vasculaire.  On  sectionne  ce  pédicule 
entre  deux  ligatures  et  on  continue  aisément  le  dégagement  de  la 
veine  jugulaire  Interne.  Ce  ganglion  est  situé  à  peu  près  à  la  hauteur 
du  bord  supérieur  du  cartilage  thyroïde,  mais  il  est  distinct  du  groupe 
ganglionnaire  du  nerf  spinal,  situé  beaucoup  plus  haut  et  qu’on  refoule 
seulement  dans  la  partie  supérieure  de  l’ihcision.  Le  dégagement  déjà 
exécuté  de  la  veine  jugulaire  interne  suflit  pour  la  récliner  en  avant  et 
en  dedans.  Elle  se  sépare  facilement  du  plan  artériel  sous-jacent 
qu’on  voit  battre. 

Une  fois  la  veine  réclinée,  on  procède  au  dégagement  des  artères. 
On  voit  très  bien  la  bifurcation  carotidienne  qui  se  fait  à  la  hauteur 
normale  entre  le  boi’d  supérieur  du  cartilage  thyroïde  et  la  grande 
corne  de  l’os  hyoïde.  La  thyroïdienne  supérieure  se  détache  du  bulbe 
carotidien.  Plus  haut,  on  aperçoit  l’origine  des  autres  branches  de  la 
carotide  externe,  qui  e»t  située  franchement  en  avant  et  en  dedans 
de  la  carotide  interne.  On  ne  voit  pas  le  nerf  grand  hypoglosse  et  on 
ne  cherche  pas  à  le  voir. 

On  lie  alors  au  moyen  de  deux  ligatures  distinctes,  d'une  part,  la 
carotide  externe  à  un  centimètre  au-dessus  de  son  origine  et,  d’autre 
paît,  la  thyroïdienne  supérieure. 

Suture  des  plans  superficiels. 

Côté  gauche  (opérateur  :  Fruchaud  ;  aide  :  Hartglass).—  Infiltration  néo¬ 
plasique  de  toute  la  région  carotidienne  supérieure;  peau  verdâtre, 
rétractée;  bord  antérieur  du  muscle  sterno-mastoïdien  attiré  vers  le 


SÉANCE  bU  24  OCTOBRE 


1167 


larynx  par  les  adhéreuses  néoplasiques.  Tout  essai  de  ligature  de  la 
carotide  externe  est  impossible;  au  premier  coup  de  bistouri,  il  s’écoule 
un  liquide  verdâtre  à  odeur  putride.  11  s'agit  nettement  d’une  propa¬ 
gation  directe  du  cancer. 

On  n’insiste  pas  et  on  décide  de  lier  la  carotide  primitive  de  ce  côté- 
ci.  On  la  lie  à  2  centimètres  au-dessus  du  niveau  de  la  veine  sous- 
clavière.  La  jugulaire  interne  est  réduite  à  un  tractus  fibreux  qui  se 
perd  dans  la  masse  néoplasique.  On  la  sectionne  entre  deux  ligatures. 

Suites  opératoires.  — Arrêt  de  l’hémorragie,  bien  que  les  thyroïdiennes 
inférieures  n’aient  pas  été  liées.  Aucun  phénomène  paralytique,  aucun 
phénomène  net  d’ordre  Cérébral.  Le  malade  meurt  doucement  le  14  mai 
dans  une  cachexie  progressive. 

«  L’inlérêt  de  celte  observation,  nous  dit  M.  Ilartglass,  consiste 
dans  le  fait  que  nous  avons  pu  appliquer  sur  le  vivant  un  procédé 
de  ligature  de  la  carotide  externe  récemment  étudié  par  nous  sur 
le  cadavre.  » 

M.  Ilartglass  et  moi  nous  l’avons  appliqué  une  fois  de  plus  sur 
un  malade  de  mon  service.  Voici  le  résumé  de  cette  observation  : 

Obs.  II  (Baudet-Harlglass).  —  D...  (Eugène),  quarante-quatre  ans, 
entre  le  5  juin  1923,  opéré  le  13  juin. 

Ostéosarcome  du  maxillaire  inférieur  droit  ayant  envahi  tout  le  plan¬ 
cher  buccal  du  même  côté.  On  décide  avant  de  mettre  du  radium  de 
lier  les  deux  carotides  externes. 

Anesthésie  générale  au  protoxyde  d’azote,  ligature  de  la  carotide 
externe  à  droite.  Opérateur  :  M.  Ilartglass. 

Après  avoir  incisé  la  gaine  du  sterno-mastoïdien,  M.  Ilartglass  ouvre 
l’aponévrose  moyenne  en  avant  de  la  veine,  au  bas  de  son  incision. 
Cette  faute  est  due  à  ce  qu’il  à  négligé  de  faire  placer  la  tête  en  forte 
rotation  du  côté  opposé. 

M.  Ilartglass  répare  son  erreur  et  dénude  la  jugulaire  le  long  de  la 
face  postérieure,  qui  n’a  pas  de  collatérales.  Cette  libération  est  un  peu 
pénible  en  haut,  car  le  tissu  qui  recouvre  les  vaisseaux  est  induré  et 
œdémateux.  Cela  fait,  on  récline  la  jugulaire  en  avant  et  très  facile¬ 
ment  on  Jie  la  carotide  externe  et  la  thyroïdienne  supérieure.  On  cons¬ 
tate  aisément  que  la  bifurcation  de  la  carotide  primitive  se  fait  au 
niveau  de  la  grande  corne  de  l’os  hyoïde. 

A  gauche,  opérateur  :  Dr  Baudet.  Même  technique.  La  dénudation,  la 
libération  et  la  reclinaison  de  la  jugulaire  interne  en  avant  se  font  très 
facilement.  Elle  est  extrêmement  grosse  et  ce  temps  doit  être  mené 
prudemmeut.  Ligature  très  aisée  de  la  carotide  externe. 

Technique  opératoire.  —  Voici  les  divers  temps  du  procédé 
opératoire  imaginé  par  M.  Hartglass  : 

A.  —  La  tète  du  malade  est  en  forte  rotation  du  côté  opposé  à 
la  ligature.  Un  aide  particulier  maintient  la  tête  dans  cette  posi¬ 
tion  pendant  toute  la  durée  de  l’opération.  Elle  a  pour  but  de 


1108 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


mieux  exposer  la  veine  en  la  ramenant  en  avant  près  du  bord  anté¬ 
rieur  du  muscle  sterno-cléido-mastoïdien. 

B.  —  L’incision,  longue  de 8  à  10  centimètres  environ,  parallèle 
au  bord  antérieur  du  slerno-mastoïdien,  mais  légèrement  en 
arrière  de  lui,  le  long  de  sa  face  externe,  atteint  en  haut  une 
ligne  horizontale  prolongeant  le  bord  inférieur  du  maxillaire,  sans 
la  dépasser,  et  en  bas  une  autre  ligne  passant  par  le  milieu  du 
cartilage  thyroïde. 

On  coupe  la  peau  et  les  tissus  superficiels.  Il  est  inutile  de 
dépasser  en  haut  une  ligne  passant  par  le  bord  inférieur  du  maxil¬ 
laire.  On  évite  ainsi  de  couper  la  terminaison  de  la  branche  cer¬ 
vico-faciale  de  la  7°  paire,  section  qui  entraîne  une  déformation 
disgracieuse  de  la  lèvre  inférieure.  On  évite  aussi  d’entrer  dans  la 
loge  parotidienne,  de  blesser  la  glande  et  l’une  de  ses  artérioles. 
Enfin  on  ne  s’expose  pas  à  blesser  la  veine  communicante  paroti¬ 
dienne  qui  sort  de  la  loge  à  ce  niveau  et  se  jette  dans  le  tronc 
thyro-linguo,  ou  plus  souvent  dans  la  veine  faciale,  près  de  sa 
terminaison. 

C.  —  On  ouvre  ensuite  franchement  la  gaine  du  sterno-mastoï- 
dien,  depuis  le  haut  jusqu’au  bas  de  l’incision  cutanée. 

La  gaine  étant  ouverte,  on  libère  le  bord  antérieur  du  muscle 
de  sa  gaine,  puis  la  face  profonde  du  muscle  de  sa  gaine,  de  bas 
en  haut,  de  la  partie  facile  vers  la  partie  difficile. 

Le  muscle  étant  devenu  libre,  l’aide  le  récline  en  arrière  et  en 
dehors  avec  un  écarteur. 

D.  —  Le  feuillet  profond  de  la  gaine  du  slerno  se  montre  à 
découvert  au  fond  de  l’incision.  Ce  feuillet  est  mince  dans  cette 
région  ;  il  est  même  transparent  et  derrière  lui  on  voit  le  reflet 
bleuâtre  et  la  saillie  formée  parla  veine  jugulaire  interne. 

E.  —  On  la  voit  surtout  au  bas  de  l’incision.  Elle  est  immédiate¬ 
ment  sous  le  feuillet  postérieur  de  la  gaine. 

On  incise  ce  feuillet  au  niveau  ou  en  arrière  de  la  veine  et  on 
tombe  immédiatement  sur  elle.  On  la  libère  prudemment-,  â  petits 
coups,  de  bas  en  haut,  en  général,  sans  être  aucunement  gêné. 

Cependant,  dans  certains  cas,  on  rencontre  une  artère  sterno- 
mastoïdienne  moyenne  et  une  veine  sterno-mastoïdienne  qui  se 
jette  dans  la  veine  jugulaire.  Il  faut  couper  ces  deux  vaisseaux 
entre  deux  ligatures. 

Plus  haut,  la  jugulaire  interne  reçoit  par  sa  partie  postérieure 
la  veine  occipitale,  trop  haut  cependant  pour  qu’elle  puisse  gêner. 
Du  reste  elle  est  très  oblique,  presque  verticale  :  elle  ne.se  tend 
pas  et  ne  retient  pas  la  jugulaire  quand  on  récline  en  avant  cette 
veine. 

En  ce  moment,  en  effet,  la  veine  étant  libérée  de  haut  en  bas,  et 


SÉANCE  DU  24  OCTOBRE 


1169 


libre  de  toute  attache  sur  son  bord  postérieur,  on  la  mobilise,  on 
la  récline  en  avant,  et  on  la  fait  tenir  réclinée  en  avant  avec  un 
écarteur. 

Elle  se  détache  facilement  du  plan  sous-jaccnt,  c’est-à-dire  du 
plan  artériel.  M.  Roux-Berger  a  insisté  du  reste  dans  Jm  Presse 
Médicale  (17  novembre  1920)  sur  la  facilité  de  ce  clivage  entre  les 
deux  plans  artériels  et  veineux. 

La  veine,  refoulée  en  avant,  emporte  avec  elle  -les  gros  vais¬ 
seaux  veineux  qui  forment  le  tronc  ou  les  troncs  thyro-linguo- 
pharyn go-facial  ou  confluent  jugulaire  inférieur  deFarabeuf.  Par 
conséquent  ces  veines  ne  croisent  plus  la  face  externe  do  l’artère, 
et  n’apportent  désormais  aucune  gêne  dans  sa  ligature/ 

J’ajoute  que  la  veine  emporte  également  lë  nerf  grand  hypo¬ 
glosse  qui  reste  accolé  à  sa  face  profonde.  L’opérateur  ne  le  voit 
donc  pas  généralement.  Il  ne  peut  donc  servir  de  repère.  Mais 
dans  le  procédé  d’Harlglass  ce  repérage  par  le  nerf,  si  précieux 
dans  la  ligature  par  le  procédé  classique,  devient  inutile. 

F.  —  C'est  qu’en  effet  tout  le  plan  artériel  alors  est  exposé  sous 
les  yeux,  de  haut  en  bas  de  l'incision.  En  donnant  quelques  coups 
de  sonde  sur  le  tissu  celluleux  de  la  région,  on  voit  la  terminaison 
de  la  carotide  primitive  et  le  bulbe  carotidien,  la  carotide  interne 
postérieure  et  externe,  la  carotide  externe  antérieure  et  interne. 
On  voit  les  premières  branches  artérielles  collatérales  de  la  caro¬ 
tide  externe.  On  se  rend  compte  si  la  carotide  primitive  ne  se 
bifurque  pas  très  haut;  par  exemple,  si  la  thyroïdienne  supérieure 
et  la  linguale  naissent  bien  de  la  carotide  externe  et  non  pas  de  la 
primitive. 

On  évite  ainsi  la  grosse  faute  qui  consisterait  à  placer  aveuglé¬ 
ment  un  fil  sur  le  tronc  artériel  qui  donne  naissance  à  la  lre  colla¬ 
téral  ce  tronc  pouvant  être  la  carotide  primitive. 

Je  sais  bien  que  lorsqu’on  a  mis  à  nu  la  thyroïdienne  supé¬ 
rieure  et  la  linguale,  qu’on  a  constaté  le  croisement  du  tronc 
artériel  par  l’hypoglosse,  on  a  bien  des  chances,  en  plaçant  un  fil 
sur  le  tronc  artériel  juste  au-dessous  de  l’origine  de  la  linguale,  de 
le  placer  sur  la  carotide  externe. 

Sans  doute,  mais  on  peut  ne  pas  voir  l’Jiypoglosse.  En  cas  de 
division  tardive,  la  linguale  peut  naître  de  la  carotide  primitive. 
Donc  en  se  fiant  aux  repères  classiques,  on  peut  commettre  une 
erreur. 

En  tout  cas,  le  fait  de  constater  le  bulbe  carotidien  et  ses  deux 
troncs  donne  une  sécurité  bien  plus  grande  et,  vraiment,  c’est  là 
un  avantage  incontestable  que  le  procédé  de  M.  Hartglass  a  sur  le 
procédé  classique,  habituel. 

Dans  ce  dernier  procédé,  les  ganglions  lymphatiques  gênent 


1170 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


parfois  dans  la  recherche  de  l’artère.  Le  procédé  d’Hartglass  per¬ 
met  de  tourner  celte  difficulté. 

En  effet  les  ganglions,  placés  immédiatement  sous  le  mince 
feuillet  celluleux  qui  représente  l’aponévrose  moyenne,  s’étngent 
le  long  de  la  veine  mais  en  avant  d’elle. 

Dans  les  cas  ordinaires,  comme  ils  sont  peu  volumineux  et  peu 
malades,  quand  on  a  récliné  la  veine  en  avant,  ils  la  suivent  et 
sont  emportés  en  masse  avec  elle.  De  sorte  que  l’opérateur  n’a  pas, 
pour  ainsi  dire,  à  s’occuper  d’eux. 

Exceptionnellement,  quand  ils  sont  gros  et  malades,  ils  gênent 
fortement  l’opérateur  quel  que  soit  le  procédé  qu’on  emploie.  Ils 
rendent  dangereuse  et  très  difficile  la  libération  de  la  veine  ;  mais , 
comme  il  est  de  toute  nécessité  de  les  enlever,  je  conseille  de 
commencer  l’atlaque  par  la  libération  de  la  veine  le  long  de  son 
bord  postérieur,  suivant  le  procédé  d’Hartglass,  de  réséquer  cette 
veine  en  la  liant  en  haut  et  en  bas  de  l’incision  cutanée  et  d’enle¬ 
ver  ensuite  la  masse  ganglionnaire.  Ainsi,  tout  en  suivant  le  pro¬ 
cédé  de  ligature,  on  évite  le  seul  danger  sérieux  que  fasse  courir 
l’extirpation  ganglionnaire  :  la  blessure  de  la  veine  au  milieu  de 
tissus  indurés  et  néoplasiques. 

11  est  clair  que  dans  le  cas  de  ganglions  volumineux  et  inextir¬ 
pables  tous  les  procédés  sont  dangereux. 

Conclusions.  —  En  résumé,  celte  voie  rétro-veineuse  pour  la 
découverte  de  l’artère  carotide  externe  a  de  nombreux  avantages  : 

1°  Elle  est  moins  mutilante ,  car  l’incision  qu’elle  nécessite 
permet  d’éviter  la  section  de  filets  du  VII,  ce  qui  est  déjà  très 
appréciable  ; 

2°  Elle  est  plus  rapide ,  car  on  n’a  pas  besoin  de  découvrir  les 
nombreux  points  de  repère  du  procédé  classique  :  parotide- 
digastrique-nerf  grand  hypoglosse  ; 

3°  Elle  est  moins  dangereuse ,  ne  nécessitant  pas  la  traversée  du 
plan  veineux,  mais  le  contournant  ; 

4°  Enfin,  et  ceci  est  capital,  elle  est  plus  sûre ,  donnant  un  jour 
considérable  sur  la  région  du  carrefour  artériel,  donc  pas  de 
danger  de  se  tromper  d’artère,  fait  sur  lequel  insistaient  avec 
raison  les  anciens  chirurgiens. 

Ces  nombreux  avantages  qui  nous  ont  paru  évidents  au  cours 
de  nos  recherches  cadavériques  se  sont  trouvés  confirmés  par 
l’opération  sur  le  vivant  dont  nous  rapportons  ici  l’observatio.n. 

Je  souscris  volontiers  à  ces  conclusions.  Néanmoins,  je  ferai,  à 
mon  tour,  quelques  remarques. 

J’ai  pratiqué,  de  nombreuses  fois,  sur  le  vivant,  la  ligature  de 
la  carotide  externe,  et  je  n’ai  pas  eu  de  sérieuses  difficultés  à  la 


SIÏA&'CE  DU  24  OCTOBI'E 


1171 


trouver.  De  sorte  que  le  procédé  classique  a  du  bon.  Néanmoins, 
je  reconnais  que  les  affluents  du  Ironc  veineux  thyro-linguo-facial 
et  le  tronc  lui-même  gênent  dans  la  recherche  de  l’artère;  qu’on 
risque  souvent  de  les  déchirer;  qu’il  m’a  fallu  quelquefois  les 
sectionner. 

Mais  si  dans  ce  procédé  le  temps  veineux  est  un  temps  délicat, 
dans  le  procédé  d’Harlglass  la  manœuvre  de  libération  et  de 
dénudation  de  la  veine  jugulaire  est  un  lemps  délicat  aussi  ;  c’est 
même  la  seule  difficulté  de  l’opération.  Toutefois,  quand  la  veine 
est  réclinée  en  avant,  on  peut  dire  que  l’opération  est  terminée. 
Les  trois  vaisseaux  carotidiens  sont  longuement  exposés  dans  la 
plaie.  On  les  voit  à  leur  place  et  dans  leurs  rapports  respectifs.  On 
voit  les  premières  branches  qu’ils  donnent.  L’opérateur  est  par¬ 
faitement  sûr  de  ce  qu’il  va  faire,  du  vaisseau  qu’il  va  lier.  C'est  à 
ce  moment,  vraiment,  que  le  procédé  d’Hartglass  offre  un  avan¬ 
tage  incontestable  sur  tous  ceux  que  je  connais,  aussi  bons 
soient-ils. 

M.  Proust.  —  Je  vois  que  le  procédé  de  ligature  de  la  carotide 
externe  que  nous  expose  mon  ami  Baudet  n’est  pas  du  tout  appli¬ 
cable  aux  cas  dans  lesquels  la  ligature  doit  s’accompagner  d’un 
curage  ganglionnaire.  Car  si  l’on  veut  respecter  la  veine  jugu¬ 
laire  il  est  nécessaire  d’aborder  les  ganglions  en  avant. 

Quant  au  jour  étendu  donné  par  le  réclinement  de  la  veine 
jugulaire  en  avant,  on  peut  en  avoir  un  aussi  étendu  au  cours 
d’une  extirpation  ganglionnaire, à  condition  délibérer  la  carotide 
primitive  dès  le  croisement  du  muscle  omo-hyoïdien  suivant  la 
technique  que  nous  employons  Maurer  et  moi  (1)  en  sectionnant 
le  tronc  thyro-linguo-facial. 


Anüs  à  éperon  sur  le  côlon  ascendant-, 
procédé  de  du  Bouchet , 

par  M.  J.  Hertz, 

Chirurgien  de  l’hôpital  Rothschild. 

Rapport  de  M.  J.-L.  ROUX-BERGER. 

Le  Dr  J.  Hertz  nous  expose  l’objet  de  sa  communication  aussi 
clairement  qu’il  est  possible  de  la  façon  suivante  : 

«  Ayantàtraiter  un  rétrécissement  recto-sigmoïdien,  nécessitant 


(l)  Proust  et  Maurer.  Congrès  de  chirurgie,  octobre  1922. 


1172 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


la  dérivation  préalable  des  matières,  nous  avons  rejeté  l’anus  sur 
le  côlon  pelvien,  comme  trop  voisin  de  la  région  malade,  à  tous 
égards. 

«  Rejeté,  également,  l’anus  transverse  pour  les  raisons  classi¬ 
ques  qui  parlent  contre  lui,  et  nous  nous  proposions  de  pratiquer 
une  simple  cæcostomie. 

«  Une  conversation  avec  M.  du  Bouchet  nous  détermina  à  faire 
un  anus  à  éperon  sur  le  côlon  ascendant. 

«  Du  Bouchet  nous  dit  avoir  pratiqué  trois  fois,  avec  des  ré¬ 
sultats  également  satisfaisants,  l’anus  artificiel  de  cette  façon. 
De  plus,  il  ne  semble  pas  que  ce  procédé  ait  été  signalé  par 
ailleurs. 

«  Suivant  donc  les  conseils  qui  nous  étaient  donnés,  nous  avons 
pratiqué  l’intervention  suivante,  dont  les  avantages  étaient 
d’assurer  : 

«  1°  La  continence  de  l’anus  en  permettant  la  dissociation  ; 

«  2“  La  dérivation  effective  grâce  à  l’éperon  ; 

«  3°  L’adus  colique  ascendant  haut  placé  permet  la  stagnation 
cæcale  utile;  les  selles  doivent  être  pâteuses.  Le  malade  en  bénéficie 
au  point  de  vue  nutrition  et  au  point  de  vue  de  l’état  de  la  peau 
abdominale.  » 

Voici,  résumée,  l’observation  de  M.  J.  Hertz  : 

L...  S...,  vingt  ans,  opéré  en  1920,  à  Constantinople  :«résecliou  seg¬ 
mentaire  du  rectum  et  «  réimplantation  recto-sigmoïdienne  ».  Dia¬ 
gnostic  :  tumeur  tuberculeuse  sténosante  du  rectum  (Dls  Pyzanti  et 
Cliilaïdili). 

Amélioration  de  trois  mois,  puis  réapparition  des  accidents. 

En  mai  1923  :  douleurs  abdominales  avec  ballonnement;  matières 
dures  avec  sang  et  glaires  ;  émission  fréquente  de  sang  rouge  entre  les 
selles.  Épreintes.  État  général  très  mauvais.  Les  divers  examens 
(toucher,  rectoscopie  par  le  D1'  Cain,  biopsie  radioscopie)  montrent 
qu’il  s’agitd’un  rétrécissement  fibreux  siégeant  à  12  centimètres  au-dessus 
de  l’anus,  avec  muqueuse  villeuse  mais  normale  au  point  de  vue  micro¬ 
scopique.  Le  segment  rétréci  est  entouré  d’une  gangue  épaisse  et  le 
rectum  est  bloqué  contre  la  paroi  pelvienne. 

Opération,  6  juin  1923.  Incision  de  Roux  reportée  à  quatre  travers 
de  doigt  plus  haut,  en  sorte  que  son  extiémilé  inférieure  atteint 
l’horizontale  bi-iliaque.  Dissociation  musculaire.  Ouverture  du  péri¬ 
toine;  écarteur  de  Gosset.  Le  côlon  ascendant  est  assez  peu  mobi¬ 
lisable,  et  ne  peut  être  extériorisé.  Incision  externe  par  rapport  au 
côlon  ascendant  et  le  plus  près  de  l’angle  droit  qu’il  est  possible  : 
6  à  10  centimètres  au-dessus  de  la  limite  supérieure  du  cæcum.  Le 
décollement  fait,  on  passe  un  point  de  Ward  à  travers  le  méso  en 
évitant  les  vaisseaux  au  catgut  n°  2  chromé  et  on  serre  sur  deux  drains 
de  caoutchouc.  Fixation  du  péritoine  aux  deux  bouts  coliques  aux 


SÉANCE  DU  24  OCTOBRE 


1173 


deux  extrémités  de  l'incision.  Rétrécissement  de  la  brèche  du  grand 
oblique.  Quelques  soies  sur  la  peau. 

Suites.  Le  lendemain  après-midi,  incision  transversale  au  thermo¬ 
cautère.  Le  8  juin,  le  "malade  a  une  première  selle.  A  partir  de  ce  jour 
elles  seront  quotidiennes,  pâteuses.  L’éperon  est  élevé,  saillant,  sépa¬ 
rant  complètement  les  deux  bouts.  Aucune  matière  n’est  émise  par 
l’anus. 

J’ai  pu  réunir  douze  autres  observations  d’anus  avec  éperons 
établis  sur  le  côlon  ascendant  ;  quatre  appartiennent  au 
Dr  du  Bouchet,  cinq  au  Dr  Picot,  que  je  remercie  de  leur  obli¬ 
geance;  trois,  enfin,  m’appartiennent. 

Voici  ces  observations  très  résumées  : 

Observations  du  Dr  du  Bouchet. 

Obs.  I.  —  S...,  soixante-sept  ans.  Tumeur  du  côlon  transverse.  Etat 
de  subocclusion  ;  ballonnement.  10  janvier  1921  :  anus  avec  éperon  sur 
le  côlon  ascendant,  méso  très  long.  Selles  pâteuses.  25  janvier  1921  : 
résection  de  25  centimètres  du  côlon  transverse  portant  un  cancer  en 
ficelle,  anastomose  bout  à  bout.  Guérison.  Avril  1921  :  application  de 
l’entérotome  sur  l’anus,  et  dix  jours  après  fermeture  de  ce’ui  ci  par 
suture. 

'  Obs.  II.  —  E...  D...,  soixante-six  ans.  Tumeur  de  la  fin  du  côlon 
dcscendantf  Deux  crises  d’occlusion  antérieurement.  10  octobre  1922  : 
anus  avec  éperon  sur  le  côlon  ascendant;  décollement  nécessaire,  mais 
très  facile.  Selles  pâteuses.  2  novembre  1922  :  résection  du  côlon  des¬ 
cendant  et  de  la  sigmoïde  avec  abouchement  termino-terminal.  Gué¬ 
rison.  Ultérieurement,  pose  de  l’entérotome,  puis  suture  de  l’anus  à 
l’anesthésie  locale. 

Obs.  III.  —  F...  D...,  cinquante-neuf  ans.  Tumeur  de  l'ampoule 
rectale.  12  octobre  1922  :  anus  avec  éperon  sur  le  côlon  ascendant.  Selles 
pâteuses .-  4  novembre  1922  :  amputation  abdomino-périnéale.  Mort. 

Obs.  IV.  —  T...,  soixante-sept  ans.  Tumeur  de  la  fin  de  la  sigmoïde. 
Occlusion,  abdomen  très  ballonné.  27  octobre  1922  :  anus  avec  éperon 
sur  le  côlon  ascendant.  Décollement  facile.'  Selles  pâteuses.  Ultérieure¬ 
ment,  laparotomie  exploratrice  :  tumeur  inextirpable.  Selles  pâteuses. 
Mais  dans  la  suite  évagination  de  l’intestin  à  travers  l’anus,  de  telle 
sorte  que  la  valvule  de  Bauhin  se  Irouve  au  sommet  du  cône  d’évagi¬ 
nation.  A  ce  moment  les  selles  deviennent  liquides,  mais  redeviennent 
pâteuses  après  quelques  mois.  On  traite  cette  éviscération  par  la  résec¬ 
tion  et  abouchement  à  la  peau  de  deux  orifices  intestinaux  apparte¬ 
nant  à  l’iléon  et  au  transverse. 


1174 


SOCIÉTÉ  DE  CUIRCRGIE 


Observations  du  Dr  Picot. 

(Opérations  par  le  0r  Picot  ou  ses  internes.) 

Obs.  I.  —  S...  J...,  cinquante  et  un  ans.  Tumeur  du  rectum.  Anus  sur 
le  côlon  ascendant.  Matières  moulées,  san3  aucune  diarrhée  :  peau 
normale. 

Obs.  II.  —  M...  J...,  soixante-quatre  ans.  Tumeur  du  rectum.  Anussur 
le  côlon  ascendant  avec  éperon.  Matières  moulées,  pas  de  diarrhée. 

Obs.  III.  —  L...,  cinquante  et  un  ans.  Tumeur  du  rectum.  Anus  sur  le 
côlon  ascendant  avec  éperon.  La  baguette  de  verre,  trop  courbe,  est 
tombée  le  deuxième  jour  :  il  en  est  résulté  que  l’éperon  n’a-  pas  été 
constitué,  et  l’anus  n’a  pas  très  bien  fonctionné. 

Obs.  IV.  —  G...  J...,  cinquante-quatre  ans.  Tumeur  du  rectum.  Anus 
avec  éperon  sur  le  côlon  ascendant.  Matières  moulées.  Amputation 
secondaire  du  rectum. 

Obs.  V.  —  G.  .  M...,  trente  ans.  Tumeur  du  rectum.  Anus  avec  éperon 
sur  le  côlon  ascendant.  Matières  solides.  Amputation  secondaire  du 
rectum. 

Observations  personnelles. 

Obs.  I.  —  D...  Y...,  trente-huit  ans.  Volumineuse  tumeur  du  canal  anal. 
Opération  d’urgence  pour  un  état  d’occlusion  avec  ballonnement  du 
ventre.  Incision  de  Mac  Burney  haute;  dissociation  musculaire;  côlon 
ascendant  énorme.  Anus  avec  éperon  sur  baguette  sans  difficulté. 
Sonde  de  Pezzer  immédiatement  dans  l’intestin.  Rachianesthésie  (opé¬ 
rateur  :  M.  Gaillard).  Selles  mi-pàteuses,  mi-liquides.  Mauvais  état 
général. 

Obs.  II.  —  P...  L...,  cinquante-sept  ans.  Tumeur  face  antérieure  du 
rectum.  Anus  avec  éperon  cur  le  Côlon  ascendant  sur  baguette.  Aucune 
difficulté  :  il  suffit  de  couper  quelques  brides  colo-pariélales  pour 
extérioriser  très  facilement.  Selles  pâteuses  (opérateur  :  M.  Roux- 
Berger). 

Obs.  III.  —  L...  H...,  cinquante-cinq  ans.  Volumineuse  tumeur  rectale. 
Anus  avec  éperon  sur  le  côlon  ascendant  (procédé  de  Ward).  Aucune 
difficulté.  Anesthésie  locale.  Selles  mi-pâteuses,  mi-liquides. 

Voici  donc  13  observations  qui  prouvent  que  l’idée  de 
du  Bouchet  est  juste  et  qu’il  est  facile  d’établir  sur  le  côlon  ascen¬ 
dant,  près  de  l'angle  droit,  un  anus  avec  éperon.  Le  décollement 
colo-pariélal  est  soit  inutile,  soit  réduit  à  fort  peu  de  chose,  et 
n’est  pas  une  complication.  Il  permet  la  mise  au  repos  complète 


SÉANCE  DU  24  OCTOBRE 


4178 


de  tout  le  côlon  transverse  et  de  tout  le  côlon  gauche.  Les 
matières  à  ce  niveau  ne  sont  plus  liquides,  mais  assez  consis¬ 
tantes  pour  que  les  selles  puissent  être  régularisées  et  l’anus  faci¬ 
lement  appareillé. 

Les  avantages  de  cet  anus  sur  le  côlon  ascendant  sont  excel¬ 
lents  :  il  nous  parait  devoir  se  substituer  très  souvent  à  l’anus 
cæcal  et  à  l’anus  sur  l’S  iliaque. 

On  pourrait  penser  qu’en  cas  d’occlusion  aiguë,  et  plus  spécia¬ 
lement  chez  un  malade  gras,  un  anus  d’urgence  sur  le  cæcum  soit 
plus  facile  à  établir.  Mais  la  distension  cæcale,  qui  facilite  cet  anus, 
facilite  aussi  l’extériorisation  du  côlon  ascendant,  également 
distendu  :  il  n’est  pas  noté  de  difficultés  particulières  de  l’observa¬ 
tion  IV  de  du  Bouchet  ni  dans  notre  observation  I  où  l’anus  fut  fait 
en  pleine  occlusion.  Lorsqu’il  s’agit  de  mettre  au  repos  une  lésion 
sous-jacente  en  vue  d’une  intervention  secondaire,  l’anus  avec 
éperon  sur  le  côlon  droit  assure  une  dérivation  complète  et  libère 
nn  champ  d’opération  très  étendu  :  tout  le  côlon  transverse  et  tout 
le  côlon  gauche;  c’est  là  sa  supériorité  sur  l'anus  sigmoïdien. 

Je  vous  propose  de  remercier  M.  J.  Hertz  d’avoir  attiré  notre 
attention  sur  ce  point  de  chirurgie  très  particulier  et  intéressant. 


Kystes  hydatiques  multiples  du  foie. 

Situation  postérieure  de  l'un  d’eux. 

Elargissement  de  la  laparotomie  par  thoraco-phréno-laparotomie 
sans  pneumothorax.  Guérison, 

par  M.  H.  Costantini  (d’Alger). 

Rapport  de  M.  J.-L.  ROUX-BERGER. 

Observation.  —  Aoufi  Mohamed,  quarante-deux  ans,  entre  salle 
Dupuytren  dans  le  service  de  notre  maître  M.  le  professeurVincent,  le 
23  mai  1923.  Il  nous  est  envoyé  de  la  salle  Pasteur  par  le  Dr  Lemaire 
à  fin  d’opération.  Il  y  a  troisans  le  malade  s’aperçoit  pour  la  première 
fois  d’une  légère  tuméfaction  sous  l’hypocondre  droit.  Celte  tumeur 
ne  le  gêne  d’ailleurs  point  et  ne  l’empêche  pas  de  continuer  son  travail. 
Elle  augmente  progressivement.  Depuis  trois  mois  apparaît  de  la  fatigue 
au  moment  du  travail,  en  même  temps  l’état  général  s’altère  légèrement 
et  le  malade  remarque  qu’il  maigrit.  Depuis  un  mois  il  a  cessé  tout 
travail.  Il  se  décide  alors  à  se  faire  soigner  et  il  entre  à  l’hôpital  de 
Mustapha  dans  le  service  du  D1'  Lemaire,  le  25  avril  1923. 

Examen.  —  Malade  amaigri,  légèrement  subictérique.  Le  ventre  est 
volumineux  surtout  à  l’épigastre  et  du  côté  de  l’hypocondre  droit. 


1176: 


SOCIÉTÉ  DE  .  CHIRURGIE 


A  la.  palpation  on  sent  que  c’est  le  foie  qui  est  hypertrophié.  Il 
dépasse  largement  le  rebord  des  fausses  côtes  et  atteint  la  ligne  ombi¬ 
licale.  A  droite  on  perçoit  une  grosse  masse  dure,  rénitente,  incluse  en 
plein  parenchyme  hépatique  et  faisant  immédiatement  penser  à  un 
kyste  hydatique.  Au-dessous  de  cette  masse,  sous  le  rebord  du  foie  on 
sent  une  autre  masse  plus  petite,  très  dure, .située  dans  la  région  vési¬ 
culaire:  Vers  la  gauche,  non  loin  de  la  ligne  médiane,  on  perçoit  aussi 
sousla  main, enchâssés  dans  le  lobe  gauche  du  foie,  deux  petits  noyaux 
très  durs.  La  palpation  n’est  pas  douloureuse  L’abdomen  est,  étalé  en 
haut.  Il  n’y  a  ni  ascite  ni  circulation  collatérale.  Le  cceiir  et  l’appareil 
pulmonaire  sont  normaux.  La  température  est  à  37°. 

Urines  :  Traces  d’albumine. 

Présence  de  sels  biliaires. 


Globules  rouges . 

Globules  blancs . 

Polynucléaires  neutrophiles. 

Lymphocytes . 

Mononucléaires . 

Formes  de  transition  .  .  . 
Éosinophiles . 


4.200.000 

7.000 


13 


Weinberg  négatif  (Dr  Lemaire). 

Bordet-Wassermann  négatif  (Dr  Lemaire).  . 

Cependant  cuti-réaction  hydatique  légèrement  positive  (D1'  Lemaire). 

Le  3  mai  1923.  Examen  radioscopique.  Le  foie  apparaît  très  gros.  Le 
bord  inférieur  ne  semble  pas  présenter  d’irrégularités.  Le  dôme  dia¬ 
phragmatique  droit  est  surélevé  et  irrégulier. 

On  porte  le  diagnostic  de  kyste  hydatique  du  foie,  avec  des  réserves  à 
cause  des  noyaux  durs  multiples  qui  ne  paraissent  cependant  pas 
cadrer  avec  l’hypothèse  d’un  cancer  étant  donnés  l'évolution  lente  et 
l’état  général  assez  bon. 

Intervention  le  25  mai  1923.  Anesthésie  éther.  Incision’ transversale 
sur  la  partie  la  plus  saillante  de  la  tumeur.  Le  péritoine  ouvert,  on 
reconnaît  un  kyste  hydatique  très  volumineux  affleurant  la  surface  du 
parenchyme  hépatique.  Ponction.  Formol.  Ouverture  large.  Le  liquide 
est  clair.  Il  n’y  aque  quelques  vésicules,  filles.  Fermeture  sous  drainage 
de  la  brèche. 

Le  foie  est  alors  basculé  vers  le  haut.  On  décpuvre  sa  face  inférieure. 
En  dehors  de  la  vésicule  biliaire  apparait  une  masse  blanche,  allongée, 
dure,  appendue  au  parenchyme  hépatique,  lui  adhérant  largement  par 
sa  face  supérieure. 

11  s’agit  là  aussi  d’un  ky.-te  hydatique,  maisdéjà  extériorisé.  Ponction. 
Formol.  On  résèque  la  moitié  de  la  poche  après  l’avoir  ponctionnée  et 
vidée  de  son  contenu. 

Les  bords  adhérents  sont  réunis  par  des  points  séparés  au  catgut. 

Puis  on  explore  le  lobe  gauche  du  foie  et  on  trouve  sur  sa  face  anté¬ 
rieure  deux  petits  kystes  gros  comme  des  noisettes,  laisant  saillie  sous 
la  capsule.  Ouverture.  Formol. 


SÉANCE  DU  24  OCTOBRE 


-1177 


Nousprocédons  avant  de  terminer  à  une  exploration  manuelle  du  foie. 
Une  main  insinuée  sous  la  coupole  du  diaphragme  parcourt  la  face 
supérieure  du  foie. 

Nous  percevons  bientôt  une  masse  grosse  comme  une  orange  tout  à 
fait  en  arrière  dans  la  région  du  ligament  coronaire  au  voisinage  de  la 
veine  cave  inférieure. 

Il  est  absolument  impossible  de  voir  ce  nouveau  kyste  ni  de  l’aborder 
chirurgicalement  en  se  contentant  de  l’incision  déjà  pratiquée. 

Nous  avons  à  choisir  entre  une  voie  d’abord  thoracique  postérieure 
après  fermeture  de  la  brèche  ablominale  et  une  thoraco-phréno- 
laparotomie  sans  pneumothorax,  branchée  sur  l’incision  abdominale. 

Le  kyste  est  trop  postérieur  pour  que  nous  songions  à  l'attaquer 
après  simple  résection  des  cartilages  costaux. 

Nous  nous  décidons  pour  la  thoraco-phréuo-lapirotomie  qui  nous 
fera  gagner  du  temps.  D’autant  que  la  formule  sanguine  est  favorable 
et  que  l’aspect  des  autres  kystes  nous  fait  espérer  que  le  kyste  postéro¬ 
supérieur  n’est  pas  compliqué. 

Parti  de  l’extrémité  externe  de  l’incision  abdominale,  nous  incisons 
sur  le  thorax,  suivant  la  direction  du  9°  espace,  sur  une  longueur  de 
29  centimètres  environ.  La  main  gauche  insinuée  sous  la  coupole  dia¬ 
phragmatique,  nous  repoussons  le  diaphragme  vers  le  haut  afin  de  le 
plaquer  contre  le  gril  costal.  Nous  sectionnons  alors  le  rebord  desfausses 
côtes,  puis  l’espace  intercostal. 

Les  deux  côtes  s’écartent  légèrement  et  le  diaphragme  apparaît  sans 
que  nous  percevions  le  bruit  de  l’entrée  de  l'air  dans  la  plèvre. 
Nous  pratiquons  alors  un  surjet  au  catgut  qui  rend  solidaire  le  dia¬ 
phragme  et  les  intercostaux.  Au  moment  où  nous  contournons  l’angle 
extérieur  de  l’incision,  nous  percevons  un  léger  sifflement  vite 
réprimé  par  un  point  de  catgut.  Le  surjet  terminé,  nous  incisons  fran¬ 
chement  le  diaphragme.  Les  côtes  s’écartent  d'elles-mêmes.  Nous 
mettons  un  grand  écarteur  de  Gosset.  Nous  apercevons  alors  parfai¬ 
tement  la  face  postéro-supérieure  du  foie.  Le  kyste  est  en  arrière 
contre  le  ligament  coronaire  dans  la  région  de  la  veine  cave.  Nous 
l’abordons  sans  difficultés.  Le  ponction  nous  révèle  la  présence 
d’une  bile  épaisse  et  noire.  Après  formolage  nous  incisons  largement, 
puis  nous  enlevons  la  membrane  mère.  Malgré  l’épanchement 
biliaire  intra-kystique  nous  refermons  le  kyste  par  des  points  séparés, 
rapproché^  au  catgut.  Fermeture  soignée  de  la  paroi  thoracique.  Suture 
des  lèvres  du  diaphragme  et  des  intercostaux.  Maintien  au  contact  des 
extrémités  cartilagineuses  des  côtes  par  un  cerclage  au  crin. 

Suites  opératoires,  bonnes  d’abord.  Le  sixième  jour,  ascension  ther¬ 
mique  à  39°.  Le  neuvième  jour,  le  thermomètre  marque  38°  le  soir.  La 
base  thoracique  est  occupée  par  une  zone  mate  étendue. 

Le  douzièms  jour,  ablation  des  fils.  La  zone  de  matité  semble  s’ac 
croître.  Nous  ponctionnons  sur  la  ligne  axillaire  dans  le  8°  espace. 
L’aiguille  traverse  le  diaphragme.  Nous  aspirons  aisément  100  cent, 
cubes  de  bile. 

Le  lendemain  6  juin,  nous  intervenons  pour  pratiquer  le  drainage 

BÜLL.  ET  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CHIR.,  1923.  87 


um 


SOCIÉTÉ  OE  CUlaxifiCIE 


de  ce  cholépériloine  partiel.  Incision  postérieure.  Résection  d’un 
segment  de  la  9°  côté:  Incision  étroite  .du  diaphragme  qui  est  suturé 
aux  intercostaux.  Issue  de  200  grammes  de  bile.  Mise  en  place  d’un 
drain.  Suites  excellentes.  Le  drain  est  enlevé  le  huitième  jour.  Le 
malade  se  lève.  La  plaie  se  referme  rapidement.. 

Le  6  juillet,  le  malade  sort  de  l’hôpital  en  parfait  état  générai  et 
local. 

C'est  là  une  intéressante  observation.  Nous  n’avons  pas  souvent 
l’occasion  d'observer  des  kystes  hydatiques  multiples  et  il  est 
utile  d’en  recueillir  des  observations  surtout  à  cause  des  difficultés 
opératoires  qu’ils  peuvent  offrir.  Comme  le  fait  remarquer 
M.  Costantini,  ayant  constaté  la  présence  tout  à  fait  postérieure 
d’un  dernier  kyste,  il  ne  pouvait  être  question  de  l’aborder  simple¬ 
ment  par  la  résection  du  rebord  cartilagineux  du  thorax  qui  eût 
largement  suffi  si  le  kyste  n’avait  été  que  supérieur.  Il  reslaitdonc 
à  choisir  «Dire  deux  procédés  :  la  Ihoraco-phréno-laparolomie, 
exécutée  avec  la  technique  décrite  par  SI.  Costantini  dans  le 
Journal  de  Chirurgie  de  1920, et  qui  permet  d’éviter  tout  pneumo¬ 
thorax,  ou  une  nouvelle  incision  franchement  postérieure.  L’auteur 
a  vu  dans  le  premier  un  moyen  plus  rapide,  et  la  certitude  d’éviter 
tout  pneumothorax.  Son  malade  a  guéri.  La  seule  objection  qu’on 
puisse  faire  avec  M.  Costantini  d’ailleurs,  c’est  que  si  ce  kyste 
postérieur  avait  élé  suppuré  et  qu’il  eût  fallu  le  drainer,  l’inci¬ 
sion  postérieure  eût  été  certainement  plus  favorable. 

Chez  le  malade  de  noire  confrère,  la  réaction  de  Weinberg  fut 
négative  et  la  culi-réaclion  positive  :  ce  fait  doit  être  signalé.  Il 
plaide  en  faveur  des  conclusions  exposées  par  Casoni  et  Pontano, 
qui  considèrent  l’intra-dermo-réaction  et  la  réaction  sous-cutanée 
comme  supérieures  à  la  réaction  de  Weinberg;  les  chiffres  moyens 
de  réactions  positives  étant  d’après  ces  auteurs  :  intra-dermo- 
réaction,  84  p.  100;  sous-cutanée-rëaction,  66  p.  100;  Weinberg, 
50  p.  100. 

Je  vous  propose  de  remercier  M.  Costantini  pour  l’envoi  de  son 
intéressante  observation. 


(I)  C.  Manassei.  Modification  de  la  formule  leucocytaire  chez  les  porteurs 
de  kystes  hydatiques,  après  les  épreuves  de  Casoni  .et  de  Pontano  (Analyse 
in  Journal  de  Chirurgie,  t.  XXII,  n"  2,  août  1923,  p.  .1*9). 


SÉANCE  DU  24  OCTOBRE 


1179 


Question  à  l’ordre  du  jour. 

Anesthésie  au  -protoxyde  d',azote, 

-par  M.  jWSl&gfe  SCHWARTZ. 

Messieurs,  à  k  sui.te  de  la  communication  que  je  vous  ai  faite 
sur  un  cas  d’intoxication  après  une  anesthésie  au  protoxyde 
d’azote,  plusieurs  orateurs  ont  bien  voulu  prendre  la  parole  et 
ont  donné,  de  l’étiologie  des  accidents,  une  explication -différente 
de  celle  que  je  vous  ai  proposée. 

Permefctez-moi  de  vous  rappeler  les  éléments  essentiels  du 
débat  :  ma  malade,  durant  les  quarante-huit  heures  qui  ont  suivi 
l'intervention,  a  présenté  du  col  laps  us  cardiaque,  de  -l’anurie 
presque  absolue,  des  vomissements  incoercibles,  de  la  respiration 
type  iCbeyne-Stokes,  puis  de  l'albuminurie -et  de  k  glycosurie. 

pour  .expliquer  ces  phénomènes,  M.  Lecène  invoque  l 'infection. 
-C’est  l'hypothèse  à  laquelle  je  me  suis  d’abord  arrêté,  car  j’ai 
l'habitude  et  j’ai  pour  principe,  lorsque,  ;à  k  suite  d’une  opéra¬ 
tion,  je  constate  des  accidents,,  de  -chercher -d’abord  la  raison  de 
ces  accidents  dans  mon  acte  opératoire  ;  mais  j’ai  bien  vite  aban¬ 
donné  cette  hypothèse,  parce  qu’elle  m’a  paru  tout  à  fait  -irration¬ 
nelle.  Voici  une  malade  qui, au  lieu  de  se  réveiller  presque  instan¬ 
tanément,  comme  cela  arrive  après  les  anesthésies  au  protoxyde 
d’azote,  est  restée  sans  connaissance  et  qui,  presque  tout  de  suite 
après  l’opération,  a  présenté  un  pouls  incomptable  et,  même 
imperceptible,  une  anurie  absolue,  des  lèvres  violettes,  un  nez 
pincé,  des  extrémités  froides;  je  ne  connais  point  do  septicémie 
assez  foudroyante  pour  réaliser  ce  tableau  tout  de  suite  après 
l’opération  !  Et  d’autre  part  peut-on  attribuer  à  l’infection  un 
tableau  si  profondément  impressionnant  qui,  au  bout  de  qua¬ 
rante-huit  heures,  a  dispara  aussi  soudainement  qu’il  s’était 
soudainement  installé?  car  dès  le  matin  du  troisième  jour  la 
malade  donnait  l’impression  très  nette  qu’elle  était  sauvée  : 
-c’était  une  résurrection.  Il  m’est  impossible  de  reconnaître  dans 
ce  tableau  l'infection,  et  d’ailleurs,  comme  j’ai  euThonneur  de  le 
dire,  il  n’y  a  pas  eu,  localement  non  plus,  le  moindre  indice 
d’infection  ;  pas  un  fil  de  la  paroi  n’a  rougi,  et  la  réunion  per 
primam  a  été  parfaite. 

Pour  les  mêmes  raisons,  je  ne  crois  pas  -qu’on  puisse  retenir 
l'hypothèse  de  M.  Cu-néo,  à  savoir  la  pancréatite  aiguë. 

Les  manifestations  cliniques  présentées  par  ma  malade  -res¬ 
semblent  singulièrement  à  une  toxémie  suraiguë,  à  un  shock 


H80  SOCIÉTÉ,  DE  CHIRURGIE 


toxique  si  l’on  veut,  et  ceci  m’amène  à  discuter  l’explication  pro¬ 
posée  par  MM.  Baudet,  Tuffier  et  Ghevassu.  Dans  mon  observation, 
dit  M.  Baudet,  il  manque  un  élément  important,  c’est  la  recherche 
de  l’urée  dans  le  sang  (après  l’intorvention),  et  si  cette  recherche 
avait  été  faite  on  aurait  vraisemblablement  trouvé  de  l’azotémie. 
Je  suis  absolument  d’accord  avec.  M.  Baudet  et  il  n’élait  pas  néces¬ 
saire,  pour  avoir  cette  conviction,  de  faire  une  prise  de  sang  chez 
ma  pauvre  malade.  Mais  Oh  je  me  refuse  à  suivre  M.  Baudet,  c’est 
quand  il  veut  tout  expliquer  par  cette  azotémie  qui  serait  la  cause 
initiale  de  tous  les  accidents. 

Pour  moi  l’azotémie,  si  elle  existait,  était  un  effet  et  non  une 
cause.  Mon  ami  Ghevassu  précise  les  données  du  problème;  il 
n’est  pas  douteux  pour  lui  que,  si  ma  malade  a  fait  des  accidents 
d'insuffisance  hépato-rénale,  c’est  qu’elle  avait  vraisemblable¬ 
ment,  avant  l'intervention ,  des  émonctoires  insuffisants,  ce  qu’il 
eût  été  facile  de  contrôler  par  un  examen  du  sang.  Je  puis  aujour¬ 
d’hui  tranquilliser  notre  collègue.  J’avais  dit,  dans  ma  communi¬ 
cation,  que  la  malade  avait  été  minutieusement  examinée  par 
mon  collègue  et  ami  Debré,  que  plusieurs  examens  cliniques 
avaient  été  pratiqués,  que  l’analyse  des  urines  n’avait  rien  montré 
d’anormal.  Mais  M.  Debré  a  fait  plus  et  je  m’excuse  de  ne  pas 
vous  l’avoir  dit  (je  ne  m’en  souvenais  plus),  M.  Debré  a  examiné 
le  sang  de  ma  malade  pour  étudier  sa  contenance  en  cholestérine, 
en  urée,  et  pour  pratiquer  un  Wassermann  ;  le  Wassermann  était 
négatif,  la  choies térinémie  était  normale  et  l’azotémie  était  de 
30  centigrammes. 

Donc,  de  l’examen  clinique  le  plus  minutieux,  de  l’étude  du 
sang,  il  résulte  que  ma  malade,  au  moment  de  l’intervention,  ne 
présentait  aucun  symptôme  d’insuffisance  de  ses  émonctoires. 
Or,  je  le  répète,  ces  symptômes  d’insuffisance  se’sont  ébauchés 
tout  de  suite  après  l’intervention  et,  deux  ou  trois  heures  après,  le 
tableau  était  à  son  complet. 

Aussi  je  persiste  à  accuser  le  mode  d’anesthésie  que  j’ai  employé 
et  je  répondrai  à  mon  ami  Lapointe  qu’il  n’y  a  rien  de  compa¬ 
rable  entre  le  tableau  immédiat  qu’a  présenté  ma  malade  et  le  cas 
qu’il  nous  rapporte.  A  sa  place,  je  n’aurais  pas  plus  invoqué 
l’anesthésie  qile  lui-même.  Mon  ami  Lapointe  me  dit  qu’à  ma 
place  il  aurait  béni  le  protoxyde  d’azote  de  lui  avoir  évité  un 
désastre. 

Mais  je  suis  absolument  d’accord  avec  Lapointe  et  c’est  précisé¬ 
ment  parce  que  je  redoutais  le  chloroforme  et  l’éther  que  j’ai  eu 
recours  au  protoxyde  d’azote.  Je  pense  très  sincèrement  que  tout 
autre  anesthésique  aurait  tué  mon  opérée,  mais  je  pense  aussi 
que  même  le  protoxyde  d’azote  a  failli  me  la  tuer,  ce  qui  ne 


SÉANCE  DU  24  OCTOBRE 


1181 


m’empêchera  pas,  dans  un  cas  semblable,  de  recourir  encore  à  ce 
mode  d’anesthésie. 

Je  ne  comprends  pas  très  bien,  je  l’avoue,  l'argumentation  de 
M.  Tuffier.  Après  avoir  dit  que  pour  incriminer  le  protoxyde 
d’azote,  c’est-à-dire  l’anesthésie,  mon  observation  ne  peut  entraî¬ 
ner  la  conviction,  M.  Tuffier  nous  dit  que  les  accidents  observés 
chez  ma  malade  peuvent  être  attribués  à  une  insuffisance  hépa¬ 
tique  et  il  s’appuie  sur  les  recherches  qu’il  a  faites  avec  Mauté 
sur  les  lésions  du  tissu  hépatique  après  les  anesthésies  et  qui  ont 
montré,  ce  que  maintenant  tout  le  monde  reconnaît,  que  l’insuffi¬ 
sance  hépatique  à  la  suite  des  anesthésies  générales  était  fré¬ 
quente,  et  M.  Tuffier  de  conclure  :  c’est  peut-être  à  une  lésion  de 
ce  genre  qu’il  faut  attribuer  les  accidents  de  la  malade  dont  on 
vient  de  nous  parler.  Si  j’ai  bien  compris,  après  nous  avoir  dit 
que  mon  observation  ne  prouvait  rien  quant  à  l'action  du  pro¬ 
toxyde  d’azote  dans  les  phénomènes  d’insuffisance  hépatique 
constatés,  M.  Tuffier  nous  dit  que  ces  accidents  d’insuffisance 
hépatique  sont  dus  sans  doute  à  l’anesthésie  générale;  c’est  pré¬ 
cisément  là  ce  que  j’ai  voulu  prouver  par  mon  observation.] 

Quant  à  vous  dire  comment  le  protoxyde  d’azote  a  agi,  je  ne 
m’en  chargerai  pas.  L’avenir  nous  dira  peut-être  s’il  faut, incri¬ 
miner  une  simple  impureté  de  l’anesthésique,  une  susceptibilité 
spéciale  de  la  malade,  ou  autre  chose. 

En  terminant,  je  tiens  à  répéter  que  je  n’ai  eu  aucunement 
l’intention  de  condamner  une  méthode  d’anesthésie  qui  en  est  à  la 
période  d’étude  et  que  je  ne  connais  pas.  Je  ne  me  permettrai 
pas,  avec  un  seul  fait,  aussi  bien  observé  fût-il,  de  vous  apporter 
des  conclusions  définitives.  Il  m’a  paru  utile  de  déposer  ce  fait 
dans  nos  archives,  à  simple  titre  documentaire,  et  pour  engager 
ceux  que  la  question  intéresse  plus  spécialement  à  l’étudier  de 
plus  près. 


Communications. 

A  propos  d’un  volumineux  anévrisme  artériel  de  la  cuisse 
ayant  simulé  un  ostéo-sarcome , 
par  M.  GAUD1ER  (de  Lille),  membre  correspondant  national. 

Cette  communication  paraîtra  dans  un  prochain  Bulletin. 


im 


SOCIÉTÉ  DE  Clil'RURtilE 


Tumeur  pédiculée  de  l'estomac , 
par  MM.  GOSSET,  GEORGES  LOEWY  et  IVAN  BERTRAND. 

M.  M...,  quarante-huit  ans. 

Ce  malade  n’a  présenté  aucun  antécédent  gastrique,,  il  n’a 
jamais  eu  de  douleurs  post-prandiales,  ni  de  vomissements.  Le» 
seuls  troubles  dyspeptiques  qu’on  ait  pu  relever  à  un  interroga¬ 
toire  serré  sont  des  signes  d'hyperchlorhydrie  légère,  éructations, 
acides  calmées  par  les  alcaljns.  Brusquement,  sans  aueun  pro¬ 
drome,  le  11  mai  1923,  il  émet  des  selles  noires  visqueuses,  à 
peine  mêlées  de  matières  fécales.  Trois  jours  auparavant,  il  s’était 
senti  un  peu  fatigué  et  avait  eu  une  élévation  de  température 
à  38°.  Ce  mélæna  persiste  pendant  quatre  jours,  sans  être  accom¬ 
pagné  de  douleurs  ou  de  gêne  quelconque  et  détermine  alors  des 
signes  d’anémie,  pâleur,  faiblesse.  Une  radiographie  est  faite  le 
20 mai  1923 par le  Dr Henri  Bécière.On  constate, sur  la  petitecour- 
bure,  une  déformation  très  nette,  à  aspect  d’image  lacunaire, 
se  projetant  en  dedans  du  contour  de  la  petite  courbure  (fig.  1). 
Aux  deux  extrémités  de  Ge  défaut  de  remplissage  par  la  baryte,, 
se'  voient  deux  cornes  A  et  B,  qui  semblent  se  diriger  en  dehors 
de  la  petite  courbure.  Une  encoche  large  est  observée  sur  la 
grande  courbure,  en  face  et  dans  le  plan  de  l’irrégularité  de  la 
petite  courbure.  Le  malade  suit  un  régime  de  farines  et  de  pâtes, 
ordonné  par  son  médecin,  notre  ami,  le  Dr  G.  Durand,  et  paraît 
amélioré. 

Un  deuxième  examen  radiologique  est  fait  le  12  juillet  par  le 
Dr  Keller,  en  présence  du  Dr  G.  Durand.  En  position  verticale, 
l’estomac  se  remplit  lentement,  il  apparaît  vertical,  en  forme 
de  J,  à  gauche  de  la  ligne  médiane,,  attiré  à  droite  par  sa  région 
pyloro-duodénale.  Aucune  anomalie  de  contours  de  la  grande 
courbure.  Au  début  de  l’examen,  la  petite  courbure  paraît  régu¬ 
lière;  à  la  palpation,  il  n’existe  pas  de  point  douloureux.  L’antre 
pré-pylorique  est  visible  et  non  déformé.  Péristaltisme  assez  fort, 
régulier.  Evacuation  régulière  également.  Le  bulbe  duodénal  se 
remplit  bien.  En  décubitus  abdominal,  la  petite  courbure  apparaît 
irrégulière  au  niveau  de  sa  partie  moyenne. 

Les  radiographies  en  séries  montrent  une  encoche  profonde 
située  au  niveau  de  l’union  de  la  partie  verticale  avec  la  partie 
horizontale  de  la  petite  courbure.  Cette  encoche  n’est  pas 
modifiée  par  les  ondes  péristaltiques.  Un  nouvel  examen  est 
pratiqué  après  ingestion  d’une  quantité  de  baryte  un  peu  plus 
considérable.  En  station  verticale,  l’irrégularité  de  la  petite  cour- 


SÉANCE  DU  24  OCTOBRE 


1183 


bure  paraît  nettement.  La  palpatiow  n’éveille'  aucun  point  doulon- 
reux  à  son  niveau.  A.  signaler  quelques  ombres  suspectes  au 
niveau  de  la  région  vésiculaire.  Conclusion  radiologique  :  irrégu¬ 
larité  persistante  de  la  petite  courbure  et  ombre  anormale  au 
niveau  de  la  région  vésiculaire. 

Le  15  juillet  1923,  toujours  sans  aucun  prodrome,  survient  une 


Fia.  1.  —  Radiographie  de  l'estomac  faite  par  le:  Br  Henri  Béctère, 
montrait  la  lésion  de  la  petite  courbure. 

nouvelle  hémorragie  intestinale, mo  Lns, abondante  q,ue  lapremière  ; 
depuis  cette  date,  les  analyses  ont  révélé  presque  constamment  la 
présence  de  sang  dans  les  selles;,  pendant  toute  cette  période,  le 
malade  ne  présentait  ni  douleurs,,  ni  vomissements,  et  il  a  con¬ 
servé.  tout  son  appétit.  Il  s’est  affaibli  progressivement  et  il  n’a 
que  peu  maigri  :  3  kilogrammes  environ. 

Le  8  septembre,  le  saignement  s’arrête.  On  fait  le  même  jour 
un  nouvel  examen  radiologique  (Morel-Kahn).  Estomac  en  J  à 
portion  moyenne  légèrement  allongée,  estomac  très  mobile,  acti¬ 
vement  et  passivement.  Les  contractions  sont  surtout  nettes  au 


1184 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


niveau  de  la  grande  courbure  ;  elles  manquent  à  la  partie 
moyenne  de  la  petite  courbure,  où  la  paroi  est  indistincte  et 
floue;  on  réveille  une  certaine  sensibilité  au  voisinage  de  la 
petite  courbure.  La  radiographie  montre  le  refoulement  de  la 
petite  courbure  par  une  tumeur  arrondie,  transparente,  qui  en 
déforme  le  contour. 

Le  13  septembre,  on  cherche  la  réaction  de  Wassermann,  que 
l'on  trouve  positive  et  l'on  met  le  malade  au  traitement  ar¬ 
senical. 

Le  25  septembre,  l’analyse  des  selles  révèle  de  nouveau  la 
présence  de  sang. 

Malade  fatigué,  teint  jaune,  blafard,  peu  amaigri.  La  palpation 
delà  région  épigastrique  ne  révèle  rien.  Pas  de  douleurs,  pas  de 
dilatation  de  l’estomac,  pas  de  tumeur  perceptible. 

En  raison  des  phénomènes  hémorragiques  et  des  constatations 
radiologiques,  on  porte  le  diagnostic  de  tumeur  de  la  petite 
courbure. 

Intervention  le  13  octobre.  Opérateur  :  Dr  Gosset  ;  aides  : 
Charrier  et  d'Allaines  ;  anesthésie  au  chloroforme  par  le  D1'  Boureau, 
32  minutes;  diagnostic  opératoire  :  gliome  de  la  petite  courbure; 
nature  de  l’intervention  :  ablation  du  gliome  et  de  la  base  d’im¬ 
plantation. 

Laparotomie  médiane  sus-ombilicale;  malade  gras.  On  amène 
l’estomac  au  dehors,  et  l’on  voit  une  tumeur  qui  a  dédoublé  le 
petit  épiploon,  tumeur  noirâtre,  du  volume  d’une  orange,  implan¬ 
tée  sur  la  petite  courbure  ;  sa  base  est  large  comme  une  pièce  de 
deux  francs.  L’idée  qui  vient  à  l’esprit  est  qu’il  s’agit  d’un  sarcome 
exogastrique,  c’est-à-dire  d’un  gliome;  au  lieu  de  faire  une  gas¬ 
trectomie  complète,  on  trouve  préférable  de  faire  une  résection 
partielle.  On  pénètre  dans  l’estomac,  il  n’y  a  pas  d’ulcérations  de 
la  muqueuse,  mais,  sur  la  base  d’implantation  de  la  tumeur  sur 
l’estomac,  deux  perforations.  Etant  donné  l’examen  endogastrique 
confirman  t  la  première  impression  qui  est  celle  d’un  gliome,  on  fait 
la  résection  du  gliome  et  de  sa  base  d’implantation.  Fermeture  de 
l’estomac  par  trois  surjets  à  la  soie. 

Examen  de  la  pièce  opératoire  :  tumeur  ovoïde  implantée  sur  le 
tiers  inférieur  de  la  petite  courbure  de  l’estomac.  Elle  s’engage  dans 
le  petit  épiploon,  qui  la  voile  partiellement.  Son  pédicule  d’implan¬ 
tation  cylindrique  mesure  environ  2  cent.  5  de  diamètre;  le  grand 
axe  de  la  tumeur  mesure  7  centimètres;  l’axe  transversal,  4  centi¬ 
mètres  (fig.  2). 

Sa  couleur  est  rouge  violacée,  plus  foncée  par  endroits;  sa  con¬ 
sistance  est  d’une  mollesse  extrême,  à  tel  point  qu’au  cours  du 
prélèvement  la  mince  capsule  s’est  rompue  en  un  point,  laissant 


SÉANCE  DU  24  OCTOBRE 


1185 


sortir  une  masse  rougeâtre  diffluente,  rappelant  certains  goitres 
colloïdes  (a,  fîg.  2). 

La  tumeur  ne  présente  pas  de  fluctuations.  Les  pseudo-kystes 
qui  semblent  faire  saillie  au-dessus  de  la  capsule,  après  ponction, 
ne  laissent  échapper  aucun  liquide.  Ce  sont  simplement  des 


lobules  néoplasiques,  particulièrement  infiltrés  d'œdème  et  dégé¬ 
nérés,  dont  la  transparence  fait  illusion. 

Après  la  gastrectomie  partielle  qui  fut  pratiquée,  on  constate 
que  la  muqueuse  gastrique  au  niveau  de  la  zone  correspondant  à 
l’implantation  du  néo-plante  (é,  fig.  2)  présente  deux  orifices  jux¬ 
taposés,  comme  les  canons  d’un  fusil,  et  séparés  par  un  mince 
pont  de  muqueuse  normale.  Ces  orifices  sont  irrégulièrement  ova¬ 
laires;  le  plus  large  atteint  10  millimètres  dans  son  plus  grand 
axe,  le  plus  étroit  7  millimètres  (fig.  2). 

Au  pourtour  de  ces  orifices,  la  muqueuse  est  parfaitement 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


souple,,  ne  contient  aucun  nodule  induré,  suspect,  et  glisse  facile¬ 
ment  sur  les  plans  profonds. 

A  travers  les  orifices,  on  aperçoit  l'intérieur  de  deux,  canaux 
assez  courts  et  séparés,  qui  conduisent  dans  L’intérieur  de  la 
tumeur  pédiculée.  Le  fond  de  ces  canaux  est  rempli  par  une  masse 
colloïde,  gélatineuse,  transparente. 

Divers  fragments  de  la  tumeur  ont  été  prélevés  et  fixés  par  le 
liquide  de  Bouin.  L’étude  histologique  des  fragments  donne  les 
résultats  suivants  : 

L’ensemble  révèle  l’aspect  d’une  néoplasie  conjonctive  plus  ou 
moins  évoluée  :  fibro-myxome.  Mais  il  n’existe  pas  de  fibres  colla¬ 
gènes,  le  safran  ne  colore  que  de  rares  zones  périvasculaires.  Le 
néoplasme  dans  les  zones  d’aspect  embryonnaire  renferme  des 
noyaux  normaux  à  nucléole  unique.  Il  n’existe  pas  de  mitoses 
atypiques  et  monstrueuses.  Le  stroma  s’infiltre  d’un  abondant 
liquide  d’œdème,  en  même  temps  que  de  minces  fibrilles  des¬ 
sinent,  en  certains  points,  un  véritable  aspect  réticulé. 

Par  endroits,  la  dégénérescence  est  très  marquée.  Le  tissu  subit 
une  nécrose  colloïdo-kystique.  De  nombreuses  hémorragies  inter¬ 
stitielles  viennent  encore  accroître  l’intensité  du  processus  dégé¬ 
nératif. 

L’étendue  et  l'importance  des  lésions  dégénératives,  le  caractère 
singulier  de  la  dégénérescence,  aboutissant  à  l’ouverture  du  néo¬ 
plasme  dans  la  cavité  gastrique,  laissent  quelque  doute  sur  la 
nature  véritable  de  la  néoplasie. 

Notre  impression  est  qu’il  ne  s’agit  pas  ici  d’un  fibro-myxome 
véritable,  mais  bien  plutôt  d’une  tumeur  développée  auxdépens  des 
gaines  de  Sehwann  du  réseau  sympathique  pariétal  de  la  petite 
courbure.  Nous  n’avons  pas  jusqu’ici  rencontré  les  aspects  patho¬ 
gnomoniques  de  noyaux  en  palissade  signalés  dans  un  cas  précé¬ 
dent  (Soc.  de  chirurgie,  4  juillet  1923,  in  Bull,  et  Mém.,  p.  105&). 
Mais  les  gliomes  périphériques  dégénèrent  avec  une  facilité 
extrême,  subissant  une  fonte  kystique.  D’ailleurs,  dans  la  tumeur 
que  nous  présentons,  le  polymorphisme  est  extrêmement  variable 
suivant  le  point  considéré. 

Les  fîbro-gliomes  pédiculés  intra-rachidiens  présentent  égale¬ 
ment  des  formules  histologiques  aussi  variables, et  n’était-ce  leur 
topographie  particulière  on  se  méprendrait,  facilement  sur  leur 
nature. 

Il  en  est  vraisemblablement  de  même  pour  les  gliomes  pédiculés 
exogastriques.  Ces  néoplasies,  jusqu’ici  méconnues,  subissent  un 
cycle  évolutif  dont  nous  ne  pouvons  encore  soupçonner  que 
quelques  stades. 


Présentations  de  malades. 


Ankylosé  du  genou  •presque  à  tu 
Résection  trapézoïdale . 
pat  M.  PL.  MAUCLAIRE. 
jeune  malade  de  vingt  et  un  a 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


huit  ans,  une  ostéomyélite  de  l’extrémité  inférieure  du  fémur  et 
de  l’extrémité  supérieure  du  fémur.  Peu  à  peu,  le  genou  s’anky¬ 
losa  en  flexion  presque  à  angle  droit.  Plusieurs  grattages  osseux 
furent  pratiqués.  L’ankylose  vue  de  face  était  un  peu  en  baïon¬ 
nette  allongée,  le  malade  marchait  sur  le  bord  interne  du  pied. 


Fig.  2.  —  Résultat  après  la  résection  trapézoïdale. 

J'ai  vu  ce  malade  en  avril  dernier  et  voici  la  radiographie  (fig.  1). 
Après  l’avoir  étudié,  je  me  suis  décidé  à  faire  une  résection  tra¬ 
pézoïdale  à  base  antérieure.  Celle-ci  fut  pratiquée  le  25  avril. 
L’opération  fut  très  difficile,  car  l’os  était  d’une  dureté  extraordi¬ 
naire.  J’ai  fait  la  réduction  de  l’ankylose  très  doucement  pour  ne 
pas  distendre  brusquement  les  vaisseaux  et  nerfs.  Le  membre  fut 
mis  dans  un  appareil  plâtré  avec  lequel  le  malade  eut  le  tort  de 


SÉANCE  DU  24  OCTOBRE 


1189  . 


marcher  au  bout  de  trois  semaines.  L’appareil  fut  renouvelé  une 
fois  en  juin.  Ce  deuxième  plâtre  ne  fut  enlevé  qu’il  y  a  huit  jours. 
Voici  les  radiographies  récentes.  De  face,  le  fémur  et  le  tibia 
sont  en  bonnes  directions  réciproques.  De  profil,  le  tibia  paraît 
déplacé  un  peu  en  arrière,  mais  je  ferais  remarquer  que,  au 
niveau  de  la  tranche  inférieure  de  la  section  tibiale,  le  tibia  était 
élargi.  Sur  ce  dessin  fait  avant  l’opération,  je  crois  que  la  subluxa¬ 
tion  du  tibia  en  arrière  existait  déjà. 

Comme  vous  le  voyez,  le  malade  marche  très  bien.  Le  pied  repose 
bien  sur  toute  sa  face  plantaire.  Il  suffira  de  corriger  le  raccour¬ 
cissement  de  3  centimètres  par  une  charnière  à  semelle  surélevée. 


Pièce  de  prothèse  ( vis  d'os  tué  armée )  extraite  du  col  du  fémur 
deux  ans  et  quatre  mois  après  l'opération, 

par  M.  ANTOINE  BASSET. 

Vous  vous  souvenez  peut-être  que  dans  la  séance  du  6  juin 
dernier  je  vous  ai  présenté  une  malade  que  j’avais  opérée,  deux  ans 
auparavant,  pour  une  pseudarthrose  du  col  du  fémur,  et  qui, 
grâce  à  un  enchevillement  par  une  vis  d’os  tué  armée,  présentait 
un  résultat  fonctionnel  remarquablement  bon. 

En  vous  montrant  une  radiographie  faite  deux  ans  après  l’opé¬ 
ration,  je  vous  faisais  remarquer  alors  qu’au  centre  du  col  recons¬ 
titué  la  vis  d'os  tué  avait  complètement  disparu  sauf  dans  son 
segment  extra  osseux  et  qu’à  sa  place  autour  de  la  tige  d’acier 
existait  un  long  couloir  clair  à  contours  irréguliers,  qui  repré¬ 
sentait  en  quelque  sorte  le  moule  en  creux  de  la  vis  d’os  tué,  la 
cavité  qu’elle  occupait  primitivement. 

J'ajoutais  en  terminant  ma  communication  :  «  Je  surveillerai 
cette  malade,  je  lui  demanderai  de  se  soumettre  périodiquement 
à  des  examens  radiographiques  pour  pouvoir  lui  enlever  sa  tige 
d’acier  en  temps  utile  si  la  résorption  osseuse  augmentait.  » 

Cette  femme  est  revenue  me  voir  à  la  fin  de  septembre,  et  j’ai 
eu  sur  une  nouvelle  radiographie  l’impression  qu’autour  de  la 
tige  d’acier  l’espace  clair  s’était  légèrement  élargi.  J’ai  donc  le 
11  octobre  pratiqué  l’ablation  de  cette  pièce  de  prothèse  que  je 
vous  présente  aujourd’hui. 

Cette  ablation  s’est  faite  avec  la  plus  grande  facilité.  Je  n’ai  eu  qu’à 
saisir  avec  un  davier  la  partie,  encore  constituée  par  de  l’os  tué, 


1190 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 

qui  saillait  hors  du  fém  ur  et  une  légère  traction  a  suffi  pour  extraire 
la  tige  métallique  qui  jouait  librement  dans  l'intérieur  du  col. 

.J'ai  naturellement  exploré*  par  l’intérieur,  le  canal  osseux  dans 
lequel  elle  était  contenue,  et  j’ai  fait  les  trois  constatations  son- 
van  tes  : 

a)  Aussitôt  que  j’ai  ou  retiré  cette  pièce  de  prothèse,  et  en 
quelque  sorte  débouché  le  canal  intraosseux,  il  s’est  écoulé  de 
celui-ci,  d’abord,  une  cuillerée  à  café  de  moelle  osseuse  fluide, 
puis  du  sang.  Ce  suintement  sanglant  paraissant 
deyoir  continuer,  j’ai  d-û  laisser  un  petit  drain  au  con¬ 
tact  de  l'os. 

b)  Le  canal  intraosseux,  que  j’ai  cathétérisé  avec 
des  instruments  métalliques  de  grosseur  croissante, 
était  à  peine  plus  large  que  la  tige  d’acier  qui  l’occu¬ 
pait  et  que  vous  voyez  ici.  Je  suis  donc  porté  à  croire 
que  je  m’étais  peut-être  alarmé  à  tort,  qu’autour  de 
la  tige  métallique  la  résorption  osseuse  était  extrême¬ 
ment  peu  marquée,  si  tant  èst  même  qu’il  s’en  soit 
produit,  et  que  la  présence  d’une  cavité  dans  le  col 
était  due  uniquement  à  la  résorption  de  l’os  tué. 

c)  Le  canal  intracervical  était  entièrement,  et  de 
toutes  parts,  constitué  par  du  tissu  osseux.  En  aucun 
point  de  ses  parois,  je  niai  constaté  la  présence  de 
tissu  fibreux. 

Ces  constatations  sont  à  rapprocher  de  celles  que 
j’ai  faites  autrefois  sur  une  pièce  d’autopsie  prove¬ 
nant  d’un  malade  opéré  vingt  mois  auparavant  par 
M.  Delbet  (vissage  métallique  pour  une  fracture 
récente).  Dans  ce  cas,  comme  dans  le  mien,  la  conso¬ 
lidation  osseuse  était  complète.,  et  le  canal  occupé  par 
la  vis, était  de  toutes  parts  formé  de  tissu  osseux. 

Je  n’ajouterai  que  peu  de  motssur  la  pièce  que  je  vous  présente 
aujourd'hui  puisque  vous  pouvez  l’examiner  vous-mêmes  è  loisir. 

L’aspect  qu’elle  présente  concorde  absolument  avec  l’image 
qu’elle  donnait  sur  les  radiographies  récentes.  Sur  les  trois  quarts 
profonds  de  son  étendue  il  ne  reste  .plus  que  lia  tige  métallique, 
d’ailleurs  absolument  intacte.  Au  niveau  du  quart  externe,  super¬ 
ficiel,  persiste  encore  un  peu  d’os  tué  sous  ta  forme  d’un  cône  irré¬ 
gulier,  et  irongé  comme  un  séquestre  qui  va  en  s’évasant  au  fur 
et  à  mesure  qu’on  se  rapproche  de  la  tête  de  la  vis.  Celle-ci,  qui  est 
toujours  demeurée  presque  entière  bers  du  fémur,  est  à  peu  prés 
conservée  dans  son  volume,  quoique  fortement  rongée  au  niveau 
de  sa  partie  .profonde  qui  é  lai  tau  contact  du  fémur.  Si  au  contraire 
on  la  regarde  par  sanextrémi  lé  libre  on  constate  que  la  face  plate  de 


SÉAJSCE  DU  24  OCTOBRE 


1191 


cette  extrémités  gardé  sa  forme  originelle  à  quatre  pans.  De  même 
est  intacte  la  petite  vis  d’os  tué,  avec  laquelle,  lors  de  la  confection 
de  cette  pièce  de  prothèse,  l’ouvrier  a  obturé  l’orifice  d’entrée 
du  canal  central  dans  lequel  il  a  enfoncé  la  tige  métallique. 
J’ajoute  que  celle-ci  est  encore  solidement  fixée  au  petit  cône  d’os 
tué  -qui  persiste,  et  qu’on  ne  peut  ni  l’en  détacher  ni  la  faire 
tourner  à  l’intérieur  de  celui-ci. 


Pseudarthrose  avec  perte  de  substance  du  tibia , 
traitée  par  la  greffe  osseuse, 
par  transplantation  homolatérale  d'un  segment  pédiculé 
du  péroné 

(Opération  de  Hahn- Huntington), 
parM.  J.  OKINCZYC. 

Le  blessé  que  j’ai  l’honneur  de  vous  présenter  avait  été  blessé 
à  la  jambe  droite  fin  septembre  1918  par  une  balle  qui  avait  fra¬ 
cassé  le  tibia. 

Evacué  sur  l’ambulance  américaine  de  Cbauny,  il  avait  subi, 
deux  jours  après  sa  blessure,  une  large  ablation  d’esquilles;  une 
extension  continue  avait  été  maintenue  jusqu’en  mars  1919. 

Le  résultat  avait  été  une  pseudarthrose  définitive  du  tibia,  ne 
permettant  la  marehe  qu’avec  des  béquilles,  et  sans  appui  de  la 
jambe  sur  le  sol.  Je  l’ai  vu  pour  la  première  fois  en  juin  1922. 
A  ce  moment  la  plaie  n’est  pas  complètement  cicatrisée,  la  peau 
adhère  au  tibia  sur  une  longue  étendue,  le  membre  est  œdématié. 
Le  blessé  est  mis  au  repos,  et  traité  jusqu’à  cicatrisation  complète  ; 
puis  nous  tentons  par  des  massages  spéciaux  de  mobiliser  la  peau  ; 
le  résultatobtenu  n’est  que  partiel;  mais  cependant,  en  août  1922, 
l’aspect  des  téguments  est  meilleur,  l’œdème  a  disparu.  Il  persiste 
un  léger  équinisme,  et  un  peu  de  varus  par  incurvation  de  la 
jambe  en  dedans. 

La  radiographie  faite  à  cette  date  permet  de  mesurer  la  perte 
de  substance  du  tibia  (fig.  1),  et  de  constater  que  le  fragment  supé¬ 
rieur  est  formé  de  plusieurs  longues  esquilles  coaptées  avec  canal 
médullaire  réduit. 

Nous  tentons  une  intervention  le  22  août  1922.  Par  une  incision 
en  volet,  à  charnière  interne,  pour  ménager  les  téguments  cicatri¬ 
ciels,  nous  abordons  le  péroné  un  peu  en  arrière  de  son  bord  pos¬ 
térieur.  Le  lambeau  cutané  et  aponévrotique  est  relevé  vers  le 
tiibia,  découvrant  la  loge  antérieure  et  externe  de  la  jambe. 


1192 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Les  deux  extrémités  des  fragments  du  tibia  sont  libérées  et 
avivées  après  excision  complète  du  bloc  fibreux  interfragmentaire. 
Après  avivement  jusqu’à  l’ouverture  du  canal  médullaire,  la  perte 


Fig.  1.  —  Avant  l’intervention. 


de  substance  osseuse  est  d’environ  7  à  8  centimètres.  Nous  libé¬ 
rons  alors  la  face  externe  du  péroné  ;  les  muscles  antérieurs  sont 
séparés  de  la  cloison  interosseuse  jusqu’au  tibia;  les  vaisseaux 
et  les  nerfs  sont  soigneusement  ménagés.  Le  long  péronier  latéral 


1194  ' 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


médiaire  du  péroné  (pédiculisé  sur  une  charnière  musculo-apo- 
névrotique  interne)  sous  les  muscles  de  la  loge  antérieure.  Le 
fragment  apparait  alors  en  dedans  de  ces  muscles  dans  la  brèche 
interfragmentaire  du  tibia. 

L’extrémité  inférieure  du  greffon  s’implante  trop  facilement 
dans  le  fragment  inférieur  du  tibia,  qui  est  assez  friable  et  décal¬ 
cifié.  Mais  pour  implanter  l'extrémité  supérieure  du  greffon,  il 
nous  faut  fléchir  la  jambe  devenue  molle  presque  à  angle  droit, 
pour  introduire  cette  extrémité,  effilée  et  amenuisée,  dans  le 
fragment  tibial  préparé  à  cet  effet. 

Le  redressement  est  opéré  et  la  continuité  osseuse  ainsi  obtenue 
parait  satisfaisante. 

Suture  des  muscles,  puis  des  aponévroses  et  enfin  de  la  peau. 
Appareil  plâtré. 

Le  blessé  a  d’abord  été  immobilisé  dans  une  goutlière  plâtiée. 
Puis  au  bout  de  quelques  mois  nous  lui  avons  fait  un  appareil  de 
marche  de  Delbet,  qu’il  n’a  plus  guère  quilté  qu’en  août  dernier, 
soit  un  an  après  son  opération.  Actuellement,  il  marche  sans 
canne  et  sans  boiter. 

Il  est  à  remarquer  que  le  travail  de  consolidation  ne  s’est  guère 
manifesté  à  la  radiographie  qu’après  la  mise  en  pratique  du  trai¬ 
tement  ambulatoire. 

M.  Michon.  —  J’ai  eu  également  chez  un  blessé  un  excellent 
résultat  par  transplantalion  du  péroné  pour  une  perte  de  sub¬ 
stance  du  tibia. 

J’ai  présenté  ici  même  les  radiographies  de  cet  opéré.  Peu  à 
peu  il  a  eu  production  osseuse  autour  du  greffon;  et  entre  les 
deux  fragments  du  tibia  s’est  formée  une  colonne  osseuse  ayant 
le  diamètre  du  tibia.  Le  blessé  marche  bien. 


Staphylorraphie, 
par  M.  A.  BROCA. 

Le  malade  que  je  voulais  vous  présenter  n’est  pas  arrivé  à  cause 
de  la  brièveté  insolite  de  cette  séance  :  c’est  un  garçon  d’un  an 
auquel  j’ai  fait,  il  y  a  aujourd’hui  huit  jours,  une  staphylorraphie 
pour  division  de  tout  le  voile  sans  participation  de  la  voûte 
osseuse  :  croyez-moi  sur  parole  si  je  vous  dis  que  vous  auriez  vu 
une  réunion  immédiate  parfaite,  jusques  et  y  compris  une  luette 
très  bien  réparée.  Je  ne  veux  pas  me  demander  aujourd’hui  si  la 
rétraction  secondaire  le  menace  plus  que  s’il  eût  été  opéré  par  le 


SÉANCE  DU  24  OCTOBRE 


1195 


procédé  de  Veau,  je  veux  seulement  vous  dire  qu’il  a  été  opéré 
sans  éclairage  frontal,  sans  aspiration  de  sang,  sans  anesthésie 
par  sonde  nasale;  je  ne  saurais  dohc  admettre,  malgré  une  com¬ 
munication  récente  de  M.  Hocher,  d’après  la  Gazette  hebdoma¬ 
daire  des  Sciences  médicales  de  Bordeaux ,  que  ces  trois  conditions 
soient  indispensables  au  succès,  même  chez  un  enfant  d’un  an. 

Je  ne  proteste  pas  contre  l’emploi  de  l'éclairage  frontal  :  c’est 
affaire  exclusivement  d’acuité  visuelle.  Jusqu’à  présent,  malgré 
mon  âge,  j’entile  les  aiguilles  à  peu  près  toujours  du  premier 
coup  :  si  un  jour  j’ai  besoin  de  lorgnon,  soyez  assurés  que  je 
m’éclairerai  en  conséquence;  je  demande  simplement  qu’on  ne 
qualifie  pas  de  rétrogrades  ceux  qui  ont  la  chance  de  pouvoir  s’en 
passer. 

J’ai  essayé  l’anesthésie  à  la  sonde  nasale,  et  c’est  un  fort  bon 
procédé.  Mais  il  n’a  aucune  utilité  si  on  fait  l’hémostase  par  com¬ 
pression  :  l’anesthésie  intermittente,  à  la  compresse,  pendant  les 
temps  de  compression,  est  aussi  bonne.  Or,  et  c’est  sur  ce  point 
que  je  veux  insister,  je  pense  nettement  que  cette  compression,  à 
l’éponge,  est  de  beaucoup  la  meilleure  technique.  Le  seul  danger 
delà  palaloplastie  est,  à  vrai  dire,  la  perte  de  sang  :  l’aspiration 
ne  la  limite  certainement  pas,  si  même  elle  ne  la  favorise.  La 
compression  l’arrête,  sans  que  jamais  j’aie  mis  de  ligature. 

M.  Victor  Veau.  —  M.  Broca  ne  nous  a  pas  présenté  son  opéré 
parce  qu’il  a  réussi  une  division  simple  du  voile.  Il  a  voulu  protester 
contre  une  phrase  de  Rocher  qui  vante  les  bienfaits  de  l’aspiration, 
de  la  lampe  frontale,  de  l’anesthésie  par  insufflation. 

Il  semble  craindre  que  nous  le  traitions  de  rétrograde  parce 
qu’il  se  prive  des  avantages  de  l’instrumentation  nouvelle. 

M.  Broca  connaît  de  tels  succès  en  staphylorraphie  qu’il  a  le 
droit,  je  dirais  presque  le  devoir,  d’être  conservateur.  Si  mainte¬ 
nant  il  changeait  son  fusil  d’épaule,  les  mal  intentionnés  pour¬ 
raient  croire  qu'il  était  mauvais  tireur. 

Je  soutiens  que  pour  se  payer  le  luxe  d’opérer  comme  M.  Broca 
il  faut  être  M.  Broca  lui-même.  Il  a  une  habileté  congénitale  que 
tous  nous  admirons,  que  tous  nous  lui  envions,  mais  que  personne 
n’a  la  fatuité  de  penser  pouvoir  égaler.  Et  de  plus  il  a  une  expé¬ 
rience  formidable  :  il  a  fait  plus  de  350  staphylorraphies  ! 

Et  M.  Broca  ajoute  encore  qu’il  voit  clair  sans  lunettes,  qu’il 
enfile  lui-même  ses  aiguilles.  Gemment  les  aveugles  que  nous 
sommes  pourraient-ils  se  mesurer  avec  lui  sans  l’éclairage  frontal  ? 

Donnons-lui  toute  notre  admiration,  mais,  j’ajoute,  gardons- 
nous  de  vouloir  l’imiter. 

Je  vous  ai  déjà  dit  que  j’avais  eu  l’honneur  de  le  voir  opérer  une 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


fois.  En  voyant  avec  quelle  merveilleuse  maestria  il  terminait  en 
vingt  minutes  —  d’ailleurs  sans  succès  —  une  opération  où  j’aurais 
peiné  pendant  des  demi-heures,  je  ne  me  disais  pas:  quelle  opé¬ 
ration  facile;  mais  je  pensais  :  comment  pouvons-nous  réussir? 

Sur  le  petit  point  particulier  dé  l'aspiration,  j’en  suis  de  plus 
en  plus  partisan.  Léséponges  sontsi  chères  que  nons  avons  employé 
les  compresses;  elles  ne  nous  ont  pas  donné  satisfaction  ;  j’ai  été  bien 
content  de  pouvoir  m'en  passer.  L’aspiration  a  encore  l’avantage 
d’assécher  la  plaie  et  d’éviter  de  traumatiser  la  tranche  par  des 
manœuvres  nocives. 

Je  puis  assurer  àM.  Broca  qu’il  ne  viendra  à  l’idée  de  personne 
de  lui  faire  grief  de  sa  fidélité  à  une  instrumentation  avec  laquelle 
il  a  connu  de  si  beaux  succès.  Mais  sa  valeur  personnelle,  son 
expérience  ne  se  rencontreront  plus.  Nous  cherchons  à  y  suppléer 
par  un  outillage  plus  perfectionné.  Qu’il  ne  nous  décourage  pas 
en  voulant  nous  prouver  que  nous  devons  nous  en  passer  parce 
que  lui  peut  le  faire. 

Que  les  jeunes  chirurgiens  ne  se  laissent  pas  prendre  au  chant 
de  la  sirène,  j’ai  connu  tellement  de  naufrages  que  je  voudrais 
leur  éviter  des  tristesses  désespérantes. 

M.  Broca.  —  J’apprécie,  comme  il  sied,  les  louanges  hyperbo¬ 
liques  auxquelles,  avec  quelque  ironie  sans  doute,  M.  Veau  m’a 
accoutumé;  mais  qu’il  me  permette  de  répéter  que  je  ne  blâme 
personne,  que  je  demande  seulement  à  ne  pas  être  blâmé;  que, 
d’autre  part,  je  ne  songe  aujourd’hui  à  porter  aucun  jugement 
comparatif  entre  son  procédé  et  celui  de  Baizeau-Langenbeck. 

Mais  M.  Veau  a  sur  l’hémostase  par  compression  des  idées  qui 
ne  sont  pas  les  miennes  ;  et  cela  tient  probablement  à  ce  qo’il 
comprime  avec  des  tampons  et  non  avec  des  éponges.  Celles-ci 
coûtent  cher,  je  le  sais  ;  pas  trop,  cependant,  si  on  les  achète  en 
gros,  en  les  stérilisant  soi-même  à  l’autoclave,  ce  que  je  fais 
depuis  bien  des  années  ;.  il  faut  les  prendre  fines  et  demirdures,  et 
non  molles  comme  celles  de  la  plupart  des  bocaux  si  dispendieux 
du  commerce.  Evidemment,  on  peut  comprimer  à  la  gaze  ;  je  me 
sou.viens  de  l’avoir  fait,  il  y  a  quelque  vingt-cinq  ans,  un  jour  où 
j’opérais  en  ville,  et  où  mon  infirmier  avait  oublié  les  éponges; 
mais  je  me  souviens  aussi  que  ce  fut  laborieux,  long,  en  réalité 
fort  médiocre.  C’est  qu’il  faut  comprimer  non  pas,  comme  l’a  dit 
Veau,  dans  une  plaie  qu’ainsi,  en  effet,  on  déchiquelerait,  mais 
sur  le  lambeau,  appliqué  sur  la  voûte;  et  d’ailleurs,  si  on  sait 
élonger  la  palatine  postérieure,  elle  ne  saigne  guère.  La  gaze 
sanglante  glisse  en  dedans  sur  le  lambeau  que  le  sanglubréfie  lui 
aussi,  et  la  compression  se  fait  mal.  L’éponge,  large  et  élastique, 


'SÉANCE  DU  U  OCTOBRE 


1497 


ne  glisse  pas.  Mais,  je  le  répète,  il  ne  faut  jamais  frotter  et  essuyer 
la  plaie. 

M.  Veau  a  bien  voulu,  en  louant  mon  habileté,  constater  qu’un 
cas,  par  moi  opéré  devant  lui,  avait  abouti  à  l’échec;  en  effet, 
mais  il  y  est  pour  quelque  chose.  J’avais,  vous  le  voyez,  un  invité 
de  marque,  et  j’ai  eu,  sottement,  le  petit  amour-propre  de  mener 
à  bout,  en  une  fois,  la  restauration  d’une  de  ces  énormes  fentes, 
par  bec-de-lièvre  complexe  total;  seul  le  voile  a  pris,  toute  la 
partie  osseuse  a  manqué.  C’est  qu'il  fallait  opérer  en  deux  temps, 
ce  que  j’ai  fait  quelques  mois  plus  tard,  avec  succès. 

M.  Albert  Mouchet.  —  Je  ne  dirai  rien  de  l’aspiration  du  sang 
pour  laquelle  je  suis  bien  près  d’être  de  l’avis  de  M.  Broca  et  dont 
je  n’ai  pas,  en  tout  cas,  l’expérience,  mais  je  considère  la  chloro¬ 
formisation  par  la  sonde  intra-nasale  et  le  miroir  frontal  comme 
de  très  heureux  perfectionnements  dont  je  ne  veux  pas  me 
passer. 

M.  Ombrédanne.  —  Si  depuis  douze  ans  au  moins  j’estime 
avantageux  de  me  servir  de  l’hëmo- aspiration,  ce  n’est  point 
pour  aspirer  le  sang  au  niveau  de  la  plaie,  ce  qui  évidemment  ne 
favoriserait  pas  l’hémostase  ;  c’est  pour  éviter  à  l’enfant  de  déglutir 
du  sang;  et  c’est  au  cavum  que  je  fais  faire  l’aspiration. 

Qu’il  s’agisse  de  palatoplastie,  de  raccordement  gingival,  de 
bec-de-lièvre,  je  fais  toujours  l’aspiration  du  sang  au  cavum,  et 
j’estime  que  cette  précaution  améliore  de  manière  non  négligeable 
les  suites  opératoires. 

M.  Broca.  —  Si  M.  Ombrédanne  fait  l’hémostase  par  compres¬ 
sion,  je  vois  que  sur  ce  point  nous  sommes  d’accord.  Mais  alors 
je  dirai  que  dans  ma  pratique  personnelle  je  ne  constate  pas, 
chez  mes  opérés  de  palatoplastie  ou  de  bec-de-lièvre,  d’intoxica¬ 
tion  par  déglutition  du  sang,  et  il  me  paraît  suffisant  d’éponger  le 
cavum  au  lieu  d’y  taire  l’aspiration  ;  et  celle-ci  devient  dès  lors, 
elle  aussi,  affaire  de  préférence  et  pas  autre  chose. 


1198 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Présentation  de  radiographies. 

Traitement  de  la  luxation  congénitale  irréductible 
et  douloureuse  par  une  greffe  d'os  mort, 
par  M.  P.  HALLOPEAU. 

J’ai  l'honneur  de  vous  présenter  la  malade  dont  je  vous  ai 

■  * 

Fig.  1. 

parlé  .dans  la  dernière  séance.  C'est  une  grande  fille  de  qua¬ 
torze  ans  qui  était  entrée  dans  mon  service  de  Trousseau,  le 
17  mars  dernier.  La  luxation  congénitale,  située  à  gauche, 
reconnue  dès  l’âge  de  seize  mois,  traitée  à  l’âge  de  quatre  ans 
sans  succès,  a  presque  toujours  rendu  la  marche  douloureuse. 
L’enfant  ne  pouvait  pour  ainsi  dire  pas  marcher,  puisqu’au  bout 
d'une  centaine  de  mètres  elle  devait  s’arrêter  et  se  reposer  une 


SÉANCE  DU  24  OCTOBRE 


dizaine  de  minutes.  Parfois  même  la  douleur  et  la  fatigue  deve¬ 
naient  telles  qu’elles  imposaient  le  repos  au  lit  pour  quinze  jours. 
Massage  et  gymnastique  restèrent  sans  résultat.  Une  opération 
ankylosante  fut  proposée  par  un  chirurgien,  mais  refusée  par  la 
famille. 

\  son  entrée  les  symptômes  de  claudication  étaient  ceux  de 


■Fia.  2. 

toute  luxation  congénitale,  mais  la  fatigue  et  les  douleurs  surve¬ 
naient  très  rapidement,  imposant  l’arrêt  àu  bout  de  100  mètres. 
L’extension  continue  appliquée  pendant  un  mois  ne  changearien. 
Tout  essai  de  réduction,  sanglante  ou  non,  paraissait  absolument 
impossible  vu  la  forte  ascension  de  la  tête;  et  la  radiographie 
montrait  l’absence  complète  de  cavité  ou  même  de  ressaut  pou¬ 
vant  encourager  un  essai  de  ce  genre.  Je  proposai  donc  de  créer 
ce  ressaut,  ce  qui  fut  accepté. 


1200 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Le  49  avril.,  so>us  anesthésie  à  l’éther,  je  fis  une  incision  suivant 
le  tiers  antérieur  de  la  crête  iliaque,  puis  descendant  de  i’épine 
sur  40  centimètres  et  se  reeourbant  un  peu  en  arrière.  Après 
refoulement  partiel  des  fessiers,  du  couturier  et  du  tenseur  on 
trouve  facilement  la  tête  fémorale  en  position  sus-cotyloïdienne, 
très  mobile  dans  le  sens  vertical  sur  plus  d’un  centimètre. 

Juste  au-dessus  d’elle,  avec  la  rugine  et.  la  gouge  à  main  je 
creusai  un  tunnel  entre  os  et  périoste,  détachant  avec  ee  dernier 
autant  d’os  que  possible  et  sur  une  longueur  de  6  centimètres 
environ;  au  cours  de  ce  travail  la  synoviale  fut  ouverte  en  haut, 
car  le  trajet  élait  creusé  aussi  bas  que  possible.  Dans  le  tunnel 
ainsi  formé  fut  glissée  une  pièee  d’os  tué  préparée  depuis  plus  de 
deux  ans  déjà,  pièce  en  forme  d’arc,  à  concavité  inférieure,  for¬ 
mant  un  ressaut  large  de  12  millimètres,  à  section  presque  carrée. 
La  pièce,,  pincée  entre  l’aile  iliaque  et  le  périoste,  s’appliquait  exac¬ 
tement  sur  le  pourtour  de  la  tête  fémorale  et  tenait  ainsi  solide¬ 
ment  (fig.  1).  Les  muscles  furent  remis  en  place  et  suturés,  aipsi 
que  la  peau,  au  fil  de  lin. 

Une  extension  continue  fut  appliquée  aussitôt  et  laissée  deux 
mois.  Les  suites  opératoires  furent  aussi  simples  que  possible. 

Au  bout  de  deux  mois  la  malade  commença  à  marcher.  Elle 
marche  actuellement  toute  la  journée,  boitant  évidemment,  mais 
sans  fatigue,  ni  douleur  aucune,  ee  qui  a  transformé  son  existence. 

Il  est  très  intéressant  de  suivre  sur  les  radios  l’évolution  du 
transplant  osseux.  On  voit  qu'au  bout  de  six  mois  son  opacité  a 
très  peu  diminué;  il  s’agit  en  effet  d’un  os  très  compact,  taillé 
dans  du  mulet.  On  voit  aussi  qu’il  a  un  peu  glissé  en  arrière  ou 
en  avant  sans  cesser  de  coiffer  la  tête  fémorale  (fîg.  2). 

Ce  qui  est  plus  important,  c’est  qu’au-dessus  de  lui  s’est  déve¬ 
loppée  une  butée  osseuse,  semblable  à  une  console  renversée,  qui 
le  maintient  et  lui  permet  de  résister  à  la  poussée  de  la  tête 
fémorale.  Cette  butée  osseuse  va  enis’épaississant  sur  les  clichés 
successifs.  Le  ressaut  qu’il  fallait  créer  est  donc  parfaitement 
constitué;  il  est  assez  large  pour  soutenir  la  tête  sur  une  étendue 
aussi  grande  que  le  toit  de  la  cavité  cotyloïde  opposée,  qui  est 
normale;  dans  le  sens  anléro-postérieur  il  est  tout  aussi  étendu. 
Il  laisse  au  fémur  tous  ses  mouvements;  il  sera  sans  doute 
remanié,  mais  assez  lentement  pour  que  reste  un  bon  point 
d’appui. 

Je  crois  ce  procédé  plus  simple,  plus  efficace  et  meilleur  à  tous' 
les  points  de  vue  que  Les  opérations  décrites  jusqu’ici;  l’inter¬ 
vention  peut  être  faite  très  rapidement  et  n’est  pas  traumatisante. 

M.  Cu.  Dujarier.  —  Je  ne  peux  que  féliciter  Hallopeau  du 


SÉANCE  DU  24  OCTOBHE 


1201 


résultat  qu’il  a  obtenu.  Mais  je  ne  suis  pas  de  son  avis  au  sujet  : 
1°  de  son  matériel  de  greffe  ;  2°  de  son  incision. 

Je  crois  que  la  greffe  ostéopérioslique  est  supérieure  à  l'os 
mort  etqu’on  peut  facilement  poser  ses  greffons  après  unejsimple 
dissociation  des  fessiers  à  la  faveur  d’une  incision  verticale  faite 
au-dessus  du  grand  trochanter.  Mon  opération  n’a  pas  duré  une 
demi-heure. 

M.  Albert  Moucbet.  —  Je  serais  mal  venu  à  chicaner  mon  ami 
Hallopeau  sur  son  procédé  opératoire,  puisqu’il  lui  a  fourni  un 
beau  résultat  fonctionnel  ;  je  voudrais  lui  demander  s’il  n’aurait 
pas  pu  placer  la  tête  fémorale  un  peu  plus  bas,  car  elle  reste 
encore  trop  élevée,  ce  qui  laisse  à  l’opérée  une  légère  boiterie. 

M.  Hallopeau.  —  Je  me  permets  de  maintenir,  malgré  ce  que 
dit  Dujarier,  l’avantage  de  la  méthode  que  j’ai  employée.  Assuré¬ 
ment,  comme  tout  le  monde,  je  préfère  la  transplantation  d’os 
vivant.  Mais  ici'  il  m’a  paru  plus  pratique  d’avoir  un  matériel 
bien  adapté  et  préparé  d’avance.  11  me  dit  que  son  opération  n’a 
duré  qu’une  demi-heure  ;  la  mienne  a  été  faite  en  un  quart 
d’heure.  Il  va  de  soi  qu’avec  une  pièce  toute  préparée  on  doit 
gagner  du  temps.  Quant  au  reproche,  un  peu  théorique,  d’avoir 
ainsi  un  os  qui  se  résorbera  vite,  ri  n’y  a  qu’à  comparer  les  radio¬ 
graphies  qu’il  a  apportées  aux  miennes  ;  sur  son  malade  on  ne 
voit  que  de  très  légères  ombres  correspondant  à  ses  greffes  ;  sur 
la  mienne  on  voit,  au  bout  de  six  mois  aussi,  une  ombre  épaisse 
qui  donne  évidemment  encore  un  point  d’appui  beaucoup  plus 
solide. 

Je  n’ai  pu  placer  le  transplant  plus  bas  ;  pendant  l’intervention 
j’avais  eu  soin  de  faire  tirer  sur  le  membre;  c’èst  au  ras  de  la  tête 
et  sans  crainte  d’ouvrir  la  synoviale,  que  j’ai  creusé  mon  tunnel. 

Quant  à  la  voie  d’accès,  je  crois  aussi  que  la  voie  antérieure 
m’a  permis  d’arriver  plus  simplement  à  glisser  mon  morceau  d’os 
que  par  le  procédé  d’Ollier,  plus  délabrant  et  plus  grave,  en  même 
temps  que  je  ne  sacrifiais  aucun  nerf. 


1202 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


ERRATUM 


Dans  la  communication  de  M.  Tuffier,  à  propos  .de  l’aviation  sanitaire, 
lire  :  ^ponction  »  au  lieu  de  :  «  thoracotomie  »  (Bulletin,  n°  26,  23  octobre, 
p.  1152). 


Le  Secrétaire  annuel, 
M.  Ombrédanne. 


Paris.  —  L.  Maretheux,  imprimeur,  1, 


Cassette. 


SÉANCE  DU  31  OCTOBRE  1923 


Présidence  de  M.  Mauclaire. 


Procès-verbal. 

La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  mise 
aux  voix  et  adoptée. 


Correspondance 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  périodiques  delà  semaine. 
2’.  —  Des  lettres  de  MM.  Alglave,  Chevrier,  Caucdoix,  Labey, 
Sauvé,  Mocquot,  .  qui  s’excusent  de  ne  pouvoir  assister  à  la 
séance. 


À  propos  de  la  correspondance. 

1°.  —  Deuxobservutions  de  M.  le  Dr  Pavlov-Petridis  (d’A'exan- 
drie),  intitulées  :  Un  cas  de  torsion  du  cordon  spermatique  et  Un 
cas  de  syndrome  pseudo-appendiculaire  ; 

M.  Pierre  Descomps,  rapporteur. 

2°.  —  Deux  splénectomies  pour  traumatisme  de  la  rate,  par 
M.  Perrin,  chirurgien  de  l’hôpital  dé  Saint-Denis  ; 

M.  Auvray,  rapporteur. 

il0.  —  Un  mémoire  pour  le  prix  Demarquay,  intitulé  :  Les  résultats 
éloignés  de  l'ostéosynthèse ,  avec  celte  devise  «  En  toutes  choses,  il 
faut  considérer  la  fin  ». 

4°.  —  Un  mémoire  pour  le  prix  Hennequin,  envoyé  par  M.  le 
Dr  Dupont,  médecin-major  à  l’hôpital  militaire  de  Limoges,  inti¬ 
tulé  :  Ostéomyélites  traumatiques  prolongées  par  plaies  de  guerre. 

5°.  —  Un  mémoire  pour  le  prix  Laborie,  intitulé  :  Traitement  des 
fractures  ouvertes  des  membres,  avec  la  devise  :  «  C’est  une  œuvre 
divine  que  de  soulager  la  douleur  ». 

DS  LA  soc.  DE  CUIR.,  1923.  —  N»  28.  89 


1204 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


M.  le  Dr  Le  Clerc,  membre  correspondant,  fait  hommage  à  la 
Société  d’un  ouvrage  intitulé  :  Jean-Baptiste  Dubois,  médecin  de 
la  princesse  de  Conli. 

Des  remerciements  sont  adressés  à  M.  le  D1'  Le  Clerc. 


A  propos  du  procès-verbal. 

Ulcères' de  l'estomac. 

M.  Hartmann.  —  J’ai  appris  par  mon  ami  et  collègue  Gosset 
qu’une  phrase  de  ma  communication  sur  les  perforations 
d’ulcères  de  l’estomac  avait  ému  deux  de  nos  jeunes  collègues. 
Je  m’étais  adressé  à  tous  les  chirurgiens  chargés  des  opérations 
d’urgence  dans  nos  hôpitaux,  les  priant  de  vouloir  bien  me 
communiquer  leur  statistique  opératoire,  je  désirais  vous  donner 
un  exposé  de  ce  qui  se  passe  actuellement  dans  nos  hôpitaux. 
Ayant  reçu  des  réponses  de  tous  nos  collègues,  sauf  de  MM.  Jean 
Berger  et  Desplats,  j’avais  écrit  :  «  A  l’exception  de  MM...  qui 
n’ont  pas  compris  l’intérêt  d’une  statistique  intégrale  de  nos  hôpi¬ 
taux...  »  Lorsque  j’ai  écrit. cette  phrase,  je  voulais  simplement 
indiquer  qu’il  me  manquait  des  renseignements  de  la  part  de 
deux  chirurgiens,  pour  qu’elle  fût  intégrale  ;  j'e  reconnais  que  ce 
que  j’ai  écrit  peut  avoir  froissé  nos  deux  collègues.  Je  n’en  ai 
jamais  eu  l’intention.  J’ai  la  conviction  que  tous  deux  s’intéres¬ 
sent  à  tout  ce  qui  a  trait  à  notre  art.  La  phrase  qui  les  a  désagréa¬ 
blement  impressionnés  ayant  paru  dans  nos  Bulletins,  je  tiens  à 
leur  marquer  à  la  même  place  mes  regrets  et  espère  qu’il  ne 
restera  rien  de  ce  petit  incident. 


Rapports. 

Considérations  sur  la  sijmpatlncectomie  périfémorale , 
agent  de  cicatrisation  dans  les  ulcères  de  jambe, 
par  MM.  Jeanneney  et  Matuey-Cornat. 

Rapport  de  M.  LH.  LE  NOMMANT. 

On  a  fait,  dans  ces  dernières  années,  un  grand  usage  de  la 
chirurgie  du  sympathique,  sans  parvenir  encore  à  en  fixer  d’une 


SÉANCE  DU  31  OCTOBRE 


1203 


manière  définitive  les  indications  et  les  résultats.  La  sympathicec¬ 
tomie  périfémorale  a  été  appliquée  par  certains  chirurgiens  aux 
affections  les  plus  diverses  et  parfois  les  plus  inattendues  :  c’est 
ainsi  que,  dans  un  article  tout  récent  de  Kummel  junior,  on 
trouve  signalés  des  cas  de  sympathicectomie  pour  gangrène 
diabétique,  paralysie  spasmodique  des  membres,  éléphantiasis, 
douleurs  fulgurantes  du  tabes,  varices  sans  ulcère,  etc.,  sans 
compter  toute  une  série  de  dermatoses  !  Il  n’est  pas  étonnant  que 
les  effets  obtenus  n’aient  pas  été  constants.  A  appliquer  ainsi 
cette  méthode  nouvelle,  d'une  manière  tout  à  fait  empirique,  au 
hasard,  «  pour  essayer  »,  je  crois  qu’on  risque  de  la  compromettre 
plus  que  d’en  favoriser  le  développement.  Leriche,  qui  la  connaît 
mieux  que  personne,  a  dit  qu’on  ne  pourra  la  juger  que  dans 
quelques  années,  que  l’heure  actuelle  est  encore  celle  des  tenta¬ 
tives  faites  objectivement  «  avec  un  esprit  de  libre  examen  ». 
Encore  faut-il  que  ces  tentatives  aient  une  base  rationnelle  et 
qu’elles  soient  étudiées  d’une  manière  précise  et  exacte  au  point 
de  vue  clinique  et  physiologique. 

A  ce  titre,  les  observations  et  les  réflexions  que  nous  ont  com¬ 
muniquées  MM.  Jeanneney  et  Mathey-Cornat  à  propos  du  traite¬ 
ment  des  ulcères  de  jambe  par  la  sympathicectomie  méritent  de 
retenir  l’attention  et  constituent  d’utiles  documents.  Ces  auteurs 
ne  sont  pas  les  premiers  à  avoir  employé  ce  mode  de  traitement 
et,  pour  ne  parler  que  des  faits  qui  ont  été  publiés  ici,  je  vous 
rappellerai  le  rapport  de  Proust  sur  des  observations  de  de  Nabias 
et  d’Ecot,  en  1921  et  un  cas  de  Miginiac,  rapporté  par  Roux- 
Berger;  d’autres  faits  analogues  ont  été  signalés  en  France  et  à 
l'étranger. 

Le  travail  de  Jeanneney  et  Mathey-Cornat  a  le  mérite  de  porter 
sur  un  assez  grand  nombre  de  cas,  qui  tous  ont  été  étudiés  avec 
beaucoup  de  méthode  et  de  conscience.  Fort  sagement,  les  auteurs 
n’envisagent  que  les  résultats  immédiats  et  précoces  de  l’interven¬ 
tion  et,  faute  d’un  temps  d’observation  suffisamment  long,  ne  se 
prononcent  pas  sur  sa  valeur  définitive.  Mais  en  même  temps  ils 
cherchent  à  établir  son  mode  d’action  par  l’étude  physiologique 
de  la  circulation  dans  le  membre  opéré. 

Le  nombre  des  sympathicectomies  périfémorales  pour  ulcères 
de  jambe  pratiquées  par  Jeanneney  et  Mathey-Cornat  est  de  15. 
Dans  tous  ces  cas,  il  s’agissait  d’ulcères  anciens,  étendus,  rebelles 
ou  ayant  récidivé  après  les  traitements  les  plus  divers  (  y  compris 
les  greffes,  l’incision  circonférentielle  de  Moreschi  et  même  la 
saphénectomie),  observés  chez  des  hommes  de  cinquante  à 
soixante-neuf  ans,  exerçant  des  professions  pénibles.  Tous  ont  été 
soumis  avant  l’intervention  à  une  «  épreuve  de  repos  »,  d’une 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


durée  de  trois  semaines  à  un  mois,  ce  qui  a  permis  de  comparer 
les  effets  du  repos  et  des  pansements  à  ceux  de  la  sympathi- 
ceclomie. 

La  mensuration  exacte  des  surfaces  ulcérées  faite  à  intervalles 
réguliers  a  permis  d’apprécier  la  vitesse  de  la  cicatrisation. 
Jeanneney  et  Mathey-Cornat  l’expriment  par  un  coefficient  qu’ils 

établissent  par  la  formule  V  =  ;  dans  laquelle  V  représente 

la  vitesse  de  cicatrisation,  d  S  la  différence  d’étendue  (en  milli¬ 
mètres  carrés)  des  ulcères  à  deux  examens  successifs,  et  T  le 
temps  écoulé  entre. ces  deux  examens. 

En  même  temps,  chez  tous  les  malades,  on  a  pratiqué  d’une 
façon  régulière  la  mensuration  de  la  température  locale,  de  la 
tension  maxima  et  minima  et  de  l’indice  oscillométrique.  Il  a 
donc  été  possible  d’inscrire  les  courbes  de  ces  divers  phénomènes 
et  de  les  comparer. 

Voici,  à  litre  d’exemple,  une  des  observations  de  Jeanneney  et 
Mathey-Cornat. 

Observation.  —  F...  P...,  soixante-trois  ans, peintre.  Bordet-Wasser- 
mann  négatif  ;  scléreux  artériel  et  bronchitique  chronique.  Depuis 
dix  ans,  varices  tronculaires  du  système  saphène  gauche  ;  depuis 
neuf  ans,  double  ulcère  variqueux  gauche,  au  lieu  d'élection,  ayant 
résisté  à  plusieurs  traitements.  L 'épreuve  du  repos  de  vingt-trois  jours, 
avec  pansements  au  Dakin,  fait  rétrocéder  la  superficie  de  l’ulcère 
supérieur  de  2.800  millimètres  carrés  à  1.500  millimètres  carrés  et 
celle  de  l’ulcère  inférieur  de  1.225  millimètres  carrés  à  900  milli¬ 
mètres  carrés.  La  sympathicectomie  périfémorale  sur  7  centimètres 
à  la  pointe  du  triangle  du  Scarpa  est  suivie  des  phases  classiques  de 
vaso-constriction  et  de  vaso-dilatation,  ainsi  que  d’une  réparation 
rapide  des  plaies  ulcéreuses. 

Au  1er  jour,  1.500““!  pour  l’ulcère  supér.  et  900“m*  pour  l’ulcère  inférieur. 
Au  5»  —  100“mS  pour  —  et  200mm*  pour  — 

Au  IIe  —  25mmS  pour  —  et  50“m*  pour  — 

Au  14»  —  les  deux  ulcères  sont  complètement  cicatrisés. 

L’épidermisation  est  complète.  La  cicatrice  est  souple.  La  zone 
dystrophique,  marronée,  d’alentour,  persiste  inchangée.  Disparition 
des  sensations  de  brûlure  accusées  par  le  malade.  Lever  au  vingtième 
jour.  Revu  au  troisième  mois,  le  sujet,  toujours  cicatrisé,  a  repris  son 
travail  et  se  déclare  satisfait. 

La  vitesse  de  cicatrisation  exprimée  .par  le  coefficient  : 

V  =  (dans  lequel  d  S  exprime  la  différence  dejsurface  des  ulcères, 


SÉANCE  DU  31  OCTOBRE 


1207 


en  millimètres  carrés,  T  le  temps  en  jours  correspondant  à  celte  diffé¬ 
rence  de  surface)  fut  respectivement  de  : 

'1°  avant  sympathectomie  :  V  =  * =  75  ; 

2°  après  sympathectomie  :  V'  =  — =  171,428. 

Notons,  du  côté  opéré,  une  augmentation  marquée  des  valeurs  osùl- 
lométriques,  par  comparaison  avec  l’état  autérieur  et  avec  le  côté 


témoin  ;  celui-ci  subit,  cepeniant,  toujours  des  modifications  réflexes 
parallèles':  • 


APRÈS  LA  SYMPATHECTOMIE 


11'  jour.  23'  jour-^  24"  jour. 


Côté  opéré  .  25  12  6  21  10  6  23  G  7,3  25  12  7,5  29  9  8,5 

fôténon  opéré.  25  12  5  20  10  4,5  23  8  6,5  24  11  6  25  10  9 


Si  l’on  étudie  les  diverses  courbes  inscrites  dans  le  schéma  ci- 
joint,  on  voitque  la  sympathicectomie  périfémorale  s’accompagne 
d’une  vaso-dilatation  secondaire  constante,  vérifiée  par  la  prise  en 
série  des  températures  locales,  des  pressions,  des  indices  oscillo- 
métriques.  La  courbe  thermique  (6),  après  une  baisse  légère  et  de 
courte  durée,  remonte  dès  le  deuxième  jour  et  se  maintient  en 
plateau  au-dessus  de  la  température  initiale.  La  courbe  de  l’indice 
oscillométrique  (Io)  lui  est  exactement  parallèle.  La  courbe  de  la 
tension  maxima(Mx),  d’abord  légèrementabaissée,  se  relèveensuite 


1208 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


et  se  maintient  plus  élevée  qu'avant  l’opération;  à  l’opposé,  celle 
de  la  tension  minima  (Mn),  après  un  relèvement  passager,  s’abaisse 
d’une  manière  durable. 

La  dernière  courbe  (S),  inverse  de  celles  de  la  température  et 
de  l’indice  oscillométrique,  indique  la  diminution  progressive  de 
l’étendue  des  surfaces  ulcérées. 

La  cicatrisation  est  rapide  et,  comme  dans  l’observation  citée  plus 
haut,  sa  vitesse  a  toujours  été  notablement  plus  grande  après 
la  sympathicectomie  que  dans  la  période  où  le  malade  avait  été 
soumis  à  la  seule  «  épreuve  du  repos  ».  Chez  les  quinze  opérés  de 
Jeanneney  et  Mathey-Cornat,  la  cicatrisation  a  été  complète  en  un 
temps  variant  de  six  à  quarante-six  jours,  et  la  cicatrice  paraît 
solide.  Les  résultats  immédiats  sont  donc  bons.  Mais  les  auteurs 
font  toutes  réserves  quant  aux  résultats  éloignéès.  Ecot,  Guillemin 
ont,  en  effet,  signalé  des  récidives  au  bout  de  six  mois,  dix  mois, 
treize  mois;  Jeanneney  et  Mathey-Cornat  ont  eu,  sur  treize  cas 
suivis,  quatre  récidives  du  cinquième  au  septième  mois,  six  cicatri¬ 
sations  maintenues  du  troisième  au  septième  mois  et  trois  guéri¬ 
sons  se  maintenant  après  treize  mois  et  deux  ans. 

De  leurs  observations,  les  auteurs  concluent  ; 

«  1°  Après  la  sympathicectomie  périfémorale,  toutes  choses  étant 
'égales  du  côté  de  l’âge  du  porteur,  de  l’ancienneté  des  lésions,  de 
l’importance  des  dystrophies  concomitantes,  la  marche  de  cicatri¬ 
sation  des  ulcères  variqueux  non  infectés  suit  une  courbe  plus  ou 
moins  régulière,  mais  qui  aboutit  en  règle  à  une  réparation  totale 
et  relativement  rapide. 

«  2°  Cette  amélioration  reconnaît  pour  causé  une  meilleure 
irrigation-  consécutive,  d’une  part,  à  la  moindre  résistance  au 
passage  du  sang  que  traduisent  l’augmentation  de  l’indice  oscillo¬ 
métrique  (paralysie  vaso-motrice)  et  la  chute  importante  de  la 
pression  minima,  et  d’autre  part  à  la  pénétration  plus  facile  du 
sang  sous  l’impulsion  systolique  traduit'e  par  la  hausse  apparente, 
en  cet  endroit,  de  la  pression  maxima. 

«  3°  La  courbe  de  la  vitesse  de  cicatrisation,  exprimée  par  le  . 

quotient  V  =  y  •  est  parallèle  aux  courbes  de  la  pression  variable 
(Mx  —  Mn  =  PV),  de  l’indice  oscillométrique  et  .de  la  température 
locale.  » 

En  somme,  il  apparaît  bien  que  le  mode  d’action  de  la  sympathi¬ 
cectomie  dans  le  cas  particulier  soit  d’ordre  vaso-moteur  plutôt 
que  trophique. 

Pour  Jeanneney  et  Mathey-Cornat,  cette  opération  est  une  des 
meilleures  méthodes  incftrecleidecicatrisation  des  ulcères  variqueux 
et,  à  ce  tilre,  elle  peut  être  appliquée,  d’une  part  aux  malades 


SÉANCE  DU  31  OCTOBRE 


1209 


porteurs  d’ulcères  simples  qui  désirent  être  rapidement  cicatrisés , 
d’autre  part  aux  porteurs  d’ulcères  complexes,  évidemment 
rebelles  aux  traitements  ordinaires.  Mais,  à  Traverse  de  l’opération 
d’Alglave  (saphénectomie  totale),  elle  ne  s’adresse  pas  à  la  cause 
du  mal  et  doit  donc  rester  une  méthode  d’exception. 

M.  Proust.  —  Dans  son  très  intéressant  rapport,  mon  ami 
Lenormant  insiste  avec  raison  sur  l’action  si  rapidement  cicatri¬ 
sante  de  la  sympathectomie.  C’est  cette  cicatrisation  rapide  qui 
avait  frappé  mon  élève  et  amideNabias,  quand  il  faisait  l’opération 
de  Moreschi.  Et  c’est  ainsi  —  vous  vous  en  souvenez  —  que,  grâce 
aux  remarquables  recherches  de  M.  Lhermitte,  il  a  pu  établir  que 
c’est  la  section  de  nombreux  filets  sympathiques  inclus  dans  les 
branches  du  saphène  interne  qui  agit  surtout  comme  cicatrisant 
dans  l’opération  de  Moreschi  et  que  la  simple  névrotomie  du 
saphène  est  aussi  efficace  que  l’incision  circulaire  de  Moreschi. 

M.  Baudet.  —  J’approuve  ce  que  vient  de  dire  Proust.  Il 
faut  joindre  à  l’incision  circulaire  la  dénudation  artérielle  fémo¬ 
rale  pour  atteindre  et  couper  un  plus  grand  nombre  de  fibres 
sympathiques  et  pour  que  la  cicatrisation  des  ulcères  se  main¬ 
tienne  plus  longtemps.  En  effet,  après  l’incision  circulaire  simple, 
les  ulcères  cicatrisent  vite,  mais  ils  se  reproduisent  plus  ou  moins- 
rapidement,  et  aussi  étendus  qu’ils  Tétaient  avant  l’opération. 

Aussi,  depuis  plusieurs  mois,  je  conseille  à  mes  internes 
d’ajouter  à  l’incision  circulaire  la  dénudation  étendue  de  la 
fémorale  avec  résection  de  la  gaine.  Mais,  quoique  j’aie  lieu  d’être 
satisfait  de  cette  méthode  combinée,  mes  résultats  sont  trop 
récents  pour  que  je  me  croie  en  droit  d’émettre  déjà  une  opinion 
sur  son  efficacité. 


Transplantations  de  greffes  épidermiques 
sous  l'action  d'un  courant  d'air  chaud , 

.  par  M.  le  Dr  DelvAux  (de  Luxembourg). 

Rapport  de  M.  ALBERT  MOUCHET. 

Le  Dr  Delvaux  (de  Luxembourg)  nous  a  adressé  au  début  de 
cette  année  un  travail  intitulé  :  «  Transplantations  de  greffes  épi¬ 
dermiques  sous  l'action  d'un  courant  d'air  chaud  ».  Notre  confrère, 
qui  a  été  aux  prises,  comme  tous  les  chirurgiens,  avec  les  diffi¬ 
cultés  d’application  ou  de  pansement  des  greffes  dermo-épider- 


1210 


CHIRURGIE 


miques,  soulève  dans  son  mémoire  deux  questions  :  l'une,  de 
technique  d’application  des  greffons:  faut-il  procéder,  à  l’exemple 
de  Thiersch,  au  curettage  préalable  des  bourgeons  charnus,  ou 
faul-ii  les  respecter?  l’autre,  du  meilleur  pansement  d'appliquer 
aux  greffes. 

Voyons  d’abord  la  question  de  technique.  «  Si  on  place  les 
greffes,  dit  M.  Delvaux,  sur  la  plaie  non  débarrassée  auparavant 
de  ses  bourgeons  charnus,  ces  greffes  seront  juchées  sur  un  ter¬ 
rain  gonflé,  mobile,  spongieux, où  elles  ne  trouvent  pas  une  assise 
de  repos  et  où  il  peut  subsister  des  microbes  plus  ou  moins  abon¬ 
dants  qui  empêcheront  la  vitalité  des  greffes.  D’autre  part,  si  on 
curette  les  bourgeons  avant  la  pose  des  greffes,  on  crée  une  sur¬ 
face  irritée  qui  saigne  beaucoup  et  qui  produit  des  sécrétions 
tellement  abondantes,  que  les  greffons  sont  balayés.  » 

Récemment,  Costantini  (1)  a  proposé  un  moyen  terme,  qui 
consiste  à  gratter  les  bourgeons  charnus  dans  une  séance  préalable, 
ù  arroser  la  plaie  de  sérum  chaud  jusqu’à  ce  que  l’hémorragie 
cesse,  à  faire  un  pansement  avec  des  compresses  imbibées  de 
sérum  et  à  n’appliquer  les  greffes,  suivant  la  technique  habituelle, 
qu’au  bout  de  deux  ou  trois  jours. 

M.  Delvaux  estime  que,  pour  obtenir  le  succès  de  la  greffe,  il 
convient  de  respecter  les  granulations  de  la  plaie;  elles  lui  sem¬ 
blent  nécessaires  à  l’épidermisation  qu’elles  précèdent  et  qu’elles 
préparent  et  dont  elles  forment  la  première  étape  ;  mais  pour 
combattre  leur  sécrétion  et  leur  enlever  leur  nocivité  microbienne, 
M.  Delvaux  les  assèche  à  l’aide  d’un  appareil  à  air  chaud,  l’appa¬ 
reil  à  main  classique.  Les  granulations  se  fanent,  se  ratatinent,  la 
plaie  devient  sèche  et  semble  recouverte  uniformément  d’un 
vernis  luisant  rouge  vif. 

On  pose  alors  les  greffes  suivant  la  technique  classique;  pendant 
la  pose  de  ces  greffes,  un  léger  courant  d’air  chaud  balaie  conti¬ 
nuellement  la  plaie. 

En  ce  qui  concerne  le  pansement,  on  sait  combien  il  a  été  dis¬ 
cuté.  Qu’on  ait  recours  aux  compressés  humides,  aux  corps  gras 
ou  au  protective,  les  greffes  ont  une  fâcheuse  tendance  à  macérer 
sous  le  pansement  qui  se  souille  vite  et  à  être  arrachées  avec  lui 
quand  on  le  renouvelle.  Aussi,  M.  Delvaux  croit-il  que  le 'mieux 
est  de  n’appliquer  aucun  pansement.  11  faut  protéger  la  plaie 
contre  tous  les  heurts,  tous  les  chocs,  même  simplement  contre  le 
contact  des  draps  et  des  couvertures.  M.  Delvaux  place  la  plaie 
sous  un  banc  ou  l’entoure  d’une  caisse  ouverte  aux  deux  extré¬ 
mités.  Dans  certains  cas  même,  afin  d’éviter  les  mouvements  d'un 

il)  La  Presse  Médicuti,  14  mars  1913,  p.  419. 


SÉANCE  DU  31  OCTOBRE 


1211 


bras  ou  d’une  jambe  pendant  le  sommeil,  il  place  le  membre  dans 
un  appareil  plâtré  à  fenêtre. 

M.  Delvaux  remplace  le  pansement  par  un  balayage  de  la  plaie 
à  l’air  chaud  pendant  six  à  huit  jours  au  moins.  Il  faut  veiller  à 
ce  que  la  plaie  soit  toujours  sèche  ;  dès  qu’elle  devient  humide,  on 
la  balaiera  par  un  léger  courant  d’air  chaud.  Les  sécrétions  se 
concrèlent  en  croûtes,  que  l’on  enlève  de  temps  en  temps  avec 
une  pince  en  ayant  soin  de  ne  pas  tirailler  les  greffes  entre  les¬ 
quelles  elles  se  forment.  On  essuiera  avec  un  peu  de  gaze  stérilisée 
le  pus  qui  coule  autour  de  la  plaie. 

M.  Delvaux  estime  qu’on  doit  projeter  de  l’air  chaud  à  peu  près 
toutes  les  deux  heures,  quelquefois  toutes  les  heures,  si  les  sécré¬ 
tions  de  la  plaie  sont  très  abondantes,  et  cela  pendant  six  à  huit 
jours  après  l’application  des  greffes.  Il  ne  faut  jamais  arrêter  le 
traitement,  même  pendant  la  nuit. 

«  Il  semble,  dit  M.  Delvaux,  que  sous  l’action  du  courant  d’air 
chaud  les  sécrétions  liquides  de  la  plaie  se  détachent  des  parties 
de  la  plaie  recouvertes  par  les  grelfes  transplantées  pour  être 
-  attirées  et  drainées  vers  les  interstices  libres  qui  se  trouvent  entre 
les  îlots  épidermiques  et  pour  s’y  concréter.  » 

Au  bout  de  six  à  huit  jours,  les  greffes  sqnt  solidement  fixées  à 
la  plaie;  on  peut  alors  recouvrir  celle-ci  d’un  pansement  avec  une 
pommade  qu’on  change  tous  les  deux  jours. 

M.  Delvaux  n’a  eu  que  des  succès  par  sa  technique  de  greffe  et 
de  pansement  sous  l'action  de  l’air  chaud.  Cela  ne  m’étonne  pas  ; 
je  trouve  le  procédé  ingénieux  et  je  le  crois  très  efficace.  Je  me 
propose  de  l’employer  à> la  prochaine  Occasion.  J’ajouterai  que,  en 
dehors  de  la  question  de  l’utilisation  de  l’air  chaud,  je  partage 
entièrement  l’opinion  de  M.  Delvaux  sur  les  deux  points  qu’il  a 
traités  :  les  inconvénients  du  curettage  préalable  des  bourgeons 
charnus,  auquel  j’ai  renoncé  depuis  longtemps;  les  inconvénients 
non  moins  grands  des  divers  pansements  préconisés  qui  font 
qu’après  les  avoir  tous  essayés  j’en  arrive  à  dire,  avec  beaucoup 
de  mes  collègues,' sans  doute,  que  le  meilleur  pansement,  c'est  de 
n'en  pas  faire.  Je  laisse  la  plaie  à  l'air,  protégée  contre  les 
contacts  et  les  heurts,  me  contentant  d’essuyer  les  sécrétions  qui 
s'écoulent  de  cette  plaie  et  de  nettoyer  doucement  ses  bords  avec 
une  compresse  imbibée  d’éther.  J’obtiens  ainsi  des  succès  plus 
rapides  et  plus  complets  qu’avec  tous  les  pansements  employés 
jusqu’alors. 

A  l’avenir,  j’aurai  volontiers  recours  à  l’air  chaud,  qui  me 
paraît  être  un  excellent  adjuvant  de  la  cicatrisation. 

Je  vous  propose,  Messieurs,  de  remercier  M.  Delvaux  de  son 
intéressant  travail,  fruit  d'une  pratique  étendue  et  consciencieuse. 


1212 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


M.  Lenormant.  —  L’idée  d’utiliser  l’air  chaud  dans  le  traitement 
des  plaies  avant  et  après  l’application  des  greffes  dermo- 
épidermiques  me  parait  ingénieuse;  mais  recourir  à  la  douche 
d’air  chaud  toutes  les  deux  heures,  jour  et  nuit,  compliquerait 
singulièrement  les  suites  de  cette  intervention.  J’ai  une  certaine 
expérience  des  greffes  d'Ollier-Thiersch,  car  dans  les  services  de 
chirurgiede  Saint-Louis  les  occasions  d’y  recourir  sont  nombreuses. 
Je  ne  dirai  pas  que  nous  les  réussissons  toujours,  mais  les  insuccès 
sont  assez  rares  et  je  pense  que  le  mode  d’exécution  de  la  greffe  a 
plus  d’importance  pour  le  résultat  que  le  mode  de  pansement. 

Pour  la  préparation  de  la  surface  à  greffer,  comme  Mouchet,  je 
croisqu’il  faut  rejeter  le  curettage  des  bourgeons  charnus  et,  pour 
ma  part,  je  n’emploie  jamais  la  curette  quand  je  fais  des  greffes.  Je 
me  contente  de  nettoyer  la  surface  cruentée  avec  des  compresses 
imbibées  de  sérum  —  ce  qui,  d’ailleurs,  réalise  un  certain  avive¬ 
ment,  car  les  bourgeons  saignent  toujours  un  peu  après  celte  ma¬ 
nœuvre —  ;  il  faut  ensuite  tamponner  jusqu’à  ce  que  la  petite  hémo- 
ragiesoit  complètement  arrêtée  avant  d’appliquer  les  greffes  : 

L’essentiel  est  de  pratiquer  celles-ci  suivant  certaines  règles  : 

1°  Il  faut  toujours  prélever  la  greffe  sur  le  sujet  lui-même  (greffe 
autoplaslique).  Morestin  l’avait  déjà  dit,  et  il  avait  entièrement 
raison  :  comme  lui,  j’ai  toujours  vu  les  greffes  empruntées  à 
un  autre  individu  so  résorberai!  bout  de  quelques  jours,  et  j’ai  vu 
les  greffes  autoplastiques  donner  des  succès  presque  constants; 

2°  Il  faut  tailler  des  greffons  aussi  longs  et  aussi  larges  que 
possible,  les  bien  imbriquer  surleurs  bordsetrecouvrir  la  totalité 
de  la  surface  cruentée  :  la  greffe  achevée,  on  ne  doit  plus  voir  de. 
bourgeons  charnus.  M.  Delbet  a  jadis  insisté  sur  ce  point  et  c’est, 
je  crois,  le  secret  de  la  réussite. 

La  question  du  pansement  est  de  moindre  importance.  Peut-être 
bien  le  mieux  est-il,  comme  le  dit  Mouchet,  de  n’en  point  mettre 
du  tout.  Si  l’on  applique  un  pansement,  quel  qu’il  soit,  ce  qu’il  faut, 
c’est  laisser  ce  pansement  en  place  jusqu’à  prise  des  greffes.  Ce 
n’est  pas  tel  ou  tel  pansement  qui  est  nocif  ;  c’est  le  changement  de 
ce  pansement  au  bout  de  deux,  trois  ouquatrejours,  parce  qu’alors 
on  arrache  les  greffons.  Dans  mon  service,  nous  sommes  assez 
éclectiques  à  ce  point  de  vue  :  personnellement,  j’applique  sur  la 
greffe  une  compresse  imbibée  de  sérum  et  recouverte  d’un  panse¬ 
ment  aseptique  ordinaire  et  je  n’enlève  ce  pansement  qu’au 
huitième  ou  dixième  jour;  mais  mon  assistant  Moure  laisse  la 
plupart  de  ses  greffes  sans  aucun  pansement.  Nous  obtenons,  l’un 
et  l’autre,  des  résultats  satisfaisants.  Le  traitement  à  l’air  libre, 
sans  pansement,  est  particulièrement  commode  et  indiqué  lors¬ 
qu’on  emploie  la  greffe  dermo-épidermique  pour  réparer  de  petites 


SÉANCE  DU  31  OCTOBRE 


1213 


pertes  de  substance  de  la  face,  après  ablation  d’un  cancroïde  ou 
d’un  lupus. 

M.  Victor  Veau.  —  Je  voudrais  que  vous  essayiez  la  mem¬ 
brane  amniotique,  parce  que  l’essayer  c’est  l’adopter. 

M.  Brécqot.  —  Mon  opinion  est  formelle.  Je  considère  qu’il  ne 
faut  pas  faire  de  pansement  sur  les  greffes.  Les  résultats  en  sont 
nettement  meilleurs,  elles  ne  macèrent  pas  et  ne  sont  pas  décollées 
par  les  menus  traumatismes  du  pansement  immédiat. 

Pour  l’enfant,  je  demande  à  la  mère  ou  aux  infirmières  de  les 
garder  vingt-quatre  heures  sans  pansement,  si  pénible  que  cela 
puisse  leur  paraître. 

Ensuite  je  les  fais  laisser  à  l’air  toute  la  journée  et  le  soir  venu 
on  peut,  à  ce  moment,  sans  inconvénient,  faire  un  pansement  léger 
avec  un  corps  isolant  :  le  taffetas  ou  chiffon  fenêtré,  etc...  Chez 
l'adulte,  cette  technique  est  facile.  Les  greffes,  lorsqu’elles  doivent 
réussir,  adhèrent  avec  une  grande  rapidité  lorsqu'elles  ne  vont 
pas  dans  le  milieu  humide  du  pansement. 

M.  Savariaüd.  —  Je  veux  bien  admettre  que  l’absence  de  panse¬ 
ment  constitue  l’idéal  quand  il  s’agit  d’une  partie  découverte, 
peu  exposée  aux  frottements  et  chez  un  adulte  raisonnable  ; 
mais,  chez  un  enfant  turbulent,  je  ne  crois  pas  qu’on  puisse  s’en 
passer.  Je  n’ai  pas  essayé  la  membrane  amniotique  que  préconise 
Veau,  mais  je  puis  dire  le  plus  grand  bien  du  papier  de  soie  ou  du 
papier  à  cigarette  stérilisé  qu’on  applique  directement  sur  les 
greffes.  Ce  papier  «  boit  »  immédiatement  la  sérosité,  et  la  greffe 
est  fixée.  Par-dessus,  j’ai  coutume  d’appliquer  des  compresses 
imbibées  de  pommade  au  collargol,  dont  l’effet  est  double.  La 
pommade  empêche  les  compresses  d’adhérer  et  elle  constitue  un 
excellent  topique  pour  la  peau  qu’elle  durcit  dans  une  certaine 
mesure.  Son  pouvoir  antiseptique  est  en  outre  très  considé¬ 
rable. 

En  opérant  de  cette  façon,  j’ai  obtenu  le  plus  beau  succès  dans 
un  cas  difficile  de  syndactylie  osseuse  chez  une  fillette  très  tur¬ 
bulente,  chez  laquelle  je  n’aurai  jamais  pu  me  passer  de  panse¬ 
ment. 

M.  Basset.  —  Personnellement,  je  gratte  toujours  les  bour¬ 
geons  charnus  au  début  de  mon  opération,  et  je  n’en  ai  jamais 
eu  d’inconvénient.  Je  n’ai  pas  l’habitude  d’user  de  l’air  chaud.  11 
me  semble  qu’il  pourrait  agir  après  le  curettage  des  bourgeons 
comme  hémostatique.  Je  m’en  servirais  volontiers  dans  ce  but 


1214 


SOCIÉTÉ  DE  CUIRURGIE 


avant  d’appliquer  les  greffes  et  après  l’opération,  pour  assécher 
la  région,  mais  deux  fois  ou  trois  fois  par  jour  seulement.  Cela 
me  paraît  suffisant. 

Pour  le  pansement,  mon  opinion  est  faite.  Après  avoir  essayé 
de  nombreuses  variétés  de  pansement,  actuellement  je  n’en  mets 
plus  du  tout,  et  je  suis  tout  à  fait  d’avis  que  c’est  de  beaucoup  ce 
qu’il  y  a  de  mieux. 

Enfin,  comme  l’a  dit  M.  Lenormant,  je  pense  que  le  point 
capital  pour  la  réussite  de  l’opération  est  que  les  greffes  soient 
bien  faites,  c’est-à-dire  aussi  larges  que  possible,  aussi  minces  que 
possible  et  bien  exactement  imbriquées, 

M.  Albert  Moucret.  —  La  discussion  a  pris  une  ampleur 
exagérée  qui  nous  a  éloignés  quelque  peu  de  l’idée  maîtresse 
développée  par  M.  Delvaux.  M.  Delvaux  croit  le  curettage  préalable 
des  bourgeons  charnus  nuisible;  tous  ceux  qui  ont  pris  part 
à  la  discussion,  sauf  M.  Basset,  sont  du  même  avis.  Mais  l'air 
chaud  que  préconise  M.  Delvaux  nie  paraît  préparer  admira¬ 
blement  le  lit  aux  greffons,  sans  parler,  bien  entendu,  des  précau¬ 
tions  que  nos  collègues  ont  rappelées  sur  la  façon  de  tailler  ces 
greffons. 

En  ce  qui  concerne  le  pansement,  M.  Savariaud  a  été  le  seul  à 
préconiser  d’emblée  un  pansement  avec  cette  pommade  au  collar- 
gol,  dont  la  noirceur  me  répugne  trop  pour  que  je  m’en  serve 
jamais.  La  grande  majorité  de  nos  collègues  pense  avec  M.  Del¬ 
vaux  et  avec  moi  que  «  le  meilleur  pansement,  c'esl  de  n'en  pas 
faire  ».  Et  chez  les  enfants  même,  on  peut,  par  les  moyens  qu’in¬ 
dique  M.  Delvaux,  obtenir  l’immobilité  du  membre  ou  du  segment 
de  membre,  protéger  les  greffes  contre  tous  les  heurts,  tous  les 
contacts. 

Je  persiste  à  penser  que  l’air  chaud  projeté  assez  souvent  sur 
les  greffes  constitue  un  procédé  de  pansement  très  ingénieux  et 
très  efficace  que  je  me  propose  d’employer  dorénavant.  M.  Lenor¬ 
mant  a  reproché  à  ce  pansement  à  l’air  chaud  d’être  astreignant  ; 
je  ne  crois  pas  ce  reproche  très  fondé,  surtout  si  on  diminue  le 
nombre  des  séances  de  projection  d’air  chaud  que  M.  Delvaux, 
dans  son  généreux  apostolat,  exagère  peut-être. 


SÉANCE  DU  31  OCTOBRE 


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I.  Absence  congénitale  du  vagin ;  opération  de  Baldwin-Mori , 
par  M.  le  Dr  Chaton  (de  Besançon). 

II.  Absence  congénitale  du  vagin ;  opération  de  Baldivin, 
par  M.  Costantini  (d’Alger). 

Rapport  de  M.  ANSELME  SCHWARTZ. 

Messieurs,  vous  m’avez  chargé  de  vous  faire  un  rapport  sur  deux 
observations  d’absence  congénitale  du  vagin  qui  vous  ont  été 
adressées  l’une  par  M.  Chaton  (de  Besançon),  l’autre  par  M.  Cos¬ 
tantini  (d’Alger). 

Voici  d’abord  ces  deux  observations  : 

Absence  congénitale  du  vagin.  Opération  de  Baldwin-Mori,  par  le 
Dr  Chaton. 

Le  12  mars  1923,  notre  confrère  le  D1'  Lefort,  d’Arbois,  nous  adres¬ 
sait  Mm“  B...  (Béatrice),  de  C...  (Jura),  chez  laquelle  il  avait  diagnostiqué 
une  absence  du  conduit  vaginal. 

Cette  malade,  âgée  de  viDgHrois  ans,  n’a  jamais  été  réglée.  Elle 
accuse  seulement,  depuis  l’âge  de  quatorze  ans,  des  douleurs  men¬ 
suelles  dans  le  petit  bassin. 

Elle  s’est  mariée  il  y  a  neuf  mois.  Ce  jeune  ménage  nous  fait  part  de 
ses  difficultés  conjugales,  de  l’impossibilité  au  début  de  tout  rapport 
sexuel,  puis  du  caractère  constamment  douloureux  et  pénible  de  ces 
derniers.  La  jeune  femme  attire  notre  attention  sur  ce  fait  qu’actuelle- 
ment  elle  perd  involontairement  ses  urines  au  cours  du  plus  petit  effort, 
dans  la  toux  et  le  rire. 

Chez  cette  malade,  très  grasse,  presque  obèse,  l’habitus  extérieur  est 
celui  d’une  femme  normale.  Les  seins  sont  très  développés.  L’examen 
des  organes  génitaux  externes  nous  révèle  facilement  la  cause  de  tous 
les  troubles.  Grandes  et  petites  lèvres,  clitoris  sont  normaux.  Mais  dans 
l’espace  situé  entre  le  clitoris  et  la  fourchette  au  centre  du  vestibule 
existe  un  seul  orifice,  à  grand  axe  longitudinal  de  2  centimètres  environ, 
à  bords  frangés.  L’aspect  est  celui  de  l’orifice  vaginal  entouré  de  ses 
débris  hyménaux,  d’une  nullipare.  Cet  orifice  à  caractères  génitaux 
était  l’orifice  de  l’urètre.  11  admettait  facilement  le  pouce.  Dès  lors  on 
s’expliquait  les  difficultés  conjugales  éprouvées  par  ce  jeune  ménage, 
qui  pratiquait  le  coït  intra-urétral. 

Le  toucher  rectal  combiné  au  palper  abdominal,  difficile  à  cause  de 
l’obésité  de  la  malade,  ne  permettait  pas  de  percevoir  la  présence  d’un 
corps  utérin  non  plus  que  celle  d’annexes. 

Ayant  exposé  au  mari  la  nature  et  la  gravité  de  l’intervention  qui 
pouvait  être  dirigée  contre  cette  infirmité,  et  ce  qu’il  était  permis  d’en 
attendre,  nous  intervenions  chez  elle  le  30  mars  1923,  avec  l’aide  du 


121G 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Dr  Volm  it,  chef  de  clinique  de  l'Ecole,  et  en  présence  du  Dr  Yanlande, 
chirurgien  des  hôpitaux  militaires. 

Dans  la  position  de  la  taille,  dans  un  premier  temps  périnéal,  nous 
pratiquons  un  décollement  urétro -rectal.  Une  incision  transversale 
intéressant  la  partie  la  plus  postérieure  des  grandes  lèvres  est  prati¬ 
quée  à  mi-chemin  entre  l'urètre  et  Ja  fourchette.  L’ampoule  rectale, 
très  développée,  se  présente  directement  après  incision  de  la  muqueuse 
Le  clivage  urétro-rectal  est  réalisé  sans  difficultés  particulières.  Il  est 
poussé  à  une  profondeur  d’une,  dizaine  de  centimètres. 

A  ce  moment,  dans  le  fond  de  la  plaie,  on  aperçoit  une  surface  qui 
bombe  et  qui  peut  être  tout  aussi  bien  le  bas-fond  vésical  que  le  cul- 
de-sac  péritonéal.  Nous  jugeons  prudent  de  terminer  là  ce  temps  opé¬ 
ratoire  et  nous  portons  au  fond  de  la  plaie  un  gros  tampon  de  gaze 
monté  sur  une  pince. 

Ayant  placé  la  malade  en  position  de  Trendelenburg  nous  pratiquons 
une  laparotomie.  Nous  devons  traverser  pour  arriver  au  plan  aponé- 
vrotique  une  épaisseur  de  tissu  cellulo-graisseux  de  5  à  6  centimè- 

L’exploration  du  petit  bassin  permet  les  constatations  suivantes  :  Il 
n’y  a  pas  de  corps  utérin.  Les  deux  ligaments  ronds,  très  reconnais¬ 
sables,  sont  réunis  par  un  pli  transversal  de  la  séreuse  péritonéale.  Les 
ovaires  sont  très  volumineux,  d'aspect  et  de  consistance  normaux,  fixés 
sans  pédicule  contre  la  paroi,  orientés  de  haut  en  bas  et  de  dehors  en 
dedans  sur  les  limites  du  détroit  supérieur.  Deux  trompes  sont  accolées 
à  ces  ovaires,  elles  sont  courtes,  de  2  centimètres  environ  de  longueur. 
Ce  sont  des  organes  piriformes  avec  une  extrémité  externe  renflée,  com¬ 
plètement  fermée,  sans  pavillon  ni  ouverture.  Leur  extrémité  interne, 
effilée,  se  fend  à  l’extrémité  interne  de  l’ovaire  correspondant. 

Le  mésentère  est  court,  gras.  De  ce  fait,  on  n’en  peut  percevoir  faci¬ 
lement  par  transparence  les  vaisseaux  nourriciers.  En  position  de 
Trendelenburg  la  portion  du  grêle  qui  atteint  avec  plus  de  facilité  le 
fond  du  Douglas  est  située  à  30  centimètres  environ  de  l’abouchement 
iléo-cœcal.  Nous  liqaitons  sur  cet  intestin  entre  deux  écraseurs  un  seg¬ 
ment  d’intestin  de  15  centimètres  environ  irrigué  par  un  important 
vaisseau.  En  dedans  et  en  dehors  de  chaque  écraseur  nous  faufilons  sur 
l’intestin  de  chaque  côté  de  ces  instruments  un  double  surjet  circu¬ 
laire,  l’un  au  ras  de  l’écraseur,  l’autre  1  centimètre  plus  loin.  Chaque 
écraseur  est  alors  successivement  desserré.  La  zone  de  péritoine  écrasée 
et  comprise  dans  l’instrument  est  sectionnée  aux  ciseaux,  puis  les  deux 
surjets  circulaires  préalablement  faufilés  sont  serrés.  La  bourse,  déter¬ 
minée  par  le  premier  surjet  le  plus  près  de  la  tranchée  de  section,  se 
trouve  naturellement  enfouie  dans  la  bourse  déterminée  par  le  surjet  le 
plus  éloigné  au  moment  de  la  fermeture  de  ce  dernier. 

De  cette  façon  un  segment  de  grêle  de  15  centimètres  environ  se 
trouve  isolé,  complètement  libre,  fermé  aux  deux  extrémités,  et  de  ce 
fait  manipulable  sans  danger  dans  la  cavité  péritonéale. 

Nous  renforçons  par  un  troisième  surjet  la  fermeture  des  deux  bouts 
central  et  distal  du  grêle. 


SÉANCE  DU  31  OCTOBRE 


1217 


A  noter  que  jusqu’ici  la  muqueuse  intestinale  septique  ne  s’était 
trouvée  à  aucun  moment  ouverte  dans  le  champ  opératoire. 

Nous  terminons  ce  temps  intestinal  par  une  anastomose  laléro- 
latérale  entre  ces  deux  bouts  central  et  distal  du  grêle  exécutée  à  la 
pince  de  Témoin  et  aux  sutures,  et  cela  avec  les  précautions  de  protec¬ 
tion  habituelles. 

Ayant  changé  de  gants,  nous  nous  attachons  à  mobiliser  l’anse  isolée. 
Elle  n’atteint  que  le  Douglas,  et  il  est  manifeste  que  sans  manœuvres 
complémentaires  elle  ne  pourra  pas  parcourir  le  tunnel  inter-urétro- 
rectal  qui  vient  d’être  amorcé  et  que  nous  compléterons  dans  un 
instant  par  son  ouverture  abdominale. 

Ayant  décidé  de  pratiquer  un  Mori,  par  tractions  sur  chacune  de  ses 
extrémités,  nous  déterminons  celle  d’enlre  elles  qu’on  peut  éloigner 
avec  le  plus  de  facilité  du  plan  prévertébral.  Il  se  trouve  que  c’est 
l’extrémité  gauche  centrale  la  plus  proche  de  l’estomac. 

Nous  accroissons  chez  elle  cette  mobilité  par  deux  manœuvres  :  par 
h  section  du  feuillet  péritonéal  à  la  face  antérieure  comme  à  la  face 
postérieure  de  son  mésentère,  et  aussi  par  une  section  profonde  antéro¬ 
postérieure  dé  ce  même  feuillet  partant  de  l’extrémité  la  plus  mobile,  que 
nous  réussissons  à  conserver  avasculaire  et  que  nous  poussons  le  plus 
près  possible  du  plan  prévertébral.  Le  gain  obtenu  par  cette  double 
manœuvre  est  important.  Lorsqu’elle  est  terminée,  il  est  évident  que 
nous  pouvons  engager  avec  facilité  dans  le  néo-canal  l’extrémité  ainsi 
mobilisée  de  l’anse  exclue. 

A  ce  moment  un  aide  pousse,  à  l’aide  de  la  pince  qui  la  fixe,  la  com¬ 
presse  montée,  placée  lors  du  premier  temps  opératoire  dans  la  zone 
de  décollement  métro-rectal.  Elle  semble  faire  saillie  en  arrière  du  pli 
transversal  qui  paraît  se  continuer  avec  les  ligaments  ronds  et  que 
nous  avons  antérieurement  signalé. 

La  région  est  difficilement  accessible.  Ici  fut  perdu  beaucoup  de 
temps  à  la  fois  pour  l’exposer  par  voie  abdominale  et  pour  la  mise  en 
communication  avec  l’abdomen  du  tunnel  urétro-rectal  créé  lors  du 
temps  périnéal.  Nous  craignions  particulièrement  en  tentant  de 
rejoindre  ce  décollement  urétro-vésico-rectal  de  léser  le  bas-fond  rectal 
et  l’absence  de  corps  utérin  n'indiquait  pas  en  toute  sécurité  la  zone 
où  il  convenait  d’inciser.  En  déplissant  d’arrière  en  avant  la  zone  de 
péritoine  qui  s’étendait  du  rectum  au  repli  génital,  unissant  les  liga¬ 
ments  ronds,  nous  remarquons  en  avant  du  rectum  une  petite  dépres¬ 
sion  en  cul-de-sac,  qui  admet  l’extrémité  de  la  sonde  cannelée.  C’est  en 
partant  de  cette  dépression  que  nous  incisons  latéralement  le  péritoine 
et  sommes  conduit  sur  la  compresse  montée  vaginale,  que  notre  aide 
refoulait  par  le  périnée. 

A  ce  moment,  le  tampon  vaginal  retiré,  une  longue  pince  est  intro¬ 
duite  à  sa  place.  Elle  saisit  le  segment  de  grêle  isolé,  dans  la  région  de 
son  méso,  par  l’extrémité  la  plus  mobilisable.  Elle  l’attire  dans  le 
décollement  urétro-rectal  au  lieu  et  place  d’un  conduit  vaginal 
normal. 

Cette  anse  exclue  et  son  méso  nourricier  sont  situés  entre  le  côlon 


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SOCIÉTÉ  DE  CHIHURGIE 


pelvien  en  arrière  et  les  anses  grêles  en  avant.  Ce  segment  intestinal, 
malgré  les  manœuvres  de  mobilisation  antérieurement  exécutées  et 
sur  lesquelles  nous  avons  insisté,  ne  pénètre  pas  avec  facilité  dans  le 
néo-conduit  dans  la  position  de  Trendelenburg,  que  nous  sommes  obligé 
de  conserver  à  cause  des  difficultés  d’abord  du  petit  bassin  chez  cette 
femme  adipeuse.  Nous  avons  l’impression  que  l’orientation  en  haut  et 
en  arrière  de  la  racine  mésentérique  est  pour  une  part  la  cause  de 
cette  difficulté  d'abaissement.  Le  méso  de  l’anse  exclue  tend  l'ensemble 
de  la  ba«e  mésentérique  lors  des  tractions  au  niveau  de  l’extrémité 
abaissée  dans  le  périnée. 

Elle  reste  approximativement  dans  le  conduit  urétro-rectai  à  2  cen¬ 
timètres  de  la  vulve. 

Après  nous  être  assuré  que  le  segment  de  grêle  ne  passe  pas  au 
large  dans  l’orifice  pratiqué  au  péritoine  du  petit  bassin,  nous  ne  l'y 
fixons  pas  de  façon  à  permettre  un  abaissement  ultérieur,  que  nous 
espérons  du  changement  de  position  lorsque  nous  aurons  replacé  la 
malade  en  position  horizontale.  Nous  mettons  un  drain  dans  le  Dou*- 
glas  et  fermons  la  paroi. 

Notre  espoir  ne  fut  pas  déçu.  Revenant  au  périnée  dans  cette  posi¬ 
tion  normale,  mésentère  abaissé,  une  traction  légère  sur  la  pince 
fixant  l'anse  grêle  attirée  dans  l’espace  métro-rectal,  fait  saillie  sans 
difficulté,  cette  dernière  hors  de  la  région  vulvaire,  de  plus  de  2  cen¬ 
timètres. 

Nous  le  fixons  en  cette  position,  mésentère  en  avant,  par  quatre  points 
cardinaux  à  la  soie,  puis  nous  l’ouvrons  en  le  sectionnant  d’un  coup  de 
ciseaux  à  1  centimètre  environ  du  pian  du  vestibule. 

Nous  constalons  à  ce  moment  que  notre  index  peut  être  introduit 
facilement  en  tola'ité  dans  ce  néo-conduit  dont  il  n’atteint  pas  le  fond. 
Une  mèche  iodoformée  est  placée  dans  sou  intérieur. 

L’opération  avait  duré  en  tout  deux  heures  et  demie  et,  malgré  sa 
longueur,  la  malade  ne  présentait  aucun  état  de  shock.  Les  suites 
opératoires  furent  des. plus  simples  et  elle  quittait  noire  clinique  le 
23  avril  1923,  son  départ  ayant  été  retardé  de  quelques  jours  vers  la 
fin  du  traitement  par  un  état  bronchitique. 

La  cicatrisation  de  la  plaie  abdominale  était  complète  et  le  néo¬ 
vagin  admettait,  de  suite  après  l’intervention,  l’index  qui  s’y 
trouvait  au  large,  et  sans  qu’il  fût  possible  d’en  toucher  le  fond  avec 
ce  même  doigt.  Cette  exploration  était  complètement  insensible.  Le 
conduit  donnait  lieu  à  un  écoulement  de  mucus  d’origine  intestinale. 

Nous  avons  revu  ce  jeune  ménage  le  14  mai.  Il  a  repris  une  vie 
génitale  depuis  le  début  de  mai  1923.  Les  rapports  sexuels  sont  faciles, 
non  douloureux,  accompagnés  de  sensations  génitales  au  dire  de  la 
malade.  Cette  dernière  a  repris  intégralement  sa  vie,  s’occupant  de 
son  ménage  comme  auparavant.  Elle  n’éprouve  aucune  douleur  abdo¬ 
minale.  Le  seul  inconvénient  qu’elle  nous  signale,  est  l’écoulement 
muqueux  qui  se  produit  par  le  néo-vagin. 

Le  col  vésical,  distendu  par  les  rapports  anormaux  que  nous  avions 
signalés,  a  repris  sa  tonicité  et  s?s  fondions.  L’orifice  urétral  s’est 


SÉANCE  DU  31  OCTOBRE  1219 


rétréci  et  a  repris  des  dimensions  et  un  aspect  normaux.  Nous  notons 
seulement  une  collerette  exubérante  et  rougeâtre  de  muqueuse  intes¬ 
tinale,  hors  de  l'orifice  vulvaire,  et  haute  de  quelques  millimètres, 
d’aspect  disgracieux,  imperfection  à  laquelle  il  sera  facile  de  remédier 
si  la  rétraction  cicatricielle  ne  l’a  pis  fait  spontanément  disparaître 
d’ici  quelques  mois. 

Absence  congénitale  du  vagin.  Opération  de  Baldwin,  p  ir  M.  Henri  Cos- 
tantini  (d’Alger). 

Obsbrvation.  —  Ghoumarni  Kladoudja,  âgée  de  vingt  ans,  entre  à 
l’hôpital  de  Mustapha,  dans  le  service  du  Dr  Guinard,  le  25  juin  1923, 
pour  une  absence  congénitale  du  vagin.  Mariée  récemment,  elle  s’est 
vue  brutalement  chassée  par  son  époux  parce  qu’elle  ne  pouvait  remplir 
ses  devoirs  conjugaux.  Elle  n'a  jamais  été  réglée  et  à  aucun  miment 
n’a  souffert  du  côté  de  ses  annexes. 

Examen.  —  Malade  d’aspect  très  juvénile.  Voix  enfantine.  Seins  peu 
développés.  Pilorité  très  réduite. 

L’examen  de  la  vulve  montre  une  cloison  bouchant  complètement 
l’orifice  vaginal.  Les  grandes  et  les  petites  lèvres  ont  un  aspect  normal. 
L’urètre  est  à  sa  place  et  bien  développé. 

Une  intervention  est  proposée  qui  est  acceptée. 

Opération  le  8  juillet  1923,  anesthésie  éther.  —  a)  Incision  trans¬ 
versale  de  la  cloison  qui  oblitère  l’entrée  de  la  vulve.  On  trouve  rapi¬ 
dement  un  plan  de  clivage  et  on  progresse  entre  le  rectum  et  la  vessie. 
Le  décollement  est  poussé  aussi  loin  que  possible,  puis  on  met  une 
pince  clamp  dont  l’extrémité  atteint  le  fond  de  la  brèche  et  on  bourre 
avec  deux  petites  compresses. 

b)  Ouverture  médiane  sous-ombilicale  de  l’abdomen.  Le  petit  bassin 
est  vide.  On  trouve  ceptndant  derrière  la  vessie  un  utérus  infantile  de 
3  centimètres  de  longueur.  On  l’enlève.  Un  aide  pousse  alors  la  pince 
périnéale  et  on  parvient  bientôt  à  en  voir  l’extrémité  qui  sort  au  point 
occupé  précédemment  par  l’utérus.  Les  mors  de  la  pince  sont  écartés 
et  la  brèche  périnéale  élaigie.^ 

On  choisit  alors  l’anse  grêle  qui  paraît  la  plus  déclive.  Elle  est 
située  à  2b  centimètres  environ  du  cæcùm.  On  isole  30  centimètres 
de  cette  anse  et  l’intestin  est  complètement  sectionné  aux  extrémités 
de  l’anse  entre  deux  pinces  de  Kocher. 

Puis  les  quatre  surfaces  de  section  sont  fermées  par  un  double  surjet. 

La  section  a  porté  sur  l’intestin  seulement  et  a  laissé  intact  le 
mésentère. 

On  termine  en  faisant  une  anastomose  latéro-latérale,  les  anses  étant 
accolées  en  canon  de  fusil  afin  d'éviter  la  section  du  méso  qui  libére¬ 
rait  les  bouts  intestinaux  fermés. 

On  met  alors  un  fil  au  sommet  de  l’anse  exclue  et,  ce  fil  étant  saisi 
par  la  pince  périnéale  et  attiré  i  n  bas,  on  vérifie  que  l’anse  est  faci¬ 
lement  abaissable. 

Fermeture  de  la  paroi  abdominale  en  trois  plans  sans  drainage. 

c)  La  malade  étant  remise  en  position  gynécologique,  on  attire  faci- 


i.,  1923. 


1220 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


tentent  le  sommet  de  l'anse  à  la  vulve,  puis  l’intestin  est  ouvert  et  k 
brèche  suturée  avec  soin  aux  bords  de  l’orifice  vulvaire  par  des  points 
séparés  à  la  soie. 

Suites  opératoires,  d’abord  remarquablement  simples.  Température 
normale.  On  commence  à  donner  à  boire  au  bout  de  quarante -huit 
heures.  Le  dixième  jour,  les  fils  sont  enlevés  à  la  paroi  abdominale. 
La  plaie  vulvaire  est  parfaite,  mais  en  faisant  le  pansement  on  sort  un 
grand  ascaris  qui  vivait  dans  l’ainse  intestinale  exclue. 

Le  25  juillet  1923,  la  cicatrice  abdominale  est  soulevée  par  une  collec¬ 
tion.  La  température  ne  dépasse  pas  38°.  On  ouvre  et  il  s’échappe  une 
notable  quantité  de  pus  bien  lié.  La  suppuration  continue  pendant  le 
mois  d’août.  Un  autre  ascaris  s’échappe  par  la  vulve.  Puis,  au  cours  des 
pansements,  deux  ascaris  sont  extraits  de  la  plaie  abdominale. 

La  suppuration  continue,  cependant. 

Le  8  septembre  1923,  sous  anesthésie:  générale,  la  fistule  abdominale 
est  élargie  et  on  trouve  profondément  dans  un  clapier,  bien  limité  par 
des  adhérences,  quatre  ascaris  dont  deux  très  longs. 

La  plaie  est  laissée  largement  ouverte  et  lavée  chaque  jour  avec  une 
solution  de  santonine. 

Le  20  septembre  1923,1a  suppuration  étant  encore  très  abondante,  on 
intervient  à  nouveau,  mais  sans  rencontrer  d’ascaris.  La  plaie  est 
encore  largement  drainée.  A  partir  de  ce  moment  la  suppuration 
diminue  graduellement  et,  le  5  octobre  1923,  il  subsiste  une  simple 
fistule  qui  donne  peu  et  se  fermera  bientôt. 

Du  côté  du  vagin  artificiel,  la  cicatrisation  s’est  faite  rapidement. 

Nous  commençons  la  dilatation  dans  les  premiers  jours  d'août.  La 
brèche  est  d’ailleurs  large  et  dès  la  deuxième  séance  nous  pouvons 
introduire  le  plus  gros  calibre  des  bougies  de  Hegar.  L’exploration 
digitale  est  d'ailleurs  facile.  On  pénètre  aisément,  après  avoir  franchi  un 
annearu  très  mince  et  large,  dans  une  cavité  au  fond  de  laquelle  on  sent 
un  éperon.  Le  doigt  est  conduit  surtout  à  droite,  le  canal  du  côté 
gauche-  étant  légèrement  dévié.  Cette  exploration  n’est  pas  doulou¬ 
reuse  et  nous  pouvons  même  placer  un  spéculum  de  petit  calibre  qui 
nous  permet  de  voir  les  plis  transversaux  de  la  muqueuse. 

Une  sonde  introduite  jusqu’aicfond  de  la  cavité  mesure  une  profon¬ 
deur  de  14  centimètres. 

Le  5  octobre,  l’état  du  vagin  ne  s’est  pas  modifié.  La  vulve  est 
d’apparence  normale  et  il  est  impossible  de  distinguer  une  cicatrice. 

On  pénètre  facilement  dans  la  cavité  vaginale  avec  le  doigt  et  on 
peut  aussi  introduire  un  spéculum.  La  profondeur  est  de  12  centimètres 
seulement 

Au  niveau  de  la  cicatrice  abdominale  existe  encore  une  petite  plaie 
qui  suinte  légèrement. 

Ces  deux  observations  ne  sont  point  superposables  et  chacune-' 
d’elles  présente  quelques  particularités.  M.  Chaton  a  eu  recours 
au  Baldwïn-Mori,  à  savoir  à  l’abaissement  d’une  extrémité  de 
l’anse.  Notre  confrère  a  été  considérablement  gêné  par  l’adipo- 


SÉANCE  DU  31  OCTOBRE 


1221 


sité  de  la  malade  et  j’ai  déjà  fait  observer,  dans  un  précédent 
rapport,  que  cette  adiposité  présente,  pour  pratiquer  un  Mori, 
un  gros  inconvénient,  parce  qu’on  sectionne  le  méso  de  l’anse  à 
abaisser,  sans  y  voir  les  vaisseaux.  M.  Chaton  eut  des  difficultés 
pour  abaisser  son  anse  intestinale  et  il  a  remarqué,  ce  qui  n’est 
pas  étonnant,  que  la  position  de  Trendelenburg  gêne  cet  abais¬ 
sement  :  il  pense  avoir  favorisé  la  mobilité  de  l’anse,  en  incisant, 
sur  ses  deux  faces,  le  péritoine  du  mésentère,  ce  qui  lui  a  permis, 
en  même  temps,  d'en  apercevoir  les  vaisseaux. 

M.  Costantini  a,  lui,  pratiqué  un  Baldwin,  en  abaissant  l’anse  par 
son  sommet  ;  ce  qui  caractérise  l’opération  de  notre  confrère  et 
ce  qui  fait  son  intérêt,  c'est  qu’il  n’a  point  touché  au  mésentère  ; 
il  a  abaissé  purement  et  simplement,  et  sans  difficulté  nous  dit-il, 
le  sommet  de  l’anse  grêle  et,  pour  ne-point  gêner  celte  manœuvre, 
il  a  rétabli  la  continuité  de  l’intestin  grêle  par  une  anastomose 
laléro-latérale,  sans  tenir  compte  du  péristaltisme,  en  accolant 
simplement  l’une  à  l’autre  les  deux  branches  de  l’intestin  sec¬ 
tionné.  Il  y  a  là,  incontestablement,  un  progrès,  puisque  cette 
section  du  mésentère  constitue,  comme  je  l’ai  dit,  un  des 
temps  les  plus  délicats  de  l’opération.  J’y  reviendrai  dans  un 
instant. 

Un  autre  détail  curieux  de  l’observation  de  Costantini,  c’est  la 
sortie  des  ascaris  par  l’anse  abaissée,  d’une  part,  par  la  paroi 
abdominale,  de  l’autre.  Notre  confrère  pense  qu’au  cours  de  l’anas¬ 
tomose  intestinale  des  ascaris  de  très  petites  dimensions  ont  dû 
sortir  de  l’intestin  pour  vivre,  grandir  et  s’enkyster  dans  une  loge 
péritonéale  rapidement  limitée  par  des  adhérences.  Je  pense 
qu’on  peut  tout  aussi  facilement  admettre  que  des  ascaris  ont 
traversé  l’intestin,  à  la  faveur  de  sections  et  sutures  faites  sur  cé 
conduit,  pour  déterminer  autour  d'eux  des  adhérences  et  provo- 
querune  collection  suppurée  limitée  ;  c'est  d’ailleurs  là  une  ques¬ 
tion  qui  nous  éloignerait  trop  du  sujet  de  notre  rapport. 

Depuis  le  mémoire  que  j’ai  publié  sur  ce  sujet  avec  mon  maître 
M.  Quénu  dans  la  Revue  de  chirurgie  de  1913,  l’opération  qui  con¬ 
siste  à  créer  un  vagin  avec  une  anse  d’intestin  grêle  est  bien  connue 
et  souvent  pratiquée,  tant  en  France  qu’à  l’étranger.  Nous 
avons  pu  réunir,  en  1913,  15  observations,  dont  4  seulement 
avaient  été  publiées  en  France;  sur  ces  15  opérations  on  avait 
pratiqué  11  fois  le  Baldwin  et  4  fois  le  Mori.  M.  Chaton, 
dans  le  mémoire  qu’il  m’a  remis,  a  pu  ajouter  à  ce  chiffre 
19nouvelIes  observations,  ce  qui  fait  34;  il  faut  y  joindre  l’obser¬ 
vation  de  M.  Chaton,  de  M.  Costantini,  1  observation  de  Lamas 
(de  Montevideo),  4  observations  de  Hortolomei  (de  Jassy)  et!  obser¬ 
vation  de  C.  Daniel  (de  Bucarest),  ce  qui  fait  un  total  de  42  observa- 


1222 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


tions.  Voici  d’ailleurs  un  tableau  de  ces  42  observations  avec  leur 
indication  bibliographique  : 

14  observations  rappoitées  dans  le  mémoire  de  Quénu  et  Schwartz. 
Revue  de  chirurgie,  1913. 

Observation  15.  Bronha.  Bull.  Acad.  méd.  de  Bruxelles,  25  jan¬ 
vier  1913  (indiqué  dans  notre  mémoire). 

Observations  16  à  20  inclus  rapportées  dans  la  Thèse  de  Hervé. 
Paris,  1914. 

Observations  21  et  22.  Lardennois  (de  Reims).  Congrès  de  Chirurgie, 
octobre  1919. 

Observation  23.  Brossmann.  Zentralhlatt  f.  Gynécologie,  1920,  p.  240. 

Observations  24  à  28  inclus.  Neugebauer.  Zentralblatt'f.  Gynécologie, 

1920,  p.  1382. 

Observation  29.  Wright  (de  Buffalo).  The  American  Journal  ofSurgery, 

1921,  n»  5,  p.  114. 

•Observations  30  et  31.  Lagoutte.  Soc.  de  chir.  deLyon,  19  janvier  1922. 

Observation  32.  Cléret  (de  Chambéry),  rapportée  par  A.  Schwartz. 
Soc.  de  chir.  de  Paris,  janvier  1922. 

Observation  33.  Anselme  Schwartz,  Soc.  de  chir.  de  Paris,  jan¬ 
vier  1922. 

Observation  34.  Baumgartner.  Soc.  de  chir.  de  Paris,  janvier  1922. 

Observation  35.  Chaton  (de  Besançon),  rapportée  à  la  Soc.  de  chir.  de 
Paris,  par  A.  Schwartz. 

Observation  36.  Costantini  (d’Alger).  Idem.  ■ 

Observation  37.  A.  I.amas.  Annales  de  la  Facultad  de  Me  licina  de  Mon¬ 
tevideo,  t.  VIII,  n»  1,  janvier  1923. 

Observations  38  à  42.  Hortolomei  (de  Jassy).  Zentralhlatt  f.  Chirurgie, 
t.  L,  u»  7. 

Observation  C.  Daniel.  Gynécologie  i  Obstetrica,  t.  II,  février  1923, 
juin  1923. 

Messieurs,  vous  me  permettrez  de  ne  point  entrer  dans  de 
longues  considérations  concernant  la  technique  opératoire  et  les 
résultals  de  cette  opération;  les  cas  rapportés  depuis  notre 
mémoire  de  1913  n’ont  en  rien  modifié  les  conclusions  de  ce 
travail. 

Sur  les  42  observations  que  j’ai  pu  réunir,  il  y  en  a  24  dans 
lesquelles  on  a  pratiqué  le  Baldwin,  et  18  dans  lesquelles  on  a 
eu  i\  cours  à  la  technique  de  Mori;  les  deux  techniques  se  par¬ 
tagent  la  faveur  des  chirurgiens  ;  les  deux,  d’ailleurs,  sont  excel¬ 
lentes,  et  je  pense,  comme  nous  le  disons  dans  notre  travail 
de  1913,  que  si  l’on  a  la  moindre  difficulté  à  pratiquer  un  Mori 
dont  le  résultat  esthétique  et  pratique  est  plus  sûr,  il  ne  faut  pas 
hésiter  à  fixer  l’anse  par  sa  convexité,  au  point  le  plus  abaissable, 
en  pratiquant  un  Baldwin  plus  ou  moins  pur. 


SÉANCE  DU  31  OCTOBRE 


1223 


Le  point  peut-être  le  plus  intéressant  de' cette  intervention  est 
l’intégrité  des  vaisseaux  du  mésentère  de  l’anse  intestinale 
abaissée  ;  je  vous  ai  apporté  un  cas  de  sphacèle  total  de  l’anse 
abaissée,  parce  que  je  n’avais  pu  voir,  dans  un  mésentère  trop 
gras,  les  artères;  ma  malade,  d’ailleurs,  a  guéri;  pareil  accident 
est  arrivé  à  Guitelson  (obs.  16)  avec  mort  de  la  malade  ;  le  chi¬ 
rurgien  avait  pratiqué  un  Baldwin. 

Enfin,  2  cas  de  sphacèle  partiel  sont  rapportés  par  Neugebauer 
qui  a  pratiqué  l’opération  de  Mori,  comme  moi-même. 

11  s’agit  donc  là  d’un  accident  important,  et  c’est  en  cela  qu’il 
faut  louer  M.  Costantini  d’avoir  réalisé  l’abaissement  de  son  anse 
sans  toucher  au  mésentère  ;  il  est  certain  que  toutes  les  fois  que 
cette  manœuvre  sera  possible,  il  faudra  y  avoir  recours;  sera-t-elle 
toujours  possible,  c’est  douteux,  mais  l’avenir  seul  peut  nous 
le  dire. 

Un  point  encore  pour  terminer.  M.  Ghaton  s’est  demandé  si, 
dans  les  cas  où  on  trouve  un  utérus  d’apparence  normale,  on  ne 
pourrait  pas  réaliser  l’union  du  col  et  du  nouveau  vagin  ;  je  lui 
dirai  catégoriquement  :  non  ;  il  résulte  des  recherches  que  j’ai 
faites  pour  notre  mémoire  et  des  observations  nouvelles  publiées 
depuis  que  tout  le  système  génital  est  toujours  anormal,  même 
quand  il  est  d’apparence  normale,  et  je  dirai  volontiers  qu’il 
vaut  mieux,  d’emblée,  supprimer  l’utérus  au  moment  de  l’inter¬ 
vention.  Toutes  les  observations  publiées  viennent  appuyer  cette 
conclusion.  Aussi,  je  n’ai  pas  été  peu  étonné,  en  lisant  récemment 
un  petit  article  de  M.  Siredey,  dans  1  &  Journal  de  Médecine  et  de 
Chirurgie  'pratiques  (juillet  1923)  sur  les  rétentions  primitives  du 
flux  menstruel.  A  la  page  46S,  M.  Siredey,  parlant  de  l’opération 
faite  pour  créer  un  vagin,  nous  dit  :  «  Elle  a  donné  de  réels  succès 
suivis  même  de  grossesse  ».  Mais  j’ai  parlé  à  M.  Siredey  qui  est 
allé  aux  sources,  et  il  n’a  pas  eu  de  peine  à  reconnaître  qu’il  y 
avait  eu  erreur. 

Je  termine  en  vous  priant  de  remercier  MM.  Chaton  et  Costan¬ 
tini  de  nous  avoir  envoyé  leurs  intéressantes  observations  qui 
prouvent  leurs  grandes  qualités  chirurgicales  et  de  vous  souvenir 
de  leurs  noms  au  moment  de  nos  élections  pour  les  membres  cor¬ 
respondants  nationaux. 

M.  Cunéo.  —  Je  crois  devoir  faire  remarquer  qu’une  partie  de 
ces  sujets  dont  le  vagin  fait  défaut,  sont  en  réalité  des  pseudo¬ 
hermaphrodites  mâles,  qui  peuvent  avoir  tous  les  caractères  sexuels 
secondaires  de  la  femme. 

M.  Auvrav.  —  J’ai  eu  l’occasion  d’observer  deux  femmes  qui, 


1224 


CHIRURGIE 


SOCIÉTÉ  DE 


atteintes  d'une  absence  congénitale  du  vagin,  ont  réclamé  la  créa¬ 
tion  chirurgicale  d’un  vagin,  et  qui  l’une  et  l’autre  ont  succombé 
à  la  suite  de  l’opération  de  Baldwin.  L’une  de  ces  observations  ne 
m’appartient  pas,  mais  j’ai  assisté  à  l’opération,  et  je  sais  qu’elle 
s’est  terminée  de  façon  malheureuse. 

L’autre  observation  m’est  personnelle  et  c’est  moi-même  qui  ai 
opéré.  Le  premier  temps,  clivage  du  périnée,  s’est  exécuté  sans 
aucune  difficulté.  Dans  le  deuxième  temps,  j’ai  appliqué  la  méthode 
de  Baldwin  ;  le  grêle  a  été  sectionné  à  12  ou  15  centimètres  de  sa 
terminaison  dans  le  cæcum;  la  continuité  de  l’intestin  a  été  rétablie 
par  une  anastomose  termino  terminale.  Les  deux  extrémités  de 
l’anse  grêle  ont  été  fermées  et  celle-ci  abaissée  vers  le  couloir 
d’avivement  créé  par  le  périnée.  Je  me  suis  rendu  compte  alors 
que  l’abaissement  se  faisait  avec  une  certaine  difficulté  et  que  pour 
introduire  l’anse,  que  je  la  présente  par  l’une  de  ses  extrémités 
ou  par  sa  convexité,  j’exerçais  une  traction  assez  forte  sur  le 
mésentère  de  l’anse  abaissée.  En  somme,  l’abaissement  s’était  fait 
avec  difficulté  et  la  fixation  au  périnée  me  se  fît  que  grâce  à  une 
traction  assez  forte.  Dans  les  jours  suivants,  il, se  fit  du  sphacèle 
de  l’anse  intestinale  et  celle-ci  entraîna  une  péritonite  à  laquelle 
la  malade  a  succombé.  L’autopsie  a  été  pratiquée  qui  a  montré  que 
la  continuité  de  l’intestin  était  parfaitement  rétablie  et  que  l’ori¬ 
gine  de  la  péritonite  était  bien  le  sphacèle  de  l’anse  abaissée. 

Il  va  de  soi  que  je  n’avais  pas  opéré  cette  femme  sans  lui 
exposer  la  gravité  de  l’opération  qu’elle  allait  subir,  et  c’est  parce 
qu’elle  a  exigé  eette  opération,  alléguant  qu’elle  était  fiancée  et 
qu’elle  allait  se  marier,  que  je  l’ai  pratiquée. 

Des  cas  de  mort  à  la  suite  de  la  création  d’un  vagin  artificiel 
avec  l’intestin  grêle  ont  été  publiés,  ainsi  que  j’ai  eu  l’occasion  de 
le  constater  à  la  lecture  de  travaux  récents.  Il  ne  s’agit  pas  là  d'une 
opération  sans  gravité  et  nous  devons  toujours  en  prévenir  les 
sujets  qui  nous  demandent  de  les  opérer. 

Tardivement  ces  vagins  artificiels  ne  fonctionnent  pas  toujours 
d’une  façon  parfaite  ;  on  a  signalé  des  rétrécissements  de  l’orifice 
vaginal  néoformé,  qui  nécessiten  tdes  dilatations  et  des  opérations 
secondaires. 

Chez  ma  malade  l’appareil  génital  interne  n’existait  pas;  il  n’y 
avait  ni  utérus,  ni  annexes. 

M.  A.  Lapointe.  — Le6  réflexions  que  je  voulais  formuler  sont  de 
même  ordre  que  celles  de  mes  collègues,  et  comme  Savariaud  je 
demanderai  :  est-ce  que  cette  opération,  qui  est,  en  somme,  une 
opération  de  chirurgie  orthopédique,  et  qui  ne  devrait  pas  avoir 
de  mortalité,  n’a  jamais  provoqué  de  désastre? 


SÉANCE  DU  31  OCTOBRE 


1225 


Il  est  banal  de  dire  qu’on  ne  publie  guère  que  des  succès,  en 
pareille  matière. 

Et  puis,  que  valent,  au  point  de  vue  fonctionnel,  ces  pseudo¬ 
vagins?  Pas  grand’chose,  probablement.  Il  faudrait  qu’on  nous 
dise  si  les  intéressés  ont  eu  de  part  et  d’autre  les  satisfactions 
qu’on  leur  a  promises. 

Pour  ma  part,  je  n’ai  jamais  pratiqué  ce  genre  d’intervention. 
Enfin,  comme  le  rappelait  Cunéo,  il  est  certain  qu’on  a  opéré  à 
contre-sexe,  si  j’ose  dire.  Dans  le  gros  livre  qu’a  publié  Neuge- 
bauer  (de  Varsovie)  sur  V Hermaphrodisme  sont  relatés  des  cas 
d’amputation  de  clitoris  hypertrophique  et  de  création  de  vagin 
artificiel  à  des  sujets  qui  étaient  des  hommes. 

M.  Baudet.  —  Si  dans  ces  opérations  autoplastiques  on  enlève 
l’utérus  du  reste  mal  formé,  je  me  demande  à  quoi  sert  de  refaire 
un  vagin  avec  une  anse  intestinale.  Voilà  une  femme  à  qui  la 
copulation  ne  fournira  ni  plaisir  ni  enfant  et  que  l’on  risque  de 
tuer.  Mieux  vaudrait  donc  la  laisser  telle  qu’elle  est. 

Un  second  point  est  le  suivant  :  c’est  que  la  plupart  de  ces 
cas  de  vagin  non  formé  appartiennent  réellement  à  des  femmes. 

Dans  les  cas  d’androgynie,  la  plupart  du  temps,  au  contraire, 
il  y  a  un  rudiment  de  vagin  assez  marqué,  pour  que  l’on  se 
trompe  sur  1  identité  du  sexe.  C’est  parce  que  ces  androgynes 
ont  un  vagin  assez  marqué  que  l'on  croit  à  tort  que  ce  sont  des 
femmes.  Celles-là,  inutile  bien  entendu  de  les  opérer. 

M.  J.-L.  Faure.  —  Mon  ami  Savariaud  nous  a  fait  une  obser¬ 
vation  très  judicieuse,  en  demandant  quelle  était  la  mortalité  de 
cette  opération.  On  ne  fait  pas  tous  les  jours  une  opération  de 
Baldwin.  Ceux  qui  en  ont  exécuté  en  ont  fait  la  plupart  du  temps 
une  ou  deux,  et  quand  l'opération  se  termine  par  la  mort  l’obser¬ 
vation  n’est  pas  toujours  publiée.  Les  statistiques  sont  donc 
inexactes. 

Personnellement,  j’en  ai  praliqué  une,  non  sans  hésitation, 
chez  une  jeune  fille,  atteinte  de  lupus,  de  tuberculoses  diverses  avec 
amputation  d’un  bras,  que  j’avais  prévenue  de  la  gravité  de 
l'opération  et  qui  a  déclaré  que  la  vie  lui  était  assez  pénible  pour 
né  pas  la  regretter  au  cas  où  elle  viendrait  à  mourir. 

Cette  jeune  fille  'est  morte.  L’opération  a  été  faite  sans  difficultés 
sérieuses,  malgré  une  traction  assez  forte  sur  l’anse  attirée  dans 
le  périnée.  Tout  a  été  bien  pendant  une  huitaine  de  jours.  Puis 
des  accidents  de  péritonite  se  sont  déclarés,  et  la  malade  a  été 
emportée.  L’autopsie  a  montré  qu’il  s’agissait  d’un  sphacèle  — 
non  pas  de  l’anse  abaissée  —  mais  d’une  des  extrémités  de  l’anse 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


grêle  restée  dans  l’abdomen.  Celle-ci  portait  une  perte  de 
substance  de  la  dimension  d'une  pièce  de  cinquanle  centimes. 

Il  s’agit  donc  d'une  opération  sérieuse  et  même  grave.  Les 
malades  doivent  donc  être  averties  de  sa  gravité  et  ne  l’accepter 
qu’à  bon  escient,  d’autant  plus  que  nous  ne  sommes  pas  sans 
armes  contre  l’absence  de  vagin,  car  il  y  a  des  procédés  autoplas¬ 
tiques  sans  aucun  danger  et  qui  peuvent  donner  de  bons  résultats, 
comme  j’en  ai  obtenu  un  chez  une  jeune  femme  qui  s’est  déclarée 
parfaitement  satisfaite. 

M.  Proust.  —  Au  fond,  l’opération  est  infiniment  plus  grave 
que  les  cas  publiés  ne  l’indiquent  ;  aussi  je  crois  qu’il  est  de  beau¬ 
coup  préférable  de  recourir  à  l’excellente  méthode  autoplastique 
de  mon  maître  vénéré  le  professeur  Pozzi,  qui  donne  d’excellents 
résultats. 

M.  Paul  Thiéry.  —  Etant  donnée  la  gravité  probable  de  cette 
opération,  j’avoue  que  je  ne  comprends  pas  le  but  qu’on  se  pro¬ 
pose  enla  pratiquant.  De  grossesse,  il  ne  saurait  être  sérieusement 
question  et  M.  A.  Schwartz  nous  l’a  dit  lui-même.  De...  plaisir! 
pendant  le  coït  je  ne  crois  pas  qu’il  soit  davanlage  question  pour 
aucun  des  partenaires.  Reste  l’aptitude  au  mariage,  si  j’ose  m’ex¬ 
primer  ainsi;  sur  ce  point  il  s’agit  d’une  véritable  tromperie, 
incompatible  avec  l’honnêteté  de...  la  fiancée,  et  personnellement 
je  ne  serais  pas  disposé  à  la  favoriser  en  pratiquant  une  opération 
qui  me  paraît  périlleuse  et  peu  utile,  plus-  pénible  en  tout  cas,  à 
tous  points  de  vue,  qu’une  opération  anaplastique. 

M.  Anselme  Schwartz.  — Messieurs,  c’est  à  dessein  que  je  n’ai 
point  parlé  de  la  gravité  de  l’opération,  de  ses  accidents,  de  ses 
complications. 

L’opération  est  incontestablement  sérieuse  et  il  ne  faut  l’entre¬ 
prendre  qu’à  bon  escient  en  prévenant  la  jeune  fille  de  tous  les 
dangers  possibles  ;  parfois  l’indication  est  formelle,  comme  dans 
l’observation  première  que  j’ai  publiée,  dans  celle  du  Costantini 
et  d’autres. 

11  y  a  certes  des  accidents,  des  rétrécissements  que  l’on  peut 
peut-être  éviter,  des  morts  même  par  sphacèle  de  l’anse  et  périto¬ 
nite.  Quant  à  l’utérus  je  suis  d’avis  de  le  supprimer,  ce  n’est  pas 
une  hystérectomie,  car  il  n’y  a  pas  de  col. 

Enfin  je  puis  répondre  à  MM.  Cunéo  et  Baudet  que  souvent 
il  est  dit  que  la  malade  a  des  rapports  conjugaux  avec  satis¬ 
faction. 

Pour  ce  qui  est  de  préférer  la  création  d’un  vagin  artificiel  à 


SÉANCE  DU  31  OCTOBRE 


1227 


l’aide  d’une  anse  grêle  aux  autres  procédés,  je  pense  que  c’est  la 
technique  qui  donne  les  meilleurs  résultats  et  en  particulier  qu’elle 
est  très  supérieure  à  la  technique  de  Pozzi  qui  crée  un  vagin  à 
l’aide  d’une  autoplastie  avec  la  peau  voisine. 


Question  à  l’ordre  du  jour. 

A  propos  des  pancréas  accessoires , 
par  M.  TUFFIER. 

A  propos  de  la  question  actuellement  à  l’ordre  du  jour  sur 
l’existence  des  tumeurs  de  l’estomac  formées  par  des  pancréas 
accessoires,  je  viens  vous  apporter  l’observation  suivante  t 

T...  cinquante-deux  ans,  sans  aucun  antécédent  morbide,  est 
soigné  pour  des  accidents  gastriques  depuis  un  an  (douleurs  trois  à 
quatre  heures  après  le  repas,  survenant  par  crises  pendant  un  jour 
environ  et  revenant  à  intervalles  variables),  pas  de  vomissement  ni 
d’hématémèses.  Dans  ces  temps  derniers  les  d  tuleurs  sont  devenues 
plus  fréquentes  et  surtout  plus  rapprochées  de  l’ingestion  des  ali¬ 
ments;  c’est  une  demi-heure,  une  heure  après,  que  le  malade  souffre; 
suc  gastrique  normal  ave;  un  peu  d’hyper-acidité,  peu  d’amaigrisse¬ 
ment. 

A  la  palpation,  défense  très  nette  du  muscle  grand  droit,  à  droite  de 
la  région  pylorique. 

A  la  radioscopie,  pas  de  déformation  de  l’estomac,  mais  imprégnation 
irrégulière  daus  la  région  médiane  de  l’antre  prépylorique,  avec 
douleurs  à  ce  niveau.  Augmentation  de  la  durée  du  séjour  des  ali¬ 
ments  dans  l’estomac  avec  une  intensité  remarquable  du  péristal¬ 
tique. 

Malgré  l’absence  d’image  déformant  les  bords  des  grande  et  petite 
courbures,  cependant  l’imprégnation  irrégulière  que  présente  la 
région  médiane  de  l'antre  prépylorique,  la  douleur  profonde  éprouvée 
à  cet  endroit  et  la  sensation  de  résistance  éprouvée  par  la  palpa¬ 
tion  à  ce  même  endroit  font  croire  à  l’existence  d'une  tumeur. 

Tous  les  traitements  médicaux  ayant  échoué,  et  les  accidents 
s’aggravant,  une  opération  est  décidée  le  15  juillet,  laparotomie.  Je 
trouve  sur  la  faee  antérieure  de  l’estomac,  à  environ  deux  travers  de 
doigt  du  pylore,  sur  la  face  antérieure,  une  petite  induration  élastique, 
mobile,  du  volume  d’une  noisette,  n’ayant  aucune  espèce  de  rapport 
avec  la  sensation  que  donnerait  un  cancer  ou  un  ulcère. 


1228 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Dans  ces  conditions,  .j’ouvre  l’estomac  el  je  m'aperçois-  •qu’il  s’agit 
d’une  tumeur  sous-muqueuse.  Résection  très  large  de  toute  la  paroi, 
environ  4  centimètres.  A  travers  la  brèche  stomacale  j’examine  la 
région  de  l’antre  et  du  pylore.  Le  muscle  paraît  épaissi,  mais  la 
muqueuse  est  partout  intacte.  Gastrorraphie,  gastro-entérostomie  rélro- 
coliqüe. 


Je  vous  présente  les  coupes  de  la  tumeur  que  M.  Letulle  a  bien 
voulu  mettre  à  ma  disposition. 

La  masse  se  montre  formée  sur  ces  coupes  par  du  muscle  lisse; 
les  faisceaux  musculaires  sont,  de  place  en  place,  dissociés  par 
des  formations  d’aspect  glandulaire  qui  rappellent  d’une  manière  tout 
à  fait  remarquable  les  conduits  pancréatiques  malformés,  et  dont  la 
lumière  est  à  peu  près  comblée  par  un  tissu  fibreux  coupé  de  nom¬ 
breuses  cavités  glandulaires;  on  croirait  avoir  affaire  à  autant  de 
conduits  pancréatiques  atteints  d’inflammation  végétante;  les' épithé¬ 
liums  cylindriques  sont  divisés  en  petits  îlots  communiquant  souvent 
les  uns  avec  les  autres.  Chacun  de  ces  conduits  est  engainé  par  une 
coque  fibreuse  et  élastique.  De  la  glande  pancréatique  proprement  dite 
on  ne  trouve  que  quelques  îlots  d’un  tissu  rappelant  presque  toujours 
des  îlots  de  Langhans  qui  seraient  quelque  peu  sclérosés  ;  sur  certains 
points  cependant,  on  découvre  des  amas  d’éléments  clairs  ou  granuleux 
mais  anguleux,  dessinant  de  vagues  îlots  rappelant  un  pancréas 
malformé  qu’il  serait  impossible  de  différencier  s’il  n’y  avait  près  d’eux 
les  canaux  pancréatiques  décrits  plus  haut. 

La  masse  musculeuse  est  recouverte  par  une  muqueuse  atteinte  de 
gastrite  chronique  interstitielle. 

En  résumé  :  Malformation  gastrique;  pancréas  aberrant  logé  dans  la 
paroi  pylorique. 


Communications. 

A  propos  d’un  volumineux  anévrisme  artériel  de  la  cuisse 
ayant  simulé  un  ostéo-sarcome, 

par  M.  GAUDIER,  membre  correspondant  national. 


Il  y  aura  toujours,  quoiqu’elles  se  fassent  de  plus  en  plus 
rares,  des  erreurs  de  diagnostic.  Il  est  des  cas  où  elles  sont  diffi¬ 
cilement  évitables  ;  celle  que  nous  rapportons  ici  nous  a  paru 
devoir  intéresser  la  Société  de  Chirurgie,  et  peut-être  sa  lecture 


SÉANCE  DO  31  OCTOBRE 


pourra-t-elle,  dans  des  conditions  analogues,  éviter  une  erreur. 
Ce  n’est  pas,  d’ailleurs,  la  première  fois  que  le  fait  se  présente,  et 
dans  les  traités  de  clinique  chirurgicale,  dans  les  laboratoires 
d’anatomie  pathologique  on  en  trouve  des  preuves  nombreuses. 
Les  radiographies  qui  accompagnent  cette  observation  sontassee 
édifiantes. 

11  s’agit  d’un  homme  de  quarante- trois  ans,  ancien  blessé  de 
guerre,  entré  dans  mon  service,  en  juin  1923,  pour  une  volumi¬ 
neuse  tumeur  de  la  cuisse  gauche,  à  sa  partie  inférieure  posléro- 
externe.  11  avait  été  blessé  en  septembre  1914,  blessure  en  appa¬ 
rence  légère,  simple  séton  par  balle  à  la  face  antéro-externe  de  la 


cuisse,  un  peu  au-dessus  du  genou,  qui  avait  guéri  sans  incidents, 
et  si  vite,  que  le  blessé,  trois  mois  plus  tard,  était  cycliste  dans  un 
régiment  sur  le  front. 

Cependant,  la  dernière  année  de  la  guerre,  il  remarqua  que  la 
jambe  gauche  paraissait  moins  forte  qu’au paravant,  et  il  constata 
à  la  face  externe  de  la-cuisse  une  tuméfaction  profonde,  arrondie, 
comme  une  noix,  indolore  et  ne  présentant  pas  de  battements. 

Les  choses  restèrent  dans  cet  état  jusqu’au  mois  de  janvier  1923, 
époque  à  laquelle  la  petite  tumeur  se  mit  à  augmenter  de  volume 
progressivement,  en  même  temps  qu’apparaissaient  des  douleurs 
nocturnes,  d’abord  localisées  à  la  grosseur,  puis  irradiées  dans  la 
jambe,  sans  œdème  du  membre,  avec  parfois  sensation  de  pied 
mort,  sans  changement  de  coloration  des  téguments. 

L’état  général  devenait  mauvais  :  amaigrissement,  anorexie... 

A  son  entrée  à  la  clinique,  on  constate  à  la  face  externe  et 
postérieure  de  la  cuisse  gauche  une  tumeur  du  volume  d’une 


1230  SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


tête' d’enfant  faisant  bloc  avec  l'os,  sans  relations  avec  les  tégu¬ 
ments,  indolore,  s’accompagnant  d’une  circulation  collatérale 
considérable,  à  contours  assez  mal  définis, 
ft  L’articulation  du  genou  est  intacte,  avec  tous  ses  mouvements, 
la  jambe  est  amaigrie;  il  n’y  a  pas  d'adénopathie  inguinale. 


Fio.  3. 


A  la  palpation,  il  paraît  s’agir  d’une  tumeur  de  consistance 
variée;  d’une  dureté  ligneuse  en  certains  points,  plus  élastique 
et  plus  molle  en  d’autres.  Pas  de  battements  ni  d’expansion,  sauf 
en  un  point  très  limité  à  la  face  postéro-inférieure,  mais  inter- 
mittement  et  assez  confusément.  Pas  de  souffle  à  l’auscultation 
Les  douleurs,  surtout  nocturnes,  calmées  à  peine  par  la  mor¬ 
phine,  l'amaigrissement  cachectique,  l’aspect  de  la  déformation, 
ses  caractères  cliniques  nous  firent  penser  de  suite  à  un  sarcome 


SÉANCE  DU  31  OCTOBRE 


1231 


du  fémur;  une  ponction  dans  la  masse  ramena  un  peu  de  sang 
noir,  mais  en  petite  quantité  et  difficilement;  en  d’autres  points 
la  ponction  ne  ramena  rien.  Les  radiographies  faites  à  plusieurs 
reprises  montraient,  comme  on  peut  en  juger,  une  masse  englo¬ 
bant  un  fémur  érodé,  avec  des  expansions  osseuses  lamelleuses. 


Fie.  4. 


Tout  ceci  paraissait  devoir  entraîner  la  conviction,  et  malgré  tout 
nous  avons  hésité  pendant  quelques  jours,  étant  donnéesles  consé¬ 
quences  de  notre  diagnostic  et  aussi  parce  que  mon  chef  de  clini¬ 
que  avait  eu  l’occasion  de  voir  le  malade  au  centre  de  réforme,  à 
la  fin  de  l’année  1922,  alors  que  la  tuméfaction  était  minime,  les 
accidents  locaux  nuis  et  l’état  général  satisfaisant. 

Quoique  la  tuméfaction  ne  siégeât  pas  au  niveau  des  vaisseaux 
fémoraux,  les  cicatrices  d’entrée  et  de  sortie  de  la  balle  étant 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


123-2 


neltement  à  ce  moment  antéro- externes,  il  pensa  avec  la 
Commission  militaire,  étant  donnée  une  ébauche  d’expansion 
de  la  masse  et  son  caractère  élastique  d’une  collection  liquide 
très  étendue,  qu’il  s’agissait  d’une  lésion  anévrismale  d’une 
branche  de  la  fémorale. 

Lorsqu’il  revit  le  malade  dix  mois  après,  il  modifia  de  suite  son 
diagnosticetadmit  que  seul  le  diagnostic  de  sarcome  était  plausible. 

L’examen  du  sang  montra  un  degré  d’anémie  assez  prononcé, 
le  Wasserman  était  négatif,  poumons  et  cœur  intacts,  pas  d’hyper¬ 
tension. 

Nous  nous  résolûmes  donc  au  diagnostic  de  sarcome  développé 
probablement  sur  une  cicatrice  et  la  désarticulation  de  la  hanche 
fut  pratiquée  le  8  Juin  1923. 

L’examen  de  la  pièce  montra  qu’il  s’agissait  d’une  poche  remplie 
d’un  énorme  caillot  organisé,  bloc  de  fibrine  du  poids  de  300  gram¬ 
mes  environ  avec  quelques  géodes  contenant  un  peu  de  sang  noir 
liquide. 

Les  vaisseaux  fémoraux  étaient  refoulés  à  la  surface,  en  dedans 
et  en  arrière  de  la  tumeur;  le  fémur,  formant  une  des  limites  de 
la  poche,  était  grandement  modifié  dans  sa  forme,  étalé,  aplati, 
aminci  selon  un  de  ses  diamètres  et  de  ses  bords  des  proliférations 
osseuses  à  point  de  départ  périostique,  pénétrant  et  enveloppant 
la  masse,  contribuaient  à  lui  donner  par  endroits  celte  sensation 
osseuse  que  nous  avions  constatée  à  la  palpation. 

L’origine  de  cette  poche  vasculaire  était  difficile  à  trouver  et 
nous  avons  cru  la  rencontrer  dans  une  branche  de  la  grande  anas¬ 
tomotique  accolée  à  sa  surface  et  s’ouvrant  dans  la  poche  ;.mais 
ce  n’est  qu’une  hypothèse. 

L’examen  de  la  paroi  et  de  la  masse  fibrineuse  pratiqué  par  le 
professeur  Curtis  n’a  rien  montré  de  néo>plasique  ni  dans  la  masse 
ni  dans  la  paroi. 

La  dissection  de  la  pièce  a  démontré  l’intégrité'  des  gros  vais¬ 
seaux  fémoraux  et  du  sciatique.  La  dilatation  de  la  poche  avait 
réduit  la  musculature  environnante  à  une  mince  lame  adhérente  à 
la  masse  d’apparence  lardacée,  ayant  perdu  ses  caractères  de  mus¬ 
cle.  De  la  graisse  infiltrait  ces  lames  musculaires. 

La  hauteur  de  la  poche  était  de  14  centimètres,  le  plus  grand 
diamètre  en  son  milieu  avait  1S  centimètres,  lë  plus  petit  11  eenti^ 
mètres.  (La  pièce  est  conservée  au  Musée  d’anatomie  pathologique.  ) 

Le  malade  a  guéri  sans  incidents,  heureux,  malgré  la  perte  de 
son  membre,  sacrifice  qu’il  demandait  à  grands  cris  en  raison  des 
douleurs  éprouvées,  de  ne  plus  souffrir. 

Nous  nous  sommes,  depuis  l’intervention,  posé  souvent  le  pro¬ 
blème  angoissantde  savoir  si  on  aurait  pu  ne  pas  pratiquer  l’inter- 


SÉANCE  DU  31  OCTOBRE 


1233 


vention  radicale  qu’exigeait  notre  diagnostic.  Mais  qu’aurions-nous 
pu  faire  ?  L’incision  de  la  poche  vidée  de  ses  caillots  aurait  laissé 
une  brèche  qui  ne  se  serait  comblée  qu'après  des  mois,  et  encore 
nous  ne  le  savons  pas  ;  malgré  l’intégrité  de  l’articulation  du 
genou,  le  fonctionnement  du  membre  était  bien  compromis,  étant 
donné  l’état  delà  musculature  de  la  euisse  au  niveau  de  la  poche, 
et  puis  le  fémur  déformé,  friable  (nous  l'avons  constaté  à  l’exa¬ 
men),  était  mûr  pour  une  fracture  spontanée. 

Je  pense  que,  malgré  l’erreur  de  notre  diagnostic,  notre  inter¬ 


vention  a  rendu  service  au  blessé,  qui  depuis,  d’ailleurs,  a  repris 
en  même  temps  que  son  travail  sa  santé  antérieure. 

Comment  cette  santé" avait-elle  pu  être  influencée  par  le  déve¬ 
loppement  d’une  poche  anévrismale,  c’est  ce  que  je  n’ai  pu  encore 
m’expliquer. 


Absence  congénitale  de  vagin ; 

transplantation  intestinale',  guérison  ( second  cas  personnel), - 
par  M.  J.  ABADIE  (d’Oran),  correspondant  national. 

Depuis  le  cas  que  nous  avons  communiqué  au  Congrès  interna¬ 
tional  de  gynécologie  de  Saint-Pétersbourg  en  1910  (1),  qui  était 

(1)  Publié  in  Revue  de  Gt/ne'cologie  et  de  Chirurgie  abdominale,  fer  jan¬ 
vier  19U. 


1234 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


alors  le  septième  publié  dans  la  littérature  médicale  et  le  premier 
réalisé  en  France,  l’opération  de  Baldwin  ou  de  Baldwin-Mori 
a  été  souvent  utilisée  pour  suppléer  à  l’absence  congénitale  de 
vagin. 

Un  important  article  de  Quénu  et  Schwartz  dans  la  Revue  de 
Chirurgie  de  juin  1913  faisait,  à  l’occasion  de  deux  observations 
nouvelles,  une  mise  au  point  complète  de  la  question. 

Ici  même,  au  début  de  1922,  Schwartz  (1)  est  revenu  sur  ce 
sujet  en  rapportant  un  cas  de  Cléret ;  au  cours  de  la  discussion 
Baumgartner  (2)  a  relaté  une  observation  personnelle. 

Plus  récemment,  ài’étranger,  Rosenthal  (3),  Wright  (4)  publient 
chacun  un  fait  nouveau;  Hortolomei  (5)  en  rapporte  quatre  et, 
conclusion  imprévue,  préconise  plutôt  l’utilisation  du  segment 
inférieur  du  rectum,  ou  opération  de  Schubert,  dont  Keyser- 
lingk  (6)  de  son  côté  avait  publié  un  exemple. 

Voici  un  cas  de  transplantation  du  grêle  que  nous  avons  opérô 
ces  derniers  temps  : 

Observation  (n°  H241).  —G...  (Antonia),  vingt  et  un  ans,  n’ajamais  été 
réglée  bien  qu’elle  éprouve  chaque  mois  de  la  pesanteur  et  des  douleurs 
assez  vives  dans  le  bas-ventre.  Elle  vient  nous  consulter  à  cause  de 
cette  anomalie  et  en  raison  de  projets  de  mariage.  A  l’examen,  on  ne 
trouve  derrière  l’hymen  petit  qu’une  ébauche  de  vagin  ayant  2  milli¬ 
mètres  à*  peine  de  profondeur.  Le  toucher  rectal  ne  laisse  percevoir 
aucune  ébauche  d’utérus  pas  plus  sur  les  côtés  que  sur  la  ligne 
médiane. 

La  malade  réclame  une  opération  ;  on  lui  en  laisse  entendre  l’impor¬ 
tance  et  la  gravilé;  elle  insiste  pour  qu’elle  soit  pratiquée. 

Opération  le  16  janvier  1923.  —  Rachistovaïnisation  0  gr.  04,  complétée 
tout  à  fait  à  la  fin  par  de  l’éther,  lors  du  troisième  temps. 

A.  Clivage  entre  la  vessie  et  le  rectum,  aisé  jusqu’au  contact  du 
péritoine.  Une  pince  à  plateaux'  de  Faure  est  poussée  jusqu’au  fond, 
flanquée  de  deux  mèches  de  gaze  de  part  et  d’autre. 

B.  Laparotomie  médiane  sous-ombilicale.  On  vérifie  qu’il  existe 
contre  le  détroit  supérieur  deux  moitiés  utérines,  celle  de  gauche  plus 
volumineuse  que  celle  de  droite;  à  droite,  petit  kyste  de  l’ovaire  que 

(1)  Bull,  et  Mém.  de  la  Société  de  Chirurgie,  1922,  p.  5. 

(2)  Ibid  ,  p.  88. 

(3)  Zentralblatt  f.  Gynàk.,  1922,  n°  27,  p.  1102.  Analysé  in  Journal  de  chi¬ 
rurgie,  192?,  deuxième  semestre,  p.  263. 

(4)  The  Americ.  Journ.  of.  Surg.,  1922,  n°  5,  p.  114.  Anal,  in  Journ.  dechir., 
1922,  deuxième  semestre,  p.  532. 

(5)  Zentralblatt  f.  Chirurgie,  17  février  1923,  p.  159.  Anal,  in  Journ.  de 
Chirurgie,  1923,  premier  semestre,  p.  757. 

(6)  Zentralblatt  f.  Gynàk.,  192?,  n°  10,  p.  380.  Anal,  in  Journal  de  Chirurgie, 
1922,  deuxième  semestre,  p.  263. 


SÉANCE  DU  31  OCTOBRE 


1233 


l'on  enlève.  Puis  on  recherche  l’anse  grêle  la  plus  aisée  à  descendre; 
c’est  environ  à  25  centimètres  du  cæcum.  On  vérifie  bien  la  disposition 
des  arcades  vasculaires  et  isole  par  écrasement  une  longueur  de  20  cen¬ 
timètres  de  grêle  appendu  à  un  secteur  triangulaire  de  mésentère; 
de  part  et  d'autre  on  place  le  de  Martel  à  trois  branches;  on  coupc 
en  laissant  la  languette  débordant  écrasée  du  côté  de  l’anse  exclue;  la 
section  est  à  ras  de  l’écraseur  du  côté  de  l’intestin.  De  telle  sorte  que 
l’on  ferme  chaque  extrémité  de  l’anse  exclue  par  un  double  surjet  : 
surjet  sur  la  languette  écrasée,  sujet  d'enfouissement  par-dessus.  Par 
conlre,  profilant  de  l’occlusion  temporaire  que  donne  la  parlie  écrasée 
après  ablation  de  la  branche  écrasante  sur  les  extrémités  intestinales, 
on  pratique  une  anastomose  termino-terminale  par  double  séro- 
séreusè,  puis  refoulement  au  doigt  des  parties  écrasées  pour  rétablir 
[a  continuité,  vérification  de  l’hémostase  des  quatre  branches  mésenT 
tériques.  Au  fait,  la  pince  périnéale  repoussée  par  l’aide  effondre  le 
péritoine,  saisit  l’anse  volée  non  point  par  son  milieu,  mais  au  voisi¬ 
nage  très  proche  de  son  bout  proximal  qu’elle  fait  descèndre.  Drain 
contre  l’anastomose  termino-terminale.  Fermeture  de  l'abdomen  à 
trois  plans. 

C.  La  malade  étant  replacée  en  position  gynécologique,  on  ouvre  au 
périnée  l’anse  grêle  tout  près  d'une  de  ses  extrémités  et  accole  les  lèvres 
de  l’ouverture  au  poiîrtour  de  l’incision  de  clivage.  Ces  sutures  sont 
faites  aux  crins.  On  prend  soin  de  bien  border  la  muqueuse. 

Tous  les  surjets  intestinaux  ont  été  faits  au  catgut  chromé  00. 

Les  suites  opératoires  n’ont  pas  été  sans  donner  quelques  inquiétudes, 
non  point  à  cause  d’une  infeetion  possible  ;  température  est  toujours 
demeurée  inférieure  à  38°o,  et  en  général  comprise  entre  37°5  et  38°.  Mais 
il  y  a  eu  un  écartemmt  sanguinolent  abondant  pendanttrois  ouquatre  jours 
par  le  drain  hypogastrique  ;  on  ne  peut  guère  incriminer  que  les  tran¬ 
chées  de  section  mésentériques.  Le  sérum  adrénalisé,  les  hémostatiques 
ordinaires  ont  suffi  et  la  question  n’est  pas  posée  d’une  intervention 
pour  hémorragie.  ■ 

Le  drain  a  été  enlevé  au  bout  d’une  semaine.  La  cicatrisation  de  la 
laparotomie  a  évolué  normalement;  de  même  la  réunion  des  sutures 
périnéales  s’est  faite  par  première  intention. 

Etat  actuel  (septembre  1923).  —Au  repos  et  en  position  gynécologique, 
le  résultat  apparaît  parfait;  l’orifice  extensible,  sans  tendance  à  la 
rétraction  bien  qu’il  n’en  soit  pas  fait  usage  (la  malade  ne  s’est  pas 
mariée,  et  peut-être  s’en  faut-il  louer  puisqu’un  géniteur  ne  se  trou¬ 
vera  pas  ainsi  frustré  du  résultat  normal  de  ses  efforts.,.),  admet  très 
aisément  le  pouce,  sans  grande  difficulté  deux  doigts,  et  la  profondeur 
du  néo-vagin  est  de  10  centimètres  environ.  Aucune  rétraction  dans  la 
profondeur. 

A  noter  ceci  :  la  malade  se  plaint  qu’après  une  marche  un  peu 
longue  ou  un  exercice  de  force,  la  muqueuse  forme  un  prolapsus  sail¬ 
lant  de  2  centimètres  environ  et  qui  l’incommode. 

A  l’occasion  de  cette  observation,  nous  ne  discuterons  ni  la 

BULL.  ET  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CUIR..  1923,  91 


1-236 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


légitimité,  ni  le  choix  de  l'intervention  :  notre  opinion  actuelle 
demeure  entièrement  celle  que  nous  exprimions  en  1910.  Nous 
n’avons  pas,  nous,  chirurgiens,  à  substituer  nos  propres  conc.;p- 
tions  morales  à  celles  de  la  malade,  et  c’est  à  elle,  dûment  avertie 
des  difficultés  de  l’intervention  qui  lui  est  proposée,  à  faire  la 
balance  entre-  l’existence  que  lui  réserve  sa  malformation  et  les 
dangers  d’une  correction  opératoire;  c’est  à  elle  qu’il  appartient 
de  prendre  une  décision.  D’autre  part,  bien  que  l’opération  de 
Schubert  en  ne  desphinctérisant  pas  en  principe  le  rectum  soit 
supérieure  à  celle  de  Snéguireff,  ses  résultats  nous  paraissent 
plus  incertains  que  ceux  de  la  transplantation  intestinale  de 
Baldwin;  faire  valoir, ainsi  que  le  font  Ilortolomei  et  Keyserlingk, 
comme  argument  essentiel,  à  l’encontre  de  la  transplantation  du 
grêie,  qu’elle  nécessite  des  manœuvres  intrapéritonéales  alors  que 
l’utilisation  du  rectum  en  dispense,  nous  semble  manifester  des 
craintes  exagérées,  contredites  par  toute  la  chirurgie  intestinale. 

La  lecture  des  observations  récentes  montre  cependant  qu’il 
faut  avoir  présentes  à  l’esprit  et  des  difficultés  opératoires  et  des 
incidents  post-opératoires  possibles. 

Chez  les  femmes  grasses,  la  brièveté  fréquente  du  mésentère 
rend  malaisé  le  choix  d’une  anse  et  sa  descente  vers  le  fond  du 
pelvis;  en  outre,  l’infiltration  graisseuse  empêche  le  contrôle  par 
transparence  des  dispositions  vasculaires  qui  doivent  assurer  la 
vitalité  de  l’anse  isolée.  Quénu  et  Schwartz  insistent  sur  ce  point; 
nous  l’avions  vérifié  dans  notre  premier  cas. 

La  quasi  constante  malformation  de  l’utérus  et  des  annexes 
rend  illusoire  tout  abouchement  du  col  utérin  dans  le  néo- vagin. 
Aussi,  Quénu  et  Schwartz  conseillent-ils  expressément  la  castra¬ 
tion  bilatérale.  Afin  d’éviter  les  douleurs  périodiques,  Wright  a 
pratiqué  une  résection  segmentaire.  Dans  notre  cas,  les  phéno¬ 
mènes  de  congestion  pelvienne  et  les  douleurs  étaient  assez  peu 
accentués  pour  qu’il  nous  ait  paru  préférable  de  laisser  en  l’état  les 
ovaires  et  de  conserver  ainsi  le  bénéfice  de  la  sécrétion  interne. 
Cas  d’espèces,  nous  semble-t-il. 

La  traction  du  coin  mésentérique  peut  être  douloureuse  au  point 
d’en  nécessiter  la  section  secondaire  ;  de  même,  si  les  rapports 
sexuels  déterminent  par  réflexe  des  troubles  sympathiques  dans 
le  reste  de  l’intestin.  Les  connexions  de  voisinage  assurent  alors 
la  vitalité  du  transplant,  même  après  section  du  mésentère. 

Conserver  dans  la  cavité  péritonéale,  ne  fût-ce  que  peu  de 
temps,  une  extrémité  de  grêle  non  exactement  et  définitivement 
fermée,  était  un  inconvénient  de  la  technique  initiale  de  Baldwin  ; 
à  cet  égard,  celle  de  Mori  étaitplus  sûre. Mais  elle  a  l’inconvénient 
du  double  vagin,  comportant  ou  non  une  section  ultérieure  de 


SÉANCE  ®U  31  OCTOBRE 


,1237 


l’éperon.  Aussi,  nous  semble-t-il  de  tous  points  préférable,  lors¬ 
que  lalaxité  mésentérique  le  permet,  de  fermer  définitivement  les 
deux  extrémités  de  l’anse  isolée  et  de  descendre  le  bout  le  plus 
commode  (en  général  le  proximal)  à  l’ouverture  périnéale,  non 
point  en  le  saisissant  à  son  extrémité  même,  mais  en  le  prenant  à 
2  ou  3  centimètres  de  là  ;  on  garde  l’avantage  d’une  bonne  ferme¬ 
ture;  en  outre,  quand  on  ouvrira  pour  aboucher  au  périnée,  c’est 
en  tissus  sains,  souples,  non  remaniés,  que  l’on  travaillera. 
C’est  ainsi  que  nous  avons  procédé  dans  le  cas  que  nous  rappor¬ 
tons  et  d’autres  opérateurs  avaient  fait  de  même. 

L’écoulement  hémorragique,  assez  abondant  pour  nous  inquié¬ 
ter  un  moment,  qui  s’est  produit  par  le  drain  abdominal  et  dont 
nous  ne  voyons  guère  d’autre  origine  possible  que  les  tranches  de 
section  mésentériques,  montre  avec  quel  soin  il  faut  en  pratiquer 
l’hémostase.  Peut-être  serait-il  bon  d’ourler  chaque  tranche  par 
un  surjet  hémostatique. 

Le  prolapsus  de  la  muqueuse  paraît  sans  grand  inconvénient  :  il 
est  aisé  de  le  corriger  secondairement  par  résection  sous  analgésie 
locale. 


Trois  cas  de  perforation  intestinale 
au  cours  de  la  fièvre  lyphoïle  avec  sutures  par  incision  iliaque, 
une  guérison deux  morts  tardives  de  cause  étrangère, 
par  'M.  ABADIE, 

Correspondant  national, 

Chirurgien  de  l’Hôpital  civil  d'Oran, 

et  M.  le  médecin-major  ANDRIEU, 

Chirurgien  de  l'Hôpital  militaire  d’Oran. 

Ces  observations  viennent  à  l’appui  de  l’opinion  émise  par 
M.  Mouchet  (1)  lors  de  son  rapport  sur  l’observation  d’Errard,  à 
savoir  que  par  une  incision  iliaque  on  peut  attirer  la  région  du 
grêle  perforée  et  y  placer  les  sutures  nécessaires. 

Si  par  un  diagnostic  d’appendicite  aiguë  (3e  cas)  on  aété  amené  à 
ouvrir  la  fosse  iliaque  droite,  il  est  opportun  d’en  tirer  parti  et  de 
ne  point  recourir  sans  plus  ample  informé  à  une  deuxième  inci¬ 
sion  faite  sur  la  ligne  médiane  :  la  première,  en  effet,  suffirais  plus 
souvent  à  donner  accès  sur  les  lésions.  Si  l’on  a  soin  de  décoller 
doucement  au  doigt  les  adhérences  et  les  fausses  membranes, 
l’anse  libérée  viendra  sans  qu’on  ait  à  lui  faire  violence.  Comme  le 


(t)  Huit,  et  Mém.  cle  la  Société  de  chirurgie,  17  nui  1922,  p.  700. 


1238 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


dit  Mouche!,  c’est  «  affaire  de  lact  chirurgical  ».  Voilà  un  point 
qui  paraît  acquis. 

On  doit,  je  crois,  aller  plus  loin.  Lorsque,  comme  dans  les  deux 
premiers  cas  que  nous  rapportons,  la  localisation  est  nette  à  droite, 
même  si  le  diagnostic  porté  est  celui  de  perforation  intestinale, 
ce  n’est  pas  sur  la  ligne  médiane  a  priori,  mais  bien  à  droite  qu’il 
faut  ouvrir,  et  l’on  aura  toutes  chances  de  tomber  en  plein  foyer. 
On  y  gagnera  en  simplicité  et  rapidité,  même  si  l’on  juge  opportun 
de  compléter  l’acte  opératoire  essentiel  par  la  mise  en  place  d’un 
drain  dans  le  Douglasà  la  faveurd’une boutonnière  sus-pubienne. 

Obs.  1(1)  [Abadie],  —  Perforation  intestinale  au  cours  d'une  fièvre 
typhoïde ;  laparotomie  apparemment  à  la  soixantième  heure,  par  voie 
iliaque.  Guérison.  —  C...  (Roland),  huit  ans,  de  Bréah  (Tlemcen),  a  été 
atteint  brusquement  le  2  décembre  1922,  au  cours  d’une  promenade 
en  voiture,  de  vomissements.  Les  jours  suivants,  langue  saburrale,  cons¬ 
tipation  ;  pas  d’abattement,  mais  la  température  n’en  oscille  pas  moins 
entre  39°  et  40°.  Ni  épistaxis,  ni  taches  rosées.  Séro-diognostics  T.  A.  B. 
négatifs  le  huitième  jour. 

Le  15  décembre,  à  8  heures,  douleurs  abdominales  vives;  l’enfant, 
dit  le  père,  «  se  roule  dans  son  lit  ».  Faciès  angoissé;  ventre  unifor¬ 
mément  rétracté;  palpation  difficile.  La  contracture  semble  cependant 
plus  accusée  dans  la  fosse  iliaque  droite.  Température  :  38°1.  Pouls 
misérable  à  140.  La  diète  hydrique  est  instituée;  sérum  et  huile  cam¬ 
phrée.  Vessie  de  glace  sur  l’abdomen. 

Le  16,  état  stationnaire.  Douleurs  moins  vives,  par  crises  toutes  les 
heures  environ.  La  température  est  brusquement  tombée  de  39°b  la 
veille  au  soir  à  37°3  le  matin  du  16.  Pouls  petit. 

Le  17  au  matin,  température  :  35°8;  pouls  à  130  mieux  frappé. 

Le  diagnostic  de  perforation  intestinale  est  porté  et  une  intervention 
décidée. 

Le  Pt  Abadie,  appelé,  arrive  .à  18  heures,  confirme  le  diagnostic  et 
intervient  aussitôt. 

Opération.  —  Anesthésie  à  l’éther  (appareil  d’Ombrédanne)  par  le 
Dr  Photiadis. 

En  raison  de  la  localisation  .très  nette  du  maximum  de  la  contracture 
de  défense  dans  la  fosse  iliaque  droite,  c’est  à  une  incision  iliaque  que 
l’on  a  recouis,  un  peu  en  dehors  du  bord  externe  du  grand  droit,  c’est- 
à-dire  à  1  centimère  environ  en  dedans  de  ce  que  serait  l’incision  de 
Roux  pour  l’appendicite.  Sitôt  le  péritoine  ouvert,  liquide  louche,  légè¬ 
rement  fétide,  mais  avec  ces  flammèches  de  pus  plus  dense  qui  indiquent 
un  péritoine  qui  se  défend.  On  vérifie  l’appendice  :  rouge,  mais  tout 
comme  cæcum  et  grêle.  On  suit  les  fausses  membranes  qui  vont  en 
augmentant  sous  la  lèvre  interne  et  voit  tout  aussitôt  la  perforation  sur 


(1)  Etablie  grâce  aux  notes  qu’a  bien  voulu  nous  communiquer  notre  con¬ 
frère  et  ami  le  Dr  Douffiagues,  de  Tlemcen. 


SÉANCE  DU  31  OCTOBRE 


1239 


le  grêle, à  15  centimètres  environ  du  cæcum;  on  libère  doucement  cetle 
anse,  l’extériorise,  constate  au  delà  plusieurs  plaques  de  Peyer  vio¬ 
lacées,  épaisses;  mais  une  seule  est  perforée.  Rapidement  un  surjet 
total  au  catgut  chromé  00  perpendiculaire  à  l’axe  ferme  la  perforation  ; 
un  second  plan  séro-séreux  va  du  bord  mésentérique  aux  deux  tiers  de 
la  circonférence  de  l’intestin,  dépassant  le  bord  libre.  Un  drain  dans  la 
fosse  iliaque  droite;  fermeture  partielle  de  la  brèche.  Une  boutonnière 
sus-pubienne  explorée  au  doigt  dirigé  vers  le  Douglas  donne  issue  à  du 
liquide  louche  ;  une  pince  courbe  descend  un  drain  en  bonne  place. 

Les  suites  opératoires  sont  surveillées  par  le  Dr  Douffiagues.  Pendant 
les  six  premiers  jours,  600  à  700  cent,  cubes  de  sérum  physiologique 
par  jour  ;  huile  camphrée  ;  le  goutte-à-goutle  rectal  n’a  pas  été  toléré. 
Diète  hydrique. 

Au  quatrième  jour,  à  cause  du  météorisme,  enveloppement  humide 
permanent  du  ventre.  Le  ballonnement  disparaît  en  deux  jours. 

Du  sixième  au  neuvième  jour,  jus  de  fruits,  bouillon  de  légumes, 
Evian;  230  cent,  cubes  de  sérum  par  jour. 

Au  dixième  jour,  farines  maltées,  lait  coupé  au  tiers. 

Puis  alimentation  progressive. 

Le  14  janvier,  l’enfant  peut  être  considéré  comme  guéri. 

La  température  n’a  dépassé  que  trois  fois  38°  et  s’est  maintenue  en 
général  entre  37°2  et  37°8. 

Le  drain  placé  dans  la  fosse  iliaque  droite  à  été  enlevé  le  sixième 
jour;  celui  de  Douglas  le  huitième  jour.  11  n’a  été  injecté  par  ces  drains 
aucun  liquide;  on  s’est  borné  à  l’aspiration  de  sérosités  peu  abon¬ 
dantes  et  vite  taries. 

Le  jeune  G...  est  actuellement  un  beau  pelit  gars  solide. 

Voici  un  second  cas  où  les  suites  définitives  ont  été  moins  heu¬ 
reuses  mais  qui  n’en  est  pas  moins  en  faveur  de  l’incision  iliaque. 

Obs.  II  (Abadie).  —  Perforation  intestinale  au  cours  d'une  typhoïde. 
Laparotomie  à  la  vingtième  heure  environ ,  par  voie  iliaque.  Guérison  appa¬ 
rente.  Mort  secondaire  par  broncho-pneumonie.  —  L...  (Jeanne),  qua¬ 
torze  ans,  vient  d’un  service  de  médecine  ;  elle  est  au  déclin  d’une 
fièvre  typhoïde  à  grandes  oscillations  thermiques  qui  ont  d’abord  fait 
penser  à  une  fièvre  de  Malte.  La  séro-réaction  de  Widal  a  précisé  la 
nature  de  l’infection. 

Le  quinzième  jour  de  la  maladie  surviennent  des  hémorragies  intes¬ 
tinales  très  abondantes  ;  elles  cèdent  au  traitement  médical. 

Au  trentième  jour,  alors  que  la  malade  semblait  hors  de  danger, 
brusquement  douleuis  à  droite  et  tension  douloureuse  abdominale, 
avec  hypersensibilité  cutanée  ;  matité  inférieure  ;  température  à  40°  ; 
pouls  misérable  à  140,  délire. 

Opération,  le  24  mai  1923.  —  Ether.  Ombrédanne,  Incision  iliaque 
droite  d’appendicectomie.  Issue  de  liquide  purulent.  On  attire  sans 
difficultés  la  portion  terminale  de  l’iléon  et  l’explore  sous  le  contrôle 
de  la  vue.  Près  de  l’abouchement  iléo-cæeal,  on  trouve  une  petite  per- 


1240 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


foration  qui  est  suturée  par  ua  point  en  bourse  et  enfouie  sous  un, 
second  point  en  bourse.  Drains-  dont  un,  long,  est  descendu  dans  le- 
Douglas. 

Suites  opératoires,  —  Dès  le  lendemain,  la  température  tombe  à  âfp' 
et  oscille  désormais  entre  37°&  et  38°7  ;  le  pouls  est  à  120!,  puis  à  100. 
Le  ballonnement  du  ventre  s’atténue.  L’écoulement  des  drains  se  tarit 
sans  qu'il  y  ait  à  aucun  moment  de  fistule  intestinale;  l’alimentation 
est  peu  à  peu  et  très  prudemment  reprise.  Tout  fait  donc  espérer  un 
succès  inattendu,  lorsque  vers  le  douzième  jour  des  signes  de  broncho¬ 
pneumonie  s’accusent;  la  malade  est  renvoyée  en  médecine  où  elle 
meurt  quelques  jours  après,  l’incident  de  lai  perforation  étant  clos. 

Voici  enfin  une  observation  qu’à  ce  sujet  m’a  communiquée 
M.  le  médecin-major  Andrieu,  chirurgien  à  l’hôpital  Baudens, 
qui  veut  bien  honorer  mon  service  de  sa  présence  assidue  : 

Obs.  III  (Andrieu).  —  Perforation  intestinale  au  cours  d’une  fièvre 
typhoïde  ;  laparotomie  à  la  dix-neuvième  heure  par  la.  voie  iliaque-,  guéri¬ 
son  apparente  de  la  péritonite  libre  ;  mort  le  dix-septième  jour  d'hémor¬ 
ragie  intestinale .  — -  Le  17  septembre  1922,  à  dix  heures,  le  caporal  R..., 
classe  1921,  est  évacué  du  service  de  fiévreux  de  l’hôpital  Baudens  avec 
la  note  ci-jointe  :  «  Malade  traité  dans  le  service  depuis  le  31  août  1922 
«  pour  paludisme,  non  confirmé  par  l:e  laboratoire.  A  été  pris  dans  la 
«  soirée  du  16  de  vomissements,  coliques  violentes,  une  selle  liquide  ; 
«  ce  matin  douleur  localisée  à  la  fosse  iliaque  droite,  au  point  deMac- 
«  Burney’.  Température  :  39°.  Pouls  :  110.  Dr  Frécus.  » 

Nous  voyons  immédiatement  ce  malade  et  nous  obtenons  de  lui  les 
renseignements  suivants:  cultivateur,  originaire  de  la  province d’Oran, 
de  père  et  mère  bien  portants.  Serait  malade  depuis  les  environs  du 
15  août;  diarrhée  passagère,  mouvement  fébrile  léger;  va  à  la  visite; 
reçoit  de  la  quinine.  Entre  à  l’hôpital  le  31  août;  ayant  eu  les  fièvres 
il  y  a  six  ans-,  est  traité  pour  paludisme.  Température  évolue  entre  37° 
et  38°  les  dix  premiers  jours  ;  puis  s’élève  et.  oscille  pendant  les  sept 
jours  suivants. 

Le  16.  septembre,  à  seize  heures,  douleur  vive,  mal  localisée,  pas  plus 
à  droite  qu’à  gauche,  au  niveau  des  fosses  iliaques.  Reprise  des  dou¬ 
leurs  à  dix-neuf  heures.  Le  soir,  vomissements  bilieux.  Température  : 
39». 

Le  17,  à  notre  examen,  nous  sommes  frappé  par  la  grande  pâleur 
du  sujet;  le  ventre  est  de  bois,  les  urines  très  rares  et  foncées.  Tempé¬ 
rature  :  39°7  ;  Pouls  :  130.. 

Comme  la  sensibilité  était  plus  accentuée  à  droite  au  niveau  de  la 
région  appendiculaire,  q.u’on  pouvait  d’autre  part  éliminer  les  affec¬ 
tions  de  l’étage  supérieur,  nous  décidons  l’intervention  avec  le  diar 
gnostic  de  pèritonite.généralisée  d'origine  appendiculaire. 

Opération  le  17.  septembre  1922,  à  11  heures  du  matin,  avec  l’aide,  de 
notre,  assistant  Roger  Monnier,  interne  des  hôpitaux  de  Paris. 

Anesthésie  :  éther-Omhrédanne. 


SÉANCE  DU  31  OCTOBRE 


1241 


Incision  iliaque  de  Roux.  A  l’ouverture  du  péritoine  épaissi,  issue  de 
bouillon  sale  et  de  fausses  membranes.  Le  cæcum  et  l’appendice  sont 
sains.  A  15  centimètres  de  la  valvule  iléo-cæcale,  sur  le  grêle  rotfge  et 
cartonné,  couvert  de  fausses  membranes,  perforation  à  l’emporte- 
pièce  de  2  millimètres  environ;  l’absence  d’adhérences  permet,  après 
oblitération  provisoire,  d’explorer  le  voisinage  du  grêle  :  pas  d'autre 
perforation.  Suture  de  la  perforation  très  pénible  au  fil  de  lin  ;  enfouis¬ 
sement  très  précaire.  Nous  essayons  de  fixer  l’anse  par  un  point  de 
catgut  au  péritoine  pariétal.  Lavage  à  l’éther.  Drainage  vers  l’ombilic 
et  vers  le  Douglas. 

Sérum  et  adrénaline  remontent  un  peu  le  malade. 

Dans  l’après-midi,  11:  30.  Pouls:  130.  Quelques  vomissements  bilieux. 
Urines  :  300  cent,  cubes. 

18  septembre  :  Pouls  :  120.  Température  :  38°4.  Urines  :  650  cent,  cubes. 

19  septembre:  A  dormi.  Pouls:  98.  Température :  37°4.  Urines: 
750  cent,  cubes. 

Pansement:  drains  et  mèches  enlevés;  on  aperçoit  l’anse  intes¬ 
tinale,  malade  avec  coloration  rouge;' aucun  écoulement  suspect.  Le 
soir,  a  un  frisson  vers  13  heures.  Température  :  39°4.  Pouls  :  116.  Pas 
de  gaz. 

20  septembre.  Urines:  1.100  cent.' cubes.  Pouls:  96  et  120.  Tem¬ 
pérature  :  38°4  et  40°. 

21  septembre.  Bonne  j  ournée.  A  bu  un  litre  de  limonade. 

22  septembre.  Deux  selles  la  nuit,  la  seconde  noirâtre,  peu  abon¬ 
dante.  Température  38°4  ;  Pouls,  100.  La  langue  se  dépouille  bien.  Le 
soir,  le  ventre  est' un  peu  ballonné. 

23  septembre  (septième  jour).  Diarrhée  très  abondante,  avec  évacua¬ 
tions  involontaires.  Température  :  38°  ;  pouls,  74,  ballonnement. 

24,  2b,  26,  27  septembre.  L'état  général  ne  cesse  pas  de  s’amé¬ 
liorer  ;  la  température  se  maintient  à38°b  le  soir  ;  pouls  aux  environs 
de  80. 

1  28,  29,  30  septembre  et  1er  octobre  (quinzième  jour).  L’appétit  renaît 
un  peu:  café  au  lait,  purée.  Urines:  1  litre.  Deux  selles  par  jour.  La 
plaie  suppure  sans’tendance  au  rapprochement  de  ses  bords. 

Dans  la  nuit  du  2  au  3  octobre,  hémorragie  de  sang  rouge  assez 
abondante  par  la  plaie. 

Dans  la  nuit  du  3  au  4  octobre,  hémorragie  intestinale  très  abon¬ 
dante  à  laquelle  succombe  le  malade  en  quelques  instants.  Pas  de 
vérification  anatomique. 

A  noter  :  Le  sujet  avait  été  vacciné  au  T.  A.  B.  éther  le  13  avril  1921 
(2  cent,  cubes)  et  le  9  mai  1922  (1  cent.  cube). 

Le  18  septembre,  nous  avons  demandé  le  séro-diàgnostic  et  l'hémo¬ 
culture  :  Sérodiagnostic  au  paratyphique  A  positif  au  1/100  (agglutina¬ 
tion  complète  à  1/100,150,  incomplète  à  1/16).  Hémoculture  :  négative. 

Voici  donc  une  des  conclusions  formelles  du  très  remarquable 
rapport  de  Michaux  en  1908  à  la  Société  de  chicurgie  qui  ne  sau¬ 
rait  être  acceptée  sans  conteste  :  à  coléde  l’incision  médiane,  la 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


121  2 


seule  qu’il  conseillât,  il  y  a  fréquemment  place  pour  l’incision 
iliaque  ;  de  même  le  respect  systématique  de  toutes  les  adhérences 
ne  saurait  arrêter  dans  les  manœuvres  de  libération  :  avant  tout 
il  faut  pouvoir  faire  des  sutures  exactes  et  dès  lors  libérer  autant 
qu’il  est  nécessaire  pour  cela  ;  enfin,  malgré  que  Chantemesse  ait 
plutôt  incliné  vers  l’expectative  médicale,  il  apparaît  bien  que 
l’intervention  réserve  de  plus  fréquents  succès. 


Ulcère  perforé  de  l’estomac.  Excision.  Gastro-entérostomie. 

Guérison , 

par  M.  ABADIE  (d’Oran),  correspondant  national. 

En  communiquant  à  la  Société  de  Chirurgie,  en  février  1921,  un 
cas  que  j’avais  traité  par  la  gaslropylorectomie,  je  disais  qu’à 
mes  yeux  le  traitement  de  l’ulcère  perforé  se  présentait  ainsi  : 

«  Opération  aussi  précoce  que  possible,  ayant  pour  unique,  but 
la  fermeture  de  la  perforation;  mais,  si  cette  suture  détermine 
un  rétrécissement  de  la  lumière  du  tube  digestif,  alors  et  alors 
seulement,  pour  une  raison  purement  mécanique,  gastro-entéro¬ 
stomie  de  nécessité...  Et  comme,  dans  certains  cas,  il  sera  néces¬ 
saire  ou  plus  court  de  faire  la  gastropylorectomie  plutôt  que  la 
fermeture  de  la  perforation  suivie  de  la  gastro-entérostomie,  il 
faut  ne  pas  hésiter  à  faire  alors  la  résection  d’emblée.  » 

•  C’est  toujours  dans  le  même  esprit,  dominé  par  l’indication 
essentielle  qui  est  d'abord  de  sauver  la  vie  du  malade,  le  choix 
de  la  technique  étant  commandé  par  chaque  cas,  selon  la  méca¬ 
nique  des  lésions  et  le  coefficient  de  résistance  du  sujet,  et  non 
par  une  formule  générale  de  traitement,  que  j’ai  été  amené,  dans 
le  cas  suivant,  à  agir  tout  autrement  que  je  ne  l’avais  fait  dans  le 
précédent. 

Observation.  —  Le  23  juin  1922,  je  suis  appelé  d’urgence  à  Tlemcen 
par  mon  ami  le  Dr  Douffiagues,  auprès  de  Mrae  J...,  cinquante-deux  ans, 
qui  a  été  prise  brusquement  la  veille,  à  16  heures,  de  douleurs  vio¬ 
lentes  au  creux  épigastrique  avec  vomissements. 

D’emblée  le  diagnostic  s’imposait.  La  malade  a  un  passé  gastrique 
chargé  :  depuis  des  années,  elle  a  souffert,  par  périodes,  de  vives  dou¬ 
leurs  d’estomac,  tardives,  avec  vomissements  provoqués,  très  acides.  Il 
y  a  quinze  ans,  melæna.  En  1915,  elle  devait  se  faire  opérer:  un  traite¬ 
ment  au  carbonate  de  bismuth  donne  six  ans  de  répit.  Mais  depuis 
deux  mois,  environ,  les  douleurs  ont  réapparu,  presque  continues, 
avec  pyrosis,  renvois  acides,  parfois  vomissements  provoqués. 


SÉANCE  DU  31  OCTOBRE 


1243 


Je  vois  la  malade  à  23  heures;  abdomen  ballonne,  défense  généra¬ 
lisée,  maximum  à  l’épigastre;  température  :  39°8;  pouls  :  124.  J’opère 
immédiatement,  c’est-à-dire  à  la  31e  heure.  A  noter  :  la  malade  n’est 
nullement  amaigrie  et  son  embonpoint  augmentera  les  difficultés  opé¬ 
ratoires. 

Opération.  —  Aide  :  Mmc  le  Dv  Abadie.  Présents  :  Dr  Douffiagues, 
médecin-major  Morisot.  Analgésie  pariétale  à  la  néocaïne-surrénine  ; 
rachianalgésie  à  la  stovaïne,  0  gr.  04,  parfaite. 

Laparotomie  médiane  sus-ombilicale, courte  d’abord  :  issue  de  liqujde 
aqueux  abondant  (la  malade  s’est  refusée  à  la  diète  absolue  et  a  pris 
de  l’eau  bouillie  par  cuillerées).  L’incision  est  aussitôt  prolongée  vers 
l’ombilic  et  l’appendice  xiphoïde.  On  voit  alors  nettement  l’estomac 
adhérent  au  foie  et  dont  la  perforation  large,  située  sur  la  petite  cour¬ 
bure.,  est  incomplètement  masquée  par  le  foie.  L’aveugler  est  impos¬ 
sible  si  on  ne  la  libère  pas.  entièrement.  La  séparation  d’avec  le  foie 
est  assez  aisée.  La  perforation  a  largement  les  dimensions  d'une  pièce 
de  2  francs;  les  bords  en  sont  épais.  Du  liquide  abondant  s’écoule 
encore.  On  fait  un  barrage  de  compresses,  puis  essore  la  cavité  stoma¬ 
cale.  Alors,  excision  aux  ciseaux  des  bords  de  l’ulcère  en  dépassant  de 
i  cent.  5  environ  en  tous  sens,  jusqu’en  tissus  souples  et  sains.  Ferme¬ 
ture  à  deux  plans  perpendiculairement  à  l’axe  (catgut  chronié  00).  Puis, 
en  raison  de  la  traction  sur  la  région  pylorique,  gastro-entérostomie 
postérieure-  à  la  pince  couplée. 

Fermeture  totale  par  surjet  péritonéal  et  crins  en  8  affrontant  apo¬ 
névrose  et  peau.  Drainage  sus-pubien  de  Murphy  évacuant  du  liquide 
aqueux  en  assez  grande  abondance. 

Suites  opératoires.  —  Du  23  au  28,  la  température  oscille  entre  39  et 
39°8,  cependant  que  le  pouls  descend  à  100, 104  avec  abdomen  assoupli. 
Le  28,  abcès  de  la  paroi  au  niveau  de  la  laparotomie  que  j’avais  totale¬ 
ment  fermée;  on  enlève  un  crin  et  draine.  Le  30,  la  température  est  à 
37°4  et  la  malade  sort  guérie  de  la  clinique  du  Dr  Douffiagues  le 
11  juillet,  18  jours  après  l’opération. 

Depuis  lors,  elle  n’a  plus  présenté  de  troubles  gastriques  et  se  consi¬ 
dère  comme  guérie. 

Je  me  bornerai  à  mettre  en  évidence  les  points  suivants  : 

1°  Le  long  temps  écoulé  entre  la  perforation  et  l’intervention 
(31  heures)  n’a  pas  empêché  un  heureux  résultat.  Que  la  perfora¬ 
tion  se  soit  apparemment  produite  à  une  période  de  vacuité  de 
l’estomac  n’est  sans  doute  pas  sans  influence.  11  faut  cependant 
retenir  que  la  malade  avait  bu  pas  mal  d’eau...  bouillie,  il  est 
vrai  ; 

2°  Le  drainage  sus-pubien  a  donné  issue  à  du  liquide  séro- 
purulent  abondant  durant  cinq  jours,  puis  le  drain  a  été  retiré  et 
le  trajet  s’est  fermé  rapidement; 

3°  L'excision  large  des  bords  de  l’ulcère  (aboutissant  en  fait  à 
une  «  résection  ou  une  «  éradication  »  de  l’ulcère,  mais  le  terme 


1244 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


d’excision  demeure  préférable  parce  que  répondant  mieux  au  but 
poursuivi)  a  été  faite  uniquement  pour  permettre  une  bonne 
suture  d'occlusion  ; 

4°  La  gastro-entérostomie  complémentaire  a  été  pratiquée 
essentiellement  à  cause  de  la  déformation  de  l’estomac  retentis¬ 
sant  sur  la  région  pylorique. 

On  le  vpit,  toute  la  conduite  .opératoire  a  donc  été  inspirée  par 
le  souci  primordial  de  sauver  la  vie  de  la  malade,  la  technique  se 
modelant  sur  ce  que  j'appellerai  la  «  mécanique  »  des  lésions. 

Est-il  légitime  de  rechercher  simultanément  la  guérison  défini¬ 
tive  de  l’ulcère?  Sans  nul  doute;  mais  les  cas  semblent  devoir 
être  exceptionnels  dans  lesquels  on  pourra  y  penser  au  point  de 
modifier  ou  prolonger  les  manœuvres  opératoires,  alors  que  l’indi¬ 
cation  vitale  est  de  les  réaliser  aussi  simples  et  promptes  que  pos¬ 
sible. 

Personnellement,  je  me  rallierai  ici  volontiers  aux  deux  opi¬ 
nions,  quoique  un  peu  divergentes,  de  Lecène  (1)  d’abord,  et  de 
Delagenière  (2).  J’approuverais  entièrement  toutes  les  considéra¬ 
tions  de  Lecène  et  de  Hartmann  (3),  inspirées  du  bon  sens,  nour¬ 
ries  de  réalités,  si  je  ne  croyais  pas  davantage,  avec  Delagenière, 
à  l’opportunité  d’enlever  l’ulcère,  de  préférence  par  gastrectomie. 

Au  Congrès  de  Strasbourg  de  1921,  je  résumais  ainsi  une  étude 
de  «  cent  résections  d’estomac  pour  ulcères  »  :  «  Si  l’on  considère 
l’ulcère  slomacal  comme  manifestation  locale  d’une  maladie  dont 
la  cause  demeure  obscure,  l’on  peut  graduer  ainsi  la  valeur  des 
moyens  chirurgicaux  à  mettre  en  œuvre  : 

«  Premier  degré.  —  La  gastro-entérostomie.  Elle  ne  s’adresse 
que  très  indirectement  à  la  cause,  laisse  la  lésion  en  place,  donne 
incontestablement. des  guérisons,  mais  expose  à  des  récidives  ou 
à  des  complications  de  plus  en  plus  avouées  :  ulcère  peptique, 
persistance  de  l’ulcère,  transformation  cancéreuse; 

«  Deuxième  degré.  —  La  résection  de  l’ulcère...  Elle  enlève  la 
lésion  ;  c’est  mieux,,  c’est  insuffisant; 

«  Troisième  degré.  —  La  gastrectomie.  Elle  enlève  la  lésion  :  si 
on  la  fait  étendue,  elle  diminue  l’hyperchlorhydrie  ultérieure. 
Surtout,  elle  modifie  profondément  l’innervation  de  la  région 
malade.  Et  c’est  pourquoi,  même  avec  une  Lésion  limitée  ou  de  la 
petite  courbure,  c’est  toute  la  région  pylorique  que  nous  enle¬ 
vons.  » 

Cette  hiérarchisation  était  incomplète  puisqu’elle  oubliait,  entre 

(1)  Bull,  et  Mém.  de  la  Société  de  Chirurgie ,  1922,  p.  1031. 

(2)  Bull,  et  Mém.  de  là  Société  de  Chirurgie,  1923,  p.  134. 

(3.)  Bull,  et  Mém.  de  la  Société  de  Chirurgie,  1922,  p.  1260. 


SÉANCE  DU  31  OCTOBRE 


1245 


la  résection  de  l’ulcère  et  la  gastrectomie,  la  résection  de  l’ulcère 
avec  gastro-entérostomie,  qui  me  paraît  nettement  préférable  à 
la  résection  simple. 

Chercher  à  guérir  l’ulcère,  même  perforé,  par  la  méthode  chi¬ 
rurgicale  qui  nous  semble  la  meilleure  de  toutes,  est  tout  naturel. 
Encore  faut-il  se  rappeler  et  faire  sienne  la  prudence  avec  laquelle 
Delagenière  se  rapproche  de  Duval  :  sauver  d’abord,  puis,  et  le 
plus  souvent  dans  un  second  temps,  enlever  l’ulcère. 

C’est  le  cas  ou  jamais  de  ne  rechercher  point  un  absolu  par  des 
voies  dangereuses,  mais  de  transiger  et  se  contenter  de  com¬ 
promis  : 

Ulcère  simple  de  la  région  pylorique  (peu  fréquent  je  crois)  : 
oblitération  simple  ; 

Ulcère  à  bords  calleux,  dont  on  prévoit  l’oblitération  peu  solide 
ou  modifiant  la  perméabilité  pylorique,  et  dès  lors  amenant  à  une 
gastro-entérostomie  complémentaire  :  mieux  vaut  recourir  à  la 
gastropylorectomie  d’emblée  ; 

Ulcère  de  la  petite  courbure,  loin  du  pylore,  pour  lequel  la 
résection  pyloro-gastrique  amènerait  à  une  intervention  délicate  : 
excision  des  bords,  oblitération,  gastro-entérostomie; 

Ulcère  de  la  petite  courbure,  particulièrement  large,  à  bords 
calleux,  adhérent,  dont  la  libération  sera  longue  toujours,  laissera 
une  brèche  d'oblitération  pénible,  et  qui  nécessitera  une  gastro- 
entérostomie  complémentaire  :  de  préférence  se  décider  vite  pour 
une  gastropylorectomie  large. 

Mais  si  le  traumatisme  paraît  devoir  être  trop  considérable,  ne 
pas  oublier  que  les  oblitérations  atypiques  mais  prômptes,  aux¬ 
quelles  participent  les  organes  voisins,  l’épiploon,  etc.,  réservent 
encore  la  possibilité  de  complètes  guérisons. 


Présentations  de  malades. 

Fibro-lipome,  probablement  périostique ,  du  pied,' 
par  M.  ALBERT  MOÜCHET. 

Le  malade  dont  je  vous  présente  le  moulage  si  habilement 
exécuté  par  M.  Niclet,  de  l’hôpital  Saint-Louis,  et  que  j’ai  opéré  il 
y  a  huit  jours,  était  atteint  d’une  affection  rare  dd  pied,  dont  voici 
en  quelques  mots  l’histoire  clinique  : 

Observation.  —  B...  (Raymond),  est  un  garçon  de  quatorze  ans,  très 
robuste,  d’une  excellente  santé  générale,  qui  m’est  adressé  par  Le 
Dr  Roger  Dupouy  pour  une  tumeur  du  pied  gauche. 


1246 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


C’est  en  1914,  quand  il  était  âgé  de  cinq  ans,  que  l’enfant  a  vu  appa¬ 
raître  —  à  la  suite  d'un  coup,  prétend-il  —  une  tumeur  du  volume 
d’une  noisette  sur  le  dos  du  pied  gauche. 

Cette  tumeur  a  augmenté  progressivement  jusqu’à  acquérir  le 
volume  actuel,  assez  considérable,  comme  vous  le  voyez,  puisqu’elle 
occupe  la  plus  grande  partie  du  dos  ei  de  la  plante  du  pied. 

L’enfant  n’a  jamais  souffert  et  n’a  jamais  été  gêné  pour  marcher. 

Ce  qu'il  y  a  de  plus  curieux  dans  son  histoire,  c'est  que,  pendant  neuf 
années  consécutives,  il  a  été  considéré  par  divers  chirurgiens  et  orthopé¬ 
distes  —  et  non  des  moindres  —  qui  l'ont  soigné  comme  atteint  d’abcès 
froid  de  la  région  métatarsienne.  On  a  pratiqué  dans  la  prétendue  collec¬ 
tion  une  vingtaine  de  ponctions  au  moins  :  toutes  ont  été  «  blanches  », 
et  pour  cause  1  On  a  néanmoins  injecté  consciencieusement  de  l’éther 
iodoformé,  du  thymol  camphré,  etc...  Les  divers  liquides  modificateurs 
n’ont  amené  aucun  changement  et  n’ont  pas  empêché  la  tumeur  de 
grossir.  L’enfant  est  resté  six  mois  à  Berck;  il  a  eu  le  pied  immobilisé 
dans  le  plâtre  pendant  un  an  et  demi  !  L’élat  général  restait  parfait  : 
aucune  douleur  locale  à  la  pression,  indolence  à  la  marche. 

L’erreur  clinique  paraît  s’être  accrue  d’une  erreur  radiographique,  si 
on  en  croit  les  parents;  les  médecins  auraient  vu  un  métatarsien  altéré 
là  où  il  y  avait  seulement  un  os  comprimé  et  atrophié. 

Je  reconnus  la  présence  d’une  tumeur  fibro-lipomateuse  volumi¬ 
neuse,  à  la  fois  dorsale  et  plantaire,  plus  saillante  encore  à  la  plante 
qu’au  dos  du  pied,  occupant  l’intervalle  entre  les  métatarsiens  3  et  4 
qu’elle  avait  écartés  l’un  de  l’autre  et  forcés  à  se  courber. 

A  la  plante,  la  tumeur  paraissait  immédiatement  sous-cutanée 
comme  sur  le  dos  du  pied,  et  quand  on  appuyait  fortement  sur  elle  on 
augmentait  la  saillie  dorsale  (fig.  \  et  2). 

La  consistance  était  presque  partout  molle,  pseudo-fluctuante; 
cependant  sur  la  face  dorsale  du  pied,  au  niveau  des  festons  irréguliers 
dessinés  par  la  tumeur,  la  consistance  était  plus  ferme;  on  avait  une 
sensation  de  lobulation! 

La  peau  était  normale,  quoique  un  peu  distendue,  avec  quelques 
taches  pigmentaires  et-  quelques  arborisations  vasculaires  sur  la 
face  dorsale.  Elle  glissait  partout  sur  la  tumeur. 

L’extension  des  orteils  se  fait  aisément;  les  tendons  extenseurs 
semblent  englobés  dans  la  tumeur. 

La  palpation  est  absolument  indolente  partout.  On  se  rend  difficile¬ 
ment  compte  des  adhérences  de  la  tumeur  avec  le  squelette  ;  il  est 
certain  qu’elle  est  accolée  aux  deux  métatarsiens  3  et  4  entre  lesquels 
elle  paraît  littéralement  coincée. 

Ce  squelette  est,  en  tout  cas,  dépourvu  d’altération.  Les  deux  méla¬ 
tarsiens  3  et  4  sont  fortement  écartés  en  O  pour  livrer  passage  à  la 
tumeur.  Le  troisième  métatarsien  a  sa  diaphyse  particulièrement  grêle; 
il  est  comme  atrophié  par  compression.  Mais  il  n’existe  pas  de  modifi¬ 
cation  de  la  structure  des  métatarsiens,  ainsi  que  vous  pouvez  le  voir 
sur  cette  radio. 

Mon  diagnostic  était  donc  ;  tumeur  fibro-lipomateuse  à  opérer.  J’avoue 


SÉANCE  DU  3i  OCTOBRE 


1217 


même  que  j’avais  pensé  à  une  tumeur  rare,  le  névrome  plexiforme,  dont 
j'ai  opéré  un  cas  à  la  nuque,  un  à  la  main  et  dont  j’ai  vu  un  cas  au 
pied.  Je  me  fondais  pour  porter  ce  diagnostic  sur  deux  caractères  : 
1°  la  consistance  spéciale,  molle,  lipomateuse  par  endroits  et  lobulée, 
ferme,  dans  d’autres;  2°  ia  présence  chez  l’enfant  d’une  tache  pigmen¬ 
taire  assez  étendue  à  la  région  fessière  droite. 

l’extirpation  de  la  tumeur  tout  entière  put  se  faire  assez  aisément 
par  une  seule  incision  dorsale  sur  le  troisième  espace  intermétatarsien. 


Fig.  1  et  2.  —  Fibro -lipome  périostique  du  pied  gauche. 

Je  pus  dégager  les  tendons  extenseuis  sur  le  dos  du  pied  et  énucléer  la 
masse  de  la  tuineur  qui  était  considérable  à  ia  plante  du  pied.  Mais 
une  fois  la  tumeur  extraite,  le  troisième  métatarsien  s’est  trouvé 
dépouillé  de  son  périoste  au  niveau  de  la  face  externe. 

Sutures  sans  drainage  sur  le  dos  du  pied.  Un  petit  drain  est  laissé 
deux  jours  par  une  contre-ouverture  faite  à  la  peau  du  creux  plan¬ 
taire. 

-  Mon  ami  Lecène  a  bien  voulu  examiner  les  coupes  de  la  tumeur  : 
il  s’agit-,  non  d’un  névrome  plexiforme,  mais  d’un  fibro-lipome 
typique.  Je  suis  porté  à  croire  que  ce  fîbro-lipome  est  d’origine 
périostique,  étant  données  son  adhérence  au  périoste  du  troisième 
métatarsien  et  l’atrophie  de  ce  métatarsien.  Ces  fibro-lipomes 
périostiques  sont  souvent  congénitaux ,  et  celui-ci  pourrait  bien 
être  de  cet  ordre,  sans  que  je  puisse  l’affirmer. 


1248 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


M.  Paul  Tuiéry.  —  En  apercevant  le  moulage  que  nous  a 
présenté  M.  Mouchet,  j’ai  fait  aussitôt  le  diagnostic  de  lipome  et 
j’avais  demandé  la  parole  à  notre  président,  si  après  la  commu¬ 
nication  de  notre  collègue  mon  diagnostic  était  exact.  Ce  n’est 
pas  que  le  diagnostic  soit  facile,  mais  mon  attention  a  été  récem¬ 
ment  attirée  sur  ces  lipomes  par  deux  cas  que  je  viens  d'observer. 

Dans  le  premier  cas,  j’ai  fait  un  diagnostic  inexact  :  «  Kyste 
tendineux  »  alors  qu’il  s’agissait  d’un  lipome  situé  au  niveau  des 
gaines  desiextenseurs  du  pied.  J’ai  opéré  Je  malade  à. la  Pitié,  où 
de  aaambneux  Sèves  avaient  fait  la  môme  terreur  de  diagnostic. 
La  môme  semaine,  j'ai  eu  l'occasion  diobserver,  en  expertise.,  un 
cas  semblable  :  lipome  situé  au  niveau  des  gaines  des  extenseurs. 

Je  dois  dire  que  ce  sont  les  deux  premiers  Lipomes  du  cou-de- 
pied  que  j’observe,  alors  que  j’y  ai  rencontré  fréquemment  des 
synovites  à  grains  riziformes,  kystes  tendineux  ou  tumeurs 
analogues. 


Fistule  tuberculeuse  d'origine  costale 
guérie  après  50  injections  de  collo^vaccin  de  GrMberg, 

par  M.  SAVARIACD. 

11  s’agit  d’une  femme  de  vingt-huit  ans  présentant  un  taîbcès 
froid  thoracique,  quifut  t-raitéed’abord  par  la  méthode  desponction  s 
(G  ponctions  avec  ou  sans  injection  modificatrice),  puis, comme 
l'abcès  se  reproduisaitct  qu’il  s’étaitifistulisé^par  P ou-ver tore  large, 
résection  des  parois  de  l’abcès  et  de  la  côte  malade. 

La  malade  fut  alors  confiée  à  un  de  nos  externes  avec  recom¬ 
mandation  de  laisser  la  plaie  largement  ouverte.  Malheureusement, 
ainsi  .qu’il  arrive  souvent,  la  plaie  se  referma  trop  tôt  et  resta 
fistuleuse.  C’est  alors  que  la  malade  fut  confiée  à  M.  Grimberg  à 
qui  je  laisse  la  parole  : 

Observatiox.  —  Calm...  (Céline),  vingt-huit  ans.  Abcès  froid  de  la 
10e  côte.  Entrée  en  avril  1922  pour  un  abcès  froid  d’origine  costale 
siégeant  sur  la  ligne  axillaire  au  niveau  de  la  10e  côte.  On  ponctionne 
six  fois,  mais,  l’abcès  se  reproduisant,  on  décide  de  l'opérer  .en 
décembre  1922.  L’opération  a  consisté  en  un  raclage  de  la  paroi  de  l’abcès 
et  une  résection  de  la  côte. 

Depuis  l’opération  la  malade  garde  trois  fistules  au  niveau  de  la  cica¬ 
trice,  qui  suppurent  abondamment.  La  fistule  supérieure  est  profonde 
de  3  à  4  centimètres.  Le  stylet  pénètre  dans  la  fistule  moyenne  sur  une 
longueur  de  10  à  12  centimètres  le  long  de  la  côte  et  de  la  plèvre.  La 
fistule  inférieure  a  une  longeur  de  4  à  5  centimètres. 


SÉANCE  DU  31  OCTOBRE 


12-40 


On  commence  les  injections  de  collo-vaccin,  le  1er  mai  1923  à  raison 
de  deux  à  trois  injections  par  semaine.  La  suppuration  diminue  rapi¬ 
dement.  Les  fistules  supérieure  et  inférieure  sont  taries  au  mois  de 
juin.  La  fistule  inférieure  à  la  fin  du  mois  d’août. 

Actuellement  la  malade  est  guérie. 

Les  réactions  fébriles  n’ont  jamais  été  marquées  et  la  malade  a 
pu  vaquer  à  ses  occupations  pendant  toute  la  durée  du  .traitement. 
Par  contre,  les  réactions  au  niveau  des  injections  ont  été  assez 
vives.  Elle  a  fait  un  abcès  qui  a  guéri  au  bout  de  quinze  jours. 

Il  est  à  remarquer,  en  outre,  que  la  malade  présente  des  signes 
cavitaires  au  niveau  du  sommet  droit,  signes  qui  se  sont  légère¬ 
ment  améliorés  par  le  traitement. 

La  malade  a  eu  environ  50  injections. 

M.  Proust.  —  Le  nombre  des  guérisons  de  tuberculoses  locales 
guéries  par  l’emploi  du  collo-vaccin  de  M.  Grimberg  commence 
à  étré  trop  important  pour  qu’on  ne  puisse  y  voir  qu’une  coïnci¬ 
dence.  Aussi  je  crois  que  mon  ami  Savariaud  pourrait  dire  par  au 
lieu  de  après. 


Collapslhérapie  par  décollement  pleuro-pariétal  pour 
tuberculose  limitée  au  sommet  du  poumon, 

greffe  d'un  fragment  de  tissu  adipeux  dans  l'espace  décollé , - 

par  M.  TUFFIER. 

Je  vous  présente  une  femme  de  vingt-quatre  ans,  chez  laquelle 
l’état  local,  l’examen  des  crachats,  la  radioscopie  et  l’état  général 
fébrile  démontraient  une  tuberculose  du  sommet  du  poumon 
droit. 

J’ai  pratiqué  le  décollement  pleuro-pariétal  par  simple  incision 
du  deuxième  espace  intercostal  —  le  10  juillet  1923  —  et  j’ai 
comblé  tout  l’espace  du  lobe  supérieur  décollé  par  une  masse  de 
tissu  adipeux  enlevé  au  moment  à  une  grosse  femme  atteinte  de 
fibrome,  dans  des  conditions  de  sécurité  absolue.  Fermeture 
complète.  Guérison. 

Le  noyau  tuberculeux  que.  j’ai  pu  explorer  pendant  l’opération 
était  si  bien  localisé  que  je  l’aurais  certainement  extirpé  si  la 
malade,  qui  appartient  au  monde  médical,  avait  été  prévenue  de 
la  possibilité  de  cette  intervention. 

Vous  voyez  la  malade  aujourd’hui  (3  mois  1/2  après)  en  parfait 
état.  M.  Sergent  en  a  conslaté  l’état  local. 


1250 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRUÏ 


Je  vous  ai  apporté  une  série  de  radiographies  montrant  le 
résultat  obtenu. 

Je  vous  présente  celte  malade  pour  montrer  que  les  lésions 
apicales  localisées  sont  seules,  avec  pu  sans  pneumothorax  arti¬ 
ficiel,  justiciables  de  ce  traitement  qui  n’êst  en  rien  applicable  aux 
grandes  infiltrations  tuberculeuses  qu’attaque  la  thoracoplastie. 


Le  Secrétaire  annuel, 
M.  Ombrédanne. 


Cassette. 


SÉANCE  DU  7  NOVEMBRE  1923 


Présidence  de  M.  Mauclaire. 


Procès-verbal. 


La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  mise 
aux  voix  et  adoptée. 


Correspondance. 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  périodiques  delà  semaine. 
2°.  —  Une  lettre  de  M.  Souligoux,  s'excusant  de  ne  pouvoir 
assister  à  la  séance. 

3°.  —  Une  lettre  du  D1'  Bbisset  (de  Saint-Lô),  posant  sa  candi¬ 
dature  au  titre  de  correspondant  national. 


A  propos  de  la  correspondance. 

1".  —  Un  travail  intitulé  :  Trois  cas  d'abcès  amibiens  du  foie 
traités  par  l'ouverture,  l'assèchement  du  contenu  et  la  réunion  pri¬ 
mitive  sans  drainage ,  par  MM.  Aubry  et  Costantini  (d’Alger). 

M.  Lardennois,  rapporteur. 

2°.  —  Brûlure  du  vagin.  Autnplastie,  par  M.  Raymond  Petit. 

M.  Tiffier,  rapporteur. 

3°.  —  Un  mémoire  destiné  au  prix  Laborie,  intitulé  :  Kystes  et 
pseudo-kystes  de  la  /  arolide,  avec  la  devise  suivante  :  «  Il  est  plus 
aisé  de  dire  des  choses  nouvelles  que  de  concilier  celles  qui  ont 
été  dites  »  (Vauvenargues). 

4°.  —  M.  Walt her  présente  :  1°  un  travail  de  M.  Le  Jeune  (de 
Brest),  intitulé  :  Tuberculose  iléo-cxcale  hypertrophique.  Hèmi- 
colectomie  droite.  Iléo-ti  ansversoslomie  latéro-latérale.  Guérison. 
—  2°  Un  travail  de  M.  Brisset  (de  Saint-Lô),  intitulé  :  Note  sur 
un  cas  d'artérite  perforante  de  la  tibiale  postérieure  avec  anévrisme 
LA  soc.  DK  CUIR.,  1923.  -  N°  29.  92 


vÿWYd  JA 


1252 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


diffus  du  mollet  dans  la  convalescence  d'une  septicémie  d'apparence 
grippale.  Intervention.  Guérison. 

M.  Walther,  rapporteur. 

5J.  —  M.  Mouchet  présente  une  observation  de  MM  Robert 
Dupont  et  Edouard  Peyre  (de  Paris),  intitulée  :  Un  cas  de  pseudo- 
tümeur  blanche  syphilitique. 

M.  Mouchet,  rapporteur. 

6°.  —  M.  Lapointe  présente  un  travail  de  M.  Gauthier  (de 
Luxeuil),  intitulé  :  Sur  450  cas  de  fièvre  puerpérale  traités  par  le 
curettage  et  l’irrigation  continue. 

M.  Lapointe,  rapporteur. 


A  propos  du  procès-verbal. 

Les  formes  normales  du  bulbe  duodénal, 
par  M.  RAYMOND  GRÉGOIRE. 

La  très  intéressante  communication  que  mon  ami  Pierre  Duval 
a  faite,  dans  l’avant-dernière  séance,  sur  les  aspects  différents  du 
duodénum  normal  et  pathologique  me  donne  l’occasion  de  pré¬ 
senter  à  la  Société  des  recherches  entreprises  depuis  longtemps 
déjà  et  dont  j’avais  toujours  différé  la  publication. 

Je  n’aurai  en  vue  aujourd’hui  que  la  forme  et  la  direction  du 
bulbe  duodénal  normal,  c’est-à-dire  du  bulbe  duodénal  observé  à 
l’écran  chez  des  individus  indemnes  de  toute  histoire  pathologique 
de  ce  côté. 

Il  est  d'autant  plus  intéressant  de  préciser  nettement  ces  notions 
que  la  connaissance  imparfaite  de  la  forme  des  organes  creux  vus 
à  l'écran  peut  conduire  à  des  interprétations  erronées. 

Le  bulbe  duodénal  normal  se  présente  sur  l’écran,  le  sujet  étant 
debout,  sous  trois  aspects  différents  : 

Le  premier  type,  de  beaucoup  plus  rare,  ne  se  rencontre  guère 
que  chez  l’homme  robuste.  Le  bulbe  est  plus  large  que  haut.  Il 
semble  qu’il  soit  venu  s’aplatir  sur  la  face  inférieure  du  foie.  S’il 
fallait  absolument  une  comparaison  pour  faire  comprendre  sa 
forme,  je  dirais  que  son  ombre  se  profile  comme  ferait  l’ombre 
d’un  tampon  de  wagon.  Il  est  donc  rectangulaire.  Le  côté  supé¬ 
rieur  est  rectiligne  ou  un  peu  convexe.  Le  côté  inférieur  est  légère¬ 
ment  concave.  Les  deux  petits  côtés,  externe  et  interne,  sont 
courbes  et  convexes. 

Il  est  presque  horizontal  ou  légèrement  incliné  en  bas  jet  en 
dehors. 


1£33 


SÉANCE  DV  1  NOVEMBRE 

Le  second  type,  plus  fréquent,  se  constate  plus  ordinairement 
chez  lk  femme.  Il  rappelle  assez  bien  la  forme  d’une  flamme  de 
bougie.  C’est  un  triangle  opaque,  mais  .très  allongé  et  isocèle.  Les 
angles  se  sont  arrondis.  Quant  aux  bords,  l’externe  et  l’interne 
sont  rectilignes,  l’inférieur  est  concave  et  concentrique  à  celui  de 
1  ’antrum  pylori. 

Dans  cette  variété,  la  direction  du  bulbe  se  rapproche  beaucoup 
de  la  verticale. 

Le  troisième  type  est  le  plus  habituel.  Il  peut  être  comparé^  la 
forme  d’une  mitre  ou  bonnet  d’évêque.  C’est  un  triangle  opaque, 
à  peu  près  équilatéral.  Les  angles  sont  arrondis.  Des  trois  bords, 


Fig.  1.  —  Le  bulbe  en  tampon  de  wagon.  Sujet  robuste  à  thorax  court  et  large. 
Estomac  en  corne  d’abondance. 

Fig.  2.  —  Le  bulbe  en  flamme  de  bougie.  Sujet  à  thorax  étroit  et  long. 

Estomac  allongé,  portion  ascendante  parallèle  à  ta  portion  descendante. 
Fio.  3.  —  Le  bulbe  en  bonnet  d’évêque.  Sujet  du  type  moyen.  Estomac  en 
forme  de  chaussette. 

l’interne  est  très  légèrement  convexe;  l’exterpe  est  très  légèrement 
concave.  Quant  à  la  base,  elle  est  nettement  concave  et  sa  cour¬ 
bure  paraît  calquée  sur  celle  de  Yantrum  pylori. 

Le  bulbe  est  dirigé  en  haut  et  en  dehors  et  incliné  à  45°  environ 
sur  l’horizontale. 

Ces  formes  et  ces  directions  différentes  sont  expliquées  ou 
mieux  imposées  par  le  type  architectural  de  l’individu.  Le  bulbe, 
duodénal  suit  à  ce  point  de  vue  les  mêmes  variations  que  le  foie 
et  l'estomac,  logés  avec  lui  dans  la  portion  thoraco-abdominale  du 
ventre. 

De  fait,  cette  partie  supérieure  de  la  cavité  abdominale  présente 
une  conformation  variable  suivant  les  individus,  et  il  faut  bien 
que  les  organes  qui  y  sont  contenus  modifient  leur  direction  ’et 
leur  forme  suivant  les  circonstances.  Ils  s’adaptent,  en  un  mot,  au 
contenant. 


1254 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Ces  rapports  du  continu  au  continuant  ont  été  développés  dans 
le  tome  Ior  de  Y  Anatomie  médico- chirurgicale  que  j’ai  publié 
sur  l’abdomen.  Maingot  enseigne  ces  notions  depuis  longtemps  et, 
récemment,  dans  Le  Journal  médical  français  (janvier  1923),  il 
précisait  ces  formes  variables  du  duodénum. 

Il  y  a  des  individus  à  thorax  puissant,  court  et  large.  Chez  eux, 
la  hauteur  de  la  région  thoraco-abdominale  est  faible,  mais  ses 
dimensions  dans  le  sens  antéro-postérieur  sont  considérables.  Les 
viscères  de  la  région  ont  de  la  place. 

Chez  ces  individus,  les  organes  de  la  région  thoraco-abdomi¬ 
nale  se  disposent  en  largeur.  Le  foie  est  plus  large  que  haut. 
L’estomac  prend  la  forme  d’une  corne  d’abondance.  Ses  deux 
portions,  descendante  et  ascendante,  sont  à  peine  distinctes  et  se 
portent  en  bas  et  à  gauche  dans  la  continuité  l’une  de  l’autre.  Le 
bulbe  s’aplatit  en  tampon  de  wagon,  comme  s’il  venait  buter 
contre  la  face  inférieure  du  foie, 

Il  y  a  des  individus  à  thorax  efflanqué,  long  et  étroit.  La  hau¬ 
teur  de  la  région  thoraco-abdominale  est  accentuée,  mais  ses 
dimensions  dans  le  sens  antéro-postérieur  sont  faibles.  Les  viscè¬ 
res  de  la  région  sont  à  l'étroit. 

Chez  ces  individus, les  organes  delà  région  thoraco-abdominale 
se  disposent  en  hauteur,  autrement  dit,  le  foie  est  plus  haut  que 
large;  l’estomac  s’allonge  dans  le  sens  vertical.  La  grande  et  la 
petite  courbure  sont  plus  rapprochées  l’une  de  l’autre.  L’extré¬ 
mité  inférieure  descend  bas,  la  portion  ascendante  a  tendance  à 
devenir  verticale  et  presque  parallèle  à  la  portion  descendante. 
Le  bulbe  duodénal  s’étire  également,  il  prend  la  forme  en  flamme 
de  bougie  et  devient  vertical. 

Entre  ces  deux  extrêmes,  vient  se  placer  toute  une  série  d’indi¬ 
vidus  qui  représentent  le  type  moyen.  C’est  aussi  le  type  le  plus 
habituel. 

Chez  eux,  les  organes  de  la  région  thoraco-abdominale  affectent 
une  disposition  intermédiaire.  Le  foie  est  à  peu  près  aussi  large 
que  haut.  L’estomac  prend  la  forme  en  chaussette  ou  en  hame¬ 
çon.  11  présente  deux  portions  :  une  première  descendante,  deux 
■fois  plus  longue  que  l’autre,  et  uneporlion  horizontale  ou  légère¬ 
ment  ascendante.  Le  bulbe  duodénal,  dans  ces  cas,  a  la  forme 
d’une  mitre  ou  bonnet  d’évêque,  qui  est  bien,  en  effet,  celle  que 
l’on  rencontre  de  la  façon  la  plus  fréquente. 

Jepensequ’aujourd’hui,où  la  pathologie  du  duodénum  préoccupe 
tous  les  chirurgiens,  ces  formes  et  ces  directions  variées  du  duo¬ 
dénum  méritent  d’être  précisées  afin  d’éviter  de  considérer  comme 
pathologiques  des  dispositions  absolument  normales. 


SÉANCE  DU  7  NOVEMBHE 


Sur  l’absence  congénitale  du  vayin 
et  sa  correction  par  la  transplantation  intestinale, 

par  M.  ABADIE  (d’Oran),  membre  correspondant  national. 

A  l’occasion  de  noire  observation,  dont  le  texte  a  paru  dans  le 
précédent  Bulletin,  nous  avions  l’intention  de  ne  discuter*  ni  la 
légitimité,  ni  le  choix  de  l’intervention  ;  mais  après  la  discussion 
qui  vient  d’avoir  lieu  nous  exposerons  notre  opinion  actuelle  qui 
demeure  entièrement  celle  que  nous  exposions  en  1910. 

Je  rappellerai  que  lorsque,  pour  la  première  fois,  Baldwin 
réalisa  son  opération,  c’était  pour  une  disparition  du  vagin  consé¬ 
cutive  à  des  accidents  obstétricaux  ;  il  était  donc  guidé  par  le 
dessein  de  rétablir  un  canal,  non  seulement  pour  permettre  des 
rapports  sexuels,  mais  peut-être  plus  encore  pour  donner  accès  à 
utérus  normal,  susceptible  d’être  fécondé,  et  donner  issue  aux 
produits  de  la  conception.  L’intervention  qu’il  s’est  proposée  était 
donc  de  tous  points  légitime,  indiscutable.  Après  réfection  du 
vagin,  il  a  reconnu  l’impossibilité  d’aboucher  le  col  utérin  dans  le 
canal  néoformé  ;  mais  ce  n’est  là  qu’un  incident  secondaire  quand 
on  envisage  le  bien-fondé  de  l'indication  opératoire. 

Depuis  lors,  on  a  étendu  l’opération  de  Baldwin  aux  cas 
d’absence  congénitale  de  vagin,  et  les  constatations  anatomiques 
ont  montré  qu’on  ne  trouve  jamais,  ou  quasi  jamais,  avec  un 
vagin  inexistant,  un  utérus  normal,  en  tous  cas  susceptible 
d’abriter  une  grossesse.  On  ne  se  propose  donc  qu’un  but  :  per¬ 
mettre  des  rapports  sexuels  qui  ne  soient  pas  ectopiques,  donnent 
au  maximum  l’illusion  d’être  normaux,  mais,  et  c’est  là  l’élément 
de  discussion,  soient  sûrement  voués  à  la  stérilité,  au  su  ou  à 
l’insu  du  géniteur.  Dans  ce  cas,  l’intervention  est-elle  légitime? 

Je  ne  veux  pas  reprendre  la  discussion  de  ce  point  que  l’on 
peut  trouver  en  son  intégrité  dans  mon  article  de  janvier  1911.  Je 
dirai  seulement  et  avant  tout,  que  nous  n’avons  pas,  nous,  chi¬ 
rurgiens,  à  substituer  nos  propres  conceptions  morales  à  celles 
de  la  malade.  Or,  elle  a  seule  le  droit  d'apprécier  toute  la  souf¬ 
france  d’une  vie  asexuée;  elle  a  le  droit  de  dissocier  les  deux 
fonctions  auxquelles  correspond  l’organe  qui  lui  manque  :  rap¬ 
ports  sexuels,  reproduction.  Si  elle  nous  réclame  une  intervention 
(qui  n’est  pas  autre  chose,  comme  je  l’écrivais  déjà  en  1910, 
qu’une  opération  «  orthopédique  »,  et  doit  être  appréciée  comme 
telle),  nous  devons  lui  en  exposer  et  le  résultat  et  les  difficultés 
de  réalisation;  mais,  en  dernière  analyse,  c’est  à  la  malade  à  faire 
la  balance  entre  l’existence  que  lui  réserve  sa  malformation  et  les 


1256 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


dangers  d’une  correclion  opératoire;  c’est  à  elle  qu’il  appartient 
de  prendre  une  décision.  A  nous,  chirurgiens,  de  mettre  alors 
toutes  les  ressources  de  notre  art  au  service.de  ses  légitimes  exi¬ 
gences. 

A  quelle  opération  recourir  de  préférence? 

L’utilisation  des  greffes  de  Thiersch  dont  il  a  été  question  tout 
à  l'heure,  ou  opération  d’Abbe,  que  j’avais  vu  employer  par  mon 
maître  Forgue,  et  dont  j’ai  publié  un  cas  au  Congrès  de  Chirurgie 
de  1907,  a  cet  inconvénient  de  nécessiter  une  dilatation  au  man¬ 
drin  presque  constante  pour  lutter  contre  la  rétraction  profonde. 
Et  je  ne  suis  point  sûr  que  le  procédé  de  Pozzi  ne  rencontre  pas 
les  mêmes  écueils. 

Après  l’opération  de  Sneguireff  utilisant  le  reetum  comme 
vagin,  et  descendant  le  bout  supérieur  au  niveau  d’un  anus  nou¬ 
veau  sacré,  je  doute  que  «  les  avantages  d’un  coït  sphinctêrisé 
compensent  les  inconvénients  d'un  anus  incontinent  ».  Sans 
compter  que,  comme  l’objection  en  avait  été  faite  par  un  deses 
collègues  au  chirurgien  russe,  pédérastie  pour  pédérastie,  ce 
n’est  vraiment  pas  la  peine  de  se  donner  tant  de  mal  ! 

Sans  doute,  l’opération  de  Schubert,  en  ne  desphinctérisant  pas, 
en  principe,  le  rectum,  est  supérieure  à  celle  de  Sneguireff.  Cepen¬ 
dant  nous  avons  dit  pourquoi  nous  lui  préférons  celle  de  Baldwin. 


A  propos  du  traitement  de  la  tuberculose 
par  le  collo-vaccin  du  D 1  Grimberg / 

par  M.  P.  HALLOPEAU. 

Je  crois  devoir  apporter  à  mon  tour  les  observations  des  malades 
traités  dans  mon  service  par  le  vaccin  du  Dr  Grimberg  et  sous 
sa  direction.  Comme  le  disait  Proust  il  y  a  huit  jours,  tous  les 
résultats  publiés  jusqu’ici  étaient  très  encourageants  ;  ceux-ci  le 
sont  beaucoup  moins. 

Voici  les  observations  recueillies  par  mon  interne  Oberthur  de 
ces  quatre  malades  traités  depuis  le  20  mars  1923  : 

Ors.  I.  —  L...  (Marcelle),  cinq  ans,  eDlre  à  Trousseau  le  5  mars 
dernier  pour  vn  abcès  fessier  droit,  s’accompagnant  de  claudication  et 
de  limitation  des  mouvements  de  la  hanche;  il  n’y  a  cependant  ni 
douleur  à  la  pression,  ni  ganglions  rétro-cruraux.  L’extension  continue 
appliquée  à  ce  moment  fait  rapidement  disparaître  la  contracture.  On 
ponctionne  l'abcès.  L’état  général  est  bon. 


SÉANCE  DU  7  NOVEMBRE  1257 


Le  20  mars,  on  commence  les  injections  de  collo-vaccin  ;  on  en 
fait  21,  soit  33,5  centicubes  en  l'espace  de  deux  mois,  les  piqûres  étant 
faites  à  la  fesse  et  la  cuisse  gauches,  tous  les  deux  ou  trois  jours.  Pas 
de  réaction  générale  consécutive  aux  piqûres  ;  la  température  se  main¬ 
tient  comme  auparavant  entre  37°  et  38°. 

Le  trailement  est  cessé  le  17  mai.  Au  5  juin,  on  constate  que  la 
hanche  a  retrouvé  ses  mouvements;  mais  que  l’abcès  ponctionné 
quatre  fois,  dont  deux  fois  pendant  le  traitement,  et  ayant  donné 
30  centicubes  de  pus,  garde  à  peu  près  le  même  volume  que  lors  de 
l’entrée  à  l’hôpital;  il  est  descendu  jusque  derrière  le  trochanter;  la 
radiographie  ne  donne  aucun  renseignement.  Il  s’agit  probablement 
d’une  ostéite  de  l’aile  iliaque.  L’état  général  est  resté  bon. 

Les  piqûres  ont  laissé  des  cicatrices  rouges,  larges  de  6  à  7  milli¬ 
mètres,  correspondant  à  des  zones  de  nécrose  de  toute  l’épaisseur  de  la 
peau. 

Obs.  II.  —  S...  (Raymonde),  quatre  ans,  entre  le  18  mars  pour  un 
abcès  froid  fistulisé  derrière  la  malléole  interne  gauche;  derrière  la 
malléole  exbrne  sont  deux  cicatrices  de  fistules;  dans  le  creux  poplité 
gauche,  gomme  tuberculeuse  non  ramollie;  bon  état  général. 

Du  20  mars  au  18  avril,  sont  faites  13  injections  de  collo-vaccin;  au 
total,  18  ceuticubes  et  7/10.  11  n’y  a  aucune  réaction  générale.  Locale¬ 
ment  il  se  produit  des  zones  rouges  larges  de  !î  à  7  millimètres.  Au 
moment  du  départ  pour  Berck,  le  11  mai,  on  constate  que  les  lésions 
du  cou-de-pied  sont  restées  stationnaires,  que  la  gomme  du  creux 
poplité  s'est  fistulisée  après  ramollissement,  que  l’état  général  est  resté 
bon. 


Obs.  III.  —  L...  (Lucien),  âgé  de  quatorze  ans,  entre  le  19  février  pour 
arthrite  tuberculeuse  sous-astragalienne  du  pied  droit.  Les  gouttières 
rétro-malléolaires  et  la  dépression  pré-malléolaire  externe  sont  effacées  ; 
il  y  a  élévation  de  la  température  locale.  La  région  du  sinus  tarsi  est 
douloureuse  à  la  pression  ainsi  que  lapartie  postérieure  de  l’interligne 
sous-astragalien  et  du  calcanéum.  Les  mouvements  de  l’articulation 
sont  très  douloureux  et  immédiatement  arrêtés;  la  médio  tarsienne  est 
libre,  la  flexion  un  peu  limitée  dans  la  tibio-tarsienne  ;  il  y  a  atro¬ 
phie  musculaire  du  membre  avec  hypertrichose  et  adénopathie  ingui¬ 
nale.  A  la  radiographie  on  constate  du  flou  au  niveau  de  l’inter¬ 
ligne  sous-astragalien,  de  la  décalcification  du  tarse  et  du  tibia. 
La  température  oscille  entre  37°8  et  38°.  L'état  général  est  resté  bon. 
On  applique  une  botte  plâtrée  fenêtrée.  Deux  ponctions  sont  faites, 
cependant  une  fistule  se  produit  derrière  la  malléole  externe. 

A  ce  moment,  19  mars,  on  commence  le  collo-vaccin  qui  est  continué 
pendant  deux  mois;  en  tout  18  piqûres,  soit  24  centicubes,  sont 
faites. 

Trois  nouvelles  ponctions  déterminent  chacune  une  fistule  dans  une 
jieau  amincie.  Puis  d’autres  ulcérations  se  forment.  L’enfant  s’amaigrit. 
La  température  présente  de  fortes  oscillations;  l’arrière-pied  se  trans¬ 
forme  en  fongosités  purulentes. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Le  4  juin,  l'enfant  part  pour  la  campagne,  son  état  général  s’élant 
fort  altéré,  l'étal  local  s’étant  aggravé  considérablement. 

Obs.  IV.  —  V...  (Auguste),  neuf  ans,  entre  en  octobre  1922  pour 
tuberculoses  multiples.  Au  20  mars  1 923,  on  constatait  :  une  tuberculose 
du  calcanéum  droit  en  voie  de  guérison,  une  fistule  cicatrisée;  un 
abcès  fistulisé  de  la  jambe  droite;  une  lésion  du  calcanéum  giuche 
avec  ulcérations  bourgeonnanles;  un  abcès  rétrotrochantérien  fistulisé; 
un  abcès  froid  à  la  face  externe  du  genou  droit;  une  tumeur  blanche 
du  coude  droit  fistulisée;  l’état  général  est  médiocre. 

Le  traitement  par  le  collo-vaccin  est  alors  commencé  et  poursuivi 
pendant  deux  mois  sous  forme  de  vingt  piqûres  représentant  29,9  centi- 
cubes. 

Au  cours  de  ce  traitement  on  constate  l’apparition  des  nouvelles 
localisations  suivantes:  un  volumineux  abcès  froid  développé  à  la 
partie  postérieure  du  thorax,  allongé  sur  le  flanc  de  la  colonne  verté¬ 
brale,  et  qu’il  fallut  ponctionner  trois  fois;  un  spina  ventosa  du 
3*  métacarpien  droit;  une  tumeur  blanche  du  coude  gauche  avec 
formation  rapide  d’un  abcès;  un  spina  ventosa  du  38  métatarsien 
droit. 

L’état  général  s’est  aggravé;  la  température  oscille  entre 37°o  et38°o; 
l’enfant  s'est  amaigri.  Toutes  les  piqûres  ont  déterminé  des  escarres; 
certaines  suppurent  encore  au  5  juin;  leur  pourtour  ressemble  par 
endroits  à  une  plaque  lupique  en  évolution  J  au.  centre  il  y  a  une  perte 
de  substance  de  5  à  6  millimètres  de  largeur  sur  2  millimètres  d’épais¬ 
seur.  J’ajoute  que  ce  malade  est  encore  en  traitement  dans  mon 
service;  que  ses  lésions  sont  encore  en  évolution,  mais  que  son  état 
général  semble  s’améliorer;  les  cicatrices  des  piqûres,  blanches  et  un 
peu  déprimées,  atteignent  parfois  la  largeur  d’une  pièce  de  un  franc. 


Je  ne  voudrais  ajouter  que  de  irès  brefs  commentaires  à  ces 
'faits,  puisqu’une  statistique  d’ensemble  doit  être  prochainement 
publiée.  On  comprend  cependant  que  l’impression  que  j’en  ai 
recueillie  soit  beaucoup  moins  favorable  que  je  ne  l’espérais  au 
début,  sur  la  foi  des  communications  faites  ici. 

Chez  la  première  malade,  assurément,  il  n’y  a  pas  eu  aggrava¬ 
tion,  mais  l’abcès  a  continué  à  évoluer  sans  aucun  signe  d’amélio¬ 
ration  réelle;  les  phénomènes  de  contracture  delà  hanche  avaient 
déjà  régressé  sous  l’influence  de  l’extension  continue,  avant  les 
injections. 

Chez  la  seconde,  on  ne  peut  non  plus  considérer  comme  une 
amélioration  le  fait  qu’une  gomme  tuberculeuse  se  soit  ramollie 
et  ulcérée,  les  autres  lésions  restant  stationnaires.  Cf.s  deux  pre¬ 
miers  cas  ne  prouvent  rien,  ni  en  faveur  de  la  méthode,  ni  contre 
elle  :  elle  semble  être  restée  simplement  inactive.  • 

Peut-on  en  dire  autant  pour  les  deux  autres  ? 


SÉANCE  DU  7  NOVEMBRE 


1259 


Chez  l’un,  aggravation  notable  des  lésions  locales  et  de  l'état 
général,  malgré  l’immobilisation  dans  un  appareil  plâtré;  chez 
l'autre,  apparition  de.  plusieurs  nouveaux  foyers  et  aggravation 
sérieuse  de  l’état  général  :  voilà  le  bilan. 

Notre  collègue  Savariaud  a  très  sagement  déclaré  qu’il  appor¬ 
tait  un  fait  où  la  cicatrisation  avait  succédé  aux  injections,  mais 
qu’il  ne  prétendait  pas  la  leur  attribuer.  Je  ne  voudrais  pas 
davantage  attribuerà  ces  injections  la  fâcheuse  évolution  observée 
chez  mes  malades. 

On  comprendra  néanmoins  qu’ayant  vu  sur  quatre  cas  choisis 
d’accord  avec  M.  Grimberg  et  soigneusement  suivis,  ayant  ,vu, 
dis-je,  des  résultats  nuis  dans  deux  cas  et  franchement  mauvais 
dans  les  deux  autres,  je  n’aie  pas  été  tenté  de  persévérer  dans 
l’emploi  de  cette  'méthode. 


Abserlce  congénitale  du  vagin.  Opération  de  tialdwin-Mori , 
par  M.  AUVRAY. 

Dans  la  précédente  séance,  à  propos  de  la  création  d’un  vagin 
artificiel  par  la  méthode  de  Baldwin,  je  disais  qu’il  avait  été  rap¬ 
porté  dans  un  travail  récent  paru  à  l’étranger  un  certain  nombre 
de  cas  de  morts  à  la  suite  „de  cette  opération.  Je  n’avais  pas 
présente  à  l’esprit  l'indication  bibliographique  que  je  tiens  à 
reproduire  dans  les  Bulletins.  Il  s’agit  d’un  travail  de  Hortolomei 
(de  Jassy)  publié  dans  le  Zenlralblalt  fur  Chirurgie  (1923).  L’auteur 
parle  de  quatre  cas  d’absence  congénitale  du  vagin  avec  constitu¬ 
tion  d’un  néovagin  au  moyen  de  l’intestin  grêle;  ces  quatre  cas 
ont  été  opérés  par  l’opération  de  Baldwin  avec  trois  guérisons  et 
une  mort.  Il  ajoute  que  l’opération  de  Baldwin-Mori  a  donné 
12  morts  sur  55  cas.  L’auteur  croit  qu’il- faut  donner  la  préférence 
à  l'opération  de  Schubert,  dont  parlait  Abadie  dans  la  dernière 
séance,  c’est-à-dire  la  reconstitution  du  vagin  au  moyen  du  gros 
intestin,  opération  qui  serait  moins  grave  parce  qu’elle  ne 
nécessite  pas  l’ouverture  du  péritoine;  l’opération  de  Schubert, 
d’après  Hortolomei,  aurait  été  pratiquée  jusqu’ici  quarante-huii 
fois  sans  une  seule  mort. 

J’insistais  dans  la  dernière  séance  sur  les  rétrécissements  dont 
l’anse  fixée  à  la  vulve  est  secondairement  le  siège.  Dans  un  travail 
du  Zenlralblalt  f'ùr  Ggnàlt.  (1922),  Neugebauer,  étudiant  les  résul¬ 
tats  fournis  par  le  Baldwin  d’après  sept  observations  personnelles, 
insiste  sur  la  tendance  marquée  au  rétrécissement;  il  l’a  observée 


1260 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


aussi  bien  lorsque  les  suites  de  l’opération  ont  été  aseptiques  que 
lorsqu’il  y  a  eu  infection  de  la  plaie.  Le  rétrécissement  qui  peut 
devenir  très  serré  siège  au  niveau  de  la  suture  de  l’anse  intestinale 
à  la  vulve,  il  nécessite  la  dilatation  et  même,  parfois,  une  opération 
délibération. 

Il  m’a  semblé  que  ces  travaux,  dont  l’analyse  a  été  faite  dans 
nos  grands  périodiques,  méritaient  d’être  rappelés  à  propos  de  la 
discussion  qui  a  eu  lieu  à  la  dernière  séance,  car  ils  montrent  toute 
la  gravité  de  l’opération  de  Baldwin. 


A  propos  des  greffes  dermo- épidermiques  selon  la  méthode 
d’Ollier-Thiersch, 

par  M.  PIERRE  FREDET. 

Je  n’assistais  pas  au  début  de  la  dernière  séance  :  je  demande 
la  permission  de  présenter  quelques  remarques. 

Les  allusions  de  quelques-uns  de  nos  collègues  à  la  difficulté  de 
réussir  les  greffes  dermo-épidermiques  m’ont  fort  étonné.  Si  je 
m’en  rapporte  à  mon  expérience  propre,  aucune  opération  ne  me 
paraît  plus  simple  et  soumise  à  moins  d’aléas. 

A  lire  la  discussion,  il  semble  qu’on  puisse  obtenir  un  bon 
résultat  par  des  moyens  assez  variés-.  Et  puisque  chacun  préconise 
sa  technique,  je  me  hasarderai  à  indiquer  celle  que  j’ai  adoptée, 
après  différents  essais,  et  qui  me  fournit  des  succès  à  peu  près 
constants. 

11  y  a  un  moment  opportun  pour  pratiquer  les  greffes;  on  doit 
savoir  l’attendre.  L’écueil  principal  est  la  septicité  de  la  plaie. 
Avant  de  recouvrir  une  surface  de  greffes,  il  faut  la  désinfecter, 
ce  qui  exige  plusieurs  jours  de  soins  préliminaires.  Contrairement 
à  l’opinion  de  la  plupart  de  nos  collègues,  j’estime  indispensable 
d’abraser  complètement  la  couche  des  bourgeons  charnus.  La 
curette  ne  doit  être  maniée  ni  trop  doucement,  ni  trop  fort.  Le 
saignement,  toujours  abondant  pendant  le  curettage,  cesse  dès 
que  tous  les  bourgeons  ont  été  enlevés.  On  obtient  une  hémostase 
définitive  par  l’épongeage  compressif,  avec  des  compresses  de 
gaze,  pendant  quelques  minutes.  Le  curettage  des  bourgeons 
charnus  n’étant  pas  douloureux,  on  peut  utilement  l’effectuer, 
sans  anesthésie,  un  moment  avant  de  prélever  les  greffes. 

Comme  tous  nos  collègues,  j’estime  que  les  greffes  longues  et 
larges  sont  les  plus  vivaces.  Leur  application  doit  être  réalisée 
avec  grand  soin,  en  les  faisant  glisser  directement  du  rasoir  sur 


SÉANCE  DU  7.  NOVEMBRE 


1261 


la  surface  à  couvrir  avec  la  pointe  d’une  aiguille  de  Reverdi n 
courbe,  par  exemple. 

Malgré  l’hémostase  préalable,  on  peut  toujours  craindre  un 
léger  suintement  sanguin,  capable  de  soulever  les  greffes  et  d’em¬ 
pêcher  le  contact  intime  des  surfaces  cruentées.  Il  convient,  par 
conséquent,  à  mon  avis,  d’exercer  après  l’opération  une  légère 
compression  sur  les  greffes.  Aussi,  suis-je  partisan  d’un  panse¬ 
ment,  durant  les  premiers  jours.  11  y  a  intérêt  à  ne  pas  toucher  à 
ce  pansement  pendant  cinq  jours  environ,  et,  quand  on  l’enlève, 
il  ne  faut  pas  risquer  d’arracher  les  greffes.  Pour  atteindre  ce  but, 
j’emploie  comme  pansement  le  tulle  gras  Lumière ,  qui  présente  de 
nombreux  avantages.  Ce  tulle  gras  constitue  d’aulre  part  un 
pansement  idéal  pour  la  surface  de  prélèvement  des  greffes. 

Le  premier  pansement  réclame  une  grande  légèrelé  de  main  : 
le  mieux  est  d'en  prendre  soi-même  la  responsabilité.  Il  consiste 
en  un  nettoyage  avec  des  compresses  mouillées  de  sérum.  Aussitôt 
après  ou  dès  le  lendemain,  il  n’y  a  qu’à  laisser  les  greffes  à  l’air 
libre. 

M.  Savariaud.  —  Dans  la  dernière  séance  on  s’est  un  peu 
moqué  de  mon  papier  à  cigarettes  et  des  compresses  enduites  de 
pommade  au  collargol.  Je  suis  heureux  de  constater  qu’on  se  rend 
compte  de  la  nécessité  de  faire  adhérer  les  greffes  au  plan  pro¬ 
fond,  tout  en  évitant  l’adhérence  du  pansement.  A  ce  dernier  point 
de  vue,  les  compresses  au  collargol  valent  largement  le  tulle 
gras.  Elles  sont,  de  plus,  antiseptiques. 

M.  Alglave.  —  J’ai  un  rapport  à  faire  prochainement  sur  la 
question  des  greffes  dermo-épidermiques.  J'y  développerai  mes 
idées.  Pour  aujourd’hui  je  ne  retiendrai  qu’un  point  :  celui  du 
tulle  gras  Lumière.  Je  sais  les  avantages  qu’il  présente,  mais  je 
voudrais  rappeler  que  le  taffetas-chiffon  vaut  mieux  que  le  tulle 
gras  pour  la  protection  des  semis  dermo-épidermiques  et  qu’il  a 
l’avantage  d’être  plus  économique  et  plus  pratique.  J’avais  attiré 
l’attenlion  sur  les  qualités  du  taffetas-chiffon  il  y  a  déjà  long¬ 
temps  et  j’y  suis  revenu  en  1914  pendant  la  guerre. 

Peu  de  temps  après  l’article  que  j’avais  écrit  dans  La  Presse 
Médicale *  un  de  mes  infirmiers  m’apportait  le  journal  Le  Matin 
avec  un  article  de  première  page  intitulé  :  «  Une  grande  décou¬ 
verte».  Dans  cet  article,  je  retrouvais  les  argumentsdont  je  m’étais 
servi  dans  La  Presse  Médicale  pour  plaider  la  cause  du  taffetas- 
chiffon  !... 

Ce  fut  l’apparition  du  tulle  gras  Lumière,  auquel  je  continue  à 
préférer,  pour  la  protection  des  greffes  comme  pour  les  brûlures  et 


1262  SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


beaucoup  de  plaies  superficielles,  le  taffetas-chiffon  de  nos  ser¬ 
vices,  préalablement  bouilli. 

M.  Arrou.  — 11  a  raison,  noire  collègue  Fredet.  La  simplicité 
des  moyens,  voilà  à  quoi  il  est  fidèle.  Moi  aussi.  Et  les  résultats 
sont  excellents. 

La  compression  dont  il  parle  me  paraît  recommandable,  toutau 
moins  pendantquatre  ou  cinqjours.  Unebande  de  crépon,  un  peu 
large,  ,1a  réalise  parfaitement.  Mais,  ce  que  je  voudrais  préciser, 
c’est  la  durée  de  la  désinfection  des  plaies  à  greffer.  Ce  n’est  pas 
quelques  jours,  c’est  souvent  deux  semaines,  voire  davantage,  qu’il 
faut  savoir  attendre.  On  baigne  les  malades  (dans  la  grande  bai¬ 
gnoire)  comme  faisait  Reclus.  Ou,  tout  au  moins,  on  multiplie  1rs 
pansements  humides  chauds.  C’est  l’eau  chaude,  en  somme,  qui 
donnera  les  meilleurs  résultats  ;  mais  faut  l’appliquer  longtemps, 
très  longtemps.  On  réussit  alors  sa  greffe  du  premier  coup. 

M.  Albert  Moucuet.  —  Je  ne  crois  pas,  comme  l’a  dit  mon  ami 
Fredet  et  après  lui  M.  Arrou,  qu’un  pansement  compres-if  soit 
utilepoür  assurer  la  «  prise  »  des  greffes,  puisque  ceux  qui  ne  font 
pas  de  pansements  comme  M.  Delvaux,  M.  Moute,  moi-même  et 
d’autres  ont  d’excellents  résultats. 


Rapports. 

Fracture  du  coroné  et  de  l'olécrâne  traitée  par  l' ostéosynthèse ,- 
par  M.  le  Dr  G.  Jean, 

Médecin  de  la  marine  (Toulon). 

Rapport  de  M.  ALBERT  MOUCHET. 

M.  Jean  nous  a  adressé  récemment  une  intéressante  observation 
de  fracture  du  coroné  et  de  l’olécrâne  traitée  par  l’ostéosynthèse 
avec  un  plein  succès.  Voici  d’abord  l'observation  : 

L...,  vingt-deux  ans,  inatelot-chauffeur  à  bord  du  Jauréguiberry,, 
fait,  le  3  juin  1914,  une  chute  de  trois  mètres  de  hauteur  dans  une  soute; 
le  coude  fléchi  vient  heurter  directement  une  cornière  de  fer;  on  ne 
peut  avoir  plus  de  précision  sur  le  traumatisme.  Le  blessé  est  envoyé  le 
lendemain  à  l'hôpital  maritime  Saint-Mandrier. 

Toute  la  région  du  coude  et  le  tiers  supérieur  de  l’avant-bras  sont 
.très  tuméfiés;  large  ecchymose  sur  la  face  postérieure  de  l’avant-bras 
et  au  niveau  du  pli  du  coude,  où  existent  de  plus  de  grosQes  phlyctènes. 

L’avant-bras  e.-t  en  demi-pronation,  un  peu  en  abduction  et  demi- 


SÉANCE  DU  7  NOVI'MBRE 


1263 


ilexion;  malgré  le  gonflement  la  palpation  permet  de  retrouver  l’épi¬ 
condyle,  l’épitrochlée  et  l’olécrâne,  qui  paraissent  occuper  des  situations 
respectives  à  peu  près  normales. 

En  explorant  l’olécrâne,  on  trouve  à  trois  lravers  de  doigt  au-dessous 
de  son  sommet  une  petite  saillie  osseuse  très  pointue,  doulouieuse, 
surplombant  le  bord  postérieur  du  cubitus,  l.orsqu’on  appuie  sur  cette 
saillie,  elle  s’enfonce,  provoquant  une  sorte  de  mouvement  de.sonnetle 
de  l’olécrâne  et  le  doigt  perçoit  un  craquement  osseux-. 

La  tête  du  radius  est  à  sa  place  et  est  normalement  entraînée  par  les 
mouvements  de  pro-supination.  Sur  la  face  antéiieure  du  coude  très 
infiltrée,  point  douloureux  très  vif  au-dessous  du  condyle  inlerne,  sans 
crépitation  osseuse  :  le  gonflement  est  tel,  qu’on  ne  peut  se  rendre 
compte  de  l’état  du  plan  osseux. 

Impotence  fonctionnelle  du  coude  presque  complète  :  seuls  quelques 
mouvements  de  pronation  sont  possibles;  aucun  trouble  vasculo- 
nerveux. 

A  la  radiographie  :  fracture  de  la  base  de  l’olécrâne  à  trait  oblique  en 
bas  en  arrière,  ayant  détaché  un  fragment  du  bord  postérieur  du  cubi¬ 
tus;  les  fragments  sont  écartés  de  1  centimètre  environ;  fracture  de 
la  base  du  coroné,  très  oblique  en  bas  en  avant,  ayant  détaché  un 
fragment  de  la  diaphyse;  l’extrémité  inférieure  du  fragment  pointe  en 
avant  et  s’écarte  de  plus  de  2  centimètres  de  la  diaphyse,  soulevée 
probablement  par  la  contraction  du  brachial  antérieur;  la  partie  pos¬ 
térieure  de  la  portion  articulaire  du  fragmentest  abaissée  ets’écarte  de 
1  centimètre  de  la  trochlée.  Petite  esquille  libre  placée  transversale¬ 
ment,  au-dessous  du-fragment  coronoïdien. 

Une  tentative  de  réduction  sous  anesthésie  générale  et  sous  écran 
échoue  :  lorsque  l’extension  complète  donne  une  réduction  satisfaisante 
de  l’olécrâne,  il  se  produit  un  déplacement  plus  grand  du  coroné,  et 
inversement  pour  la  flexion  à  angle  aigu. 

La  réduction  sanglante  est  décidée  :  nous  la  pratiquons  avec  le 
Dr  Dufour  le  quatrième  jour  après  l’accident,  sous  chloroforme. 

Incision  de  12  centimètres  sur  le  bord  postérieur  du  cubitus  com¬ 
mençant  un  peu  au-dessus  du  sommet  del’olécrâne.  On  dénude  le  bord 
postérieur,  puis  la  face  interne  du  cubitus;  le  foyer  de  fracture  olécra¬ 
nien  est  nettoyé;  on  constate  que  dans  son  ensemble  l’appartil  liga¬ 
menteux  du  coude  est  respecté;  on  écarte  les  fragments  par  Ilexion  du 
coude,  ce  qui  donne  un  large  jour  sur  l’article;  évacuation  de  caillots 
et  de  débris  osseux.  En  poursuivant  la  dénudation  de  la  face  interne  de 
l’épiphyse  cubitale  on  arrive  sur  le  foyer  de  fracture  coronoïdien;  en 
écartant  au  maximum  le  lambeau  musculo-cutané  interne  de  l’inci¬ 
sion,  et  en  fléchissant  fortement  l’avant-bras,  on  peut  facilement  nettoyer 
ce  foyer  de  fracture  et  supprimer  une  interposition  musculaire.  A  tra¬ 
vers  l’articulation,  on  libère  enfin  la  face  externe  du  fragment  coronoï¬ 
dien  en  respectant  le  brachial  antérieur;  on  passe  alors  un  fil  de 
bronze  à  travers  le  tendon  de  ce  muscle,  autour  du  fragment  coronoï¬ 
dien,  au-dessous  de  la  petite  cavité  sigmoïde;  ce  fil  vient  encercler 
l’extrémité  de  la  diaphyse  cubitale  et  les  chefs  sont  tordus  en  arrière 


1264 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


du  bord  postérieur  du  cubitus,  sur  lequel  on  a  préalablement  marqué 
à  la  scie  un  sillon  pour  éviter  tout  glissement  ultérieur  du  fil  de  cerclage; 
on  peut  alors  mettre  l’avant-bras  en  extension  sans  nuire  à  la  réduction 
du  CQ.roné. 

Ostéosynthèse  de  l'olécrane  par  deux  sutures  au  fil  de  bronze,  une 
dans  le  plan  frontal,  une  dans  le  plan  sagittal,  la  première  étant  insuf¬ 
fisante  pour  éviter  le  mouvement  de  bascule  en  arrière. 

Sutures  sans  drainage. 

'  Le  coude  est  immobilisé  à  angle  droit  dans  une  gouttière  d’Hergott  : 
suites  apyrétiques.  L’immobilisation  a  été  maintenue  pendant  trois 
semaines,  puis  la  mobilisation  active  et  passive  a  été  entreprise. 

Les  résultats  anatomiques  furent  excellents  :  les  fragments  sont  restés 
en  bonne  place,  ainsi  que  la  radiographie  permit  de  nous  en  assurer; 
nous  regrettons  vivement  que  les  collections  de  radiographies  aient  été 
en  partie,  détruites  au  cours  de  la  guerre;  nous  n’avons  pu  retrouver 
qu’une  mauvaise  épreuve  de  la  radiographie,  prise  avant  l’opération, 
que  nous  joignons  à  notre  observation. 

Quant  aux  résultats  fonctionnels,  ils  ont  dépassé  nos  espérances  (il 
ne  subsiste  qu’une  limitation  légère  de  10  à  15°  environ  des  mouve¬ 
ments  de  flexion  et  d’extension),  ain-i  qu’on  peut  s’en  rendre  compte 
par  l’examen  des  photographies  que  notre  opéré  nous  a  fait  parvenir 
récemment.  Tous  les  mouvements,  après  une  convalescence  de  trois 
mois,  étaient  possibles  :  il  a  pu  reprendre  au  cours  de  la  guerre  son 
dur  métier  de  chauffeur  dans  la  marine,  métier  qu’il  continua  pendant 
deux  ans,  jusqu’au  jour  où  dans  un  combat  une  blessure  grave  vint 
entraîner  une  amputation  de  cuisse. 


A  propos  de  cette  observation  très  intéressante,  tant  au  point 
de  vue  des  lésions  constatées  que  du  traitement  opératoire  et  du 
succès  obtenu,  M.  Jean  revient  sur  quelques  détails  qui  méritent 
d’être  précisés  ;• 

1°  Tout  d’abord  la  fracture  du  coroné  et  de  l'olécrâne,  sans  être 
absolument  exceptionnelle  constitue  une  forme 'assez  rarement 
observée  des  traumatismes  du  coude  ;  quoique  décrite  dans  les 
traités  classiques,  peu  de  chirurgiens  semblent  avoir  observé 
cette  lésion.  Récemment  j’ai  fait  présenter  une  observation  de  ce 
genre  à  la  Société  anatomique  (18  juin  1921)  par  mes  internes 
Fournier  et  Le  Gac.  Il  s’agissait  d’un  enfant  de  onze  ans,  qui 
présentait  une  fracture  du  coroné  et  de  l’olécrâne  à  la  base  avec 
luxation  des  os  de  l’avant-bras  en  arrière.  Une  réduction  sous 
anesthésie  générale  fui  . pratiquée  avec  maintien  du  coude  à  angle 
aigu  pendant  trois  semaines  :  le  fragment  coronoïdien  fut  conso¬ 
lidé  dans  les  meilleures  conditions,  mais  le  fragment  olécranien, 
formant  butoir  derrière  la  trochlée,  bloqua  l’extension  et  je  dus 
l’enlever.  J’ai  vu  beaucoup  de  fractures  du  coude  ;  je  n’en  avais 
jamais  observé  de  semblable. 


SÉANCE  DU  7  NOVEMBRE 


Plus  récemment  noire  collègue  Basset  a  présenté  à  cette  Société, 
le  13  décembre  1922,  un  cas  analogue  à  celui  de  M.  Jean  ;  il  pra¬ 
tiqua  une  ostéosynthèse  par  vissage  d’arrière  en  avant  du  coronè 
à  l’extrémité  diaphysaire,  puis  il  fixa  le  fragment  oléoeranien  par 
un  fil  métallique,  accroché  en  bas  à  la  vis,  avant  de  serrer  à  bloc 
cette  dernière  ;  le  résultat  fonctionnel  fut  excellent. 

2°  M.  Jean  se  demande  quel  est  le  mécanisme  producteur  de 
cette  double  fracture?  Après  avoir  relu  divers  travaux  concer¬ 
nant  le  mécanisme  des  fractures  du  coroné,  notamment  la  thèse 
de  Seiflert  (Paris,  1911)  publiée  sous  notre  inspiration  et  le  travail 
d’Harold  Abrahamsen  dans  la  Revue  d'orthopédie  de.  juillet  dernier, 
il  montre  que  d’une  façon  générale  les  auteurs  admettent  deux 
mécanismes  habituels  :  le  traumatisme  direct  par  hyperflexion, 
choc  direct  ou  arrachement  musculaire  ;  le  traumatisme  indi¬ 
rect  par  choc  sur  ie  talon  cubital  de  la  main,  coude  en  extension 
ou  en  demi-flexion,  pins  rarement  par  abduction  ou  adduction 
forcée  de  l’avant  bras,  plus  rarement  encore  par  choc  sur  la  face 
postérieure  du  bras.  Le  plus  souvent,  il  y  a  une  luxation  du  coude 
en  arrière,  luxation  difficile  à  maintenir  réduite. 

La  base  du  coroné  parait  surtout  intéressée  dans  les  cas  de 
chute  sur  la  main,  le  coude  étant  en  demi-flexion,  position  qui 
permet  à  la  trochlée  de  fracturer  la  base  de  l’apophyse. 

Dans  le  cas  de  M.  Jean  il  n’y  a  pas  eu  chute  sur  la  main,  le 
coude  en  demi-flexion  a  heurté  directement  la  cornière  de  fer  ; 
pour  nous,  le  mécanisme  de  la  lésion  nous  paraît  simple  :  en 
demi-flexion,  la  trochlée,  transmettant  tout  le  poids  du  corps, 
a  forcé  la  base  de  la  coronoïde,  puis  la  base  de  l'olécrâne,  comme 
un  coin  s’enfonçant  dans  un  angle.  11  y  a  d'ailleurs  entre  les  deux 
apophyses  un  point  faible,  à  la  jonction  du  tissu  spongieux  du 
coroné  et  des  fibres  longitudinales  du  pilier  antérieur  du  système 
ogival  olécranien  (Pingaud). 

En  outre,  l’absence  de  luxation  dans  le  cas  de  M.  Jean  est 
contraire  à  l’idée  d’un  choc  indirect,  mécanisme  habituel  des 
luxations  compliquant  les  fractures  du  coroné  ;  cette  absence  de 
luxation  est  certaine  ;  cliniquement,  elle  n’existait  pas  à  l’arrivée 
du  blessé.  On  ne  peut  même  pas  admettre  son  existence  anté¬ 
rieure  suivie  d’une  réduction  spontanée,  car  le  propre  de  ces 
luxations,  c’est  l’impossibilité  du  maintien  de  la  réduction;  enfin, 
opératoirement,  M.  Jean  a  pu  constater  l’intégrité  des  ligaments 
latéraux  du  coude. 

Le  type  assez  rarement  observé  de  la  fracture  de  l’olécrâne 
chez  son  blessé  ne  répond  pas  non  plus  au  type  des  fractures 
indirectes  de  cette  apophyse,  des  fractures  par  arrachement, 
telles  qu’on  peut  en  observer  au  cours  d’une  luxation. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Il  semble  donc  rationnel  d'admettre  dans  ce  cas  l’enfoncement 
de  la  jonction  olécrâno-coronoïdienne  par  la  Irochlée,  par  choc 
direct  sur  le  coude. 

3°  Quel  traitement  convient-il  d’appliquer  en  présence  d’une 
fracture  intéressant  à  la  fois  le  coroné  et  l’olécrâne?  S’il  n’y  a  pas 
de  déplacement  des  fragments,  le  traitement  orthopédique  suffit. 
Il  peut  encore  suffire  lorsqu'une  des  de.ux  apophyses  a  seule  subi 
un  déplacement,  en  particulier  dans  le  cas  de  fracture  sous- 
tendino-périostique  de  l’olécrâne  ;  mais  lorsque  le  déplacement 
est  double  et  important,  le  problème  devient  plus  complexe,  les 
positions  à  donner  au  membre  différant  totalement  pour  chacun 
des  fragments,  la  réduction  d’un  d’entre  eux,  comme  M.  Jean  a 
pu  s'en  assurer  sous  l’écran,  s’accompagnant  d'une  augmentation 
de  déplacement  de  l’autre. 

Chez  l’enfant  que  j’avais  observé  en  1911,  je  me  suis  préoccupé 
avant  tout  de  réduire  la  fracture  du  coroné,  espérant  que  celte 
réduction  excellente  en  flexion  aiguë  entraînerait  peut-être  une 
réduction  suffisante  du  fragment  olécranien,  mais  cet  espoir 
ne  s’est  pas  réalisé  ;  le  fragment  olécranien  est  reslé  basculé 
derrière  la  trochlée  et  j’ai  dû  intervenir  dans  un  deuxième  temps. 
Il  n’y.  a  peut-être  pas  grand  inconvénient  à  procéder  ainsi  en 
deux  temps,  réduction  de  la  fracture  du  coroné  en  flexion  aiguë 
d’abord,  puis,  si  le  fragment  olécranien  est  mal  consolidé,  inter¬ 
vention  secondaire  par  extirpation  du  fragment  s’il  est  petit  ou 
par  ostéosynthèse.  Mais  je  crois  que  le  mieux  est  d’opérer  d’em¬ 
blée  dès  l’instant  qu’on  est  en  présence  de  fragments  suffisam¬ 
ment  déplacés  et  la  conduite  de  M.  Jean  a  été  très  sage. 

Il  a  choisi  la  voie  transolécranienne,  toute  préparée  d’ailleurs 
par  la  frachire  de  l’olécrâne  :  cette  voie  qu’Alglave  avait  proposée 
déjà  en  1914  et  sur  laquelle  il  insistait  à  nouveau  en  1921,  que 
Vulliet  (de  Lausanne)  recommandait  encore  récemment,  a  donné 
à  M.  Jean  toute  satisfaction  :  elle  a  respecté  dans  son  cas  pour  le 
mieux  les  parties  musculaires,  les  ligaments  latéraux  et  ménagé  la 
vascularisation  des  fragments  tout  en  ouvrant  au  maximum  l’article. 

Celle  voie  a  permis  à  M.  Jean  de  supprimer  les  interpositions 
.musculaires  entre  le  cubitus  et  la  coronoïde  et  de  fixer  commodé¬ 
ment  cette  dernière  en  position  correcte  par  un  cerclage.  «  Nous 
sommes  même,  dit  M.  Jean,  si  satisfait  de  cette  voie,  que  nous 
n’hésiterions  pas  à  l’employer  dans  les  cas  de  fracture  simple  du 
coroné  nécessitant  une  ostéosynthèse.  » 

On  utilisera  suivant  les  circonstances,  comme  moyens  d’ostéo¬ 
synthèse,  les  fils  métalliques  ou  le  vissage,  ou  les  deux  comme 
notre  collègue  Basset  :  les  fils  dans  le  cas  de  M.  Jean  sont  parfai¬ 
tement  tolérés  au  bout  de  neuf  ans. 


SÉANCE  DU  7  NOVEMBRE 


1267 


Malgré  une  mobilisation  quelque  peu  tardive  de  l’articulation, 
la  mobilisation  précoce  ayant  peu  d’adeptes  encore  à  l’époque 
où  M.  Jean  a  opéré  son  blessé,  les  résultats  heureux  obtenus 
tant  au  point  de  vue  anatomique  que  fonctionnel  justifient 
pleinement  la  conduite  qu’il  a  tenue. 

Je  vous  propose,  Messieurs,  en  terminant,  de  remercier  M.  Jean 
de  son  intéressante  observation  et  de  vous  souvenir  de  son  nom 
lors  du  vote  sur  les  membres  correspondants. 

M.  Gernez.  —  J’avoue  ne  pas  me  rallier  aux  conclusions  de 
M.  Jean  visant  le  cas  de  fracture  isolée  de  la  coronoïde  ;  dans 
ces  cas  qui  s'accompagnent  de  fracture  du  radius  ou  de  luxation 
du  radius  en  avant,  comme  je  l’ai  observé,  il  me  semble  que  la 
voie  latérale  donne  un  accès  plus  immédiat  sur  les  lésions  et 
permet  un  cerclage  plus  facile.  Je  suis  arrivé  à  un  bon  résultat 
sans  difficultés  dans  un  cas  de  fracture  de  la  coronoïde  avec 
luxation  du  radius  en  avant.  11  est  bien  entendu  que  je  conserve 
la  voie  transolécranienne  quand  elle  a  ses  indications  dans  les 
interventions  pour  fractures  du  coude. 

M.  Albert  Moucbet.  —  Je  serais  assez  volontiers  de  l’avis  de 
mon  collègue  Gernez  ;  pour  une  fracture  du  coroné  seul,  la  voie 
transolécranienne  est  peut-être  un  peu  lointaine  et  un  peu  muti¬ 
lante,  et  l’on  pourrait  se  contenter  d’une  incision  latérale.  Dans 
l’observation  présentée  par  M.  Jean,  la  voie  transolécranienne 
était  tout  indiquée  ;  M.  Jean  a  eu  grandement  raison  de 
l’employer. 


Luxation  habituelle  sus-sternale  de  la  clavicule 
traitée  par  l'ostéosynthèse, 
par  M.  le  Dr  G.  Jean, 

Médecin  de  la  marine  (Toulon). 

Rapport  de  M.  ALBERT  MOUCHET. 

M.  le  Dr  Jean  (de  Toulon)  nous  a  adressé  récemment  une  obser¬ 
vation  intéressante  de  luxation  habituelle  sus-sternale  de  la  clavi¬ 
cule  droite. 

Elle  concerne  un  matelot-chauffeur  de  vingt-deux  ans  qui  n’a  jamais 
subi  de  traumatisme,  qui  n’a  pas  été  atteint  de  maladie  aiguë  dans 
Tenfance,  mais  qui  à  plusieurs  reprises  a  présenté  des  douleurs  arti¬ 
culaires  généralisées  à  prédominance  sterno-claviculaire  droite;  il 
vient  dé  faire  récemment  deux  séjours  à  l’hôpital  pour  douleurs  rhu- 
BULL.  ET  MÉM.  DE  LÀ  SOC.  DE  CHIR..  1923.  93 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


matismales  dans  les  épaules,  les  genoux  et  les  pieds,  affection  non 
fébrile  que  la  médication  salycilée  a  améliorée. 

Depuis  l’enfance,  P...  a  remarqué  l’existence  d'une  saillie  doulou¬ 
reuse  anormale  au  niveau  de  l’articulation  sterno-claviculaire  droite, 
qui  a  augmenté  progressivement  de  volume,  et  il  demande  à  entrer  à 
l’hôpital  maritime  Sainte-Anne  pour  une  luxation  sus-sternale  de  la 
clavicule  droite  qui  lui  occasionne  une  gêoe  notable. 

Au  palper,  on  reconnaît  l’extrémité  interne  de  la  clavicule  luxée  en 
ha  it  et  légèrement  en  avant  :  la  luxai  ion  est  complète,  le  bord  infé¬ 
rieur  de  l’épiphyse  étant  au  dessus  de  la  fourchette  sternale.  Le  chef 
sternal  du  sterno-cléido-mastoïdie  i  fait  soui  la  peau  un  relief  anor¬ 
mal.  L’épaule  est  abaissée  et  la  clavicule  a  une  direction  oblique. 

Celte  luxation  est  facilement  réductible  par  un  mouvement  d’éléva¬ 
tion  du  bras,  réduction  s’accompagnant  d’un  craquement  sourd  assez 
douloureux. 

Cette  réduction  douloureuse,  qui  se  produit  plusieurs  fois  par  jour, 
et  la  gêne  fonctionnelle  qui  l’accompagne,  sont  suffisamment  impor¬ 
tantes  pour  entraîner  le  malade,  qui  exerce  la  dure  spécialité  de 
chauffeur  à  bord  d'un  croiseur,  à  venir  nous -demander  un  traitement. 

La  radiographie  confirme  le  diagnostic  :  l’écart  entre  les  surfaces 
articulaires  est  de  2  centimètres  environ  sur  le  cliché;  il  n’y  a  pas  de 
déformation  osseuse,  ni  de  sig  tes  d’osté  ite. 

Etat  général  médiocre  (poids  56  kilogram  nés);  réaGtion  de  Bordet- 
Wassermanu  négative. 

Le  20  juillet  :  anesthésie  locale  par  large  infiltration  de  la  région  et 
injection  intra-articulaire. 

■  Incision  horizontale  suivant  le  bord  supérieur  de  la  clavicule,  dépas¬ 
sant  la  ligne  médiane  pour  se  recourber  légèrement  en  haut.  Section 
du  chef  claviculaire  du  sterno-cléido-mastoïdien  :  l’extrémité  osseuse 
apparaît,  couverte  par  une  capsule  lâche,  amincie,  mais  ne  présen¬ 
tant  aucune  trace  de  déchirure. 

La  capsule  est  ouverte  transversalement  :  on  aperçoit  le  fibro-carti- 
lage  inter-articulaire,  qui  a  conservé  ses  attaches  à  la  clavicule  et 
l’accompagne  dans  ses  déplacements. 

Ce  qu’on  peut  voir  de  ce  fibro -cartilage  révèle  un  orgine  aminci,  à 
surface  inégale,  irrégulière,  un  peu  grisâtre  par  points. 

Le  membre  supérieur  étant  mis  en  position  de  luxation  de  la  clavi¬ 
cule,  je  transfixe  avec  un  perforateur  à  main  l’extrémité  interne  de  la 
clavicule  sur  sa  face  supérieure  au  milieu  des  insertions  du  sterno- 
cléido-mastoïdien,  à  un  large  centimètre  de  l'interligne  :  la  mèche  vient 
sortir  au  milieu  du  fibro-cartilage  et  ramène  un  fil  de  bronze  d’alumi.- 
nium;  le  membre  est  remis  en  position  de  réduction,  le  perforateur 
attaque  le  bord  supérieur  du  sternum  près  de  la  ligne  médiane,  dirigé 
vers  le  milieu  de  sa  surface  articulaire  ;  un  écarteur  mis  sur  l’extrémité 
de  la  clavicule  1  attire  fortement  en  dehors  en  avant  et  permet  d’avoir 
un  jour  suffisant  pour  introduire  le  fil  de  bronze  dans  l’œil.,  de  la 
mèche  ;  le  fil  est  serré  et  tordu . 

Reconstitution  de  la  capsule  au  tanngut,  à  points  séparés,  passés 


SÉANCE  DU  7  NOVEMUKE 


1269 


loin  des  lèvres  de  l'incision,  pour  supprimer  son  relâchement  :  réin¬ 
sertion  du  chef  claviculaire  du  muscle.  Suites  normales. 

Une  radiographie,  pratiquée  deux  jours  après  l’opération,  indique 
une  bonne  réduction. 

Ce  résullat  s’est  maintenu  jusqu'à  aujourd'hui  (trois  mois  après 
l’opération)  :  l’opéré  s’étant  livré  à  toutes  sortes  de  travaux  sans  qu’il 
y  ait  récidive.  Le  fil  d’ostéosynthèse  est  parfaitement  toléré. 

L’observation  de  M.  Jean  mérite  quelque  développement  et 
appelle  quelques  réflexions  concernant  la  variété  de  la  luxation, 
son  mode  de  production,  son  traitement. 

M.  Jean  à  eu  affaire  à  une  luxation  sui-sternale  habituelle,  luxa¬ 
tion  qui  ne  paraît  pas  d’ordre  traumatique.  Aucun  traumatisme 
dans  les  antécédents;  luxation  s’installant  progressivement,  à 
mesure  que  le  relâchement  capsulo-ligamenteux  augmentait 
d’importance;  constatations  opératoires  éloignant  l’idée  d'un 
traumatisme. 

C’est  donc  une  luxation  pathologique,  et,  comme  telle,  son  siège 
sus  sternal  est  une  rareté.  On  observe  a-sez  fréquemment  des 
luxations  pathologiques  slerno-claviculairos,  mais  elles  sont 
généralement  d’ordre  congénital.  On  les  voit  chez  les  sujets 
jeunes,  surtout  dans  le  sexe  féminin,  ayant  delà  laxité  de  diverses 
jointures,  des  stigmates  de  rachitisme  de  la  première  enfance 
présentant  de  la  cyphose  ou  de  la  scoliose.  Ce  sont  le  plus  souven  l 
des  luxalions  en  avant  et  incomplètes,  des  subluxalions  plutôt 
que  des  luxations,  siégeant  aux  deux  articulations  sterno-clavi- 
culaires. 

La  luxation  unilatérale  sus-sterna'e  de  la  clavicule  observée  par 
M.  Jean  constitue  certainement  une  rareté. 

Quelle  est  la  cau<e  de  celte  luxation  pathologique  ? 

11  y  a  eu  dans  l’enfance  des  crises  douloureuses  dans  diverses 
articulations,  ne  s’accompagnant  pas  de  fièvre.  M.  Jeanpenseavec 
quelque  vraisemblance  qu’il  s’est  agi  d’une  infection  rhum.itis- 
male,  peut-être  de  rhumatisme  de  Poncet,  ajoute-t-il.  Sur  ce 
dernier  point,  je  reste  très  réservé.  En  tous  cas,  on  peut  admettre 
que  l’articulation  a  été  le  siège  d’une  arthrite  chronique  :  l'exis¬ 
tence  de  douleurs  survenant  par  crises,  l’état  du  Lfibro  cartilage 
inler-articulaire  semblent  en  faveur  de  l’existence  de  cette  arthrite: 
puis  le  relâchement  capsulo-ligamenteux  s’accentuant,  le  chef 
claviculaire  du  sterno-cléido-mastoïdien  a  entraîné  la  production 
de  la  luxation  sus-sternale,  mécanisme  analogue  à  celui  qui  pro¬ 
duit  certains  types  d’hallux  valgus  avec  luxation. 

11  est  certain  que  chez  le  malade  de  M.  Jean  cette  origine  rhu¬ 
matismale  paraît  plus  vraisemblable  que  l’origine  congénitale  : 
celle-ci,  qui  explique  par  des  malformations  anatomiques  de  la 


1270 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


capsule  et  du  flbro-carlilage  intra-articulaire  tardivement 
révélées  l’apparition  de  la  luxation  habituelle  de  la  clavicule, 
doit  être  plutôt  réservée  à  ces  variétés  de  subluxations  en  avant 
des  jeunes  filles  auxquelles  je  faisais  allusion  plus  haut. 

L'ostéosynthèse  était  évidemment  le  seul  traitement  possible  de 
la  luxation,  étant  donnée  la  gêne  et  la  douleur  qu’elle  entraînait. 
M.  Jean  a  utilisé  une  anse  de  fil  de  bronze,  suivant  une  technique 
analogue  à  celle  qu’avait  employée  Viannay  chez  un  malade 
atteint  de  luxation  traumatique,  dont  il  présentait  il  y  a  quel¬ 
ques  mois  l’observation  à  la  Société  de  chirurgie  de  Paris 
(6  décembre  1922).  Ici  une  large  portion  de  sternum  a  été  chargée 
parle  fil  et  M.  Jean  n'a  pas  eu.de  récidive,  bien  que  la  date  de 
l’opération  soit  encore  relativement  récente  pour  parler  d’un 
résultat  définitif.  En  casd’échec,  M.  Jean  aurait  essayé  de  suppléer 
à  l’insuffisance  ligamenteuse  par  la  mise  en  place  d’une  grosse 
soie  cravatant  l’extrémité  claviculaire  et  passée  sous  le  premier 
cartilage  costal. 

Je  vous  propose,  Messieurs,  de  remercier  M.  Jean  de  son  inté¬ 
ressante  observation  qui  lui  a  fourni  l’occasion  d’un  succès 
opératoire. 


2.256  Rachianesthésies, 
par  M.  le  Dr  Duvergey, 

Chirurgien  des  Hôpitaux  de  Bordeaux, 

Professeur  agrégé  à  la  Faculté  de  Médecine  de  Bordeaux. 

Rapport  de  M.  PAUL  RICHE. 

Le  principal  intérêt  du  travail  de  M.  Duvergey  réside  dans 
l’importante  statistique  personnelle  qu’il  nous  apporte. 

L’auteur,  avant  de  tirer  quelques  conclusions,  envisage  succes¬ 
sivement  la  technique  employée  et  les  résultats  obtenus,  semblant 
croire  qu’il  y  a  une  étroite  relation  entre  l’une  et  les  autres.  Je  le 
suivrai  pas  à  pas  dans  cette  étude. 

I.  —  Technique. 

1°  Préparation  du  malade.  —  Préparation  morale;  purgatif  la 
veille.  Une  demi-heure  avant  l’intervention,  injection  de  1  centi¬ 
gramme  de  morphine,  1  milligramme  de  scopolamine,  3  milli¬ 
grammes  de  sulfate  de  stiychnine;  un  quart  d’heure  plus  tard, 
injection  de  10  centigrammes  de  sparléine  et  de  10  grammes 


SÉANCE  DU  7  NOVEMBRE 


1271 


d’huile  camphrée.  Il  considère  cette  série  d’injections  comme  très 
importante.  Je  me  permettrai  de  lui  opposer  ma  pratique  évi¬ 
demment  trop  simple  :  elle  se  borne  à  donner  le  purgatif  (quand 
on  en  donne)  non  pas  la  veille,  mais  l’avant-veille,  pour  éviter  les 
fuites  sur  la  table  par  relâchement  du  sphincter, 

2°  Rachianesthésie.  —  Duvergey  emploie  l’allocaïne-adrénaline 
Lumière  à  5  p.  100  ou  la  syncaïne  Clin  à  5.p.  100.  Le  liquide  doit 
être  incolore  et  de  fabrication  récente. 

La  ponction  basse  (2.000  cas)  est  faite  habituellement  entre 
2  L  et  3  L.  La  quantité  de  liquide  céphalo-rachidien  extraite 
varie  avec  la  hauteur  à  laquelle  doit  monter  l’anesthésie,  pas 
moins  de  10  cent,  cubes,  pas  plus  de  15  cent,  ciibes.  Les  doses 
varient  avec  l’état  général,  l’âge,  le  sexe,  le  poids,  là  durée  de 
l’opération,  l’état  du  foie,  des  reins,  du  cœur;  en  principe,  2  cen¬ 
tigrammes  par  10  kilogrammes. 

Quelques  détails  auraient  de  l’importance  :  le  barbotage ,  mais 
nous  ne  savons  comment  il  le  pratique  :  il  parle  seulement  de 
mélange  intime  de  [l’anesthésique  avec  le  liquide  céphalo-rachi¬ 
dien;  Yinjection  très  lente  (quatre  â  cinq  minutes),  le  malade  est 
ensuite  étendu  et,  après  quatre  ou  cinq  minutes,  peut  être  mis  en 
Trendelenburg. 

250  fois  environ,  l’auteur  a  employé  la  ponction  haute  (entre 
9  D  et  10  D);  il  n’injecte  alors  que  1  centigramme  par  10  kilo¬ 
grammes. 

Pour  ma  part,  j’emploie  toujours  la  stovaïne  Billon  suivant  la 
première  formule  de  Jonneseo,  c’est-à-dire  avec  2  milligrammes 
de  strychnine  par  centimètre  cube.  Cette  solution  est  préparée 
et  mise  en  ampoules  ptr  la  pharmacie  de  l’hôpital  et  j’en  ai 
employé  parfois  qui  n’était  pas  récente.  Quels  que  soient  le  poids, 
le  sexe,  l’âge  (je  n’ai  pas  d’enfants  dans  mon  service),  j’aspire  dans 
ma  seringue  de  Luer  5  centigrammes  de  stovaïne  (cinq  divisions 
de  la  seringue)  on  3  centigrammes  seulement  s’il  s’agit  d’une 
opération  sur  l'anus. 

J'enfonce  mon  aiguille  le  plus  souvent  entre  1  L  et  2  L  et,  quand 
le  liquide  s’écoule,  j’adapte  la  seringue  à  l’aiguille  sans  tenir 
le  moindre  compte  de  la  quantité  de  liquide  sortie.  Le  mélange 
se  fait  par  aspiration  dans  la  seringue  ;  je  l’injecte  rapidement, 
sans  brutalité.  Le  temps  d’ioder  le  champ  opératoire  et  l’on  met 
le  malade  en  Trendelenburg  quand  c’est  nécessaire. 

3°  Suites  opératoires.  —  Les  plus  simples  dans  98  p  10)  des 
cas. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


II.  —  Résultats. 

1.283  opérations  sur  les  membres  inférieurs; 

G34  opérations  abdominales  sous-ombilicales; 

91  opérations  abdominales  sus-ombilicales; 

33  opérations  thoraciques. 

Une  mort  dans  un  cas  d’abcès  ancien  du  poumon;  syncope 
respiration  artificielle,  coma,  40°  de  température  et  décès  au  bout 
de  dix-huit  heures. 

3  p.  100  d’anesthésies  nulles,  quelques  anesthésies  incomplètes. 

4  p.  100  d’aneslhés'es  courtes,  que  l’auteur  attribue  au  mauvais 
calcul  de  la  dose  de  l’anesthésique. 

87  p.  100  d’anesthésies  parfaites  durant  de  une  heure  et  demie 
à  deux  heures. 

Quelques  incidents  :  nausées,  sueurs,  pâleur;  dans  des  anes¬ 
thésies  hautes,  trois  ou  quatre  cas  d’apnée  pour  lesquels  une 
seule  fois  on  dut  faire  la  respiration  artificielle. 

Baisse  peu  importante  de  la  tension  artérielle.  Céphalée  et 
vomissements  exceptionnels.  Aucun  incident  tardif.  L’auleur  cite 
pourtant  un  prostatique  de  soixante-douze  ans  qui,  trois  mois 
plus  tard,  fit  un  léger  iclus. 

Mes  cas  personnels  sont  aujourd’hui  au  nombre  de  3.S39  et  mes 
résultats  sont  du  même  ordre  que  ceux  de  M.  Duvergey,  sauf  que 
mes  anesthésies  nulles  n’ont  certainement  pas  dépassé  la  dou¬ 
zaine,  mais  que,  par  contre,  je  ne  compte  pas  sur  plus  d’une 
heure  de  durée.  J’ai  fait  très  peu  d'anesthésies  rachidiennes  pour 
des  opérations  sus-ombilicales,  aucune  pour  opération  thora¬ 
cique,  car  j’eslime  qu’il  ne  faut  demander  à  une  méthode  que  ce 
qu’elle  peut  donner  facilement. 

Mon  2.636°  cas  est  mort  de  méningite  en  quarante-huit  heures 
avec  tout  le  tableau  classique.  Le  liquide  céphalo-rachidien,  fran¬ 
chement  louche,  qui  fut  ex  trait,  ne  contenait  pas  de  microbes 
décelables  à  l’examen  direct.  On  dit,  en  pareille  occurrence,  ménin¬ 
gite  aseptique ,  et  l’on  accuse  le  malade  d’avoir  eu  la  syphilis; 
j'avoue  que  j’ai  bien  eu  l'impression  qu’il  s’agissait  de  méningite 
septique. 

Je  crois  que  l’ictus  du  malade  de  Duvergey  n’avait  rien  à  voir 
avec  son  anesthésie.  Il  ne  faudrait  pas,  en  effet,  rendre  la 
rachianesthésie  responsable  de  tout  ce  qui  peut  arriver  ultérieu¬ 
rement  à  ceux  qui  l’ont  subie.  Récemment,  un  médecin  a  renvoyé 
dans  mon  service  une  femme  qui,  deux  mois  plus  lôt,  avait  été 
raehianesthésiée  par  un  de  mes  internes  :  elle  marchait  très  diffi¬ 
cilement  avec  la  colonne  en  rigidité  complète  et,  une  fois  couchée, 


SÉANCE  DU  7  NOVEMBRE 


1273 


ne  pouvait  se  relever.  Comme  elle  avait  souffert  quelque  temps 
auparavant  d’une  épaule,  je  lui  donnai  du  salicylate  de  soude  et 
la  guéris  miraculeusement  ea  quelques  jours. 

111.  —  Conclusions. 

«  Ce  qui  rend  la  rachianesthésie  délicate,  dit  Duvergey,  c’est 
qu’elle  dépend  de  trois  facteurs  principaux  que  le  chirurgien  doit 
savoir  doser  exactement  :  le  lieu  de  la  ponction,  la  quantité  de 
liquide  céphalo-rachidien  à  retirer,  la  dose  d’anesthésique  à 
injecter.  » 

C’est  par  des  affirmations  de  ce  genre  que  l’on  empêche  la 
méthode  de  se  répandre  davantage.  Mon  enseignement  consiste  à 
dire  :  rien  n’est  moins  compliqué  ni  moins  délicat  que  la  rachianes¬ 
thésie.  Préparation  nulle,  injection  de  la  même  dose  au  même 
endroit  et  sans  mesurer  le  liquide  céphalo-rachidien  extrait.  Au 
mois  de  mai  dernier,  je  devais  pratiquer  une  ampulation  de  cuisse 
pour  ulcère  de  jambe  cancérisésurune  femme  de  quatre-vingts  ans 
dont  l’examen  médical  disait  :  bronchite  chronique,  emphysème, 
athérome,  insuffisance  aortique,  tension  24,  1  gr.  10  d’urée  par 
litre  de  sang,  un  peu  de  sucre,  un  peu  d'albumine,  Huit  jours 
auparavant,  elle  avait  failli  mourir  d’accidents  pulmonaires.  Je  r.e 
sais  à  quoi  m’aurait  conduit  le  savant  dosage  de  tous  ces  facteurs 
pathologiques.  Sans  enthousiasme,  je  l’ai  traitée  comme  la  pre¬ 
mière  malade  vènue.  Le  lendemain,  elle  était  souriante,  et  huit 
jours  après  guérie  par  première  intention.  Je  ne  prétends  pas 
démontrer  par  cet  exemple  qu’il  est  inutile  d’examiner  ses 
malades,  mais  seulement  rappeler  que  la  médecine  et  même  la 
chirurgie  ne  sont  pas  des  sciences  exactes. 

Les  autres  conclusions  de  M.  Duvergey  sont  qu’il  n’y  a  comme 
contre-indication  qu’une  hypotension  marquée  et  quela  rachianes¬ 
thésie  haute  n’est  pas  sans  danger;  j’en  suis  si  convaincu  que  je 
ne  la  pratique  jamais. 

«  Il  n’en  reste  pas  moins  vrai  que  la  rachianesthésie  entre  des 
mains  prudentes  et  expérimentées  constitue  une  méthode  d'anes¬ 
thésie  remarquable,  très  intéressante.  Elle  constitue,  dans  la 
plupart  des  cas,  dans  la  chirurgie  des  membres  inférieurs,  de  la 
zone  sous-ombilicale,  l’anesthésique  de  choix.  » 

Je  dirais  volontiers  :  A  l’inverse  du  chloroformera  rachianes¬ 
thésie  est  à  la  portée  des  gens  les  moins  expérimentés,  pourvu 
qu’ils  sachent  faire  une  ponclion  lombaire  et  lire  les  divisions 
d’une  seringue. 

Je  vous  propose,  Messieurs,  d’adresser  nos  remerciements  à 
M .  Duvergey. 


1274  SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


M.  Ch.  Dujarier.  —  Je  tiens  à  appuyer  les  sages  conclusions 
du  rapporteur.  Je  crois  que  la  rachianesthésie  est  une  méthode 
simple,  et  que  les  multiples  précautions  et  adjuvants  qui  pré¬ 
tendent  la  perfeciionner  ne  font  que  la  compliquer  sans  grand 
avantage. 

M.  Cunéo.  —  Je  suis  tout  à  fait  de  l’avis  du  rapporteur  en  ce 
qui  concerne  la  technique  de  la  rachianesthésie  pour  les  opéra¬ 
tions  sur  les  membres  inférieurs  et  sur  la  partie  sous-ombilicale 
de  l'abdomen.  Il  n’est  pas  douteux  que  dans  ces  cas  une  technique 
uniformeetaussi  simple  que  possible  donne  d’excellents  résultats. 

Mais  le  rapporteur,  qui  nous  a  fait  un  éloge  mérité  de  la  rachi¬ 
anesthésie,  ne  s’étonnera  pas  qu’on  puisse  désirer  faire  bénéficier 
de  cette  méthode,  sinon  les  opérations  sur  le  cuir  chevelu,  du 
moins  les  interventions  sur  la  région  sus-ombilicale  de  l’abdomen. 
Je  m’efforce  pour  ma  part  d’y  avoir  recours  pour  les  opérations 
sur  le  foie,  sur  l’estomac  et  particulièrement  pour  les  gastrec¬ 
tomies.  Et  c’est  précisément  dans  ces  cas  où  l’on  désire  avoir  une 
anesthésie  plus  haute  qu’il  devient  naturel  de  chercherà  modifier 
la  technique. 

Je  ne  peux,  et  je  le  regrette,  indiquer  un  moyen  infaillible 
pour  élever  le  niveau  de  l’anesthésie.  Cependant  les  tentatives, 
faites  par  moi  ou  autour  de  moi,  m’ont  paru  démontrer  que,  pour 
obtenir  ce  résultat,  il  y  avait  lieu  :  de  1°  faire  une  ponction  plus 
haute  entre  la  Xe  et  IX0  dorsale  ou  entre  la  Xe  et  la  XIe  ;  2°  pousser 
l’injection  initiale  avec  plus  de  rapidité;  3°  faire  un  brassage 
plus  prolongé.  La  quantité  de  liquide  céphalo-rachidien  soustrait 
ne  m’a  pas  paru  avoir  grande  importance.  J’enlève  généralement 
dans  tous  les  cas  de  rachianesthésie  une  dizaine  de  centimètres 
cubes.  Il  y  a  de  telles  variétés,  suivant  les  sujets,  dans  le  volume 
de  ce  liquide,  qu’il  iqe  paraît  impossible  de  se  baser  sur  la  quan¬ 
tité  retirée  pour  influer  sur  le  résultat  obtenu.  J’en  dirai  autant 
de  la  dose  que  je  ne  fais  généralement  pas  varier  suivant  le  niveau 
d’anesthésie  que  je  désire  obtenir. 

J’avoue  que,  même  avec  ces  précautions,  je  n’obtiens  pas  tou¬ 
jours  une  anesthésie  suffisante  dans  les  opérations  sus-ombili¬ 
cales.  Mais  toutes  les  fois  que  je  t’obtiens,  je  constate  que  l’acte 
opératoire  est  beaucoup  plus  facile  et  que  les  suites  sont  indiscu¬ 
tablement  plus  simples. 

M.  T.  de  Martel.  —  J’utilise  toujours  la  rachianesthésie  pour 
les  grosses  opérations  abdominales  (gastrectomies,  colectomies, 
Wertheim),  parce  que  je  mets  en  balance  les  inconvénients  et  les 
avantages  de  la  rachi  et  que  je  crois  que  la  résolution  musculaire 


SÉANCE  DU  7  NOVEMBRE 


1275 


et  l’immobilité  absolue  qu’elle  assure  rendent  presque  inofl’en- 
sives  des  opérations  qui,  sous  anesthésie  générale,  deviennent 
graves.  Mais  je  considère  cependant  la  rachianesthésie  comme 
pleine  d'inconvénients.  Je  constate  toujours,  ou  presque,  après 
rachi  avec  0  gr.  07  de  stovaïne  entre  la  lre  lombaire  et  la  12e  dor¬ 
sale,  une  chute  très  marquée  de  la  tension  artérielle  qui  survient 
environ  vingt  minutes  après  l'injection.  Jamais  de  rachi  pour  les 
opérations  bénignes. 


Communication. 

Sphinctérectomie  segmentaire  dans  le  prolapsus  muqueux  du  rectum , 
par  M.  A.  BRÉCHOT. 

J’ai  pratiqué  récemment  pour  un  prolapsus  muqueux  du  rec¬ 
tum,  chez  une  fillette  de  sept  ans,  une  résection  segmentaire  du 
sphincter  externe. 

Cette  intervention  n’est  guère  usitée.  Elle  me  parait  cependant 
satisfaisante;  c’est  pourquoi  je  m’autorise  à  vous  la  rapporter. 

Il  s’agissait  d’une  enfant  de  sept  ans,  d’aspect  frêle  et  qui, 
depuis  sa  naissance,  avait  un  prolapsus  considérable.  Le  fonde¬ 
ment,  dit  la  mère,  est  toujours  sorti  ;  il  suffit  pour  cela  que  l’enfant 
aille  à  la  selle  ou  marche,  de  telle  sorte  que  depuis  très  longtemps 
on  ne  le  rentre  même  plus. 

A  l’examen  l’on  constate  un  prolapsus  long  de  6  centimètres, 
qui,  rentré,  se  reproduit  aussilôt.  La  muqueuse  est  irritée,  légère¬ 
ment  exulcérée;  il  existe  de  l’érythème  dans  tout  le  sillon  inter- 
fessier. 

Quand  le  prolapsus  estréduit  l’anus  demeure  largement  ouvert. 

Après  désinfection  de  la  région  pendant  quelques  jours,  j’ai 
opéré  cette  enfant. 

J’ai  fait  sur  le  côté  droit  de  l’anus,  à  2  centimètres  en  dehors 
de  la  muqueuse,  une  incision  de  4  centimètres. 

J’ai  dénudé  sur  cette  étendue  le  sphincter  externe,  apparemment 
normal.  Ce  muscle  s’est  laissé  facilement  isoler  en  dedans  où 
existait  un  plan  celluleux.  Après  avoir  passé  dans  l’épaisseur  du 
sphincter  au  delà  des  extrémités  du  segment  à  réséquer  deux  fils 
de  lin  en V,  j’ai  ôté  3  centimètres  du  sphincter. 

Les  extrémités  du  sphincter  ont  été  ensuite  suturées  et  les  tégu¬ 
ments  réunis  perpendiculairement  à  l’incision. 

J’ai  fait  cette  petite  opération  sous  anesthésie  générale,  mais 
l’anesthésie  locale  eût  pu  me  la  permettre. 


1276 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


L’orifice  anal,  l’opération  terminée,  était  d’apparence  normale 
et  le  petit  doigt  introduit  dans  l’anus  était  bien  serré  par  le 
sphincter. 

Depuis,  l’enfant  a  été  à  la  selle,  le  prolapsus  reste  maintenu  et 
l’aspect  de  l’anus  demeure  aussi  satisfaisanl. 

Cette  intervention  ne  date  que  d’une  vingtaine  de  jours.  11  est 
évident  que  pour  en  juger  définilivement  il  convient  d’en  attendre 
les  résultats  à  longue  échéance. 

Je  vous  la  soumets  parce  qu’elle  m’a  paru  pleinement  satis¬ 
faisante,  plus  satisfaisante  au  point  de  vue  physiologique  que  le 
cerclage. 

Celui-ci,  dont  je  ne  dénie  nullement  les  heureux  résultats,  laisse 
cependant  un  corps  étranger  susceptible  d’infection.  Il  demeure 
parfois  douloureux,  maintient  une  légère  béance  de  l’anus,  l’an¬ 
neau  inextensible  ne  pouvant  jouer  le  rôle  d’un  sphincter  contrac¬ 
tile.  Aussi  est-on  fréquemment  ob'igé  de  l’ôter  secondairement. 
Lenormant  a  vu  dans  deux  cas  la  rupture  du  fil  métallique. 

C’est  du  reste  pour  obvier  à  ces  inconvénients  que  de  nombreux 
chirurgiens  se  sont  efforcés  à  faire  mieux.  Ils  ont  voulu  remplacer 
l’anneau  inextensible  soit  par  un  lambeau  aponécrotique  du  fascia 
lata  (Lenguin),  par  des  lambeaux  musculaires  du  grand  fessier 
(Bernagovsky,  Tzai  kofï,  Shœmarrer). 

D’autres  ont  eu  recours  à  la  plicature  du  sphincter  externe 
(DiefTenbach)  ou  à  une  résection  cunéiforme  (Dieflenbach).  J’ai 
l’impression  que,  dans  les  cas  où  le  sphincter  externe  paraît  de 
volume  normal,  une  large  résection  segmentaire  de  son  anneau 
pourrait  donner  d'heureux  résultats. 

C’est  ce  point  technique  qui  m’a  paru  susceptible  de  vous  inté¬ 
resser  et  dont  vous  roudrez  bien  peut-être  contribuer  à  déter¬ 
miner  la  valeur. 

M.  Lenormant.  —  Je  crois  qu’il  faut  séparer  complètement,  au 
point  de  vue  thérapeutique,  le  prolapsus  muqueux  et  le  prolapsus 
total  du  rectum.  Le  prolapsus  muqueux  me  paraît  uniquement 
justiciable  de  la  résection  du  bourrelet  muqueux  exubérant  ;  celte 
très  simple  opération  m’a  donné  des  résultats  constamment 
bons. 

Pour  le  prolapus  total,  —  et  je  parle  plus  particulièrement  de 
celui  de  l’adulte  que  je  connais  mieux,  —  il  est  certain  que  la 
colopexie  reste  l’opération  de  choix,  la  plus  logique,  la  plus  sûre, 
et  celle  qui  a  donné  à  longue  échéance  les  meilleurs  résultats. 
Mais  on  voit  souvent  des  prolapsus  rectaux  chez  des  sujets  âgés, 
cachectiques,  chez  des  aliénés,  pour  lesquels  la  colopexie  paraît 
une  intervention  bien  importante  ;  chez  ceux-là,  l’opération  de 


SÉANCE  DU  7  NOVEMBRE 


1277 


Thiersch,  si  peu  plaisante  qu’elle  soit  en  apparence,  s’est  montrée 
efficace  et  généralement  bien  supportée. 

Quant  à  la  réfection  du  sphincter,  je  l’ai  tentée  quelquefois; 
j'ai  même  essayé  de  refaire  un  sphincter  avec  des  lambeaux 
musculaires  prélevés  sur  le  grand  fessier  suivant  le  procédé  de 
Schœmaker,  et  je  dois  dire  qu’il  ne  m’a  pas  paru  que  les  résultats 
fussent  en  rapport  avec  la  peine  que  l’on  se  donne. 

M.  Paul  Matuieu. — J’emploierai  volontiers  un  nouveau  pro¬ 
cédé  de  traitement  du  prolapsus  rectal  chez  l’enlant,  si  nous 
n’avions  à  notre  disposition  le  procédé  de  Thiersch,  qui  guérit 
presque  tous  nos  malades.  Je  rappelle  que  le  fil  métallique  doit 
être  enlevé  au  bout  d’un  mois.  A  ce  moment,  le  prolapsus  ne  se 
reproduit  plus. 

M.  P.  Hallopeau.  —  L’opération  pratiquée  par  Bréchot  me  paraît 
extrêmement  intéressante,  p<  ut  être  parfaiteau  point  de  vue  théo¬ 
rique  ou  anatomique.  Est-ce  une  raison  pour  renoncer  à  l’opération 
de  Thiersch,  si  simple,  si  satisfaisante,  si  efficace  ?  Assurément  il 
faut  enlever  quelquefois  le  fil,  mais  à  ce  moment  l’enfant  est 
guéri,  car  nous  parlons  ici  de  l’enfant;  il  ne  viendrait  certainement 
pas  à  l’idée  d’aucun  chirurgien  d’enfants  de  faire  une  réseclion  de 
la  muqueuse.  Le  <erclageles  guérit  lous  très  bien.  11  faut  enlever 
le  fil  au  bout  d’un  ou  plusieurs  mois,  oui;  mais  il  est  alors  devenu 
inutile.  C’est  une  méthode  sûre,  non  dangereuse,  et  si  pral  ique  que 
je  ne  suis  pas  encore  décidé  à  l’abandonner. 

M.  Baudet.  — J’ai  fait  plusieursfois  le  procédé  de  Thiersch  et  j’en 
ai  eu  de  très  bons  résultats,  qui  ont  subi  l’épreuve  du  temps. 

Mais  je  ne  crois  pas  que  le  procédé  de  Thiersch  soit  très  bon 
dans  les  prolapsus  muqueux  :  je  ne  crois  pas  que  le  fil  retienne 
la  muqueuse  ou  l’empêche  de  tomber. 

J’ai  observé  deux  malades  à  qui  j’ai  faitle  Thiersch  pour  des  pro¬ 
lapsus  totaux.  Ils  ont  guéri  :  mais  plus  tard  ils  ont  fait  un  pro¬ 
lapsus  muqueux.  J’ai  un  malade  dans  mon  service  à  qui  j’ai  fait  un 
Thiersch,  il  y  a  trois  ans,  pour  prolapsus  total.  Il  est  guéri  et  est 
resté  guéri.  Mais  depuis  quelque  temps  sa  muqueuse  se  déplisse. 
Or,  dans  ce  cas,  je  ne  replacerai  pas  un  second  anneau.  Je 
réséquerai  simplement  ce  bourrelet  muqueux. 

M.  Broca.  —  D’abord,  les  prolapsus  de  l’enfant  pour  lesquels 
on  est  consulté  sont  bien  rarement  des  prolapsus  delà  muqueuse 
seule,  et  pour  eux  le  procédéde  Thiersch  est  le  meilleur  lorsque  ne 
réussit  pas  le  traitement  dit  médical  :  c’est-à-dire  faire  aller  l’enfant 
à  la  selle  couché,  sans  qu’il  puisse  pousser,  et  réduire  tout  de  suite 
s’il  sort  quelque  chose;  et  traiter  le  rachitisme  qui  est  presque 


1278 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


toujours  à  l’origine  des  choses.  De  la  sorte  le  sphincter  n’est  pas 
forcé  tous  les  jours  et  reprend  sa  tonici  té.  Lé  prolapsus  ne  s’aggrave, 
à  vrai  dire,  que  si  la  mère  n’est  pas  assez  soigneuse  pour 
s’astreindre  à  ce  traitement. 

Alors,  je  mets  un  fil  de  bronze,  mais  c'est  toujours  pour  l’enlever 
quelque  temps  après  :  son  seul  but  est  de  mettre  le  sphincter  au 
repos  pendant  qu’on  traite  le  rachitisme. 

M.  Bréchot.  —  Je  répondrai  à  M.  Lenormant  que  je  me  suis 
bien  gardé  de  parler  ici  du  prolapsus  en  général  et  d’aborder  l’en¬ 
semble  de  son  traitement  chirurgical. 

Nous  sommes  ici  en  présence  du  prolapsus  de  l’enfance  dit  ordi¬ 
nairement  prolapsus  muqueux  quoiqu’il  puisse  se  trouver  dans 
cette  catégorie  du  prolapsus  de  l’enfance  des  prolapsus  lotaux.  Il 
est  évident  que  ces  prolapsus  guérissent  plus  facilement  que  ceux 
de  l’adulte. 

Dans  un  cas  d’un  prolapsus  important,  long  de  6  centimètres 
et  datant  déjà  de  sept  ans,  par  conséquent  dans  un  cas  non 
favorable  relativement,  j’ai  trouvé  un  sphincter  d’apparence  si 
bonne  que  j’ai  cru  avantageux  de  remplacer  le  cerclage  par  une 
résection  sphinctérienne  segmentaire. 

Cette  résection  est  une  opération  très  simple,  aussi  aisée  que 
le  cerclage,  et  elle  me  paraît  plus  satisfaisante  au  point  de  vue 
physiologique. 

Je  ne  discuterai  pas  dans  ces  cas  la  résection  de  la  muqueuse, 
partageant  l’avis  de  la  plupart,  avis  que  mon  ami  Hallopeau  a 
exprimé. 


Présentations  de  malades. 

Transfusion  du  sang  chez  un  enfant  de  cinq  jours , 
par  M.  L.  OMBRÉDANNE. 

L’enfant  que  je  vous  présente  est  âgé  de  vingt  jours. 

Il  est  né  avec  une  fissure  congénitale  complexe,  intéressant  la 
lèvre,  le  rebord  gingival,  et  la  voûte  palatine,  d’un  côté.  Suivant 
une  technique  que  j’ai  préconisée  depuis  quelques  années,  et  qui 
me  paraît  plus  excellente  encore  à  mesure  que  les  cas  se  multi¬ 
plient,  j’ai  procédé  au  raccordement  de  l’arcade  gingivale  par 
voie  sanglante  dans,  celte  période  de  grande  résistance  constituée 
par  les  quatre  premiers  jours  de  la  vie. 

Le  décrochement  gingival  était  en  effet  chez  lui  très  accentué. 
J’estime  qu’en  parjjH'cas  il  est  impossible  d’obtenir  une  bonne 
nai-ine  si  le  sousa^I  osseux  n’a  pas  été  préalablement  nivelé. 

Et  je  pense  si  l’autoplastie  labiale  n’est  pas  avantageuse 


SÉANCE  DU  7  NOVEMBRE 


1279 


à  cette  période  précoce,  il  y  a  au  contraire  tout  avantage  à  pro-r 
céder  dès  ce  moment  à  l’ostéotomie  palatine. 

J’ai  donc  opéré  le  troisième  jour  de  la  vie  suivam  ma  technique 
ordinaire  et  je  n’insiste  pas  sur  ce  point.  L’artère  palatine  anté¬ 
rieure  qui  donnait  a  été  liée,  comme  je  le  fais  quand  il  y  a  lieu. 

La  journée  de  l’opération  fut  bonne.  Dans  la  soirée  l’enlant  ne 
paraissait  pas  avoir  saigné.  Le  lendemain  matin,  son  état  était 
absolument  satisfaisant.  Mais  dans  l’après-midi  on  constata  une 
hémorragie  en  nappe  de  médiocre  abondance  qui  vers  le  soir 
parut  arrêtée,  à  la  suite  de  la  mise  en  œuvre  des  moyens  hémo¬ 
statiques  ordinaires. 

Le  jour  suivant  (deuxième  jo*r  au  matin)  l’enfant  était  un  peu 
pâle,  mais  tout  suinteme.nt  sanguin  paraissait  arrêté. 

Dans  l’après-midi,  l’hémorragie  reprit.  Je  fus  appelé  par  télé¬ 
phone  au  moment  de  la  contre-visite  par  mon  interne,  M.  Iselin. 

Je  vis  l’enfant  à  6  heures.  Il  était  d’une  pâleur  livide,  se  refroi¬ 
dissait,  et  son  pouls  était  absolument  imperceptible. 

J’estimai  que  la  transfusion  du  sang  nous  offrait  une  ressource 
ultime.  En  l’absence  des  parents,  je  cherchai  un  donneur  :  M.  Talon, 
externe  à  Lariboisière,  qui  venait  dîner  en  sallede  garde,  s’offrit. 
Les  tests  rapidement  vérifiés,  M.  Iselin  procéda  à  la  transfusion. 

Il  préleva  sur  le  donneur  40  cent,  cubes  environ  de  sang,  dans 
une  seringue  de  verre  très  largement  imbibée  de  la  solution  de 
citrate  de  soude  à  1/1 0e.  Puis,  avec  une  autre  seringue ,  il  ponc¬ 
tionna  très  obliquement  le  sinus  longitudinal  supérieur,  en  arrière 
de  la  fontanelle  antérieure,  dans  le  sillon  de  quelques  millimètres 
de  largeur  séparant  à  ce  niveau  les  deux  pariétaux.  11  s’assura 
ainsi  facilement  que  l’aiguille  était  en  bonne  place,  puisque  le 
sang  arrivait  largement. 

Alors,  par  l’aiguille  laissée  en  place  dans  le  sinus,  il  injecta  le 
sang  du  donneur. 

Le  résultat  répondit  à  toutes  nos  espérances. 

Quelques  heures  après,  la  pâleur  effrayante  du  bébé  avait  dis¬ 
paru.  De  plus,  il  semble  que  l’action  hémostatique  de  la  transfu 
sion  ait  été  héroïque,  car  aucun  suintement  sanguin  ne  se  repro¬ 
duisit  dans  la  suite. 

Bref,  l’enfant  guérit  et  je  vous  le  présente  aujourd’hui  avec  son 
rebord  gingival  raccordé,  et  repris. 

Ce  que  j’ai  désiré  mettre  en  lumière,  en  vous  présentant  cet 
enfant,  c’est  la  facilité  de  la  transfusion  à  cet  âge,  en  utilisant  la 
voie  du  sinus  longitudinal  supérieur.  C’est  aussi  l’action  hémo¬ 
statique  remarquable  de  la  transfusion. 

Au  point  de  vue  technique,  j’appellerai  votre  attention  sur  un 
seul  point  :  l’avantage  qu’il  y  a  à  utiliser  deux  seringues,  comme 


SOCIÉTÉ  DE  CU1KURME 


l'a  fait  mon  interne,  M.  Iselin,  Tune  pour  prendre  le  sang  du 
donneur,  l'autre  pour  ponctionner  le  sinus  et  s’assurer  que 
l’aiguille  est  en  bonne  place,  ce  qu’on  ne  pourrait  faire  en  ponc¬ 
tionnant  directement  avec  l’aiguille  montée  sur  la  seringue  déjà 
chargée  du  sang  du  donneur. 


Absence  du  sacrum 

et  des  deux  dernières  vertèbres  lombaires 
par  MM.  DESKOSSES  et  MOU  CH  ET. 


Je  vous  présente  —  en  mon  ifom  et  au  nom  de  mon  ami 
Desfosses,  qui  a  déjà  publié  cette  observation  quand  la  fillette 


avait  sept  mois  (1)  —  les  photographies  et  les  radiographies  d’une 
enfant  née  à  terme  par  le  siège  décomplété  mode  des  fe-ses,  et 
qui,  dépourvue  de  sacrum  et  des  deux  dernières  vertèbres  lom¬ 
baires,  est  actuellement  âgée  de  sept  ans  et  demi. 

S  i  santé  générale  est  bonne;  son  intelligence  paraît  à  peu  près 

(1)  P.  Des'ossee  Dnssin  rétréci  par  absence  Se  sacrum,  la  Presse  Mérlicale, 


SÉANCE  DU  7  NOVEMBRE 


1281 


normale;  mais  les  conditions  de  son  existence  sont  assez  spéciales 
puisque  celte  enfant,  quand  elle  ne  se  tient  pas  assise  à  la  façon 
d’un  Bouddha,  marche  en  s’appuyant  sur  les  mains  à  la  façon  d’un 
quadrupède  dont  les  pattes  postérieures,  paralysées,  suivraient 
simplement  les  antérieures.  Elle  a  acquis  une  grande  habileté  à 
se  mouvoir,  à  monter  sur  une  chaise  et  à  en  descendre,  etc... 

Les  photofjmiihies,  en  vous  montrant  ces  attitudes,  vous 


Fig.  2. 


montrent  aussi  la  disproportion  curieuse  entre  le  développement 
normal  de  la  tète,  du  cou,  des  épaules,  du  thorax,  des  membres 
supérieurs  et  l’atrophie  de  la  portion  sous-ombilicale  du  tronc,  du 
bassin,  des  membres  inférieurs.  Les  régions  fessières  sont  ren¬ 
trantes  au  lieu  d’être  saillantes. 

Cuisses  et  jambes  sont  très  grêles  et  n’exécutent  que  de  faibles 
mouvements  de  flexion  sur  le  bassin  et  de  flexion  dans  le  genou  ; 
aucun  mouvement  des  pieds  ou  des  orteils;  les  pieds  sont  déformés 
en  varus  équin. 

Les  seuls  muscles  qui  paraissent  exister  aux  membres  inférieurs 
sont  les  muscles  correspondant  au  couturier,  au  demi-tendineux 


1282 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


et  au  demi-membraneux.  Pas  de  réflexes  tendineux  achilléen  et 
rotulien.  Sensibilité  des  membres  inférieurs  normale. 

Incontinence  d’urine  et  des  matières  fécales.  Abouchement  anormal 
du  rectum  dans  le  vagin. 

Les  radiographies ,  en  faisant  ressortir  la  grande  saillie  en 
arrière  de  l’apophyse  épineuse  d’ailleurs  volumineuse  de  la  3'  ver- 


Fio.  3. 


tèbre  lombaire  (il  n’y  a  ni  4°  ni  3e  lombaires),  montrent  l’absence 
du  sacrum,  la  fusion  des  deux  os  iliaques  atrophiés  sur  la  ligne 
médiane  postérieure,  l’atrophie  des  branches  ischio-pubiennes, 
le  rétrécissement  de  la  cavité  pelvienne  et  sa  forme  de  sablier  [les 
deux  cotyles  sont  rapprochés  au  point  de  se  toucher  par  leurs 
fonds,  il  existe  entre  eux  un  intervalle  de  2  à  3  millimètres]  (1). 

(I  )  Cette  observation  sera  publiée  en  détails  dans  le  numéro  de  janvier  1924 
de  la  Revue  d’orthopédie  (libr.  Masson,  édit.). 


SÉANCE  OU  7  NOVEMBRE 


1283 


Division  du  voile  du  palais, 
par  M.  VICTOR  VEAU. 

Dans  l’avant-dernière  séance,  M.  Broca  vous  a  présenté  un 
enfant  pour  vous  prouver  qu’on  pouvait  réussir  une  staphy- 
lorraphie  avec  l’instrumentation  simple  d’autrefois.  Vous  pouvez 
voir  deux  enfants  qui  ont  été  opérés  avec  la  complexité  instru¬ 
mentale  qui  tend  à  devenir  à  la  mode. 

Je  crois  que  je  ne  saurais  plus  me  passer  de  l’aspiration.  Je  trouve 
l’anesthésie  par  insufflation  plus  commode  que  la  compresse. 
Quant  à  l’éclairage  frontal,  je  suis  heureux  de  l’avoir  quand  le 
jour  est  mauvais  ou  quand  il  y  a  trop  de  têtes  pour  intercepter  la 
lumière. 

Ma  première  opérée  est  une  fille  de  un  an;  comme  le  garçon  de 
M.  Broca  elle  a  une  luette  très  bien  réparée  ;  j’ai  été  un  peu  gêné 
par  l’étroitesse  de  la  bouche.  Comme  il  faisait  très  clair,  je  l’ai 
opérée  sans  éclairage  frontal;  j’ai  enlevé  le  fil  métallique  il  y  a 
trois  jours,  sept  jours  après  l’intervention. 

Ma  seconde  opérée  vous  racontera  elle-même  son  histoire,  car 
tout  son  intérêt  est  dans  son  élocution  actuelle  : 

Je  m'appelle  Elisabeth  Brière,  j'ai  sept  ans.  Je  viens  d'un  village 
du  Morvan.  On  m'a  envoyée  à  Paris  parce  que  je  parlais  mal  ;  j'ai 
été  opérée  le  28  juillet  de  cette  année. 

Je  vais  vous  réciter  une  petite  fable  :  le  Corbeau  et  le  Renard... 


Présentation  de  radiographies. 

Radiographies  d'articulations  sur  film  cintré , 
par  MM.  PIERRE  DUVAL  et  HENRI  BÉCLÈRE. 

Nous  avons  l’honneur  de  vous  présenter  des  radiographies 
articulaires  prises  sur  film  cintré.  Ce  procédé  est  applicable  à 
toutes  les  grandes  articulations,  spécialement  au  genou,  au  coude, 
à  l’épaule.  Il  peut  être  employé  dans  deux  circonstances  diffé¬ 
rentes.  En  cas  d’ankylose  angulaire,  il  permet  la  radiographie  de 
face  avec  toute  la  netteté  désirable.  En  cas  d’articulation  mobile, 
il  permet  la  radiographie  en  flexion,  qui  permet  de  voir  l’intérieur 
articulaire.  Pour  le  genou,  par  exemple,  la  radiographie  en  flexion 
bui.l.'et  ata.  de  la  soc.  de  cbir.,  1923.  94 


1284 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


montre  avec  une  netteté  parfaite  l’espace  intercondylien  et  permet 
de  constater  les  lésions  osseuses  ou  le  corps  étranger  que  la 
radiographie  de  face  ne  peut  déceler.  Ce  procédé,  très  simple,  et 
qui  consiste  à  mettre  dans  la  concavité  de  l’articulation  ankylosée, 
ou  fléchie  au  degré  voulu,  un  support  arrondi  sur  lequel  est  placé 
le  film  souple  et  cintré,  et  à-  faire  passer  le  rayon  normal  par  le 
sommet  de  la  courbe  articulaire,  doit  rentrer  dans  les  moyens 
courants  d’exploration  articulaire. 


Dans  la  prochaine  séance  la  Société  se  réunira  en  Comité 
secret. 


Le  Secrétaire  annuel, 
M.  Ombrédanne. 


SÉANCE  DU  14  NOVEMBRE  1923 


Présidence  de  M.  Mauclair 


Procès-verbal. 


ïii 

V/  '3 


V-'à. 

k.  s,  n 


La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  sral4iHS*f  mise 
aux  voix  et  adoptée. 


Correspondance. 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  périodiques  delà  semaine. 
2°.  —  Des  lettres  de  MM.  Hallopeau, Roux-Berger  et  Souligoux, 
'excusant  de  ne  pouvoir  assister  à  la  séance. 


A  propos  de  la  correspondance. 

1°.  —  Un  travail  de  M.  André  Richard,  prosecteur  à  la  Faculté, 
intitulé  :  Hernie  diaphragmatique  étranglée. 

M.  Toupet,  rapporteur. 

2°.  —  Un  travail  de  M.  Brisset,  intitulé  :  Skodisme  lombaire 
dans  les  kystes  de  l'ovaire  à  grand  développement. 

M.  Toupet,  rapporteur. 

3°.  —  Un  travail  de  M.  L.  Brisset  (de  Saint-Lô),  intitulé  : 
Statistique  de  cinquante  interventions  gastriques  avec  lever  précoce. 
M.  Grégoire,  rapporteur. 


A  propos  du  procès-verbal. 

M.  le  Secrétaire  général.  —  A  l’occasion  du  procès-verbal 
de  la  dernière  séance  en  particulier,  le  Secrétaire  croit  devoir 
informer  ses  collègues  de  la  peine  énorme  qu’il  a  eue  à  mettre  en 

BULL  BT  MÉM.  DK  LA  SOC.  DK  CHIft.,  1923.  —  N»  30.  95 


1280 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


bonne  place  les  discussions  à  propos  des  communications  qui  ont 
été  envoyées  par  les  auteurs  difectement  à  l’imprimerie. 

Les  unes  n’étaient  pas  arrivées  en  temps  utile,  les  autres  ont 
été  mises  en  des  places  hétéroclites  par  l’imprimeur,  qui  pour¬ 
tant  a  fait  de  son  mieux. 

Il  les  prie  instamment  de  prendre  la  peine  de  rédiger  pendant 
la  séance  les  observations  qu’ils  ont  présentées  et  de  les  remettre 
au  cours  même  de  la  séance  au  Secrétaire  annuel. 


Rapports. 

Empalement  trans-reclo-vésical  avec  éclatement  de  la  vessie 
par  objet  sphérique, 

par  M.  Bellot, 

Médecin  de  la  marine  (Cherbourg). 

Rapport  de  M.  ÉDOUARD  MICRON. 

Le  D1'  Bellot,  médecin  de  la  marine  à  Cherbourg,  nous  a  commu¬ 
niqué  une  intéressante  observation  qu’il  intitule  :  Empalement 
trans-recto-vésical  avec  éclatement  de  la  vessie  par  objet  sphérique. 

Vous  me  permettrez  de  résumer  cette  observation  très  complète. 

A  bord  d’iin  torpilleur,  un  matelot,  âgé  de  vingt-huit  ans,  glisse 
si  malencontreusement  qu’il  tombe  brutalement  de  tout  son  poids 
en  arrière,  horizontalement,  sur  une  tige  de  rambarde  et  s’y 
empale. 

Voici  la  description  de  cette  tige  de  rambarde,  que  je  n’ai  pas 
*rouvée  citée  dans  la  liste  cependant  longue  des  objets  vulnéranls 
dans  les  plaies  vésicales  par  empalement.  La  tige  de  rambarde 
verticale  est  haute  de  40  centimètres,  3  centimètres  de  section 
et  est  surmontée  d’une  boule  sphérique  de  4  centimètres  de 
diamètre  exactement. 

La  boule  a  effondré  le  pantalon,  pénétré  dans  l’anus  et  déchiré 
la  cloison  recto-vésicale.  Au  cri  du  blessé,  ses  camarades  accou¬ 
rent,  le  relèvent,  le  désempalent;  un  lambeau  de  muqueuse  reste 
adhérent  à  la  pomme  de  rambarde. 

Il  y  eut  tout  d’abord  un  état  de  shock  très  marqué.  Puis 
malgré  des  lésions  périnéales  peu  marquées,  consistant  en 
quelques  fissures  anales,  on  constate  par  le  toucher  une  brèche 
de  la  paroi  rectale  antérieure. 

Le  lendemain,  il  n’y  a  aucun  doute  possible  :  il  y  a  double 
rupture  de  la  vessie  dans  le  rectum  et  dans  le  péritoine,  sans  que 


SÉANCE  Dü  14  NOVEMBRE  1287 


soit  exclue  l’hypothèse  d’autres  lésions  intestinales.  Le  Dr  Bellot 
décide  l’intervention  immédiate  seize  heures  après  l'accident. 

Voici  le  compte  rendu  exact  de  cette  intervention  :  Laparotomie 
le  5  septembre  1923. 

Intervention  le  5  septembre  1923  :  Anesthésie  à  l’éther.  Laparotomie 
sous-ombilicale.  A  l’ouverture  du  péritoine  on  trouve  le  bassin  et  les 
deux  fosses  iliaques  remplies  d’urine  dans  laquelle  flottent  les  anses 
grêles  très  congestionnées,  sans  trace  de  matières  intestinales.  Après 
assèchement,  on  s'assure  d’abord  et  vite  de  l’absence  de  toute  lésion 
de  l’intestin  et  l’on  découvre  une  énorme  déchirure  représentant  un 
véritable  éclatement  du  dôme  de  la  vessie.  La  déchirure  très  irrégu¬ 
lière  de  contours  est  sensiblement  médiane,  corrimence  à  i  centi¬ 
mètre  du  fond  du  Douglas,  intéressant  toute  la  face  postérieure,  le 
dôme  et  une  partie  de  la  portion  extra-péritonéale.  D’autre  part,  le, 
bas-fond  de  la  vessie  a  complètement  disparu,  toute  la  région  du 
trigone  est  effondrée  et  remplacée  par  une  brèche  par  où  deux  et  trois 
doigts  pourraient  facilement  pénétrer  dans  l’ampoule  reclale. 

Le  fond  du  Douglas  est  intact,  la  pénétration  de  l'objet  traumatisant 
est  donc  restée  sous-péritonéale  et  s’est  faite  au  travers  de  la  cloison 
recto-vésicale. 

Le  problème  se  pose  immédiatement  de  la  décision  à  prendre  vis- 
à-vis  de  cette  brèche  vésico-rectale  ;  en  tenter  la  suture  à  la  faveur  de 
la  large  fenêtre  déjà  ouverte  dans  le  dôme  de  la  vessie  apparaît  déjà 
bien  malaisé,  à  cause  de  son  siège.  Elle  est  d’autre  part  tellement 
irrégulière  et  déchiquetée  que  sa  fermeture  ne  saurait  s’effectuer 
qu’après  avivement  ou  du  moins  au  prix  d’un  large  affrontement  des 
bords,  affrontement  d’autant  plus  aveugle  qu’on  n’y  peut  découvrir  ce 
qu’est  devenu  l’abouchement  des  uretères. 

Il  est  prudent,  dans  ces  conditions,  de  s’en  tenir  au  plus  pressé, 
c’est-à-dire  de  fermer  la  vessie  du  côté  du  ventre  ;  juguler  ainsi  la 
péritonite  commençante  et  remettre  à  plus  tard  le  traitement  de  la 
.  communication  vésico-rectale. 

Iteste  à  réaliser  provisoirement  une  bonne  dérivation  des  urines  et 
pour  cela  un  drain  n°  3  est  passé  de  la  vessie  dans  l'ampoule  reclale 
d’où  un  aide  l’attire  au  dehors  et  Je  fixe  à  la  marge  de  l’anus. 

On  procède  alors  à  la  fermeture  de  la  vessie  du  côté  du  ventre,  ce 
n’est  pas  sans  difficulté,  car  l’irrégularité  des  contours  de  la  rupture 
ne  permettait  pas  un  avivement  préalable,  d’autant  plus  que  la  brèche 
musculo-séreuse  est  naturellement  beaucoup  plus  vaste  que  la  brèche 
muqueuse  ;  cependant  par  une  suture  à  deux  plans  et  même  triplée 
en  certains  points,  on  réalise  en  fin  de  compte  une  bonne  fermeture. 
Enfin  éther  «  larga  manu  »  au  milieu  des  anses  grêles,  drainage  à  la 
Mickulicz  en  arrière  de  la  vessie,  suture  partielle  de  la  paroi,  glace  sur 
le  ventre  tout  autour  du  pansement  et  sonde  à  demeure. 


A  la  suite  de  cette  opération,  et  après  un  état  assez  inquiétant 
jusqu’au  soir,  il  y  a  amélioration  rapide,  puis  surviennent  à  nou- 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


veau,  au  bout  de  trente-six  heures,  des  signes  de  péritonite,  qui 
disparaissent  après  un  simple  lavage  de  l’estomac  et  le  10  sep¬ 
tembre  la  guérison  semble  certaine. 

Cette  guérison  arrive  en  effet,  mais  pas  très  simplement.  Le 
14  septembre,  c’est-à-dire  dix  jours  après  l’intervention,  la  plaie 
sus-pubienne  se  désunit,  et  par  elle  passent  l’urine  etles  matières 
fécales;  heureusement  le  péritoine  reste  isolé.  Mais  pendant 
quinze  jours,  suivant  le  dire  de  M.  Bellot,  on  se  trouve  en  présence 
d’un  cloaque  d’urine,  de  matières  fécales  et  de  gaz  intestinaux,  de 
véritables  selles  liquides  étant  évacuées  par  la  plaie  ventrale. 

Pour  remédier  à  cet  état,  successivement  on  remplace  le  drain 
fenêtré  ano^vésical  par  un  drain  non  perforé;  ce  dernier  est 
supprimé  à  son  tour  et  la  sonde  urétrale  seule  est  laissée  à 
demeure,  et  en  même  temps  le  malade  est  constipé.  Peu  à  peu  la 
cicatrisation  de  la  plaie  sus-pubienne  est  obtenue;  elle  est  com¬ 
plète  le  30  septembre. 

A  cette  période  de  cloaque  sus-pubien,  sûccède  donc  une  phase 
de  fistule  vésico-rectale,  la  plus  grande  quantité  d’urine  passant 
non  par  la  sonde,  mais  bien  par  le  rectum.  C’est  alors  que  M .  Bello  t 
se  décide  à  mettre  le  blessé  en  décubitus  ventral  continu;  l’effi¬ 
cacité  de  cette  position  ne  tarde  pas  à  se  montrer  :  le  4  octobre,  on 
note  la  disparition  des  gaz  et  matières  par  l’urètre,  et  le  9  octobre, 
c’est-à-dire  au  bout  de  dix  jours,,  la  fistule  vésico-intestinale  est 
fermée. 

Un  mois  après,  la  guérison  s’est  maintenue;  l’anus  fonctionne 
normalement;  les  urines  sont  limpides;  seule  la  capacité  vésicale 
est  diminuée  et  ne  dépasse  pas  300  grammes. 

C’est  là  un  beau  succès;  car  les  plaies  par  empalement  avec 
lésion  du  péritoine  sont  graves  ;  et  ce  succès  est  certainement  dû 
à  la  laparotomie  qui  était  formellement  indiquée  et  qui  a  été  faite 
sans  hésitation. 

M.  Bellot  fait  suivre  son  observation  de  quelques  réflexions,  et 
nous  retiendrons  celles  qui  concernent  spécialement  la  plaie  de 
la  vessie. 

Déjà  on  pouvait  voir  que  la  question  de  la  palhogénie  préoc¬ 
cupait  M.  Bellot  lorsqu’il  disait  dans  le  titre  de  son  observation': 
plaie  avec  éclatement  de  la  vessie  par  objet  sphérique.  C’est  qu’en 
effet  dans  lesplaies  de  la  vessie  par  empalement  il  n’est  pas  excep¬ 
tionnel  de  trouver  une  double  plaie  vésicale  :  l’une  sous-péritonéale, 
intéressant  la  cloison  recto-vésicale  au  niveau  du  bas-fond; 
l’autre  péritonéale,  au  niveau  du  dôme  ou  de  la  paroi  postérieure; 
et  en  général  ces  deux  plaies  sont  faites  par  le  pal  pointu  qui  a 
embroché  de  part  en  part  la  vessie  et  peut  même  avoir  lésé  dans 
l’abdomen  d’autres  anses  intestinales.  Dans  l’observation  actuelle, 


SÉANCE  DU  14  NOVEMBRE 


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il  semble  que  la  plaie  péritonéale  du  dôme  ait  eu  lieu  par  un  autre 
mécanisme,  et  M.  Bellot  se  demande  si  l’objet  arrondi  de  la 
pomme  de  rambarde  d’un  gros  volume  n’a  pas  agi  à  la  façon 
d’un  piston  et  déterminé  par  surpression  brusque  l’éclatement  de 
la  vessie  ».  En  un  mot  la  plaie  péritonéale  de  la  vessie  pleine  se 
serait  produit  de  la  même  façon  que  par  une  pression  violente  sur 
le  ventre,  dans  les  ruptures  habituelles  de  la  vessie.  Cette  hypo¬ 
thèse  est  d’autant  plus  plausible  que  cette  plaie  a  les  caractères 
ordinaires  des  ruptures^le  la  vessie  :  siège  médian  péritonéal  sur 
la  face  postérieure  du  réservoir,  déchirure  plus  étendue  de  la  séreuse 
et  de  la  musculaire  que  delà  muqueuse. 

La  ligne  de  conduite  suivie  au  cours  de  l’intervention  mérite 
aussi  quelques  réflexions.  Tout  d’abord  et  très  bien  a  été  faite  la 
suture  complète  de  la  brèche  péritonéale  et  c’est  à  cela  qu’a  été 
due  la  guérison  du  blessé. 

Puis  la  plaie  recto-vésicale  a  été  laissée  béante  et  un  drain 
passant  par  l'anus  a  été  posé.  Cette  conduite  est  simple;  elle  a  été 
préconisée  souvent  et  a  donné  bien  des  succès;  mais  il  n’empêche 
que  ce  n’est  qu’un  pis  aller;  il  faudrait,  si  cela  est  possible, 
lorsque  le  bas-fond  est  bien  en  vue,  et  si  la  déchirure  n’est  pas 
trop  grande,  la  suturer,  comme  on  fait  pour  une  fistule  vésicale 
traitée  par  taille  sus-pubienne.  Ici  les  conditions  ne  s’y  prêtaient 
pas  :  bords  déchiquetés,  incertitude  sur  le  siège  des  orifices  uré¬ 
téraux.  Notons  en  passant  que  dans  les  plaies  par  empalement 
il  est  exceptionnel  de  voir  les  uretères  lésés.  M.  Bellot  fit  donc  un 
drainage  vésical  par  le  rectum  et  l’anus;  il  ferma  complètement  la 
vessie  en  avant  :  plaça  une  sonde  à  demeure.  C’est  ici  qu’un  autre 
procédé  de  drainage  peut  être  discuté.  En  somme,  après  l’inter¬ 
vention,  la  plaie  vésicale  intra-péritonéale  fut  transformée  en  une 
déchirure  du  bas-fond  sous-péritonéal,  avec  seul  drainage  inférieur 
par  l’anus  et  sonde  dans  le  canal.  Mais  on  aurait  pu  ainsi  pratiquer 
un  drainage  sus-pubien  de  la  vessie.  C’est  une  méthode  que  Lenor- 
mant  préconisait  ici  même  dans  les  cas  d’empalement  de  la  vessie 
sans  lésion  du  péritoine  lorsqu’on  craint  l’infiltration  septique 
dans  le  tissu  cellulaire.  Je  crois  que  la  cystostomie  haute  aurait 
pu  simplifier  les  suites  opératoires,  puis  que  cette  fistulation  s’est 
faite  d’elle-même  et  qu’un  cloaque  sus-pubien  s’est  établi  dans  de 
mauvaises  conditions;  elle  aurait  aussi, je  crois,  facilité  la  cure  de 
la  fistule  recto» urinaire,  car  une  sonde  à  demeure,  par  où  passent 
les  matières  fécales,  fonctionne  toujours  mal. 

Un  dernier  point  sur  lequel  insiste  M.  Bellot  est  l’utilité  du  décu¬ 
bitus  ventral  pour  obtenir  la  fermeture  de  la  communication  avec 
le  rectum.  Il  a  tout  à  fait  raison,  et  cette  position  est  très  favorable  ; 
elle  peut  même  être  employée  avec  avantage  lorsqu’il  s’agit  de 


1290 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


communication  fîstuleuse  recto-vésicale  correctement  suturée;  elle 
n’a  que  l’inconvénient  d’être  assez  pénible,  il  est  possible  alors 
de  l’associer  au  décubitus  latéral. 

On  peut  donc  féliciter  M.  Bellot  d’avoir  obtenu  un  beau  succès, 
et  le  remercier  de  nous  avoir  communiqué  son  observation. 


Tuberculose  iléo-cæcale  hypertrophique  fibro-adipeuse. 

Hémicolectomie  droite. 

Iléo-transversostomie  latéro-latérale.  Guérison, 
par  M.  Lfe  Jeûne, 

Chirurgien  de  l’Hôpital  maritime  de  Brest. 

Rapport  verbal  de  M.  WALTHER.j 

L'observation  que  nous  a  envoyée  M.  Le  Jeune  est  suffisamment 
caractérisée  par  le  titre,  pour  que  je  puisse  me  permettre  de  n’eu 
pas  rapporter  tous  les  détails.  Un  seul  point  doit  être  signalé  :  le 
volume  considérable  de  la  tumeur,  grosse  comme  le  poing,  et 
surtout  le  développement  énorme  de  la  masse  ganglionnaire 
rétro-colique  qui  obligea  M.  LeJeune  à  réséquer  l’artère  sperma¬ 
tique,  à  disséquer  péniblement  l’uretère,  le  duodénum,  le  bord 
inférieur,  du  pancréas,  qui  dut  être  quelque  peu  ébréché,  et  à 
porter  la  section  du  côlon  jusqu’au  milieu  du  transverse. 

La  guérison  opératoire  se  fit  sans  incident. 

Nous  n’avons  pas  de  renseignements  sur  les  résultats  éloignés, 
qui  présenteraient  un  réel  intérêt  en  raison  de  l’étendue  des 
lésions  ganglionnaires. 

Je  vous  propose  de  remercier  M.  Le  Jeune. 


Note  sur  un  cas  d'artérite  perforante  de  la  tibiale  postérieure 
avec  anévrisme  diffus  du  mollet 
dans  la  convalescence  d'une  septicémie  d'apparence  grippale. 
Intervention.  Guérison, 
par  M.  Brissèt  (de  Saint-Lô). 

Rapport  verbal  de  M.  WALTHER. 

Un  homme  d’une  quarantaine  d’années,  éthylique,  avec  lésion 
aortique  et  myocardite,  est  atteint  d’une  affection  aiguë  fébrile 
à  début  brusque,  à  localisations  pulmonaires  et  intestinales 


SÉANCE  DU  14  NOVEMBRE 


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étiquetée  :  grippé.  Au  cours  de  la  convalescence  apparaissent  des 
hématuries  assez  abondantes  pendant  une  quinzaine  de  jours. 

Puis  une  douleur  se  manifeste  au  bord  interne  du  tibia  droit 
qui  fait  penser  à  une  périostite;  mais  rapidement  une  tuméfaction 
se  développe  en  arrière,  au  mollet,  et  bientôt  le  médecin  qui 
suit  le  malade  y  constate  des  battements  et  du  souffle. 

M.  Brisset,  appelé  à  voir  ce  malade  au  quinzième  jour,  constate 
l’existence  d’un  anévrisme  diffus,  distendant  à  plein  le  mollet, 
mais  sans  refroidissement  du  pied,  avec  battements  encore  fai¬ 
blement  perceptibles  de  la  pédieuse. 

Lorsque  M.  Brisset  fit,  deux  jours  plus  tard,  l’intervention  qu’il 
avait  conseillée,  l’état  s’était  modifié;  la  jambe  était  très  œdé¬ 
matiée,  violacée,  le  pied  froid,  sans  battement  perceptible  de  la 
pédieuse  ;  à  cette  aggravation  des  accidents  de  compression  s’ajou¬ 
tait  une  accélération  à  130  du  pouls,  petit,  irrégulier  ;  un  état  général 
mauvais  avec  température  de  38°6. 

Après  avoir  placé  un  fil  d’attente  sur  la  fémorale  dans  le  canal 
de  Hunter,  par  une  longue  incision  sur  la  face  interne  de  la 
jambe,  M.  Brisset  ouvrit  le  foyer  très  volumineux  d’où  il  évacua 
1  litre  environ  de  caillots.  Au  fond  de  cette  cavité  détergée,  il 
trouva  la  perforation  siégeant  sur  la  tibiale  postérieure,  à  2  cen¬ 
timètres  environ  de  son  origine,  perforation  arrondie  comprenant 
la  moitié  du  cylindre  artériel. 

Il  fit  la  ligature  au-dessous  facile,  la  ligature  au-dessus,  qui 
coupa  l’artère  friable  et  qu’il  dut  répéter  à  l’origine  même  de 
l’artère  en  la  serrant  avec  grande  prudence. 

Les  suites  opératoires  furent  simples; 'la  température  tomba 
rapidement;  la  guérison  se  fit  sans  autres  incidents  qu’une  sen¬ 
sation  légère  d’engourdissement  dans  le  pied  pendant  quelques 
jours  et  l’apparition,  au  huitième  jour,  d'une  petite  escarre  talon- 
nière  qui  guérit  rapidement  sous  un  pansement  au  collargol. 

Le  malade,  cultivateur,  put,  au  bout  de  deux  mois,  reprendre 
son  travail. 

M.  Brisset  dit  très  justement  son  regret  de  ne  pouvoir  donner 
une  précision  sur  la  nature  de  l’infection  qui  a  déterminé  cette 
artérite  perforante  :  grippe,  ce  qui  aurait  un  intérêt  particulier, 
mais  peut-être  infection  éberthienne,  dont  nous  ne  pouvons 
rejeter  l’hypothèse  en  l’absence  d’examen  du  sang,  d’hémoculture, 
et  alors  artérite  d’origine  typhoïdique  un  peu  mieux  connue? 

Je  vous  propose  de  remercier  M.  Brisset  de  nous  avoir  envoyé 
cette  intéressante  observation  d’une  très  rare  intervention, 


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SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Rupture  à  signes  frustes  du  ménisque  interne  du  genou. 

Méniscectomie  partielle.  Guérison, 

par  MM.  Combiek  et  J.  Murard  (du  Creusot). 

Rapport  de  M.  J.  OKINCZYC. 

MM.  Combier  et  Murard  nous  ont  adressé  une  intéressante 
observation  de  rupture  du  ménisque  interne  du  genou.  Contraire¬ 
ment  à  l’histoire  clinique  habituelle  de  cette  lésion,  nous  ne 
trouverons  dans  cette  observation,  ni  traumatisme  initial,  ni 
symptôme  de  blocage,  et  pourlout  l'opération  permit  de  con¬ 
stater  une  rupture  complète  du  ménisque  à  sa  partie  moyenne. 

Au  reste  voici  celte  observation  : 

S...  G...,  quarante-huit  ans,  mineur,  entre,  le  20  avril  1923,  à  la 
clinique  chirurgicale  du  Creusot  pour  des  douleurs  et  de  la  gêne  du 
genou  droit. 

Bonne  santé  antérieure.  Aucune  action  de  traumatisme  ni  de  rhuma¬ 
tisme.  Le  début  de  l’affection  actuelle  fut  très  insidieux.  Depuis 
deux  mois  environ,  le  malade  a  remarqué  qu’en  s’agenouillant,  son 
genou  droit  craquait,  sans  déterminer  aucune  douleur.  La  marche 
était  normale,  sans  fatigue.  Dans  les  premiers  jours  d’avril,  les  cra¬ 
quements  disparaissent,  mais  les  douleurs  apparaissent  et  le  malade 
interrompt  son  travail.  11  se  plaint  d’une  douleur  localisée  au  côté 
interne,  qui  ne  se  manifeste  qu’à  la  marche,  et  provoque  une  légère 
claudication.  Il  n’y  a  aucune  tuméfaction,  mais  son  médecin  remarque 
l’existence  d’un  point  très  douloureux  sur  le  tibia,  et  nous  adresse  le 
malade. 

A  l’examen,  le  genou  est  d’apparence  normale,  sans  aucun  gonfle¬ 
ment,  ni  épanchement  dans  le  cul-de-sac  supérieur.  Les  mouvements 
de  flexion  tt  d’extension  sont  normaux,  sans  douleur;  il  n’existe 
aucun  mouvement  de  latéralité,  ni  de  signe  de  tiroir.  Le  genou  est  sec 
et  très  solide.  Pas  d’adénopathie  au  pli  de  l’aine.  On  trouve  seulement 
un  point  très  douloureux,  très  limité,  sur  la  face  interne  du  genou,  à 
mi-chemin  de  la  saillie  du  condyle  et  du  bord  rotulien.  Ge  point  dou¬ 
loureux,  qu’il  faut  chercher  avec  soin,  est  un  peu  au-dessous  de  l’inter¬ 
ligne;  on  perçoit  à  ce  niveau  une  légère  bosselure.  La  douleur  est  très 
précise  ;  elle  n’est  modifiée  ni  par  l’extension  complète  ni  par  la  flexion 
maxima.  Aucun  autre  point  douloureux,  et  la  radiographie  ne  révéle 
aucune  lésion  osseuse.  Le  diagnostic  est  donc  :  méniscite,  bien  que  le 
point  douloureux  soit  un  peu  au-dessous  de  l’interligne. 

Intervention  le  20  avril  1923.  Après  repérage  du  point  douloureux, 
incision  longitudinale  sur  ce  point,  plan  par  plan.  Tout  à  coup  une 
masse  dure  fait  hernie  :  c'est  l’extrémité  postérieure  du  ménisque 
rompu.  Cette  extrémité  désinsérée  est  luxée  en  dehors,  et  pend  vers 
le  bas  contre  le  tibia.  L’articulation  est  ouverte,  et  on  constate  qu’il 


SÉANCE  DU  14  NOVEMBRE 


1293 


existe  une  rupture  complète  ;  les  deux  bouts  sont  légèrement  effilochés. 
La  partie  antérieure  du  ménisque  est  complètement  réséquée,  et  la 
partie  postérieure  est  dégagée  et  réséquée  jusqu’au  condyle  à  sa  partie 
moyenne.  Mais  comme  au  delà  le  segment  postérieur  tient  très  soli¬ 
dement  à  la  capsule,  qu’il  n’est  ni  désinséré,  ni  flottant,  il  semble 
inutile  de  vouloir  à  tout  prix  l'enlever,  ce  qui,  d’ailleurs  ne  pourrait 
être  fait  qu’en  ébranlant  l’appareil  capsulaire,  qu’il  y  a  tout  intérêt, 
au  contraire,  à  ménager.  11  est  donc  laissé  en  place.  Suture  totale  à 
plusieurs  plans  séparés. 

Le  membre  est  immobilisé  quatre  jours  sur  une  attelle  de  Boeckel, 
puis  les  mouvements  sont  repris.  Le  blessé  quitle  la  clinique  le 
douzième  jour,  en  marchant  sans  douleur  ni  claudication. 

Revu  en  octobre,  soit  six  mois  plus  tard,  le  malade  est  complète¬ 
ment  guéri,  le  genou  est  sec,  solide  ;  les  mouvements  sont  intacts.  Le 
malade  a  repris  son  métier  de  mineur. 


Cette  observation,  comme  le  font  remarquer  leurs  auteurs,  est 
la  preuve  qu’une  rupture  complète  du  ménisque  est  compatible 
avec  des  symptômes  très  atténués  qui  pourraient  faire  douter  de 
son  existence.  L’absence  de  tout  traumatisme  à  l’origine  n’est 
pas  moins  remarquable,  et  MM.  Combier  et  Murard  se  demandent 
avec  raison  s’il  convient  même  de  parler,  dans  ce  cas,  de  rupture 
traumatique.  Ils  supposent  que  des  lésions  inflammatoires  ont  pu 
précéder  et  préparer  la  rupture,  qui  se  ferait  alors  sous  l’influence 
d’une  cause  minime,  et  sans  éveiller  l’attention,  presque  sponta¬ 
nément,  et  par  un  mécanisme  comparable  à  celui  des  fractures 
pathologiques  des  os. 

Ces  lésions  Ont  été  signalées-,  mais  dans  le  cas  de  MM.  Combier 
et  Murard  rien,  au  moins  macroscopiquement,  n’a  pu  être  constaté, 
ce  qui  nous  fait  regretter  plus  encore  que  dans  toute  autre  obser¬ 
vation  un  examen  histologique,  sans  lequel  toutes  nos  considéra¬ 
tions  restent  à  l’état  de  pures  hypothèses.  Tavernier  (l)  admet, 
lui  aussi,  ces  relations  entre  la  méniscite  et  la  rupture,  et  publie 
des  observations  à  l’appui  de  celte  opinion. 

A  la  suite  de  ces  considérations  étiologiques,  MM.  Combier  et 
Murard  abordent  la  question  du  traitement.  Ils  donnent  la  pré¬ 
férence  à  la  méniscectomie  partielle,  toutes  les  fois, au  moins,  que 
la  portion  postérieure  du  ménisque  reste  adhérente  à  la  capsule. 
Ils  estiméntque  sa  désinsertion  risque  d’affaiblir  l’appareil  liga¬ 
mentaire  et  capsulaire,  et  que  mieux  vaut,  dans  ces  cas,  limiter  la 
méniscectomie  à  la  partie  antérieure  du  ménisque. 

Ce  n’est  pas  l’opinion  de  Tavernier.  Voici  textuellement  ce  que 

(1)  Tavernier.  Quelques  points  nouveaux  sur  les  lésions  traumatiques  des 
.ménisques  du  genou.  Hoc.  de  Chirurgie  de  Lyon,  14  et  28  juin  4923. 


1294 


SOCIÉTÉ  DE  CHIHUR6IE 


je  trouve  dans  sa  communication  à  notre  Société,  dans  la  séance 
du  12  février  1919  (1)  :  «  Je  crois  que  cette  ablation  doit  être 
totale,  et  comprendre  non  seulement  la  partie  flottante  du 
ménisque,  mais  encore  les  fragments  assez  importants  qui  restent 
en  place  contre  la  capsule  articulaire,  surtout  en  arrière.  Leur 
ablation  n’a  aucun  inconvénient,  et  pour  l’avoir  omise  dans  ma 
première  intervention  j’ai  eu  une  récidive  des  accidents.  » 

Il  faut  bien  reconnaître  que,  si  M.  Tavernier  a  eu  un  échec, 
MM.  Combier  et  Murard  ont  eu  un  succès  en  laissant  précisément 
en  place  cette  partie  du  ménisque  qui  adhère  à  la  capsule,  surtout 
en  arrière.  La  lecture  de  la  discussion  qui  a  suivi  la  communi¬ 
cation  de  M.  Tavernier  n’apporte  pas  une  aveuglante  lumière  sur 
la  question.  Je  m’excuse  de  faire  cette  constatation,  mais  vous  en 
conviendrez  avec  moi  si  je  vous  rappelle  :  que  M.  Arreu  fait  une 
méniscectomie  bilatérale  totale  sans  avoir  vu  de  lésions  appré¬ 
ciables  des  ménisques,  et  que  son  malade  guérit  parfaitement; 
que  M.  Mouchet  pratique  deux  fois  une  méniscectomie  totale  avec 
(je  le  cite)  «  l’impression  que  les  résultats  fonctionnels  de  la 
méniscectomie  totale  n’étaient  peut-être  pas  aussi  satisfaisants 
que  certains  chirurgiens  se  plaisent  à  le  dire  »;  que  MM.  Mau- 
claire  et  Savariaud  guérissent  leurs  malades  sans  opération,  l’un 
par  l’extensioncontinue,  l’autre  par  le  repos  et  le  massage;  que 
M.  Thiéry  voit  guérir  un  de  ses  amis  sans  aucun  traitement;  que 
MM.  Tuffîer  et  Schwartz  obtiennent  une  guérison  par  une  simple 
incision  exploratrice,  sans  toucher  aux  ménisques. 

Cependant  les  très  bons  résultats  obtenus  dans  la  méniscectomie 
totale  par  MM.  -Tavernier,  Marion,  Arrou  nous  montrent  que  Ton 
peut,  par  des  incisions  économiques,  pratiquer  l’ablation  com¬ 
plète  du  ménisque  sans  avoir  à  déplorer  ces  mouvements  de 
latéralité  qui  constituent  une  infirmité  substituée  à  une  autre. 

Il  n’est  pas  douteux,  en  tout  cas,  que  la  rupture  du  ménisque 
avec  lambeau  flottant  commande  l’ablation  au  moins  de  la  partie 
libre  du  ménisque.  Il  y  a  peut-être  moins  d’inconvénients  à 
laisser  en  place  le  segment  postérieur  adhérent  dans  un  cas  de 
rupture  traumatique  pure,  parce  que  nous  pouvons  considérer 
qu’il  s’agit  d’un  ménisque  primitivement  sain,  sans  altération 
pathologique. 

Mais  s’il  était  prouvé  que  la  rupture  est  elle-même  déterminée 
par  une  altération  préalable  du  ménisque,  l’indication  de  son 
ablation  totale  me  semblerait  plus  logique.  N’y  a-t-il  pas  à 
craindre,  en  effet,  qu’un  segment  de  ménisque  altéré  et  enflammé, 
sensible  par  conséquent,  ne  soit  la  cause  de  la  persistance  de 


(1)  Bull,  et  Mém.  de  la  Société'  de  Chirurgie ,  12  février  1919,  p.  283  à  298. 


SÉANCE  DU  14  NOVEMBRE 


1295 


douleurs  au  niveau  de  l’articulation  ?  C’était  le  cas  peut-être  chez 
le  malade  de  MM.  Gombier  et  Murard  et  c’est  la  raison  pour 
laquelle  j’aurais  été  tenté  à  leur  place  de  pratiquer  de  préférence 
la  méniscectomie  totale.  Le  bon  résultat  qu’ils  ont  obtenu  n’infirme 
qu’à  moitié  mon  choix.  En  effet,  ce  résultat  n’est  vieux  que  de 
six  mois  et  certaines  des  observations  que  je  rappelais  il  y  a  un 
instant,  celles  de  MM.  Tuffier  et  Schwartz,  nous  montrent,  dans 
quelques  cas,  les  bons  effets  qu’on  peut  attendre  de  la  simple 
mise  à  l’air  de  l’articulation.  Pourquoi,  en  effet,  l’arthrite  chro¬ 
nique,  qui  pourrait  être  quelquefois  un  rhumatisme  tuberculeux 
discret  dans  la  forme  décrite  par  Poncet,  ne  réagirait-elle  pas 
heureusement  à  cette  exposition  à  l’air? 

Le  malade  de  MM.  Combier  et  Murard  aurait  ainsi  bénéficié 
deux  fois  de  leur  intervention  :  par  la  suppression  d’un  segment 
libre  de  ménisque  rompu,  mais  aussi  par  l’action  favorable  de 
l’exposition  à  l’air  d’une  articulation  suspecte,  puisque  le  trauma¬ 
tisme  ne  peut  être  invoqué  dans  la  genèse  de  cette  rupture. 

Je  vous  demande  de  remercier  MM.  Combier  et  Murard  de  nous 
avoir  adressé  leur  intéressant  travail  et  de  bien  vouloir  vous  sou¬ 
venir  prochainement  de  leur  activité  chirurgicale. 

M.  Cu.  Dujarier.  —  Je  retiendrai  deux  points  dans  le  rapport 
de  M.  Okinczyc  :  1°  la  localisation  de  la  douleur,  j’ai  observé  tout 
dernièrement  un  cas  indiscutable  de  luxation  du  ménisque 
interne;  or  la  douleur  à  la  pression  existait  en  deux  points  très 
nets,  d’abord  au  niveau  de  l’interligne  sur  le  ménisque,  ensuite 
sur  le  tibia  au  niveau  de  l’insertion  de  la  capsule  sur  la  marge 
infragléüoïdale. 

2°  Je  préfère  extirper  totalement  le  ménisque  :  c’est  facile  en 
utilisant  judicieusëment  les  mouvements  de  flexion  et  de  rotation. 
On  peut  réséquer  tout  le  ménisque  jusqu’en  arrière  et  rien  que  le 
ménisque.  J’aurais  peur  en  laissant  la  partie  postérieure  du 
ménisque  d’avoir  des  plissements,  des  coincements,  en  'somme, 
Une  récidive, 

M.  Arrou.  —  Je  prends  la  parole  pour  donner,  une  fois  de  plus, 
mon  opinion  sur  deux  points  :  l’incision  capsulaire  dans  les 
méniscites  et  l’étendue  du  ménisque  à  enlever. 

L’incision,  à  mon  avis,  doit  toujours  être  verticale.  Conçue  et 
pratiquée  ainsi,  elle  laisse  toute  sa  solidité  à  la  capsule,  qui  plus 
tard  ne  présentera  aucune  laxité  et  ne  prêtera  jamais  aux  fâcheux 
mouvements  de  latéralité.  C’est  plus  difficile,  soit,  mais  c’est 
meilleur.  Encore  ne  faut-il  pas  compliquer  les  choses  à  plaisir  et 
se  créer  des  difficultés  par  une  incision  faite  trop  en  avant. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Ouvrant  la  capsule  à  peu  près  à  deux  travers  de  doigt  du  bord 
rotulien,  on  voit  et  enlève  très  facilement  le  tiers  antérieur  du 
ménisque  ;  les  deux  autres  tiers  sont,  évidemment,  d’accès  moins 
facile,  du  fait  même  de  l’incision  presque  antérieure.  Mais —  et 
c’est  là  le  second  point  — il  ne  me  paraît  pas,  sauf  cas  particulier, 
qu'il  soit  nécessaire  d’extirper  la  partie  toute  postérieure  du 
ménisque.  J’en  laisse  délibérément  le  cinquième  postérieur, .  le 
sixième  peut-être,  et  les  résultats  sont  parfaits.  Je  le  dis  d’autant 
plus  aisément  que,  par  chance,  j’ai  pu  revoir,  en  ville  ou  à  l’hôpital, 
la  majorité  de  mes  opérés,  qui  comptent  parmi  les  plus  recon¬ 
naissants  de  ceux  à  qui  j’ai  cru  rendre  service. 

M.  Broca.  —  Je  crois,  comme  M.  Arrou,  que  l’incison  verticale 
vaut  mieux,  car  je  n’aime  pas  beaucoup  la  section  en  travers  des 
ligaments,  et  si  elle  ne  permet  l’ablation  complète  qu’ên  avant, 
Je  ne  vois  pas  que  ce  soit  grand  dommage.  Hier  matin,  j’ai  opéré 
un  jeune  étudiant  en  médecine  qui ,  après  avoir  eu  depuis  plusieurs 
années  des  accidents  légers,  sans  violence  nettement  caractérisée, 
souffrait  depuis  un  mois  de  façon  telle  qu’il  était  nécessaire  d’agir. 
Je  lui  ai  enlevé  la  partie  antérieure,  saillante  et,  après  torsion  en 
flexion,  une  partie  de  la  portion  postérieure.  Or,  mon  expérience 
est  que  les  résultats  définitifs  sont  bons.  Je  ne  suis  pas  de  ceux 
qui  trouvent  tous  les  /jours  des  ménisques  à  enlever,  peut  être 
parce  que  je  n’opère  que  si  vraiment  les  accidents  sont  sérieux, 
car  je  n’ignore  pas  que  les  cas  qui  s’arrangent  sans  opération  sont 
réels.  Mais  j’ai  opéré  en  ville,  il  y  a  plusieurs  années,  deux  jeunes 
gens  chez  lesquels  j’ai  agi  ainsi  que  je  viens  de  le  dire,  et  le 
résultat  fonctionnel  a  été  excellent,  à  longue  échéance.  Un  de  ces 
sujets  avait  des  phénomènes  suffisants  pour  que,  de  récidive  en 
récidive,  se  fût  constituée  une  arthrite  chronique  ressemblant  à 
une  tumeur  blanche.  Chez  tous  deux,  la  mobilité  active  et  passive 
du  genou  est  normale. 

Au  passage,  j’ai  entendu  M.  Okinczyc  se  demander  si  la  simple 
mise  à  l’air  ne  pouvait  pas  avoir  une  influence  heureuse.  Je  me 
demande  si  le  chirurgien,  suturant  la  plaie,  n’a  pas  fait  une 
méniscopexie  sans  le  savoir  :  ce  qui  ne  veut  pas  dire  qu’en  prin¬ 
cipe  ce  soit  le  procédé  de  choix. 

M.  Auvray.  —  Je  voudrais  insister  sur  quelques  points  dont  il 
vient  d’être  question  dans  le  rapport  d’Okinczyc. 

Au  point  de  vue  étiologique  je  vous  rappelle  que  je  vous  ai 
présenté  ici,  le -7  mars  1923,  une  malade  à  laquelle  j’avais  enlevé 
le  ménisque  interne  du  genou  dans  sa  totalité.  Cette  femme  avait 
fait  une  chute  sur  la  tête  en  janvier  1920,  mais  la  notion  du  trau- 


SÉANCE  DU  14  NOVEMBRE 


1297 


matisme  du  genou  restait  très  imprécise.  En  mai  1921  la  malade 
avait  présenté  des  phénomènes  d’arthrite.  Brusquement  en 
septembre  1922  était  apparu  le  tableau  clinique  classique  d’un 
arrachement  méniscal.  A  ce  moment  je  m’étais  demandé  s’il  ne 
s'agissait  pas  d’un  arrachement  spontané  d’un  ménisque  malade 
antérieurement  et  j’avais  demandé  que  l’examen  du  ménisque  fût 
fait  au  laboratoire  d'anatomie  pathologique.  Il  l’a  été  par  M.  Leroux, 
qui  n’a  trouvé  aucune  altération  du  ménisque,  pas  de  lésions  de 
méniscite.  Je  crois  cependant  qu’il  y  a  là  un  point  qui  mérite  d’être 
étudié,  car  nous  voyons  se  produire  la  symptomatologie  des  arra¬ 
chements  méniscaux  chez  des  sujets  dans  les  antécédents  desquels 
on  ne  relève  aucun  traumatisme  du  genou,  ou  chez  lesquels  le 
tableau  clinique  apparaît  à  la  suite  d’un  trauma  insignifiant. 

En  ce  qui  concerne  la  technique  opératoire,  je  n’ai  pas  hésité 
dans  le  cas  que  j’ai  opéré  à  sectionner  transversalement  dans  une 
partie  de  son  étendue  le  ligament  latéral  interne  de  façon  à  pou¬ 
voir  enlever  le  ménisque  jusque  dans  sa  partie  la  plus  reculée. 
J’ai  reconstitué  à  la  fin  de  l’opération  le  ligament  latéral  interne 
avec  le  plus  grand  soin  et  je  peux  dire  que  le  résultat  obtenu  est 
absolument  parfait;  le  genou  se  fléchit  au  delà  de  l’angle  droit  et 
il  ne  présente  aucun  mouvement  de  latéralité  anormale;  il  est 
très  solide. 

Je  suis  partisan  de  la  résection  totale  du  cartilage,  parce  qu’on 
ne  sait  jamais,  dans  le  cas  où  l’origine  traumatique  n’est  pas  nette, 
si  le  cartilage  ne  présente  pas  de  lésions  inflammatoires  et  s’il  n’y 
a  pas  inconvénient  à  laisser  un  fragment  de  ce  cartilage  malade. 

Je  voudrais  insister  en  terminant  sur  la  difficulté  de  diagnostic 
des  lésions  méniscales.  J’ai  vu  bien  des  cas  dans  lesquels  la  symp¬ 
tomatologie  était  si  peu  précise,  que  je  n’aurais  jamais  osé  proposer 
l’ouverture  du  genou,  toujours  sérieuse,  en  m’appuyant  sur  une 
symptomatologie  aussi  vague.  On  ne  retrouve  pas  toujours  le 
tableau  clinique  classique  et  c’est  dans  les  cas  à  symptomatologie 
fruste  qu’on  hésite  sur  le  diagnostic  et  sur  le  traitement  à  suivre. 
Peut-être  le  procédé  d’exploration  radiographique  du  genou  dont 
P.  Duval  nous  parlait  dans  la  dernière  séance  est-il  appelé  à  nous 
rendre  des  services  dans  les  cas  à  diagnostic  douteux? 

M.  Gernez.  —  Ma  première  intervention  pour  luxation  des 
ménisques  remonte  à  1909,  et  j’ai  revu  la  malade  en  juin  1923. 
Cette  jeune  femme  ayant  demandé  plusieurs  avis  vint  me  consulter 
pour  savoir  s’il  n’y  avai  t  pas  mieux  à  faire  qu’une  résection  du  genou. 
Remontant  au  début  des  accidents  je  trouvai  chez  celte  femme, 
solide  et  vigoureuse,  une  chute  de  bicyclette  six  mois  auparavant. 
Incision  verticale,  ablation  de  la  partie  antérieure  du  ménisque 


1298 


SOCIÉTÉ  DE  CUIRUROIE 


détaché,  traction  sur  la  partie  postérieure  et  section  te  plus  loin 
possible,  laissant  ce  qui  tenait  de  la  partie  postérieure.  La  jeune 
opérée,  très  courageuse  et  ayant  besoin  de  travailler,  suivit  très 
scrupulement  mes  conseils  pour  la  mobilisation  rapide  de  son 
articulation  et  la  contraction  du  quadriceps  fémoral  avec  un  poids 
d’accroissement  progressif. 

11  y  a  donc  quatorze  ans  qu’elle  a  été  opérée,  et  elle  a  des  occu¬ 
pations  très  fatigantes,  restant  debout  et  'marchant  toute  la 
journée. 

J’ai  eu  depuis  d’excellents  résultats  chez  d’autres  opérés,  mais 
un  mauvais  chez  un  artilleur  durant  la  guerre,  sinislrose,  il  ne  mit 
aucune  bonne  volonté  pour  faire  travailler  son  quadriceps.  Je 
n’ai  jamais  rencontré  de  désinsertion  complète,  dans  tous  mes  cas 
c’était  la  partie  antérieure  qui  était  désinsérée  ou  flottante,  je  me 
suis  toujours  contenté  d’enlever  le  ménisque  jusqu’au  point  où  il 
tenait  en  arrière. 

Il  me  semble  que  la  partie  postérieure  du  ménisque  ne  coince 
pas  à  moins  de  désinsertion  totale. 

Gomme  technique,  je  suis  tout  à  fait  du  même  avis  que  mon 
maître  Arrou,  incision  verticale,  et  l’on  s’aide  de  mouvements  de 
flexion  et  de  rotation  du  genou. 

Ultérieurement,  le  bon  résultat  dépend  en  grande  partie  de  la 
ténacité  du  malade  dans  le  travail  de  son  quadriceps. 

M.  Chevrier.  —  J’avais  l’intention  de  ne  vous  rapporter  que  plus 
tard  une  observation  qui  me  semble  intéressante,  mais  à  laquelle 
manquent  actuellement  les  suites  éloignées.  Je  ne  veux  cependant 
pas  laisser  passer  ce  débat  sans  vous  signaler  un  point  par¬ 
ticulier. 

J’ai  opéré,  jeudi,  un  malade  atteint  de  luxation  du  ménisque 
(ménisque  en  anse  de  seau)  sans  traumatisme  très  appréciable. 

Le  fait  qui  m’a  étonné,  c’est  que,  sans  que  le  malade  ait  fait 
l’ombre  de  température,  à  l’ouverture  de  l’article,  j’ai  trouvé,  outre 
le  ménisque  luxé,  une  certaine  quantité  de  liquide  jaune  un  peu 
épais,  ayant  très  nettement  une  odeur  sphacélique.  Le  fragment 
de  ménisque  retiré  ne  présentait  rien  de  particulier,  ressemblait  à 
d’autres  que  j’avais  enlevés  précédemment.  J’ai  fait  un  lavage  à 
l’éther  de  l’articulation. 

Il  y  a  eu  à  la  suite  de  l’intervention  une  légère  réaction  de  la 
température. 

Cette  odeur  sphacélique,  gangreneuse,  sans  aucune  température 
avant  l’ouverture  de  l’article,  est  un  fait  tout  à  fait  nouveau  pour 
moi  et  que  je  tenais  à  vous  signaler  dès  aujourd’hui. 


SÉANCE  BU  14  NOVEMBRE 


1299 


M.  Wauïher.  —  J'ai  eu  occasion  de  faire  un  certain  nombre  de 
résections  dë  ménisques  ;  bien  des  opérés  n’ont  pu  être  revus  à  un 
moment  assez  éloigné  pour  quë"je  puisse  donner  quelque  rensei¬ 
gnement  sur  les  résultats  fonctionnels  définitifs. 

Par  contre,  j’ai  pu  suivre  et  je  vois  encore  deux  opérés'à  qui 
j’ai  enlevé,  il  y  a  une  douzaine  d’années,  la  partie  antérieure  du 
ménisque,  en  laissant  le  tiers  postérieur  environ.  Chez  tous  deux 
le  résultat  s’est  maintenu  excellent. 


Questions  à  l’ordre  du  jour. 

Absence  congénitale  du  vagin.  Opération  de  Baldwin-Mori, 
par  M.  PIERRE  MOCQUOT. 

Je  désire  joindre  une  observation  à  celles  qui  ont  été  apportées 
ici  à  la  suite  du  rapport  de  mon  ami  Anselme  Schwartz  :  c’est 
celle  d’une  jeune  femme  de  vingt-sept  ans,  qui  vint  me  consulter 
l’an  dernier  dans  le  service  de  mon  maître  le  professeur  Delbet, 
parce  qu’elle  n’avait  jamais  été  réglée  et  qu’elle  souffrait  depuis 
six  ou  sept  mois  de  crises  douloureuses,  accompagnées  de  vomis¬ 
sements  et  souvent  de  vertiges  et  même  de  pertes  de  connais¬ 
sance.  Les  organes  génitaux  externes  étaient  bien  développés, 
mais  le  vagin  n’était  représenté  que  par  un  cul-de-sac  qui  avait 
été  peu  à  peu  déprimé  jusqu’à  3  ou  4  centimètres.  Par  le  toucher 
rectal  on  sentait  en  avant  une  petite  masse  dure  du  volume  d’une 
châtaigne. 

La  malade  fut  opérée  Le  26  octobre  1922. 

Dans  un  premier  temps,  je  fis  une  incision  transversale  au  fond 
du  cul-de-sac  vaginal  et  créai  aisément,  jusqu’au  péritoine,  un 
décollement. 

Puis,  après  laparotomie,  j’isolai  une  anse  grêle  située  à 
20  centimètres  environ  du  cæcum;  je  la  fermai  aux  deux  bouts, 
puis  rétablis  la  continuité  du  grêle  par  une  suture  circulaire. 

Dans  la  cavité  pelvienne,  il  existait  de  chaque  côté  un  demi- 
utérus  atrophié,  avec  un  rudiment  de  trompe  et  un  ovaire.  Les 
deux  demi-utérus  se  continuaient  sur  la  ligne  médiane  par  un 
tractus  allant  jusqu’au  vagin.  Je  les  enlevai  avec  les  trompes  et 
les  ovaires  atrophiés. 

Puis,  je  fis  descendre  l’anse  grêle  et  la  fixai  au  péritoine 
pelvien. 

Enfin,  dans  un  troisième  temps  vaginal,  après  avoir  amarré  la 


1300 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


convexité  de  l'anse  près  d’une  extrémité,  je  l’ouvris  et  suturai  la 
muqueuse  du  vagin  à  celle  de  l’anse  exclue. 

Les  phénomènës  abdominaux  ne  donnèrent  à  aucun  moment 
d’inquiétude  ;  malheureusement,  au  bout  de  quelques  jours,  se 
déclara  une  broncho-pneumonie  à  allure  lenlement  progressive  à 
laquelle  la  malade  finit  par  succomber  le  24  novembre,  un  mois 
après  l’opération , 

L’autopsie  a  montré  que,  dans  les  poumons,  il  y  avait  à  côté  de 
lésions  récentes  des  lésions  tuberculeuses  anciennes. 

La  suture  intestinale  était  presque  invisible. 

L’anse  grêle  isolée  dans  le  petit  bassin  s’était  repliée  en  point 
d’interrogation  et  son  sommet  s’était  fixé  au  péritoine  pelvien. 
Elle  communiquait  largement  avec  le  vagin. 

Puisqu’on  a  discuté  ici  la  gravité  de  l’opération  de  Baldwin- 
Mori,  j’ai  jugé  utile  de  vous  rapporter  ce  fait  malheureux;  l’anes¬ 
thésie  à  l’éther,  dont  la  durée  fut  assez  grande,  n’a  certainement 
pas  été  étrangère  aux  accidents  qui  ont  eulraîné  la  mort.  11  pour¬ 
rait  être  avantageux  de  scinder  l’acte  opératoire  en  deux  ou  trois 
séances  séparées  par  un  court  intervalle  pour  éviter  une  trop 
longue  anesthésie. 


Rachianesthésie. 

M.  Sauvé.  —  Quand  j’ai  eu  l’honneur  de  remplacer  mon  maître 
M.  Fredet,  en  1921,  à  la  Charité,  j’ai  observé  le  fait  suivant.  Un 
homme  de  soixante-quatre  ans,  porteur  d’un  ulcère  çançérisé  de 
la  petite  courbure  près  du  pylore,  reçut  5  centigrammes  de 
stovaïne  Billon  dans  son  canal  rachidien  à  9  h.  43,  au  niveau  du 
11e  espace  intervertébral  dorsal.  IJn  quart  d’heure  après  le  début 
de  l’opération,  le  malade  accuse  une  sensation  de  fatigue  et  fait 
une  syncope  blanche  avec  disparition  du  pouls.  Je  fais  environ 
une  demi-heure  de  respiration  artificielle  avec  de  fortes  doses 
d’huile  camphrée  et  de  caféine.  La  respiration  reprend  et  je  puis 
continuer  l’opération  (gastro-entérostomie).  Vingt  minutes  après, 
seconde  syncope  ;  respiration  artificielle  de  plus  d'un  quart 
d’heure.  La  respiration  reprend  et  je  puis  terminer  mon  opéra¬ 
tion  juste  avant  la  troisième  syncope  blanche  d’un  quart  d’heure 
environ.  J’ai  fait  en  tout  plus  d’une  heure  de  respiration  arti¬ 
ficielle. 

Du  reste,  à  la  suite  de  la  troisième  syncope,  j’observai  une 
arythmie  invraisemblable  du  pouls,  jointe  à  une  aphasie  qui  dura 
près  d’une  demi-heure  après  le  retour  de  la  respiration  à  la 
normale. 


SEANCE  DU  14  NOVEMBHE 


1301 


L’opéré  ne  sortit  des  accidents  toxiques  qu’à  12  h.  45. 

J’ai  rapporté  ce  fait  parce  qu’il  m’a  semblé  revêtir  un  caractère 
expérimental  comparable  à  celui  du  fameux  chien  curarisé  de 
Claude  Bernard.  Comme  dans  ce  cas,  j’ai  dû  faire  à  mon  malade 
une  respiration  artificielle  suffisamment  prolongée  pour  atteindre 
le  seuil  de  l’élimination  du  toxique,  soit  trois  heures  environ  après 
l’injection.  Au  surplus,  l’arythmie  et  l’aphasie  témoignent  de 
l’importance  de  cette  intoxication  survenue  avec  5  centigrammes 
de  stovaïne. 

Je  ne  prétends  pas  tirer  de  ce  fait  un  argument  contre  la  rachi¬ 
anesthésie  faite  judicieusement  ;  cette  méthode  d’anesthésie 
comporte  ses  indications  et  ses  inconvénients.  Mais  je  pense 
qu'une  méthode  pouvant  donner  de  pareils  accidents  dinloxica- 
tion  avec  de  faibles  doses  ne  doit  pas  être  préconisée  comme  une 
méthode  bénigne,  ni  justiciable  de  tous  les  cas.  Je  me  réserve  de 
revenir  sur  ses  contre-indications. 


A  propos  de  l'anesthésie  rachidienne,  , 
par  M.  GU1BAL  (de  Béziers),  correspondant  national. 

Puisque  la  discussion  reste  ouverte  ici  sur  l’anesthésie  rachi¬ 
dienne,  je  désire  y  apporter  ma  contribution. 

J’ai  pratiqué  actuellement  3.447  anesthésies  rachidiennes.  Je  ne 
ferai  pas  état  des  menus  incidents  que  j’ai  appelés  les  pêchés 
véniels  de  la  rachi. 

Pour  ce  qui  concerne  les  accidents  graves,  ils  se  répartissent 
sans  suite  ni  méthode,  et  sans  que  j’en  puisse  troilver  une  expli¬ 
cation  plausible,  en  cinq  séries,  que  je  donne  par  ordre  chronolo¬ 
gique. 

Première  série  :  1.783  cas,  à  la  stovaïne-strychnine,  sans  aucun 
accident  grave. 

Deuxième  série  :  1.190  cas,  également  à  la  stovaïne-strychnine  : 
mêmes  doses  :  même  technique,  même  produit  que  dans  la  série 
précédente.  Je  note  ici  trois  apnées  (une  durant  deux  heures  et 
demie,  une  durant  une  heure  et  demie,  une  durant  trois  quarts 
d’heure)  et  un  cas  d’anesthésie  totale  avec  léthargie  et  état  synco¬ 
pal  grave  durant  trois  quarts  d’heure.  La  dose  de  stovaïne 
allait  de  4  à  6  centigrammes.  Ces  observations  ont  été  publiées 
ailleurs  (1). 

(I)  P-  Guihal.  La  rachianesthésie.  Ses  dangers.  La  Presse  Médicale, 
26  mars  1921. 


«.,  1923. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Troisième  série  :  405  cas,  à  la  novocaïne  pure.  L’injection  rachi¬ 
dienne  était  souvent  précédée  de  l’injection  sous-cutanée  de 
caféine  faite  trois  heures  avant  l’opération,  selon  .la  technique  de 
M.  Abadie. 

Cette  série  m’a  donné  un  cas  d’apnée  prolongée,  deux  collapsus 
cardiaques  graves  survenus,  l’un  deux  heures  après  l’opération 
(opération  de  Whitehead),  l’aulre  une  heure  après  (cure  de  hernie) 
et  un  cas  de  mort  (opération  de  hernie  étranglée). 

Quatrième  série :  15  cas;  association  novocaïne-caféine.  Cette 
dernière  série,  extraordinairement  mauvaise,  a  fourni  deux  apnées 
•graves  et  cinq  cas  de  complications  médullaires  post-opératoires. 
Le  détail  de  ces  observations  a  été  publié  ailleurs  (1)  et  j’y  ai 
donné  les  raisons  qui  ine  font  penser  que  les  lésions  médullaires 
sont  imputables  à  la  caféine  intrarachidienne. 

Cinquième  série :  42  cas,  à  la  novocaïne  pure,  sans  accidents.  La 
caféine  intrarachidienne  étant  supprimée,  les  accidents  médullaires 
cessent  aussitôt. 

Cette  statislique  montre  que  les  accidents  bulbaires  sont  plus 
fréquents  avec  la  novocaïne  qu’avec  la  stovaïne  :  ce  qui  est  dû, 
non  pas  à  la  toxicité  plus  grande  de  la  novocaïne,  mais  à  son  effi¬ 
cacité  plus  marquée. 

La  novocaïne  n’agit  pas  comme  toxique,  mais  comme  anesthé¬ 
sique;  son  action  anesthésiante  dépasse  le  but,  voilà  tout.  La 
preuve  en  est  que,  toujours,  les  accidents  bulbaires  accompa¬ 
gnaient  une  anesthésie  dépassant  en  haut  les  clavicules;  et  qu’ils 
diminuaient  et  finalement  disparaissaient  à  mesure  que  l'anes¬ 
thésie  rétrogradait  vers  le  mamelon. 

Autre  preuve  :  plus  la  novocaïne  est  active,  fidèle  en  somme, 
plus  les  troubles  bulbaires  sont  à  craindre,  la  dose  d’anesthésique 
restant  la  même. 

En  effet,  j’ai  eu  le  maximum  d’accidents  bulbaires  tant  que  j’ai 
employé  une  novocaïne  en  poudre,  dissoute  extemporanément 
dans  le  liquide  céphalo-rachidien.  Or,  il  est  d’observation  courante 
qu’une  solution  anesthésiante  préparée  au  moment  de  l’emploi  est 
infiniment  plus  active  qu’une  solution  préparée. plus  ou  moins 
longtemps  à  l’avance.  Avec  la  solution  fraîche  j’observais  une  anes¬ 
thésie  Lrès  étendue,  presque  sans  ratés,  mais  fertile  en  accidents. 

Maintenant  que  j’utilise  les  solutions  livrées  par  le  commerce^ 
donc  préparées  longtemps  à  l’avance,  aux  mêmes  doses  bien 
entendu,  j’observe  moins  d’accidents,  mais  l’anesthésie  est  moins 
régulière. 

(1)  P.  Guibal.  Anesthésie  rachidienne  ;  inefficacité  et  méfaits  de  l’injection 
intra-arachnoïdienne  de  caféine.  La  Presse  Médicale,  4  juillet  1923. 


SÉANCE  DU  14  NOVEMBRE 


1303 


Je  ne  pratique  aucune  soustraction  de  liquide  céphalo-rachi¬ 
dien  :  cette  soustraction,  sans  effet  sur  l’étendue  de  l’anesthésie, 
m’a  semblé  augmenter  les  céphalées  post-opératoires. 

Celles-ci,  assez  rarement  observées  dans  ma  statistique,  peuvent 
être  précoces  (survenant  le  lendemain  ou  le  surlendemain  de 
l’opération),  ou  tardives  (survenant  de  huit  à  quinze  jours  après 
l’opération),  surtout  quand  l’opéré  commence  à  se  lever.  Certaines 
de  ces  dernières  sont  tenaces,  très  pénibles,  avec  tendances  verti¬ 
gineuses.  La  ponction  lombaire  les  aggrave  plutôt.  L’injection 
sous-cuianée  de  sérum  physiologique,  conseillée  par  M.  Leriche, 
les  améliore  souvent. 

J’ai  noté  deux  fois  la  paralysie  d’un  moteur  oculaire  externe, 
survenue  le  douzième  jour  et  précédée  d’une  violente  céphalée  ; 
elle  a  mis  trois  mois  à  disparaître. 

Jedoissignalèrun  incidentquim’estsurvenu  etquiauraitpuavoir 
des  conséquences  désastreuses.  Je  suis  la  mode  actuelle  qui  veut 
que  les  malades  ne  soient  pas  purgés,  mais  seulement  lavementés 
la  veille  de  l’opération.  Parfois  ils  ont  une.  évacuation  alvine  sur 
la  table  d’opération,  la  rachi  paralysant  leur  sphincter  anal  tandis 
qu’elle  excite  lès  fibres  lisses  de  leur  intestin.  Or,  un  jour,  comme 
je  terminais  un  Wertheim,  les  ligatures  finies,  et  commençais  à 
périloniser,  un  flot  de  matières  liquides  s’échappa  de  l’anus, 
pénétra  dans  la  vulve  paralysée  et  béante  et  grâce  à  la  position  de 
Trendelenburg  inonda  le  petit  bassin.  Heureusement  que  l’intes¬ 
tin  était  bien  protégé  et  l’opération  à  sa  fin  :  j’essuyai  à  bout  de 
pinees  plus  de  100  grammes  de  matières,  je  lavai  à  l’éther  et  fis 
une  péritonisation  haute  pour  exclure  de  la  grande  cavité  tout  le 
pelvis  souillé.  Je  n’étais  pas  sans  inquiétude  sur  les  suites,  qui 
furent  très  simples. 

Depuis  lors,  au  moment  du  nettoyage  pré-opératoire  du  vagin, 
je  prends  soin  d’en  bourrer  soigneusement  l'entrée  et  d’élever 
une  barrière  de  mèches  contre  la  pénétration  des  matières. 

Dans  un  deuxième  cas  récent,  où  le  flux  était  moins  abondant, 
la  précaution  s'est  révélée  efficace. 

Les  accidents  bulbaires  respiratoires,  caractérisés  par  l’apnée, 
doivent  être  combattus  par  la  respiration  artificielle,  prolongée 
pendant  des  heures  ;  les  accidents  cardiaques  trouveront  souvent 
le  chirurgien  désarmé. 

Je  ne  crois  pas  à  l’action  préventive  des  injections  intra-arach- 
noïdiennes  de  caféine,  puisque  dans  13  cas  où  je  les  ai  pratiquées 
j’ai  eu  deux  alertes  bulbaires  graves  ;  mais  je  crois  qu’elles  peuven  t 
profondément  léser  la  moelle.  Les  13  cas  que  je  viens  de  citer 
m’ont  donné  3  cas  de  complications  médullaires  :  faiblesse  des 
deuxjambes,  atrophie  musculaire  rapide,  incontinence  ou  réten- 


1304 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


tion  d'urine,  rétention  puis  incontinence  des  matières  fécales, 
anesthésie  en  selle,  escarre  sacrée  à  marche  aiguë,  etc.  Ces  com¬ 
plications  ont  entraîné  la  mort  de  deux  opérés  par  encombrement 
bronchique  ;  elles  ont  hâté  l’évolution  d’une  cachexie  cancéreuse 
chez  une  troisième.  Des  deux  sujets  restants,  et  bien  que  dix  mois 
se  soient  écoulés,  elles  ont  fait  deux  infirmes. 

L’un,  âgé  de  cinquante-sept  ans,  conserve  de  la  faiblesse  des 
jambes,  de  l'incontinence  d’urine,  l’anesthésié  en  selle,  une  petite 
escarre  sacrée. 

L’aulre,  âgé  de  vingt-six  ans,  présente  encore  de  la  faiblesse  des 
jambes,  de  la  dysurie,  l’anesthésie  totale  de  la  verge  et  du  scrotum 
et  la  perte  complète  de  l’érection  et  de  l’éjaculation. 

Aujourd’hui,  après  avoir  été  adepte  fervent  de  la  rachi,  je  suis 
devenu  très  réservé  à  son  égard,  car  j’estime  qu’elle  est  le  plus 
dangereux  de  tous  les  modes  d’anesthésie. 

J'ai  cessé  d'en  faire,  comme  pendant  un  temps,  le  procédé 
d’anesthésie  courant.  Mais  je  ne  la  proscris  point.  Je  la  réserve 
aux  bronchitiques,  aux  cardiaques,  aux  déficients  rénaux,  aux 
insuffisants  hépatiques  :  j’ai  failli  perdre  récemment  d’insuffi¬ 
sance  hépatique  aiguë  une  splénectomisée  pour  maladie  de  Bantir 
endormie  à  l’élher  :  avec  la  rachi  j'aurais  sans  doute  évité  cette 
alerte.  Je  dois  'à  la  rachi  un  magnifique  succès  dans  un  cas  de 
lobectomie  pour  dilatation  bronchique;  l’anesthésie  par  inhalation 
aurait  pu  amener  l’étouffement  de  mon  opéré,  comme  il  est  arrivé 
à  d’autres. 

La  rachi  supprime  à  peu  près  les  complications  pulmonaires 
des  opérés  gastriques.  Et  encore  que  l’on  compare  deux  opéra¬ 
tions  de  Werlheim  sur  deux  femmes  obèses,  au  bassin  profond  : 
l’une  rachianesthésiée,  avec  son  bassin  vide,  bien  exposé;  l’autre 
endormie,  râlant,  poussant  ses  anses  que  l’on  maintient  à  grand' 
peine. 

Il  existe  enfin  des  sujets  auxquels  la  rachi  est  interdite  :  les 
hypotendus,  les  shockés,  les  infestés,  les  stercorémiques.  Chez  les 
sujets  très  âgés  elle  est  discutable. 

Ma  conclusion  sera  que  l’anesthésie  rachidienne  a  des  indica¬ 
tions  et  des  contre-indications  très  nettes  qui  en  commandent  ou 
en  interdisent  impérieusement  l’emploi;  dans  les  cas  neutres  ou 
indifférents,  mieux  vaut  ne  pas  y  recourir  et  lui  préférer  autre 
chose. 


SÉANCE  DU  14  NOVEMBRE 


1305 


Sur  la  rachianesthésie , 
par  M.  MAURICE  CIIEVASSU. 

L’aneslliésie  rachidienne  est  un  procédé  merveilleux  d’anes¬ 
thésie,  c’est  enlendu,  mais  à  deux  conditions  :  la  première,  c’est 
que  l'analgésie  soit  effectivement  réalisée;  la  deuxième,  c’est 
qu’elle  ne  s’accompagne  pas  d’accidents. 

Pour  ma  part,  j’ai  vu  et  je  connais  trop  d’accidents  pour  que 
l’anesthésie  rachidienne  ne  m’apparaisse  pas  comme  la  plus  dan¬ 
gereuse  de  toutes. 

J’avais  cependant  partagé  les  enthousiasmes  du  début.  Mais 
j’étais  interne  de  Legueu  quand,  en  1901,  il  perdit  sous  raehi- 
cocaïnisation  deux  opérés  dont  la  mort  fil  alors  quelque  bruit  en 
dehors 'de  cette  enceinte.  Cela  refroidit  mon  enthousiasme.  11  fut 
refroidi  plus  encore  par  l’aventure  qui  advint  à  un  de  mes  col¬ 
lègues  directs  d’internat  qui,  ayant  fait’  à  un  malade  une  cure 
radicale  de  hernie  sous  anesthésie  rachidienne,  avait  le  désagré¬ 
ment  de  rencontrer  de  temps  en  temps  à  la  porte  de  î’Hôlel-Dieu 
son  ancien  opéré,  le  dos  rond,  les  jambes  spasmodiques  et  la 
menace  à  la  bouche. 

Mais  cela,  c’était  de  la  rachianesthésie  à  la  cocaïne,  à  peu  près 
universellement  condamnée  à  l’heure  actuelle. 

Plus  tard,  mon  ami  Heitz-Bover,  qui  était  chef  de  clinique  à 
Necker,  où  j’assurais  comme  agrégé  le  remplacement  d’Albarran, 
insista  pour  pratiquer  dans  le  service,  malgré  mon  aversion  pour 
la  rachianeslhésie,  une  prostatectomie  sous  anesthésie  rachi¬ 
dienne,  à  la  slovaïne  si  j’ai  bonne  mémoire;  son  malade  mourut  à 
la  fin  de  l’opération. 

11  y  a  deux  ans,  un  de  mes  internes,  qui  sortait  d’un  service  où 
l'on  employait  couramment  l'anesihésie  rachidienne  à  la  novo- 
caïne,  insista  tellement  pour  chercher  à  me  convaincre  des  avan¬ 
tages  de  la  méthode  que  je  l’autorisai  à  faire  quelques  rachi- 
anesthésies.  Il  en  fit  une  cinquantaine.  Nous  n’eûmes  pas  de  cas 
de  mort,  mais  plusieurs  anesthésies  insuffisantes,  et  comme  une 
de  celles-ci,  au  lieu  de  donner  l’analgésie  cherchée,  entraîna  une 
paralysie  des  membres  inférieurs  que  nous  vîmes  heureusement 
disparaître  au  cinquième  jour,  cette  fois  encore  je  ne  fus  pas 
convaincu. 

Mais  ce  n’est  pas  pour  vous  faire  connaître  ces  impressions 
personnelles  que  j’ai  demandé  la  parole.  Mon  expérience  de  la 
rachianesthésie  est  minime.  J’aime  mieux  laisser  parler  ceux 
dont  l’expérience  est  réelle. 

Or, j’ai  assisté,  il  y  a  deux  ans,  à  une  discussion  fort  instructive 


1306 


SOCIÉTÉ  DE-  CHIRURGIE 


sur  la  question.  Elle  a  eu  lieu  à  Strasbourg,  au  Congrès  français 
d'urologie,  où  j’étais  chargé  avec  mon  ami  Rathery  d’un  rapport 
sur  l’anesthésie  chez  les  urinaires.  Comme  je  suis  persuadé  que 
fort  peu  d’entre  vous  lisent  les  comptes  rendus  de  ce  Congrès,  je 
crois  utile  de  vous  résumer  en  quelques  mots  l’essentiel  de  la 
discussion. 

Un  certain  nombre  de  nos  collègues  urologues  se,  sont  déclarés 
partisans  très  formels  de  la  rachianesthésie.  Or,  à  trois  excep¬ 
tions  près  (Jeanbrau,  Abadie,  Gaudy),  tous  avaient  observé  de 
graves  accidents.  M.  Gayet,  de  Lyon,  avait  observé  :  une  mort  par 
méningite,  deux  syncopes  inquiétantes,  une  paralysie  oculaire 
suivie  d’ictus,  quelques  cas  d’irritation  méningée.- M.  de  Smeth, 
de  Bruxelles,  sur  1.200  cas  de  rachianesthésie,  avait  eu  3  morts 
dans  les  700  derniers;  en  outre,  il  avait  observé  une  paralysie 
vésicale  persistant  encore  au  bout  de  deux  ans.  M.  Eseat,  de 
Marseille, avait  deux  cas  de  mort,  dont  une  méningite.  M.  Raffln, 
de  Lyon,  sur  quelques  centaines  de  cas,  accusait  une  moit 
immédiate  et  une  mort  tardive  avec  méningite.  En  outre, 
M.  Rathery  rapportait  l’histoire  d’un  malade  apparemment  non 
syphilitique  chez  lequel  une  paraplégie  spasmodique  ne  trouvait 
d’autre  explication  plausible  qu’une  rachianesthésie  faite  quel¬ 
ques  mois  auparavant.  Enfin,  M.  André,  de  Nancy,  sur  344  cas, 
avait  deux  morts,  plus  2  cas  d’ictus  dans  les  dix  jours  suivants  ;  il 
restait  yiéanmoins  partisan  de  la  méthode;  mais  je  l’ai  revu 
récemment  et,  à  la  suite  de  deux  nouveaux  cas  de  morts,  il  l’a 
définitivement  abandonnée.  11  m’a  envoyé,  ce  matin  même,  les 
observations  de  ces  cas  mortels,  je  pense  que  vous  ne  verrez  pas 
d’inconvénient  à  ce  que  je  vous  fasse  connaître  au  moins  deux 
d’entre  elles  : 

Obs.  I.  —  Prostatique  de  soixante-deux  ans  entré  en  rétention  aiguë. 

Sonde  à  demeure  pendant  trois  semaines.  Constante  tiès  basse  à 
0.048.  Polyurie  assez  bonne.  Albumine  :  1  gr.  20  au  litre. 

Le  22  juin  1920,  taille  hypogastrique.  [Rachianesthésie  :  8  centi¬ 
grammes  de  syncaïne.  Rien  à  signaler  pendant  l’opération. 

Mais  aussitôt  l’opération  terminée,  l’opéré  présente  de  grandes  irré¬ 
gularités  de  la  respiration,  le  pouls  devient  petit,  filant ,  imperceptible; 
tes  pupilles  restent  d’abord  contractées.  Le  malade  pâlit  de  plus  en 
plus.  Malgré  injections  d’éther,  tractions  rythmées  de  la  langue,  res¬ 
piration  artificielle  longtemps  prolongée,  les  pupilles  se  dilatent  lente¬ 
ment  et  le  malade  ne  peut  être  ranimé. 

Obs.  II.  —  Prostatique  de  76  ans,  entré  le  5  avril  1923  en  rétention 
complète.  Constante  à  0,161.  Bonne  polyurie.  Albumine  au  litre  Ogr,  90, 
Sonde  à.demeure  jusqu’au  25  avril. 


SÉANCE  DU  14  NOVEMBRE 


130} 


Le  25  avril,  taille  hypogastrique.  Rachianesthésie,  scurocaïne8  cen^ 
tigrammes.  Aucun  incident. 

Le  8  juin,  constante  à  0,092,  albumine  à  0  gr.  40, 

Le  3  juillet,  prostatectomie.  Rachianesthésie  :  scurocaïne  8  centi¬ 
grammes,  plus  0  gr.  25  de  caféine  intrarachidienne. 

Anesthésie  très  rapide  en  quatre  minutes.  Opération  facile  terminée 
en  dixminul.es.  Rien  à  signaler  que  des  sueurs  abondantes.  A  10  heures, 
l’opéré  remis  dans  son  lit  transpire  abondamment.  Fourmillement  dans 
les  jambes.  La  motilité  reparaît  une  demi-heure  après  la  piqûre.  A 
11  heures  1/2,  les  fourmillements  et  la  transpiration  persistent;  l’opéré 
se  plaint  d’avoir  froid  ;  il  vomit  le  café  qu’on  lui  avait  fait  prendre  à  la 
fin  de  l’opération.  A  13  heures  et  quart,  il  ne  se  plaint  plus;  sueurs 
froides,  respiration  haletante,  il  perd  bientôt  connaissance  et  succombe 
à  13  heures  et  demie. 

J’en  reviens  à  la  discussion  du  Congrès  d’urologie  de  Stras¬ 
bourg.  L’impression  donnée  par  les  accidents  rapportés  de  rachi¬ 
anesthésie  était  telle  que  je  crus  pouvoir  clore  la  di-cussion  par 
les  conclusions  suivantes  :  «  Si  la  rachianesthésie  a  donné  entre 
certaines  mains  des  résultats  qui  sembleraient  devoir  en  faire  la 
méthode  idéale,  ceux  qu’elle  a  donnés  dans  la  plupart  des  autres 
ne  sont  pas  pour  séduire.  Sans  parler  des  accidents  tardifs,  les 
seules  morts  immédiates  ou  presque  qui  ont  été  rapportées  ici 
constituent  contre  la  méthode  le  plus  violent  peut-être  des  réqui¬ 
sitoires  qui  aient  jamais  été  prononcés  contre  elle.  » 

Dans  tout  ce  que  j’avais  lu  pour  la  rédaction  de  mon  rapport  de 
Strasbourg,  rien  ne  m’avait  séduit  davantage  que  ce  que  j’avais  lu 
sous  la  plume  de  notre  collègue  Jonnesco.  11  semblait  qu’entre 
ses  mains  le  mélange  stovaïne-strychnine  donnât  des  résultats  à 
ce  point  satisfaisants,  qu’il  ne  paraissait  guère  possible  de'  les 
améliorer  par  une  autre  technique.  Ma  surprise  a  été  grande  en 
apprenant  que  M.  Jonnesco  avait  abandonné  la  strychnine  pour 
la  caféine,  qui  rencontre  déjà  tant  de  détracteurs.  Ma  surprise  a 
été  plus  grande  encore  lorsque  j’ai  entendu,  dans  une  de  nos 
dernières  séances,  M.  Jonnesco  nous  dire,  si  je  l’ai  bien  compris, 
que,  chez  certains  sujets,  8  centigrammes  d’anesthésique  étaient 
une  dose  insuffisante,  alors  que  chez  d’autres  6  centigrammes 
pouvaient  constituer  une  dose  trop  forte.  Comme  il  a  négligé  de 
nous  dire  quel  critérium  permettait  de  juger  de  la  quantité  de 
toxique  qu’il  fallait  distribuer  à  chacun,  je  suis*  de  plus  en  plus 
perplexe. 

Et  il  n’est  pas  jusqu’à  notre  collègue  Riche,  dont  la  statistique 
est  probablement  la  plus  belle  de  France,  qui  n’ait  vu  mourir  de 
méningite  un  de  ses  opérés  avant  le  trois  millième. 

Je  persiste  donc  dans  mon  opinion  que  la  rachianesthésie,  si 


1308 


SOCIÉTÉ  DE  CHIKÜRGIE 


séduisante  qu’elle  paraisse,  constitue  une  anesthésie  plus  dange¬ 
reuse  qu’aucune  autre.  J’admets  qu’elle  ait  ses  indications,  mais 
je  ne  conçois  pas  qu’on  la  puisse  administrer  à  la  légère  et  qu’en 
particulier  on  l’emploie  là  où  l’anesthésie  locale  suffit  d’habitude, 
comme  dans  la  cystostomie  par  exemple. 

La  méthode  de  l’anesthésie  épidurale,  employée  à  la  manière 
dont  mon  ami  Mocquot  nous  a  parlé  récemment,  pour  limité  que 
soit  le  territoire  anesthésié,  remplira  peut-être  avec  avantagé  un 
certain  nombre  des  indications  de  la  rachianesthésie.  Tout  en 
n’en  ayant  encore  qu’une  expérience  infime,  j’ai  pu  faire  à  son 
propos  quelques  constatations  intéressantes. 

Je  crois  qu’on  peut  abaisser  la  dose  de  30  centigrammes  de 
novocaïne  que  Mocquot  nous  a  recommandée;  j’ai  eu  des  anes¬ 
thésies  avec  20  et  même  18  centigrammes.  Je  crois  que  des 
doses  supérieures  à  30  centigrammes  peuvent  entraîner  des  acci¬ 
dents.  J’ai  surtout  été  frappé  par  ce  fait  que,  chez  certains  sujets, 
l’analgésie  obtenue  se  prolongeait  pendant  un  temps  considéra¬ 
ble,  de  12  à  48  heures. 

11  y  a  là  peut-être  un  moyen  d’obtenir,  dans  les  interventions 
du  moins  auxquelles  cette  anesthésie  s’applique,  non  pas  seule¬ 
ment  la  disparition  de  la  douleur  opératoire,  mais  l'atténuation 
considérable  des  douleurs  post-opératoires,  sur  lesquelles  nous 
ne  nous  apitoyons  vraiment  guère  encore  aujourd’hui.  Cela  mé¬ 
rite,  je  crois,  d’attirer  notre  attention. 

M.  Savariaud. —  Comme  mon  ami  Riche,  je  suis  un  partisan 
convaincu  de  la  rachianesthésie  ;  je  le  suis  même  plus  encore,  car 
elle  constitue  pour  moi  la  méthode  de  choix  pour  toutes  les  opéra¬ 
tions  sur  l’abdomen. 

Pour  les  opérations  sous-ombilicales,  il  n’y  a  pas  de  discussion 
possible.  Aucune  méthode  ne  donne  un  pareil  silence  abdominal, 
condition  dont  vous  connaissez  tous  l’importance  primordiale. 

Pour  les  opérations  sus-ombilicales,  il  y  a  lieu  d’être  éclectique. 
Tout  en  restant  la  méthode  de  choix,  elle  doit  céder  le  pas,  tantôt 
à  l’anesthésie  générale,  discontinue ,  tantôt  à  l’anesthésie  locale 
pure  ou  combinée  à  l’ànesthésie  générale. 

Au  point  de  vue  de  la  technique,  je  crois  à  l’influence  de  la 
quantité  de  liquide  soustraite  et  de  la  quantité  d’anesthésique 
injecté,  mais  je  ne  crois  pas  beaucoup  à  l’influence  du  niveau  de 
la  piqûre. 

Pour  terminer,  je  dirai  que  je  suis  resté  fidèle  à  la  cocaïne  que 
j’emploie,  suivant  le  niveau  que  je  veux  atteindre,  aux  doses  de 
3,  4  et  3  centigrammes. 

Le  manque  complet  d’anesthésie  ou  l’anesthésie  insuffisante 


SÉANCE  DU  14  NOVEMBRE 


1 303; 

proviennent  toujours  d’une  faute  évitable  ou  d’un  nervosisme 
■exceptionnel.  Je  ne  l’observe  pas  plus  d’une  fois  sur  cinquante. 

J’ai  observé  un  certain  nombre  d’accidents  mortels,  mais  tou¬ 
jours,  en  ce  qui  me  concerne,  chez  des  malades  très  cachectiques 
(sténose  cancéreuse  du  pylore  et  malades  inanitiés). 

Malgré  ces  accidents  et  d’autres  plus  impressionnants  que 
graves,  je  reste  un  fervent  adepte  de  la  méthode.  Seulement,  je  ne 
l’emploie  que  pour  les  opérations  qui  en  valent  la  peine  et  chez  des 
sujets  dont  l’état  général  me  paraît  suffisant. 

M.  Cunéo.  —  11  serait  très  important  que  les  cas  de  mort  fussent 
rapportés  en  détail  :  1°  au  point  de  vue  de  la  technique  employée 
(siège  de  la  ponction,  nature  de  l’anesthésique,  dose,  quantité  de 
liquide  soustrait,  etc.);  2°  au  point  de  vue  du  malade  (âge,  état 
général,  nature  de  la  maladie  nécessitant  l’intervention,  etc.).  En 
l’absence  de  ces  renseignements,  les  cas  de  mort  signalés  n’ont 
aucune  valeur,  car  il  est  impossible  d’établir  dans  quelle  mesure 
la  rachianesthésie  est  responsable  des  accidents  observés. 

M.  Chevassu.  —  Je  suis  tout  à  fait  de  l'avis  de  M.  Cunéo.  On 
ne  connaîtra  jamais  trop  bien  les  circonstances  des  accidents  de 
l'anesthésie  rachidienne.  Mais  pour  que  nous  soient  connus  les 
•détails  des  morts  consécutives  à  la  rachianesthésie,  il  faudrait 
d’abord  que  les  morts  elles-mêmes  soient  publiées. 

M.  Paul  Tuiéry.  —  J’ai  été  très  impressionnépar  l’argumentation 
de  notre  ami  Chevassu  et  je  tiens  à  confirmer  ce  qu’il  a  dit.  La 
rachianesthésie  constitue  une  merveilleuse  expérience  de  physio¬ 
logie  véritablement  surprenante.  Cependant,  je  l’ai  toujours  consi¬ 
dérée  comme  un  procédé  d’exception,  applicable  aux  cas  où  l’anes¬ 
thésie  générale  est  absolument  contre-indiquée,  où  l’ane, sthésie 
locale  est  insuffisante. 

Je  suis  persuadé  que,  quel  que  soit  l’agent  anesthésique  employé, 
cocaïne,  stovaïne,  etc.,  avec  ou  sans  caféine,  les  accidents  (je  ne 
parle  que  des  accidents  graves  ou  mortels)  sont  infiniment  plus 
nombreux  qu’on  le  croit  etque  beaucoup  ne  sont  pas  publiés,  sans 
quoi,  comme  le  dit  M.  Chevassu,  les  chirurgiens  qui  sont  parti¬ 
sans  deJa  méthode  ne  modifieraient  pas  constamment  leur  techni¬ 
que.  Personnellement,  je  n’emploie  presque  jamais  —  peut-être 
■même  ai-je  tort  d’exagérer  l’abstention  — l'anesthésie  rachidienne: 
j’en  ai  fait  quelques-unes  autrefois  à  l’hôpital  Tenon  sans  grand 
inconvénient,  avec  des  incidents  légers-seulement,  mais  je  connais 
plusieurs  cas  de  malades  de  la  ville  où  les  conséquences  ont 
été  sérieuses, !dont  un  cas  de  parésie,des  membres  inférieurs  qui 
depuis  un  an  (et  même  plus  si  mes  souvenirs  sont  exacts)  retient 
à  la  chambre  un  malade  opéré  avec  succès  pour  une  maladie  assez 


1310 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


grave.  Je  ne  crois  pas  que  les  accidents  après  anesthésie  générale 
soient  aussi  fréquents  que  ceux  de  la  rachianesthésie  (les  chiffres 
de  M.  André  cités  par  M.  Chevassu  sont  inquiétants)  et  en  cas 
d’accident  il  me  paraît  très  difficile  d’y  remédier  alors  que  nous 
sommes  relativement  armés  contre  les  alertes  produites  par  le 
chloroforme,  l’éther,  le  chlorure  d’éthyle,  etc. 

D’autre  part,  je  suis  étonné  de  voir  les  divergences  qui  séparent 
les  partisans  les  plus  convaincus  de  la  rachianesthésie.  Je  me 
rappelle  aussi  deux  communications  :  dans  l’une,  notre  regretté 
collègue  Chaput  disait  que  depuis  qu'il  avait  abandonné  la  co¬ 
caïne  pour  la  stovaïne  il  n’observait  plus  d’accidents  (mais  il 
n’en  avait  pas  publié  auparavant)  ;  dans  l’autre,  M.  Lefilliatre 
disait  que,  depuis  qu’il  avait  abandonné  la  stovaïne  pour  revenir 
à  la  cocaïne,  il  n’observait  plus  d’accidents...  Quelle  conclusion 
tirer  d’affirmations  aussi  contraires?  En  fait,  je  crois  que  quelle 
que  soit  la  variété  d’anesthésique  employée  la  rachianesthésie  est 
un  procédé  élégant  mais  périlleux  et  qu’on  doit  en  restreindre 
l’application  aux  cas  de  nécessité  absolue. 


Communication . 

Gangrène  du  gros  orteil  à  étiologie  indéterminée. 

Sympathicectomie ,  puis  amputation  de  Lisfranc.  Guérison, 

par  MM.  MAURICE  SALOMON  et  ANSELME  SCHWARTZ. 

M. . .  L . ..,  quarante-cinq  ans,  souffre,  depuis  près  de  cinq  semaines, 
de  douleurs  violentes  dans  les  orteils  du  pied  gauche;  ces  dou¬ 
leurs  sont  d’une  intensité  extrême,  surtout  au.  niveau  du  gros 
orteil,  et  elles  vont  en  décroissant  vers  le  cinquième  orteil.  Elles 
sont  telles  que  le  malade  tient  constamment  son  pied  gauche 
dans  ses  deux  mains  et  elles  ne  lui  laissent  point  de  répit;  elles 
sont  surtout  terribles  dès  que  le  membre  inférieur  a  une  attitude 
horizontale,  elles  diminuent  quand  la  jambe  est  verticale  (il  per¬ 
siste  alors  des  fourmillements  dans  le  pied),  d’où  la  nécessité, 
pour  le  malade,  de  laisser  pendre  la  jambe  au  dehors  du  lit,  toute 
la  nuit.  Le  sommeil  est  d’ailleurs  à  peu  près  impossible. 

Le  pied  a  d’autre  part, .dès  que  la  jambe  est  horizontale,  une 
coloration  blanchâtre  ;  il  devient,  au  contraire,  violacé  quand  le 
malade  se  met  debout  et  l’on  voit  alors  des  veines  distendues  et 
variqueuses.se  dessiner  sous  la  peau  du  pied  et  de  la  jambe.  • 

Le  gros  orteil  est  constamment  rouge  violacé,  et  même,  à  son 


SÉANCE  DE  14  NOVEMBRE 


1311 


extrémité,  se  voient  quelques  taches  grisâtres,  signes  précurseurs- 
de  la  gangrène  qui  le  menace. 

Enfin  le  pied  était  froid,  très  froid  même,  quand  j’ai  vu  le  malade 
pour  la  première  fois. 

Le  j yslème  nerveux  du  membre  inférieur  ne  présente  rien  de 
particulier  :  la  sensibilité  est  à  peu  près  normale' partout,  les 
réflexes  rotuliens  sont  moins  marqués  à  gauche  (côté  malade). 

Le  système  circulatoire ,  par  contre,  est  extrêmement  déficient. 
On  ne  sent  le  pouls  nulle  part,  pas  même  sur  la  fémorale  au- 
dessous  de  l’arcade  crurale  ;  on  ne  sent  ni  battements,  ni  conduit 
artériel;  l’exploration  au  Pachon  montre  une  absence  absolue 
d’oscillations  dans  tout  le  membre  inférieur  gauche.  Mais,  chose 
curieuse, le  pouls  ne  se  perçoit  pas  plus  du  côté  droit,  en  aucun- 
point  du  membre,  et  le  Pachon  ne  donne  guère  plus  d'oscillations 
à  droite  qu’à  gauche  (une  division).  D’ailleurs,  l’interrogatoire 
nous  montre  que  le  malade  a  présenté,  à  droite,  du  côté  opposé  à 
la  lésion  actuelle,  des  phénomènes  de  claudication  intermittente, 

(  alors  que  la  lésion  pour  laquelle  nous  avons  été  consultés  s’est 
produite  subitement,  sans  le  moindre  prodrome. 

L’épreuve  de  la  bande  élastique  appliquée  pendant  cinq  minutes  - 
sur  les  deux  cuisses  nous  donna  les  renseignements  suivants  : 
la  jambe  gauche  (la  malade)  rougit  un  peu  tardivement,  mais  le 
gros  orteil  resta  blanc;  à  droite-,  la  rougeur  se  produisit  plus 
vite,  mais  ne  s’étendit  pas  sur  toute  la  jambe  ni  au  pied. 

La  pression  artérielle  de  la  radiale  est  à  gauche  de  11-6,  à 
droite  de  14-6.' 

L’examen  général  du  malade  ne  donne  aucun  renseignement 
important.  D’auscultation  montre,  du  côté  du  cœur,  un  deuxième 
bruit  légèrement  clangoreux  et  des  extra-systoles;  ce  cœur  est  un 
peu  grès,  avec  une  légère  dilatation  des  cavités  droites,  fait'  qui  a 
été  confirmé  par  la  radio. 

L’examen  du  poumon  montre  de  l’emphysème,  sans  lésion 
tuberculeuse,  fait  encore  confirmé  par  un  examen  radiologique  et 
par  l’examen  des  crachats. 

Enfin,  l’examen  du  sang  ne  donne  rien  d’important  à  signaler. . 
Voici  d’ailleurs  le  résultat  complet  de  cet  examen  : 

Polynucléaires-  neutrophiles .  61 

—  éosinophiles. .  2 

—  basophiles.  .......  0 

Mononucléaires  lymphocytes .  28 

—  macrophages .  10 

Myélocytes  neutrophiles .  1 

Viseosité  du  sang  (Hess)  ........  4 

Temps  de  saignement  au  doigt . 3M0  à  4  minutes. 

Temps  de  saignement  à  l'oreille .  2  minutes. 

Numération  globulaire  :  globules  rouges.  '  6.100.090 

_  —  ;  -  —  biancs.  14  008 

Coagulation . “. . 16  min.  en  tube. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


4312 


Notons  qu’il  y  a  excès  de  globules  rouges,  mais  surtout  une 
■notable  augmentation  des  globules  blancs. 

Sucre  du  sang . 1  gr.  OS  par  litre. 

Ni  sucre,  ni  albumine  dans  les  urines. 

Pensant  qu’il  s’agissait  peut-être  d’une  endarlérite  spécifique, 
malgré  l’absence  de  signes  cliniques  et  un  Wassermann  négatif, 
•on  institua  un  traitement  spécifique  intensif,  en  même  temps 
qu’on  donna  de  fortes  doses  de  citrate  de  soude. 

Le  résultat  fut  absolument  nul  :  c’est  alors  qu’on  décida,  d'ac- 
-cord  avec  le  professeur  Delbet,  qui  fut  appelé  en  consultation,  de 
pratiquer  la  sympathicectomie. 

Je  fis  cette  opération  le  28  juin,  à  l'anesthésie  lombaire.  Tandis 
que  l’anesthésie  du  membre  inférieur  s’installait,  anesthésie 
révélée  par  l’absence  de  douleur  au  pincement  de  la  peau  avec 
■une  pince  de  Kocher,  la  douleur  du  gros  orteil  s'exaspérait  ;  le 
malade  poussait  des  gémissements  fort  pénibles  et  je  me  deman¬ 
dais  si  j’allais  pouvoir  l’opérer.  Peu  à  peu,  cette  douleur  se  calma 
et  je  pus  pratiquer  mon  intervention,  durant  laquelle  j’ai  pu 
-constater  certains  faits  fort  intéressants.  Tout  d’abord  j’ai  trouvé, 
comme  l’exploration  clinique  l’avait  fait  prévoir,  une  artère  fémo¬ 
rale  absolument  souple ,  sans  la  moindre  induration  nulle  pari  ; 
-cette  artère  contenait  du  sang,  car  de  petites  collatérales  que  j’ai 
coupées  durant  ma  dénudation  artérielle  donnaient  un  écou¬ 
lement  sanguin,  sans  jet;  le  sang  coulait  donc  dans  la  fémorale, 
.mais  sans  pression  aucune. 

Un  fait  non  moins  curieux  et  qui  a  été  constaté  en  même  temps 
par  tous  les  assistants,  c’est  que,  toutes  les  fois  que  j’exerçais 
-une  traction  sur  le  sympathique,  le  malade,  parfaitement  anes¬ 
thésié,  gémissait  et  accusait  une  douleur  violente  dans  le  gros 
■orteil. 

Après  l’intervenlion;  voici  ce  que  nous  avons  constaté  : 

1°  La  douleur  dans  le  doigt  de  pied  a  complètement  disparu, 
<le  malade  est  parfaitement  calme  et,  pour  la  première  fois  depuis 
le  début  de  sa  maladie,  il  peut  laisser  son  membre  inférieur  dans 
■son  lit,  en  attitude  absolument  horizontale; 

2°  Le  pied  a  une  température  locale  beaucoup  plus  élevée;  il  est 
tiède  et  parfois  aussi  chaud  que  l’autre; 

3°  Le  pouce  a  un  meilleur  aspect;  il  est  moins  gros,  moins 
rouge,  et  présente,  dans  son  ensemble,  un  aspect  plus  normal. 
.Par  contre,  une  petite  tache  rouge  est  apparue  sur  le  dos  du 
2e  orteil. 

Mais  cet  état  ne  devait  pas  durer  et  je  vais  signaler  tout  de 
suite  que,  tandis  que  la  chaleur  du  pied,  due,  je  suppose,  à  une 


SÉANCE  DU  14  NOVEMBRE 


1313- 


circulation  meilleure,  a  constamment  persisté  et  persiste  encore,, 
les  douleurs  ont  reparu  peu  à  peu  avec  la  même  intensité,  et  les- 
phénomènes  gangreneux,  peu  étendus,  nous  le  verrons,  n’ont  pas 
été  arrêtés. 

J'ai  revu  le  malade  le  3  septembre,  deux  mois  après  la  sympa- 
ticectomie.  Douleurs  aussi  intenses  qu’au  début,  mais  pas  aussi- 
continues;  parfois,  il  y  a  plusieurs  jours  de  répit;  fait  intéressant, 
le  malade  peut  constamment  laisser  sa  jambe  allongée  dans  son 
lit,  ce  qu’il  ne  pouvait  jamais  faire  avant  l’opération. 

Le  pied  est  manifestement  chaud,  à  peu  près  autant  que  l’autrer 
et  n’a  presque  plus  d’œdème. 

La  tache  rouge,  remarquée  sur  le  dos  du  2°  orteil,  est  devenue- 
une  petite  croéte  adhérente. 

À  l’extrémité  du  pouce,  phlyctônes  péri-inguéales  et  gangrène- 
sèche,  noire,  de  tout  le  lit  de  l’ongle;  pourtant  le  gros  orteil  est 
chaud  et  l’hyperesthésie  est  peu  marquée. 

L’état  général  est  satisfaisant  et  l’appétit  est  bon. 

Quelques  jours  après,  le  7  septembre,  le  malade  étant  à  la 
campagne,  son  médecin  traitant  me  téléphone  qu’une  .plaque 
cyanolique  s’est  montrée  à  la  base  du  gros  orteil  et  que  le  malade 
faisait  du  délire. 

Je  le  revois  au  début  d’octobre.  L’état  géne'ral,  alors,  est  très- 
mauvais,  le  malade  ayant  de  nouveau  perdu  tout  sommeil. 

Tout  le  dos  du  gios  orteil  est  gangrené,  noir,  les  douleurs  sont 
atroces. 

Je  propose  une  amputation  de  Lisfranc,  qui  est  acceptée  et 
pratiquée  le2octobre,  sous  anesthésie  au  protoxyde  d’azote,  avec 
l’aide  de  M.  Chassin,  et  sans  bande  d’Esmarch,  bien  entendu. 

Pendant  l’intervention,  je  constate  que  toute  la  surface  du  lam¬ 
beau  plantaire  suinte  en  nappe,  mais  je  vois  en  tout  et  pour  tout 
un  seul  petit  vaisseau  qui  saigne  en  un  petit  jet  minuscule. 

Suture  sur  un  faisceau  de  crins  qui  est  enlevé  le  septième- 
jour. 

Dans  les  jours  qui  suivent  l’acte  opératoire,  douleurs  très  vives, 
état  psychique  très  mauvais,  mais  peu  à  peu  tous  ces  phénomènes- 
s’amendent.  Les  douleurs  locales,  spontanées,  disparaissent  peu 
à  peu;  la  réunion  par  première  intention  est  obtenue,  sauf  en¬ 
trois  points,  aux  deux  extrémités  de  la  suture  et  à  son  milieu  où 
il  se  forme  une  petite  croûte  d’un  petit  centimètre  de  loDg  qui- 
persiste  longtemps;  mais  le  lambeau  est  étoffé,  le  pied  est  solide 
et  le  malade  marche  bien;  il  a  engraissé  et  a  repris,  d’ailleurs,  ses- 
occupations  habituelles. 

J’ai  prié  mon  collègue  et  ami  M.  Herrenschmidt,  chef  de  labo- 


1314 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


ratoire  du  professeur  Delbet,  d’examiuer  les  vaisseaux  et  les  nerfs 
•de  la  pièce  opératoire,  et  voici  sa  réponse  : 

«  Sur  deux  fragments  pris  au-dessus  de  la  partie  gangrenée,  les 
nerfs  ne  présentent  rien  de  particulier  par  la  technique  ordinaire; 
les  artères  sont  toutes  ■perméables ;  quelques-unes  ont  une  paroi 
■extrêmement  épaissie,  par  condensation  fibreuse,  sans  phéno¬ 
mènes  inflammatoires  même  subaigus,  et  leur  lumière  est  relati¬ 
vement  faible.  » 

Je  viens  de  revoir  le  malade  le  18  octobre  dernier,  il  marche 
admirablement  avec  ou  sans  canue;  son  moignon  est  excellent  et 
absolument  insensible;  il  a  une  température  locale  légèremenl 
abaissée  quand  la  température  extérieure  est  basse. 

Je  n’ai  pu  sentir  le  pouls  de  la  fémorale,  d'aucun  côté,  ni  celui 
de  l’artère  iliaque  externe  dans  la  fosse  iliaque;  j’ai  senti  aisément 
battre  l’aorte  au  devant  de  la  colonne  vertébrale. 

La  tension  sanguine  est  de  14-8  1/2. 

Au  sujet  de  cette  observation,  nous  nous  sommes  posé  une 
:série  de  questions. 

Et,  tout  d'abord,  quelle  est  l’origine  de^  cette  gangrène? 

Elle  est,  sans  aucun  doute,  d’origine  artérielle,  ou,  si  l’on  veut, 
d’origine  circulatoire  ;  tout  le  tableau  clinique,  précédemment 
•tracé  le  prouve,  ainsi  que  les  constatations  opératoires  au  niveau 
de  la  surface  de  section,  mais  elle  ne  paraît  pas  due  à  de  l’artérile: 
déjà,  l’examen  clinique  nous  avait  montré  des  artères  souples 
sans  la  moindre  induration  ;  mais  il  y  a  mieux  :  au  moment  de 
mon  intervention  sur  le  sympathique,  j’ai  trouvé  une  artère  fémo¬ 
rale  absolument  souple,  comme  une  artère  jeune  et  saine,  et 
l’examen  histologique  des  petites  artères  du  foyer  opératoire,  fait 
par  M.  Herrenschmidt,  a  montré  qu’elles  étaient  perméables, 
sans  phénomènes  inflammatoires  même  subaigus,  mais  avec, 
pour  quelques-unes,  une  paroi  extrêmement  épaissie  par  conden¬ 
sation  fibreuse. 

Nous  nous  sommes  demandé,  étant  données  l’absence  de  pulsa¬ 
tions  et  d’oscillations  au  Pachon  sur  les  deux  membres  inférieurs 
et  nos  constatations  opératoires  sur  la  fémorale,  s’il  n’y  avait  pas 
un  obstacle,  endartérite,  par  exemple,  sur  l’aorte;  une  radio¬ 
graphie  de  la  région  lombaire,  de  face  et  de  profil,  n’a  rien 
montré  et  on  sent  battre  l’aorte  au  devant  de  la  colonne  lom¬ 
baire. 

Donc,  pas  d’artérile  des  vaisseaux  du  membre  inférieur;  la 
fémorale  et,  sans  doute,  aussi  les  antres  artères  sont  souples,  du 
sang  y  circule  comme  j’ai  pu  le  constater  de  visu,  mais  cette  circu¬ 
lation  est  ralentie  à  tel  point,  que  le  pouls  ne  se  sent  pas  et  que 
le  Pachon  reste  silencieux. 


SÉANCE  DU  14  NOVEMBRE 


1315 


Ne  s’agirait-il  pas  d’un  simple  spasme,  d’origine  tabagique,  par 
exemple,  le  malade  était  un  grand  fumeur?  Mais  ce  spasme  si 
étendu  et  permanent  de  toutes  les  artères  des  membres  inférieurs 
.serait  difficile  à  comprendre  ;  l’opération  m’a  montré  une  fémorale 
souple,  et  la  sympathicectomie  n’a  en  rien  modifié  l’évoLution  des 
'  phénomènes  gangreneux.  Nous  ne  pensons  pas  que  cette  hypo¬ 
thèse  soit  soutenable. 

Notre  malade  n’avait,  nous  l’avons  vu,  ni  sucre,  ni  albumine 
dans  ses  urines. 

Nous  nous  sommes  demandé  s’il  ne  s’agissait  pas  de  cette 
maladie  curieuse  qui  a  été  décrite  par  les  Américains  et  les  Anglais 
dans  différents  mémoires  qui  s’échelonnent  de  1906  à  1918,  et  que 
le  professeur  Gilbert  a  étudiée  le  premier  en  France,  sous  le  nom 
de  «  thrombo-angéite  oblitérante»  (1).  Il  y  a,  incontestablement, 
dans  notre  cas  personnel,  des  analogies  frappantes  avec  la  maladie 
décrite  par  M.  Gilbert  :  les  caractères  de  la  douleur  spontanée,  son 
intensité  exceptionnelle,  son  aggravation  par  la  chaleur  du  lit,  les 
symptômes  circulatoires,  en  particulier,  la  pâleur  spéciale  du 
membre  én  position  horizontale  contrastant  avec  l’aspect  presque 
violacé  en  station  verticale.  Mais  ce  qui  caractérise  la  thrombo- 
angéite  oblitérante,  c’est  l’existence  de  lésions  inflammatoires 
profondes  du  côté  non  seulement  des  artères,  mais  même  des 
veines  du  membre  atleint,  lésions  aboutissant  à  l’oblitération;  or, 
ce  qui  nous  a  frappés  le  plus  chez  notre  malade,  c’est  l’absence 
absolue  de  lésions,  tant  sur  l’artère  fémorale  que  nous  avons 
eue  sous  les  yeux,  que  sur  les  vaisseaux  du  lambeau  que 
M.  Herrenschmidt  a  examinés. 

Nous  sommes  donc  obligés  de  reconnaître  que  la  cause  pre¬ 
mière  de  cette  gangrène  nous  échappe  complètement,  de  même 
que  nous  ne  pouvons  nous  expliquer  pourquoi,  chez  ce  malade, 
les  pulsations  artérielles  sont  absolument  insensibles  sur  les  deux 
membres  inférieurs,  pourquoi  le  Pachon  ne  donne  aucune  oscil¬ 
lation  ni  à  droite,  ni  à  gauche,  pourquoi  le  malade  a  eu,  il  y  a  de 
cela  plusieurs  années,  le  phénomène  de  la  claudication  intermit¬ 
tente  du  côté  actuellement  sain,  en  apparence,  du  moins  ? 

Arrivons,  maintenant,  à  l’opération  que  j’ai  pratiquée  sur  le 
sympathique  péri-fémoral:  Cette  sympathicectomie  a  d’abord  et 
très  nettement  été  suivie  d’une  suppression  totale  de  la  douleur, 
de  cette  douleur  vraiment  atroce  qui  torturait  le  malade  ;  mais  la 
douleur  a  rapidement  reparu,  sans  atteindre  toutefois  le  degré 
d’intensité  qu’elle  avait  auparavant,  car  le  malade  a  toujours  pu 
laisser  son  pied  dans  son  lit,  en  position  horizontale,  tandis  que, 

(1)  Soc,  méd.  dés  Ilâp.,  3  mai  1922,  et  Paris  médical ,  1er  juillet  1922. 


1316 


SOCIÉTÉ  DE  CfilRURGIE 


auparavant,  on  le  voyait  constamment  assis,  le  pied  pendant  ver¬ 
ticalement  et  tenu  plus  ou  moins  par  les  deux  mains. 

D'autre  part  ce  pied,  quand  nous  l’avions  vu  pour  la  première- 
fois  et  jusqu’au  moment  de  l’opération,  était  très  froid,  souvent 
glacé.  Après  la  sympathicectomie,  il  est  devenu  chaud  et  a  gardé- 
presque  constamment  une  température  égale  à  celle  du  pied  sain  ; 
ce  fait  a  été  d’une  netteté,  d’une  précision  absolues. 

Les  phénomènes  gangreneux  n’ont  été,  en  rien,  influencés  par 
l’intervention. 

Enfin  nous  voudrions  insister  un  peu  sur  un  phénomène  assez 
curieux  et  fort  intéressant  à  notre  avis  :  alors  que  l’anesthésie  du 
membre  inférieur  était  complète  et  que  je  pouvais,  avec  une 
pince  de  Kocher,  saisir  fortement  la  peau,  le  gros  orteil  était 
encore  violemment_douloureux  et  le  malade  poussait  des  gémis¬ 
sements  très  pénibles  ;  et,  tandis  que  je  disséquais  ma  gaine 
sympathique  péri-vasculaire,  toutes  les  fois  que  j’exerçais  une 
traction  sur  celte  gaine,  le  malade,  parfaitement  anesthésié,  accu¬ 
sait  une  douleur  intense  dans  son  gros  orteil. 

Est-il  possible  d’expliquer  ces  faits?  Et  tout  d’abord  je  dois  vous' 
signaler  que  ce  phénomène  a  été  observé  par  notre  collègue 
Leriche,  à  qui  j’en  ai  parlé  et  qui,  fort  aimablement,  m’a  répondu 
en  des  termes  qui  méritent  d’être  cités.  «  Votre  observation  m’a 
fait  comprendre,  me  dit-il,  un  fait  que  j’avais  observé  et  que  je 
n’avais  pas  compris:  en  1921,  intervenanl  sous  une  anesthésie 
rachidienne,  chez  un  vieillard  menacé  de  gangrène  des  orteils  et 
souffrant  de  douleurs  extrêmement  violentes,  je  fus  très'  surpris 
de  le  voir  souffrir  dès  que  je  fus  sur  son  artère  ;  pendant  la  sym¬ 
pathicectomie  il  poussait  de  véritables  gémissemenls,  alors  que 
la  découverte  de  l’artère  n’avait  pas  été  sentie  ;  j’accusais  l’anes¬ 
thésie  d’être  insuffisante,  et  je  ne  pensais  pas  un  seul  instant  que 
la  sensibililé  de  la  gaine  malade  pût  être  exaltée  à  ce  point.  » 

Un  deuxième  fait,  de  même  ordre,  a  été  observé  par  Leriche  et, 

«  c’est  seulement,  m’écrit  celui-ci,  votre  lettre  qui  vient  de  me 
faire  associer  ces  deux  faits,  en  me  donnant  à  penser  que  la  dou¬ 
leur  due  à  l’état  inflammatoire  ou  dystrophique  de  la  gaine  peut 
très  bien  résister  à  l’anesthésie  rachidienne  ». 

Déjà,  en  1921,  dans  une  note  à  notre  Société  (avril  1921), 
M.  Leriche  s’était  demandé  si  les  douleurs  prémonitoires  des 
gangrènes,  à  caractère  paroxystique,  accompagnées  de  réactions 
vaso-motrices  et,  plus  spécialement,  de  vaso-dilatation  active 
ne  dépendaient  pas  d’un  état  pathologique  de  l’adventice  fémo¬ 
rale.  1  - 

Dans  noire  cas  personnel  nous  n’avons  point  remarqué  de 
modification  apparente  sur  la  gaine  péri-artérielle,  mais  les  faits 


SÉANCE  DU  14  NOVEMBRE 


1317 


que  j’ai  observés  et  qui  sont  ,  absolument  identiques  à  ceux  ,  que 
M.  Leriche  a  rapportés  permettent  de  penser  à.l’existençe  d’une 
sensibilité, spéciale  du  système  sympathique,  sensibilité  très  vive,; 
très  délicate,  qui  intervient  sans;  doute  largement  dans  les  dou¬ 
leurs  violentes,  prégangreneuses,  qoi  a  une  part  importante 
peutrêtre  dans  la  pathogénie  de  certaines  gangrènes,,  qui  dispa¬ 
raît  difficilement  sous  l’influence  des  anesthésies  et  qui,  enfin, 
permet  de  penser  que  la  sympathicectomie  n’a  pas,  dit  son  dernier 
mot  comme  moyen  thérapeutique  dans  les  syndromes  douloureux 
et  dans  les  lésions  gangreneuses. 

Que  le  système  sympathique  jouisse  d’une  sensibilité  particu¬ 
lière,  ;icela  n’est  pas  douteux.  Nous  connaissons  tous  la  sensi¬ 
bilité  à  la  distension  des  réservoirs  abdominaux,  la  sensibilité 
à  la  traction  de  ces  mêmes  viscères  quand  nous  opérons  à  l’anes¬ 
thésie  locale. 

Nous  commençons  aussi  à  connaître  l’exagération  très  grande 
de  cette  sensibilité  dans  certains  états  pathologiques  ;  on  com¬ 
mence  à  saisir  la  part  importante  du  sympathique  dans  les 
tausalgies,  dans  les  coliques  hépatiques  ou  vésiculaires,  dans  les 
topalgies  du  tabes;  on  a  individualisé  les  syndromes  solaires; 
je  suis  convaincu,  pour  ma  part,  que  dans  les  douleurs  parfois 
si  violentes  qui  accompagnent  les  phlébites  le  sympathique' joue 
son  rôle  ;  d’ailleurs,  c’est  en  partant  de  cette  idée  que  l’on  a 
conseillé  des  radiotomies  postérieures  dans  le  tabes,  ,que  l’on  a, 
depuis  les  travaux  de  Leriche,  fait  la  sympathicectomie  péri¬ 
vasculaire  dans  les  causalgies;  Jonnesco  a  guéri  plusieurs  fois 
l’angine  de  poitrine  par  la  résection*  du  sympathique  cervical  et 
du  premier  ganglion  thoracique;  et  M.  Hallopeau  a  guéri  une 
névralgie  génitale  par  la  résection  du  plexus  hypogastrique.  Nous 
pourrions  multiplier  les  exemples,  mais  cela  nous  entraînerait 
trop  loin. 

Il  nous  faut,  avant  de  terminer,  insister  sur  un  dernier  fait,  à 
savoir  la  persistance  de  la  sensibilité  normale  ou  pathologique 
du  sympathique  malgré  l'anesthésie.  Les  deux  faits  que  nous  a 
communiqués  Leriche  et  le  nôtre  sont  absolument  nets;  malgré 
une  anesthésie  rachidienne  parfaite  la  gaine  sympathique  péri- 
fémorale  n’a  point  cessé  d’être  sensible  à  la  traction  et  dans  les 
trois  cas  l’opéré  a  poussé  des  gémissements  pénibles  et  accusé 
une  douleur  dans  la  région  atteinte  de  gangrène.  Nous  avons  été, 
comme  Leriche,  surpris  de  cette  constatation  et  pourtant,  à  la 
réflexion,  il  semble  qu’il  n’y  ait  là  rien  de  nouveau.  J’ai  vu,  pour 
ma  part,  des  faits  absolument  analogues  avec  l’anesthésie  locale. 
J’ai  pratiqué,  bien  souvent,  des  appendicectomies  à  l’anesthésie 
locale  ;  or  j’ai  constaté  nettement  le  fait  suivant  :  quand  il  s’agit 

BULL.  ET  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CHIR.,  5923.  97 


1318 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


d’une  appendicite  parfaitement  froide,  sans  aucune  réaction  de  la 
séreuse  voisine,  on  n’a  jamais  besoin  de  s’occuper  de  la  sensi¬ 
bilité  de  cette  séreuse;  mais  qu’il  y  ait  une  inflammation  du 
péritoine  pariétal,  ce  péritoine,  quoi  qu’on  fasse,  restera  sensible 
ou  douloureux  à  la  simple  incision.  Voici  un.  autre  fait  plus  net 
encore  :  depuis  bien  des  années,  j’opère  toutes  les  hernies  ingui¬ 
nales  à  l’anesthésie  locale  et  jamais  le  malade  n’éprouve  la 
moindre  douleur  ;  mais  j’ai  remarqué,  depuis  des  années,  qu’il  y 
avait  une  exception  à  cette  règle  ;  quand  il  y  a,  au  niveau  du 
collet,  un  épaississement  inflammatoire,  on  arrive  difficilement  à 
obtenir  une  analgésie  parfaite  à  ce  niveau. 

Mais  il  y  a  mieux  encore,  et  cette  sensibilité  du  sympathique 
paraît  résister  non  seulement  à  l’anesthésie  locale  et  à  la  rachi¬ 
anesthésie,  mais  même  à  l’anesthésie  générale. 

Au  cours  de  l’hystérectomie  vaginale,  dans  le  décollement  du 
col  en  arrière,  et  pendant  ('hystérectomie  abdominale  par  la  trac¬ 
tion  sur  les  ligaments  utéro-sacrés,  on  provoque  parfois  chez  la 
malade  une  douleur  qui  se  manifeste  par  un  cri  rauque  accom¬ 
pagné  d’une  forte  inspiration  ou  un  grognement  aspiratif  très' 
particulier  que  Richelot  avait  spirituellement  appelé  le  «  réflexe 
de  l’Esplanade  »,  parce  que  ce  cri  ressemble  étrangement  à  un 
grognement  respiralif  que  poussaient  des  acteurs  japonais  dans 
un  théâtre  de  l’Esplanade  des  Invalides  pendant  l’Exposition  uni¬ 
verselle  de  .1889  (1).  C’est  un  réflexe  du  même  genre  que  l’on 
obtient  par  une  pression  intense  sur  le  Douglas  et  qu’Albertin  a 
appelé  «  le  cri  du  Douglas  ».  Il  s’agit  là  certainement  d’un  réflexe 
dû  à  une  manœuvre  violente  agissant  sur  le  sympathique  pelvien, 
en  particulier  sur  le  plexus  hypogaslrique  et  ses  branches. 

N’est-ce  pas  par  une  interprétalion  analogue  qu’il  faut  expliquer 
le  grognement  tout  particulier  que  poussent  les  malades  chez  les¬ 
quels  on  pratique  une  dilatation  anale? 

Cette  dilatation,  quand  on  la  pratique  avec  un  spéculum  et  non 
avec  les  pouces,  provoquerait,  d’après  Tixier  (de  Lyon),  une 
distension  du  Douglas  et  agirait  sur  le  plexus  sympathique  si 
riche  de  cette  région. 

Il  semble,  en  résumé,  que  le  sympathique  posséderait  une  sensi¬ 
bilité  extrêmement  vive  à  l’état  normal,  sensibilité  qui  s’exagére¬ 
rait  considérablement  sous  l’influence  des  lésions  pathologiques, 
sensibilité,  enfin,  qui  résisterait  dans  certains  cas,  surtout  à  l’élal 
pathologique,  à  toutes  les  anesthésies. 


0)  La  Presse  Médicale ,  22  août  1923  (Jnyle). 


SÉANCE  DU  14  NOVEMBRE 


1319 


Présentations  de  malades. 

Bon  résultat  par  résection  de  la  tête  fémorale 
pour  arthrite  chronique  ancienne  de  la  hanche 
sur  une  osléochondrite  déformante  ou  une  luxation  congénitale  ? 

par  M.  ALGLAVE. 

Je  vous  serais  reconnaissant  de  me  donner  votre  avis  sur  la 


nature  de  l'affection  qui  a  pu  occasionner  les  déformations  de  la 
tète  fémorale  et  du  cotyle  que  montre  la  radiographie  que  je  mets 
sous  vos  yeux. 

S’agit-il  de  la  maladie  appelée  aujourd’hui  ostéochondrite 
infantile  déformante,  ou  de  tout  autre  processus  voisin. 

Pour  ma  part  je  suis  perplexe. 

Ce  qui  est  certain,  c’est  que  la  radiographie  montre  un  aplatis¬ 
sement  manifeste  de  la  tête  fémorale  avec  une  sorte  de  couronne 
bosselée  au  niveau  de  son  collet,  sans  raréfaction  osseuse  de  cette 


1320 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


tête,  au  contraire,  cependant  que  le  col  fémoral  a  une  forme  et 
une  inclinaison  sensiblement  normales. 

Cette  tête  fait  penser  à  celle  du  morceau  de  bois  ou  du  morceau 
de  fer  sur  laquelle  on  a  frappé  avec  uii  marteau-pilon  pour 
l’enfoncer  dans  un  sol  dur.  Autour  du  point  frappé  une  couronne 
se  forme  par  aplatissement  et  bosselure  de  la  substance  battue 
par  le  marteau. 

Du  côté  du  cotyle,  la  cavité  est  déformée,  moins  profonde  que 
d'habitude,  végétante  à  son  pourtour,  c’est-à-dire  qu’il  y  a  un 
sourcil  cotyloïdien  proéminent  et  bosselé,  cependant  que  l’inter^ 
ligne  coxo-fémorale  est  à  peine  reconnaissable. 

Et  voici  l’histoire  de  la  malade:  elle  est  Anglaise,  elle  a  trente 
et  un  ans  et  elle  est  fortement  obèse.  Elle  a  boité  dès  sa  plus 
tendre  enfance  sans  jamais  souffrir  jusqu’à  il  y  a  cinq  ans,  c'est-à- 
dire  jusqu’à  l'àge  de  vingt-six  ans. 

Il  y  a  cinq  ans,  sous  l’influence  de  la  fatigue  dit-elle,  elle  a 
commencé  à  souffrir  de  la  hanche,  la  cuisse  et  même  jusque  dans 
le  genou.  Elle  souffrait  surtout  après  la  marche  et  la  fatigue,  et 
peu  à  peu  la  souffrance  devenait  telle,  que  l’impotence  du  membre 
s'ensuivait. 

Tous  les  moyens  de  traitement  usuels  ont  été  essayés  par  ceux 
de  nos  confrères  de  Londres,  où  elle  habite,  qu’elle  a  consulté?. 

Après  cinq  ans,  souffrant  presque  sans  répit,  elle  vient  à 
Paris  où  elle  a  des  relations  et  elle  nous  consulte  en  jan¬ 
vier  1923. 

A  ce  moment,  elle  se  traîne  avec  une  béquille  et  l’examen  clini¬ 
que  montre  que  l’impotence  et  la  douleur  sont  bien  dues  à  une 
lésion  de  la  hanche.  Celle-ci  est  d’ailleurs  comme  soudée.  En 
mobilisant  le  membre,  on  mobilise  le  bassin.  Et,  dans  l’ensemble, 
le  membre  est  en  flexion  légère  sur  le  bassin  avec  adduction  et 
rotation  extrême  légère. 

La  radiographie  pratiquée  sur  ma  demande  montre  les  lésions 
dont  je  vous  ai  parlé. 

Il  m’est  difficile  de  leur  donner  une  étiquette  exacte,  mais  au 
point  de  vue  thérapeutique  je  crois  que  la  résection  de  la  tête 
fémorale  pourra  donner  le  soulagement  que  tous  les  moyens 
simples  essayés  n’ont  pu  procurer  à  la  malade. 

C’est  avec  ce  conseil  qu’elle  repart  pour  Londres,  où  elle  revoit 
médecins  et  chirurgiens,  lesquels  nous  la  renvoient  en  avril  1923. 

A  cette  époque,  elle  entre  à  l’Hôtel-Dieu  dans  mon  service 
pour  être  opérée  le  26  avril  dernier  par  mes  soins. 

Une  incision  est  faite  suivant  la  ligne  épine  ilio-antéro-posté- 
rieure  et  bord  supérieur  du  trochanter,  avec  débridement  variable 
en  avant. 


SÉANCE  DU  14  NOVEMBRE 


mi 


L’incision  nous  conduit  sur  un  sourcil  cotyloïdien  très  déformé' 
et  végétant.  Ces  végétations  du  coiyle  sont  abattues  à  la  gouge  et 
au  maillet.  Le  col  fémoral  est  ainsi  mis  à  découvert  et  il  est  sec¬ 
tionné  à  sa  partie  moyenne,  semble-t-il. 

Les  suites  opératoires  "sont  simples  et  la  malade  repart  pour 
Londres  en  juillet,  trois  mois  après  l’intervention. 

Elle  est  venue  à  Paris  dans  ces  derniers  jours  pour  nous  dire 
sa  joie  de  ne  plus  souffrir  et  d’avoir  retrouvé  l’usage  de  son 
membre  comme  autrefois.  A  l’examen  il  y  a  une  bonne  amplitude 
des  mouvements  de  la  hanche. 

Elle  garde  seulement  une  certaine  claudication  due  surtout  à 
un  raccourcissement  du  membre  de  .quelques  centimètres,  com¬ 
pensé  d’ailleurs  par  une  chaussure  à  semelle  surélevée. 

A  remarquer  que  la  tête  fémorale  enlevée  était  très  déformée, 
comme  écrasée,  végétante  à  son  pourtour,  anormalement  vascu¬ 
larisée  comme  le  cotyle  lui-même. 

11  s’agissait  en  somme  d’une  arthrite  chronique  paraissant 
s’être  installée  :sur  une  arlicuiation  dont  les  surfaces  osseuses 
étaient  déformées  depuis  la  tendre  enfance  mais  sans  donner  lieu 
à  aucun  autre  symptôme  qu’une  certaine  claudication. 

La  radiographie  post-opératoire,  faite  aujourd’hui  même, 
montre  une  légère  ascension  du  trochanter  par  rapport  à  la 
eavité  cotyloïde  et  comme  pour  s’appuyer  sur  un  pont  ostéo- 
périosté  sus-jacent  néoformé. 

C’est  la  quatrième  fois  que  je  fais  cette  opération  de  résection  de 
la  tête  fémorale  pour  ostéo-arthrite  chronique  douloureuse  de  la 
hanche,  d’origine  diverse,  et  j’en  ai  obtenu  de  bons  résultats 
chaque  fois. 

M.  Savariaud.  —  Je  tiens  d’abord  à  féliciter  mon  ami  Alglave 
du  beau  succès  thérapeutique  qu’il  a  obtenu.  Quant  au  diagnostic 
d’ostéochondrite  infantile  auquel  il  croit  devoir  se  ranger,  je  me 
permettrai  de  ne  pas  être  de  son  avis. 

Tout  ce  qu’on  peut  dire,  à  mon  avis,  c’est  que  nous  sommes  en 
présence  d’une  arthrite  chronique  de  la  hanche  de  nature  indé¬ 
terminée. 

M.  Broca.  —  Je  m’associe  à  la  remarque  de  Savariaud,  pourvu 
qu’on  ajoute  que  ce  qu’on  appelle  ostéochondrite  de  la  hanche 
est,  elle  aussi,  une  ostéo-arthrite  chronique  de  nature  tout  à  fait 
inconnue,  et  probablement  variable. 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Résultat  au  bout  d’un  an  d'une  intervention 
pour  dilatation  idiopathique  de  l'œsophage. 

Section  du  diaphragme  par  voie  thoraco-abdominale  extra- séreuse. 

UEsophago-g''Stniplaslie, 

par  M.  RAYMOND  GRÉGOIRE. 

Je  vous  demande  la  permission  de  vous  présenter  cette  malade. 
C’est  en  l'étudiant  que  j’ai  imaginé  d'aborder  le  segment  cardio¬ 
œsophage  par  voie  thoraco-abdominale  extra-séreuse.  Elle  a  été 
la  première  chez  qui  celte  opération  a  été  pratiquée.  Il  y  a  de' cela 
tout  près  d’un  an  maintenant.  L’observation  a  été  publiée  intégra¬ 
lement  dans  le  numéro  6  du  Journal  de  Chirurgie  (juin  1923 
[obs.  I].  Je  pense  qu’il  est  nécessaire  de  s’y  reporter  pour  pouvoir 
juger  du  résultat  obtenu  aujourd’hui. 

Quand  j’opérai  Charlotte  W...,  âgée  de  vingt-cinq  ans,  elle  était 
dans  un  état  assez  précaire.  Elle  vomissait  tout  ce  qu’elle  prenait 
ou,  pour  mieux  dire,  elle  rejetait  peu  après  les  avoir  avalés  des  ali¬ 
ments  nullement  modifiés.  Son  amaigrissement  était  considérable. 

La  radioscopie  montrait  un  œsophage  d’un  volume  énorme. 
Vous  voyez  sur  cette  épreuve  que  la  largeur  de  l’ombre  du  conduit 
mesurait  10  centimètres. 

Lorsqu’on  regardait  descendre  le  repas  opaque,  on  voyait  celui- 
ci  gagner  de  suite  la  partie  basse  de  celte  poche  œsophagienne, 
dont  le  point  déclive  était  situé  au-dessous  du  niveau  de  l’ombre 
de  la  coupole  diaphragmatique.  La  largeur  de  la  poche  dépassait 
l’ombre  du  cœur  à  droite  et  ne  laissait  paraître  que  la  pointe  à 
gauche.  L’estomac  n’était  tout  d’abord  nullement  visible,  rien  ne 
pénétrait.  A  un  cerlain  moment,  l’estomac  s’est  injecté  tout  d’un 
coup.  Une  traînée  de  bismuth  partit  du  bord  gauche  de  la  tache 
un  peu  au-dessus  de  son  point  déclive  et  gagna  brusquement 
l’estomac  par  un  court  trajet  horizontal.  Puis  le  passage  s’arrêta 
après  quelques  saccades  et  ne  reprit  plus.  L’ombre  œsophagienne 
gigantesque  n'avait  pour  ainsi  dire  pas  changé. 

Il  me  semblait  donc  que  le  cardia  n’était  pas  sténosé  puisqu’il 
était  capable  de  laisser  passer  d’un  coup  une  quantité  de  géloba- 
rine  sulfisanle  pour  injecter  tout  l’estomac. 

Il  me  semblait  aussi  que  ce  ne  devait  pas  être ,1e  cardia  qui 
était  en  cause,  puisqu’il  existait  un  segment  de  conduit  entre- — 

l’extrémité  inférieure  de  la  poche  et  la  grosse  tubérosité  gastrique., _ 

Ge-segment  de'coriduit  me  paraissait  Compris  entre  la  poche  et 
l’estomac,  et  devait  correspondre  au  segment  abdominal  de 


SÉANCE  DU  14  NOVEMBRE 


1323 


l’œsophage.  Donc  le  spasme  devait  siéger  au  niveau  de  l'orifice, 
diaphragmatique. - 

Cette  suite  de  déductions  me  donna  l’idée  de  chercher  une  voie 
d'abord  sur  l’orifice  diaphragmatique  et  le  segment  cardio-œso¬ 
phage.  Je  vous  ai  présenté  le  23  avril  1923  le  résultat  de  ces 
recherches.  J’ai  d’abord  étudié  la  ligne  de  conduite  sur  lecadavre. 
Quand  mon  plan  a  été  nettement  arrêlé,  j’ai  opéré  la  malade  que 
vous  voyez  ici. 

Je  l’ai  revue  hier.  Son  étal  'général  est  transformé.  Elle  a 
engraissé  de  dix  livres,  n’a  plus  jamais  eu  de  vomissements  et  peut 
absorber  tous  les  aliments.  Elle  dit  cependant  qu’elle  éprouve 
encore  une  certaine  gêne  s’il  lui  arrive  d’être  forcée  de  manger 
trop  vite.  Depuis  son  opération,  elle  a  mené  à  bien  une  grossesse. 
Elle  n’a  même  pas  eu  de  vomissements  pendant  toute  cette  période, 
ce  qui  est  assez  remarquable. 

L’examen  radioscopique  fait  pendant  ingestion  d’un  lait  opaque 
montra  que  le  liquide  passait  directement  dans  l’estomac  qui 
s'injectait  immédiatement.  L  œsophage  ne  parut  ici  ni  plus  long  ni 
plus  dilaté  qu’un  œsophage  normal.  Il  n’y  eut  aucun  temps  d’arrêt 
au  niveau  du  cardia. 

Ce  résultat  me  semblait  tellement  merveilleux  que  je  fis  prendre 
ensuite  à  la  malade  une  pâle  opaque  très  épaisse.  Voici  le  résultat 
que  cela  donna  sur  l’écran.  La  pâle  barytée  passa  normalement  le 
cardia  et  pénétra  dans  l’estomac  d’une  façon  continue,  mais  en 
s’accumulant  dans  la  partie  inférieure  del’œsophage.  Vouspouv  z 
voir  que  celui-ci  est  à  peine  sinueux  et  que  son  calibre  est  à  peu 
de  chose  près  celui  d’un  œsophage  normal  injecté  de  cette  façon. 

En  somme,  au  point  de  vue  général,  au  point  de  vue  fonctionnel 
et  au  point  de  vue  anatomique,  il  semble  bien  que  l’opération  que 
j’ai  pratiquée  dans  ce  cas  a  donné  pleine  satisfaction.  La  malade 
a  engraissé,  tous  les  aliments  passent  et  l’œsophage  a  repris  des 
dimensions  voisines  de  la  normale. 

Ce  résultat,  de  même  que  celui  que  nous  ont  présenté  Lardennois 
et  Bratne  (20  juin  1923),  vient  à  l’encontre  des  affirmations  que 
nous  avons  entendues,  ici  même,  dans  la  séance  du  15  mars  1922. 
Un  certain  nombre . d’entre  nous  ne  pensaient-ils  pas  alors  que 
«  ces  malades  ne  sont  pas  justiciables  d'une  intervention  »?  Si 
d’autres  cas  venaient  s’ajouter  à  ceux-ci,  peut-être  faudrait-il 
changer  d’avis. 

M.  Tüffier.  —  La  radiographie  que  nous  présente  M.  Grégoire 
montre  que  l’œsophage  ne  se  vide  pas  normalement.  On  voit  en 
effet  un  long  cylindre  se  terminant  en  queue  de  rat  comme  dans 
les  sténoses  dites  idiopathiques  de  l’œsophage  ;  le  cylindre  serait 


1324 


SOCIÉTÉ  DE  CDIRURGIE 


beaucoup  moins  volumineux  qu’il  n’a  été,  mais  dans  un  œso¬ 
phage  normal  on  ne  verrait  rien  de  semblable. 

Dans  un  cas  que  je  vous  ai  présenté  l’an  dernier,  que  j’avais 
opéré,  il  en  était  de  même.  La  malade  a  été  très  améliorée  par 
l’opération,  elle  a  engraissé,  elle  déglutit  mieux,  elle  est  satisfaite 
de  son  état,  mais  à  la  radiographie  on  constate  toujours  qu’un 
répas  bismuthé  (je  ne  dis  pas  au  lait)  stagne  dans  l’œsophage, 
filtre,  comme  dans  ce  cas-ci,  sous  forme  d’un  mince  jet  dans 
l’estomaC,  mais  n’a  pas  du  tout'd'évacualion  normale. 

Je  crois  donc  que  la  récupération  de  la  contractilité  œsopha¬ 
gienne,  qui  est  la  base  de  l’évacuation  normale  de  cette  cavité, 
ne  se  fait  pas  encore,  ni  chez  la  malade  de  M.  Grégoire,  ni  chez  la 
mienne.  Si  je  cite  ces  faits,  c’est  que  j’ai  en  ce  moment  trois  autres 
malades  à  opérer,  ayant  des  dilatations  dites  idiopathiques  seg¬ 
mentaires  ou  totales  de  l’œsophage,  je  les  suis  et  que  je  les  examine 
avec  mon  élève  Caballero,  qui  déjà  avec  Œttinger  avait  la 
grande  habitude  de  ces  explorations,  et  j’hésite  à  intervenir. 
D’ailleurs,  si  j’interviens,  ce  sera  certainement  par  le  procédé  que 
hoiis  avait  indiqué  Grégoire. 


Ostéochondrite  déformante,  infantile  de 
l’épiphyse  supérieure  du  fémur , 

par  M.  PAUL  MATHIEU. 

Je  vous  présente  un  petit  malade  âgé  de  cinq  ans,  qui  a  (té 
amené  à  ma  consultation  de  l’hôpital  Bretonneau  pour  une  clau¬ 
dication  douloureuse  du  côté  droit,  datant  d’une  année  environ. 
A  l’examen  du  jeune  enfant,  la  cuisse  paraît  très  légèrement 
raccourcie,  les  mouvements  d’extension  et  d’abduction  de  la 
Cuisse,  seuls,  sont  limités.  Les  autres  mouvements  ont  leur  éten¬ 
due  normale.  La  radiographie  que  je  présente  démontre'chez  lui 
l’existence  des  lésions  earactéristiqnes  de  l’ostéochondrite 
déformante  infantile  de  l’épiphyse  supérieure  du  fémur  :  le  noyau 
épiphysaire  est  fragmenté  en  trois  fragments,  il  est  atrophié,  le 
Col  est  dévié  en  coxa  vara. 

Il  y  a  intérêt,  je  crois,  à  tenir  compte  de  faits  anatomo-patho¬ 
logiques  aussi  précis  dans  la  classification  des  arthrites  chro¬ 
niques  de  la  hanche  de  cause  inconnue.  Avec  notre  collègue 
Mouchet,  j’applique  à  ce  cas  l’appellation  d’ostéochondrite  fémo¬ 
rale,  dont  nous  ignorons  la  pathogénie,  mais  dont  le  pronostic 
pourra  être  précisé  par  l’élude  prolongée  des  Cas  observés.  La 


SÉANCE  DU  1.4  NOVEMBRE 


1325 


distinction  de  types  anatomiques,  comme  celui, que  nous  présen¬ 
tons  mérite,  d’être  conservée  à  ce  point  de  vue. 

M.  Aubert  Moucuet.  —  Je  ne  saurais  trop  approuver  mon  ami 
Mathieu  de  laisser  à  l’ostéochondrite  déformante  de  la  hanche 
la  part  qui  lui  revient  dans  le  tableau  clinique  des  affections  de  la 
hanche  de  l’enfance  et  de  ne  pas  se  contenter  de  désigner  son 
observation  sous  le  terme  un  peu  trop  vague,  proposé  dernière¬ 
ment,  d’arthrite  chronique  de  nature  indéterminée. 


Cancer  du  côlon  transverse. 

Colectomie  en  un  temps  avec  suture,  termino-terminale, 

'  par  M.  Cil.  LENORMANT. 

La  malade  que  je  vous  présente  est  une  femme  de  soixante- 
six  ans,  qui  entra  dans  mon  service  le  2  juin  1923.  Elle  avait  subi, 
quinze  ans  auparavant,  une  hystérectomie  abdominale  et  elle  pré¬ 
sentait  une  éventration  au  niveau  de  la  cicatrice  de"  cette  ancienne 
opération.  Mais,  en  l’examinant,  on  reconnaissait  en  outre  l’exis¬ 
tence,  dans  la  région  ombilicale,  d’une  tumeur  arrondie,  dure,  très 
mobile,  qui  semblait  grosse  comme  le  poing.  Il  n’y  avait  aucun 
trouble  fonctionnel,  sauf  quelques  tiraillements  et  quelques  dou¬ 
leurs  assez  vagues  que  l’on  pouvait  attribuer  aussi  bien  à  l’éven¬ 
tration  qu’à  la  tumeur.  En  particulier,  la  malade  n’accusait  ni 
mélæna,  ni  crises  d’occlusion,  ni  gêne  quelconque  des  fonctions 
intestinales.  Néanmoins,  l’examen  radioscopique,  pratiqué  par  le 
Dr  Boileau,  permit  de  localiser  cette  tumeur  sur  le  côlon  trans¬ 
verse  :  normal  dans  la  moitié  droite  de  son  étendue,  cet  intestin 
présentait,  en  amont  de  l’angle  splénique,  un  segment  rétréci  où 
la  bouillie  barytée  passait  difficilement. 

C’est  donc  avec  le  diagnostic  de  cancer  du  côlon  transverse  que 
j’opérai  cette  malade,  le  15  juin.  Je  trouvai  une  tumeur  bosselée, 
plus  grosse  que  ne  l’avait  fait  prévoir  l’examen  clinique,  et  sié¬ 
geant  bien  sur  la  moitié  gauche  du  transverse.  Cette  tumeur  était 
parfaitement  mobile,  libre  d’adhérences,  et  se  laissa  extérioriser 
avec  la  plus  grande  facilité.  Après  l’avoir  détachée  du  grand  épi¬ 
ploon  et  avoir  placé  des  clamps  en  amont  et  en  aval,  j’en  prati¬ 
quai  la  résection  et,  commé  les  deux  bouts  intestinaux  étaient 
parfaitement  sains,  souples  et  de  même  calibre,  je  n’hésitai  pas  à 
les  réunir  par  une  suture  termino-terminale  à  deux  plans  de  fil 
de  lin. 


1320 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


L’opéralion  fut  bien  supportée.  Après  une  élévation  passagère 
le  lendemain,  la  température  revint ’à  la  normale;  mais,  entre  le 
dixième  et  le  vingtième  jour,  la  malade  eut  une  nouvelle  poussée 
thermique,  qui  atteignit  un  jour  39°,  en  même  ^emps  que  l’on 
sentait  une  zone  empâtée  et  douloureuse  dans  la  région  opérée  : 
il  y  eut  donc,  à  ce  moment,  une  réaction  inflammatoire  certaine 
au  niveau  de  l'anastomose.  Ces  accidents  cédèrent  aux  applica¬ 
tions  de  glace,  et,  le  20  juillet,  la  malade  quittait  le  service  en  par¬ 
fait  état. 

Actuellement,  sa  santé  reste  toujours  bonne  ;  elle  a  engraissé  de 
trois  livres,  et  ses  fondions  intestinales  s’effectuent  normalement  ; 
elle  se  plaint  néanmoins  de  quelques  tiraillements  et  d’un  ballon¬ 
nement  habituel  du  ventre. 

J'ai  fait  faire  récemment  de  nouvelles  radiographies  et  celles-ci 
montrent  qu’il  y  a  encore  un  obstacle  dans  la  zone  opérée.  Le 
lavement  opaque,  après  avoir  rempli  l’ampoule  reelale,  le  côlon 
ascendant,  l’angle  splénique  et  la  partie  terminale  du  transverse, 
s’arrête  brusquement  et,  en  amont,  on  ne  voit  que  quelques  traî¬ 
nées  peu  denses  et  irrégulières  qui  indiquent  une  réplétion  très 
incomplète.  Après  l’absorption  d’un  repas  baryté,  on  voit  le  cæcu  ir , 
le  côlon  ascendant  et  la  partie  droite  du  transverse  se  remplir  noi  - 
maletnent;  le  reste  du  gros  intestin  renferme  aussi  de  la  bouillie 
opaque^  mais  en  moindre  quantité  et  par  segments  fragmentes. 
S'il  n’y  a  pas  de  sténose  complète  —  ce  qui  cadre  avec  les  données 
cliniques  — ,  il  y  a  certainement  un  obstacle  dans  le  segment 
intestinal  opéré.  S’agit-il  d’un  rétrécissement  cicatriciel  ou  d’une 
récidive  de  la  tumeur?  Il  me  semble  impossible  de  le  dire  actuelle¬ 
ment.  Il  n’en  reste  pas  moins  que,  malgré  le  bon  état  actuel  de  la 
malade,  il  faut  faire  de  sérieuses  réserves  pour  l’avenir. 

J’ai  cru  cependant  intéressant  de  vous  rapporter  ce  cas,  car  les 
colectomies  «  idéales  »  pour  cancer  du  transverse  sont  encore 
assez  rares.  Je  ne  prétends  pas  que  ce  soit  là  le  traitement  de 
choix  de  ces  tumeurs,  pour  lesquelles  l’opération  en  plusieurs 
temps  reste  habituellement  indiquée.  Mais  on  peut  rencontrer  des 
cas  exceptionnellement  favorables,  comme  le  mien,  où  la  mobi¬ 
lité  de  la  tumeur,  l’absence  de  toute  occlusion,  l’égalité  de  calibre 
des  deux  bouts  de  l’intestin  permettent  de  tenter  l’opération  en  un 
temps,  et  mon  observation  prouve,  après  d’autres,  que  celte  con¬ 
duite  peut  être  suivie  de  succès. 


SÉANCE  DU  14  NOVEMBRE 


132T 


Décollement  du  condyle  huméral. 
Guérison  par  traitement  sanglant, 

par  M,  A.  RICHARD. 

M.  Moucbet,  rapporteur. 


Présentation  de  pièce. 

Cancer  sus-ampullaire  du  rectum  adhérent  au  squelette 
enlevé  par  laparotomie  et  voie  ariococcygienne  combinées 
avec  conservation  de  l'appareil  sphinctérien, 

par  AI.  SAVARIAL'D. 

La  pièce  que  je  vous  présente  a  été  enlevée  ce  matin. 

Le  cancer  est  de  type  annulaire.  11  commençait  à  7  ou  8  centi¬ 
mètres  de  l’anus  et  répondait  au  cul-de-sac  péritonéal.  Il  était 
profondément  ulcéré  et  adhérait  au  niveau  de  l’articulalion  sacro- 
coecygienn.e,  de  sorle  qu’il  était  absolument  immobile,  ce  qui  fait 
que  j’hésitais  beaucoup  sur  la  possibilité  d’une  exérèse.  C’est  en 
raison  de  celle  incertitude  de  l’opérabilité,  beaucoup  plus  que  du 
siège  du  néoplasme,  que  je  résolus  de  commencer  par  une  lapa¬ 
rotomie. 

J’ai  l’habitude,  en  effet,  d’opérer  le  cancer  du  rectum,  aussi  élevé 
soit-il,  exclusivement  par  la  voie  basse.  Les  résultats  immédiats 
et  éloignés  que  j’ai  obtenus  par  cette  voie  très  directe  sont  excel¬ 
lents  et  je  n’éprouve  pas  le  besoin  de  les  améliorer  par  une  tech¬ 
nique  plus  compliquée. 

Dans  le  cas  présent  l’utilité  de  la  laparotomie  première  était 
indiscutable  en  raison  de  la  difficulté  probable  (adhérence  au  sque¬ 
lette)  et  de  l’incertitude  où  j’étais  de  pouvoir  mener  à  bien  l’opé¬ 
ration. 

En  cas  de  cancer  inopérable,  je  terminais  par  un  anus,  avec- 
application  secondaire  de  radium,  suivant  la  technique  d’Alglave. 

Le  cancer  était-il  opérable,  que  devais-je  faire?  Devais-je,  pour 
me  mettre  à  l’abri  d’une  récidive,  amputer  très  haut  et  faire  un 
anus  iliaque  définitif  en  amputant  le  bout  inférieur,  y  compris 
l’appareil  sphinctérien?  Ou  bien  devais-je  faire  tout  mon  possible 
pour  conserver  à  mon  opéré  la  possibilité  de  retenir  ses  matières  ? 

C’est  à  ce  dernier  parti  que  je  me  suis  résolu,  après  m’être 


H3-28 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


■rendu  compte  qu’il  était  possible  de  conserver  le  sphincter  et  le 
releveur. 

Après  une  anesthésie  rachidienne  à  la  coeaïne  qui  me  donna 
■entière  satisfaction,  je  fis,  avec  l’aide  de  mon  collègue  et  ami  le 
Dr  Cauchoix,  une  laparotomie  sous-ombilicale,  qui  me  permit  do 
reconnaître  :  1°  que  l’anse  sigmoïde  était  longue;  2°  que  le  cancer 
siégeait  à  la  hauteur  du  Douglas;  3°  qu’il  ne  semblait  pas  avoir 
envahi  le  système  ganglionnaire;  4°  que  suivant  toute  apparence, 
après  l’avoir  libéré  par  le  haut,  je  pourrais  l’extirper  par  voie 
ano-périnéo-coccygienne. 

En  conséquence,  j’incisai  le  péritoine  pariétal  du  Douglas  et 
sur  les  côtés  du  rectum,  de  manière  à  libérer  ce  dernier,  et  après 
avoir  décollé  le  plus  possible  le  péritoine  rétro-vésical  je  le 
suturai  au  péritoine  du  détroit  supérieur  et  à  la  partie  supérieure 
de  l’anse  oméga,  de  .manière  à  exclure  cette  dernière  dans  l’espace 
sous-péritonéal  et  à  fermer  toute  communication  entre  le  grand 
péritoine  et  le  futur  foyer  d’amputation.  Après  quoi,  je  refermai  le 
ventre  et  passai  au  temps  suivant. 

Suivant  utie  technique  que  j’ai  déjà  décrite,  je  procédai  par 
voie  ano-périnéo-coccygienne  à  l’ablation  inlra-sphinctérienne  du 
rectum.  Une  incision  cutanée,  circonscrivant  l’anus,  fut  menée 
■de  la  racine  des  bourses  au  sommet  du  sacrum. 

Le  coccyx  étant  enlevé,  le  releveur  et  la  commissure  postérieure 
du  sphincter  furent  fendus  sur  la  ligne  médiane  et  réclinés  de 
chaque  côté.  Il  futalors  facile  de  libérer  l’ampoule  d’avec  les  rele- 
veurs  sur  les  côtés  et  la  région  prostatique  en  avant. 

C’est  en  arrière,  du  côté  du  sacrum  que  la  dissection  fut  vrai¬ 
ment  difficile,  en  raison  des  adhérences.  Je  pus  y  parvenir  néan¬ 
moins  et,  comme  le  péritoine  avait  été  soigneusement  fermé  au 
-cours  de  mon  opération  préliminaire,  je  pus  réaliser  dans  ce 
second  temps  une  véritable  opération  extra-péritonéale,  ce  qui 
n’est  point  dépourvu  d’intérêt  lorsqu’il  arrive  d’ouvrir  sans  le 
vouloir  la  cavité  intestinale,  ce  qui  fut  justement  le  cas,  en  raison 
des  adhérences. 

L’anse  sigmoïde  étant  déroulée,  elle  tenait  encore  par  l’artère 
hémorroïdale  supérieure.  Celle-ci  fut  sectionnée  à  la  fin  de  l’opé¬ 
ration.  Le  reetum  fut  amputé  et  l'extrémité  libre  de  l’intestin  fut 
fixée  aux  releveurs,  au  sphincter  et  à  la  peau  par  trois  couronnes 
de  sutures  au  catgut  00. 

Les  deux  moitiés  du  releveur  et  la  peau  furent  suturées  l’une  à 
Vautre  en  arrière  de  l’anus,  ainsi  que  la  peau  sur  une  étendue  do 
5  centimètres. 

La  brèche  coccygienne  fut  tamponnée  et  laissée  largement 
tbéaute. 


SÉANCE-DÛ  14  NOVEMBRE 


1329' 


Le  temps  abdominal  avait  duré  vingt  minutes. 

Le  temps  ano-périnéo-coccjgien  avec  reconstitution  de  l’appa¬ 
reil  sphinctérien  avait  duré  une  heure  dix. 

Grâce  à  la  rachianesthésie  l’opéré  n’a  pas  poussé  une  seule;  fois 
et  n’a  pas  présenté  le  moindre  chçc.  J’espère  pouvoir  vous  le 
représenter  guéri  et  revenir  sur  ma  méthode  de  conservation  de- 
l’appareil  sphinctérien. 


Présentation  d’instruments. 

I.  Valve  éclairante  slérilisable  avec  Source  lumineuse  autonome. 

II.  Trocart  'pour  l’inclusion  de  tubes  de  radium  dans  des  tumeurs 

par  M.  DE  NABIAS, 


M.  Proust,  rapporteur. 


4330 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Élections 

pour  l’examen  des  mémoires  déposés  pour  les  concours 

AUX  PRIX  DE  LA  SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 

Le  scrutin  pour  les  Concours  des  prix  a  donné  les  résultats  sui¬ 
vants  : 

Prix  Marjolin-Duval. 

MM.  Mouchet .  36  voix. 

Louis  Bazy .  36  voix. 

Toupet .  33  voix. 

Prix  Laborie. 

MM.  Jalaguier .  36  voix. 

Lenormant .  38  voix. 

Rouvillois . .  .  33  voix. 

Prix  Hennequin. 

MM.  Walther .  37  voix. 

Rieffel  . . 37  voix. 

Thiéry .  37  voix. 

Prix  Uemarquay. 

MM.  Lardennois .  41  voix. 

Bréchot .  40  voix. 

Baudet .  39  voix. 


Le  Secrétaire  annuel, 
M.  Ombredanne. 


SÉANCE  DU  21  NOVEMBRE  1923 


Présidence  de  M.  Mauclairb. 


Procès-verbal. 


'i'-f 

n^L/4IH  X 


La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précé  lente  séance  est  mise 
aux  voix  et  adoptée. 


Correspondance. 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  périodiques  delà  semaine. 
2°.  —  Une  lettre  de  M.  le  DrDuvERGEY  (de  Bordeaux),  posant  sa 
candidature  au  titre  de  membre  correspondant  national. 

3°.  —  Une  lettre  de  M.  Souligoux  demandant  un  congé  de  deux 
mois. 


A  propos  de]jla  correspondance. 

1°.  —  MM.  Deniker  et  T.  de  Martel  font  hommage  à  la  Société 
de  leur  traduction  du  livre  du  professeur  II.  Cushing  sur  les 
Tumeurs  du  nerf  auditif. 

2°.  —  M.  le  Dr  Lemoine  (de  Bruxelles)  fait  hommage  à  la 
Société  de  Chirurgie  d’un  livre  sur  La  chirurgie  du  sympathique. 

3°.  —  La  Société  a  reçu  le  Rapport  sur  le  VJ 7e  Congrès  de  l’As¬ 
sociation  des  médecins  de  langue  française  de  l’Amérique  du  Nord, 
tenu  à  Montréal  en  1922. 

Des  remerciements  sont  adressés  pour  ces  envois. 


.M-  le  Président  annonce  que  MM.  Kummer  (de  Genève)  et  Kken 
(de  Philadelphie),  membres  correspondants,  assistent  à  la  séance. 


*.,  1923.  —  N°  31. 


1332 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


A  propos  du  procès-verbal. 

A  propos  de  la  coxa  plana, 
par  M.  BROCA. 

Dans  noire  dernière  séance,  M.  Monchet  a  félicité  M.  Mathieu 
de  n’êlre  pas  de  ces  auteurs  qui  considèrent  la  «  coxa  plana  » 
comme  une  arthrite  de  la  hanche  de  cause  inconnue.  Malgré  ce 
blâme  préalable,  c’est  cependant  parmi  eux  que  je  revendique 
une  place. 

Il  y  a  certainement  une  arthrite  chronique  de  la  hanche  et  je 
voudrais  bien  savoir  qui  en  connaît  la  cause, 

D’autre  paî  t,  de  l’aspect  radiographique  on  ne  peut  pas  con¬ 
clure  à  l’évolution  ultérieure  qui  varie  de  la  guérison  complété, 
spontanée,  avec  reconstitution  du  noyau  céphalique  à  l'usure 
définitive  de  la  tête  avec  ankylosé  de  la  hanche.  L’appeler  osiéo- 
chondrite  ne  change  rien  à  la  question  :  c’est  un  mot  qui  simple¬ 
ment  masque  notre  ignorance.  Un  aspect  radiographique  ne  peut 
être  qu’un  élément  de  diagnostic. 

M.  Albert  Mouchet.  —  Je  veux  bien  reconnaître  que  nous  ne 
savons  rien  de  très  précis  sur  l’étiologie  de  Yostéochondrite  de  la 
hanche,  mais  comme  on  a  pris  l’habitude  de  désigner  sous  ce 
nom  un  tijpe  nosologique  bien  défini  cliniquement  et  radiographi- 
quement,  je  ne  vois  vraiment  pas  pourquoi  on  substituerait  à  ce 
terme  d’ostéochondrite  la  longue  définition  proposée  par  mon 
maître  M.  Auguste  Broca  d’ «  arthrite  chronique  de  nature  indé¬ 
terminée  ».  J’avoue  que,  pour  ma  part,  je  continuerai  jusqu’à 
nouvel  ordre  à  parler  d’ostéochondrite  de  la  hanohe. 

M.  Broca.  —  M.  Mouchet  vient  de  prononcer  une  parole  que 
je  ne  puis  laisser  passer,  car  elle  précise  quel  est  notre  désaccord  : 
il  parle  de  maladies  relevant  de  causes  différentes.  Tl  n’y  a  pas  de 
maladies,  mais  seulement  des  lésions  relevant  de  causes  diffé¬ 
rentes,  et  l’erreur  est  d’en  faire  des  maladies  lorsqu’on  ne  connaît 
pas  ces  causes.  Une  maladie  est  une  entité  qui  ne  peut  avoir 
qu’une  cause.  Si,  dans  ce  cas  particulier,  M.  Mouchet  connaît  la 
cause,  jè  l’apprendrai  avec  plaisir  et  m’accuserai  d’ignorance. 


SÉANCE  DU  21  NOVEMBRE 


1333 


A  propos  du  cancer  sus-ampullaire  du  rectum , 
par  M.  CUNÉO. 

M.  Savariaud  a  présenté  au  cours  de  la  dernière  séance  une 
pièce  de  cancer  sus-ampullaire  du  rectum,  enlevé  par  laparotomie 
et  voie  ano-coccygienne  combinées,  avec  conservation  de  l’appa¬ 
reil  sphinctérien.  Je  liens  à  remercier  notre  collègue  de  sa  pré¬ 
sentation  qui  nous  permet,  pour  une  fois,  de  discuter  le  détail 
d’une  question  de  technique  opératoire  délicate. 

Il  m’excusera  de  l’argumenter  sur  la  technique  qu’il  nous  a 
décrite.  Argumentation  ne  veut  pas  dire  critique  et,  s’il  existe 
entre  nous  des  divergences  d’appréciation,  qu’il  sache  qife  je  ne 
suis  pas  de  ceux  qui  ont  l'heureuse  conviction  de  toujours  détenir 
d’emblée  la  vérité.  L’expérience  modifie  souvent  ma  manière  de 
voir;  cela  m’est  arrivé  déjà  et  m’arrivera  sans,  doute  encore  en  ce 
qui  concerne  mes  idées  sur  la  technique  de  l’exérèse  du  cancer  du 
rectum. 

Savariaud  qualifie  le  cancer  dont  il  nous  a  montré  la  pièce  de 
cancer  sus-ampullaire.  Je  ferai  remarquer  en  passant  que  cette 
dénomination  ne  répond  pas  aux  rapports  qu’indique  notre  col¬ 
lègue  entre  le  squelette  et  le  néoplasme.  Celui-ci  répondait  en  etlèt 
à  l’articulation  sacro-ooccygienne.  Or,  le  collet  de  l’ampoule 
répond  à  la  3°  vertèbre  sacrée.  Un  néoplasme  sus  ampnllaire  est 
en  réalité  recto-sigmoïdien.  Je  ne  dis  pas  cela  par  un  vain  souci  de 
la  précision  anatomique,  mais  parce  que  cette  question  du  siège 
exact  peut  avoir  un  intérêt  opératoire.  Pour  ma  part,  en  .effet,  un 
néoplasme  adhérent  à  la  région  de  l’articulation  sacro-.coccygienne 
comporterait  l’ablation  du  coccyx  et  de  la  partie  inférieure  du 
sacrum  en  même  temps  que  celle  de  la  tumeur. 

Mais  passons  à  l’exécution  de  l’acte  opératoire.  Savariaud  a  eu 
recours  à  la  voie  combinée  abdomlno  périnéale.  Je  pense  comme 
lui  que  c’est  la  méthode  de  choix.  Jel’utiltseen  moyenne  trois  fois 
sur  quatre.  J’ai  cependant  encore  recours  de  temps  en  temps  à  la 
voie  périnéale  ;  je  dirai  dans  un  instant  pourquoi. 

Savariaud  a  commencé  par  le  temps  abdominal.  11  est  d’accord 
en  cela,  je  crois,  avec,  la  majorité  des  chirurgiens.  Bien  que  j’aie 
souvent  fait  de  même,  je  pense  que  celte  priorité  du  temps  abdo¬ 
minal  est  discutable  et  j’en  donnerai  plus  loin  les  raisons. 

Mais  où  je  me  sépare  de  notre  collègue  c’est  sur  l’emploi  qu’il  a 
fait  de  la  laparotomie.  Il  semble  l’avoir  utilisée,  si  j’ose  dire,  au 
minimum.  Il  en  a  profité  pour  jeter  un  droit  de  regard  dans  l'ab¬ 
domen,  pour  voir  si  le  néo  était  extirpable.  Il  a  incisé  circulaire- 
ment  le  péritoine,  amorcé  le  décollement  recto-vésical.  Puis,  . après 


1334 


SOCIÉTÉ  DE  CUIKL'HÜIE 


avoirrefoulé  l'intestin  dans  le  pelvis,  il  a  suturé  le  péritoine  colique 
au  péritoine  pariétal,  au  niveau  du  délroil  supérieur. 

J’estime  qu’on  peut  et  qu’on  doit  demander  beaucoup  plus  à  la 
laparotomie.  En  principe,  elle  doit  précisément  permettre  de  faire 
tout  ce  qu’on  ne  peut  pas  faire  facilement  par  en  bas  et,  surtout 
lorsqu’on  débute  par  elle,  plus  on  en  fait,  mieux  cela  vaut.  Je  ne 
voudrais  pas  quitier  le  ventre  sans  avoir  fait  un  large  décolle¬ 
ment  colo  pariétal  du  côlon  pelvien,  poussé  aussi  bas  que  possible 
la  libération  du  rectum,  non  seulement  en  avant  mais  encore  en 
arrière  et  surtout  sur  les  côtés,  et  m’être  assuré  qu’aucune  lame 
intermédiaire  »ne  sépare  mes  différents  décollements;  c’est  au 
cours  de  ce  temps  qu'il  faut  dégager  les  uretères.  Enfin,  et  surtout 
j’utilise  le  temps  abdominal  pour  faire  l’hémostase  du  méso  en 
bonne  pirce  en  liant  et  en  sectionnant  l’hémorroïdale  supérieure 
à  son  origine,  c’est-à-dire  au-dessous  du  tronc  des  sigmoïdes, 
Evidemment,  le  tempsabdomidal,ainsiulilisé,durepluslongtemps. 
Mais  n’est-ce  pas  parce  qu’il  ne  lui  a  donné  que  quelques  minutes 
que  Savariaud  a  dû  consacrer  une  heure  dix  au  temps  périnéal  et 
faire  avec  difficulté  par  en  bas  ce  qu’il  eût  pu  réaliser  aisément 
par  en  haut?' 

Ep  ce  qui  concerne  le  temps  périnéal,  je  n’insisterai  que  sur  un 
point  :  la  conservation  de  l’appareil  sphinctérien. 

Celle  conservation  m’apparaît  très  relative  dans  le  procédé  de 
Savariaud.  Celui-ci,  en  effet,  fend  le  sphincter  au  niveau  de  sa  com¬ 
missure  postérieure,  puis  enlève  tout  ce  qui  est  placé  en  dedans 
de  lui. 

Or  j’estime,  pour  l’avoir  d’ailleurs  constaté,  qu’un  sphincter 
anal  sectionné,  fût-ce  sur  la  ligne  médiane,  et  même  suturé  sur  le 
champ,  ne  vaut  pas  un  sphincter  intact.  Est-ce  parce  que  l’inner¬ 
vation  est  en  réalité  assurée  par  une  disposition  annulaire  de 
l’appareil  d’innervation,  de  telle  sorte  que  chaque  moitié  possède 
en  réalité  une  innervation  bilatérale?  La  chose  est  possible,  car 
j’ai  vu  qu’une  section  unilatérale  des  nerfs  sphinctériens  ne  déter¬ 
minait  pas  une  hémiparalysie  complète  du  côté  sectionné  On 
conçoit  que  dans  ce  cas  une  section  même  commissurale  de 
l’anneau  musculaire  diminue  considérablement  sa  valeur  physio¬ 
logique. 

Mais  ce  qui  est  plus  grave,  à  mon  avis,  c’est  l’ablation  des 
parties  intra-sphinclériennes.  En  fait,  tous  les  éléments  du  canal 
anal,  le  sphincter  lisse;  les  nombreuses  fibres  élastiques  interpo¬ 
sées  entre  les  sphincters  lisse  et  strié,  ou  logées  dans  la  sous- 
muqueuse;  la  muqueuse  elle-même  avec  son  innervation  sensi¬ 
tive,  point  de  départ  de  réflexes  importants,  tout  cela  joue  un  rôle 
capital  dao  la  fermeture  de  l’anus.  J’en  suis  si  convaincu  que 


SÉANCE  DU  21  NOVEMBBE 


1335 


j’ai  renoncé  depuis  longtemps  à  dépouiller  le  canal  anal  de  sa 
muqueuse,  contrairement  à  ce  que  j’ai  préconisé  autrefois. 

Mon  ami  Savariaud  excusera  ces  quelques  observations  que 
m’a  suggérées  sa  présentation.  La  question  de  l’extirpation  du 
cancer  du  rectum  est  assez  complexe  pour  justifier  des  diver¬ 
gences  de  vues,  voire  même  des  variations  d’opinion. 

Et  à  ce  propos,  puisque  j’ai  commis  deux  articles  déjà  anciens 
sur  ce  point  de  technique,  je  vous  demande  la  permission  d’ajouter 
quelques  mots  pour  vous  dire  quelle  est  actuellement,  et  sans 
doute  provisoirement,  ma  manière  de  voir. 

Partisan  de  la  voie  combinée  comme  méthode  de  choix,  j’utilise 
cependant  encore  la  voie  périnéale.  Je  tends  à  la  réserver  aux  cas 
peu  favorables,  soit  en  raison  de  l’extension  des  lésions  qui  peut 
faire  craindre  que  l’opération  n’ait  qu’un  caractère  palliatif,  soit 
en  raison  du  manque  de  résistance  des  malades.  La  voie  périnéale 
est  certainement  moins  grave.  Je  ne  ferai  pas  appel  aux  statisti¬ 
ques  pour  démontrer  une  opinion  universellement  admise.  Je 
ne  crois  d'ailleurs  pas  aux  statistiques,  même  intégrales  et  per¬ 
sonnelles.  On  a  les  résultats  que  l’on  veut,  puisqu’on  peut  faire 
jouer  à  sa  guise  la  plupart  des  facteurs  susceptibles  de  les  faire 
varier. 

Depuis  que  j’emploie  la  voie  abdomino-périnéale,  je  me  suis 
souvent  demandé  s’il  était  préférable  de  commencer  par  le  ventre 
ou  par  le  périnée.  Le  principal  argument  que  l’on  donne  et  que 
je  me  suis  moi-même  donné  en  faveur  de  l’emploi  premier  de 
la  voie  abdominale  est  la  possibilité  qu’elle  fournit  de  vérifier 
l’extension  des  lésions  et,  partant,  leur  opérabilité.  Or,  en 
pratique,  la  laparotomie  ne  m’a  jamais  donné  de  surprises,,  au 
moins  en  ce  qui  concerne  les  cancers  du  rectum,  à  strictement 
parler.  Il  n’en  est  peut-être  pas  de  même  pour  les  néos  recto-  ■ 
sigmoïdiens,  et,  pour  ceux-ci,  je  commence  assez  volontiers  parle 
ventre. 

Par  contre,  la  laparotomie  première  m’a  paru  présenter  un 
inconvénient  sérieux  qui  est  le  suivant.  Je  dirai  plus  loin  que, 
quel  que  soit  le  siège  du  cancer,  il  y  a  intérêt  à  toujours  sectionner 
l’intestin  en  un  même  point  qui  correspond  à  la  partie  la  plus 
longue  du  méso-sigmoïde.  Or,  cette  manière  de  faire  donne  un 
gros  segment  d’intestin  à  loger  dans  le  pelvis  et  au-dessus  duquel 
il  faut  péritoniser.  Je  sais  bien  qu’on  peut  réduire  le  volume  dudit 
intestin  par  une  recoupe.  Mais  il  ne  me  paraît  pas  indifférent  de 
répéter  un  temps  opératoire  toujours  septique,  quelles  que  soient 
les  précautions  prises  pour  l’exécuter.  C'est,  je  l’avoue,  la  princi¬ 
pale  raison  qui  me  détermine  à  commencer  par  le  temps  périnéal. 


1336 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Je  crée  ainsi  une  voie  qui  me  permet  d’attirer  extérieurement 
le  segment  inférieur  de  l’intestin.  J’y  trouve  un  avantage  sérieux, 
aussi  bien  quand  je  fais  un  anus  abdominal  que  quand  je  pra¬ 
tique  un  abaissement. 

Je  trouve  un  autre  avantage  à  amorcer  mes  décollements  par 
le  bas  II  est  beaucoup  plus  facile  par  cette  voie  de  passer  dans  le 
bon  plan  de  clivage,  c’est-à-dire  en  drhors  de  la  gaine  rectale.  Le 
décollement  ainsi  amorcé  est  bourré  de  compresses  et,  grâce  à  cet 
artifice,  il  est  très  aisé  de  le  retrouver  lorsqu’on  procède  de  haut 
en  ba«. 

Quant  à  dire  que  l'on  donne  ainsi  trois  temps  à  l’intervention, 
cela  ne  sopj  orte  pas  l’examen.  Le  dernier  temps  consiste  simple¬ 
ment  à  cueillir  la  pièce  pour  la  mettre  dans  la  cuvette.  Lorsqu’on 
ne  fait  pas  l’abaissement  on  peut  confier  ce  soin  à  un  aide,  pen¬ 
dant  uu’on  ferme  la  paroi.  Mais  même  lorsqu’on  veut  abaisser 
l’intestin  au  périnée,  le  temps  périnéal  terminal  demande  au 
maximum  de  trois  à  cinq  minutes,  et  ne  comporte  ni  changement 
de  gants  ni  celui  d’instruments. 

Je  disais,  il  y  a  un  instant,  qu’il  fallait  couper  l’intestin  ail 
point  où  le  méso  présente  sa  plus  grande  longueur.  Il  me  parait 
presque  inutile  d’en  donner  la  raison  II  est  en  effet  capital, 
surlout  lorsqu’on  abaisse,  de  faire  en  sorte  que  le  bout  central 
présente  la  plus  grande  mobilité  et  celle-ci  dépend  uniquement  de 
la  longueur  du  méso.  Cette  longueur  est  généralement  maxima  au 
niveau  de  la  partie  moyenne  du  territoire  des  artères  sigmoïdes. 

C’est  dire  que  la  disparitioa-d^wtès^s  dô-la^jtmetion  recto- 
sigmoïdienne  n’n  ajw-nr)  puisse  ce  segment  doit  fatale¬ 

ment  passer  dans  la  cuvpfle.  Aussi,  n’ai-je  jamais  pu  m’expliquer 
l’intérêt  que  l'tfn  pu  prendre  à  la  question  des  anastomoses 
recto-sigmoïdiennes  et  de  la  sigmcrida  ima.  En  lisant  certains 
travaux,  consacrés  à  ce  point  d’anatomie,  je  me  suis  souvent 
demandé  si  leurs  auteurs  comprenaient,  hien_.ce  qu’i.ls  essayaient 
de  faire  comprendre  aux  autres. 

Personne,  il  est  vrai,  n’a  le  monopole  de  l’erreur,  et,  en  ce  qui 
me  concerne,  j’en  ai  commis  une  considérable,  en  parlant  do 
l’utilité  de  la  section  hgjj te^de  la -méfQjatéjique  inférieure  pour 
faciliter  l’abaissement. 

En  réalité,  iPfaut  lier  l’hémorroïdale  supérieure,  le  plus  haut 
possible,  c’est-à-dire  un  peu  au-dessous  du  tronc  des  sigmoïdes 
et  la  sectionner  entre  deux  ligatures.  On  est  ainsi  au-dessus  du 
premier  relai  ganglionnaire  régional.  Accessoirement  il  faut 
jeter  un  fil  sur'  la  dernière  arcade  juxta-sigmoïdienne  qui 
saigne  lorsqu’on  coupe  radiairement  le  méso  dans  la  direction 
qui  répond  au  point  de  la  future  section  de  l’intestin.  Cette  ques- 


SÉAJSCE.  DH  2,1  NOVEMBRE 


1337 


tiott  de  l’hémostase  du,  méso  m’apparaît  donc  maintenant  comme 
extrêmement  simple. 

Je  n’ai  pas  besoin  de  dire,  que.  je  n’ai  pas  voulu  décrire  ici  la 
technique  de  l’abdomino-périnéale,  mais  me  borner  à  donner  mon 
avis. sur  quelques  points  discutables  de  celle-ci.  J,’ ajouterai  sim¬ 
plement  que  je  crois  qu’il  y  a  lieu  d’opérer  aussi  largement  que 
possible,  j,e  ne  dis  pas  en  longueur,  mais  en  largeur.  C’est  po.ur 
cela  que  je  passe  systématiquement  en  dehors  de  la  gaine,  rectale  ; 
que  pour  les  néoplasmes  bas  de.  la  femme  j’enlève  la  face  posté¬ 
rieure  du  vagin,  ou  mieux  le  vagin  mut  entier.  avec-Lhiléirns.  cela 
va  de  soi;  que  chez  l'IlTimme,  je  suis  décidé  dorénavant  à  enlever 
toujours  les  vésicules  séminales  et  une  tranche  de  prostate,.  Gela 
complique  beaucoup  moins  l’opération  que  l’on  ne  pourrait  le 
croire  au  premier  abord. 

Je  ne  reviendrai  pas  sur  ce  quej’ai  dit  touchant  la  conservation 
de  la  région  sphinctérienne.  Je  répète  que,  pour  être  efficace,  cette 
conservation  doit  être  intégrale  et  qu’il  ne  faut  faire  a  l’appareil 
sphinctérien  aucune  lésion  même  légère.  Des  cas,  malheureuse¬ 
ment  tares,  mais  par  contre  tout  à  faits  probants,  et  dont  quel¬ 
ques-uns  datent  de  plusieurs  années,  m’ont  montré  que  la  resti¬ 
tution  fonctionnelle  pouvait  être  parfaite.  Celte  conservation  et 
l’abaissementqui  en. est  le  corollaire  sont  surtout,  réalisables  chez 
la  femme.  Ils  sont  beaucoup  moins  faciles  chez  l’homme,  sauf 
lorsque  celui-ci  présente,  ce  qui  arrive  rarement,  un  pelvis  à  type 
féminin. 

Je  m’en  voudrais  d’insister  davantage  et  je  m’excuse  de  la  lon¬ 
gueur  de  cette  intervention  à  propos  du  procès-verbal. 

—  Le  président  annonce  que  la  question  reste  à  l’ordre  du  jour. 


Rapports. 

A  propos  de  deux-  cas  de 
«  Fracture  bimalléolaïre  ouverte,  avec  issue 
de  l'extrémité  inférieure  du  tibia  à  travers  les  téguments 
.  Réduction  sanglante  et  contention 
par  te  vissage  malléolaire  interne  », 
par  M.  Guimbbllot. 

Rapport  de  M..  ALGLAVE. 

Ma  première  idée  en  commençant  ce  rapport  est  de  remarquer 
que  de  plus  en  plus  les  observations  où  l’ostéosynthèse  métal- 


1338 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


lique  a  été  appliquée  aux  diverses  variétés  de  fractures  se  multi¬ 
plient  à  la  tribune  de  notre  Société,  y  affirmant  toute  la  valeur 
d’une  méthode  naguère  encore  discutée  on  décriée  par  quelques- 
uns. 

A  n’envisager  que  les  fractures  des  malléoles,  les  communica¬ 
tions  assez  nombreuses  qui  nous  ont  été  faites  dans  ces  dernières 
années  témoignent  des  résultats  incomparables  que  donne  le 
«  vissage  métallique  »  après  réduction  à  ciel  ouvert,  dans  les  cas 
de  fractures  «  fermées  »  à  grand  déplacement.  Mais  voici  que  la 
méthode  a  dépassé  le  cadre  des  fractures  fermées  pour  s’étendre 
aux  fractures  ouvertes  toutes  réctnies  et  nous  donner  avec  celles-ci 
des  résultats  non  moins  brillants  qu’avec  celles-là. 

C’est  le  point  particulièrement  intéressant  que  mettent  en 
évidence  les  deux  belles  observations  de  M.  Guimbellotque  voici  : 


Obs.  I.  —  Il  s’agit  d’une  femme  de  quarante  ans  qui  entra  à  l'Hôtel- 
Dieu  dans  te  service  de  M.  Alglave,  pour  uue. fracture  ouverte  du  cou¬ 
de-pied  droit  survenue  au  moment  où  elle  avait  voulu  mettre  ses 
souliers.  Penchée  en  avant,  dit-elle,  et  faisant  effort  pour  introduire 
son  pied  droit  dans  sa  chaussuie,  ce  pied  vint  à  manquer  son  but  et  à 
heurter  violemment  un  meuble  qui  était  tout  proche.  Une  vive  douleur 
avec  fracture  en  était  résultée  et,  sous  l’influence  du  redressement 
brusque  du  membre,  le  tibia  avait  perforé  les  téguments  de  la  région 
malléolaire  interne,  faisant  une  forte  saillie  à  l’extérieur. 

C’est  dans  cet  état  que  la  malade  avait  été  immédiatement  trans¬ 
portée  à  l’hôpital. 

Appelé  auprès  d’elle  aussitôt  après  son  entrée,  M.  Guimbellot 
constate  une  déformation  considérable  du  pied  qui  est  luxé  en  dehors 
en  arrière  et  en  haut,  cependant  qu’à  travers  une  boutonnière  cutanée 
horizontale  occupant  la  région  malléolaire  interne  on  voit  l’extrémité 
inférieure  du  tibia  émerger  sur  une  longueur  de  deux  à  trois  travers 
de  doigt. 

La  malléole  interne  fracturée  horizontalement  à  sa  base  a  suivi 
l’astragale  dans  son  mouvement  de  translation  en  arrière  et  en  dehors 
et  n’apparaît  pas  à  la  vue.  On  aperçoit  seulement  sur  le  tibia  la  surface 
brisée  qui  correspond  au  point  d’implantation  de  cette  malléole.  Quant 
à  la  surface  cartilagineuse  de  l’extrémité  inférieure  du  tibia,  elle 
apparaît,  tout  entière  en  dehors.  Elle  n’est  pas  lésée,  cependant,  sur  sa 
lèvre  postérieure  il  existe  une  surface  linéaire  de  fracture  de  2  milli¬ 
mètres  de  large  environ,  correspondant  à  l’arrachement;  par  l’in¬ 
sertion  postérieure  de  la  capsule,  d’un  minuscule  fragment  marginal 
postérieur.  Plus  en  dehors,  les  ligaments  péronéo-tibiaux  sont 
rompus,  sans  arrachement  osseux  sur  le  tibia  :  il  existe  un  diastasis 
périnéo-tibial  considérable.  A  travers  les  téguments,  on  se  rend  compte 
qu'il  existe  une  fracture  de  la  malléole  externe  et  que  le  fragment 
malléolaire  est  dévié  en  dehors,  en  arrière  et  en  haut,  emporté  dans 


SÉANCE  DU  21  NOVEMBRE 


1339 


le  même  sens  que  l’astragale  dont  la  face  dorsale  remonte  sur  la  face 
externe  du  tibia. 

C’est  dans  ces  conditions,  qu’en  raison  des  caractères  des  lésions, 
la  malade  est  opérée  immédiatement  sans  qu’il  ait  été  pratiqué  de 
radiographie  avant  l’intervention.  Celle-ci  a  lieu  (rois  heures  après 
l’accident  et  sous  anesthésie  au  chloroforme.- 

La  boutonnière  cutanée  qui  étrangle  le  tibia  est  agrandie  en  avant 
et  les  bords  de  la  plaie  cutanée  comme  le  tissu  cellulaire,  sous-jacent 
sont  réséqués.  L’os  luxé  au  dehors  est  soigneusement  nettoyé  à  l’éther 
et  on  ébarbe  tous  les  débris  du  périoste  qui  paraissent  salis  ou  contus, 
cependant  que  l’exagération  de  la  luxation  du  pied  permet  de  perce¬ 
voir  la  face  dorsale  de  l’astragale  intacte,  la  surface  fracturée  de  la 
malléole  interne  et  la  malléole  externe  avec  son  foyer  de  fracture. 
Toutes  ces  surfaces  sont  également  lavées  à  l’éther. 

11  est  alors  facile  de  remeltie  le  tibia  en  place  très  exactement,  mais, 
dès  qu'on  lâche  le  pied,  le  déplacement  astragalien  se  reproduit  en 
arrière  et  en  dehors. 

C’est  pour  maintenir  la  réduction  obtenue  sans  difficulté  qu’on  place 
une  vis  métallique  de  Lambotte.  Elle  pénètre  par  le  bord  antérieur  de 
la  malléole  interne  et  traverse  celle-ci  ob'iquement  en  haut  et  en 
arrière  pour  s’enfoncer  dans  le  tibia.  Dès  que  celte  vis  est  placée,  la 
réduction  se  trouve  maintenue  et  on  peut  «  secouer  le  membre  »  sans 
qu’elle  se  trouve  modifiée.  Les  téguments  sont  alors  suturés  complè¬ 
tement  aux  crins  et  sans  drainage. 

Le  membre  estensuite  placé  sur  une  attelle  de  Boeckel  en  position  d’ad- 
ducion  légère  du  pied,  poury  être  laissé  pendant  trois  semaines  après 
lesquelles  les  fils  cutanés  sont  levés.  A  ce  moment,  la  guérison  opéra¬ 
toire  est  achevée. 

L’attelle  est  supprimée  et  la  malade  commence  à  faire  des  mouve¬ 
ments  actifs  dans  son  lit. 

Le  trente-cinquième  jour,  on  lui  permet  de  se  lever  et  elle  sort  de 
l’hôpital  le  quarante- sixième  jour,  marchant  sans  douleur. 

Les  mouvements  de  l’articulation  tibio-tarsienne  sont  normaux,  là  vis 
est  bien  tolérée,  il  n’y  a  pas  d’œdème  du  pied,  la  malade  marche  très  bien . 

Messieurs,  vous  avez  vu  la  malade  trois  mois  après  l’intervenlion 
et  vous  avez  pu  juger  de  la  forme  et  des  fonctions  du  cou-de-pied. 
Voici  la  radiographie,  après  guérison.  Le  résultat  obtenu  dans  ce 
premier  cas  par  M.  Guimbellot  peut  être  loué  sans  réserve. 

Obs.  II.  —  Il  s’agit  d’un  terrassier  âgé  de  quarante-huit  ans  et  qui  est 
pris  sous  un  éboulement  le  6  février  1923  vers  21  heures. 

II  est  transpoité  à  l’hôpital  Saint-Louis  dans  le  service  de  M.  Lenor- 
mant,  où  M.  Guimbellot  est  appelé,  comme  chirurgien  de  garde,  à  le 
voir  trois  heures  après  l’accident.  A  l’examen  on  constate,  au  cou-de- 
pied  gauche,  l’existence  d’une  fracture  bimalléolaire  avèc  perforation 
des  téguments  au  niveau  du  foyer  de  fracture  malléolaire  interne. 

Celte  plaie  antéro-postérieure,  longue  de  4  à  5  centimètres,  à  bords 


1340 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


nets,  produite  par  la  saillie  tranchante  du  tibia,  livre  passage  à  l'extré¬ 
mité  intérieure  de  cet  os  sur  une  hauteur  de  4  à  5  centimètres  égale¬ 
ment,  découvrant  la  surface  articulaire  tibiale  et  la  surface  fracturée 
correspondant  à  la  malléole  interne.  Celle-ci'  a  suivi  l’astragale  et 
basculé  en  dehors  avec  tout  le  pied  qui  est  luxé  suc  la  face  externe  de 
la  jambe. 

Malgré  ce  grand  déplacement  on. n'aperçoit  pas  de  fragment  marginal 
postérieur  ou  antérieur  du  tibia. 

Du  côté  externe  le  péroné  est'  fracturé  au  niveau  de  l’articulation 
péronéo-tibiale  inférieure.  La  malléole  externe  est  entraînée  en  dehors 
avec  le  pied. 

Ces  lésions  sont  évidentes,  elles  commandent  l’urgence  et  il  n’est  pas 
fait  de  radiographie. 

L’opération  est  faite  sous  anesthésie  à  l’éther.  Les  bords  de  la  plaie 
cutanée  sont  excisés  et  un  nettoyage  minutieux  du  tibia  luxé  est  prati¬ 
qué,  avec  des  ciseaux  qui  ébarbent  les  débris  du  périoste  et  aussi  à  la 
curette.  On  exagère  la  luxation  du  pied  pour  vérifier  l’intégrité  de  l’as¬ 
tragale.  On  lave  abondamment  les  surlaces  à  l’éther. 

A  ce  moment  on  tente  la  réduction  de  la  fracture.  Elle  estfacilement 
obtenue,  mais  le  déplacement  se  reproduit  dès  qu’on  abandonne  le 

Pour  maintenir  la  réduction  on  implanie  une  vis  de  Lambotle  dans 
la  malléole  interne,  vers  le  bulbe  tibial.  Cette  vis  soutient  le  tout  et  an 
peut  secouer  le  pied  sans  que  rien  ne  bouge. 

La  plaie  cutanée  est  refermée  et  le  pied  va  être  soutenu  par  une 
attelle  de  Boeckel. 

Les  suites  opératoires  sont  simples  et  le  malade  quitte  l’hôpital  Saint- 
Louis  le  12  avril,  deux  mois  après  l’intervention,  avec  un  bon  résultat 
fonctionnel.  Je  mets  sous  vos  yeux  la  radiographie  qui  a  été  faite  après 
l’opération. 


Voici  donc  deux  cas  de  fractures  ouvertes  pour  le  traitement 
desquelles  M.  Guimbellot  a  utilisé  avec  un  plein  succès  le  vissage 
malléolaire,  après  réduction  de  vue. 

On  ne  peut  douter  qu’il  ail  dû  ces  deux  beaux  résultats  à  la 
a  précocité  »  de  son  intervention  dans  les  deux  cas,  comme  à  la 
«  technique  »  qu’il  a  suivie.  Pour  l’un  et  l’autre  il  est  intervenu 
trois  à  quatre  heures  après  l’accident,  laps  de  temps  reconnu 
insuffisant  pour  que  l’infection  puisse  se  répandre  dans  les  foyers 
de  fracture  ou  les  parties  voisines.  , 

Il  a  débridé  largement  ces  foyers,  excisé  les  tissus  meurtris  et 
tou  tes  parcelles  osseuses  ou  périostéessuscep  tibles  d’avoir  été  souil¬ 
lées  par  le  traumatisme  et  il  a  terminé  par  le  lavage  antiseptique 
abondant  des  surfaces  cruentées. 

Par  la  précocité  de  l’acte  opératoire  comme  par  la  technique 
qu’il  a  suivie,  il  a  si  bien  réussi  à  mettre  les  foyers  de  fracture. en 


SÉANCE • DU  21  NOVEMBRE 


1341 


-état  d’asepsie,  que  non  seulement  il  a  pu  éviter  les  accidents  infec¬ 
tieux  locaux  redoutables  qui  peuvent  survenir  après  de  pareilles 
fractures,  mais  que  les  vis  avec  lesquelles  il  a  rapproché  les  frag¬ 
ments  ont  été  très  bien  tolérées  parles  os  et  l’étaient  encore  après 
plusieurs  mois. 

Aussi  bien,  pour  justifier  la  contention  par  le  vissage  plutôt 
que  par  le  seul  appareil  plâtré,  M.’  Guimbellot  nous  fait  remar¬ 
quer  que  si,  dans  l’un  comme  dans  l’autre  cas,  la  réduction  à 
ciel  ouvert  était  très  facilement  obtenue,  les  fragments  se  redé¬ 
plaçaient  non  moins  facilement  au  moindre  mouvement  imprimé 
au  pied. 

Cependant  que  par  la  seule  application  d’une  vis  soutenant  la 
malléole  interne,  le  pied  pouvait  désormais  être  secoué  sans  que 
rien  ne  bougeât  plus. 

Et  quelle  simplicité  dans  le  moyen  ! 

Ce  moyen  si  simple  et  si  efficace,  je  l’ai  pour  ma  part  mis  en 
pratique  depuis  plus  de  douze  ans  que  Lambotte  (d’Anvers)  me  l’a 
enseigné.  Je  l’utilise  actuellement  dans  tous  les  cas  de  fractures 
bimalléolaires  fermées  à  grand  déplacement. 

Et  précisément,  je  vais  me  servir  de  la  notion  du  retour  si 
facile  à  la  position  défectueuse  après  la  meilleure  des  réductions, 
comme  l’a  vu  Guimbellot,  pour  battre  en  brèche  une  Fois  de  plus, 
à  l’occasion  de  ce  rapport,  les  vieilles  pratiques  dans  leurs  préten¬ 
tions  à  immobiliser  avec  sécurité  par  le  plâtre  ces  fractures  à 
grand  déplacement,  qu’elles  soient  ouvertes  ou  fermées. 

Pour  ces  dernières,  je  trouve  des  raisons  de  le  faire  dans  les 
consolidations  défectueuses  qu’il  m’a  été  donné  de  rencontrer  et 
dans' certains  faits  typiques  que  j’ai  altenlivement  suivis  dans 
mon  service  dans  ces  deux  dernières  années. 

Je  suis  convaincu  qu’au  moins  pour  les  grands  déplacements 
«  la  méthode  de  la  réduction  à  ciel  ouvert  et  de  la  contention  di¬ 
recte  »  est  la  seule  qui  nous  permette  d’éviter  beaucoup  de  résul¬ 
tats  défectueux  sinon  désastreux. 

Les  avantages  de  la  réduction  à  ciel  ouvert  me  paraissent  in 
contestables  pour  les  fractures  bimalléolaires,  à  deux  ou  à  trois 
fragments,  avec  ou  sans  diastasis  tibio-péronier,  où  la  dévia¬ 
tion  du  pied  est  assez  accentuée. 

Le  gonflement  du  cou-de-pied  qui  les  accompagne  est  souvent 
tel  qu’il  ne  peut  manquer  de  prêter  à  l’erreur  au  moment  des  ten¬ 
tatives  de  réduction  par  manœuvres  externes,  et  que,  dans  beau¬ 
coup  de  cas,  on  doit  avoir  l’impression  d’une  réduction  satisfai¬ 
sante,  alors  qu’elle  n’est  qu’incomplète.  Il  y  faudrait  toujours  dis¬ 
poser  de  la  radioscopie. 

Encore,  suis-je  persuadé  que  quand  la  réduction  est  obtenue 


134-2 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


sous  le  contrôle  même  de  la  radioscopie,  elle  ne  peut  être  mainte¬ 
nue  en  toute  sécurité  par  l'appareillage  plâtré. 

Guimbellot  nous  dit,  je  le  répète,  avec  quelle  facilité  le  dépla¬ 
cement  se  reproduisait  sous  ses  yeux  dans  les  deux  cas  qu’il  nous 
apporte.  J’ai  la  conviction  que  ce  même  déplacement  après  ré¬ 
duction  se  reproduit  souvent,  à, des  degrés  variables,  sous  l’appa¬ 
reil  plâtré  le  plus  correctement  appliqué. 

Par  l’effort  constant  du  triceps  sural  le  pied  se  reporte  en 
arrière  et  en  dehors  dès  que  le  moindre  jeu  devient  possible  sous 
le  plâtre,  c’est-à-dire  dès  que  le  gonflement  qui  accompagnait  la 
fracture  commence  à  se  résoudre. 

Il  est  indéniable  qu’on  voit  encore  beaucoup  de  fractures 
malléolaires  dont  la  consolidation  laisse  à  désirer. 

Je  n’en  veux  pour  preuve  que  les  données  des  rapports,  très 
documentés  de  Bérard  et  de  Wiart  au  Congrès  français  de  Chirur¬ 
gie  de  1922.  S’il  en  est  ainsi,  et  si  je  me  permets  d’y  insister,  c’est 
parce  que  je  crois  aujourd’hui  que  dans  ces  consolidations 
vicieuses  il  y  a  à  faire  la  part  des  réductions  incomplètes  ou  inexis¬ 
tantes,  mais  aussi  celle  de  l’appareil  plâtré. 

Par  des  preuves  évidentes,  tirées  de  ma  pratique,  je  considère 
désormais  l’appareil  plâtré  comme  un  agent  d.e  contention  tout 
à  fait  insuffisant  ou  incertain  pour  beaucoup  de  fractures  et  qui 
ne  peut  nous  donner,  en  particulier  avec  les  fractures  malléo¬ 
laires  à  grand  déplacement,  qu’une  sécurité  trompeuse. 

Raisons  pour  lesquelles  j’interviens  toutes  les  fois  que  le  dépla¬ 
cement  fragmentaire  est  important,  pour  réduire  à  vue  et  main¬ 
tenir  la  réduction  par  un  agent  métallique,  de  préférence 
une  vis. 

J’interviens  même  d’autant  plus  volontiers  et  sans  retard  que  la 
peau  de  la  région  malléolaire  interne  est  menacée  ou  contusion¬ 
née  par  le  fragment  tibial.  Au  besoin,  j’extirpe  le  petit  départe¬ 
ment  cutané  dont  la  vitalité  me  parait  compromise.  Point  au 
niveau  duquel  la  moindre  pression  d’un  appareil  plâtré  déter¬ 
mine  un  sphacèle  qui  ouvre  quelquefois  l’articulation.  C’est  pré¬ 
cisément  ce  point  qui  a  été  perforé  par  le  tibia  dans  les  deux  cas 
où  Guimbellot  est  intervenu  d’urgence.  En  conclusion,  j’approuve 
et  je  félicite  notre  collègue  dans  la  conduite  qu’il  a  suivie.  Ses  deux 
observations  nous  sont  un  enseignement  et  elles  apportent  une 
contribution  précieuse  à  l’application  de  l’ostéosynthèse  par  le 
vissage  aux  fractures  malléolaires  ouvertes.  Je  vous  propose  de 
l’en  remercier  et  de  les  insérer  dans  nos  Bulletins,  tout  en  rappe¬ 
lant  votre  attention  sur  le  traitement  des  fractures  malléolaires 
fermées. 


SÉANCE  DU  21  NOVEMBRE 


1313 


M.  Savariaud.  —  Je  crois  que  nous  serons  tous  d’accord  pour 
féliciter  avec  mon  ami  Alglave  notre  jeune  collègue  M.  Guimblllot 
du  beau  succès  qu’il  a  obtenu  dans  deux  cas  de  fractures  ouvertes. 
Je  crois  que  tous,  ou  à  peu  près,  nous  aurions  agi  comme  lui  et 
j’espère  que  nous  aurions  tous  obtenu  un  pareil  résultat. 

Mais  là  où  je  me  sépare  de  mon  ami  Alglave,  c’est  lorsqu’il  vou¬ 
drait  expliquer  systématiquement  la  même  thérapeutique  aux 
fractures  fermées  sous  prétexte  qu’avec  le  plâtre  on  ne  peut  rien 
faire  de  précis  et  qu’on  risque  des  escarres.  Que  mon  ami  Alglave 
veuille  bien  appliquer  la  même  patience,  la  même  ingéniosité,  je 
pourrais  dire  la  même  passion,  au  traitement  non  sanglant  des 
fractures  et  je  suis  persuadé  qu’il  ne  tardera  pas  à  nous  commu¬ 
niquer  des  résultats  remarquables.  Seulement,  de  même  que  pour 
l’ostéosynthèse,  il  y  a  la  manière.  Par  exemple,  dans  la  fracture 
bimalléolaire  avec  coup  de  hache  et  subluxation  du  pied  en 
dehors,  si  on  se  contente  de  faire  la  correction  de  la  déformation, 
on  échoue.  Pour  réussir  à  recoller  la  malléole  interne  au  tibia,  il 
faut,  ainsi  que  je  l’ai  préconisé  ici  même,  il  y  a  quelques  années, 
faire  Vhypercorreclion  en  adduction  forcée,  position  qui  fait  dispa¬ 
raître  la  saillie  malléolaire,  relâche  la  peau  de  la  région  interne 
et  constitue  le  meilleur  traitement  préventif  des  escarres. 

Lorsqu’il  existe  un  troisième  fragment,  le  fameux  fragment  pos¬ 
térieur  qui  d’après  quelques-uns  nécessiterait  toujours  une  opé¬ 
ration  sanglante,  il  faut  réduire,  ce  qui  n’est  généralement  pas 
difficile,  et  maintenir  réduit.  La  chose  est-elle  toujours  possible, 
je  veux  bien  admettre  que  non,  mais  ce  que  je  puis  vous  assurer, 
c’est  que  dans  plusieurs  cas  elle  m’a  donné  un  excellent  résultat, 
et  cela  sans  aucune  peine.  Je  pense  donc  que  bien  loin  de  dire 
qu’il  faut  considérer  le  traitement  non  sanglant  des  fractures 
bimalléolaires  fermées  comme  un  pis  aller  et  uneméthodesurannée 
il  faut  la  considérer  encore  et  jusqu’à  nouvel  ordre  comme  la 
méthode  de  choix. 

L’ostéosynthèse  immédiate,  dont  je  ne  méconnais  nullement  les 
mérites,  sera  réservée  aux  fractures  ouvertes  et  à  des  cas  particu¬ 
lièrement  difficiles  que  je  ne  me  charge  pas  de  préciser. 

M.  Ch.  Dujarier.  —  Je  crois  que  pour  les  fractures  ouvertes 
nous  sommes  d’accord  et  que  le  vissage  de  la  malléole  interne 
donne  une  excellente  coaptation.  Les  observations  de  Guimbellot 
en  font  foi. 

Mais  je  regrette  d'être  obligé  de  me  séparer  de  mon  ami  Alglave 
quand  il  dit  que  dans  les  fractures  bimalléolaires  à  grand  dépla¬ 
cement  la  réduction  satisfaisante  est  très  difficile  à  obtenir  et  la 
contention  par  le  plâtre  insuffisante  et  aléatoire. 


1344 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Je  suis  un  partisan  résolu  (le  l’ostéosynthèse,  mais  je  dois  dire 
que  dans  la  grande  majorité  des  cas,  surtout  quand  je  vois  les 
fractures  bimalléolairesde  bonne  heure,  je  suis  arrivé  à  les  réduire 
très  correctement  et  à  les  coapter  par  l’appareil  plâtré,  mais  il 
faut  mettre  le  pied  en  hypercorrection,  et  même  en  hÿpereorrection 
forcée,  c’est-à-dire  en  adduction  et  projection  en  avant.  Avec  ces 
précautions  et  en  vérifiant  à  intervalles  rapprochés  par  la  radio¬ 
graphie  la  situation  des  fragments,  je  suis  arrivé  à  des  résultats 
morphologiqueset  fonctionnels  très  bons.  Si  au  contraire  la  réduc¬ 
tion  n’est  pas  bonne  après  radiographie,  je  suis  tout  à  fait  parti¬ 
san  de  l’opération,  maisj’estime  que  cette  éventualité  est  rare  dans 
les  fractures  bimalléolaires. 

M.  Anselme  Schwartz.  —  Messieurs,  si  j’avais  une  fracture  de 
Dupuytren  fermée,  n’ayant  pas  plus  de  lésion  osseuse  que  celle 
que  nous  présente  M.  Alglave,  sans  diastasis  et  sans  marginale 
postérieure,  je  demanderais  que  l’on  me  mit  un  appareil  plâtré  et, 
si  la  radiographie  me  montrait  un  résultat  satisfaisant,  ce  qui  est 
fréquent,  je  me  ferais  mettre  un  appareil  de  marche  type  Delbet. 

M.  Basset.  —  Il  y  a  dans  la  communication  de  M.  Alglave 
deux  questions  différentes:  le  vissage  métallique  d’emblée  dans 
les  fractures  ouvertes;  le  traitement  sanglantpar  ostéosynthèse  des 
fractures  malléolaires. 

J’ai  comme  Guimbellot  pratiqué  un  vissage  d’urgence  dans  une 
fracture  ouverte  du  cou-de-pied.  Il  s’agissait  d’une  malade  qui, 
tombée  de  plusieurs  étages  dans  la  rue,  présentait  une  large  plaie 
contuse  du  cou-de  pied  gauche  avec  large  diastasis  et  fracture  en 
deux  fragments  de  l’astragale.  J’ai  vissé  l’astragale,  réduit  le  dé¬ 
placement,  nettoyé,  épluché  la  plaie  et  suturé  sans  drainage.  On 
s’estaperçu  le  lendemain  que  la  blessée  avait  unéfracture  du  rachis 
et  qu’elle  était  paraplégique.  Je  ne  puis  donc  apporter  de  résultat 
fonctionnel.  Mais  je  puis  dire  que  du  côté  de  la  fracture  tout  s'est 
passé  de  la  façon  la  plus  simple  et  la  plus, aseptique. 

Pour  les  fractures  malléolaires  fermées  je  suis  certainement  plus 
interventionniste  qu’autrefois.  Je  crois  qu’il  y  a  des  cas  où  l’ostéo¬ 
synthèse  systématique  s’impose:  c’est  par  exemple  le  grand  dias¬ 
tasis  ti bio-péronier  ou  l’existence  d’un  fragment  marginal  posté¬ 
rieur  volumineux,  comprenant,  comme  je  viens  de  le  voir  récem¬ 
ment,  le  tiers  postérieur  environ  du  tibia  en  épaisseur.  J’aurai 
d'ailleurs  dans  la  discussion  l’occasion  de  revenir  avec  M.  Duval 
sur  le  traitement  de  ces  fractures  malléolaires  fermées  et  les 
diverses  indications  du  vissage  métallique. 


SÉANCE  DU  21  NOVEMBRE 


1345 


M.  A.  Lapointe.  —  Une  question  soulevée  par  le  rapport  de 
notre  collègue  Àlglave  mérite  d’être  posée  avec  nètteté  et  préci¬ 
sion. 

Voici  une  fracture  bimalléolaire  ouverte  du  côté  de  la  malléole 
interne  ;  elle  se  réduit  à  merveille  par  les  manœuvres  externes  les 
plus  faciles  et  les  plus  simples  ;  il  n’y  a  rien  qui  s’oppose  au  rap¬ 
prochement  exact  des  fragments,  ni  fragment  intermédiaire,  ni 
fragment  marginal  postérieur. 

Faut-il  dans  un  cas  de  ce  genre  renoncer  à  la  contention  par 
le  plâtre  et  ériger  en  méthode  générale  la  contention  directe  par 
le  vissage  ? 

Pour  ma  part,  je  ne  le  crois  pas,  ét  je  suppose  que  si  on  faisait 
ici  un  referendum  sur  la  question  posée,  telle  que  je  l’ai  posée, 
j’insiste  sur  ce  point,  il  y  aurait  une  majorité  pour  la  contention 
par  le  plâtre  et  contre  la  contention  par  l’introduction  dans  le 
foyer  de  fracture  d’un  corps  étranger  métallique. 

M.  Proust.  —  Tout  en  appréciant  beaucoup  les  intéressants 
résultats  de  notre  collègue  Guimbellot,  que  j’ai  souvent  vu  et 
admiré  à  l’œuvre  pendant  la  guerre,  je  crois  qu’ici  le  résultat  eût 
été  meilleur  encore  si,  au  lieu  de  se  contenter  de  visser  la  malléolè 
interne,  il  avait  également  vissé  la  malléole  externe. 

M.  Hartmann.  —  Sur  la  radiographie  que  vient  'de  nous  pré¬ 
senter  M.  Alglave,  la  fracture  ne  peut  être  regardée  comme  parfai¬ 
tement  réduite  puisqu’il  persiste  un  déplacement  notable  au 
niveau  de  la  malléole  externe,  dont  le  rôle  a  cependant  son 
intérêt.  • 

—  Le  président  annonce  que  la  question  reste  à  l’ordre  du  jour. 


Double  kyste  séreux  du  rein  gauche; 
néphrectomie  trans, péritonéale .  Guérison , 

par  M.  J.  Hertz, 

Chirurgien  de  l’hôpital  de  Rothschild. 

Rapport  de  M.  P.  LECÈNE. 

Le  Dr  Hertz  nous  a  adressé  récemment  l’observation  d’un 
double  kyste  séreux  volumineux  du  rein  gauche,  qu’il  a  traité 
avec  succès  par  la  néphrectomie  transpéritonéale. 


1346 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Voici  tout  d’abord  l’observation  de  la  malade  avec-  l’examen 
anatomique  de  la  pièce  : 

Observation.  —  Mme  K...,  âgée  de  trente-cinq  ans,  sans  profession. 

La  malade  entre  d’urgence  dans  le  service  pour  des  accidents  aigus 
abdominaux,  le  2  juillet  1923,  à  18  heures. 

Elle  vint  à  la  consultation  le  15  juin  1923,  portant  une  volumineuse 
tumeur,  faisant  saillie  sous  la  paroi  abdominale,  antérieure,  du  côté 
gauche.  Le  diagnostic  de  kyste  de  l’ovaire  fut  porté,  avec  des  réserves; 
ne  souffrant  pas,  la  tumeur  n’augmentant  plus,  elle  hésite  à  se  faire 
opérer. 

La  malade  nous  a  raconté  que  cette  tumeur  grossit  depuis  sept  à 
huit  mois,  qu’elle  a  toujours  siégé  et  grandi  vers  la  fosse  iliaque  gauche.  • 

A  trois  ans,  elle  a  eu  le  croup,  et  immédiatement  après  une  artérite 
aiguë  ayant  nécessité  l’amputation  de  la  cuisse  gauche. 

Elle  n’a  jamais  rien  eu  depuis.  Normalement  réglée,  a  eu  trois 
enfants  et  a  fait  une  fausse  couche  de  sept  mois. 

Dernières  règ'es  le  23  juin. 

Le  1er  juillet,  brusquement,  dans  la  matinée,  la  malade  a  des  vomis¬ 
sements  alimentaires.  Le  2  juillet,  à  il  heures  du  matin,  vives  douleurs 
dans  le  côté  gauche  du  ventre,  «  à  ne  pouvoir  respirer  ». 

Ces  douleurs  durent  jusqu’à  6  heures  du  soir  en  augmentant. 

Elle  a  rendu  des  gaz,  n’a  pas  été  à  la  selle  depuis  quarante-huit  heures. 

Elle  est  extrêmement  pâle,  les  yeux  cernés,  96  pulsations  à  la  minute. 

Examen.  —  Ventre  un  peu  tendu  surtout  à  gauche  de  la  ligne 
médiane  où  il  est  soulevé  par  une  masse  arrondie  au-dessous  et  à 
gauche  de  l’ombilic.  Tumeur  sphérique,  située  dans  le  flanc  gauche  ; 
peu  mobile,  un  peu  dans  le  sens  transversal.  Très  lisse,  très  ferme, 
peu  douloureuse  à  la  palpation. 

Le  toucher  est  négatif,  pas  de  douleur  à  droite  ni  à  gauche.  Petit 
utérus  ne  présentant  rien  d’anormal,  antéfléchi.  Très  mobile  ;  la 
mobilisation  de  l’utérus  ne  mobilise  pas  la  tumeur,  pas  plus  que  les 
impulsions  données  à  celle-ci  ne  déplacent  l’utérus.  On  n’arrive  pas  à 
sentir  la  tumeur  par  le  toucher. 

Pas  de  liquide  libre  dans  le  ventre. 

La  tumeur  est  mate  en  tous  sens.  Pas  de  contact  lombaire  :  la 
tumeur  est  au-dessous  de  la  crête  iliaque. 

On  tend  à  abandonner  le  diagnostic  de  kyste  de  l’ovaire  par  absence 
de  toute  connexion  utérine,  mais  cet  accident  aigu  évoque  bien  l’idée 
de  torsion,  et  décide  à  intervenir. 

Opération  à  19  h.  30,  le  2  juillet  1923.  —  Rachianesthésie  à  la  scuro- 
caïne  :  soustraction  de  12  cent,  cubes  de  liquide  céphalo-rachidien, 
injection  de  12  centigr.  5  de  scurocaïne,  injection  hypodermique  de 
2  centigrammes  de  caféine,  un  quart  d’heure  avant,  et  pendant  l’inter¬ 
vention. 

Incision  médiane  sous-ombilicale. 

Aussitôt,  sous  la  lèvre  gauche  de  l’incision,  on  voit  une  masse 
arrondie,  blanc  bleuté,  fluctuante,  très  tendue. 


SÉANCE  DU  21  NOVEMBRE 


1347 


On  met  la  main  dans  le  ventre,  et  on  constate  : 

Aucune  connexion  avec  utérus  ou  annexes  qu’on  palpe  et  qui  sont 
normaux. 

Le  côlun  transverse  vers  son  angle  gauche  (quart  gauche)  et  le  grand 
épiploon  passent  le  long  . du  bord  interne  de  ce  kyste,  et  lui  adhèrent. 

Libération  de  ces  connexions  au  doigt. 

La  tumeur  kyslique  tient  à  la  paroi  postérieure  par  un  pédicule 
postérieur  et  qui  file  en  haut  et  à  gauche. 

On  prolonge  l’incision  médiane  jusqu’à  l’ombilic,  et  à  ce  niveau  on 
branche  une  transversale  vers  la  gauche  à  un  travers  de  doigt  au-des¬ 
sous  de  l’ombilic,  sur  15  centimètres  environ  coupant  le  muscle  droit 
gauche,  pois  remontant  un  peu  obliquement  en  haut  en  dehors  et  à 
gauche.  On  place  un  tracteur  sur  Les  lambeaux  angulaires.  Pose  des 
champs  isolant  l’abdomen. 

Ou  libère  au  doigt  un  feuillet  très  mince  qui  entoure  la  masse 
kystique.  On  en  fait  le  tour  en  avant,  en  bas,  en  dehors  et  en  dedans, 
mais  en  arrière  et  en  haut  on  sent  une  base  d’implantation  ferme 
et  fixe. 

On  pense  à  une  tumeur  kystique  d’origine  pancréatique  (queue) 
ou  rénale. 

On  ponctionne  alors  au  trocart  à  kyste,  et  on  recueille  aseptique- 
ment  un  liquide  citrin,  clair,  très  fluide,  sans  odeur.  Pince  à  kyste. 

On  replonge  la  main  dans  le  ventre  pour  mieux  sentir  les  connexions. 

En  allant  à  cette  base  d'implantation,  on  sent  qu’elle  se  prolonge 
vers  le  haut  par  une  grosse  masse  arrondie,  lisse,  jusque  sous  la  cou¬ 
pole  diaphragmatique  gauche. 

Ou  décolle  aux  doigts  le  pèle  supérieur  sous-phrénique  très  faci¬ 
lement. 

On  décolle  la  face  postérieure  de  la  masse  et  la  base  d’implanta¬ 
tion  du  kyste  inférieur.  Le  tour  s’extériorise  et  la  base  d’implantation 
commune  des  deux  kyste?  est  simplement  rattachée  à  la  paroi  posté¬ 
rieure  par  un  pédicule  peu  volumineux. 

Pinces  de  Kocher.  Section  après  ligature  de  ce  pédicule  au  catgut 
n°  2.  Une  ligature  sur  un  petit  pédicule  vasculaire  accessoire.  On  voit 
la  tranche  des  vaisseaux,  d’importance  moyenne. 

On  éponge  cette  vaste  cavité,  où  il  y  a  un  petit  suintement  sanglant. 

On  y  place  un  gros  drain  qui  sortira  par  l’angle  gauche  de  l’incision 
transversale. 

Fermeture  em  un  plan  aux  fils  de  bronze  et  agrafes. 

La  malade  est  peu  shockée,  se  remonte  vite  avec  du  sérum  adré- 
naliné  intraveineux.  Sérum  spartéiné  sous  la  peau. 

Une  heure  après  l’opération,  le  pouls  est  plein,  bien  frappé,  régulier. 

Description  de  la  pièce.  —  11  s’agit  d’une  véritable  masse  en  haltère 
^voir  figure). 

On  voit  :  1°  un  kyste  inférieur,  abdominal,  qui  était  avant  la  ponction 
du  volume  d’une  tête  d’enfant; 

2°  Un  pédicule  intermédiaire  aux  deux  kystes.  Base  d’implantation 
commune  aux  deux  kystes.  Ferme,  rose  foncé,  avec  quelques  taches 


fc,  1923. 


1348 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


vineuses,  foncées,  d’un  bleu  violacé,  et  quelques  petites  phlyclènes 
pleines  de  sang. 

Cette  masse  intermédiaire  est  entourée  par  une  capsule  mince,  lisse, 
brillante;  elle  est  grosse  comme  un  poing  d’enfant; 

3°  La  masse  supérieure  kystique  est  à  paroi  plus.mince  que  l’autre, 
transparente,  et  contient  un  liquide  cilrin  clair,  transparent.  Très 
tendu. 

Il  est  également  du  volume  d’une  tête  d’enfant; 

4°  Le  bord  interne  de  la  masse  pleine,  intermédiaire  aux  deux  kystes, 
reçoit  le  pédicule  vasculaire. 

On  fend  la  paroi  du  kyste  ponctionné.  Tapissé  à  l’intérieur  par  une 
paroi  blanche  fibro-coDjonctive  très  lisse.  Cette  paroi  est  continue,  et  à 
son  pô'e  d’implantation  repose  sur  une  base  en  cupule. 

Dans  l’ensemble,  le  tout  évoque  l’idée  d’un  coquetier  avec  un  œuf 
dans  chaque  bout. 

La  portion  intermédiaire  est  un  tissu  plein,  radié,  rose  foncé,  ferme, 
qui  rappelle  nettement  l’organisation  et  l’aspect  du  rein,  dont  la  partie 
moyenne  subsisterait  avec  sa  forme  arquée  (portion  hilaire)  dont  les 
deux  pôles  seraient  creusés  et  serviraient  de  base  aux  kystes. 

Au  niveau  du  hile,  on  dissèque  des  vaisseaux  artériels  et  veineux  fort 
petits  ;  l’uretère  atrophié  et  oblitéré. 

Prise  de  sang  le  3  juillet  (examens  du  D1'  Troller,  chef  do  labora- 

Numération  : 


Valeur  globulaire .  0,97 

Hémoglobine . . 90  p.  100 

Globules  rouges .  4.600.000 

—  blancs .  6.400 


Formule  : 


Polynucléaires . 88  p.  ,100 

Grands  mononucléaires .  3  — 

Moyens  —  .  3  — 

Lymphocytes .  6  — 

Éosinophiles .  0  — 

Réaction  de  Wassermann . Négative. 

—  de  Lfevaditi . Négative. 


Liquide  du  kystique  prélevé  aseptiquement  (il  s’agit  d’urine)  : 


Albumine. 
Az.  urée  . 
Urée  .  .  . 
Chlorures. 


+ 

0,68 

1,46 


Examen  anatomo  pathologique  (Dr  Lelièvre,  chef  de  laboratoire  à  la 
Faculté).  —  La  paroi  de3  kystes  est  à'structure  lamellaire  collagène,  à 
limes  fibreuses  parallèles  ou  perpendiculaires  avec  cellules  fixes  inter- 
p  s'es. 


SÉANCE  DU  21  NOVEMBRE 


1349 


Ç4  et  là  quelques  cellules  aplaties  à  la  surface  interne,  presque  endo  • 
théliales. 

La  masse  pleine  interposée  aux  deux  kystes  présente  macro¬ 
scopiquement  l'aspect  de  parenchyme  rénal.  Microscopiquement, 
structure  du  rein  avec  beaux  glomérules  congestionnés.  Tubes 
contournés  à  lumières  libres  ou  obslruées.  Pas  d’altération  gros¬ 


sière,  à  part  une  certaine  congestion.  Suites  'd’une  Jgrande  simplicité. 

Réunion  par  première  intention,  sauf  au  niveau  de  l’angle  des 
lambeaux  :  léger  sphacèle  cutané. 

Guérison  rapide.  Ablation  du  drain  le  sixième  jour;  ablation  des  fils 
et  agrafes  le  onzième  jour. 

La  malade  se  lève  le  dix-huitième  jour. 

Suites  normales  et  très  simples. 

Examen  cystoscopique  et  cathétérisme  urétral  les  8  et  10  septembre 
(Dr  Nissim).  —  Capacité  vésicale  normale.  Muqueuse'normalç. 

Orifice  urétéral  droit  sur  laligne  médiane.  —  Il  fonctionnejnormalement. 


1330 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


L'o-rifice  urétéral  gauche  se  présente  sous  l’aspect  d’une  tache  rose 
foncé  ovalaiie.  Aucun  mouvement,  aucune  éjaculation. 

La  soude  urétérale  s’arrête  de  ce  côté  à  18  centimètres  -de  l'orifice 
vésical. 

'Cathétérisme  difficile  —  le  n°  10  seul  passe. 

Injection  de  collangol  et  radiopyélogra^hie,  —  Epreuve  négative,  le 
liquide  ne  franchit  pas  le  point  d’arrêt  de  la  sonde. 

Revue  le  15  septembre  1923.  —  La  malade  est  en  excellent  état.  Aucune 
douleur.  L’examen  de  la  fosse  lombaire  ne  décèle  absolument  rien. 

En  résumé,  il  s’agissait  dans  le  cas  relaté  par  le  Dr  Hertz  d'un 
volumineux  double  kyste  séreux  du  rein  gauche,  ayant  déterminé 
des  accidents  aigus  rappelant  ceux  que  donnent  les  torsions  des 
tumeurs  intra-péritonéales  ;  la  néphrectomie  transpéritonéale  per¬ 
mit  de  guérir  la  malade. 

D’après  l’examen  anatomique  de  la  pièce  et  l’examen  chimique 
du  conienu  des  kystes,  il  s’agissait  bien  là  de  ces  tumeurs 
kystiques  du  rein,  généralement  uniloculaires,  à  paroi  absolu¬ 
ment  lisse  et  régulière,  que  l’on  désigne  le  plus  souvent  sous 
le  nom  de  kystes  séreux  du  rein. 

Je  ne  m’éiendrai  pas  ici  sur  la  pathogénie  de  ces  kystes  qu’il 
est  d’ailleurs  bien  difficile  de  préciser;  sont- ce  des  lymphangiomes 
kystiques  uniloculaires?  ou  bien  des  kystes  canaliculaires  par 
rétention,  analogues  (sauf  leurs  grandes  dimensions)  à  ceux  que 
l’on  rencontre  si  souvent  au  niveau  des  reins  aite'nts  de  néphrite 
chronique?  Il  me  semble  impossible  de  le  dire  avec  certitude  : 
l’étude  histologique  du  revêtement  de  la  paroi  interne  de  ces 
kystes  montre  en  général  une  couche  cellulaire  endothéliale  ou 
épithéliale  très  aplatie  dont  la  signification  n’est  pas  facile  à 
établir;  épithélium  des  tubes  urinifères  ou  d’une  capsule  glomé¬ 
rulaire  extrêmement  aplatie  ou  endothélium  lymphatique?  Le 
plus  souvent,  on  ne  peut  le  dire  :  il  faudrait  pour  cela  étudier  ce 
revêtement  sur  des  étalements  avec  imprégnation  argentique  des 
contours  cellulaires  et  non  se  contenter  de  coupes;  en  pratique 
cette  recherche  n’est  jamais  faite,  si  bien  que  les  discussions  sur 
la  signification  pathologique  de  ces  kystes  sont  en  général  sans 
grand  intérêt. 

De  même,  d’examen  du  con  tenu  liquide  des  kystes  a  été  souvent 
insuffisant  :  dans  le  cas  de  M.  Hertz,  au  contraire,  cette  étude  a 
été  faite  avec  soin  et  a  montré  que  le  liquide  des  kystes  avait  la 
composition  chimique  d’une  urine  très  diluée. 

La  question  de  beaucoup  la  plus  intéressante  qui  se  pose  à . 
propos  de  ces  kystes  séreux  du  rein  est  celle  de  leur  traitement. 
Le  diagnostic  pré-opératoire  n’a  été  en  pratique  jamais  fait  : 
on  s’explique  aisément  -qu’il  en  soi  t  -ainsi  puisque,  en  dehors  de  la 


SÉANCE  DU  21  NOVEMBRE 


1351 


présence  d'une  tumeur  ayant  les  caractères  cliniques  des  tumeurs 
de  la  loge,  rénale,  il  n'y  a  pas  de  signe  caractéristique  :  on  a  pu 
observer,  au  cours  de  l’évolution  de  ('es  kystes,  des  hématuries,  des 
douleurs  à  caractère  de  coliques  rénal  h  %  ou  même,  bien  plus 
rarement,  cornue:  dans  le  cas  du  Dr  Hertz,  des  symptômes  de 
réaction  péritonéale  vive,  rappelant  la  torsion  d’une  tumeur  intra¬ 
péritonéale.  Les  examens  préalables  permettant  de  connaître:  la 
valeur  du  rein  supposé  malade  doivent  être  naturellement  aujour¬ 
d’hui  toujours  faits,,  lorsque  le  malade  n’est  pas  opéré'  d’urgence 
(ce  qui  est,  en  somme,  la  règle  dans  ces  cas) 

La  loge  rénale  étant  donc  ouverte,  soit  par  incision  lombo- 
iliaque,  soit  par  la  voie  trans  ou  parapérilonéale,  puis  la, tumeur 
rénale  étant  énucléée  de  la  loge  rénale  et  examinée,  il  est  facile  de 
reconnaître  que  l'on  a  affaire  à  un  kyste  séreux  du.  rem,  presque 
toujours  uniloculaire  et  occupant  l’un  des  pôles  du  rein.  bien,  plus 
rarement  multiplie,,  double  et  bipolaire,  comme  dans  le-  cas  du 
Dr  Hertz.  Le  kyste  séreux  rénal  a  une  paroi  très  mince,  transpa¬ 
rente,  bleutée,  bien  différente  de  la  paroi  relativement  ép.usse, 
blanchâtre,  couleur  de  porcelaine,,  du  kyste  hydatique  :  1  hydi-o- 
néphroseades  caractères  macroscopiques  si  nettement  différents 
et  des  relations  anatomiques  si  particulières  que  son  diagnostic 
est  immédiatement  évident. 

Voici  donc  le  diagnostic  anatomique  de  grand  kyste  «  séreux  » 
du  rein,  posé  :  que  convient-il  faine  ?  Nous  savons  que  ce  sont  là 
des  «  tumeurs  »  absolument  bénignes,  sans  aucune  tendance:  â 
l’évolution  maligne  et  qui,  dans  l’immense  majorité  des  cas,  ne 
lèsent  que  partiellement  Le  rein. 

H  est  donc.  de.  ce  fait  évident  que  le  sacrifice' total  du  rein,  par 
néphrectomie  est  dans  ces  cas  un  procédé  thérapeutique  tout  à 
fait  excessif,  sacrifiant  de  parti  pris  un  organe  dont  le»  trois 
quarts  au  moins  sont  parfaitement  sains.  Et  cependant,  q,uand  on 
lit  les  travaux  parus  sur  celle  question,  même  les  plus  récenls, 
on  voit,  que  dans  la  grande  majorité  des  cas  on  a  fait  la 
néphrectomie  totale.  Sonntag  ( Bntrüge  zuv  klimschen  Chirurgie , 
1917-,  t.  CIV,  p,.  248)  a  réuni  récemment  80  observations  publiées 
avec  une  bonne:  bibliographie  de  la  question  :  dans  les,  neuf 
dixièmes  des  cas;  opérés,  ou  a,  fait  la  néphrectomie  totale!  Je  crois 
que  c’est  là  une  erreur  thérapeutique.  Déjà  en  1891,  Tuilier,  dans 
un  article  des  Archives  générales  de  méikcme ,  rapportait  ut  cas 
d'ablation  par  dissection  d’un  grand  kyste  séreux  d.u  rein  avec 
conservaiion  du  rein  Albarran  (  Tumeurs  du  rein ,  en  collaboration 
avec  Imbert,  1903)  recommande  aussi;  le  traitement  conservateur 
dâns  ces  cas;  Hartmann  (• Travaux  de.  chirurgie,  anatomo-clinique, 
2e  série,,  1904,,  p.  198)  et  son  élève  fâuinshaurg,  dans:  sa  Thèse 


4352 


SOCIÉTÉ  DE  CHIHUHGIË 


(Paris,  J903)  conseillent  également  de  respecter  le  rein  toutes  les 
fois  que  la  chose  est  possible.  Hartmann  rapporte  à  ce  propos 
nne  observation  où  il  fit  avec  succès  l’énucléation  d’un  grand 
kyste  séreux  du  rein.  Si  l’énucléation  n’est  pas  possible,  on  peut 
faire  la  néphrectomie  partielle.  Tuffier,  Ricard,  Bardenheueren  ont 
publié  des  cas  heureux.  Récamier,  d’Antona,  Albarran  ont  réséqué 
la  plus  grande  partie  de  la  paroi  kystique,  en  laissant  seulément 
son  implantation  rénale,  comme  on  laisse  une  collerette  de  vaginale 
dans  une  cure  d’hydrocèle  par  résection.  Je  crois  que  l’exemple  de 
ces  chirurgiens  doit  être,  presque  toujours,  suivi  :  il  faut,  à  mon 
avis ,  en  présence  de  ces  tumeurs  absolument  bénignes ,  tout  faire  pour 
éviter  la  néphrectomie  totale ;  je  suppose  que  le  très  grand  nombre 
de  ces  néphrectomies  totales,  faites  pour  grands  kystes  séreux 
du  rein,  provient  très  probablement  d 'erreurs  de  diagnostic  anato¬ 
miques,  qui  devront  être  autant  que  possible  évitées  à  l’avenir,  la 
lésion  ayant  un  aspect  macroscopique  absolument  caractéristique. 

11  reste  cependant  quelques  indications  d’exception  à  la 
néphrectomie  totale  :  c’est  ainsi  que  chez  la  malade  du  Dr  Hertz 
le  kyste  double,  volumineux  et  bipolaire  qui  ne  laissait  persister 
qu’une  bande,  en  somme  minime,  de  rein  normal  à  la  partie 
moyenne, pouvait  très  bien  être  traité  par  la  néphrectomie  totale  : 
il  peut  en  être  de  même  aussi  dans  certains  grands  kystes  séreux 
uniloculaires  qui  ont  détruit  une  grande  partie  du  parenchyme 
rénal.  Mais,  en  somme,  ce  sont  là  des  cas  exceptionnels  et,  je  le 
répète,  je  considère,  avec  les  auteurs  dont  j’ai  cité  plus  haut  les 
noms,  que  le  traitement  de  choix  des  grands  kystes  séreux  du  rein 
doit  être  leur  énucléation  totale, ou  bien  la  résection  de  laplus  grande 
partie  de  la  poche  kystique,  ou  enfin,  si  aucun  de  ces  deux  procédés 
n'est  applicable,  la  néphrectomie  partielle. 

La  néphrectomie  totale  sera  réservée  à  des  cas  tout  à  fait  excep¬ 
tionnels,  car  il  est  absolument  irrationnel  de  sacrifier  un  rein 
dont  les  trois  quarts  au  moins  du  parenchyme  sont  normaux, ainsi 
que  les  voies  d’excrétion,  bassinet  et  uretère;  et  l’on  peut  dire 
sans  exagération  que  faire  une  néphrectomie  totale  pour  kyste 
séreux  uniloculaire  du  rein,  c’est  àpeu  près  aussi  raisonnable  que 
de  pratiquer  une  castration  totale  pour  kyste  de  l’épididyme. 

Eu  terminant,  je  vous  propose  de  remercier  M.  le  Dr  Hertz  de 
nous  avoir  adressé  cette  observation  intéressante,  puisqu’elle  est, 
en  somme,  assez  différente  des  autres  cas  de  grands  kystes  séreux 
du  rein  publiés  jusqu’ici. 

M.  Maurice  Cuevassu. —  On  ne  saurait  trop  appuyer  les  conclu¬ 
sions  de  Lecène.  J’ai  protesté  l’an  dernier,  comme  il  vient  de  le 
faire,  contre  la  néphrectomie  des  reins  porteurs  d’un  grand  kyste, 


SÉANCE  DU  21  NOVEMBRE 


1353 


à  propos  d’une  présenlation  de  pièce  faite  par  mon  ami  Descomps. 
Le  rein  portait,  surplombant  son  pôle  supérieur,  un  kyste  à  paroi 
si  mince  qu’il  était  translucide  ;  la  surface  d’implantation  sur  le 
rein,  qui  était  à  ce  niveau  déprimé  en  une  cupule  peu  profonde, 
n’avait  pas  5  centimètres  de  diamètre.  Il  était  certainement  dom¬ 
mage  d’avoir  supprimé,  dans  des  conditions  il  est  vrai  un  peu 
spéciales,  un  rein  si  proche  du  rein  normal.  Je  n’ai  jamais  eu 
l’occasion  d’opérer  personnellement  de  pareille  lésion,  mais  je 
suis  persuadé  que  pour  faire  ce  qui  convient  en  la  circonstance, 
non  seulement  il  est  inutile  de  faire  une  néphrectomie,  mais  il 
n’est  même  pas  nécessaire  de  pratiquer  urre  néphrectomie  par¬ 
tielle.  Quand  on  voit  la  mince  pellicule  de  paroi  kystique  qui 
peut  rester  à  la  surface  du  rein  après  résection  de  la  partie  qui 
dépasse  l’organe,  on  a  l’impression  que,  pour  détruire  l’épithé¬ 
lium  hypothétique  qui  constitue  le  revêtement  kystique,  le 
moindre  grattage  suffirait,  si  tant  est  qu’il  soit  nécessaire. 

M.  Micuon.  —  J’apporterai  à  la  prochaine  séance  l'observation 
d'une  femme  opérée  à  Beaujon;  il  s’agissait  d’un  kyste  séreux  du 
volume  d’une  tête  d’enfant;  le  fonctionnement  rénal  était  bon  et 
il  a  été  possible  d’enlever  le  kyste  sans  pratiquer  la  néphrec¬ 
tomie. 

M.  Tuffier. —  Je  vois  avec  plaisir  que  ce  que  j’ai  proposé  et 
exécuté  pour  la  première  fois,  il  y  a  trente-deux  ans,  est  confirmé 
par  le  temps.  Depuis  cette  époque,  je  n’ai  jamais  fait  une  néphrec¬ 
tomie  pour  un  kyste  séreux.  J’ai,  suivant  ma  première  technique, 
enlevé  le  kyste  complètement  et  suluré  le  parenchyme. 

M.  Lenormant.  —  À  l’appui  de  ce  que  viennent  de  dire  Che- 
vassu  et  Michon,  je  puis  citer  une  observation  qui  montre  qu’une 
simple  résection  partielle  de  la  poche  kystique  peut  amener  la 
guérison  de  ces  grands  kystes  séreux  du  rein.  J’ai  opéré,  voici  un 
peu  plus  d’un  an,  un  de  nos  confrères  pour  une  tumeur  du  flanc 
gauche,  grosse  comme  une  tête  d’enfant,  sans  diagnostic  bien 
précis.  J’abordai  cette  tumeur  par  voie  lombaire  et  je  trouvai  un 
gros  kyste,  uniloculaire,  à  contenu  clair,  attenant  au.  pôle  infé¬ 
rieur  du  rein  qu’il  avait  excavé  par  compression.  Je  me  suis  con¬ 
tenté  d’exciser  la  plus  grande  partie  de  cette  poche,  sans  toucher 
au  rein,  ni  à  la  portion  du  kyste  qui  lui  adhérait.  Le  malade  a 
guéri  et  reste  en  parfaite  santé,  ayant  repris  toute  son  activité 
professionnelle. 


1354 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Communications . 

A  propos  d'un  cas  de  mal  perforant  plantaire 
traité  par  sympathicectomie , 

par  M.  GAUDIER.  membre  correspondant  national. 

Homme  de  cinquante  ans,  qui  fut  blessé  en  1914  par  un  éclat 
d’obus  qui,  pénétrant  à  la  face  interne  de  la  cuisse  droite,  à  la  partie 
moyenne,  alla  se  perdre  dans  la  fesse  du  même  côté  et  ne  fut  pas 
extrait; il  resta  après  guérison  une  cicatrice  adhérant  profondément  et 
gênant  les  mouvements  de  la  cuisse  ;  pendant  près  de  neuf  ans  le 
malade  n'accusa  aucune  souffrance,  sinon  que  petit  à-petit  il  vit  son 
pied  se  mettre  en  équinisme  et  sa  voûte  plantaire  se  creuser  :  il  cons¬ 
tatait  de  l’atrophie  de  la  cuisse  et  de  la  jambe  droite,  un  peu  de  refroi¬ 
dissement  du  pied,  parfois  quelques  fourmillements  dans  la  jambe. 

Il  y  a  cinq  mois  apparut  au  niveau  du  talon  une  petite  ulcération  qui 
fut  suivie  de  trois  autres  présentant  les  mêmes  caractères  d’atonie, 
d’insensibilité  et  de  refus  à  la  guérison  par  les  pansements  de  toute 
nature  qui  furentfaits  loca!ement;la  causalgie  apparaissait  à  la  même 
époque,  empêchant  lepatientde  marcher,  et  c’est  pour  cela  et  aussi  pour 
un  point  douloureux  dans  la  fesse  droite  qu  il  entre  à  la  Charité. 

A  l'examen  on  constate  un  mal  perforant  plantaire  caractérisé  parles 
ulcérations  signalées  plus  haï  t,  creusées  à  l’emporte-pièce  dans  la 
corne  d'un  talon  épaissi;  équinisme,  voûte  plantaire  plus  accusée  qu’à 
gauche;  ni  le  chaud  ni  le  froid  ne  sont  perçus  au  niveau  du  pred;  fa 
sensibilité  à  la  piqûre  est  très  obtuse  dans  tout  le  pied  ;  refroidissement,, 
fourmillement  et  douleurs  spontanées  et  à  la  marche. 

Les  réflexes  sont  très  diminués  à  droite. 

La  fesse  gauche  présente  à  sa  partie  moyenne  une  tuméfaction  dure 
que  la  radiographie  montrera  être  un  éclat  d’obus;  la  cicatrice  à  ta  face 
interne  de  la  cuisse  est  longue  de  8  centimètresenviron,  large  de  4  cen- 
timère  et  adhère  aux  plans  profonds  sur  le  trajet  de  l’artère  au-dessus, 
de  l’anneau  des  adducteurs. 

Opération  le  30  octobre.  —  L’éclat  d’obus  contenu  dans  une  poche 
kystique  est  enlevé  facilement  ;  on  profite  de  Pincision  postérieurs 
pour  vérifier  le  sciatique  qui  est  intact. 

Par  une  incision  dans  la  cicatrice  orr  recherche  les  vaisseaux  fémo¬ 
raux;  ils  sont  compris  dans  une  gaine  cicatricielle  très  dure  qui  rend 
la  dissection  très  difficile  ;  juste  au-dessus  de  l’orifice  de  l’anneau  de 
Ilunter  et  en  remontant  sur  une  étendue  de  4  centimètres  l'artère 
fémorale  est  réduite  au  calibre  d’une  radiale  ;  au-dessous  et  au-dessus, 
le  calibre  est  normal  ;  la  gaine  artérielle  celluleuse  ne  peut  être  séparée , 
à  la  sonde  cannelée  mais  au  bistouri  ;  le  nerf  crural  était  aussi  inelus 
dans  la  cicatrice  ;  après  libération,  vaisseaux  et  nerfs  sont  entourés  d’un 
fragment  de  fascialata;  résection  du  tissu  cicatriciel  et  fermeture  en 
deux  plans  sans  drainage. 


SÉANCE  DU  2t  NOVEMBRE 


1355 


Guérison  par  première  intention. 

Au  quinzième  jour,  l’état  étai  t  tel  :  cicatrisation  des  ulcérations  plan¬ 
taires,  disparition  des  fourmillements,  de  la  douleur,  réapparition  de  la 
sensibilité  au  froid  et  au  chaud;  le  patient  peut  se  lever  et  appuyer 
sans  douleur  sur  son  talon  ;  la  couche  cornée  s’enlève  en  larges 
écailles 

Cette  observation  nous  a  paru  intéressante  à  plusieurs  points  de 
vue:  d’abord  parce  que  avant  son  séjour  à  l’hôpital  tous  ceux  qu,i 
l’avaient  soigné  n’avaient  jamais  rattaché  la  lésion  plantaire  à 
son  traumatisme  de  guerre,  alors  que  le  patient  donnait  cependant 
tous  les  détails  sur  les  origines  de  sa  blessure;  ensuite  pour 
l’époque  tardive  à  laquelle  les  lésions  se  sont  développées,  neuf 
ans  après  la  blessure  environ,  les  phénomènes  circulaioires 
n’attirant  pas  l’altemlion  et  ne  se  manifestant  que  par  un  léger 
degré  d’atrophie  des  muscles  et  une  sensation  de  refroidissement 
du  membre. 

Mais  c’est  le  traitement  et  ses  résultats  qui  présentent  le  plus 
d’intérêt  ;  on  a  vu  qu’au  cours  de  l’intervention  l’artère  fémorale 
fut  reconnue  noyée  dans  un  tissu  cicatriciel  qui- avait  réduit  son 
volume  considérablement;  de  plus  l'artère  épaissie  était  enve¬ 
loppée  d’une  véritable  gangue  cicatricielle  :  libération  du  vaisseau 
et  dissection  circulaire  de  sa  gaine  celluleuse  sur  une  étendue  de 
plusieurs  centimètres  constituaient  une  sympathicectomie  avec 
cicatricectomie  (qu’on  me  pardonne  le  néologisme)  et  les  bons 
effets  de  l’operation  sont  ceux  que  l’on  pouvait  attendre  d’une 
intervention  agissant  sur  les  causes  vasculaires  et  sympathiques 
du  mal  perforant  plantaire. 

De  tels  faits  ne  sont  pas  rares  et  la  sympathicectomie,  aux  indi¬ 
cations,  jadis,  assez  restreintes,  est  maintenant  appliquée  dans  un 
grand  nombre  d’affections  trophiques  ;  les  blessures  de  guerre  ont 
fourni  de  nombreuses  occasions  de  vérifier  son  mode  d’action. 

11  est  encore  maintenant  difficile  de  porter  un  jugement  définitif 
tant  sur  son  efficacité  que  sur  la  durée  des  résultats  obtenus. 
Comme  beaucoup  j’ai  eu  des  cas  où  la  sympathicectomie  n’a  rien 
donné  du  tout  ;  j’en  ai  eu  d’autres  où  les  effets  ont  été  passagers 
et  d'autres  où  ils  furent  bons  et  durables. 

Les  résultats  négatifs  ou  peu  durables  ont  été  obtenus  chez  des 
blessés  porteurs  de  lésions  multiples  nerveuses  et  vasculaires  et 
aussi  chez  ceux  à  qui  je  pratiquais  la  sympathicectomie  loin  de  la 
lésion,  et  comme  le  fait  Leriche,  dans  le  triangle  de  Scarpapar 
exemple,  pour  le  membre  inférieur. 

Les  meilleurs  ont  été  ceux  où  la  sympathicectomie  coïncidait 
avec  une  dénudation  et  une  libération  d’une  fémorale  englobée 
dans  du  tissu  cicatriciel  et  sténosée. 


1356 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Si  cela  est  ainsi,  l’observation  que  je  rapporte  doit  donner  un 
succès  durable;  en  attendant  la  confirmation  du  temps,  je  la  pré¬ 
sente  comme  un  effet  immédiat  et  remarquable  de  cicatrisation 
d’un  mal  perforant  rebelle,  comme  ses  congénères,  aux  traite¬ 
ments  les  plus  variés. 


Blessure  de  guerre  et  syphilis , 

par  MM.  GAUDIEU,  membre  correspondant  national 
et  MINET,  professeur  à  la  Faculté  de  médecine  de  Lille. 

D...  (Auguste),  âgé  de  quarante-cinq  ans,  sans  antécédents  hérédi¬ 
taires,  sans  antécédents  personnels  connus  (6  enfants  vivants,  pas  de 
maladie  antérieure,  pas  d’alcoolisme),  est  blessé  le  16  février  1916, aux 
attaques  de  l’Aisne,  d’un  éclat  d’obus  dans  la  région  frontale  un  peu 
au-dessus  de  l’arcade  sourcilière  gauche.  11  tombe,  perd  connaissance 
pendant  dix  minutes;  puis  se  relève  et  accompagné  de  son  ordonnance 
gagne  le  poste  de  secours  distant  de  200  mètres;  pansement  provisoire 
en  attendant  son  évacuation  à  Tanière,  à  l’ambulance  d’Altichy.  Le 
surlendemain  il  est  opéré  (extraction  d’éclats,  parage);  il  resle-15  jours 
encore  à  Altichy  sans  présenter  aucun  trouble;  ni  céphalée,  ni  vertige; 
la  plaie  se  cicatrice  très  bien;  il  se  lève  huit  jours  après  l’intervention. 
Vers  le  6  mars,  il  est  évacué  sur  l’hôpital  de  Compiègne  :  il  existe  une 
petite  fistule.  Fin  mars, il  est  envojé  à  l’intérieur;  à  ce  moment  appa¬ 
raît  une  céphalée  tenace  qui  dure  jusqu’au  commencement  de  mai.  Il 
est  transporté  à  Paris  où  il  est  opéré  par  Guidez. 

’  Les  détails  manquent  sur  celte  réinlervention;  en  août,  il  est  guéri 
et  la  brèche  crânienne  est  oblitérée  avec  un  greffon  costal;  celui-ci 
s’élimine  partiellement.  Après  un  congé  de  convalescence,  D...  rentre 
au  dépôt  mais  il  ne  peut  reprendre  du  service  effectif,  le  travail  intel¬ 
lectuel  lui  étant  pénible  et  la  fatigue  survenant  très  vite.  Cependant, 
petit  à  petit,  il  se  remet  et  i  eprend  ses  fonctions  de  capitaine  jusqu’à  la 
fin  de  la  guerre;  à  la  démobilisation  il  revient  chez  lui  et  travaille  à  la 
ferme,  comme  avant  de  partir,  sans  présenter  aucun  trouble. 

Le  13  septembre  1923,  étant  aux  champs,  brusquement  il  sent  ses 
doigts  se  raidir,  les  muscles  de  l’avant-bras  se  contracturer,  lléchissant 
la  main  agitée  de  mouvements  convulsifs;  il  perd  connaissance,  tombe  ; 
il  se  retrouve  chez  lui  ne  se  rappelant  rien.  Trois  heures  après,  nou¬ 
velle  crise  identique;  du  13  au  17  septembre,  il  garde  le  lit.  Le  18,  deux 
crises  à  une  heure  d’intervalle  accompagnées  d’une  céphalée  gauche 
tenace;  à  partir  de  ce  moment,  gêne  persistante  dans  le  fonctionne¬ 
ment  du  bras  droit  et  qui  va  en  augmentant;  les  mouvements  du 
membre  inférieur  droit  sont  nn  peii  difficiles,  la  parole  est  légèrement 
embarrassée  ;  les  19  et  20  septembre,  nouvelles  crises  séparées  par  un 
intervalle  de  deux  à  trois  heures  et  caractérisées  par  la  violence  des 
convulsions  et  la  gêne  de  la  parole;  le  milade  ne  perd  pas  connais- 


SÉANCE  DU  21  NOVEMBRE 


1357 


sance.  Pas  d’accès  jusqu’au  29  septembre;  ce  jour,  à  l'occasion  d’une 
petite  sortie,  il  présente  une  crise  se  généralisant  à  tout  le  côté  droit, 
avec  menace  d’asphyxie.  Depuis,  la  paralysie  du  membre  supérieur 
droit  est  complète,  le  membre  inférieur  droit  est  parésié;  la  céphalée 
est  intermittente. 

11  entre  à  l’hôpital  de  la  Charité  le  3  octobre  1923. 

Examen.  —  Le  blessé,  petit,  maigre,  se  traîne  péniblement  appuyé 
sur  deux  personnes;  il  présente  dans  la  région  frontale  gauche  une 
vaste  cicatrice  déprimée,  semblable  à  celle  d’une  cure  radicale  de  sinu¬ 
site  frontale  et  s’étendant  en  dehors  presque  jusqu’à  la  tempe.  Cette 
cicatrice  n’est  pas  douloureuse,  pas  animée  de  battements,  rougeâtre 
au  centre,  très  adhérente  aux  plans  osseux  sous-jacents  :  leDr  Lemaître, 
qui  a  procédé  à  l’examen  radioscopique  et  radiographique,  n’a  constaté 
aucun  corps  étranger  intra-cranien, aucune  perte  de  substance,  aucune 
épine  osseuse  irritative  et  radiologiquement  décelable,  seulement  un 
peu  de  densification  du  tissu  osseux  au  niveau  où  eurent  lieu  trépana¬ 
tion  et  prothèse. 

Paralysie  flasque  totale  du  membre  supérieur  droit;  parésie  du 
membre  inférieur  droit;  parésie  faciale  inférieure  droite;  langue  nor¬ 
male;  diminution  notable  de  la  sensibilité  de  la  moitié  du  corps; 
sensibilité  articulaire  droite  très  diminuée; pas  de  troubles  pupillaires; 
réflexe  rotulien  droit  exagéré;  gauchp,  normal;  réflexe  cutané  abdo¬ 
minal  aboli  à  droite;  Babinski  négatif;  pas  de  troubles  du  sphincter 
anal,  mais  perd  un  peu  ses  urines  ;  pas  d’aphasie,  mais  bredouillement 
et  recherche  des  mots;  intelligence  complète. 

A  la  ponction  lombaire  le  liquide  coule  goutte  à  goutte,  sa  tension 
est  de  31  ;  le  Wassermann  fut  nettement  négatif.  Il  existait  à  l’exainen 
une  lymphocytose  légèrement  supérieure  à  la  normale;  pas  de  poly¬ 
nucléaire,  quelques  hématies.  - 

Du  sang  fut  prélevé  pour  un  Wassermann. 

Depuis  son  entrée,  les  crises  furent  au  nombre  de  deux  le  premier 
jour, -trois  le  lendemain  et  nous  nous  décidâmes  à  intervenir,  malgré 
que  la  situation  de  la  blessure  primitive  nous  ait  laisse  perplexes  au 
point  de  vue  de  crises  d’épilepsie  jacksônienne;  l’examen  du  sang 
s’avéra  négatif;  comme  Wassermann,  la  tension  artérielle  était  presque 
normale.  Notre  collègue  Ingelrans,  qui  le  vit  à  ce  moment,  pensant 
qu’il  s'agissait  probablement  de  compression  dans  la  zone  rolandique 
par  un  cal  ou  lésion  dure-mérienne  partie  de  la  brèche  crânienne, 
nous  conseilla  d’opérer,  d’y  aller  voir. 

Opération,  le  7  octobre.  —  Anesthésie  générale  au  chloroforme. 
Taille  d’un  vaste  lambeau  cutané  fronto-pariétal,  permettant  de  mettre 
à  nu  toute  la  région;  le  fond  de  la  dépression  osseuse  est  comblé  par 
une  mince  lame  d’os  dans  laquelle  il  est  difficile  de  reconnaître  un 
morceau  de  greffon  costal.  Il  n’est  pas  adhérent  à  la  dure-mère  sous- 
jacente  qui  est  d’apparence  normale,  sans  battements;  la  brèche  est 
agrandie  latéralement  dans  la  direction  de  la  région  rolandique;  il 
n’existe  aucune  trace  d’exostose;  la  face  interne  du  crâne  à  ce  niveau 
est  normale  et  la  dure-mère  aussi. 


1358 


SOCIÉTÉ  DE  CHIHURGIE 


Au  niveau  de  la  dépression  contemporaine  de  la  blessure  et  de  la 
première  intervention,  la  dure-mère  est  incisée  ;  le  cerveau  bombe  et 
fait  de  suite  hernie  dans  l’incision;;  une  plaque  d’oedème  blanc,  de  la 
dimension,  d'une  pièce  de  cinq  francs,  existe  à  sa  surface,  sans  réaction 
méningée;  les  régions  cérébrales  voisines  paraissent  normales,  et  la 
sonde  cannelée  ne  décèle  aucune  adhérence  de  leur  surface  avec  la 
face  profonde  de  la  dore-mère  dans  toute  la  zone  rolandique. 

Au  niveau  de  la  plaque  d’œdème,  des  ponctions  cérébrales  sont 
faites  perpendiculaires  au  plarr,  qui  ue  ramènent  rien;  mais  il  semble 
qu’à  une  profondeur  de  4  cent.  1/2  environ  ou  perçoive  une  rénitence 
élastique  qui  contra-te  avec  la  mollesse  de  la  substince  cérébrale.  11 
n’y  a  pas  eu,  durant  cette- exploration,  de  perte  anormale  de  liquide 
céphalo-rachidien. 

Comme  en  raison  de  la  hernie  il  est  difficile  de  suturer  la  dure-mère 
sur  toute  son  étendue,  principalement  à  la  région  frontale,  on  applique 
une  plaque  prothétique  de  caoutchouc  et  la  plaie  cutanée,  est  fermée 
sans  drainage;  ultérieurement,  on  pourra  pensera  une  fermeture  de 
la  brèche  osseuse. 

Pendant  l’intervention,  il  n’y  a  eu  aucune  alerte-.  Du  sang  fut  prélevé 
à  la  fin  pour  un  nouvel  examen,  ainsi  que  du  liquide  céphalo-rachi¬ 
dien.  Rien  de  particulier  les  deux  premiers  jours  après  l'opéraiiou  et 
le  malade  ne  semble  avoir  éprouvé  ancu-u  bénéfice  de  l’interventioni  ni 
non  plus  aucun  dommage;  les  choses  restent  en  état,  avec  le  soir  du 
second  jour,  ébauche  d’unie  crise  avec  agitation  et  secousses  dans  la 
main  droite.  Le  troisième  jour,  le  laboratoire  nous  apprend  que  le 
Wassermann  est  trois  fois  posi; if  à  trois  méthodes  différentes  pour  le 
sang  ;  négatif  pour  le  liquide  céphalo-rachidien . 

Le  jour  même  il  est  décidé  de  faire  du  traitement  spécifique  et  une 
injection  de  sulfarsénobenzol  de  6  cent,  cubes  intraveineuse  est  pra¬ 
tiquée,  suivie  d’une  réaction  légère  d’agitation  pendant  la  nuit. 

Le  13  octobre,  injection  de  12  cent,  cubes; 

Le  17  octobre,  injection  de  18  cent,  cubes; 

Le  22  octobre,  injection  de  24  cent,  cubes  ; 

Le  27  octobre,  injection  de  30  cent,  cubes  ; 

Ces  dernières  injections  très  bien  tolérées. 

Voici  les  résultats  thérapeutiques  obtenus  : 

Le  15  octobre,  le  bras  droit  recouvre  une  partie  de  sa  mobilité  ;  les 
mouvements  lents  sontcoordonnés;  ceux  de  la  main  et  des  doigts- sont 
esquissés; 

Le  18  octobre,  amélioration  considérable  des  mouvements  du  membre 
supérieur;  ceux  de  la  jambe  droite  reviennent,  l’asymétrie  faciale 
s’améliore, ainsi  que  la  parole  moins  embrouillée  ; 

Le  25  octobre,,  le  malade  peut  se  lever  et  fait  le  tour  de  sa  chambre  ; 
la  démarche  un  peu  lente  est  normale;  les  mouvements  des  membres 
supérieur  et  inférieur  droits  sont  complets.  Le  malade  commence  à 
écrire,  il  parle  bien  ; 

Le  28  octobre,  il  quitte  l'hôpital  ;  il  reviendra  faire  continuer  sa  série 
de  piqûres.  Son  état  est  tel:  il  marche  facilement, la  vigueur  est  presque 


SÉANCE  DE  21  NOVEMBRE 


1359 


la  même  des  deux  côtés;  il  fait  du  pas  de  gymnastique  autour  de  sa 
chambre,  s'accroupit  et  se  relève  sans  le  secours  des  mains.  Plus  de 
parésie  faciale;  la  parole  est  normale.  Les  réflexes  disparus  sont 
revenus,  lesautres  soDt  normaux.  Le  malade  n’a  plus  présenté  decrises 
ni  de  céphalée. 

En  résumé,  sept  ans  et  demi  après  une  blessure  de  guerre  ayant 
gravement  lésé  le  frontal,  on  voit  survenir,  sans  cause  connue,  des 
crises  d  épüepsie  bientôt  suivies  d’une  hémiparésie  droite  rapide¬ 
ment  progressive;  le  sang  et  le  liquide  céphalo-rachidien  se 
montrent  normaux,  la  réaction  de  Wassermann  est  négative. 

Devant  la  gravité  des  accidents,  et  en  présence  d’un  examen  cli¬ 
nique  qui  conclut  à  une  raison  vraisemblablement  corticale,  une 
intervention  est  décidée  ;  l’écorce  est  intacte,  une  rénitence  anor¬ 
male  est  perçue  à  la  ponction  profonde  du  lobe  fron  tal. 

Dans  les  jours  qui  suivent  l’opération  la  situation  ne  se  modifie 
pas.  Mais,  la  réaction  de  Wassermann  étant  devenue  positive 
dans  le  sang,,  un  traitement  spécifique  est  institué.  En  15  jours, 
avec  5  injections  de  sulfarsénol  (en  tout  0  gr.  90)  la' guérison 
complète  est  obtenue. 

Cette  observation  illustre  d’une  façon  remarquable  la  difficulté 
du  diagnostic  de  la  syphilis  encéphalique  dans  certains  cas.  Tous 
les  signes  cliniques,  toutes  les  recherches  biologiques  avaient  été 
d’accord  pour  éliminer  ce  diagnostic  ;  et  pourtant  il  était  exact. 
D’autre  part,  il  s’est  produit,  après  l’intervention,  une  sorte  de 
réactivation  de  Wassermann  dans  le  sang  qui  mérite  bien  aussi 
d’être  signalée.  Si  nous  ne  l’avions  pas  recherchée  à  nouveau,  et 
vraiment  par  acquit  de  conscience,  nous  aurions  laissé  évoluer 
l’affection  sans  soulager  le  malade  qui  marchait  rapidement  vers 
une  inéluctable  cachexie. 

A  ce  double  point  de  vue,  nous  avons  pensé  qu’une  semblable 
observation  valait  d’être  publiée.  Elle  montre,  à  l’évidence,  que  la 
syphilis  doit  être  soupçonnée,  envers  et  contre  tout,  là  même  où 
une  blessure  de  guerre  paraît  à  elle  seule  suffisante  pour  expli¬ 
quer  la  genèse  des  symptômes.  Et  elle  pose,  pour  la  responsabi¬ 
lité  de  l’État,  en  pareille  occurrence  puisqu’il  s’agissait  d’un  blessé 
de  guerre,  un  problème  à  la  fois  singulier  et  bien  difficile  à 
résoudre. 


1360 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Présentations  de  malades. 


Orchi-épididymite  tuberculeuse  des  deux  testicules. 

Amélioration  très  notable  par  des  injections  de  collo-vaccin. 

Guérison  d’un »  fistule , 

par  MM.  S  A  VARIAI; D  et  GRIMBERT. 

Lac...  (René),  vingt-huit  ans,  receveur  àç  la  T.  C.  R.  P.  (Service 
deM.  Savariaud,  Hôpital  Beaujon). 

Le  malade  s’aperçoit  de  l’augmentation  des  testicules  en  sep¬ 
tembre  1922. 

Entre  à  Beaujon  en  avril  1923.  Nous  le  voyons  le  19  avril.  Il 
présente  à  ce  moment  un  état  général  médiocre.  Les  bourses  sont 
rouges  et  distendues.  Le  testicule  gauche  est  augmenté  et  a  le 
volume  d’un  poing.  On  sent  des  indurations  sur  le  testicule  et  le 
long  de  l'épididyme. 

Le  testicule  droit  est  plus  gros  que  le  gauche.  Il  présente  sur  sa 
face  antéro-externe  une  ulcération  profonde  de  3-4  millimètres  et 
de  diamètre  d’environ  3  centimètres.  Le  fond  est  sanieux,  les  bords 
sont  plus  ou  moins  adhérents  et  rouges.  Le  testicule  est  très  dur 
et  irrégulier.  L’épididyme  présente  de  grosses  nodosités  dont  cer¬ 
taines  ont  le  volume  d’une  noisette. 

Les  injections  de  collo-vaccin  furent  commencées  le  19  avril.  Le 
malade,  ne  présentant  pas  de  réactions  fébriles,  sort  de  l’hôpital 
mais  continue  à  venir  régulièrement  pour  les  injections.  Celles-ci 
furent  faites  à  raison  de  2-3  par  semaine  jusqu'au  mois  de  juillet. 
Après  une  interruption  de  quelques  semaines  on  a  fait  encore 
quelques  injections  espacées  en  septembre  et  octobre.  Le  malade 
a  eu  en  tout  environ  50  piqûres. 

Pendant  le  traitement  l’amélioration  de  l’état  local  fut  lente 
mais  constante. 

Les  testicules  diminuèrent  graduellement  et  l'ulcération  se 
combla  petit  à  petit.  Elle  était  légèrement  humide  sans  suinte¬ 
ment  concret  à  la  fin  de  juillet  et  complètement  asséchée  en 
septembre. 

Actuellement  le  testicule  gauche  est  petit  et  mou,  légèrement 
atrophié,  présentant  une  petite  induration  épididymaire  comme 
une  noisette. 

Par  contre,  il  y  a  une  induration  épididymaire  droite,  qui  ne  se 
modifie  pas.  Cette  induration  irrégulière  et  non  douloureuse  pro¬ 
bablement  constituée  de  matières  caséeuses  ne  pourra  probable- 


SÉANCE  DU  21  N0VEM1SRE 


1361 


ment  pas  être  influencée  par  un  traitement  interne  et  devra  être 
excisée. 

L’état  général  du  malade  est  florissant,  malgré  son  travail  qui 
est  pénible. 


Cancer  pyloro-gastrique.  Gastro-pylorectomie. 

Guérison  d'un  cancer  secondaire  du  sein.  Déoeloppement 
trois  ans  plus  tard  sans  récidive  gastrique  appréciable, 

par  M.  HARTMANN. 

Ce  malade,  âgé  de  quarante-neuf  ans,  s’est  présenté  à  moi 
au  début  d’octobre  dernier.  Il  existait  alors  un  large  placard 
rosé  sur  la  région  thoracique  droite,  remontant  vers  l’aisselle 
correspondante.  A  sa  périphérie  ce  placard  était  mal  limité, 
avec  des  réseaux  de  peau  blanche.  L’aspect,  à  un  examen  super¬ 
ficiel,  était  celui  d’une  lymphangite  réticulaire,  opinion  semblant 
d’autant  plus  plausible  que  le  malade  disait  que  la  rougeur 
était  apparue  à  la  suite  d’une  écorchure  de  l’aisselle  produite  en 
fauchant.  C’est  comme  tel  qu’il  avait  été  considéré  dans  une  con¬ 
sultation  hospitalière  où  on  lui  avait  prescrit  un  enveloppement 
humide  chaud. 

En  le  regardant  avec  un  peu  plus  d’attention  on  constatait  cepen¬ 
dant  que  la  peau  était  par  places  Un  peu  épaissie;  au  palper  on 
avait  la  sensation  de  petites  indurations  disséminées,  et  ces  carac¬ 
tères,  rapprochés  de  l’absence  de  fièvre,  suffisaient  pour  faire 
penser  à  une  lymphangite  néoplasique.  On  trouvait  du  reste  dans 
l’aisselle  un  paquet  ganglionnaire  dur  et  sous  l’aréole  une  petite 
tumeur  du  sein  présentant  tous  les  caractères  d’un  carcinome.  Il 
y  avait  un  peu  d’œdème  du  membre  supérieur  correspondant. 

Le  10  octobre,  sous  anesthésie  locale,  on  a  excisé  la  petite 
tumeur  mammaire,  pour  faire  une  biopsie. 

Les  lésions  ont  continué  à  évoluer  avec  rapidité;  actuellement, 
comme  vous  pouvez  le  constater,  nous  nous  trouvons  en  pré¬ 
sence  d’un  large  placard  de  squirrhe,  qui  va  devenir  pustuleux, 
d’une  tuméfaction  considérable  du  membre  supérieur  et  d’une 
masse  ganglionnaire  considérable  occupant  l’aisselle  et  le  creux 
sus-claviculaire. 

L’état  général* est  néanmoins  resté  excellent,  l’aspect  florissant; 
le  malade  mange  et  digère  bien,  il  ne  présente  pas  le  moindre 
trouble  digestif.  Or,  je  l’ai  opéré  il  y  a  trois  ans  et  demi  d’un 
cancer  pyloro-gastrique  (Bilrolh  II).  La  tumeur,  examinée  par  le 
Dr  Peyron,  avait  été  reconnue  épithéliomateuse.  Elle  n’a  pas 


13«2 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


récidi-vé,  et,  jele  répète,  il  n’y  a  aucune  altération  de  l’état  général, 
aucun  trouble  digestif,  et  cependant  la  petite  tumeur  du  sein 
actuelle  est  en  voie  d’extension  rapide. 

J’ai  cru  devoir  vous  présenter  ce  malade  parce  que,  sans  réci¬ 
dive  locale,  sans  généralisation  hépatique,  il  présente,  plus  de 
trois  ans  après  une  ablation  de  cancer  pylorique,  un  cancer  du 
sein.  Son  intérêt  m’a  paru  d’autant  plus  grand  que  la  tumeur 
actuelle  du  sein  à  certains  caractères  qui  permeltent  de  penser  au 
développement  tardif  d’une  greffe  de  cancer  gastrique  âu  niveau 
du  sein.  Voici,  en  effet,  l’examen  que  m’a  remis  mon  collègue 
Ménétrier,  examen  que  je  vous  demande  la  permission  de  repro¬ 
duire  intégralement  :  «  Les  coupes  de  la  glande  mammaire  mon¬ 
trent,  à  côté  des  éléments  normaux  d'une  glande  rudimentaire 
surtout  représentés  par  ses  canaux  excréteurs;  des  amas  d'appa¬ 
rence  épithélioïde,  formant  de  pelils  îlots,  des  traînées,  dont  quel¬ 
ques-unes  sont  manifestement  contenues  dans  l’intérieur  de  vais¬ 
seaux  lymphatiques  dilatés.  En  aucun  point  ces  éléments  ne 
paraissent  en  connexion  avec  la  glande  normale  ;  ils  sont  dans  le 
tissu  conjonctif  intra  et  périglandulaire,  en  noyaux  disséminés 
ayant  l'apparence  métastatique  d’un  cancer  d'origine  épithéliale, 
les  figures  de  lymphangite  cancéreuse  très  nettes  donnent;  d’ail¬ 
leurs,  l’idée  de  métastase  soit  primitivement,  soit  secondairement 
lymphatique. 

«  Quant  à  la  détermination  du  cancer  originel  par  les  caractères 
des  celluhs  néoplasiques,  elle  est  rendue  très  difficile  par  l’atypie 
complète  des  éléments  en  question  qui  se  présentent  sous  forme 
de  cellules  irrégulièrement  polyédriques,  n’affectant  aucune  figure, 
ni  groupement  spécial,  mais  infiltrées  entre  les  éléments  conjonc¬ 
tifs  avoisinants.  Cependant  ils  présentent  une  particularité  :  leur 
proio/il'isma  renferme  des  vacuoles  qui,  par  les  réactifs  appropriés 
(muci-carmin,  bleu)  se  montrent  remplies  de  substance  muqueuse. 

«  Bien  qu’il  existe  des  formes  mucoïdes  de  cancer  du  sein,  d’ail¬ 
leurs  rares,  la  présence  de  substances  mucoïdes  à  l'intérieur  des 
cellules  cancéreuses  se  rencontre  plus  habituellement  dans  les 
cancers  dérivés  des  cellules  de  l’estomac  ou  de  l’intestin  dont  la 
fonction  mucipare  est  un  attribut. 

«  On  peut  donc  penser  que  ce  cancer  du  sein,  manifestement  secon¬ 
daire,  est  d' origine  gastrique  ou  intestinale.  » 

Ce  cas  nous  semble  doublement  intéressant  :  1°  En  raison  du 
siège  exceptionnel,  dans  le  sein,  d’une  métastase  de  cancer  gas¬ 
trique  ;  2°  En  raison  de  l'apparition  tardive,  plus  de  3  ans,  de  cette 
métastase  et  de  l’absence,  tout  au  moins  clinique,  de  récidive 
locale. 


SÉANCE  DU  21  NOVEMBRE 


1363 


Vaccin  contre  la  tuberculose , 
par  M.  GRIMBERG. 

M.  Baudet,  rapporteur. 


Présentation  de  radiographies. 


Fracture  de  la  1™  phalange ;  réduction  par  la  flexion  forcée, 
par  M.  A.  BRÉCHOT. 

Je  vous  présente  les  radiographies  d’une  fracture  de  la  lre  pha¬ 
lange  que  je  n’ai  pu  réduire  de  façon  satisfaisante  que  par  la 


flexion  forcée  du  doigt.  Le  tendon  extenseur  constitue  dans  cette 
position  une  véritable  attelle  maintenant  heureusement  les 
fragments. 


1923. 


100 


1364 


CHIRURGIE 


M.  Ombrédanne. 


SÉANCE  DU  28  NOVEMBRE  1923 


Présidence  de  M.  Mauclaire. 


Procès-verbal. 

La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  mise 
aux  voix  et  adoptée. 

Correspondance. 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  périodiques  delà  semaine. 
2°.  —  Une  lettre  de  M.  Auvray,  s’excusant  de  ne  pouvoir 
assister  à  la  séance  ; 

3°.  —  Une  lettre  de  M.  le  professeur  J.-M.  Josse  (de  Bueuos- 
Ayres),  posant  sa  candidature  au  litre  de  correspondant  étranger. 


A  propos  de  la  correspondance. 

1°.  —  Une .  observation  du  Dr  René  François  (de  Versailles), 
intitulé  :  Volumineuse  hernie  ombilicale  de  la  période  embryon¬ 
naire.  Opération  au  second  jour  de  la  vif.  Guérison. 

M.  Ombrédanne,  rapporteur. 

2".  —  M,  Bernard  Desplas  envçie  un  travail  intitulé  :  Quatre 
observations  d'ulcères  perforés  en  péritoine  libre. 

M .  Fredet,  rapporteur. 

3°.  —  Un  travail  de  M.  le  médecin-major  L’Heureux,  inti¬ 
tulé  :  Angine  de  Ludwig  et  gangrène  gazeuse. 

M.  Hallopeau,  rapporteur. 

4°.  —  Un  travail  de  MM.  Argaud  et  Lombard  (d’Alger),  intitulé  : 
Branchiome  à  structure  thyroïdienne. 

M.  Lenohmant,  rapporteur. 

-  o°.  —  Un  travail  dp  MM.  Pierre  Lombard  tt  DuiIe  (d'Alger), 
intitulé  :  Plaies  de  l'artère  et  de  la  veine  poplitées  par  balle  de 
revolver. 

•  M.  Lènormant,  rapporteur.  ' 

BULL.  ET  MÉM.  DK  LA  SOC.  DI  CHIB.,  1923.  —  N»  32. 


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101 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


6°.  —  Un  travail  de  MM.  Plisson  et  Clavelin,  intitulé  :  IJ  01  cas 
de  rachianesthésie. 

M.  Riche,  rapporteur. 


Décès  de  M.  Paul  Michaux. 

Mes  chers  collègues, 

J’espérais  bien  finir  ma  présidence  sans  avoir  à  vous  annoncer 
la  mort  de  l’un  de  nos  membres  titulaires.  11  n’en  sera  pas  ainsi. 
J’ai  le  regret  de  vous  faire  part  du  décès  de  notre  collègue  Paul 
Michaux,  membre  honoraire,  vice-président  de  notre  Société  et 
qui,  en  1916,  pendant  toute  l’année,  remplaça  à  la  présidence 
notre  collègue  Lucien  Picqué,  retenu  aux  armées. 

Paul  Michaux  fut  l’interne  de  Gosselin,  Duplay,  Léon  Labbé  et 
Damaschino.  11  fit  sa  carrière  chirurgicale  à  l’hôpital  Broussais, 
puis  à  l’hôpital  Beaujon,  comme  assistant  de  Labbé  et  comme 
chef  de  service.  Il  était  très  assidu  à  nos  séances  et  sa  parole 
était  toujours  très  écoutée. 

Paul  Michaux,  né  à  Metz,  en  1854,  fils  d’un  chirurgien  des  hôpi¬ 
taux  de  Metz,  était  un  ardent  patriote.  J’étaisau  Bureau  son  secré¬ 
taire  annuel, en  1916  et  souvent  il  m’exprimait  sa  foi  et  son 
espérance  dans  la  victoire  finale. 

Paul  Michaux  était  un  sage,  il  n’a  voulu  aucun  discours  sur  sa 
tombe.  Je  vous  ai  simplement  représentés  à  ses  obsèques. 

Je  vous  propose  en  signe  de  deuil  de  suspendre  la  séance  pen¬ 
dant  quelques  instants. 

—  La  séance  est  suspendue  pendant  quelques  minutes. 


Rapports. 

Un  cas  de  pseudo-tumeur  blanche  syphilitique  suppurée , 
par  MM.  Robert  Dupont  et  Édouard  Peyre. 

Rapport  de  M.  ALBERT  MOUCHET. 

Sous  ce  nom,  MM.  Robert  Dupont  et  Edouard  Peyre  nous  ont 
adressé  dernièrement  une  observation  clinique  rare,  à  laquelle  il 
manque  malheureusement,  pour  être  complète,  des  épreuves 
radiographiques  qui  en  auraient  singulièrement  accru  l’intérêt. 
Mais  cette  observation  est  bien  prise,  elle  a  fait  l’objet  d’examens 
de  laboratoire  minutieux, et  surtout  elle  comporte  un  enseigne- 


SÉANCE  DU  28  NOVEMBRE 


J  367 


ment  pratique  si  utile  qu’elle  ne  peut  manquer  —  sans  la  radio¬ 
graphie —  de  retenir  votre  attention.  Voici  celte  observation  telle 
que  l’ont  rédigée  MM.  Dupont  el  Peyre  : 

Il  s’agit  d’un  homme  de  vingt-six  ans  qui  consulte  l’un  de  nous  en 
mars  1921  pour  des  accidents  articulaires  siégeant  dans  les  deux  genoux 
et  dont  l’histoire  est  déjà  ancienne  :  en  septembre  1914,  en  effet,  alors 
qu’il  était  mobilisé,  X...  fait  au  cours  d’un  exercice  une  chute  dont  il 
ne  peut  se  relever  seul,  le  genou  gauche  gonfle  rapidement,  une  ponc¬ 
tion  pratiquée  reste  blanche:  en  décembre,  un  plâtre  est  appliqué,  puis 
notre  malade  est  réformé  avec  le  diagnostic  de  tumeur  blanche. 

En  1915,  un  nouveau  conseil  de  réforme  confirme  le  diagnostic.  Le 
plâtre  est  gardé  jusqu’en  mars  1916;  puis  X...  commence  à  marcher 
avec  des  cannes  d’abord  etjbientôt  sans  soutien .  Au  dire  du  malade,  il  ne 
restait  à  ce  moment  ni  gonflement  ni  douleur  et  la  mobilité  était  parfaite. 

En  avril  1916,  écoulement  urétral  qui  dure  quinze  jours  et  disparaît 
à  la  suite  d’injections  d'eau  oxygénée  ('?). 

Pendant  les  hivers  1916,  1917  et  1918,  hydarthrose  dn  genou  droit 
qui  chaque  fois  dure  deux  mois  et  disparait  spontanément. 

En  octobre  1920,  nouvel  écoulement  urélral  abondant  et  persistant. 

En  janvier  1921,  le  genou  droit  augmente  de  volume  et  devient  dou¬ 
loureux;  l’un  de  nous  voit  le  malade  en  mars  et  constate  l’existence 
d’un  épanchement  assez  abondant  s’accompagnant  de  douleurs  à  la 
pression  avec  légère  réaction  thermique  ne  dépassant  pas  38°. 

La  coexistence  d’un  écoulement  urétral  à  gonocoques  fait  penser  à 
une  arthrite  gonococcique,  le  genou  est  immobilisé  dans  un  plâtre  et 
une  auto-vaccination  est  pratiquée. 

Lors  de  notre  premier  examen  le  genou  gauche  se  présentait  globu¬ 
leux  avec  une  légère  saillie  au  niveau  du  condyle  interne,  sans  épan¬ 
chement  ni  douleur,  mais  les  mouvements  étaient  limités. 

Peu  à  peu,  le  genou  droit  redevint  normal,  le  plâtre  est  enjevé  et 
l’articulation  soumise  à  une  gymnastique  prudente,  la  restitution  ad 
integrum  est  complète  en  mai. 

Mais  en  même  temps  que  le  genou  droit  guérissait,  le  genou  gauche 
devenait  le  siège  d'un  épanchement  qui  augmenta  progressivement. 
Cét  épanchement  est  ponctionné  le  23  avril  et  l’on  recueille  une  assez 
grande  quantité  d’un  liquide  louche,  nçn  franchement  purulent.  Pose 
d’un  plâtre  et  quinze  jours  après,  l’épanchement  s’étant  reproduit,  une 
nouvelle  ponction  est  pratiquée  qui  donne  issue  à  un  liquide  semblable 
à  celui  de  la  première  ponction.  Malgré  ces  ponctions  l’état  du  genou 
ne  s’améliore  pas;  il  r^ste  globuleux,  très  douloureux  spontanément  et 
plus  encore  à  la  pression,  le  moindre  mouvement  arrache  des  cris  au 
malade  qui  réclame  une  intervention  active;  aussi  la  résection  du 
genou  proposée  est-elle  acceptée  immédiatement.  L’opération  est  pra¬ 
tiquée  le  23  mai  1921  sous  anesthésie  générale  au  protoxyde  d’azote: 
opération  classique  avec  ablation  de  la  rotule  terminée  par  la  réunion 
complète  sans  drainage ;' suites  normales;  soudure  complète  en  deux 
mois  et  demi.  ■ 


13G8 


SOCIÉTÉ  DE  CD1RURG1E 


Les  tissus  enlevés  ne  montrent  que  des  lésions  des  parties  molles 
caractérisées  par  un  énorme  épaississement  synovial  et  capsulaire  et 
des  masses  de  fongosités  d’aspect  verdâtre.  Les  débris  furent  examinés 
au  Laboratoire  des  Travaux  pratiques  d’anatomie  pathologique  de  la 
Faculté  par  Je  Dr  Leroux  qui  constata  l’existence  d’un  tissu  osseux 
normal  et  dans  les  parties  molles  une  armature  conjonctivo-vaseulaire 
avec  réaction  inflammatoire  aiguë  ;  néo- vaisseaux,  infiltration  diapédé- 
tique  intense,  ni  polynucléaires  ni  nodule  tuberculeux. 

En  1922,  le  genou  droit  augmente  à  nouveau  de  volume;  l’un  de  nous 
voit  le  malade  le  30  octobre  et  constate  un  genou  globuleux  avec  emp⬠
tement  du  cul-  de-sac  sous-quadricipital  et  collection  fluctuante  dans  le 
creux  poplité  et  la  partie  supérieure  de  la  face  postérieure  de  la 
jambe. 

Douleur  vive  à  la  pression  du  condyle  interne,  mouvements  limités,, 
atrophie  musculaire,  ganglions  dans  l’aine. 

C’est,  en  somme,  la  symptomatologie  de  la  tumeur  b'anche  du  genou. 
La  collection  est  ponctionnée  le  11  décembre  et  permet  d’évacuer 
environ  20  cent,  cubes  d’un  pus  jaunâtre  bien  lié. 

L’examen  direct  de  ce  pus  montre  une  réaction  leucocytaire  plutôt 
polynucléé,  quelques  éléments  même  multinucléés  (7  noyaux), 
de  grandes  cellules  à  protoplasma  vacuolaire  à  gros  noyaux  en 
karyokinèse  quelquefois,  le  tout  dans  un  magma  fibrineux.  Aucun 
germe  à  l’examen  direct  et  à  la  culture.  L’inoculation  au  cobaye 
demeure  négative. 

Ces  recherches  cyto-microbiennes  ne  rappelant  pas  l’aspect  des 
collections  d’origine  bacillaire,  une  réaction  de  Bordet-Wassermann 
est  pratiquée  dans  le  sang  et  donne  un  résultat  très  nettement  positif' 
correspondant  parle  procédé  desdilutions  à  40  S. 

Le  traitement  est  immédiatement  entrepris  :  une  première  série  d’in¬ 
jections  de  novarsénobenzol  totalisant  6  gr.  90  parfaitement  supportée 
amène  une  tiès  rapide  amélioration  et  une  fonte  de  l’épanchement;  le 
plâtre  est  retiré  ;  le  H  janvier,  une  deuxième  ponction  est  faite  permet¬ 
tant  de  retirer  30  cent,  cubes  d’un  liquide  encore  purulent  mais  plus 
clair,  présentant  le  même  aspect  cytologique.  La  mobilité  du  genou 
revient  et  le  malade  se  lève  le  2  février.  Le  8  mars,  l’état  local  est 
grandement  amélioré,  le  maiade  peut  mener  sa  vie  habituelle  sans 
gêne  ni  douleur:  il  subsiste  un  épanchement  minime  que  révèle  un 
très  léger  choc  rotulien. 

Un  deuxième  examen  de  sang  donne  un 'résultat  négatif  avec  le 
sérum  chauffé;  il  y  a  cependant  une  insuffisance  hémolytique  avec  le 
sérum  non  chauffé. 

Le  malade  maintenant  se  sent  parfaitement  bien,  dit  même  ne  s’être 
jamais  si  bien  poité. 

L’interrogatoire  nous  montre  qu’aucune  syphilis  acquise  ne  peut 
être  invoquée:  en  fait  d'hérédité,  le  père  et  la  mère  en  bonne  santé, 
deux  frères  sont  bien  portants  également.  L’examen  plus  minutieux  du 
malade  montre  des  incisives  légèrement  crénelées,  un  iront  peutTêlçe 
olympien  une  tension  un  peu  élevée  et  des  bruits  du  coeur  un  peu 


SÉANCE  DU  28  NOVEMBRE 


durs,  mais  des  réflexes  normaux  et  rien  d'organique  par  ailleurs. 

Il  a  donc  fallu  un  témoignage  sérologique  et  un  aspect  cytologique 
particulier  de  l’épanchement  pour  faire  un  diagnostic  que  le  traite¬ 
ment  est  venu  confirmer. 

Telle  est  l’observation  de  MM.  Dupont  et  Peyre  ;  elle  peut  être 
résumée  ainsi  :  leur  malade  souffre  des  deux  genoux,  du  droit 
surtout,  qui  est  le  siège  d’un  gros  épanchement  ;  comme  il  est 
atteint  d'une  urétrite  blennorragique,  les  médecins  pensent  à  une 
arthrite  de  même  Dalure.  Le  genou  droit  guérit  après  une  courte 
immobilisation  dans  le  plâtre  et  une  auto-vaccination. 

Mais  l’état  du  genou  gauche  s’aggrave  malgré  deux  ponctions 
successives  qui  donnent  issue  à  un  liquide  louche,  non  franche¬ 
ment  purulent.  Les  douleurs  deviennent  telles  que  le  malade 
réclame  une  intervention  active.  M.  Dupont  pratique  la  résection 
du  genou,  croyant  toujours  avoir  affaire  à  une  arthrite  blennor¬ 
ragique.  L’opération  montre  seulement  des  lésions  de  la  syno¬ 
viale  qui  est  épaissie,  bourrée  de  fongosités  d'aspect  verdâtre  ;  le 
squelette  est  intact. 

Plus  d’un  an  après,  le  genou  droit,  le  premier  pris,  celui  qui 
avait  guéri  si  simplement,  augmente  à  nouveau  de  volume  et 
■offre  le  tableau  clinique  de  la  tumeur  blanche  (empâtement  de  la 
synoviale  distendue,  collection  fluctuante  dans  le  creux  poplité, 
douleur  à  la  pression  du  condyle  interne,  mouvements  limités, 
atrophie  musculaire,  adénite  inguinale).  Une  ponction  permet  de 
retirer  un  pus  jaune,  bien  lié,  dont  l’examen  microscopique  fait 
écarter  l’idée  de  tuberculose;  d’autre  part,  la  réaction  de  Bordet- 
Wassermann  est  positive. 

Cette  fois,  MM.  Dupont  et  Poyre  abandonnent  toute  idée  de 
blennorragie  et  de  tuberculose;  ils  posent  le  diagnostic  d'arthrite 
syphilitique  suppurée  et  un  traitement  arsénobenzolé  immédiate¬ 
ment  entrepris  amène  la  guérison  du  malade. 

Avant  de  mettre  en  relief  quelques  points  de  cette  observation, 
je  tiens  à  exprimer  le  regret -que  la  radiographie  n’ait  pas  été 
pratiquée.  Elle  n’eût  peut-être  modifié  ni  le  diagnostic,  ni  la  déci¬ 
sion  opératoire  de  MM.  Dupont  et  Peyre;  elle  leur  eût  du  moins 
fourni  des  éléments  d’appréciation  dont  nous  n’avons  pas  le  droit 
de  nous  priver.  Mais  puisque  les  auteurs  s’excusent  de  cette 
omission, -j’aurais  mauvaise  grâce  à  insister  :  «  à  tout  péché 
miséricorde  ». 

MM.  Dupont  et  Peyre  ont  réséqué  un  genou  qu’ils  croyaient 
atteint  d'arthrite  blennorragique.  Vous  trouverez,  sans  doute 
comme  moi,  que  l’importance  de  l’opêratibn  a  été  excessive,  que 
la  reproduction  d’un  liquide  louche  malgré  deux  ponctions  et  que 
-des  douleurs  intenses  spontanées  ou  à  la  pression  ne  sont  pas  des 


1370 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRUEGIE 


éléments  suffisants  pour  nécessiter  un  sacrifice  aussi  considé¬ 
rable.  On  nous  a  présenté  assez  souvent  dans  cette  Société  de 
bons  résultats  obtenus  par  l’arthrotomie  simple  avec  ou  sans 
sérothérapie  pour  .que  nous  considérions  l’indication  de  la  résec¬ 
tion  comme  exceptionnelle. 

Mais  là  n’est  point  l’intérêt  de  l’observation  de  MM.  Dupont 
et  Peyre. 

Cet  intérêt  ne  réside  pas  non  plus  dans  l’aspect  de  tumeur 
blanche  pris  par  l’un  des  genoux  de  leur  malade  :  ces  tumeurs 
blanches  syphilitiques  ont  été  décrites  il  y  a  fort  longtemps  par 
Richet,  par  Fournier;  elles  sont  bien  connues,  malgré  que  l’atten¬ 
tion  des  praticiens  ne  soit  pas  toujours  suffisamment  éveillée  sur 
elles;  leur  siège  d’élection  est  le  genou. 

Ce  qu’il  y  a  de  spécial,  de  rare,  dans  l’observation  de 
MM.  Dupont  et  Peyre,  c’est  la  présence  de  pus  franc  retiré  par 
la  ponction  d’un  genou  syphilitique.  11  est  exceptionnel  que  la 
syphilis  articulaire  fournisse  une  réaction  aussi  nettement  puru¬ 
lente.  Cependant  Mauclaire,  dans  diverses  publications,  Fouquel, 
dans  sa  thèse  de  1903,  ont  décrit  des  arthrites  suppurées  primi¬ 
tives  dans  la  syphilis  ;  mais  ce  sont  des  faits  rares,  isolés. 

Dans  l'observation  de  Dupont  et  Peyre,  l’examen  microscopique- 
du  pus  a  permis  d’éliminer  le  diagnostic  de  tuberculose. 

Mais  en  dehors  de  tout  examen  de  laboratoire,  et  en  l’absence 
de  stigmates  nets  de  syphilis  acquise  ou  héréditaire ,  un  signe- 
clinique  mérite  de  retenir  l’attention  dans  le  cas  observé  par 
MM.  Dupont  et  Peyre  :  c’est  la  bilatéralité  des  lésions.  Les  auteurs 
s’excusent  de  ne  pas  lui  avoir  attribué  une  valeur  suffisante  :  «  Si 
nous  n’avions  pas, 'disent-ils,  été  troublés  dès  le  début  par  la  pré¬ 
sence  d’un  écoulement  urélral  à  gonocoques,  il  est  probable  que 
nous  ne  serions  pas  passés  à  côté  du  diagnostic  et  que  nous 
aurions  évité  à  notre  malade  la  résection  du  genou.  La  bilaté¬ 
ralité  est,  en  effet,  un  des  grands  signes  de  la  syphilis  articulaire, 
et  nous  avons  eu,  à  plusieurs  reprises,  l’occasion  de  guérir  par  le 
traitement  antisyphilitique  des  hydarthroses  à  répétition  présen¬ 
tant  le  caractère  bilatéral.  » 

J’avais,  vous  le  voyez,  quelque  raison  de  dire  que,  malgré  ses 
lacunes,  l’observation  de  MM.  Dupont  et  Peyre  ne  laissait  pas 
d’être  intére-sante.  Je  vous  propose  donc,  Messieurs,  de  les 
remercier  de  nous  l’avoir  adressée. 


SÉANCE  DC  28  NOVEMBRE  1871 


Décaloltement  du  condyle  huméral, 
par  M .  André  Richard  , 

Prosecteur  à  la  Faculté. 

Rapport  de  M.  ALBERT  MOUCHET. 

Dans  une  des  dernières  séances  de  la  Société,  M.  André  Richard, 
prosecteur  à  la  Faculté,  nous  a  présenté  une  dame  de  quarante- 
six  ans  qu’il  avait  opérée  avec  succès  d’une  fraclure-assez  rare 
de  l’extrémité  intérieure  de  l'humérus  dans  le  service  de  son 
maître,  notre  collègue  Lenormant,  à  l’hôpital  Saint-Louis.  Il 
s’agit  de  cette  fracture  qui  a  été  décrite  à  l’élranger  par  les  Alle¬ 
mands  et  les  Suisses  sous  le  nom  de  fracture  de  la  rotula ,  ou 
fracture  de  Yeminentia  capitata,  ou  fracture  du  capilulum  humeri, 
autrement  dit  d’une  fracture  de  la  portion  articulaire  du  condyle 
que  j’ai  proposé  de  désigner  depuis  ma  thèse  de  doctorat  sous  le 
nom  de  décalotlement  du  condyle.  articulaire  de  l'humérus ,  nom 
adopté  p*ar  Tanlon  dans  son  Traité  des  fractures. 

J’ai  déjà  eu  l’occasion  d’insister  ici  même  sur  la  description  de 
qetle  variété  de  fracture,  en  rapportant  le  4  mai  1921  une  obser¬ 
vation  de  H.  Billet  (1),  à  laquelle  j’ajoutais  trois  observations  per¬ 
sonnelles,  dont  une  accompagnée  du  fragment  osseux  extirpé. 
Depuis  celte  époque,  M.  Clavelin  (du  Val-de-Grâce)  a  consacré  un 
intéressant  mémoire  à  eette  fracture  isolée  si  spéciale  du  condyle 
huméral  (2).  Il  publie  dans  ce  mémoire  une  observation  inédite 
de  fracture  ancienne  due  à  M.  Billet. 

Je  ne  veux  pas  reprendre  l’étude  de  celte  fracture,  je  me  borne 
à  rappeler  qu’elle  est  bien  différente  de  la  fracture  classique  du 
condyle  externe.  Le  condyle  n’est  pas  détaché  par  la  fracture  dans 
toute  son  épaisseur  et  l’épicondyle  est  indemne.  11  y  a  seulement 
arrachement  du  revêtement  cartilagineux  qui  recouvre  le  con¬ 
dyle,  décortication  de  ce  cartilage.  On  dirait  que,  comme  une  noix 
trop  mûre ,  le  condyle  externe  s'est  écalé,  mais  le  cartilage  ne  se 
détache  pas  seul;  il  entraîne  une  certaine  épaisseur  de  substance 
osseuse. 

(1  )  Billet.  Fracture  isolée  du  condyte  huméral  (décaloltement  du  condyle); 
résection  de  ce  condyle  :  Rapport  de  M.  Albert  Mouchet.  Bull,  et  Mém.  de  la 
Société  de  Chirurgie,  4  mai  1921,  p.  613.. 

J’ajoute  ici,  pour  ceux  que  la  question  intéresse,  une  indication  bibliogra¬ 
phique  qui  m’avait  alors  échappé,  celle  d’un  travail  de  von  Saar  (Innsbrück)  : 
«  Abschûlungsfraklur  »  du  condyle  huméral  ( Beitriige  zur  klinischen  Chi¬ 
rurgie,  t.  LXXXI,  novembre  1912.  p.  519-538),  analysé  par  Lecène  dans  le 
Journal  de  Chirurgie ,  i.  X,  1913,  p.  121. 

(2)  Clavelin.  Les  fractures  isolées  du  condyle  huméral.  Reoue  de  Chirurgie, 
42»  année,  t.  f,  1923,  n»  1,  p.  S-20. 


•1372 


.  SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Voici,  résumée,  l’observation  de  M.  Richard  : 

Mme  A...  (Julienne),  quarante-six  ans,  tombée  de  bicyclette  sur  le 
coude  gauche,  le  18  août  1923. 

Vue  le  23  août  dans  le  service  de  M.  Lenormant,  à  -l'hôpital 
Saint-Louis.  La  flexion  de  l’avant-bras  sur  le  bras  est  bloquée  à 
90°;  l’avant-bras  est  en  demi-pronation,  la  pronation  et  la  supination 
sont  impossibles. 

La  radio  de  profil  montre  sur  la  face  antérieure  de  la  palette  humé¬ 
rale  une  demi-sphère  placée  à  3  centimètres  au-de'ssus  de  l’inter¬ 
ligne.  La  ràdio  de  face  montre,  en  outre,  en  dessous  et  en  dedans  de 
l’épicondyle,  deux  petits  fragments  osseux  libres,  gros  comme  des  grains 
de  blé. 

Le  diagnostic  porté  est  celui  de  dêcalottement  du  condyle  huméral. 

L’intervention  opératoire  est  décidée  et  pratiquée  le  24  août. 

Incision  sur  le  bord  antérieur  du  long  supinateur,  on  découvre  et  on 
écarte  en  dehors  le  nerf  radial.  On  sent  facilement  avec  le  doigt  le 
fragment  condylien  qui  est  extirpé  avec  la  rugine  courbe.  Ce  fragment 
comprend  le  condyle  articulaire  et  environ  8  millimètres  de  la  lèvre 
externe  de  la  trochlée  humérale. 

On  enlève  également  les  deux  petits  fragments  osseux  que  la  radio 
avait  permis  de  constater.  Suture  de  l’aponévrose  au  calgut,  de  la  peau 
aux  crins  de  Florence.  Réunion  pér  primam. 

La  mobilisation,  active  et  passive,  est  pratiquée  dès  le  troisième  jour 
après  l’opération,  mais  l’opérée  est  assez  pusillanime. 

Actuellement  (14  novembre),  la  malade  qui  se  sert  bien  de  son 
membre  depuis  assez  longtemps  ne  conserve  plus  qu’une  légère  limi¬ 
tation  des  mouvements  de  l’avant-bras  (pronation,  supination,  exten¬ 
sion  à  140°,  flexion  à  70°). 

D’après  la  description  de  M.  Richard,  il  est  facile  de  se  rendre 
compte  que  le  fragment  condylien  extirpé  par  lui,  et  qu’il  n’a  pas 
conservé,  était  identique  à  ceux  que  M.  Billet  et  moi-même  avons 
enlevés,  moins  volumineux  toutefois  que  les  nôtres,  surtout  que 
mon  fragment  (figuré  page  617  de  nos  Bulletins  en  1921). 

Comme  il  arrive  souvent  dans  les  cas  de  ce  genre,  la  radio¬ 
graphie  de  face  ne  fournit  pas  de  données  précises  sur  l’impor¬ 
tance  du  fragment  condylien  déplacé  :  elle  montre  seulement  une 
perle  de  substance  comparable  û  celle  que  produirait  une  pince 
gouge  dans  la  portion  la  plus  externe  du  contour  du  condyle  :  cet 
enfoncement  est  à  peine  comblé  par  deux  petits  fragments  gros 
comme  des  grains  de  blé.  Cependant  une  observation  attentive 
permet  de  constater  la  présence  au-dessus  de  la  trochlée  dans  la 
cavité  coronoïdienne  d’une  ombre  assez  large  évidemment,  repré¬ 
sentée  par  la  calotte  condylienne  déplacée  ainsi  que  le  prouve  la 
radiographie  de  profil. 

Bien  que  M.  Richard  ne  nous  donne  point  de  détails  sur  la 


SÉANCE  DU  28  NOVEMBRE 


1373 


situation  exacte  dans  laquelle  il  a  trouvé  le  fragment  condylien 
en  opérant,  il  est  permis  d’affirmer,  les  radiographies  en  main, 
que  ce  fragment  était  déplacé  non  seulement  en  dedans  au-dessus 
de  la  trochlée,  mais  que  —  tout  comme  dans  le  cas  de  Billet  et 
dans  un  des  miens  —  le  condyte  avait  tourné  de  90°  autour  de  la 
trochlée  comme  pivot,  la  face  externe  du  condyle  regardant 
-directement  en  haut. 

Chez  la  malade  de  M.  Richard,  comme  chez  les  nôtres,  la  flexion 
ne  pouvait  dépasser  l’angle  droit  ;  elle  se  heurtait  â  un  obstacle 
mécanique,  à  un  butoir  osseux. 

L’indication  opératoire  était  formelle  et  M.  Richard  n’a  pas 
bésité  à  intervenir,  ce  dont  nous  devons  le  féliciter.  11  suffit  de 
voir  combien  le  fragment  est  déplacé  pour  ne  pas  tenter  une 
réduction  qui,  en  admettant  qu’elle  soit  possible,  serait  forcément 
-défectueuse  ;  il  suffit  également  de  voir  comment  est  constitué  le 
fragment  pour  comprendre  qu'oa  ne  puisse  pas  songer  à  recourir 
à  des  procédés  d’ostéosynthèse,  vissage,  encadrement  ou  autres. 
Le  mieux  était  d’extirper  le  fragment.  Les  résultats  obtenus  par 
M.  Billet,  par  moi-même  —  dans  des  cas  où  les  fragments  extirpés 
soiit  cependant  volumineux  —  ont  été  si  parfaits  qu’ils  doivent 
•entraîner  la  conviction. 

Chez  î’opérée  de  M.  Richard,  le  résultat  fonctionnel  est  très 
.satisfaisant  ;  il  eût  été  sans  doute  encore  meilleur  si  la  malade 
s’était  prêtée  plus  volontiers  à  une  mobilisation  active. 

Il  me  reste  à  dire  un  mot  de  la  voie  d'accès  à  laquelle  a  eu 
recours  M.  Richard  pour  extirper  le  fragment  huméral.  11  a, 
•comme  M.  Billet,  utilisé  une  incision  antérieure  par  la  gouttière 
bicipitale  externe.  Je  ne  puis  que  répéter  ce  que  je  disais  déjà  en 
1921,  à  propos  du  cas  de  M.  Billet  :  je  crois  préférable  l’incision 
externe  sur  l’épicondyle,  qui  évite  les  rétractions  des  cicatrices 
aponévrotiques  ou  cutanées  si  fréquentes  au  pli  du  coude.  Sous  la 
cicatrice  opératoire  du  malade  de  M.  Billet,  on  sentait  une  bride 
saillante  qui  limitait  légèrement  l’extension.  La  cicatrice  opéra¬ 
toire  de  la  malade  de  M.  Richard  est  un  peu  dure,  chéloïdienne  ; 
elle  m’a  paru  prendre  une  certaine  part  dans  la  limitation  assez 
notable  du  mouvement  d’extension  du  coude.  Je  resterai  donc 
fidèle  à  l’incision  tout  à  fait  externe  sur  l’épicondyle. 

Celte  remarque  faite,  je  n’en  suis  que  plus  à  l’aise  pour  féliciter 
M.  Richard  d’avoir  si  bien  saisi  l’indication  opératoire  et  d’avoir 
ainsi  procuré  à  sa  malade  une  guérison  rapide. 

Je  vous  propose,  Messieurs,  de  remercier  M.  Richard  de  son 
intéressante  observation. 


1374 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Sur  une  disposition  anormale  du  péritoine , 
par  M.  Alberto  Farani  (de  Rio  de  Janeiro). 

Rapport  de  M.  RAYMOND  GRÉGOIRE. 

Le  Dr  Alberto  Farani  (de  Rio  de  Janeiro)  nous  a  adressé  un  tra¬ 
vail  fondé  sur  des  constatations  opératoires  dont  l'explication  lui 
échappa  ainsi  qu’aux  chirurgiens  qui  virent  le  fait  avec  lai. 

Voici  tout  d'abord  celte  observation  : 

Le  23  août  1922,  je  fus  appelé  par  mon  collègue,  le  D1’  Edmundo 
Ferreira  da  Rocha,  pour  opérer  d’urgence  une  occlusion  intestinale.  En 
arrivant  à  la  maison  de  santé,  j’y  trouvai  M.  P...,  âgé  de  trente-six  ans, 
marié,  commerçant.. 

Le  malade  était  calme.  Température  36"8,  pouls  battant  à  90.  11  se 
plaignait  d’une  absence  complète  d’évacuation  intestinale  :  ni  selles, 
ni  gaz  depuis  huit  jours.  L’interrogatoire  cependant  me  révéla  qu’il 
avait  pris  une  purge  et  que  celle-ci  avait  produit  peu  d’effet;  quant  aux 
gaz,  quoique  rares,  il  en  émettait  de  temps  en  temps.  Les  vomisse¬ 
ments  étaient  bilieux  et  non  fécaloïdes,  comme  il  l’affirmait.  11 
m’apprit  encore  que  trois  ou  quatre  fois  déjà  il  avait  souffert  de  façon 
semblable,  mais  que  la  crise  actuelle  se  présentait  beaucoup  plus 
intense.  Sa  première  crise  datait  d’une  vingtaine  d'années. 

Le  ventre  était  palpable,  le3  anses  ne  s’y  dessinaient  pas,  peu  de 
météorisme.  Dans  la  fosse  iliaque  gauche  une  tumeur  allongée,  cylin¬ 
drique, de  25  à  30  centimètres  de  longueur;  consistance  d’an=e  intesti¬ 
nale  dilatée  et  tendue. 

L’anamnèse  et  l’examen  me  firent  penser  à  une  occlusion  chronique 
de  l’intestin,  en  poussée  subaiguë.  Par  sa  situation  la  tumeur  me 
sembla  une  dilatation  de  la  sigmoïde.  C’éiaitune  hypothèse...  pas  très 
satisfaisante  d’ailleurs.  L’affection  était  sans  doute  chirurgicale,  mais, 
l'urgence  n’étant  pas  extrême,  j’appelai  en  consultation  mon  distingué 
confrère  Guilhermo  Armando. 

Par  un  examen  minutieux  il  s’aperçut  que  le  malade  avait  une  cryp- 
torchydie  bilatérale  avec  absence  complète  de  canal  inguinal  ;  grâce 
aux  données  de  l’occlusion  chronique  évolutive,  il  formula  sous  caution 
son  diagnostic  :  dégénérescence  maligne  du  testicule  ectopique  qui, 
par  des  adhérences  (brides  probablement),  s’était  fixé  à  l’intestin,  en 
modifiant  sa  continuité,  d’où  la  crise  de  subobstruction. 

Opération  le  26  août  1922.  Laparotomie  médiane  exptbralri.ee, puisque 
malgré  les  hypothèses  le  diagnostic  n’était  pas  rigoureusement  précis; 
en  ouvrant  le  péritoine,  je  tombai  dans  une  poche  à  droite,  limitée 
postérieurement  par  un  autre  feuillet  du  péritoine.  Dans  cette  poche 
se  trouvait  un  organe  blanchâtre,  ovalaire,  aplati  et  qui,  macroscopi¬ 
quement,  ressemblait  à  un  ovaire.  Donc  par  fincfsiou  on  trouvait  deux 
feuillets  péritonéaux  limitant  une  poche. 

J’incisai  le  feuillet  postérieur  et  tombai  dans  la  grande  cavité  péri- 


SÉANCE  DU  28  NOVEMBRE 


1375 


tonéale.  Eu  explorant  le  côté  gauche,  au  niveau  de  la  tumeur  révélée 
par  l’examen,  je  sentis  un  anneau  par  lequel  s’engageait  une  anse 
intestinale.  L’anneau  étant  difficilement  accessible,  je  fermai  l’incision 
de  laparotomie  médiane  et  procédai  à  une  nouvelle  ouverlure  ciclioto- 
mique  latérale  gauche.  Cette  incision  fut  (racée  dans  le  prolongement 
supérieur  de  celle  de  Mac  Burney. 

Immédiatement  au-dessous  de  la  paroi  je  trouvai  un  feuillet  périto¬ 
néal  ouvert  entre  deux  pinces.  Il  limitait  une  poche  semblable  à  celle 
'  de  droite  et  dans  laquelle  se  trouvait  une  anse  complète  du  grêle,  cou¬ 
leur  lie  de  vin.  L’anneau  d’étranglement  fut  débridé,  l’anse  libérée  et 
lavée  au  sérum  chaud  reprit  peu  à  peu  sa  coloration  normale.  Sa 
vitalité  étant  ainsi  évidente,  elle  fut  réintégrée  dans  l’abdomen  et 
l’anneau  fermé. 

Je  pus  alors  examiner  cette  poche.  L’anneau  d’étranglement  n’était 
autre  qu’une  ouverture  à  sa  paroi  postérieure,,  constituée  par  un 
second  feuillet  péritonéal.  Dans  l’inléi ieur  de  celte  seconde  poche, 
symétrique  de  celle  de  droite,  il  y  avait  aussi  un  organe  en  tout  sem¬ 
blable  à  un  ovaire,  et  qui  se  continuait  avec  un  cordon,  qu’on  dirait 
une  trompe.  Celui-ci  se  reliait  à  la  profondeur  à  quelque  chose  qui 
donnait  la  sensation  de  la  cavité  vaginale  palpée  à  travers  le  péritoine. 
Je  ne  pouvais  vraisemblablement  pousser  plus  loin  celte  exploration, 
que  je  fis  minutieusement  d’ailleurs,  eu  égard  au  choc  possible. 

Fermeture  du  feuillet  antérieur  de  la  poche  et  de  la  paroi.  L’opéra¬ 
tion  dura  29  minu'es,  par  la  perte  de  temps  de  l’exploration  des 
poches.. 

Période  post-opératoire  normale.  Les  premiers  jours,  pouls  à  120, 
diminution  progressive’.  Plus  de  vomissement.  Emission  de  gaz.  Pur¬ 
gation  le  cinquième  jour.  Le  malade  sort  guéri  le  douzième  jour. 

M.  Farani  s’étonne,  ainsi  cjue  ses  collègues.  CeS  deux  sacs 
péritonéaux,  placés  en  arrière  de  la  paroi  abdominale,  le  sur¬ 
prennent  d’autant  plus  que,  dit-il,  «  je  ne  trouve  nulle-part  de 
renseignement  et  les  collègues  qui  ont  vu  le  cas  avec- moi  avouent 
pareillement  leur  surprise  ».  Enfin,  il  nous  demande  quelle  expli¬ 
cation  embryologique  ou  tératologique  on  peut  bien  donner  de 
celte  anomalie. 

Il  est  cependant  bien  difficile,  sans  avoir  vu,  de  donner  une 
interprétation  rigoureuse,  et  nous  voilà  réduit  à  émettre  des  hypo¬ 
thèses.  J’ai  écrit  à  M  Alberto  Farani  pour  lui  demander  quelques 
éclaircissements  sur  certains  points  de  son  observation. 

Je  pense  pouvoir  émettre  l'interprétation  suivante  :  le  malade 
était  un  cryptorchide  bilatéral  avec  «  absence  complète  du  canal 
inguinal  ».  Je  pense  qu’il  faut  comprendre  :  absence  d’orifice 
externe  du  canal  inguinal. 

Ce  cryptorchide  fait  une  occlusion  intestinale,  et  l’on. trouve  en 
arrière  de  la  paroi  abdominale  gauche  une  tumeur  allongée  et. 


1376 


SOCIÉTÉ  DE  CUIR  ORGIE 


formée  par  une  anse  violacée  contenue  dans  un  sac  péritonéal 
rétro  pariétal.  Dans  ce  sac  aussi  se  trouvait  une  glande  génilale. 

Du  côté  droit, on  trouve  une  poche  semblable,  mais  elle  ne  con¬ 
tient  que  la  glande  génitale  droite  et  pas  d’anse  intestinale. 

Bien  qu'on  se  trouve  en  présence  d’un  fait  assez  rare,  je  pense 
qu’il  faut  y  voir  un  exemple  du  double  sac  herniaire  propéritonéal 
avec  étranglement  intestinal  du  côté  gauche  et  ectopie  propérito¬ 
néale  des  glandes  génitales. 

Je  vous  propose  de  remercier  M.  Alberto  Farani  de  son  intéres¬ 
sante  observation  et  de  la  conserver  dans  nos  Bulletins. 

M.  Cunéo.—  Il  s’agit  très  vraisemblablement  de  la  portion  ini¬ 
tiale  du  canal  vagino-péritonéal,  décrite  depuis  longtemps  par 
Ramonède.  Cette  portion  est  placée  en  arrière  de  l'orifice  interne 
du  canal  inguinal,  en  avant  du  péritoine. 

M.  Bhoca.  —  C'est  le  cas  absolument  classique,  et  je  ne  vois  pas 
que  l’auteur  ait  lieu  beaucoup  de  s’étonner.  Ce  qui  m’étonne, 
c’est  qu’il  n’ait  pas  trouvé  de  cas  analogues  dans  la  littérature. 


Statistique  de  cinquante  et  une  interventions  gastriques 
avec  lever  précoce 
du  deuxième  au  quatrième,  jour. 

Avantages  du  lever  précoce , 
par  M.  L.  Bkisset  (de  Saint-Lô). 

Rapport  de  M.  RAYMOND  GRÉGOIRE. 

Il  y  a  des  questions  qui  reviennent  périodiquement  devant  la 
Société  de  Chirurgie.  Généralement,  elles  n’avancent  guère.  Il  n’en 
est  pas  de  même  de  celle-ci. 

Lorsqu’en  1908  mon  maître  M.  J.-L.  Faure  vint  proposer  de 
faire  lever  au  douzième  jour  les  opérés  du  ventre,  la  plupart  des 
chirurgiens  s’en  tenaient  encore  au  chiffre  fatidique  et  empirique 
de  vingt  et  un  jours  de  lit.  Je  crois  bien  que  depuis  tout  le  monde 
s’est  rendu  compte  que  M.  J.-L.  Faure  avait  raison. 

Aujourd’hui,  M.  Brisset  nous  apporte  une  statistique  de  51  cas 
d’opérations  sur  l’estomac  avec  lever  précoce. 

Voyons  d’abord  ses  résultats,  puis  ses  arguments. 

Il  ne  s’agit  pas  ici  du  lever  précoce  de  tous  les  opérés,  mais 
exclusivement  des  opérés  de  l’estomac,  et  encore  M.  Brisset  a-t-il 
soin  d’exclure  de  cette  pratique  les  néoplasiques,  en  raison  de 
Jeur  cicatrisation  plus  lente  et  de  leur  tendance  aux  œdèmes. 


SÉANCE  DU  28  NOVEMBRE 


137T 


Il  y  a  trois  ans  que  M.  Brisseta,  pour  la  première  fois,  tenté  de 
lever  précocement  ses  opérés  d’estomac.  II  a  continué  depuis  : 

40  fois  après  gastro-entérostomie  simple; 

3  fois  après  Balfour  suivi  de  gastro-entérostomie  ; 

4  fois  après  Balfour,  gastro-entérostomie  et  cholécystec¬ 
tomie; 

3  fois  après  excision  simple  d’ulcères  ; 

1  fois  après  résection  médiogastrique  pour  biloculation. 

Or,  c’est  bien  exactement  de  lever  précoce  qu’il  s’agit,  et  même 
de  lever  très  précoce,  puisque,  sur  40  gastro-entérostomies,  26  on  télé- 
levées  dès  le  lendemain  et  les  14  autres  du  deuxième  au  quatrième 
jour.  Les  3  Balfour,  suivis  de  gastro-entérostomie,  ont  été  levés  le 
lendemain.  Les  4  Balfour  suivis  de  gastro-entérostomie  et  de 
cholécystectomie  ont  été  levés  le  troisième  jour.  Sur  3  excisions 
d’ulcère,  une  a  été  levée  le  lendemain;  les  deux  autres,  le  troi¬ 
sième  et  le  quatrième  jour.  La  résection  pour  biloculation  a  été 
levée  le  lendemain. 

«  Sur  ces  cinquante  et  un  opérés  levés  tôt,  ajoute  M.  Brisset, 
nous  n’avons  observé  aucune  complication  immédiate  ou  tardive, 
pas  même  un  incident.  »  . 

Voilà  les  faits.  Ils  sont  assez  impressionnants. 

Les  arguments  qui  les  justifient  ne  sont  pas  sans  valeur. 

La  pratique  de  M- Brisset  n’est  faite  ni  de  fantaisie,  ni  du  désir 
d’innovation  téméraire.  Il  a  voulu  «  éviter  les  complications  post¬ 
opératoires  de  congestions  ffessives  ou  actives,  donner  à  ses 
opérés  l'avantage  certain  et  considérable  de  stimuler  par  le  mou¬ 
vement  les  fonctions  de  la  vie  organique  et  leur  garder,  pour 
n’avoir  pas  à  en  refaire  l’éducation,  le  sens  de  l’équilibre  et  le  jeu 
de  leurs  muscles  ». 

Les  raisons  qui  ont  conduit  ce  chirurgien  à  faire  lever  précoce¬ 
ment  ses  opérés  sont  incontestablement  excellentes.  Cependant 
n’y  a-t-il  à  celle  façon  de  faire  aucun  inconvénient?  M.  Brisset 
ne  le  dit  pas.  Je  le  ferai  pour  lui. 

On  a  toujours  opposé  au  lever  précoce  des  opérés  les  mêmes 
arguments..  Déjà,  en  1908,  on  disait  à  M.  J.-L.  Faure  :  le  lever  pré¬ 
coce  est  dangereux  d’abord  parce  qu’il  ne  tient  pas  compte  du 
repos  général  dont  tous  les  grands  opérés  ont  besoin;  ensuite- 
parce  qu’il  risque  de  provoquer  une  embolie,  si  quelque  thrombus 
s’est  fait  dans  une  veine  ;  enfin  parce  qu’il  prépare  les  éventra¬ 
tions  en  compromettanLla  réparation  des  plaies  et  la  constitution 
de  cicatrices  solides. 

À  cette  époque,  on  bataillait  pour  les  vingt  et  un  jours.  Ceux 
qui  voulaient  rompre  avec  cette  vieille  routine  et  faire  lever  les 
opérés  après  douze  ou  quinze  jours  n’allaient-ils  pas  au-devant  des' 


1378 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


pires  dangers?  Aussi,  disait  Segond,  tout  en  appréciant  l’intérêtde 
la  communication  de  M.  Faure,  suis-je  un  peu  inquiet  de  la  portée 
qu’elle  pourrait  avoir,  faite  par  lui  et  à  cette  tribune,  et  je  verrais 
un  réel  danger  à  la  diffusion  de  la  pratique  nouvelle  dans  tous  les 
milieux. 

Aujourd’hui  que  la  pratique  nouvelle  alors  est  devenue  la  pra¬ 
tique  courante,  on  se  rend  bien  compte  que  l’embolie  et  l’éven¬ 
tration  ne  sont  pas  devenues  plus  à  craindre. 

Mais  si  nous  avons  constaté  que  l’on  pouvait  sans  danger 
limiter  la  durée  du  séjour  au  lit  à  douze  ou  quinze  jours,  pouvons- 
nous  maintenant  approuver  la  suppression  du  séjour  au  lit  pour 
un  opéré,  car  pratiquement  le  lever  au  deuxième  jour  équivaut  à 
cette  suppression. 

Je  crois  bien  que  si  je  concluais  dans  l’affirmative  je  soulèverai 
aujourd'hui  les  mêmes  protestations  que  mon  maître  J.-L.  Faure 
en  1908. 

Et  cependant,  dans  ces  années  passées,  les  nécessités  du  moment 
ne  nous  ont-elles  pas  appris  que  l’on  pouvait  laisser  lever  de  suite 
un  opéré  de  la  tête,  marcher  au  bout  de  quatre  à  cinq  jours  un 
genou  arthrolomisé,  une  poitrine  thoracotomisée. 

Contrairement  à  ce  que  nous  avions  pensé  jusqu’alors,  le  séjour 
au  lit  n’est  pas  indispensable  à  cerlains  opérés.  Je  pense  même 
qu’il  y  a  tout  intérêt  à  ne  pas  maintenir  au  lit  les  malades  qui 
peuvent  se  lever  après  leur  opération  lorsque  celle-ci  porte  sur  la 
tête,  le  cou  ou  le  thorax. 

Ce  qui  paraît  tout  naturel  aujourd’hui  dans  ces  derniers  cas 
aurait  paru  de  la  dernière  imprudence  autrefois. 

Mais  peut-on  aller  au  delà  et  étendre  cette  formule  aux  opérés 
de  l’abdomen  ? 

La  statistique  de  M.  Brisset  semble  le  faire  croire  et  elle  n’est 
pas  négligeable  puisqu’elle  porte  sur  51  cas.  Encore  faut-il  remar¬ 
quer  qu’elle  n’a  trait  qu’à  des  laparotomies  sus-ombilicales  et 
pour  des  affections  dans  lesquelles  l’embolie  post-opératoire  est 
chose  tout  à  fait  exceptionnelle.  Toutes  les  parois  ont  tenu  et  il 
n’y  a  pas  eu  un  seul  cas  d’éventration. 

Il  faut  donc  accepter  les  chiffres  de  celte  statistique  comme  on 
nous  les  donne. 

Peut-être  après  une  laparotomie  sus-ombilicale  me  laisserais-je 
tenté  à  suivre  cet  exemple;  mais  j’avoue  que  je  n’oserais  pas 
généraliser  et  faire  de  même  pour  une  laparotomie  sous-ombili¬ 
cale  tant  qu’on  ne  m’aura  pas  démontré  le  contraire. 

En  dernier  lieu,  M.  Brisset  insiste  sur  l’importance  qu’il  y  a  à 
suturer  la  paroi  aux  crins  couplés,  comme  il  apprit  à  le  faire  chez 
son  maître  Wallher.  Je  pense,  en  effet,  que  la  pratique  du  lever 


SÉANCE  DU  28  NOVEMBRE 


1379 


précoce  après  laparotomie  ae  peut  être  défendable  qu’à  l’expresse 
condition  d’user  de  fils  non  résorbables.  Cela  se  conçoit  sans 
peine. 

Messieurs,  la  question  du  lever  des  opérés  a  notablement  évolué 
depuis  vingt  ans.  Jadis  le  séjour  au  lit  était  un  dogme  et  sa  durée 
uniformément  et  empiriquement  fixée  à  vingt  et  un  jours.  Puisona 
su  qu’on  pouvait  diminuer  cette  durée  à  douze  ou  quinze  jours 
pour  les  opérés  de  l’abdomen,  et  bien  davantage  après  beaucoup 
d’autres  opérations.  Faut-il  comprendre  parmi  celles-ciles  laparo¬ 
tomies  sus-ombilicales?  Si  l’on  nous  apportait  beaucoup  de  statis¬ 
tiques  comme  celle-ci,  il  faudrait  bien  l’admettre. 

Pour  l'instant,  acceptons  ces  faits,  bien  qü’ils  nous  paraissent 
surprenants  et  ne  nous  hâtons  pas  de  les  critiquer  sans  raisons, 
d’après  nos  habitudes  ou  nos  impressions,  ce  qui  équivaudrait  à 
dire  :  Je  ne  fais  pas  ainsi,  donc  ce  n’est  pas  faisable. 

Je  vous  propose  de  remercier  M.  Brisset  de  nous  avoir  adressé 
son  travail. 

M.  Waltuer.  —  M.  Brisset  emploie  la  suture  à  crins  perdus 
qu’il  m’a  vu  pratiquer  quand  il  était  mon  interne  et  dont  il  a  pu 
apprécier  la  valeur. 

Je  ne  puis  que  confirmer  ce  qu’il  a  dit  à  ce  sujet  et  je  crois  que 
pour  toutes  les  laparotomies  médianes  sus-ombilicales  l’emploi  de 
crins  perdus  met  seul  à  l’abri  des  éventrations  si  fréquentes  aux 
cicatrices  de  celte  région.  Je  n’emploie  pour  les  laparotomies 
sous-ombilicales  la  suture  à  crins  perdus  que  dans  quelques  cas 
à  indications  particulières.  Mais,  je  le  répète,  je  la  fais  toujours 
dans  les  incisions  sus-ombilicales,  médianes  s’entend,  car  les 
transversales  n’exposent  guère  à  l’éventration. 

Grâce  à  cette  garantie  de  solidité  de  la  paroi,  j’ai  depuis  très 
longtemps  fait  lever  au  bout  de  deux  ou  trois  jours  mes  opérés 
d’estomac,  de  gastro-entérostomies,  mais  un  peu  plus  tard  les 
larges  résections  d’estomac.  Ce  lever  consiste  non  pas  à  faire 
marcher  les  opérés,  mais  à  les  mettre  pendant  quelques  heures 
chaque  jour  dans  un  fauteuil. 

Je  n’ai  jamais  fait  lever  précocement  les  opérés  de  laparotomie 
sous-ombilicale.  Je  suis  en  ce  point  tout  à  fait  d’accord  avec 
M.  Grégoire. 

Pour  les  opérés  d’estomac  il  me  semble  y  avoir  trouvé  de  réels 
avantages,  notamment  d’éviter  la  congestion  pulmonaire  autre¬ 
fois  si  fréquente.  Je  vous  ai  apporté  il  y  a  quelques  années,  eh 
vous  présentant  une  pince  de  Témoin  modifiée,  une  série  d’uhé 
trentaine  de  gastro-entérostomies  sans  élévation  de  température, 
sans  aucune  ^complication  pulmonaire,  ce  qui  était  dû  sans  doute 


1380 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


à  l'asepsie  que  garantit  l'usage  de  la  pince  et  peut-être  aussi  au 
lever  précoce  des  opérés. 

M.  Savariaud.  —  Je  puis  répondre  au  desiralum  formulé  par 
notre  collègue  Brisset.  Je  puis  vous  parler  des  impressions  post¬ 
opératoires  d’un  de  mes  amis  les  plus  intimes  qui,  pour  éviter  les 
fâcheux  effets  du  cathétérisme  de  l’urètre,  s’est  levé  dès  le  pre¬ 
mier  jour  d’une  cure  de  hernie  ombilicale  et  a  continué  à  le  faire 
tous  les  jours.  11  a  pu  se  rendre  compte  qu’il  est  infiniment  plus 
agréable  de  passer  d’une  position  à  l’autre  et  de  circuler,  fût-ce 
assez  péniblement  au  début,  dans  sa  chambre,  que  de  rester  con¬ 
tinuellement  au  lit,  fût-ce  dans  des  positions  variées. 

J’ajoute  que,  personnellement,  j’emploie  depuis  cinq  ans  les 
sutures  perduestie  la  paroi  au  crin  et  que,  sans  aller  jusqu’à  obliger 
mes  opérés  à  se  lever  dès  le  deuxième  ou  le  troisième  jour, 
j’engage  les  maigres  à  se  lever  du  huitième  au  dixième  jour  et' 
les  obèses  du  douzième  au  quatorzième. 


Questions  à  l’ordre  du  jour. 

1°  Rachianesthésie. 

L’association  de  la  caféine  et  de  la  stovaïne  en  rachianesthésie , 
par  M.  A.  Le  Roy  des  Barres, 

Professeur  de  Clinique  obstétricale  et  gynécologique 
à  la  Faculté  de  Médecine  de  Hanoï. 

Rapport  de  M.  PAUL  RICHE. 

«  Depuis  de  nombreuses  années,  —  dit  l’auteur,  —  nous  utili¬ 
sons  presque  exclusivement  l’anesthésie  rachidienne  par  la  sto- 
vaïne-strychnine  Billon  pour  toutes  les  opérations  sur  les  membres 
inférieurs  et  l’étage  inférieur  de  l’abdomen.  A  part  quelques 
alertes  (très  rares)  d’arrêt  respiratoire  et  ayant  toujours  cédé  faci¬ 
lement  aux  injections  d’huile  camphrée  et  de  sparléine  ou  de 
caféine  (sauf  un  cas  où  en  outre  de  là  respiration  artificielle  nous 
dûmes  avoir  recours  à  une  injection  intracardiaque  de  caféine), 
nous  n’avons  jamais  eu  d’accident  sérieux  à  déplorer,,  et  surtout, 
à  part  quelques  maux  de  tète,  nous  n’avons  jamais  observé  que 
des  suites  bénignes  pour  ce  genre  d’anesthésie. 

«  Après  l’article  de  Jonnesco  concernant  l’association  de  la 
caféine  à  la  stovaïne  pour  la  rachianeslhésié,  nous  avons  pensé 
pouvoir  encore  diminuer  ces  incidents  en  employant  ce  nouveau 
mélange.  » 


SÉANCE  DU  28  NOVEMBRE 


1381 


Le  Roy  des  Barres  se  mit  alors  à  injecter  6  centigrammes  de 
stovaïne  et  37  centigrammes  de  caféine  dissoute  à  la  faveur  de 
37  centigrammes  de  benzoale  de  soude  après  soustraction  de 
20  cent,  cubes  de  liquide  céphalo-rachidien. 

Notons  en  passant  qu’il  pratique  le  barbolage. 

Il  procéda  ainsi  dans  19  cas  dont  il  nous  envoie  les  observations 
résumées.  Pour  l’exposé  d'ensemble  des  résultats,  je  ne  puis 
mieux  faire  que  de  lui  laisser  encore  une  fois  la  parole  : 

«  Il  est  juste  de  dire  que  les  anesthésies  se  passèrent  sans 
aucun  incident  et  furent  à  ce  point  de  vue  supérieures  à  celles 
faites  avec  notre  procédé  antérieur. 

«  Malheureusement  il  n’en  fut  pas  de  même  des  suites... 

«  Si  nous  examinons  ces  19  observations  nous  voyons  que  deux 
malades  seulement  n’ont  pas  présenté  d’incidents  à  la  suite  de 
rachianesthésie  par  la  stovaïne-caféine. 

«  Trois  malades  ont  eu  de  la  rétention  vésicale  incomplète  pen¬ 
dant  un  laps  de  temps  variant  de  quatorze  à  dix-huit  jours. 

«  Deux  malades  furent  atteints  de  rétention  d’urine  complète 
pendant  vingt  à  quarante  jours. 

«  Deux  malades  ont  présenté  de  la  rétention  complète  et  delà 
parésie  des  membres  inférieurs  pendant  douze  et  quatorze  jours. 

«  Deux  malades  ont  eu  de  la  rétention  incomplète  et  des  phéno¬ 
mènes  de  cystite  suraiguë  ;  un  de  ces  malades  a  quitté  notre 
service  sur  sa  demande,  en  fort  mauvais  état,  et  nous  n’avons 
pas  eu  de  renseignements  surlui  ;  le  second  malade  estsorti  guéri 
le  vingt-huitième  jour. 

«  Sur  quatre  malades  atteints  de  rétention  complète  compliquée 
de  cystite,  deux  ont  guéri  après  quatorze  et  quarante  jours  de  trai¬ 
tement,  deux  sont  morts  au 'trente-septième  et  au  quarante  et 
unième  jour. 

«  Une  malade  a  été  atteinte  de  rétention  complète  et  de  para¬ 
plégie  et  n’est  pas  encore  guérie  de  sa  paraplégie  à  l’heure  actuelle 
{18  mai]. 

«  Un  malade  est  mort  de  méningite  aseptique  le  deuxième  jour. 

«  Un  malade  a  présenté  une  constipation  opiniâtre  et  de  la 
rétention  ;  il  est  mort  le  cinquante-huitième  jour  ;  un  autre,  pré¬ 
sentant  les  mêmes  troubles,  a  guéri  au  bout  de  dix-huit  jours. 

«  Au  total,  sur  17  malades  ayant  présenté  des  troubles,  11  ont 
complètement  guéri;  une  malade  est  encore  dans  un  mauvais  état; 
4  sont  morts  des  suites  de  rachianesthésie  et  nous  sommes  sans 
renseignements  sur  le  dernier -malade. 

«  En  présence  de  ces  désastres, 'nous  sommes  revenus  à  notre 
pratique  ancienne  et  nous  venons  d’opérer  avec  la  rachislovaïne- 
strychnine  Billon  14  malades  sans  aucun  incident  notable  au  cours 

BULL.  ET  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CHIK.,  1923.  102 


1882 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


de  l’anesthésie  et  surtout  sans  aucun  incident  consécutif... 

«  L’expérience  est  à  nos  yeux  concluante  et  nous  estimons  qu’il 
ne  saurait  s’agir  dans  les  premiers  19  cas  d’une  mauvaise  série.  » 

Le  Roy  des  Barres  a  pourtant  un  scrupule  et  se  demande  si  ce 
n’est  pas  le  benzoate  de  soude  qu’il  aurait  eu  tort  d’utiliser  ;  nous 
pouvons  le  rassurer  en  lui  confirmant  que  la  formule  de  Jonnesco 
en  comporte  aussi:  il  est  indispensable  pour  permettre  la  dissolu¬ 
tion  de  la  caféine.  '  . 

Je  n’ai-,  quant  à  moi,  aucune  expérience  personnelle  de  la  sto¬ 
vaïne-caféine.  Du  fait  quej’emploiela  solution  princeps  de  Jonnesco 
je  ne  me  crois  pas  obligé  de  lui  emboîter  le  pas  chaque  fois  qu’il  lui 
plaira  d’en  changer.  Si  je  ne  l’ai  pas  suivi  dans  le  cas  particulier,  ce 
n’est  ni  par  ignorance  ni  par  misonéisme,  mais  parce  que  je 
n’avais  pas  les  mêmes  raisons  que  lui  de  modifier  ma  pratique. 

Les  motifs  qui  ont  guidé  Jonnesco  ont  échappé  à  ses  imitateurs. 
Avec  la  stovaïne-stri/chnine  il  ne  pouvait  dans  ses  anesthésies 
hautes  ( cervico-dorsales )  dépasser  sans  accident  1  om  2  centigrammes 
de  stovaïne,  ce  qui  était  insuffisant.  Il  l’a  dit  expressément  au  Con¬ 
grès  de  Strasbourg.  Voyant  que  Bloch  et  Hertz  traitaient  les  acci¬ 
dents  bulbaires  post-anesthésiques  par  l’injection  intra-rachi- 
dienne  de  caféine,  il  eut  l’idée  d’employer  cette  substance  d’une 
façon  préventive  et  d’associer  la  caféine  à  la  stovaïne.  De  fait,  il 
semble  qu’il  a  atteint  son  but,  puisqu’il  nous  disait  récemment 
qu’il  pouvait  injecter  ainsi  5  à  6  centigrammes  de  stovaïne  dans 
ses  anesthésies  hautes  (tête,  face  et  cou)  sans  observer  ni 
angoisse  ni  alerte  bulbaire. 

Comme  il  disait  à  Strasbourg  avoir  eu  avec  25  centigrammes 
de  caféine  des  résultats  'excellents  et  avec  50  centigrammes  de 
caféine  des  résultats  merveilleux,  il  enthousiasma,  ses  auditeurs. 

Voyons  ce  que  disent  aujourd’hui  ceux  qui  ont  employé  la 
stovaïne-caféine  : 

D’après  Bloch  et  Hertz  (La  Presse  Médicale,  7  févrierl923),  l’addi¬ 
tion  de  caféine  déterminerait  unecertaine  excitation  etle  mélange 
novocaïne-caféine  n'aurait  pas  un  pouvoir  anesthésique  parfait. 

Mon  élève,  collègue  et  ami  Bernard  Desplas  a  de  l’anesthésie 
rachidienne  une  certaine  expérience  puisqu’il  en  compte  dans  les 
2.000cas.  Il  avait  fait  au  la  avril  (La  Presse  Médicale,  23  mai  1923} 
70  anesthésies  avec  la  stovaïne-caféine.  11  concluait  à  la  supériorité 
de  cette  formule,  à  condition  qu’elle  soit  employée  pour  des  opé¬ 
rations  sous-ombilicales.  D’accord  eD  cela  avec  Le  Roy  des  Barres, 
il  déclare  qu’il  y  a  moins  d’incidents  au  cours  même  de  l’anes¬ 
thésie,  laquelle  lui  semble  écourtée  quelque  peu  et  ne  signale 
aucun  incident  post-anesthésique.  Je  ne  sais  s’il  a  continué  ou  s’il 
est  revenu  à  notre  ancienne  stovaïne-slrychnine,  comme  il  l’avait 


SBANCE  DU  28  NOVEMBRE* 


1383 


toujours  fait  après  lui  avoir  fait  quelques  infidélités  avec  ia 
cocaïne  et  toutes  les  novocaïnes. 

Guibal  (de  Béziers)  publiait  dans  La  Presse  Médicale  du 
4  juillet  1923  un  article  intitulé  :  Anesthésie  rachidienne.  Ineffica¬ 
cité  et  méfaits  de  l'injection  intrarachidienne  de  caféine.  D’une 
façon  générale,  il  a  perdu  beaucoup  de  son  enthousiasme  pour 
l'anesthésie  rachidienne  dans  laquelle  il  ne  peut  être  considéré 
comme  un  débutant,  puisqu’il  en  compte  quelque  3.500  cas.  Je 
note  d’abord  quelle  est  sa  technique  :  il  recueille  dans  un  matras 
2  cent,  cubes  de  liquide  céphalo-rachidien,  y  fait  fondre  la  dose 
voulue  de  novocaïne,  réinjecte  la. solution,  aspire  et  refoule  deux 
ou  trois  fois,  puis  injecte  la  caféine  et  fait  un  nouveau  barbotage. 
Il  fait  subir  à  ses  malades  une  digitalinisation  préopératoire. 

Voici  le  résultat  de  son  expérience  de  la  caféine  :  15  cas  de 
novocaj'ne-caféine  lui  donnent  autant  d’accidents  bulbaires  que 
700  cas  de  novocaïne  pure  ;  de  plus  il  a  eu  des  accidents  complè¬ 
tement  inattendus  :  parésies,  anesthésies,  troubles  des  réservoirs, 
escarres  aiguës.  11  ajoute,  non  sans  mélancolie  : 

«  En  25  jours,  ces  15  cas  ont  affligé  ma  statistique  de  désastres 
post-opératoires  dont  une  pratique  de  l'anesthésie  rachidienne 
poursuivie  pendant  douze  ans  avec  près  de  3.500  cas  ne  m’avait 
même  pas  laissé  entrevoir  la  possibilité.  » 

D’un  article  de  M.  Oudard,  Jean  et  Polieard  publié  dans  le 
Journal  de  Chirurgie  du  mois  d’août  1923,  j’extrairai  les  phrases 
suivantes.  «  L’emploi  de  la  caféine,  selon  la  dernière  formule  de 
Jonnesco,  nous  a  donné  des  anesthésies  incomplètes,  d’autres 
franchement  mauvaises,  sans  nous  débarrasser  pour  cela  des 
céphalées  post-opératoires.  Nous  avons  même  observé  un  cas  de 
méningisme.  Ces  mauvais  résultats  ne  font  du  reste  que  confirmer 
les  constatations  d’Alamartine  et  de  Cotte  et  de  Bloch  et  Hertz.  » 
Notons  que  les  auteurs  de  l’article  emploient  la  stovaïne. 

Dans  notre  séance  du  17  octobre  dernier,  Jonnesco  est  venu 
défendre  sa  solution.  Il  nous  a  apporté  une  statistique  de 
108  anesthésies  hautes  et  485  anesthésies  basses  faites  avec  la 
stovaïne-caféine  sans  accidents.  Il  nous  a  fait  remarquer  que 
Guibal  employait  la  novocaïne  et  que  ses  critiques  ne  pouvaient 
l’atteindre.  Cet  argument  ne  porte  pas  contre  les  faits  de  Le  Roy 
des  Barres  et  de  MM.  Oudard,  Jean  et  Polieard. 

Jonnesco  nous  a  pourtant  fait  cet  aveu  :  <>  La  pratique  m’a 
démontré  que  l’emploi  de  50  centigrammes  de  caféine  dans  les 
injections  basses  produisait  assez  souvent  un  accident  sinon 
grave  tout  au  moins  désagréable  :  la  rétention  plus  ou  moins  pro¬ 
longée  d’urine.  »  Et  pour  les  injections  basses  il  a  réduit  la  dose 
à  20  ou  25  centigrammes.  Ainsi  il  n’aurait  plus  eu  d’ennuis. 


4384 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE*. 


Ma  conclusion  personnelle  sera  la  suivante  :  L’addition  de 
ca'éine  à  la  solution"  de  stovaïne  est  peut-être  utile  pour  les 
anesthésies  cervico-dorsales;  pour  les  anesthésies  de  la  zone 
sous-ombilicale  elle  est  inutile  et  paraît  dangereuse. 

Je  vous  propose,  Messieurs,  d’adresser  nos  remerciements  à 
M.  Le  Roy  des  Barres  pour  son  intéressante  communication. 

M.  Cn.  Dujarier.  —  Puisque  la  question  de  l’anesthésie  lombaire 
est  à  l’ordre  du  jour  je  crois  qu’il  est  du  devoir  de  tous  ceux  qui 
en  ont  une  pratique  étendue  de  venir  apporter  leur  technique, 
leurs  résultats  et  leurs  accidents.  J’utilise  la  rachianesthésie  depuis 
que  mon  maître  Tuffier  a  sinon  créé,  du  moins  rendu  pratique, 
celte  méthode  il  y  a  près  de  vingt-cinq  ans. 

Je  n’ai  pas  la  statistique  intégrale  depuis  le  début.  Mais  j’ai  fait 
relever  depuis  le  1er  janvier  les  cas  d’anesthésie  lombaire  prati¬ 
qués  dans  mon  service  de  Boucicaut.  Arrêtés' au  24  novembre,  ils 
sont  de  472  dont  225  pratiqués  par  moi  et  247  par  mes  assistants  ; 
pendant  la  même  période  j’ai  utilisé,  dans  un  dispensaire  que  je 
dirige,  90  fois  l’anesthésie  rachidienne.  C’est  donc  près  de 
330  anesthésies  personnelles  par  an.  Aussi  en  estimant  à  4.000  le 
nombre  total  de  mes  anesthésies  personnelles,  je  ne  crois  pas 
m’éloigner  beaucoup  de  la  vérité. 

Technique.  —  Je  n’utilise  plus  actuellement  que  la  novocaïne 
pure  en  solution  à  10  p.  100.  J’ai  fait  une  petite  enquête  en  ulili- 
lisant  trois  séries  deSO  cas  de  novocaïne  de  provenance  diverse.  Je 
dois  avouer  qu’aucune  ne  m’a  paru  supérieure  aux  autres. 

Pour  les  opérations  sur  le  périné  et  les  membres  inférieurs,  je 
n’utilise  que  6  à  8  centigrammes  et  je  fais  la  ponction  lombaire 
basse.  Pour  la  laparotomie  sous-ombilicale,  j’emploie  10  à  12  cen¬ 
tigrammes  et  la  ponction  dorso-lombaire.  Pour  les  opérations  sur 
le  foie  et  l’estomac,  j’emploie  12  centigrammes  au-dessus  de  la 
10°  dorsale.  Je  n’ai  jamais  utilisé  la  rachianesthésie  haute. 

Je  n’attache  pas  grande  importance  à  la  quantité  de  liquide 
céphalo-rachidien  extrait,  et  cela  après  de  multiples  expériences. 
Quand  la  pression  est  forte,  je  laisse  le  liquide  couler  en  jet  pen¬ 
dant  quelques  instants,  sinon  j’aspire  de  suite  le  liquide  céphalo¬ 
rachidien  avec  la  seringue  chargée  de  novocaïne  et  je  pousse  dou¬ 
cement  l’injection.  Mais  jamais  je  n’injecte  quand  le  liquide 
céphalo-rachidien  ne  sort  pas  normalement.  Au  début  de  ma 
pratique  j’ai  eu  un  cas  de  rétention  d’urine  avec  incontinence  des 
matières  pour  avoir  enfreint  cette  règle.  Pour  mieux  pratiquer 
le  mélange  de  l’anesthésique  et  du  liquide  céphalo-rachidien  et 
pour  être  sûr  que  mon  injection  a  été  faite  en  bon  lieu  j’aspire  et 
je  repousse  une  ou  deux  fois,  toujours  avec  douceur.  Je  crois,  en 


28  NOVEMBRE 


1385 


SÉANCE  nu 


effet,  que  la  plupart  sinon  la  totalité  des  échecs  d’anesthésie  sont 
dus  à  ce  que  la  novocaïne  n’a  pas  été  injectée  en  bon  lieu,  soitpar 
suite  d’une  faute  de  technique,  soit  par  suite  de  cloisonnements  de 
l’espace  céphalo-rachidien. 

Résultats.  —  Je  n’insisterai  pas  à  nouveau  sur  les  avantages  de 
l’anesthésie 'rachidienne  et  sur  le  silence  abdominal  absolu  quelle 
procure. 

Les  échecs  d’anesthésie  sont  devenus  très  raves  :  j’ai  pourtant 
noté  des  anesthésies  incomplètes  ou  de  durée  insuffisante.  Mais 
c’est  l’exception,  et  j’ai  pu  pratiquer  des  opérations  de  une  heure 
et  demie  à  deux  heures  sans  être  obligé  de  donner  un  peu  d'éther. 

J’ai  eu  quatre  morts  opératoires,  mais  toujours  chez  des  cancé¬ 
reux,  des  cachectiques  très  âgés  ou  des  malades  en  occlusion.  Je 
n’ai  jamais  eu  personnellement  de  cas  de  mort  chez  des  malades 
jeunes  et  sans  tare.  Peut-être  ai-je  été  un  privilégié. 

Pendant  l’opération  j’ai  noté  des  vomissements,  de  la  pâleur  avec 
état  syncopal,  des  défécations  intempestives.  Dans  deux  cas  d’hys¬ 
térectomie  totale  j’ai  eu,  comme  Guibal,  du  reflux  des  matières  par 
le  vagin.  Un  cas  a  guéri,  l’autre  a  succombé  à  de  la  péritonite  : 
aussi  je  fais  toujours  mettre  une  compresse  à  la  vulve  pour  éviter 
cet  inconvénient. 

J’ai  eu  des  cas  d’apnée;  en  général  la  respiration  artificielle 
suffit  à  sauver  le  malade.  Mes  4  cas  de  mort  se  sont  produits  par 
ce  mécanisme.  Après  l’opération ,  le  gros  ennui  de  la  rachianesthésie 
est  la  céphalée.  Elle  est  assez  fréquente  et  cesse  d’habitude  au  bout 
de  quelques  jours,  mais  dans  1  cas  elle  a  duré  plus  d’un  mois.  Il 
s’agissait  d’un  syphilitique  quia  fini  par  guérir. 

La  situation  horizontale  calme  en  général  celte  céphalalgie.  La 
ponction  lombaire  ne  m’a  jamais  donné  aucun  résultat.  L’adréna¬ 
line  et  des  calmants,  notamment  la  véralgine,  m’ont  au  contraire 
donné  des  succès. 

Comme  paralysie  j’ai  noté  2  cas  de  paralysie  du  moteur  oculaire 
externe,  1  cas  de  parésie  du  membre  inférieur  droit,  de  la  réten¬ 
tion  d’urine.  Mais  ces  complications  n’ont  pas  été  graves  et  les 
malades. ont  bien  guéri.  Je  signalerai  encore  1  cas  de  parélysie 
tabétique  chez  un  pré-  tabétique  et  des  élévations  thermiques* 
dont  1  cas  à  43°  qui  a  d’ailleurs  guéri. 

Pour  ma  part  je  ne  nie  pas  les  accidents  dus  à  la  rachi¬ 
anesthésie,  mais  je  crois  qu’il  n’est  pas  de  méthode  d’anesthésie 
sans  danger  et,  en  faisant  la  balance  entre  les  accidents  et  les 
avantages,  je  considère  que  l’anesthésie  lombaire  peut  largement 
lutter  avec  les  anesthésies  par  inhalation. 


M.  Albert  Cauchoix.  —  La  discussion  sur  la  rachianesthésie 


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SOCIÉTÉ  DE  CHIHURGIE 


fevenant  encore  une  fois  devant  notre  Société,  à  l’occasion  du 
rapport  de  M.  Paul  Riche  sur  un  travail  de  M.  Duvergey,  je  vous 
demande  la  permission  de  vous  exposer  brièvement  l’opinion  d’un 
récent  adepte  de  la  méthode.  Jusqu’à  cesdernières  années,  j’avais 
gardé  l’empreinte  de  l’enseignement  de  mes  maîtres  d’internat,  la 
plupart  hostiles,  à  cette  époque,  à  l'anesthésie  rachidienne  :  mon 
opinion  s’est  complètement  modifiée  depuis  deux  ans  que  j’ai 
l’honneur  d’êlre  t’assistant  de  M.  Savariaud. 

Je  ne  pense  pas  cependant  que  la  rachianesthésie  soit  indiquée 
d  une  manière  absolument  constante  chez  tous  les  malades  devant 
subir  des  opérations  dans  l’abdomen  ou  sur  les  membres  infé¬ 
rieurs;  il  me  semble  qu’aeluellement  l'anesthésie  générale  à 
l’éther  et  la  rachianesthésie  peuvent  être  mises  sur  le  même  plan. 
Cela  veut  dire  que  j’élimine  le  plus  souvent  possible  le  chloro¬ 
forme,  certainement  responsable  d’un  plus  grand  nombre  de 
syncopes  fatales  que  les  autres  anesthésiques  généraux  :  l’anes¬ 
thésie  locale,  méthode  excellente,  a  malheureusement  un  champ 
d’action  restreint;  l'anesthésie  régionale  a  certainement  besoin 
d'être  encore  perfectionnée  pour  devenir  d’application  courante  ; 
je  n’ai  que  tiès  peu  d’expérience  du  protoxyde  d’azote,  dont 
l’administration  m’a  paru  assez  compliquée.  Comment  donc  choisir 
entre  l’anesthésie  à  l’éther  et  l’anesthésie  rachidienne  ? 

Le  merveilleux  appareil  dé  à  M.  Ombrédanne  a  beaucoup  con¬ 
tribué  à  répandre  l’usage  de  l’éiher;  le  principal  avantage  est  la 
facilité  d’administration  de  l’anesthésique,  il  s’élimine  rapidement 
et  est,  en  somme,  d’une  nocivilé  assez  restreinte  vis-à-vis  des 
émonctoires  hépatique  et  rénal;  son  action  irritante  sur  la 
muqueuse  respiratoire  en  contre-indique  l’emploi  Chez  les  sujets 
atteints  de  lésions  pulmonaires,  même  discrètes;  chez  les  tuber¬ 
culeux  latents,  les  bronchitiques,  les  emphysémateux,  il  en  est  de 
même  :  quand  l’opéré  ne  peut  être  maintenu  dans  une  atmosphère 
chaude  au  cours  de  la  première  journée  postopératoire,  ou  quand 
il  est  nécessaiie  de  le  faire  passer,  pour  regagner  son  lit,  de  la 
salle  d’opérations  surchauffée  par  des  couloirs  éventés  et  refroidis. 

Je  pense  que  l’anesthésie  rachidienne  est  remarquablement 
indiquée  quand  l’intervention  à  pratiquer  dans  l’abdomen  ou  sur 
les  membres  inférieurs  doit  être  importante  ou  de  longue  durée; 
.il  est  indiscutable  que.  dans  ces  conditions,  l’état  de  l'opéré,  dès 
la  première  heure  qui  suit  l'intervention,  est  infiniment  meilleur, 
qu’il  est  beaucoup  moins  shocké  après  l’anesthésie  rachidienne 
qu’après  l’anesthésie  à  l’élber,  même  administrée  avec  toute  l’at¬ 
tention  et  la  discrétion  possibles.  M.  Cunéo  a  vanté  ici  les  mérites 
de  la  rachianesthésie  dans  les  résections  gastriques;  les  mêmes 
avantages  demeurent  pour  l’exérèse  "des.  cancers  du  gros  intestin. 


SÉANCE  DU  28  NOVEMBRE 


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l'amputation  abdomino-perinéalë  du  rectum  cancéreux,  l’hyslé- 
«rectomie  abdominale  pour  volumineux  fibrome  et  l’hystéreclomie 
élargie  pour  cancer  du  col  utérin,  la  cure  des  grosses  hernies 
ombilicales.  Aux  membres  inférieurs,  l’extirpalion  des  saphènes 
variqueuses,  les  ostéosynthèses  me  semblent  relever  encore  de 
l’anesthésie  lombaire.  Les  conditions  indiquées  auparavant  étaient 
réalisées;  j’eslime  que  l’anesthésie  générale  et  l’anesthésie  rachi¬ 
dienne  peuvent  être  indifféremment  employées  dans  beaucoup 
d’interventions  abdominales  plus  courantes,  pour  l’ablation  de 
l’appendice  par  exemple.  Je  considère  même  l’anesthésie  générale 
comme  préférable  dans  l’hystérectomie  pour  lésions  inflamma¬ 
toires  des  annexes;  au  cours  de  celte  intervention  faite  sous 
anesthésie  rachidienne,  les  malades  se  plaignent  souvent  beau¬ 
coup;  je  me  demande  s’il  ne  faut  pas  incriminer,  en  plus  du 
nervosisme  exagéré  décès  femmes  ordinairement  jeunes,  l’absence 
d’action  de  l’anesthésique  sur  les  rameaux  du  sympathique  pel¬ 
vien,  analogue  à  la  résistance  à  l’anesthésie  des  filets  sympathiques 
périfémoraux  que  nous  a  signalée  Anselme  Schwartz  dans  une 
de  nos  dernières  séances. 

Les  indications  opératoires  étant  bien  précisées,  je  pense  que 
les  stomies  :  abouchement  de  l’estomac,  de  la  vésicule,  du  gros 
intestin,  de  la  vessie,  à  la  p;troi  abdominale  peuvent  être  exécu¬ 
tées  sous  anesthésie  locale  dans  la  plupart  des  cas. 

Pour  une  raison  d’ordre  psychique,  je  rejette  la  rachianesthé¬ 
sie  pour  les  amputations  du  membre  inférieur;  il  me  serait  fort 
désagréable  d’entendre  la  scie  me  trancher  le  fémur  et  je  ne  me 
soucie  pas  d’infliger  ce  supplice  à  autrui. 

Le  nombre  de  rachianesthésies  que  j’ai  vu  pratiquer  ou  que  j'ai 
pratiquées  moi-même  dépassé  certainement  cinq  cents;  en  sep¬ 
tembre  dernier,  chez  une  femme  de  cinquante  ans,  opérée  d’ur¬ 
gence  pour  une  fracture  compliquée  de  jambe,  j’ai  eu  une  mort 
survenue  au  début- de  l’opération  et  que  j’attribue  à  l’anesthésie 
rachidienne;  au  lieu  de  la  solution  préparée  par  Carrion  que  nous 
utilisons  ordinairement,  j’avais  employé  la  solution  préparée  à  la 
pharmacie  de  l’hôpital;  il  «est  possible  que  celle-ci  se  soit  abérée 
au  contact  du  verre  de  l’ampoule.  Chez  une  autre  opérée,  une 
paralysie  de  la  6°  paire  guérit  complètement  après  deux  mois  et 
demi  ;  j’ai  vu  aussi  quelques  cas  de  céphalée  persistant  une  semaine. 
Comme  je  ne  connais  pas  encore  d’anesthésique  qui  ne  soit  respon¬ 
sable  de  morts  ou  d’accidents  consécutifs,  le  décès  et  les  inconvé¬ 
nients  que  je  viens  de  rapporter  ne  me  paraissent  pas  suffisants 
pour  condamner  une  méthode  susceptible  de  rendre  de  si  précieux 
services.  Je  ne  pense  pas  non  plus  que  la  dose  de  4  centigrammes 
de  cocaïne,  exceptionnellement  élevée  à  6  centigrammes  pour  les 


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SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


interventions  sus-ombilicales,  que  nous  injectons  dans  l'espace 
sous-arachnoïdien,  soit  beaucoup  plus  toxique  que  les  solutions 
de  stovaïne  ou  de  novocaïne  utilisées  par  la  plupart;  après  avoir 
employé  ou  fait  employer  ces  dernières  dans  différents  services, 
au  cours  d’opérations  d’urgence  faites  comme  chirurgien  de  garde, 
j’ai  l’impression  que  la  cocaïne  donne  une  anesthésie  plus  com¬ 
plète  que  ses  succédanés. 


2°  Sympathicectomie  pour  gangrène. 

Sympathicectomie  péri-fémorale  précoce  pour  troubles 
circulatoires  du  gros  orteil, 

par  M.  MAURICE  CHEVASSU. 

Dans  un  cas  de  sympathicectomie  périartérielle  que  j’ai  prati¬ 
quée  récemment  sous  anesthésie  locale,  je  n’ai  pas  observé  cette 
résistance  de  la  gaine  périartérielle  à  l’anesthésie  que  mon  ami 
Schwartz  signalait  dans  la  dernière  séance.  Par  contre,  j’ai  pu 
constater  comme  lui  que  les  résultats  donnés  par  l’intervention, 
bien  qu’elle  ait  été  faite  d’une  façon  très  précoce,  étaient  incom¬ 
plets  et  momentanés.  Voici  cetle  observation  : 

B...,  soixante-douze  ans,  entre  le  1er  octobre  1923,  salle  Reclus, 
pour  troubles  urinaires  que  nous  rattachons  rapidement  à  un 
cancer  de  la  prostate.  Le  28  octobre,  il  se  plaint  pour  la  première 
fois  d’une  douleur  vive  au  niveau  de  son  gros  orteil  gauche  ;  on 
constate  que  la  face  plantaire  du  gros  orteil  est  violacée  et 
froide.  Les  douleurs  paraissent  très  vives.  Cependant,  en  interro¬ 
geant  le  malade,  on  s’assure  que  dans  les  deux  mois  qui  avaient, 
précédé  son  entrée  à  l’hôpital,  le  malade  avait  déjà  eu  des  dou¬ 
leurs  dans  la  jambe  gauche,  crises  douloureuses  avec  paroxysmes, 
douleurs  s’accentuant  au  moment  de  la  marche  et  obligeant  le 
malade  à  se  reposer  sur  tous  les  bancs.  Bref,  syndrome  de  clau¬ 
dication  intermittente  permettant  d’éliminer  l’hypothèse  d’une 
thrombose  brutale  et  d’admettre  celle  .d’un  trouble  artériel  pro¬ 
gressif  du  type  de  ceux  qui  aboutissent  à  la  gangrène  sénile. 

J’observai  le  malade  pendant  trois  jours  ;  les  douleurs  étaient 
très  vives,  empêchant  complètement  le  malade  de  dormir,  mais 
les  troubles  locaux  ne  s’accentuaient  pas.  Je  n’avais,  par  ailleurs, 
aucune  raison  de  penser  à  des  phénomènes  de  compression  parle 
cancer  de  la  prostate,  qui  était  peu  avancé,  ou  par  des  adénopa¬ 
thies  néoplasiques  possibles,  dont  aucune  n’était  cliniquement 
appréciable.  Il  n’y  avait,  en  particulier,  aucun  œdème  du  membre 
inférieur.  Par  contre,  il  y  avait  des  troubles  nets  de  la  pression 


SÉANCE  DU  28  NOVEMBRE 


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artérielle  au  niveau  du  membre  inférieur.  La  tension  artérielle 
prise  au  Pachon  était  : 


Bras  droit . Max.  :  15  Min.  :  7  I.  O.  :  4 

Bras  gauche . Max.  :  13  Min.  :  6  I.  O.  :  3  i/2 


Au  niveau  des  jambes,  pas  d’oscillations  au  Pachon  à  la  partie 
inférieure;  à  la  partie  supérieure,  quelques  faibles  oscillations  de 
1/2,  irrégulières,  à  l£  pression  13.  Au  canal  de  Hunter,  la  pression, 
prise  le  31  octobre,  était  : 


Cuisse  droite . Max.  :  20  Min.  :  7  I.  0.  :  3 

Cuisse  gauche  ....  Max.  :  17  Mn.  :  5  I.  0.  :  2,5 


Artères  souples  sans  alhérome  perceptible. 

J’intervins  le  31  octobre,  sous  anesthésie  locale  à  la  nova- 
caïne  à  1  p.  200,  sur  la  fémorale  commune.  L’opération  fut  très 
simple.  La  gaine  périartérielle  se  laissa  anesthésier  comme  le 
reste,  et  dès  qu’elle  fut  infiltrée  d’anesthésique  les  douleurs  du 
gros  orteil  disparurent.  Je  réséquai  la  gaine  sur  une  hauteur  de 
3  centimètres  environ,  sans  être  bien  certain  de  l'avoir  sur 
toute  la  circonférence  extirpée  sur  cette  même  hauteur,  cardés 
que  la  gaine  est  ouverte  il  devient  assez  difficile  de  l’extirper  en 
totalité.  Je  ne  remarquai  rien  d’anorma),  ni  sur  la’gaine,  ni  sur 
l’artère,  qui  était  souple  et  s’était  comme  à  l’habitude  fortement 
contractée  dès  que  sa  gaine  avait  été  ouverte.  Je  constatai  nette¬ 
ment  que  l’artère,  qui  ne  montrait  pas  de  battements  visibles  dans 
la  période  qui  avait  suivi  l’ouverture  de  sa  gaine,  présentait  des 
battements  très  nets  à  la  fin  de  l’opération. 

Après  l’opération,  la  pression  artérielle  était  : 

A  la  cuisse  gauche  (canal  de  Hunter).  Max.  :  16  Min.  :  6  I.  0..:  3 
Au  bras  droit . Max.  :  19  Min.  :  8  I.  0.  :  3  1/2 

Les  douleurs  du  malade  ne  reparurent  pas  après  la  disparition 
des  effets  de  l’anesthésie  locale.  Le  lendemain,  le  malade  était 
enchanté,  il  avait  parfaitement  dormi.  Enveloppements  chauds^ 
air  chaud. 

Dans  les  jours  suivants,  on  constate  que  la  plaque  violacée  du 
gros  orteil  a  tendance  à  se  restreindre  et  à  éclaicir  sa  teinte. 
L’opéré  est  très  soulagé.  Cependant,  de  temps  en  temps,  il  ressent 
encore  quelques  élancements  dans  son  membre  inférieur. 

L’amélioration  n’a  pas  persisté;  quinze  jours  après  l’opératioD, 
l’opéré  recommençait  à  se  plaindre  vivement.  Il  est  cependant 
assez  explicite  sur  ce  fait  que  les  douleurs  ont  changé  de  carac¬ 
tère.  Elles  ne  sont  plus  continues,  comme  dans  la  période  qui  a 
précédé  l’opération;  elles  surviennent  par  crises,  qui  peuvent 
durer  deux  ou  trois  heures,  et  sont  suivies  d’une  accalmie  qui 
peut  en  durer  dix  à  douze.  Pas  de  changements  dans  la  teinte- 
violacée  de  la  face  plantaire,  ni  dans  le  refroidissement  relatif  du- 


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SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


pied  gauche.  Les  pressions,  prises  au  Pachori,  trois  semaines 
après  l’opération,  sont  : 


Bras  droit  .  . . Max.  :  17  Min.  :  7  1.  O.  :  7 

Bras  gauche . Max.  :  16  Min.  :  7  1.  0.  :  8 

Canal  de  Hunter  droit.  .  .  .  Max.  :  lô  1/2  Min.  :  10  I.  0.  :  1/2 

Canal  de  Hunter  gauche.  .  .  Max.  :  16  Min.  :  6  I.  0.  :  1  et  1  1/2 


J’ai  refait  ces  jours  derniers,  en  désespoir  de  cause,  une  nou¬ 
velle  intervention  à  mon  malade.  Il  avait  à  la  face  interne  de  la 
jambe  une  petite  tumeur  des  dimensions  d’une  noisette  ressem¬ 
blant  à  un  vieux  kyste  sébacé  demi-calcifié.  Il  était  situé  à  la 
jarretière,  sur  le  trajet  de  la  veiné  saphène  interne.  J'espérais 
que  cela  pouvait  comprimer  ou  irriter  le  nerf  saphène  interne.  Le 
fait  avait  son  intérêt  au  cas  où  le  territoire  du  saphène  interne 
eût  été  un  peu  plus  étendu  qu’à  l'état  normal,  ce  qui  n’est  pas 
exceptionnel.  J’ai  pu  constater  sous  anesthésie  locale  que  l’anes¬ 
thésie  du  saphène  interne  ni  sa  section  n’enlralnaient  l’anes¬ 
thésie  du  gros  orteil;  mon  espoir  était  donc  vain.  J’ai  constaté 
par  ailleurs  que  les  tissus  assez  denses,  d’aspect  inflammatoire 
chronique,  qui  entouraient  la  tumeur  extirpée,  s’étendaient 
jusqu’à  la  veine  saphène  interne  qui  présentait  même  un  épaissis¬ 
sement  de  sa  paroi.  J’ai  constaté  enfin  que  la  tumeur  ressemblait 
plutôt  macroscopiquement  à  une  vieille  gomme  qu’à  quoi  que  ce 
soit  d’autre.  Je  n’ai  pas  encore  l’examen  microscopique. 

Mais  dans  la  gaine  extirpée  lors  de  la  première  opération  on 
constate  des  lésions  nettes  de  périartérite  et  de  périphlébite.  Les 
filets  nerveux  de  la  gaine  semblent  sur  certains  points  comprimés 
par  l’épaississement  des  vaisseaux.  Le  malade  est  certainement 
un  pathologique  vasculaire  ;  les  lésions  nerveuses,  si  lésions  il  y 
a,  me  paraissent  secondaires  aux  lésions  des  vaisseaux. 

J’ajoute  que  ma  dernière  opération  n’a  pas  modifié  leï  crises 
douloureuses,  mais  que  la  teinte  violacée  de  la  face  plantaire  de 
l’orteil  s’est  légèrement  accrue. 


Insuffisance  artérielle  (suppression  des  pulsations) 
dans  les  deux  membres  inférieurs , 
avec  claudication  intermittente  sans  gangrène , 
par  M.  TUFF1ER. 

C’est  une  oblitération  incomplète  des  gros  troncs  artériels 
des  deux  membres  inférieurs  que  je  vous  présente. 

La  communication  de  M.  Schwartz  comprenait  deux  chapitres  : 
,1’un  avait  trait  à  une  gaDgrène  du  gros  orteil,  par  insuffisance 
artérielle  bilatérale,  et  l’autre  à  la  sympathectomie  et  surtout  à  la 
sensibilité  spéciale  du  sympathique.  Je  laisse  cette  seconde 


SÉANCE  DU  28  NOVEMBRE 


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question  de  côté,  si  intéressante  que  soit  la  résection  de  la  gaine 
sympathique  dans  les  cas  de  gangrène  par  oblitération  artérielle, 
pour  ne  parler  que  d’une  observation  clinique  d’insuffisance 
circulatoire  avec  suppression  du  pouls,  dans  les  deux  membres 
inférieurs.  Je  dois  l’histoire  antécédente  du  malade  à  mon  ancien 
collègue  d’inlernat,  le  D"  Audistère. 

Un  homme  de  cinquante-six  ans,  très  bien  portant,  très 
vigoureux,  fumeur,  ni  alcoolique,'  ni  syphilitique,  est  pris,  le 
10  novembre  1920,  à  dix  heures  du  soir,  brusquement,  en  pleine 
santé,  d’une  douleur  très  vive  dans  la  cuisse  droite,  fourmillements, 
pesanteur,  impotence  partiellé,  endolorissement  de  la  région 
externe  et  supérieure  de  la  cuisse.  On  pense  d’abord  à  une  sciati¬ 
que,  mais,  en  l’examinant,  on  est  très  frappé  du  refroidissement 
du  membre  et  de  son  aspect  blanchâtre  presque  livide.  En  même, 
temps,  en  essayant  de  faire  marcher  le  malade,  on  s’aperçoit  que 
rapidement  le  membre  inférieur  droit  devient. le  siège  d’une  dou¬ 
leur  vive  qui  bientôt  commande  l’arrêt  :  ce  sont  les  symptômes  de 
la  claudication  intermittente. 

A  l’examen  direct,  à  droite ,  la  fémorale,  à  la  base  du  triangle,  a 
des  battements  très  faibles  comparés  à  ceux  du  côté  opposé;  à 
la  poplité  et  à  la  pédieuse  ils  ont  complètement  disparu.  Du  côté 
gau-.he,  la  crurale,  la  poplité  et  la  pédieuse  battent  normalement. 
Au  Pachon,  les  oscillations  montrent  :  tension  à  droite ,  3;  à 
gauche,  17. 

Cet  état  persiste  environ  pendant  deux  mois  et  demi  sans 
changement.  Le  malade  est  suivi  de  très  près  par  crainte  d’une 
gangrène  du  membre  inférieur.  Le  régime  de  sa  claudication 
intermittente  est  le  suivant  :  après  quelques  centaines  de  mètres 
(200  à  400),  la  marche  devient  douloureuse  et,  si  le  malade  insiste, 
la  douleur  s’exaspère  et  se  prolonge  ;  s’il  s’arrête,  elle  disparaît 
^a.ssez  rapidement. 

La  3  janvier  1921  le  tableau  change  ;  le  malade  est  pris  subite¬ 
ment  des  mêmes  accidents  mais  du  cd/é  gauche  —  douleurs  vives 
dans  la  cuisse  —  impotence  fonctionnelle  partielle,  refroidisse¬ 
ment  du  membre.  La  fémorale,  la  poplité  et  la  pédieuse  ne 
présentent  plus  de  pulsations,  c’est  donc  à  dire  que,  dans  les  deux 
membres  inferieurs,  elles  font  défaut.  Au  Pachon,  Vaquez  trouve 
des  oscillations  insignifiantes  dans  les  deux  membres  inférieurs 
mais  sans  pression  enregistrable. 

Un  mois  plus  lard,  survientun  nouvel  accident  vers  le  21  février, 
une  douleur  vive,  subite,  de  la  région  antéro-latérale  de  la  jambe 
gauche,  avec  teinte  violacée  des  téguments  et  impotence  absolue 
et  flaccidité  et  mollesse  des  muscles  de  la  même  région,  faisant 


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SOCIÉTÉ  DE  CHIKURGIE 


craindre  une  gangrène  de  toute  la  loge;  puis  s’est  développée  uno 
momification  de  la  peau  et  des  muscles  sous-jacents. 

Ace  moment,  la  sensibilité  est  intacte  partout;  il  n’existe  aucunes- 
pulsations  artérielles,  ni  d’un  côté,  ni  de  l’autre,  et,  au  Pachon, 
quelques  très  faibles  oscillations  au  jarret  et  au  cou-de-pied,, 
égales  des  deux  côtés. 

En  octobre,  \e  malade  est  atteint  d’une  phlébite  de  la  jambe 
droite  suivie  de  quelques  petites  embolies  pulmonaires  avec 
infarctus  du  poumon  droit,  le  tout  sans  grande  gravité,  et  au 
mois  de  juillet  1922  il  fait  une  saison  à  Bagnoles-de-l’Orne  et 
revient  débarrassé  de  ces  accidents. 

Son  état  est  alors  le  suivant  :  claudication  intermittente,. 
200  à  300  mètres  au  maximum,  après  quoi  les  douleurs  survien¬ 
nent  et  obligent  le  malade  à  s’arrêter,  battements  artériels  nuis. 
Au  Pachon,  petites  oscillations  à  peine  perceptibles  à  gauche  et 
nulles  à  droite.  Les  accidents  vont  en  s’aggravant  de  ce  côté,  la 
circulation  se  ralentit  et  le  12  juillet  1923  les  oscillations  sont 
absolument  nulles  des  deux  côtés. 

Nous  avons  examiné  le  malade  au  mois  d’octobre  1923,  avec 
Vaquez,  Babinski,  Audistère  et  un  de  nos  collègues  belge  :  force 
musculaire  intacte  des  deux  côtés,  atrophie  de  la  partie  antéro- 
externe  de  la  jambe,  sensibilité  normale,  réflexes  normaux,, 
pulsations  ou  oscillations  au  Pachon  nulles.  Les  deux  iliaques 
externes  ne  présenrent  aucun  battement.  Artères  des  deux  mem¬ 
bres  inférieurs  souples,  de  même  que  les  artères  du  membre  supé¬ 
rieur  et  les  carotides,  aucune  lésion  athéromateuse  appréciable. 

La  tension  artérielle  aux  membres  supérieurs  est  de  14,  maxi¬ 
mum  ;  7  1/2  minimum  au  Pachon.  Cœur  régulier,  à  la  radio¬ 
graphie,  aorte  normale;  souffle  diastolique  médiocardiaque, 
battements  aortiques  perceplibles  à  la  palpation  dans  l’abdomen 
jusqu’à  la  région  lombaire  inférieure.  Parle  toucher  rectal,  aucun 
battement  des  branches  accessibles  de  l’iliaque  interne.  Il  n’y  avait 
d’ailleurs  de  ce  côté  aucun  symptôme  fonctionnel  indiquant  ou 
capable  de  faire  soupçonner  une  insuffisance  artérielle  des  organes 
pelviens.  État  général  excellent. 

Le  malade  a  suivi  un  régime  végétarien,  a  supprimé  complète¬ 
ment  tabac  et  vin.  Le  Wassermann  est  négatif,  rien  dans  ses- 
antécédents  ne  permelttant  du  reste  de  soupçonner  la  syphilis. 
L’arsénobenzol  et  l’iodure  sont  prescrits,  malgré  cet  examen 
négatif,  le  tout  sans  aucune  amélioration. 

En  présence  de  ces  accidents,  le  diagnostic  porté  est  oblitéra¬ 
tion  successive  incomplète'des  deux  troncs  des  iliaques  (primitives- 
peut-être  même  de  la  terminaison  de  l’aorte)  par  athérome  localisé. 


SÉANCE  DU  28  NOVEMBRE 


1393 


En  somme,  ce  malade  reste  un  impotent  avec  la  menace  cons¬ 
tante  d’une  gangrène  ischémique. 

La  thérapeutique  est  vraiment  difficile  à  préciser  dans  ces  obli¬ 
térations  artérielles  des  deux  membres  inférieurs;  la  médication 
interne,  les  précautions  hygiéniques  et  la  calorification  du  membre 
et  tout  le  traitement  général  ont  été  prescrits.  La  gangrène  est 
cependant  menaçante,  faut-il  attendre  son  apparition  pour  prati¬ 
quer  une  thérapeutique  active  qui  consistera  dans  une  amputation 
à  siège  variant  suivant  l’étendue  des  lésions? 

Peut-on  faire  mieux  et  doit-on  chercher  à  substituer  une 
vue  des  lésions  à  l’impuissance  d’un  diagnostic  clinique  —  et  à 
combattre  ou  peut-être  prévenir  les  dangers  de  gangrène  en  allant 
explorer  et  atténuer  si  on  le  peut  l’obstacle  à  la  circulation  arté¬ 
rielle  —  et  s’il  en  était  ainsi  quand  devrions-nous  intervenir? 
Nous  ne  pouvons  que  poser  la  forme  du  problème,  car  il  est 
évident  que,  pour  se  décider  à  une  thérapeutique  de  ce  genre,  il 
serait  nécessaire  que  le  siège  de  la  lésion  et  que  son  étendue 
probable  soient  connus;  que  l’état  général  du  malade  le  permette; 
que  tout  le  reste  du  système  artériel  explorable  et  surtout  celui  du 
membre  en  cause  soit  à  peu  près  normales  et  enfin  que  la  marche 
progressive  des  accidents  fassent  pressentir  une  gangrène  à  brève 
échéance.  Cette  dernière  condition  est  à  envisager,  car  des  mala¬ 
des,  et  j’en  ai  vu,  ont  pendant  plusieurs  années  des  insuffisances 
de  circulation  artérielle  sans  gangrène  et  finissent  par  succomber 
■à  une  toute  autre  maladie.  L’intervention  permettrait,  de  préciser 
les  lésions  et  surtout  leur  étendue,  et  peut-être  une  sympathecto¬ 
mie,  ou  une  artériotomie  ou  même  une  dérivation.  Mais  nous 
sommes  là  en  plein  domaine  d’hypothèses  qui  sont  permises  en 
face  d’accidents  aussi  graves,  aussi  menaçants  et  dont  nous 
connaissons  trop  l'issue.  C’est  pourquoi  je  me  suis  permis  de  vous 
présenter  cette  observation. 

M.  Hartmann.  — Je  voudrais  poser  une  simple  question  à  M.  Tuf- 
fier.  11  nous  a  parlé  de  momification  des  muscles  de  la  région 
antéro-ex terne  de  la  jambe.  Sur  quels  signes  s’est-il  fondé  pour 
faire  ce  diagnostic? 

M.  Tuffier.  —  Les  lésions  constatées  au  niveau  de  la  région 
antéro-latérale  de  la  jambe  gauche  étaient  caractérisées  au  début 
par  une  flaccidité  des  muscles,  avec  impotence  complète  et  ulté¬ 
rieurement  par  une  peau  parcheminée  et  véritablement  de  couleur 
■de  cuir  recouvrant  des  muscles  atrophiés  scléreux  et  à  peine 
contractiles. 


Présentations  de  malades. 


Résultat  éloigné  d'un  drainage  sous-cutané  à  tube  perdu 
pour  un  éléphantiusis  du  membre  inférieur. 
Guérison  maintenue  après  sept  ans  et  quatre  mois, 
par  M.  WALTHER. 


J’ai  présenté  plusieurs  fois  ce  malade  à  la  Société  de  Chirurgie  : 
le  5  juillet  1916  avant  l’intervention,  avec  un  énorme  éléphan- 
tasiis  du  membre  inférieur  droit  ;  le  9  août,  après  l’opération  qui 
avait  été  pratiquée  le  13  juillet;  puis  le  31  juillet  1918,  pour 
vérifier  le  résultat,  deux  ans  après  l’intervention.  11  est  venu  me 
voir  ces  jours  derniers  et  j’ai  pensé  que  la  constatation  de  l'état 
actuel,  sept  ans  après  l’opération,  était  de  grand  intérêt. 

Le  résultat,  vous  le  voyez,  s’est  maintenu  malgré  la  marche,  la 
station  debout  prolongée  auxquelles  cet  homme  est  obligé  par  son 
travail.  Pendant  plusieurs  années,  en  effet,  il  a  travaillé  dans  une 
usine,  toujours  debout.  Actuellement  il  est  employé  dans  une 
mairie  de  banlieue  où  il  est  affecté  à  l’entretien  et  à  la  conduite 
des  voitures. 

Je  n’ai  rien  à  ajouter  à  ce  que  je  vous  disais  quand  je  l’ai  pré¬ 
senté  le  31  juillet  1918.  La  circulation  lymphatique,  est  assurée 
dans  les  mêmes  conditions.  Les  tubes  de  caoutchouc  sont  tou¬ 
jours  bien  tolérés.  La  peau  de  la  jambe  a  conservé  l’aspect  et  la 
souplesse  qu’elle  avait  recouvrés  un  an  après  l’opération  sous 
l’influence  des  massages  quotidiens  et  de  l’électrisation.  Il  y  faut 
noter  l’atrophie  des  poils  qui  sont  grêles  et  clairsemés. 

Comme  chez  tous  les  opérés  par  drainage  à  tube  perdu,  la  cir¬ 
culation  de  la  lymphe  doit  être  aidée,  dans  la  station  debout, 
par  une  légère  compression  sur  le  membre,'  soit  par  l’application 
d’une  bande  de  crépon,  soit  par  le  port  d’un  bas  élastique.  Sans 
ce  soutien,  la  station  debout  provoque  un  œdème  plus  ou  moins 
accentué  qui  disparaît  d’ailleurs  complètement  dans  la  position 
horizontale. 

Voici  le  relevé  des  chiffres  de  mensuration  relevés  il  y  a  quatre 
jours  à  11  heures  du  matin,  après  une  marche  de  4  à  5  kilomètres, 
comparés  aux  chiffres  notés  avant  l’opération  : 


AYANT  L’OPÉRATION  ACTUELLEMENT 


Au-dessus  des  malléoles  .  .  . 

Au  mollet . . 

A  la  jarretière  ........ 

A  20  centimètres  au-dessus 

de  la  rotule . 

A  la  raciuedela  caisse.  .  .  . 


54  centimètres. 
64  - 


La  comparaison  avec  le  côté  sain  montre  une  identité  complète 
à  la  partie  inférieure  de  la  jambe,  20  cent.  1/2  au-dessus  des 


SÉANCE  DU  28  NOVEMBRE 


1393 


malléoles;  une  augmentation  de  circonférence  de  2  centimètres 
au  mollet  (33  centimètres  au  lieu  de  35  centimètres)  et  à  la  jarre¬ 
tière  (31  centimètres  au  lieu  de  33  centimèlres);  à  la  cuisse  une 
augmentation  de  4  centimètres  à  la  partie  moyenne  (47  centi¬ 
mètres  au  lieu  de  51  centimètres)  et  de  3  centimètres  à  la  racine 
(52  centimètres  au  lieu  de  55  centimètres). 

La  cuisse  était  toujours  restée  un  peu  grosse  après  l’opération 
et,  la  tuméfaction  portant  sur  la  partie  supérieure  de  la  face 
externe,  j’avais,  le  8  novembre  1916,  placé  un  second  drain  allant 
de  la  paroi  abdominale  au  devant  du  grand  trochanter.  Ce  drai¬ 
nage  n’amena  que  peu  de  diminution.  L’augmentation  de  volume 
de  la  cuisse,  d’ailleurs  peu  accentuée  (4  centimètres),  tient  en  partie 
à  l’incision  aponévrotique  qui  avait  été  antérieurement  pratiquée 
sur  toute  la  hauteur  du  fascia  lata  et  qui  laisse  une  brèche  assez 
large  où  fait  légèrement  saillie  la  masse  musculaire. 


Fracture  en  T  de  l'extrémité  inférieure  de  l’humérus 
abordée  par  voie  transoléocranienne 
et  traitée  par  ostéosynthèse  par  plaque  et  vis, 
par  M.  ALGLAVE. 

L’observation  et  la  radiographie  paraîtront  ultérieurement. 


Présentations  de  radiographies. 

Fracture  bi-malléolaire  avec  volumineux  fragment  postérieur 
et  fort  déplacement  en  arrière, 
complètement,  réduite  et  consolidée, 
avec  résultat  fonctionnel  excellent,  sans  opération  sanglante, 
par  le  simple  appareil  plâtré, 
par  M.  SAVARIÂÜD. 

Je  regrette  de  ne  pouvoir,  à  côté  de  la  radio  qui  me  semble 
démonstrative,  vous  montrer  ce  blessé  auquel  j’ai  fait  allusion 
dans  la  dernière  séance.  J’espère  pouvoir  combler  cette  lacune  et 
vous  le  montrer  prochainement. 


Luxation  en  avant  de  la  tête  du  radius  avec  fracture 
du  cubitus, 

accompagnée  de  rupture  de  la  branche  motrice  du  nerf  radial, 
par  M.  ALBERT  MOUCHET. 

Je  vous  présente  les  radiographies  d’un  cas  de  luxation  en  avant 


1396 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


de  la  lêle  radiale  avec  fracture  du  cubitus,  qui  sort  de  la  banalité 
-courante  en  raison  des  caractères  suivants  : 

1°  Insignifiance  de  la  fracture  du.  cubitus  ; 

2’  Irréductibilité  de  la  luxation  en  avant  de  la-  tête  du  radius  ; 

3°  Existence  d'une  rupture  de  la  branche  motrice  du  nerf  radial 
(la  paralysie  radiale  est  très  rare  daus  ce  genre  de  lésions  trauma¬ 
tiques,  puisque,  d’après  Tanto»,  elle  n’aurait  été  observée  que 
9  fois  sur  119  cas). 

L’enfant  R...  (Raymond),  âgé  de  quatre  ans,  est  tombé  du  rez-de  i; 
chaussée  dans  la  cave  par  une  trappeouverte  dans  le  plancher,  . 
d’une  hauteur  de  3  mètres  environ.  Gonflement  rapide  du  coude 
et  paralysie  radiale  immédiate,  épargnant  le  long  supinateur. 

La  radiographie  montre 
avec  une  luxation  en  avant 
de  la  tête  du  radius  une 
fracture  partielle  ducubitus, 
détachant  incomplètement 
un  éclat  de  la  face  posté¬ 
rieure  de  cet  os  à  la  base 
de  l’olécrâne  (fig.  1). 

Etant  donnée  la  compli¬ 
cation  nerveuse,  confirmée 
par  un  examen  électrique 
(DR.  partielle  dans  le  do¬ 
maine  du  nerf  radial),  je 
propose  une  opération  qui 
est  acceptée. 

Sous  l’anesthésie  à  l’éther  et  avant  d'inciser,  je  constate  que  la 
luxation  de  la  tête  du  radius  est  irréductible. 

Incision  postéro-externe  de  10  centimètres  sur  la  partie  infé¬ 
rieure  du  bras'et  supérieure  del’avant-bras.  Le  ligamentannulaire 
du  radius  est  interposé  entre  le  condyle  huméral  et  la  tête  du  radius 
et  je  suis  obligé  de  le  sectionner  pour  remettre  la  tête  en  place. 

D’autre  part,  la  branche  motrice  du  nef f  radidl  est  rompile'  à  itn 
centimètre  en  dessous  de  la  bifurcation  du  tronc  radial ;  elle  est 
effilochée,  ce  qui  rend  la  suture  assez  difficile.  Suture  nerveuse  sur 
un  lit  musculaire.  Reconstitution  de  la  capsule  articulaire  au" 
catgut.  Immobilisation  du  coude  dans  un  pansement  ouaté  en 
flexion  aiguë  'et  en  supination. 


Fig.  1. 


Le  Secrétaire  annuel, 
M.  Ombhédanne. 


SÉANCE  DU  5  DÉCEMBRE  1923 


Présidence  de  M.  Mauclaire. 


Procès-verbal. 


La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  mise 
aux  voix  et  adoptée. 


Corresp  ondance. 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  périodiques  de  la  semaine. 
2°.  —  Une  lettre  de  M.  Chevrier,  s’excusant  de  ne  pouvoir 
assister  à  la  séance. 


A  propos  de  la  correspondance. 

1°.  —  Une  observation  de  M.  le  Dr  Ducaros,  chirurgien  en  chef 
de  l’hôpital  de  Mételin  (Grèce),  intitulée  :  Occlusion  intestinale  par 
bride  au  contact  d'un  corps  étranger  osseux  adhérent  à  l’épiploon. 

M.  Ombrédanne,  rapporteur. 

2°.  —  Une  observation  de  MM.  Pierre  Lombard  et  Boru  (d’Alger), 
intitulé  :  Hypertension  intracrânienne  post-traumatique  anec  excès 
de  liquide  céphalo-rachidien  normal.  Ponctions  lombaires  répétées. 
Soustraction  de  plus  de  300  cent,  cubes  de  liquide.  Guérison. 

M.  Okinczyc,  rapporteur. 

3°.  —  Un  travail  de  M.  le  Dr  Gruget  (de  Laval),  intitulé  :  Deux 
cas  de  volvulus  de  l'S  iliaque. 

M.  Küss,  rapporteur. 

4°.  —  Un  travail  de  MM.  L.  Cortez  et  F.  Pieri  (d’Alger),  inti¬ 
tulé  :  Deux  cas  de  luxation  du  métatarse. 

M.  Küss,  rapporteur. 

5°.  —  Un  travail  de  M.  le  Dr  Erneste  Molina  (de  Santiago  de 
Chili),  intitulé  :  Sur  219  opérations  personnelles  sur  les  voies 
biliaires. 

.M.  Gosset,  rapporteur. 

6°.  —  Un  travail  de  M.  le  Dr  Brocq  (de  Paris),  intitulé  :  Sympa¬ 
thicectomie.  périf  émorale  pour  gangrène  sénile  du  gros  orteil. 

M.  Mauclaire,  rapporteur. 

BOLL.  ST  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CHIR.,  1923.  —  N°  33. 


103 


1398 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Questions  à  l’ordre  du  jour. 


-  /,  1°  Absence  congénitale  du  vagin. 

(Xécckon  d'un' nouveau  vagin  aux  dépens  d'une  anse  intestinale. 
par  M.  le  Dr  GUIDÉ  (de  Caen). 

La  question  de  la  création  d’un  vagin  artificiel  en  cas  d’absence 
de  cet  organe  étant  à  l’ordre  du  jour  de  la  Société  de  Chirurgie, 
il  me  parait  intéressant  de  verser  aux  débats  une  observation 
personnelle  : 

Une  jeune  couturière  de  vingt-trois  ans  vient  me  consulter  pour 
une  absence  de  vagin.  En  interrogeant  la  malade,  on  apprend  que, 
non  seulement  elle  n'a  jamais  été  réglée,  mais  qu’elle  n’a  même  jamais 
présenté  le  plus  léger  molimen  menstruel.  Jamais  de  douleur  abdo¬ 
minale  ou  de  poussée  congestive  revenant  périodiquement  tous  les 
mois.  Cette  absence  de  tout  trouble  menstruel  permettait  de  prévoir 
une  atrophie  ou  une  absence  d’utérus. 

A  l’examen,  on  constate  que  la  vulve  est  parfaitement  normale,  mais 
elle  est  fermée  et  nul  orifice  hyménéal  ne  se  trouve  au  fond  du  cul- 
de-sac  qu’elle  constitue.  Le  toucher  rectal  ne  permet  de  rien  sentir 
d’anormal  dans  l'abdomen  ;  il  ne  montre  interposé  à  la  vessie  et  au 
rectum  aucun  corps  rappelant  de  près  ou  de  loin  un  utérus.. 

Au  physique,  la  malade  est  de  taille  moyenne,  bien  proportionnée,, 
présentant  tous  les  caractères  de  son  sexe,  à  seins  normalement  déve¬ 
loppés.  Psychiquement,  c’est  une  petite  nerveuse.  Elle  s’est  fait  tirer 
les  cartes  et  est  très  effrayée,  parce  qu’on  lui  a  sorti  le  neuf  de  pique,, 
qui,  paraît-il,  présage  les  pires  malheurs. 

Après  lui  avoir  exposé  la  nature  de  son  affection,  les  moyens  d'y 
remédier  et  les  dangers  que  l’intervention  pouvait  lui  faire  courir,  elle 
se  décida  néanmoins  et  entra  à  l’hôpital. 

L’intervention  fut  pratiquée  le  7  juillet  t@20.  Après  les  préparatifs- 
d’usage,  la  malade  est  endormie  à  l’éther. 

Premier  temps  périnéal.  —  La  malade  était  dans  la  position  de  la 
taille,  j’incisai  longitudinalement  la  muqueuse  vulvaire,  en  paitant  à 
un  centimètre  en  arrière  du  méat  urinaire  pour  m’arrêter  à  la  four¬ 
chette.  La  muqueuse  sectionnée  au  bistouri,  la  cloison  vésico-rectale 
fut  dédoublée  ;  la  séparation  des  deux  organes,  d’abord  assez  pénible,, 
au  niveau  du  périnée  et  nécessitant  l’emploi  des  ciseaux,  devint 
ensuite  très  facile,  se  faisant  simplement  avec  le  doigt,  sans  la 
moindre  hémorragie.  La  loge  ainsi  crééé  est  tamponnée. 

Deuxième  temps  abdominal.  —  Après  avoir  changé  de  gants  et  d'ins¬ 
truments,  la  malade  ayant  été  mise  en  position  déclive,  je  pratiquai 
une  laparotomie  médiane  sous-ombilicale. 


SÉANCE  DU  5  DÉCEMBRE 


1399 


Dès  l’incision  du  péritoine,  on  notait  les  dispositions  suivantes.  De 
chaque  côté,  les  ovaires  sont  bien  développés,  plutôt  même  volumi¬ 
neux.  Us  sont  enveloppés  par  une  trompe  bien  formée,  mais  très  petite 
qHi  en  dedans  se  termine  dans  une  petite  tumeur  du  volume  d’une 
fève,  légèrement  saillante.  Ces  deux  petites  tumeurs  constituent  deux 
utérus  rudimentaires  et  non  soudés  entre  eux.  Etendu  de  l’un  à  l’autre 
se  voit  un  repli  péritonéal  assez  saillant. 

On  choisit  alors  une  anse  intestinale  près  de  la  terminaison  du 
grè.le  ;  on  a  soin  de  s’assurer  que  cette  anse  d’iléon  peut  facilement 
s’abaisser  jusqu’au  fond  du  petit  bassin  sur  une  longueur  de  15  centi¬ 
mètres;  on  s’assure  également  qu’elle  est  pourvue  d’une  artère  nour¬ 
ricière  remontant  hautjusqu’à  la  mésentérique  supérieur  et  qu'elle 
n’est  pas  nourrie  uniquement  par  l’anse  vasculaire  qui  unit  la  dernière 
artère  iléale  à  l’artère  iléo-cæeale. 

L’anse  choisie  est  sectionnée  à  ses  deux  extrémités  entre  deux 
pinces.  Les  deux  extrémités  de  l’anse  isolée  sont  liées  et  enfouies; 
puis  le  méso  de  l’anse  est  sectionné  très  haut  pour  la  rendre  bien 
mobile,  en  ayant  soin  de  bien  ménager  l’artère  nourricière.  Puis  on 
rétablit  la  continuité  du  tube  digestif  en  anastomosant  bout  à  bout  les 
extrémités  béantes  des  deux  bouts  d’intestin  sectionné.  Revenant  alors 
à  l’anse  exclue,  on  la  trouve  toute  violacée,  faisant  craindre  pour  sa 
vitalité;  mais  ou  reconnaît  vite  qu’il  n’y  a  là  qu’une  fausse  alerte. 
Pendant  la  suture  intestinale,  l’anse  s’est  coudée  sur  son  pédicule, 
d’où  gêne  de  la  circulation  veineuse  de  retour.  On  voit  d’ailleurs  à  sa 
surface  des  vaisseaux  bien  rouges. 

Le  péritoine  pelvien  est  alors  effondré  sur  la  saillie  formée  par  le 
tamponnement  périuéal,  et  avec  une  pince  passée  par  le  décollement 
on  vient  saisir  et  entraîner  l’anse  exclue,  qui  passe  en  arrière  de 
l’iléon  reconstitué,  dont  on  a  suturé  la  brèche  mésentérique  et  en 
avant  de  l’S  iliaque.  Puis  le  péritoine  pelvien  est  suturé  tout  autour  du 
pédicule  de  l’anse  exclue. 

La  région  opératoire  est  alors  nettoyée  à  l’éther  et  la  paroi  abdomi¬ 
nale  fermée  en  trois  plans  sans  drainage. 

Troisième  temps  périnéal.  —  La  malade  ayant  été  remise  dans  la 
position  de  la  taille,  l’anse  exclue  est  attirée  dans  la  plaie,  puis  une 
incision  est  faite  sur  la  portion  intermédiaire  entre  le  sommet  de  l’anse 
et  une  de  ses  extrémités.  Enfin  celte  ouverture  est  suturée  aux  bords 
de  l’incision  vulvaire  par  une  série  de  crins  et  de  fils  de  lin.  Une  mèche 
est  introduite  dans  l’anse  exclue. 

Les  suites  opératoires  furent  très  simples.  Les  fils  furent  enlevés  le 
dixième  jour  avec  réunion  par  première  intention. 

Du  côté  vaginal,  il  se  fit  tout  d’abord  un  peu  d’écoulement  qualifié 
de  pertes  blanches,  sans  odeur,  n’irritant  pas  la  région  vulvaire; 
puis  tout  se  réduisit  à  un  très  léger  écoulement  muqueux,  ne  diffé¬ 
rant  guère  de  l’écoulement  d’un  utérus  normal. 

Le  toucher  vaginal,  pratiqué  un  mois  environ  après  l’opération, 
montre  un  vagin  ample  et  spacieux,  où  le  doigt  s’enfonce  profondé¬ 
ment  sans  arriver  à  atteindre  le  fond.  A  l’union  de  la  vulve  et  du 


1400 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


vagin  existe  un  très  léger  rétrécissement  pouvant  en  imposer  pour 
un  hymen. 

Je  n’ai  pas  revu  la  malade  depuis  sa  sortie  de  l’hôpital;  mais  j'ai 
appris  par  un  de  mes  internes  qui  la  connaît  un.  peu,  qu’elle  s’est 
copieusement  servie  de  son  néo-vagin. 

Cette  intervention  est  la  seule  que  j’aie  pratiquée.  J’ai  vu  une 
autre  malade  qui  présentait  un  vagin  absolument  rudimentaire, 
fermé  à  1  ou  2  centimètres  de  son  orifice  vulvaire  Elle  était 
mariée,  mais  ses  rapports  étaient  génés.  Je  lui  proposais  une 
intervention  tout  en  lui  signalant  les  dangers  inhérents  à  celle-ci. 
Elle  me  dit  devoir  consulter  son  mari.  Je  ne  l’ai  pas  revue. 


2°  Lever  précoce  les  opérés. 

M.  A.  Lapoi.nte.  —  Le  rapport  dans  lequel  mon  ami  Grégoire  a 
souligné  une  pratique  qui  consiste  à  faire  sortir  de  leur  lit  des 
opérés  gastriques  dès  le  lendemain  de  l’opération,  ramène 
l’attention  sur  un  point  de  thérapeutique  post-opératoire  qui  fit 
quelque  bruit,  il  y  a  quinze  ans,  et  fut  déjà  discuté  ici-même. 
C’est  celle  du  lever  précoce  après  les  laparotomies. 

Il  convient  de  distinguer  deux  choses  essentiellement  diffé¬ 
rentes. 

11  y  a  d'abord  la  réduction  de  la  durée  de  l’alitemeni,  des 
vingt  et  un  jours  tradionnels  de  jadis.  Je  pense  qu’il  est  générale¬ 
ment  admis  aujourd’hui,  qu’après  une  laparotomie  dont  les 
suites  ont  été  absolument  nettes,  il  n’y  a  aucun  motif  sérieux  de 
maintenir  au  lit  des  opérés  qui  ne  sont  pas  des  malades,  au  delà 
du  quinzième  jour,  voire  même  du  dixième  jour,  dans  l’appendicite 
à  froid  par  exemple. 

Notre  collègue  Faure  a  bien  montré,  en  1908,  l’innocuité  et  les 
avantages  de  cette  manière  de  faire.  Ce  n’est  pas  de  cela  qu’il 
s’agit,  mais  du  lever  des  laparotomisés  dès  le  lendemain,  sinon 
dès  le  soir  même  de  l’opération,  méthode  qu’on  a  appelée,  d’une 
façon  d’ailleurs  peut-être  plus  imagée  que  réelle  :  le  traitement 
ambulatoire  des  opérés  de  laparotomie. 

Il  vit  le  jour  en  Amérique,  il  y  a  vingt-cinq  ans  et  plusieurs 
chirurgiens  allemands  l’adoptèrent  dans  les  laparotomies  gyné¬ 
cologiques  et  l’appendicite. 

_  L’auteur  du  travail  rapporté  par  notre  collègue  Grégoiresefélicile 
d'y  avoir  eu  recours  pour  un  certain  nombre  de  ses  opérés  gastri¬ 
ques,  estimant  que  la  morbidité  et  la  mortalité  post-opératoires 
s'en  sont  trouvées  réduites. 


SÉANCE  DU  §  DÉCEMBRE  1401 

Je  n’en  disconviens  pas,  bien  qu’en  pareille  matière  on  ait  plutôt 
des  impressions  que  la  certitude.  Comment  affirmer,  en  effet,  que 
tel  opéré  a  guéri  parce  qu’il  était  en  assez  bon  état  pour  sortir  de 
son  lit,  et  qu’il  serait  mort  s’il  y  était  resté? 

En  tout  cas,  obtenir  d’un  opéré  abdominal,  même  quand  les 
suites  opératoires  sont  idéales,  qu’il  accepte  de  sè  lever  dès  le 
lendemain  de  l'opération,  cela  dénote,  de  la  part  du  chirurgien, 
une  force  de  persuasion,  et  de  la  part  du  malade,  une  dose  d’éner¬ 
gie,  qui,  on  en  conviendra,  ne  sont  pas  communes. 

Car,  tout  est  là,  convaincre  l’opéré  qu’il  doit  surmonter  sa 
douleur  et  qu’il  ne  risque  rien. 

Ce  n’est  pas  qu’il  risque  grand’chose.  La  crainte  d’une  déhis¬ 
cence  pariétale,  quiahanté  certains  protagonistes  du  lever  précoce 
me  paraît  vaine,  surtout  quand  on  opère  en  travers.  Les  chiens  à 
qui  on  ouvre  le  ventre,  se  soumettent,  sans  qu’on  les  y  invite,  au 
traitement  ambulatoire,  et  ils  ne  font  pas  craquer  leurs  sutures. 

Du  reste,  en  chirurgie  humaine,  ce  n’est  pas  les  premiers  jours 
qu’on  observe  la  déhiscence,  mais  bien  du  huitième  au  quinzième 
jour,  et  je  dirai,  entre  parenthèses,  qu’elle  n’est  pas  impossible 
avec  les  sutures  non  résorbables.  J’ai  vu,  il  y  a  quelques  mois, 
une  rupture  de  paroi,  malgré  l’emploi  des  crins,  sur  lesquels 
l'aponévrose  s’était  coupée  d’un  bout  à  l’autre  de  la  plaie. 

Reste  à  savoir  si  le  traitement  ambulatoire  offre  assez  d’avan¬ 
tages  pour  exiger  de  l’homme  qu’il  fasse  comme  le  chien. 

Savariaud,  parlant  de  son  meilleur  ami,  déclare  qu’en  se  levant 
il  a  pu  échapper  au  désagrément  d’une  évacuation  vésicale  par  la 
sonde.  Mais  je  suppose  que  l’opéré  dont  il  s’agit  s’empressait  de 
’se  recoucher  après  avoir  vidé  sa  vessie  et  qu’il  aurait  préféré 
qu’elle  fût  plus  complaisante. 

Quoi  qu’il  en  soit,  l’absence  de  rétention  d’urine  et  le  retour 
plus  rapide  des  contractions  intestinales  sont  des  arguments  qu’on 
a  fait  valoir  en  faveur  du  traitement  ambulatoire. 

Ce  ne  sont,  à  vrai  dire,  que  les  arguments  d’ordre  mineur. 
L’argument  majeur,  c’est  la  diminution  des  accidents  pulmonaires 
et  des  embolies  post-opératoires.  Chez  les  opérés  qu’on  fait  lever 
et- marcher  dès  le  lendemain  de  l’opération,  la  ventilation  pulmo¬ 
naire  se  fait  mieux  et  le  cœur  reprend  un  tonus  suffisant  pour 
éviter  la  thrombose. 

Sans  doute.  Mais,  pour  prévenir  les  complications  pulmonaires 
auxquels  les  opérations  portant  sur  l’étage  supérieur  de  l’abdomen 
prédisposent  particulièrement,  peut-être  existe  t-il  des  moyens 
d’utilisation  plus  facile  qu;  celui  qui  consiste  à  forcer  un  opéré  à 
vaincre  sa  douleur  et  sa  crainte  pour  faire  péniblemeùt  quelques 
pas. 


1402 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Je  laisse  de  côté  le  moie  d’anesthésie  qui  n’est  pas  en  question, 
et  je  ferai  simplement  observer  qu’entre  l’immobilité  absolue,  qui 
était  de  règle  jadis,  et  le  traitement  dit  ambulatoire,  il  y  a  de  la 
marge. 

En  installant,  dès  le  réveil,  les  opérés  en  position  demi  assise; 
en  les  exerçant,  avant  l’opération,  à  la  gymnastique  respiratoire, 
pour  qu’ils  la  reprennent  aussitôt  après,  on  peut  restreindre,  dans 
une  large  mesure,  les  chances  d’accidents  pulmonaires. 

La  mobilisation  passive  et  active  des  membres  inférieurs, 
associée  au  massage,  a  aussi  son  utilité  pour  activer  la  circulation 
et  diminuer  les  risques  de  thrombose. 

Si  encore  on  était  sûr  d’éviter  le  drame  embolique  en  imposant 
le  lever  précoce  !  Mais  ses  partisans  y  sont  exposés  comme  les 
autres,  et  avec  celte  circonstance  aggravante,  que  leur  responsa¬ 
bilité  se  trouve,  ne  serait-ce  qu’en  apparence,  beaucoup  plus 
fortement  engagée. 

Je  citerai,  pàr  exemple,  les  chiffres  donnés  par  Kümmel  (1)  qui 
fut,  en  Allemagne,  un  des  plus  chauds  adeptes  de  la  méthode.  Sa 
mortalité  par  embolie  après  laparotomie  était  de  1  p.  100,  chiffre 
énorme.  Avec  le  lever  précoce,  il  eut  encore  une  mortalité  de 
0,94  p.  100.  La  différence  n’a  vraiment  rien  d’impressionnant. 

Bref,  sans  nier  les  avantages  que  peut  avoir  le  traitement  am¬ 
bulatoire  des  opérés  de  l’estomac  et  d’une  façon  générale  de  tous 
les  laparotomisés  qui  vont  bien,  il  m’a  toujours  semblé  que  ses 
partisans  en  exagéraient  la  valeur.  Ils  ne  sont  pas  assez  éclatants, 
à  mon  avis,  pour  qu'il  y  ait  lieu  de  regretter  que  cette  pratique, 
aussi  peu  conforme  à  la  mentalité  de  nos  malades  et  de  leur 
entourage  qu’à  notre  mentalité  propre,  se  soit  peu  répandue 
jusqu’alors  dans  notre  pays. 

En  ce  qui  me  concerne,  il  me  serait  difficile,  je  l’avoue,  de 
m’affranchir  de  ce  traditionnel  respect  de  la  douleur,  que  le 
chirurgien  éprouve  d’instinct  au  chevet  de  ses  opérés. 

M.  Ch.  Dujarier.  —  J’utilise  chez  les  opérés  le  lever  précoce 
depuis  environ  quinze  ans.  J’ai  commencé  par  les  hernies  et  les 
appendicites,  puis,  à  la  suite  d’un  voyage  à  l’étranger  en  1912,.  où 
j’ai  vu  un  réséqué  de  l’estomac  se  promener  dans  le  jardin  le 
deuxième  jour,  à  la  suite  des  travaux  de  Kümmel,  de  Hambourg 
qui  notait  moins  de  phlébites  et  d’embolies  chez  les  opérées  de 
fibromes  levées  précocement,  je  me  suis  enhardi,  et  j’ai  appliqué 
le  lever  précoce  aux  différentes  opérations  abdominales  tant  sus- 
que  sous-ombilicales. 

(1)  Kümmel.  Abkürzuog  des  Heilungsverlaufs.  Ai-chiv.  f.  /clin.  Chir.,  t.  LXXX, 
1908,  p.  494. 


SÉANCE  DU  5  DÉCEMBRE 


1103 


Je  n'utilise  le  lever  précoce  que  dans  les  opérations  aseptiques, 
lorsque  l’opéralion  a  été  correcte  et  sans  incident.  Je  crois  qu’il 
faut  procéder  avec  douceur  et  ne  jamais  user  de  contrainte.  Mais 
l’influence  de  l’exemple  est  considérable,  et  dans  mon  service  je 
n’éprouve  que  rarement  de  la  résistance  chez  les  opérées. 

Pour  les  hernies  et  les  appendicites,  je  commence  le  lever  dès  le 
lendemain  de  l’opération.  J’augmente  un  peu  tous  les  jours,  et  les 
opérés  quittent  le  service  du  huitième  au  dixième  jour. 

Pour  les  opérations  abdominales,  fibromes,  kystes  de  l’ovaire, 
gastro-entérostomies,  je  fais  lever  mes  malades  du  quatrième  au 
septièmejour  :  naturellement,  lorsqu’il  n’yapas  de  température  ni 
aueun  symptôme  inquiétant. 

Les  avantages  de  celte  méthode  sont  considérables  :  la  conva¬ 
lescence  de  l’opération  est  réduite  au  minimum,  les  fonctions 
digestives,  urinaires  et  respiratoires  se  rétablissent  beaucoup 
mieux  ;  enfin,  avantage  secondaire,  il  est  vrai,  l’encombrement  du 
service  est  très  limité,  car  le  séjour  à  l’hôpital  est  très  raccourci. 

Je  n’ai  jamais  eu  d’accident  imputable  à  celte  pratique.  Je  n’ai 
pas  noté  d’éventration  plus  souvent  qu’autrefois  ;  il  est  vrai  qu’outre 
une  suture  soignée  de  la  paroi  en  trois  plans  je  place  toujours  dès 
fils  de  soutier  prenant  toute  la  paroi,  fils  que  je  n’enlève  que 
du  dixième  au  douzième  jour.  Il  en  est  de  même  pour  la  phlébite 
et  l’embolie,  notamment  dans  les  fibromes.  Je  ne  dis  pas  qu’avec 
•le  lever  précoce  on  ne  voit  plus  ces  complications,  et  cette  année 
même  j’ai  perdu  une  opérée  de  fibrome  d’embolie  au  quinzième 
jour;  mais  j’ai  l’impression  que  ces  complications  sont  plutôt 
moins  fréquentes  que  lorsqu’on  ne  lève  les  malades  que  du 
quinzième  au  vingtième  jour. 

En  résumé,  je  considère  le  lever  précoce  comme  une  excellente 
méthode,  à  condition  de  l’utiliser  avec  douceur  et  discernement. 

M.  le  Dr  H.  Gaudier  (de  Lille),  correspondant  national.  —  Il 
y  a  longtemps,  en  1917,  pendant  la  guerre  et  depuis,  que  j’ai 
érigé  en  système,  dans  ma  pratique  chirurgicale,  le  lever  précoce 
de  tous  mes  opérés  d’estomac,  en  même  temps  que  l’alimentation 
rapide.  Le  deuxième  jour,  ils  sont  assis  dans  le  lit,  et  le  troisième 
ils  s’assoient  dans  un  fauteuil  et  commencent  à  faire  quelques  pas. 
Tous  sont  opérés  sous  rachianesthésie  haute;  les  sutures  sont 
faites  au  fil  de  lin,  la  peau  comprise;  celle-ci  est  pour  toute  désin¬ 
fection  passée  à  l’essence  de  goménol  (donti  je  dirai  un  jour  tous 
les  avantages  en  chirurgie  gastro-intestinale)  avant  et  après  l’opé¬ 
ration;  pas  de  pansement;  les  fils  sont  enlevés  au  huitième  jour. 
Le  premier  jour:  eau  sucrée  largement  donnée;  le  deuxième, 
bouillies  très  claires;  le  troisième,  bouillies  plus  épaisses;  le 


1404 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


quatrième,  pulpe  de  viande  crue;  au  dixième  jour,  alimentation 
normale  à  moins  de  contre-indications  médicales  formelles. 

Pour  en  revenir  au  lever  précoce,  je  dois  dire  que  je  n’yai  trouvé 
que  des  avantages  et  M.  Labbé,  dont  j’opérais  les  «  estomacs  » 
pendant  la  guerre,  l’avait  constaté  comme  moi;  depuis  cette  pra¬ 
tique  plus  de  complications  pulmonaires,  plus  de  vomissements, 
plus  de  parésie  intestinale;  amélioration  de  la  mentalité  du 
malade. 

Je  n’ai  observé  aucune  influence  fâcheuse  sur  la  solidité  de  la 
paroi  suturée  ;  et  le  seul  cas  de  désunion  que  j’ai  observé  était 
chez  un  sujet  qui  avait  gardé  le  lit  avec  un  pansement. 

J’opérais  la  semaine  dernière  une  femme  de  soixante-six  ans, 
que  m’envoyait  mon  collègue  Surmont  pour  un  cancer  du  pylore 
et  chez  qui  l’alimentation  était  impossible;  le  troisième  jour,  cette 
opérée,  assise  dans  son  fauteuil,  tricotant,  s’interrompant  pour 
déguster  son  potage,  ne  donnait  à  personne  l'impression  d’une 
opérée  de  si  fraîche  date,  et  notre  collègue  Jeanneney,  à  qui  je  la 
montrais,  en  était  très  étonné.  C’est  dire  que  je  m’associe  pleine¬ 
ment  au  plaidoyer  du  Dr  Brisset  dont  les  bl  observations  corro¬ 
borent  tout  à  fait  les  résultats  de  mon  expérience  personnelle. 


3°  Sympathectomie. 

Des  oblitérations  artérielles  hautes 
( oblitération  de  la  terminaison  de  l'aorte ) 
comme  causes  des  insuffisances  circulatoires  des  membres  inférieurs , 

par  R.  LERICHE  (de  Lyon),  correspondant  national. 

L’intéressante  observation  de  M.  A.  Schwartz  et  celle  qu’a 
rapportée  à  la  dernière  séance  M.  Tuffler  posent  un  problème 
pathologique  qu’il  est  intéressant  d’étudier,  car  c’est  de  la  solution 
qu’on  lui  donnera  que  dépend  la  solution  thérapeutique  à  adopter, 
devant  des  cas  embarrassants.  Je  voudrais  l’examiner  brièvement 
en  m’appuyant  sur  deux  faits  personnels. 

Que  sont  ces  insuffisances  circulatoires  bilatérales  du  membre 
inférieui>qui,généralementplus  marquéesd’un  côté  que  de  l’autre, 
se  traduisent  au  début  d’habitude  par  de  la  claudication  intermit¬ 
tente  unilatérale  et  des  douleurs? 

Il  est  absolument  certain  qu’il  ne  s'agit  pas  là  de  troubles  vasor 
moteurs  et  que  ces  symptômes  sont  la  conséquence  d’une  oblité- 


SÉANCE  DU  5  DÉCEMBRE 


1405 


ration  artérielle  vraie.  Nous  avons  en  effet  un  moyen  de  valeur 
absolue  pour  différencier  les  oblitérations  artérielles  et  les 
spasmes  :  pendant  la  guerre,  MM.  Babinski  et  Heitz  ont  montré 
que,  quand  il  s’agit  d’un  spasme,  un  bain  chaud  ramène  toujours 
les  oscillations  dans  le  membre  atteint  de  troubles  circulatoires, 
alors  qu’au  contraire  quand  il  s’agit  d’une  oblitération  artérielle, 
le  bain  chaud  ne  change  rien  aux  données  de  l’oscillométrie.  Je  le 
,  répète,  ce  signe  a  une  valeur  absolue.  Or,  dans  les  cas  identiques  à 
celui  de  M.  Schwartz,  le  bain  chaud  ne  modifie  pas  les  oscillations, 
je  l’ai  observé  personnellement  deux  fois.  Une  de  ces  observations 
a  une  valeur  particulière  parce  que  le  fait  a  été  étudié  par  mon 
maître  Gallavardin.  Dans  ce  cas  la  claudication  était  unilatérale, 
les  douleurs  aussi  et  l’oscillométrie  était  nulle  des  deux  côtés;  des 
deux  côtés,  des  battements  artériels  n’étaient  perçus  qu’au  niveau 
du  triangle  de  Scarpa  et  de  façon  très  faible.  L’épreuve  du  bain 
chaud  ne  fit  reparaître  les  oscillations  ni  d'un  côté  ni  de  l’autre; 
aussi  M.  Gallavardin  et  moi  fîmes-nous  le  diagnostic  d’oblitération 
artérielle  et,  étant  donnée  la  bilatéralité  des  troubles,  nous  fûmes 
obligés  d’admettre  que  l’oblitération  siégeait  à  la  terminaison  de 
l’aorte. 

Evidemment,  nous  n’en  avonspas  eu  la  confirmation  anatomique; 
mais,  qu’on  y  réfléchisse,  il  ne  pouvait  en  être  autrement  :  oblité¬ 
ration  ou  rétrécissement  serré  avec  prédominance  d'un  côté.  Je 
suis  convaincu  qu’il  en  est  ainsi  chez  la  malade  de  M.  Schwartz 
et  peut-être  aussi  chez  celle  de  M.  Tuffier,  mais  c’est  moins 
certain,  D’ailleurs  M.  Schwartz  a  été  lui  aussi  conduit  à  ce  dia¬ 
gnostic,  mais  ayant  trouvé,  lors  de  l’opération  et  plus  tard  à 
l’amputation,  des  artères  parfaitement  souples  et  perméables,  à 
peine  plus  épaisses  que  normalement,  il  n’a  pas  osé  maintenir  ce 
diagnostic.  Cependant  l’intégrité  des  artères  en  aval  ne  signifie 
rien  contre  le  diagnostic  d’oblitération  siégeant  au  niveau  de 
la  bifurcation  aortique  :  au-dessous  d’une  oblitération  artérielle, 
les  artères  restent  souples  et  perméables,  en  état  d’adaptation 
fonctionnelle  comme  je  me  suis  efforcé  de  vous  le  démontrer,  avec 
Policard,  il  y  a  trois  ans.  Le  sang  y  circule,  mais  sans  force,  sans 
pression,  parfois  sans  rythme,  parce  qu’il  y  arrive  par  des  récur¬ 
rences;  il  en  est  ainsi  dans  les  cas  qui  sont  en  discussion  aujour¬ 
d’hui.  Dans  une  de  mes  observations,  lors  de  la  sympathectomie, 
j’ai  trouvé  la  fémorale  petite,  moins  volumineuse  qu’une  fémorale 
normale;  elle  ne  battait  pas,  n’avait  aucun  mouvement  de  trans¬ 
lation;  mais  flans  ses  petites  collatérales  inominées  il  y  avait  du 
sang  qui  sortait  en  bavant.  C’est  ce  que  Schwartz  a  vu. 

Admettons  donc  une  oblitération  de  l’embouchure  des  deux 
iliaques  par  thrombose  de  la  terminaison  aortique.  Quelle  est  la 


1406 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRCRGIE 


nature  de  cette  thrombose?  Je  n’en  sais  rien;  ce  n’est  pas  de 
l’athérome  diffus;  et  l’oblitération  parait  très  localisée.  Dans  mes 
2  cas,  il  ne  s’agissait  pas  de  syphilis.  Les  accidents  étaient  apparus 
brusquement  4  ou  5  heures  après  une  désarticulation  sous 
anesthésie  de  quelques  phalanges  de  la  main.  De  brusques  dou¬ 
leurs  très  violentes  étaient  soudain  survenues  dans  un  des  mollets, 
et  c’est  deux  mois  après  que  le  malade  était  venu  se  plaindre  de  sa 
claudificatîon  intermittente.  S’est-il  agi  d’une  embolie?  C’est . 
possible.  Toujours  est-il  que,  quand  Gallavardin  a  vu  le  malade, 
son  cœur  était  en  parfait  état  etrien  ne  permettait  rétrospectivement 
ce  diagnostic. 

Je  crois  par  ailleurs  que  les  oblitérations  artérielles  par  artérite 
latente  sans  symptôme  ne  sont  pas  excessivement  rares.  J’en  ai 
observé  une  de  la  sous-clavière  chez  une  femme  ayant  une  côte 
cervicale;  or,  à  l'intervention  il  n’y  avait  aucun  contact  immédiat 
entre  la  côte  et  l’artère.  J’ai  de  même  vu  une  oblitération  arté- 
ritique  de  la  sous-clavière  chez  une  femme  qui  avait  eu  une 
fracture  de  la  clavicule  dans  l’enfance.  J'ai  réséqué  le  segment 
artériel  oblitéré,  et  sur  la  pièce  il  n’y  avait  aucune  signature  histo¬ 
logique  de  processus  infectieux.  Je  suis  ces  malades  depuis  trois 
ans  :  elles  n’ont  eu  aucune  manifestation  nouvelle  d’artérite.  Je  ne 
conclus  pas,  mais  je  crois  qu’il  serait  intéressant  d’étudier  ces 
faits. 

Si  les  insuffisances  circulatoires  artérielles  des  membres  infé¬ 
rieurs  sont  bien  liées  ainsi  à  une  oblitération  de  la  bifurcation 
aortique,  quelle  conduite  faut-il  tenir? 

Evidemment,  la  sympathectomie  périfémorale  ne  peut  rien 
donner  de  durable  et  de  pleinement  efficace  ;  au  plus,  peut-être, 
une  diminution  des  douleurs,  une  cicatrisation  passagère  d’ulcéra¬ 
tion.  Mais  c’est  tout.  Dans  mon  cas  le  résultat  a  été  nul,  sauf 
évidemment  les  dix  ou  quinze  jours  de  réchauffement  que  l’on  a 
toujours.  Je  ne  crois  donc  pas  la  sympathectomie  fémorale  indi¬ 
quée.  11  faudrait,  à  mon  sens,  se  porter  droit  sur  la  lésion,  aller 
découvrir  la  bifurcation  aortique  et  vérifier  son  état.  On  pourrait 
alors  essayer  d’une  sympathectomie  au-dessus,  mais  le  traitement 
idéal  consisterait  évidemment  à  réséquer  la  zone  oblitérée  et  à 
rétablir  la  perméabilité  artérielle  si  c’est  possible;  il  me  paraît 
malheureusement  peu  probable  que  cet  idéal  soit  réalisable. 


SÉANCE  DU  O  DÉCEMBRE 


1407 


Sympathicectomie  périfémorale  pour  gangrène  sénile  du  gros  orteil, 

m  par  M.  Brocq, 

Chirurgien  des  hôpitaux. 

Rapport  verbal  de  M.  PL.  MAUCLAIRE. 

Voici  tout  d’abord  l’observation  intéressante  de  notre  collègue  : 

Observation.  —  B...,  soixante-huit  ans,  jardinier,  entre  le  i8  août  1923 
à  l’hôpital  de  la  Pitié  pour  escarre  du  gros  orteil  gauche. 

Antécédents.  —  Fièvre  typhoïde  à  cinq  ans;  engelures  fréquentes 
l’hiver.  Pas  de  syphilis. 

État  actuel.  —  Depuis  mars  dernier,  le  gros  orteil  gauche  est  tuméfié, 
rouge,  très  douloureux.  Suppuration  périunguéale  avec  rougeur  et 
œdème  gagnant  le  dos  du  pied,  suivie  les  jours  .suivants  d’escarre 
noirâtre  de  la  2°  phalaDge  de  l’orteil.  Chute  de  l’ongle. 

Gêne  dans  la  marche.  Pas  de  claudication  intermittente.  Douleurs 
très  vives  la  nuit,  d’où  une  insomnie  depuis  longtemps. 

Pas  de  glycosurie  ni  d’albumine. 

Pas  de  signes  de  syphilis. 

Wa'sermann  négatif. 

25  août.  Sillon  d’élimination.  Tension  artérielle  égale  aux  quatre 
membres. 

30  août.  Sympathicectomie  périfémorale.  Incision  sur  la  ligne  de 
ligature  de  l’artère  fémorale.  L’incision,  longue  de  12  centimètres, 
naît  à  trois  ou  quatre  travers  de  doigt  au-dessous  de  l’arcade  crurale. 
L’artère  fémorale  est  complètement  décortiquée  sur  une  longueur  de 
8  centimètres  environ. 

L’artère  est  relativement  assez  souple  et  la  dénudation  est  pratiquée 
sans  grande  difficulté.  Après  dissection  de  la  gaine  périfémorale,  l’artère 
diminue  considérablement  de  volume;  elle  semble  réduite  à  la  moitié 
environ  du  calibre  qu’elle  présentait  avant  la  sympathicectomie.  La 
portion  rétrécie  contraste  nettement  avec  les  portions  sus-  .et  sous- 
jacentes  non  dépouillées  de  leur  gaine. 

31  août.  Disparition  immédiate  des  douleurs  qui  étaient  très  vives. 

2  septembre.  Disparition  de  l’œdème  et  de  la  rougeur. 

Les  jours  suivants  l’escarre  tombe.  La  cicatrisation  de  la  plaie  se 
fait  très  rapidement  avec  des  séances  d’air  chaud. 

1er  .novembre.  La  cicatrisation  est  complète.  La  marche  est  facile 
mais  le  pied  enfle  facilement. 

Ce  qui  fut  très  net  chez  ce  malade,  c’est  la  disparition  immé¬ 
diate  des  douleurs  intolérables  qu’il  éprouvait. 

J’ajouterai  qu’il  faut  noter  la  grande  étendue  suivant  laquelle 
la  décortication  a  été  pratiquée  par  M.  Brocq. 

Personnellement,  j’ai  déjà  rapporté  les  cas  dans  lesquels  j’ai 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


fait  la  sympathicectomie  pour  :  1°  mal  perforaot,  insuccès  ;  2°  mal 
perforant,  insuccès;  3°  ulcération  sur  un  moignon  d'amputation 
de  jambe.  Disparition  rapide  des  ulcérations,  mais  récidive  au 
bout  de  trois  mois.  Mais  je  dois  dire  que*dans  mes  opérations  je 
n’avais  pas  fait  la  décortication  sur  une  étendue  assez  grande. 
J’avais  dénudé  simplement  l’artère  sur  une  longueur  de  3  centi¬ 
mètres  environ.  En  somme,  il  faut  accumuler  les  observations  de 
sympathicectomie  pour  pouvoir  en  préciser  les  indications  et  en 
connaître  les  résultats.  (Je  viens  de  faire  la  sympathicectomie 
fémorale  bilatérale  pour  douleurs  persistantes  après  gelures 
graves  de  guerre.) 

Je  vous  propose  de  remercier  M.  Brocq  pour  son  observation 
intéressante  et  de  la  publier  dans  nos  Bulletins. 


4°  Rachianesthésie. 

1.011  cas  de  rachianesthésie , 
par  Mû.  Plisson  et  Clavecin  (du  Val-de-Grâce), 

Rapport  de  M.  PAUL  RICHE. 

Quelques-uns  de  ces  cas  ont  déjà  été  publiés  dans  des  revues 
de  médecine  militaire;  les  autres  sont  inédits.  Je  constate  tout 
de  suite  que  les  anesthésies  n’ont  été  faites  que  pour  des  opéra¬ 
tions  sous-diaphragmatiques. 

«  Pour  avoir  de  bonnes  anesthésies  et  éviter  les  accidents,  il 
faut  s’astreindre  à  pratiquer  la  méthode  avec  la  plus  grande 
rigueur  et  la  plus  extrême  minutie,  et  tous  les  détails  que  nous 
allons  décrire  présentent  une  importance  capitale  pour  la  bonne 
réussite  de  l’anesthésie.  »  J’ai  déjà  dit,  dans  mon  rapport  sur  les 
cas  de  M.  Duvergey,  ce  que  je  pensais  de  ces  affirmations  et  j’ai  vu 
avec  plaisir  que  mon  ami  Dujarier  partageait  ma  manière  de  voir. 

Ce  qui  caractérise  la  technique  de  MM.  Plisson  et  Clavelin,  c’est 
la  recherche  d’une  localisation  précise  de  l’anesthésie;  ils  ont  la 
conviction  qu’ils  arrivent  à  un  tel  résultat. 

Après  un  lavement  la  veille  et  une  injection  hypodermique  de 
23  centigrammes  de  caféine  dans  l’heure  qui  précède  l’interven¬ 
tion,  ils  injectent  de  l’allocaïne  Lumière  pure  en  solution  au 
10e  dans  du  sérum  physiologique  à  8,5  p.  1.000. 

Ils  utilisent  une  seringue  de  Luer  de  2  cent,  cubes  et  une  aiguille 
d’une  finesse  extrême  (5/10®  de  millimètre  de  diamètre  extérieur). 


SÉANCE  DU  5  DÉCEMBRE 


1409 


Ils  font  la  ponction  sur  la  ligne  médiane  immédiatement  au- 
dessous  du  tubercule  postérieur  de  l’apophyse  épineuse  sus- 
jacente.  Ils  ne  laissent  pas  couler  plus  de  1  cent,  cube  de  liquide 
céphalo  rachidien,  s'assurent  qu’il  n’y  a  pas  de  bulle  d’air  dans  la 
seringue,  y  laissent  pénétrer  1/2  cent,  cube  de  liquide  céphalo¬ 
rachidien,  poussent  le  contenu  lentement;  arrivés  à  moitié  de  la 
seringue,  ils  aspirent  de  nouveau  un  peu  de  liquide  et  terminent 
l’injection. 

La  quantité  d’allocaïne  varie,  suivant  le  lemps  que  doit  durer 
l’anesthésie,  entre  4  centigrammes  (25  à  50  minutes)  et  10  centi¬ 
grammes  pour  les  interventions  longues  ou  intra-abdominales. 

La  ponction  est  pratiquée  au  niveau  de  l’émergence  de  la  racine 
la  plus  haute  innervant  la  région  à  opérer  en  se  basant  sur  le 
schéma  de  Chipault. 

On  est  évidemment  séduit  au  premier  abord  par  tant  de  préci¬ 
sion,  mais,  en  réfléchissant  un  peu,  on  ne  tarde  pas  à  se  con¬ 
vaincre  que  tout  cela  est  illusoire.  L’aiguille  dont  je  me  sers  est 
plus  grosse  (1  millimètre  de  diamètre  extérieur)  et  je  la  trouve 
plutôt  trop  fine;  il  m’arrive  souvent  de  ne  pas  extraire  plus  de 
1  cent,  cube  de  liquide  céphalo  rachidien.  Si  l’anesthésique  avait 
une  action  aussi  localisée  que  le  croient  les  auteurs  et  si  leur 
calcul  du  niveau  de  l’injection  était  exact,  je  ne  devrais  jamais 
pouvoir  faire  la  laparotomie  la  plus  basse  en  faisant  ma  ponction 
comme  je  la  fais,  c’est-à-dire  toujours  au-dessous  de- la  lre  lom¬ 
baire.  En  effet,  la  sensibilité  donnée  par  la  2e  paire  lombaire 
reste  au-dessous  du  pli  de  l’aine  et  même,  pour  atteindre  l’émer¬ 
gence  de  cette  2e  paire,  il  faudrait  déjà  faire  l’injection  en  passant 
sous  l’apophyse  épineuse  de  41  D. 

Est- ce  à  dire  que  les  schémas  de  Chipault  sont  inexacts?  Loin 
de  moi  l’idée  d’un  pareil  blasphème.  Je  crains  seulement  qu’il  y 
ait  quelque  chose  de  défectueux  dans  la  façon  de  s’en  servir.  Voici 
ce  que  nous  disent  ces  schémas  : 

1°  Étant  donnée  la  limite  supérieure  d’une  anesthésie,  la  lésion 
radiculo-médullaire  doit  se  trouver  à  un  niveau  déterminé  par 
rapport  à  l’émergence  médullaire  de  telle  ou  telle  racine  ; 

2°  L’émergence  médullaire  de  cette  racine  se  trouve  au  niveau 
de  telle  apophyse  épineuse; 

3°  Le  trou  de  conjugaison  par  lequel  sort  cette  racine  a  tels 
rapports  avec  les  apophyses  épineuses. 

Si  l’on  utilise  les  deux  premières  données  pour  faire  de  l’anes¬ 
thésie  radiculaire  intrarachidienne,  on  fait,  dans  la  région  dorsale 
au  moins,  deux  erreurs  de  niveau  qui  s’additionnent. 

1°  En  passant  au-dessous  de  l’apophyse  épineuse  indiquée  par 
le  schéma,  il  faut,  pour  pénétrer  dans  le  rachis,  suivre  son  incli- 


1410 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


naison,  ce  qui  conduit  notablement  plus  haut  que  le  niveau  de 
cette  apophyse-repère  ; 

2°  Ce  n’est  pas  seulement  au  niveau  de  son  émergence  médul¬ 
laire  que  la  racine  envisagée  peut  être  anesthésiée  par  le  liquide 
qui  la  baigne,  mais  tout  le  long  de  son  trajet  de  la  moelle  au  trou 
de  conjugaison,  et  ce  trajet, a  une  longueur  dont  il  convient  de  ne 
pas  faire  abstraction. 

Si  l’on  veut  se  servir  des  schémas,  il  ne  faut  utiliser  que  le  pre¬ 
mier  qui  indique  la  racine  la  plus  haute  à  atteindre  et  le  troisième 
qui  donne  le  niveau  du  trou  de  conjugaison.  Or,  MM,  Plisson  et 
Clavelin  disent  textuellement  :  «  La  ponction  est  pratiquée  au 
niveau  de  ['émergence  de  la  racine  la  plus  haute.  »  11  est  à  pré¬ 
sumer  qu’ils  n’ont  pas  voulu  parler  du  trou  de  conjugaison. 

Après  avoir  vu  la  technique,  voyons  les  résultats. 

Piqûre  de  la  moelle  jamais  observée. 

Anesthésie  manquée  :  elle  est  toujours  due  à  une  faute  de 
technique  qui  fait  que  leliquide  n’a  pas  été  injecté  en  totalité  dans 
le  canal.  Je  disais  l’autre  jour  que  j’avais  eu  quelques  rares  cas 
d’anesthésie  nulle  ;  l’un  de  ceux  qui  m’a  le  plus  frappé  fut  celui 
d’un  jeune  garçon  d’à  peine  quatorze  ans  :  je  n’avais  pas  fait  de 
faute  de  technique  et,  pour  bien  faire  voir  qu’on  lui  avait  injecté 
autre  chose  que  de  l’eau  claire, 'il  eut  une  céphalée  assez  pro¬ 
noncée. 

Les  auteurs  citent  le  cas  d’un  opéré  pour  éventration  après 
appendicectomie  chez  lequel  l’anesthésie  ne  monta  pas  assez  haut 
parce  que  la  ponction  avait  été  faite  par  erreur  au  niveau  utilisé 
pour  les  hernies  inguinales,  c’est-à-dire  dans  le  11e  espace  dorsal  ! 

Mon  expérience  m’a  montré  que  rien  n’est  plus  variable  que  le 
niveau  supérieur  de  l’anesthésie,  mais,  encore  une  fois,  je  ne  fais 
jamais  ma  ponction  plus  haut  que  le  1er  espace  lombaire  et  pour¬ 
tant  j’opère  ainsi  toutes  mes  laparotomies  sous-ombilieales  et  les 
hernies  de  l’ombilic. 

Accidents  fendant  l'anesthésie. 

«  L’orage  bulhaire  pouvant  aller  jusqu’à  la  syncope  n’a  jamais 
été  observé  par  nous...  L’un  de  nous  n’a  observé  qu’une  syncope 
passagère  qu'il  attribue  nettement  à  l’émotion  du  malade,  lequel 
voulut,  malgré  les  conseils  du  chirurgien,  voir  son  opération.  »  Je 
crois  que  cette  explication  constitue  un  jugement  téméraire. 

Aucun  accident  consécutif  sérieux. 

Ou  note  quelquefois  de  la  céphalée,  des  vomissements  bilieux, 
de  la  rachialgie.  «  Dans  quelques  cas  seulement,  la  rachialgie  a 
réellement  incommodé  le  malade. €es  cas  étaient  presque  toujours 
des  cures  radicales  de  hernie  inguinale  qui  présentent  fréquem¬ 
ment  la  même  rachialgie  après  opération  avec  d’autres  anesthé- 


SÉANCE  DC  O  DÉCEMBRE 


1411 


sies.  »  J’avoue  queje  ne  connaissais  pas  cette  prédilection  des 
opérés  de  hernie  pour  la  rachialgie. 

Ils  ont  remarqué  d’ailleurs  que  céphalée,  vomissements  et 
rachialgie  allaient  presque  toujours  de  compagnie.  Cela  me  paraît 
déceler  nettement  le  point  de  départ  méningé  de  ces  accidents 
généralement  anodins. 

En  somme,  les  auteurs  sont  très  partisans  de  l’anesthésie  rachi¬ 
dienne.  Ils  lui  reconnaissent  quelques  contre-indications  :  opéra¬ 
tions  sus-diaphragmatiques,  artériosclérose,  lésions  de  l'axe 
cérébro-spinal,  certaines  syphilis,  la  pïésence  de  lésions  cutanées 
au  voisinage  du  lieu  où  doit  se  faire  la  ponction.  Par  contre,  elle 
a  des  avantages  chez  les  cardiaques,  les  hépatiques,  les  rénaux, 
les  urinaires.  Elle  donne  le  silence  abdominal  dans  les  laparo¬ 
tomies,  facilite  les  réductions  de  fractures  et  les  ostéosynthèses  du 
membre  inférieur  et  supprime  un  aide. 

Ils  avouent  que  leur  méthode  comporte  peut-être  une  petite 
difficulté  opératoire  lorsqu’on  pratique  des, ponctions  hautes,  ce 
en  quoi  je  les  yeux  bien  croire. 

Messieurs,  je  vous  propose  de  remercier  MM.  Plisson  et  Clavelin 
de  nous  avoir  communiqué  leur  importante  et  belle  statistique. 


Sur  les  indications  de  la  rachianesthésie, 
par  M.  le  Dr  C.  Lepoutre, 
professeur  à  la  Faculté  libre  de  Lille. 

Rapport  de  M.  GER'NEZ. 

La  discussion  sur  la  rachianesthésie  étant  ouverte,  je  viens 
verser  aux  débats  la  statistique  de  500  cas  de  M.  Lepoutre,  pro¬ 
fesseur  à  la  Faculté  libre  de  Lille.  Votre  rapporteur  a,  détail 
assez  piquant,  travaillé  plus  de  six  mois,  avec  son  maître  Ricard, 
à  la  confection  de  son  appareil,  et  adopté,  aussitôt  sa  venue, 
l’Ombrédanne,  restant  fidèle  à  ces  deux  merveilleux  appareils 
que  l’on  a  plus  ou  moins  démarqués  pour  le  chloroforme  ou  l’éther. 

La  statistique  de  M.  Lepoutre  est  peu  importante,  dit-il,  mais 
s’il  l’a  employée,  dans  ses  200  premiers  cas,  à  toute  la  chirurgie 
sous-ombilicale,  il  a  ensuite  limité  son  emploi  suivant  certaines 
indications. 

Le  Dr  Lepoutre  croit  que  la  rachi  ne  supplantera  pas  les  autres 
modes  d’anesthésie  dans  les  cas  ordinaires.  «  Il  y  a,  dit-il,  dans 


1412 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


une  opération  un  facteur  moral  qui  ne  peut  être  négligé,  con¬ 
trairement  à  ce  que  j’aurai  cru  a  •priori.  La  plupart  des  malades 
ne  souhaitent  pas  demeurer  conscients  pendant  l’opération  ;  les 
échecs  par  manque  d’anesthésie,  si  rares  soient-ils,  sont  à  ce 
même  point  de  vue  absolument  pénibles  et  angoissants  ;  les  sensa¬ 
tions  de  malaise  et  même  de  mort  prochaine  ne  sont  pas  absolu¬ 
ment  rares  et,  parfois,  de  cruelles  céphalées  persistent  assez 
longtemps.  » 

Il  tire  les  indications; 

1°  De  la  nature  de  l'intervention-, 

2°  De  l'état  du  sujet. 

La  réservant  dans  la  chirurgie  sous-ombilicale  abdominale  pour 
les  interventions  difficiles,  comme  le  Werlheim,les  fistules  vésico- 
vaginales  par  voie  trans-péritonéo- vésicale,  les  résections 
coliques  (2),  les  abdomino-périnéales  (2)  et  les  périnéales  pour 
néo  du  rectum  (8),  M.  Lepoutre  insiste  sur  son  emploi  dans  les 
interventions  vésicales  et  prostatiques  à  vessie  ouverte  ou  par 
les  voies  naturelles. 

L’action  de  la  rachi  sur  la  sensibilité  générale,  et  spéciale,  et 
sur  la  contractilité  de  la  vessie,  lui  parait  incomparablement  plus 
puissante  que  celle  des  autres  anesthésiques.  La  capacité  vésicale 
serait  nettement  augmentée  dans  les  cas  pathologiques;  les  mou¬ 
vements  propres  de  la  vessie  et  les  mouvements  dus  à  la  respi¬ 
ration  seraient  complètement  abolis. 

Bien  entendu,  M.  Lepoutre  conserve  l’anesthésie  locale  pour 
les  tailles  ordinaires,  et  emploie  la  rachianesthésie  dans  les 
cathétérismes  difficiles  de  l’uretère  (tuberculose  vésico-rénale),  la 
cautérisation  des  papillomes  vésicaux,  par  les  voies  naturelles, 
en  une  ou  deux  séances  prolongées,  les  interventions  vésicales 
difficiles,  les  prostatectomies,  dont  le  pronostic  a  changé  pour 
lui  depuis  qu’il  emploie  la  rachianesthésie. 

Désirant  une  résolution  musculaire  parfaite,  dans  la  réduction 
non  sanglante  des  fractures  de  jambe,  M.  Lepoutre  y  apprécie  les 
bienfaits  de  la  rachi.  Il  a,  dans  5  cas  de  fractures  bi-malléolaires, 
avec  fragment  marginal  postérieur  et  luxation  du  pied,  réduit 
très  facilement  et  maintenu  réduit,  sans  intervention  sanglante. 

Comme  indications  tirées  de  l’état  général,  M.  Lepoutre  recon¬ 
naît  : 

1°  L’emphysème  et  les  lésions  pulmonaires; 

2°  L’obésité; 

il0  L’intoxication  du  sujet,  péritonites  appendiculaires,  perfo¬ 
ration  d’ulcus. 

11  pense  que,  si  la  rachi  s’accompagne  d’abaissement  de  la  ten¬ 
sion,  cette  dépression  n’est  que  momentanée.  Celte  chute  de  la 


SÉANCE  DU  5  DÉCEMBRE 


1413 


pression  l’a  incité  à  ne  pas  employer  ce  mode  d’anesthésie,  dans 
les  hémorragies  internes,  en  général  (rupture  de  grossesse  tubaire) , 
l’état  lipothymique  de  ces  malades  lui  semblant  contre-indiquer 
la  rachianesthésie. 

De  la  technique  employée,  rien  à  dire  :  novocaïne,  toujours  de 
la  même  marque,  M.  Lepoutre  ayant  observé  des  différences 
importantes  suivant  les  échantillons  d’autres  marques  essayées. 
Dans  2  cas  d’essai  de  scurocaïne,  les  opérés  entrent  tous  deux 
dans  les  mêmes  conditions  de  sensation  de  mort  prochaine.  Il 
injecte,  préalablement  0  gr.  40  de  caféine  et  2  milligrammes  de 
strychnine. 

M.  Lepoutre  a  eu  1  cas  de  mort  qu’il  relate  en  détail,  et  qu’il  me 
semble  intéressant  de  vous  rapporter  : 

M.  D...,  soixante-dix  ans,  me  consulte  en  juin  1923,  me  demandant 
de  le  débarrasser  de  deux  volumineuses  hernies  inguinales,  qu’aucun 
bandage  ne  peut  contenir,  qui  le  font  beaucoup  souffrir  et  lui  enlèvent 
toute  activité.  C’est  un  homme  assez  gras,  sans  passé  pathologique,  de 
bon  état  général  ;  mais  je  lui  trouve  du  sucre  dans  les  urines;  le 
dosage  (15  juin)  donne  24  gr.  50  par  litre.  Il  est  mis  à  un  régime 
approprié  :  en  juillet,  on  trouve  2  gr.  50  par  litre  ;  le  12  septembre 
pas  de  sucre  ;  enfin,  le  ljt  octobre,  3  grammes  de  glucose,  avec  légères 
traces  d’acétone. 

Il  insiste  pour  être  opéré,  ses  hernies  faisant  de  lui  un  véritable 
infirme.  Cette  glycosurie  n’est  pas  une  contre-indication  absolue,  et 
j’accepte  d’intervenir. 

Comme  auesthésie,  j’écarte  l’anesthésie  locale,  à  cause  des  trop 
fortes  doses  que  cette  intervention  nécessiterait.  Le  chlore  et  l’éther 
ne  sont  pas  formellement  contre-indiqués;  mais  je  choisis  la  rachi, 
comme  ne  devant  avoir  aucune  influence  toxique  sur  les  glandes  (foie, 
rein,  pancréas). 

Intervention  le  26  octobre  1923. 

Ponction  lombaire,  le  malade  en  position  assise,  entré  L3  et  L4. 
Souslraclion  de  10  cent,  cubes  de  liquide  céphalo-rachidien.  Injection 
de  0  gr.  10  de  syncaïne  ;  le  liquide  céphalo-rachidien  est  attiré  dans  la 
seringue  où  se  fait  le  mélange,  puis  injection  du  tout. 

Injection  simullanée  de  0  gr.  25  de  caféine  et  de  0  gr.  002  de  strych¬ 
nine  (sous-cutanée). 

Le  malade  est  mis  en  position  horizontale,  la  tête  relevée  par  un 
coussin. 

Après  dix  minutes,  on  commence  l’intervention.  Pour  vider  les  volu¬ 
mineux  sacs  herniaires  et  faciliter  l’intervention,  position  de  demi- 
renversement. 

La  première  hernie  est  opérée  sans  encombre.  Dans  le  cours  de  la 
deuxième  opération,  c’est-à-dire  après  vingt  minutes,  l’opéré  se  plaint 
de  malaises  extrêmement  pénibles  avec  sensation  d’étouffement.  On  lui 
fait  absorber  une  tasse  de  café  fort,  avec  rhum,  qui  était  préparée  pour 

BULL.  ET  MÉM.  DE  LA  SOC  DE  CHIR.,  1923.  104 


1414 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Ja.fm  de  l'intervention.  Pendant  q.ue  l’opération  se  poursuit,  les  malaises 
augmentent,  résistant  à  des  injections  successives  d’huile  -camphrée, 
d’huile  éthérée  camphrée,  et  de  caféine.  Le  pouls  devient  extrême¬ 
ment  lent,  les  pupilles  se  dilatent.  L'intervention  est  terminée  après 
trente  minutes  (c’est-à-dire  quarante  minutes  après  l’injection  intra¬ 
rachidienne).  A  ce  moment  le  malade  est  mourant;  le  pouls  est  imper¬ 
ceptible,  les  pupilles  sont  dilatées  et  la  cornée  ne  réagit  pas  au  contact  ; 
la  face,'  habituellement  très  colorée,  est  marbrée  de  lividités  ;  de 
temps  en  temps  un  mouvement  respiratoire,  ressemblant  plutôt  à  un 
hoquet,  interrompt  une  apnée  angoissante. 

Je  fais  placer  le  patient  en  dé  cubitus  latéral  et  ponctionne  entie 
L2  et  LS'le  liquide  céphalo-rachidien  s’écoule,  mais  avec  une  extrême 
lenteur.  Après  5  à  6  gouttes,  et  devant  l’urgence.,  j’injecte  immédiate¬ 
ment  0  gr.  50  de  caféine.  C’est  une  véritable  résurrection  :  après 
quelques  minutes,  le  malade  se  sent  revivre  et  parle  :  la  respiration,  et 
plus  tard  le  pouls  reprennent  leur  ampleur.  On  peut  transporter  le 
malade  dans  son  lit,  où  il  s'assoupit. 

Après  quelques  heures  d’assoupissement,  permettant  encore  quelque 
inquiétude,  J \o.péré  passe  par  une  période  d’agitation  extrême,  qui 
dure  toute  la  nuit,  et  peut  être  attribuée  à  la  dose  .assez  forte  d’exci¬ 
tants  injectés  pendant  la  période  critique.  Bref,  la  situation  parait  se 
rétablir. 

Mais  voici  qu’au  quatrième  jour  les  urines  deviennent  ictériques  ; 
la  peau  jaunit,  et  prend  bientôt  la  teinte  caractéristique.  La  tempéra¬ 
ture  reste  normale.  Malgré  un  régime  approprié, le  pouls  se  ralentit, 
des  ecchymoses  apparaissent  sur  diverses  régions  du  corps,  et  le 
malade  meurt  dans  une  syncope,  le  2  novembre,  soit  huit  jours  après 
l’opération. 

Le  pansement  avait  été  fait  la  veille,  ut  les  dis  levés.  Réunion 
per  primam,  aucune  complication  locale. 


Voici  les  réflexions  dont  M.  Lepoutre  fait  suivre  son  observa¬ 
tion  : 

1°  L’efficacité  des  injections  intrarachidiennes  de  caféine  dans 
les  accidents  graves  de  la  rachi.  Je  ne  l’emploie  pas  préventive¬ 
ment;  mais  au  moment  du  danger,  elle  s’.est  montrée  très  pré¬ 
cieuse.  Des  observations  déjà  nombreuses  font  fol  de  sa  valeur. 

2°  Les  ictères  post-opéraloires,  avec  insuffisance  hépatique 
pouvant  entraîner  la  mort,  demandent  à  être  interprétés  avec 
prudence.  Si  j’avais  endormi  mon  malade  au  chloroforme  ou  à 
l'éther,  je  n’aurais  pas  manqué  de  leur  attribuer  cette  complica¬ 
tion.  On  ne  peut,  certes,  pas  incriminer  les  quelques  centi¬ 
grammes  de  novocaïne.  L’acte  opératoire,  à  lui  seul,  même  sans 
accidents  in  Fée-lieux,  peut  provoquer  chez  un  insuffisant  hépa¬ 
tique,  opéré  en  pleine  santé  apparente,  des  accidents  mortels. 

Je  vous  propose  de  remercier  M.  Lepoutre  de  ses  intéressantes 


SÉANCE  DU  5  DÉCEMBRE 


1415 


observations  qui  s’ajoutent  au-x  nombreuses  communications 
qui.ont  déjà  été  présentées  par  lui  à  notre  Société. 

M.  Broca.  —  Si  on  avait  endormi  cet  homme  au  chloroforme, 
que  dirait-on  ? 


5°  Traitement  des  fractures  bi-macléolaires. 

Indications  et  technique  du  traitement  opératoire 
des  fractures  récentes  fermées  du  cou-de-pied, 

par  MM.  PIERRE  DEVAL  et  BASSET. 

La  rapport  d’Alglavea  le  grand  mérite  de  susciter  une  nouvelle 
discussion  sur  ce  sujet.  Celle-ci  est  utile,  croyons-nous,  ear  il 
nous  semble  que  les  idées  ont  évolué  depuis  un  certain  temps 
vers  l’opportunité  d’un  traitement  opératoire  plus  fréquent. 

En  ce  qui  nous  concerne,  plus  notre  expérience  grandit,  plus 
fréquentes  et  plus  opportunes  nous  apparaissent  les  indications 
précises  du  traitement  chirurgical. 

Dans  toute  fracture  articulaire,  tous  les  efforts  doivent  tendre 
à  obtenir,  par  quelque  moyen  que  ce  soit,  la  reconstitution  par¬ 
faite  des  surfaces  articulaires.  Si,  dans  une  fracture  diaphysaire, 
le  résultat  fonctionnel  parfait,  ou  très  satisfaisant,  n’est  pas  tou¬ 
jours  lié  à  une  réduction  analomique  parfaite,  dans  une  fracture 
articulaire  on  ne  saurait  se  contenter  d’une  réduction  «  à  peu 
près  ».  Et  de  toutes  les  fractures  articulaires,  celle  du  cou-de-pied 
est  eeTle  qui,  de 'par  la  fonction  spéciale  de  l’article,  nécessite  le 
plus  impérieusement  la  reconstitution  anatomique  exacte  de  l’in¬ 
terligne  articulaire. 

Loin  de  nous  la  pensée  que  toute  fracture  du  cou-de-pied  doive 
être  opérée,  mais  notre  opinion  s’affirme  de  plus  en  plus  que 
toute  fracture  du  cou-de-pied,  quelle  que  soit  sa  forme  anato¬ 
mique,  dont  la  réduction  n’est  pas  parfaite,  et  dont  la  contention 
n’est  pas  absolue,  doit  être,  et  le  plus  tôt  possible,  opérée. 

A  eet  égard  il  n’est  peut-être  pas  inutile  de  répéter  que  les 
grandes  fractures  à  grand  déplacement  ne  sont  pas  toujours  ni 
les  plus  difficiles  à  réduire,  ni  les  plus  difficiles  à  contenir,  et  que 
c’est  souvent  dans  les  fractures  d’importance  moyenne  que  l’on 
trouve  une  impossibilité  absolue  à  corriger  les  quelques  milli¬ 
mètres  de  déplacement  qui  résistent  à  toutes  les  manœuvres  et 
compromettent  gravement  les  résultats  éloignés. 

Que  faut-il  entendre  par  réduction  parfaite? 


1416 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


C’est,  dans  le  sens  transversal,  le  rétablissement  de  la  mortaise 
dans  sa  dimension  transversale  strictement  normale.  Mais  ici  une 
remarque.  Dans  la  réduction  des  deux  malléoles,  il  faut  être  plus 
difficile  pour  la  malléole  externe  que  pour  l’interne.  La  malléole 
externe  doit  être  de  toute  rigueur  remise  en  place  normale,  sa  face 
interne  prolongeant  verticalement  dans  les  deux  sens  le  bord 
externe  du  tibia. 

Si  la  malléole  externe  est  tant  soit  peu  refoulée  en  dehors,  cette 
fracture  vicieuse  prédispose  dans  l’appareil  de  contention  au 
valgus  secondaire,  ou  lors  de  la  marche  au  valgus  tardif  et  pro¬ 
gressif.  Si  sa  pointe  reste  déviée  en  arrière,  il  s’ensuit  une  tor¬ 
sion  douloureuse  du  pied  dans  la  marche. 

La  malléole  interne,  au  contraire,  peut  très  bien  être  refoulée  en 
dedans,  élargissant  ainsi  quelque  peu  la  mortaise  ;  si  la  malléole 
externe  est  en  bonne  place,  la  réduction  peut  être  tenu®  pour 
bonne.  Dans  le  sens  antéro-postérieur,  il  faut  non  seulement  que 
l’astragale  soit  en  plaee  normaTe~sous  le  pTTôn  tibial,  maisqueie 
fragment  postérieur,  s’il  existe,  soit  remis  en  place,  reconstituant 
la  courbure  articulaire  tibiale  dans  sa  norme;  s’il  reste  quelque 
peu  en  l’air,  faisant  avec  la  partie  antérieure  du  tibia  une  marche 
tPescaiier,  la  réduction  est  mauvaise. 

Depuis  plusieurs  années  nous  avons  pris  comme  règle  absolue 
de  ne  jamais  examiner,  ou  tenter  de  réduire,  une  fracture  du  cou¬ 
de-pied  autrement  que  sous  l’écran  radioscopique. 

L’examen  sous  l’écran  fait  partie  de  l’examen  clinique.  De  plus, 
il  est  à  notre  avis  indispensable  pour  juger  de  la  réduclibilité, 
des- causes  d’irréductibilité  et  de  la  contention  d’une  fracture  du 
cou-de-pied. 

L’examen  radiographique  est  absolument  insuffisant,  même  de 
face  et  de  profil.  Il  faut  retourner  TâTfrâcture  sous  l’écran,  voir 
comment  elle  se  comporte,  comment  les  fragments  se  déplacent 
sous  les  pressions  et  Tes  tractions  en  différents  sens.  Seul  cet 
examen  radioscopique  permet  de  reconnaître  les  causes  d’irré¬ 
ductibilité  et  par  conséquent  de  prévoir  la  technique^  anima  foire, 
de  savoir  exactement  quel  obstac'lëTnâudra  lever,  de  savbir  par 
conséquent  par  oü  il  conviendra  d’abordèr  le  foyer  de  fracture. 

Cet  examen  radioscopique  est  pratiqué  sous  rachianesthésie, 
Celle-ci  nous  semble  préférable  à  l’anesthésie  parTnEalation,  elle’ 
donne  une  résolution  musculaire  plus  complète.  L’anesthésie  est 
en  tout  cas,  à  notre  avis,  préférable  à  la  traction  continue  qui 
peut  ne  pas  vaincre  complètement  la  résistance  musculaire. 

Or,  nos  examens  sous  l’écran  des  fractures  du  cou-de-pied  nous 
ont  montré  que  les  causes  d’irréductibilité  étaient  fort  diverses  et 
rarement  multiples. 


SÉANCE  DU  5  DÉCEMBRE 


1417 


Diverses,  elles  siègent  soit  sur  la  malléole  interne,  soit  sur  le 
péroné,  soit  sur  l’interligne  tibio-péronier. 

L’obstacle  à  réduire  la  déviation  en  dehors  siège  soit  sur  la 
malléole  interne,  soit  sur  le  péroné.  Sur  la  malléole  interne,  il 
n’existe  que  dans  les  fractures  parcellaires.  Nous  ne  l’avons  pas 
vu  dans  les  fractures  de  la  malléole  à  s-a  base.  Dans  les  fractures 
parcellaires,  c’est  le  fragment  libéré  qui  se  coïnce  dans  l’angle 
malléole) -tibial,  ou  accroche  le  fragment  supérieur. 

Mais  ces  deux  positions  de  la  malléole  sont  parfois  réductibles, 
il  faut  le  reconnaître.  Leur  constatation  sur  des  radiographies 
n’implique  pas  l’irréductibilité.  Seule  la  manipulation  sous  l’écran 
permet  de  constater  parfois  en  elles  là  cause  de  l’irréductibilité. 

Stu^e^péroné,  nouITavons  souvent  constaté  la  cause  de  l’irré¬ 
ductibilité  dans  l’accrochage  des  fragments  du  péroné,  en  quelque 
lieu  que  siège  la  fracture.  Le  fragment  inférieur,  malléolaire  ou 
malléolQr.diaphvsaire,  à  trait  transversal  ou  oblique,  est  basculé, 
son  extrémité  malléolaire  en  dehors  et  en  arrière.  Il  s’accroche 
avec  le  fragment  supérieur.  On  voit  sous  l’écran  que  dans  le 
refoulement  du  pied  en  dedans  on  ne  désaccroche  pas  les  frag¬ 
ments  péroniers,  on  réduit,  mais  comme  sur  du  ctmutchouc  et  le 
péroné  refoulé  en  "cte'dàns  par  son  èxtrémîISTnfèrieuTe,  mais  non 
désaccroché  en  haut,  constitue  un  véritable  ressort  qui  reluxe  la 
malléole  et  le  pied  en  dehors,  aussitôt  que  la  pression  cesse. 

L’obstacle  à  la  réduction  du  diastpsis  tibio-péronier  peut  sié¬ 
ger  en  deux  endroits,  soit  au  niveau  de  la  fracture  diaphysaire 
du  péroné,  soit  au  niveau  de  l’interligne  tibio-péronier  avec  frag¬ 
ment  intermédiaire. 

Là  encore  la  manipulation  sous  l’écran  permet  de  parfaitement 
reconnaître  la  cause  de  l’irréductibilité  ou  de  l’insuffisance  de  la 
réduction. 

Pour  la  subluxation  du  pied  en  arrière  nous  n’avons  jamais 
rencontré  l’impossibilité  de  la  réduire,  mais  l’examen  sous  l’écran 
permet  de  voir  si  le  fragment  marginal  postérieur  est  réductible 
ou  non,  soit  par  la  manipulation  du  pied,  soit  par  la' pression 
directe  sur  lui. 

Pour  la  contention,  enfin,  de  la  fracture  réduite,,  il  suffit  d’ob¬ 
server  si  la  déviation  du  pied  se  reproduit  partielle  ou  totale 
aussitôt  qu’on  relâche  le  pied. 

Parfois  la  déviation  ne  se  reproduit  que  très  légère,  l’appareil 
plâtré  est  alors  indiqué. 

Parfois  au  contraire,  le  moindre  relâchement  du  pied  s’accom¬ 
pagne  d’un  grand  déplacement. 

Nous  croyons  que  dans  ce  cas  l’indication  opératoire  est  réelle, 
parce  que  nous  sommes  entièrement  de  l’avis  d’ Alglave  ;  la  déviation 


1418 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


se  reproduira  dans  l’appareil  plâtré  même,  lorsqu’il  devient  au 
bout  de  quelques  jours  fatalement  un  peu  lâche,  Lorsque  la  toni¬ 
cité  comme  les  contractions  spasmodiques  des  muscles  se  réta¬ 
bliront  et  nous  ne  sommes  pas  persuadés  que  la  pose  de  plusieurs 
appareils  successifs  empêche  toujours  ce  déplacement  secondaire. 
Nous  avons  observé  des  exemples  du  contraire. 

Dans  d’autre9  cas  intermédiaires,  ou  acquiert,  sous  L’écran, 
l’impression  que  la  réduction  pourra  probablement  être  maintenue 
par  l’appareil  plâtré,  ce  sont  des  cas  discutables.  Les  uns  opére¬ 
ront,  les  autres  courront  la  chance  de  l’appareil;  personnellement, 
nous  sommes  enclin  à  opérer  de  plus  en  plus  dans  ces  cas. 

Cette  nolion  de  la  diversité  des  causes  d'irréductibilité  nous 
explique  que  tous  les  procédés  opératoires  ont  donné  de  très  bons 
résultats,  car  le  redressement  opératoire  de  la  seule  malléole 
interne  a  donné  de  parfaites  réductions,  comme  aussi  l’action 
isolée  sur  le  péroné,  comme  aussi  daQS  certains  cas  il  a  fallu 
recourir  à  une  action  combinée  sur  les  deux  malléoles,  comme 
aussi  la  remise  en  place  du  fragment  marginal  postérieur  a  réduit 
le  déplacement  de  l’une  ou  l’autre  des  malléoles. 

Il  faut  donc  en  conclure,  à  notre  avis,  qu’il  n’est  pas  jine  seul^ 
technique  de  choix  pour  la  réduction  sanglante  des  fractures  du 
cou-de-pied. 

Les  causes  d’irréductibilité  sont  diverses,  uniques  ou  multiples, 
suivant  les  cas.  La  technique  opératoire  doit  varier  avec  ces  causes 
diverses  d’irréductibilité  et  s’adapter  à  leur  diversité  même.  Seule 
la  manipulation  de  la  fracture  sous  l’écran,  faisant  juger  de  la  ou 
des  causes  d’irréductibilité,  permettra  de  choisir  pour  chaque 
fracture  la  technique  de  reposition  opératoire. 

Il  nous  a  paru  qu’à  cet  égard,  il  fallait  classer  les  fractures  du 
cou  de-pied  en  deux  grandes— variété  s  : 

a )  Les  fractures  à  déplacement  latéral  prédominant,  sans  frag¬ 
ment  marginal  postérieur  important  ; 

b)  Les  ffactures  à  gros  déplacement  en  arrière  avec  gros  frag¬ 
ment"  marginal  postérieur  (le  tiers,  le  quart  postérieur  du  pilon 
tibial). 

Puis  une  seconde  distinction  s’impose: 

a)  Fractures_que  l’on  peut  opérer  immédiatement  ; 

b)  Fractures  que  l’on  ne  peut  opérer  qu’avec  un  certain  retard. 

Et  ceci  dépend  uniquement  de  l’état  des  téguments. 

L’état  de  la  peau,  bien  souvent,  retarde  l’opération  jusqu’au 
dixième,  quinzième,  dix-huitième  jour,  jusqu’à  la  guérison  des 
phlyctènes,  des  érosions  dermiques. 

Or,  autant  la  reposition  sanglante  immédiate  d’une  fracture  du 


SÉANCE  DU  5-  DÉCEMBRE 


1419 


cou-de-pied  est'  en  général  chose  facile,  autant  elle  devient  vrai¬ 
ment  difficile,  ne  serait-ce  qu’au  bout  de  dix  jours-. 

Comme  il  a  été  déjà  dit,  dès  les  premiers  jours,  il  se  produit 
avec  une  rapidité  surprenante  autour  des  traits  de  fractures  du 
tissu  dense  serré  qui  rend  toute  réduction  impossible. 

Nous  avons  surtout  rencontré  ces  productions  dans  l’angle  de 
la  malléole  interne  et  du  tibia,  entre  la  malléole  exlerne  et  l’astra¬ 
gale,  entre  tibia  et  péroné  en  cas  de  diaslasis.  Si  bien  qu’au  bout 
de  quelques  jours  déjà,  une  fracture  qui  eût  été  primitivement  très 
facilement  réduite  par  la  levée  d’un  seul  obstacle  en  un  point 
quelconque,  se  transforme  en  une  fraction  bloquée  en-  tous  -ses 
points  et  qui  nécessite  une  intervention  très  complexe. 

11  nous  paraît  donc  qu’il  faut  comprendre  la  technique  opéra¬ 
toire  ainsi  qu’il  suit  : 

Fractures  a  déplacement  latéral  prédominant. 

A.  —  Opération  précoce. 

11  convient  de  s'attaque®  à  la  seule  malléole  interne  lorsque 
l’obstacle  unique  à  la  réduction  siège  sur  ell».  Ce  cas,  à  notre  avis, 
n’est  pas  fréquent.  Mais  pour  agir  sur  la  seule  malléole  interne, 
il  faut  être  absolument  sûr  que  la  reposition  de  cette  dernière 
ramène  aussi  la  malléole  péronière. 

C’est  là  que  le  contrôle  radioscopique  pendant  l'opération  serait 
utile,  mieux,  le  contrôle  radiographique  instantané  q-u i-  risque 
de  moins,  troubler  l’asepsie  opératoire. 

D’une  façon  générale,  nous  attaquons  dé  préférence  la  mal¬ 
léole  externe,  l’abord  du  péroné  nous  semble  répondre  à  la  majo¬ 
rité  des  cas,  et  nous  avouons  ne  pas  être  de  l’avis  de  Juvara  qui 
s’attaque  à  la  malléole  interne,  et  ne  réserve  l’abord  du  péroné 
qu’en  cas  d’écart  notable  des  fragments. 

Nous  ne  faisons  précéder  l’opération  externe  d’une  reposition 
de  la  malléole  interne  que  si  celle-ci  est  manifestement  une  cause 
d’irréductibilité. 

L’abord  syslématique  du  péro,né  est  légitimé,  croyons-nous, 
par  cette  notion  que  la  remise  et  le'  maintien  en  bonne  place  de 
la  malléole  péronière  est  le  point  capital  d!e  la  réduction  opéra¬ 
toire. 

Permettez-moi  de  vous  rappeler  la  boutade,  déjà  vieille,  mais 
toujours  profondément  vraie  de  Championnière  :  «  La  malléole 
péronière  est  l’os  le  plus  important  du  pied  ». 

(Test  en  dehors  qu’il  faut  avoir  la  réduction  exacte  et  le  main¬ 
tien  parfait  de  la  cale  péronière;  C’est  là  qu’il  faut  avoir  un  butoir 


1420 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


solide,  capable  de  s’opposer  victorieusement  à  tout  déplacement 
immédiat,  précoce  ou  tardif,  de  l'aslragale  en  dehors. 

L’action  sur  le  péroné  permet  de  corriger  l’élargissement  de  la 
mortaise  en  dehors  et  le  diustasis  tibio-péronier. 

Et  pour  obtenir  un  butoir  solidement  fixé  au  tibia,  nous  unis¬ 
sons  toujours  la  malléole  péronière  au  tibia  par  une  vis,  nous 
cherchons  la  consolidation  osseuse  de  la  malléole  au  tibia,  nous 
cherchons  à Jaire; un  tibia  bi-malléolaire  pour  éviter  toute  transla¬ 
tion  possible,  précoce  ou  tardive,  du  pied  en  dehors. 

Pour  visser  la  malléole  péronière  au  tibia,  il  est  parfois  néces¬ 
saire  de  réséquer  un  segment  du  fragment  supérieur  du  péroné; 
"peu  importe,  à  notre  avis,  qu’il  y  ait  déplacement  de  ce  fragment 
supérieur  non  suturé  en  arrière,  qu’il  y  ait  même  là,  entre  les 
fragments  péroniers,  une  pseudarthrose,  le  capital,  à  notre  avi6, 
est  de  solidariser  la  malléole  avec  le  tibia.  L’action  isolée  sur'le 
péroné  refoule  quelquefois  trop  en  dedans  la  malléole  interne  ou 
la  laisse  quelque  peu  basculée  en  avant  et  en  bas.  Le  fait  a  peu 
d’importance;  le  cal  palliera  à  cette  déviation  légère.  Aussi  bien 
est-il  facile  de  faire  une  petite  incision  interne  et  de  suturer  la 
malléole  par  des  fils  passés  dans  le  périoste  et  les  ligaments. 
Nous  l’avons  fait  à  plusieurs  reprises. 

B.  —  Opération  retardée. 

Lorsque  l’opération  ne  peut  avoir  lieu  qu’au  bout  d’une  quinzaine 
de  jours,  il  ne  faut  plus  songer  à  obtenir  la  réduction  en  abordant 
l’articulation  d’un  seul  côté.  Cette  fracture  est  déjà,  au. point  de 
vue  opératoire,  une  fracture  ancienne  en  ce  sens  que  les  obstacles 
fibreux  à  la  réduction  se  sont  multipliés,  principalement  autour 
des  deux  malléoles. 

Il  convient  alors,  à  notre  avis,  d’agir  délibérément  sur  les  deux 
malléoles,  commencer  par  la  malléole  interne  pour  dégager  l’angle 
malléolo-tibial  et  la  face  latérale  de  l’astragale  et  remettre  en 
place  la  malléole  interne,  puis  sans  suturer  les  téguments  de  ce 
côté,  car  une  retouche  peut  être  nécessaire,  se  reporter  au  côté 
péronier. 

Du  côté  externe,  pour  bien  dégager  le  foyer  de  fracture  péro¬ 
nière,  pour  bien  libérer  la  face  externe  de  l’astragale,  nous  sui¬ 
vons  toujours  la  technique  que  nous  avons  préconisée  (Société  de 
Chirurgie,  23  février  1921)  pour  les  fractures  vraiment  anciennes, 
le  fragment  péronier  inférieur  est  basculé  en  bas.  L’interligne 
tibio-péronéo-astragalien  est  libéré,  puis  après  réduction,  et  un 
regard  sur  le  côté  interne  montre,  si  la  face  interne  de  l’astragale 
est  bien  au  contact  de  l’angle  malléolo-tibial,  le  péroné,  avec  ou 


SÉANCE  DU  O  DÉCEMBRE 


1421 


sans  dédoublement,  avec  ou  sans  avivement  du  tibia,  suivant’les 
cas,  est  vissé  au  tibia,  qui  devient  ainsi  bi-malléolaire. 

Dans  le  traitement  opératoire  des  fractures  récentes  fermées  du 
cou-de-pied  à  déplacement  latéral  prédominant,  l’important  nous 
semble  donc  d’attaquer  la  malléole  externe,  de  la  remettre  en 
bonne  place,  de  l’y  maintenir  par  un  vissage  au  libia,  pour  réaliser 
un  tibia  bi-malléolaire. 

Dans  l’opération  récente,  l’action  sur  la  malléole  interne  ne  sera 
pratiquée,  en  premier  temps  opératoire,  que  si  elle  est  une  cause 
d’irréduclibilité,  alors  elle  est  nécessaire;  elle  ne  le  sera,  en 
second  temps  opératoire,  que  si  la  remise  en  place  de  la  malléole 
péronière  l’a  refoulée  trop  en  dedans  ou  l’a  basculée  en  avant  et 
en  bas,  alors  elle  nous  semble  facultative.  Mais  dans  l’opération 
retardée,  l’action  sur  les  deux  malléoles  est  opportune. 
"EiTconlention  métallique  par  vis  nous  semble  devoir  toujours 
compléter  la  remise  en  place  du  péroné,  parce  que  celte  conten¬ 
tion  métallique  assure  le  maintien  parfait  de  la  réduction  et  sup¬ 
prime  tous  les  aléas  de  la  simple  contention  par  appareil  plâtré. 

Fracture  a  déplacement  antéro-postérieur  prédominant 

GROS  FRAGMENT  MARGINAL  POSTÉRIEUR. 

Ici,  notre  expérience  est  plus  petite  et  ne  nous  a  pas  amené 
à  une  conception  pleinement  satisfaisante  de  la  meilleure  tech¬ 
nique  opératoire.  Il  nous  semble  qu’il  y  a,  comme  il  a  déjà  été  dit, 
deux  variétés  de  ces  fractures  :  dans  l’une,  la  reposilion  de  l’une 
des  malléoles  entraîne  la  remise  en  place  du  fragment  postérieur, 
sans  qu’il  soit  nécessaire  d’agir  spécialement  sur  lui,  c’est  le  cas 
qui  s’est  présenté  à  nous  le  plus  fréquemment;  dans  l’autre 
variété,  le  fragment  postérieur  est  indépendant,  il  est  nécessaire 
d’agir  directement  sur  lui. 

Nous  l’avons  abordé  par  la  voie  de  Picot,  avec  de  très  bons 
résultats.  Mais,  dans  un  cas  de  très  grave  fracture  fermée,  opérée 
tardivement  à  cause  des  lésions  cutanées,  nous  avons  eu  du 
sphacèle  du  lambeau,  et  ce  sphacèle  a  conduit  à  une  amputation 
du  pied. 

Peut-être  la  voie  transcalcanéenne  d’Alglave  est-elle,  à  ce  point 
de  vue,  meilleure. 

Tout  récemment,  l’un  de  nous  a  pu  visser,  par  voie  rétro-mal¬ 
léolaire  interne,  un  gros  fragment  postérieur  avec  un  très  bon 
résultat. 

Pour  ces  fractures,  si  nous  reconnaissons  la  légitimité  du  trai¬ 
tement  opératoire,  nous  ignorons  encore  le  procédé  de  choix. 

Tous  les  documents  cliniques  et  radiographiques  sur  lesquels 


un 


SOCIÉTÉ 


CHIRURGIE 


reposent  ces  considérations  seront  prochainement  utilisés  dans 
un  travail  de  notre  interne  M.  Chasfang;  nous  nous  excusons.de 
ne  pas  les  publier  ici. 

M.  Savabiaub.  — Je  ne  conteste  nullement  l'excellence  de  la 
réduction  et  du  résultat  fonctionnel  dans  les  cas  de  notre  collègue 
P.  Duval  ;  mais  en  revanche,  je  conteste  qu’il  ait  été  indispensable, 
pour  les  obtenir,  de  recourir  à  une  opération  sanglante. 

On  nous  parle  à  chaque  instant  de  fractures  irréductibles  alors 
que  le  déplacement  est  des  plus  minimes.  L’irréductibilité  admis¬ 
sible,  lorsque  la  fracture  date  de  plusieurs  semaines,  n’existe 
pour  ainsi  dire  jamais  dans  les  fractures  récentes. 

Je  persiste  à  penser  que  si  notre  collègue  avait  appliqué  un 
appareil  plâtré  en  hypercorrection ,  il  aurait  obtenu  à  moins  de 
frais  d'aussi  bons  résultats. 

Je  mets  à  part  les  déplacements  extrêmes  pour  lesquels  l’opé¬ 
ration  offre  des  avantages  incontestables. 


Communications. 

Sur  le  traitement  des  fractures  du  crâne 
avec  hypotension  du  liquide  céphalo-rachidien , 
par  M.  R.  LERICHE,  correspondant  national. 

Dans  ces  dernières  années,  j’ai  à  différentes  reprises,  seul  ou 
avec  Wertheimer,  signalé  l’existence  d’accidents  liés  à  l’hypoten- 
sion  du  liquide  céphalo-rachidien.  Leur  grande  ressemblance 
symptomatique  avec  les,  accidents  d’hypertension  a  fait  que 
jusqu’ici  ils  n’avaient  pas  été  isolés.  Ils  ne  sont  pas  rares  cependant. 

L’hypotension  produit  des  céphalées,  des  vertiges,  des  états 
comateux  et  des  phénomènes  convulsifs;  très  souvent,  elle 
s’accompagne  d’une  élévation  de  températüre  qui  dans  les  cas. 
aigus  peut  être  considérable  (40°)  et  d’un  ralentissement  du  pouls 
au  contraire  très  peu  marqué  (1). 

Le  type  le  plus  banal  et  le  plus  bénin  de  ces  accidents  est 
donné  par  certaines  céphalées  consécutives  à  la  ponctio n  lombaire 
en  général  et  à  la  rachianesthésie  en  particulier.  L’existence  de 
l’hypotension  dans  ces  cas  ne  saurait  surprendre  ceux  qui  ont 
cherché  à  savoir  comment  se  bouchait  l’orifice  fait  par  un  trocart 
traversantles  méninges.  En  examinantà  ce  point  de  vue  l’état  des 

(l)  Sur  l’hypotension  du  liquide  céphalo-rachidien.  Lyon  chirurgical,  jan¬ 
vier  1922,  p.  57. 


SÉANCE  DU  5  DÉCEMBRE 


méninges  quelques  jours  après  nue  ponction  lombaire  sur  le 
vivant  au  cours  de  laminectomies,  on  voit  qu’un  peu  de  graisse 
épidurale  est  simplement  appliquée  devant  le  trou  durai,  lui  adhé¬ 
rant  à  peine  et  qu'il  suffit  d’une  pression  s  urla  dure-mère  pour  voir 
du  liquide  suinteF  le  long  des  borda;  un  simple  coup  de  tampon 
dégage  le  trou,  je  ne  dis  pas  décolle  la  graisse,  car  elle  n’adhère 
pas  encore.  Dans  ces  conditions,  on  comprend  que,  pendant  les 
premiers  jours,  du  liquide  céphalo-rach  idien  puisse  couler  goutte 
à  goutte  dans  les  parties  molles  du  dos  créant  ainsi  un  état  con¬ 
tinu  d’hypotension  légère  que  l’injection  de  sérum  sous  la  peau 
arrive  d’ailleurs  assez  bien  à  compenser. 

La  connaissance  de  la  possibilité  d’une  hypotension  après  la 
ponction  lombaire  a  un  petit  intérêt  pratique,  mais  n’a  pas  grande 
portée. 

Il  n’en  est  pas  de  même  de  l’ hypotension  que  l'on  observe  après 
certaines  fractures  du  crâne  ;  il  y  a  grande  utilité  à  l’analyser  et 
c’est  pour  cela  que  je  voudrais  attirervolre  attention  sur  elle. 

Les  fractures  qui  s’accompagnent  d’hypotension  sont,  au  point 
de  vue  symptomatique,  les  plus  banales  des  fractures  de  la  base. 
Rien  ne  tes  différencie  au  premier  abord  des  fractures  qui  évo¬ 
luent  avec  de  l’hypertension  ;  c’est  pour  cela  sans  doute  qu’elles 
n’ont  pas  jusqu’ici  été  isolées;  les  blessés  sont  dans  un  coma 
plus  ou  moins  profond  dont  on  arrive  péniblement  à  les  arracher 
quelques  secondes  par  des  sommations  fortes  ;  les  membres  sonl 
en  résolution  musculaire  mais  sans  paralysie,  îe  pouls  est  un  peu 
ralenti,  les  pupilles  réagissent  à  la  lumière,  les  réflexes  sont  nor¬ 
maux  ou  exagérés.  Dans  certains  cas  sur  lesquels  je  ne  veux  pas 
insister  aujourd’hui,  l’hypotension  est  une  découverte  de  la  ponc¬ 
tion  lombaire  qui  ne  donne  que  quelques  gouttes  de  liquide  sans 
tension  (1).  Le  plus  ordinairement,  l’hypotension  peut  être  prévue 
avant  la  ponction  lombaire,  et  avant  la  manométrie;  il  en  est 
ainsi  quand,  depuis  l’accident,  du  liquide  céphalo-rachidien  a 
coulé  par  une  oreille  ou  par  le  nez;  souvent  au  moment  de 
l’examen  le  liquide  ne  coule  plus,  mais  l’examen  de  l’oreiller  et 
des  draps  ne  laisse  aucun  doute  sur  la  perte  de  liquide,  et  l’écou¬ 
lement  reprend  irrégulièrement  pendant  quatre  ou  cinq  jours 
généralement  ;  si  par  moments  le  liquide  ne  coule  pas  c’est  tout 
simplement  parce  que  les  espaces  sous-arachnoïdiens  sont  alors 
et  sec,  si  l’on  peut  ainsi  parler.  Or,  dans  ces  cas,  s’il  n’y  a  pas  de 
gros  foyers  de  contusion  cérébrale,  il  suffit  deremonterla  tension 
du  liquide  céphalo-rachidien,  de  ramener  un  taux  suffisant  de 
liquide  dans  lès  espaces  sous-arachnoïdiens  pour  voir  le  coma 


(t)  Ibid. 


1424 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


cesser,  le  blessé  reprendre  connaissance,  répondre  aux  questions 
qu’on  lui  pose  et  ne  plus  présenter  aucun  symptôme  alarmant.  Il 
va  de  soi  que  s’il  y  a  des  lésions  cérébrales,  cette  résurrection  ne 
se  produit  pas  :  on  n’obtient'  qu’une  diminution  de  la  torpeur, 
une  atténuation  des  signes  bulbaires,  bref  une  simple  améliora¬ 
tion  passagère  dans  un  tableau  très  grave. 

Pour  remonter  la  tension  du  liquide  céphalo-rachidien  il  n’y  a 
qu’à  injecter  du  sérum  sous  la  peau  ou  mieux  40  ou  50  cent,  cubes 
d’eau  distillée  dans  une  veine.  Avec  l’injection  intraveineuse, 
l’effet  est  très  rapide  :  au  bout  de  cinq  minutes  on  peut  voir  du 
liquide  clair  couler  en  jet  par  l’oreille,  ce  qui  est  une  démonstra¬ 
tion  vraiment  expérimentale  du  remplissage  soudain  des  espaces 
sous-arachnoïdiens  et  de  l’efficacité  du  procédé. 

J’ai  eu  jusqu’ici  quatre  fois  l'occasion  de  me  trouver  en  présence 
de  fractures  de  la  base  avec  hypotension;  deux  fois,  il  s’agissait 
de  fractures  du  rocher  ;  les  deux  observations  sont  pour  ainsi  dire 
calquées  l’une  sur  l’autre.  Je  me  bornerai  à  vous  en  rapporter  une  : 

Un  jeune  homme,  à  la  suite  d’une  chute  de  bicyclette,  m’est 
amené  dans  le  coma.  L’accident  date  de  vingt-quatre  heures.  Le 
coma  n’est  pas  très  profond  :  par  de  fortes  interjections  on  obtient 
quelques  grognements  et  l’ouverture  des  paupières. 

Les  membres  sont  en  résolution  musculaire,  il  n’y  a  pas  de 
phénomènes  paralytiques;  les  réflexes  sont  exagérés,  les  pupilles 
sont  en  myosis;  la  respiration  est  à  16,  le  pouls  à  66;  la  tempé¬ 
rature  atteint  38°.  Du  sang  a  coulé  par  l’oreille  droite  et  dans  la 
conque  il  y  a  un  peu  de  sérosité  rosée  qui  suinte  lentement;  les 
draps  sont  tachés  de  liquide  céphalorachidien  ;  le  diagnostic  de 
fracture  du  rocher  est  évident. 

Une  ponction  lombaire  ne  donne  que  quelques  gouttes  de 
liquide  rosé;  au  manomètre,  on  trouve  6  de  tension,  la  pression 
artérielle  est  de  14,10.  J’injecte  dans  une  veine  du  coude  40  cent, 
cubes  d’eau  distillée. 

Au  bout  de  cinq  minutes,  du  liquide  gicle  par  l’oreille  et  coule 
en  jet  tout  à  fait  clair  d’abord  sans  arrêt,  puis  avec  un  certain 
rythme.  En  même  temps  et  très  vite,  le  malade  sort  de  sa  torpeur, 
regarde  autour  de  lui,  s’assied  sur  son  séant  et  répond  aux  ques¬ 
tions  qu’on  lui  pose,  d’abord  avec  un  peu  d’obnubilation,  puis  de 
façon  de  plus  en  plus  précise.  Au  bout  de  deux  heures  environ, 
l’écoulement  de  liquide  par  l’oreille  diminue  et  peu  à  peu  la 
torpeur  reprend,  le  demi-coma  s'installe  et  persiste  jusqu'au  len¬ 
demain  où  je  refais  une  nouvelle  injection  d’eau  bidislillée  ;  celte 
fois,  l’apparition  de  l’écoulement  par  l’oreille  est  moins  rapide  et 
moins  abondant;  on  n’obtient  qu'un  écoulement  en  gouttes 
pressées,  la  cessation  de  la  torpeur  est  par  contre  aussi  subite  et 


SÉANCE  DU  5  DÉCEMBRE 


1425 


aussi  manifeste  que  la  veille,  mais  ce  jour  encore,  le  retour  à  la 
conscience  ne  dure  que  deux  à  trois  heures  et  le  malade  retombe 
dans  son  demi-coma.  Le  lendemain,  troisième  injection  intra¬ 
veineuse  de  40  cent,  cubes  d’eau  bidistillée  et  réveil  complet  en 
cinq  minutes  sans  que  l’écoulement  se  rétablisse  par  l’oreille;  le 
malade,  qui  depuis  la  veille  n’avait  pas  dit  un  seul  mot,  parle  sans 
difficulté, pleinement  lucide.  Ce  réveil  est  définitif:  le  blessé  n’a 
plus  eu  aucun  symptôme  et  c’est  uniquement  par  prudence  que 
je  l’ai  maintenu  encore  au  lit  pendant  huit  jours. 

On  voit,  en  somme,  dans  cette  observation  les  signes  diffus 
causés  par  une  fracture  de  la  base  cesser  cinq  minutes  après  une 
injection  intraveineuse  hypotonique  immédiatement  suivie, 
comme  il  est  de  règle,  d’une  sécrétion  abondante  de  liquide 
céphalo-rachidien. 

Ce  fait,  et  je  le  répète,  je  possède  une  autre  observation  iden¬ 
tique,  me  paraît  très  intéressant  à  trois  points  de  vue  : 

1°  Physiologiquement,  il  montre  avec  une  rigueur  expéri¬ 
mentale  l’effet  qu’a  sur  la  sécrétion  du  liquide  céphalo-rachidien 
l’introduction  dans  le  sang  d’un  liquide  hypotonique.  Il  n’y  a  pas 
d’expérience  sur  l’animal  qui  ait  pareille  netteté. 

2°  Pathologiquement,  il  établit  que,  dans  les  fractures  de  la 
base  du  crâne,  une  grande  partie  des  signes  diffus  relèvent  d’un 
déséquilibre  du  liquide  céphalo-rachidien  puisque,  dans  le  cas 
d’hypotension,  il  suffit  de  ramener  du  liquide  dans  les  ventricules 
et  dans  les  espaces  sous-arachnoïdiens  pour  voir  les  signes  diffus 
disparaître  presque  instantanément  (et  même  des  signes  dits 
bulbaires).  Ceci  se  voit  également  dans  certains  cas  d’hyperten¬ 
sion  où  une  ponction  lombaire  suffit  à  faire  cesser  le  coma  et  les 
symptômes  satellites.  La  physiologie  pathologique  des  accidents 
cérébraux  traumatiques  prend  dç  ce  fait  une  orientation  tout  à 
fait  nouvelle.  Personnellement  je  pense  depuis  longtemps  que  les 
conditions  mécaniques  ont  une  importance  capitale  dans  le  jeu 
cérébral. 

J’ai  rapporté,  ailleurs  (1),  le  fait  suivant  qui  a  une  singulière 
valeur  à  ce  point  de  vue  et  que  je  résume  en  quelques  mots  : 

En  enlevant  le  pansement  d’un  blessé  de  guerre  que  j’avais 
trépané  pour  un  enfoncement  de  la  région  pariétale  et  qui  était 
devenu  comateux  avec  pouls  à  50,  je  trouve  sous  la  gaze  une  large 
ouverture  du  ventricule  latéral;  le  ventricule  était  lisse,  sec,  le 
cerveau  était  immobile.  J’avais  du  mélange  de  Mosetig;  j’en  fais 
fondre  et  j’en  versais  80  grammes  dans  le  ventricule.  Presque 
immédiatement  le  cerveau  se  remit  à  battre  et  le  pouls  remonta 


(1)  Lyon  chirurgical,  juillet  1920,  p.  495. 


1426 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


à  66.  Le  lendemain,  le  coma  existant  toujours,  je  défis  le  panse¬ 
ment;  le.mélange  était  en  place  dans  la  cavité  ventriculaire,  mais 
il  y  était  au  large  et  n’en  occupait  qu’une  partie;  lecerveau  battait. 
Je  reversai  fôû  cent,  enbes  de  mélange  iodoformé  dans  le  ventri¬ 
cule  jusqu’à  ce  que  la  masse  affleurât  la  corticalité:  eela  parut 
avoir  -pour  effet  de  faire  sortir  le  malade  d’un  coma  qui  durait 
depuis  trois  jours  :  il  redevint  conscient  de  tout,  se  mit  à  parler 
sans  difficulté,  donnant  l'impression  de  quelqu’un  en  voie  de 
guérison.  Evidemment,  cet  état  ne  fut  pas  durable  et  le  malade 
mourut,  mais  il  fut  certain  pour  moi  que  le  remplissage  duven- 
Iricule  par  une  substance  solide,  en  soutenant  les  parois  ventricu¬ 
laires,  avait  transformé  le  jeu  cérébral. 

En  d’autres  termes,  je  pense  que  la  statique  normale  du  cer¬ 
veau  est  une  condition  de  son  fonctionnement;  l’équilibre  liqui¬ 
dien  est  une  des  constituantes  importantes  de  cette  statique, 
aussi  bien  à  cause  de  l’état  des  parois  ventriculaires  que  de  celui 
de  la  corticalité.  Toutes  les  fois  que  le  liquide  manque  ou  qu’il  est 
en  -excès,  le  cerveau  n’a  plus  sou  libre  jeu. 

Ces  idées  peuvent  surprendre  au  premier  abord.  Qu’on  veuille 
bien  y  réfléchir,  elles  paraîtront  singulièrement  logiques  et  vrai¬ 
semblables.  En  tout  cas,  il  y  a  un  fait  contre  lequel  toute  idée  pré¬ 
conçue  doit  s’arrêter,  c’est  qu’il  a  suffi  dans  mes  observations 
d’injeeter  40  cent,  cubes  d’eau  distillée  dans  une  veine  pour  voir 
disparaître  tous  les  signes  cérébraux  diffus  d’une  fracture  de  Ta 
base. 

3°  Au  point  de  vue  de  la  thérapeutique  des  fractures  du  crâne,  il 
y  a  ià  une  donnée  qui  mérite  d’être  retenue  :  toutes  les  fractures 
ne  doivent  pas  être  indifféremment  traitées  par  la  ponction  lom¬ 
baire  évacuatrice.  Quand  la  ponction  ne  donne  que  quelques 
gouttes  de  liquide,  quand  le  manomètre  indique  une  pression 
basse,  quand  il  y  a  eu  perte  de  liquide  par  le  nez  ou  les  oreilles,  il 
faut  relever  la  pression,  rétablir  l’équilibre  liquidien  par  une 
injection  sous-cutanée  de  sérurh  ou  une  injection  intraveineuse 
d’eau  distillée. 

Evidemment  on  ne  réussira  pas  toujours  comme  dans  les  faits 
que  j’ai  cités;  s’il  y  a  des  foyers  de  eontusion  cérébrale,  le  relève¬ 
ment  de  la  tension  ne  les  fera  pas  disparaître,  mais  on  n’aggra¬ 
vera  certainement  pas  l’état  du  malade  et,  en  diminuant  les  signes 
cérébraux  diffus  qu’il  présente,  on  lui  donnera  certainement  plus' 
de  chances  défaire  les  frais  de  la  réparation. 


SÉANCE  BU  5  DÉCEMBRE 


Ü27 


Dwerticwlite  eigmokUde, 

par  M.  H.  GAUDIER  ('le  Lille),  correspondait  national. 
Cette  communicalion  sera  publiée  ultérieurement. 


La  pleurésie  Mlaire , 

par  M.  ,J. -A.  .PJLÉLtP  (de  Vichy),  membre  correspondant, 
et  if.  J.  ALV1ARD,  chef  du  service  de  radiologie. 

La  pleurésie  hilaire  est  une  affection  rare  ;  Barjon;  dans  son  livre, 
en  cite  trois  cas  seulement  :  l’un  ayant  été  le  premier  stade  d’une 
pleurésie  interlobaire,  puis  de  la  grande  cavité,  un  autre  d’une 
pleurésie  médinstine.  Le  seul  cas  limité  au  hile  présenta  une  évo¬ 
lution  rapide  :  absence  de  tous  signes  d’auscultation,  apparition 
brusque  et  simultanée  d’haleine  très  fétide  et  d’expectoration 
purulente,  amélioration  survenue  après  évacuation  spontanée  de 
la  collection  par  les  bronches,  guérison  définitive  obtenue  en 
quelques  jours  presque  sans  traitement,  le  tout  évoluant  en  une 
quinzaine  de  jours. 

Selon  Barjon  la  pleurésie  hilaire  ne  présente  aucun  signe  cli¬ 
nique  capable  d’attirer  l’attention  sur  cette  localisation,  son  exis¬ 
tence  est  très  courte,  elle  guérit  ou  se  transforme,  la  forme  hilaire 
passant  le  plus  souvent  inaperçue. 

Ces  affirmations  ne  sont  pas  tout  à  fait  exactes.  La  pleurésie 
hilaire  peut  ne  pas  évoluer  d’une  façon  si  heureuse.  Elle  peut 
succéder  à  une  pleurésie  de  la  grande  cavité,  se  révéler  par  des 
signes  de  pleurite  banale,  de  la  matité,  présenter  une  certaine 
durée  dans  son  évolution,  ne  pas  guérir  spontanément  et  déter¬ 
miner  des  accidents  aigus  ainsi  qu’en  témoigne  le  cas  suivant  que 
nous  avons  pu  observer  et  suivre  duran  t  toute  son  évolution. 

Observation.  —  M,le  C...,  âgée  de  dix-sep t  ans,  nous  est  envoyée  par 
le  D1'  Martin  de  Souvigny.  Depuis  son  enfance  n’a  présenté  aueune 
maladie  sérieuse.  Il  y  a  deux  ans,  juin  1921 ,  travaillait  dans  unmagasin  ; 
elle 'habitait  à  ce  moment  un  logement  sans  lumière  et  sans  air.  Pré¬ 
sente  vers  la  fin  de  l’année  1921  une  poussée  'de  pleurite  -qui  a  disparu 
à  la  suite  d’un  séjour  de  quelques  mois  a  la  campagne;  depuis  cette 
époque  cependant,  elle  souffrait  atrocement  de  douleurs  localisées  au 
niveau  du  sternum  et  du  bras  gauche;  peu  â  peu  tout  est  rentré  dans 
l’ordre  et  la  malade  a  pu  reprendre  son  travail.  Au  milieu  de  1922 


1428 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


nouvelle  poussée  de  pleurésie  gauche.  Epanchement  moyen  n’ayant  pas 
nécessité  de  ponction  évacuatrice.  Une  ponction  exploratrice  faite, 
montre  la  présence  d’un  liquide  séro-fibrineux  analogue  à  celui  des 
pleurésies  ordinaires. 

AubouJ.  de  quelques  semaines,  amélioration,  puis  guérison  suffisante 
pour  permettre  à  la  malade  d’aller  dans  l’Oise,  sur  la  tombe  de  son 
père  tué  à  la  guerre.  ' 

A  ce  moment  la  malade  est  de  nouveau  fatiguée.  Elle  est  de  passage 
à  Paris  où  elle  est  examinée;  on  lui  trouve  encore  des  signes  de  pieu- 
rite  gauche.  Le  7  juin  1922  elle  est  vue  à  l’hôpital  Laënnec  aux  rayons  X. 
On  constate  une  masse  opaïue  au  niveau  du  hile  à  gauche  :  ombre 
anormale  à  contours  très  précis;  l’ombre  est  plus  large  en  projeclion 
postérieure,  ce  qui  indique  qu’elle  est  plus  près  de  la  paroi  antérieure. 

Diagnostic.  —  Kyste  hydatique,  ganglion,  pleurésie  enkystée. 

La  réaction  de  Weinberg  pratiquée  le  13  juin  à  l’hôpital  des  Enfants 
Malades,  la  recherche  des  éosinophiles  indique  un  taux  de  3  à  4  p.  100. 

A  son  retour  de  Paris  l’état  de  la  malade  s’aggrave.  Elle  fait  des 
signes  très  nets  de  compression,  elle  présente  des  crises  de  dyspnée 
avec  dysphonie,  au  cours  de  ces  crises  elle  devient  violacée,  ces  étouffe¬ 
ments  surviennent  surtout  au  moment  des  règles. 

Au  moment  où  nous  voyons  la  malade,  début  d’août  1923,  on  note  à 
l’examen  clinique  une  voussure  modérée  mais  appréciable  de  la  région 
sous-claviculaire  gauche  ;  à  la  palpation  on  sent  la  voussure,  et  la  main 
appliquée  à  plat  perçoit  un  frémissement  systolique.  La  percussion 
donoe  une  matité  nette  sous-claviculaire  gauche  sur  une  zone  corres¬ 
pondante  aux  2”  et  3e  espaces  intercostaux  sur  une  circonférence  de 
10  centimètres  de  diamètre  environ.  L’auscultation  au  niveau  de  cette 
zone  mate  antérieure,  fait  entendre  un  frémissement  systolique  râpeux, 
comme  si  l’aorte  frémissait  à  travers  un  corps  dur.  Il  n’existe  pas  de 
surélévation  du  sominet  de  l’aorte  dans  la  région  sus-sternale. 

L’examen  du  cœur  ne  relève  ni  déplacement  de  l’organe,  ni  bruits 
surajoutés. 

Examen  radiologique.  —  En  examinant  le  thorax  de  la  malade  dans 
la  station  debout,  en  position  frontale,  on  est  immédiatement  frappé 
de  la  présence,  dans  l’hémithorax  gauche,  d’une  ombre  anormale 
arrondie  à  contours  nets  et  réguliers  se  projetant  à  deux  travers  de 
doigt  au-dessous  de  la  clavicule,  en  dehors  de  la  portion  initiale  de 
l’aorte  descendante  et  occupant  toute  la  région  hilaire  sur  la  hauteur 
des  2e,  3e  et  4e  espaces  intercostaux.  La  partie  inférieure  de  cette 
ombre  disparaît  au  niveau  du  tiers  supérieur,  du  profil  du  ventricule 
gauche  du  cœur  au-dessous  du  point  G.  Cette  ombre  présente  la  forme 
d’une  demi-circonférence  dont  le  centre  est  au  niveau  du  hile,  son 
rayon  est  de  8  centimètres  environ;  elle  est  animée  de  battemfents 
synchrones  à  ceux  de  l’aorte.  Elle  est  séparée  de  ce  vaisseau  par  une 
mince  .bande  claire  peu  visible,  que  l’on  arrive  cependant  à  mettre  en 
évidence  par  la  radiographie,  mais  qui  apparaît  surtout  d’une  façon 
Brève  au  cours  de  l’examen  radioscopique  en  faisant  passer  lentement 
la  malade  de  la  position  frontale  à  la  position  oblique  antérieure  droite. 


SÉANCE  DU  5  DÉCEMBHE 


1429 


La  projection  de  l’ombre,  relevée  sur  la  peau,  au  moyen  d’un  crayon 
dermographique,  répond  à  la  voussure  signalée  à  l'examen  clinique, 
mais  en  la  débordant. 

Enfin,  cette  ombre  anormale  apparaît  plus  petite  et  plus  nette  en 
position  frontale  qu’en  position  dorsale.  En  position  oblique  elle  se 
projette  légèrement  en  avant.  Son  siège  est  donc  antérieur. 

Le  sommet  et  la  partie  moyenne  du  champ  pulmonaire  gauche  pré¬ 
sentent  une  transparence  normale;  la  base  du  poumon  est  légèrement 
grise  ;  le  diaphragme  gauche  est  régulier,  ses  mouvements  sont  amples  ; 
le  sinus  costo-diaphragmatique  gauche  est  clair,  aigu  et  profond: 
L’espace  clair  rétro-cardiaque  légèrement  gris  à  sa  partie  moyenne 
présente  une  transparence  à  peu  près  uormale. 

La  présence  de  cette  ombre,  anormale  au  niveau  du  hile  était 
très  embarrassante  quant  à  son  interprétation.  Kyste,  ganglion, 
ou  pleurésie  enkystée?  L’histoire  clinique  de  la  malade  faisait 
pencher  pour  ce  dernier  diagnostic,  quand  une  aggravation  subite 
de  son  état,  sans  température,  mais  avec  crise  de  dyspnée  perma¬ 
nente,  accompagnée  de  troubles  -laryngés,  raucité  de  la  voix,  néces¬ 
sita  impérieusement  une  intervention  chirurgicale.  Celle-ci  est  pra¬ 
tiquée  le  24  août  1923. 

Intervention  chirurgicale.  On  fait  à  la  malade,  une  heure  avant 
l’intervention,  une  piqûre  de  pantopon.  La  malade  est  placée  en  posi¬ 
tion  demi-assise.  Anesthésie  locale.  Après  large  infiltration  à  la  novo- 
caïne  à  1/200,  la  3e  côte  est  réséquée  après  avoir  été  dépériostée  sur 
une  longueur  de  12  centimètres.  A  ce  moment,  avant  d’ouvrir  plus 
avant,  une  ponction  exploratrice  donne  issue  à  un  liquide  hématique 
brunâtre  ;  la  piqûre  donne  la  sensation  d’avoir  traversé  une  zone 
sclérosée  dure.  Incision  au  bistouri  au  niveau  de  la  ponction  sur  une 
longueur  de  5  centimètres.  On  tombe  dans  une  cavité  du  volume  d’une 
orange  remplie  par  moitié  d’un  liquide  hématique  et  de  membranes. 
Un  écarteur  automatique  donne  un  très  large  jour  sur  la  cavité  qui  est 
asséchée  avec  des  compresses.  On  voit  battre  l'aorte  qui  est  tapissée 
de  fausses  membranes  qu’on  enlève  à  la  curette.  La  cavité  est  bien 
nettoyée;  on  laisse  une  longue  mèche  de  10  mètres  au  peroxyde  de 
zinc.  L’opération  est  très  bien  supportée.  La  douleur  a  été  modérée, 
pas  de  crise  de  dyspnée.  On  ferme  partiellement  aux  crins  la  moitié  de¬ 
là  plaie,  la  mèche  est  animée  de  battements  transmis  par  l’aorte.  Le 
pansement  est  laissé  quatre  jours,  puis  on  retire  la  mèche  imbibée  de 
sérum,  elle  est  remplacée  par  une  nouvelle  mèche  un  peu  moins 
longue.  Les  pansements  son  t  rares,  la  cicatrisation  se  fait  sans  incidents 
du  fond  de  la  cavité  à  l’orifice  cutané. 

Les  crises  de  dyspnée  se  sont  arrêtées  après  l’opération,  pendant 
quelques  jours  il  persiste  de  la  raucité  de  la  voix,  mais  avec  atténua¬ 
tion  progressive.  Température:  38°  pendant  deux  jours.  Pouls  100.  La 
température  tombe  rapidement  à  la  normale  en  cinq  jours.  La  malade 
se  lève  le  douzième  jour.  Elle  rentre  chez  elle  le  23  septembre  1923 
avec ,  une.  plaie  granuleuse  en  voie  de  cicatrisation;  l’état  général  est 
excellent.  On  voit  dans  la  région  des  mouvements  synchrones  aux  bat- 

BULL.  ET  MÉU.  DS  LA  SOC.  DS  CH1R.,  1923.  105 


1430 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


temeiits  cardiaques,  en  apnée  les  bruits  du  cœur  sont  normaux.  On 
n’entend  plus  les  frémissements  aortiques! 

Une  nouvelle  radiographie,  faite  deux  jours  avant  le  départ  de  la 
malade,  montre  la  disparition  de  la  plus  grande  partie  de  l’ombre 
signalée  à  l’examen  précédent;  elle  a  perdu  sa  forme  circulaire,  la 
netteté  et  la  régularité  de  ces  contours.  L’hémithorax  gauche  est 
dégagé,  la  transparence  de  la  base  gauche  est  augmentée.  Ce  qui  reste 
de  l’ombre  présente  une  opacité  très  atténuée  ;  le  contour  sinueux,, 
faiblement  estompé,  est  dû  à  la  rétraction  considérable  de  la  coque 
consécutive  à  l’intervention  et  à  la  compression  de  celle-ci  par  le  pou¬ 
mon  qui  a  repris  sa  place  normale. 

Examen  histologique.  —  Trois  fragments  prélevés  ont  été  examinés 
par  M.  le  professeur  Policard.  Ces  fragments  sont  constitués  par  une 
masse  de  fibrine  englobant  de  nombreuse  hématies  dégénérées.  On 
trouve  en  outre  dans  les  mailles  de  ce  réseau  de  fibrine  de  nombreux 
polynucléaires  dont  le  noyau  est  souvent  en  état  de  pycnose  ainsi  que 
de  grandes  cellules  conjonctives  chargées  de  pigment  ocre  (macro¬ 
phages).  On  ne  trouve  aucune  trace  de  collagène  ni  de  vaisseaux.  Il 
existe  par  places  quelques  amas  de  fibroblastes.  Pas  de  cellules  épithé¬ 
liales.  En  résumé  on  est  en  présence  d’un  thrombus  sanguin  en  voie 
d’organisation. 

Cette  observation  est  intéressante  à  plusieurs  point  de  vue. 
Contrairement  à  ce  qui  a  été  dit,  la  pleurésie  hilaire  peut  donner 
des  signes  cliniques  susceptibles  d’attirer  l’attention  sur  cette 
localisation;  son  existence  peut  être  de  longue  durée,  elle  peut 
ne  pas  guérir  spontanément  et  ne  pas  se  transformer;  elle  peut 
évoluer  sans  fièvre  et  demeurer  séro-fibrineuse.  Cependant  tout 
en  restant  cantonnée  au  hile,  elle  peut  se  développer,  donner  lieu 
à  des  signes  de  compression  et  déterminer  des  accidents  graves. 

L’examen  clinique  seul  ue  peut  permettre  au  début  de  poser  un 
diagnostic  de  certitude,  la  radiographie  de  son  côté  renseigne  sur 
la  localisation  seulement,  mais  elle  est  muette  sur  la  nature  de 
l’affection,  elle  ne  peut  fournir  qu’un  diagnostic  de  présomption. 
Celui-ci  doit  être  fait  par  élimination  entre  les  affections,  les  plus- 
communes  siégeant  habituellement  au  niveau  du  hile  et  du 
médiastin:  la  médiastinite,  la  grosse  adénopathie  Irachéo-bron- 
chique,  le  lymphadénome,  l’ectasie  aortique,  le  kyste  hydatique, 
la  pleurésie  enkystée,  c’est  une  interprétation  d’ombres  que  l’on 
discutera  cliniquement  et  radiologiquement. 

La  pleurésie  hilaire  peut  être  le  premier  stade  d’une  pleurésie 
interlobaire,  puis  de  la  grande  cavité  comme  l’a  montré  Barjon; 
dans  ce  cas,  son  évolution  est  très  rapide,  mais  alors  elle  [ne 
mérite  pas  le  nom  de  hilaire,  puisque  ce  siège  n’est  qu’une  première 
phase  de  son  évolution.  Elle  n’est  vraiment  hilaire  que  lorsqu’elle 
reste  cantonnée  au  hile  ;  elle  peut  être  primitive  comme  dans- 


SÉANCE 


DÉCEMBRE 


1431 


le  cas  de  Barjon,  ou  secondaire  à  une  pleurésie  de  la  grande 
cavité  comme  nous  avons  pu  l’établir. 

La  pleurésie  hilaire  (Barjon)  peut  se  révéler  simplement  par 
une  submatité  dansle  deuxième  espace  intercostal,  et  être  accom¬ 
pagnée  au  cours  d’une  évolution  très  rapide  de  grands  frissons, 
d’un  point  de  côté  violent,  d’une  température  élevée=  40°, 
d’expectoration  brunâtre  très  fétide,  purulente,  s’ouvrir  sponta¬ 
nément  dans  les  bronches  et  guérir  rapidement;  par  contre  son 
évolution  peut  également  être  très  longue,  apyrétique,  la  percus¬ 
sion  ne  révéler  qu’une  matité  nette,  l’auscultation  des  signes  de 
pleurite  banale,  puis  présenter  une  allure  dramatique,  inquiétante 
forçant  la  main  du  chirurgien. 

Le  fait  de  sa  localisation  au  hile  est  dû  à  la  présence  d’adhé¬ 
rences  fortes,  ou  d’une  coque  solidement  organisée  ne  permettant 
pas  une  extension  plus  grande  de  l’affection.  La  pleurésie  hilaire 
évolue  en  un  seul  temps,  sa  localisation  est  purement  hilaire  et 
antérieure.  Le  terme  de  pleurésie  hilaire  ne  doit  être  réservé  qu’à 
la  pleurésie  cantonnée  au  hile,  et  ne  se  développant  ni  vers  la 
grande  cavité,  l’interlobe,  ou  le  médiastin. 


Traitement  des  syncopes  anesthésiques 
par  Us  injections  intracardiaques  d' adrénaline, 
par  M.  TOUPET. 

Toutes  les  méthodes  d’anesthésie  donnent  des  accidents  et  des 
incidents.  Parmi  les  accidents  la  syncope  qui  atteint  les  centres 
respiratoires  et  cardiaques  est  trop  souvent  mortelle. 

Ces  syncopes  graves  cèdent  souvent  à  l’injection  intracardiaque 
d’adrénaline;  cette  méthode  qui,  dans  deux  cas,  m’a  donné  une 
véritable  résurrection  est  à  peu  près  inconnue  en  France. 

Je  crois  utile  de  vous  communiquer  mes  observations  et  de  vous 
mettre  au  courant  de  l’état  actuel  de  la  question. 

Je  ne  sais  à  qui  revient  la  paternité  de  la  méthode,,  certaines 
idées  sont  dans  l’air  et  sont  appliquées  simultanément  par  des 
auteurs  qui  s’ignorent;  mes  recherches  semblent  indiquer  que 
c’est  en  1921  que  l’adrénaline  intracardiaque  a  été  employée  en 
même  temps  en  Angleterre,  aux  États-Unis,  en  Allemagne  et  en 
Autriche.  ' 

En  ce  qui  me  concerne  je  m’étais  promis  depuis  longtemps 
d’essayer  l’injection  intracardiaque  d’adrénaline  en  cas  de  syn¬ 
cope  cardiaque. 

Ayant  aidé  mon  ami  Mocquot  dans  ses  expériences  de  réanima- 


1432 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


tion  du  cœur  qui  ont  été  consignées  dans  son  beau  mémoire  ( Revue 
de  Chirurgie ,  1909),  j’avais  été  profondément  frappé  par  l’action  de 
l’adrénaline  qu’il  injeclait  par  voie  veineuse  suivant  la  méthode  de 
Crile  ou  dans  l'artère  axillaire  à  contre-courant  suivant  la  méthode 
de  Spina.  11  me  sembla  qu’il  était  plus  logique  et  plus  simple  de 
faire  l'injection  directement  dans  le  cœur  quand  celui-ci  est  arrêté. 

Les  occasions  m’ont  manqué; jusqu’en  1921  je  ne  me  suis  trouvé 
en  présence  que  d’arrêts  du  cœur  qui  n’étaient  pas  dus  à  des 
syncopes  pures;  il  s’agissait  de  grands  hémorragiques,  de  grands 
shockés  arrivés  à  la  période  ultime;  à  trois  reprises  différentes 
j’ai  essayé  sans  autre  résultat  que  d'obtenir  quelques  pulsations 
vite  arrêtées. 

Le  22  mars  1921,  j’ai  obtenu  un  succès  partiel  dans  une  syncope 
chloroformique,  puis  deux  guérisons  complètes  pour  des  syncopes 
au  cours  de  la  rachianesthésie,  enfin  tout  dernièrement  un  succès 
partiel  pour  une  syncope  au  cours  de  la  rachianesthésie. 

Voici  ces  4  observations  : 

Obs.  I.  —  Tentative  de  suicide,  section  de  la  trachée,  syncope  chlo¬ 
roformique,  injection  intracardiaque  d'adrénaline,  reprise  des  battements 
du  cœur,  nouvelle  syncope,  mort. 

Le  22  mars  1921,  je  suis  appelé  à  la  Charité  comme  chirurgien  de 
garde  par  mon  ami  Rouffiac.  11  s’agissait  d’une  jeune  femme  qui,  après 
avoir  absorbé  un  flacon  entier  de  digitaline,  s’était  porté  deux  coups  de 
rasoir  au  niveau  du  cou. 

Je  me  trouve  en  présence  d’une  malade  presque  comateuse,  ayant 
saigné  très  abondamment  par  une  plaie  de  la  jugulaire  externe,  la 
trachée  présente  deux  larges  plaies.  L'accident  remonte  à  deux  heures, 
on  a  fait  un  litre  de  sérum,  le  pouls  est  incomptable.  Je  fais  donner 
quelques  gouttes  de  chloroforme  et  immédiatement  les  pupilles  se 
dilatent,  la  respiration  cesse  et  le  cœur  s’arrête. 

De  suite  on  fait  la  respiration  artificielle  et  deux  ou  trois  minutes 
après  j’injecte  1  milligramme  d’adrénaline  dans  le  ventricule  droit.  La 
ponction  fut  laite  dans  le  quatrième  espace  intercostal  au  ras  du  bord 
gauche  du  sternum  et  je  pus  me  rendre  compte,  en  aspirant  le  sang,  que 
j’étais  dans  la  cavité  ventriculaire. 

L’aiguille  plantée  dans  le  cœur  ne  bouge  pas  au  moment  de  la  ponc¬ 
tion,  quelques  secondes  après  elle  est  animée  de  grands  mouvements; 
l’effet  a  été  immédiat,  on  n’a  pas  interrompu  la  respiration  artificielle, 
les  mouvements  respiratoires  spontanés  reprennent  trente  secondes 
environ  après  les  mouvements  du  cœur.  On  essaie  de  continuer  l’inter¬ 
vention,  mais  au  bout  de  quelques  minutes  le  cœur  s’arrête  de  nou¬ 
veau  et  une  nouvelle  injection  intracardiaque  reste  sans  effet. 

Obs.  IL  —  Hystérectomie  pour  fibrome,  rachianesthésie,  syncope  car¬ 
diaque,  injection  intracardiaque  d’adrénaline,  guérison. 

Mm*  L...,  âgée  de  quarante-cinq  ans,  entre  à  l’hôpital  Cochin  le 


SÉANCE  DU  5  DÉCEMBRE 


1433 


31  août  1921.  C’est  une  femme  extrêmement  grasse  qui  pèse  plus  de 
100  kilogrammes;  elle  présente  un  fibrome  du  volume  d’une  grosse 
tête  d’enfant  et  qui  paraît  très  adhérent. 

Opération  le  8  septembre  1921.  —  Rachianesthésie,  0  gr.  12  de  novo- 
caïne.  Une  heure  avant  l’opération  on  avait  injecté  :  huile  camphrée, 
10  cent,  cubes;  caféine,  0  gr.  25  ;  strychnine,  1  milligramme,  puis  fait 
une  injection  de  sédol. 

Laparotomie  médiane  sous-ombilicale;  il  existe,  en  plus  du  fibrome, 
une  double  salpingite  qui  comble  le  Douglas  et  rend  la  face  postérieure 
de  l’utérus  inaccessible. 

Je  décide  de  pratiquer  une  décollation  antérieure.  Au  moment  où  je 
tire  sur  l’utérus  il  se  produit  une  syncope  respiratoire.  La  malade  est 
aussitôt  remise  à  plat  et  on  commence  la  respiration  artificielle,  les 
réflexes  ne  réapparaissent  pas  et  la  pupille  se  dilate,  le  pouls  est 
impossible  à  percevoir  et  l’auscultation  ne  permet  pas  d’entendre  les 
bruits  du  cœur.  * 

Après  trois  à  quatre  minutes  d’efforts  infructueux,  je  me  décide  à 
faire  une  injection  intracardiaque  d’adrénaline 

Ponction  du  ventricule,  droit  en  passant  dans  le  48  espace  au  ras  du 
bord  droit  du  sternum,  l’aiguille  reste  immobile. 

J’injecte  1  milligramme  d’adrénaline,  presque  immédiatement  le 
cœur  se  remet  à  battre. 

J’introduis  la  main  sous  le  diaphragme  et  constate  que  le  cœur  se 
contracte  violemment;  je  surveille  les  contractions  et  les  entretiens 
par  quelques  pressions  pendant  une  minute  environ. 

Pendant  toutes  ces  manœuvres,  on  a  continué  la  respiration  artifi¬ 
cielle.  La  coloration  du  visage  revient,  la  respiration  se  rétablit  peu 
après;  les  pupilles  ont  repris  leur  aspect  normal. 

L’intervention  a  été  interrompue  pendant  vingt  minutes  environ; 
l’état  me  paraît  si  satisfaisant  que  je  décide  de  la  terminer. 

Rapidement,  je  pratique  une  décollation  antérieure  qui  me  permet 
d’enlever  assez  facilement  les  annexes  Irès  adhérentes,  mais  les  poches 
salpingiennes  sont  rompues  et  j’en  abandonne  quelques  fragments  au 
fond  du  Douglas;  je  fends  le  col  en  arrière,  mets  un  gros  drain 
vaginal,  remplace  mes  pinces  par  des  ligatures  et  termine  par  un 
Mikulicz. 

Les  sui;e,s  opératoires  ont  été  remarquablement  simples,  la  malade 
n’a  présenté  aucun  trouble  cardiaque,  elle  est  sortie  guérie.  J’ai  eu  à 
différentes  reprises  de  ses  nouvelles,  elle  se  porte  très  bien. 

Obs.  III.  —  Kyste  hydatique  du  foie,  rachianesthésie ,  syncope  car¬ 
diaque,  injection  intracardiaque  d’adrénaline,  guérison. 

Mlle  Jeanne  D...,  vingt-huit  ans,  dactylo,  entre  à  l’hôpital  Lariboi¬ 
sière  dans  le  service  du  Dr  Gandy  pour  un  kyste  hydatique  du  foie. 

Opération  lé  22  mars  1923,  en  présence  du  Dr  Gandy.  —  Une  heure 
avant  :  huile  camphrée,  10  cent,  cubes;  caféine,  0  gr.  25;  strychnine, 
1  milligramme,  puis  une  piqûre  de  sédol. 

Rachianesthésie  :  ponction  ehtre  la  12e  dorsale  et  la  1"  lombaire, 


1434 


SOCIÉTÉ  DK  CHIRURGIE 


soustraction  de  20  cent,  cubes  de  liquide  céphalo-rachidien,  injection 
de  12  centigrammes  de  novocaïne. 

Longue  incision  pai  allèle  au  rebord  costal  droit.  Au  moment  d’inciser 
le  péritoine,  on  s’aperçoit  que  la  malade  ne  saigne  pas.  La  face  est 
immédiatement  découverte,  la  malade  est  extrêmement  pâle,  la  pupille 
est  largement  dilatée,  la  cornée  est  déjà  terne  et  sans  réflexes,  pas  de 
pouls  radial. 

Immédiatement  on  pratique  la  respiration  artificielle,  puis  une 
injëction  de  1  milligramme  d’adrénaline  dans  le  cœur  droit  par  ponc¬ 
tion  du  4«  espace  au  ras  du  bord  gauche  du  sternum. 

L’aiguille  n’a  aucune  oscillation,  elle  est  probablement  dans  le 
myocarde,  car  l’aspiration  ne  ramène  pas  de  sang. 

Presque  immédiatement,  l’aiguille  est  animée  de  grandes  oscilla¬ 
tions,  la  face  se  recolore,  on  continue  la  respiration  artificielle.  Au 
bout  de  cinq  minutes  environ,  premiers  mouvements  respiratoires 
spontanés.  On  supprime  la  respiration  artificielle,  mais  au  bout  d’une 
minute  environ  nouvel  arrêt  des  mouvements  respiratoires;  le  cœur 
continue  à  battre;  reprise  de  la  respiration  artificielle  qu’on  est  obligé 
de  continuer  pendant  dix  minutes  environ  avant  d’avoir  un  rétablis¬ 
sement  complet  et  durable  de  la  fonction  respiratoire. 

On  juge  prudent  de  ne  pas  continuer  l’opération.  Dans  la  journée, 
aucune  alerte,  la  température  est  à  37°5,  pas  de  douleurs  de  la  région 
précordiale,  pouls  un  peu  rapide,  mais  régulier  et  bien  frappé. 

La  malade  est  réopérée  le  29  mars  (éther).  Volumineux  kyste 
hydatique  bourré  de  vésicules-filles,  extirpation  delà  poche  et  réduc¬ 
tion  primitive  sans  drainage;  l’opération  n’a  donné  lieu  à  aucune 

Nous  avons  depuis  revu  très  fréquemment  la  malade  dans  le  service 
de  M.  Gandy.  Nous  devons  noler  qu’elle  a  fait  une  pneumonie  du 
sommet  gauche  le  10  avril,  une  hémoptisie  le  19  avril,  probablement 
bacillaire,  la  radiographie  n’a  rien  donné  de  spécial.  La  malade  a  fini 
.  par  se  rétablir  complètement;  M.  le  Dr Clerc  a  été  assez  aimable  pour 
examiner  la  malade  au  point  de  vue  cardiaque  et  pour  faire  un  électro¬ 
cardiogramme  ;  il  n’a  noté  rien  de  particulier  en  dehors  d'une  tachy¬ 
cardie  légère.  J’ai  revu  la  malade  en  novembre,  elle  se  porte  tout  à  fait 
bien. 

Obs.  IV.  —  Canoer  très  étendu  de  l'estomac,  rachianesthésie,  syncopes 
répétées,  injections  d'adrénaline  intracardiaque  à  six  reprises,  mort  deux 
heures  après  la  première  syncope. 

J...,  cinquante-sept  ans,  est  atteint  de  cancer  de  l’estomac,  sténose 
pylorique  complète,  cachexie  très  marquée,  le  malade  est  nourri  unique¬ 
ment  à.  la  sonde  rectale,  tous  les  efforts  pour  relever  l’état  général  sont 
infructueux. 

Tension  artérielle  au  Pachon,  18-9. 

Urée  dans  le  sang  :  0,96. 

Opération,  26  novembre  1923  (Lariboisière).  Une  heure  avant  l’opéra¬ 
tion,  0  gr.  25  de  caféine  et  10  cent,  cubes  d’huile  camphrée. 


SÉANCE  DU  5  DÉCEMBRE 


1435 


Ponction  lombaire  entre  L1  et  L2;  le  liquide  s’écoule  goutte  à  goutte, 
on  ne  retire  que  6  cent,  cubes  de  liquide  céphalo-rachidien. 

Injection  de  0  gr.  12  de  novocaïne  en  poudre  dissoute  dans  le  liquide 
céphalo-rachidien. 

Bonne  anesthésie,  remontant  jusqu'à  la  partie  inférieure  du  thorax. 

Incision  médiane  sus-ombilicale,  ouverture  du  péritoine  et  explora¬ 
tion.  11  s’agit  d’une  volumineuse  tumeur,  qui  occupe  le  pylore,  l’antre, 
et  laisse  tout  juste  une  place  Suffisante  pour  établir  une  anastomose. 
Au  bout  de  quelques  minutes,  le  malade  commence  à  présenter  une 
respiration  très  superficielle  et  le  pouls  devient  petit,  la  pupille  se 
dilate  et  le  malade  perd  connaissance. 

11  h.  10,  arrêt  de  la  respiration,  on  ne  sent  plus  le  pouls,  à  travers 
le  diaphragme,  on  sent  de  faibles  pulsations  cardiaques,  refroidissement 
des  extrémités,  disparition  des  réflexes  oculaires.  Respiration  arti¬ 
ficielle.  i  y 

Il  h.  Il'  10",  injection  de  iymlligramme  d'adrénaline  dans  le  cœur,  la 
piqûre  est  faite  dans  le^]^  espace  intercostal  gauche,  au  ras  du  bord 
gauche  du  sternum  ;  l’aiguille  implantée  dans  le  cœur  n’est  animée  que 
de  très  faibles  battements,  l’aspiration  ne  donne  pas  de  sang,  on  a 
donc  très  probablement  piqué  le  ventricule  droit  sans  pénétrer  dans 
sa  cavité. 

Une  main  reste  dans  l’abdomen,  et,  à  travers  le  diaphragme,  con¬ 
trôle  les  effets  de  l’injection,  masse  le  cœur  et  aide  la  main  thoracique 
à  compléter  les  mouvements  d’expiration,  car  on  n’a  pas  interrompu 
la  respiration  artificielle. 

Au  bout  d’une  quinzaine  de  secondes,  les  mouvements  cardiaques 
deviennent  beaucoup  plus  amples,  puis  extrêmement  énergiques. 

H  h.  1S.  Réapparition  des  réflexes  oculaires,  les  pupilles  se  rétré¬ 
cissent,  le  pouls  radial  redevient  comptable  :  120.  Réapparition  des 
mouvements  respiratoires  spontanés.  On  peut  continuer  l’intervention. 

11  h.  29.  Nouvelle  syncope.  Disparition  des  réflexes,  le' pouls  n’est 
plus  perceptible. 

11  h.  32'  45".  Le. cœur  n’a  plus  que  de  très  faibles  contractions,  qui 
sont  senties  à  travers  le  . diaphragme,  qui,  cette  fois,  est  flasque,  réagis¬ 
sant  mal  au  massage. 

11  h.  36'  5".  Seconde  injection  d'adrénaline.  La  respiration  artificielle 
est  continuée,  le  cœur  se  contracte  mieux,  mais  ne  réagit  pas  aussi 
bien  que  la  première  fois,  rapidement  il  faiblit. 

11  h.  43.  Troisième  injection  d'adrénaline.  Très  rapidement  les  batte¬ 
ments  deviennent  très  énergiques.  Les  mouvements  respiratoires  se 
rétablissent,  mais  inconstants,  et  on  continue  la  respiration  artificielle. 

11  h.  45.  Le  pouls  n’est  pas  perceptible,  le  cœur  bat  à  120. 

11  h.  47.  On  continue  la  respiration  artificielle,  on  donne  de 
l’oxygène. 

1 1  h.  48.  Le  cœur  se  contracte  bien,  le  diaphragme  réagit  à  la  pres- 

11  h.  51.  La  respiration  spontanée  est  rétablie,  on  cesse  la  respiration 
-artificielle,  on  continue  l’oxygène.  Les  membres  du  malade  sont  moins 


1436 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


flasques,  les  extrémités  se  colorent,  le  pouls  redevient  comptable:  120. 
Les  pupilles  réagissent;  on  entretient  de  temps  en  temps  la  respiration 
spontanée  par  des  pressions  diaphragmatiques. 

"H  h.  58.  On  est  obligé  de  reprendre  la  respiration  artificielle.  Le 
Pachon  mis  à  la  jambe  gauche  ne  donne  aucune  oscillation. 

12  h.  3'  30".  Quatrième  injection  d'adrénaline. 

12  h.  5.  Le  cœur  commence  à  réagir. 

12  h.  7.  Respiration  spontanée  suffisante  pour  pouvoirarrêterla  respi¬ 
ration  artificielle. 

I2,h.  9.  Le  cœur  bat  à  120,  très  vigoureusement;  le  pouls  est  bien 
frappé,  la  respiration  est  devenue  régulière:  30  à  la  minute;  les 
pupilles  sont  contractées,  les  réflexes  oculaires  sont  normaux,  il  y  a 
des: mouvements  spontanés  de  défense;  le  malade  réagit  même  assex 
fortement  pour  qu’on  soit  obligé  de  donner  de  l’éther  pour  continuer 
la  gastro-entérostomie. 

12  h.  24.  La  réspiration  est  un  peu  saccadée,  superficielle.  Pouls 
à  132. 

12  h.  25.  Les  pupilles  se  dilatent  et  ne  réagissent  plus.  Reprise  du 
massage  diaphragmatique  et  de  la  respiration  artificielle,  inhalations 
d’oxygène  (quatrième  ballon).  On  met  le  malade  la  tête  basse. 

12  b.  28.  Les  pupilles  se  contractent,  réapparition  des  réflexes  ocu¬ 
laires  ;  la  respiration  redevient  plus  régulière,  les  systoles  cardiaques 
sont  plus  fortes,  on  arrête  la  respiration  artificielle. 

12  h.  30.  Il  y  a  des  mouvements  de  défense  très  marqués,  le  malade 
se . plaint  ;  on  continue  l’opération  qui  est  terminée  à  12  h.  45.  Injection 
de  1,0  cent,  cubes  d’huile  camphrée. 

12  h-  55.  La  respiration  redevient  superficielle;  le  cœur  bat  faible¬ 
ment,  les,  pupilles  se  dilatent,  on  reprend  la  respiration  artificielle. 

12  h.  56'  15 ".  Cinquième  injection  d'adrénaline. 

12  h.  57.  Le  pouls  est  de  nouveau  perceptible,  on  reprend  la  respi¬ 
ration  artificielle  avec  inhalations  d’oxygène. 

12  h.  58.  Pouls  est  bon,  mais  lent  :  56. 

12  h.  59.  Mouvements  respiratoires  spontanés. 

13  h.  Les  réflexes  oculaires  commencent  à  réapparaître. 

13  h.  3.  La  respiration  est  normale;  mouvements  de  défense.  On 
arrête  la  respiration  artificielle  et  on  ramène  le  malade  dans  son  lit. 

13  h.  10.  Nouveaux  signes  syncopaux.  Le  malade  est  ramené  sur  la 
table  d’opération  et  on  pratique  la  respiration  artificielle  avec  inhala¬ 
tions  d’oxygène. 

13  h.  15.  Suppression  de  l’oxygène  et  continuation  de  la  respiration 
artificielle. 

A  13  h.  25.  Le  pouls  fémoral  devient  très  faible;  on  entend  encore 
les  battements  du  cœur  à  l’auscultalioD  ;  on  reprend  l’oxygène,  le  cœur 
se  remonte  et-on  sent  à  nouveau  le  pouls  fémoral  jusqu’à  13  h.  45.  A 
.  partir  de  ce  moment  le  pouls  faiblit  de  plus  en  plus  et  disparaît. 

A  13  h.  46.  Sixième  injection  d'adrénaline.  Aucune  réaction  cardiaque, 
la  mort  est  complète  à  13  h.  48. 

Autopsie.  —  Le  cœur  est  découvert  par  voie  transsternale  médiane  ;  le 


SÉANCE  DU  5  DÉCEMBRE 


1437 


péricarde  ne  contient  pas  une  goutte  de  sang.  Le  cœur  est  examiné  en 
place  et  l’inspection  la  plus  attentive  ne  me  permet  pas  de  découvrir 
la  moindre  trace  des  piqûres.  J'enlève  le  cœur  et  nous  ne  sommes  pas 
plus  heureux  dans  nos  recherches;  le  ventricule  droit  est  flasque  et  le 
gauche  très  contracté. 

Je  pratique  la  coupe  de  Cornil  et  ne  peux  trouver  trace  des  six 
piqûres  pratiquées. 

En  dehors  de  la  lésion  gastrique  rien  d’anormal. 

Pour  éliminer  l’hypothèse  d’hématomyélie  le  canal  rachidien  est 
ouvert.  On  trouve  la  petite  plaie  dure-mérienne  de  la  ponction  lom¬ 
baire,  elle  est  en  face  du  cône  terminal;  il  n’y  a  aucune  lésion  de  la 
moelle. 

En  résumé.  —  Rachianesthésie  chez  un  malade  extrêmement  cachec¬ 
tique,  syncope  grave;  de  11  h.  H  à  13  h.  46,  c’est-à-dire  pendant  plus 
de  2  h.  1/2  on  arrive  à  lutter  contre  les  syncopes  successives  grâce  à 
des  injections  d’adrénaline  intracardiaques.  A  cinq  reprises  l'injection 
de  1  milligramme  d’adrénaline  ranima  les  battements  cardiaques,  fit 
réapparaître  la  respiration  spontanée,  ramena  les  réflexes.  On  fut  même 
obligé  de  donner  un  peu  d’éther  au  malade  pour  pouvoir  terminer 
l’opération,  tellement  sa  défense  fut  vive  après  la  4e  injection. 

L’autopsie  ne  permit  pas  de  trouver  trace  des  six  piqûres  faites  dans 
le  cœur. 

11  est  probable  que  si  le  malade  ne  s’était  pas  trouvé  dans  un  état  de 
déchéance  physique  très  accentué,  il  aurait  survécu. 

A  la  suite  de  ces  succès  impressionnants  j’ai  entrepris  avec  mon 
élève  Mailley  (1),  qui  faisait  sa  thèse  sur  ce  sujet,  une  série  d’expé¬ 
riences  dans  le  laboratoire  de  M.  le  professeur  Richet,  M.  le  pro¬ 
fesseur  agrégé  Tiffeneau,  dont  les  travaux  sur  l’adrénaline  font 
autorité,  a  bien  voulu  nous  aider  de  ses  conseils. 

Nous  voulions  essayer  de  déterminer:  l’efficacité  de  l’adrénaline, 
mode  d’action,  le  point  optimum  d’injection  (myocarde  ou  cavités), 
la  durée  maxima  de  syncope  compatible  avec  la  survie. 

Nous  nous  sommes  heurtés  à  de  grosses  difficultés  pour  pro¬ 
duire  chez  le  chien.des  syncopes  non  mortelles. 

Nous  avons  seulement  pu  constater  l’action  extraordinairement 
immédiate  et  efficace  de  l’adrénaline,  quel  que  soit  le  point  du 
cœur  injecté. 

Je  vais  reprendre  ces  expériences  avec  mon  ami  Charles  Richet 
fils  et  essayer  d’étudier  le  point  particulier  des  syncopes  par 
rachianesthésie. 

Pour  l’instant  il  faut  nous  contenter  des  résultats  cliniques,  ils 
sont  suffisament  probants  pour  nous  autoriser  à  employer  la 
méthode. 


(1)  Mailley,  Thèse  de  Paris,  1923. 


1438 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Nous  avons  pu  avec  Mailley  réunir  dans  la  littérature  lb  cas  de 
syncopes  traitées  par  l’injection  intracardiaque  d’adrénaline,  avec 
les  miens  nous  arrivons  â  un  total  de  19  cas. 

Voici  d’abord  les  observations  très  résumées  que  j’ai  classées 
suivant  l'anesthésique  employé. 

J’essaierai  ensuite  d’en  tirer  quelques  conclusions  en  ce  qui 
■concerne  :  la  technique  à  employer,  l’efficacité  de  la  méthode. 

Observations. 

A.  Syncopes  au  cours  de  la  rachianesthésie. 

Obs.  I.  —  Toupet,  citée  plus  haut,  succès. 

Obs.  II.  —  Toupet,  citée  plus  haut,  succès. 

Obs.  III.  —  Toupet,  citée  plus  haut,  succès  partiel. 

Obs.  IV.  Crile  ( Surgery .  Gyn.  and  Obst.,  1922,  nov.-6  décembre).  — 
Homme  de  soixante-douze  ans  opéré  pour  un  adénome  de  la  prostate. 
Rachianesthésie.  Vingt  minutes  après  le  cœur  et  la  respiration  s’arrêtent. 
Respiration  artificielle  et  massage  sur  la  paroi  thoracique  pendant 
vingt  minutes. 

Au  bout  de  vingt  minutes  seulement  injection  intracardiaque  de 
5  cent,  cubes  d’adrénaline  au  1  / 1000.  Le  cœur  se  remet  à  battre  faible¬ 
ment  d’abord,  puis  de  plus  en  plus  fort.  Pouls  radial  plein,  dur  et  régu¬ 
lier;  on  continue  la  respiration  artificielle  et  il  vient  quelques  mouve- 
menis  respiratoires  spontanés,  mais  le  cœur  faiblit  et  s’arrête  de  battre 
vingt-cinq  minutes  après. 

Obs.  V.  Opitz  (d’après  Krenzel.  Miinchener  medizinische  Wochenschrift, 
1921,  p.  750).  —  femme  de  vingt-cinq  ans,  rachitropocaïne,  syncope 
•cardiaque  primitive,  deux  à  trois  minutes  après  injection  de  2  cent, 
cubes  d’adrénaline  dans  le  4e  espace  au  ras  du  bord  gauche  du  sternum. 
Respiration  artificielle,  les  battements  réapparaissent  deux  à  trois 
minutes  après  la  piqûre,  puis  la  respiration.  La  malade  resta  trente-six 
heures  dans  le  coma,  mais  guérit. 

Obs  VI.  Julius  Gottesmann,  de  New-York  [Journ.  American  medical 
Association,  1921,  p.  1334).  —  Homme  de  soixante-treize  ans,  gangrène 
sénile;  amputation  le  20  septembre  1921.  Rachi.  Immédiatement 
cyanose,  respiration  superficielle,  le  pouls  reste  bon  cinq  minutes,  puis 
perte  de  connaissance,  arrêt  de  la  respiration  et  du  cœur.  Respiration 
artificielle,  huile  camphrée,  caiéine,  adrénaline  sous-cutanée  sans 
-aucun  succès. 

In  jection  dans  l'oreillette  gauche  de  1  c.  c.  5  d’adrénaline  en  passant 
au  niveau  du  3'  espace. 

Immédiatement  reprisé  des  battements  cardiaques,  en  quelques 
minutes  la  respiration  redevient  régulière. 

Guérison  sans  incidents. 


SÉANCE  DU  5  DÉCEMBRE 


1439 


B.  —  Syncopes  au  cours  d'anesthésies  chloroformiques. 

Obs.  VII.  Crile  ( loco  citato).  —  Jeune  soldat  opéré  pour  gangrène 
pulmonaire;  aussitôt  après  la  thoracotomie  lé  cœur  et  la  respiration 
s’arrêtent,  massage  du  cœur,  stimulation  directe  du  myocarde  avec  la 
pointe  du  bistouri,  respiration  artificielle.  Quinze  minutes  environ 
après  la  syncope,  injection  de  10  cent,  cubes  d’adrénaline  dans  le  ven¬ 
tricule  gauche.  Le  cœur  se  remet  immédiatement  à  battre,  trachéotomie 
et  insufflation  directe  d’oxygène,  le  cœur  s’arrête  de  nouveau.  Deuxième 
injection  de  10  cent,  cubes  vingt-cinq  minutes  environ  après  la  première 
injection,  les  systoles  reprennent  régulières;  ap'rès  quarante-cinq 
minutes,  quelques  inspirations,  la  respiration  redevient  normale;  cin¬ 
quante  minutes  après,  nouvelle  défaillance  cardiaque,  la  respiration  et 
les  battements  persistent  encore  vingt-cinq  minutes,  l’oxygène  est 
épuisé,  cyanose  et  faiblesse  du  cœur.  On  fait  alors  une  transfusion  de 
300  cent,  cubes.  Fibrillation  cardiaque  et  mort  une  heure  quinze  après 
la  première  injection. 

Obs.  VIII.  Crile  ( loco  citato).  —  Homme  de  trente-cinq  ans,  opéré  pour 
un  corps  étranger  de  l’humérus.  Syncope  chloroformique  secondaire 
(blanche),  respiration  artificielle,  cinq  minutes  après  la  syncope,  injec¬ 
tion  de  10  cent,  cubes  d’adrénaline  dans  le  4°  espace  au  ras  du  bord 
gauche  du  sternum;  résultat  immédiat  sur  le  cœur  et  la  respiration. 
Guérison.  Le  lendemain  et  deux  jours  après,  légère  crise  cardiaque. 
Revu  six  mois  après  en  parfaite  santé. 

Obs.  IX.  W’alker  ( British  medical  Journal,  8  janvier  1921).  —  Enfant 
de  onze  mois,  anesthésie  au  chloroforme,  circoncision,  syncope  blanche, 
respiration  artificielle,  massage  indirect  du  cœur,  le  cœur  commençait 
à  se  refroidir.  Quatre  minutes  environ  après  le  début  de  la  syncope, 
injection  d’adrénaline  dans  le  muscle  cardiaque  ;  le  cœur  et  la  respi¬ 
ration  reprennent  aussitôt.  Guérison. 

Obs.  X.  Baumann  [Schweizerische  medizinische  Wochenschrift,  22 
février  1923).  —  Enfant  de  six  mois,  syncope  chloroformique,  injec¬ 
tion  intracardiaque  d’adrénaline.  Guérison. 

Obs.  XL  Toupet  (première  observation).  Insuccès. 

C. —  Syncopes  au  cours  d'anesthésies  à  l'éther. 

Obs.  XII.  IleDschen  (d’après  Frenzel).  —  Homme  de  trente-deux  ans 
en  état  de  collapsus  à  la  suite  d’un  accident.  Ether.  Arrêt  du  cœur, 
respiration  artificielle,  injection  de  1  c.  c.  5  d’adrénaline  dans  le  4e  espace 
au  ras  du  bord  gauche  du  sternum  ;  les  battements  reviennent  de  suite, 
puis  la  respiration.  Guérison. 

D.  —  Syncopes  au  cours  d'anesthésies  par  des  mélanges . 

Obs.  XIII.  Frenzel  ( Münchener  medizinische  Wochenschrift,  1921,  p.  730). 
—  Femme  de  quarante  et  un  ans.  Mastoïdite. 

Opération  le  18  janvier  1921.  Schleich. 


1440 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Dix  minutes  après  le  début  de  l’anesthésie,  syncope  cardiaque.  Respi¬ 
ration  artificielle;  au  bout  de  deux  minutes  quelques  bSItements  car¬ 
diaques,  puis  nouvel  arrêt  et  aspect  cadavérique. 

Quatre  minutes  après  injection  de  1  cent,  cube  d’adrénaline  dans  le 
3e  espace  au  ras  du  bord  gauche  du  sternum,  l’injection  est  faite  dans 
la  cavité  (aspiration  de  sang),  on  continue  la  respiration  artificielle,  au 
bout  de  deux  minutes  retour  des  mouvements  du  cœur;  cinq  minutes 
après,  respiration  spontanée. 

Coma  qui  dure  vingt-quatre  heures,  puis  amélioration  rapide  et 
guérison.  Le  cœur  est  normal  à  la  sortie. 

Obs.  XIV.  Zunst,  de  Berlin  (cité  par  Frenzel).  —  Femme  de  cinquante- 
six  ans  (Schleich),  syncope  secondaire,  quatre  à  cinq  minutes  après 
l’arrêt  du  cœur  injection  de  i  cent,  cube  d’adrénaline  dans  le  4e  espace 
à  trois  travers  de  doigt  du  bord  gauche  du  sternum.  Respiration  arti¬ 
ficielle;  trente  secondes  après  l’injection  les  battements  reviennent; 
puis  dix-neuf  à  vingt  secondes  après  les  mouvements  respiratoires 
spontanés.  Guérison. 

Obs.  XV.  Tappeiner  (Frenzel).  —  Homme  de  vingt-cinq  ans,  arrêt 
primitif  du  cœur,  anesthésie  au  mélange  chloroforme  et  éther.  Grand 
blessé  exsangue  et  dans  le  collapsus  cinq  à  six  minutes  après  la  syncope. 

1  cent,  cube  d’adrénaline  dans  le  4e  espace;  les  battements  reprennent 
presque  immédiatement  ainsi  que  la  respiration.  Guérison. 

Obs.  XVI.  Esch  (Frenzel).  —  Femme  de  quarante-trois  ans,  anesthésie 
scopolamine-morphine  et  protoxyle  d’azote  éther,  Asphyxie  grave, 
presque  immédiatement  injectionintra  myocardique  de  t  c.  c.  a  d’adré-, 
naline,  la  piqûre  est  faite  dans  le  3e  espace,  à  3  centimètres  du  bord 
gauche  du  sternum. 

Les  bruits  du  cœur  et  la  respiration  reparaissent,  mais  très  super¬ 
ficiels.  Mort  sept  heures  après. 

Obs.  XVII.  Brunings  (Frenzel).  —  Enfant  de  six  mois  (Billroth).  Dose 
trop  forte,  arrêt  secondaire  du  cœur.  I  cent,  cube  d’adrénaline  dilué 
dan*  10  cent,  cubes  de  sérum,  respiration  artificielle.  Mort. 

E  —  Syncope  au  cours  d'anesthésie  locale. 

Obs.  XVIII.  Gerald  Kneier,  de  Breslau  ( Deutsche  mediiinische  Woch., 
1921,  p.  1490).  —  Cancer  du  larynx,  opération  sous  anesthésie  locale  ; 
au  moment  de  la  mise  à  nu  du  larynx,  arrêt  brusque  de  la  respiration, 
pâleur  cadavérique,  dilatation  des  pupilles,  pas  de  réflexes.  Respiration 
artificielle,  adrénaline  sous-cutanée  sans  succès.  4  minutes  environ 
après  les  derniers  mouvements  respiratoires  spontanés  1  cent,  cube 
d’adrénaline  intracardiaque.  Une  demi-minute  après  reprise  des  bat¬ 
tements  cardiaques,  une  minute  après  reprise  des  mouvements  respi¬ 
ratoires  spontanés.  On  put  achever  l’opération.  -Phlébite  de  la  veine 
fémorale,  mort  par  embolie  le  dix-septième  jour.  L’autopsie  ne  montre 
aucune  trace  de  l’injection  cardiaque. 


SÉANCE  Dü  3  DÉCEMBRE 


im 


F.  —  Syncope  sans  indication  de  l'agent  anesthésique. 

Obs.  XIX.  Volkmann  ( Deutsche  medizinische  Woch.,  1919,  n°  21).  — 
Femme  de  quarante  trois  ans,  arrêt  du  cœur  à  la  fin  d’une  opération 
ayant  duré  une  heure  et  demie.  On  injecte  1  cent,  cube  d’adrénaline, 
20  cent,  cubes  de  sérum  au  niveau  du  4“  espace.  Respiration  artificielle, 
2  minutes  après  les  battements  reparaissent.  Guérison. 

Nous  arrivons  donc  à  un  total  de  19  observations. 


Rachianesthésie .  6 

Chloroforme .  5 

Ether .  1 

Méiaoges .  S 

Anesthésie  locale .  1 

Anesthésie  non  indiquée  .  .  1 

19 


Si  nous  serrons  les  faits  d’un  peu  plus  près,  nous  voyons  que 
les  cas  d’insuccès  ne  sont  pas  valables. 

Crilè(obs.  VII)  a  fait  son  injection  quinze  minutes  après  le  début 
de  la  syncope,  il  a  employé  10  cent,  cubes  d’adrénaline,  il  a  fait 
la  deuxième  injection  vingt-cinq  minutes  après  la  première  et  a 
encore  fait  10  cent,  cubes  d'adrénaline.  Ces  doses  paraissent 
véritablement  excessives  et  nous  sommes  même  surpris  que  son 
opéré  ait  résisté  une  heure  quinze  avant  de  présenter  de  la  fibril¬ 
lation  cardiaque. 

Crile  (obs.  IV)  fait  encore  son  injection  beaucoup  trop  tard  : 
vingt  minutes  après  la  syncope,  la  dose  employée,  5  cent,  cubes, 
me  paraît  également  trop  forte. 

Mon  premier  cas  (n°  II)  est  également  sans  valeur,  puisque  ma 
blessée  avait  avalé  un  flacon  entier  de  digitaline  et  qu’elle  était 
exsangue. 

Dans  l’observation  de  Brunings  (XVII)  le  temps  écoulé  n’est 
pas  indiqué. 

Si  nous  tenons  compte  seulement  des  cas  où  la  méthode  fu 
régulièrement  appliquée  nous  n’avons  plus  que  15  cas,  avec 
13  succès  complets  et  2  succès  partiels  (survie  de  sept  heures, 
Esch,  obs.  XV,  survie  de  trois  heures,  Toupet,  obs.  III). 

Ces  chiffres  sont  extrêmement  impressionnants  et  il  semble 
bien  que,  même  si  nos  recherches  ont  été  très  incomplètes  et  si  on 
publie  plus  volontiers  les  succès  que  les  échecs,  nous  ayons  dans 
cette  méthode  un  moyen  héroïque  de  combattre  la  syncope 
cardiaque. 


1442 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Indications  de  la  méthode. 

Il  ne  faut  pas  demander  à  l’adrénaline  plus  qu’elle  ne  peut 
donner.  Les  physiologistes  sont  à  peu  près  d’accord  pour  admettre 
qu’on  ne  peut  supprimer  plus  de  quatre  à  cinq  minutes  la  circu¬ 
lation  sans  danger  de  désordres  irréparables  du  système  nerveux. 
Si  l’injection  est  faite  trop  tard,  on  pourra  quand  même  obtenir 
une  réanimation  du  cœur,  mais  le  système  nerveux  sera  définiti¬ 
vement  lésé  et  le  malade  mourra. 

L’observation  de  Crile  (n°  VII)  a  la  valeur  d'une  expérience  de 
physiologie.  Le  cœur  était  à  nu,  il  a  donc  pu  constater  directe¬ 
ment  l’action  immédiate  de  l'adrénaline  quinze  minutes,  puis 
quarante  minutes  après  la  syncope.,  Deux  injections  d’adrénaline 
faites  dans  le  ventricule  gauche  ont  pu  entretenir  les  battements 
du  cœur  pendant  une  heure. quinze. 

La  syncope  était  dans  ce  cas  due  au  chloroforme,  il  faut  donc 
admettre  que  chez  l’homme,  contrairement  à  ce  qui  se  p  isse,  chez 
le  chien,  il  n’y  a  pas  d’association  nocive  adrénalo-chlorofoi- 
mique  comme  le  soutient  Stillmunkes[77iêse  de  Toulouse,  1922]  (1). 
Du  reste  trois  cas  de  syncopes  chloroformiques  ont  été  guéries 
par  l’adrénaline  et  les  travaux  de  Delbet  et  de  Roger  s’élèvent 
contre  cette  conception. 

N’hésitons  donc  pas  à  employer  l’injection  intracardiaque 
d’adrénaline  même  en  cas  de  syncope  chloroformique  et  agissons 
le  plus  vite  possible. 

La  quatrième  observation  est  également  très  instructive  :  le  cœur 
n’était  pas  à  nu  comme  dans  le  cas  de  Crile,  mais  j’ai  pu  facile¬ 
ment  contrôler  l’effet  des  injections,  ma  main  gauche  n’ayant  pas 
quitté  le  contact  du  cœur  sous  la  coupole  diaphragmatique. 

A.  cinq  reprises  différentes  une  injection  de  1  milligramme 
d'adrénaline  a  rendu  une  vigueur  considérable  aux  battements 
cardiaques  et  fait  cesser  l’état  syncopal,  la  respiration  spontanée 
est  revenue  et  le  malade  a  repris  une  conscience  suffisante  pour 
qu’il  soit  nécessaire  de  donner  un  peu  d’éther;  ce  n’est  qu’à  la 
sixième  que  l’effet  a  été  nul. 

Je  suis  persuadé  que  le  malade  que  noùs  avons  pu  maintenir 
pendant  deux  heures  et  demie  aurait  survécu,  si  son  état  de 
cachexie  extrême  avait  laissé  quelques  ressources  vitales  à  son 
organisme. 

(1)  Voir  également  Bardier  jet  Stillmunkes.  De  la  mort  par  adrénaline  au 
cours  de  l'anesthésie  chloroformique.  Comptes  rendus  de  la  Soc.  de  Biologie, 
l»1-  juillet  1922,  p.  321. 


SÉANCE  DU  5  DÉCEMBRE 


1443: 


Technique. 

Dose.  —  La  plupart  des  auteurs  se  sont  contentés  de  1  milligr. 
Aller  jusqu’à  20  milligrammes,  comme  Crile,  nous  paraît  inu¬ 
tile  et  même  dangereux.  Mais  il  ne  faut  pas  hésiter  à  renouveler 
plusieurs  fois,  si  c’est  nécessaire,  l’injection  de  1  milligramme. 

Matériel.  —  Une  simple  aiguille  fine  à'ponclion  lombaire. 

Point  d’injection  optimum  dans  le  cœur.  —  Il  semble  bien  qu’il 
soit  tout  à  fait  indifférent  d’injecter  l’adrénaline  dans  le  myocarde 
ou  dans  les  cavités  cardiaques,  dans  les  oreillettes  ou  dans  les 
ventricules,  dans  le  cœur  droit  ou  dans  le  cœur  gauche. 

Les  quelques  expériences  que  nous  avons  faites  à  ce  sujet  nous 
ont  montré  l’action  presque  immédiate  de  l’adrénaline,  quel  que 
soit  le  point  d’injection. 

Certains  auteurs  se  sont  préoccupés  des  lésions  que  pourrait 
produire  l’aiguille,  les  autopsies  ont  montré  qu’il  ne  restait  pas 
trace  de  la  piqûre.  C’était  le  cas  dans  deux  observations  de 
Gérald  Kneier(l).  Dans  ma  dernière  observation,  je  n’ai  pu  trouver 
trace  des  six  piqûres  faites  dans  le  cœur  et  il  n’y  avait  pas  une 
goutte  de  sang  dans  le  péricarde. 

Faut-il  également  se  laisser  arrêter  par  la  crainte  de  blesser  une 
artère  coronaireou  le  faisceau  de  His?  Certainement  non  ;  ce  risque! 
est  vraiment  négligeable  en  présence  d’une  mort  imminente. 

Point  d’élection  pour  pratiquer  l'injection.  —  La  majorité  des 
auteurs  ont  fait  leur  injection  dans  le  quatrième  espace  inter¬ 
costal,  auras  du  bord  gauche  du  sternum.  Ils  ont  donc  atteint  la 
région  du  ventricule  droit  en  passant  en  dedans  des  vaisseaux 
mammaires,  employant  la  technique  de  Delorme.  Quelques-uns 
ont  cherché  à  atteindre  le  ventricule  gauche  en  se  portant  à  trois 
travers  de  doigt  plus  en  dehors.  Celte  technique  nous  paraît 
moins  simple,  car  il  faut  traverser  la  plèvre  et  la  languette  pulmo¬ 
naire. 

Il  suffit  d’enfoncer  franchement  l’aiguille  de  trois  à  quatre  cen¬ 
timètres,  on  peut  aspirer  avec  la  seringue  pour  voir  si  on  est  dans 
le  ventricule,  ce  n’est  pas  indispensable. 

Nécessité  de  continuer  la  respiration  artificielle.  —  Dans  tous  les 
cas,  on  a  commencé  par  faire  de  la  respiration  artificielle,  elle  est 
indispensable  et  il  faut  la  continuer  jusqu’à  ce  que  la  respiration; 
se  soit  rétablie.  Sans  respiration  artificielle,  la  mort  est  certaine 
par  asphyxie  des  centres  nerveux,  même  si  la  circulation  est 
rétablie. 

Effets  de  l'injection.  —  Expérimentalement  l’adrénaline  agit 
(1)  Gerald  Kneier.  Deut.  med.  Woch.,  1921,  p.  1430. 


1444 


'SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


presque  immédiatement  sur  le  cœur.  Dans  presque  toutes  les 
observations,  cette  rapidité  d’action  est  notée. 

Même  dans  les  cas  suivis  de  mort,  parce  que  l’injeclion  avait  été 
faite  trop  tard,  il  y  a  toujours  eu  une  réanimation  temporaire  du 
cœur. 

La  respiration  spontanée  ne  se  rétablit  qu’après  les  mouve¬ 
ments  du  cœur.  11  a  quelquefois  fallu  coniinuer  la  respiration 
artificielle  pendant  un  quart  d’heure. 

On  n’a  pas  signalé  de  troubles  cardiaques  consécutifs,  durables; 
les  malades  sont  parfois  restés  dans  un  état  comateux  passager, 
mais  ce  fait  est  facilement  explicable  par  l’anémie  un  peu  prolon¬ 
gée  des  centres  nerveux. 

Parallèle  avec  les  autres  méthodes  de  réanimation.  —  Contre  la 
syncope  cardiaque  on  a  surtout  utilisé  :  le  massage  du  cœur,  les 
injections  intraveineuses  d’adrénaline  (Crile),  les  injections. intra- 
artérielles  dans  une  artère  proche  du  cœur  (Spina);  dernièrement 
on  a  beaucoup  prôné  les  injections  intrarachidiennes  de  caféine 
(Bloch  et  Hertz). 

Le  massage  direct  du  cœur  a  échoué  dans  un  cas  de  Crile 
(obs.  VII)  et  l’adrénaline  a  donné  une  réanimation  de  1  h.  15. 
On  peut  du  reste  associer  le  massage  transdiaphragmatique  à 
l’injection  d’adrénaline  si  la  syncope  survient  au  cours  d’une 
laparotomie. 

Les  injections  intraveineuses  sont  peu  logiques  quand  la 
circulation  est  suspendue. 

Les  injections  intra-artérielles  sont  d’une  technique  moins  sûre 
et  autrement  compliquée. 

L’injection  intrarachidienne  de  caféine  ne  s’est  guère  montrée 
active  que  dans  les  syncopes  respiratoires,  elle  est  bien  peu 
pratique  lorsque  l'opération  est  en  cours. 

M.  le  professeur  Delbet  a  tenté  sans  succès  l’injection  intra¬ 
cardiaque  de  caféine  dans  un  cas  rapporté  par  Mocquot  (l). 


Conclusions. 

a)  L’injection  intracardiaque  d’adrénaline  a  donné  des  résultats 
surprenants  en  cas  de  syncope  cardiaque;  quel  que  soit  le  mode 
d’anesthésie  employé,  à  condition  qu’elle  ait  été  faite  dans  les 
quatre  à  cinq  minutes  qui  suivent; 


(1)  Le  Roy  des  Barres  signale  un  cas  de  syncope  au  cours  de  la  rachi¬ 
anesthésie  traité  avec  succès  par  la  caféine  intracardiaque.  Bull,  et  Mém.  de 
la  Société  de  Chirurgie,  4  décembre  4923,  p.  1380. 


SÉANCE  DU  5  DÉCEMBRE 


1445 


b)  C’est  une  méthode  infiniment  simple  puisqu’il  suffit  d'injecter 
1  cent,  cube  de  la  solution  au  millième  dans  le  cœur  sans  se 
préoccuper  d’atteindre  un  point  précis  de  l’organe. 

M.  Brécbot.  —  J’ai  pu  observer  un  cas  de  reviviscence  tempo¬ 
raire  du  cœur  sous  l’influence  d’injections  d’oxygène  intra¬ 
cardiaques.  Il  s’agissait  d’un  blessé  de  guerre  ayant  une  large 
plaie  du  poumon  gauche.  Cet  homme  mourut  sur  la  table  d’opé¬ 
ration.  Le  cœur  était  sous  mes  yeux  sans  battements.  Je  pus  le 
ranimer  six  ou  sept  fois  de  suite  par  une  injection  d’oxygène 
dans  le  ventricule  gauche. 


Appareil  ambulatoire  pour  fracture  de  cuisse  au  tiers  inférieur , 
par  M.  SAVARIAUD. 

L’appareil  que  je  désire  rappeler  à  votre  attention  n’est  pas 
nouveau.  J’en  ai  donné  la  description  ici  même,  en  1909,  et  mon 
regretté  maître  Paul  Reynier,  chargé  d’un  rapport  sur  deux 
blessés  que  je  vous  avais  présentés,  voulut  bien  déclarer  excel¬ 
lents  les  résultats  éloignés  [Bull,  et  Mém.  de  la  Société  de  Chi¬ 
rurgie,  1909,  p.  1340). 

Malgré  ces  excellents  résultats,  pour  des  raisons  variées,  dont 
la  principale  est  que  par  faute  de  temps  je  suis,  comme  beaucoup 
d’entre  vous,  obligé  de  confier  le  traitement  des  fractures  à  mes 
internes,  je  restai  quatorze  ans  sans  avoir  l’occasion  d’appliquer 
mon  appareil. 

Dernièrement,  en  feuilletant  nos  Bulletins,  je  relus  le  rapport 
de  M.  Reynier,  et  songeant  aux  services  que  peut  rendre  la 
méthode  ambulatoire  je  résolus  d’appliquer  mon  appareil  à  la 
première  occasion.  Celle-ci  ne  tarda  pas  à  se  présenter  en  la  per¬ 
sonne  du  jeune  homme  que  vous  verrez  tout  à  l’heure.  Je  vous 
dis  tout  de  suite  qu’il  est  âgé  de  vingt-sept  ans,  qu’il  est  mince  et 
élancé,  toutes  circonstances  favorables.  Quant  à  la  fracture,  elle 
siège  à  l’union  du  tiers 'inférieur  et  du  tiers  moyèn.  Elle  s’accom¬ 
pagnait  d’un  tel  déplacement  du  fragment  supérieur  en  avant  et 
du  fragment  inférieur  en  arrière  qu’un  de  nos  internes  avait 
parlé  de  réduction  à  ciel  ouvert  et  d’ostéosynthèse. 

Bien  loin  de  me  ranger  à  l’avis  de  mon  interne,  je  lui  déclarai 
que  j’allais  appliquer  à  ce  blessé  un  appareil  très  simple  qui  le 
guérirait  dans  des  conditions  satisfaisantes,  et  qui  lui  permettrait 
de  se  lever  au  bout  de  quelques  jours.  Ayant  fait  préparer  pour  le 
lendemain  un  appareil  de  Scultet  avec  deux  attelles  plâtrées  et  un 

BULL.  F, T  MéM.  DE  LA  SOC.  DE  CHIR.,  1923  106 


1446 


SOCIÉTÉ  DE  CII1KUHGIE 


collier,  je  procédai  presque  seul,  dans  l’espace  d'un  quart  d’heure 
et  sans  infliger  la  moindre  douleur  au  blessé,  â  la  pose  de  mon 
appareil. 

Je  rappelle  que  ce  dernier  se  composait,  primilivement,  d’une 
attelle  dorso-pédieuse,  allantdu  pli  de  l’aine  à  l’extrémité  du  pied, 
et  d’un  long  étrier  partant  du  pli  génito-crural  en  dedans,  longeant 
la  face  interne  du  membre  passant  en  sous-pied  sous  le  talon  et 
remontant  sur  la  face  externe  du  membre  jusqu’au  grand  tro¬ 
chanter.  Un  collier  plâtré  solidarisait  ces  deux  pièces  à  la  racine 
du  membre.  Cet  appareil  était  appliqué  sous  extension  continue 
et  il  était  fixé  à  l’aide  d'un  Scultet  préalablement  passé  sous  le 
membre. 

A  cette  époque,  je  m’attachais  à  prendre  point  d’appui,  en  haut 
sur  l’ischion  et  la  branche  ischio-pubienne,  en  bas  sur  le  dos  du 
pied. 

Ayant  constaté  que  la  pression  sur  la  branche  ischio-pubienne 
n’était  pas  toujours  bien  supportée,  malgré  le  rembourrage,  je 
pris  le  parti  dans  le  cas  présent  de  la  supprimer,  en  arrêtant  1q 
plâtre  de  manière  à  ce  qu’il  ne  s’appuie  pas  au  bassin. 

De  même,  en  bas,  je  supprimai  la  partie  pédieuse  devenue  sans 
•objet,  et  je  dégageai  même  le  cou-de-pied  de  manière  à  permettre 
la  marche  sur  la  plante  du  pied  à  la  façon  de  Delbet. 

Cette  modification  importante  montre  que  j’ai  renoncé  dans  ce 
•cas  à  transmettre  le  poids  du  corps  au  sol,  au  moyen  d’un  appa¬ 
reil  rigide  prenant  point  d’appui  sur  le  squelette  à  ses  deux  extré¬ 
mités.  Je  me  suis  contenté  de  remédier  à  la  fracture  du  squelette 
interne  du  blessé,  en  lui  constituant  une  carapace  plâtrée  qui 
rappelle  le  squelette  extérieur  des  crustacés. 

Ce  squelette  externe,  à  la  condition  d’être  étroitement  moulé 
sur  le  membre  blessé,  remplit  très  vite  son  rôle.  C’est  ainsi  que, 
dès  le  lendemain  de  l’application,  le  blessé  que  jê  vais  vous  pré¬ 
senter  pouvait  détacher  le  talon  du  plan  du  lit  et  qu’il  commençait 
à  se  lever  avec  des  béquilles  dès  le  troisième  jour,  sans  appuyer 
toutefois  sur  le  pied  blessé.  Le  cinquième  jour,  il  se  rendait  tout 
seul  aux  cabinets,  petit  avantage  qu’il  apprécie  particulièrement. 
Actuellement,  vingt-neuvième  jour  après  l’accident,  il  reste  quatre 
heures  levé  et  déambule  dans  la  salle.  Il  descend  même  au  jardin 
quand  il  fait  beau  temps. 

Je  m’empresse  d’ajouter  que  pendant  les  vingt  heures  qu’il  reste 
au  lit  on  applique  sur  l’appareil  lui-même  l’extension  continue, 
qui  est  admirablement  supportée,  parce  qu’elle  se  répartit  sur 
toute  la  surface  du  membre. 

Mon  appareil  agit  donc  à  la  fois  comme  appareil  de  marche  et 
comme  appareil  à  extension  continue. 


SÉANCE  DU  5  DÉCEMBRE 


1447 


L’avenir  nous  dira  si  la  modification  que  je  lui  ai  fait  subir  en 
supprimant  les  deux  poinls  d’appui  au  squelette  mérite  d’étre 
conservée.  Elle  a  le  grand  avantage  de  supprimer  la  douleur,  mais 
elle  expose  à  un  raccourcissement  exagéré. 

Comparé  à  l’appareil  de  Delbet,  mon  appareil  lui  est  très  infé- 
rie  ir  théoriquement,  mais  pratiquement  il  donne  des  résultats 
analogues.  En  revanche,  il  est  d’application  beaucoup  plus  simple. 

11  est  bien  entendu  que  mon  appareil  ne  peut  convenir  qu’aux 
fractures  basses  du  fémur,  tandis  que  l'appareil  de  Delbet  s’applique 
quel  que  soit  le  niveau  de  la  fracture. 


Présentations  de  malades. 

Fracture  en  T  à  grand  déplacement  de  l'extrémité  inférieure 
de  l'humérus  abordée  par  la  voie  transolécranienne 
et  traitée  par  l'ostéosynthèse  métallique, 

.  par  M.  ALGLAVE. 

Cette  présentation  sera  publiée  ultérieurement. 


■  Luxation  paralytique  de  la  rotule.  Plissement  capsulaire , 
par  M.  GEORGES  LABEY. 

Je  vous  présente  une  jeune  fille  de  quinze  ans  et  demi  qui,  à 
la  suite  d’une  paralysie  infantile  survenue  à  l’âge  de  six  ans,  pré¬ 
sentait  une  luxation  en  dehors  de  la  rotule. 

Cette  luxation  n’existait  que  dans  l’exteosion  et  se  réduisait 
brusquement  avec  un  claquement  sec  dans  la  flexion  soit  active, 
soit  passive. 

La  rotule  lorsqu’elle  était  déplacée  présentait  en  dehors  sa  face 
cutanée,  la  face  articulaire  reposant  alors  sur  la  face  externe  du 
condyle  fémoral  externe. 

La  laxité  de  la  capsule  était  considérable,  et,  dans  l’extension,  si 
l’on  ramenait  la  rotule  dans  sa  position  normale,  on  pouvait  lui 
imprimer  des  mouvements  transversaux  très  marqués. 

Au  point  de  vue  fonctionnel,  cette  jeune  fille  avait  des  troubles 
importants  de  la  marche  :  fréquemment,  son  genou  se  dérobait 
sous  elle  et  elle  tombait. 


1448 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Je  lui  ai  pratiqué  un  plissement  capsulaire  le  15  octobre  dernier. 

Par  une  incision  courbe  à  convexité  antérieure  sur  la  face 
interne  du  genou,  j’ai  mis  à  nu  l’aileron  interne  après  avoir  libéré 
et  récliné  en  haut  le  bord  inférieur  du  vaste  interne.  Ayant  réduit 
la  luxation  et  faisant  maintenir  la  rotule  en  bonne  place,  j’ai  fait 
un  pli  delà  capsule  sur  l’aileron  interne  en  l’attirant  en  dedans 
au  moyen  de  trois  pinces  de  Kocher;  puis  j’ai  passé  à  la  base  de 
ce  pli  cinq  crins  de  Florence  en  U.  Après  quoi  j’ai  rabattu  en 
arrière  le  repli  ainsi  formé  et,  par  quelques  crins,  en  ai  fixé  le 
sommet  à  la  face  superficielle  de  la  capsule  qui  s’est  trouvée  ainsi 
renforcée. 

Je  l’ai  fait  mobiliser  et  masser  aussitôt  les  fils  superficiels 
enlevés. 

La  luxation  ne  se  reproduit  plus,  les  mouvements  de  flexion  et 
d’extension  ont  actuellement  leur  amplitude  à  peu  près  normale 
et  les  troubles  de  la  marche  ont  disparu. 

M.  Savariaud  présente  le  malade  auquel  il  a  fait  allusion  dans 
dans  sa  communication. 


Présentations  de  radiographies. 

Ostéite  kystique  des  os  du  crâne , 
par  M.  P.  HALLOPEAU. 

Un  enfant  de  cinq  mois  m’était  présenté  le  15  octobre  dernier, 
porteur  d’une  bosse  du  crâne  assez  volumineuse,  située  à  droite 
de  la  ligne  médiane,  sur  la  partie  antérieure  du  pariétal.  Cette 
saillie  existait  déjà  à  la  naissance;  depuis  elle  semble  s’être  déve¬ 
loppée.  La  peau  est  normale  et  mobile. 

La  tuméfaction  est  partout  de  consistance  osseuse,  sans  point 
dépressible.  La  mère  aurait  fait  une  chute,  renversée  par  un 
chien, -vers  le  cinquième  mois  de  la  grossesse. 

En  l’absence  d’autre  diagnostic  possible,  je  pensai  à  une  ostéite 
kystique  et  fis  la  mensura'ion  très  précise  de  la  tumeur. 

Un  mois  plus  tard,  je  constatais  un  diamètre  longitudinal  de 
7  cent  1/2,  urr  diamètre  transversal  de  5  cent.  1/2,  c’est-à-dire 
une  augmentation  de  plus  de  1  centimètre  dans  chaque  sens.  La 
hauteur  dépassait  2  centimètres. 

L’accroissement  confirma  le  diagnostic  d’ostéite  kystique, 
malgré  ce  que  celle-ci  a  d’exceptionnel,  et  la  radiographie  ne  le 
contredit  pas.  En  conséquence,  j’intervins  le  21  novembre  dernier 


SÉANCE  DU  5  DÉCEMBRE 


1449 


et  fis  l’abrasion  de  tout  ce  qui  dépassait  le  niveau  normal  du 
pariétal.  Sous  la  table  externe  je  rencontrai  une  série  de  loges 
distendues  et  doublées  par  des  membranes  molles  dont  plusieurs 
furent  prélevées.  Les  cavités  à  la  périphérie  s’enfonçaient  entre 
les  deux  tables  et  durent  être  poursuivies  assez  loin  ;  de  minces 
cloisons  osseuses  les  séparaient  les  unes  des  autres  ;  le  liquide 
contenu  semblait  très,  peu  abondant,  les  membranes  ressemblant 
à  de  molles  vésicules.  La  table  interne  resta  partout  intacte  et  fut 
régularisée. 

Le  périoste  fut  ensuite  remis  en  place  et  la  peau  suturée.  Les 
suites  opératoires  furent  des  plus  simples,  la  réunion  complète  au 
huitième  jour. 

Mon  ami  Lecène  a  bien  voulu  examiner  les  membranes  préle¬ 
vées  et  me  donner  la  réponse  suivante  :  «  Parois  de  kystes  formées 
uniquement  de  tissu  fibreux  adulte,  sans  trace  de  travées 
osseuses.  Il  y  a  plusieurs  points  où  l’on  retrouve  des  amas  de  cel¬ 
lules  chargées  de  pigments  d’origine  sanguine.  Aucune  lésion 
typique,  ni  follicule  tuberculeux,  ni  prolifération  néoplasique.  » 

C'est  donc  bien  ce  que  l’on  trouve  en  général  dans  l’ostéite  kys¬ 
tique,  et  la  lésion  n’a  rien  que  de  banal.  Ce  qui  ne  l’est  pas,  c’est 
la  localisation;  elle  est  assez  rare  pour  qu’un  au  Ire  chirurgien  ait 
nettement  mis  en  doute  le  diagnostic  que  j’avais  fait  dans  le  cas 
présent.  Il  est  intéressant  aussi  de  voir  qu’un  traumatisme  intra- 
utérin  semble  avoir  joué  un  rôle  dans  le  développement  de  cette 
ostéite  kystique,  car  une  origine  traumatique  a  été  invoquée  dans 
de  nombreux  cas  de  cette  maladie. 

L’intervention  est  nécessaire  puisque  la  lésion  est  progressive. 
Ici  l’accroissement  était  assez  rapide.  Cependant  dans  un  cas 
publié  par  Petrow  et  Geleischwili,  chez  une  femme  de  vingt-huit 
ans,  la  tumeur  grossissait  depuis  quatorze  ans,  sans  dépasser  en 
largeur  deux  travers  de  doigt. 


Cinématüation  des  moignons  d’amputation, 
par  M.  le  Dr  Bosch  Arana, 
Professeur  à  la  Faculté  de  Buenos  Aires. 

M.  Tuffier,  rapporteur. 


—  L.  Mae 


Le  Secrétaire  annuel, 
M.  Ombrédanne. 


SÉANCE  DU  12  DÉCEMBRE  1923 


Présidence  de  M.  Mauclaire. 


Procès-verbal. 


La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  mise 
aux  voix  et  adoptée. 


Correspondance. 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  périodiques  delà  semaine. 

2°.  —  Une  lettre  de  M.  Hallopeau,  s’excusant  de  ne  pouvoir 
assister  à  la  séance. 

3°.  —  Une  lettre  de  M.  le  D1'  Buffet,  donnant  sa  démission  de 
membre  correspondant  national. 

4°.  —  Une  lettre  de  M.  le  Dr  G.  Jean  (de  Toulon),  posant  sa 
candidature  au  titre  de  membre  correspondant. 


A  propos  de  la  correspondance. 

Un  mémoire  de  M.  Félix  Papin  (de  Bordeaux),  sur  «  Un  cas  de 
guérison  par  exclusion  d'un  anus  contre  nature  du  côlon  descendant 
après  néphrectomie  pour  tuberculose  ». 

M.  P.  Lecène,  rapporteur. 


M.  le  Président  annonce  que  M.  Ta vernier  (de  Lyon)  assiste  à 
la  séance. 


s., "1923.  -  N"  34. 


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SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Rapports. 

Kyste  hydatique  du  tibia, 

par  MM.  H.  Costantini  et  H.  Duboucher  (d’Alger). 

Rapport  de  M.  ALBERT  MOUCHET. 

MM.  Costantini  et  Duboucher  (d’Alger) nous  ont  adressé  derniè¬ 
rement  une  observation  rare  et  qui  prête  à  quelques  considéra¬ 
tions  intéressantes  de  kyste  hydatique  de  la  diaphyse  tibiale. 

Voici  d’abord,  résumée,  l’observation  de  MM.  Costantini  et 
Duboucher  : 

Observation.  —  B...  (André),  dix-huit  ans,  employé  de  commerce, 
entre  à  l’hôpital  de  Mustapha  le  10  octobre  1922,  salle  Dupuytren, 
dans  le  service  du  professeur  Vincent  que  nous  suppléons.  C’est  un 
garçon  assez  robuste  qui  ne  présente  rien  de  particulièrement  saillant 
à  signaler  dans  ses  antécédents  personnels.  Il  eut  cependant  à 
dix  ans  une  affection  fébrile  qui  dura  quinze  à  vingt  jours  et  pour 
laquelle  on  ne  consulta  pas  de  médecin.  Ses  deux  frères,  sa  mère  sont 
bien  portants.  Son  père  contracta  pendant  la  guerre  une  tuberculose 
pulmonaire  dont  il  mourut  en  1916. 

Notre  malade  entre  à  l'hôpital  parce  qu’il  présente  une  tuméfaction 
du  tibia  droit. 

Il  y  a  environ  un  an,  il  constata  par  hasard  une  petite  grosseur  du 
volume  d’une  noisette  siégeant  sous  la  peau  au  niveau  de  la  face 
interne  du  tibia.  Cette  grosseur  étant  indolore,  le  malade  la  négligea. 

L’hiver  dernier,  des  douleurs  apparaissent  surtout  le  soir  et  sont 
,  ressenties  pendant  environ  deux  heures.  Elles  sont  d’ailleurs  peu 
intenses  .et  disparaissent  rapidement.  Depuis  quatre  à  cinq  mois,  le 
malade  ne  souffre  plus.  Il  y  a  quelques  jours,  à  son  réveil,  il  constata 
avec  surprise  une  déformation  de  l’os  pour  laquelle  il  entra  à  l’hôpital. 

Examen.  —  La  face  interne  de  la  jambe  présente  au  niveau  de  la 
partie  moyenne  du  tibia  une  tuméfaction  haute  de  10  centimètres  et 
large  de  7  centimètres.  La  peau  qui  la  recouvre  est  d’aspect  normal. 

La  palpation  montre  que  cette  tumeur  fait  corps  avec  le  tibia  et  que 
c’est  bien  l’os  qui  est  augmenté  de  volume  et  comme  soufflé.  La  peau 
est  mobile  sur  la  tuméfaction  qui  est  indolore,  sauf  en  un  point  qui 
répond  à  la  crête  antérieure  du  tibia.  En  dehors  de  ce  point  et  dans 
la  loge  antérieure  de  la  jambe,  on  note  tous  les  signes  d’une  collection 
grosse  comme  une  noix. 

La  circonférence  de  la  jambe  malade  au  niveau  de  la  tumeur  est  de 
34  centimètres  ;  celle  de  la  jambe  gauche  au  point  correspondant  est 
de  30  cent.  1/2. 

Pas  d’allongement  ni  de  raccourcissement  du  membre.  Adénopathie 
inguinale  légère  bilatérale. 


SÉANCE  DE  12  DÉCEMBRE 


1433 


La  marche  est  normale.  Le  malade  nous  dit  cependant  que  depuis 
quelques  jours  il  crûit  boiter  légèrement. 

Radiographie.  —  Les  clichés  de  face  et  de  profil  montrent  une  cavité 
kystique  ovalaire  occupant  le  tiers  moyeu  du  tibia  et  empiélant  sur  le 
tiers  supérieur.  La  coque  du  tissu  osseux  qui  limite  le  kyste  paraît 
être  très  dense,  de  sorte  que  le  contour  de  la  tache  kystique  est  très 
net.  Cependant  deux  lignes  sombres  paraissent  diviser  la  cavité  en  loges 
qui  semblent  communiquer  entre  elles. 

Par  ailleurs,  rien  d’anormal.  Le  cœur,  les  poumons  sont  clinique¬ 
ment  sains.  L’examen  radioscopique  complet  du  squelette  ne  révèle 
rien  de  suspect. 

Examens  de  laboratoire.  —  Les  réactions  de  Bordet- Wassermann,  de 
Weinberg  sont  négatives  ;  le  sérodiagnostic  au  bacille  d’Eberth  et  aux 
paratyphiques  A  et  B  sont  négatives. 

A  l’examen  du  sang  on  ne  trouve  pas  d’éosinophilie. 

La  numération  donne  :  globules  rouges  :  S. 100. 000  ;  globules 
blancs  :  7.500. 

La  formule  leucocytaire  est  la  suivante  :  polynucléaires  60;  grands 
mononucléaires:  10;  lymphocytes:  29;  éosinophiles:  0;  forme  inter¬ 
médiaire  :  1. 

Les  urines  renferment  des  traces  d’albumine. 

Nous  portons  le  diagnostic  de  kyste  osseux.  Nous  pensons  au  kyste 
hydatique  que  nous  éliminons  à  cause  de  la  rareté  de  la  localisation 
osseuse  et  en  raison  du  Weinberg  négatif  et  de  l’absence  d’éosino¬ 
philie.  Nous  nous  arrêtons  plutôt  à  l’idée  d’un  kyste  solitaire  bien  qu’il 
y  ait  quelques  travées  osseuses  à  la  radio  paraissant  diviser  la  cavité 
principale  et  bien  que  le  siège  de  la  tumeur  soit  franchement 
diaphysaire. 

Intervention  le  24  octobre  1922.  —  Anesthésie  à  l’éther.  Incision  de 
18  centimètres  en  dehors  de  la  crête  du  tibia.  A  chaque  extrémité  on 
coupe  la  peau  à  angle  droit  sur  une  longueur  de  4  centimètres  de 
façon  à  tailler  un  lambeau  dont  le  soulèvement  permet  de  découvrir  la 
face  interne  de  l’os.  On  ponctionne  à  l’aiguille  la  petite  collection  qui 
est  en  dehors  du  tibia.  On  retire  du  pus.  L’examen  bactérioscopique 
montrera  qu’il  s’agit  de  staphylocoques,  car  les  ensemencements  sur 
les  milieux  divers  :  bouillon,  gélose,  Sabouraud,  Weissenbach,  Truche, 
demeureront  stériles. 

L’abcès,  gros  comme  une  noix,  est  alors  vidé  et  le3  parois  en  sont 
excisées. 

On  aperçoit  dans  le  fond  un  orifice  qui  conduit  au  tibia.  Un  stylet 
introduit  pénètre  dans  l’os. 

On  se  reporte  vers  la  face  interne  de  la  tuméfaction.  Le  périoste 
épaissi  est  incisé.  Il  s’échappe  quelques  gouttes  de  pus  dont  l’examen 
donnera  les  mêmes  résultats  que  pour  le  précédent.  Le  périoste  ruginé, 
nous  trépanons  l’os,  et  après  avoir  traversé  une  mince  coque  osseuse 
nous  tombons  sur  une  membrane  hydatique.  L’ouverture  osseuse  est 
prolongée  en  haut  et  en  bas.  Nous  pouvons  alors  retirer  les  membranes 
de  deux  kystes  flétris  mais  ne  contenant  pas  de  pus  et  dont  le  volume  est 


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SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


pour  chacun  celui  d’un  œuf  de  pigeon.  Entre  ces  deux  kystes  nous 
apercevons  une  multitude  de  -petites  vésicules.  Nous  arrosons  le  tout  avec 
une  solution  de  formol  à  1  p.  100,  puis  nous  faisons  un  nettoyage  com¬ 
plet  de  l’os  à  la  curette.  En  bas,  nous  arrivons  rapidement  jusqu’à  la 
région  saine  du  canal  médullaire.  En  haut,  nous  faisons  un  curettage 
complet  du  tissu  spongieux  qui  est  ramolli.  Nous  obtenons  ainsi  une 
vaste  cavité  très  propre  que  nous  arrosons  encore  avec  une  solution  de 
formol. 

La  petite  quantité  de  pus  retirée  étant  sans  doute  stérile,  puisque,  à 
aucun  moment,  le  malade  n’a  eu  de  fièvre,  que  d’autre  part  la  formule 
leucocytaire  est  normale,  nous  nous  proposons  de  fermer  complète¬ 
ment  la  plaie.  Gomme  nous  n’avons  pas  de  masse  de  Mosetig  ou  de 
Pierre  Delbet  pour  faire  le  plombage  de  la  cavité  osseuse,  nous  tail¬ 
lons  dans  la  coque  osseuse  en  dehors  une  lame  haute  de  14  centimètres 
environ  et  qui  forme  greffe  adhérente  au  jambier  antérieur.  Nous 
repoussons  dans  la  cavité  ce  lambeau  osseux  et  nous  le  fixons  avec 
des  catguts.  Réunion  primitive  sans  drainage.  Suites  apyrétiques. 

Le  25  octobre,  c’est-à-dire  le  lendemain,  nous  faisons  une  injection 
de  1/2  cent,  cube  de  vaccin  antistaphylococcique  (variété  ostéomyéli- 
tique)  à  cause  de  la  présence  de  staphylocoques  dans  le  pus.  Cette 
injection  sera  renouvelée  le  26, 1  cent,  cube;  le  27,  1  c.  c.  1/2;  le  28, 
2  cent,  cubes  et  le  29,  2  cent,  cubes. 

Le  26  octobre,  il  y  a  eu  filtration  de  sérosité  sanglante  entre  deux 
fils.  On  refait  le  pansement.  Cette  filtration  continue  jusqu’au  6  novembre. 
Le  pansement  est  fait  chaque  jour  en  redoublant  les  soins  d’asepsie. 

Après  le  6  novembre  la  filtration  disparaît.  On  enlève  les  fils.  Réunion 
parfaite. 

On  demande  une  nouvelle  radiographie  qui  montre  que  la  greffe 
osseuse  est  en  bonne  place  et  comble  la  cavité  tibiale. 

Dans  l’observation  détaillée  qu'ils  nous  ont  communiquée, 
MM.  Costantini  et  Duboucher  ont  diagnostiqué  d’après  l’aspect 
radiographique  un  kyste  du  tibia  ;  ils  ont  éliminé  le  kyste  hyda¬ 
tique,  parce  que  ce  genre  de  kyste  est  très  rare,  et  aussi  parce 
que  les  examens  de  laboratoire  n’étaient  guère  en  sa  faveur  : 
réaction  de  Weinberg  négative,  absence  d’éosinophilie  dans  lesang. 

Le  siège  diaphysaire  n’était  cependant  pas  favorable  à  l’hypo¬ 
thèse  du  kyste  simple,  essentiel;  nous  savons  que  ces  kystes  ont 
une  prédilection  pour  les  régions  justa-épiphysaires  des  os. 

Il  est  vrai  que  c’est  aussi  la  localisation  la  plus  fréquente  du 
kyste  hydatique. 

Nous  comprenons  parfaitement  que  MM.  Costantini  et  Duboucher 
aient  eu  quelque  peine  à  admettre  le  kyste  hydatique.  «  A  l’hôpital 
de  Mustapha,  disent-ils,  où  cependant  les  kystes  hydatiques  de 
toutes  régions  sont  extrêmement  fréquents,  notre  maître,  M.  le 
professeur  Vincent,  n’en  a  jamais  observé.  Cependant  on  nous  en 
a  signalé  un  cas  opéré  dans  un  service  voisin  en  1913  (kyste  du 


SÉANCE  DU  12  DÉCEMBRE 


1455 


fémur)  et  un  autre  observé  l’an  passé  chez  un  enfant  par  M.  le 
professeur  Curtillet  (kyste  de  la  colonne  vertébrale).  » 

Dans  sa  thèse  de  doctorat  de  Lyon  de  1916,  Robin,  élève  de 
Gangolphe,  rassemble  122  cas  de  kystes  hydatiques  des  os; 
53  siègent  sur  les  os  longs,  dont  14  au  tibia;  69  siègent  sur  les 
autres  os. 

L’observation  de  MM.  Costantini  et  Duboucher  pose  à  nouveau 
la  question  de  la  multiloculation  des  kystes  hydatiques  des  os. 
C’est  Gangolphe  qui,  dans  sa  thèse  d’agrégation  restée  classique 
de  1886,  paraît  avoir  été  le  premier  à  insister  sur  la  fréquence  de 
cette  disposition  multiloculaire  des  hydatides  lorsqu’elles  siègent 
dans  le  squelette. 

Gangolphe  explique  le  fait  en  disant  que  le  kyste,  à  cause  du 
tissu  particulier  dans  lequel  il  va  se  développer,  adopte  pour 
s’accroître  la  prolifération  exogène. 

Devé,  après  avoir  combattu  la  théorie  de  Gangolphe  dans  une 
série  de  communications  à  la  Société  de  Biologie  en  1913  et  1914 
et  dans  un  premier  mémoire  des  Archives  de  Médecine  expérimen¬ 
tale  (1916)  sur  l’échinococcose  osseuse  expérimentale,  est  revenu 
sur  ses  premières  conclusions  dans  un  deuxième  mémoire  des 
Archives  de  Médecine  expérimentale  de  mars  1917.  L’expérimen¬ 
tation  lui  a  permis  de  surprendre  «  une  période  initiale  carac¬ 
térisée  par  le  développement  d’une  vésicule  mère,  plus  ou  moins 
diverticulaire  dans  le  tissu  spongieux.  Elle  progresse  un  certain 
temps  sans  se  multiplier  par  prolifération  exogène  »,  pendant  au 
moins  sept  mois  ou  plus.  Après  quoi  le  parasite  se  multiplie  par 
prolifération  vésiculaire  exogène.  Devé  conclut  comme  Gan¬ 
golphe  :  «  Le  séjour  des  vésicules  dans  les  aréoles  osseuses  paraît 
leur  imprimer  une  forme,  des  dimensions  spéciales,  un  mode  de 
prolifération  particulier,  d’où  résulte  l’aspect  multiloculaire  habi¬ 
tuel  des  kystes  hydatiques  des  os.  »  Mais  Devé  se  refuse  à  assi¬ 
miler  comme  Gangolphe  les  kystes  multiloculaires  des  os  à  l’échi¬ 
nococcose  alvéolaire  du  foie,  assimilation  que  Gangolphe  a  fini 
par  abandonner,  ainsi  que  nous  l’apprend  Robin  dans  sa  thèse  de 
juillet  1916. 

MM.  Costantini  et  Duboucher  estiment  qu’ils  ne  se  sont  pas 
trouvés  en  présence  de  kystes  multiloculaires  à  proprement  parler, 
mais  de  deux  kystes  bien  distincts,  uniloculaires,  entre  lesquels 
se  trouvaient  de  petites  vésicules.  Les  deux  kystes  accolés  se 
sont  ouverts.  Le  liquide  hydatique  s’étant  répandu  alentour,  il  en 
est  résulté  une  échinococcose  osseuse,  de  même  que  dans  les  cas 
de  rupture  de  kyste  hydatique  du  foie  la  diffusion  du  sable  hyda¬ 
tique  dans  le  péritoine  a  comme  conséquence  une  échinococcose 
péri  tonéale. 


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SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


L’hypothèse  de  MM.  Costantini  et  Duboucher  me  paraît  admis* 
sible,  mais  j’avoue  humblement  que  je  ne  me  sens  capable  de 
prendre  un  parti  dans  cette  question  controversée. 

Un  dernier  point  de  l’observation  de  ces  auteurs  mérite  d’être 
signalé  :  c’est  celui  qui  a  trait  à  la  technique  opératoire  utilisée 
en  vue  de  combler  la  cavité  osseuse.  MM.  Costantini  et  Duboucher 
au  lieu  de  se  servir  d’une  masse  de  plombage  ont  eu  recours  à 
une  greffe  osseuse  pédiculée  empruntée  à  la  portion  voisine  du 
tibia.  Dans  les  conditions  où  ils  se  trouvaient,  ce  mode  de  greffe 
était  évidemment  le  plus  simple  :  nul  doute  qu’il  ne  soit  efficace. 

On  ne  peut  également  que  féliciter  MM.  Costantini  et  Duboucher 
d’avoir  tenté  la  réunion  primitive.  Le  pus  qu’ils  avaient  trouvé 
sous  le  périoste  et  qui  n’avait  pas  envahi  la  cavité  kystique  ne 
devait  pas  être  très  virulent.  Il  se  peut  que  la  vaccination  anti- 
staphylococcique,  employée  pour  plus  de  sûreté  par  les  chirur¬ 
giens,  ait  contribué  à  la  réunion  par  première  intention. 

Je  vous  propose  en  terminant,  Messieurs,  de  remercier 
MM.  Costantini  et  Duboucher  de  leur  rare  et  intéressante  obser¬ 
vation  et  de  ne  pas  oublier  le  nom  de  M.  Costantini  lorsque  vous 
aurez  prochainement  à  exprimer  vos  suffrages. 


Plaies  de  l'artère  et  de  la  veine  poplitées  par  balle. 

Quadruple  ligature.  Résultat  après  dix  mois, 

par  MM.  Pierre  Lombard  et  R.  Bore  (d’Alger). 

Rapport  de  M.  CH.  LENORMANT. 

La  question  des  résultats  éloignés  de  la  ligature  des  gros  troncs 
artériels  des  membres  a  été  étudiée  ici,  en  1922,  àpropos  d’obser¬ 
vations  de  Moure  sur  lesquelles  vous  m’aviez  chargé  de  vous  faire 
un  rapport;  elle  a  été  reprise  la  même  année  au  Congrès  de  Chi¬ 
rurgie.  Malgré  l’ampleur  de  ces  deux  discussions,  malgré  les 
remarquables  exposés  de  Leriche  et  de  Moure  au  Congrès,  cette 
question  n’est  pas  épuisée,  et  le  nombre  des  observations  suivies 
à  longue  échéance  et  complètement  étudiées  reste  assez  faible.  Au 
Congrès  de  Chirurgie,  on  a  plus  parlé  d’anévrismes  que  de  plaies 
artérielles,  plus  d’accidents  immédiats  que  de  résultats  fonc¬ 
tionnels  tardifs.  Pour  bien  connaître  l’avenir  des  «  ligaturés  »,  de 
nouveaux  documents  sont  encore  utiles.  Le  cas  observé  par 
MM.  Lombard  et  Bure  en  est  un,  qui  mérite  d’être  retenu. 

Ces  auteurs,  en  effet,  ont  suivi  très  attentivement  leur  opéré 


SÉANCE  DU  12  DÉCEMBRE 


1457 


pendant  dix  mois.  Ils  l’ont  soumis,  à  échéances  successives,  aux 
trois  épreuves  que  Leriche  réclame  comme  critérium  indispensable 
pour  juger  des  effets  de  la  ligature  :  recherche  de  la  tension  arté¬ 
rielle,  étude  de  la  capacité  fonctionnelle  du  membre,  étude  de  son 
état  vaso-moteur  et  trophique.  Si  l’on  ajoute  que  les  lésions  avaient 
ici  une  simplicité  schématique,  qu’elles  portaient  exclusivement 
sur  les  vaisseaux  principaux  du  membre,  avec  intégrité  complète 
des  nerfs,  des  muscles,  du  squelette  et  de  l’articulation,  que  l’opé¬ 
ration  a  été  faite  dans  les  meilleures  conditions  techniques  et  que 
la  cicatrisation  a  été  obtenue  sans  la  moindre  réaction,  on  voit  que 
ce  cas  a  toute  la  valeur  d’une  expérience. 

Comme  la  plupart  de  ceux  déjà  publiés,  il  montre  que  la  liga¬ 
ture  de  l’artère  principale  d’un  membre,  alors  même  qu’elle  n’a 
déterminé  aucun  accident  immédiat,  laisse  toujours  après  elle 
une  modification  du  régime  circulatoire  (décelable  par  l’étude  de 
la  tension  artérielle),  une  diminution  de  la  valeur  fonctionnelle,  et 
des  troubles  vaso-moteurs  (ceux-ci  vraisemblablement  en  rapport 
avec  les  lésions  du  sympathique  péri-artériel  qu’entraînent  néces¬ 
sairement  la  dénudation  et  la  résection  du  vaisseau).  Il  montre 
aussi  que  ces  troubles,  d’abord  très  accentués,  vont  en  s’amélio¬ 
rant  avec  le  temps  :  la  diminution  de  la  tension  artérielle  peut 
s’abaisser  à  1  ou  0,5  centimètre  de  Hg,  comme  l’avaient  vu 
Babinski  et  Heilz;  l’insuffisance  fonctionnelle  peut  ne  plus  se 
déceler  que  par  l’épreuve  de  la  fatigue,  mais  elle  persiste  toujours. 
Ces  améliorations'progressives,  qui  aboutissent  pour  le  blessé  à  la 
reprise  d’une  vie  normale,  avaient  été  déjà  signalées  par  Lapointe. 

Voici  le  résumé  de  l’observation  de  MM.  Lombard  et  Bure  : 

Homme  de  vingt-huit  ans,  blessé  le  30  décembre  1922,  par  une  balle 
de  revolver  de  faible  calibre.  Le  projectile  fait  un  séton,  obliquement 
descendant  de  dehors  en  dedans,  dans  le  tiers  inférieur  de  la  cuisse 
gauche,  tangentiellement  à  la  face  postérieure  du  fémur.  L’hémorragie 
immédiate,  assez  abondante,  est  arrêtée  par  compression.  A  la  suite  de 
la  blessure,  on  constate  une  impotence  fonctionnelle  complète  du 
membre  et  des  douleurs  de  plus  en  plus  vives  dans  le  mollet  et  le 
pied. 

Le  blessé  ne  vient  à  l’hôpital  que  le  troisième  jour.  A  ce  moment,  le 
creux  poplité  est  effacé,  rempli  par  un  empâtement  diffus,  sensible  à  la 
pression,  mais  sans  battement,  ni  souffle. 

Le  mollet  est  très  augmenté  de  volume,  dur  comme  du  marbre,  dou¬ 
loureux;  du  genou  aux  orteils,  la  peau  est  lisse,  blanche,  sans  mar¬ 
brures  ni  phlyctènes.  Le  pied  est  froid.  On  ne  perçoit  de  battements  ni 
à  la  pédieuse,  ni  à  la  tibiale  postérieure  ;  la  pression  artérielle  est  nulle. 
Aucun  signe  de  lésion  nerveuse,  sauf  une  légère  hypoesthésie  dans  le 
territoire  du  nerf  cutané  péronier. 

Opération  le  2  janvier  1923,  après  application  d’un  garrot  à  la  racine 


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SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


de  la  cuisse.  Après  évacuation  d'une  grande  quantité  de  sang  liquide  et 
de  Caillots  et  constatation  de  l’intégrité  du  nerf  que  l’on  récline,  on 
arrive  sur  les  vaisseaux  poplités,  atteints  dans  leur  segment  le  plus 
élevé  :  la  veine  est  éclatée  sur  une  longueur  de  3  centimètres,  ses  deux 
bouts  ne  sont  plus  réunis  que  par  un  mince  filament,  vestige  de  la 
paroi  postérieure;  l’artère,  déchirée  sur  plus  de  2  centimètres,  est 
presque  complètement  sectionnée;  ses  deux  bouts,  thrombosés,  ne  sont 
plus  réunis  que  par  un  débris  filiforme  de  la  paroi  antérieure.  La  balle 
a  donc  passé  entre  lès  deux  vaisseaux,  les  endommageant  tous  les 
deux.  Après  résection  des  bouts  artériels,  la  perte  de  substance  semble 
trop  étendue  pour  que  l’on  puisse  faire  une  bonne  suture,  et  l’on  se 
décide  à  lier  purement  et  simplement  les  deux  bouts  de  l’artère  et  les 
deux  bouts  delà  veine. 

Suites  opératoires.  —  Guérison  des  plus  simples,  sans  complication, 
sans  réaction  inflammatoire,  sans  menace  de  gangrène.  Dès  le  soir  de 
l’intervention,  les  douleurs  ont  disparu  et  le  pied  est  chaud;  mais  le 
pouls  reste  imperceptible  et  la  pression  nulle. 

Au  trentième  jour,  le  blessé  se  lève.  L’état  fonctionnel  du  membre  est 
fort  mauvais  :  la  marche  est  pénible  et,  très  vite,  le  pied  se  glace,  des 
douleurs  apparaissent  dans  les  muscles  du  mollet,  qui  se  contrac¬ 
turent. 

Au  soixante- dixième  jour,  le  blessé  quitte  l’hôpital.  Il  marche  avec 
une  canne  et  boite  légèrement;  mais  la  fatigue  est  rapide.  Toujours 
pas  de  battement  perceptible  à  la  pédieuse  et  à  la  tibiale  postérieure,  et 
pression  nulle. 

Au  centième  jour,  la  situation  s’est  nettement  améliorée.  Le  blessé  a 
repris  ses  fonctions  de  surveillant  dans  une  grande  exploitationrurale  ; 
mais  il  ne  peut  guère  faire  plus  d’un  kilomètre  sans  que  sa  jambe 
devienne  douloureuse  et  qu’il  ne  soit  obligé  de  s’arrêter  et  de  s’asseoir; 
la  marche  est  plus  pénible,  la  fatigue  plus  rapide  dans  les  terres  de 
culture  que  sur  une  route  unie. 

Pour  la  première  fois,  on  peut  mesurer  la  tension  artérielle  dans  le 
membre  blessé.  Cette  exploration  donne  : 


Côté  sain . Max.  :  U, S  Min.  :  il  I.  o.  :  5 

Côté  blessé . Max.  :  7,45  Min.  :  5,25  L  o.  :  0,5 


Après  immersion  du  pied  dans  l’eau  chaude,  les  chiffres  obtenus  du 
côté  blessé  atteignent  :Max.  :  9,5;  Min.:  5,25;  I.o.:  1,5.  Le  pied  gauche 
(côté  de  la  ligature)  reste  rouge  pendant  vingt  minutes,  alors  que  le 
pied  droit  a  repris  depuis  longtemps  sa  coloration  normale. 

L’immersion  dans  l’eau  froide  entraîne  une  vaso-dilatation  beaucoup 
plus  intense  et  bien  plus  prolongée  du  côté  blessé  que  du  côté  sain.  Il 
existe  donc  un  trouble  évident  de  l’innervation  sympathique. 

En  revanche,  on  n’observe,  du  côté  de  la  peau  et  des  ongles,  aucun 
trouble  trophique. 

Au  bout  de  dix  mois  (10  octobre  1923),  l’amélioration  fonctionnelle 
s’est  encore  accentuée.  La  marche  est  normale,  sans  boiterie,  mais  le 
membre  opéré  se  fatigue  encore  plus  vite  que  le  membre  sain,  et  cette 


SÉANCE  Dl)  12  DÉCEMBRE 


1459 


fatigue  se  traduit  par  une  sensation  douloureuse  dans  les  muscles  du 
mollet.  Il  n’y  a  ni  trouble  sécrétoire,  ni  trouble  trophique.  La  circon¬ 
férence  du  mollet  gauche  est  inférieure  de  I  centimètre  à  celle  du 
mollet  droit. 

L’examen  de  la  tension  artérielle  donne  : 

Côté  sain.  .....  Max.  :  20  Min.  :  9  I.  o.  :  4 

Côté  blessé . Max.:  9  Min.:  6,5  I.  o.  :  0,25 

L’immersion  des  pieds  dans  l'eau  glacée  provoque  une  vaso-dilatation 
plus  prononcée  à  gauche  (côté  opéré)  et  cette  vaso-dilatation  se  pro¬ 
longe  pendant  six  minutes,  alors  qu’elle  disparaît  au  bout  de  trois 
minutes  à  droite.  Mêmes  constatations  après  immersion  dans  l’eau 
chaude  :  la  vaso-dilatation  est  plus  durable  à  gauche  (cinq  minutes  au 
lieu  de  deux),  et  elle  se  fait  irrégulièrement,  par  plaques. 

Ainsi  ce  blessé,  bien  qu’il  se  considère  comme  parfaitement  guéri  et 
qu'il  ait  pu  reprendre  complètement  son  métier,  conserve,  après  une 
ligature  de  l’artère  et  de  la  veine  poplitées,  un  membre  triplement  taré, 
au  point  de  vue  circulatoire,  fonctionnel  et  vaso-moteur. 


Hypertension  intr a- crânienne  post-traumatique 
avec  excès  de  liquide  céphalo-rachidien  normal. 

Ponctions  lombaires  répétées.  Guérison , 

par  MM,  P.  Lombard  et  Bure  (d’Alger). 

Rapport  de  M.  J.  OK.INCZYC. 

Dans  la  séance  du  5  décembre  1923,  M.  Leriche  nous  apportait 
des  faits  d’hypotension  du  liquide  céphalo-rachidien  à  la  suite 
de  traumatismes  crâniens,  et  insistait  sur  le  rôle  de  l’équilibre 
liquidien  indispensable  aux  fonctions  cérébrales  normales. 

Nous  recevions  à  la  même  date  une  intéressante  observation  de 
MM.  Lombard  et  Bure  (d’Alger);  sans  doute,  il  ne  s’agit  pas  cette 
foisd’%potensiondu  liquide  céphalo-rachidien,  mais,  au  contraire, 
d’hypersécrétion  avec  hypertension  de  ce  liquide;  il  n’en  reste  pas 
moins  que  la  rupture  de  l’équilibre  liquidien  se  traduit  ici  encore 
par  des  symptômes  graves  dont  les  ponctions  lombaires  répétées 
sont  venues  à  bout. 

Le  coma  qui  suit  un  traumatisme  crânien  n’est  donc  pas  uni¬ 
voque,  et  il  convient,  avant  de  poser  l’indication  du  traitement, 
de  préciser  l’état  de  tension,  en  plus  ou  en  moins,  du  liquide 
céphalo-rachidien. 

A  cet  égard,  l’observation  de  MM.  Lombard  et  Bure  est  particu¬ 
lièrement  instructive. 


1460 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Observation.  —  Le  4  mai  1923,  un  homme  de  vingt-sept  ans,  M...  (Léon), 
vigoureux,  sans  aucune  tare  héréditaire  ou  acquise,  est  projeté  à  terre 
par  une  automobile  marchant  à  vive  allure  :  la  tête  heurte  violemment 
la  chaussée,  la  perte  de  connaissance  est  immédiate. 

Relevé,  transporté  à  l’hôpital,  il  y  arrive  quelques  heures  plus  tard 
dans  un  état  semi-comateux  :  aux  questions  renouvelées  qu’on  lui  pose, 
il  répond  par  quelques  monosyllabes,  il  retombe  aussitôt  dans  sa  tor¬ 
peur.  Le  pouls  est  ralenti,  le  liquide  céphalo-rachidien,  retiré  par 
ponction  loculaire,  présente  une  teinte  rose,  mais  sur  le  crâne  on  ne 
relève  aucun  signe  de  fracture  :  il  n’y  a  pas  de  troubles  pupillaires,  ni 
épistaxis,  ni  otorragie.  Au  niveau  des  membres,  aucun  trouble  moteur. 

Après  une  seconde  ponction,  pratiquée  le  lendemain  5  mai,  et  qui 
fournit  aussi  un  liquide  rosé,  une  amélioration  se  dessine,  qui  s’ac¬ 
centue  les  jours  suivants  :  deux  nouvelles  ponctions  sont  pratiquées, 
et  huit  jours  après  l’accident,  le  12  mai,  le  blessé  demande  à  quitter 
l’hôpital.  Il  regagne  à  pied  son  domicile  assez  éloigné,  mais  il  s’aperçoit 
que  sa  vue  a  baissé  d’une  façon  considérable  :  excellente  avant  l’ac¬ 
cident,  elle  lui  permet  à  peine  aujourd’hui  de  se  conduire,  les  objets 
qui  l’entourent  lui  apparaissent  indistincts,  noyés  dans  une  brume 
épaisse.  Le  lendemain  et  le  surlendemain  (13  et  14  mai),  M...  garde  la 
chambre  :  la  vision  diminue  encore,  la  lecture  d’un  journal  est  abso¬ 
lument  impossible,  les  caractères  n’apparaissent  plus. 

La  tête  devient  douloureuse,  des  élancements  pénibles  se  produisent 
dans  la  région  orbitaire,  accompagnés  d’une  sensation  de  constriction- 
temporale.  La  lumière  est  gênante,  pénible  à  supporter,  et  M...  se  fait 
acheter  des  verres  fumés. 

Le  15  mai,  il  éprouve  quelques  vertiges  et,  bien  qu’il  puisse  à  peine 
se  conduire,  il  sort  ce  jour-là.  Sur  le  trottoir,  il  est  pris  d’un  violent 
vertige,  d’une  douleur  atroce  dans  la  tête,  et  il  s’effondre,  privé  de  con¬ 
naissance.  On  le  ramène  chez  lui. 

L’état  de  torpeur  va  s’accentuant,  et  le  lendemain  16  mai  on  le 
reconduit  à  l’hôpital  où  nous  le  voyons  pour  la  première  fois. 

L’obnubilation  est  complète,  absolue.  Immobile,  le  visage  très  pâle, 
les  membres  également  flasques,  en  état  de  complète  résolution  mus¬ 
culaire,  le  blessé  ne  répond  à  aucune  question.  Les  pupilles  sont  iné¬ 
gales,  la  droite  plus  dilatée  que  la  gauche,  toutes  deux  extrêmement 
paresseuses. 

Les  réflexes  tendineux  paraissent  abolis. 

Le  pouls,  très  ralenti,  ne  bat  que  46  pulsations  à  la  minute. 

L’examen  du  fond  d’œil  montre  des  papilles  hyperémiées  avec  contours 

A  15  h.  30,  par  ponction  lombaire,  on  retire  50  cent,  cubes  de  liquide 
absolument  clair,  mais  très  hypertendu. 

Le  pouls,  immédiatement,  remonte  à  56.  Une  heure  plus  tard,  il 
est  à  62. 

A  18  heures,  le  pouls  demeure  à  62;  le  coma  persiste,  on  retire  à 
nouveau  20  cent,  cubes  de  liquide  cépha'o-rachidien,  de  composition 
chimique  et  de  formule  cytologique  absolument  normales. 


SÉANCE  DU  12  DÉCEMBRE 


1461 


Dans  la  nuit,  le  blessé  reprend  progressivement  connaissance. 

Le  17  mai,  il  est  encore  somnolent,  mais  il  répond  de  façon  précise 
aux  questions  qu’on  lui  adresse. 

11  n’y  a  aucun  signe  de  réaction  méningée  :  ni  raideur  de  la  nuque, 
ni  Kernig.  Aucun  phénomène  traduisant  une  lésion  même  limitée  de 
l’écorce,  dans  ses  territoires  moteur,  sensitif  ou  sensoriel.  Aucun  signe 
de  lésion  basilaire;  les  différents  nerfs  crâniens  sont  intacts;  les 
pupilles,  maintenant  égales,  réagissent  à  la  lumière  et  à  l’accommo¬ 
dation. 

Les  jours  suivanls,  l'amélioration  se  poursuit  netlement  :  la  somno¬ 
lence  disparaît  complètement.  Le  pouls  remonte  progressivement 
à  66-70-74,  la  température  demeurant  normale.  La  vision  s'améliore 
lentement. 

Le  23  mai,  la  céphalée  reparaît,  diffuse,  accompagnée  de  douleurs 
péri-orbitaires  assez  vives  et  de  photophobie. 

Un  nouvel  examen  du  fond  de  l’œil  montre  que  la  stase  persiste. 

Le  blessé  refusant  absolument  toute  intervention,  on  reprend  les 
ponctions  lombaires.  On  retire  ainsi  50  cent,  cubes  de  liquide  le  22  et 
le  24  moi;  30  cent,  cubes  le.  25.  Ce  jour-là,  les  troubles  visuels 
diminuent  nettement,  la  photophobie  disparaît,  la  lecture  redevient 
possible.  Le  pouls  est  à  76. 

Le  26  mai,  on  retire  encore  20  cent,  cubes  de  liquide  céphalo¬ 
rachidien. 

Le  28  mai,  les  papilles  ont  repris  une  coloration  normale,  seule 
persiste  l’indécision  des  contours.  Le  champ  visuel  est  un  peu  rétréci. 

Le  30  mai,  nouvelle  ponction  lombaire  qui  permet  de  retirer 
30  cent,  cubes  de  liquide  hypertendu. 

La  radiographie  ne  montre  aucun  trait  de  fracture. 

Le  Ier  juin,  le  pouls  est  à  96.  Le  liquide  céphalo-rachidien  est  à  nou¬ 
veau  examiné  :  on  y  trouve  2  à  3  lymphocytes  par  champ  microsco¬ 
pique.  La  quantité  d’albumine  ne  dépasse  pas  la  normale.  La  réaction 
de  Wassermann  est  franchement  fiégative. 

Nouvelle  ponction  le  4  juin  :  30  cept.  cubes  de  liquide  sont 
retirés. 

Le  pouls  oscille  entre  102  et  108. 

Le  20  juin,  un  nouvel  examen  oculaire  montre  qu’il  persiste  un 
éger  degré  d’hyperémie  papillaire  plus  marqué  à  gauche  qu’à  droite. 

Les  troubles  visuels  subjectifs  paraissent  avoir  disparu.  Le  blessé 
quitte  l’hôpital. 

En  juillet,  il  reprend  ses  occupations. 

En  octobre; -la  guérison  se  maintient  :  la  vision  reste  normale. 

Ainsi,  un  malade  après  une  commotion  cérébrale  violente 
présente  un  syndrome  d’hypertension  in tra- crânienne  à  marche 
rapide  qui  compromet  la  vision  en  quelques  jours. 

Selon  MM.  Lombard  et  Bure,  la  constitution  normale  du  liquide 
céphalo-rachidien  permet  d’éliminer  l’hypothèse  d’une  méningite 
séreuse.  La  radiographie  très  nette  ne  permet  pas  davantage  d’in- 


1462 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


criminer  une  esquille  ou  une  hyperostose.  L’absence  d’hyper¬ 
thermie  et  de  sang  dans  le  liquide  céphalo-rachidien  n’est  pas  en 
faveur  de  l’existence  d’un  hématome  intra-dural. 

L’hypersécrétion  du  liquide  céphalo-rachidien  serait  donc  sous 
la  dépendance  d’une  lésion  des  plexus  choroïdes. 

En  douze  ans  de  pratique.  MM.  Lombard  et  Bure  n’ont  jamais 
observé  de  cas  semblable. 

Duret  dans  son  ouvrage  sur  les  traumatismes  intra-craniens  en 
signale  quelques  observations  :  un  fait  de  Axhausen,  chez  une 
fillette  de  onze  ans,  trépanée  à  deux  reprises  pour  des  signes  de 
compression  cérébrale,  survenus  à  la  suite  d’une  contusion 
crânienne,  est  absolument  comparable;  l’ouverture  delà  dure- 
mère  donne  issue  à  une  quantité  énorme  de  liquide  céphalo¬ 
rachidien  clair  comme  de  l’eau  de  roche.  La  guérison  suit  rapi¬ 
dement  la  seconde  intervention. 

MM.  Lombard  et  Bure  citent  encore  une  observation  de  Robineau, 
qui  à  première  lecture  parait  se  rapporter  à  une  compression 
cérébrale  par  une  crête  osseuse.  Mais  j’ai  relu  en  détail  cette  rela¬ 
tion  qui  a  fait  l’objet  d’un  rapport  de  M.  Auvray  à  notre  Société 
dans  sa  séance  du  3  mai  1911.  Or  il  n’est  pas  douteux  que  chez  le 
blessé  de  Robineau  les  symptômes  d’hypertension  survenus  à  la 
suite  d’une  fracture  du  rocher  ne  peuvent  s’expliquer  par  la  seule 
compression  de  la  crête  osseuse  très  mousse  située  à  la  face 
profonde  de  l’écaille  du  temporal.  Néanmoins,  l’interprétation  est 
ici  plus  complexe  et  il  est  plus  difficile  de  n’invoquer  qu’une 
hypersécrétion  du  liquide  céphalo-rachidien. 

Les  auteurs  rapportent  encore  une  observation  de  Babinski, 
communiquée  à  la  Société  de  neurologie  en  1901  :  un  homme  de 
vingt-sept  ans,  un  mois  après  une  •chute  de  bicyclette,  présente  des 
céphalées  qui  progressivement,  en  dix-huit  mois,  se  compliquent 
de  vomissements  et  d’insomnies,  puis  d’un  affaiblissement  de 
l’acuité  visuelle.  Une  trépanation  décompressive  pratiquée  par 
M.  Gosset,  mais  sans  ouverture  de  la  dure-mère,  fait  disparaître 
les  céphalées,  mais  reste  sans  action  sur  la  vue. 

Un  cas  de  stase  papillaire  traumatique,  rapporté  par  Bollack  à 
la  Société  d’ophtalmologie  en  1920,  deux  autres  cités  dans  la  thèse 
de  Dupuy-Dutemps,  peuvent  être  rapprochés  des  çbservations 
précédentes. 

Je  rappelle  que  Leriche  a  fait  plusieurs  fois  allusion  à  des  cas  de 
ce  genre,  qu'il  oppose  aux  hypotensions  dont  il  nous  parlait 
encore  tout  récemment  ici. 

Malgré  ces  évolutions  favorables,  le  pronostic  de  ces  hyper¬ 
tensions  doit  être  réservé.  L’hypertension  est  un  symptôme  par¬ 
fois  durable  et  tenace,  sujet  à  récidive. 


SÉANCE  DU  12  DÉCEMBRE 


1463 


C’est  une  raison  pour  douter  de  l’efficacité  d’une  trépanation 
simplement  décompressive,  sans  ouverture  de  la  dure-mère,  dont 
l’effet  peut  n’ètre  pas  durable  et  qu’on  ne  peut  répéter  indéfini¬ 
ment. 

Le  drainage  prolongé  des  espaces  méningés  ne  pourrait  être 
effectué  sans  danger;  quant  au  drainage  sous-cutané  dans  le  tissu 
cellulaire,  il  ne  semble  pas  que  les  techniques  actuelles  soient 
suffisantes  pour  en  assurer  le  fonctionnement  durable. 

Restent  donc  les  ponctions  lombaires  répétées.  Elles  ont  permis 
à  MM.  Lombard  et  Bure  de  guérir. leur  malade,  par  une  soustrac¬ 
tion  totale  de  300  cent,  cubes  en  neuf  ponctions  du  15  mai  au 
4  juin.  Mais  il  faut  compter  avec  les  types  cloisonnés  d’espaces 
sous-arachnoïdiens.  Les  ponctions  n’en  restent  pas  moins  le  trai¬ 
tement  le  plus  simple  et  le  plus  efficace  de  ces  hypertensions  par 
hypersécrétion  du  liquide  céphalo-rachidien. 

Les  auteurs  insistent  encore  sur  la  nécessité  d’un  examen  systé¬ 
matique  du  fond  de  l’œil;  l’ophtalmoscope  permet  de  déceler  la 
stase  papillaire  au  début,  avant  même  l’apparition  des  troubles 
visuels  subjectifs.  L’indication  est  ainsi  fournie,  avant  les  lésions 
irrémédiables,  de  la  décompression  immédiate  indispensable,  et 
du  renouvellement  des  ponctions  lombaires  si  c’est  à  ce  mode 
d’intervention  qu’on  a  eu  et  qu’on  peut  avoir  recours. 

En  terminant,'  je  vous  prie  d’adresser  nos  remerciements  à 
MM.  Lombard  et  Bure  pour  leur  intéressante  communication,  qui 
s’ajoute  aux  titres  qu’ils  se  sont  déjà  faits  dans  cette  enceinte  à 
nos  bienveillants  suffrages. 


Sur  350  cas  de  fièvre  puerpérale 
traités  par  le  curettage  et  l'irrigation  continue, 

par  M.  Gauthier  (dè  Luxeuil). 

Rapport  de  M.  A.  LAPOLNTE. 

En  nous  adressant  ce  travail,  M.  Gauthier  a  voulu  attirer  notre 
attention  sur  la  valeur  de  l’irrigation  continue,  complémentaire 
du  curettage,  dans  le  traitement  de  l’infection  puerpérale. 

L’irrigation  intra-utérine  continue  a  été  introduite  dans  la 
pratique  obstétricale,  il  y  a  plus  de  trente  ans,  par  Pinard  et  ses 
élèves.  Mais  à  cette  époque  lointaine  c’était  seulement  après 
échec  des  simples  injections  intra-utérines,  et  avant  de  recourir 


1464 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


au  curettage,  qu’on  recommandait  d'essayer  l’irrigation  continue. 

A  l’heure  actuelle,  tout  le  monde  pense,  comme  M.  Gauthier, 
que  le  temps  initial  et  fondamental  du  traitement  consiste  dansle 
nettoyage  de  la  cavité  utérine,  et  il  n’était  guère  besoin,  pour  en 
faire  saisir  la  nécessité,  de  la  comparer,  comme  on  ;l’a  fait  dans 
ces  dernières  années,  non  sans  forcer  un  peu  les  choses,  à  l’éplu¬ 
chage  des  plaies  de  guerre. 

M.  Gauthier  commence  donc  par  ce  nettoyage  indispensable,  et, 
pour  l’exécuter,  il  préfère  la  curette  à  ses  doigts.  A-t-il  tort  ou 
raison  ?  Les  accoucheurs  diraient  sûrement  qu’il  a  tort. 

Dans  nos  services  hospitaliers  qui  sont,  hélas!  si  largement 
pourvus  d’avortements  infectés  ou  non,  je  crois  bien  que  la  curette 
est  encore  un  instrument  très  répandu,  et  je  ne  trouve  pas  qu’il 
soit  aussi  aveugle  et  dangereux  qu’on  veut  bien  le  dire. 

Pour  les  suites  de  couches,  je  confesse  humblement  mon  incom¬ 
pétence.  Mais  si  j’en  juge  par  les  350  utérus  infectés  pos't  par¬ 
tum  curettés  par  M.  Gauthier,  —  il  se  sert  de  la  grosse  curette 
mousse  et  d’une  curette  irrigatrice,  —  il  semble  bien  que  le  curet¬ 
tage,  faitd’unemain  prudente,  n’estpas  capable  des  méfaitsdont  on 
l’accuse,  à  moins  que  l’irrigation  continue  n’en  soit  le  correctif 
efficace. 

Le  curettage  fait,  M.  Gauthier  installe  dans  l’utérus  deux  drains 
jumelés  qu’il  fixe  au  col  :  un  de  calibre  18,  non  perforé,  pour 
l’afflux  du  liquide;  l’autre,  de  calibre  30,  perforé  de  place  en  place, 
pour  le  reflux. 

L’irrigation  est  très  abondante:  c’est  100  à  150  litres  d’eau 
bouillie  pure  ou  salée  à  6  p.  1.000  qui  passent  dans  l’utérus  par 
vingt-quatre  heures.  Quand  l’infection  parait  sévère,  M.  Gauthier 
ajoute,  sans  doute  pour  sacrifier  à  la  mode,  un  verre  de  solution 
d’hypochlorite  de  soude  à  1  p.  200  par  20  litres  d’eau. 

Il  ne  s’agit  donc  pas  d’irrigation  à  la  manière  de  Carrel,  con¬ 
tinue  goutte  à  goutte,  ou  discontinue,  avec  la  solution  titrée  de 
Dakin,  qu’on  ne  pouvait'manquer  d’appliquer  au  traitement  des 
métriles  puerpérales.  M.  Gauthier  n’a  pas  cm  devoir  modifier  sa 
façon  d’irriguer  à  la  mode  ancienne.  Il  compte  d’ailleurs  bien 
plus  sur  l’action  mécanique  que  sur  les  vertus  bactéricides  ou  pro¬ 
téolytiques  du  courant  continu,  etle  liquidequ’il  emploie  a  l’avan¬ 
tage  de  ne  jamais  provoquer  d’irritation  des  téguments. 

Dans  ces  derniers  temps,  il  a  cru  devoir  ajouter  à  l’irrigation 
continue  des  injections  de  stock-vaccin  préparé  par  Grémy  contre 
l’infection  puerpérale  et  il  a  l’impression  que  ce  ne  fut  pas  sans 
utilité. 

En  l’absence  de  toute  observation  détaillée,  je  me  borne  à  enre¬ 
gistrer  cette  déclaration. 


SÉANCE  DU  12  DÉCEMBRE 


1465 


Voici  maintenant  les  résultats  obtenus  dans  350  cas  ainsi  traités, 
par  curettage  et  irrigation  continue  : 

Dans  plus  de  200  observations,  dit  M.  Gauthier,  les  courbes 
thermiques  sont  presque  superposables.  Le  lendemain  du  curet¬ 
tage,  la  température  tombe  au-dessous  de  38°,  puis  elle  remonte 
autour  de  39°.  On  ouvre  un  peu  plus  fort  le  robinet  et  la  défer¬ 
vescence  a  lieu,  d’habitude  en  deux,  trois  ou  quatre  jours.  Parfois, 
l’irrigation  a  été  supprimée  trop  tôt,  mais  il  a  suffi  de  la  rétablir 
pourobtenirenquelquesjours  la  chute  définitive  de  la  température. 

Sur  les  350  cas,  il  n’y  a  eu  que  3  décès. 

Dans  2  cas,  la  fièvre,  qui  persistait  malgré  dix  et  quinze  jours 
d’irrigation,  n’a  cédé  qu’après  la  bactériothérapie. 

Enfin,  dans  7  cas,  il  a  fallu  ouvrir  par  colpotomie  un  foyer  de 
péritonite  pelvienne  suppnrée,  et  la  guérison  fut  obtenue. 

Assurément,  cette  série  est  fort  belle.  Mais  il  ne  faudrait  pas 
en  conclure  que  par  le  curettage  et  l’irrigation  continue  on  va 
guérir  l’infection  post  ■partum  99  fois  sur  100. 

La  série  qu’il  nous  présente  ne  comprend,  nous  dit  M.  Gauthier, 
«  que  des  fièvres  puerpérales  déjà  bien  établies  et  confirmées, 
mais  non  encore  désespérées,  et  qui  ont  pu  être  soumises  au  trai- 
tementde  deux  à  huit  jours  après  les  premiers  signesd’infection  ». 

Même  dans  ces  conditions  d’application  restreinte,  je  trouve 
qu’il  a  le  droit  d’être  satisfait  de  l’emploi  précoce  et  systématique 
d’une  méthode  à  laquelle  on  n’a  généralement  recours  qu’après 
avoir  perdu  un  temps  précieux  à  constater  l’échec  des  moyens 
plus  simples. 

M.  Savariaud.  —  Je  voulais  demander  à  mon  ami  Lapointe  si 
M.  Gauthier  se  servait  d’une  curette  tranchante  ou  d’une  curette 
mousse,  mais  il  vient  de  répondre  à  ma  question.  Dans  ces  condi¬ 
tions,  je  ne  puisque  souscrire  à  ses  conclusions. 


Cinémalisation  des  moignons  d'amputations, 
par  M.  le  Dr  Bosca  Arana, 

Professeur  à  la  Faculté  de  Buenos  Aires. 

Rapport  de  M.  TDFFIER. 

La  communication  que  nous  a  faite  notre  collègue  Arana  et. 
pour  laquelle  vous  m’avez  demandé  un  rapport  est  du  plus  haut 
intérêt,  et  les  applaudissements  dont  vous  avez  salué  la  présen¬ 
tation  de  ses  films  si  démonstratifs  montrent  combien  vous 


1466 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


approuvez  ses  efforts  pour  perfectionner  la  technique  cinématique 
des  moignons  d’amputés. 

t;  Vous  savez  oii  en  est  cette  question.  J'ai  apporté  à  l’Académie  de 
Médecine  et  ici  même  les  résultats  de  mon  expérience  et  les 
constatations  que  j’avais  pu  faire  chez  nos  collègues  italiens  Putti 
elGaleazzi,  et  j’ai  terminé  ces  deux  communications  par  une  con¬ 
clusion  répétée  par  M.  Arana  lui-même  :  la  question  de  cinéma- 
tisation  est  chirurgicalement  très  avancée,  malheureusement  les 
appareils  prothétiques  n’ont  pas  suivi  le  même  progrès,  et  t’est 
leur  insuffisance  de  rendement  qui  est  la  cause  de  l’imperfection, 
quelquefois  de  l'inutilité,  de  la  cinémalisation.  Je  m’explique  :  un 
moteur  chirurgicalement  constitué  et  soumis  au  contrôle  de  l’ergo- 
graphe,  donne  une  puissance  qui  peut  aller  jusqu’à  20  et  30  kilo¬ 
grammes  ;  lorsque  ce  même  moteur  est  muni  de  son  appareil  pro¬ 
thétique  il  ne  donne  pas  souvent  le  1/10  de  la  force  primitive, 
c’est  dire  que  les  9/10  du  potentiel  du  moteur  sont  perdus  dans 
le  fonctionnement  des  différentes  pièces  d’appareil  prothétique. 

Ceci  dit,  le  travail  de  M.  Arana  comprend  deux  chapitres,  l’un 
sur  la  cinématisation  en  général,  rétraction  de  la  peau,  section  des 
os,  constitution  du  moteur,  soit  en  anse,  soit  en  bouton,  cuti¬ 
sation  du  moignon,  et  un  second  chapitre  qui  a  trait  à  ses  obser¬ 
vations  personnelles  et  originales  et  aux  résultats  qu’il  a  obtenus. 
Je  n’envisagerai  que  cette  partie  originale,  car  tout  le  reste  est 
contenu  dans  les  mémoires  de  Pelligrini  dont  il  a  suivi  la  techni¬ 
que,  et  dans  ceux  de  Vanghetti  et  de  Putti. 

La  cinématisation  pour  les  amputations  des  membres  inférieurs 
ne  m’avait  pas  paru  donner  de  très  appréciables  résultats,  sauf 
chez  un  malade  que  j’ai  vu  à  Bologne  qui  vraiment  avait  une 
extension  de  la  jambe  ;  M.  Arana  n’a  obtenu  lui-même  que  des 
résultats  médiocres  dans  ces  cas,  et  il  a  abandonneé  la  ciné¬ 
matisation  pour  le  membre  inférieur,  dont  il  a  opéré  5  cas.  Ses 
23  autres  observations  ont  trait  aux  amputations  cinéplastiques 
du  membre  supérieur  et  surtout  aux  amputations  bilatérales  de 
l'avant-bras  ;  c’est  là  qu’il  a  obtenu  les  résultats  les  plus  remar¬ 
quables  que  ses  films  nous  ont  montrés.  C’est  également  dans  cette 
région  que  les  résultats  les  plus  intéressants  ont  été  obtenus  par 
tous  les  opérateurs. 

Pour  obtenir  la  force  d’exécution  du  moteur  la  plus  considé¬ 
rable,  M.  Arana  a  employé  le  bouton  et  l’anse;  comme  pour  tous 
les  auteurs,  le  bouton,  la  massue  si  vous  voulez,  n’a  donné  que  de 
médiocres  résultats;  c’est  à  l’anse  constituée  par  la  méthode  de 
Pelligrini  qu’il  a  surtout  recours.  Il  donne  à  cet  égard  le  sage 
conseil  de  se  servir  du  moteur  le  plus  approprié  de  l’avant-bras 
constitué  seulement  par  deux  muscles  ou  deux  tendons,  car  plus 


SÉANCE  DU  12  DÉCEMBRE 


1467 


le  moteur  est  petit  plus  on  l’engaine  facilement  dans  une  peau 
large  et  épaisse,  et  il  conseille  de  réséquer  au  niveau  de  l’os 
les  autres  muscles  qui  deviennent  inutiles.  Il  obtient  ainsi  après 
la  résection  des  masses  musculaires,  un  cylindre  de  peau  très 
suffisant.  Les  résultats  qu’il  a  obtenus  ont  été  vérifiés  au  moyen 
d’un  dynamomètre  à  bascule  qui  permet  de  se  rendre  compte 
de  la  puissance  exacte  dans  les  différentes  attitudes  du  moteur 
constitué. 

Le- progrès  capital  que  M.  Arana  a  fait  faire  à  la  cinématisalion 
de  ces  moignons  est  le  suivant  :  c’est  un  progrès  dans  la  prothèse, 
c’est-à-dire  dans  la  partie  la  moins  avancée  de  cette  question. 
Vous  savez,  en  effet,  que  toute  la  question  de  la  cinématisation  se 
joue  autour  de  ce  fait  qu’avec  une  amputation  simple  on  coupe 
les  os  plus  bas  et  qu’on  a,  par  conséquent,  un  bras  de  levier  plus 
long;  qu’avec  une  cinémation  on  est  obligé  de  couper  plus  haut 
et  d’avoir  un  bras  de  levier  plus  court.  Lorsque  même  ce  bras  de 
levier  atteint  10  à  12  centimètres  au  pli  du  coude,  il  est  presque 
inutilisable. 

M.  Arana  en  a  rappelé  de  ce  principe,  et  a  montré  avec  films  à 
l’appui  qu’on  peut,  avec  un  moignon  très  court  d’avant-bras, 
obtenir,  cependant,  des  mouvements  de  la  main  précis  et  très 
utilisables.  Voici  comment  : 

Après  avoir  cinématisé  un  moignon  d’avant-bras  d’environ 
12  centimètres  par  une  anse  formée  par  le  rond  pronateur  et  le 
supinateur,  si  on  applique  Un  appareil  classique  de  prothèse 
cinématique  les  doigts  de  l’appareil  peuvent  être  fléchis  et  tenir 
un  objet  quand  le  membre  est  en  extension,  mais,  en  flexion,  les 
doigts  ne  peuvent  plus  serrer  et  l’objet  tombe;  cela  tient  à  ce  que, 
dans  la  flexion,  le  moteur  d’avant-bras  se  rapproche  dés  doigts, 
et  que,  par  conséquent,  l’appareil  fléchisseur  des  doigts  n’est  plus 
en  tension,  et  devient  trop  long. 

Pour  obvier  à  cet  inconvénient,  M.  Arana  a  eu  l’idée  ingénieuse 
de  ne  pas  faire  concorder  le  centre  de  flexion  de  l’appareil  avec  le 
centre  de  flexion  du  coude;  le  centre  de  flexion  de  l'appareil  a  lieu 
au-dessus  du  pli  du  coude  et  par  la  flexion,  grâce  à  une  coulisse,  il 
glisse  en  arrière,  si  bien  que,  lorsque  le  moignon  fléchit  l’avant- 
bras  prothétique,  la  distance  entre  le  point  d’attache  de  l’appareil 
et  les  doigts  reste  toujours  la  même.  De  ce  fait,  la  puissance  du 
moteur  est  conservée  en  flexion,  puisque,  à  mesure  que  l’avant- 
bras  se  fléchit,  il  est  toujours  également  tendu,  même  peut-être 
plus  tendu  lorsque  le  bras  est  en  flexion  qu’en  extension. 

Ce  dispositif,  en  apparence  très  simple,  a  permis  à  l’auteur  de 
vous  montrer  ce  remarquable  film  dans  lequel  un  double  amputé 
de  l’avant-bras  peut  manger,  fumer,  prendre  un  objet  dans  sa 

BULL.  BT  «RM.  DE  LA  SOC.  DE  CHIR.,  1923.  108 


1468 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


.poche,  enlever  son  chapeau;  les  autres  opérés  de  M.  Arana  sont 
comme  tous  ceux  que  j’ai  vu,  capables,  ce  qui  est  extrêmement 
important,  d’exécuter  des  mouvements  de  faible  puissance,  mais 
incapables  de  porter  des  instruments  de  travail,  de  force.  Malgré 
cette  infériorité,  il  ést  certain  que  la  cinématisa lion  rend  de  très 
grands  services,  qu’il  faut  en  poursuivre  l’étude,  perfectionner  de 
plus  en  plus  les  appareils  prothétiques  pour  arriver  à  faire  rendre 
à  cette  méthode  tout  ce  qu’on  peut  en  attendre. 

Je  vous  propose  non  pàs  de  remercier  M.  Arana,  car  notre  Pré¬ 
sident  s’en  est  chargé  en  notre  nom,  lors  de  sa  communication, 
mais  je  vous  demande  de  vous  rappeler  son  nom  lors  de  l’élec¬ 
tion  très  prochaine  des  correspondants  étrangers  de  notre  Société. 


Présentation  d’instruments, 
par  M.  le  Dr  Gauthier  (de  Luxeuil). 

Rapport  de  M.  PAUL  MATHIEU. 

1°  Modification  au  tube  de  Mayo  pour  permettre  l’aspiration  des 
mucosités  : 

M.  Gauthier  (de  Luxeuil)  nous  a  présenté  une  petite  modifi¬ 
cation  qu’il  a  apportée  au  tube  de  Mayo  pour  permettre,  au  cours 
de  l’anesthésie,  d’aspirer  les  mucosités  qui  s’accumulent  dans  la 
gorge  sans  avoir  à  déplacer  le  tube. 

Cette  modification  est  constituée  par  un  tube  métallique  fixé  au 
milieu  de  l’appareil  de  Mayo  et  le  parcourant  d’un  bout  à  l’autre. 

Il  suffit  d’adapter  à  l’extrémité  extérieure  du  tube  le  tuyau  de 
l’aspirateur  pour  vider  en  quelques  secondes  les  mucosités  qui 
peuvent  s’étre  formées  dans  la  gorge  du  malade. 

Pour  que  le  chirurgien  se  servant  de  l’aspiration  ne  puisse  être 
gêné  par  l’usage  intermittent  que  l’anesthésiste  lui-même  en  peut 
faire,  M.  Gauthier  adapte  à  la  bouteille  de  l’aspirateur  une  tubu¬ 
lure  à  deux  directions  portant  deux  tuyaux  de  caoutchouc,  l’un 
pour  l’anesthésiste,  l’autre  pour  le  chirurgien. 

Il  croit  que  l’usage  de  ce  petit  dispositif  nous  permettra  d’éviter 
nombre  d’accidents  pulmonaires  consécutifs  aux  anesthésies  et 
dont  la  cause  peut  être  d’autant  plus  facilement  attribuée  à  la 
pénétration  des  mucosités  dans  l’arbre  pulmonaire  que  nous 


SÉANCE  DU  12  DÉCEMBRE 


1469 


voyons  ces  accidents  se  produire,  surtout  avec  les  méthodes 
d’anesthésie  qui  favorisent  le  plus  la  formation  des  mucosités. 

J’ai  expérimenté  le  dispositif  de  M.  Gauthier  dans  mon  service 
de  l’hôpital  Bretonneau,  et  il  m’a  paru  remplir  le  rôle  que  lui  des¬ 
tine  son  auteur,  au  moins  chez  les  enfants  qui  sécrètent  beaucoup 
de  mucosités  gênantes  au  cours  de  l’anesthésie  par  l’éther. 

Chez  l’adulte,  cet  inconvénient  des  mucosités  in’a  paru  bien 
atténué  depuis  que  je  fais  précéder  l’intervention  d’une  injection 
de  morphine  faite  une  heure  avant.  Le  tube  de  Mayo  modifié 
rend,  néanmoins,  les  mêmes  services  chez  l’adulte  que  chez 
l’enfant. 

2°  Ping e- gouge  à  ergots  : 

M.  Gauthier  vous  présente  une  pince-gouge  dont  les  manches 
ont  été  disposés  de  façon  que  les  doigts  du  chirurgien  puissent 
y  trouver  un  appui  ferme  et  solide,  soit  en  poussant  pour  aller 
à  la  recherche  d’une  prise,  soit  en  retirant  la  pince  après  l’avoir 
serrée .- 

Le  modèle  que  M.  Gauthier  nous  a  présenté  est  droit,  mais 
d’autres  pinces  sont  en  construction  avec  les  formes  diverses  de 
mors  que  nous  avons  l’habitude  d’employer. 

Je  vous  propose  de  remercier  M.  Gauthier  de  ses  présentations 
qui  s’ajoutent  aux  nombreuses  communications  qu’il  a  déjà  faites 
à  notre  Société. 


Question  à  l’ordre  du  jour. 

Ablation  du  cancer  du  rectum. 

M.  Okinczyc.  —  Quand  M.  Savariaud  est  venu  nous  apporter  sa 
communication  sur  l’ablalion  d’un  cancer  du  rectum  par  laparo¬ 
tomie  et  voie  ano-coccygienne  combinées,  avec  conservation  de 
l’appareil  sphinctérien,  il  ajoutait  un  fait  à  la  question  encore  si 
controversée  de  la  meilleure  voie  d’abord  de  ces  cancers.  Il  se 
réjouira  d’une  discussion  ainsi  amorcée  et  suivie  aussitôt  de  la 
réplique  si  pleine  d’expérience  de  mon  maître  M.  Cunéo,  qui  pré¬ 
fère  en  général  la  voie  abdomino-périnéale.  Avant  d’apporter  une 
contribution  personnelle  à  la  question,  en  exposant  mes  préfé¬ 
rences  et  leurs  raisons,  je  vous  demande  la  permission  de  com- 


1470 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


meneer  par  une  conclusion,  et  qui  est  celle  du  plus  récent  ouvrage 
paru  sur  le  traitement  chirurgical  du  cancer  du  reclum  :  celui  de 
MM.  Chalier  et  Mondor. 

«  Tous  les  chemins  seront  bons,  disent-ils;  le  meilleur  sera 
celui  qui  est  le  plus  familier;  mais  que  le  chirurgien  accepte,  au 
moins,  comme  principe  intransigeant,  de  ne  croire  avoir  enlevé 
un  cancer  du  rectum  que  lorsque,  pièce  en  mains,  il  peut  montrer 
la  tumeur  et,  au-dessus  d’elle,  dans  le  tissu  rétro-rectal,  le  hile  de 
l’organe  où  le  cancer  a  envoyé  déjà  sept  fois  sur  dix  sa  première 
métastase  ». 

Celte  conclusion  a  depuis  longtemps  orienté  sinon  arrêté  mon 
choix.  Seule  actuellement  la  voie  combinée  abdomino-périnéale 
donne  cette  certitude  rationnelle  d’extraire  le  mal  tout  entier. 

Sans  doute  l’opération  reste  grave;  elle  est  peut-être,  comme  le 
disait  Kôrte,  la  «  plus  difficile  des  opérations  ».  Mais  ce  n’est  pas 
là  une  objection  suffisante,  car,  comme  le  disent  aussi  Chalier  et 
Mondor,  «  il  n’y  a  qu’à  l’apprendre  ». 

Ce  choix  de  la  méthode  combinée  abdomino-périnéale  n’est  pas 
seulement  une  détermination  rationnelle,  il  est  aussi  le  résultat 
de  l’expérience  et  de  la  constatation  de  dispositions  patholo¬ 
giques  qui  sont  pour  la  voie  basse  des  contre-indications  for¬ 
melles. 

J’ai  l’habitude,  nous  dit  M.  Savariaud,  d’opérer  le  cancer  du 
rectum,  aussi  élevé  soit-il,  exclusivement  par  la  voie  basse.  Ces 
résultats  immédiats  et  éloignés  que  j’ai  obtenus  par  cette  voie  sont 
excellents,  ajoute-t-il. 

Je  ne  puis  m’empêcher  d’envier  et  d’admirer  sa  chance,  car  si 
la  voie  basse  peut  encore  se  défendre  pour  les  cancers  bas  situés 
du  rectum,  elle  expose  pour  ceux  de  la  jonction  recto-sigmoïde  à 
de  graves  mécomptes.  Je  me  demande  ce  qui  serait  advenu  de 
deux  de  mes  derniers  opérés  si  je  m’étais  borné  à  utiliser  la  voie 
périnéale.  Dans  un  cas  j’ai  trouvé  une  perforation  masquée  du 
cancer  par  l’adhérence  d’une  anse  intestinale  grêle;  j’ai  pu,  grâce 
à  la  laparotomie,  réséquer  l’anse  grêle  et  terminer  régulièrement 
l’exérèse  du  cancer  rectal.  Dans  un  autre  cas,  le  sommet  de  l’anse 
sigmoïde,  prolabée  dans  le  Douglas,  était  venu  adhérer  intime¬ 
ment  à  la  face  antérieure  d’un  cancer  recto-sigmoïde.  J'ai  pu, 
grâce  au  temps  abdominal  de  mon  intervention,  libérer  avec 
précaution  l’adhérence,  et  dans  la  crainte  d’un  envahissement 
secondaire  de  l’anse  pelvienne  du  côlon  enlever  avec  le  reclum 
la  totalité  du  côlon  pelvien. 

Me  voici  donc  absolument  d’accord  avec  mon  maître  M.  Cunéo, 
qui  commence  toujours  par  le  temps  abdominal  dans  les  cancers 
haut  situés  du  rectum.  C’est  l’évidence  !  Tout  cancer  recto-sigmoïde, 


SÉANCE  DU  12  DÉCEMBRE 


1471 


situé  au  seuil  du  péritoine,  ou  même  dans  la  cavité  péritonéale, 
peut  réagir  sur  les  organes  intra-péritonéaux,  et  le  temps  abdo¬ 
minal  est  indispensable  pour  l’exploration  et  la  libération  qui  pré¬ 
parent  le  temps  périnéal  et  en  assurent  l’innocuité. 

Pour  les  cancers  sous-péritonéaux,  je  donne  encore  la  préfé¬ 
rence  à,  la  technique  qui  consiste  à  commencer  par  le  temps 
abdominal,  mais  pour  d’autres  raisons.  J’estime,  en  effet,  que 
c’est  encore  le  meilleur  moyen  d’écarter  les  uretères  et  de  les 
mettre  définitivement  à  l’abri;  le  temps  périnéal  se  trouve  ainsi 
écourté  et  surtout  assuré  contre  une  élongation  toujours  possible 
quoique  ignorée,  ou  contre  une  blessure  de  cet  organe,  plus  grave 
encore. 

M.  Cunéo  a  fait  à  l’emploi  systématique  de  la  voie  abdominale 
première  quelques  objections,  dont  la  principale  est  la  difficulté 
.du  refoulement  dans  l’excavation  pelvienne  du  segment  colique 
condamné  à  suivre  le  sort  du  rectum'  :  la  péritonisation  s’en  trou¬ 
verait  gênée  et  parfois  même  rendue  impossible.  Cela  n’est  pas 
contestable,  mais  on  peut  tourner  la  difficulté,  et  c’est  ici  que  l’em¬ 
ploi  du  petit  écraseur  (je  dis  bien  :  «  du  petit  »)  de  Lardennois  ou 
de  celui  de  de  Martel  rend  d’incomparables  services.  Je  crois  bien 
avoir  été  un  des  premiers  à  snhst.itnnr  dans  rahrlnminn-périnpfllp. 
l’emploi  de  ce  petit  écraseur  k  la  ligature  eLê  Lçn  capuchon  nement, 
du  bout  îtrfestinal  sectionné.  La  section  intestinale  gagne  en  rapi¬ 
dité,  en  sécurité,  et  l’abandon  momentané  au  temps  abdominal  de 
ce  petit  écraseur  dans  l’excavation  pelvienne  constitue  vraiment 
■  une  simplification  élégante  du  traitement  du  bout  intestinal 
sectionné.  C’est  même  tellement  simple,  que  je  n’ai  pas  hésité  à 
recouper  l’intestin  avec  cet  écraseur  le  plus  bas  possible  vers  le 
rectum  pour  réduire  au  maximum  la  masse  de  l’intestin  à  refouler 
sous  le  péritoine. 

Tout  se  passe  ainsi  sans  manœuvre  dangereuse,  et  sans  voir  un 
seul  instant  la  lumière  de  l’intestin.  Le  bout  supérieur  colique, 
lui-même  muni  de  l’autre  pièce  de  l’écraseur,  peut  être  enfilé  sans 
difficulté  dans  une  boutonnière  de  la  paroi  au  point  le  plus  conve¬ 
nable,  et  retiré  seulement  au  bout  de  vingt-quatre  heures. 

Je  ne  veux  cependant  pas  oublier  c^ue  M.  Savariaud  nous  a  pré¬ 
senté  sa  pièce  opératoire,  surtout  pour  nous  vanter  les  avantages 
de  la  conservation  de  l’appareil  sphinctérien.  J’ai  tenté  aussi 
cette  conservation  qui  m’a  donné  un  très  beau  résultat  anatomique 
et  fonctionnel.  Cependant  je  n’y  aurai  recours  qu’exceptionnelle- 
ment,  car  l’opération  est  plus  grave.  L’abaissement  n’est  pas  tou¬ 
jours  aisé,  sans  risque  pour  la  vitalité  de  l’intestin  et  pour  la  sécu¬ 
rité  du  tissu  cellulaire  pelvien  si  vulnérable. 

Car  c’est  encore  un  point,  je  m’en  excuse,  où  je  m’éloigne  de 


1472 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


M.  Savariaud,  qui  se  féliViip  H'^vnir  -rnlhé  unn  vrritnhlr  opéra¬ 
tion  extra-péritonéale.  Dans  une  exérèse  du  rectum,  jo  redoute 
moins  la  vulnérabilité  du  péritoine  que  celle  du  tissu  cellulaire 
pelvien.  Dans  les  morts  opératoires,  la  péritonite  est  l’exception, 
la  cellulite  est  la  règle,  car  le  péritoine  se  défend  autant  que  le 
tissu  cellulaire  réagit  mal  à  l’infection.  S’il  m’arrive  par  accident 
d’ouvrir  la  cavité  intestinale  au  contact  du  péritoine,  je  reste 
inquiet  ;  mais  si  pareille  faute  survient  pendant  le  temps  périnéal, 
en  plein  tissu  cellulaire,  je  suis  désespéré. 

J’ai  essayé  de  lutter  contre  la  cellulite,  préventivement,  par  les 
injections  de  sérums  polyvalents,  et  j’ai  l’impression  depuis  leur 
emploi  que  mes  résultats  se  sont  améliorés;  j’attendrai  cependant, 
pour  l’affirmer,  des  faits  plus  nombreux. 

Je  suis  tout  à  fait  d’accord  avec  M.  Savariaud  pour  donner  dans 
ces  opérations  longues  et  traumatisantes  la  préférence  à  la  rachi¬ 
anesthésie  sur  tous  les  autres  modes  d’anesthésie. 

J’y  trouve  de  multiples  avantages  :  un  silence  abdominal 
'absolu,  et,  ce  qui  n’est  pas  moins  important,  un  blocage  du  sys¬ 
tème  nerveux  pelvien,  qui  permet  la  libération  du  rectum  sans  la 
mise  en  jeu  des  réflexes  pelviens,  si  dangereux  qu’ils  peuvent 
compter  parmi  les  principaux  facteurs  de  la  gravité  de  ces  inter^ 
ventions.  Or  l’anesthésie  générale  ne  supprimeras  ces  réflexes; 
seule,  l’anesthésie  rachidienne  nous  permet  d’obtenir  ce  résultat; 
je  n’en  veux  pour  preuve  que  la  suppression  du  cri  du  Douglas,  que 
je  n’ai  jamais  entendu  au  cours  de  mes  anesthésies  rachidiennes, 
n’en  déplaise  à  mon  ami  Anselme  Schwartz  qui  a  fait  allusion 
à  sa  persistance  dans  une  récente  communication.  Je  ne  sais  pas  en 
effet  si  le  cri  du  Douglas  est  d’origine  sympathique,  mais  ce  que 
je  puis  affirmer,  c’est  que  l’anesthésie  rachidienne  le  supprime,  et 
j’en  conclus  seulement  à  une  anesthésie  plus  absolue  du  système 
.  nerveux  pelvien. 

Si  la  rachianesthésie  supprime  des  réflexes  dangereux  au 
cours  des  manœuvres  dans  le  tissu  cellulaire  pelvien,  elle  ne 
met  malheureusement  pas  à  l’abri  des  lésions  durables  du 
système  nerveux  qui  s’y  trouve.  C’est  ainsi  que  la  vessie  peut  se 
trouver  énervée  et  des  accidents  secondaires  de  rétention  en  être 
la  conséquence.  Je  n’accusé  pas  de  ces  accidents  la  rachianes¬ 
thésie,  parce  que  j’ai  constaté  la  rétention  prolongée  d’urine  dans 
des  cas  où  j’avais  employé  l’anesthésie  générale.  Il  s’agit  donc 
bien  d’une  action  directe  du  traumatisme  chirurgical  sur  le 
système  nerveux  vésical,  au  cours  d’une  libération  difficile.  Les 
conséquences  en  peuvent  être  graves  :  le  cathétérisme  prolongé 
a  entraîné  chez  un  de  mes  malades  une  infection  ascendante, 
avec  abcès  miliaires  des  deux  reins,  confirmée  malheureusement 


SÉANCE  DU  12  DÉCEMBRE 


1473 


par  l’autopsie.  La  mort  était  survenue  alors  que  la  cicatrisation 
opératoire  était  presque  complète. 

I  Sans  doute  l’amputation  abdomino-périnéale  est  une  opération 
/délicate,  difficile,  et  tous  les  points  de  détail  auxquels  je  viens  de 
faire  allusion  suffiraient  à  nous  en  convaincre,  s’il  en  était  besoin. 
Mais  tous  ces  écueils  sont  évitables,  à  la  condition  de  les  con¬ 
naître  et  de  s’imposer,  au  cours  de  l’opération,  une  discipline 
rigoureuse.  «  Cette  chirurgie,  disent  Chalier  et  Mondor,  ne 
supporte  pas  la  moindre  faute,  sinon  c’est  la  cellulite  pelvienne, 
la  péritonite,  l’occlusion  dans  une  brèche  de  la  péritonisation 
désunie,  le  collapsus  par  saignement  en  nappe.  » 

La  dure  expérience  aussi  nous  instruit  :  petit  à  petit  l’exécution 
se  simplifie  et  la  gravité  diminue. 

C’est  ainsi  que  nous  sommes  arrivé  à  restreindre  sinon  à 
supprimer  le  choc  opératoire  par  l’emploi  de  la  rachianesthésie, 
qui  constitue,  on  en  conviendra,  une  imprégnation  toxique 
moindre  qu’une  anesthésie  générale  qui  peut  durer  une  heure  un 
quart  ou  une  heure  et  demie.  La  rachianesthésie  a  encore  le 
précieux  avantage,  nous  l’avons  dit,  de  bloquer  le  système  ner¬ 
veux  pelvien. 

Voici  pour  les  risques  immédiats. 

Pour  les  risques  secondaires,  dominés  par  le  danger  de  la 
cellulite  pelvienne,  nous  sommes  arrivé  à  celte  notion  que 
l’abaissement  systématique  de  l’intestin  au  périnée  était  une 
erreur  payée  trop  souvent  du  sphacèle  de  l’intestin  avec  ses 
conséquences,  pas  même  compensée  par  une  fonction  meilleure 
que  celle  d’un  anus  iliaque  à  mon  avis  bien  supérieur.  C’est 
d’ailleurs  une  sécurité  de  plus  que  d’épargner  au  tissu  cellulaire 
pelvien  tout  contact  avec  le  contenu  intestinal,  dans  les  premiers 
jours  surtout  qui  Suivent  l’opération. 

C’est  encore  une  simplification  de  terminer  d’emblée  le  temps 
abdominal  par  une  péritonisation  complète  et  l’établissement 
d’un  anus  iliaque  définitif.  C’est  gagner  du  temps  et  faciliter  le 
refoulement  et  la  péritonisation  que  d’utiliser  le  petit  écraseur 
intestinal. 

Voilà  pour  les  risques  secondaires. 

Enfin,  pour  les  suites  éloignées,  nous  sommes  en  droit 
d’escompter  des  guérisons  durables  et  même  définitives;  les 
résultats  déjà  obtenus  justifient  cet  espoir.  Mais  je  trouve  des 
arguments,  même  dans  des  cas  moins  bons,  comme  celui  de  ce 
malade  opéré  par  moi,  il  y  a  trois  ans, -et  qui  est  venu  mourir 
ces  jours-ci  dans  un  service  de  médecine  avec  des  métastases 
pulmonaires  et  cérébrales  contrôlées  à  l’autopsie,  mais  sans 
aucune  trace  de  récidive  locale,  sans  même  une  métastase  gan- 


1474 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


glionnaireou  abdominale,  décelable  du  moins  macroscopiquement. 

Que  prouve  en  effet  une  telle  observation,  sinon  que  l’opération 
tentée  avait  été  suffisante  pour  assurer  la  guérison,  encore  que 
réalisée  trop  tard,  puisqu’elle  n’avait  pu,  prévenir  le  moment  où 
le  cancer  avait  déjà  essaimé  à  distance. 

Ma  conclusion,  comme  un  modeste  écho  du  fameux  «  üelenda 
Carihago  »,  sera  encore  :  Pour  vaincre  le  . cancer  du  rectum,  il 
nous  faut  une  opération  précoce;  pour  une  opération  précoce,  il 
nous  faut  un  diagnostic  précoce.  Dans  une  certaine  mesure,  cette 
condition  est  entre  nos  mains. 

M.  Hartmann.  —  La  question  de  l’ablation  des  cancers  du 
rectum  se  trouvant  portée  à  l’ordre  du  jour  de  notre  Société  par 
les  communications  de  nos  collègues  Savariaud  et  Cunéo,  je 
voudrais  vous  dire  quelques  mots  d’un  procédé  applicable  à  l’abla¬ 
tion  des  cancers  recto-sigmoïdiens  et  même  à  celle  des  cancers 
plus  bas  situés,  occupant  la  partie  supérieure  de  l'ampoule.  Je  l'ai 
brièvement  exposé  au  Congrès  français  de  Chirurgie  (1),  en  1921 , 
mais  n’en  ai  jamais  parlé  dans  cette  enceinte.  Ce  procédé  nous 
ayant  paru  très  simple  dans  son  exécution,  parfait  dans  ses  suites, 
nous  vous  demandons  la  permission  de  vous  l’exposer. 

Il  consiste  dans  Y ablation  par  voie  abdominale  de  la  partie  supé¬ 
rieure  du  rectum  et  de  la  totalité  de  l’anse  oméga  avec  son  méso, 
terminant  l'opération  par  la  fermeture  en  cul-de-sac  du  bout  ano- 
reclal  et  par  une  colostomie  terminale. 

Le  malade  étant  placé  en  position  élevée  du  bassin,  le  chirur¬ 
gien,  à  droite  de  lui,  incise  la  paroi  suivant  une  arâTorm^ 
qui  commence  dans  la  fosse  iliaque  gauche,  traverse  la  ligne 
médiane  un  peu  au-dessus  du  pubis  et  empiète  plus  ou  moins  sur 
la  partie  droite  de  l’abdomen,  ménageant  toutefois,  le  plus  sou¬ 
vent,  les  vaisseaux  épigastriques  de  ce  côté. 

L'abdomen  ainsi  ouvert,  on  a  un  jour  excellent  sur  toute  l’exca¬ 
vation  pelvienne.  Les  feuillets  péritonéaux  du  méso  sont  délicate¬ 
ment  incisés  sur  ses  faces  droite  et  gauche,  un  peu  en  avant  de 
leur  réflexion  sur  la  paroi  pelvienne.  On  incise  le  péritoine  au 
fond  du  cul-de-sac  de  Douglas  et  l’on  amorce  un  décollement  de 
la  partie  supérieure  du  rectum  en  avant.  Puis,  en  arrière,  la 
masse  cellulo-graisseuse  présacrée  est  décollée  de  l’os  avec  les 
vaisseaux  sanguins  et  lymphatiques  qu’elle  contient.  On  coupe 
entre  une  ligature  et  uné  {iince  la  partie  terminale  de  la  mésenté- 

(1)  Nouveau  procédé  d’ablation  des  cancers  de  la  partie  terminale  du 
côlon  pelvien.  XXX“  Congrès  français  de  chirurgie ,  Strasbourg,  1921,  p.  411. 


SÉANCE  DU  12  DÉCEMBRE 


1475 


rique  inférieure  et  les  artères  coliques  jusqu’au  contact  du  côlon 
iliaque. 

Lorsque  toute  l’anse  oméga  et  la  partie  supérieure  du  rectum 
sont  ainsi  libérées,  que  l’intestin  ne  tient  plus  que  par  ses  deux 
bouts,  avec  une  pince  écrasante  de  de  Martel  engagée  oblique¬ 
ment  dans  l’excavation,  on  écrase,  au-dessous  du  néoplasme,  le 
rectum.  C’est  facile;  le  rectum,  libéré  de'  ses  connexions  posté¬ 
rieures,  se  laisse  en  effet  attirer  en  haut  beaucoup  plus  qu’on  ne 
le  supposerait  a  priori.  On  ferme  par  un  surjet  à  la  soie  la  partie 
écrasée,  puis,  ayant  maintenu  très  en  l’air  le  rectum  avec  deux 
petites  pinces  de  Chaput  à  dents  de  souris,  on  enfouit  le  moignon 
écrasé  sous  une  suture  séro-séreuse.  Cette  suture  d’enfouissement 
est  continuée  en  arrière  et  en  haut  par  l’affrontement  des  bords 
de  la  section  du  méso;  on  continue  cette  péri  Ionisation  jusque 
dans  la  fosse  iliaque  gauche  et  l’on  termine  par  la  fixation  du 
côlon  iliaque  dans  l'angle  gauche  dfl  rin|,ijin"  abdominale. 

La  plaie  abdominale  est  refermée  en  totalité  par  une  suture  à 
deux  plans  ou  une  suture  à  trois  plans.  Dans  les  cas  où  nous  avons 
fait  une  suture  à  trois  plans,  nous  avons  placé  un  drain  entre  le 
plan  musculo-aponévrotique  et  le  péritoine;  ce  drain  sort  par 
l’angle  droit  de  la  plaie.  Le  côlon,  fixé  dans  son  angle  gauche,  est 
lié,  puis  sectionné  au  thermo  à  2  centimètres  environ  au-dessus 
de  la  peau. 

Le  drain  est  retiré  au  bout  de  vingt-quatre  heures,  la  ligature  du 
bout  colique  enlevée  au  bout  de  quarante-huit  heures,  le  malade 
commençant  généralement  à  être  gêné  à  ce  moment  par  la  réten¬ 
tion  des  gaz  intestinaux. 

Dans  mes  deux  premiers  cas  communiqués  au  Congrès  de  1921, 
les  suites  opératoires  ont  été  des  plus  simples.  Il  n’y  a  pas  eu  le 
moindre  choc,  pas  la  moindre  élévation  de  température,  tout  s’est 
passé  comme  après  une  opération  d’appendicite  à  froid.  Je  me 
demandais,  toutefois,  ce  qui  résulterait  de  la  persistance  du  petit 
cul-de-sac  rectal  sus-jacent  au  sphincter. 

Il  n’en  est  résulté  aucun  inconvénient.  Ma  première  opérée  fait 
tous  les  quinze  à  vingt  jours  un  lavage  de  ce  bout  rectal,  ramène 
quelques  petites  saletés,  comme  elle  dit,  et  n’est  nullement  gênée. 
Chez  le  second,  neuf  mois  après  l’opération,  j’ai  constaté  au  tou¬ 
cher  la  présence  d’une  petite  masse  de  consistance  pâteuse, 
onctueuse  au  toucher,  que  j’ai  ramenée  avec  le  doigt  et  qui  était 
constituée  par  un  amas  de  mucus.  Depuis  ce  moment  il  fait  des 
lavages  et  rien  ne  s’est  reproduit.  Après  trois  ans  écoulés,  mes 
deux  opérés  vont  très  bien.  '  __ 

Aussi  cette  année  me  suis-je  décidé  à  traiter  deux  autres 


1476 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


malades  de  la  même  manière.  Chez  un  de  ceux-ci  le  cancer  était 
assez  bas  pour  que  le  doigt,  introduit  par  l’anus,  pût  s’engager  à 
travers  le  rétrécissement  néoplasique.  Je  pus  néanmoins,  après 
avoir  libéré  la  face  postérieure  du  rectum,  attirer  en  haut  l’intestin 
suffisamment  pour  placer  un  peu  au-dessous  du  néoplasme  l’écra- 
seur.  Dans  ce  dernier  cas  il  fut  impossible  de  péritoniser  le  pelvis 
au  contact  de  la  suture,  le  bout  rectal  conservé  ayant,  dès  l’écra- 
seur  enlevé,  filé  profondément,  au  voisinage  de  l’anus.  J’ai  alors, 
avant  de  suturer  le  péritoine  pelvien,  tamponné  le  foyer  opéra¬ 
toire  avec  une  compresse  de  gaze  stérile,  L’opération  terminée  j’ai, 
par  une  incision  latéro-anale,  ouvert  la  fosse  ischio-rectale,  ai 
pénétré  jusqu’à  la  compresse  de  gaze,  l’ai  enlevée  et  remplacée 
par  un  drain.  Celui-ci  a  donné  pendant  trois  jours  un  écoulement 
séro-sanguinolent,  puis  a  été  supprimé.  Les  suites  opératoires  ont 
été  dans  ce  quatrième  cas  aussi  simples  que  dans  les  trois  autres. 

Ces  4  cas  de  cancers  (3  chez  l’homme,  1  chez  la  femme),  tous 
4  enlevés  exclj^ùwjft^al^Mitllabdomen,  ont  tous  4  guéris  sans  le 
moindre  incident.  4  cas,  c’est  évidemment  peu  ;  mais  à  mes 
quatre  observations  je  puis  déjà  en  ajouter  d’autres  que  m’a 
aimablement  communiquées  M.  Pauchet. 

Il  y  a  eu  recours  dans  6  cas. 

4  fois  il  a  attiré  le  rectum  en  haut  avec  deux  pinces  coudées  à 
colpo-hystérectomie,  coupé  l’intestin  entre  les  deux,  puis  fermé  le 
bout  ano-rectal  par  une  suture  à  deux  plans.  Le  premier  est  appli¬ 
qué  facilement,  la  pince  permettant  de  maintenir  attiré  en  haut 
le  bout  rectal.  Pour  faire  la  suture  séro-séreuse,  Pauchet  com¬ 
mence  par  passer  deux  points  aux  deux  extrémités  du  moignon. 
Ces  deux  points  coupés  longs  permettent  à  un  aide  de  maintenir 
attiré  en  haut  le  bout  rectal  et  défaire  la  suture  séro-séreuse.  Dans 
un  cas  où  la  suture  lui  paraissait  imparfaite,  il  l’a  consolidée  avec 
une  épiplooplastie. 

2  fois  (1  fois  chez  un  malade  obèse,  1  fois  chez  un  malade  dont 
la  vessie  était  envahie),  il  s’est  contenté  de  désinfecter  le  bout  ano- 
rectal  avec  de  l’éther  et  de  l’iode,  puis  l’a  bourré,  comme  un  vagin, 
avec  un  tube  et  des  mèches  imprégnées  de  pommade  au  col- 
largol  (1). 

Ses6  malades  ont  guéri  opéraloirement;  1  est  mortsix  semaines 
après  d’une  artérite  oblitérante  de  la  fémorale  survenue  après  la 
troisième  semaine,  1  est  mort  au  bout  de  trois  ans  de  cancer  du 
foie  sans  récidive  locale,  1  est  mort  au  bout  de  quatre  ans  d’une 
maladie  aiguë  intercurrente,  3  sont  bien  portants. 

(1)  Voir  les  figures  216  à  219  de  Pauchet,  La  pratique  chirurgicale  illustrée, 
5e  fascicule,  Paris  1924. 


SÉANCE  DU  12  DÉCEMBRE 


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Voilà  donc  un  ensemble  de  10  cas  de  cancers  recto-sigmoïdiens 
ou  rectaux  supérieurs,  opérés  exclusivement  par  l’abdomen,  qui 
ont  donné  9  guérisons  et  1  mort,  cette  seule  mort  étant  survenue 
après  six  semaines  à  la  suite  d’une  artérite  oblitérante  apparue  au 
vingt-deuxième  jour  et  probablement  indépendante  de  l’opération 
dont  les  suites  immédiates  avaient  été  très  simples.  Quand  on 
compare  ces  résultats  à  ceux  que  donne  l’amputation  abdomino- 
périnéale,  ou  encore  à  l’invagination  du  bout  supérieur  dans  le 
canal  ano-rectal,  on  ne  peut  pas  ne  pas  être  frappé  de  la  différence 
dans  les  résultats.  L'opération  que  nous  préconisons  est  d'une  béni¬ 
gnité  dont  aucune  autre  n' approche. 

Au  point  de  vue  éloigné  les  résultats  semblent  de  même  excel¬ 
lents.  Nous  avons  revu  cette  semaine  nos  deux  premiers  malades, 
dont  l’opération  remonte  à  plus  de  trois  ans.  tous  deux  sont  dans 
un  état  de  santé  parfait  et  n’ont  pas  trace  de  récidive.  Le  seul 
inconvénient  est  l’infirmité  résultant  de  la  présence  d’une  colos¬ 
tomie  définitive.! 

Cet  inconvénient  n’est  toutefois  pas  aussi  grand  qu’on  le 'dit. 
Nos  malades  ne  portent  pas  d’appareil,  ils  vident  leur  intestin  le 
matin  et  protègent  simplement  l’anus  artificiel  par  une  feuille 
d’ouate  que  maintient  un  bandage  de  corps.  Aussi  préfèrent-ils 
rester  comme  ils  sont  plutôt  que  de  s’exposer  aux  risques  d’une 
nouvelle  opération.  Nous  devons  évidemment  chercher  autant  que 
possible  la  conservation  des  fonctions,  mais  il  ne  faut  pas  que  ce 
soit  aux  dépens  du  fonctionnaire. 

En  présence  des  résultats  obtenus  nous  sommes  décidé  à  persé¬ 
vérer  dans  la  voie  où  nous  nous  sommes  engagé. 

M.  J.-L.  Faure.  —  Messieurs,  j’ai  fait,  depuis  un  an,  deux 
opérations  analogues  à  celles  dont  vient  de  parler  Hartmann,  et 
je  m’associe  à  lui  pour  constater  leur  bénignité  relative. 

Dans  les  deux  cas,  il  s’agissait  de  malades  présentant  un  cancer 
situé  presque  au  fond  du  Douglas,  dans  la  région  recto-sigmoï-* 
dienne,  et  dans  lesquels  il  était  impossible  de  faire  une  extirpa¬ 
tion  abdominale  avec  suture  bout  à  bout  des  deux  extrémités  de 
l’intestin. 

Dans  ces  conditions,  j’ai  employé  un  procédé  plus  simple  encore 
que  celui  d’Hartmann.  J’ai  placé  sur  l’intestin,  au-dessous  de 
la  tumesur,  une  forte  pince,  une  de  celles  dont  je  me  sers  pour 
pincer  les  ligaments  larges  dans  l’hystérectomie.  J’ai  ainsi  écrasé 
l’intestin  et  les  vaisseaux  en  laissant  la  pince  en  place.  J’ai  enlevé 
la  tumeur  en  établissant  une  colostomie.  Je  me  suis  alors  borné 
à  placer  un  Mikulicz  au  contact  de  la  pince,  sans  aucune  péri¬ 
tonisation.  J’ài  enlevé  la  pince  vers  le  dixième  jour,  en  même 


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SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


temps  que  le  sac  du  Mikulicz,  et  les  deux  malades  ont  parfaite¬ 
ment  guéri.  Ils  viennent  s’ajouter  aux  dix  cas  dons  nous  a  parlé 
Hartmann  et  constituent  ainsi  une  série  intéressante  au  point  de 
vue  de  la  bénignité  relative  de  cette  opération. 

M.  Cunéo.  —  Je  suis  surpris  que  la  manœuvre  du  décollement 
postérieur  décrite  par  M.  Haflmann  lui  permette  si  facilement 
l’élévation  des  cancers  siégeant  à  l’union  de  la  portion  péritonéale 
et  de  la  portion  sous-péritonéale  du  rectum.  Il  ne  peut  s’agir  que 
de  cancers  au  début,  ne  présentant  aucune  adhérence  antérieure 
ou  latérale  avec  les  organes  voisins. 

M.  G.  Lardennois.  —  Je  voudrais  signaler  la  possibilité  d’un 
accident  grave  à  la  suite  de  l’ablation  du  cancer  recto-sigmoïdien 
par  voie  abdominale  :  j’ai  vu  un  cas  de  mort  par  sphacèle  de  la 
partie  haute  du  segment  rectal  laissé  en  placé.  S’il  est  trop  long, 
sa  nutrition  peut  être  mal  assurée  après  la  ligature  de  l’hémor- 
roïdale  supérieure.  Il  y  a  donc  intérêt  à  placer  aussi  bas  que 
possible  la  section  du  rectum  lorsqu’on  pratique  son  ablation 
par  voie  abdominale. 

M.  A.  Lai'ointe.  — *Je  trouve,  en  légère  opposition  avec  Cunéo, 
que  la  technique  décrite  par  M.  Hartmann  est  fort  intéressante, 
et  je  l’ai  employée,  il  y  a  deux  ans,  dans  des  conditions  identiques 
à  celles  qu’il  a  précisées  :  cancer  recto-sigmoïde  à  cheval  sur  le 
cul-de-sac  péritonéal.  Je  l’ai  employée  parce  que  je  me  doutais 
bien,  d’avance,  qu’avec  elle  je  procurerais  à  mon  opéré  des  chances 
de  guérison  incomparablement  plus-  grandes  qu’en  lui  infligeant 
le  grand  jeu  opératoire  :  l’évidement  abdomino-périnéal  du  petit 
bassin. 

L’opération  a  été  menée  exactement  comme  vient  de  le  dire 
M.  Hartmann  :  la  fermeture  du  bout  rectal  abandonnée  au  fond 
du  pelvis  et  la  péritonisation  complète  se  sont  faites  sans  aucune 
difficulté,  et  le  résultat  a  été  celui  que  je  désirais.  Mon  opéré 
.  —  il  s’agissait  d’un  homme  de  soixante-trois  ans  —  a  guéri  le 
plus  simplement  du  monde. 

Malheureusement,  il  n’a  eu  que  dix-huit  mois  de  survie;  il  est 
rentré  dans  mon  service  en  état  d’occlusion  complète,  dont  je  ne 
soupçonnais  d’ailleurs  pas  la  cause.  Je  le  réopérai,  et  je  trouvai, 
à  ma  grande  surprise,  un  cancer  sur  la  fin  de  l’iléon.  Je  me  bor¬ 
nai  à  une  entérostomie,  et  le  malade  est  mort. 

Convient-il  d’attribuer  à  une  exérèse  insuffisante  du  cancer 
primitif  la  suite  de  l’histoire  de  mon  malade?  C’est  peu  probable. 

En  tout  cas,  j’ai  trouvé  que  la  technique  dont  il  est  question 


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avait  sa  place  dans  la  série  des  procédés  opératoires,  et  je 
l’emploierai  encore  à  l’occasion. 

M.  Hartmann.  —  J’ai  été  très  heureux  de  voir  mes  collègues 
J.-L.  Faure  et  Lapointe  apporter  à  l’appui  du  procédé  que  je 
viens  de  défendre  devant  vous  des  observations  personnelles  qui 
toutes  étaient  des  succès.  Car  je  ne  crois  pas  que  la  mort,  après 
un  an  écoulé,  de  la  malade  opérée  par  Lapointe  puisse  être  mise  à 
la  charge  de  l’opération.  MM.  Cunéo  et  Lardennois  m’ont  fait  tous 
deux  des  objections,  mais  ces  objections  sont  inverses.  M.  Cunéo 
me  dit  :  «  Vous  ne  pouvez  pas  enlever  une  partie  du  rectum  par 
l’abdomen  »  ;  M.  Lardennois  me  dit  :  «  Vous  devez  enlever  presque 
tout  le  rectum,  sans  quoi  vous  auriez  dé  la  gangrène  du  bout 
inférieur,  qui  n’est  nourri  que  par  l’hémorroïdale  supérieure  ». 
Je  pourrais  les  renvoyer  l’un  à  l’autre.  Je  préfère  me  tenir  sur  1q 
terrain  des  faits;  ils  sont  là.  Dans  un  cas,  le  doigt  ano-rectal 
s’engageait  dans  le  défilé  cancéreux;  on  peut  donc  dire  qu’il  était 
assez  bas.  Les  suites  opératoires  ont  été  des  plus  simples  dans 
tous  les  cas,  et  sont  bien  loin  de  rappeler  ce  qu’on  observe  dans 
l’ablation  abdomino-périnéale  qui,  entre  mes  mains  tout  au  moins, 
donne  plus  de  40  p.  100  de  mortalité.  J’ai  craint,  qn  peu  les  réci¬ 
dives;  Handley  nous  dit  qu’il  n’y  a  pas  à  envisager  simplement, 
dans  les  propagations  lymphatiques,  le  processus  embolique,  mais 
aussi  la  pénétration  des  cellules  cancéreuses  dans  les  lympha¬ 
tiques  en  sens  inverse  du  courant.  Aussi  ai-je  attendu  pour  voir  ce 
que  deviendraient  mes  premiers  opérés.  Après  plus  de  trois  ans 
écoulés,  les  deux  premiers  n’ont  pas  de  récidive.  J’ai  donc  recom¬ 
mencé  à  pratiquer  cette  opération,  et  je  continuerai. 

M.  Cunéo.  —  Je  ne  suis  nullement  en  opposition  avec  M.  Lar¬ 
dennois.  Je  persiste  à  penser  qu’aucune  assimilation  n’est  possible 
entre  l’extirpation  d’un  cancer  ampullaire  même  haut  situé  et  celle 
d’un  cancer  du  col  utérin.  L’ablation  d’un  cancer  du  haut  rectum 
par  la  voie  abdominale  seule  n’est  pas  une  chose  nouvelle.  Mais 
elle  ne  s’applique  qu’à  des  cas  très  particuliers.  On  ne  compren¬ 
drait  pas  pourquoi  tant  de  chirurgiens  non  seulement  français 
mais  étrangers  aient  employé  la  voie  combinée  abdomino-péri¬ 
néale  et  aient  essayé  d’en  perfectionner  la  technique  si  ce  mode 
d’exérèse  était  inutile  et  n’avait  d’autre  résultat  que  d’innover 
une  intervention  dont  personne  ne  songe  à  nier  la  gravité. 


1480 


SOCIÉTÉ  DE  CUIRURGIE 


Communications. 

Diverticulite  sigmoïdale, 
par  JH.  H.  GAUDIER  (de  Lille),  correspondant  national. 

Il  s’agit  d’une  femme  de  quarante  ans  qui  entre  dans  mon 
service  de  l’hôpital  de  la  Charité  pour  des  douleurs  dans  le  flanc 
gauche  survenues  pour  la  première  fois  quinze  jours  avant  son 
entrée,  vers  le  2  novembre  ;  cette  crise  a  duré  près  de  quatre  jours, 
avec  des  alternatives  de  rémission  et  d’exacerbation,  localisée 
profondément  dans  le-flanc  gauche  et  s’accompagnant  de  défense 
de  la  paroi 4  ce  niveau;  la  malade  eut  des  nausées,  mais  pas  de 
vomissements;  elle  qui  n’avait  jamais  été  constipée  le  fut  pendant 
ces  quatre  jours,  rendant  seulement  des  gaz  dont  l’émission  sou¬ 
lageait  les  douleurs;  étant  soignée  chez  elle,  la  température  ne  fut 
pas  prise;  les  urines  étaient  rares  et  colorées.  Dès  que  la  crise  est 
calmée  elle  entre  à  l’hôpital,  ne  souffrant  plus  que  d’une  sensa¬ 
tion  de  contusion  profonde;  mais  elle  peut  marcher  et  s’alimente 
normalement.  A  la  consultation  elle  est  vue  avant  son  entrée  par 
Vanverts  qui  trouve  dans  le  cul-de-sac  de  Douglas,  empiétant  sur 
le  cul-de-sac  latéral  gauche,  une  masse  haute,  à  contours  mal 
définis,  paraissant  adhérer  à  l’utérus,  douloureuse,  et  ne  pouvant 
être  perçue  par  le  ventre,  car  la  femme  est  obèse,  avec  une  paroi 
graisseuse  considérable  qui  empêche  toute  palpation;  on  ne  peut 
constater  qu’une  chose,  à  savoir  qu’il  n’y  a  de  défense,  et  encoïe 
peu  accusée,  qu’en  enfonçant  profondément  la  main  dans  le  flanc 
gauche;  l’utérus  est  mobile;  rien  dans  le  cul-de-sac  latéral  droit; 
pas  de  troubles  vésicaux;  la  malade  n’est  pas  constipée.  Vanverts 
pense  à  une  grossesse  extra-utérine,  mais  ce  n’est  qu’une  hypo¬ 
thèse,  la  femme  ayant  eu  ses  règles  vingt-cinq  jours  auparavant. 
Elle  les  a  le  lendemain  de  son  entrée,  normales,  sans  douleurs; 
elle  n’a  pas  d’ailleurs  de  passé  génital,  ses  grossesses  ont  été 
normales,  sans  suites  de  couches  ;  e’est  une  grosse  femme,  adipeuse 
copieusement,  et  qui  n’a  jamais  présenté  de  maladie  importante. 

L’examen,  après  les  règles,  montre  les  mêmes  symptômes  que 
ceux  constatés  par  Vanverts  :  masse  mollasse  paraissant  adhérer 
à  l’utérus  dans  le  Douglas  remonté,  mais  peu  douloureuse;  pas  de 
vaginite,  pas  de  métrite,  la  palpation  externe  est  très  peu  sensible  ; 
l’examen  des  urines  ne  décèle  ni  pus  ni  sang;  les  autres  viscères 
sont  normaux;  cœur  un  peu  mou  seulement  ;  diagnostic  hypothé¬ 
tique  d’une  lésion  salpingée...  Le  toucher  rectal  ne  donne  pas  de 
renseignement  nouveau. 

Intervention  le  26  novembre  (Dr  Swinguedaux,  chef  de  clinique, 


SÉANCE  DU  12  DÉCEMBRE 


1481 


assistant).  Anesthésie  rachidienne  qui  fut  parfaite  et  sans  incidents. 
Laparotomie  médiane;  la  paroi  graisseuse  offre  8  à  9  centimètres 
d’épaisseur.  L’utérus  et  les  annexes  sont  reconnus  normaux,  sans 
traces  d’inflammation  antérieure;  la  main  introduite  dans  le 
Douglas  y  sent  une  masse  volumineuse,  graisseuse,  fixée  par  des 
adhérences  qui  sont  sectionnées;  extériorisée,  on  s’aperçoit  qu’il 
s’agit  d’une  partie  de  l’anse  sigmoïde,  prolabée,  noyée  dans  la 
graisse;  au  point  où  s’inséraient  les  adhérences,  bord  libre;  il 
existe  une  masse  du  volume  d’une  noix  dans  la  paroi  intestinale, 
dure,  bosselée,  faisant  saillie  ;  à  l’endroit  où  cette  masse  est 
superficielle  il  existe  une  cicatrice  étoilée;  la  recherche  de  gan¬ 
glions  est  négative;  le  reste  de  l’intestin  en  bas  et  en  haut  est  nor¬ 
mal;  rien  dü  côté  de  l’appendice.  La  pièce  en  mains  nous  hésitons  : 
tuberculose  ou  cancer?  Devant  l’absence  de  passé  recto-sigmoïdal, 
nous  opinons  plutôt  pour  le  néoplasme;  sigmoïdectomie  rendue 


Fig.  £ 

difficile  par  la  graisse  qui  entoure  l’intestin  et  qui  exige  un 
dégraissage  préalable;  réunion  bout  à  bout,  drainage,  fermeture 
en  deux  plans.  Guérison  sans  incidents. 

L’examen  de  la  pièce  nous  réservait  une  surprise  ;  le  calibre  de 
l’intestin  est  normal,  pas  d’uléérations  de  la  muqueuse  ni  de 
traces  de  lésions  antérieures;  à  la  section  de  la  paroi  en  pleine 
tumeur  on  découvre,' noyé  dans  du  tissu  dur,  à  l’aspect  cicatriciel, 
un  diverticule  du  volume  d’une  bille,  affleurant  la  séreuse  épaissie, 
adhérente,  et  contenant  dans  son  intérieur  un  calcul  noir  mobile  ; 
ce  diverticule  communique  par  un  canal  étroit  avec  l’intestin  et  il 
est  aisé  d’en  trouver  l’orifice  au  fond  d’un  pli  (fig.  1). 

Le  diverticule  est  entouré  d’une  masse  dure,  de  consistance 
cartilagineuse,  du  volume  d’une  noix,  et  au  sommet  de  laquelle  se 
fixaient  les  adhérences  avec  le  Douglas. 

Nous  avions  pris,  nous  l’avons  déjà  dit,  cette  massé  pour  du 
cancer  ;  à  l’exam.en  microscopique,  il  ne  S’agissait  que  de  tissu 
fibreux,  de  lésions  inflammatoires,  de  péri-diverticulite. 

Les  diverticules  sont  de  petites  hernies  de  la  paroi  intestinale. 
Elles  peuvent  être  congénitales.  Suivant  que  la  paroi  du  diverti- 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


ouïe  comprend  ou  non  toutes  les  couches  de  l’intestin,  on  peut  les 
désigner  sous  le  nom  de  vrais  ou  de  faux  diverticules.  Les  faux 
diverticules  sont  en  général  acquis.  On  peut  les  rencontrer  sur 
toute  l’étendue  du  tube  intestinal,  mais  ils  sont  plus  fréquents  au 
niveau  de  l’anse  sigmoïde  et  de  la  zone  recto-sigmoïde;  ils  peuvent 
être  uniques;  le  plus  souvent  ils  sont  multiples;  dans  un  cas  il  y 
en  avait  400.  Leur  volume  et  leur  longueur  sont  variables,  mais 
en  général  peu  considérables.  Leur  point  d’origine  est  aussi 
variable,  mais  il  semble  bien  que  le  plus  fréquemment  ce  soit  vers 
le  bord  mésentérique  près  des  franges  épiploïques;  suivant  Masson 
ce  serait  entre  le  mésocôlon  et  les  bandelettes  musculaires  laté¬ 
rales.  L'étiologie  de  ces  diverticules  peut  être  attribuée  à  un  cer¬ 
tain  nombre  de  facteurs;  on  a  fait  observer  que  le  point  où  les 
vaisseaux  pénètrent  la  paroi  intestinale  constitue  un  lieu  de 
moindre  résistance  favorable  au  développement  des  diverticules. 
Le  côlon  avec  ses  multiples  dilatations  et  son  abondante  accumu¬ 
lation  de  graisse  sous-séreuse  serait  particulièrement  prédisposé, 
surtout  quand  il  coexiste  de  la  constipation  et  des  gaz  qui  par  leur 
volume  et  leur  tension  agissent  mécaniquement.  Les  corps  étran¬ 
gers,  les  inflammations  peuvent  jouer  un  rôle  ;  principalement  les 
affections  qui  influencent  le  tonus  de  la  paroi  de  l’intestin  en  le 
diminuant.  Ainsi  l’obésité  par  sa  graisse  infiltrant  la  sous-séreuse 
agit  sur  la  vitalité  des  parois,  et  dans  presque  tous  les  cas  de 
diverticule  on  a  signalé  cette  surabondance  de  graisse;  les  franges 
épiploïques  sont  hypertrophiées  et  constituent  de  véritables 
lipomes  péri-intestinaux. 

Les  diverticules  sont  plus  fréquents  chez  l’homme  que  chez 
la  femme  et  ont  été  observés  principalement  après  la  quaran¬ 
tième  année.  La  symptomatologie  et  surtout  les  complications  sont 
plus  intéressantes  que  la  simple  constatation  anatomique  ou 
radiographique.  De  petits  diverticules  peuvent  pendant  de  longues 
années  ne  donner  lieu  à  aucun  trouble  ;  mais  tôt  au  tard  ils 
arrivent  à  s’infecter,  et  c’est  là  l’origine  de  toute  leur  symptoma¬ 
tologie  comme  pour  l’appendice  cæcal.  La  diverticulite  s’observe 
surtout  au  niveau  dë  la  fosse  iliaque  gauche  ;  sur  112  cas  rapportés 
par  Masson  93  siégeaient  sur  l’anse  sigmoïde;  les  symptômes  sont 
ceux  de  l’appendicite  :  lofl  sided  appendicitis  des  auteurs  amé¬ 
ricains,  c’est  la  même  pathologie,  soit  sous  forme  de  diverticulite 
pure  ou  de  péri-diverticulite.  Quant  les  franges,  la  graisse  épi¬ 
ploïque  participent  à  l’inflammation  diverticulaire,  elles  arrivent 
à  former  une  masse  que  la  main,  dans  certains  cas,  peut  palper  à 
travers  la  paroi  abdominale,  ou  sentir  par  le  toucher  vaginal  quand 
elle  est  prolabée  dans  un  cul-de-sac;  cette  tuméfaction,  doulou¬ 
reuse  plus  ou  moins,  constitue  un  symptôme  local,  presque  le  seul  ; 


SÉANCE  DU  12  DÉCEMBRE 


1483 


les  symptômes  intestinaux  varientavec  la  situation  anatomique  du 
diverticule  et  la  nature  de  sa  lésion.  Ce  peut  être  seulement  de  la 
douleur  à  la  défécation  avec  constipation,  celle-ci  due  à  un  degré 
variable  d’obstruction  dépendant  de  l’inflammation  chronique. 

Ce  sont  là  surtout  des  formes  essentiellement  chroniques  avec 
poussées  intermittentes  aiguës  ou  subaiguës;  le  diagnostic  exact 
peut  parfois  être  difficile  et  l’erreur  a  été  commise  avec  la  tuber¬ 
culose,  la  syphilis,  le  cancer;  avec  le  cancer  le  diagnostic  est  par¬ 
fois  impossible;  même  lieu  de  développement,  même  âge,  même 
évolution  avec  défécation  douloureuse,  occlusion  plus  ou  moins 


marquée  et  aussi  présence  du  sang  dans  les  selles  dans  quelques 
cas. 

Evidemment,  dans  la  diverticulite,  l’amaigrissement  peut  faire 
défaut  et  il  n’y  a  pas  de  cachexie  ;  mais  il  existe  des  cas  où  le  dia¬ 
gnostic  entre  diverticulite  et  cancer  ne  put  être  tranché  que  par 
l’examen  microscopique. 

Si  la  lésion  est  basse,  la  sigmoïdo-rectoscopie  pourrait  rendre 
des  services,  permettant  de  constater  une  inflammation  locale  et 
un  certain  degré  de  rétrécissement  spasmodique  ou  fibreux,  mais 
exceptionnellement  de  voir  l’orifice  d’entrée  du  diverticule. 

Une  bonne  radiographie,  après  lavement  baryté,  pourra  bien 
localiser  le  diverticule,  mais  ne  renseignera  pas  sur  sa  pathologie. 

Une  attaque  suraiguë  de  diverticulite  peut  se  traduire  par  gan¬ 
grène  de  cet  appendice  et  sa  rupture  dans  la  cavité  péritonéale, 
d’où  suivant  les  cas  une  péritonite  diffuse  ou  localisée  ;  dans  ce 

BULL.  ET  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CHIR.,  1923.  109 


1484 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


dernier  cas  il  se  crée  des  adhérences  entre  le  diverticule  et  les 
viscères  environnants  et  des  fistules  peuvent  s’établir  entre  le 
diverticule  perforé  et  la  vessie  par  exemple,  comme  on  en  a  rap¬ 
porté  des  observations. 

Beaucoup  de  stigmoïdites  chroniques  à  étiologie  mal  définie 
doivent  tenir  à  des  diverticulites  ignorées,  et  cette  note  a  surtout 
pour  but  non  pas  tant  de  signaler  une  observation  nouvelle  d’une 
lésion  qui  n’est  pas  une  rareté,  mais  surtout  de  rappeler  au  chi¬ 
rurgien  que  l’hypothèse  d’une  diverticulite  doit  toujours  être 
envisagée  quand  on  a  affaire  à  une  lésion  de  la  fosse  iliaque 
gauche  évoluant  avec  des  caractères  aigus  ou  chroniques,  surtout 
chroniques,  que  cette  donnée  éclairera  de  suite  sur  l’origine  de 
certaines  péritonites  suraiguës  ayant  paru  débuter  à  gauche,  et 
qu’un  examen  radiographique  avec  ou  sans  lavement  baryté 
révélera  plus  souvent  qu’on  ne  le  pense  une  anomalie  anatomique 
dont  la  connaissance  expliquera  bien  des  symptômes  à  patho¬ 
génie  douteuse  ou  inconnue  (1). 

Dans  la  même  semaine  où  j’observais  le  cas  que  je  viens  de 
relater,  le  Dr  Lemaître  présentait  à  la  séance  de  la  Réunion  des 
Hôpitaux  de  Lille  une  superbe  radiographie  faite  à  l’occasion  de 
troubles  digestifs  et  montrait  une  série  de  diverticules  sur  l’anse 
sigmoïde,  et  au  laboratoire  d’anatomie  pathologique  du  professeur 
Curtis  je  voyais  une  pièce  provenant  d’une  autopsie  et  dans 
laquelle  le  rectum  offrait,  presque  du  haut  en  bas,  une  série  de 
diverticules  noyés  dans  la  graisse  formant  des  franges  latérales. 

Pour  ma  part,  c’est  le  premier  cas  qu’il  m’a  été-donné  d’observer 
et  d’opérer. 


Les  lésions  des  ménisques  du  genou. 

.  Formes  anatomo-cliniques  et  traitement , 

-par  M.  L.  TÂ.VERN1ER,  membre  correspondant. 

Votre  discussion  récente  sur  les  lésions  des  ménisques  du 
genou  m’engage  à  revenir  sur  quelques  points  de  l’histoire  de 
cette  affection. 

J’ai  eu  déjà  l’occasion  de  vous  en  parler  il  y  a  quelques  années  ; 
depuis  on  m’en  a  montré  beaucoup,  j’en  ai  actuellement  opéré 
une  trentaine  de  cas  et  j’en  ai  vu  bien  plus  du  double  de  ce 
nombre. 

(1)  Voir  pour  l’étude  détaillée  et  la  bibliographie  complète  la  Revue  géné¬ 
rale  publiée  en  mai  dans  la  Revue  de  Médecine ,  1923. 


SÉANCE  DO  12  DÉCEMBRE 


1485 


C’est  une  affection  beaucoup  plus  fréquente  qu’on  ne  le  croit; 
seulement,  comme  le  faisait  très  justement  remarquer  M.  Auvray, 
les  symptômes  en  sont  souvent  si  frustes  que  l’on  n’ose  faire  un 
diagnostic  ferme  et  proposer  un  traitement  opératoire. 

Les  cas  de  la  première  série  dont  je  vous  ai  parlé  étaient  tous 
de  la  forme  typique  :  luxation  récidivante  avec  blocage  caracté¬ 
ristique,  douleurs  et  hydarthroses  consécutives.  Ils  ne  représen¬ 
taient  qu’une  des  formes  cliniques  de  la  maladie,  la  plus  complète, 
et  souvent  le  stade  terminal  de  l’affection,  qui  n’avait  au  début 
qu’une  réaction  symptomatique  beaucoup  moins  caractéristique. 
La  luxation  du  ménisque  avec  blocage  n’est  en  effet  qu’un  acci¬ 
dent,  une  complication  de  la  lésion  du  ménisque;  le  vrai  symp¬ 
tôme  de  cette  lésion,  c’est  la  douleur  et,  éventuellement,  l’hydar- 
throse  et  l’entorse  à  répétition. 

Les  formes  uniquement  douloureuses  sont  les  plus  méconnues, 
elles  sont  étiquetées  douleurs  rhumatismales  et  assurent  une 
clientèle  aux  stations  d’eaux  minérales  ;  le  siège  et  l’évolution  des 
douleurs  sont  pourtant  tout  à  fait  caractéristiques.  C’est  une  dou¬ 
leur  spontanée,  localisée  sur  la  partie  antéro-interne  de  l'inter¬ 
ligne  au  niveau  de  la  corne  antérieure  du  ménisque  ;  ce  siège  des 
douleurs  est  constant,  même  dans  les;  lésions  isolées  de  la  corne 
postérieure.  C’est  là  aussi  que  la  pression  du  doigt  réveille  la 
douleur  en  un  point  très  localisé. 

L’évolution  n’est  pas  moins  caractéristique  :  la  douleur  appa¬ 
raît  brusquement,  souvent,  comme  dans  le  cas  de  M.  Combier  et 
Murard,  sans  traumatisme  préalable;  elle  est  augmentée  par  la 
marche,  le  massage,  atténuée  quelques  heures  par  l’aspirine  et 
calmée  par  un  repos  prolongé.  Ces  douleurs  sont  quelquefois 
continuelles,  mais  même  alors  elles  ont  des  paroxysmes  séparés 
par  des  périodes  d’accalmie  relative.  Le  plus  souvent,  au  lieu 
d’une  simple  accalmie  on  observe  de  vraies  rémissions;  la  fin  de 
la  période  douloureuse  est  souvent  brusque,  comme  est  brusque 
aussi  le  retour  des  douleurs  :  un  malade  s’endort  avec  sa  douleur, 
il  se  réveille  guéri,  il  a  quelques  jours  ou  quelques  semaines  de 
tranquillité,  puis  tout  à  coup  à  l’improviste,  souvent  même  sans 
faux  mouvement,  sa  douleur  revient  d’emblée  avec  toute  son 
intensité  :  on  a  l’impression  dans  ces  cas-là  que  la  partie  arrachée 
du  ménisque  se  trouve  tantôt  dans  une  position  où  elle  est 
tiraillée  dans  les  mouvements  du  genou,  tantôt  dans  une  position 
de  repos. 

Cette  douleur  peut  prendre  une  acuité  et  une  ténacité  extraordi¬ 
naire,  son  siège  devient  alors  moins  localisé,  elle  s’étend,  prend 
un  caractère  névralgique,  s’irradiant  à  la  jambe  et  à  la  cuisse; 
des  points  douloureux  à  la  pression  apparaissent  même  à  distance 


\  4  HO 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


du  ménisque,  surtout  sur  le  condyle  interne  du  fémur,  mais 
même  alors  le  centre  d’où  irradient  les  douleurs  et  le  point  le  plus 
sensible  à  la  pression  restent  la  corne  antérieure  du  ménisque. 

Dans  ces  formes  très  douloureuses  l’extension  complète  du  genou 
est  mal  supportée,  le  malade  se  trouve  mal  sur  un  lit  dur  et  hori¬ 
zontal,  il  est  soulagé  sur  une  couche  où  sa  jambe  se  trouve  en 
légère  flexion. 

C’est  là  en  somme  un  tableau  d’arthrite,  avec  le  caractère  des 
douleurs  réveillées  par  l’exercice  et  calmées  par  le  repos,  et  même 
une-ébauche  d’attitude  vicieuse,  et  l’on  comprend  que  Roux  ait 
décrit  ce  syndrome  sous  le  nom  de  méniscile.  Mais  Roux  n’a  pu 
proposer  cette  interprétation  que  parce  qu’il  n’èpérait  pas,  la  vue 
des  lésions  aurait  modifié  ses  idées;  on  trouve  en  effet,  dans  ces 
cas  des  ruptures  du  cartilage,  des  écrasements,  des  arrachements 
partiels,  du  caractère  le  plus  évidemment  traumatique,  et  d’autant 
plus  faciles  à  reconnaître  que  ces  lésions  ne  s’accompagnent  d’au¬ 
cun  processus  de  réparation  :  dans  des  cas  anciens  de  plusieurs 
années  le  Gbro-cartilage  est  effiloché  comme  si  la  lésion  datait  de 
la  veille;  ceci  n’est  d’ailleurs  pas  absolument  constant,  et  dans 
quelques  cas  au  contraire  les  ongles  s’arrondissent  et  les  débris 
arrachés  se  renflent  en  perles  cartilagineuses.  Il  est  probable  que 
l’absence  de  vaisseaux  du  cartilage  explique  cette  absence  de 
restauration,  comme  elle  s’oppose  à  la  possibilité  de  lésions 
inflammatoires. 

Ces  petites  lésions  parcellaires  des  formes  douloureuses  sont  à 
mettre  en  opposition  avec  les  grands  arrachements  des  formes  à 
blocage  où  l’on  trouve  habituellement  le  ménisque  en  anse  de 
seau,  ou  plus  rarement  de  grandes  désinsertions  de  la  corne  anté¬ 
rieure.  Pour  réaliser  un  blocage  typique  il  faut  en  effet  qu’un 
ménisque  soit  assez  flottant  pour  venir  se  loger  dans  l’échancrure 
intercondylienne  :  il  s’y  trouve  à  l’aise  dans  la  flexion,  mais  dans 
l’extension  se  coince  dans  l’échancrure  qui  se  réduit  de  plus  en 
plus  jusqu’au  point  où  elle  se  continue  avec  la  gorge  et  la  poulie 
rotulienne.  J’ai  pu  vérifier  ce  mécanisme  du  blocage  dans  trois 
cas  que  j’ai  opérés  en  luxation  irréductible,  et  où  j’ai  trouvé  un 
ménisque  en  anse  de  seau  luxé  dans  l’échancrure  intercondy¬ 
lienne. 

Le  diagnostic  de  ces  formes  douloureuses  n’est  délicat  que 
lorsqu’on  ne  connaît  pas  leur  existence,  je  suis  resté  des  années  à 
soupçonner  une  lésion  des  ménisques  en  pareils  cas  sans  oser  les 
opérer;  jusqu’au  jour  où  un  malade  opéré  d’un  genou  m’a  presque 
forcé  la  main  pour  le  débarrasser  d’une  douleur  survenue  à  l’autre 
genou,  et  dont  il  reconnaissait  sans  hésitation  les  caractères. 
Depuis  j’ai  rarement  eu  une  hésitation  à  poser  un  diagnostic  et 


SÉANCE  DU  12  DÉCEMBRE 


487 


une  indication  opératoire.  Mais  pour  ne  pas  laisser  échapper  ces 
cas  il  faut  être  convaincu  de  leur  très  grande  fréquence  :  dès 
qu’un  malade  se  plaint  d’un  genou  sans  avoir  des  signes  d’arthrite 
bien  caractérisée,  on  doit  aussitôt  penser  à  la  probabilité  d’une 
lésion  du  ménisque,  au  lieu  de  se  leurrer  d’un  diagnostic  de  dou¬ 
leur  rhumatismale  :  un  malade  qui  a  une  douleur  fixe  en  un  point 
d’un  genou,  sans  souffrir  d’aucune  autre  articulation,  n’est  pas 
un  rhumatisant.  J’ai  même  pu,  sur  une  malade  atteinte  d’arthrite 
rhumatismale  chronique  des  deux  genoux,  reconnaître  une  lésion 
surajoutée  d’un  ménisque  au  seul  changement  de  caractère  des 
douleurs,  après  une  légère  entorse. 

A  côté  de  cette  forme  douloureuse  très  fréquente,  une  autre 
forme  clinique  se  traduit  par  des  entorses  répétées;  les  entorses 
paraissent  banales,  chaque  fois  le  patient  a  fait  un  faux  mouvez 
ment  ou  un  effort  qui  a  entraîné  sa  chute,  il  a  pu  se  relever,  souf¬ 
frant  beaucoup,  mais  sans  blocage,  il  présente  les  jours  suivants 
un  fort  épanchement  articulaire,  peu  de  douleur  et  mal  localisée. 
J’ai  suivi  plusieurs  années  deux  jeunes  gens  qui  se  faisaient  deux 
ou  trois  fois  par  an  de  ces  entorses,  elles  paraissaient  bien 
authentiques,  et  où  je  n’avaispu  dépister,  malgré  mes  préventions, 
aucun  signe  méniscal  net.  Ce  n’est  qu’après  plusieurs  années  que 
j’ai  eu  la  preuve  de  l’origine  des  accidents  par  l’apparition  de 
blocages  typiques.  Dans  un  cas  analogue,  je  n’hésiterais  plus 
aujourd’hui  si  longtemps,  car  une  entorse  guérie  ne  fait  pas  des 
récidives  en  série  en  l’absence  de  laxité  articulaire  excessive  ou 
d’insuffisance  musculaire  notable. 

J’ai  vu  encore  d’autrès  formes  cliniques  exceptionnelles;  dans 
un  cas,  l’entorse  primitive  a  provoqué  d’un  seul  coup  l’arrache¬ 
ment  du  ménisque  en  anse  de  seau,  et  sa  luxation  irréductible; 
je  le  vis  quelques  mois  après  l’accident,  il  n’avait  jamais  pu 
étendre  lé  genou  depuis,  et  marchait  péniblement  en  demi- 
flexion. 

Un  autre  de  mes  malades  a  présenté,  au  cours  de  l’évolution  de 
sa  lésion,  une  phase  d’hydarthrose  intermittente  indolente  durant 
huit  à  dix  jours  et  récidivant  à  intervalles  irréguliers.  Je  soup¬ 
çonne  fort  les  hydarthroses  inlermittentes  à  périodicité  rythmique 
dont  parlent  les  traités  classiques  d’être,  en  réalité,  des  cas  de 
cette  espèce. 

Au  point  de  vue  du  traitement,  vous  avez  discuté  ici  deux 
points  :  l’ablation  complète  ou  incomplète  du  ménisque  et  le 
choix  de  l’incision.  Ces  deux  points  sont,  à  mon  sens,  très  impor¬ 
tants. 

Plusieurs  succès  complets  d’ablations  limitées  à  la  partie  anté¬ 
rieure  du  ménisque  ont  été  apportés  ici,  et  je  ne  doute  pas  qu’on 


1488 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE' 


puisse  en  réunir  beaucoup  d’autres;  mais  un  seul  fait  contraire, 
et  j’en  ai  observé  un  de  récidive  indubitable  après  une  ablation 
partielle,  enlève  tout  intérêt  à  ces  séries  heureuses.  Du  moment 
que  l’ablation  totale  né  soulève  pas  d’autre  objection  que  sa  dif¬ 
ficulté  technique,  qui  est  loin  d’ètre  insurmontable,  j’estime  qu’on 
n’a  pas  le  droit  d’exposer  un  opéré  à  la  possibilité  d’une  récidive 
quand  on  dispose  d’un  procédé  sûr  pour  obtenir  à  tout  coup  un 
résultat  fonctionnel  parfait. 

La  discussion  du  choix  de  l’incision  est  plus  délicate.  Comme 
M.  Broca,  j’ai  longtemps  gardé  une  sorte  de  répugnance,  par  tra¬ 
dition  de  médecine  opératoire,  à  sectionner  le  ligament  latéral 
interne  du  genou;  mais  il  faut  pourtant  s’incliner  devant  les  faits, 
et  telle  que  je  la  pratique  cette  incision  présente  de  très  grands 
avantages  : 

1°  Elle  permet  facilement  l’extirpation  complète  du  ménisque 
dont  je  viens  de  montrer  l’intérêt  ; 

2°  Elle  permet  seule  l’exploration  complète  de  la  corne  posté¬ 
rieure  :  les  lésions  isolées  de  la  corne  postérieure  ne  sont  pas 
fréquentes,  mais  elles  existent,  et  il  est  absolument  impossible 
de  les  découvrir  par  n’importe  quelle  incision  autre  que  la  trans¬ 
versale.  Je  me  rappelle  même  avoir  opéré  devant  des  collègues  de 
passage  à  Lyon  un  cas  où  le  ménisque  parut  d’abord  intact;  j’en 
étais  fort  ennuyé,  quand  je  découvris  enfin  une  désinsertion 
limitée  de  la  corne  postérieure,  et  cette  opération  qui  avait 
menacé  de  tourner  à  ma  confusion  fut,  au  contraire,  une 
démonstration  très  nette  de  la  nécessité  de  l’incision  transversale 
pour  découvrir  pareille  lésion  ; 

3°  Mais  l’argument  le  plus  important  en  faveur  de  l’incision 
transversale,  c’est  que,  loin  de  favoriser  la  laxité  latérale,  elle 
v  remédie.  Ces  malades  ont  souvent  de  la  laxité  latérale  avant 
l’opération,  je  connais  des  opérés  chez  qui  on  a  utilisé  la  voie 
antérieure  qui  ont  des  laxilés  latérales  comme  n’en  a  aucun  de 
mes  opérés.  Une  suture  faite  suivant  la  technique  que  j’ai  indiquée 
raccourcit  le  ligament  latéral  et  l’adapte  à  la  longueur  voulue  :  il 
faut  pour  cela  mettre  le  genou  en  flexion  légère,  position  de 
relâchement  du  ligament  latéral,  suturer  la  capsule  par  un  surjet 
au  catgut  dont  les  points  ne  prennent  que  le  plan  fibreux,  et  assez 
à  distance  de  la  tranche  de  section  pour  que  la  traction  sur  le  fil 
fasse  chevaucher  ces  plans  de  ce  qu’il  faut  pour  que  le  ligament 
soit  complètement  tendu,  maintenir  la  flexion  légère  pendant  la 
fin  de  l’opération  et  l’application  de  la  gouttière  plâtrée,  qui  sera 
conservée  dix  à  douze  jours  au  moins,  ne  permettre  la  marche 
qu’une  dizaine  de  jours  après  l’enlèvement  du  plâtre. 


SÉANCE  DU  12  DÉCEMBRE 


1489 


Avec  cetle  technique  les  résultats  sont  parfaits,  la  récupé¬ 
ration  [fonctionnelle  complète  sans  laxité  ni  limitation  de 
flexion  est  obtenue  en  un  temps  qui  varie  de  deux  à  trois  ou 
quatre  mois. 

J’ai  présenté  à  plusieurs  reprises  à  la  Société  de  chirurgie  de 
Lyon  des  opérés  après  des  délais  variant  de  trois  mois  à  six  ans 
dont  le  genou  permettait  la  course,  le  saat,  la  danse  et  tous  les 
sports  comme  une  articulation  normale. 

La  seule  complication  post-opératoire  que  je  redoute  est  la 
phlébite  ;  elle  n’est  pas  à  envisager  chez  les  sujets  jeunes,  mais 
chez  les  malades  âgés  et  variqueux  elle  est  assez  fréquente,  elle 
apparaît  vers  le  douzième  jour  au  début  de  la  mobilisation  du 
membre.  Dans  un  seul  de  mes  cas  ce  fut  une  phlegmatia  alba 
dolens  typique  avec  gros  œdème  et  impotence;  habituellement,  ce 
sont  des  phlébites  partielles  des  veines  superficielles  qui  ne  se 
manifestent  que  par  de  l'œdème  de  la  jambe  et  du  pied  qui 
incommodent  les  malades  et  retardent  la  reprise  de  la  vie  cou¬ 
rante. 

La  qualité  de  ces  résultats  fonctionnels  m’a  amené  à  étendre 
les  indications  opératoires,  et  actuellement  dès  qu’un  malade  est 
sérieusement  gêné  par  son  ménisque  je  n’hésite  pas  à  lui  en  con¬ 
seiller  l’ablation. 


Présentations  de  malades. 


Fracture  en  T 

à  grand  déplacement  de  l'extrémité  inférieure  de  l'humérus 
abordée  par  la  voie  transolécranienne 
et  traitée  par  l' ostéosynthèse  métallique , 

par  M.  ALGLAVE. 

Il  s’agit  d’un  jeune  homme  âgé  de  dix-neuf  ans,  vigoureux,  tombé 
sur  son  coude  droit,  où  il  s’est  fait  une  fracture  en  T  à  grand  déplace¬ 
ment  de  l'extrémité  inférieure  de  l’humérus. 

L’accident  a  eu  lieu  vers  la  fin  du  mois  de  juin  dernier,  et  c’est  notre 
collègue  Souligoux  qui  nous  a  fait  l’honneur  de  nous  confier  ce  jeune 
homme  en  nous  invitant  à  venir  l’opérer  dans  son  service. 

L’examen  c^u  coude  avant  l’opération  nous  montre  un  gonflement 
considérable,  masquant  une  fracture  sans  doute  à  grand  déplacement 
fragmentaire. 


1490 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 

Le  grand  déplacement  apparaît  nettement  sur  les  radiographies  de 
face  et  de  profil  (voy.  fig.  1  et  fig.  2). 

Il  y  a  une  fracture  en  T  qui  est  justiciable  d’une  intervention  san¬ 
glante.  Pour  la  pratiquer,  nous  ne  pouvons  mieux  faire  que  de  recourir 
à  t  la  voie  transolécranienne  »,  dont  nous  vous  avons  parlé  ici  dès  le  mois 


Fio.  I.  Fig.  2. 

Fig.  1.  —  Fracture  en  T  de  l’extrémité  inférieure  de  l’humérus  vue  de  face. 
La  radiographie  fait  pressentir  un  décalage  assez  accentué  des  fragments 
condyliens,  d’ailleurs  notablement  écartés  l’un  de  l’autre. 

Fig.  2.  —  La  fracture  est  vue  de  profil  : 
f.  e.  i.  est  le  fragment  condylien  interne,  f.  c.  e.  l’externe. 

de  juillet  1914  comme  très  avantageuse  pour  aborder  certaines  lésions 
traumatiques  du  coude. 

L’opération  a  lieu  quelques  jours  après  l’accident. 

Pour  réduire  la  fracture,  notre  première  idée  est  de  reconstituer 
d’abord  l’épiphyse,  en  coaptant  les  deux  fragments  qui  la  forment  et 
ensuite  de  rapprocher  l’épiphyse  de  la  diaphyse. 

Mais  les  divers  essais  que  nous  faisons  nous  montrent  que  cette 
tactique  n’est  pas  réalisable  et  que  la  seule  manière  d’aèoutir  est  de 
rapprocher  d’abord  le  condyle  externe  de  la  diaphyse  pour  les  main¬ 
tenir  coaptés  par  une  plaque  soutenue  par  quatre  vis.-  Le  condyle 


SÉANCE  DU  12  DÉCEMBRE 


1491 


interne  sera  ensuite  ramené  contre  l’externe  et  fixé  en  bonue  position 
par  une  puissante  vis  de  Lambotte.  Après  quelques  tentatives  nous  y 
parvenons, -non  sans  quelque  peine  cependant. 

Malgré  le  jour  considérable  et  les  facilités  que  nous  donne  la  voie 
transolécranienne,  le  décalage  fragmentaire  qui  s’est  produit  par  les 


Fia.  3.  Fio.  4. 

Fio.  3.  —  Radiographie  de  face  faite  cinq  mois  après  l’intervention  : 
p.  v.  est  la  plaque  vissée  qui  rapproche  la  diaphyse  du  fragment  condylien 
externe,  v'  est  la  vis  qui  rapproche  le  fragment  condylien  interne  f.c.  i.  du 
fragment  externe  f.  c.  e.,  o.  p.  est  de  l’os  de  formation  périostée  ;  v  *  est  la 
vis  qui  soutient  l’olécrâne  replacé  en  bonne  position. 

Fig.  4.  —  Radiographie  de  profil  faite  cinq  mois  après  l’intervention. 

L’axe  huméral  est  parfaitement  reconstitué. 
v 2  est  la  vis  qui  soutient  l’olécrâne  replacé  en  bonne  position,  t.  q.  est 
le  tendon  du  quadriceps  dans  lequel  cette  vis  est  enfoncée,  t.  s.  o.  est  le  trait 
de  section  de  l’olécrâne  actuellement  réparé,  o.p.,  os  de  formation  périostée. 

influences  musculaires  est  tel,  qu’il  faut  «  de  la  patience  et  de  la 
manœuvre  »  pour  aboulir. 

Quand  l’extrémité  inférieure  de  l’humérus  est  reconstituée,  on 
replace  l’olécrâne  en  bonne  position  sur  le  cubitus  et  on  l’y  maintient 
par  une  vis  de  Lambotte  suffisamment  puissante  pour  assurer  la  fixité 
et  la  solidité  de  cette  apophyse  sur  laquelle  le  triceps  brachial  agit  avec 
force  (fig.  3  et  4). 


im 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Il  y  a  actuellement  cinq  mois  que  l’opération  a  été  pratiquée  et  le 
malade,  qui  est  sellier  de  son  métier,  a  recommencé  à  travailler  il  y  a 
déjà  deux  mois. 

Il  déclare  que  de  plus  en  plus  il  retrouve  la  force  de  son  bras,  cepen¬ 
dant  que  les  mouvements  reprennent  leur  ampleur.  L’extension  et  la 
ilexion  du  coude,  sans  avoir  leur  étendue  normale,  sont  très  suffisantes 
pour  tous  les  besoins  habituels,  et  l’intégrité  de  l’interligne  articulaire 
à  la  radiographie  comme  l’absence  de  tout  craquement  par  les  mou¬ 
vements  provoqués  permettent  de  penser  que  des  progrès  sensibles 
restent  possibles  dans  les  deux  sens. 

Quant  à  la  pronation  et  à  la  supination,  elles  s’exécutent  norma¬ 
lement. 

En  somme,  très  bon  résultat  anatomique  et  fonctionnel,  tout  en 
faveur  de  la  méthode. 


Fracture  du  col  chirurgical  de  l'omoplate. 

Ostéosynthèse  par  plaque  en  T.  Bonne  réduction , 

par  M.  CH.  DUJARIER. 

Il  y  a  une  quinzaine  de  jours,  mon  ami  Pierre  Duval  me 
demandait  d’aller  voir  dans  son  service  de  Vaugirard  un  blessé 
atteint  de  fracture  du  col  de  l’omoplate.  Je  n'avais  encore  jamais 
opéré  de  pareille  fracture.  Aussi  suis-je  heureux  de  remercier 
mon  ancien  élève  Gatelier  qui  me  permit,  sur  plusieurs  sujets  de 
son  pavillon,  de  rechercher  la  voie  d’abord  la  plus  commode. 
Celle  que  j’adoptai  fut  une  incision  parallèle  et  sous-jacente  à  la 
lèvre  inférieure  du  bord  postérieur  de  l’épine  de  l’omoplate.  Après 
avoir  désinséré  le  deltoïde  et  le  sous-épineux,  on  peut  libérer  à 
la  compresse  la  fosse  sous-épineuse  et  la  face  postérieure  du  col 
de  l’omoplate.  On  aperçoit  le  nerf  du  sous-épineux  qui  croise  le 
bord  externe  concave  de  l’épine  et  qu’on  peut,  si  l’on  veut, 
ménager. 

Le  hasard  voulut  que,  dans  mon  service  de  Boucicaul,  j’eusse  à 
examiner  un  autre  cas  de  fracture  du  col. 

Ce  blessé,  qui  entrait  chez  moi  le  29  novembre,  montrait  à  la 
radiographie  une  fracture  du  col  de  l’omoplate  avec  une  pointe 
descendant  sur  le  bord  axillaire.  Le  déplacement  était  assez  con¬ 
sidérable.  J’opérai  ce  blessé  le  mardi  4  décembre.  Par  la  voie 
ci-dessus  décrite,  j’arrivai  facilement  sur  le  foyer  de  fracture. 
Mais,  outre  la  fracture  du  col,  il  existait  une  fracture  transversale 
de  la  fosse  sous-épineuse,  le  trait  partant  du  trait  de  fracture  du 
col  et  se  dirigeant  en  dedans  vers  le  bord  spinal.  Le  sujet  était 


ÉANCE  DU  12  DÉCEMliRE 


1493 

couché  sur  le  ventre,  les  deux  bras  pendant  verticalement.  La 
réduction  fut  assez  facile  avec  le  pied  de  biche  de  Lambotte  qui 
maintenait  en  place  le  fragment  inférieur  de  la  lame  de  l’omo¬ 
plate  qui  avait  tendance  à  passer  en  avant  du  fragment  supérieur 
et  une  pince  qui  poussait  en  dedans  le  fragment  comprenant  la 


glène.  Après  plusieurs  essais  je  pus  coapter,  grâce  à  une  plaque 
en  T  qui  fixait  par  une  vis  la  glène,  par  une  autre  la  base  de 
l’épine  et  par  deux  autres  très  courtes  la  mince  lame  du  fragment 
inférieur.  Le  tout  était  rigide  dans  les  mouvements  du  bras 
et  j’avais  été  assez  heureux  pour  éviter  de  léser  le  nerf  du  sous- 
épineux.  Je  vous  présente  les  radiographies  avant  et  après  l’inter¬ 
vention,  ainsi  que  le  malade  qui  est  immobilisé  dans  le  gros  appa¬ 
reil  ouaté  que  j’utilise  depuis  longtemps  dans  les  fractures  de 
l’humérus. 


1494 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Fracture  oblique  de  l'olécrâne 
avec  luxation  du  radius  en  avant, 

par  M.  CH.  DUJARIER. 

Je  vous  présente  un  polyblessé  qui,  outre  un  écrasement  [des 
doigts,  avait  une  fracture  de  l’olécrâne  avec  luxation  du  radius  en 


avant.  Celte  dernière  fut  réduite  à  son  arrivée  dans  le  service.  Je 
l’ai  opéré  le  17  novembre.  Le  fragment  olécranien  était  très 
oblique.  La  réduction  assez  facile  a  été  fixée  d’abord  par  un 
cercle  qui  maintenait  en  place  la  pointe  du  fragment.  Puis,  pour 
fixer  plus  solidement,  j’ai  vissé  l’olécrâne  avec  une  très  longue  vis 
de  Lambotte.  Dès  le  lendemain,  le  malade  a  été  mobilisé,  et  vous 
voyez  qu’aujourd’hui  moins  d’un  mois  après  son  accident  il  utilise 
déjà  bien  son  membre. 


SÉANCE  DU  12  DÉCEMBRE 


.1495 


Cancer  du  col  utérin  rendu  opérable, 
pai  MM.  PAUL  LAUNAY  et  ROBERT  MONOD. 

Je  vous  préseute  cette  malade,  en  mon  nom  et  au  nom  de 
M.  Robert  Monod,  comme  exemple  remarquable  d’un  cancer  du 
col  utérin  d’abord  inopérable,  rendu  opérable  dans  de  bonnes 
conditions  par  curiethérapie  préalable. 

Mme  P...,  âgée  de  cinquante-sept  ans,  est  vue  parM.  Monod,  qui 
me  remplaçait,  et  par  moi  à  l'hôpital  Cochin,  lors  de  la  reprise  de 
mon  service  en  octobre  dernier.  A  notre  examen  nous  avons  cons¬ 
taté  l'existence  d’un  épithélioma  cervical  très  bourgeonnant,  ayant 
infiltré  les  deux  ligaments  larges  avec  large  adhérence  vésicale  et 
mobilité  très  restreinte  de  l’utérus,  il  existe  un  noyau  distinct 
sous-muqueux  gros  comme  un  gros  pois.  Le  début  de  l’affection 
paraîWremonter  à  1921,  il  y  déjà  un  amaigrissement  notable,  mais 
l’état  général  reste  bon. 

L’opération  paraît  impfaticable  et  nous  décidons  de  faire 
d’abord  une  application  de  radium,  dont  se  charge  M.  Monod. 

La  biopsie  faite  préalablement  donne  :  «  Epithélioma  baso-cel- 
lulaire,  mitoses  nombreuses,  atypies  nucléo-protoplasmiques  ». 

L’application  de  radium  est  faite  le  12  octobre  1923  dans  les 
conditions  suivantes,  à  la  clinique  chirurgicale  de  la  Salpêtrière 
par  le  Dr  Wallon,  assistant  de  radiumthérapie  :  Durée  de  l’appli¬ 
cation  étalée  sur  six  jours,  du  12  au  18  octobre.  Foyer  vaginal 
unique  (en  raison  de  l’inextensibilité  du  vagin)  :  15  millicuries  47. 
Foyer  utérin  ;  3  foyers  dans  une  sonde  :  23  millicuries  96.  Total  : 
39  millicuries  43.  Légère  réaction  thermique  au-dessous  de  38° 
pendant  l’application,  aucun  incident  à  noter. 

Le  14  novembre ,  un  mois  après  cette  application,  j’examine  à 
nouveau  la  malade  et  je  constate  que,  l’état  général  restant  bon, 
les  pertes  sanguines  sont  arrêtées,  et  l’état  local  s’est  considé¬ 
rablement  modifié  :  l’utérus,  petit,  est  devenu  très  mobile,  le 
bourgeonnement  cervical  est  remplacé  par  une  cicatrice  étroite  et 
rigide,  en  cratère;  l’infiltration  péricervicale  a  presque  totalement 
disparu,  il  ne  reste  qu’une  induration  antérieure,  adhérence  vési¬ 
cale  large  comme  une  pièce  de  un  franc  environ. 

L 'hystérectomie  est  pratiquée  le  17  novembre ,  abdominale  bien 
entendu,  facile.  La  dissection  latérale  et  celle  des  uretères  ne 
présente  aucune  difficulté.  Le  noyau  adhérence  vésicale  peut  être 
contourné  et  disséqué  par  un  bon  plan  de  clivage.  Sans  blessure 
de  la  vessie,  on  peut  enlever  une  assez  large  collerette  vaginale. 
Je  n’ai  rencontré  ni  induration  ni  infiltration  des  paramètres 
rendant  l’opération  difficile. 

Les  suites  opératoires  furent  extrêmement  simples  et  je  vous 


1496. 


SOCIÉTÉ  DE  CUIRURGIE 


présente  la  malade  environ  un  mois  après  l’opération,  en  excellent 
état  général  et  local. 

C’est  un  très  bel  exemple  de  l’action  du  radium  sur  la  transfor¬ 
mation  d’un  cancer  inopérable  en  cancer  facilement  opérable. 


Récidive  d'occlusion  intestinale 
deux  fois  traitée  chirurgicalement  et  guérie , 
par  M.  J.  OKINCZYC. 

La  malade  que  j’ai  l’honneur  de  vous  présenter  est  entrée  pour  la 
première  fois  dans  le  service  de  mon  maître,  le  professeur  H.  Hart¬ 
mann,  en  décembre  1921. 

Agée  de  trente-cinq  ans,  elle  présentait  à  ce  moment  des  accidents 
de  suppuration  pelvienne,  d'origine  génitale,  avec  élévation  de  tempé¬ 
rature.  L’évolution  de  cette  affection  s’était  faite  de  façon  un  peu  anor¬ 
male,  si  bien  qu’à  son  entrée  noué  avions  pensé  qu’il  pouvait  s’agir 
d’un  kyste  à  pédicule  tordu.  Un  début  assez  brusque,  l’apparition  d’une 
tuméfaction  sous-ombilicale  médiane,  douloureuse,  rénitente,  avec  un 
cul-de-sac  postérieur  souple  et  relativement  libre,  donnait  quelque 
Créance  à  cette  hypothèse,  qu’infirmait  cependant  le  type  fébrile  avec 
oscillations,  signe  d’une  suppuration  sous  forme  de  péritonite  localisée 
péri-utérine. 

Le  siège  même  de  la  collection  suppurée  commandait  la  voie  à  suivre 
pour  l’aborder  et  l’évacuer.  La  colpotomie  postérieure  était  à  rejeter 
puisque  le  cul-de-sac  postérieur  était  libre,  et  nous  avons  préféré  la 
voie  abdominale  qui  nous  a  permis  d’ouvrir  immédiatement  sous  la 
paroi  adhérente  une  grosse  collection  suppurée  limitée  en  bas  par  l’utérus 
et  les  annexes,  en  haut  et  latéralement  par  les  anses  intestinales  grêles 
adhérentes  ;  la  cavité  asséchée,  nous  nous  contentons  d’yplacer  un  drain. 

Les  suites  immédiates  de  cette  intervention,  pratiquée  le  31  dé¬ 
cembre  1921,  furent  très  simples.  La  température  revient  progressive¬ 
ment  en  quelques  jours  à  la  normale,  les  douleurs  disparaissent,  et  la 
suppuration  se  tarit  assez  rapidement.  Nous  nous  disposions  à  enlever 
le  drain,  quand  brusquement,  le  10  janvier  1922,  soit  le  dixième  jour 
après  l’opération,  surviennent  des  douleurs  abdominales,  avec  des 
vomissements  presque  incoercibles,  d’abord  alimentaires  puis  bilieux; 
nous  pensons  à  une  diffusion  de  la  péritonite  jusque-là  localisée,  mais 
la  souplesse  du  ventre,  la  persistance  d’une  température  absolument 
normale,  et  l’apparition  de  vomissements  à  caractère  nettement  intes¬ 
tinal,  tout  oriente  notre  diagnostic  vers  l’occlusion  intestinale,  dont  la 
cause  nous  échappe  encore.  Nous  intervenons  avec  quelque  retard,  le 
11  janvier,  par  une  incision  haute  et  oblique,  pour  nous  tenir  résolu¬ 
ment  en  péritoine  libre  et  loin  du  foyer  de  suppuration  ouvert  à  ce 
moment  encore  à  la  paroi.  Nous  trouvons  l’intestin  grêle  fortement 
distendu  et  nous  constatons  que  la  cause  de  l’occlusion  réside  dans  la 
coudure  d’une  anse  grêle  adhérente  au  foyer  de  suppuration  pelvienne. 


SÉANCE  DU  12  DÉCEMBRE 


1497 


Le  mécanisme  est  évident  :  l’intestin,  qui  par  ses  adhérences  a 
limité  la  collection  suppurée,  s’est  trouvé  entraîné  vers  le  pelvis  par 
l'affaissement  de  la  poche  ;  il  en  est  résulté  une  coudure  brusque  entre 
le  segment  afférent  et  le  segment  efférent  de  l’anse  adhérente. 

Nous  ne  pouvions  songer  à  libérer  cette  anse  intestinale,  sans  risquer 
de  mettre  en  communication  la  région  infectée,  mais  encore  exclue, 
avec  la  grande  cavité  péritonéale.  Nous  avons  préféré  établir  une 
anastomose  entre  les  deux  segments  de  l’anse  adhérente.  Le  résultat 
fut  parfait,  et  le  rétablissement  rapide,  puisque  la  malade  quittait 
l’hôpital  trois  semaines  après  complètement  cicatrisée  et  guérie. 

Je  la  revoyais  quelques  mois  plus  tard,  en  parfaite  santé,  engraissée 
de  30  livres  et  ne  présentant  plus  aucun  symptôme  abdominal.  L’exa¬ 
men  génital  permettait  de  constater  la  souplesse  et  l’indolence  des 
culs-de-sac,  et  le  retour  complet  de  la  mobilité  utérine. 

Ma  surprise  fut  donc  grande  quand,  le  23  novembre  dernier,  cette 
malade  me  fut  apportée  d’urgence,  avec  une  nouvelle  crise  d’occlusion 
datant  de  deux  jours  et  absolument  semblable  à  la  première. 

J’interviens  le  même  jour  même  et  je  trouve,  dans  un  ventre  absolu¬ 
ment  libre  d'adhérences,  malgré  les  accidents  antérieurs  et  une  double 
intervention,  un  étranglement  d’un  segment  notable  de  l’intestin 
grêle,  sous  le  pont  formé  par  l’entéro-anastomose,  pratiquée  deux  ans 
auparavant.  Le  dégagement  est  facile,  mais  craignant  la  récidive  des 
accidents  et  constatant  d’autre  part  que  l’anse  intestinale  autrefois 
adhérente  a  spontanément  et  complètement  recouvré  sa  liberté,  je  ne 
vois  pas  de  meilleure  solution  que  de  supprimer  l’anastomose  désor¬ 
mais  inutile  et  même  dangereuse.  A  cet  effet,  je  sectionne  entre  deux 
clamps  la  bouche  anastomotique  et  je  suture  isolément  les  deux  brèches 
intestinales.  La  guérison,  comme  vous  le  voyez,  a  été  cette  fois  encore 
rapide  et  complète,  puisque  l’opération  ne  date  que  de  vingt  jours. 

Nous  nous  plaignons  souvent  de  la  tendance  désespérante  de 
certains  organismes  à  fabriquer  des  adhérences  post-opératoires. 
Il  en  est  d’autres,  comme  le  démontre  cet  exemple,  qui  marquent 
la  tendance  inverse.  Ni  une  grave  suppuration  abdominale,  ni 
deux  interventions  successives  n’ont  empêché  ce  péritoine  de  se 
libérer  complètement-  Il  est  vrai  que,  dans  le  cas  particulier, 
cette  heureuse  disposition  a  été  indirectement  la  cause  de  l’acci¬ 
dent  récent.  Mais,  somme  toute,  la  malade  s’en  tire  assez  bien,  et 
elle  veut  bien  se  déclarer  très  satisfaite. 


Arthrite  suppurée  du  genou  à  streptocoques.  Arthrotomie. 
Résultat  fonctionnel  après  mobilisation  active, 
par  M.  PAUL  MATHIEU. 

Je  vous  présente  un  enfant  de  douze  ans  que  j’ai  opéré  le 
11  octobre  dernier  pour  arthrite  suppurée  du  genou  gauche  à 


1498 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


streptocoques.  L’affection  datait  de  six  jours,  la  température  s’éle¬ 
vait  le  soir  à  40°9. 

Je  fis  deux  longues  incisions  latérales,  ouvrant  largement  l’arti¬ 
culation.  Je  lavais  à  l’éther,  et  ne  mis  pas  de  drain  dans  la  cavité 
articulaire.  Les  deux  incisions  furent  simplement  laissées  ouvertes. 
Après  l’opération,  plâtre  en  extension.  Propidon  à  doses  habituelles. 

Le  18  octobre,  je  tentais  une  mobilisation  légère  de  l’articulation  : 
mobilisation  de  quelques  degrés,  qui  ne  fit  pas  souffrir  le  malade, 
mais  fut  suivie  d’une  poussée  de  température.  Je  remis  l’appareil 
plâtré  et  ne  repris  la  mobilisation  que  dixjoursaprès,  le  28  octobre. 
A  ce  moment  la  température  ne  remonta  pas  notablement.  J’eus 
l’idée  de  faire  lever  le  malade  en  fixant  à  son  pied  le  petit  dispo¬ 
sitif  que  nous  a  décrit  M.  Fredet  à  propos  du  traitement  des  frac¬ 
tures  de  la  rotule,  la  bande  de  toile  tenue  par  l’enfant  suppléant 
à  l’action  du  quadriceps  toujours  déficient  en  pareil  cas. 

J’avais  constaté  dans  de  nombreuses  affections  traumatiques  du 
genou  les  excellents  effets  du  traitement  par  la  mobilisation  active 
du  genou.  Les  petits  malades  commencent  à  marcher  facilement 
en  extension,  attitude  qu’ils  obtiennent  en  tendant  la  bande  de 
toile,  puis  ils  prennent  confiance.  Us  consentent  à  faire  de  petits 
exercices  de  flexion.  La  durée  des  exercices  augmente  de  quel¬ 
ques  minutes  chaque  jour.  L’ensemble  des  exercices  de  marche 
et  de  flexion  dure  cinq  minutes  le  premier  jour,  augmente  chaque 
jour  de  quelques  minutes  et  ne  dépasse  pas  un  quart  d’heure. 

Les  bons  résultats  fonctionnels  obtenus  dans  les  traumatismes 
sont  plus  démonstratifs  lorsqu’il  s’agit,  comme  ici,  d’une  arthrite 
suppurée  du  genou  grave. 

L’enfant  que  vous  voyez  au  bout  de  six  semaines  dépasse  la 
flexion  à  angle  droit,  et  je  ne  doute  pas  qu’il  ne  puisse  encore 
s’améliorer. 


Présentation  de  radiographies. 

La  voie  transcalcanéenne  appliquée  au  traitement  sanglant 
des  fractures  du  cou-de-pied 
avec  fragment  marginal  postérieur  à  grand  déplacement, 
par  M.  ALGLAVE. 

L’observation  et  les  radiographies  seront  publiées  dans  un 
prochain  numéro. 


Le  Secrétaire  annuel, 
M.  Ombbédanne. 


lJann.  —  L.  Marbthbux,  imprimeur, 


Cassette. 


SÉANCE  DU  19  DÉCEMBRE  1923 


Présidence  de  M.  Mauclaire. 


Procès-verbal. 


;  •#  ' 


La  rédaction  du  procès-verbal  de  la  précédente  séance  est  mise 
aux  voix  et  adoptée. 


Correspondance. 

La  correspondance  comprend  : 

1°.  —  Les  journaux  et  publications  périodiqués  delà  semaine. 

2°.  —  Des  leitres  de  MM.  Jacob,  Cunéo  et  Mathieu,  s’excusant 
de  ne  pouvoir  assister  à  la  séance. 

3”.  —  Des  lettres  de  MM.  Murard,  Combier,  Costantini  et  Lom¬ 
bard,  posant  leur  candidature  au  titre  de  correspondant  national. 

4°.  —  M.  le  Dr  C.  Jean,  qui  a  déjà  fait  acte  de  candidature, 
envoie  le  résumé  de  ses  titres. 


A.  propos  de  la  correspondance. 

M.  Paul  Riche  fait  don  à  la  Bibliothèque  de  la  Société  des 
ouvrages  suivants  : 

Fabrice  d’Aquai'endantg  :  De  locutione  (1607);  De  formatione 
ovi  et  pulli  (1621)  ;  De  formata  fœtu  (1600). 

Adriani  Spigelli  :  De  formata  fœtu  (1604). 

Bibliolheca  anatom'ca  (1699). 

Cours  d'opérations  de  chirurgie  de  Dionis  (1765). 

Des  remerciements  sont  votés  à  M.  Riche. 


M.  le  Président  annonce  que  MM.  Chauvel  (de  Quimper), 
Guillaume  Louis  (de  Tours),  Guelliot  (de  Reims),  membres  cor¬ 
respondants,  assistent  à  la  séance. 

SOl.L.  ST  MSM.  DK  LA  SOC.  DB  CHIR.,  1S23.  —  N°  35. 


no 


1500 


SOCIÉTÉ  DE  CHIHURGIE 


A  propos  du  procès-verbal. 


)ur  le  traitement  des  syncopes  anesthésiques 
r*  les  injections  intracardiaques  d'adrénaline, 


CH.  LENORMANT. 


Mx  \  obsecvations  personnelles  de  Toupet  et  aux  15  qu’il  a 
relevées*  dans  la  littérature,  j’ajoute  un  cas  recueilli  dans  mon 
serviCTPÇar:mon  interne,  M.  Richard,  prosecteur  à  la  Faculté. 
11  montre  également  l'efficacité  de  l’injection  intracardiaque 
d’adrénaline  dans  les  syncopes  anesthésiques  :  à  deux  reprises 
différentes,  l’injection  a  réveillé  les  battements  du  cœur  complè¬ 
tement  arrêté,  mais  la  aspiration  n’a  pu  être  rétablie  et  la  survie 
définitive  n’a  pas  été  obtenue  ;  ce  das  rentre  donc  dans  ceux 
que  Toupet  étiquète  succès  partiels.  J’ajoute  que  l’insuccès  final 
s’explique  par  ce  fait  que  la  première  injection  d’adrénaline  n'a 
été  pratiquée  que  douze  minutes  après  le  début  de  la  syncope. 
Comme  Toupet,  je  crois  que,  .passé  quatre  ou  cinq  minutes,  la 
survie  du  malade  ne  peut  pas  être  obtenue  ;  c’est  ce  que  m’avait 
appris  l’étude  des. tentatives  de  réanimation  du  cœur  par  massage. 

Voici  l’observation  de  M.  Richard  : 


Femme  de  quarante-deux  ans,  entrée  à  l’hôpital  Saint-Louis,  le 
27  novembre  1923,  pour  un  volumineux  adéno-phlegmon  carotidien; 
la  tuméfaction  d’une- dureté  ligneuse  s’étend  de  l’angle  de  la  mâchoire 
à  la  clavicule.  Immédiatement,  sous  anesthésie  générale  au  chlorure 
d'éthyle,  on  incise  ce  foyer;  après  avoir  traversé  une  couche  lardacée 
épaisse  de  plus  d’un  centimètre,  on  évacue  un  verre  à  bordeaux  de 
pus.  L’intervention  était  terminée  et  l’on  enlevait  le  champ  opératoire 
quand  brusquement  la,  respiration  s’arrête. 

On  commence  aussitôt  la  respiration  artificielle  et  on  la  poursuit 
pendant  douze  minutes  sans  résultat.  Le  pouls  n’est  plus  perceptible, 
non  plus  que  les  battements  cardiaques.  On  injecte  alors  dans  le  cœur, 
en  enfonçant  l’aiguille  à  la  partie  interne  du  3e  espace  intercostal 
gauche,  2  cent,  cubes  de  solution  d'adrénaline  au  millième.  L’aiguille 
fichée  dans  le  cœur  est  immobile.  Au  bout  de  cinq  à  dix  secondes, 
les  battements  cardiaques  reparaissent,  rapides,  mais  très  nets;  le 
pouls  fémoral  n’est  toujours  pas  perceptible. 

Après  cinq  minutes,  le  cœur  s’arrête  de  nouveau  et  l’on  fait  une 
deuxième  injection  de  2  cent,  cubes  iil  p.  1.000.  L’aiguille  présente 
d’abord  de  lentes  oscillations,  se  reproduisant  toutes  les  cinq  secondes; 
puis  les  battements  redeviennent  normaux  comme  rythme  etcomme 
intensité1.  Le  pouls  redevient  appréciable  à  la  fémorale  et  bat  à  90  à  la 
minute.  Le  faciès,  jusqu’alors  cyanosé,  reprend  sa  coloration  normale. 


SÉANCE  DU  19  DÉCEMBRE 


1501  . 


Mais  la  respiration  spontanée  ne  se  rétablit  pas  et  les  pupilles  restent 
dilatées.  Au  bout  d’un  quart  d'heure,  le  coeur  s’arrête  définitivement. 
La  respiration  artificielle  avait  été  poursuivie  sans  arrêt  depuis  le 
début  de  la  syncope. 


Sur  l' ostéosynthèse  dans  certaines  fractures  de  l'omoplate , 
par  St.  CH.  LENOKMANT. 

En  vous  présentanl',  dans  la  dernière  séance,  un  malade  auquel 
il  avait  pratiqué,  avec  un  très  bon  résultat,  la  réduction  sanglante 
et  la  fixation  par  une  plaque  de  Lane  d’une  fracture  du  col  de 
l'omoplate,  mon  ami  Dujarier  faisait  remarquer  que  les- observa¬ 
tions  de  ce  genre  ne  sont  pas  encore  très  nombreuses.  11  m’a  paru 
intéressant  de  rapprocher  du  cas  de  Dujarier  un  fait  qui  m’est 
personnel  et  qui  montre  l’utilité  de  l’ostéosynthèse  dans  certaines 
fractures  à  grand  déplacement  de  la  région  supéro-externe  de 
l’omoplate.  La  lésion  était,  dans  mon  cas,  un  peu  différente  de 
celle  observée  par  Dujarier  :  au  lieu  d’une  fracture  du  col  de 
l’omoplate,  il  s’agissait  d’une  fracture  plus  complexe,  dont  le  trait 
détachait  tout  l’angle  supéro-externe  de  l’os  avec  les  portions 
adjacentes  des  fosses  sus-  et  sous-épineuses;  l’épine  scapulaire 
était  elle-même  fracturée  et  le  trait  se  prolongeant  en  bas  venait 
couper  le  bord  axillaire  de  l’omoplate  noiablement  au-dessous  de 
la  cavilé  glénoïde.  Tout  le  fragment,  ainsi  détaché,  avait  basculé 
en  haut  et  en  arrière,  pointant  sous  la  peau,  et  le  moignon  de 
l’épaule  était  fortement  abaissé. 

Cette  fracture  avait  été  déterminée,  chez  un  homme  d’une  tren¬ 
taine  d’années,  par  le  passage  d’une  roue  de  voilure.  Elle  s’accom¬ 
pagnait  d’un  très  volumineux  hématome  qui  masquait  l'état  du 
squelette:  les  lésions  exactes  ne  furent  reconnues  que  par  la 
radiographie  et  par  les  constatations  faites  au  cours  de  l’opération. 
Il  y  avait,  en  outre,  des  lésions  superficielles  de  la  peau  qui  me 
firent  retarder  de  quelques  jours  l’inttrvention. 

Celle-ci  eut  lieu  le  4  juillet  1923.  Une  incision  verticale,  faite 
sur  la  partie  externe;  de  l’omoplate  gauche,  permit  d’évacuer 
l’hématome  et  d’arriver  sur  le  foyer.  Après  vérification  des 
lésions,  je  pus  constater  que  la  réduction  était  facile  à  obtenir. 
Un  câble  d’acier  passé,  au-dessous  de  la  glène,  à  travers  la 
partie  épaisse  et  résistante  du  bord  axillaire  de  l’omoplate,  dans 
chacun  des  deux  fragments,  et  fortement  serré,  suffit  à  maintenir 
une  coaptation  exacte  et  solide.  Par-dessus,  je  rapprochai  les 
muscles  postérieurs  avec  des  calguls  et  je  suturai  la  peau  aux 
crins  de  Florence. 


1502 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Dans  la  suite,  le  blessé  eut  un  point  d’ostéite  et  il  fallut,  en 
septembre,  enlever  le  fil  métallique.  Mais  la  consolidation  est 
obtenue,  et  la  déformation  de  la  région  scapulaire  a  complète¬ 
ment  disparu. 


A  propos  de  la  dilatation  idiopathique  de  l'œsophage, 
par  M.  RAYMOND  GRÉGOIRE. 

Dans  une  des  dernières  séances  (14  novembre  1923),  je  vous  ai 
présenlé'le  résultat  d’une  inlervention  pour  dilatation  idiopathique 
de  l’œsophage.  La  malade  se  trouve  guérie  et  le  fonctionnement  de 
l’œsophage,  examiné  sous  écran,  montre  que  le  lait  opaque  passe 
d’emblée  de  l’œsophage  dans  l’estomac.  La  bouillie  opaque  s’arrête 
en  partie  au  cardia,  tandis  qu’un  mince  filet  pénètre  dans  la  cavité 
gastrique. 

M.  Tuffier,  à  cette  occasion,  aémis  l’avis  que  le  fonctionnement 
de  cet  œsophage  n’était  pas  normal,  car  la  bouillie  opaque 
s’arrêtait  au  cardia  et  ne  le  traversait  que  lentement.  «  Dans  un 
œsophage  normal,  on  ne  verrait  rien  de  semblable  »,  disait- il. 

Il  m’était  difficile  sans  arguments  précis  et  sur  des  souvenirs 
trop  vagues  d’opposer  une  dénégation  à  une  aftirmation  aussi 
absolue. 

Je  vous  demande  la  permission  de  vous  apporter  aujourd’hui 
des  faits  précis. 

Avec  M.  Darbois,  chef  du  service  radiologique  de  l’hépital  Tenon, 
nous  avons  examiné  le  mode  d’évacuation  de  plus  de  quinze  œso¬ 
phages  cliniquement  normaux.  Les  sujets  étaient  étudiés  debout 
devant  l'écran. 

L’œsophage  normal  présente  un  mode  d’évacuation  très  diffé¬ 
rent  suivant  que  l’on  fait  ingérer  au  sujet  un  lait  opaque  ou  une 
bouillie  opaque. 

Lorsqu’on  fait  ingérer  un  lait  baryté,  c’est-à-dire  un  liquide, 
celui-ci  descend  sans  aucun  arrêt  jusque  dansl’estomac.  Le  passage 
se  fait  si  vite  qu’on  a  peine  à  le  suivre,  Parfois,  on  peut  apercevoir 
une  apparence  de  fragmentation  incomplète  de  la  colonne  liquide 
qui  divise  l’œsophage  en  segments  fusiformes.  Je  pense  que  c’est 
là  l’expression  des  ondes  de  contraction  péristaltique. 

Lorsqu’on  fait  ingérer  une  bouillie  opaque,  c’est-à-dire  une 
substance  épaisse  et  pâteuse,  celle-ci  descend  sans  arrêt  jusqu’au 
niveau  de  la  partie  basse  du  conduit.  Là,  elle  s’arrête  un  instant. 
L’image  de  l’œsophage  se  présente  sous  forme  d’une  bande  irré- 


SÉANCE  DU 


DÉCEMBRE 


1503 


gulière  d'un  centimètre  environ  de  large,  tantôt  arrêtée  net  it  sa 
partie  inférieure,  tantôt  terminée  en  pointe. 

Bientôt  un  filet  opaque  beaucoup  plus  étroit  que  l’ombre  de' 
l’œsophage  thoracique  apparaît  et  gagne  la  grosse  tubérosité 
de  l’estomac.  Cette  dernière  ombre  présente  une  longueur  de  4  à 
5  centimètres  et  paraît  s'étendre  du  diaphragme  à  l’estomac.  L’arrêt 
de  la  bouillie  ne  se  fait  donc  pas  au  niveau  du  cardia,  autre¬ 
ment  dit  de  l’abouchement  de  l’œsophage  abdominal  dans 
l’estomac.  L’arrêt  se  fait  au  niveau  de  l’orifice  œsophagien  du 
diaphragme,  comme  en  témoigne  ce  long  filet  opaque  allant  de 
l’extrémité  inférieure  de  l’œsophage  à  l’estomac.  Cette  consta¬ 
tation  n’est  pas  sans  intérêt  pour  ce  qui  touche  à  la  palhogénie 
du  méga-œsophage. 

Si  l’on  fait  faire  des  mouvements  de  déglutition  au  sujet,  on 
voit  un  renflement  se  produire  dans  l’ombre  de  l’œsophage  thora¬ 
cique.  Ce  renflement  progresse,  s’accentue  un  peu  au-dessus  du 
diaphragme,  le  franchit,  et  le  mince  filet  que  nous  signalions  tout  à 
l’heure  devient  un  fuseau  volumineux  et  court  qui  disparaît  en 
pénétrant  dans  l’estomac. 

Tandis  qu’il  est  très  difficile  de  suivre  et  même  de  voir  le 
passage  du  lait  baryté  en  raison  de  la  vitesse  de  sa  progression, 
rien  n’est  plus  facile,  au  contraire,  que  d’étudier  le  passage  de  la 
bouillie  opaque  en  raison  de. sa  lenteur.  Nous  avons  constaté  que 
l’on  pouvait  compter  plus’ de  dix  minutes  avant  que  la  bouillie 
opaque  ait  disparu  de  l’œsophage. 

Voici  des  radiographies  qui  ont  été  prises  plus  de  sept  à  huit 
minutes  après  l’ingestion  de  gélobarine  dans  l’état  oh  la  livre  le 
commerce. 

Je  ne  puis  donc  être  de  l’avis  de  M.  Tuffier  quand  il  dit  qup 
l’œsophage  normal  laisse  passer  instantanément  les  bouillies, 
comme  passent  les  liquides. 

Je  n’ai  observé  ce  passage  rapide  des  bouillies  qu’une  seule  fois 
chez  une  vieille  femme  qui  souffrait  d’accidents  de  lithiase  biliaire. 

Je  puis,  aujourd’hui,  affirmer  que  dans  l’œsophage  normal  le 
lait  opaque  passe  sans  arrêt,  la  bouillie  épaisse  slagne  un  certain 
temps,  probablement  au  niveau  du  diaphragme,  et  passe  ensuite 
dans  l’estomac. 

C’est  exactement  ce  que  j’avais  constaté  chez  la  malade  opérée 
pour  méga-œsophage  et  que  je  vous  ai  présentée  le  14  novembre 
dernier. 


1504 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Rapport. 

Péritonite  supputée  diffuse ,  mortelle ,  survenue  au  cours 
d’un  traitement  radiothérapique, 
chez  une  malade  atteinte  de  fibrome  utérin, 

par  M.  le  Dr  Henri  Mondor, 

Chirurgien  des  hôpitaux,  professeur  agrégé  à  la  Faoulté. 

Rapport  de  M.  P.  LECÈNE. 

LeDr  H.  Mondor,  notre  collègue  des  hôpitaux,  nous  a  adressé,, 
il  y  a  quelques  mois,  l’observation  suivante  : 

Appelé  à  l’hôpital  Saint-Louis  le  2  juin  1922,  à  23  h.  30,  j’examinai 

une  malade  âgée  de  quarante-trois  ans,  M...  B .  dont  la  grave 

affection  abdominale  inquiétait  les  internes  de  M.  le  Dr  Rieffel. 

Cette  femme,  entrée  le  même  jour  à  19  heures  pour  des  douleurs 
abdominales  vives  généralisées  et  pour  des  vomissements,  racontait 
gue  depuis  six  mois  environ  d'abondantes  hémorragies  utérines- 
étaient  survenues.  Une  pesanteur  croissante  dans  le  bas-ventre,  des 
douleurs  lombaires,  la  durée  de  ces  saignements  (quinze  à  vingt  jours 
par  mois),  l’avaient  fait  s’inquiéter  il  y  a  cinq  semaines.  Le  médecin 
avait  diagnostiqué  :  fibrome  utérin  et  ordonné  la  rœntgenthérapie. 
Celle-ci  fut  pratiquée  aussitôt,  sans  aucune  manœuvre  intra-utérine, 
mais  avec  quel  dosage,  nous  l’ignorons.  La  troisième  séance  eut  lieu, 
malgré  les  règles,  le  mercredi  31  mai.  Dans  la  nuit  du  1er  au  2  juin, 
à  3  heures  du  matin,  la  malade  est  réveillée  par  une  douleur  en- 
coup  de  poignard  dans  le  bas-ventre  et  par  des  vomissements  abon¬ 
dants  qui  l’épuiseroat  toute  la  nuit.  Ces  symptômes  s’accentuent  pen¬ 
dant  toute  la  journée  suivante.  La  malade  est  apportée  à  l’hôpital  le 
soir  du  2  juin. 

Lorsque  je  la  vois,  elle  a  une  température  de  39°4,  un  pouls  assez- 
bien  frappé  à  110,  mais  un  faciès  impressionnant,  gravement  angoissé. 
L’abdomen  est  météorisé  dans  toute  son  éteudue,  peu  soulevé  par  les 
mouvements  respiratoires.  A  la  palpation,  la  douleur  est  diffuse,  mais 
la  défense  n’interdit  pas  une  dépression  pariétale  assez  profonde.  Pas 
de  ventre  de  bois.  La  contracture  est  plus  marquée  à  gauche,  sur  la 
fosse  iliaqueoù  la  douleur  est  aussi  plus  vive. Pas  de  sonorité  préhépa¬ 
tique.  Pas  de  matité  dans  les  flancs.  Le  toucher  et  le  palper  abdominal 
combinés  sont  difficiles  ;  malgré  les  plus  lentes  précautions  'ils 
arrachent  des  cris  à  la  malade.  Ils  ne  permettent  guère  d’apprécier  le 
volume  de  l’utérus  mais  laissent  découvrir  un  empâtement  péri- 
utérin  extrêmement  douloureux  et  notable  surtout  dans  le  cul-de-sac 
postérieur. 

Il  s’agit  certainement  d’une  réaction  péritonéale  à  point  de  départ 


SÉANCE  DU  19  DÉCEMBRE 


1505 


pelvien.  Nous  pensons  bien  plutôt  à  une  péritonite  diffuse  à  point  de 
départ  ealpingiea  qu’à  une  inondation  par  rupture  de  grossesse  ecto¬ 
pique.  Le  faciès  est, livide,  mais  les  muqueuses  ;ne  sont  pas  décolorées. 
Le  pouls  est  rapide,  mais  bien  frappé.  Aucun  retard  de  règles  n’a  été 
remarqué.  La  notion  même  du  traitement  radiothérapique  n’est  pas 
sans  nous  influencer.  Nous  diagnostiquons  comme  probable  :  une 
péritonite  diffuse  d'origine  annexielle;  nous  en  soulignons  le  très  grave 
pronostic  et  nous  autorisons  le  docteur  Le  Gac,  interne  d°  ^ipiriAm» 
année,  expérimenté,  adroit,  honoré  de  la  confiance' la  plus  large  de 
son  èhef  de  service,  à  opérer  aussitôt  cette  malade.  11  le-  fait  en  notre 
présence. 

Anesthésie  générale  à  l’éther.  Laparotomie  sous-ombilicale.  Dès  l’ou¬ 
verture  du  péritoine,  un  pus  vert  s’écoule.  Le  pus  est  libre,  abondant 
dans  la  grande  cavité  qu’aucun  cloisonnement  n’a  protégée;  Un  fibrome 
du  volume  d’une  grenade  est  implanté  sur  le  fond  de  l’utérus.  De 
chaque  côté  de  celui-ci,  d’énormes  salpingites  font  saillie.  A  gauche, 
un  pyosalpinx  perforé  gros  comme  une  banane  vide  son  pus  par  un 
large  orifice.  A  droite,  pyosalpinx  non  perforé  du  volume  d’un  gros 
doigt  d’adulte.  Ces  grosses  lésions  tubaires  sont  d’ailleurs  sans  adhé¬ 
rences,  d’extirp'ation  rapide.  Une  hystérectomie  abdominale  supra- 
vaginale  est  faite  sans  difficulté.  On  la  termine  par  un  large  drainage 
sus-pubien  (gros  drain  et  larges  mèches  isolant  la  cavité  pelvienne). 

Il  n’a  malheureusement  pas  été  fait  de  prélèvement  du  pus  ni  par 
conséquent  d’examen  bactériologique. 

Malgré  les  soins  post-opératoires  les  plus  attentifs,  les  symptômes  de 
péritonite  s’aggravèrent.  Le  lendemain,  température  :  40°,  météorisme 
accentué,  vomissemenis  verts  incessants.  Le  surlendemain  est  plus 
sombre  encore  :  température  ;  40°5.  Pouls  de  plus  en  plus  petit. 

La  malade  succombe  dans  la  nuit  du  4  au  5  juin.  Il  n’a  pas  été  fait 
d’autopsie. 

L’observation  du  Dr  Mondor  montre  une  fois  de  plus  les  graves 
périls  auxquels  sont  exposées  les  malades  atteintes  de  fibromes 
lorsqu’elles  sont  soumises  à  un  traitement  par  les  rayons  X,sans 
avoir  au  préalable  été  suffisamment  examinées.  Il  est.  en  effet  plus 
que  probable  que  des  lésions  annexielles  existaient  déjà  chez  .cette 
malade  au  moment  où  le  traitement  par  les  rayons  X  fut  institué  ; 
le  développement  brusque  d’une  infection  salpingienne  bilatérale, 
avec  perforation  d’un  des  pyosalpinx,  a  été  la  conséquence  de  ce 
traitement  après  trois  séances  d’irradiation.  On  commit  même  la 
faute  grave  de  faire  une  séance  de  rayons  X  (la  troisième  du  trai¬ 
tement)  malgré  que  la  malade  eût  ses  règles  à  ce  moment  ;  il  est 
bien  probable  que  la  béance  du  col  utérin  et  la  congestion  de 
l’utérus  qui  se  produisent  au  moment  des  règles  ont  été  des  fac¬ 
teurs  adjuvants  très  importants  dans  le  développement  de  l'infec¬ 
tion  grave  des  trompes  qui  est  -apparue  brusquement  dès  le  len¬ 
demain  de  la  séance  d’irradiation. 


1506 


SOCIÉTÉ  DE  OHIHURCIE 


Malgré  une  opération  radicale  faite  au  bout  de  vingt-quatre 
heures  environ  après  le  début  des  accidents,  la  malade  succomba. 

Je  crois  qu’il  est  utile  de  publier  des  observations  telles  que 
celle  ci  ;  elles  montrent  bien  les  dangers  de  ces  méthodes  théra¬ 
peutiques  qui,  trop  souvent,  sont  considérées  comme  bénignes 
parce  qu'elles  ne  nécessitent  ni  l’anesthésie  générale  ni  l’emploi 
du  bistouri.  En  réalité,  elles  ne  sont  bénignes  n  elles  sont 
employées  avec  discernement ,  sur  indications  précises  et  après 
un  examen  gynécologique  complet  pratiqué  par  un  chirurgien 
expérimenté;  sans  cela,  elles  peuvent  être  beaucoup  plus  graves 
qu’une  intervention  sanglante. 

En  terminant,  je  vous  propose  de' remercier  le  Dr  Mondor  de 
nous  avoir  apporté  cette  observation  qui  mérite  de  figurer  dans 
nos  Bulletins. 


Questions  à  l’ordre  du  jour. 

1°  Lever  précoce  des  opérés. 

Mobilisation  et  lever  précoces  après  suture  de  la  rotule, 
par  M.  GAUDIER  (de  Lille),  membre  correspondant  national. 

L’observation  suivante  illustre  éloquemment  les  idées  que  j’ai 
déjà  soutenues  à  plusieurs  reprises  à  la  Société  de  Chirurgie, 
concernant  la  mobilisation  et  le  lever  précoces  des  suturés  de  la 
rotule  pour  fracLure. 

Il  s’agit  d’un  homme  de  quarante  cinq  ans,  pesant  129  kilogrammes, 
employé  de  la  Compagnie  du  Nord,  qui  entre  dans  mon  service  pour 
fracture  de  la  rotule  gauche  survenue  la  veille,  au  soir,  après  une 
glissade  où  le  patient,  trop  lourd,  ne  put  se  retenir. 

Congestionné,  présentant  de  l’œdème  des  membres  inférieurs,  tous- 
seur  catarrheux  et  emphysémateux,  à  la  respiration  sifflante,  accusant 
38°3  de  température  matinale  due  à  son  état  général,  cet  homme  serait 
tué  par  le  repos  au  lit  (il  passe  habituellement  ses  nuits  assis),  et  une 
anesthésie  générale  ;  la  radiographie  montre  des  fragments  très  écartés, 
l’inférieur  composé  de  trois  morceaux.  Impotence  totale. 

Le  même  jour,  2  décembre,  sous  rachianesthésie  remarquablement 
tolérée  et  idéale,  la  suture  de  la  rotule  est  pratiquée,  au  fil  de  lin, 
après  parage  du  tissu  cellulaire  infiltré  de  caillots  et  nettoyage  des 
culs-de-sac,  régularisation  des  fragments;  pas  de  lavage,  pas  de  drai¬ 
nage,  su'ure  culanée  au  fil  de  lin.  Pansement  simple. 

L’opéré  est  réinstallé  dans  un  fauteuil,  la  jambe  fléchie  sur  la  cuisse 
à  angle  droit  ;  le  mémo  soir,  avec  des  béquilles  il  fait  le  tour  de  la  salle. 


SÉANCE  DU  19  DÉCEMBRE 


1507 


Depuis  il  marche  régulièrement,  fléchissant  la  jambe  sur  la  cuisse 
à  chaque  pas,  par  périodes  d’un  quart  d’heure,  cinq  à  six  fois  par  jour. 

Pas  de  réaction  du  côté  du  genou  opéré;  les  fils  ont  été  enlevés  le 
dixième  jour.  Ce  même  jour,  il  remplaçait  les  béquilles  par  une  canne  et 
un  bras,  le  lendemain,  malgré  son  poids,  parla  canne  seule  ;  il  n’a  plus 
de  température;  il  continue  à  passer  ses  nuits  assis,  mais  c’est  chez 
fui  une  habitude  et  il  dort  très  bien  ainsi. 

Il  part  le  17,  soit  au  quinzième  jour,  sans  boiter,  n’ayant  jamais 
souffert  et  devant  continuer  à  la  maison  la  mobilisation  qu’il  a  si 
précocement,  et  si  heureusement  pour  lui  commencée  à  l’hôpital  ; 
une  radin  faite  avant  son  départ,  montre  uue  cohésion  parfaite  des 
fragments. 


2°  Sympathicectomie. 

Au  sujet  du  retour  paradoxal  de.  la  sensibilité 
i  après  résection  des  filets  sympathiques, 
par  M.  Jean. 

Rapport  de  M.  T.  DE  MARTEL. 

Je  me  contenterai  de  vous  résumer  l’observation  de  M.  Jean 
qui  sera  publiée  dans  les  Bulletins  de  la  Société. 

Chez  un  blessé  de  guerre  qui  présentait  une  lésion  du  sciatique 
avec  gros  troubles  moteurs,  troubles  sensitifs  étendus  et  troubles 
trophiques,  M.  Jean  a  pratiqué  sous  rachianesthésie  la  dénudation 
de  l’artère  fémorale  au-dessous  du  triangle  de  Scarpa  sur  une 
longueur  de  6  centimètres.  Il  a  obtenu  la  guérison  des  Ir.oubles 
trophiques,  ce  qui  n’est  pas  fait  pour  nous  étonner  étant  données 
les  déjà  nombreuses  observations  du  même  ordre  déjà  publiées, 
mais  il  a  aussi  obtenu  le  retour  presque  immédiat  de  la  sensi¬ 
bilité  dans  un  territoire  privé  de  sensibilité  depuis  de  longues 
années.  Les  observations  de  cet  ordre  sont  assez  rares.  Je  vous 
rappellerai  le  travail  expérimenlal  de  Tournay  sur  ce  sujet, 
l’observation  de  Regard  et  le  travail  de  Leriche. 

Observation.  —  R...,  blessé  le  9  octobre  1918,  par  éclat  d'obus  au 
tiers  moyen  de  la  face  postérieure  de  la  cuisse  gauche  ;  large  plaie 
musculaire  avec  lésion  du  nerf  sciatique.  Deux  jours  après  la  blessure, 
extraction  de  l’éclat  d’obus  et  mise  en  place  de  drains  de  Carrel  ;  vingt- 
cinq  jours  plus  tard,  suture  secondaire  t  on  aurait  constaté,  à  ce 
moment,  une  lésion  très  étendue  du  nerf  rendant  impossible  toute 
suture;  cicatrisé  en  juin  1919  ;  réformé  60  p.  100. 

Au  moment  où  nous  voyons  le  malade  en  avril  1923,  il  présente  une 
vaste  cica'rice  de  la  face  postérieure  du  membre,  allant  du  milieu  du 
mollet  au  tiers  supérieur  de  la  cuisse.  Large  perte  de  substance  des 


1308 


UÉTÉ  UE  CUIHUKUIE 


muscles  postérieurs  de  la  cuisse  et  des  jumeaux,  le  biceps  est  presque 
entièrement  sectionné.  La  cicatrice  adhère  au  fémur,  en  partie  abrasé 
par  le  projectile. 

Troubles  moteurs.  —  Flexion;  passive  de  la  jambe  sur, la  cuisse  normale. 
Flexion  active  atteignant  à  peine  ltangle  droit,  se  produisant,  d’ailleurs, 
avec  un  important  déficit  de  force. 

Pied  tombant  :  marche  avec  steppage.  Auoun  mouvement  actif  du 
pied,  la  flexion  dorsale  passive  est  limitée  A  l’angle  droit  par  la  rétrac¬ 
tion  du  tendon  d’Achille. 

Troubles  sensitifs.  —  Anesthésie  pour  fous  les  modes  de  sensibilité., 
dans  les  territoires  de  là  partie  basse  du  petit  sciatique,  du  cutané 
péronier,  du  saphène  externe,  du  rameau  calcanéen,  du  tibial  posté¬ 
rieur,  du  musculo-cutané  du  sciatique  poplité  externe,  du  tibial  ante¬ 
rieur,  des  nerfs  plantaires.  A  la  partie  moyenne  du  mollet,  il  existe 
cependant  dans  le  territoire  jambier  du  petit  sciatique  un  petit  îlot,  où 
persiste  quelque  peu  la  douleur  au  pincement  et  la  sensibilité  ther¬ 
mique.  Quelques  douleurs  spontanées  dans  le  pied  survenant  par  crises. 

Troubles  trophiques.  —  La, moitié  inférieure  du  territoire  anesthé¬ 
sique  a  complètement  perdu  s'es  poils.  La  peau  est  lisse,  un  peu 
épaissie.  Œdème  chronique  du  pied  et  du  tiers  inférieur  de  la  jambe. 
Troubles  trophiques  unguéaux  :  ongles  cannelés,  épaissis,  déformés. 
Cyanose  de  tout  le" pied  s’arrêtant  au-dessus,  des  malléoles.  Sensation 
habituelle  de  froid,  parfois  de  chaleur  dans  le  pied. 

A  diverses  reprises  apparition  de  p.hlyctèues,  qui  laissent  après 
crevaison  des  ulcérations  à  bords  violacés,  sans  tendance  à  la  cicatri¬ 
sation,  mettant  des  mois  à  guérir,  siégeant  au  niveau  des  malléoles,  à 
la  plante  du  pied  sous  les  têtes  des  1er  et  5e  métatarsiens  ;  après  gué¬ 
rison  ces  ulcérations  font  place  à  une  cicatrice  à  centre  achromique. 

Deux  de  ces  ulcérations  sous  les  têtes  des  1er  et  5e  métatarsiens 
durent  depuis  deux  ans,  et  n’ont  aucune  tendance  à  la  guérison  ;  elles 
présentent  l’aspect  classique  du  mal  perforant. 

Elecb-o-diagnoslic  ,  (Dr  du  Chazeaud).  —  Syndrome  d'interruption 
complète  des  sciatiques  poplités  externe  et  interne  (iuexcitabilité  fara¬ 
dique';  hypoexcitabilité  très  prononcée  au  galvanique  avec  secousse 
lente).  Hypoexcitabilité  légère  des  muscles  postérieurs  de  la  cuisse. 

Examen  de  la  circu'ation  du  membre.  —  Battements  artériels  don¬ 
nant  à  lapalpat  on  la  même  impression  des  deux  côtés.  Examen  A 
l’oscillomètre  de  Pachon  : 

Max. 

Bras .  14 

.Membre  inférieur  horizontal  : 

Côté  sain .  18 

—  malade .  22 

Membre  vertical  pied  en  haut  : 

Côté  sain .  tl 

—  malade .  15 

Membre  vertical  pied  en  bas  : 

Côté  sain .  29 

—  malade .  27 


Brassard 
I  de  l’appareil 


SÉANCE  DU  19  DÉCEMBRE 


1509 


Etal  général.  —  Assez  bon.  Wassermann  négatif.  Hien  chez  Je 
malade  qui  puisse  laisser  soupçonner  un  terrain  névropathique. - 

En  présence  de  ces  troubles  trophiques,  qui' gênent  la  marche  et  des 
douleurs,  le  blessé  vientoous  demanderai  conseil:  nous  lui  proposons 
une  sympathectomie  périartérielle  fémorale. 

Nous  fa  sons  enirer  le  malade  dans  le  service  du  D1,  Oudard  à  l’hôpital 
Sainte-Anne,  où  nous  l’opérons  le  27  avril.  Sous  rachianesthésie  la 
fémorale  superficielle  au-dessous  de  la  pointe  du  triangle  de  Scarpa 
est  dénudée  sur  6  centimètres  de  longueur  :  fartère  après  décortication 
soigneuse  est  fortement  contractée,  très  réduite  de  calibre. 

Nous  ne  voyons- le  malade  que  le  lendemain  matin;  il  nous  apprend 
aussitôt  qu’un  fait  nouveau  s’est  produit.  Dès  la  disparilion  de  l’anes¬ 
thésie  rachidienne,  il  a  remarqué  qu’il  sentait  le  contact  des  draps  sur 
la  face  externe  de  la  jambe.  Nous  procédons  aussitôt  à  une  exploration 
complète  du  territoire  anesthésique,  rendue  facile  par  la  persistance 
sur  la  peau  du  tracé  à  l’encre  pratiqué  l’avant- veille. 

Il  existe  un  retour  complet  de  la  sensibilité  à  ses  divers  modes  sur 
toute  la  face  externe  de  la  jambe  sur  une  zone  répondant  approxima¬ 
tivement  au  teiritoire  du  cutané  péronier.  Le  territoire  récupéré  a  en 
haut  10  centimètres  de  largeur,  en  bas  4  centimètres  dans  le  territoire 
jambier  du  petit  sciatique  ;  la  sensibilité  au  pincement  de  la  peau  et  la 
sensibilité  thermique  existent  plus  marquées  qu’avant  l’opération  et 
sur  une  plus  grande  étendue. 

Enfin  depuis  l’opération  est  apparue  une  zone  d’hypoesthésie  mal 
limitée  dans  la  zone  de  distribution  cutanée  du  rameau  rotulien  du 
saphène  iilterne. 

Celte  récupération  presque  immédiate  et  complète  de  la  sensibilité 
dans  le  terri toire  du  cutané  péronier  a  été  définitive  et  ne  s’est  accom¬ 
pagnée  d’aucune  amélioration  des  troubles  moteurs. 

Au  point  de  vue  circulatoire,  voici  les  constatations  faites. 

Le  lendemain  de  l’opératiou,  le  pied  et  le  bas  de  lajambesont  nette¬ 
ment  plus  rouges  et  plus  chauds  que  du  côté  opposé  (nous  n’avons  pu 
prendre  les  .températures  locales,  n’ayant  pas  de  thermomètre  spé¬ 
cial). 

Voici  les  tensions  prises  au  Pachon  le  septième  jour  après  l’opéra¬ 
tion  : 

Max.  Min.  Indice 

Bras) .  13 

Côté  sain  . .  16 

Côté  malade .  16 

Côté  sain .  Il 

.  Côté  malade .  "10 

Côté  sain .  26 

Côté  malade  ....  23 

Les  maux  perforants  ne  donnent  plus  aucun  suintement;  celui  du 
cinquième  orteil  est  presque  guéri  :  celui  du  gros  orteil  est  cicatrisé 
au  dix-septième  jour  après  l’opération. 


8  2,5 

9  3,5 

tto  2 

3  3 

4  1,5 

16  4 

16  2 


SOCIÉTÉ 


Uq  mois  après  l’intervention,  l’oscillomètre  donne 


Côté  sain .  . 

Côté  malade 
Côté  sain .  . 

Côté  malade 
Côté  sain  .  . 

Côté  malade 

Deux  mois  après  l’intervention  les  maux  perforants  reslent  g.iéris  : 
l’œdème  et  les  douleurs  ont  disparu  ;  le  pied  est  un  peu  plus  chaud  que 
le  pied  du  côté  sain.  La  récupération  sensitive  n'a  subi  aucune  modili- 
cation,  les  tensions  artérielles  sont  très  voisines  des  précédentes. 

Enfin  le  malade  est  revu  dernièrement  (octobre  1923),  soit  six  mois 
après  l’opération  :  maux  perforauts  guéris,  disparition  persistante  de 
l’œdème  et  des  douleurs.  Aucune  modification  de  la  zone  de  récupéra¬ 
tion  de  la  sensibilité,  troubles  moteurs  persistants.  A  signaler,  le  mois 
précédent,  une  petite  phlyctène  apparue  à  l’extrémité  du  gros  orteil, 
guérie.en  trois  jours. 

1°  En  résumé,  chez  un  ancien  blessé  de  guerre  présentant  une 
large  perte  Je  substance  des  parties  molles  de  la  cuisse,  intéres¬ 
sant  les  nerfs  grand  et  pelit  sciatique,  il  persiste  des  troubles 
sensitivo-moleurs  importants  et  des  troubles  trophique^  caracté¬ 
risés  notamment  par  de  l’oedème  et  des  ulcérations  chroniques 
du  pied.  Une  sympathectomie  est  suivie  presque  immédiatement 
d’une  réduction  importante  du  territoire  de  l’aneslhésie  et  ulté¬ 
rieurement  d’une  guérison  des  ulcérations. 

2°  Nous  laisserons  volontairement  de  cédé  la  disparition  des 
maux  perforants  plantaires.  L’opéralion  de  Leriche  a  fait  ses 
preuves  :  on  en  publie  tous  les  jours  de  nouveaux  cas,  et  nous 
en  avons  nous-même  relaté  ou  observé  des  exemp'es  suivis  de 
succès.  Chez  notre  malade,  au  bout  de  six  mois,  la  cicatrisation 
des  ulcérations  se  maintient.  Ce  résultat  est-il  définitif?  L’avenir 
nous  le  dira  :  nous  savons  que  des  récidives  sont  possibles  :  noire 
opéré  a  d’ailleurs  présenté  récemment  une  petite  phlyctène  rapi¬ 
dement  guérie  à  l’extrémité  du  gros  orteil. 

J’attire  l’attention  sur  une  conséquence  de  la  sympathectomie, 
à  savoir  celte  récupération  quasi  immédiale  de  la  sensibilité  dans 
un  lerriloire .anesthésique  depuis  de  longues  années.  Celle  ques¬ 
tion  n’est  pas  nouvelle,  et  il  y  a  lieu  de  rappeler  parmi  les  travaux 
récents  les  expériences  de  Tournay  ( Académie  dès  Sciences , 
14  novembre  1921),  l’observation  de  Regard  suivie  du  rapport  de 
M.  de  Martel  à  la  Société  de  Chirurgie  de  Paris,  3  mai  1922,  et  le 
travail  de  Leriche  dansla  Revue  de  Chirurgie ,  n05  10-11,  1922. 


16  8,5  3,5 

18,5  1,5  6 

19  6  T 

14  6  5,5 

10  3,5  4,5 

29  16  7 

27  14  5 


SÉANCE  DU  19  DÉCEMBRE 


1511 


Le  retour  paradoxal  de  la  sensibilité  après  résection  de  filets 
sympathiques,  quoique  exceptionnel,  est  donc  possible.  L’obser¬ 
vation  de  M.  Jean,  paraît  apporter  une  justification  de  cette  possi¬ 
bilité. 

3°  Pour  juger  des  effets  réels  d’une  sympathectomie,  il  faut 
évidemment  que  cette  dernière  ait  été  pratiquée  avec  certitude; 
de  toute  façon  dans  les  observations  publiées  et  dans  celle-ci  on 
n’a  en  rien  réalisé  une  sympathectomie  comparable  à  l’ablation 
de  la  chaîne  abdomino-pelvienne  pratiquée  par  M.  Tournay  dans 
ses  expériences.  Mais  encore  faut-il  qu’il  y  ait  eu  sympathectomie 
réelle  et  à  ce  sujet,  dans  une  question  aussi  précise,  les  remarques 
faites  par  Leriche  au  sujet  de  l’observation  de  Regard  ont  elles 
une  importance  indiscutable. 

Même  si  l’on  intervient  sur  une  artère  en  milieu  sain,  il  faut 
encore,  comme  l’a  dit  Leriche,  que  la  sympathectomie  ait  été 
pratiquée  de  fait  et  non  d'intention.  Dans  le  cas  actuel,  on  a  opéré 
dans  des  tissus  non  cicatriciels,  l’artère  a  été  bien  découverte  et 
décortiquée  sur  b.cenlimètres  de  longueur. 

Un  seul  point  cependant  peut  prêter  à  discussion  dans  cette 
observation,  c’est  l’étude  des  études  oscillométriqUes.  L’augmen¬ 
tation  des  indices  oscilloméiriques  est  dans  les  jours  qui  suivent 
une  sympathectomie  l’expression  même  des  résultats  de  celte 
intervention. 

Or,  les  indices  sont  nettement  plus  faibles  le  septième  jour 
qu’avant  l’opération,  moment  où,  dans  leur  ensemble,  ils  étaient 
nettement  plus  accusés  que  du  côté  sain,  ce  qui  n’est  presque 
jamais  observé. 

Faut-il  admettre  que  la  réaction  vaso-motrice,  qui  disparaît 
parfois  assez  vile  du  quinzième  au  trentième  jour  après  l’opéra¬ 
tion,  avait  déjà  disparu  au  septième  jour? 

Il  aurait  fallu  établir  des  courbes  oscilloméiriques,  prendre 
des  moyennes  de  divers  examens  pré-  et  post-opératoires,  pra¬ 
tiqués  dans  des  conditions  identiques,  faire  un  examen  le  lende¬ 
main  même  de  l’opération,  toutes  choses  qui  n'ont  pas  été  faites, 
pour  des  raisons  diverses,  et  qui  constituent  indiscutablement  une 
lacune  dans  l’observation. 

4°  La  récupération  de  la  sensibilité  a  été  immédiate,  mais  par¬ 
tielle. 

Ge  retour  paradoxal  de  la  sensibilité  a  été  presque  immédiat, 
complet,  et  dans  les  jours  et  les  mois  qui  ont  suivi  il  n’y  a  eu 
ni  rélrécissement,  ni  augmentation  du  territoire  récupéré,  et  ceci 
à  progression  lente  et  imparfaite,  telle  que  nous  en  avons  observé 
pendant  la  guerre. 

Pourquoi  ce  retour  de  sensibilité  est-il  resté  partiel  et  localisé 


1 512  SOCIÉTÉ  UE  CHIRUHG1E 


au  territoire  de  cette  seule  branche  du  sciatique  poplité  externe, 
le  cutané  péronier?  Si  ce  retour  relève,  selon  la  théorie  admise  par 
Leriche,  d’une  modification  des  phénomènes  vaso-moteurs,  on 
peut  se  demander  pourquoi  la  récupération  ne  s’est  pas  étendue  à 
tout  lé  territoire  qui  a  subi  cette  modification,  à  tout  le  pied, 
modification  qui  a  permis  la  guérison  des  ulcères  chroniques. 

Ces  quelques  notes  nécessitent-elles  une  conclusion  au  point 
de  vue  mécanisme  des  faits  observés? 

Nous' ne  le  croyons  pas  :  la  question  est  trop  complexe,  les  faits 
d’observation  trop  rares,  les  erreurs  d’interprétation  trop  pos¬ 
sibles. 

Y  a-t-il  action  directe  de  la  sympathectomie  sur  la  sensibilité 
restante  par  renforcement  «  action  nerveuse  se  consommant  dans 
le  système  nerveux  »  ou  indirecte  «  par  transformation  des  condi¬ 
tions  circulatoires  au  niveau  des  corpuscules  du  tact  encore  reliés 
à  la  chaîne  nerveuse  centrale  »  ?  (Théorie  de  Leriche.) 

La  question  reste  entière  et  M.  Jean  ne  fait  que  verser  dans  le 
débat  une  observation  incomplète'. 


3°  Ulcères  gastriques  perforés. 

Cinq  observations  d'ulcères  gastriques  perforés , 
par  M'.  le  Dr  André  Guillemin, 

Chef  de  Clinique  chirirgicale  à  la  Faculté  de  Nancy. 

Rapport  de  M.  ANTOINE  BASSET, 

Vous  m’avez  chargé  de  vous  faire  un  rapport  sur  le  travail  de 
M.  Guillemin. 

Voici  d’abord  les  cinq  observations  qui  forment  la  base  de  ce 
travail  :  * 

Obs.  I.  —  Perforation  d'un  ulcère  de  la  face  antérieure  de  l'estomac. 
Intervention  à  la  21e  heure.  Péritonite  diffuse.  Suture.  Mért, 

Le  27  juin  1921,  je  suis  appelé  à  15  heures  auprès  d’un  malade 
envoyé  à  l’hôpital  par  son  médecin  (raitant,  avec  Le  diagnostic  de  «  cho¬ 
lécystite,  perforation  de  la  vésicule  ». 

C’est  un  homme  de  trente-huit  ans,  qui  depuis  quatre  jours  ressent 
des  troubles  digestifs  avec  un  malaise  général.  La  veille  de  son  entrée 
au  service,  à  18  heures,  il  a  ressenti  une  violente  douleur  dans  la  région 
épigastrique,  vers  le  point  vésiculaire. 

Depuis  ce  moment,  le  médecin  l’a  vu,  à  plusieurs  reprises,  lui  a  fait 


SÉANCE  DU  19  DÉCEMBRE 


1513 


des  piqûres  de  morphine  croyant  à  une  colique  hépatique,  et  l'a  envoyé 
à  l’hôpital  en  raison  de  la  durée  de  la  crise  et  de  la  persistance  de  la 
défense  de  la  paroi,  qui  s’accentuait. 

L'abdomen  est,  en  effet,  météorisé  et  impossible  à.  palper,  la  matité 
hépatique  est  disparue;  le  malade  a  eu  quelques  vomissements  bilieux. 

Faciès  péritonéal.  Température  :  37?8.  Pouls  120,  pietit,  filant.  L’inter¬ 
rogatoire  révèlemn  passé  gastrique  peu  chargé,  qui,  avec  le  tableau  . cli¬ 
nique,  incite  cependant  à  poser  le  diagnostic  d’ulcère  gastrique  p-rforé. 

Intervention  immédiate,  21  heures  après  la  perforation. 

Sous  anesthésie  à  l’éther,  laparotomie  transversale  sus-ombilicale. 
Dès  que  le  péritoine  est  ouvert,  il  s’écoule  du  liquide  :  bouillon  sale  et 
des  débris  alimentaires.  L'estomac  ne  présente  pas  d’adhérences;  il 
est  attiré  facilement;  j’aperçois  à  sa  face  antérieure,  à  environ  trois  tra¬ 
versée  doigt  dwpylore  et  à  Z  centimètres  de  lapetite  courbure,  uneperfo- 
ration  à  l’empor  e  pièce  de  8  millimètres  de  diamètre.  Les  bords  sont 
légèrement  indurés.  La  perforation  est  enfouie  sous  deux  plans  de  suture 
et  par-dessus  je  fixe  de  l'épiploon. 

Eésorage  à  la  compresse  de  la  cavité  péritonéale  ;  j’y  versé  ensuite 
éther  et  huile  camphrée. 

Deux  gros  drains  dans  la  région  sous-hépatique. 

Sutnre  de  la  paroi. 

Le-  malade  meurt  dans  l-aunuih.. 

Obs.  H.  -»  Perforation  d'un  ulcère  gastrique  juxtapylonque.  Suture-  à 
la  6e  heure.  Gaslro-entérostomie  complémentaire.  Guérison. 

Un  homme  de  ti’ente-cinq  ans,  sans  passé  gastrique  bien  établi,  est 
pris  subitement  à  17  heures  d’une  violente  douleur  abdominale,  sans 
localisation  nette,  dit-il,  qui  l’oblige  à  quitter  son  travail  et  à  s’aliter 
immédiatement.  Je  le  vois  à  22  h.  30,  soit  cinq  heures  et  demie  après  le 
début  des  accidents.  Epigastre  de  bois,  contracture  généralisée  à  tout 
l’àblomen.  Faciès  grippé.  Température  37°5.  Pouls  1 00,  assez  bien 
frappé.  La  matité  hépatique  existe.  Pas  de  matité  dans  les  flancs. 

Anesthésie  au  mélange  de  Schleich.  Laparotomie  médiane,  sus-  et 
sotls-ombilicale.  Liquide  louche  dans  le  péritoine.  Sur  l’estomac,  je 
découvre  près  de  la  petite  couibure  et  contre  le  pylore  une  perforation 
d’environ  5  mi'Iimètres  de  diamètre.  Ses  bords  sont  épaissis-,  indurés. 

Suture  à  deux  pldns,  renforcée  par  de  l'epipioon. 

Mais  la  suture  de  la  perforation,  en  raison  de  sa  proximité  du  pylore 
et  de  l’obligation  de  prendre  à  distance  du  tissu  sain,  a  diminué- forte¬ 
ment  le  calibre  de  l’antre  prépylorïque.  Je  fais  donc  une  gastro-enté¬ 
rostomie  postérieure  trans-mésocolïqire  complémentaire,  avec  blocage 
du  pylore. 

Drainage  de  la  région  sous-hépatique.  Suit  s  simples.  Peu  de  liquide 
s’écoule  par  les  drains  qu’on  supprime  bientôt.' 

La  malade  est  examiné  à  la  radioscopie  avant  de  quitter  l’hôpital.  La 
bouillie  bismuthée  emplit  l’estomac  dont  la  forme  est  normale.  Rien 
ne  passe  par  le  pylore.  L’évacua'ion  se  fait  rapidement  par  la  néo¬ 
bouche. 


-  1514 


tllÉTÉ  UE  i  l 


Obs.  111.  —  Perforation  d' un  uhc  e  juxta-pylurique  de  l'eitomac.  Inter¬ 
vention  à  la  18“  heure.  Salure  de  la  perforation  et  gasiro-entérustomie. 
Mort. 

Homme  de  trente-sept  ans,  éthylique.  Syndrome  abdominal  aigu  le 
14  juillet  1921  à  9  heures. 

Je  l’examine  le  15  juillet,  à  3  heures  du  matiu.  Il  ne  peut  dire  où  a 
débuté  la  douleur  très  violente  qu’il  a  ressentie.  Il  souffre  atrocement 
dans  tout  le  ventre,  particulièrement  dans  la  fosse  iliaque  droite. 

Ballonnement  accentué,  contracture  de  toute  la  paroi.  Température 
38°2,  pouls  à  127.  Matité  dans  les  flancs.  Faciès  altéré  péritonitique. 

Je  pense  avoir  affaire  à  une  appendicite  perforée  et  j’interviens  aussi¬ 
tôt,  c’est-à-dire  à  la  18e  heure.  Incision  dans  la  fosse  iliaque;  à  l’ouver¬ 
ture  du  péritoine  il  s’échappe  des  gaz  et  des  matières  alimentaires, 
mêlées  à  un  liquide  louche,  dans  lequel  nagent  quelques  fausses  mem¬ 
branes.  L’appendice  est  sain  ;  les  anses  grêles  sont  météorisées  et  con¬ 
gestionnées. 

Rectifiant  alors  mon  diagnostic,  je  laisse  un' drain  dans  le  bassin  et  je 
pratique  une  laparotomie  transversale  sus-ombilicale.  L’estomac  est 
fixé  par  des  adhérences  de  sa  région  juxtn-pylorique  au  foie  et  à  la  vési¬ 
cale.  Tout  contre  cette  zone  d’adhérences,  je  trouve  une  perforation 
de  6millimètres  de  diamètre  environ,  taillée  à  l’emporte-pièce.  L'enfouis¬ 
sement  de  cette  perforation  comporte  quelque  difficulté  :  les  tissus  voi¬ 
sins  sont  friables  et  la  zone  indurée  a  la  dimension  d’une  pièce  de 
2  francs. 

L'épiploon  est  fixé  au  devant  des  deux  plans  de  suture. 

Celte  suture  a  diminué  fortement  le  calibre  du  tractus  digestif.  Blo¬ 
cage  du  pylore  au  fil  de  lin  placé  au  delà  de  la  perforation  et  gastro-enté¬ 
rostomie  postérieure  transmésocolique.  Drainage  de  l'espace  sous-hépatique. 

Le  malade,  très  shocké,  ne  se  remonte  pas.  Les  phénomènes  de  péri¬ 
tonite  généralisée  ne  rétrocèdent  pas.  Le  pouls  faiblit.  Le  malade 
meurt  16  heures  après  l’intervention. 

Obs.  IV.  —  Perforation  d’un  ulcère  de  la  petite  courbure.  Intervention 
à  la  5"  heure.  Suture.  Guérison. 

Un  homme  de  trente  ans,  saturnin  à  antécédents  gastriques,  étant 
à  son  travail,  éprouve  le  l,r  septembre  1922’  à  16  heures,  une  douleur 
abdominale  subite  et  d’une  extrême  violence,  avec  tendance  syn¬ 
copale.  Il  est  ramené  à  son  domicile,  on  le  couche;  un  médecin 
l’examine,  porte  le  diagnostic  d’appendicite  aiguë  et  ordonne  le  transport 
du  malade  à  l’hôpital. 

Température  36°9.  Pouls  à  90.  Défense  de  la  paroi  avec  hyperes¬ 
thésie  à  l’épigastre  et  au  point  de  Mac  Burney. 

Étant  donnés  le  passé  gastrique  du  malade  et  la  douleur  que  la  pal¬ 
pation  révèle  un  peu  plus  vive  à  l’épigastre  que  dans  la  fosse  iliaque, 
le  diagnostic  d’ulcère  perforé  gastrique  ou  duodénal  semble  le  plus 
vraisemblable  et  c’est  dans  ce  sens  qu’est  dirigée  l’opération. 

Intervention  à  21  heures.  —  Cœliotomie  transversale  sus-ombilicale. 
A  l’ouverture  du  péritoine,  il  s’écoule  un  liquide  épais,  jaunâtre.  Sur 


SÉANCE  DU  19  DÉCEMBRE 


1315 


la  petite  courbure  à  i  centimètres  du  pylore,  j’aperçois  la  perforation 
de  6  millimètres  de  diamètre  environ,  par  laquelle  s’échappe  le  contenu 
gastrique.  La  zone  d’induration  est  étendue  comme  une  pièce  de 
2  francs,  ses  bords  ne  sont  pas  très  épais.  Il  est  possible  d'oblitérer  celte 
perforation  par  une  suture  en  bourse  malgré  la  friabilité  des  tissus,  puis 
par  un  surjet.  Enfui  sur  le  tout  je  ramène  l'épiploon. 

Le  calibre  de  l’antre  pylorique  n’est  pas  diminué;  on  juge  inutile 
une  gastro-entérostomie.  Essorage  à  la  compresse  de  la  cavité  périto¬ 
néale.  Drainage  sous-hépatique  ;  drainage  dans  la  fosse  iliaque  droite. 
Suites  opératoires  simples.  Les  drains  donnent  beaucoup  de  liquide 
pendant  quelques  jou' s.  Peu  à  peu,  ils  sont  retirés. 

Le  malade  est  radiographié  le  7  octobre.  Son  estomac  a  une  forme 
normale.  Léger  relard'  dans  l’évacuation.  Pas  de  rétention.  Il  n’accuse 
aucune  douleur,  aucune  gêne;  son  état  général  est  excellent. 

Obs.  V.  —  Perforation  d'un  ulcère  pylorique  en  péritoine  libre.  Inter¬ 
vention  à  la  4e  heure.  Suture  de  Ja  perforation  et  gasiro-entérostomie 
complémentaire.  Guérison. 

(Georges),  manœuvre.  Entre  à  1  hôpital  le  10  janvier  1923,  res¬ 
sentant  de  violentes  douleurs  abdominales,  il  est  dirigé  sur  un  service 
de  médecine. 

Deux  ans  auparavant,  le  malade  avait  éprouvé  des  douleurs  analogues 
qui  avaient  persisté  sept  jours.  Il  y  a  quatre  mois,  une  crise  de 
«  coliques  »  était  apparue,  mais  avait  duré  quelques  minutes  et  avait 
disparu  spontanément.  Le  malade  dit  n’avoir  jamais  souffert  de  l’esto¬ 
mac  et  digérer  toujours  très  facilement  tous  les  aliments,  quels  qu’ils 
soient. 

Le  10  janvier,  pendant  son  travail,  W...  éprouve  à  16  h.  30  une  vio¬ 
lente  douleur  aux  environs  de  l’ombilic  qui  l’oblige  à  quitter  son 
chantier.  Il  entre  à.l'hôpital  à  17  heures. 

Je  vois  le  malade  à  19  heures.  Faciès  péritonéal,  nez  pincé,  dyspnée. 
Pouls  à  88.  Tempéralure  ;  36°6.  Pas  de  vomissement,  défense  de  la 
paroi  abdominale  surtout  accusée  dans  l’espace  sous-hépatique.  La 
palpation  est  particulièrement  douloureuse  à  ce  niveau.  Légère  matité 
dans  le  liane  gauche;  par  contre,  sonorité  préhépatique  sur  une  largeur 
d’environ  deux  travers  de  doigt. 

Le  diagnostic  d’ulcère  (quasi  latent)  perforé  est  posé  et  je  décide 
d’intervenir  immédiatement. 

Opération  à  17  heures.  —  Sous  anesthésie  chloroformique^  Laparo¬ 
tomie  transversale  sus-ombilicale.  Pas  de  liquide  alimentaire  dans  le 
péritoine.  J’attire  l’estomac  et  je  vois  sur  le  pylore,  (ixé  haut  sous  le 
foie,  cachée  sous  quelques  fausses  membranes  et  sous  du  liquide 
d’aspect  biliaire,  une  perforation  grosse  comme  un  pois. 

Suture  en  deux  plans  assi'z  difficile  en  raison  de  l’induration,  des 
parois  gastriques.  Epiplooplaslie. 

Blocage  du  pylore  au  lin.  G astro  entérostomie  p>stérieure,  tiansméso- 
colique. 

Drainage  de  l’espace  sous-hépatique.  Sature  de  la  paroi  en  trois  plans. 

.BULL.  ET  MÉM.  DE  LA  SOC  DE  CHIR.,  1923.  -  111 


1516 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Un  prélèvement  du  liquide  intrapéritonéal  a  été  fait  au  voisinage  de  la 
perforation  pour  soumettre  à  l’analyse  bactériologique.  Celle-ci  a 
montré  (Dr  Thiry)  :  Très  nombreux  microcoques,  très  fins  anaérobies  ; 
pas  d’aérobies,  pas  de  slrepto,  de  staphylocoques,  ni  de  B.  colt;  globules- 
de  pus. 

Suites  opératoires  normales  jusqu’au  huitième  jour.  A  ce  moment, 
le  malade  fait  une  poussée  thermique  :  l’auscultation  des  poumons 
décèle  une  pneumonie  gauche,  quelques  crachats  hémoptoïques.  Une 
semaine  plus  tard,  tout  est  rentré  dans  l’ordre,  et  le  malade  sort  de 
l'hôpital  guéri,  le  15  février.  Il  n’éprouve  plus  aucune  souffrance. 

Un  examen  radioscopique  a  montré  que  l’estomac  s’évacue  nor¬ 
malement  sans  difficulté. 

Le  Dr  Guillemin  fait  suivre  ses  observations  de  considérations 
que  je  voudrais  vous  transmettre  en  vous  communiquant  en  même 
temps  les  réflexions  qui  m’ont  été  inspirées  par  la  lecture  de  son 
travail. 

Guillemin  fait  remarquer  que  ses  5  observations  concernent 
des  hommes  jeunes,  de  trente-huit  ans  au  maximum.  L’un 
d’eux  n’a  même  que  dix-huit  ans.  Il  est  bon  de  noter  ces  faits  qui 
d’ailleurs  confirment  les  notions  actuellement  bien  établies  de  la 
plus  grande  fréquence  des  perforations  d’ulcères  gastro-duodé- 
naux  dans  le  sexe  masculin  et  à  l’âge  moyen  de  la  vie.  Le  cas  du 
malade  de  dix-huit  ans  est  rare,  mais  pas  absolument  exceptionnel, 
puisque  dans  la  statistique  de  Lauret,  portant  sur  100  cas, 
6  malades  avaient  moins  de  vingt  ans,  et  que  dans  celle  établie 
par  M.  Hartmann  dans  son  tout  récent  rapport,  sur  173  cas, 
9  concernent  des  sujets  de  quinze  à  dix-neuf  ans. 

Guillemin  se  demande  s’il  y  a  une  relation  entre  le  moment  de 
la  perforation  et  l’état  de  réplélion  ou  de  vacuité  de  l’estomac, 
constatant  que  dans  tous  les  cas  sauf  un  (obs.-I)  la  perforation  s’est 
faite  de  trois  à  cinq  heures  après  le  repas,  c’est-à-dire,  d’après  lui, 
pendant  la  période  de  digestion  ou  immédiatement  après;  il 
écrit  :  «  On  pourrait  incriminer  soit  une  sécrétion  gastrique  plus 
considérable,  soit  les  contractions  de  l’estomac  qui  favoriseraient 
la  rupture  de  la  mince  épaisseur  de  paroi  restante.  Ces  perfora¬ 
tions  post-prandiales  sont  les  plus  graves,  car  à  la  gravité  de  la 
perforation  elle-même  s’ajoute  celle  due  à  ce  que  les  aliments 
ingérés  se  répandent  dans  le  péritoine.  (1  est  certain  d’autre  part 
que  l'état  de  vacuité  de  l’estomac  est  une  condition  favorable  de 
guérison.  » 

Sans  vouloir  suivre  Guillemin  sur  le  terrain  du  mécanisme 
chimique  ou  mécanique  de  la  perforation,  on  est  en  droit  de  se 
demander  si  on  peut  réellement  qualifier  de  post-prandiales  des 
perforations  qui  se  produisent  trois,  quatre  et  même  cinq  heures 


SÉANCE  DU  19  DÉCEMBRE 


13,17 


après  la  fin  du  repas,  et  cela,  alors  que  chez  aucun  des  malades 
de  l’auteur^on  n’est  autorisé  à  affirmer  ni  même  à  penser  que  leur 
évacuation  gastrique  fût  retardée.  D’aulre  part  Guillemin  insiste 
Sur  la  gravité  du  fait  que  les  aliments  ingérés  se  répandent  dans 
le  péritoine.  Dans  deux  de  ses  observations  (I  et  III)  il  signale  qu’à 
l'oiiverture  du  -ventre  il  a  constaté  la  présence  de  débris  alimen¬ 
taires.  C’est  un  fait  à  retenir.  Facile  à  comprendre  pour  le  malade  de 
l’observ.ition  III  dont  la  perforation  semble  s’èlre  faite  trois  heures 
après  le  petit  déjeuner,  il  est  au  contraire  assez  étrange  pour 
celui  de  l’observation  I  dont  Guillemin  dit  lui  même  qu’il  était 
à  la  diète  depuis  plusieurs  jours.  Il  est  certain  que  la  consta¬ 
tation  de  la  présence  dan,s  le  ventre  de  débris  alimentaires  faci¬ 
lement  reconnaissables,  outre  qu’elle  vérifie  ou  fait  faire  aussitôt 
le  diagnostic  de  perforation  gastrique  ou  duodénale,  comporte, 
surtout  s’il  s’agit  d’alimenls  solides,  un  double  élément  de  gravité 
en  raison  de  la  souillure  du  péritoine  et  parce  qu’elle  prouve  que 
la  perforation  est  large  et  béante  et  qu’elle  sera  probablement 
difficile  à  obturer.  Pour  ma  part,  sur  les  13  ulcères  gastriques  ou 
duodénaux  perforés  que  j’ai  opérés,  je  n’ai  jamais  trouvé  dans  le 
ventre  de  débris  alimentaires,  quoique  ayant  eu  affaire  trois  fois 
à  des  perforations  qui  présentaient  les  dimensions  d’une  pièce  de 
0  fr.  30  et  même  davantage.  Je  suis  donc  personnellement  porté  à 
croire  que  la  présence  dans  le  ventre  d’aliments  surtout  solides 
est  rare,  d'accord  d’ailleurs  en  cela  avec  ce  qu’écrivent  Mondor  et 
Lauret  dans  leur  livre  récent,  où  ils  la  qualifient  d’exceptionnelle. 

A  ce  propos  je  me  permettrai  de  dire  que  ces  auteurs  à  mon 
avis  parlent  trop  facilement  d'inondation  péritonéale  et  que  je  ne 
suis  pas  de  leur  avis  lorsqu’ils  écrivent  :  «  La  règle,  c’est  bien 
l’inondation  de  la  grande  cavité  péritonéale  évoluant  vers  la  péri¬ 
tonite  septique  ou  putride  diffuse  ».  Je  crois  au  contraire  que,  en 
donnant  aux  mots  inondation  péritonéale  le  sens  que  nous  avons 
coutume  de  leur  donner  par  exemple  dans  la  rupture  précoce  d’une 
grossesse  extraulérine,  l’inondation  du  péritoine  par  le  liquide 
contenu  dans  l’estomac  est  rare  en  cas  de  perforation  gastrique 
ou  duodénale,  à  moins  que  celle-ci  se  produise  largement  d’emblée 
sur  un  estomac  encore  très  rempli.  Si  à  l’ouverture  du  ventre  on 
trouve  du  liquide  en  abondance,  ce  qui  est  fréquent  mais  pas 
absolument  constant,  il  s’agit  pour  moi  bien  plus  de  liquide  de 
réacLion  et  d’exsudation  périlonéale  que  de  liquide  gastrique 
épanché  dans  le  ventre  à  travers  la  perforation. 

Les  trois  malades  que  Guillemin  a  opérés  moins  de  six  heures 
après  la  perforation  on,t  guéri,  les  deux  autres  opérés  au  bout  de 
dix-huit  et  de  vingt  et  une  heures  sont  morts.  Je  n’insisterai  pas 
sur  la  nécessité  d’opérer  précocement.  Cette  notion  est  banale  et 


1518 


SOCIÉTÉ  DE  CUIKURGIE 


évidente  pour  nous,  chirurgiens.  L’est-elle  également  pour  les 
médecins  qui  voient  les  malades  avant  nous?  Je  l’espère  et  même 
je  le  crois,  car  à  mon  avis  ce  qui  presque  toujours  retarde  noire 
intervention  ce  n’est  pas  la  temporisation,  le  diagnostic  exact 
étant  fait,  iniis  bien  l’absence  d’un  diagnostic  précis  ou  l’erreur 
de  diagnostic.  Dans  la  petite  statistique  de  5  cas  de  l’auteur  l’erreur 
de  diagnostic  a  été  faite,  deux  fois  par  le  médecin  traitant  (obs.  I  : 
colique  hépatique,  d'où  intervention  retardée  jusqu’à  la  vingt  et 
unième  heure,  et  mort  —  obs.  IV  :  appendicite)  et  une  fois  par 
Guillemin  lui  même  (obs.  II!  :  appendicite). 

L’erreur  de  diagnostic  avec  l’appendicite  a  été  comme  toujours 
la  plus  fréquente.  Loin  de  moi  toule  pensée  de  critique,  car  j’ai 
moi-même  une  fois  commis  cette  erreur.  Bile  est  une  des  moins 
préjudiciables  de  toutes,  car  lorsque  chez  un  malade  qui  présente 
le  tableau  dramatique  d’une  perforation  gastrique  ou  duodénale 
est  fait,  à  tort,  le  diagnostic  d’appendicite  aiguë,  du  moins  le  chi¬ 
rurgien  est- il  vite  appelé,  et  s’il  ne  redresse  pas  l’erreur  il  inter¬ 
vient  quand  même  aussitôt.  Le  seul  inconvénient  de  cette  erreur 
est  donc  d’amener  l’opérateur  à  faire  dans  la  fosse  iliaque  droite 
une  incision  qui  n’est  d’ailleurs  pas  toujours  tout  à  fait  inutile 
puisqu’elle  peut  servir  à  introduire  un  drain  dans  le.  pelvis  au 
cas  où  le  drainage  apparaît  comme  nécessaire.  C’est  ce  qu’à  fait 
Guillemin  dans  le  cas  III,  mais,  bien  qu’il  eût  aussitôt  rectifié  son 
diagnostic,  suturé  la  perforation  et  fait  une  [gastro-entérostomie, 
son  malade  opéré  à  la  18e  heure  ^n  pleine  péritonite  est  mort 
quelques  heures  après  l’opération. 

Il  u’en  est  pas  moins  évident  et  certain  qu’il  est  du  plus  haut 
intérêt  de  faire  le  plus  vite  possible  un  diagnostic  exact.  A  ce  propos, 
permetlez-moi  de  faire  une  remarque  basée  sur  l’expérience  per¬ 
sonnelle  de  mes  13  cas,  et  dont  j’ai  pu  récemment  encore  vérifier 
l’exactitude  sur  un  malade  qui  fut  opéré  devant  moi  par 
Jean  Quénu  à  l’hôpital  de  Vaugirard  moins  de  deux  heures  après 
•  sa  perforation.  Cette  remarque  concerne  l’importance  primordiale 
du  maximum  de  la  contracture  dans  la  région  épigastrique 
médiane  ou  latérale  droite.  C’est  dans  les  cas,  qui  ne  sont  pas 
exceptionnels,  où  le  passé  gastrique  du  malade  est  peu  net  ou 
méconnu  par  lui,  et  en  particulier  dans  ceux  où  on  hésite  entre 
perforation  d’ulcère  et  appendicite  aiguë,  que  ce  signe  acquiert,  à 
mon  avis,  une  importance  diagnostique  supérieure  à  celle  de 
u’importe  quel  autre  élément  du  tableau  clinique  et  en  particulier 
«le  la  douleur.  Depuis  que  je  le  recherche  systématiquement  et  que 
je  me  fie  presque  entièrement  à  lui  ce  signe  ne  m’a  jamais  trahi. 
Je  n’ai  pas,  bien  loin  de  là,  la  prétention  d’inventer  ce  symptôme 
ui  de  découvrir  son  importance.  Mondor  et  Lauret  ont,  dans  leur 


séance  nu  19  uécembiie 


Vol  9 


livre,  justement  insisté  sur  sa  valeur.  Peut-être  à  mon  gré  ne 
l’ont-ils  pas  encore  assez  mis  en  relief.  Ils  rappellent  que 
«  M.  T uffier  s’attachant  à  préciser  les  éléments  du  diagnostic  diffé¬ 
rentiel  entre  l’appendicite  et  la  perforation  gastro-duodénale  a 
donné  par  ordre  de  valeur  et  en  faveur  de  l’ulcère  les  trois  symp¬ 
tômes  suivants  :  le  siège  sous-hépato-gastrique  de  la  douleur 
(j’ajouterais  initiale)  ;  la  soudaineté  et  l’atrocité  de  cette  douleur; 
le  passé  gastrique  du  malade  ».  Mais,  justement,  dans  les  cas  où 
on  hésite  entre  appendicite  et  perforation  le  passé  gastrique  est 
très  souvent  incertain,  ou  estompé,  la  douleur  initiale  a  souvent 
été  progressive,  et  elle  a  pu  siéger  d’emblée  dans  la  fosse  iliaque 
droite  (11  cas  sur  200  dans  la  statistique  des  chirurgiens  d’Edim¬ 
bourg).  C’est  spécialement  pour  ces  cas-là  que  je  dirais  volontiers  : 
si  c’est  à  l’épigastre  ou  à  droite  de  celui-ci  que  la  contracture  èst 
le  plus  intense,  si  là  le  ventre  est  absolument  de  bois,  alors 
qu’ailleurs  la  paroi  est  un  peu  moins  rigide,  on  a  toutes  chances 
d’avoir  affaire  à  une  perforation  d’ulcère,  même  si  le  malade  se 
plaint  surtout  de  la  fosse  iliaque  droite,  même  si  la  pression 
détermine  une  douleur  plus  vive  dans  la  région  appendiculaire  que 
dans  la  partie  haute  de  l'abdomen.  En  résumé,  lorsque  l’exploration 
de  la  paroi  par  une  pression  douce  montre  une  discordance  entre 
le  maximum  de  la  douleur  provoquée  et  le  maximum  de  la  con¬ 
tracture  j’attribue  à  ce  dernier  signe  une  valeur  de  beaucoup  supé¬ 
rieure  à  celle  du  précédent. 

De  la  technique  opératoire  suivie  par  Guillemin,  je  dir,  i  peu  de 
choses.  Deux  fois  il  a  fait  une  suture  simple  (obs.  I  et  IV).  Un 
malade  opéré  en  pleine  péritonite  à  la  vingt  et  unième  heure  est 
mort,  l’autre  a  guéri  très  simplement.  Dans  les  3  autres  cas,  notre 
confrère  a  complété  sa  suture  par  une  gastro-entéroslomie  immé¬ 
diate  avec  blocage  du  pylore.  Ici  encore,  le  malade,  qui  est  mort, 
n’avait  pu  être  opéré  qu’au  bout  de  dix-huit  heures  alors  que  la 
péritonite  était  généralisée. 

Je  n’ai  pas  la  moindre  intention  de  reprendre  une  fois  de  plus 
la  discussion  sur  l’utilité  ou  l’inutilité  de  la  gastro-entérostomie 
complémentaire  immédiate.  Dans  2  sur  3  des  cas  où  il  l’a  prati¬ 
quée,  Guillemin  spécifie  que  la  suture  de  la  perforation  avait 
notablement  rétréci  le  canal  pylorique  ;  je  comprends  donc  sa 
conduite.  Je  n’en  dirai  pas  autant  du  soin  qu’il  a  pris  de  faire  en 
plus  un  blocage  du  pylore.  J’avoue  ne  pas  comprendre  les  avan¬ 
tages,  ni  même  l’utilité  de  cette  pratique  dont  l’emploi  par 
d’autres  opérateurs  doit  d’ailleurs  avoir  été  très  rare,  puisque 
Mondor  n’en  parle  pas  et  puisqu'elle  n’est  signalée  dans  aucune 
des  85  opérations  faites  par  mes  collègues  du  Bureau  central  et 
récemment  publiées  ici  même  par  M.  Hartmann 


1520 


SOCIETE  DE  CUIRURGIE 


Reste  la  question  du  drainage.  Guillemin  a  drainé  ses  5  opérés, 
dont3dans  la  région  sous-hépatique  seulement.  Chez  les  2  autres 
il  a  ajouté  un  drain  iliaque  droit  dans  un  ca®,  pelvien  dans 
un  autre,  mais  introduit  par  l’incision  iliaque  qu'il  avait  faite 
d’abord,  croyant  à  une  appendicite  aiguë.  Dans  les  cas  qui 
nous  occupent,  la  question  du  drainage  a  été  et  est  encore 
discutée  comme  celle  de  la  gastro-entérostomie  immédiate.  Au 
moment  où  on  opère  il  est  impossible  de  se  décider  d’après  l’état, 
que  l’on  ignore  encore,  de  septicité  ou  d’asepsie  du  liquide  intra- 
abdominal.  Â  la  question  «  faut-il  drainer  »?Mondor  répond:  «  Qui, 
si  on  opère  après  la  quinzième  heure,  oui  ou  non  si  on  a  opéré 
tôt  »,  et  personnellement  il  est  partisan  de  supprimer  tout  drai¬ 
nage  dans  ce  dernier  cas.  Dans  la  statistique  de  85  cas  du  Bureau 
central,  il  est  nolé  qu’on  n’a  pas  drainé  du  tout  chez  7  des  malades 
qui  ont  guéri,  mais  d’autre  pari,  dans  17  des  cas  terminés  par  la 
mort,  il  n’est  pas  spécifié  si  on  a  drainé  ou  non.  Pour  moi,  je  suis 
partisan  du  drainage  surtout  pelvien  (à  la  Murphy)  ayant  constaté, 
comme  je  l’ai  encore  fait  récemment  chez  le  malade  opéré  par 
Jean  Quénu  moins  de  deux  heures  après  sa  perforation,  que  le 
pelvis  contient  toujours  une  quantité  importante  de  liquide 
louche  qui  pendant  plusieurs  jours  continue  à  s’écouler  en  abon¬ 
dance  chaque  fois  qu’on  aspire  dans  le  drain. 

En  terminant,  je  vous  propose  de  remercier  te  D1'  Guillemin  de 
nous  avoir  communiqué  ses  observations  et  de  publier  celles-ci 
dans  nos  Bulletins. 


4°  Rachianesthésie. 

Les  accidents  méningés  de  l'anesthésie  rachidienne , 
par  M.  le  Dr  G.  Leclerc  (de  Dijon). 

Rapport  de  M.  PL.  MAUCLA1RE. 

Voici  l’observation  principale  du  travail  de  M.  Leclerc  : 

Observation.  —  Homme  de  quarante-cinq  ans,  opéré  pour  appendicite 
à  froid.  .11  reçut  12  centigrammes  de  novocaïne  à  b  p.  100  et  l’anesthésie 
fut  bonne  et  sans  incidents.  Mais  dès  le  lendemain  appaiurent  des 
doulturs  dans  b  s  membres  inférieurs,  puis  des  maux  de  tête  violents. 
Le  cinquième  jour,  la  céphalée  augmente,  la  température  monte  à  39°, 
puis  40®5,  avec  raideur  de  Ta  nuque,  raideur  du  rachis,  signe  de  Kei  nig, 
réflexes  rotuliens  exagérés,  pouls  irrégulier,  agitation,  délire.  Une 


SÉANCE  DU  19  DÉCEMBRE 


1521 


ponction  lombaire  pratiquée  le  septième  jour  retira  10  cent,  cubes 
de  liquide  céphalo-rachidien  sanglant.  Ce  liquide  fut  examiné  par 
centrifugation.  On  obtint  d’une  part  un  liquide  hémolysé,  d’autre 
part  un  culot  formé  de  globules  rouges  et  de  très  nombreux  leucocytes 
polynucléaires;  pas  de  microorganismes,  ni  en  frottis  ni  en  culture  sur 
gélose  ordinaire. 

Le  huitième  jour,  une  nouvelle  ponction  permit  de  retirer  20  cent, 
cubes  d’un  liquide  semblable  ayant  les  mêmes  caractères  à  l’examen 
■microscopique. 

Troisième  ponetion  le  lendemain  ;  le  liquide  est  plus  rose. 

Amélioration  des  symptômes  le  dixième  jour,  ceux-ci  finalement 
-disparaissent  complètement  les  jours  suivants. 

M.  Leclerc  ajoute  à  son  observation  les  réflexions  suivantes  : 

Il  faut  distinguer  :  la  rachicocaïnisalion ,  la  rachistovaïnisation 
•et  la  rachinovocaïnisation. 

1°  La  rachicocaïnisalion  donne  lieu  à  des  accidents  assez  fré¬ 
quemment. 

2°  La  rachistovaïnisation  n’est  pas  anodine. 

Pautrier  et  Clément  Simon,  à  la  Société  médicale  des  Hôpitaux, 
en  1917,  ont  relaté  les  réactions  méningées  puriformes  aseptiques 
qu’elle  détermine. 

Spill  Meyer,  en  1908,  a  étudié  chez  l’homme,  et  expérimen¬ 
talement  chez  les  animaux,  les  graves  lésions  consécutives  des 
cellules  nerveuses. 

3°  La  rachinovocaïnisation  est  moins  nocive,  comme  Chaput, 
Forgue  et  Riche  (de  Montpellier)  l’ont  démontré. 

En  1911,  Forgueet Riche  (de  Montpellier),  sur  650  cas,  signalent 
comme  accidents  :  quelques  rachialgies,  une  paralysie  du  moteur 
oculaire  externe  et  une  parésie  des  membres  inférieurs  qui  dura 
deux  mois. 

Gayet,  la  même  année,  sur  100  cas,  a  observé  :  8  céphalées 
graves  et  4  réactions  méningées. 

Weiss  (in  thèse  Meline),  sur  200  anesthésies,  signale  5  réactions 
méningées  légères,  et  8  fois  des  contractions  des  membres  infé¬ 
rieurs. 

En  1913,  Chaput  rapporta  ici  à  la  Société  de  chirurgie  1.000  obser¬ 
vations  de  rachinovocaïnisation  sans  paralysie  des  membres  et 
sans  paralysie  oculaire;  il  ne  parle  pas  de  réactions  méningées,  ni 
son  élève  Mercadé  non  plus  dans  son  travail  du  Journal  de  chi¬ 
rurgie  (1914). 

M.  Leclerc  a  pratiqué  environ  300  anesthésies  rachidiennes  à  la 
îi o vocaï ne,  et  il  note  : 

a)  12  p.  100  de  céphalées  dont  la  moitié  furent  très  tenaces; 

b)  2  cas  de  strabisme  temporaire; 


1522 


SOCIÉTÉ  DE  CRIRURlilE 


< ,  1  ca;  de  parésie  légère  des  membres  inférieurs; 

<i)  9  cas  de  véritables  réactions  méningées  caractérisées  par  des 
maux  de  tête  très  violents,  de  la  rachialgie,  de  la  raideur  de  la 
nuque  et  du  tronc,  du  signe  de  Keinig,  des  vomissements,  du 
ralentissement  et  de  l’irrégularité  du  pouls,  et  parfois  de  la  fièvre, 
mais  le  tout  sans  décès. 

M.  Leclerc  se  demande  quelle  est  la  cause  de  ces  accidents 
méningés.  Est-ce  l’infection?  Il  ne  le  croit  pas.  Est-ce  un  défaut 
d’isotonie  des  solutions  employées?  M.  Leclerc  ne  le  croit  pas  non 
plus,  car  il  fait  le  barbotage  de  la  solution  avec  le  liquide  céphalo¬ 
rachidien. 

Est-ce  une  action  toxique  de  la  novocaïne  sur  les  méninges  et 
sur  les  cenlres  nerveux?  M.  Leclerc  perche  vers  celle  opinion. 
Cependant  OgataelFijinura,  en  1910,  dans  leurs  expériences,  n’ont 
pas  trouvé  après  la  rachinovocaïnisalion  les  lésions  médullaires 
qu'ils  ont  notées  après  la  rachicocaïnisation. 

Riche  et  Mestrezat  (Société  de  biologie,  1 91 1  )  on  I  noté  une  légère 
réaction  méningée. 

On  sait  qu’une  simple  injection  lombaire  de  sérum  artificiel 
provoque  une  polynucléose  qui  le  troisième  jour  se  transforme  en 
lymphocytose  (Goduko,  Detot  et  Grenet,  Sicard  et  Salin,  Société  de 
biologie,  19101. 

Dans  2  cas,  Sicard  et  Salin  ont  constaté  la  congestion  médullaire, 
l’infiltration  lympho-polynucléaire  au  niveau  des  vaisseaux  spinaux 
postérieurs,  des  racines  postérieures  et  des  culs-de  sac  ganglion¬ 
naires  rachidiens. 

Chez  des  malades  ayant  de  la  céphalée  consécutive,  M.  Leclerc 
a  noté  dans  le  liquide  d'une  nouvelle  ponction  lombaire  une  légère 
leucocylose  indiquant  que  la  novocaïne  a  sur  les  méninges  une 
action  chimique  nocive. 

11  n’y  a  pas  de  rapport  entre  la  dose  injectée  et  l’intensité  de  la 
réaction  méningée.  M.  Leclerc  pense  que  les  gens  âgés  suppor¬ 
tent  mieux  la  rachianesthésie  que  les  gens  jeunes. 

Malgré  ces  réactions  méningées  sur  lesquelles  il  désire  attirer 
l’at'enlion,  M.  Leclerc  ne  rejette  pas  la  méthode,  loin  de  là.  Mais, 
quand  cela  est  possible,  il  préfère  l’anesthésie  régionale.  Il  utilise 
l’anesthésie  rachidienne  pour  les  opérations  portant  sur  les  mem¬ 
bres  inférieurs,  le  périnée,  le  bassin.  Il  l’emploie  volontiers  aussi 
chez  les  diabétiques,  car  elle  évite  l’acidose  post-opératoire  qui 
s’observe  après  l’anesthésie  générale  et  aussi  chez  les  obèses  à 
cœur  gras  et  à  poumons  emphysémateux.  Il  l’emploie  aussi  volon¬ 
tiers  pour  les  opérations  abdominales,  car  elle  donne  «  le  silence 
abdominal  »  si  utile  surtout  dans  les  cas  d’obstruction  intesti¬ 
nale.  Enfin,  en  cas  d’urgence,  à  la  campagne,  elle  évite  un  aide. 


SÉAXCE 


19  DÉCEMBRE 


1523 


Telles  sont  les  réflexions  de  M.  Lecler je  les  approuve  com- 
plèiement. 

Personnellement,  j’emploie  peu  la  rachianesthésie,  et  dans  un 
ca$  d’anesthésie  haute  j’ai  observé  une  réaction  méningée  mor¬ 
telle  (slovaïne  et  strychnine).  Il  n'est  pas  douteux  que  la  rachi¬ 
anesthésie  est  moins  grave  que  l’anesthésie  générale,  mais  comme 
toutes  les  méthodes  d’aneslhésie  elle  a  ses  dangers,  et  dernière¬ 
ment  M.  Terrien  étudiait  les  paralysies  oculaires  consécutives  à  la 
rachianesthésie. 

Je  vous  propose,  en  terminant,  de  remercier  M.  Leclerc  et  de 
publier  dans  nos  Bulletins  son  observation  et  ses  réflexions  per¬ 
sonnelles  sur  la  rachianesthésie. 

M.  Savariaüd.  —  Je  pourrai,  si  cela  vous  intéresse,  vous 
apporter  dans  la  prochaine  séance  l'observation  d’une  malade 
qui  a  présenté  hiiü  jours  après  une  rachianesthésie  des  phéno¬ 
mènes  méningés  et  médullaires  qu’après  un  examen  très  conscien¬ 
cieux  notre  collègue  Souques,  médecin  de  la  Salpêtrière,  put 
rapporter  à  une  encéphalite  léthargique.  Il  a  donc  pu  innocenter 
complètement  l’anesthésie  rachidienne,  mais  on  comprend  toute¬ 
fois  que  de  pareilles  coïncidences  soient  extrêmement  troublantes, 
et  pour  ma  part,  sans  l’intervention  de  mon  collègue,  j’aurais  été' 
extrêmement  inquiet. 

M.  Georges  Labey.  —  Je  crois  qu’il  est  important  que  tous  ceux 
qui,  parmi  nous,  pratiquent  l’anesthésie  rachidienne  apportent  à 
celte  tribune  leur  statistique  et  que,  comme  l’a  dit  mon  ami 
Cunéo,  les  cas  de  mort  soient  rapportés  en  détail,  tant  au  point  de 
vue  de  la  technique  employée  qu’au  point  de  vue  de  l'état  du 
malade  au  moment  de  l’intervention  et  de  la  maladie  qui  a  néces¬ 
sité  Tacle  chirurgical.  Il  est,  en  effet,  illogique  de  mettre  tous  les 
accidents  observés  sur  le  compte  d’un  mode  d’anesthésie  qui  rend 
de  tels  services  et  présente  des  avantages  si  précieux  dans  cer¬ 
tains  cas. 

Personnellement,  je  ne  suis  venu  que  très  récemment  A,  la 
rachianesthésie  et  ma  statistique  ne  sera,  de  ce  fait,  que  bien 
petite  en  comparaison  de  beaucoup  d’autres.  Je  ne  la  pratique 
couramment  que  depuis  deux  ans  et  y  ai  été  amené  par  un  de  mes 
internes  qui  en  était  devenu  un  adepte  convaincu  après  une  année 
passée  dans  un  service  où  on  l’employait  constamment  et  qui  m’y 
a  converti  moi-même, 

J’y  ai  trouvé  de  tels  avantages  pour  la  chirurgie  abdominale 
que  j’en  suis  devenu  un  fidèle  partisan. 


1524 


SOCIÉTÉ  DE  CUIRUHUIE 


Ce  n’est  pas  que  je  la  considère  comme  une  anesthésie  sans 
danger,  tant  s’en  faut,  et  je  ne  pense  pas  qu’on  doive  l’employer 
à  la  légère  pour  des  interventions  de  petite  importance  qui 
peuvent  être  faites  à  l’anesthésie  locale  ou  régionale  ou  pour  des 
opérations  de  courte  durée  ne  nécessitant  qu’une  brève  anesthésie 
générale. 

Elle  a,  comme  toute  anesthésie,  ses  indications  et  ses  contre- 
indications. 

D’ailleurs,  y  a-t-il  un  seul  mode  d’aneslhésie  qui  puisse  être 
considéré  comme  exempt  de  danger  immédiat  ou  consécutif?  Le 
but  cherché  est  de  choisir,  dans  un  cas  donné,  celui  qui  fera  courir 
le  moins  de  risques.  Or,  j'estime,  pour  ma  part,  que  pour  les  opé¬ 
rations  sérieuses  sur  les  organes  pelviens^  sur  l’estomac,  l’intestin 
et  les  voies  biliaires,  l’immobilité  des  viscères  abdominaux  et  la 
souplesse  de  la  paroi  obtenues  par  la  rachianesthésie,  la  diminu¬ 
tion  du  choc  opératoire,  le  fait  que  le  rein  et  le  foie  ne  sont  en 
rien  touchés  par  l’agent  anesthésique,  la  disparition  presque  com¬ 
plète  des  accidents  pulmonaires  post-anesthésiques  constituent 
des  avantages  tels  qu’ils  contre-balancent  largement  les  incidents 
et  les  accidents  inhérents  à  ce  mode  d’aneslhésie . 

Je  n’ai  jamais  employé  que  la  novocaïne  à  5  p.  100  :  je  me  sers 
de  scuroeaïne  en  solution  préparée  à  l’avance,  additionnée  d’adré¬ 
naline,  ou  faite  extemporanément  dans  le  liquide  céphalo-rachi¬ 
dien.  La  solution  extemporanée  m’a  paru,  comme  à  Guibal,  donner 
une  anesthésie  plus  constamment  fidèle  et  remontant  plus  haut, 
dans  les  mêmes  conditions  s’entend,  que  la  solution  préparée 
d’avance;  mais  aussi  plus  fréquemment  de  la  pâleur  et  de 
l’angoisse  respiratoire  sans  que  j’aie  observé  d’accidents  sérieux. 

A  propos  de  la  solution  préparée  à  l’avance,  je  ferai  remarquer 
que,  lorsque  l’Assistance  publique  a  substitué,  aux  solutions 
fournies  par  le  commerce,  les  solutions  préparées  par  les  phar¬ 
macies  des  hôpitaux,  j’ai  observé  des  échecs  et  des  accidents 
beaucoup  plus  fréquents;  j’ai  même  eu  un  cas  de  mort  que  l’état 
de  la  malade  ne  justifiait  pas. 

Très  fréquemment  la  solution  était  teintée  en  jaune. 

Le  pharmacien  de  Lariboisière,  M.  Bridel,  a  cherché  à  remé¬ 
dier  à  cet  étal  de  choses,  et  par  l'adjonction  d'une  quantité  infini¬ 
tésimale  de  bisulfite  de  soude  qui  empêche  l’oxydation  de  la 
novocaïne,  d’une  quantité  très  petite  également  d'acide  benzoïque 
qui  neutralise  l’alcalinité  des  verres,  très  rarement  neutres,  il  est 
arrivé  à  nous  donner  des  solutions  qui  ne  s’altèrent  pas  et  ne  se 
colorent  pas. 

La  solution  employée  contient  pour  100  grammes  de  sérum  phy¬ 
siologique  :  5  grammes  de  novocaïne,  5  centimètres  cubes  d’adré- 


SÉANCE  DU  10  DÉCEMBRE 


1525 


naline  à  1/1.000,  30  centigrammes  de  bisulfite  de  soude,  et  20  cen¬ 
tigrammes  d’acide  benzoïque. 

Quand  on  injecte  3  cent,  cubes  de  cette  solution,  ce  qui  repré¬ 
sente  la  dose  de  15  centigrammes  de  novocaïne,  dose  bien  rare¬ 
ment  atteinte,  il  n’y  a  que  6  milligrammes  d'acide  benzoïque  et 
0  milligrammes  de  bisulfite  de  soude. 

J’avoue  que  depuis  que  je  me  sers  de  cette  solution  j’ai  une 
anesthésie  beaucoup  plus  régulière  avec  beaucoup  moins  d’inci¬ 
dents. 

Je  fais  trois  heures  avant  une  injection  de  25  centigrammes  de 
caféine  suivant  le' conseil  d’Abadie.  J’ai  complètement  renoncé  à 
l’injection  intrarachidienne  de  caféine  qui,  sans  m'avoir  donné 
"d'accident,  m’a  semblé  rendre  l’anesthésie  moins  bonne  et  moins 
longue. 

Une  heure  avant  l’intervention,  je  fais  faire  une  injection  de 
scopolamine-morphine  et  en  même  temps  une  injection  de  1  mil¬ 
ligramme  de  strychnine  et  de  10  cent,  cubes  d'huile  camphrée. 

Je  fais  la  ponction  dorso-lombaire  sans  jamais  dépasser  la 
12e  dorsale.  Je  soustrais  de  12  à  20  cent,  cubes  de  liquide  céphalo¬ 
rachidien  suivant  la  pression  de  ce  liquide  et  la  hauteur  de  la 
région  que  je  veux  anesthésier  ;  il  m’a  semblé  qu’il  y  avait  vrai¬ 
ment  une  relation  entre  le  niveau  de  la  zone  anesthésiée  et  la 
quantité  de  liquide  soustraite. 

Je  fais  toujours  le  barbotage. 

Quant  à  la  dose  de  novocaïne  injectée,  elle  varie  de  8  à  12  cen¬ 
tigrammes;  je  vais  parfois  jusqu’à  13  ou  14  pour  les  interventions 
sur  le  foie  ou  l’estomac. 

Etant  donné  l’abaissement  notable  de  la  pression  artérielle  qre 
donne  la  rachianesthésie,  je  ne  le  pratique  pas  chez  les  hypo¬ 
tendus.  Je  fais  toujours  mesurer  la  tension  artérielle  chez  h  s 
malades  avant  de  faire  l'anesthésie  et  je  m’abstiens  lorsqu’elle  est 
au-dessous  de  12-7. 

Le  nombre  des  rachianeslhésies  pratiquées  dans  mon  service 
depuis  deux  ans  par  moi-même,  par  mon  assistant  M.  Toupet  e  t 
par  mes  internes,  est  de  680. 

Sur  ce  nombre,  j’en  compte  625  très  bonnes,  18  très  bonnes 
également  mais  ayant  nécessité,  vers  la  fin  d’une  longue  opéra¬ 
tion,  quelques  bouffées  d’éthér,  25  médiocres, c’est-à-dire  insuffi¬ 
santes  pour  permettre  1’opéralion  sans  autreanesthésie,  12  nulles. 
Dans  un  cas,  il  y  a  eu  hémianesthésie. 

Quels  accidents  avons-nous  observés?  Au  courant  de  l’anes¬ 
thésie  même,  nous  avons  eu  trois  morts;  voici  dans  quelles  con¬ 
ditions  : 

Une  première  malade  est  morte  quelques  instants  après  l’injec- 


1526  SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


lion,  avant  même  que  j’aie  commencé  l'opération  :  il  s’agissait 
d'une  femme  soignée  depuis  longtemps  déjà  en  médecine  pour 
une  angiocholite  si  grave  qu’on  n’osait  pas  la  faire  opérer;  devant 
l’échec  de  tous  les  traitements  médicaux,  on  décida  de  tenter  la 
dernière  chance.  Je  ne  pense  pas  qu’on  puis-e  charger  la  rachianes¬ 
thésie  de  cette  mort  qui  serait,  je  crois,  survenue  aussi  bien  avec 
une  autre  anesthésie.. 

Un  second  malade  cachectique,  opéré  récemment  pour  un 
volumineux  cancer  de  l’estomac  (gastro-entérostomie),  a  fait  une 
syncope  cardiaque  ;  à  la  suite  de  réanimation  à  plusieurs  reprises 
par  injection  intracardiaque  d’adrénaline,  il  a  fait  une  dernière 
syncope  à  laquelle  il  a  succombé. 

Evidemment  là,  la  rachi  a  été  l’agent  initial  des  syncopes  ;  mais 
l'état  du  malade  était  tel  qu’il  n’aurait  bien  vraisemblablement 
pas  supporté  non  plus  une  anesthésie  générale. 

Le  troisième  cas  de  mort  est  plus  troublant,  car  il  s'agissait 
d’une  hystérectomie  pour  hématocèle  ancienne  avec  kyste  ova- 
rique.  La  syncope  est  survenue  au  moment  où  je  suturais  le  moi¬ 
gnon  cervical  et  il  n'a  pas  été  possible  de  ramener  le  malade  à 
la  vie. 

Je  ne  faisais  pas  prendre  la  tension  artérielle  lorsque  j’ai  eu  cet 
accident,  et  la  solution  avait  une  teinte  jaunâtre. 

En  analysant  les  cas  de  mort  survenue  dans  les  premiers  jours 
après  des  interventions  sous  rachianesthésie,  je  trouve  : 

Une  mort  dans  les  vingt-quatre  heures  après  une  ampulation 
abdomino-périnéale  pour  cancer  du  rectum. 

Une  mort  presque  immédiate  après  gastro-entérostomie  chez 
un  malade  opéré  pour  sténose  pylorique  très  serrée  d’origine  can¬ 
céreuse,  dans  un  état  de  cachexie  très  avancée. 

Une  mort  dans  les  vingt-quatre  heures  après  résection  mèdio- 
gastrique  pour  un  ulcus  calleux  de  la  petite  courbure  situé 
jusqu’au  cardia  :  l’opération  avait  été  longue  et  très  difficile. 

Une  mort  dans  les  vingt-quatre  heures  après  entérostomie  pour 
obstruction  intestinale  par  gros  calcul  biliaire. 

Une  mort  après  hystérectomie  vaginale  peur  suppuration  pel¬ 
vienne  avec  fistule  vésico-intestinale.  Il  s'agissait  en  réalité  d’un 
cancer  sigmoïdien  avec  phlegmon  ouvert  dans  Ja  vessie. 

Enfin  une  mort  par  congestion  pulmonaire  après  la  cure  radi¬ 
cale  d’une  volumineuse  hernie  ombilicale  chez  une  femme  obèse 
de  soixante-six  ans. 

Il  est  bien  difficile  d’attribuer  aucune  de  ces  six  morts  au  mode 
d’anesthésie  employé.  La  nature  de  l’affection,  l’état  des  malades, 
la  difficulté  et  la  gravité  des  opérations  sont  des  facteurs  suffi¬ 
sants  pour  expliquer  l’issue  fatale. 


SÉANCE  DU  19  DÉCEMBRE 


1527 


Quant  à  ce  qui  est  des  accidents  tardifs,  à  part  quelques  cas  de 
céphalée  fugitive  —  je  n’ai  observé  qu’un  seul  cas  de  céphalalgie 
ayant  duré  une  dizaine  de  jours  — ,  quelques  cas  de  rétention 
d’urine,  toujours  après  des  opérations  gynécologiques  après  les¬ 
quelles  on  en  observe  d'ailleurs,  assez  souvent,  quel  que  soit  le 
mode  d’anesthésie  employé,  trois  cas  de  paralysie  du  moteur 
oculaire  externe  de  courte  durée,  je  n’ai  jamais  observé,  jusqu’à 
présent,  d’accidents  sérieux  :  ni  méningisme,  ni  paraplégie. 

Aussi,  jusqu’à  nouvel  ordre,  je  reste  fidèle  pour  les  interventions 
abdominales  sérieuses  (opérations  gynécologiques;  opérations 
sur  le  tube  digestif,  appendicites  mises  à  part)  et  les  interventions 
longues  sur  les  membres  inférieurs  (résections,  ostéosynthèse)  à 
une  anesthésie  qui  présente  tant  d’avantagts  par  le  silence  abdo¬ 
minal  qu’elle  procure  et  par  son  innocuité  au  point  de  vue  du 
foie,  du  rein  et  du  poumon. 

M.  Louis  Sauvé.  —  La  discussion  sur  la  rachianesthésie 
étant  rouverte,  je  pense  qu’il  est  du  devoir  de  chacun  de  verser 
au  débat,  non  pas  tant  ses  statistiques  de  rachianesthésie,  que  les 
conclusions  qu’il  tire  de  la  comparaison  entre  les  résultats  des 
dilférentes  méthodes  d’anesthésie.  Aussi  bien  faut-il  se  garder  sur 
ce  point  spécial,  comme  dans  tout  ce  qui  concerne  la  pratique  de 
notre  art,  d’intransigeance  et  de  dogmatisme. 

J’ai  commencé  par  pratiquer  la  rachianesthésie  chez  M.  Tuffier, 
dont  j’étais  l’interne  en  1906  ;  j'ai  été,  comme  c’est  la  règle, 
d’abord  séduit  par  elle;  puis  ses  inconvénients,  ses  accidents 
m’ont  fait  réfléchir,  si  bien  que  je  D’emploie  plus  la  rachianes¬ 
thésie  que  sur  des  indications  spéciales,  et  que  mon  expérience 
personnelle  ne  porte  pas  sur  beaucoup  plus  de  1.000  cas.  La 
technique  que  j’emploie  est  la  technique  habituelle;  je  fais  faire 
une  injection  de  caféine  de  0  gr.  23,  suivant  les  conseils  d’Abadie, 
une  heure  et  demie  avant  l'intervention,  et  j’introduis  par  ponc¬ 
tion  basse,  après  barbotage,  de  0  gr.  08  à  0  gr.  12  de  novocaïne 
en  Solution  à  6  p.  100,  selon  le  poids  du  malade.  Je  relire  habi¬ 
tuellement  une  quantité  de  liquide  céphalo-rachidien  propor¬ 
tionnée  à  la  hauteur  des  territoires  que  je  veux  anesthésier.  Je 
dois  dire,  dès  l’abord,  que  je  n’ai  pas  eu  particulièrement  d’inci¬ 
dents  en  retirant  une  quantilé  de  20  cent,  cubes  de  liquide. 

J'ai  eu  en  tout  deux  morts  sur  la  table  d’opération,  et  une 
troisième  peu  tardive  dix  heures  après  ;  l’impression  de  mon 
maître  Auvray,  comme  la  mienne  propre,  est  que  la  rachianes¬ 
thésie  était  dans  ce  dernier  cas  responsable. 

En  dehors  de  ces  3  cas  sur  lesquels  j’insisterai  plus  loin,  j’ai 
observé  6  cas  impressionnants  par  leurs  accidents,  que  je  n'ai 


1528 


SOCIÉTÉ  DK  CHIRURGIE 


tirés  de  la  mort  qu’à  grand  renfort  de  respiration  artificielle, 
d'huile  camphrée  et  de  caféine.  Les  accidents  primaires  sont  ceux 
bien  connus  de  pâleur  extrême,  sensation  de  mort  prochaine1, 
lipothymies,  disparition  du  pouls,  et  surtout  cette  apnée  spéciale 
des  rachianeslhésiés  qui  semb'ent,  pour  ainsi  dire,  oublier  de 
respirer. 

Dans  une  trentaine  de  cas,  des  acci  lents  ont  été  moindres,  et 
tout  s’est  borné  à  une  pâleur  extrême,  à  des  vertiges,  à  de  la 
petitesse  du  pouls. 

Les  trois  morts  que  j’ai  observées  concernaient  :  une  opération 
de  Werlheim  pour  un  cancer  utérin  avancé,  une  occlusion  intes¬ 
tinale  chez  une  femme  de  quarante-trois  ans,  en  assez  bon  état; 
le  troisième  cas  concernait  une  hystérectomie  pour  salpingite 
faite  rapidement  et  simplement,  mort  dix  heures  après  l’opéra¬ 
tion;  l’autopsie  révéla  que  l’hémostase  et  la  péritonisation  étaient 
parfaites.  La  femme  avait  une  trentaine  d’années  et  s’était  pro¬ 
gressivement-enfoncée  dans  le  coma  après  la  rachianesthésie.  Son 
azotémie  d’avant  l’opération  était  normale. 

Outre  ces  cas  personnels,  j’en  connais  d’autres  qui  ne  m’appar¬ 
tiennent  pas,  qui  n’ont  pas  été  publiés,  mais  qui  ne  m’en  ont  pas 
moins  impressionné. 

Je  sais  bien  que  mes  deux  premiers  cas  concernent  des  malades 
graves;  mais,  si  je  compare  l’action  des  autres  anesthésies  dans 
des  cas  semblables,  je  suis  bien  forcé  d’admettre  que  le  chloro¬ 
forme  et  l’éther  sont  moins  nocifs.  Sur  des  milliers  de  cas  d’anes¬ 
thésie  par  chloroforme,  dont  plus  de  5.000  pendant  la  guerre 
seule,  je  ne  compte  que  deux  morts,  et  encore  ça  a  été  deux 
ictères  graves  qui  ont  suffi  à  me  faire  abandonner  habituellement 
ce  mode  d’anesthésie,  sauf  chez  l’enfant.  En  ce  qui  concerne 
l’éther,  qui  est  mon  anesthésique  habituel  actuellement,  et  dont 
je  compte  plusieurs  milliers  de  cas,  je  compte  trois  morts,  dont 
une  sur  la  table  d’opération,  et  deux  par  broncho-pneumonie. 
Enfin,  dans  les  cas  graves,  je  dois  dire  que  le  protoxyde  d’azote, 
qui  est  encore  en  France,  hélas!  un  anesthésique  de  luxe,  m’a 
donné  des  résultals  merveilleux,  mais  mon  expérience  est  réduite. 

Bref,  à  l’inverse  de  mon  excellent  ami  Cauchoix,  je  suis  de  ceux 
qui, 'venus  tôt  à  la  rachianesthésie,  en  ont  vite  reconnu  les  ter¬ 
ribles  aléas.  Je  ne  l’ai  pas  abandonnée,  mais  je  la  considère 
comme  trop  grave  pour  être  employée  dans  la  majorité  des  cas. 

Par  contre,  il  existe  une  minorité  de- cas  où  j’estime  qu’elle  est 
formellement  indiquée,  parce  qu’elle  ne  louche  ni  à  la  cellule 
hépatique,  ni  à  l'alvéole  pulmonaire. 

Tels  sont,  en  premier  lieu,  tous  les  cas  de  lithiase  biliaire 
invétérée,  et  avant  tout  de  la  voie  principale,  tous  les  cas  où  la 


SÉANCE  DU  19  DÉCEMBRE 


lù29 


voie  biliaire  principale  est  obturée  et  comprimée  (cholédociles, 
rétrécissements,  pancréatites'1  ;  la  rachianesthésie  permet,  dans 
tous  ces  cas,  d’éviter  la  redoutable  insuffisance  hépatique  tardive. 

En  second  lieu,  tous  les  cas  où  l’éther  ne  peut  être  employé 
par  suite  de  lésions  pulmonaires,  et  où  le  protoxyde  d’azote,  hyper- 
tenseur,  ne  peut  non  plus  être  employé.  Tel  est  le  cas  des  vieil¬ 
lards  tousseurs  et  hypertendus-;  il  est  vraiment  impressionnant 
de  voir  combien  peuvent  être  simples  les  suites  opératoires  chez 
des  vieillards  porteurs  de  lésions  chirurgicales  très  graves  ;  tel 
est  aussi  le  cas  des  tuberculeux  pulmonaires  avancés  nécessitant 
d’importantes  interventions  sur  les  membres  ou  sur  les  viscères 
abdominaux. 

Quant  aux  opérations  sur  l’estomac,  on  arrive  si  bien,  par  »ne 
anesthésie  locale  soigneuse,  à  éviter  ou  à  réduire  dans  de  telles 
proportions  l’anesthésie  générale,  que  je  n’emploie  plus  pour  les 
pratiquer  la  rachianesthésie. 

Au  résumé,  je  p°nse  que  la  rachianesthésie  est  sensiblement 
plus  risquée  et  plus  dangereuse  que  les  autres  méthodes  d’anes¬ 
thésie  ;  mais,  comme  les  aléas  qu’elle  présente  sont  différents  de 
ceux  du  chloroforme  et  de  l’éther,  elle  est  indiquée  dans  des  cas 
où  ces  méthodes,  particulièrement  graves,  ne  peuvent  être 
employées.  Je  la  considère,  par  contre,  comme  très  dangereuse 
chez  les  malades  très  choqués  ou  très  affaiblis. 

Je  ne  puis,  non  plus,  me  résoudre  à  l’employer  dans  les  cas 
bénins,  car  je  répugne  à  pratiquer  sur  les  autres  une  méthode 
d’anesthésie  que  je  serais  effrayé  de  voir  pratiquer  sur  moi-même 
sans  raison  suffisante. 


S°  Traitement  du  cancer  du  rectlm. 

M.  Anselme  Schwartz.  —  Messieurs,  la  communication  de 
M.  Savariaud  sur  l’extirpation  par  voie  combinée  d’un  cancer  du 
rectum  appelle  quelques  commentaires.  Notre  collègue  nous  dit, 
en  passant,  qu’il  opère  toujours  le  cancer  du  rectum,  aussi  haut 
soit-il,  par  la  voie  périnéale  ;  je  crois  qu’à  l'heure  qu’il  est  la  voie 
abdomino  périnéale  est  devenue,  de  l’avis  presque  unanime, 
l’opération  de  choix,  surtout  pour  les  cancers  haut  placés,  et  je  ne 
puisque  féliciter  M.  Savariaud  des  bons  résultats  qu’il  dit  avoir 
obtenus  avec  sa  technique.  Cette  question  a  d’ailleurs  été  jliscutée 
ici  même  en  novembre  1920,  à  l’occasion  de  malades  que  je  vous 
ai  présentées  et  d’une  communication  que  je  vous  ai  faite  sur  ce 
sujet.  Aussi  vais-je  laisser  de  côté  la  question  des  indications 


Io30 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


respectives  des  deux  méthodes  opératoires,  pour  ne  m’occuper 
que  de  la  voie  combinée. 

M.  Sa variaud  s’est  contenté,  dans  le  temps  abdominal,  de  libérer 
le  péritoine  tout  autour  du  rectum  et  de  faire  une  péritonisation 
complète  au-dessus  de  l’intestin  à  extirper;  il  n’a  fait  aucune  libé¬ 
ration  du  rectum  proprement  dit  et  aucune  ligature  vasculaire. 
J’avoue  que  je  ne  m’explique  pas  celte  manière  de  faire. 

Comme  le  fait  observer,  fort  justement,  M.  Cunéo,  lorsqu’on 
se  décide  à  enlever  uu  rectum  cancéreux  parla  voie  combinée,  il 
est  indiqué  de  faire  presque  toute  l'opération  par  la  voie  abdomi¬ 
nale.  La  libération  postérieure  se  fait  très  facilement  et  très  rapi¬ 
dement  jusqu’au  coccyx.  La  libération  antérieure  est  encore  plus 
simple  chez  la  femme  lorsque,  comme  je  l’ai  préconisé,  on  enlève 
avec  le  rectum,  après  hystérectomie  abdominale,  la  paroi  posté¬ 
rieure  du  vagin  —  et  je  vois  que  M.  Cunéo  va  encore  plus  loin  en 
conseillant  la  suppression  de  tout  le  vagin,  ce  qui  me  paraît  une 
mutilation  inutile  —  ;  chez  l'homme  je  dirai  volontiers  avec  lui 
qu’il  est  tout  à  fait  rationnel  d’enlever,  avec  la  paroi  anté¬ 
rieure  du  rectum,  une  lame  prostatique  et  les  vésicules  séminales. 
Enfin  la  libération  latérale  peut  se  faire  jusqu’au  releveur  et  il  y  a 
tout  intérêt  à  couper,  entre  deux  ligatures,  le  pédicule  hémor¬ 
roïdal  moyen.  De  celte  façon,  il  ne  subsiste  vraiment  que  le 
plancher  périnéal  avec  les  vaisseaux  hémorroïdaux  inférieurs,  et 
ce  deuxième  temps  opératoire  peut  se  faire  très  vite  et  sans 
effusion  de  sang. 

Dans  ce  temps  abdominal  aussi  on  voit  mieux  l’extension  du 
cancer,  et  en  particulier  les  ganglions.  J'en  ai,  pour  ma  part, 
trouvé  toujours  et  très  haut  placés,  et  c’est  même,  pour  moi,  un  des 
temps  importants  de  cet  acte  opératoire  ;  j’examine  minutieuse¬ 
ment  le  pédicule  hémorroïdal  supérieur  et  je  lie  l’artère  au-dessus 
du  ganglion  le  plus  élevé. 

Reste  la  queslion  de  la  péritonisation  ;  j’ai  toujours  pu  faire 
par  le  ventre  une  péritonisation  parfaite  et,  autant  que  je  m’en 
souvienne,  j’ai  pu  toujours  faire  un  double  plan  de  suture,  ce  qui 
prouve  bien  que  le  péritoine  n’est  pas  tendu.  Il  faut  avoir  soin, 
pendant  la  libération  du  rectum,  de  ménager  partout  la  séreuse 
qui  est  exceptionnellement  atteinte  du  cancer,  surtout  sur  les 
faces  latérales  du  rectum.  Ai-je  besoin  de  dire  que  cette  périto¬ 
nisation  a  une  importance  capitale? 

Tous  ces  lemps  opératoires  ont  une  très  grande  importance  et 
jouent  uu  rôle  de  premier  ordre  dans  l’évolution  ultérieure  de 
l’opération.  Mais  j’insiste,  à  nouveau,  sur  un  détail  de  ma  tech¬ 
nique,  à  savoir  la  suppression  absolue  de  toute  suture  au-dessous 
de  la  péritonisation  ;  je  suis  convaincu  que  c’est  dans  la  vaste 


SÉANCE  DU  19  DÉCEMBRE 


1531 


brèche  sous-péritonéale  que  se  passent  les  phénomènes  graves 
post-opératoires  qui  doivent  expliquer  bien  des  échecs.  Des 
mèches  garnissent  cette  vaste  cavité  et  suppriment  les  phéno¬ 
mènes  de  résorption  qui,  après  cette  grande  opération,  se  pro¬ 
duisent  dans  cette  cavité  à  parois  rigides.  J’en  appelle  au  témoi¬ 
gnage  de  M.  Jean-Louis  Faure,  qui  pourra  vous  dire  que  dans  les 
jours  qui  suivent  cette  intervention,  qui  paraît  formidable,  les 
malades  souvent  ne  paraissent  pas  plus  touchés  qu’après  une 
opération  simple.  Ce  qui  ne  veut  pas  dire  que  l’abdomino-péri- 
néale  soit  une  opération  bénigne  ;  elle  reste  au  contraire  une 
opération  relativement  grave,  quia  une  mortalité  de  30  à  40  p.  100. 
Mais  je  suis  convaincu,  pour  ma  part,  que  si  l’on  n 'opérait  que 
les  cas  vraimenLopérahles.  si  on  ne  se  laissait  pas  entraîner,  trop 
souvent,  à  extirper  des  cancers  qui  ne  «ont  justiciables  que  d’un 
anus  iliaque  définitif,  la  mortalité  serait  nettement  abaissée. 
Ainsi  j’ai  opéré  à  Paris  —  je  dis  à  Paris,  parce  que  j’ai  opéré, 
pendant  la  guerre,  quelques  cancers  du  rectum  dans  un  service 
qui  n’était  pas  le  mien,  je  n’ai  fait  qu’une  partie  de  l’opération  et 
je  n’ai  pas  suivi  les  opérés  —  j’ai  opéré  à  Paris,  dis-je,  11  malades 
par  l’abdomino-périnéale  ;  sur  ces  11  malades,  il  y  a  3  hommes  et 
8  femmes  ;  j’en  ai  perdu  3  et  il  est  absolument  certain  que,  dans 
les  3  cas,  le  cancer  était  inopérable  ;  dans  1  cas,  il  avait  envahi 
le  péritoine  voisin  et  adhérait  aux  parois  pelviennes,  dans  1  autre 
il  adhérait  à  l’uretère  et  dans  le  3°  le  rectum  était  perforé.  Dans 
les  3  cas,  j’aurais  mieux  fait  de  faire  une  opération  palliative 
J’ajoute  que  l’intervention  dont  a  parlé  récemment  M.  Hartmann, 
et  sur  laquelle  je  reviendrai,  n’aurait  été  possible  dans  aucun  de 
ces  cas.  Bref,  je  suis  sûr  que  si  l’on  veut  bien  se  limiter  et  ne 
pratiquer  l’abdomino-périnéale  que  lorsque  le  cancer  est  vrai¬ 
ment  extirpable,  la  mortalité  pourra  être  grandement  abaissée. 

Quant  aux  résultats  éloignés,  sur  les  7  malades  qui  ont  guéri 
de  leur  opération,  l’une  est  morte  de  récidive  au  bout  de  dix- 
huit  mois,  l’une  n’est  opérée  que  depuis  trois  mois,  3  sont  opérées 
depuis  trois  ans  et  demi  et  sont  bien  portantes,  une  malade  est 
opérée  et  bien  portante  depuis  dix  ans  et  demi  et  de  la  septième, 
opérée  en  1913,  je  n’ai  point  de  nouvelles  (1). 

J’en  arrive  à  la  question  du  sphincter.  J’approuve  M.  Cunéo 
quand  il  dit  qu’il  y  a  un  intérêt  majeur  à  conserver  non  seule¬ 
ment  le  sphincter,  mais  toute  la  région  sphinctérienne  y  compris 
le  releveur,  mais  cette  façon  de  comprendre  la  conservation  du 
sphincter  doit  singulièrement  limiter  les  indications  mêmes  de 
cette  conservation.  Je  vois  d’ailleurs  que  M.  Cunéo- le  conserve 

(1)  Du  dernier  malade,  qui  était  sans  domicile,  je  n’ai  point  de  nouvelles. 

BULL.  RT  «RM.  DE  LA  SOC.  DE  CHIR.,  1923.  112 


1532 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


moins  souvent  que  je  ne  le  pensais.  Pour  ma  part,  je  suis  telle¬ 
ment  convaincu  que  les  opérations  dirigées  contre  le  cancer 
doivent  êtce-des  opérations  extrêmement  larges,  que  je  suis  de 
plus  en  plus  porté  à  faire  rabdomino-périrréale  avec  anus  iliaque 
définitif.  11  n’est  pas  douteux  d’autre  part  que  la  cons(e*ï§,tion  de 
la  région  sphinctérienne  aggraye_aingjilièrfiment4e  pronostic  de 
l’opération. 

Pour  terminer,  je  vous  demande  la  permission  de  dire  un  mot 
de  l’opération  qu’a  défendue,  dans  la  dernière  séance,  M.  Hart¬ 
mann  et  qui  consiste,  après  ablation  du  cancer,  à  fixer  le  bout 
supérieur  à  la  peau  et  à  ferpner  le  bout  inférieur  abandonné  à  lui- 
même.  Je  comprends  très  bien  cette  technique  pour  les  cancers 
recto-sigmoïdiens  ou  pour  les  cancers  rectaux  haut  placés,  dans 
lesquels,  ne  voulant  pas  faire  l’abdomino-périnéale,  ne  pouvant 
pas  fixer  les  deux  bouts  à  la  peau,  on  recule  devant  l’opération 
grave  et  délicate  qui  consiste  à  anastomoser  quand  même  les 
deux  bouts.  Le  procédé  qu’a  employé  M.  Hartmann  est  incontesta¬ 
blement  plus  facile  et  plus  bénin  que  l’abdomino-périnéale  vraie 
ou  l’anastomose  du  bout  supérieur  avec  l’inférieur.  Mais  je  ne 
pense  pas  qu’il  soit  prudent  d’avoir  recours  à  cette  technique 
5  ^  quand  il  s’agit  d’un  cancer  Sûii&»péeitonéal,  papee^que  je  crois  que 
'I  ce  ne  sera.qilu&'üne  opération,  large  ejjmffi santé. 

Ü  D’autre  part,  avec  ce  procédé  le  danger_dn  snhacèlp  du  bout 
nfériaw  cst-eoriainetaent  réel.  Tout  ce  que  l’on  a  dit  et  écrit  sur 
le  fameux  point  critique  n’a  aucune  valeur' quand  on  pratique 
l’abdomino-périnéale  vraie,  mais  ces  notions  d’anatomie  repren¬ 
nent  toute  leur  importance  quand  on  laisse  le  bout  inférieur  aban¬ 
donné  à  lui-même  et  je  crains  que  M.  Hartmann  n’ait  un  jour  ou 
l’autre  des  ennuis. 


Communication . 

Fibrome  et  radiothérapie, 
par  M.  LE  JEMTEL  (d’Alençon),  correspondant  national. 

J’ai  opéré  de  fibrome  utérin  une  douzaine  de  malades  environ 
traitées  antérieurement  par  les  rayons,  sans  avoir  observé  d’adhé¬ 
rences  particulières  de  la  tumeur  et  sans  avoir  rencontré  des 
difficultés  opératoires  à  signaler.  Par  contre,  je  suis  intervenu  le 
15  avril  1923  chez  une  malade  dont  l’observation  me  paraît  digne 
d’être  rapportée  : 


SÉANCË  DU  19  DÉCEMBRE 


1B33 


Mm'  H..,  cinquahte-qUâtre  ans,  consulte  son  médecin,  le  Dr  Pagès, 
pour  des  pertes  mensuelles,  abondantes.  CeUli-ci  constate  la  présence 
d’un  fibrome  utérin  dû  volume  d’une  petite  tête  d’etlfant.  Malgré  l’âge 
de  la  malade,  le  col  est  absolument  sain,  les  culs-de-sac  aussi.  La 
malade  Se  feftise  à  totite  opération  et  accepte  seule  la  radiothérapie. 
Elle  subit,  de  mars  1922  à  octobre  1922,  douze  applications,  soit  environ 
30  Hj  m’a  dit  depuis  Je  radiographe.  Les  pertes  n’ont  jamais  cessé 
complètement.  Pendant  le  traitement,  légère  rémission,  mais  aussitôt 
après  l’abondance  est  la  même  qu’avant  la  radiothérapie.  De  plus  elles 
ptésenteht  uhe  certaine  fétidité,  remarquée  aussitôt  par  la  malade.  Au 
début  de  février  1923,  celle-ci  retourne  voir  son  médecin.  Ce  dernier 
constate  la  présence  d’un  cancer  du  col  :  hypertrophie,  ulcérations 
saignantes,  écoulement  ichoreux  et  même  envahissement  du  dôme 
vaginal.  Je  Vois  la  malade  aü  début  d’avril  :  les  pertes  toujours  abon¬ 
dantes  l’ont  fatiguée  et  elle  demande  aujourd’hui  l’opération.  Celle-ci 
paraît  tout  à  fait  limite  :  grosse  tumeur  fibreuse  avec  eol  ulcéré  et  fixé 
et  début  d’envahissement  vàginal.  On  décide  néanmoins  d’intervenir. 
Désinfection  soignée  du  vagin,  injections  de  sérum,  hémostyl.  Opération 
le  16  avril  avec  l’assistance  du  D'  Eltrich.  On  attire  difficilement 
hors  dü  ventre  un  assez  gros  fibrome.  Au  moment  de  pincer  l’utérine 
droite  et  en  réclinant  sans  aucun  effort  l’utérus  à  gauche,  rupture  de 
l’isthme  utérin  et  détachement  en  bloc  du  fibrome  par  simple  traction, 
laissant  ouverte  la  cavité  isthmique  pleine  de  débris  néoplasiques 
sphacélés.  On  se  rend  compte  qUe  l’extirpation  du  col  ouvert  et  infecté 
est  difficile  et  dangereuse.  Fermeture  dé  la  cavité  et  péritonisation 
facile.  Fermeture  du  ventre  sans  drainage.  La  malade  guérit  après  une 
suppuration  de  l’angle  inférieur  de  la  plaie. 

trois  semaihes  plus  tard,  introduction  dans  le  col  d’un  tube  de 
30  milligrammes  de  bromüre  de  radium  laissé  en  place  soixante-douze 
hèures  et  quotidiennement  nettoyé.  La  malade  quitte  la  clinique  six 
semaines  après  l’intervention.  Je  l’ai  revue  trois  mois  après  l’hysté- 
rectomié  subtotale.  Elle  a  engraissé,  repris  des  couleurs  et  des  forces, 
ne  souffre  plus,  ne  perd  pas  et  se  déclare  enchantée,  se  croyant 
complètement  guérie.  Au  toucher*  col  en  bon  état,  ne  portant  pas 
trace  de  l’affection  antérieure. 

Les  débris  néoplasiques  prélevés  pendant  l’intervention  au  niVéàU 
du  col  ont  été  examinés  par  M.  le  professeur  Lecène.  Epithélioma 
pavimenteux  très  étendu,  ayant  envahi  une  grande  partie  des 
différents  points  prélevés  sur  l’utérus. 

Les  cas  rapportés  jusqu’ici  de  cancer  coexistant  avec  un  fibrome  chez 
des  femmes  antérieurement  traitées  par  des  rayons  sont  des  cancers 
intra-utérins.  Ici,  il  s’agit  d’un  cancer  du  col  et  de  l’isthme.  Y  a-t-il  eu 
coïncidence?  Y  a-t-il  eu  action  provocatrice  excitatrice  ou  accélératrice 
des  rayons  ?  Je  ne  saurais  le  dire.  Le  médecin  est  très  affirmatif  sur 
l’intégrité  du  col  au  moment  de  sôh  examen.  Le  radiographe  que  j’ai 
interrogé  n’a  jamais  touché  la  malade. 

Je  me  garderai  bien  de  dire  que  celle-ci  est  guérie.  Mais  il  n’en  est 
pas  moins  certain  que  l’opération  eût  été  beaucoup  plus  simple  avant 


1534 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


l’application  des  rayons.  Peut  être  le  moignon,  en  cas  de  sublotale,  fût- 
il  devenu  le  siège  d’un  cancer.  Mais  c’est  une  hypothèse  que  je  ne  veux 
pas  discuter  ici,  m’en  tenant  seulement  au  fait  observé. 

Cette  observation  était  écrite  depuis  plusieurs  jours  quand  j’ai 
eu  l’occasion,  jeudi  6  décembre,  de  trouver  dans  mon  service  une 
malade  dont  l’observation  peut  être  avantageusement  rapprochée 
de  la  précédente  : 

Malade  de  quarante  et  un  ans,  soignée  par  le  Dr  Levy  (de  Neuilly).  Cette 
malade,  en  assez  bon  état  apparent,  sans  aucune  température,  soignée 
pour  un  fibrome  utérin,  avait  subi  quatre  séances  de  radiothérapie  du 
milieu  d’octobre  au  milieu  de  novembre.  Des  pertes  extrêmement 
abondantes  étant  réapparues  au  début  de  décembre,  l’opération  fut  con¬ 
sidérée  comme  le  seul  moyen  d’arrêter  les  hémorragies  et  acceptée  par 
la  malade.  Elle  eut  lieu  le  8  décembre.  Laparotomie.  Le  fibrome  de  la 
grosseur  d’une  orange,  ratatiné  au  fond  du  bassin,  est  cependant 
adhérent  à  l’S  iliaque,  au  cæcum  et  à  la  vessie.  Hystérectomie  subtotale. 
Le  soir  39°5;  le  lendemain  40°5,  le  surlendemain  matin  41°5  et  mort 
malgré  tous  les  soins  donnés  dans  ces  cas  de  toxémie.  Ce  cas  m’a 
vivement  impressionné.  Je  ne  puis  croire  qu’une  allure  aussi  marquée 
et  aussi  brutale  des  accidents  toxiques  ne  soit  pas  en  rapport  avec 
l’application  radiothérapique.  Le  ventre  était  resté  souple  et  aucun 
phénomène  abdominal  n’a  été  constaté. 

Les  applications  avaient  été  faites  à  Paris.  L’utérus  présentait  une 
muqueuse  épaissie,  détachée  par  endroits  de  la  musculeuse. 

Voici  donc  deux  cas,  assez  dissemblables  dans  leur  évolution,  où 
les  rayons  n’ont  eu  d’action  ni  sur  les  pertes  ni  sur  le  volume  de  la 
tumeur.  Que  l’on  ne  veuille  établir  aucun  rapprochement  entre  le 
cancer  et  le  traitement  radiothérapique,  je  l’accepte,  quoique  ce 
traitement  ait  pour  le  moins  empêché  une  opération,  précoce  et 
efficace,  mais  je  ne  crois  pas  que  dans  le  second  cas  on  puisse 
l’exonérer  du  fait  d'avoir  facilité  l’apparition  d’une  toxémie 
brutale  et  mortelle,  telle  que,  personnellement,  je  n’en  avais 
jamais  observé  de  pareille. 


Présentations  de  malades. 


Rétraction  ischémique  de  Volkmann , 
à  la  suite  d'un  traumatisme  du  bras,  sans  fracture , 
par  M.  DENIKER. 


M.  A.  Mouchet,  rapporteur. 


SÉANCE  DU  19  DÉCEMBRE 


1535 


Résection  tibio-tarsienne  totale 
; pour  tumeur  blanche  du  cou-de-pied. 

Résultat  après  vingt-deux  mois, 

per  M.  CH.  LENORMANT. 

Tout  le  monde  est  d’accord  pour  regarder  l’astragalectomie 
comme  l’opération  de  choix  dans  la  tumeur  blanche  du  cou-de- 
pied  et  un  très  grand  nombre  de  beaux  résultats  confirment 
journellement  cette  opinion;  mais,  lorsque  l’étendue  des  lésions 
tuberculeuses  vers  les  os  de  la  jambe  rend  inefficace  l’astragalec¬ 
tomie,  même  complétée  par  des  grattages  et  évidements  du  tibia 
ou  du  péroné,  beaucoup  estiment  que  la  chirurgie  conservatrice 
trouve  là  ses  limites  et  doit  céder  la  place  à  l’amputation.  La 
résection  tibio-tarsienne  totale  qui  sacrifie,  avec  l’astragale, 
l’extrémité  inférieure  des  deux  os  de  la  jambe  —  la  vieille  opéra¬ 
tion  que  Moreau  fut  le  premier  à  exécuter  en  1792  —  n’est  plus 
guère  pratiquée  aujourd’hui.  Il  faut  reconnaître  qu’elle  ne  peut 
être  comparée  à  la  simple  astragalectomie  au  point  de  vue  des 
résultats  orthopédiques  :  la  suppression  des  malléoles  entraîne 
toujours  des  troubles  graves  dans  la  statique  et  les  fonctions 
du  pied.  Néanmoins,  avec  de  l'application  et  de  la  patience,  on 
peut  obtenir  de  la  résection  tibio-tarsienne  totale,  dans  certains 
cas,  des  résultats  intéressants  qui  méritent  à  celte  opération  de 
ne  pas  tomber  dans  l’oubli.  Voici  une  malade  à  laquelle  elle  a 
conservé  un  pied  et  qui  marche  avec  ce  pied. 

Cette  femme,  âgée  aujourd’hui  de  quarante-quatre  ans,  est  une  réci¬ 
diviste  de  la  tuberculose  ostéo-articulaire.  A  l’âge  de  sept  ans,  elle  eut 
une  tumeur  blanche  du  coude  droit  qui  guérit  par  ankylosé. 

La  maladie  du  cou-de-pied  droit  a  débuté  en  mars  1921,  assez 
brusquement,  et  s’est  tout  d’abord  manifestée  par  une  douleur  vive  à 
l’occasion  d’un  effort.  La  malade  continua  à  marcher,  mais  en  souf¬ 
frant  de  plus  en  plus,  en  même  temps  que  la  région  tibio-tarsieune 
enflait  et  rougissait.  Bien  entendu,  le  diagnostic  d’entorse  fut  d’abord 
posé  et  la  malade  traitée  en  conséquence.  Les  douleurs  ne  faisant  que 
s’aggraver,  elle  vint,  pour  la  première  fois,  dans  mon  service  au  début 
de  mai.  Le  diagnostic  de  tumeur  blanche  était  évident  et  je  fis  appli¬ 
quer  une  botte  plâtrée,  avec  laquelle  la  malade  retourna  chez  elle. 
L’appareil  fut  conservé  jusqu’en  septembre,  puis  enlevé  parce  que  les 
douleurs,  d’abord  calmées  par  l’immobilisation,  avaient  reparu  et  parce 
que  l’état  général  déclinait;  sous  le  plâtre  on  trouva  une  fistule.  La 
malade  entra  alors  dans  un  service  de  médecine  où,  sur  une  réaction 
de  Wassermann  positive,  on  institua  un  traitement  autisyphilitique 
qui  ne  modifia  en  rien  les  lésions. 


1536 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Ce  n’est  qu’en  février  1922,  près  d’un  an  après  le  début,  que  je  revis 
la  malade.  Son  état  local  était  franfibement  mauvais  :  il  y  avait  main¬ 
tenant  une  fistule  qq  côté  interne  de  {articulation  et  une  large  ulcéra¬ 
tion  au  côté  externe;  la  radiographie  montrait  fies  lésions  importantes 
de  l’astragale  et  de  la  mortaise  tibio-péronière,  et  une  décalcification 
extrême  du  tarse  et  du  squelette  jqmbjer.  {/opération  s’imposait,  mais 
la  malade  demandait  que  l’on  conservât  son  pied  à  tout  prix;  la  chose 
me  paraissait  sj  pep  probable  que  je  me  fis  donner,  avant  de  l’endormir, 
l’autorisation  d’amputer  si  je  le  jugeais  nécessaire. 

L’intervention  eut  lieu  le  25  février  1922.  J'abordai  l'artloulation  par 
une  grande  incision  externe,  en  respectant  les  tendons,  et  j’enlevai 
sans  difficulté  l’astragale.  Mais,  comme  je  l'avais  prévu,  l’infiltration 
tuberculeuse  avail  largement  envahi  les  malléoles  et  le  plateau  tibial  ; 
comme  les  gaines  synoviales  semblaient  peu  atteintes,  je  me  décidai 
cependant  à  tenter  la  conservation  ;  je  réséquai  l’extrémité  inférieure 
des  fieux  os  fie  la  jambe  par  une  sectjpn  sps-malléoJaire  passant  en 
tissp  saip.  La  vaste  cavité  résultant  de  cette  ablation  poseuse  fut  soi¬ 
gneusement  cprettée,  touchée  au  cifiorpre  fie  zinc  e{  tamponnée  à  la 
gaze  ipfioformée,  et  le  membre  immobilisé  d’abord  sur  une  attelle  de 
Bœckel,  puis  dans  up  plâtre  fenêtré. 

Je  gardai  la  malade  dans  mon  service  pendant  quatre  mois  :  la  sup¬ 
puration  diminuait  rapidement,  les  plaies  bourgeonnaient  bien,  la 
cavité  se  rétrécissait  peu  à  peu,  l'état  général  s'améliorait.  En  juin> 
elle  retourna  chez  elle  et  y  fit,  avec  beaucoup  de  soins  et  de  persévé¬ 
rance,  des  séances  d’héliothérapje. 

Je  la  revoyais  de  temps  à  autre  pour  changer  son  plâtre,  Après 
quelques  mois,  la  fistule  interpe  était  cicatrisée  et  il  pe  restait  de  la 
vaste  brèche  externe  qp’pn  peptuis  étrqit  donnant  une  sécrétion  minimét 
Cette  fistule  externe  se  ferma  efie-même  en  septembre  1922,  La  partie 
était  donc  gagnée  du  côté  de  l’articulation  tibio-larsienne. 

Mais,  ap  début  de  1923,  un  nouvel  abcès  apparaissait  sur  le  bord 
interne  du  pied  droit,  vers  sa  partie  moyenne.  Deux  ponctions  furent 
suivies  d’une  reproduction  rapide.  Le  21  février,  j’incisai  cet  abcès  et  je 
curetlai  énergiquement  des  lésions  assez  étendues  d’ostéife  du  tarse. 
Puis  ce  furen),  à  nouveau  des  plâtres  successifs  el  fies  séances  d’hélio¬ 
thérapie  qui  durèrent  jusqu’à  la  fin  de  l’été.  En  septembre,  la  lésion 
tarsienne  était  à  son  topr  cicatrisée,  et  l’on  put  supprimer  l’appareil 
plâtré. 

Actuellement,  la  malade  marche  assez  convenablement,  avec  un 
simple  soulier  orthopédique.  Elle  ne  souffre  plus.  Son  étqt  général  est 
parlait.  Du  côté  dp  l’articplation  réséquée,  il  s’est  fait  une  uéarthrosp 
fibreuse,  très  solide.  Le  pied  est  fixé  à  angle  droit  pur  la  jambe.  L’exa- 
mpn  clinique  etlq  radiographie  montrent  que  l’extrémité  inférieure  fin 
tibia  est  venue  se  loger  dans  l'excavation  scapho-cqlcanéenne,  résultant 
de  l’abjation  de  l’astragale,  avec  toutefois  un  certain  glissement  en 
arrière  ;  dans  le  plan  transversal,  du  fait  de  la  suppression  des  malléoles, 
il  s’est  produit  un  décalage  du  calcanéum  vers  le  côté  interne;  mais  les 
modifications  dans  les  rapports  de  la  jambe  et  du  pied  n’entraînent  pas 


SÉANCE  DU  19  DÉCEMBRE 


1537 


de  troubles  fonctionnel?  trop  graves.  Ou  ne  voit  pas  trace  de  ces  noyaux 
osseux  représentant  une  malléole  régénérée,  dont  Ollier  a  signalé 
quelques  exemples  chez  les  réséqués  du  cou-de-pied;  la  raison  en  est, 
sans  doute,  dans  l’âge  relativement  avancé  de  l'opérée.  Il  n’y  a  plus 
aucun  mouvement  d’exteusion-flexion  daus  la  tibio-tarsienne. 

Somme  toute,  la  chirurgie  conservatrice,  poussée  jusqu’à  ses 
limites  extrêmes,  a  donné  dans  ce  cas  un  résultat  appréciable  et 
la  malade  s’en  trouve  très  satisfaite. 


Cancer  de  la  langue  chez  une  jeune  fille  de  vingt  et  un  ans, 
par  MM.  DUJARIER,  MARCEL  PINARD  et  GIRAND. 

La  jeune  malade  qui  fait  l’objet,  de  cette  présentation  raconte 
l’histoire  suivante  : 

En  mai  1922,  elle  remarqua  de  petites  lésions  de  la  langue, 
petites  plaques  dépapillées  avec  reflets  blanchâtres  :  elle  avait 
porté  un  appareil  de  prothèse  pour  redressement  des  dents  de 
1908  à  1914.  En  juin  1922,  elle  soigna  ces  lésions  par  des  garga¬ 
rismes.  Atténuation  en  juillet  1922,  en  mai  1923  une  des  plaques 
devint  rouge  violacé,  elle  remarque  alors  une  réaction  ganglion¬ 
naire  légère. 

Son  dentiste  lui  fait  deux  applications  locales  de  novarséno- 
benzol  et  conseille  les  gargarismes  de  chlorate  de  potasse  pen¬ 
dant  quatre  mois.  En  septembre  1923,  au  niveau  de  cette  plaque, 
apparaît  une  légère  tuméfaction  surélevée  qui  s’ulcère,  s’indure, 
devient  rouge  vif.  Malgré  un  Bordel-Wassermann,  un  Ilecht  et  un 
Desmqulières  négatifs,  la  lésion  a  été  considérée  comme  une  gomme 
et  traitée  par  six  injections  de  914.  Aucune  modification  n’étant 
survenue,  la  malade  vient  alors  à  l’hôpital  Boucicaul  à  la  consul¬ 
tation  du  soir. 

On  constate  alors  l’existence  d’une  tumeur  ulcérée  à  contours 
nets,  rouge,  de  la  dimension  d’une  pièce  de  un  franc,  siégeant  sur 
le  milieu  gauche  de  la  langue.  Cette  tumeur  est  dure  à  la  base,  sa 
surface  est  ulcérée  avec  de  petites  crevasses  etpèrtuis  d’où  sortent 
à  la  pressjpn  des  vermiotes;  à. la  partie  antérieure  il  existe  un 
placard  irrégulier  d’érythroplasie  qui  continue  en  avant  l’ulcéra¬ 
tion,  sur  le  bord  de  la  langue  quelques  petites  zones  dépapjllées 
voisinent  avec  quelques  taches  blanchâtres  à  reflets  leucopla- 
siques. 

Depuis  quelques  jours,  une  nouvelle  tuméfaction  vient  d’appa- 


1538 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


raitre  sur  laparlie  latérale  gauche  de  la  langue.  De  l’otalgie  existe 
depiiis  ce  moment. 

La  lésion  ne  saigne  pas.  Il  existe  une  petite  adénopathie  sous- 
maxillaire. 

Cette  lésion  est  peu  douloureuse,  il  n’y  a  pas  la  mollesse,  les 
bords  irrégulièrement  découpés,  les  grains  jaunes  de  l’ulcération 
tuberculeuse,  d’ailleurs  les  poumons  sont  tout  à  fait  normaux.  Il 
ne  s’agit  ni  d'un  chancre  syphilitique  ni  d’une  gomme,  l’actino¬ 
mycose  évolue  comme  une  tuberculose  profonde  et,  quoiqu’elle  ait 
peu  de  tendance  à  l’extension  à  la  langue,  le  diagnostic  en  est 
rejeté  et  celui  de  cancer  de  la  langue  s’impose  par  ses  caractères  : 
dureté,  vermiotes,  adénopathie,  évolution,  malgré  le  jeune  âge  de 
la  malade.  Une  biopsie  pratiquée  est  examinée  par  M.  Letulle  et 
donne  les  résultats  suivants  : 

«  Epithélioma  malpighien  à  globe  corné,  la  muqueuse  entière 
s'enfonce  totalement  dans  les  couches  musculeuses  qu’elle  détruit, 
elle  forme  d’énormes  cavités  remplies  de  matière  cornée,  la  gangue 
conjonctive  est  en  réaction  assez  intensive,  irritée.  » 

Au  point  de  vue  thérapeutique  nous  préférons  recourir  ici  à  la. 
radiumthérapie. 

Ajoutons  que  notre  malade  ne  présente  rien  dans  son  passé  qui 
soit  à  retenir,  sinon  le  port  de  son  appareil  de  proihèse  pour 
redressement  des  dents  de  1908  à  1914.  Elle  est  née  à  terme,  pesait 
3  kil.  200  à  la  naissance.  Mais  le  médecin  a  fait  remarquer  que 
le  placenta  était  gros. 

Le  père  de  la  malade  est  bien  portant;  sa  réaction  de  Hecht 
est  négative.  Le  grand-père  paternel  serait  mort  de  lésion  gas¬ 
trique. 

La  mère  de  la  malade,  bien  portante,  myope  dès  l’enfance,  a  une 
réaction  de  Hecht  positive  partielle.  Elle  a  eu  trois  gestations  : 

La  première  a  donné  un  enfant  étouffé  à  la  naissance,  mais  qui 
pesait  le  poids  anormal  de  5  kil.  500  ; 

La  deuxième  gestation  :  fausse  couche  de  quatre  mois; 

La  troisième  gestation  :  notre  malade. 

Il  semble  bien  qu’il  y  ait  là  une  histoire  de  syphilis  héréditaire; 
les  grands-parents  maternels  sont  morts;  l’un,  le  grand-père,  de 
congestion  cérébrale;  la  grand’mère,  de  cancer  du  rectum. 

En  résumé ,  en  dehors  de  l’intérêt  présenté  par  ce  cas  de  cancer 
juvénile,  nous  pensons  qu’au  point  de  vue  clinique  l’aspect  de  ce 
placard  érythroplasique  et  de  ces  taches  leucoplasiformes,  mérite 
de  retenir  l’attention. 

Au  point  de  vue  pathogénie,  l’irritation  chronique  par  un  appa¬ 
reil  de  prothèse  longtemps  porté  pourrait  expliquer  l’apparition 


SÉANCE  DU  19  DÉCEMBRE 


de  ces  taches  érythroplasiques.  Le  terrain  manifestement  hérédo- 
syphilitique  de  la  malade  paraît  également  avoir  joué  ici  un  rôle 
important  pour  le  développement  de  ce  cancer  juvénile. 


Résection  du  coude. 

M.  Pierre  Fredet,  présente  un  sujet  auquel  il  a  fait  une  résec¬ 
tion  du  coude  suivant  la  technique  de  M.  Arrou,  pour  tumeur 
blanche  fisluleuse  du  coude  (forme  ostéo-synoviale).  Ce  procédé 
donne  d’excellents  résultats.  Ainsi,  dans  ce  cas  particulier,  deux 
mois  après  l’opération,  le  malade  est  entièrement  cicatrisé  et  a 
recouvré  tous  les  mouvements  volontaires  du  coude. 


Présentations  de  radiographies. 

Résultat  tardif  d'une  pseudarthrose  du  col  fémoral 
fixée  par  une  vis  d'os  mort.  Rupture  de  la  vis  au  haut  de  trois  ans. 

Récidive  de  la  pseudarthrose , 

par  M.  CH.  DUJAR1ER. 

La  radiographie  que  je  vous  présente  concerne  un  blessé  que 
je  vous  ai  déjà  présenté.  C’était  un  capitaine  roumain  que  j’avais 
opéré  au  début  de  1920  pour  une  pseudarthrose  du  col  fémoral 
consécutive  à  une  blessure  par  balle.  Je  vous  avait  montré  cet 
opéré  onze  mois  après  l’opération  et  le  résultat  était  très  satisfai¬ 
sant.  Pourtant  la  radiographie  ne  montrait  pas  de  cal  autour  de 
la  vis. 

J’ai  eu  des  nouvelles  récentes  de  ce  malade  ;  sa  vis  s’est  brisée 
il  y  a  un  an  environ  et  depuis  cette  époque  tous  les  signes  de  la 
pseudarthrose  ont  réapparu.  C’est  un  fait  de  plus  pour  montrer 
que  la  greffe  d’os  mort  dans  les  pseudarthroses  du  col  est  un  pro¬ 
cédé  infidèle. 

Fracture  de  Itupuytren  réduite  sans  intervention  sanglante , 
par  M.  SAVARIAUD. 

Celte  présentation  paraîtra  dans  un  prochain  Bulletin. 


1340 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


La  voie  transcalcanéenne  appliquée  au  traitement  sanglant 
de  certaines  fractures  du  cou-de-pied 
avec  fragment  marginal  postérieur  à  grand  déplacement , 

par  M.  ALGLAVE. 

Dans  la  séance  du  25  octobre  1922,  à  l’occasion  d’un  rapport  de 
M.  Cunéo  sur  un  travail  le  M.  Picot,  je  vous  ai  fait  remarquer 
que,  pour  aborder  certaines  fractures  du  cou-de-pied  qui  s’accom¬ 
pagnent  d’un  fragment  marginal  postérieur  à  grand  déplacement, 
la  voie  transcalcanéenne  me  paraissait  susceptible  d’être  avanta¬ 
geusement  utilisée. 

J'ai  dit,  à  ce  moment-là,  qu’habituellement  j’avais  suivi  les 
voies  latérales  pour  les  cas  qu’il  m’avait  été  donné  d’opérer  et  de 
préférence  la  voie  latérale  externe. 

Grâce  à  Inaction  qu’on  exerce  sur  les  malléoles,  surtout  sur 
l'externe,  on  parvient  ordinairement,  avec  facilité,  à  remettre  et  à 
maintenir  le  pied  en  bonne  attitude,  cependant  que  le  fragment 
marginal  postérieur,  quand  il  existe,  retrouve  lui-même  une  posi¬ 
tion  favorable,  en  vertu  de  la  solidarité  habituelle  qu’il  garde 
avec  les  malléoles,  par  l'intermédiaire  des  trousseaux  fibreux 
périmarginaux. 

(OTSTs  il  peut  arriver  que  ce  fragment  postérieur  soit  assez  volu¬ 
mineux  et  assez  fortement  déplacé  pour  qu’il  y  ait  utilité  à  inter¬ 
venir  directement  spr  lui,  en  vue  d'une  réduction  aussi  rigoureuse 
que  possible!' 

Ce  cas,  relativement  rare,  s’étant  présenté  à.  pioi  dans  ces  derniers 
temps,  il  m’a  semblé  que  la  voie  postérieure  me  donnerait  les  faci¬ 
lités  que  je  pouvais  désirer  pour  aborder  ce  troisième  fragment. 
Cependant  j’ai  pensé,  comme  je  l’ai  dit  en  commençant,  qu’il  était 
préférable  dç  sectionner  la  tubérosité  calcanéenne  plutôt  que  Je 
tendon  d’Achille,  comme  l’ont  proposé  et  exécuté  Pierre  Delbet, 
Picot  et  récemment  Pierre  Duval.  La  réparation  solide  du  calca- 
qéum  paraissant  offrir  ici  une  sécurité  qu’on  peut  redouter  de  ne 
pas  trouver  dans  celle  d’un  tendon  du  volume  et  de  l’importaiice 
du  tendon  d’Achille,  après  sa  section  même  très  oblique. 

Voici  mon  observation  : 

11  s’agit  d’un  homme  de  trente  ans  qui  est  projeté  par  une  automo¬ 
bile  dans  la  rue.  Il  a  le  pie  1  tordu,  ressent  une  vive  douleur  et  ne  peut 
plus  marcher  quand  il  essaie  de  se  relever. 

C’est  dans  ces  conditions  qu'il  est  amené  dans  mon 
Dieu. 


service  à  l'Hôtel- 


SÉANCE  py  19  DÉCEMBRE 


1541 


A  l’examen  clinique  la  déviation  du  pied  en  arrjère  et  en  dehors  est 
très  accentuée  avec  un  gonflement  considérable  de  tout  lp  cqii-(le-;pied. 

L’examen  radiographique  montre  (voy.  fig.  1)  :  1°  sur  le  péroné  une 
fracture  4  12  centimètres  environ  de  sa  pointe  avec  une  forte  déviation 
des  fragments  principaux.  Sgr  le  su¬ 
périeur  il  y  a  un  troisième  petit  frag¬ 
ment  en  aiguille. 

2°  A  la  mortaise  articulaire  on  voit 
un  diastasw  tibio-përoftier  quj  explique 
la  fracture  haute  du  péroné,  On  voit 
aussi  un  fragment  tibial  assez  volumi¬ 
neux  qui  est  marginal  postérieur,  mais 
qui  paraît  comprendre  la  portion  de 
l’épiphyse  tibiable  articulée  avec  (e  pé¬ 
roné.  On  voit,  enfin,  que  la  pointe  de  la 
malléole  interne  est  arrachée. 

Dans  ces  conditions,  il  est  évident  que 
l’intervention  sanglante  est  nécessaire 
pour  assurer  la  réduction  et  qu’elle  de¬ 
vra  porter  essentiellement  sur  la  frac¬ 
ture  du  péroné  et  sur  le  fragment  tibial. 

L’opération  a  lieu  le  31  optobpe  1923, 
quelques  jours  après  1’gccident.  Elle 
est  pratiquée  sous  anesthésie  générale. 

La  fracture  du  péroné  est  abordée  à 
la  faveur  d’une  incision  qui  suit  le 
bord  postéro-externe  de  l’os  depuis  le 
niveau  du  foyer  de  fracture  jusqu’à  la 
pointe  de  la  malléole.  Le  foyer  de  frac¬ 
ture  étant  mis  à  découvert  on  parvient 
à  réduire,  non  sans  quelque  diffi¬ 
culté,  pt  à  contenir  à  la  faveur  d'une  ri0  j 

plaque  métallique  avec  YiS  et  lame  F.p.,  Fracture  haute  du  péroné, 
(voy,  fig-  $),  F.m.p.,  Fragment  marginal  posté- 

Qunnt  UU  fragment  tibj&[  y  semble,  Fracture  de  la  malléole  in- 

tout  examen  fait  à  vue,  qu’on  ne  pourra  terne, 
le  remettre  en  bonne  position  qu’en 

l’abordant  de  face  après  section  de  la  tubérosité  calcanéenne  per¬ 
mettant  de  se  libérer  du  teüdon  d’Achille  qui  sera  relevé  vers  le  mollet 
avec  la  tubérpsité  elle-même,  cependant  que  les  muscles  jambiers 
postérieurs,  fléchisseurs,  péroniers  seront  réclinés  de  côté  et  d’autre. 

Pour  la  section  de  la  tubérosité  calcanéenne,  le  malade  est  couché 
de  trois  quarts  sur  le  ventre  et  on  reprend  l’incision  laissée  à  la  hau¬ 
teur  de  la  pointe  de  la  malléole  externe  pour  la  conduire  au-dessus  de 
la  saillie  du  talon  dont  elle  atteint  et  dépasse  un  peu  le  côté  interne. 
Elle  a  ainsi  la  forme  générale  d’une  L  ouverte  en  dedans.  Elle  permet 
la  mise  à  découvert  facile  de  la  tubérosité  calcanéenne  et  fa  section 
de  celle-ci  à  la  scie  de  Gigli. 


1542 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


La  marge  postérieure  du  tibia  est  ainsi  mise  à  découvert  avec  la  plus 
grande  facilité  et  il  devient  très  aisé  de  remettre  en  bonne  place  le 
fragment  marginal,  d’ailleurs  rattaché  à  la  malléole  péronière  par  de 
solides  trousseaux  fibreux  et  liga¬ 
menteux. 

Une  vis  de  Lambotte  est  en¬ 
foncée  obliquement  de  ce  frag¬ 
ment  dans  l’épiphyse  tibiale  pour 
le  maintenir  solidement  et  il  n’y 
a  plus  pour  terminer  l’opération 
qu’à  replacer  la  tubérosité  cal- 
canéenne  dans  sa  position  nor¬ 
male  et  à  l’y  maintenir,  elle  aussi, 
par  une  vis  qui  plonge  dans  le 
corps  du  calcanéum. 


Les  radiographies  que  je  vous 
présente  montrent  l’état  des 
parties,  particulièrement  bien 
visibles  sur  l’image  de  profil 
(fig.  2). 

On  y  peut  constater  leur  répa¬ 
ration  anatomique  intégrale.  On 
y  voit  même  que  le  trait  de 
section  de  la  tubérosité  calca- 
néenne  a  disparu.  La  coaptation 
et  la  consolidation  y  sont  par¬ 
faites. 

Cetle  observation  me  permet 
de  dire  que  la  voie  transtubéro- 
sitaire  calcanéenne  offre  pour 
certaines  fractures  graves  du 
Fio.  2.  cou-de-pied-,  avec  fragment  mar¬ 

ginal  postérieur  à  grand  dépla¬ 
cement,  les  mêmes  avantages  que  la  voie  trânsolécranienne 
ou  la  voie  transrotulienne  dont  je  vous  ai  parlé  pour  aborder 
certains  traumatismes  graves  du  coude  ou  du  genou. 


SÉANCE  DU  19  DÉCEMBRE 


1543 


Élections 

1°  DE  SIX  MEMBRES  CORRESPONDANTS  NATIONAUX. 

Premier  tour. 

Votants  :  57.  —  Majorité  :  29  voix. 

Ont  obtenu  : 

MM.  Reverchon  (Armée) .  42  voix.  Élu. 

DeSgouttes  (de  Lyon) .  40  voix.  Élu. 

Costantini  (d’Alger) .  36  voix.  Élu. 

Gauthier  (de  Luxeuil) .  33  voix.  Élu. 

Pouliquen  (de  Brest) .  26  voix. 

Lepoutre  (de  Lille) .  23  voix. 

Lefèvre  (de  Bordeaux) .  21  voix. 

Brisset  (de  Saint-Lôj .  20  voix. 

Chaton  (de  Besançon) .  15  voix. 

Combier  (du  Creusot) .  15  voix. 

Duvergey  (de  Bordeaux)  ....  11  voix. 

Murard  (du  Creusot) .  10  voix. 

Jean  (Marine) .  8  voix. 

Leclerc  (de  Dijon) .  5  voix. 

Lombard  (d’Alger) .  5  voix. 

Reynès  (de  Marseille) .  3  voix. 

Coullaud  (Armée) .  3  voix. 

Dezarnaulds  (de  Gien) .  2  voix. 

Damas  (de  Digne) .  2  voix. 

Picquet  (de  Sens) .  1  voix. 

Deuxième  tour. 

Votants"  :  55.  —  Majorité  :  28  voix. 

Ont  obtenu  : 

MM.  Pouliquen .  44  voix.  Élu. 

Lepoutre .  30  voix.  Élu. 

Brisset .  22  voix. 

Civel .  6  voix. 

Lefèvre . 4  voix. 

Combier .  1  voix. 

Duvergey  .• .  1  voix. 

Chaton .  1  voix. 

M.  le  Président.  —  MM.  Reverchon,  Desgouttes,  Costantini, 
Gauthier,  Pouliquen  et  Lepoutre  sont  nommés  membres  corres¬ 
pondants  nationaux  de  la  Société  nationale  de  Chirurgie. 


SOCIÉTÉ  DE  CE1RURG1E 


1514 


2°  Élection  du  Bureau  pour  1924. 

Votants  :  57. 

Président. 

MM.  Souligoux .  54  voix.  Élu. 

J.-L.  Fatlïe  2  Voix. 

Bulletin- blanc .  1 

Vice-Président. 

MM.  J.-L.  Faure .  è6'V#iï.  Ëlü. 

Souligoux .  1  voix. 

Bulletin  nul .  1 

Bulletin  blanc .  1 

Secrétaire  général  pour  5  ans. 

MM.  Lenôrmaht .  53  voix.  Élu. 

Hallopèau .  1  voix, 

ProüÉt .  1  voix. 

Lecèné .  1  voix. 

Savariaud .  1  Vbix. 

Bulletin  nul .  1 

Par  acclamation  MM.  Jacob  et  RbfetüEAU  sont  nbmmés  l8r  et 
2*  secrétaires  annuels. 

M.  Cauchoix  est  nomriié  archiviste  eti  Teinplàcethent  de 
M.  Michon,  démissionnaire,  et  M.  Louis  Bàzv  est  maintenu  dans 
ses  fonctions  de  trésorier. 


ÈBttATUM 

Dans  le  compte  rendu  de  la  séance  du  28  novembre,  p.  1383  du  Bulletin, 
au  lieu  de  :  PBlicald,  lire  :  Solcard. 


La  prochaine  séante  aura  lieu  le  9  janvier  1924. 


Le  Secrétaire  annuel, 
M.  Ombrédanne. 


—  L.  Mareîheüx,  Imprimeur,  1, 


TABLE  ALPHABÉTIQUE  DES  MATIÈRES 

POUR  L’ANNÉE  1923 


A 

Abdomen.  Importance  pratique  dans  les  syndromes  péritonéaux  aigus 
de  l'air  intra-abdominal  sous  pression,  signe  de  perforation  gastro- 

duodénalr,  par  M.  Chaton . .  3 

Rapport  :  M.  Pierbe  Mocquot . .  3 

—  Deux  observations  de  traumatisme  de  1’  —,  par  M.  Lafourcade.  .  .  33 

—  Sur  le  pneumo-péritoine,  par  M.  Carelli .  22 

Rapport  :  M.  Gosset .  22 

—  Torsion  du  grand  épiploon,  par  M.  Ch.  Lefebvre .  115 

Rapport  :  M.  Pierre  Descomps .  115 

—  Kyste  hématique  du  grand  épiploon  rompu  en  péritoine  libre.  Opé¬ 
ration.  Guérison,  par  M.  André  Chalier .  186 

—  Mésentérite  rétractile.  Cinq  observations  de  1’  —,  par  M.  Dübodcher.  419 

Rapport  :  M.  Mauclaire .  419 

—  Trois  observations  de  plaies  thoraco-abdominales,  par  MM.  Comte 

et  Perron .  120 

Rapport  :  M.  Rouvillois .  120 

Aiguille  mousse  à  courbure  variable  pour  ostéosynthèse,  par  M.  Hart¬ 
mann  (présentation  d’instrument) . 199 

Allocution  de  M.  Pierre  Sebileau,  président  (séance  annuelle)  ....  65 

—  de  M.  Pierre  Sebileau .  105 

—  de  M.  Mauclaire,  président  pour  1923  .  106 

Anesthésie  épidurale.  Sur  T  —,  par  M.  Pierre  Mocquot .  854 

Discussion  :  MM.  Savariaud,  Dambrin  et  Bernardbeig.  .  ....  860,  996 

Anesthésie.  Un  cas  d’intoxication  grave  à  la  suite-  d’anesthésie  au 

protoxyde  d’azote,  par  M.  Anselme  Schwartz .  348 

Discussion  :  MM.  Cunéo,  de  Martel,  Baudet,  Labey,  Chifoliau, 
Lecène,  Tuffibr,  L.  Bazy,  Chevassu,  Lapointe,  An¬ 
selme  Schwartz .  351,393,499,  1119 

—  rachidienne.  A  propos  de  P  —,  par  M.  Guibal . 1301 

—  Traitement  des  syncopes  anesthésiques  par  les  injections  intracar¬ 
diaques  d’adrénaline,  par  M.  Toupet . 1431 

Discussion  :  MM.  Brêchot,  Lenormant .  1445,  1300 

—  (Voy.  Rein). 

Anévrisme  de  la  carotide  dans  le  sinus  caverneux  gauche, par  MM.  Follet 

et  Decherf .  28) 

Rapport  :  M.  Broca .  289 

—  de  l’artère  poplitée  développé  au  contact  d’une  exostose  ostéogé- 

nique  de  l’extrémité  inférieure  du  fémur,  par  M.  Clavelin .  686 

Rapport  :  M.  Roux- Berger .  686 

—  traumatique  diffus  de  l’artère  cubitale  et  syndrome  de  rétraction 

BULL.  ET  MÉM.  DE  LA  SOC.  DE  CHIR.,  1923.  113 


1546 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


ischémique  de  Volkmann,  par  MM.  Bernard  Desrlas  et  E.  Baudouin.  934 

Rapport  :  M.  Læcène . .  934 

Discussion  :  MM.  Veau,  Ombrédanne,  Mouchet,  Broca,  Turfibr, 
Auvray,  Hallopeau,  Lapointe,  Mocquot,  Mau- 
claire . ' . . 971,916,  1012 

—  artériel  de  la  cuisse  ayant  simulé  un  ostéo  sarcome.  A  propos  d'un 

volumineux  —,  par  M.  Gaudier . 1228 

Angine  de  Ludwig  et  gangrène  gazeuse,  par  M.  L’Heureux . 1365 

Ankylosé  temporo-maxillaire.  Guérison  par  l’intervention  suivie  de  la 
dilatation  permanente,  par  MM.  Hallopeau  et  Darcissac  (présentation 

de  malade) .  669 

Anthrax.  Gros  —  de  la  nuque  traité  par  sérothérapie  au  sérum  polyva¬ 
lent  de  Leclainche  et  Vallée.  Guérison  rapide,  par  M.  Alolave  (pré¬ 
sentation  de  malade) . , . 1053 

Anus  artificiel.  Fermeture  par  cerclage,  par  M.  '.Siwora .  953 

—  contre  nature. Guérison  par  colectomie  d!un  —  du  côlon  descendant 

consécutif  à  l’ouverture  par  voie  lombaire  d'un  phlegmon  périnéphré- 
tique  gAuche.  par  M.  Chaton .  101 

Rapport  :  M.  Lequel' .  401 

—  contre  nature.  U.n  cas  de  guérison  par  exclusion  d’an  —  du  côlon 
descendant  après  néphrectomie  pour  tuberculose,  par  M.  Félix  Papin.  1451 

—  à  éperon  sur  le  .côlon  ascendant;  procédé  de  du  Bouchet,  par  M.  3. 

Hertz.  . . 1111 

Rapport  :  M.  Roux-Beroïr . .  1111 

—  iliaque  de  Lambret.  Modification  au  procédé  d'  — ,  par  M.  L.  Hayem.  414 

Rapport  :  M.  Dcjabier  .  .  .  . .  414 

Discussion  :  MM.  Okinczyc,  Cadenat,  A.  Schwartz,  Wiart  .  .  498,  419 

—  iliaque  gauche  par  le  prooédéde  Lambret,  par  MM.  CojraiERet  Murard.  -898 

Rapport  :  M.  Okinczyc .  898 

Appareil  à  projections,  par  M.  Louis  Bazy .  62 

—  Cadre  die  transport  et  d'immobilisation  pour  blessés  graves  (gout¬ 

tière  de  Bonnet  de  campagne),  par  M.  Roumt.ois  (présentation 
d’appareil).  .  .  . . 609 

—  Attelle  métallique  interchangeable  du  Service  de  Santé  pour  le  trai¬ 
tement  des  fractures  du  membre  supérieur  en  chirurgie  de  guerre, 

par  M.  Rouvillois  (présentation  d’appareil) .  806 

—  Tableau  noir  mobile  pouvant  être  utilisé  dans  une  salle  de  malade 

ou  à  la  salle  d’opération,  par  M.  Gaudibr .  945 

—  ambulatoire  pour  fracture  de  cuisse  au  tiersinférieur,  par  M.  Savamaud.  1445 

Appendicite  kystique.  Un  cbb,  par  MM.  Lepoutre  et  Delattre .  330 

Rapport  :  M.  Lecèhe .  330 

Artère  fémorale.  Plaie  double  par  coup  (de  couteau  de  1’  —  au  niveau 
du  canal  de  Hunter..  Anévrisme  diffus  artériel.  Ligature.  Guérison,  par 
M.  Baudet  (présentation  de  malade) .  360 

—  Plaies  de  l’artère  et  de  la- veine  poplitées  par  balle  de  revolver,  par 

MM.  Pierre  Lombard  et  Dure  . . 4365 

—  Insuffisance  artérielle  (suppression  des  pulsations)  dans  les  deux 
membres  inférieurs,  avec  claudication  'intermittente  sans  gangrène, 

par  M.  Tuffier . 1390 

Discussion  :  .M.  Hartmann . 1393 

Artérite  perforante  de  la  tibiale  postérieure  avec  anévrisme  difius  du 
mollet  dans  la  convalescence  d’une  septicémie  d’apparence  grippale. 

Intervention.  Guérison,  par  M.  Brisset . .  .  .  .  1290 

Rapport  verbal  :  M.  Tufftbr . 129(T 


TABLE  DES  MATIÈRES 


mi 


Arthrite  suppuré®  guérie  par  la  méthode  de  Witlems,  par  M.  Aüvray 
(présentation  de  malade) . .  58 

—  gonococcique.  Deux  cas  traités  parles  injections intra-articnlairés  dé 
sérum  antigonococcique,  par  M.  AuvraT  (présentation  de  malade).  60 

—  gonococcique.  Ouatre  cas  traités  par  l'arthrotomie  suivie  de  ferme¬ 
ture  immédiate,  par  MM.  Pigeon  et  Bkhnard.  .  ...  .......  .  615 

Arthrites  purulentes.  Traitement  par  l’arthrotomie  et  la  mobilisation. 

Les  causes  des  échecs,  par  M.  Ch.  Willems . .  144 

Discussion  :  M.  AtrttOü . . . .  149 

Autoplasties  faciales  par  lambeaux  cutanés  h  longs  pédicules  tabulés, 

par  M.  Paul  Mocrf. .  372 

Rapport  :  M.  Lenormanï .  372 

Discussion  :  MM.  Tbiéry,  MauclaIRE,  OiafcRftBAUiSE,  GtaffSEE,  AlolaVE, 

377,  411,  414 

Aviation  sanitaire.  Etat  actuel,  par  M.  Rorert  PiCCgré . .  .  .  1141 

Discussion  :  M.  Tuppier . 1132 

B 

Blessure  de  guerre  et  syphilis,  par  MM.  Gaudier  et  Minet .  1886 

Branchiome  à  structure  thyroïdienne,  par  MM.  Anoat»  et  Lombard.  .  .  1365 

c 

Calcul  biliaire  ayant  déterminé  une  occlusion  Intestinale  aiguë,  par 

M.  Capêttê .  7M 

Rapport  :  M.  Savà’riaL'd .  741 

—  du  cholédoque  développé  autour  d’un  corps  étranger,  par  M.  Ray¬ 
mond  Grégoire  (présentation  de  pièce) .  947 

Canal. hépatique.  Arrachement  de  la  racine  droite  du  — .  Opération. 
Guérison,  par  M.  E.  Kumjier .  47 

Cancer  dfu  sein.  Sur  le  traitement  opératoire  du  —,  par  M.  ht  Dent».  125 

—  testiculaire,  par  M.  Gav-Bcnert .  175 

Rapport  :  M.  Pierre  Descomps .  175 

—  cervical.  Le  —  est-il  rare  sur  l'utérus  proiabé  au  deuxième  ê<  troi¬ 
sième  degré?  par  M.  G.  Chavannaz . .  •  185 

—  pyloro-gastrique.  Gastropyiofectomie.  Guérison  d'on  cancer  secon¬ 
daire  du  sein.  Développement  trois  ans  plus-  tard  sans  récidive  gas¬ 
trique  appréciable,  par  M.  Hartmann (présentation  de  malade),  .  .  .  1361 

—  de  la  terminaison  de  l’intestin  grêle  traité  par  ta  radiothérapie  pro¬ 

fonde,  après  anastomose  liéo-sigmoïdienne.  Extirpation  dans  un 
second  temps.  Examen  histologique  détaillé,  par  M.  A.  GosSfcï.  .  .  .  458 

Discussion  :  MM.  Bacof.t,  Tupeiér,  Gernes,  Gwarier,  Caoïnat, 

Hallopeau . 46®,  469 

—  cervico-utérin.  Traitement  du  —  par  l’hystérectomle  consécutive  à  la 

curiethérapie,  par  M.  Robert  Monod .  626 

Rapport  :  M.  GossïtJ . .  8ï6 

Discussion  MM.  J.-L.  RaürE,  EfWAftlEK,  GosSET,  SavaMaUd, 
GkHCZYC,  ÀLotXVE,  TuErtÈR,  LaEOIMè  èt  PROUST. 

641,  849 


1548 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Cancer  du  col  utérin  rendu  opérable,  par  MM.  Paul  Launay  et  Robert 
Monod  (présentation  de  malade) . 1495 

—  du  côlon  transverse.  Colectomie  en  un  temps  avec  suture  termino- 

terminale,  par  M.  C.  Lenormant  (présentation  de  malade) . 1325 

Carotide  externe.  La  voie  rétro-jugulaire  dans  la  ligature  de  la  —,  par 

M.  Hartglass . 1162 

Rapport  :  M.  Raoul  Baudet . 1162 

Discussion  :  M.  Proust . 1171 

Cholécystectomie.  A  propos  de  la  section  accidentelle  du  cholédoque 

dans  la  rétrograde,  par  M.  Savariaud .  118 

Discussion  :  MM.  Gosset,  Auvray,  de  Martel .  119,  305,  306 

—  pour  lithiase.  Section  transversale  des  trois  quarts  du  cholédoque. 

Suture.  Guérison,  par  M.  Félix  Papin .  332 

Rapport  :  M.  Lecènr .  312 

Discussion  :  MM.  Gosset  et  Hartmann .  335,  336 

Cholécystite.  Récidive  de  calculs  biliaires  après  opération  conserva¬ 
trice  de  la  vésicule  faite  dix  ans  auparavant,  par  M.  Gosset  (présen¬ 
tation  de  pièce) .  585 

Cholécystostomie.  Récidive  de  calculs  biliaires  après  cholécystostomie 

faite  dix  huit  ans  auparavant,  par  M.  Sourdat .  719 

Rapport  :  M.  Gosset .  719 

Cinématisation  des  moignons  d’amputations,  par  M.  Bosch  Arana.  .  .  1465 

Rapport  :  M.  Tuffier . 1465 

Clavicule.  Luxation  habituelle  sus-sternale  de  la  —  traitée  par  l'ostéo¬ 
synthèse,  par  M.  Le  Jean . 1161 

Coeur.  Un  cas  d'hémopéricarde  sans  plaie  du  —,  par  M.  Guibé.  ....  142 

—  Syncope  chloroformique  au  cours  d’une  gastrectomie.  Massage  sous- 

diaphragmatique  du  coeur.  Guérison,  par  M.  Picquet .  215 

Rapport  :  M.  Lenormant .  215 

—  Plaie  du  ventricule  droit  par  coup  de  couteau.  Thoracotomie  verti¬ 
cale  transsternale.  Suturé  du  cœur.  Guérison,  par  M.  Jean  Vidal  .  .  255 

Rapport  :  M.  Pierre  Duval .  255 

—  Deux  cas  de  plaie  du  péricarde  sans  plaie  du  —,  par  M.  Vergbz.  .  .  483 

Rapport  :  M.  Sauvé . 483 

Discussion  :  M.  Lenormant .  489 

Colectomie  totale.  Examen  radiologique  du  grêle  trois  ans  et  demi 
après  une  —,  par  M.  Pierre  Duval  (présentation  de  radiographies)  .  948 

Discussion  :  MM.  Grégoire,  Okinczyc .  951,  1062 

Collection  hydro-aérienne  sous-temporale,  par  MM.  Proust,  Houdard  et 

Gueulette  (présentation  de  malade) .  673 

Côlons.  Cinq  observations  de  chirurgie  des  —,  par  M.  Chaton .  432 

Rapport  :  M.  Okinczyc . 432 

Compte  rendu  des  travaux  de  la  Société  pendant  l’année  1922,  par 

M.  Savariaud,  secrétaire  annuel .  68 

Corps  étranger.  Extraction  d’une  brosse  à  dents  de  la  cavité  pleurale 
droite,  par  M.  Auvray  (présentation  de  pièce) .  520 

—  du  duodénum  chez  un  enfant  de  huit  mois.  Ablation.  GuérisOD,  par 

M.  Bergeret .  596 

Rapport  :  M.  Hartmann . 596 

Discussion  :  MM.  Dujarier,  Ombrédanne,  Veau,  Mouchet,  P.  Bazy.  .  599 

Cou.  Un  cas  de  fistules  congénitales  bilatérales  du  —  avec  phénomènes 

de  rétention  séreuse  intermittente,  par  M.  Hartmann-Keppel .  289 

Coude.  Résection  du  —,  par  M.  P.  Fredet  (présentation  de  malade)  .  .  1539 
Coxa  vara  traitée  par  l'ostéotomie  du  col  fémoral,  le  vissage  du  col  du 


TABLE  DES  MATIÈRES  1549 


fémur  sous  l'écran  et  les  greffes  ostéopériostiques.  Réadaptation 
morphologique  du  col  fémoral,  par  M.  MaucLaibh  (présentation  de 

malade)  .  . . 1107 

Discussion  :  M.  P.  Thiéry . 1109 

Crîne.  Opération  en  deux  temps  dans  la  chirurgie  intracrânienne  du 

trijumeau,  par  M.  Jean  Villette .  527 

Rapport  :  M.  T.  de  Martel .  527 

Discussion  :  M.  Rorineau .  531 

—  Ostéité  syphilitique  du  crâne,  par  M.  Ch.  Lbnormant .  792 

Discussion  :  MM.  Pierre  Sebileau,  Auvhay,  Mauclaire,  Thiéry.  795,  797 

—  Exostose  ostéogéniquedu  crâne,  par  M.  E.  Pothkrat  (prés,  de  pièce).  1004 

Discussion  :  M.  Mauclaire . 1005 

—  Sur  le  traitement  des  fractures  du  —  avec  hypotension  du  liquide 

céphalo-rachidien,  par  M.  Leriche . 1422 

—  Ostéite  kystique  des  os  du  crâne,  par  M.  Hallopeau  (prés,  de  malade).  1448 

—  Hypertension  intracrânienne  post-traumatique  avec  excès  de  liquide 
céphalo-rachidien  normal.  Ponctions  lombaires  répétées.  Guérison, 

par  MM.  P.  Lombard  et  Bure . 1459 

Rapport  :  M.  J.  Okinczyc . 1459 

Cuboïde.  Luxation  isolée  du  —,  par  M.  Maurice  Laroet .  593 

Cuir  chevelu.  Arrachement  total  du  —,  scalp  complet.  Greffes  d’Ollier- 

Thiersch.  Guérison,  par  M.  Pavlos  Petridis . 1015 

Rapport  :  M.  Pierre  Descomps . 1015 

Discussion  :  MM.  Lenormant,  Tuffier . 1022 

Cuisse.  Anévrisme  artériel  de  la  —  ayant  simulé  un  ostéo-sarcome.  A 
propos  d’un  volumineux  —,  par  M.  Gaudier . 1181 

—  (Voy.  Appareil). 

Curiethérapie  du  cancer.  Trois  observations  de  malades  soumis  à  la 

curiethérapie,  par  M.  de  Nabias .  910 

Rapport  :  M.  Proust .  910 

D 

Davier  à  branches  coudées  et  à  mors  multiples  interchangeables  sur 

les  deux  branches,  par  M.  Masmonteil .  653 

Rapport  :  M.  Auvray . 653 

Décès  de  MM.  Braquehaye  et  Legrand,  correspondants  nationaux.  ...  2 

—  de  M.  John  Chiene,  correspondant  étranger . 1061 

—  de  M.  Paul  Michaux,  membre  honoraire .  . . 1366 

Déformations  rachitiques.  A  propos  de  166  interventions  pour  —,  par 

M.  E.  Sorrel .  439,  523 

Rapport  :  M.  Cadenat .  439 

Discussion  :  MM.  Ombrédanne,  Veau,  Hallopeau,  Mauclaire.  449, 

450,  478,  479 

Diverticulite  sigmoïdale,  par  M.  Gaudier . 1480 

Donation  Chupin  pour  la  fondation  d’un  prix  biennal .  475 

Duodénum.  Deux  cas  de  taille  duodénale  pour  extraire  des  épingles  de 

nourrice  chez  de  très  jeunes  enfants,  par  M.  Ombrédanne .  990 

-  Discussion  :  MM.  Veau,  Le  Dentu,  Mauclaire,  Coville.  .  .  .  996, 

1009,  1012,  1139 

—  Etats  pathologiques  du  —,  par  M.  Pierre  Duval  (présentation  de 

radiographies) . 1158 

Discussion  :  M.  Gernez . 1158 

—  Les  formes  normales  du  bulbe  duodénal,  par  M.  Raymond  Grégoire.  1252 


1550 


SOCIÉTÉ  DE  CSIRTOGIfi 


E 

Eclairage  (L  )  artificiel  dans  les  opérations  chirurgicales,  par 

M.  J.-L.  Faure . 103T 

Élections  de  quatre  membres  correspondants  nationaux  ;  MM.  Malarhg, 

Billet,  Mioiniac,  Çléret . .  .  ,  63 

—  de  deux  membres  correspondants  étrangers  :  MM.  Matas  et  ns  Lot-  , 

rjijjêrb  Marwqod . ' .  64 

—  d'un  membre  honoraire  :  M.  Sebileau .  239 

—  d’un  membre  titulaire  :  M..  Sauté . 239 

—  d’un  membre  titulaire  :  M.  Küss .  613 

— ^  dje  six  membres  correspondants  nationaux  :  MM.  Rbvsrchon,  Des- 

gouttsb,  Costantini,  Gauthier,  POUUQtlSN,  Lf.poutrs . 1643. 

—  du  Bureau  pour  1924  :  Préfixent  :  M,  Sowgoux  ;  Vice-présiderd  : 

M.  J.-L.  F aure;  Secrétaire  général  :  M.  Lknormani;  Secrétaires  annuels  : 

MM.  Jacob,  Robineau;  Archiviste  :  M-  Cauchoix  ;  Trésorier  :  M.  Louis 
Bazy . 1844 

Eléphantiasis.  Résultat  éloigné  d’un  drainage  sous-outané  à  tube  perdu 
pour  un  —  du  membre  infériemi.  Guérison  maintenue  après  sept  ans 

et  quatre  mois,  par  M,  Walthrr  (présentation  de  malade) . 1394 

Éloge  de  Félix  Guyon,  par  M.  J.-L.  Faure,  secrétaire  général .  11 

—  de  Pasteur,  par  M.  Mauclaibb,  président .  8é>0> 

Empalement  traps-recto-vésical  aveu  éclatement  de  la  vessie  par  objet 

sphérique,  par  M.  Bellot . 1286 

Rapport  ;  M.  EJ  Micros . 1286 

Épaule.  Luxations  récidivantes  de  1’—  traitées  par  la  capsniorraphio  et 
les  greffes 'ostéopériostiques  à  la  partie  inférieure  et  à.  la  partie  anté¬ 
rieure,  à  cheval  sur  la  capsule  et  sur  le  rebord  glénoïdien,  par 

M.  Mauglaire  (présentation  de  malade  et  de  radiographies) . 1110 

Discussion  :  M.  Louis  Bazy . 1111 

Épithélioma.  de  l’épididyœe  par  MM..,  Lapqwte  et  Cain»  ,  , .  1,01 

Discussion  :  M.  P.  Bazy . 10b 

—  Restaurations  en  quatre  temps  de  la  totalité  de  la  lèvre  inférieure 
et  de  la  peau  du  menton  jour  —  par  le  procédé  de  Larger  amélioré 

par  Morestin,  par  M.  Savariaud  (présentation  de  malade),  .....  1051 

Érytbromélalgie.  Sur  1’—,  par  M.  R,  Lericrb . 398 

Essence  de  goménol.  L’emploi  de  L—  dans  L’asepsie  du  champ  opéra¬ 
toire,  par  M.  Duveroey . 98? 

Estomac.  Traitement  des  ulcères  perforés  de  1’—  en  péritoine  libre, 

par  M.  Gresset . 15 

Rapport  :  M.  Raoul  Baudet .  15 

—  Ulcères  gastriques  et  duodénaux  perforés,  par  M.  Lbcése,  ......  50, 

— .  Du  meilleur  traitement,  chirurgical  des  perforations  duodénales  et 

gastriques  (Deux  observations),  par  M,  H.  Delaoenière.  134 

—,  Ulcères  duodéno -gastrique S  perforés.  Huitobserva  ions,  parM.  Giiioub.  151 

—  Ulcère  calleux  prépyiorique.  Perforation  ;  suture  ;  gastro-entérostomie. 

Guérison,  par  M.  Duboucher .  205 

Rapport  ;  M.  Lboène.  .  . . . .  . . .  205 

—  Ulcère  duodénal  perforé.  Duodéno-pylorectomie.  Mort  au  septième 

jour,  par  M.  Marais .  201 

Rapport  :  M.  Legénb . 201 


TABLE  UES  MATIÈRES 


1551 


Estomac.  Ulcère  perforé,  par  M;  Gadenat . 

Discussion  ;  M.  de  Martel . 

—  Trois  cas  d’ulcères  gastriques  perforés  en  péritoine  libre,  par 

M.  Robert  Monod . . 

Rapport  :  M.  Gobset . . 

Discussion  :  M.  Grégoire . 

—  Ulcères  duodéno-pyloriques  perforés  par  MM.  Oodard  etJEAN.  .  .  . 

—  Hernie  Umiqivaire  au  niveau  d’une  suture  d’occlusion  de  lestomae, 

par  M.  Hartmann  (présentatiou  de  malade) . 

—  Ulcère  perforé  de  la  petite  eoui  bure,  traité  par  la  suture  de  lia  per¬ 
foration,  sans  gastro-entérostomie.  Guérison,  par  M.  Tailhei'er.  .  .  . 

Rapport  :  M.  Cauchoix . 

—  Ulcères,  perforés  de  1’—.  Traitement  de  l'ulcère  gastrique  perforé  en 

péritoine  libre,  par  M.  E.  Kdmmeb  . . 

—  Huit,  observations  d’ulcères  duodéno-gastriques  perforés,  par  M.  Ch. 

Girode.  . . . 

—  Blessure  accidentelle  du  cholédoque,  par  M.  Hartmann . 

—  Ulcère  perforé  de.  1’ — ,  par  M.  Basset  (présentation  de  malade).  .  . 

—  Ulcère  de  la  grande  courbure.  Résection  en  médaille.  Guérison,  par 

M.  Rouhier . 

—  Ulcère  perforé  de  la  petite  courbure.  Excision.  Suture.  Gastro-enté¬ 
rostomie.  Guérison,  par  M.  Autefage . 

—  Ulcère  perforé  de  F—,  Excision.  Gastro-entérostomie.  Guérison,  par 

M.  Abadie . 

—  Fibro-chondrome  malin  de  F — ,  par  MM.  Charrier  etRiou . 

Rapport  :  M.  Bréchot . 

—  Ulcère  perforé'.  Résection  et  suture  dix-huit  heures  après  la  perfo¬ 
ration.  Guérison-,  par  M.  Dehei.ly . 

Discussion  :  M.  Basset . 

—  Trois  cas  de  perforation  de  F —  par  ulteère,  par  M.  Charrier  .... 

Rapport  :  M.  Bréchot . 

—  Deux  cas  dé  perforation  d'ulcère  du  duodénum,  par  M.  Fér- 


Rapport  :  M.  Bréchot .  496 

—  Rétrécissement  cicatriciel’  de  la  partie  inférieure  du  cholédoque 
après  cholédocotomie avec  drainage.  Anastomose  de  l'hépatique  dans 
l’estomac.  Guérison,  par  M.  Gosset  (présentation  de  malade) ....  604 


—  De  la-  septicité  des  parois  gastriques  et  des  lymphatiques  périgas- 
triques  dans  certains  ulcères  chroniques  gastro-duodénaux.  impor¬ 
tance  de  cette  notion  au-  point  de  vue1  des-  suites  opéraloires  et  des 
indications  thérapeutiques,  par  MM.  Pierre  Duval,  J. -Ch-.  Roux  et 


François  Moutier .  756 

Discussion  :  MM.  Savarhuh,  Okinczyc,  Rouis  BAzy . ^  772 

—  Ulcère  gastrique  compliqué  de  bilooulation.  Gastro-entérostomie  sur 

la  partie  supérieure.  Résultats  éloignés,  par  M.  Dantin .  851 

Rapport;  M.  Rapointe .  851 

—  Sur-la  vaccination  préventive  des  complications  pulmonaires-  dtas 

les  opérations  sur  Festomac,  par  M.  Lambret .  926 

—  Traitement  des  ulcères  perforés  en  péritoine  libre,  par  M.  Hart- 


—  Deux  cas-  de  hernie  diaphragmatique  d’origine  traumatique  de 


Festomac  et  du  côlon,  par  MM.  Côürvoisier  et'  Guktz .  1022 

Rapport  :  M.  Jacob .  4022 

Discussion;  M.  Auvray . 1027 


1p52  société  de  chirurgie 


Estomac.  Sarcome  kystique  appendu  à  la  grande  courbure  de  l'estomac, 
par  M.  Souligoüx  (présentation  de  pièce) . 1055 

—  Sarcome  ou  mieux  fibrogiiome  de  1—,  par  M.  Gosset  (présentation 

de  pièce) . 1065 

—  Perforalions  aiguës  de  1’—  et  du  duodénum,  par  M.  Charles  L.  Gibson.  1069 

—  Tumeur  pédiculée  de  T—,  par  MM.  Gosset,  Georges  Loewy  et  Ivan 

Rertrand . 1182 

—  Ulcères  perforés  en  péritoine  libre,  quatre  observations,  par 

M.  Bernard  Desplas .  1365 


—  Statistique  de  cinquante  et  une  interventions  gastriques  avec  lever 

précoce  du  deuxième  au  quatrième  jour.  Avantages  du  lever  précoce, 
pir  M.  Brisset . 

Rapport  :  M.  Raymond  Grégoire . 

Discussion  :  MM.  Waltrer,  Savariaud,  Lapointe,  Diijarier,  Gau 
dier . 1318l  1380,  1400 

—  Ulcères  gastriques  perforés.  Cinq  observations, -par  M.  André  Goil 


Rapport  :  M.  Basset . 1512 


F 


Fémur.  Fracture  spontanée  du  —,  par  M.  Hartmann  (présentation  de 
radiographies) . 

—  Radiographies  de  9  cas  d’ostéosynthèse  pour  fracture  du  —,  par 

M.  Düjarier . • 

Discussion  :  M.  Auvrat . 

—  Fracture  cervico-trochantérienne  du  — .  Réduction  sous  anesthésie. 
Résultat  fonctionnel,  par  M.  Lenormant  (présentation  de  malade;.  .  . 

Discussion  :  M.  Hartmann . . 

—  Examen  microscopique  d’une  fracture  spontanée,  par  M.  Hartmann. 

—  Pseudarthrose  du  col  fémoral.  Greffe  ostéopériostique.  Guérison, 

par  M.  Ch.  Düjarier  (présentation  de  malade) . .  .  .  .  . 

—  Fracture  des  deux  fémurs;  ostéosynthèse  du  fémur  droit,  traitement 

de  la  fracture  du  fémur  gauche  par  l’extension  continue;  résultat 
excellent  des  deux  côtés,  par  M.  Anselme  Schwartz  (présentation  de 
.malade) . 

Fibro-lipome,  probablement  périostique  du  pied,  par  M.  A.  Mouchet 

(présentation  de  malade) . 

Discussion  :  M.  Thiéry . 

Fibrome  pur  d’origine  costale  et  à  développement  intrathoracique. 
Ablation  par  voie  transpleurale  et  pneumothorax  total.  Guérison, 
par  M.  Pierre  Duval . . 

—  utérin  traité  par  la  radiothérapie.  Coexistence  d’un  néoplasme  intra- 

utérin,  par  M.  Souligoüx  (présentation  de  pièce) . 

—  et  radiothérapie,  par  M.  Le  Jemtel . 

Fièvre  puerpérale.  Sur  350  cas  de  —  traités  par  le  curettage  et  l’irri¬ 
gation  continue,  par  M.  Gauthier . 

Rapport  :  M.  A.  Lapointe . . . . 

Discussion  :  M.  Savariaud . 

Fistule  vésico-utérine  obstétricale.  Opération  par  voie  vaginale.  Gué¬ 
rison,  par  M.  Emile  Delannoy . 

Rapport  :  M.  Basset . 


TABLE  DES  MATIÈRES 


J  553 


Fistule  stercorale  consécutive  à  une  appendicectomie.  Opération  eitra- 
péritonéale.  Guérison,  par  M.  Lenormant  (présentation  de  malade)  .  736 

Discussion  :  M.  Tuffier . .  740 

—  du  long  segment  iléo-colique  isolé.  Guérison  spontanée  par  exclu¬ 
sion  bilatérale,  par  M.  Walther  (présentation  de  malade) . 1153 

—  tuberculeuse  d’origine  costale  guérie  après  50  injections  de  collo- 
vaccin  de  Grimberg,  par  M.  Savariaud  (présentation  de  malade).  .  .  1248 

Discussion  :  MM.  Proust,  Hallopeau .  1249,  1256 

Fistules  broncho-cutanées.  De  l’utilité  de  l’injection  de  lipiodol  dans 
le  traitement  des  —,  par  M.  Tuffier  (présentation  de  radiographie).  799 
Foie.  ViDgt-deux  observations  d’abcès  amibiens  du  — .  Leur  traitement 

par  l'émétine,  par  M.  Hartmann-Keppel .  216 

Rapport  :  M.  Lenormant . ■ .  216 

—  Tumeur  du  — .  Résection.  Guérison.  Examens  histoloeiques,  par 

Ms  J.  SlLHOL . 1033 

—  Trois  cas  d’abcès  amibiens  du  —  traités  par  l’ouverture,  l’asséche- 
ment  du  contenu  et  la  réunion  primitive  sans  drainage,  par  MM.  Aubry 

et  Costantini . 1251 

Formolisateur,  par  MM.  Proust  et  de  Nabias  (présentation  d’instru¬ 
ment) . 1112 

Fracture  unicondylienne  interne  du  tibia  avec  gros  déplacement.  Ostéo¬ 
synthèse.  Marche  précoce,  par  M.  Labey  (présentation (de  malade).  .  195 

Discussion  :  MM.  Broca,  Mouchet,  Pierre  Descomps .  198,  291 


—  de  Dupuytren  ouverte.  Opération  à  la  huitième  heure.  Fermeture 
immédiate.  Immobilisation  complète  (Maisonneuve)  pendant  qua¬ 
rante  jours,  puis  appareil  de  marche  de  Delbet  pour  fractures  de 
jambe  pendant  trente  jours.  Guérison  complète,  par  M.  da  Silva  de 


Rio  Branco . . .  260 

Rapport  :  M.  Souliooux .  260 

Discussion  :  M.  Basset . .  260 

—  des  deux  os  de  l'avant-bras.  Double  ostéosynthèse.  Excellent  résul¬ 

tat  fonctionnel  trois  mois  après  l’accident,  par  M.  Ch.  Dujarier  (pré-  - 
sentation  de  malade) .  280 

Discussion  :  MM.  Lapointe,  Alolave,  Lenormant,  [Gernez,  Auvray, 
Walther,  Savariaud,  Mouchet,  Broca,  Fredet, 
Tuffier .  282,  283 

—  comminutive  du  cubitus  au  tiers  supérieur  et  luxation  en  avant  de 

la  tète  radiale;  réduction  aisée  par  manœuvres  externes  et  conten¬ 
tion  en  flexion  du  coude,  par  M.  Albert  Mouchet  (présentation  de 
malade) .  516 

Discussion  :  MM.  Lenormant,  Alolave .  518 

—  de  l’extrémité  inférieure  du  radius.  Réduction  le  cinquième  jour  par 

manœuvres  externes.  Excellent  résultat  morphologique,  par  M.  Duja¬ 
rier  ‘(présentation  de  malade) .  606 

—  spiroïde  du  tibia  avec  télescopage  de  l’extrémité  supérieure  du 

péroné,  par  M.  Dujarier  (présentation  de  malade) .  606 

Discussion  :  MM.  Alglave,  Tuffier .  607 

—  isolée  de  la  petite  apophyse  du  calcanéum,  par  M.  Albert  Moucbet 

(présentation  de  radiographies) . •  843 

—  de  la  rotule  traitée  par  la  suture,  la  mobilisation  et  la  marche  pré¬ 
coce,  par  M.  Gaudier .  936 

—  oblique  du  col  chirurgical  de  l'humérus  avec  saillie  sous  la  peau  du 

fragment  inférieur.  Ostéosynthèse.  Excellent  résultat, par  M.  Dujarier 
(présentation  de  malade) . '  .  .  .  1045 


4554 


SOCIÉTÉ  DE  C1IRÜRGIE 


Fractura  grave  de  IVJéorane.  Deux  cas  de  —  guéris  par  J'ostéosyn- 
thèse  arec  bon  résultat  fonctionnel,  par  M.  Duiarier  (présentation  de 
malade) . 1045 

-i-  sous-trochamtérienne.  Deux  cas  dé  —,  par  M.  Dujaribr.  (présentation 
de  malade) . 1046 

—  comminutive  de  l'extrémité  inférieure  du  fémur.  Ostéosynthèse  par 

voie.transrotulienne.  Bon  résultat,  par  M.  Alolave . 1096 

—  ducoroné  et.de  l’olécrane  traitée  par  l’ostéosynthèse,  pair  M:.  fi.  Juan.  1262 

Rapport:  Ml  Albïht  Mouchbt . 1262 

Discussion:  M.  Gernez . 1267 

—  de  la  première  phalange  ;  réduction  par  flexion  forcée,  par  M.  H.  B«é- 

chot  (présentation  de  radiographies) . 1363 

Discussion.  :  M.  Hartmann . . , . 1364 

—  du  col  chirurgical  de  l’omoplate.  Ostéosynthèse  par  plaque  en  T. 

Bonne  réduction,  par  M.  Dujarier  (présentation,  de  malade) . 1492 

—  en  T  à  grand,  déplacement  de  l'extrémité  inférieure  de  l’hutuérus 

abordée  par  lé.  voie  transoléeranienue  et  traitée  par  l’ostéosynthèse 
métallique,  par.  M.  Alglave. .  1489' 

—  oblique  de  l'olécrane  avec  luxation  du  radius  en  avant,  par  M.  Duja- 

rier  (présentation  de  malade) . 1494 

—  du  cou-de-pied,  ta  voie  Iranscalcanéenne  appliquée  au  traitement 

sanglant  de  certaines  fractures  du  cou-de-pied  avec  fragment  mar¬ 
ginal  postérieur  à  grand  déplacement,  par  M.  Alolave . lo4fl 

—  de  la  rotule.  La  suture  précoce  et  le  traitement  ambulatoire  des  —, 

par  M.  Pierre  Fredet .  179 

Discussion  :  MIM.  Alolave,  Thiéry .  183 

—  de  la  rotule.  Résultat  d'une  suture  pour  fracture  ancienne  delarotule, 

puis  d’une  suture  du  tendon  rotulien,  trente-deux  ans  après  la  der¬ 
nière  opération,  par  M.  Walther  (présentation  de  malade) .  193 

—  bimalléolaices  avec  fragment  marginal  postérieur.  Traitement  non 

sanglant  des:  — .,  par  M.  Paul  CAeobat .  295 

Rapport  :  M..  Albert  Mouchet . . .  295 

—  bimalléolaire  ouverte,  avec  issue.de  l’extrémité  inférieure  du  tibia  à 

travers  les  téguments.  Réduction  et  sanglante  contention  par  le  vis¬ 
sage  malléolaire  interne,  par  M.  Guimbellot . 1337 

Rapport  :  M..  Alolave . 1337 


Discussion  :MM>.  Dujarieb,  à.  Schwartz,  Basset,  Proust,  Hartmann. 

134®,  1@44 

—  bimalléollaire  avec  volumineux  fragment  postérieur  et  fort  dépla¬ 
cement  en  arrière  complètement  réduite  et  consolidée,  avec  résultat 
excellent,  sans  opération  sanglante  par  le  simple  appareil  plâtré,  par 


M.  Savabiabd  (présentation  de  radiographie) . 1395 

—  Indications  et  technique  du  traitement  opératoire  des  fractures 

récentes  fermées  du  cou-de-pied,  par  MM.  Pierre  Duval  et 
Basset .  14 15 

Discussion  :  IL  Savariaud . .  .  1422 

—  du  membre  supérieur.  Attelle  métallique  interchangeable  du  Service 

de  Santé1  pour  le  traitement  des — en  chirurgie  de  guerre,  par  ML  Rou- 
villois  (présentation  d’appareil).  . .  .  800 

Discussion  :  MM.  Roux-Berger,  Hallopeau .  804 

Fractures  de  Maisonneuve.  Sur  une  variété  de  —,  par  M.  Gbileemin.  .  923 


T  ASIE  UES  MATIÈRES 


1555- 


G 

Gangrène  du  gros  orteil  à  étiologie  indéterminée.  Sympathicectomie, 
puis  amputation  de  Usfranc.  Guérison,  par  MM.  Maurice  Salomon  et 

Anselme  Schwartz] . 4319 

Gastro-entérostomie.  Deux  cas  d’occlusion  haute  après  —,  par 

M.  Oüoabb . 662 

Gastrostomie.  Nouvelle  technique  de  la  —,  par  M.  Del  vaux .  692 

Rapport  :  M.  Albert  Mouchet .  694 

Discussion  :  MM.  Gossst,  Proust,,  Gebnbz,  Debontaine.  .  .  .  692,  925 

Genou.  Arthrite  tuherculeuse  du  —,  Abcès  froid  fistulisé  de  la  cuisse. 
Guérison  des  fistules  par  le  coilo-vaccin  antituberculeux  de  Grim- 

berg,  par  MM.  Baodet  et  Grimberg  (présentation  de  malade) .  284 

— .  Arthrite  blennorragique  du  —,  Echec  de  la  sérothérapie.  Arthro¬ 
tomie.  Guérison  avec  conservation,  des  mouvements,  par  MM.  Duja- 

rier  et  Mathieu-Pierre  Weil  (présentation  de  malade) .  808 

Discussion  :  MM.  Mouchet,  Louis  Ba/.y,  P.  Thiéry,  Michon,  Rouvil- 

lois,  Broca .  309,  312 

—  Tuberculose  fistulisée  du  droit  traitée  par  le  vaccin  colloïdal  de 

Grimberg,  par  MM.  Baudet  et  Grimberg  (présentation  de  malade).  .  359 

—  Ostéotomie  cunéiforme  pour  ankylosé  du  — ,  par  Cadbnat  (présen¬ 
tation  de  malade) . . .  7dft 

Discussion  :  M.  Qdjarier . . .  ,  . .  340 

—  L’emploi  de  greffons  ostéopériostés  dans  le  traitement  des  ostéo- 

arthrites  tuberculeuses  du  genou  chez  l’enfant,  par  M.  Carlos 
Robertson  Lavalle .  812 

Rapport  :  M.  Auvbay,  . . .  .  812 

Discussion  :  MM.  R.  Grégoire,  Albert  Mouchet,  Lapointe,  Roux- 

Bbroeb,  Mauclaire,  Auvray.  .....  835,  837 

—  Ankylosé  du  —,  presque  à  angle  droit.  Résection  trapézoïdale,  par 

M.  Mauclaire  (présentation  de  malade) . 1187 

—  Rupture  à  signes  frustes  du  ménisque  int-rne  du  —,  méniscectomie 

partielle»  Guérison,  par  MM,  Comrirr  et  MuRAnn .  4292 

Rapport  :  M.  J,.  Okinozyc.  .  (>292 

Discussion  :  MM.  Dujarier,.  Arrou,  Broca,  Auvray,  Gbrnez,  Che¬ 
vrier,  Waltheh . .  1295,.  1299 

—  Les  lésions  des  ménisques  du  —,  Formas,  anatomocliniques  et  trai¬ 
tement,  par  M.  Tavbrnier . . .  .  1485 

—  Arthrite  suppurée  du  —  à  streptocoques.  Arthrotomie.  Résultat  fonc¬ 
tionnel  après  mobilisation  active,  par  M.  Paul  Mathieu  (présentation 

dei  malade)»,  1486 

—  à  ressort.  Extirpation  du  ménisque  en  luxation  intarmitente.  Gué¬ 
rison,  par  M.  Hallopeau  (présentation  de;  malade) . .  884 

Genu  recurvatum  par  ostéomyélite  ded’extrémité  inféniaure  du  fémur. 

Un  cas  de —,  par  M.  Lajpqintb.  (présentation  de  malade).  .......  549 

Discussion  :  M.  Mouchet.  . .  .  520 

Gibbosité  pottique.  Appareils  compresseurs  de  — ,  par  M.  Victor  Veau 

(présentation  d’appareil) . 473 

Glande  sous-maxillaire  droite.  Lithiase  de  la  —  avec,  diverticule  cer¬ 
vical  contenant  deux,  calculs.  Ablation,  de  la  glande  et  des.  calculs. 

Drainage  du  diverticule,.  Guérison,  par  M.  de,  Rio  Branco .  379 

Rapport  :  M.  Hartmann . 379 


1556  SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Greffe  épiploïque  libre  chez  une  malade  présentant  de  la  péricolite. 
Néphrectomie  pour  rein  mobile.  Crises  d'anurie  répétées  guéries  par 


le  cathétérisme  urétéral,  par  M.  0.  Mascirenhas . 

Rapport  :  M.  Marion .  212 

Greffes  épidermiques.  Transplantation  de  —  sous  l’action  d'un  courant 

d’air  chaud,  par  M.  Delvaux . 1209 

Rapport:  M.  Albbrt  Mouchet . 1209 


Discussion  :  MM.  Veau,  Bréchot,  Savariaud,  Basset,  Mouchet, 

Pierre  Fhedet,  Savariaud,  Alolave,  Arrou, 

Mouchet .  1213,  1214,  1260,  1262 

—  séreuses  après  l'ablation  des  membranes  dans  la  péricolite  mem¬ 
braneuse  et  dans  la  périsigmoïdite  membraneuse,  par  M.  Mauclaire.  931 
Gros  troncs  artériels.  Plaies  de  l’artère  et  de  la  veine  poplitées  par 


balle.  Quadruple  ligature.  Résultat  après  dix  mois,  par  MM.  Pierre 

Lombard  et  R.  Bure . 1456 

Rapport  :  M.  Ch.  Lenormant . 1456 

Grossesse.  Un  cas  de  —  après  extirpation  de  la  trompe  d’un  côté  et  de 
l’ovaire  de  l’autre,  par  M.  üujaribr  (présentation  de  malade) .  471 


H 

Hanche.  Osléosarcome  périostique  étendu  à  la  moitié  inférieure  du 
fémur.  Echec  du  traitement  radiothérapique  par  les  rayons  X  péné-  . 
trants.  Désarticulation  sous  hémostase  préventive  à  la  Momburg, 

par  M.  Couliaod .  111 

Rapport  :  M.  Savariaud .  111 

Discussion  :  MM.  Broca,  Alglave,  Lapointe,  Chevrier,  Lenormant, 

Waltiier,  Savariaud . 115,  117 

—  Deux  cas  d’ostéochondrite  de  la  —,  dont  un  suivi  pendant  onze  ans 
et  un  autre  accompagné  de  cyphose  congénitale  lombaire,  par 

M.  Robin . 167 

Rapport:  M.  Albert  Mouchet .  167 

—  Désarliculation  delà—  et  position  de  Trendelenburg,  par  M.Delessus.  241 

—  Osléochondrites  déformantes  juvéniles,  par  M.  Frcelich  (présenta¬ 
tion  de  radiographies) .  952 

—  Luxation  congénitale  non  fixée  de  la  —  gauche.  Constitution  par 
greffe  d'un  toit  osseux.  Guérison,  par  M.  Ch.  Dujarier  (présentation 

de  malade) . 1152 

Discussion  :  MM.  Mouchet,  Mauclaire . 1153 

- - congénitale  irréductible  et  douloureuse  par  une  greffe  d’os  mort. 

Traitement  de  la  —,  par  M.  Hallopeau  (présentation  de  malade).  .  .  1198 
Discussion  :  MM.  Dujarier,  Mouchet . 1201 

—  Bon  résultat  par  résection  de  la  tête  fémorale  pour  arthrite  chro¬ 

nique  ancienne  sur  une  ostéochondrite  déformante  ou  une  luxation 
congénitale,  par  M.  Alolave  (présentation  de  malade) . 1319 

Discussion  :  MM.  Savariaud,  Broca . 1321 

—  Ostéochondrite  déformante  infantile  de  l’épiphyse  supérieure  du 

fémur,  par  M.  P.  Mathieu  (présentation  de  malade) . 1324 

Discussion  :  MM.  Mouchet,  Broca,  Mouchet .  1325,  1332 

Hernie  sus-claviculaire  spontanée  du  poumon  gauche,  par  MM.  Mau- 

claire  et  Faure-Beaulieu  (présentation  de  malade) .  313 

Discussion  :  MM.  Tufeier,  Anselme,  Schwartz,  Mauclaire.  .  315,  316 


TABLE 


MATIÈRES 


1557 


Hernie  obturatrice  étranglée  coexistant  avec  une  hernie  crurale  réduc¬ 
tible,  par  M.  Gauthier .  682 

Rapport  :  M.  P.  Prédît .  682 

—  ombilicale.  Volumineuse  —  de  la  période  embryonnaire.  Opération 

au  second  jour  de  la  vie.  Guérison,  par  M.  René  François . 1365 

Humérus.  Fracture  de  T—  vicieusement  consolidée.  Enchevillement. 

Bon  résultat  anatomique  et  fonctionnel,  par  M.  Deniker .  791 

—  Décapitation  de  T—  avec  luxation  intracoracoïdienne  de  ladiaphyse. 

Engrènement  partiel  après  application  d’un  appareil  de  Delbet.  Réduc¬ 
tion  sanglante  avec  vissage  temporaire,  restauration  fonctionnelle 
complète  en  un  mois,  par  M.  Brisset .  901 

Rapport  :  M.  Hallopeau.  .  . .  901 

Discussion  :  MM.  Gernez,  Broca,  Mouchet,  Roux-Berger,  Basset, 

Tufpier,  Ombrédanne,  Louis  Bazy  ....  9Î4,  906 

—  Décalottementdu  condyle  huméral,  par  M.  André  Richard . 1371 

Rapport  :  M.  Albert  Mouchet . 1371 

Hydronéphrose  par  coudure  de  l’uretère  sur  un  vaisseau  du  voisinage, 

par  M.  Alglave .  678 

Hypernéphrome  métastalique.  A  propos  d’un  cas  d’— ,  par  MM.  Sencert 

et  P.  Masson . 748 

Discussion  :  M.  Auvray . 755 

Hystéro  colpectomie  totale  pour  prolapsus,  par  M.  Savariaud  (présen¬ 
tation  de  pièce) . 1059 


I 


Intestin.  Fistule  cutanée  stercorale  de  l’intestin  grêle.  Anastomose 
iléo-colique  sur  le  côlon  transverse,  puis  résection  de  l’anse  fistu¬ 
lisée.  Guérison,  par  MM.  Costantini  et  Duboucher .  223 

Rapport  :  M.  Okinczyc  . .  223 

Discussion  :  M.  Pierre  Delbet .  224 

—  Invagination  intestinale  opérée,  récidive  probable,  par  M.  Penot  .  .  227 

Rapport  :  M.  Ombrédanne .  ^27 

—  Sarcome  pédiculé  de  l’intestin  grêle  ayant  déterminé  par  sa  rup¬ 
ture  une  violente  hémorragie  interne,  par  M.  Brin .  275 

—  Occlusion  intestinale.  Bn  cas  d’—  traité  et  guéri  par  un  anus  vaginal 

artificiel,  par  M.  A.-3.  Bengolea .  297 

Rapport  :  M.  Okinczyc .  297 

—  Treize  cas  d’invagination  intestinale  aiguë  chez  enfant,  par 

M.  Lepoutre .  387 

Rapport  :  M.  Albert  Mouchet .  387 

Discussion  :  MM.  Savariaud,  Veau,  Broca,  Ombrédanne,  Alglave. 

"  371,  392,  450 

—  Résultats  de  l’écrasement  et  de  l’enfouissement  des  bouts  intesti¬ 
naux  chez  l'homme,  par  MM.  Okinczyc  et  G.  d'Allaines .  555 

Discussion  :  M.  de  Martel .  557 

—  Un  troisième  cas  d’ulcération  intestinale  par  calcul  biliaire,  par 

M.  Revel .  371 

—  Sur  la  fermeture  des  sections  terminales  de  1’—,  par  M.  Cunéo  ...  698 

—  Occlusion  intestinale  par  rétrécissement  du  jujéno-iléon  consécutif 
à  un  étranglement  herniaire.  Résection  intestinale.  Guérison,  par 

M.  Gruget .  891 

Rapport  :  M.  Pierre  Descomps .  891  • 


1558 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRÜftSiE 


-*r 


Intestin.  Occlusion  intestinale  par  rétrécissement  du  jéjuno-ïléon  pro¬ 
voqué  par  un  épithélioma  annulaire  ;  perforation  et  abcès  mésenté¬ 
rique.  Résection  intestinale.  Guérison,  par  M.  Gruoeï .  894 

Rapport  :  M.  Pierre  Dxscomps .  '894 

—  Trois  cas  de  perforation  intestinale  au  cours  de  la  fièvre  typhoïde 
avec  sutures  par  incision  iliaque  ;  une  guérison  ;  deux  morts  tardives 

de  cause  étrangère,  par  MM.  Abame  et  Awdrieu . 1237 

—  Récidive  d'occlusion  intestinale  deux  fois  traitée  chirurgicalement 

.  et  guérie,  par  M.  J.  Okiwczyc  (présentation  de  malade) . 1496 

—  Invagination  iléo-cæco-colique  d'une  fumeur  cæcale  (Iymphoeylome) 

avec  métastase  ganglionnaire,  greffée  sot  une  ulcération  dysenté¬ 
rique  (entamœba  histolyiica ),  par  M.  Marcel  VeauM’au .  655 

Rapport  :  M.  Basset .  655 

- intestinale  chez  l’enfant.  Trois  cas  d’— .  Vidange  du  cæcum  par  - 

l’appendice  extériorisé  en  vue  de  combattre  la  stercorémie,  l’iléus 
paralytique  et  la  récidive  de  l’invaginalion,  par  M.  Bescarpentries,  .  695 

Rapport  :  M.  Albert  Mouchet .  695 

—  Création  d’un  rétrécissement  complet  de  l’intestin  pour  exclusion 

unilatérale  ou  bilatérale  paT  ma 'méthode  d’écrasement,  par  M.  Soo- 
ligoux .  914 

—  Ecrasement  en  chirurgie  intestinale,  par  M.  Gossbt.  .  .  • . "  924 

—  Perforation  intestinale  méconnue,  par  corps  étranger,  suivie  de 
développement  d’une  tumeur  inflammatoire  de  l’abdomen,  par 

M.  Pbloquin . 1028 

Rapport  :  M.  Rouvillois . 1028 

—  grêle.  Volvulus  partiel  de  1’—  —,  par  MM.  Voncken  et  Pueaux.  ...  525 


J 

Jambe.  Sur  un  point  de  la  technique  de  l'ostéosynthèse  pour  fracture 
des  os  de  la  jambe,  par  M.  Alglave  (présentation  de  radiographies).  HH 


K 

Kyste  de  l’humérus  et  greffe  osseuse  :  résultat  étoïgné,  par  M.  Albert 


Mouchet  (présentation  de  radiographies) .  152 

—  épiploïque.  Volumineux  —  développé  autour  (d’un  fragment  de 

sonde  en  gomme,  par  M.  E.  Rumwer .  345 

—  hydatique  calcifié  de  la  petite  courbure  et  du  petit  épiploon.  Extir¬ 
pation,  par  M.  Savariaud  (présentation  de  prè-ce) .  368 

—  hydatique  rétro-vésical  opéré  par  voie  coccy-périnéaSe.  Remarques 

sur  cette  voie  (d’accès,  par2M.  J.  Fiolle .  455 

—  dermoïde  de  l’ovaire  gauche,  par  M.  E.  Potberat  (présentation  de 

pièce) . 921 

—  osseux  (développé  dsns  le  col  du  fémur,  par  MM.  EouvrtLOîS  et 

Plissün  (présentation  de  radiographies) . '  .  .  1095 

Discussion  :  M.  Broca . 1607 

—  branchial  avec  fistule  du  type  amygffabïde,  par  M.  Fournier  .  .  .  1113 

—  séreux  du  rein  gauche.  Double  néphrectomie  transpéritcméale. 

Guérison,  par  M.  J.  Hertz . 1845 

Rapport  :  M.  Leoène . 1345 

Discussion  :  MM.  Cbevassü,  MrcHON,  Tuptier,  Lenormant.  .  1352,  1353 


TABLE  I 


MATIÈRES 


1859 


Kyste  hydatique  du  tibia,  par, MM.  Costantini  et  Buboucher.  .......  1452 

Rapport  :  M.  Albert  Mouchet . .  1452 

Kystes  hydatiques  suppurés  traités  par  la  fermeture  sans  drainage. 

Onze  observations  nouvelles,  par  MM.  Brume  et  Lauotol .  35 

—  bydatiques  suppurés  multiples  traités  avec  succès  par  le  capiton¬ 
nage,  par  M.  Robert  Dupont . . .  .  847 

Rapport  :  M.  Louis  Bazy . .  .  847 

—  hydatiques  multiples  du  foie.  Situation  postérieure  de  l’un  d'eux. 

Elargissement  de  Ja  laparotomie  par  thnraco-phréno -laparotomie 
sans  pneumothorax.  Guérison,  par  M.  H.  Gostiantini . .  9 175 

Rapport  :  M.  iRock-Bbkger.  . . 117» 


L 


Laminectomie.  Résultats  obtenus  parla  —  simple  ou  plastique  (greffon 


costal)  dans  six  cas  de  compression  médullaire,  par  M.  Radulescu.  d061 
Langue.  Cancer  de  la  —  chez  nue  jeune  fille  de  vingt  et  un  ans,  par 
MM.  Dujarier,  Marcel  Pinard  et  Gibaud  (présentation  de  malade).  .  1537 
Lever  précoce  des  opérés.  Mobilisation  et  lever  précoce  après  suture 

de  la  rotule,  par  M.  Gaudier . 1506 

Ligature  de  la  carotide  primitive.  4  observations  de— ,  par  M.  Har-.ouin.  774 

Discussion  :  M.  Savariaud .  779 

Lipiodol.  De  l'utilité  de  l’injection  de  —  dans  le  traitement  des  fistules 
broncho-cutanées,  par  M.  Turner  (préseotion  de  radiographie).  .  .  799 


Lithiase  du  cholédoque  et  kyste  hydatique  de  la  face  inférieure  du 
foie.  Cholêdoctomïe.  Ablation  des  calculs  et  drainage  du  cholé¬ 
doque.  Essai  d’extirpation  du  kyste  pris  pour  la  vésicule.  Hémor¬ 
ragie  veineuse.  Pince  à  demeure.  Finalement,  suture  du  kyste  et 
réduction  sans  drainage  après  assèchement  et  formolage.  Vésicule 
atrophiée  rétractée  sur  des  calculs,  par  M.  Savariaud  (présentation 


de  malade) .  286 

Luxation  tarso-métatsrsienne.  Réduction  sans  opération,  par  M.Lapointe 
(présentation  de  radiographies) .  153 

—  ancienne  et  irréductible  de  l’articulation  scaphoïdo-cunéenne,  avec 

fracture  de  la  grande  apophyse  du  calcanéum.  Réduction  saDglante, 
arthrodèse  et  Suture  osséuse,  par  M.  Lbuïs  Coürty .  244 

Rapport  :  Albert  Mouchet .  2 14 

—  acromio-claviculâire.  Opération  de  Cadenat.  Bon  résultat  fonc¬ 
tionnel,  par  M.  Robert  Soupault .  263 

Rapport  :  M.  Cadenat .  263 

Discussion  :  MM.  Savariaud,  Baudet,  Dujarier,  Hallopeau,  Tuffibr, 
Cadenat,  Pierre  Bbscomps,  Pierre  Mocquot .  266,  294,  327 

—  congénitale  complète  et  irréductible  des  deux  lobules  traitée  par  un 

procédé  spécial  de  transposition  (rotulienne  avec  autoplastie  capsu¬ 
laire,  par  M.  Albert  Mouchet  (présentation  de  malade) .  511 

—  isolée  du  cuboïde  (énucléation),  parM.  Maurice  Larget .  650 

Rapport  :  M.  Dujarier .  650 

—  récidivante  imilatérale  de  la  mâchoire  inférieure,  consécutive  à  une 

injection  d’ailcool  peur  névralgie  du  trijumeau.  Guérison  par  la 
résection  du  ménisque,  par  MM.  Gohbier  et  Murard .  689 

Rapport  :  M.  Roux-Berger .  689 

Discussion  :  MM.  Robineau-,  Dujarier .  691 


1560 


SOCIÉTÉ  DIS  CHIRURGIE 


Luxation  subtota'e  du  carpe  rétro -lunaire.  Dissection  d'une  pièce  de  —, 

par  MM.  Ferrari  et  Vbrgoz .  745 

Rapport  :  M.  Albert  Mouchet .  745 

Discussion  :  M.  P.  Mathieu .  748 

—  du  grand  os  en  arrière.  Réduction  de  l’os  luxé  par  manoeuvres 

externes.  Bonne  restauration  fonctionnelle,  par  M.  Auvray  (présen¬ 
tation  de  malade) . 1903 

—  habituelle  sus-steruale  de  la  clavicule  traitée  par  l’ostéosynthèse, 

parM.  G.  Jean . 1267 

Rapport  :  M.  Albert  Mouchet . 1267 

—  en  avant  de  la  tête  du  radius  avec  fracture  du  cubitus,  accompagnée 

de  rupture  de  la  branche  motrice  du  nerf  radial,  par  M.  Albert  Mou¬ 
chet  (présentation  de  radiographies) . 1395 

—  paralytique  de  la  rotule.  Plissement  capsulaire,  parM.  Georges  Labey 

(présentation  de  malade) . 1446 

Luxations  des  phalanges.  Procédé  de  réduction  des  —,  parM.  Dbscar- 

PENTRIES .  273 

Rapport  :  M.  Lapointe .  273 

Discussion  :  MM.  Dujarier,  Baudet,  Savariaud,  Tuffier,  Hartmann, 

Lenormant,  Lapointe .  274 


M 


Mâchoire  intérieure.  Nécrose  de  la  totalité  de  la  —  et  élimination  par 
la  peau,  par  MM.  Pierre  Sebileau  et  Dupourmentel  (présentation  de 

malade) . : .  943 

Discussion  :  M.  Lapointe .  9i3 

Maladie  de  Volkmann.  A  propos  de  la  —,  par  M.  Leclerc . 1013 

Rapport  :  M.  Hallopeau . 1013 

Malléole  tibiale.  Point  d’ossification  du  sommet  de  la  —,  par 

M.  Albert  Mouchet  (présentation  de  radiographies) .  798 

Ménisques  en  |mse  de  seau,  -  par  M.  Auvray  (présentation  de 

malade) .  404 

Mésentérite  rétractile.  Cinq  observations  de  —,  par  M.  Duboucher  .  .  419 

Rapport  :  M.  Mauclaire .  419 

Discussion  :  M.  Hallopeau .  478 

—  Péritonite  tuberculeuse  à  gros  épanchement  ascitique.  Lésions  con¬ 
comitantes  de  mésentérite  rétractile.  Laparotomie.  Amélioration, 

par  M.  Duvergey .  532 

Rapport  :  M.  Mauclaire .  532 

Mésocélon  transverse.  Tumeur  volumineuse  du  —  (sympathomie). 
Ablation.  Guérison,  par  M.  J.  Hertz .  923 


N 


Néphrotomie  dans  les  gros  calculs  coraliformes,  par  M.  Pappa  ....  230 

Rapport  :  M.  Marion .  250 

Discussion  :  M.  Chbvassu .  254 

Nomination  d'une  Commission .  558,  1370 


MATIÈHES 


1561 


Œsophage.  Petit  diverticule  déterminant  des  troubles  dysphagiques 

graves.  Extirpation  en  un  temps.  Guérison,  par  M.  Picquet . 

Rapport  :  M;  Pierre  Mocquot . 

—  Sept  cas  de  diverticule  pharyngo-œsophagien,  parM.  RaymondGré- 


Discussion  :  M.  Hartmann .  .  . 

—  Méthode  permettant  d’atteindre  le  segment  cardio-œsophage  en 

évitant  la  plèvre  et  le  péritoine,  par  M.  Grégoire . 

Discussion  :  MM.  Gosset,  Tuffier,  P.  Duval . 

—  Résultat  au  bout  d’un  an  d’une  intervention  pour  dilatation  idio¬ 

pathique  de  1’  — .  Section  du  diaphragme  par  voie  thoraco-abdomi¬ 
nale  extra-séreuse.  QEsophago-gastropIastie,  par  M.  Grégoire  (pré¬ 
sentation  de  malade) .  1322, 

Discussion  :  M.  Tuffier . . . 

Orbite.  Un  cas  d’abcès  antérieur  de  l'orbite  consécutif  à  une  sinusite 
maxillaire  d’origine  dentaire,  par  M.  Goéré  et  Guichard . 

Rapport  :  M.  Sieur . 

Orchite  aiguë  de  l’enfance  due  aune  torsion  de  l’hydatite  de  Morgagni. 
Sur  une  variété  d’ —,  par  M.  Albert  Mouchet  (présentation  de  malade). 

Discussion  :  M.  Ombrédanne . 

Ostéite  typhique  du  radius,  par  M.  A,  Martin . 

Rapport  :  M.  Hallopeau . 

—  kystique  du  larse,  suite  de  localisation  gonococcique.  Extirpation  ; 

comblement  incomplet  par  lambeau  musculaire;  réunion  d’emblée, 
par  M.  J.  Fiolle . 

Ostéomyélite  de  l’extrémité  inférieure  du  fémur  traitée  et  guérie  par  la 
médication  antistaphylococcique  et  une  ponction  avec  aspiration  de 
l’abcès  profond,  par  M.  Tuffier  (présentation  de  malade)  .  .  .  667, 

Discussion  :  MM.  Broca,  Grégoire.  . . 

—  du  fémur  avec  abcès  guérie  sans  intervention  et  sans  vaccination, 

par  M.  Hallopeau  (présentation  de  radiographie) . 

—  chronique  d’un  vaste  foyer  de  fracture  du  fémur  gauche.  Auto-vac¬ 
cination.  Large  évidement.  Greffe  épiploïque  de  la  cavité.  Cicatrisa¬ 
tion  per  primam,  par  MM.  Bernard  Desplas,  Wilmoth  et  Peyre  .  .  . 

Rapport  :  M.  Grégoire . . 

—  Obturation  d’une  cavité  d’ostéomyélite  ancienne  par  greffe  muscu¬ 
laire,  par  M.  Croisier . 

Rapport  :  M.  Grégoire . 

—  de  l’humérus  gauche  traitée  par  auto-vaccin,  par  M.  Tuffier  (présen¬ 
tation  de  radiographies) . 

Discussion  :  MM.  L.  Bazy,  Ombrédanne,  Veau,  Hallopeau,  Okinczyc, 
Mathieu,  Tuffier .  806, 

—  aiguë  du  fémur.  Vaccination.  Fracture  spontanée.  Guérison  et  con¬ 
solidation,  par  M.  Grégoire  (présentation  de  malade) . 

Ostéosarcome  de  l’humérus  droit.  Désarticulation  inter-scapulo-lhora- 
cique.  Récidive  dans  les  ganglions  thoraciques  et  la  plèvre  du  même 
côté,  plus  de  huit  ans  après,  par  M.  Dehelly . 

Discussion  :  MM.  Hartmann,  Tuffier,  Thiéry,  Chevassu,  Mouchet, 


Dehelly,  Lapointe .  509, 


269 

26u 

320 

326 


1602 

1323 

208 

208 

550 

564 

479 

479 

1137 

.  678 

711 


724 

724 

724 

724 


809 


506 


511 


1562 


SOCIÉTÉ  DK  CfUBUKGtE 


Ostéosynthèse  temporaire.  Appareil  à  —,  par  MM.  Tupfier  et  Donnet 

(présentation  d’appareil) .  946,  100T 

Ostéotomie  oblique  suivie  d’extension  en  flexion  et  abduction  pour 
fracture  sous-trochantérienne  du  fémur  vicieusement  consolidée,  par 

M.  P.  Mathieu  (présentation  de  malade) .  671 

Ovaire  (Voyi  Kyste). 

P 


Palais.  Division  palatine,  par  M.  Victor  Ykau  (présentation  de  malade). 

—  Division  du  voile  du  —,  par  M.  Victor  Veau  (prés,  de  malade)  .  . 
Pancréas  accessoire,  par  MM.  Gobset,  Georobs  Loewy  et  Ivan  Bertrand. 

Discussion  :  MM.  Cauchoix,  Roux-Berger . .  887, 

—  accessoire.  Pylorectomie,  Métastase  cérébrale  et  mort,  par  MM.  Ou- 

dard,  fi.  Jean,  'Seocy  et  Tufpier . .  .  .  • . 1078, 

—  Contusion  épigastrique,  lésion  pancréatique,  par  M.  Sauvé  (présen¬ 
tation  de  malade) . 

Discussion  :  MM.  P.  Mocquot,  Savariaud,  Pierre  Descomps . . 

Paraplégie.  A  propos  des  accidents  paraplégiques  survenant  longtemps 
après  une  blessure  du  rachis  par  pachyméningite  tuberculeuse,  par 

M.  Tavernier . .  . . 

Parotidite  à  répéiition  avec  rétention  chronique  de  la  salive  :  opéra¬ 
tion  de  'Leriche  (arrachement  du  bout  oentral  du  nerf  auriculo-tem- 

poral),  par  M.  G.  Leouerc . . . 

Rapport  :  M.  Okingzyc . •• . 

Pét^carde.  Symphyse  du  — .  Opération  de  Brauer,  par  M.  Gosset  (pré¬ 
sentation  de  malade) . 

Discussion  :  MM.  Hahlopeau,  Gbrnez,  Tufpier . 

Péricolite  membraneuse.  Essais  de  greffes  séreuses  après  l’ablation  des 
membranes  dans  la  —  et  dans  la  périsigmoïdite  membraneuse,  par 

M.  Maùclaire . . 

Péritoine.  Sur  une  disposition  anormale  du  —,  par  M.  Alberto  Farani 

Rapport  :  M.  Raymond  Grégoire . 

Discussion  :  MM.  Cunéo;  Broga  .  .  ?  .  . . 

Péritonite  supputée,  diffuse,  mortelle,  survenue  au  cours  d’un  traife- 
ment  radiothérapique,  chez  une  malade  atteinte  de  flbrome  utérin, 

par  M.  Henri  Mondor .  ... 

Rapport  :  M.  Lecènb . 

Péritonites  tuberculeuses.  Traitement  chirurgical  des  —,  par  M.  Té- 


Discussion  :  MM.  Le  Dentu,  Tupfier,  Mouciiet,  Pierre  Descomps, 

Mauglaire,  Baudet,  Lapointe .  1041,  1048,  1045,  1062, 

Phrénospasme  chronique  lié  à  un  ulcus  gastrique  juxta-cardiaque. 
Dysphagie  chronique  grave  avec  dilatation  de  l’œsophage.  Echec  de 
dilatations  répétées.  Gastrostomie.  Persistance  des  troubles.  Décou¬ 
verte  opératoire  par  voie  thoracique  de  la  traversée  phrénique  de 
l’œsophage.  Débridement  de  l’orifice  diaphragmatique.  Guérison  de 
la  dysphagie,  par  MM.  Georoes  Lardennois  et  Jean  Braine  (présenta¬ 
tion  de  malade) . . 

Pièce  de  prothèse  (vis  d’os  tué  armée)  extraite  du  col  du  fémur  deux 

ans  et  quatre  mois  après  l’opération,  par  M.  A.  Basset . 

Pied.  Un  cas  de  luxation  récente  et  irréductible  de  l’articulation  astra- 
galo-scaphoïdienne  traitée  et  guéiie  par  réduction  sanglante,  par 
M.  Wiart  (présintation  de  malade) . 


838 


890 

1227 

942 

944 


732- 

732 

918 

920 


931 

1874 

1374 


'1376. 


1504 

1504 

1041 

1069 


93T 

1109 


XASBLE.  IDES  rMAŒIÈRES 


15C3 


Pied.  (Voy.  Fibro-lipome). 

Pied  bot  valgus  équin  congénital,  par  M.  Canessa .  955 

Pince-gouge  à  ergots,  par  M.  Gauthier  (présentation  d’instrumenl).  .  .  1169 

Rapport  :  M.  P.  Mathieu . 1469 

.Pleurésie  hilaire.  La  —,  par  MM.  Phélip  et  J.  Aimard . 1427 

Plexus  brachial.  Deux  cas  de  compression  du  —  par  hypertrophie  des 
apophyses  transverses  de  la  7®  vertèbre  cervicale.  Intervention  chi¬ 
rurgicale.  Guérison,  par  MM.  Lenormant  et  Sénèque  (présentation 'de 

malade)  ...  : . -.  997 

Discussion  :  MM.  A.Mouchet,  Robineau,  La  pointe . 1002 

Poignet.  Quelques  lypes  de  traumatisme  du  — ,  par  M.  'Guillehin  .  .  .  123 

Présentations  d’ouvrages  :  MM.  BoissroREAuet  Dartigues  :  Légendes  iSt 

Contes  du  Bocage  vendéen . • .  2 

MM.  Rochard  et  Stern  :  'Thérapeutique  post-opératoire .  3 

M.  Legueu  :  Archives  urologiques  de  la  d'inique  •de  Necker 

(3®  vol.) . 41-1 

M.  Albfrt  Mouchet  :  Appareillage,  rééducation  fonctiormélle  et 
réadaptation  professionnelle  des  b'essés  el  accidentés,psT  MM.  Vil- 

laret  et  Roederer .  615 

M.  Georges  Hayek  :  L’Hématoblaste . 1162 

M.  Gabriel  Bidou  :  Nouvelle  méthode  d'appareillage  des  impo- 


MM.  .Denixer  et  T.  de  Martel  :  Tumeurs  du  nerf  auditif  .....  1331 

M.  Okinczyc  :  Cancer  de  l'intestin .  845 

M.  Lejars  :  Exploration  clinique  et  diagnostique  chirurgical ...  924 

MM.  Faure  et  A.  Sibedet  :  Traité  de  gynécdlogie  médico-chi¬ 
rurgicale .  924 

M.  Paul  Moure  :  Chirurgie  vasculaire  conservatrice . 1061 

M.  Frédéric  Gross  :  La  Faculté  de  Mèxleeîne  de  Nancy  khe  1872 

«1914  .  . . 4*U 

Prix  décernés  en  1922  .  102 

—  à  décerner  en  1923  et  1924 . 108,  104 

Prolapsus  génital.  A  propos  de  l’opération  de  lie  'Fort  peur — ,-par 

M.  Savariaud .  S10 

- M.  Cotte . 907 

Pseudarthrose  du  fémur  droit  datant  de  vingt-deux  ans.  intervention. 

Plaque  vissée  et  greffe  ostéopériostique.  Guérison,  par  M.  Gh.  Duja- 
rier  (présentaliou  de  malade) . 192 

—  de  la  jambe  droite.  Greffe  par  glissement.  Guérisc-n,  ‘par  M.  Baiilo- 

peau  (présentation  de  malade) . .  .  712 

—  du  col  du  fémur.  Vissage  avec  ur.e  vis  d’os  tué  armée.  Résultat  -au 

bout  de  deux  ans,  par  M.  A .  Basset  (préseutatiern  de  malade) .  877 

—  avec  perte  de  .substance  du  tibia,  “traitée  par  ta  greffe 'osseuse,  par 

transplantation  homo-la’térale  -d’un  Segment  pédicuté  du  ipérené 
(opération  de  Ha'hn-Huntington),  par  M.  Oki-nozyc  (présentation  de 
malade) . 1191 

Discussion  :  M.  MiShon . 1194 

—  du  col’fémoral  fixée  par  une  vis  -d’osmort.  (Rupture  de  la  vis  nu 

bout  de  trois  ans.  Récidive <de  la  pseudarthrose,  par  M.  ©ujarier  (pré¬ 
sentation  de  radiographie)  .  . .  .  .  .  1539 


1564 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


R 

Rachianesthésie  à  la  stivaïne-caféine,  par  M.  Thomas  Jonnesco  .  .  .  .  1132 
Discussion  :  M.  Dujarier . 1136 

—  Sur  la  —,  par  M.  Maurice  Chevassu . 1305 

Discussion  :  MM.  Sàyariaud,  Cunéo,  Thiéry . .  1308,  1309 

—  L’association  de  la  caféine  et  de  la  stovaïne  en  rachianesthésie,  par 

M.  Le  Roy  des  Barres . 1380 

Rapport  :  M.  Paul  Riche . 1380 

Discussion  :  MM.  Dujariçr,  Cauchois .  1384,  1385 

—  1.000  cas  de  rachianesthésie,  par  MM.  Plisson  et  Cla velin . 1408 

Rapport  :  M.  Paul  Riche . 1409 

—  Sur  les  indications  de  la  —,  par  M.  Lepoutre . 1410 

Rapport  :  M.  Gernez . 1410 

Discussion  :  M.  Broca . 1415 

—  Les  accidents  méningés  de  l’anesthésie  rachidienne,  par  M.  Leclerc.  1520 

Rapport  :  M.  Pl.  Mauclaire . 1520 

Discussion  :  MM.  Savariaud,  Labey,  Sauvé .  1423,  1428 

Racbianesthésies  (2256;,  par  M.  Duvergey . 1210 

Rapport  :  M.  Paul  Riche . 1270 

Discussion  :  MM.  Dujarier,  Cunéo,  T.  de  Martel,  M.  Sauvé.  1274,  300 

Radiographies  en  série.  Dispositif  spécial  pour  les  —,  par  MM.  Pierre 
Duval  et  Henri  Béclère  (présentation  de  radiographiesl .  288 

—  d’articulations  sur  film  cintré,  par  MM  Pierre  Duval  et  Henri 

Béclère . 1283 

Radiothérapie  et  fibrome,  par  M.  Le  Jemtel . 1532 

Radius.  Remplacement  de  la  presque  totalité  du  radius  par' une  greffe 
mixte.  Examen  histologique  au  bout  de  six  mois.  Guérison  de  la 

pseudarthrose,  par  M.  Hallopeau  (présentation  de  malade) . 1090 

Rate.  Pseudo-kyste  hématique  de  la  —  chez  un  paludéen.  Splénec¬ 
tomie.  Guérison,  par  M.  Costantini .  9 

Rapport  :  M.  Pierre  Mocquot .  9 

—  Tumeur  de  la  — .  splénectomie,  par  M.  de  Fourmestraux  (présenta¬ 
tion  de  malade) .  9.41 

—  Tuberculose  de  la  —  à  forme  d'abcès  froid.  Splénectomie.  Guérison, 

par  M.  René  François .  059 

Rapport  :  M.  Lecène .  959 

Discussion  :  M.  Baudet .  964 

—  Deux  splénectomies  pour  traumatismes  de  la  — ,  par  M.  Perrin.  .  .  1203 
Rectum.  Cancer  du  — .  Essai  d’anus  artificiel  par  le  procédé  de  Lam- 

bret  suivi  d'extirpation  du  rectum, par  MM.  Proust  et  Houdard  (pré¬ 
sentation  de  malade) . 840 

Discussion  :  MM.  G.  Lardennois,  Lenormant,  Tupfier,  Michon, 

Okinczyc .  841,  843 

—  Cancer  du  —  traité  par  radiumthérapie  après  exclusion  du  segment 

intestinal  malade.  Etat  de  guérison  un  an  après,  par  MM.  Alglave  et 
Saleil  (présentation  de  malade). . 1102 

—  Ablation  du  cancer  du  —,  par  M.  OKHtezvc .  1469 

Discussion  :  MM.  Hartmann,  J. -L.  Faure,  Cunéo,  Lardennois,  Lapointf, 

Hartmann,  Cunéo .  1474,  1477(1.478,  1479 

—  Cancer  sous-ampullaire  du  —  adhérent  au  squelette  enlevé  par  lapa- 


TABLE  DES  MATIÈRES  1565 


rotomie  et  voie  ano-coccygienne  combinées  avec  conservation  de 
l’appareil  sphinctérien,  par  M.  Savariaud  (présentation  de  pièce)  .  .  1 327 
Discussion  :  M.  Cunéo . 1333 

Rectum.  Traitement  du  cancer  du —,  par  M.  Anselme  Schwartz.  .  .  .  1529 

—  Sphinctérectomie  segmentaire  dans  le  prolapsus  muqueux  du  —, 

par  M.  Bréchot . 1215 

Discussion  :  MM.  Lenormant,  P.  Mathieu,  Halloreau,  Baudet, 

Broca .  1276,  1277 

—  Emphysème  périnéal,  par  M.  Carelli .  22 

Rapport  :  M.Gosset .  22 

Discussion  :  M.  Chevassu .  189 

—  L'anesthésique  des  splanchniques  dans  la  néphrectomie,  par  MM.  Bil¬ 
let  et  Maisonnet .  157 

Rapport  :  M.  Chevassu .  157 

—  Néphrectomie  avec  ablation  du  segment  de  veine  cave  recevant  les 

deux  veines  rénales,  par  M.  Pierre  Delbet  (présentation  de  pièce) .  .  200 

—  Radiographies  de  face  et  de  profil  du  bassinet,  par  MM.  Pierre 

Dlval  et  Henri  Béclère .  238 

Discussion  :  MM.  Proust,  Michon .  239 

—  Grands  kystes  séreux  du  —  ;  néphrectomie  Iranspéritonéale.  Gué¬ 
rison,  par  M.  Hertz . 1113 

Reins.  Volumineuse  hydronéphrose  par  coudure  de  l’uretère  sur  un  vais¬ 
seau  anormal  chez  un  enfant  de  treize  ans.  Néphrectomie  par  voie 

antérieure,  transpéritonéale,  par  MM.  Chalier  et  Vergnory .  501 

Discussion  :  MM.  Grégoire,  Tufpier,  Alglave,  Hartmann,  Chalier, 

Pierre  Bazy,  Marion,  Pierre  Bazv,  Marion,  Alglave, 

504,505,526,574,  593,616,  678 

—  Localisation  exacte  des  calculs  des  —  par  la  radiographie  de  profil 

au  cours  dupneumo-rein,  par  MM.  Louis  Bazy  et  Lagarenne  (présen¬ 
tation  de  radiographies) .  405 

Discussion  :  MM.  Marion,  Michon .  409 

—  (Voy.  Kyste). 

Résection  tibio-tarsienne  totale  pour  tumeur  blanche  du  cou-de-pied. 
Résultat  après  vingt-deux  mois,  par  M.  Lenormant  (prés,  de  malade).  1535 

Rétraction  ischémique  de  Volkmann,  à  la  suite  d’un  traumatisme  du 
bras,  sans  fracture,  par  M.  Deniker . 1534 

Rotule.  De  la  non-immobilisation  et  de  la  marche  immédiate  après 
suture  de  la  —,  par  M.  Dujarier .  55 

—  (Voy.  Fractures ,  Luxation). 

—  Suture  de  la  —  au  fil  d’argent.  Rupture  et  migration  de  fragments 
dans  le  creux  poplité,  par  M.  Mauclaire  (présentation  de  radiographie).  885 

Discussion  :  MM.  Lenormant,  Savariaud .  885 

Rotulectomie.  Transplantation  d'une  rotule  de  cadavre  et  de  ses  aile¬ 
rons  fixés  à  l’alcool.  Résultat  après  quatre  ans,  par  M.  Raymond  Gré¬ 
goire  et  Debrez  (présentation  de  radiographies) . .  364 

Discussion  :  M.  Mauclaire .  367 

S 

Sacrum.  Absence  du  —  et  des  deux  dernières  vertèbres  lombaires,  par 

MM.  Desfosses  et  Mouchet  (présentation  de  malade) . 1280 

Salpingite.  Double  —  suppurée.  Salpingectomie,  ablation  de  l’ovaire 
gauche.  Transposition  de  l’ovaire  droit  avrc  son  pédicule- vasculaire 


mm 


SOCIÉTÉ  DE  ClillUiRM'K 


dans  une  cavité: utérine.  Ktatdes;  pièces  neuf  mois  après,  par  M.Tup- 

i'ier  (présentation  dB  pièce) . . 1:168 

S'capboïdite  chronique.  Un  cas  de  — ,  par  MM.  P.  Mathieu  et.  Rehmn 

(présentation;  devra, vlade); . 1095 

Discussion;  :  Mi. A.  Mouchet . . .  M96 

Semi-lunaire.  Sur  la  réduction  non  sanglante  des  énucléations  dui — -, 

par  Mi.  Albert.  Mouchbt  (présentation’ de  radiographies)! .  152 

Sigmoïdite  chronique,  prise,  pour  une.  tumeur  annexielle.  Résection  et 
suture  termino-terminale.  Ilystérectomiie  Guérison,  parM.  L.  Moreau.  742 

Rapport  :  M..  Savariaud .  742 

Discussion  :  M.  Arrou .  744 

Staphylorraphie,  par  M„  Bhoca:  (présentation  de  maiade) . 11194 

Discussion  :  MM.  Veau,.  A.  Mouchet,  Ombrédan.nr  ..  ..  ..  .  .  .  1UÎ95;.  lilS7 
Suture  antérieure  des  releveurs.  Quelle,  est.  lüncisiom  de  choix  pour: 

pratiquer  la  —  ?~  par.  Mc  Savakiawi» .  IBM- 

Sympathicectomie.  Un  cas;  de  mai  penfôront.plantaiire;traité:pai'  —  par 
M.  Gacdier . .  . . . .  11354 

—  péri-fémor.aLe  précoce  pour  (roubles,  circulatoirerdu  gros  orteil,. pan1 

M.  Maurice.  CbeÿaSSu . _ .  . . .  1388 

—  Des  oblitérations  artérielles,  hautes, (oblitération  de  la-,  terminaison! 

de  l’aorle)  comme  causes.des  insuffisances  circutatoiresdes; membres; 
ijj&rieurs,  pan  Mi  Lertchb. . . .  Ii404 

—  ’jiÀ'ifémorale  pour  gangrène  sénilexdu  gros  onteilj  par  Mi.  Brocq:.  .  .  T407 

Rapport  verbali  :  M.  Mauchaibb . . . 1A07 

—  Au  sujet,  du  retour  paradoxal,  de  la;  sensibilité;  après,  résection  des: 

filets  sympathiques,,  par  Mi  J-ban: .  1507 

Rapport;  M..  T.  de  M'abteil. . 1507 

Sympathomie  volumineux  du  méso-côlon;  tramsverse.  Extirpation  avec; 
réseotàoa  do  oéJom  tnansvcrse.  Guérison,  par  M.  J.  Hertz  ......  977 

Rapport  :  M.  Lecène . .  9117 

Sÿphilis.  Blessure  de  , guerre  et  —,  par  MM.  GAumbr;  et/  MIimet . 1356 


T 


Testicule.  Torsion  à.  la;  fois.,  extra* -et.  intra vaginale  d.’ un.  testicule;  droit, 
en  ectopie  inguinale  chez  un  garçon  de  quatorze: ans,,  par  M.. Albert, 

Mouchet  (présentation  de  pièce) . . .  201 

Testicules..  Qrcbi-épididymite  tuberculeuse  des  deux.  — .  Amélioration, 
très  notable,  par  des  in.jections.de  collo- vaccin.  Guérison  d’une,  fistule,. 

par  MM.  Savariaud  et  Grimberg,  (présentation,  de.  malade),. .  1360 

Tétanos.  Trois,  observations,  de.—  déclaré  guéri  par  desiinj.e  et  ions,  mas¬ 
sives  et  répétées  deisérum. antitétanique, .,gat  M-Bouhier  i.  .....  6.75 

Thrombophlébite  dit"  »  par  effort  :  de  la.veine  axillaire..  Examen  ana, 

tomo-pathologique  (Sabrazès/,  par  MM.  Guyot  et  Jeanneney .  231 

—,  par  MM.  Grimault  et  Dantlo  .  .  . . 1H4 

Tibia.  Fracture  unicondylienne  interne  du  —  avec  gros  déplacement. 
Ostéosynthèse.  Marche  précoce,  par  M:  Labey  (présentation  de  malade).  195 
Discussion  :  MM.  Broca,  A.  Mouchet,  Pierre  Descomps,  Lecène, 

Beoca,,  Hartmann . .  198,.  291,.  328,.  329. 

—  Osléo-syphilome  de  l’extrémité  supérieure  du  — ,.par  M.  A.  Lapointe. 

présentation  de  radiographie) .  3.16. 

Discussion  :  M..  Buoca . . . . .  .  3178 


TABLE  DES  MATIÈRES 


Tournevis  poriervis  à;  échappement  automatique,  pan  M<..  Masmontbic..  G54 

Rapport  :  M,Ajjv.ray . . .  664,,.  7.45 

Transfusion  du  saug.  che.z  un  entant  de  cinq  jours,  par  Mi.,  O  ilorédanïih 

(présentation,  de  malade):  .  .  .  .  .  . . .  .  .  .  . .  1278 

Tube  de  Mayo.  Modifications  au  —  pour  permettre  l’aspiration  des 

mucosités,  par  M.  Gauthier  (présentation  d'instrument) . 1468 

Rapport  :  M.  Paul  Mathieu . 1468 

Tuberculose.  Collapsthérapie  par  décollement  pleuro-pariétal  pour  — 
limitée  au  sommet  du  poumoi, greffe  d’un  fragmentée  tissu  adipeux 
dans- üespace-  décollé^,, par  M.  Tuffjer-  (présentation,  de  malade) .  124.9. 

—  iléo-caecale  hypertrophique  fibroradipeuse..  HémicoJectamie:  droite: 
Iléo-lransvdrsostomie  latéro-latérale.  Guérison,  par  M.  Ln  Jeune  .  ..  .  1290 

Rapport  verbal  :  M.  Walther . . . . .  .  1290 

Tuberculoses:  chirurgicales-.  Traitement  des  —  pan  les-  v-aceins  antitu¬ 
berculeux,  par  M.  Louis  Baztc.  . .  536 

Tumeur  pararénale  droite;  section,  de  la  veine  cave,  et  suture:  drc.u, 

1  aire  ;  anurie  post-opératoire;  guérison,  par  M.  Robineau  (présentation 
de  malade),}..,.' .  .  . - . .  .  ..  .  .  150: 

—  cérébrale,,  par  M.  dh  Marvel  (présentation' de.  pièce);. . .. .  869 

—  paranéphrétique,  par  M-  Tourneux .  613 

—  pédieulée  du  bassin,  à  développement, intr-apériinnéal,,. ayant  déter¬ 

miné  des  phénomènes  d'étranglement  herniaire,,  par  M.  Tour? 
neux .  6-15 


—  paranéphrétique  droit©  volumineuse  déterminant,  des  accidents, 

d'occlusion  intestinale.  .Opéraliqn.  Guérison,,  par  M.  André  Richard.  .  966 

Rapport  :  M..Lecènb . .  . .  936 

Dissuasion.  :  M.  SauLiaouxr: .  959 

—  cérébrale:.  Accidenter  brusques  à  la/,  suite  d’une  ponction  lomlaire. 

Guérison1  par'  mise!  en:  position  de  Trendelenburgt.  Guérison  des 
troubles  dns  àla  tameuB  par  la.  radiothérapie  profonde, par  MM.  Cu-a-- 
TBLAWieïT..DE  Martel . . . .  1065 

Discussion  :.  MM.  Proust,  Rqbineaiu .  1688. 

—  cérébrale^,  pair  Ml.  decMa/rteu. (présentation.  de  malade)  ..........  1695 

—  pulsatile  à  myéloplaxes  de  l’extrémité  inférieure  du  fémur,, pan 

M.  Rots.vh.lois  (/présentation  dm  malade) . . .  1047 

—  du  maxillaire  supérieur  gauche  traitée:  par  un,  appareil,  moulé  à. 
fbyers  radin-adiifss  nmitiples}.  par' MM/.  PRou.-jT  et.MAia/Kr  .  .  .......  1135 

Discussion.:  M.  Gernez . . . .  ..  1167 

—  blanche  syphilitique  supparée:  lin:  cas  de:  pseudo — -,  pair  MM..  Robert 

,  Dupont  et  Edouard  Peyre . . . . . .  1366 

Rapport  :  M.  Albert  Mouchet . .  1366 


U 


Ulcère  variqueux  traité  suivant  la  méthode  d’Alglave  il  y  a  dix  ans. 

Guérison  parfaite,  par  M.  Alglave  (présentation  de  ma’ade) .  472 

Discussion  :  M.  Okinczyc . 476 

Ulcères  de  jambe.  Considérations  surja  sympathicectomie  périfémorale, 
agent  de  cicatrisation  dans  les  —,  par  MM.  Jeanneney  et  Mathey- 

Cornat . 1204 

Rapport  :  M.  Lenormant . 1204 

Discussion  :  MM.  Proust,  Baudet . 1209 


SOCIÉTÉ  DE  CHIRURGIE 


Utérus.  Epithélioma  du  col  de  1’  —  traité  par  le  radium.  Guérison 


maintenue  depuis  douze  ans,  par  M,  Degrais .  225 

Rapport  :  M.  Robineau .  225 

Discussion  :  MM.  Savariaud,  de  Martel,  Potherat .  226,  242 


V 


Vaccin  colloïdal  antituberculeux  du  Dr  A.  Grimbero.  Traitement  de 

certaines  tuberculoses  chirurgicales  par  le  — .  423,  62t 

Rapport  :  M.  Baudet .  423,  621 

Discussion  :  MM.  Louis  Bazy,  Bai  det .  626,  676 

—  de  Grimberg.  Présentation  de  deux  malades  traités  par  le  collo  —, 

par  M.  Chevrier .  607 

—  contre  la  tuberculose,  par  M.  Grimbero . 1363 

—  (Voy.  Fistule,  Genou,  Testicules), 

Vagin.  Le  cloisonnement  du  —  comme  traitement  des  prolapsus  géni¬ 
taux.  Huit  observations,  par  MM.  Combier  et  Muraro .  716 

Rapport  :  M.  Chifoliau .  716 

Discussion  :  MM.  Gebnez,  de  Fourmestraux .  739,  845 

—  Absence  congénitale  du  —  ;  opération  de  Baldwin-Mori,  par 

M.  Cbaton . 1215 

—  Absence  congénitale  du  —  ;  opération  de  Baldwin,  par  M.  Costan- 


tini . 1215 

Rapport  :  M.  Anselme  Schwartz . ■  1215 

Discussion  :  MM.  Cunêo,  Au  vrai,  Lapointe,  Baudet,  J.-L.  Faure, 
Proust,  Thiéry,  A.  Schwartz,  Pierre  Mocquot, 
Auvray .  1223,  1226,  1229,  1259,  1299 

—  Absence  congénitale  de  —,  transplantation  intestinale;  guérison 

(second  cas  personnel),  par  M.  J.  Abadie .  1233,  1255 

—  Brûlure  du  — .  Autoplastie,  par  M.  Raymond  Petit . 1251 

—  Création  d’un  nouveau  —  aux  dépens  d’une  anse  intestinale,  par 

M.  Guibé .  1398 

Vaisseaux  lymphatiques.  Les  —  du  jéjunum  et  de  l’iléon  et  leurs 

ganglions,  par  MM.  Pierre  Descomps  et  Turnesco .  781 

Varices  volumineuses,  par  M.  A.  Basset  (présentation  de  malade).  .  .  355 

Discussion  :  M.  Bréchot .  357 

Vessie.  Empalement  trans-recto-vésical  avec  éclatement  de  la  —  par 

objet  sphérique,  par  M.  Bbllot . 1286 

Rapport  :  M.  E.  Michon . 1286 


TABLE  DES  AUTEURS 


POUR  1923 


A 


Abadie,  1233,  1237,  1242,  1255. 
Aimard,  1427. 

Alglave,  114,  116,  183,  281,  414,  450, 
472,  504,  607,  644,  678,  1053,  1096, 
1102,  1111,  1261,  1319,  1337,  1489, 
1540. 

Allâmes  (G.  d’),  555. 

Ambert  (d’),  2. 

Arrou,  149,  744, 1262,  1295. 

Autefage,  955. 

Auvray,  68,  60,  237,  282,  305,  404, 
520,  653,  654,  715,  755,  796,  812, 
975,  1003,  1027,  1223,  1259,  1296. 


B 

Basset  (A.),  355,  557,  655,  659,  877, 
905,  922,  1189,  1213, 1344,  1415, 1512. 

Baudet  (Raoul),  15,266,  274,  284,  359, 
360,  422,  468,  621,  676,  964,  1068, 
1162,  1209, 122",  1277. 

Baudoin  (E.j,  319,  964. 

Bazy  (Louis),  62,  309,  354,  405,  576, 
676,  774,  806,  847,  906,  1111. 

Bazy  (Pierre),  526,  575,  593,  599,  705. 

Béclère  (Henri),  238,  288,  1283. 

Bellot,  1286. 

Bengolea,  297. 

Bergeret,  596. 

Bernardbeig,  996,  1159. 

Bertrand  (Ivan),  860,  1182. 

Billet,  157. 

Bosch  Arana,  1465. 

Braine  (Jean),  937. 

Bréchot,  357,  488,  494,  1213,  1275, 
1278,  1363,  1445. 

Brin,  275. 

Brisset,  475,  901,  1290. 

Broca,  114,  115,  198,  283,  289,  312, 
318,  329,  392,  668,  974,  1194,  1277, 
1296,  1321,  1332,  1376. 


Brocq, 140  . 

Brun,  35. 

Bure  (R.),  1456,  1459. 


c 


Cabouat  (Paul),  295. 

Cadenat,  263,  267,  299,  418,  439,  469, 
523,  709. 

Cain  (A.),  701: 

Canessa,  955. 

Gapette,  62,  741. 

Carelli,  22. 

Cauchoix  (Albert),  385,  883,  1385. 
Chalier  (André),  186,  501. 

Chartier  (A.),  488,  494. 

Châtelain,  1085. 

Chaton,  3;  107,  319,  432,  1215. 
Chavanttaz,  185. 

Chevassu  (Maurice),  157,  189,  2U, 
393,  510,  1305,  1352,  1388. 

Chevrier,  116,  607,  1298. 

Chifoliau,  353-,  716. 

Clavelin  (Oh.),  686,  1408. 

Combier,  371,  689,  716,  898,  1292. 
Comte  (F.),  720. 

Cortez  (L.),  1397. 

Costantini,  2,  9,  222,  1175,  1215,  1452. 
Cotte,  907. 

Coullaud,  111. 

Courty  (Louis),  244. 

Courvoisier,  1022. 

Coville,  1139. 

Croisier,  525,  724. 

'  Cunéo,  351,  698,  1223, 1274,  1309, 1333 
1376,  1478,  1479.  * 


D 

Dambrin,  996. 
Dantin,  851. 
Darcissac  (A.),  669. 
Decherf,  289. 
Defontaine,  925. 


1570 


SOCIÉTÉ  DE  CUIKUHGIE 


Degrais,  105,  225,  243. 

Dehelly,  492,  506. 

Delagenière  (H.),  134. 

Delannoy  (Emile),  525,  659. 

Delattre,  330. 

Delbet '(Pierre),  200,  542. 

Delvaux,  692,  1209. 

Deniker,  1534.  • 

Descarpentries,  233,  695.  • 

Descomps  (Pierre),  03,  135,  224,  291, 
294,  381,  891,  894,  941,  1015,  1062. 

Desfosse?,  1280. 

Desplas,  319,  353,  324,  964. 

Dornlet,  1003. 

Duboucher,  2,  205,  222,  419,31452 . 

Ducaros,  1393. 

Dujarier,  55,  192,  236,  266,  235,  280, 
284,  308,  354,  414,  468/  431,  -599, 
606,  643,  650,  691,  310,  1045,  1046, 
1136,  1152,  1200,  1234,  1295,  1343, 
1385,  1402,  1492,  1494,  1533,  1539. 

D.ppont  (Robert),  ‘843,  1366. 

Duval  (Pierre),  208,  298,  255, '288/603, 
306,  356,  948,1062,  1158,4283,1415. 

Duvergey,  532,  1230. 


F 


Farani,  845,  1335. 

Faure  (J.-L.),  33,  641,  ,646,  '1033, 
1225,  1433. 

Faure-Beaulieu,  313. 

Ferrari,  494,  "345. 

Ferron  (M.),'320. 

Fiolle,  1133. 

Fourmes-traux  (de),  ‘845, '941. 

François  (René),. 959. 

Fredet  (Pierre),  179,  184,  ,283,  “682, 
1260,  1539. 

.Frœlich,  952. 

G 


Gaudier,  936,  945, '1228,  1354,  1356, 
1403,  1480,  1506. 

Gauthier  (R.),  682,  1163,1468. 
Gay-Bonnet,  133. 

Cernez,  281,  411,  468,  643,  694,  '340, 
904,  1153,  1263, '1296, 1411. 

Gibson  (Charles  L.),  1069. 

Giraud, 1533. 

Girode,  153,  542. 

Goéré,  208. 

Gœlz,  1022. 

Gosset,  22,  119,  ,3.35,  333,  344,  458, 
585,  603,  604,  626,  '643,  6.94  ,  319, 
860,  918,  924,  1056, ,1182. 

.Grégoire,  320,  323,  314,  364,  504,  600, 


16568,  ,3124,  $35,  943  ,  951,  1093,  1252, 
1322,  1334,  1336,  1502. 

Grimbeiv,  284,  359,  1360. 

Gruget,  891,  894. 

Gueulette,  633. 

Guibal,  1301. 

Guibé,  142,  1393. 

Guichard,  208. 

Guillemin,  319,  433,  1512. 

Guimbeltot,  1>33. 

Guyot  (Joseph))  231. 


H 


Hallopeau,  263,  469,  438,  439,  669r 
311,  3,12,  8014,  803,  -884,  <901,,  ,905, 
935,  1013,  1H90,  1198,  ilgUO,  1,256, 
123i3,;1448. 

Hardouin  (P.),  374. 

Ha  itglass,  345,  11162. 

Hartmann  (Henri),  199,  203,  234,  :286, 
326,  328,  329,  ;386,-  '862,  3.39,  504,, 
509,  546,  596,  1114,  120.4/1345,-1.3.61,. 
1393,  1434,1478. 

Hartmann-Keppel,  216, >.289. 

Hayeui,  319,1414. 

Herlz  (J. ),  ,933,  11171, ,1345. 

Houdard,  1633,1840. 


J 

Jacob.,  4022. 

Jean, .2,  381,  . 1.038,  .1262,  1263,  1503. 
iJaanneney,  231., 4204. 

.Jnnnesco  (Thomaà),  l't.32. 


K 


Kummer(.E.),  43,, 345. 


L 


Labey  (G.),  195,  352, 4443,  1523. 
Lafourcade,  33. 

Lagarenne,  405. 

Lambret,  926. 

Lapointe,  115,  153,. 233,  235, ‘318,  499, 
511,  519,  646,  654,  693,  7301,  '305, 
836,  851,  943,  9.36,  ,1002,  .1069, 1224, 
.  1345, 1400,  1463,  1478. 

■Lardennois  (£'.), ,841,  933,  ,1.438'. 

Larget  (Maurice),  650. 

Launay  (Paul),  1495. 


TABLE  DES  AUTEURS 


1574 


Lanriol,  35. 

Lecène,  50,  205,  207,  328,  330,  332, 
353,  956,  959,  964, '977,  1345,  1504. 
Leclerc  (G.),  732,  1013,  1520.  . 

Le  Dentu,  125,  1009,  1043. 

Lefebvre  (Ch.),  175. 

Leguee,  107. 

Le  Jemtei,  1532, 

Le  Jeune,  1290. 

Lenormant,  116,  215,  216,  274,  281, 
285,  372,  378,  488,  736,  792,  842, 
997,  1020,  1204,  1276,  1325,  1353, 
■  1457,  1500,  1501,  1535. 

Lepoutre,  330,  387,  1411. 

Leriche,  398,  1404,  1422. 

Le  Roy  des  Barres,  1380. 

L'cewy  (Georges),  860,  1182. 

Lombard,  .1456,  1459. 


M 


Maisonnet  (J.),  157. 

Mallet,  1155. 

Marais,  207. 

Marion,  212,  251,  409,  574,  616. 

Martel  (de),  226,  .303,  306,  351,  369, 
527,  557,  1085,  1095, 1274, 1507. 

Martin  (André),  236,  479. 

Mascarenhas  (O.),  212. 

Masmonteil,  286,  653,  654. 

Masson,  748. 

Mathey-Cornat,  1204. 

Mathieu  (Paul),  67i;  748,  808,  1095, 
1277, 1324,  1468,  1497. 

Mathieu-Pierre  Weil,  309. 

Mauclaire,  106,  313,  316,  367,  377, 
419,  478,  479,  532,  797,  837,  885, 
931,  976,  1004,  1012,  1068,  1107, 
1110,  1153,  1187,  1407,  1520. 

Michon  (E.),  311,  409,  842,  1194,  1286, 
1353. 

Mocqnot,  3,  9,  268,  327,  854,_944,  976, 
1299. 

Molina,  1397. 

Mondor  (H.),  1504. 

Monod  (Robert),  337,  626,  1495. 

Moreau,  2,  742. 

Mouchet  (Albert),  152,  167,  198,  201, 
244,  283,  295,  309,  387,  391,  511, 
516,  520,  550,  692,  695,  745,  798, 
836,  843,  905,  973,  1002,  1045,  1096, 
1153,  1197,  1200,  1209,  1214,  1245, 
1262,  1267,  1280,  1325,  1332,  1366, 
1371,  1395,  1452. 

Moure(Paul),  372. 

Moutier  (François),  756. 

Murard,  371,  689,  716,  898,  1292. 


N 


Nabias  (de),  910, 1112. 


O 


Okinezyc,  223,  297,  4'18,  '432,  476, 
555,  '644,  7.32,  773,  «07,  843,'  898, 
951,  1191, 1292, 1459,  1468,  1496. 
Ombrédanne,  227,  377,  449,  599,  806, 
834,  906,  973,  990,  1012,  1197,  1278. 
Oudard,  381,  662,  1078. 


P 


Papin  (Félix),  332, 1451. 

Pappa,  250. 

Peloquin,  1028. 

Penot,  227. 

Perrin,  1095. 

Petridis  (Pavlos),  1015. 

Peyre,  724,  1366. 

Phélip,  1427. 

Picqué  (Robert),  1141. 

Picquet,  215,  268. 

Pieri,  1397. 

Pinard  (Marcel),  1337. 

Plisson,  1005,  1408. 

Pollet,  289. 

Potherat  (E.),  242,  921,  1004. 

Proust  (R.),  238,  649,  673,  694,  840, 
910,  1088,  1112,  1155,  1171,  1209, 
1226,  1248,  1345. 


R 

Revel,  371. 

Richard  (André),  956,  1371. 

Riche  (Paul),  1270,  1380,  1408. 

Rio  Branco  (de),  379. 

Riou,  488. 

Robertson-Lavalle,  812. 

Robin,  167. 

Robineau,  150,  225,  531,  691,  1002, 
1088. 

Rochard,  3. 

Rouvillois  (H.),  311,  609,  720,  800, 
1005,  1028,  1047. 

Roux  (J.-Ch.),  756. 

Roux- Berger,  686,  689,  804,  836,  890, 
905,  1171,  1175. 


1572 


SOCIÉTÉ  DE  CHIBURGIE 


S 


Salomon  (Maurice),  1310. 

Sauvé,  239,  483,  943,  1300,  1527. 

Savariaud,  68,  111,  117,  118,  226,  243, 
266,  274,  282,  286,  368,  391,  392, 
643,  741,  742,  779,  810,  860,  944, 
1051,  1059,  1088,  1213,  1248,  1261, 
1308,  1321,  1327,  1343,  1360,  1380, 
1395,  1422,  1445,  1465,  1523, 1539. 

Schwartz  (Anselme),  304,  316,  348, 
358,  418,  1179,  1215,  1226,  1310, 
1344,  1529. 

Sebileau,  65,  105,  795,  796,  797,  943. 

Seguy,  1078. 

Sencert,  748. 

Sénèque,  997. 

Sieur,  208. 

Sikora,  955. 

Silhol,  1033. 

Silva  de  Rio  Branco  (da),  260. 

Solcarde,  2. 

Sorrel  (Et.),  2,  439,  523. 

Souligoux,  260,  914,  958,  1054,  1055. 

Soupault  (Robert),  263. 

Sourdat,  719. 

T 

Tailhefer,  385. 

Tavernier,  139,  1484. 


Témoin,  1041 , 

Thiéry  (Paul),  183,  310,  376,  509,  797, 
1109,  1226,  1309. 

Toppet,  1431. 

Tourneux,  236. 

Tuffîer,  267,  274,  283.  315,  353,  468, 
504,  509,  603,  607,  645,  667,  668, 
678,  741,  799,  805,  809,'  842,  906, 
946,  974,  1007,  1020,  1045,  -1152, 
1158,  1202,  1227,  1248,  1323,  1353, 
1390,  1393, 1465. 

Turpesco,  781. 


V 


Veau  '(Victor),  392,  450,  473,  599, 
838,971,  1195,  1283. 

Veaudeau  (Maurice),  525,  655. 
Vergnory,  501. 

Verjoz,  2,  483,  745. 

Vidal  (Jean),  255. 

Villette  (J.),  319,  527. 

Voncken,  525. 


w 


Walther,  116,  193,  282,  1153,  1290, 
1379,  1394. 

Wiart,  419,  470. 

Willems,  144,  149. 

Wilmotb,  724. 


Paris.  —  L.  Marbtheux,  imprimeur. 


Le  Secrétaire  annuel, 
M.  Ombrédanne.